Nothing to prove – Chapitre 10

Chapitre 10 écrit par Lybertys

Le directeur attrapa brusquement le bras de Jaeden, l’attirant avec lui certainement pour lui passer un sérieux savon et surtout le renvoyer, annihilant toute possibilité de le revoir un jour. Mon cœur battait faiblement, comme si il se résignait lui aussi. J’aurais voulu en finir là, maintenant tout de suite, aller m’effondrer dans un coin jusqu’à ce que la mort vienne enfin chercher son du. Mais voudrait-elle seulement de moi. Je ne voulais plus voir personne, je ne voulais plus me lier à qui que ce soit. La seule chose que je désirais, était d’être seul, totalement seul jusqu’à la fin. Je ne voulais plus de toutes ces personnes autour de moi. Je voulais que tout le monde baisse les bras, et me laisse finir le travail de ma propre destruction. Je ne vis même pas mon père s’approcher et s’asseoir en face de moi, l’air furieux. Chaque inspiration était plus périlleuse, mais je ne voulais pas montrer à mon père mon état dévasté. S’il voyait à quel point j’étais faible, il aurait encore plus de force en jouissant de sa supériorité. Je me redressais, essuyant ma seule larme, je lui fis face avec ce regard froid, trop vide pour inspirer de la crainte, mais assez puissant pour instaurer une distance. Je ne voulais pas qu’il m’atteigne, et pourtant, il le réussit parfaitement…

– Ilian ! Souffla mon père en maîtrisant sa colère.

Depuis combien de temps ne l’avais-je pas vu. Ses traits étaient tirés, ses rides plus marquées, mon père avait vieillit…

– Tu es…

Il se reprit, il cherchait ses mots, certainement ceux qui font mal, avant d’inspirer et de me cracher au visage, tel un venin fourbe et radical :

– Tu as détruit toutes les personnes autour de toi, et il a fallut que tu le détruises lui aussi ! Sa carrière est foutue ! Tu n’aurais pas pu prévenir le directeur que tu le connaissais ? Non bien sur que non ! Tu profites toujours de la gentillesse des autres, c’était comme pour ton cousin. Encore une fois tu n’en fais qu’à ta tête, tu n’es qu’un égoïste.

Il se leva brusquement, n’attendant aucune réponse de ma part. Levant les yeux vers lui, je vis qu’il me toisait de toute sa hauteur. En guise d’au revoir, mon père me dit très sèchement :

– Je regrette d’avoir fait tous ces kilomètres pour te voir, mais j’ai retenu la leçon. Continues à pourrir ici, c’est certainement là que tu feras le moins de mal aux autres. Et si tu sors un jour, ne compte pas venir chez nous ! Tu ne fais plus parti de notre famille depuis longtemps, je considère mon fils comme perdu.

Il tourna les talons, et quitta la pièce en claquant la porte. Plusieurs yeux étaient posés sur moi, y compris ceux de l’infirmière. Ils n’avaient pas entendu la conversation, mais il avait vu mon père me tourner le dos. Je me levais, ne désirant qu’une chose, regagner ma chambre pour m’effondrer, gardant le peu de dignité qu’il me restait en ce lieu. Je n’avais plus rien. J’avais tout perdu, ma famille, ma vie, et même le seul homme qui avait jamais compté pour moi. Je leur avais à tous fait du mal, mais savaient-ils ce que je vivais ? Mieux valait que je disparaisse, que je m’efface. Loin de tout, inatteignable, je ne pourrais plus toucher personne. Alors que je prenais la direction de ma chambre, suivi de près et surveillé par l’infirmière, je fus stoppé dans le couloir par un homme se tenant droit comme un i au milieu du couloir, me fusillant du regard.

– Ilian, suis-moi dans mon bureau.

C’était un ordre cachant tellement de colère qu’il ne me laissait pas le choix. Il fit brusquement demi-tour, et l’infirmière s’éloigna de l’autre côté. Résigné je le suivis, me disant que ce ne pourrait pas être pire que ce que m’avait dit mon père. Une fois dans le bureau, il ferma la porte derrière nous et m’invita à prendre place sur le fauteuil en face de lui. Il m’examina d’un regard qui me déplu, et je n’eus cependant aucun mal à utiliser ma carapace.

– Je croyais que tu connaissais les règles Ilian ! Tu es pourtant ici depuis quelques années maintenant.

Je restais là, le regardant impassible, du moins du mieux que je le pouvais. Mon silence eut raison de sa patience.

– Tu fais une énorme bêtise et tu ne trouves rien à me dire ?

– Vous… Vous l’avez renvoyé c’est ça ? Lui demandais-je avant même de m’en rendre compte, et de réaliser à qui je le disais.

– De quoi !! Ne te préoccupe plus jamais de lui Ilian. C’est terminé, je ne veux plus que tu le revois, et encore moins que tu lui parles. C’est finit, il ne s’occupe plus de ton cas, il vient de rendre le dossier. Tu as de la chance que je ne le renvoies pas ! Tu te rends compte ce que tu lui as fait. Sa carrière pourrait être totalement foutue en l’air si ça se savait. Je connais bien Jaeden et l’importance qu’il voit à sa carrière. Il a tout risqué rien que pour toi ! Ça me dépasse.

Il prit un temps pour respirer, sa colère l’ayant emporté avant de reprendre de plus belle :

– Tu aurais pu me le dire dès le départ, que toi et Jaeden avait eu une aventure dans le passé.

Il se tut s’asseyant à son bureau tentant de se calmer. Après un lourd silence qui me parut durer une éternité, il reprit autoritaire me regardant droit dans les yeux :

– J’ai fait assez d’erreur avec toi ! Mais c’est fini. Je vais me charger personnellement de ton cas. A partir de maintenant je suis ton psychiatre. Je t’interdis formellement de tenter de le revoir et si jamais tu tentes de le faire quand même, pense à lui avant de penser à toi !

Le directeur ne dit plus rien, et je ne fis rien pour l’inciter à poursuivre. Le message était clair, je n’attendais plus qu’une chose, retourner dans ma chambre, fermer la porte et espérer me réveiller enfin de ce cauchemar qui durait de puis trop longtemps. Le directeur finit par me donner la permission de sortir, me disant que nos séances ne commenceraient que dans une semaine le temps qu’il analyse mon dossier. Une fois dans ma chambre, il me fallut très peu de temps pour me glisser dans mon lit, m’enroulant dans ma couette comme pour me protéger, la photo de Jaeden à la main. C’était la seule chose qu’il me restait de lui maintenant…

Tout était foutu. Mon cœur était de plus en plus douloureux. Tout mon être hurlait une solitude que je ne pouvais obtenir. Je ne supportais plus tous ces gens autour de moi, même ceux qui marchaient dans le couloir m’oppressaient. Et ce fut bien évidemment à ce moment là que ma porte s’ouvrit à la volée. Je cachais la photo vivement, alors que j’apercevais Melvin dans l’encadrement de la porte, avec un grand sourire.

– Ilian ! Dit-il en accourant vers moi.

Sans me laisser le temps de réagir ou de dire quoi que ce soit, il s’assit sur mon lit à côté de moi, ignorant mon état. C’est au moment ou il me brandit un livre qu’il me dit excité comme une puce :

– Il faut que tu lises ce livre, il est génial !

Il posa sa main sur mon épaule et se pencha vers moi, avec une telle aisance et une telle décontraction que je ne le supportais pas. Il empiétait sur mon peu d’espace et mes nerfs lâchèrent. Très brusquement, je le poussais du lit, le faisant presque tomber sur le sol, en lui hurlant de dégager.

La porte de ma chambre était ouverte et mon cri ne du pas passer inaperçu.

– Ilian ? Mais qu’est ce qui te prend tu es fou ?

Le fait qu’il emploie ce terme me fit exploser d’un rire étrange pendant un court instant, avant de lui lancer :

– Sors de cette chambre et fous moi la paix !
– I… Ilian, bégaya-t-il comme sous le choc.

– Tu ne comprends pas quand je te parle ! Vociférais-je hors de moi.

C’est à ce moment là qu’une infirmière déboula dans ma chambre, une seringue à la main, cette même infirmière qui m’avait vu avec mon père.

– Ilian, dit-elle froide alors que Melvin reculait dans l’optique de s’enfuir de ma chambre. Ne m’oblige pas à me servir de ça, rajouta-t-elle en me pointant du doigt la seringue au cas où je ne l’avais pas vu.

Les larmes commencèrent à couler sur mes joues, mais je ne m’effondrais pas, non c’était la rage qui me faisait encore tenir.

– Sortez d’ici, foutez-moi la paix, dis-je en regardant partout dans la chambre.

Elle du interpréter mon geste comme si je cherchais à prendre un objet à lui lancer. Mes poings étaient serrés, elle s’approchait dangereusement de moi. Je savais que Jaeden ne serait pas là cette fois-ci pour m’aider. J’étais seul, mais ce n’était pas de cette solitude que je voulais. Il fallait pourtant que je m’y habitue, même si elle serait plus dure à surmonter qu’avant…

Lorsqu’elle fut à ma hauteur, je me débattais sans conviction, criant sans plus trop savoir ce que je disais. La suite se passa très vite, le produit me fut injecté, je me sentis devenir vaseux, avant de tomber lourdement sur le sol. Un souffle s’échappa de mes lèvres, telle une supplique, implorant qu’on me laisse en paix avant de sombrer, inconscient. Il n’y avait plus Jaeden pour me prendre dans ses bras, ni personne pour me protéger de mon passé. Avec ce calmant, j’étais forcé de faire face à mes souvenirs, et même le souvenir de Jaeden ne serait pas assez fort…

Je restais trois jours dans ce lit, m’arrachant la perfusion à chaque cauchemar, incapable de mettre un pied par terre. Le directeur venait me voir tous les jours, et chaque nuits j’espérais secrètement et égoïstement que Jaeden irait au delà des règles et vienne me voir. Nous n’avions eu qu’un simple regard pour nous dire adieu. Le quatrième jour, on me força à me lever, et une longue série de jours se poursuivit, plus maussades les uns que les autres. Je ne mangeais presque rien au plus grand damne du directeur. Nos entrevues étaient régulières, mais il ne m’avait pour l’instant fait décroché aucun mot, m’interrogeant souvent sur Jaeden, enfonçant le couteau dans la plaie à chaque fois. Presque un mois avait finalement passé sans que je ne le revois et il me manquait.

J’étais dans le réfectoire, isolé volontairement. Même Melvin ne m’approchait plus. Cameron était en train de manger à la table voisine parlant à un autre jeune. Je ne lui prêtais pas plus d’attention que cela, mais je savais qu’il était toujours le patient de Jaeden, et lorsqu’il prononça son nom, mon oreille fut automatiquement attirée.

– Je vais aller jouer aux échecs avec lui après manger.

Mon cœur se mit à battre très fort avec l’envie folle d’aller au moins l’entrapercevoir. J’en avais l’occasion, telle la tentation d’un interdit. Je savais précisément où il était, j’avais cette possibilité, et après ce mois entier passé sans le voir. Cameron se leva, apparemment impatient de rejoindre Jaeden. J’avais envie de me lever, de le suivre, de pouvoir au moins l’entrapercevoir. Je posais ma fourchette. Je n’avais fait que jouer avec ma nourriture sans rien manger. Je ne devais pas céder, au moins pour lui, au moins pour que l’un de nous deux s’en sorte et se sente mieux. Je posais mon plateau intact, attrapant uniquement ma tranche de pain et sortit me réfugier dans ma chambre. La malnutrition et le peu de sommeil me rendait faible, mais je tenais encore debout. Je pris soin de refermer la porte derrière moi. Un simple coup d’œil sur mon bureau, je n’avais toujours pas eu le goût d’écrire une ligne et j’avais baissé les bras.

J’allais directement dans mon lit, prenant le livre que Jaeden m’avait offert. Je ne comptais plus le nombre de fois où je l’avais lu. A l’intérieur s’y cachait sa lettre et sa photo. Mon regard s’arrêta sur lui, une boule se nouant dans ma gorge. Ce simple morceau de papier ne me suffisait plus. J’avais besoin de le revoir, rien qu’une fois. Le fait de savoir que je pouvais le faire et qu’il ne tenait qu’à moi de faire ce choix, était insoutenable. C’était pourtant l’occasion rêvée. Je n’enfreignais aucune règles, j’allais juste à l’activité. Je ne lui parlerais pas, je croiserais juste son regard. Peut être me redonnerait-il un peu de force… Moi seul savais combien j’en avais besoin. Et lui, comment allait-il ? Etait-il retourné avec Hugo ? Avait-il retrouvé sa vie sans moi, plus paisible et moins douloureuse. J’avais besoin de le revoir, mais qu’en était-il de Jaeden… Lui imposer mon état étais-ce vraiment utile. L’envie était pourtant trop forte et je n’étais qu’un égoïste comme mon père me l’avait fait remarquer. Je n’avais pensé qu’à moi, et je continuais sur ce chemin… Je refermais rageusement mon livre, le rangeant dans ma table de nuit. Mes mains s’entortillaient sous le stress : j’avais autant de bonnes raisons d’y aller que de mauvaises, mais mon choix fut conduit par les bonnes.

Me levant soudain, je me rendis compte que l’activité avait déjà commencé. Depuis combien de temps ne m’étais-je pas rendu à ce genre de choses. La première année, on m’y avait obligé, mais ils avaient fini par me céder, me laissant passer mes journées seul à écrire ou à lire.

D’un pas décidé mais assez lent, je pris le chemin de la salle d’échec. Arrivé devant la porte ouverte, je ne pus faire demi-tour. Mon cœur battait follement, rien qu’à l’idée de l’entrapercevoir. Et il était là, en face de Cameron, jouant une partie d’échec avec lui. Mes yeux brûlèrent d’une lueur de jalousie… Mais le temps où j’étais à la place de Cameron était fini. Jamais plus Jaeden ne s’occuperait de mon cas, tout comme il ne pourrait m’approcher. J’aurais voulu, courir dans ses bras, le serrer fort à jamais, et en finir ici. Rien qu’une dernière étreinte… Si j’avais tenu jusqu’à maintenant, cela en était peut être la cause. Pourtant, cela m’était interdit, pour son bien plus que pour le mien. Je lui avais déjà fait assez de mal. Jaeden était toujours aussi beau. J’aurais pu partir, et le laisser sans qu’il ne me voit, pourtant je voulais juste croiser son regard, rien qu’une fois, après je le laisserais en paix. Le maître d’activité s’aperçut vite de ma présence, apparemment heureux et surpris de ma venue. Arrivé à ma hauteur, je lui dis d’une voix assez impersonnelle, ne sachant en prendre une autre depuis un mois.

– Je ne sais pas jouer.
– Ce n’est rien Ilian, regardes et apprends.

Le maître d’activité me laissa seul, allant d’occuper de deux patients ayant besoin d’aide. A l’entente de mon nom, Jaeden redressa la tête vers moi, et je pus croiser ce regard qui m’avait tant manqué pendant tout ce temps. Il ne quitta pas mes yeux, et mon cœur s’emballa, puisant enfin un peu de force. Même si je savais le mal que je pouvais lui faire en venant égoïstement le voir, je m’en moquais éperdument. Son visage le trahissait, il avait attendu ce moment aussi fort que moi. Lui avais-je seulement manqué aussi fort qu’il m’avait manqué. Je ne pus que sourire légèrement, lui montrant que ma venue n’était pas le fruit du hasard.

Mes yeux dévièrent sa main plâtrée, me demandant qu’elle en était la raison. A son tour son regard dévia sur mon corps. Il devait me trouver affreux et j’avais soudain presque honte de lui infliger l’état dans lequel je me trouvais.

Nous passâmes le reste de l’heure les yeux dans les yeux. J’avais envie que cet instant dure une éternité. Certes je mourais d’envie de courir dans ses bras, je sentir sa chaleur contre moi, mais tout cela m’était formellement interdit et n’arriverait plus jamais. Je ne vis pas le temps passer, et lorsque la voix grave du maître d’activité retentit dans la salle, je sursautais de concert à Jaeden.

– On se revoit mardi prochain, vous avez bien travaillé. Dit-il en se levant.

Jaeden se leva assez rapidement, en même temps que moi. Nous ne devions en aucun cas nous parler, mais je ne pouvais m’empêcher de le fixer, sans le lâcher du regard. Il souffla quelques mots à Cameron, et sortit de la pièce. En chemin, il passa à côté de moi discrètement, laissant sa main effleurer la mienne. Mes yeux se fermèrent à ce simple contact, inondé d’une chaleur qui s’insinua lentement dans mon corps froid du à mon manque de Jaeden. Un léger sourire s’attacha à mes lèvres, Jaeden venait encore de m’attraper juste à temps. Je laissais de côté ma culpabilité, ayant largement le temps d’y revenir, laissant ce court instant de bonheur emplir mon cœur…

***

Et ce fut ainsi que commença nos « rendez-vous ». Craquant à chaque fois, j’étais présent à chacune des réunions d’activités et lui accompagnait toujours Cameron. Nos regards ne se lâchaient à aucun moment, reprenant peu à peu des forces à travers ce duel. Certes je ne progressais pas aux échecs, mais cette place de simple observateur des autres parties me convenait très bien.

Le directeur ne me posait pas de question à ce sujet, heureux que je m’intéresse enfin à une activité. Le lendemain de notre première entrevu avec Jaeden, j’étais allé m’asseoir en face de Cameron, assis seul au réfectoire et j’avais commencé à lié connaissance. J’avoue que ma soudaine attention envers lui était dans le but de récolter des informations indirectement au sujet de Jaeden, mais c’étaient mes uniques moyens.

Après deux semaines menées ainsi, je me retrouvais dans ma chambre, la lampe allumée, tentant de me concentrer sur ma partie d’échec de la veille où j’avais vu Jaeden avant de m’endormir, tentant ainsi de cacher à mon esprit un cauchemar du passé de plus. Il ne devait pas être loin de 23h00 lorsque je rangeais un à un mes cahiers, ayant retrouvé depuis deux jours l’envie d’écrire. Alors que je les rangeais tous consciencieusement dans mon tiroir, il me sembla qu’il en manquait un. Intrigué, je regardais de nouveau, mais il n’était pas là. Un rapide tour d’horizon dans ma chambre, m’indiqua qu’il ne s’y trouvait pas non plus. Agacé, je me levais bien décidais à aller le récupérer chez Melvin, même s’il était tard.

Au moment où j’ouvris ma porte, je tombais sur Jaeden de dos, s’éloignant de ma porte. J’avais peur que dans la pénombre du couloir mon esprit me joue des tours, mais j’aurais reconnu sa silhouette entre mille. Mon cœur loupa un battement avant de s’emballer dans un rythme endiablé. Jaeden était figé sur place, et il ne tarda pas à se revenir sur ses pas, se tournant simplement en soupirant, pour se trouver si près de moi que mes poils se hérissèrent. Cette fois-ci, il n’y avait pas la barrière de l’interdiction posée sur nous, du moins, elle était totalement invisible. J’espérais qu’il avait autant envie de moi que cette étreinte, et il me dit maladroitement :

– Tu… Le couvre-feu t’oblige à éteindre ta lumière…

Un sourire étira mes lèvres en coin, devinant qu’il était assez mal à l’aise que je l’ai surpris ainsi. Je levais ma main, et mes yeux s’ancrèrent dans les siens, oubliant momentanément tout ce qui n’était pas nous. L’occasion se présentait et j’étais loin de vouloir me la refuser. A peine eut-il le temps de réaliser, que j’avais appuyé sur l’interrupteur de la lumière de ma chambre, lui obéissant et me permettant de me donner du courage, avant de me jeter sur lui. Dans le noir complet, je me laissais totalement aller, faisant ce dont j’avais rêvé pendant des semaines. M’appropriant ses lèvres alors qu’il reculait d’un pas, je pus sentir son cœur battre encore plus vite. Le mien faisait écho au sien, profitant de cette étreinte qui m’avait fait défaut depuis trop longtemps. Ce manque de lui était trop fort pour que je me retienne, il avait d’un seul coup, tel un souffle, balayé toutes mes barrières. L’effet de surprise passé, Jaeden reprit les rênes, et continuant notre échange, il entra dans ma chambre, me gardant dans ses bras. Il referma la porte, et s’appuya dessus, approfondissant notre baiser. Ma langue vint avec timidité quémander la sienne, et il me donna l’accès de sa bouche rapidement, tout aussi impatient que moi. Mon corps brûlait comme jamais, ayant du mal à croire que tout cela était réel. Ce baiser me transcendait de ce souffle de vie que j’avais cru éteint en moi à jamais. Le bonheur coulait peu à peu dans mes veines, comme une dose d’héroïne fraîchement prise. Je me collais à lui, mes mains passant dans ses cheveux, mon bassin se collant à son intimité, laissant mon corps parler pour moi…

A bout de souffle, Jaeden mis fin à notre échange, posant son front contre le mien.

– Tu m’as manqué… Souffla-t-il, les yeux fermés.

A peine eut-il prononcé cette phrase que je me crispais, retombant trop brusquement dans la réalité. Ouvrant ses yeux, il me vit retrouver ma position. Paniqué, je posais mes mains sur son buste, l’écartant de moi. Qu’avais-je fais ? Je n’étais qu’un égoïste imbécile. Que penserait-il de mon attitude ?

– Je… Je suis désolé, je n’aurais pas du… Oublie-ça… Je… Bafouillais-je les larmes aux yeux.
– Comment veux-tu que je t’oublie Ilian ! Même sans ce baiser, je ne fais que penser à toi. Rétorqua-t-il vivement.

Bien que profondément touché par ses paroles, je tentais désespérément de m’accrocher aux derniers remparts du raisonnable.

– Arrête… Ta carrière… Je t’ai détruit une fois… Je ne veux pas le refaire une deuxième fois…

Mon cœur se déchira de devoir lui dire cela, et je ne pus retenir mes larmes silencieuses, espérant qu’il ne les remarque pas. Il fallait qu’il sorte. Il ne fallait pas que je cède, au moins pour son bien, pour lui… C’est pourquoi, lorsqu’il s’approcha de moi, murmurant mon prénom, je détournais le regard et ouvris la porte. Déçu, Jaeden fit quelques pas, et je fus presque déçu qu’il accepte aussi facilement. Mais il s’arrêta bien vite, et posant sa main sur la mienne, il me dit, un sourire aux lèvres.

– Tu te rappelles, il y a un peu plus de quatre ans, je t’avais dit de m’attendre après mes cours, dit-il, essayant de capter mon regard, mais j’avais séché, et j’avais oublié de t’avertir. Ce jour-là, tu as piqué une crise, et tu as choisi la plus terrible des armes pour me blesser, l’ignorance.

Je fermais les yeux, me remémorant parfaitement cet instant. Je ne parviendrais pas une seconde de plus à lui résister. Il avait déjà gagné.

– Et ce jour là, tu m’as claqué la porte au nez. Je t’avais interdit de recommencer…
– Mais je… Dis-je, ouvrant les yeux pour croiser son regard, ne m’attendant pas à une telle idée de sa part.

Il ne me laissa pas le temps de parler, fermant la porte et me collant contre le mur. Ses deux mains de chaque côté de mon visage, ses yeux s’ancrèrent dans les miens.

– Tu veux me virer de ta chambre… C’est la même chose… Murmura-t-il faiblement.
– Non… Je… Bredouillais-je perdu, n’ayant plus la force de lui résister.

– Que tu le veuilles ou non, maintenant que je t’ai retrouvé, tu auras du mal à me claquer la porte au nez une seconde fois.

Ses lèvres se posèrent sur les miennes dans une délicate étreinte. Je ne lui résistais pas bien longtemps et je finis par céder et lui offrir mes lèvres. Mes mains reprirent leurs places sur sa nuque et les siennes vinrent se poser sur mes hanches. Comment avais-je pu me passer de lui ? Le baiser doux redevint bien vite endiablé, et je me collais à lui, comme si cela me permettait de constater que sa présence était réelle. Je venais de passer une des pires périodes de ma vie, et il était toujours possible que tout cela ne soit que le résultat d’une divagation de mon esprit. Pourtant il était bien là, et c’est avec douleur que je le sentis s’éloigner de moi. Il alla s’asseoir sur mon lit, s’allongea en regardant le plafond. Ne comprenant pas cette soudaine distance, je ne perdis pas de temps et vint me coller à lui, mettant mon bras autour de son cou, et plongeant ma tête dans celui-ci. Je respirais son odeur à plein poumon, récupérant ma dose pour tenir un peu plus longtemps. Oubliant ma vielle timidité, poussé par mon manque de sa présence, je déposais de doux baisers papillon dans son cou.

Je savais pertinemment que cet instant ne durerait pas, je savais aussi que ce que je lui faisais était loin de le laisser indifférent, mais je ne pouvais m’en empêcher. Je le sentais bouillir, et je ne faisais rien pour arrêter ça. Ma jambe vint se poser sur les siennes, me collant plus qu’il ne le fallait. Au fond de moi, je sentais que c’était le moment de passer le cap, avoir une emprunte plus profonde de lui en moi, pour surmonter mon passé et survivre. Ses yeux s’ouvrirent sous la surprise, alors qu’il sentait une chose pousser contre sa cuisse. Je ne le cachais pas, j’étais dans le même état que lui, ivre de notre proximité. Il se tourna vers moi, et je ne pus lui cacher la peur qui habitait mon regard. J’étais décidais, mais loin d’être parfaitement prêt. C’est pourquoi je voulais qu’il comprenne mon raisonnement.

– Ilian… Souffla-t-il touché.
– Quand va-t-on se revoir ? Lui demandais-je.
– Aux activités… Dit-il faiblement…

Mais ce n’était pas la réponse que j’attendais, et il le savait parfaitement, c’est pourquoi je répétais en croisant cette fois son regard :

– Jaeden… Quand va-t-on vraiment se revoir ?
– Je ne sais pas…

C’était une question à laquelle nous ne pouvions donner de réponse. Notre avenir était incertain, à ne souhaiter à personne d’autre et je me sentais coupable d’entraîner Jaeden là dedans. Mais je laissais cette culpabilité de côté, mon cœur serré, je ne voulais pas gâcher ce moment. Il serait peut être le seul, mon unique occasion. C’est avec un élan de courage et une étincelle de folie que je lui dévoilais enfin mon projet.

– Alors… Fais-moi l’amour…

C’était la seule chose que je pouvais nous offrir. Et aussi le seul moyen de pouvoir atteindre enfin un peu de paix dans mon esprit tourmenté. C’était peut être de la pure folie, mais après tout, cela faisait partit de mon statut.

Immédiatement, Jaeden se redressa, s’assaillant sur le lit pour me regarder.

– Quoi ? Fit-il, presque gêné de ma demande ainsi formulée.
– Je… Si… Tentais-je, perdant mon assurance. Si on ne se revoit pas avant longtemps… Je veux garder une trace de toi… Je veux me sentir bien de nouveau… Et ça, toi seul arrive à le faire… lui dis-je, évitant son regard.

Jaeden resta figé face à mes paroles, laissant place à un silence qui m’était insoutenable.

– Ilian… Finit-il par me dire la voix faible. Ne t’oblige pas… Je ne vais pas aller voir ailleurs si tu as peur de ça… Bafouilla-t-il de plus en plus mal à l’aise.

Je me levais à mon tour, me mettant sur mes genoux. Je ne voulais pas qu’il croit cela. Une main se posa sur son épaule et l’autre sur sa joue. Je déposais mes lèvres sur les siennes en un chaste baiser, comme pour me donner encore du courage.

– Fais-moi l’amour Jaeden… Comme la première fois… Je t’en prie… Fais-moi revivre à nouveau…

Je savais que je lui demandais beaucoup, tout comme j’en exigeais de ma part. Comme pour donner plus de conviction à ma supplique je posais une nouvelle fois mes lèvres sur les siennes, tentant de l’aider à se décider. Doucement, sa main se posa sur ma hanche, et d’un mouvement, il me fit m’allonger sur le lit. Je me mis à frissonner alors que ses lèvres embrassaient mes joues, descendant dans mon cou. J’étais envahi par deux sentiments contradictoires : la peur et l’envie. Jaeden savait qu’il allait devoir user d’une douceur extrême et je lui faisais d’ailleurs entièrement confiance. C’était le seul… L’unique personne qui pourrait jamais poser la main ainsi sur moi.

Cette nuit, j’allais enfin pouvoir oublier Ewen un instant, mais le chemin pour y parvenir serait plus que périlleux, mais Jaeden était là et c’est pour cela que je m’en sentais capable. Dans une lenteur extrême, il passa ses mains sous le haut de mon pyjama, touchant fébrilement ma peau. Ce fut encore plus dur que je me l’étais imaginé. La peur me tordit violemment les entrailles, s’insinuant dans tout mon être. Mais je ne voulais pas revenir en arrière. Je voulais aller jusqu’au bout. Fermant les yeux et posant mes mains sur le matelas, je tentais de ramener le calme en moi. Mais ce fut pire que tout, l’image d’Ewen se ravivant en mon esprit. Heureusement, Jaeden, totalement attentif à la moindre de mes réactions, vint rapidement prendre possession de mes lèvres, m’embrassant encore comme jamais il ne l’avait fait. Jamais je n’avais ressentit autant d’amour et de tendresse.

– Touches moi Ilian… Regarde-moi… Me souffla-t-il, entre mes lèvres.

Dans un effort herculéen, mes yeux s’ouvrirent alors que je posais mes mains sur ses côtes. C’était bien lui au dessus de moi, lui et personne d’autre.

– C’est moi… Rien que nous deux… Comme avant Ilian… Comme quand j’ai pu te mettre dans mon lit la première fois… Lâcha-t-il, dans un sourire.

Je ne pus me retenir d’éclater de rire, un rire sincère qui me libérait de l’angoisse qui me tordait l’estomac. Il m’aidait à me détendre et je le faisais du mieux que je pouvais, comprenant comme il devait lui être difficile de me voir ainsi. C’était en quelque sorte comme il le disait une nouvelle première fois et c’est dans cet état d’esprit que je devais être. Je devais me concentrer sur ce que j’avais vécu avec lui, bien avant ces quatre dernières années.

Après m’avoir embrassé une deuxième fois, il se releva sur les genoux, ses jambes de chaque côté de mon corps. Ses mains se posèrent sur sa chemise, et son regard ancré dans le mien, il la déboutonna. Elle tomba sur le sol, alors que je laissais mes yeux dériver sur son torse finement musclé, alors que des rougeurs apparurent sur mes joues. Jaeden était toujours aussi beau. Comment un si bel homme pouvait encore s’intéresser à moi ? Aurait-il le même regard désireux, lorsque ma chemise irait rejoindre la sienne. Je chassais ce genre de pensées néfastes, tandis que Jaeden m’attrapa la main, la posant sur son torse, à l’endroit même où se trouvait son cœur. Ses battements frénétiques allaient de concert avec les miens me montrant que je n’étais pas le seul à craindre ce moment. Lui aussi devait avoir peur, peur de ne pas savoir s’y prendre. Sans sentir les battements irraisonnés de son cœur, je ne l’aurais jamais imaginé être ainsi. Mes joues rougirent de plus belles, et lentement, il s’abaissa, reprenant une nouvelle fois mes lèvres, dans un baiser endiablé. Si je fus hésitant au début, mes mains se posèrent sans hésitation par la suite, le caressant sans trop en avoir conscience. Le toucher ainsi, comme jamais je ne l’avais fait avec Ewen, c’était comme me rassurer de sa présence, de constater à chaque instant que c’était bien l’homme que j’aimais au dessus de moi.

Ses lèvres descendirent vers mon cou, qu’elles agressèrent gentiment. Ses mains, logées sous mon tee-shirt, me caressant, me faisant parfois me cambrer. J’oubliais ma peur pour un moment, me concentrant uniquement sur ce qu’il me faisait ressentir. Décidant qu’il était temps, il se remit sur ses genoux, me faisant m’asseoir. Mes joues rouges ne demandaient que la suite. Son regard brillait d’une lueur malicieuse et désireuse. Je levais alors mes bras, l’autorisant à poursuivre. Mais ce bout de tissu coupa notre échange un instant et il n’en fallut pas plus pour que l’image d’Ewen me déshabillant à la hâte pour faire ses affaires me prenne à la gorge. A peine avait-il balancé le tee-shirt au sol, que j’étais de nouveau crispé, fuyant son regard, en combat contre ma propre terreur. Il prit alors immédiatement mon visage entre ses mains, me forçant à le regarder.

– C’est moi… Moi… Et personne d’autre… Murmura-t-il, embrassant mon front.

Je me décontractais à l’instant, revenant à la réalité, grâce à son aide. Une fois de plus il goûta à mes lèvres, comprenant que j’en avais besoin. Il m’allongea alors à nouveau sur le lit, et ses lèvres vinrent me parsemer de baisers plus tendres les uns que les autres. Du cou, il descendit à mes épaules, puis sur son torse. S’il jugea la beauté de mon corps loin de ses espérances, il ne fit heureusement aucun commentaire à ce sujet. Ma respiration d’abord calme, s’accéléra de plus en plus et mes mains vinrent se loger dans sa chevelure, aussi douce et légère qu’un tissu précieux. J’aimais sentir la chaleur de son souffle masculin sur l’ensemble de mon corps. Lorsque sa langue s’amusa avec mes deux bouts de chair qui pointait, il ne m’en fallut pas plus pour être parcouru de violent frisson, et une chair de poule s’y installa. Jaeden était plus beau que jamais, appliqué comme jamais à mon plaisir. Jaeden joua un peu avec eux, me faisant cambrer sous les sensations ressenties. Mes déhanchés violents lui montrait que j’aimais cela, étant loin de vouloir lui cacher. La peur était toujours là aux portes de ma raison, mais pour le moment je parvenais à la maîtriser.

Il descendit un peu plus ses lèvres, embrassant mon ventre, glissant sa langue dans mon nombril. A ce contact, je ne pu me retenir de gémir. Loin d’être un cri, c’était juste un murmure, comme je n’en avais pas laissé échapper depuis longtemps. Une chaleur irradia mon corps, me remémorant les possibles plaisirs de la chair.

Heureux, il se releva, croisant mon regard et mes joues de plus en plus rouges. Nous nous embrassâmes une nouvelle fois, avant qu’il ne se remette sur ses genoux, me provoquant un soupire de mécontentement.

Ses mains se posèrent sur son jean, sans qu’il ne décroche mon regard. Doucement, il dégrafa le premier bouton, et fit glisser sa braguette. Mon angoisse martelait les portes de mon sang froid pour l’envahir. Il prit mes mains et me souleva, me faisant asseoir une nouvelle fois sur le lit. Ses bras virent s’enrouler autour de mon cou, alors qu’il collait ses lèvres aux miennes dans un baiser passionné que je ne lui refusais pas.

– Enlèves-le moi Ilian… Murmura-t-il en posant mes deux mains sur les bords de son pantalon défais.

Même si ce n’étais pas sur le même ton, Ewen m’avait si souvent donné des ordres de ce types et je fus violemment envahi par son souvenir. S’énervant contre ma passivité lors de l’acte à nombreuse reprise, Ewen en venait à me hurler dessus, ou à m’ordonne d’une vois haineuse de le toucher. Des larmes vinrent brouiller la vue, alors que mon regard partait dans le vague, ne sachant plus trop où je me trouvais. Je sentis Jaeden me rallonger sur le lit, sans trop en avoir réellement conscience. Calant mon visage entre ses deux mains, parsemant mon visage de tendres baisers, ce ne fut que lorsqu’il me parla que je commençais à émerger des eaux ténébreuses.

– Excuse-moi… Fit-il tristement, avant de poser ses lèvres sur les miennes.

Doucement, il tenta de faire évacuer mon stress par le biais de ses mains, me caressant. Peu à peu, avec force de résolution, je parvins à revenir à la réalité, finissant par soupirer de bien être. Ce ne fut qu’à ce moment là que Jaeden décida d’aller plus loin. Je le sentais, refréner à chaque instant son désir d’aller plus loin, se forçant à faire passer mon bien être avant le sien. Il fournissait plus d’effort pour nous deux, me laissant me reposer sur lui. Mon cœur brûlait d’amour tinté de reconnaissance pour lui. Ses lèvres descendirent cette fois plus rapidement vers mon bas-ventre, toujours en gardant cette même tendresse qui le caractérisait. Jamais je ne l’avais vu aussi attentionné avec moi, comme s’il avait peur de me briser à chaque geste. Ses mains se posèrent sur mon bas de pyjama, attentif à chacun de mes mouvements. Dans une lenteur extrême dont n’avait jamais fait preuve Ewen, il m’enleva mon pantalon, ancrant son regard dans le mien. Les rougeurs sur mes joues s’accentuèrent alors qu’il me mettait à nu devant lui. Excité, il ne pu s’empêcher de poser son regard sur mon intimité dressée, me faisant rougir plus qu’il ne l’était possible.

– Tu es magnifique… Dit-il, la voix rauque et irrésistible.

Il ne me laissa pas le temps de répondre, ses lèvres se posèrent sur mes genoux, les embrassant timidement, puis doucement, il remonta, caressant et posant ses lèvres sur mes cuisses. Je ne le voyais plus vraiment, du moins, son regard n’était plus posé dans le mien. Alors qu’il se rapprochait de mon intimité, je l’appelais à l’aide, ne voulant pas céder à la panique.

– Ja… Jaeden, attends… Dis-je faiblement.

Il se releva immédiatement, croisant mon regard gorgé de larmes que je ne parvenais à retenir. Dans un sourire, il vint ravir mes lèvres à nouveau, faisant taire mes peurs.

Imagine-toi… Comme il y a six ans, notre première fois. Oublie le reste Ilian… Ne pense qu’à cette après-midi magnifique…Me souffla-t-il dans le creux de mon cou.

Un sourire sur mes lèvres l’avertit que j’étais d’accord, et m’embrassant une dernière fois, il redescendit vers mon intimité. Le cœur battant, je me concentrais sur ce que m’avait demandé Jaeden, oubliant au mieux ma peur panique. Ses mains se posèrent sur mes cuisses, jouant des ses pouces pour me détendre au mieux. Je ne pus empêcher ma respiration de s’accélérer alors qu’il approchait ses lèvres de mon sexe. Lorsque celles-ci le touchèrent, je ne pus que me cambrer de plaisir sous l’afflux de bien-être dont j’avais oublié la possible existence. L’afflux de sensations me fit perdre le fil du temps, me retrouvant uniquement avec Jaeden comme jamais je n’avais cru en être capable. Sa langue s’enroulait autour de mon intimité, sans jamais le prendre en bouche. Peu à peu, je me détendis, gémissant plus fort qu’aux accoutumés. J’avais beaucoup de mal à ne pas crier, mais l’endroit où nous étions ne me le permettait pas.

Mes mains finirent pas se poser sur sa chevelure, dans une demande innocente. Comprenant ma demande, il y concéda, prenant entièrement en bouche mon sexe, enroulant sa langue autour. Je lâchais un cri muet, me cambrant violemment. C’était plus que je ne l’avais imaginé, bien plus intense que dans mes souvenirs. J’avais terriblement chaud. Me regardant un court instant, Jaeden finit par placer ses mains sur mes hanches et d’un mouvement de tête, il commença ses vas et vient qui me firent rapidement tourner la tête.

Là, sur ce lit d’hôpital, nous vivions l’impossible, franchissant l’irréparable. J’entraînais égoïstement Jaeden avec moi. Si cela venait à ce savoir, sa vie serait à son tour ruinée, tout comme la mienne. Mais pour le moment nous nous en moquions. Nous revivions un moment hors du temps, un moment qui n’appartenait qu’à nous et qui nous était nécessaire.

– Jaeden… Je… Je vais… Lui-fis-je dans un ultime cambrement.

Il accéléra la cadence et j’éjaculais dans sa bouche dans un cri muet, entrapercevant les étoiles. La respiration saccadée, mes mains se posèrent sur mes yeux alors que je savourais cet instant, l’imprimant dans ma mémoire à jamais, profitant de la rareté de ce genre de moment. Je sentis Jaeden se relever avant de s’allonger sur moi. Sa tête se cala dans mon cour et je l’encerclais de mes bras. Sa main vint entremêler quelques mèches de cheveux et ses lèvres se posèrent sur ma joue. Il me laissait le temps de récupérer, même si je me doutais que cela devait lui coûter.

– On peut stopper là Ilian… Murmura-t-il dans mon oreille.

Je tournais alors mon regard surpris vers lui, ne m’attendant pas à une telle demande. Je n’étais pas non plus certain du sens de ses paroles.

– Ne t’inquiète pas pour moi, ajouta-t-il dans un sourire, ce que tu m’as donné ce soir, crois moi… C’était merveilleux.

Il prit alors mes lèvres et nous échangeâmes un baiser endiablé. Puis à court de souffle, il y mit fin, tentant de se calmer. Ce qu’il ne comprenait pas, c’est que je n’avais aucune envie que cela cesse. Même si j’avais extrêmement peur de la suite, je voulais poursuivre.

– Jaeden… Murmurais-je faiblement.

Il tourna alors la tête vers moi. Je voulais lui dire, mais finalement j’avais du mal à oser le faire. Il se rallongea sur moi, me montrant qu’il pouvait attendre et qu’il ne m’en voulait pas.

– Je veux qu’on le fasse… Jusqu’au bout… Soufflais-je en fermant les yeux.
– Ilian… Dit-il peu convaincu.

– Vraiment, l’assurais-je.
– Et moi je ne veux pas te faire de mal.

Je le regardais alors, ne comprenant pas ce qu’il entendait par là. C’était le dernier homme à pouvoir me faire du mal. Je ne voulais surtout pas qu’il croit cela. Le regard fuyant, Jaeden se mit sur le dos, se séparant de moi.

– Je n’ai qu’une envie, c’est de te faire l’amour mais… Tu va avoir mal… Et je ne veux pas te faire mal. Dit-il maladroitement.

Il me fallut plusieurs secondes pour réfléchir et rassembler les mots qui me faisaient défauts. Je voulais lui parler le plus clairement possible. Me collant à lui, j’embrassais sa joue avant de me lancer :

– Jaeden… Tu es le seul… je… Si c’est toi… je n’aurais pas mal… Enfin cette douleur ne sera rien à côté de ce que j’ai pu vi… Je… Ça ne sera rien à côté de ce que tu vas m’apporter… Je veux que ça soit toi… Je veux oublier… Dis-je avant de l’embrasser.

Emporté par mon désir, il me céda. Dans un baiser empli de tendresse, il me fit remarquer que nous pouvions stopper à tout instant.

J’étais nu sous lui, totalement offert. Jaeden vibrait de désir. Doucement, il se mit debout, sous mon regard étonné. Un sourire étira ses lèvres et il enleva son pantalon dans une lenteur extrême. Mon regard ne pus s’empêcher de descendre au niveau de son bas- ventre. Le rouge aux joues, un éclair de désir transperça mon regard alors qu’il passait ses mains sous l’élastique de son boxer. J’en étais maintenant presque sur, même après ces quatre années, même avec mon état actuel, nous nous plaisons toujours autant. Étonnamment, ses joues prirent une teinte légèrement rouge alors qu’il se mettait à nu devant lui, me laissant admirer son corps bercé par le clair de lune. Me faisant face, Jaeden finit par venir capturer mes lèvres, prenant bien soin de se coller à moi pour me montrer à quel point il avait envie de moi. J’en étais plus que rassuré.

– Maintenant nous sommes à égalité, dit-il dans un petit sourire.

Je lui rendis son sourire, avant de l’encercler et d’écarter un peu plus mes cuisses. Je voulais passer à la suite, rester dans l’inaction ne faisait que donner plus d’occasion pour que ma peur prenne le dessus. Vivement, ses mains partirent une nouvelle fois à la découverte de mon corps, voulant me détendre encore plus. Je ne le montrais pas, mais l’angoisse était bien présente. Ce que nous allions faire maintenant était la plus grande et la plus difficile des étapes à passer.

Après un bon moment, il abaissa sa main derrière moi, et entra un doigt humidifié aussi délicatement qu’il était possible de le faire. La peur et les souvenirs se déversèrent en moi, me crispant immédiatement, le regard dans le vague, tourmenté par l’ancienne douleur qu’Ewen m’avait fait subir. Rapidement il captura mes lèvres, m’offrant un baiser passionné. Il me fallut plus de temps pour me ressaisir. Lorsque son regard s’ancra dans le mien, un sourire s’afficha sur ses lèvres alors qu’il commençait à bouger son doigt.

– Ça doit bien faire quatre ans que je rêvais de ce moment… Souffla-t-il.

Me décontractant du mieux que je le pouvais, je répondis dans un sourire :

– Moi aussi…
– Tu m’as vraiment manqué.

Mon cœur se gonfla de cette chaleur si particulière que lui seul parvenait à faire naître en moi. Il reprit une nouvelle fois mes lèvres, enfonçant une deuxième fois. Un gémissement de douleur sortit de mes lèvres, mais je l’étouffais bien vite en l’embrassant. Je voulais aller au-delà, mais c’était extrêmement laborieux. Mes ongles se plantèrent sur ses épaules et il me fallut plusieurs vas et biens pour me détendre, allant même jusqu’à m’enfoncer insoucieusement de moi-même sur ses doigts. Il se retira peu de temps après, posant ses mains sur mes hanches. Il ancra son regard dans le mien, frottant son nez au mien, comme il le faisait souvent aussi.

– Tu es prêt ? Demanda-t-il faiblement.

Prêt ? Je ne le serais jamais. Mais c’était maintenant ou jamais et je devais me bousculer. Pour toute réponse, je ne pus qu’acquiescer avant de plonger ma tête dans son cou. Je ne voulais pas qu’il me voit avoir mal, je ne voulais pas qu’il voit pendant quelques instants, l’image que je renvoyais à Ewen par le passé. Jaeden fit de même et d’un mouvement lent, il me pénétra, m’arrachant un gémissement de douleur que je ne connaissais que trop bien. Mes ongles le griffèrent alors que mon angoisse prenait le dessus, atteignant son paroxysme. Je ne pus retenir mes larmes. J’avais envie que tout cela cesse. Je me sentais oppressé et honteux d’avoir peur de celui que j’aimais. Jaeden stoppa tout, et je dus me faire violence pour ne pas le supplier d’arrêter, perdant toute dignité comme souvent avec Ewen. Cette douleur plus psychologique que physique me terrifiait littéralement.

Recherchant mes lèvres, nos langues se retrouvèrent, et il reprit de s’enfoncer en moi. Une fois fait, il commença un déhanché minime, et je ne pus me retenir de gémir sous la douleur. Jaeden ne le voyait pas, mais je lui cachais un véritable combat, dont le vainqueur déterminerais l’issue de mon avenir.

Ce fut un combat solitaire que je menais, même si Jaeden était une aide primordiale. J’étais arrivé à un stade où il ne pouvait plus m’atteindre. Je me remémorais ses paroles, sa douceur, sa présence, l’être qu’il représentait pour moi. Le temps passa, et mes plaintes finirent par se transformer, berçant Jaeden d’une mélodie bien plus agréable. La douleur s’échappa lentement, faisant renaître en moi le vrai plaisir que je n’avais plus connu depuis quatre ans, celui que Jaeden m’avait fait connaître, celui qui m’avait fait vibrer plus d’une fois.

Jaeden m’avait attendu jusqu’au bout. Plus d’Ewen venant ombrager ce moment, juste Jaeden et moi. Mes membres se relâchèrent peu à peu, et mes gémissements se transformèrent en plaisir. Je me laissais aller à ma seule sensation. Nos lèvres se joignirent à nouveaux. Je revenais de loin. Jaeden augmenta le volume de ses déhanchés, ravie de me retrouver. Je ne savais si cet instant durerait dans le temps. Mais c’était bien le Ilian du passé qui était de retour, plus fort mais paradoxalement plus fragile. Je le griffais toujours, mais cette fois ce n’était plus à cause de la douleur. Je revivais un court instant, comme avant, m’évadant enfin pour de vrai, et cela était meilleur que la plus forte des drogues. Mon corps se cambrait, mes jambes s’accrochèrent autour de lui, dans le désir de l’avoir toujours un peu plus en moi. Mon cœur battait extrêmement vite à l’idée que nous avions réussi. Nous perdions l’esprit pour ne former plus qu’un. Le bonheur m’irradiait alors que dans un ultime déhanché, il me décrocha les étoiles. J’éjaculais sur son bas ventre et Jaeden me suivit immédiatement. Jaeden avait le souffle coupé et semblait avoir du mal à reprendre sa respiration, tout comme c’était mon cas. Je me sentais revivre, je n’étais plus le Ilian de cet hôpital. Ewen ? Il n’avait plus sa place dans mon esprit. Un éclat de malice traversa mon regard et un sourire sadique étira mes lèvres. Osant comme rarement il m’arrivait de le faire, je lui ordonnais faiblement :

– Recommences.

Certes fatigué par l’effort fournis, Jaeden était prêt à recommencer. Il reprit ses déhanchés à notre plus grand bonheur, un instant qui toucha plus près que jamais la perfection…

***

Je me réveillais un peu avant Jaeden, mais je n’ouvris pas les yeux tout de suite, trop heureux de ce que je ressentais à être ainsi à ses côtés. Je voulais rester éveillé pour le peu de temps qu’il nous restait, j’aurais largement le temps de récupérer mes heures de sommeil plus tard. Je me sentais pour la première fois depuis longtemps libéré d’un poids qui m’avait longtemps accablé. Avec lui à mes côtés, je me sentais capable de me surpasser, d’aller au-delà de mes limites et c’était ce que nous avions fait cette nuit. Mes yeux finirent par s’ouvrirent, s’habituant à l’obscurité qui régnait encore dans la pièce.

Le soleil n’allait pas tarder à se lever, mais je pouvais suffisamment voir le corps de Jaeden. Allongé sur le ventre une de ses mains était amoureusement posée sur la mienne. Mon autre main posée sur son dos en une caresse aérienne, mais ils s’arrêtèrent sur un endroit précis. Je n’avais jamais connu une telle imperfection sur son dos, mais il m’avait déjà semblé l’avoir senti cette nuit. Me redressant légèrement, je pus voir une fine cicatrice en travers de son dos. Me recouchant, mon cœur se serra à l’idée de ne pas savoir ce qu’il avait vécu pendant ces quatre années. Je commençais à prendre réellement conscience qu’il n’avait pas eu une vie toute rose, et que mon départ l’avait abîmé bien plus que je ne pensais. Mes doigts passèrent sur sa cicatrice, comme si je tentais d’effacer le mal que je lui avais fait. Le pire était que je continuais, le voulant égoïstement pour moi, alors qu’une relation pour nous était vouée à l’échec. Tiendrait-il en me voyant si peu ? Je restais un temps incalculable comme ceci, le soleil s’étant maintenant levé, il ne devait pas être loin de 7 heures.

Jaeden sembla se réveiller, car je le senti se crisper soudain. Prenant conscience que la cause était ma main sur sa cicatrise, je la retirais immédiatement, comprenant que j’allais trop loin.

– Désolé, souffla-t-il, déçu.

Il reposa sa tête sur l’oreiller, honteux de ne pouvoir me parler de son passé. Mais ce qui importait maintenant n’était pas ce qu’il avait vécu, mais ce que nous étions en train de vivre… Qui mieux que moi pouvait comprendre ses réticences. Je me rallongeais, et me collais contre lui. Ma jambe passa au dessus des siennes, alors que je collais mon intimité contre sa hanche. Une de mes mains vint se poser dans ses cheveux, tandis que l’autre caressais son bras du bout des doigts. Mes lèvres se posèrent sur sa joue et vivement il tourna la tête, prenant possession de mes lèvres. Nous échangeâmes un baiser digne de ce nom, tandis que mes bras passaient autour de son cou alors qu’il se mettait au dessus de moi. Mon corps désirant le sentir plus près, se colla au sien sans que je puisse le retenir.

– Je vais devoir partir… Dit-il, frottant son nez contre le mien.

N’ayant aucune envie qu’il s’éloigne, je resserrais mes jambes autour de ses hanches, me collant un peu plus contre lui. Je ne voulais pas retrouver ma place de patient prisonnier dans ce lieu tout de suite, et je savais que cela serait inévitable.

– Reste encore un peu… Répondis-je, la voix suppliante avant de happer ses lèvres dans un tendre baiser.

Le temps passa, et alors que ses mains passaient et repassaient sur mes hanches à mon plus grand plaisir, Jaeden finit par s’apercevoir que l’heure avait bien avancé. Un soupire rauque sortit de ses lèvres et il se releva sur les coudes.

– Il faut vraiment que je parte Ilian. Fit-il en déposant un smack sur mes lèvres.

Comprenant que gagner quelques minutes de plus nous étaient impossible, j’acquiesçais sans rien dire, mais je ne pus retenir les larmes qui commençaient à monter. L’idée de ne pas savoir lorsque j’allais pouvoir l’étreindre de nouveau m’était insupportable, et périlleusement difficile à surmonter. Jaeden attrapa à la va-vite ses vêtements, se mettant nu, devant moi. Mes yeux ne purent s’empêcher de se délecter de la beauté de son corps. S’en apercevant, Jaeden me balança mon pyjama dans un sourire.

– Rhabilles toi espèce de pervers. S’exclama-t-il en rigolant légèrement.

Les joues rouges, je souris à mon tour, avant de m’habiller en vitesse. Puis vivement, je me rassis sur mon lit, posant la couette sur moi, avant de regarder Jaeden profitant de chaque seconde avant son départ. Une fois habillé, il prit ses chaussures et s’assit sur le lit afin de les mettre. La tentation étant trop forte, j’en profitais pour venir me coller contre lui. Une fois ses chaussures lacées, il prit mon visage entre ses mains, et posa ses lèvres sur les miennes une dernière fois.

– Je vais essayer de faire une autre garde rapidement… Dit-il, dans un sourire.

Une dernier baiser, et il se leva, sortant de la chambre après un dernier regard. Le manque de sa présence se fit aussitôt ressentir, lacérant mon cœur, et je laissais enfin mes larmes s’échapper. Cependant un petit sourire ne quittait plus mes lèvres, trace indélébile de ce que Jaeden m’avait apporté et offert cette nuit là…

Je ne sais combien de temps je restais là, assis dans mon lit, le sourire aux lèvres. Je me sentais libéré d’un poids si gros que j’avais l’impression de flotter. Pourtant les larmes continuaient à couler, trahissant la douleur de devoir être séparé de lui. Traversé de part en part par ces deux sentiments contradictoires, je pleurais en même temps que je souriais. L’infirmière qui venait me voir chaque matin me trouva avec ce même sourire, et eu du mal à cacher sa surprise. Comme un automate, je lui tendis mon bras, et lui laissais me faire les soins, tandis qu’elle me complimentait sur la cicatrisation. Elle me laissa après m’avoir donné les cachets et me décidant enfin à quitter mon lit, je pris une de mes tenues et allais me prendre une douche.

Je ne tardais pas trop, me sentant un appétit que je n’avais pas connu depuis longtemps. Je ne savais pas s’il durerait, mais je comptais bien en profiter, rien que pour offrir à Jaeden un corps plus désirable. De légères rougeurs vinrent teinter mes joues en repensant à nos ébats de la veille. Ne désirant pas forcer ma faim retrouvée, je pris un plateau modérément rempli et allais m’asseoir dans un coin, loin de tous les regards. Avec quelques difficultés, je réussis pourtant à finir la totalité de mon petit déjeuner. Le ventre plein, j’allais ranger mon plateau avant de retourner dans ma chambre, préférant me trouver dans le dernier lieu où j’avais vu Jaeden. J’y passais mon temps à lire, et à rêvasser, retrouvant même l’inspiration pour écrire quelques lignes avant d’aller manger. Alors que je fermais mon cahier j’entendis soudain quelqu’un frapper à ma porte. Attendant tout simplement qu’il ouvre la porte, mon visiteur n’était autre que Cameron. Nous avions pris quelques habitudes et c’était très fréquent qu’il vienne me chercher pour manger. Nous ne parlions en général pas beaucoup, simplement quelques paroles, profitant du silence et de la paix que nous nous accordions. J’eus le plaisir de voir Jaeden manger au réfectoire avec le directeur, rien que l’apercevoir emplissait mon cœur de chaleur. Sans que cela se voie, je profitais de chaque instant pour le regarder. Il finit par partir après un dernier sourire caché. J’avais un rendez-vous avec le directeur, mon nouveau psy dans une heure.

Laissant Cameron retourner dans sa chambre, je pris le chemin de la bibliothèque afin de prendre de nouveau livre après avoir récupéré les anciens dans ma chambre. Je fis mon choix assez rapidement, puis me trouvant trop à l’étroit dans ce lieu, je décidais de m’octroyer une balade à côté du lac. Je le vis à quelques mètres de moi, assis sur un banc. Je posais ma main sur ma nuque, gêné, avant de me remettre en route. Si Cameron n’avait pas été là, je lui aurais directement sauté dessus. C’était peut être pour cela que j’étais partit aussi vite, pour éviter d’être tenté. J’eus le plaisir d’entendre ses pas pressés venir vers moi. Un sourire sur mes lèvres, il ne résista pas et m’embrassa immédiatement, en manque constant de l’autre tout autant que moi. Mes mains se posèrent sur sa tête, tandis que les siennes étaient sur mes hanches. Je me reculais sous le choc du baiser et me collais contre un tronc d’arbre afin d’être plus à l’aise.

Jamais je ne me lasserais de ses lèvres, et j’avais de plus en plus de mal à saisir comment il m’était possible de les quitter. Notre baiser, déjà passionné, se transformait de plus en plus. Aucun mot n’avait été échangé, mais nos gestes parlaient pour nous. Nous ne supportions pas cette distance. Sa main passa sous ma veste et je ne pus que frissonner d’excitation, ne vivant en rien ce geste comme une agression. En manque d’air, je mis fin au baiser, collant mon front au sien, essoufflé, mais au combien serein.

– Tu devrais partir, soufflais-je à contrecœur, préférant mettre rapidement fin à cet instant avant que la tristesse ne vienne balayer mes sentiments de plénitude.
– Tu nous as suivis… Dit-il, un sourire sur les lèvres.
– Non ! M’offusquais-je, le rouge aux joues.

Il rigola légèrement, et repris à mon plus grand plaisir, une nouvelle fois mes lèvres pour un baiser passionné. Mes bras se resserrèrent autour de son cou, ne supportant pas de le laisser m’échapper. Il me colla un peu plus au tronc, prenant possession de moi. Une fois à corps de souffle, ce fus lui qui mit fin à notre baiser, en étant tout simplement incapable. Il déposa un doux baiser papillon sur le coin de mes lèvres, avant je ne lui souffle, dans un sourire qui sembla lui faire plaisir :

– Vas-t-en idiot.
– A bientôt…

Vivement, il se décala et prit le chemin de l’établissement. Il se retourna, marchant à reculons et me lança un sourire éblouissant avant de se tourner et de partir pour de bon. Je savais qu’il ferait tout ce qui lui était possible pour nous offrir un nouveau moment n’appartenant qu’à nous deux.

Cet échange me donnait un peu plus de courage pour ce qui m’attendait. Les questions du directeur devenaient de plus en plus pressantes, et il savait parfaitement s’y prendre pour me déstabiliser. J’avais tenu jusque là, mais qu’en serait-il au fur et à mesure du temps qui passait. Je devais d’ailleurs y être dans très peu de temps et ce fut dans un soupire que je me décidais à y aller. Marchant d’un pas lourd, mes pensées dévièrent très rapidement vers l’homme que j’aimais, espérant qu’il fasse au plus vite une nouvelle nuit de garde. J’étais prêt à attendre le temps qu’il faudrait, mais je ne pouvais m’empêcher de culpabiliser sur le fait de lui imposer tout cela. J’avais l’impression de lui voler sa liberté, de le tenir là, entre mes mains et de me refuser à le lâcher. J’en étais tout simplement complètement incapable. C’était maintenant trop tard me mentis-je…

Je mis assez peu de temps à me rendre jusqu’au bureau du directeur, et durant mon trajet, je ne vis pas Jaeden. Arrivé devant la porte, je frappais et la voix du directeur m’invita à entrer. C’est ce que je fis, allant directement m’asseoir en face de lui, sans un mot.

– Bonjour Ilian. Comment te sens-tu aujourd’hui.

Bien évidemment, je ne répondis rien, il était rare que le directeur parvienne à m’arracher quelques mots.

– J’ai appris que tu avais mangé convenablement ce matin et à midi. Je t’en félicite.

Le silence se fit alors qu’il ouvrait mon dossier. Lorsqu’il trouva la page désirée, il attrapa une nouvelle feuille blanche pour la remplir de toutes ses âneries à mon sujet, pour alourdir un peu plus les idées que tous se faisaient de moi. Le directeur n’y faisait pas exception.

– Bon, aujourd’hui je désirerais aborder un sujet que j’ai trop longtemps repoussé et qui me semble important. Nous allons parler de Jaeden et de votre relation passée. C’est d’ailleurs pour cela que je l’appellerais ainsi et non le docteur Sadler.

Je sursautais presque, déstabilisé à la simple entente de son prénom. Le directeur s’en aperçu et je savais dès maintenant qu’il n’allait pas me lâcher sur ce sujet. Si nous l’avions évité jusqu’à maintenant, ce n’était plus le cas à présent, et je ne savais pas ce qui l’avait fait changé d’avis.

– Si j’ai bien compris, vous êtes sortit ensemble il y a quelques années. Combien de temps cela a-t-il duré ?

Je ne répondis rien, n’ayant aucune envie de rentrer dans son petit jeu des questions réponses. Perdant rapidement patience, le directeur déclara vivement :

– Je viens de te poser une question Ilian et j’ai toute la journée pour attendre la réponse, voir plus s’il le faut. Cesse ces gamineries.

Je savais qu’il ne me lâcherait pas. Il avait raison, il me traitait comme un simple enfant. Me glissant rapidement dans la peau du personnage qu’il m’imposait, je choisis de céder à sa menace et répondit :

– Un certain temps. Deux ans.

– Deux ans ! S’exclama-t-il surpris. Vos rapports étaient donc avancés… Demanda-t-il plus embarrassé.

– Je ne vois pas en quoi cela vous regarde. Répliquais-je, le défiant de mon regard froid, mais oui en effet.

Le directeur semblait déstabilisé par le fait que je réponde à ses questions, et surtout de cette manière. Pourtant, cela ne l’empêcha de poursuivre.

– Comment été Jaeden à l’époque ?

– Plus jeune, dis-je, d’un ton faussement insolent que le directeur ne releva pas.

– C’est toi qui as mis fin à votre relation ?

– Oui.

– Une raison particulière ?

Je fus incapable de répondre. Il parlait du nœud du problème, de ce qui avait amené ma présence ici. Mon regard se voila au souvenir du passé qui aurait pu être bien différent sans mon cousin… Le directeur n’insista pas, et il garda ses questions à ce sujet pour plus tard. Il me demanda soudain :

– Tu ressens encore quelque chose pour lui aujourd’hui ?

– On oublie jamais son premier amour, dis-je en masquant quelque peu la véracité de mes propos.

Le directeur ne s’attendait certainement pas à cette question. Perdant sa répartie, il commença à griffonner quelques mots sur sa nouvelle feuille, quelques nouvelles théorie sur moi certainement…

– Pourquoi as-tu accepté qu’il soit ton psy ? Parce que tu l’aimais encore ?

– Je crois que ces questions n’ont plus aucun rapport avec mon passé, répliquais-je cinglant, ne me laissant pas démonté par ces questions.

– Alors c’est cela… C’est parce que tu ressentais encore quelque chose pour lui.

Ne supportant plus le chemin que prenais la conversation, je me levais brusquement et déclarais, la voix débordante d’une haine glaciale non dissimulée :

– Je vous avais dit que je voulais changer de psychiatre, et cela dès le premier rendez-vous. Mais vous avez décidé autrement. Que pensez-vous de toute manière de l’avis d’un fou.

Lui tournant le dos, je marchais d’un pas vif vers la porte.

– Encore une réaction enfantine. Dit-il alors que ma main se figeait sur la poignée. Tu fuis les obstacles.

– Peut-être, pris-je la peine de répondre, d’une voix toujours aussi impersonnelle, mais plus faible.

– La prochaine fois ramène moi tes cahiers Ilian. J’aimerais lire tes écrits.

Mon départ se clôtura par une porte claquée. A peine eus-je fait quelques pas que je me retrouvais nez à nez avec Jaeden dans le même état de colère que moi. Je mis instinctivement de côté la mienne, lui lançant un regard inquiet vis-à-vis de son état. Malheureusement, nous n’étions pas seul dans le couloir et bien je me sois arrêter net face à lui, nous ne pouvions rien nous dire et je pouvais encore moins le prendre dans mes bras. Soupirant face à notre situation qui nous usait l’un l’autre, Jaeden reprit sa route, m’effleurant à peine la main. Aussitôt une idée me vint à l’esprit, me souvenant des dernières paroles du directeur. Il voulait mes cahiers et je savais qu’il ne se gênerait pas pour les récupérer par la force s’il le fallait. J’étais tout simplement incapable de les détruire. Réfléchissant à toute vitesse, j’attrapais au vol la manche de Jaeden, le retenant. Se retournant aussi vivement, il me regarda surpris, s’apprêtant certainement à me demander ce qui me prenait.

– Mes cahiers, bredouillais-je. Le directeur les veut. Est-ce je peux te…

Devant ma détresse, Jaeden compris assez vite ce que je lui demandais. S’il y avait bien une personne à qui je pouvais faire confiance à ce sujet, c’était bien lui. Il n’y avait qu’à lui que je pouvais les donner. C’était cela, ou je les détruisais.

– Laisse-les dans la chambre de Cameron, me répondit Jaeden, réfléchissant à toute vitesse. Je passerais les prendre dans un petit moment.

Le temps d’un murmure et il était déjà partit, marchant jusqu’à son bureau comme si aucun échange n’avait eu lieu. Une fois de plus, il venait à mon aide alors que je n’avais rien fait pour son état. C’était toujours lui m’aidait et non l’inverse. C’est en me sentant presque égoïste que je gagnais ma chambre.
Il ne me fallut pas beaucoup de temps pour rassembler la totalité de mes cahiers. Attrapant une feuille de papier vierge, je griffonnais quelques mots à Jaeden, conscient des risques je prenais. Le glissant dans le premier cahier, le faisant légèrement dépasser, je les pris avant de sortir de ma chambre. J’évitais soigneusement le groupe d’infirmière qui aurait pu se poser des questions. Par chance, la chambre de Cameron n’était pas très loin de la mienne et ce fut nerveux que je frappais à sa porte priant pour qu’il y soit. Par chance, il vint m’ouvrir assez rapidement, et il ne cacha pas sa surprise de me voir. Aux habitudes c’était lui qui venait me chercher et jamais je n’étais venu de mon propre chef dans sa chambre.

– Ilian… Tu cherches quelque chose ? Me demanda-t-il hésitant.

– Est-ce que tu pourrais me rendre un service ?

– Je… Oui… Enfin, ça dépend pour quoi.
– Si je te donne quelque chose, tu pourras le donner au docteur Sadler de ma part.
– Pourquoi tu ne le fais pas directement ? Me demanda-t-il légèrement suspicieux.
– S’il te plaît Cameron, je ne te le demanderais pas si je n’en avais pas réellement besoin
– D’accord, céda-t-il soudain.

Je ne m’appesantis pas sur ce brusque changement de comportement et je lui tendis les cahiers qu’il posa sur son bureau. J’étais presque certain qu’il ne tenterait même pas d’en lire une seule ligne. Changeant soudain totalement de sujet, Cameron me proposa :

– On va en salle télé ce soir, il y a un film qui a l’air pas mal.
– Pas de soucis à tout à l’heure, répondis-je, plus que soulagé qu’il me vienne en aide et prêt à lui accordé n’importe quoi.

Je sortis de la chambre les bras vides, une étrange boule au ventre, comme séparé de quelque chose qui m’était essentiel et nécessaire. Regagnant ma chambre, il fallut que je croise Melvin. Cela faisait un moment que je ne lui avais pas parlé. Nos dernières entrevues s’étaient résumées à quelques regards de parfait étranger qui se toisent, lancés à la sauvette. Pourtant cette fois-ci, il marcha droit vers moi. Il avait assez mal supporté mon rejet et ma distance après qu’il m’est avoué avoir subit la même chose que moi. Mais je devais avouer que je me sentais maintenant mal à l’aise face à lui.

– Tu allais dans ta chambre ? Me demanda-t-il.

Melvin me sauta soudain dessus et m’embrassa à pleine bouche sous le regard effaré des infirmières. Écœuré par ce contact non désiré, il me fallut quelques secondes pour réagir et le pousser violemment avant de m’enfuir le plus vite que je le pouvais. Arrivé dans ma chambre, je refermais violemment ma porte avant de m’adosser dessus et de me laisser glisser. J’avais encore l’impression de sentir ses lèvres sur les miennes et ce contact n’avait aucun rapport avec les baisers de Jaeden. Tentant de me remettre, j’inspirais profondément alors que mon cœur tonnait à vive allure dans ma poitrine. Je ne comprenais pas ce qui lui avait pris, surtout devant tout le monde. Je priais pour que cette histoire ne remonte pas aux oreilles de Jaeden.

Nous étions dans un bar, Jaeden m’avait invité à venir avec lui et quelques potes. Nous étions samedi soir, et j’avais réussis à avoir une autorisation de sortie de la part de mes parents. Le mieux était que je pouvais dormir chez Jaeden et je n’avais donc pas d’heure pour rentrer. Jaeden discutais avec ses amis m’ignorant un peu mais je ne m’en formalisais pas. Je me levais pour aller chercher quelques boissons, tandis qu’il parlait de je ne sais quoi avec un autre dont je n’avais pas suivit la conversation. Arrivé devant un des serveurs qui était derrière le bar, je donnais commande et j’attendis qu’il ait le temps de me servir. C’est alors qu’un garçon s’approcha de moi. Il devait avoir quelques années de plus, un sourire charmeur, et des cheveux blonds mi-long qui lui tombaient derrière les oreilles. S’arrêtant à mes côtés, il s’accouda au comptoir et me demanda d’une voix séductrice :

– Tu es seul ?

Peu habitué à ce que l’on m’aborde ainsi, il ne me fallut qu’un dixième de seconde pour perdre mes moyens. Mes joues devinrent presque écarlates et ce fut extrêmement gêné que je bredouillais un « non » incompréhensible. Il sourit, se moquant très certainement de mon attitude. Il allait maintenant très certainement me tourner le dos et chercher quelqu’un d’autre. Mais je me trompais apparemment car il me proposa :

– Je t’offre quelque chose à boire ?
– Non… Non merci… Je…
– Allez quelqu’un de sexy comme toi, ne peux pas me refuser ça… Dit-il en voulant poser une main sur mon épaule.

J’étais loin d’être habitué à ce genre de compliment, et alors que j’allais refuser une bonne fois pour toute, je fus soudain tiré en arrière, alors que deux bras m’entouraient par la taille. La voix de Jaeden ne tarda à se faire entendre :

– Ce mec sexy comme tu dis est déjà pris, et si par malheur son copain apprenais que tu veux tenter quelque chose, je pense que tu ne ressortirais pas de ce bar en un seul morceau…

Le dragueur n’insista pas, nous lançant un regard dépité avant de nous tourner le dos et de trouver une autre personne. Je me retournais pour me retrouver face à Jaeden. Un large sourire illuminait mon visage. Il m’avait surveillé de sa place et surtout, il était jaloux. Il semblait quant à lui, encore énervé qu’un autre homme est essayé de me draguer et je ne pus m’empêcher de lui dire après avoir déposé un bref baiser sur ses lèvres :

– Je ne savais pas que tu étais jaloux…

– Ne dis pas de conneries, s’emporta-t-il aussitôt.

Peu impressionné par son ton autoritaire, j’ajoutais :

– Pourtant, ce que tu viens de faire…
– Ilian, si tu continu, tu dors chez ton cousin ce soir, me menaça-t-il.

Il ne m’en fallut pas plus pour me taire. Me tournant vers le comptoir, j’attrapais les boissons qu’on nous donnait enfin. J’avais retrouvé tout mon sérieux, et il n’était plus question de le taquiner à ce sujet. C’était avec lui que je voulais passer la nuit. Jaeden ne pu s’empêcher de rire face à mon brusque changement de comportement et il glissa à mon oreille :

– Petit pervers.

Alors que mes joues prenaient une teinte rosée, je remerciais le ciel qu’il ne puisse pas lire dans mes pensées.

– Ne t’inquiète pas, nous n’allons pas tarder à rentrer, dit-il d’une voix lourde de sens.

Attrapant les verres qui restaient pour m’aider à porter, nous retournâmes tous les deux à notre table, lui satisfait de lui-même et moi gêné mais malgré moi impatient.

Je me redressais, soudain emprunt de la nostalgie de notre passé où tout était bien plus simple. Me rendant compte de ma fatigue, n’ayant pas passé beaucoup de temps à dormir cette nuit, je décidais d’aller m’étendre dans mon lit. Je n’avais même pas envie de lire. Posant ma tête sur l’oreiller, j’oubliais tout, restant dans mon songe. Son odeur me semblait encore imprégner le lit. Soupirant, je me laissais aller à fermer les yeux, un sourire aux lèvres. Ce fut son image qui m’accompagna dans mon sommeil.

 

**

Ce furent des petits coups discrets frappés à ma porte qui me réveillèrent bien plus tard. C’était Cameron qui venait me chercher pour manger. Me redressant dans un état encore vaseux, je lui demandais de m’attendre. M’étirant rapidement, je remis mes vêtements en place avant de brièvement faire mon lit et de le rejoindre. Comme je lui avais promis, nous passâmes la soirée ensemble, nous quittant après le film. Il m’avait confirmé avoir transmis les cahiers à Jaeden, et je le remerciais plusieurs fois. Melvin était lui aussi présent ce soir, mais il me regardait de loin, attendant certainement un moment où je serais seul pour m’expliquer avec lui au sujet de ce qui venait de se passer. Et c’est d’ailleurs ce qu’il fit. Alors que je retournais seul dans les couloirs pour aller dormir dans ma chambre, Melvin me suivit. Loin de le faire discrètement, il m’appela par mon nom lorsque je posais ma main sur la poignée.

– Ilian attends !

Soupirant, n’ayant pas du tout envie de lui parler maintenant, je me retournais pour lui faire face.

– Qu’est ce que tu veux Melvin ? Lui demandais-je une fois qu’il fut à ma hauteur.

– Je… Commença-t-il à bredouiller.

– Tu… ? M’impatientais-je.

– Je voulais m’excuser pour ce qui s’est passé tout à l’heure dans le couloir…

Je ne répondis pas, n’ayant pas du tout envie de parler de cela, préférant l’oublier totalement, mais ce ne fut pas du goût de Melvin.

– Je te jure, je ne sais pas ce qui m’a pris. Je ne comptais pas le faire, mais… J’en ai envie depuis tellement longtemps et je n’ai pas su résister.
– Et bien retiens toi à l’avenir, car je ne veux pas de ça Melvin.
– Pourquoi ?! S’emporta-t-il. On ressent la même chose j’en suis sur Ilian.
– De quoi tu parles ? M’agaçais-je à mon tour.
– Enfin Ilian, on a vécu la même chose. On est pareil, on ne peut que…
– Stop ! M’écriais-je. N’en dis pas plus. Il n’y aura jamais rien entre nous Melvin. Je veux bien être ton ami, mais rien de plus. Maintenant le sujet est clos, je te souhaite une bonne nuit, je vais me coucher, je suis fatigué.
– Mais je t’aime ! Déclara-t-il précipitamment alors que je me tournais pour entrer dans ma chambre.
– Tu ne devrais pas dire ce genre de chose à la légère. Désolé, Melvin, j’aime quelqu’un d’autre. Dis-je froidement, avant de rentrer dans ma chambre et de claquer ma porte lui faisant clairement comprendre que la discussion était close.

Heureusement, il ne tenta pas d’entrer, me laissant seul et surtout en paix. Il ne me fallut pas beaucoup de temps pour me mettre en pyjama et me glisser sous mes draps. Je n’avais qu’une envie, m’endormir le plus rapidement possible, bercé par l’odeur de Jaeden qui restait encore un peu. Ce fut le souvenir de notre nuit passée qui m’emporta doucement au pays des songes.

***

Je ne croisais pas Jaeden les jours qui suivirent. Il n’était même pas présent lors des parties d’échecs et le sentiment de solitude me retomba lourdement dessus, effaçant malheureusement trop vite le bonheur qu’il m’avait apporté. Je devenais nerveux et bien que je lutte contre mon appétit s’amenuisait au fils de la semaine. Cela faisait maintenant cinq jours que je ne l’avais plus revu, et je comptais aller me coucher pour affronter le lendemain une journée de plus sans l’avoir vu. Melvin continuait à me harceler tous les soirs alors que je regagnais ma chambre, me répétant toujours la même chose et tentant laborieusement de me faire changer d’avis.

Je m’étonnais de la patience avec laquelle chaque fois je le repoussais. J’espérais peut être qu’il se lasserait avec le temps. Cependant, ce n’était pas le cas ce soir. Il était déjà tard, et nous devions être chacun dans nos chambres depuis déjà un petit moment.

– S’il te plaît Ilian, se plaignait-il, laisse moi au moins une chance…
– Combien de fois je vais devoir te dire non ! A demain Melvin, dis-je pour la quatrième fois.
– Pourquoi… Gémit-il en se rapprochant de moi plus que nos rôles respectifs le permettait.

N’aimant pas qu’il m’approche ainsi, à deux doigts de me toucher, je me reculais, me retrouvant dos à la porte de ma chambre désespérément close. Sa main se posa au dessus de mon épaule sur la porte, m’enfermant un peu plus. Je me sentais prisonnier par un autre corps et c’était une des sensations qui m’effrayait le plus.

– Qu’est-ce que vous faites, s’exclama soudain une voix que je ne connaissais que trop bien et qui m’avait cruellement fait défaut ces derniers temps.

Ma tête se tourna instinctivement vers Jaeden, un large sourire se dessinant sur mes lèvres, trop heureux de le revoir enfin. Melvin quand à lui s’était reculé de quelques pas, me laissant enfin un peu d’espace personnel. Je cherchais le regard doux de Jaeden, mais je me heurtais à un mur de colère et de froideur. A vrai dire, c’est à peine s’il se préoccupait de moi, totalement concentré sur Melvin.

– Vous devriez chacun être dans vos chambres et non dans le couloir à cette heure ! Melvin tu vas me faire le plaisir de regagner la tienne. Je vais te raccompagner. Ilian, je reviens. Dit-il sans même m’accorder un regard.

Je les regardais partir en direction de la chambre de Melvin, lui marchant devant et Jaeden le suivant comme pour s’assurer qu’il exécuterait bien ses ordres.

Mon cœur s’emballa lorsque je compris qu’il était de garde ce soir là. C’était la seule chose qui pouvait expliquer sa présence ici et maintenant. Ainsi, il était venu me voir et mieux encore, il allait passer la nuit avec moi. Entrant dans ma chambre le cœur battant, je refermais la porte derrière moi. Tirant les rideaux, j’allumais la lampe de chevet avant de l’attendre, assis sur mon lit, dos au mur. Je tentais de ne pas me formaliser du temps qu’il mettait à revenir, entortillant mes doigts d’excitation et de joie rien qu’à l’idée qu’il allait me prendre dans ses bras.

Il entra soudainement sans frapper, refermant la porte de manière si nerveuse que je compris qu’il était plus qu’énervé. Il posa brièvement son regard inquisiteur sur moi avant de tourner vivement en rond dans la pièce et de déclarer sans mâcher ses mots :

– Je ne peux pas supporter ce type. Je ne sais pas si je te l’ai déjà dis Ilian, mais vraiment, il me sort par les yeux. Cette manière qu’il a de te regarder et tout ce qui… Raah… Qu’est-ce qu’il te voulait ? Me demanda-t-il brusquement en se tournant vers moi. On aurait dit qu’il voulait t’embrasser. Si je n’avais pas été là ce soir je…

Il poursuivit son petit manège un long moment, tournant comme un lion en cage, marmonnant plus pour lui-même que pour moi. Je ne pouvais même pas en placer une. C’était comme s’il m’occultait totalement, totalement concentré et emprunt de sa colère. Ce qui m’amusait au départ, commença à me lasser puis à m’énerver. Profitant d’une de ses pauses alors qu’il s’asseyait sur la chaise de mon bureau, en soupirant, je me permis enfin de parler.

– Jaeden, tu ne trouves pas que c’est inutile de gâcher ce temps qui nous est offert alors que tu sais pertinemment que toutes tes idées sont infondées. Et puis surtout, ajoutais-je alors qu’il allait me répondre, on se fou totalement de Melvin. On est là tous les deux et… tu… Tu ne m’as toujours pas pris dans tes bras, finis-je par dire hésitant.

Aussitôt le visage de Jaeden s’adoucit, et un léger sourire vint naître aux creux de ses lèvres. Ne supportant plus cette distance, je me levais et allais le rejoindre au plus vite. M’asseyant sur ses genoux où il m’accueillit à bras ouverts, nous ne résistâmes pas bien longtemps avant d’échanger un baiser. Son unique but était de nous apaiser l’un l’autre et surtout de nous retrouver après tous ces jours de séparation. Il m’avait promis qu’il trouverait le moyen de faire une garde le plus vite possible. Il avait tenu sa promesse et je le remerciais comme il se devait. Ses bras passèrent autour de ma taille devenu trop fine, tandis que mes deux bras passaient sur ses épaules, entourant son cou afin d’approfondir notre échange. Sa langue caressait la mienne avec tendresse, et peu à peu tout soupçon de colère disparut totalement. Nous n’étions plus que tous les deux. Notre baiser prit fin lorsque l’air nous fit défaut. Il frotta son nez contre le mien, comme il avait l’habitude de le faire par le passé, m’envahissant de cette douce chaleur.

– Si tu savais comme tu m’as manqué, lui soufflais-je, en rougissant légèrement.

Jaeden sourit et lui envoyant un regard plein de malice, je me levais et l’attrapais par le bras. Une seule chaise était loin d’être confortable pour nous deux et le lit était plus approprié. Jaeden se laissa guider, et vint s’asseoir près de moi contre le mur. En un rien de temps j’étais tout contre lui, respirant à plein poumon son odeur. Malheureusement Jaeden ne semblait pas trop là ce soir, énervé par une chose plus profonde dont j’ignorais la raison. Je n’osais pas lui demander de quoi il s’agissait, de peur de le braquer ou de le rendre distant. Peut être n’avait-il tout simplement pas envie d’aborder ses problèmes avec moi, et voulait juste passer un moment avec moi. Passant tendrement sa main sur sa joue, je me collais un peu plus à lui avant de lui voler un baiser. Il mit du temps à vraiment s’y investir, se laissant la plupart du temps guidé au gré de mes envies. Même s’il était près de moi, si je gouttais ses lèvres et sentais son odeur, j’avais l’impression qu’il n’était là qu’à moitié. Alors que j’allais m’écarter pour lui demander ce qu’il avait ne supportant plus la situation, son portable se mit à sonner.

Jaeden se redressa brusquement, attrapant son portable dans la poche de jean. Il lâcha un profond soupire avant de décrocher et de dire sur un ton exaspéré :

– Oui, qu’est ce qu’il y a encore.

– …
– Non, je n’ai pas oublié. Répondit-il sèchement.

– …
– Oui, j’y serais, mais je te l’ai déjà dit tout à l’heure.

– …
– A demain. Finit-t-il par dire avant de raccrocher.

Il était maintenant debout, dans un état d’énervement pire que celui de tout à l’heure. Totalement perdu, ne comprenant vraiment plus ce qui lui arrivait, je me lançais et risquais à lui demander :

– Jaeden… Qu’est ce qui se passe ? Pourquoi es-tu…
– Oublies… Dit-il un peu trop sèchement. Je ne suis pas venu ici pour te gâcher ta soirée.

Tout en parlant, il vint reprendre sa place à côté de moi, mais sa jambe droite bougeait nerveusement, trahissant son incapacité à rester en place. Étant loin d’être d’accord avec ce qu’il venait de me dire, je me redressais et vint me mettre à genoux devant lui afin d’avoir une réelle discussion avec lui. Pour une fois, c’était moi qui allais l’écouter, et je ne voulais surtout pas qu’il m’en croit incapable. Après tout ce qu’il faisait pour moi, je lui devais largement cela.

– Qui c’était au téléphone ? Demandais-je, oubliant volontairement sa dernière réplique.
– Personne, répondit-il en croisant mon regard.
– Kain ? Insistais-je, voulant aller jusqu’au bout.

Jaeden se mit alors à soupirer, et m’avoua enfin :

– Pire… Ma mère…

Ma main se posa aussitôt sur la sienne en la serrant très fort. Je fus incapable de répondre quoi que ce soit. Je ne m’étais pas attendu à cela, et je savais pertinemment que Jaeden avait une relation très conflictuelle avec ses parents. Cela n’avait apparemment pas changé en quatre ans.

Je finis par venir me lover dans ses bras. A défaut de mots, je pouvais au moins lui amener ma chaleur et ma présence. Le silence devint de plus en plus lourd. Jaeden ne repris la parole qu’après un long moment, poursuivant dans sa lancée, certainement peut habitué à me parler de lui ainsi.

– Elle est venu me voir il y a quelques jours. Elle veut que j’aille voir Kain.
– Et c’est ça qui te met en colère ? Lui demandais-je hésitant en redressant légèrement la tête vers lui.
– Non, c’est le fait que j’ai eu la paix pendant six mois et qu’il suffit que mon frère aille se plaindre pour que hop elle débarque à nouveau et encore une fois je lui cède…

Je restais contre lui, ma tête contre son épaule, tandis que ses mains caressaient distraitement mes cheveux. Je ne sus que répondre, ne pouvant que l’écouter. Et nous restâmes ainsi pendant un long moment, juste l’un contre l’autre, dans le silence, calant nos respirations l’une sur l’autre. Ma main était posée sur son cœur et je pouvais sentir chacun de ses battements. Peut être était-ce une impression mais ils semblaient se calmer eux aussi progressivement. Ce ne fut qu’après un long moment passé ainsi que Jaeden finit par dire d’une petite voix :

– Je suis désolé de cette soirée que je te fais passer. Crois-moi, j’aurais préféré être dans un autre…

Il fut coupé par ma main sur sa bouche. Je ne désirais pas en entendre plus et je lui fis clairement comprendre en lui disant :

– Cesse de tire des conneries. On est très bien juste comme ça.

Savait-il combien je serais prêt à donner pour simplement être dans le creux de ses bras ainsi ? Le serrant fort, je l’invitais à s’allonger tout contre moi. Le débarrassant de ses chaussures et de son jean, il eut tôt fait d’être sous les draps avec moi à ses côtés. J’éteignis la lumière. Ma tête était posée sur son bras qui m’entourait et me caressais tendrement le dos. C’est alors que sa voix s’éleva dans le silence de la nuit, me faisant doucement frissonner de bonheur :

– J’aurais tant aimé que tout ne ce soit jamais passé… A propos d’Ewen… Peut-être qu’aujourd’hui on serait à l’autre bout du monde, loin de ma mère et de mon frère… De tout… Tous les deux…

Rien que l’idée qu’il songe à un avenir commun de cette manière me fit fondre. Me redressant légèrement, un petit sourire teinté de tristesse illuminait mon visage. J’effleurais simplement ses lèvres d’un baiser chaste. Seulement, celui-ci ne fut pas à son goût. Passant ses bras autour de moi, il m’empêcha de regagner ma place et happa mes lèvres avec une passion que je n’aurais pas cru savourer ce soir. Ce fut un long et langoureux baiser que nous échangeâmes, n’allant jamais plus loin. Nous n’avions pas besoin de cela ce soir ; nous désirions uniquement la présence de l’autre à nos côtés. Cette nuit là, je ne lui demandais rien, me contentant de lui apporter un peu de quiétude.

***

Je me réveillais un peu après Jaeden, dans la même position que celle où nous nous étions endormis. Il avait passé sa main sous mon tee-shirt et caressait ma peau distraitement. Allongé sur le dos, il regardait le plafond, si bien qu’il ne vit pas tout de suite mon éveil. Ses sourcils légèrement froncés me montraient qu’il était déjà en train de penser à sa journée et aux problèmes qu’il allait rencontrer. Peiné de le voir ainsi, je passais ma main délicatement sur sa joue. Un petit sourire décora ses lèvres lorsqu’il croisa mon regard, suivit d’un simple baiser de bonjour. Il était encore tôt, mais je savais que son départ était plus que proche. Alors qu’il se laissait de nouveau aller dans le lit avec un soupire, un élan de culpabilité m’envahit brutalement. Sans moi, il n’aurait jamais eu tout ces problèmes avec Kain et sa mère. S’il ne m’avait pas de nouveau rencontré, il serait certainement encore avec Hugo ou un autre homme qui ne l’entraîneraient pas dans la noirceur de ce lieu et dans une relation si impossible qu’elle était vouée à l’échec. Pourtant jamais je ne me sentirais capable de le laisser partir.

– Qu’est-ce-que tu as à me fixer comme ça ? M’interrompit soudain Jaeden dans mes réflexions. Ton regard s’est assombri.

Surpris, j’avalais ma salive avant d’oser répondre par une question dont la réponse de Jaeden me terrifiait.

– Est-ce que tu regrettes d’avoir choisi de t’occuper de mon dossier ?

Jaeden se redressa brusquement, s’écarta légèrement de moi, les sourcils froncés.

– Qu’est ce qui te faire croire ça ?

– Disons que depuis que je suis de nouveau entré dans ta vie… Je… Articulais-je difficilement. Je ne fais que t’apporter des problèmes…

– Non… Me dit-il d’une petite voix. Justement, tu es celui qui m’en apporte le moins.

– Ne dis pas n’importe quoi. Ta carrière est en péril, tu es fâché avec ton frère et…

Ce que j’allais ajouter était le plus dur à dire et pourtant, je ne voulais pas faire marche arrière dans mon argumentation.

– Et j’ai peut-être anéanti une possible relation stable avec un autre… Terminais-je en détournant le regard.

Contre toute attente, Jaeden ne pu s’empêcher de rire et de me prendre dans ses bras en me disant après m’avoir forcé à le regarder :

– C’est à moi de choisir ce qui me pose le plus de problème.

Déterminé à vouloir faire taire mes doutes, il m’embrassa d’une manière si passionnée et particulière qu’il me fut impossible d’aligner deux pensées cohérentes. Savait-il seulement à quel point je tenais à lui et je l’aimais ? Il ne fallut que très peu de temps pour que notre désir l’un pour l’autre oublié la veille revienne au galop. Je pouvais sentir l’avidité de son baiser gagner d’un cran non négligeable. Ce fut ce qui le poussa par ailleurs à mettre fin au baiser et à se rallonger près de moi. Mais cela ne fit pas taire pour autant mon envie de bien plus, et subtilement, je fis glisser mes sous son tee-shirt, m’arrêtant sur ses abdominaux, avant de repartir bien plus bas.

Il ne tarda pas à se tendre, comprenant mes projets et c’est assez gêné qu’il me dit en attrapant ma main par le poignet :

– On n’a pas le temps Ilian, je dois bientôt partir. Crois-moi, si ça ne tenais qu’à moi je resterais indéfiniment…

Peu convaincu, ne désirant pour rien au monde laisser partir Jaeden sans lui avoir fait ce que je prévoyais, je répliquais non sans rougir comme une pivoine :

– On a assez de temps pour ce que je prévois de te faire…

Ne voulant surtout pas voir sa réaction et encore moins m’exposer ainsi à lui, je glissais presque aussitôt sous les draps, dégageant mon bras de sa prise.

Alors que je m’attaquais à son boxer non sans sentir battre mon cœur à un rythme effréné du au stress, j’entendis un « non Ilian… » Bien trop faible et peu convaincu pour m’arrêter. Certes ce que je m’apprêtais à faire était un pas de plus dans mon affranchissement du passé, mais je désirais le faire maintenant. Je voulais offrir un peu de plaisir à Jaeden, et cesser d’être toujours celui qui en recevait de sa part. Je tenais tout simplement à le remercier à ma manière.

– Tu n’es pas obligé Ilian, tenta-t-il une dernière fois, sachant aussi bien que moi ce que cela allait me demander.

Mais j’avais pris ma décision, et rien ne me ferait revenir en arrière. Alors que j’effleurais son intimité à travers le tissu, je vis qu’il était excité plus que je ne le pensais. Était-ce simple l’idée de ce que j’allais lui faire ou le baiser que nous avions échangé ? Je remerciais les draps qui me cachaient à son regard, pour rien au monde je n’aurais voulu qu’il voit ma gène et mon malaise. Prenant mon courage à deux mains, je caressais plusieurs fois à peine l’intimité de mon amant, qui était plus que réactive. Si nous avions eu plus de temps, j’aurais très certainement continué mon petit manège, mais je faisais maintenant glisser son boxer de manière à me libérer le chemin. Jaeden ne tentait plus de me dissuader, parfaitement immobile et attentif à ce que je lui faisais. Un soupir de bien-être traversa ses lèvres alors que j’attrapais son intimité nerveusement. Je ne savais plus comment m’y prendre et maintenant je ne pouvais plus reculer. J’espérais qu’il ne soit pas déçu…

Lentement, je laissais glisser ma langue tout le long, ne trouvant à aucun moment cela sale ou dégradant, comme je l’avais vécu par le passé. J’oubliais tout, comme si je me lançais pour la première fois, comme si mon cousin n’avait pas existé. Mettant soudain tout mon cœur à l’œuvre, je commençais à entendre les premiers véritables gémissements contenu de Jaeden. Je savais qu’il lui serait impossible de crier, mais je n’allais pas forcément lui rendre la tache plus facile. Plus il prenait du plaisir, et plus j’y mettais une part importante de moi, me laissant aller comme jamais je n’avais osé le faire avec lui. Ma main libre se dirigea inconsciemment vers mon intimité, ne tentant plus, devant aussi me satisfaire. Réglant à la cadence de ma bouche, je prenais les rênes de notre plaisir commun. Les mains de Jaeden étaient venues se crisper sur mes épaules, caressant plusieurs fois ma tête dans le but de me guider. A aucun moment il ne tenta de soulever les draps, me connaissant mieux que personne. Le murmure de mon nom à peine perceptible me grisa totalement et sentant qu’il était proche de la jouissance, je me préparais à le rejoindre… Jaeden me prévint d’un murmure entrecoupé qu’il n’allait pas tenir une minute de plus, et je nous accompagnais tous deux jusqu’au bout, nous libérant presque simultanément.

Ce fut seulement à cet instant précis que je réalisais ce que je venais de faire. Trop inquiet et concentré sur mon amant, je m’étais dépassé plus que je ne m’en serais cru capable. Mais cette gêne me collait toujours à la peau, si bien que je n’osais pas revenir à ses côtés, me trouvant pitoyable, caché sous les draps. Ce fut Jaeden qui peu de temps après, les levant, me découvrant. Sans me laissais le temps de réagir, il m’attira vivement à lui et m’embrassa avec une passion que je ne lui connaissais pas. Nul doute qu’il avait envie d’aller bien plus loin et que ce que je venais de lui faire n’avait fait que le mettre en appétit. Je tentais de me contrôler et de mettre ma peur de côté, l’ayant déjà fait une fois, je pourrais sans aucun doute recommencer. Et puis, il m’était impossible de dire que je n’en n’avais pas envie.

J’avais confiance en lui. Sa main glissa presque aussitôt à même mes fesses, les massant avec envie. Sa bouche me dévorait littéralement, m’emmenant dans des lieux inconnus. C’est alors qu’une sonnerie retentit, nous faisant tous les deux sursauter violemment, chutant lourdement à nos places respectives.

– Mince, c’est le téléphone du service. Dit-il avant de se lever et de décrocher. Allo.
– …
– Je… Je faisais une ronde… Oui, j’arrive tout de suite. Dit-il avant de raccrocher.

Attrapant rapidement son jean et ses chaussures, il les enfila à la hâte avant de se tourner vers moi et de m’expliquer :

– Je suis désolé, une infirmière a besoin d’aide avec un patient. On me cherche depuis un petit moment…

S’approchant de moi avec un petit sourire, il me vola un baiser rapide, avant de murmurer à mon oreille :

– Merci et à très bientôt Ilian.

Après un dernier regard et un sourire échangé, Jaeden quitta ma chambre le plus discrètement possible. Je me laissais aller à m’allonger de nouveau sur le lit, frustré, mais heureux.

***

Melvin n’étais pas venu me harceler ce soir là, et m’avait évité à mon plus grand soulagement toute la journée. Je n’avais plus vu Jaeden, mais j’avais passé la journée entière à penser à lui. Il faisait nuit, et je devais m’être endormi depuis quelques heures. Pourtant quelque chose sembla me réveiller, comme si quelque chose me dérangeait. Ouvrant les yeux pour vérifier, je me glaçais de terreur, lorsque je vis Melvin, assis sur mon lit, penché au dessus de moi, en me fixant bizarrement. Sursautant violemment, je me reculais contre l’angle du mur en me redressant.

– Qu’est ce que tu fiches ici ? Lui demandais-je paniqué.
– J’ai essayé… dit-il d’une voix que je ne lui connaissais pas.

Son regard pétillait d’une envie que je ne connaissais que trop bien, et qui avait si souvent illuminé l’œil de mon cousin. Mon cœur battait terriblement vite et je sentais mon ventre se vriller sous l’angoisse alors qu’il poursuivait :

– Mais comprends moi, je n’y arrive pas… Laisse-moi au moins une fois… Je suis sur que…
– Quoi ! M’exclamais-je bien moins fort que je ne l’aurais voulu. Mais de quoi tu parles ! Retourne dans ta chambre, laisse moi tranquille ou…
– Ou quoi ? Me dit-il, totalement indifférent à mon état.

Il s’approcha progressivement mais bien trop rapidement de moi. Paralysé, je ne savais réagir, comprenant parfaitement la tournure que prenait la situation. Sa main se posa sur la mienne alors qu’il me barrait toute fuite possible par son corps. Je n’avais jamais fait attention, mais maintenant tout près de moi, je me rendais parfaitement compte de sa supériorité physique.

– Comprends moi, je ne peux plus tenir, j’ai envie de toi Ilian, nous sommes fait l’un pour l’autre.

Rassemblant mes dernières forces, je repoussais sa main avant de tenter misérablement:

– Melvin ne me fait pas revivre ça. Tu ne peux pas, non…S’il te plaît…
– C’est toi qui l’a cherché Ilian…

Sans me laissais le temps de répliquer, il colla lourdement sa bouche sur la mienne et ses mains sur mon corps, me renvoyant instantanément quatre ans auparavant. La terreur se délia dans mon corps, me rendant immobile spectateur d’une horreur supplémentaire. Sans rien faire, je me retrouvais couché sous lui, ses mains parcourant mon corps, ouvrant à vif d’anciennes cicatrices que je pensais êtres totalement effacées. Jamais je n’aurais cru revivre ça, et je savais que je ne serais plus capable de me relever. Si une personne abusait encore de mon corps, je ne pourrais plus jamais réussir à cohabiter avec celui-ci.

– Tu es tellement beau Ilian, susurra-t-il à mon oreille. Ta peau est tellement douce, dit-il en descendant irrémédiablement vers mon pantalon. Je suis sur que ça va être mille fois mieux que je ne me l’étais imaginé. Je vais te faire oublier, tu vas voir…

J’avais envie de hurler le nom de Jaeden pour qu’il vienne me sauver, mais encore une fois j’étais seul et immobile. Je ne faisais rien pour me sauver, encore une fois je subissais sans rien faire. D’ailleurs que penserait-il en me voyant agir ainsi. Alors que la main de Melvin arrivait sur mon endroit le plus intime, tout se passa très vite.

L’image de Jaeden dévasté en train de lire mon cahier, et lorsqu’il parlait ensuite du passé lorsqu’il avait appris ce qui s’était passé, me saisit à la gorge. Plus jamais je ne voulais lui faire subir cela. Plus jamais je ne voulais le faire souffrir, plus jamais je ne voulais salir mon corps ainsi. C’était à lui que j’appartenais, c’était lui que j’aimais. Et contrairement à la dernière fois, je savais n’étais plus seul. Jaeden était là. Emporté par un courage que je n’avais jamais ressenti et par une colère qui prit la place de ma raison, je repoussais avec une violence inégalable Melvin, qui se retrouva étendu sur mon lit, la tête dans le vide. Sans lui laisse le temps de réagir, j’étais déjà sur lui, à califourchon. Un premier coup de poing tomba, comme si cela pouvait me libérer.

– Il n’y a qu’une seule personne qui peut toucher mon corps et ce n’est sûrement pas toi, crachais-je en même temps.

Sans me contrôler, un deuxième coup suivit, le rendant presque inconscient de par sa violence qui décuplait mes forces. Jamais je ne me serais cru capable d’une telle chose. Melvin n’avait même pas la force de répliquer, trop sonné. Mais la haine en moi n’était pas satisfaite. Ewen et Melvin prenait le même visage, celui d’un mal si perfide que je ne pouvais me sentir libre que lors de son éradication. Si bien que sans pouvoir me contrôler, les autres coups suivirent alors que je hurlais comme un aliéné, perdant toute humanité, ne désirant que sa mort.

Cette envie était bien plus puissante que mon premier meurtre. Je voulais qu’il disparaisse à jamais comme tous ceux de son espèce. J’éprouvais presque un plaisir jouissif à sentir l’arrête de son nez se briser sous mes coups de poings qui pleuvaient sur son corps. Ce ne fut pas les cris de douleur qui alertèrent le personnel de garde, mais bien mes propres hurlements d’agressivité et de désespoir qui en auraient effrayé plus d’un. Mes poings étaient maintenant recouverts de son sang. Je perdais la tête, et ce ne fut pas le cri d’une infirmière entrant dans ma chambre qui m’arrêta. Elle disparut soudain, étant certainement aller chercher des renforts. Je ne supportais plus d’être ici. Poussant le corps de Melvin, celui-ci tomba lourdement par terre, alors j’envoyais mon poing dans le mur pour me calmer avant qu’ils n’arrivent. Je ne voulais pas d’une piqûre et je préférais ma méthode. Hurlant de douleur, je voulais à tout prix faire taire ce démon de violence déchaîné en moi. Mais c’était peine perdu et lorsqu’ils arrivèrent à quatre dans ma chambre, ils semblaient être en train de voir une bête hystérique et paniquée.

Les poings encore serrés, ma main gauche commençait à me lancer plus violemment que je ne l’aurais cru sous le coup que je m’étais infligé. Je leur hurlais de rester loin de moi, de ne pas m’approcher, et pourtant ils continuaient à réduire la distance entre eux et moi. Ils étaient maintenant tous autour de moi, ne me laissant aucune issue. Une infirmière tenait une seringue, deux hommes s’apprêtaient à m’attraper, pendant que le dernier jetais un coup d’œil inquiet à Melvin inconscient depuis longtemps sur le sol. Tout se passa très vite. Alors que je leur criais une dernière fois de me laisser seul, de me laisser me calmer, les deux hommes sautèrent sur moi, m’immobilisant sur mon lit, pendant que l’infirmière approchait vivement la piqûre de mon corps. Pris au piège, je continuais de me débattre, les insultants, ne m’abaissant jamais à les supplier. Plaqué sur le ventre, je me sentais pourtant vulnérable et à la merci de tous. Mon cœur était encore prisonnier par la terreur, une terreur qui m’avait malheureusement rendu fou de rage.

J’en venais à douter de la capacité de Jaeden à me calmer à ce moment précis. Le temps était comme arrêté. J’en vins à prier pour que la piqûre arrive, ne me supportant plus. Mes poumons me brûlaient à chaque respiration, je pleurais et chaque respiration était plus périlleuse. Je m’effrayais… Jaeden avait tort, il fallait s’éloigner de moi, j’étais complètement fou, j’avais failli tuer un deuxième homme de sang froid. Ce fut cette pensée qui m’accompagna dans un sommeil profond où aucun songe n’avait sa place, un sommeil artificiel et forcé, un sommeil que j’avais au dernier instant avidement désiré…

***

J’avais l’impression de flotter dans un lieu que je n’aurais su définir. Tout s’imposait à moi, mes choix, mes actes, la vie que je menais depuis plus de quatre ans. Une chose était sur, j’avais de plus en plus de mal à me supporter. Cette prison encore plus obscure et fermée dans laquelle je m’étais enfermé, était mille fois plus terrible que cet hôpital dont je ne sortirais jamais. Mes yeux étaient toujours clos et mon corps tellement engourdis qu’un simple geste me semblait irréalisable. Jamais je ne m’étais senti ainsi, à une telle merci de tous. Le cœur et l’esprit à vif, je renforçais avec encore plus de détermination le mur qui me protégeait. C’est alors qu’il me sembla percevoir du bruit à côté de moi. Tendant l’oreille, je me rendis compte qu’il s’agissait de deux infirmières. Je n’étais donc pas dans ma chambre.

– Oui, il va rester ici jusqu’à demain et ensuite le directeur a prit la décision de le mettre en chambre d’isolement pendant quelque temps.
– Jamais je n’aurais pensé qu’il face cela à ce pauvre Melvin.
– Voyons, après tout, il ne faut pas oublié qu’il a tué quelqu’un. Répliqua la voix d’une femme qui me déplaisait.
– Oui… Et tu as vu le visage de Melvin. Il n’y ait pas allé de main morte. Un des médecins dit qu’il aurait pu le tuer s’ils n’étaient pas arrivés à temps. Et le regard qu’il leur lançait, je te jure, Marie m’a dit qu’elle était véritablement effrayée. Il n’y a pas de doute, il est complètement…

J’avais envie de leur hurler de cesser, et la seule chose que je peux faire, fut de bouger le bras. Ce n’est qu’à ce moment là que je réalisais que j’étais attaché : mes deux poignets et mes deux chevilles étaient fixés au lit. Je n’avais pas besoin d’écouter la suite de la conversation. J’étais devenu irrémédiablement fou et je l’étais depuis le début. Je n’avais fait que m’illusionner et non jouer un rôle.

***

J’ouvris les yeux un peu plus tard, sans m’être rendu compte de m’être endormi. Mes paupières papillonnèrent comme pour m’habituer à la lumière assez faible qui régnait dans la pièce. J’étais encore dans l’infirmerie et Jaeden était à côté de moi, regardant par la fenêtre. Mes yeux s’écarquillèrent, réalisant qu’il était là, à côté de moi et que sa main était posée sur la mienne. Soudain bien réveillé, je voulu bouger mon bras, mais mon poignet attaché me rappela à l’ordre. M’ayant vu bouger, Jaeden porta son attention sur moi. Un sourire étira ses lèvres, bien qu’il ne parvienne pas à cacher son inquiétude.

– Comment te sens-tu ? Me demanda-t-il.

Je n’étais pas en état de lui répondre. Je n’avais pas envie de parler. Il était là, tout simplement. Je ne voulais pas savoir comment il y était parvenu. C’était la seule personne dont j’avais besoin. Semblant lire dans mes pensées, Jaeden se pencha vers moi, avant de poser délicatement ses lèvres sur les miennes, m’apportant une chaleur dont j’avais cru oublié l’existence. J’avais l’impression qu’un simple baiser commençait déjà à panser mes plaies, et j’y répondis avec douceur et lenteur. Il ne me brusqua pas, mettant une tendresse sans pareille à l’œuvre, comprenant que je ne pouvais donner plus. Mon état vaseux ne me le permettait pas. Sa main caressait délicatement mon visage alors qu’il murmurait mon prénom, tout contre mes lèvres avant de se redresser. Passant sa main dans mes cheveux, je fermais les yeux un court instant. L’image de Melvin en sang me heurta de plein fouet. Je ne pouvais plus faire semblant, je ne pouvais plus profiter de lui. Je n’étais plus celui qu’il connaissait par le passé, je n’étais plus celui qu’il avait pu aimer.

Il me fallut une longue minute pour réussir à ouvrir la bouche et à articuler avec difficulté :

– Il faut qu’on arrête Jaeden… Je suis… Je suis vraiment… fou…

Mon cœur se brisait en mille morceaux alors que je venais de finir de parler. Mon regard se détournait, je ne voulais pas voir le reflet de la douleur que je lui infligeais. Sa main se crispa sur la mienne et il répondit la voix grave :

– Melvin m’a dit indirectement ce qu’il s’était passé. Ce n’était que de la légitime défense Ilian. Tu n’es pas f…
– Alors qu’est ce que je fais ici depuis quatre ans… le coupais-je. Si je n’étais pas fou, je n’aurais pas ma place ici.

Je fermais les yeux, inspirant avant d’avouer une vérité qui me glaçait encore les veines de terreur.

– J’ai voulu le tuer Jaeden… Comme je l’ai fait avec Ewen…

Je sentis Jaeden se crisper instantanément. Serrant mes poings, je tournais ma tête vers lui et lui demandais très faiblement :

– Tu as peur de moi…

Jaeden commença par mettre un moment avant de répondre, avant de dire un simple « non » qui sonna terriblement faux à mon oreille. Je ne pouvais plus supporter sa présence à mes côtés. C’était maintenant pire qu’une torture. Je lui faisais peur et je l’avais voulu. Avais-je enfin réussi à l’éloigner de moi que j’aurais du le faire depuis le début ? Pourquoi avais-je aussi mal ? Pourquoi avais-je ce cruel pressentiment d’avoir tout perdu ? En le regardant droit dans les yeux, je ne pu me retenir. Je le savais, j’étais maintenant seul et complètement malade. Pourquoi me retenir d’agir contre ma nature ? J’avais perdu la seule chose qui me faisait survivre, j’avais éloigné de moi pour toujours le seul homme qui avait véritablement cru en moi. Je le savais, c’était terminé : j’avais brisé quelque chose entre nous qui n’était pas réparable. Son regard me le prouvait, tout autant que sa réaction. Il ne voulait plus se battre pour m’aider, il avait enfin compris que c’était peine perdu. Je ne possédais maintenant plus que des souvenirs. Voulant en finir une bonne fois pour toute, je rompis les deniers lien, l’éloignant violemment de moi.

– Va-t-en ! Lui criais-je hargneusement alors que mes larmes ne pouvaient s’empêcher de couler. Tu entends, dégages !!

Je continuais de crier, sans faire attention à ce que je disais. Et lui restais là à me fixer, debout à distance, sans faire un seul geste. Les infirmières ne tardèrent pas à arriver, et il ne fit rien pour les arrêter. Une dose de calmant me fut injectée sous ses yeux. Je sombrais sur cette dernière pensée, lâchant un gémissement plaintif : c’était terminé…

Nothing to prove – Chapitre 9

Chapitre 9 écrit par Mai-Lynn

Je me réveillais le lendemain matin avec l’étrange impression qu’il me manquait quelque chose. Mon regard se posa alors sur la boite à chaussures renversée, posée sur mon lit, et toutes les photos et objets éparpillés dessus. Il me manquait. Je ne savais pas s’il avait lu la lettre. J’espérais de tout cœur qu’il la lise. Une profonde tristesse me prit alors que je retournais une fois de plus les événements de la veille dans ma tête. Mon corps tout entier avait mal pour lui. Tout avait été orchestré par Ewen. Je le haïssais, pire que ça, je le maudissais. Comment ne m’étais-je pas rendu compte de son mal-être ?

Les larmes aux yeux, je me rallongeais. Je n’arrivais plus à me contrôler et cela m’énervais. Je posais alors mes mains sur mes yeux, et dans un sanglot, j’évacuais une nouvelle fois la rage qui coulait dans mes veines.

Cela faisait maintenant un mois qu’ilian m’avait quitté. Quitté, ce mot était encore trop gentil. Lâchement abandonné, largué pour un autre. Tous les matins, le premier visage que je voyais était le sien et cela m’énervait. Rageusement, j’éloignais les couvertures et m’assis sur le lit, complètement nu. J’avais un début de barbe qui poussait et cela ne me gênait pas. Je n’avais plus envie de plaire de toute façon. La tête entre les mains, je me remettais doucement de la cuite que j’avais pris la veille. Mon regard se posa sur mon réveil. J’étais une nouvelle fois en retard.

C’est alors que la porte de ma chambre s’ouvrit à la volée, libérant mon frère, le regard furieux.

– Jaeden ! Tu devrais être en cours depuis une heure déjà ! S’exclama-t-il, en colère.

– Le réveil n’a pas sonné. Sors, je suis à poil ! Répondis-je en haussant les épaules.

– Arrête tes conneries, j’en ai ma claque de m’occuper de toi !

Je me levais, et attrapais les premières affaires qui me passaient sous la main. J’étais habitué aux dires venimeux de mon frère. Tellement habitué que cela ne me touchait même plus. Une fois habillé, j’attrapais mon sac de cours.

– J’vais en cours. Dis-je, en passant devant lui.

Je l’entendis soupire et frapper ma porte, mais sourds devant son attitude, je sortis en claquant la porte. Mon portable se mit à vibrer, et immédiatement je décrochais.

– Tu veux quoi Jonathan ? Demandais-je, sortant de l’immeuble.

– Savoir à quelle heure tu viens en cours. Répondit-il, vexé

– Pas maintenant, j’ai un truc à faire.

Je raccrochais alors que le bus arrivait devant moi. Jonathan était l’homme avec qui je sortais depuis peu. Un ami à moi. Un ami, et dealer. Assis à ma place, mes yeux se posèrent sur le reflet dans la vitre. J’avais changé. Mon visage faisait plus vieux, et mon apparence était délabrée, mais je n’en avais rien a faire. Je pris alors mon sac et y sortit un bout de papier. Je devais sortir au prochain arrêt.

Ce dernier arriva bien vite, et immédiatement je descendis, prenant la première rue qui venait. Au bout, je m’adossais, l’épaule contre le mur et regardait droit devant moi. J’étais devant une école de commerce, une des plus prestigieuses de la ville d’ailleurs. J’avais mis du temps avant d’arriver à savoir où il était partit, et quelle ne fut pas ma surprise lorsque je découvris qu’il n’avait pas quitter la ville. La sonnerie de la pause de midi se fit entendre et je pu voir une multitude d’élèves en uniforme quitter l’école. Celui que j’attendais ne tarda pas. Ilian n’avait pas changé. Toujours aussi réservé qu’avant. Je le vis prendre son portable et écrire un message. Puis, il partit, regardant droit devant lui. Restant a une distance éloignée, je le suivis. Il marcha pendant une demi-heure passant devant mon école de médecine. Là, il s’arrêta, restant en retrait, comme s’il se cachait. Il regarda chaque élève comme je l’avais fait à l’instant. Puis, un quart d’heure plus tard, il reprit sa route. Mes sourcils se froncèrent. Que cherchait-il à faire ?

Je m’arrêtais en même temps que lui, et mon cœur se mit à battre alors que nous nous trouvions chez moi. Se pourrait-il qu’il est laissé tomber celui pour qui il m’avait quitté ? Peut-être pensait-il qu’il s’était trompé ? Je sentais mon souffle s’accélérer, et un immense bonheur m’envahir. Une merveilleuse sensation comprimait mon estomac, une joie telle que je ne l’avais plus sentie depuis un moi. M’accrochant à ce maigre espoir, je commençais à m’avancer vers lui. Mais alors que je n’étais pas loin, son téléphone se mit à sonner. Surpris, je m’arrêtais, restant derrière lui, à deux pas.

– oui ? Dit-il, en soupirant.

– …

– Non, j’ai fait un détour par la librairie, le nouveau livre de mon auteur préféré est sortit.

Mon cœur se brisa a l’instant même où il prononça cette phrase. Alors il n’était pas venu pour moi. Mais pour son stupide livre. J’étais vraiment pathétique. Il m’avait largué, et je continuais à l’aimer…Je n’aurais jamais dû commencer à sortir avec lui.

– J’arrive, je vais acheter mon mon livre et je serais chez toi.

– …

– Pourquoi ?

– …

Je le vis alors se crisper, et mes sourcils se froncèrent un peu plus. Mais mon cœur déjà fissuré tomba en morceaux alors que je l’entendis a nouveau parler.

– Tu me manques aussi. Je t’aime.

Il raccrocha et recommença à marcher. Je ne le suivis pas me contentant de le regarder. Oui. J’avais été vraiment pathétique. J’aurais aimé le haïr. Le traiter de tous les noms. Mais non. Je ne pouvais pas. Les larmes me montèrent aux yeux et immédiatement j’eus l’impression d’étouffer. Mon cœur saignant, je dû m’assoir sur un banc et prendre ma tête entre mes mains. Je dû attendre un long moment avant de me calmer. Lorsque le souffle me revint, je calais mon dos contre le dossier, et mes yeux se posèrent sur la rue noir de monde. Mais alors que j’allais me relever et me diriger vers le premier bar qui venait, une main se posa sur mon épaule, et surpris je me retournais, croisant le regard d’un homme que je n’avais pas vu depuis un mois.

– Ewen… ça fait longtemps…Soufflais-je, étonné.

– Je sais… Excuses moi, Ilian a quelque problèmes alors on essaies d’y remédier, mais ça me prend du temps. Répondit-il en haussant les épaules.

– Des problèmes ?

– Avec son nouveau petit ami, disons qu’il est accro et ne voit rien de ce qui se passe autour de lui. C’est ça l’amour !

J’avalais difficilement ma salive. Ewen se rendait-il compte de ce qu’il me disait ? Un sourire faussement joyeux étira mes lèvres, alors que je réfrénais une fois de plus mes larmes.

– Comment ça va ? Tu sors avec quelqu’un en ce moment ? Me demanda-t-il, vivement.

– Oui, plus ou moins. Répondis-je en haussant les épaules.

– Tu as dû le voir on a changé d’école. Fit-il, s’asseyant près de moi.

– Oui, j’ai vu.

– Ilian voulait se rapprocher de son petit ami en faisant une école de commerce, mais ses parents ne voulaient pas le laisser seuls al…

Je me levais, énervé de ses propos. A l’évidence, il ne comprenait pas le mal que ses dires me procuraient.

– Désolé, on peut se revoir un autre jour si tu veux, mais, j’ai quelque chose à faire. Dis-je, sans le regarder.

– Ok… Me répondit-il dans un sourire à plus tard alors.

Je ne répondis rien, rentrant à toute vitesse dans mon appartement. Je sentais la colère pulser dans mes veines tel un venin. Je me jetais alors immédiatement vers la première bouteille de whisky que je vis, buvant à même la bouteille.

– Tu crois pas qu’il est un peu tôt pour boire ? Cracha mon frère sortant de sa chambre.

– Occupes toi de tes affaires. Retoquais-je buvant une autre gorgé de la bouteille.

Kain m’arracha alors la bouteille des mains, le regard noir.

– Tu es mon frère, tu crois quoi, que je vais te laisser tomber dans ça !

– Vas te faire foutre ! M’écriais-je, le bousculant.

C’est alors que je sentis son poing attaquer ma joue, me faisant tomber à même le sol. La lèvre en sang, je restais sonner devant ce que venait de faire Kain. Ce dernier s’abaissa immédiatement,revenant dans la réalité.

– Jaeden, excuse moi, tu me pousses à bout ! je…

– Je me casse.

Sans un mot de plus, je me relevais, allant directement dans ma chambre. Prenant un mouchoir, je l’appliquais sur ma lèvre. Je pris la valise qui se trouvait sous mon lit et pris tous mes vêtements à une vitesse incroyable. J’entendais Kain me supplier de revenir sur ma décision, mais j’étais sourd. Le mal-être me rongeait; je n’en pouvais plus, il fallait que tout ça cesse. Que je m’éloigne. Ce que je n’avais pas prédit, c’était que mon mal-être me conduirait à ma perte…

Je me réveillais le lendemain, le corps en sueur. Cela faisait un moment que je n’avais pas rêvé de notre séparation. Remuer les souvenirs enfouis dans cette boite était beaucoup trop dangereux pour moi. Je le savais, pourtant je n’avais pas pu m’empêcher. Avec difficulté, je me levais. La fatigue me tombait dessus, et étouffant un bâillement, je rassemblais les photos dans la petite boite, puis la rangeais. Passant une main sur mon visage, j’allais prendre ma douche, comptant sur l’eau pour me réveiller.

2O minutes plus tard, j’étais enfin prêt, et attrapant un gâteau, je sortais de mon appartement. Aujourd’hui, j’allais avoir un nouveau patient et cela m’enchantait. Peut-être allais-je être cruel, mais il fallait que je change d’air professionnellement. Je n’avais pas l’intention d’arrêter d’aider Ilian, mais continuer dans cette direction ne nous mènerait nul part. Je ne cessais de penser à lui, à ce qu’il lui était arrivé. Que pouvais-je faire pour l’aider ? J’étais totalement impuissant face à sa détresse. Et cette impuissance m’exaspérait.

Prenant la route, je conduis comme à mon habitude beaucoup trop vite, la musique à fond. J’arrivais devant les grilles de l’hôpital, une fine pluie commençais à tomber, me mouillant légèrement. D’un pas rapide, je rentrais dans l’hôpital, m’approchant de la standardiste. Elle me sourit, et raccrocha son téléphone.

– Le directeur souhaiterait vous parlez. Me dit-elle, me tendant le mot qu’il avait laissé à mon attention.

– Bien, il est dans son bureau ? Demandais-je, mettant le papier dans ma veste.

– Non, il allait discuter avec la chef des infirmières.

J’acquiesçais, souriant, puis prenais l’ascenseur. J’arrivais à l’étage des chambres, et mon regard se posa immédiatement sur la porte d’ilian. Je ne cessais de me demander si Ilian avait lu ma lettre. Ce qu’il avait pensé. Mon cœur ne cessait de battre rapidement, et sans m’en rendre compte, je m’approchais de cette porte qui m’étais interdite. Je sombrais peu à peu dans le passé, comme si Ilian était la clé de ce que je refermais en moi depuis cinq ans. Ma main effleura le bois, et je me demandais ce qu’il faisait à l’instant même. Je voulais lui parler. Tampis.

Mais à l’instant même où je posais ma main sur la poignée dorée, la voix de Paul me parvint au oreilles. Surpris, je me retournais, mettant ma main dans ma poche, comme pris en faute.

– Tu as eu mon message ? Fit-il, dans un sourire.

– Oui, j’allais venir te voir. Répondis-je lui rendant son sourire.

Son regard se posa alors sur la porte et ses sourcils se froncèrent.

– Je voulais aller voir comment il allait…Après sa crise…m’expliquais-je, voulant éloigner tout soupçon.

– Oui, je vois, Tu n’as pas eu trop de mal à le calmer ? J’ai été surpris qu’il t’appelle…

Je ne savais que répondre. Paul avait l’air habitué à ce genre de crise. Je décidais alors d’en savoir un peu plus.

– J’ai été un peu surpris de le voir dans cet état… Avouais-je en haussant les épaules.

– Comme tu as du le lire dans son dossier Jaeden, ce n’est vraiment pas les premières crises qu’il est en train de faire. A son arrivé, il était intenable. Il y avait des moments où il se calmait, mais dès qu’un patient l’approchait de trop prêt ou qu’un psychiatre ne lui convenait plus, il rentrait dans un état effrayant. Puis, il y a environ un an, il a cessé. Il ne faisait plus parler de lui, se contentant d’écrire et d’aller assister régulièrement à ses séances avec son médecin et aux quelques visites de sa famille. Nous avons pu diminuer considérablement la dose de ses médicaments, et nous ne lui avons donc pas fait ce que l’infirmière a du faire pour le calmer il y quelques jours. Je suis contre ce genre de traitement crois moi, mais il ne nous laissait pas le choix. Comme tu as pu le remarquer, Ilian est un patient très complexe… Bizarrement, je m’inquiétais moins pour son état lorsqu’il faisait ses crises que cette dernière année.

Connaître cette facette d’Ilian m’effrayait un peu. J’avais l’impression d’être présenté à un inconnu. Absent, les mots sortirent de ma bouche sans que je ne m’en rende compte.

– Qu’est ce qu’il s’est produit pour qu’il arrête ses crises ?

– Je ne sais pas, répondit le directeur. Il a cessé du jour au lendemain, comme si il avait lâché quelque chose et finalement peut être baissé les bras trop vite. Ses différents psychiatres ne sont jamais parvenus à trouver une explication. Après ce jour en tout cas et jusqu’à ton arrivé ici, il n’a plus rien laissé transparaître, s’enfermant dans une sorte de mutisme qui en a découragé plus d’un.

Je ne répondis rien, cherchant au plus profond de moi une raison à cet arrêt. Un évènement important avait du se produire, ces crises, d’ordre psychologiques, ne pouvaient cesser du jour au lendemain, à part si un autre traumatisme encore plus violent avait eu lieu.

– Quoi qu’il en soit, reprit-il, Je t’avais prévenu, Ilian n’est vraiment pas un cas facile, reprit le directeur. Il a toujours eu de multiples facettes, et s’est forgé une telle carapace qu’il est impossible de discerner le vrai du faux chez lui. Et tant que je ne parviendrais pas à le déterminer, nous ne saurons malheureusement jamais s’il a sa place ici.

Sa place ici. Cette phrase sonnait faux lorsqu’on connaissait Ilian. Bien sûr que non, il n’avait pas sa place ici. Un soupire passa le barrage de mes lèvres alors que des images d’Ewen maltraitant Ilian arrivait dans mon esprit. Mon cœur déchiré, se fissura un peu plus.

– Au fait, ajouta précipitamment le directeur, je devais te prévenir. Ton nouveau patient vient d’arriver. Tu devrais aller à l’accueil.

J’acquiesçais et sans un mot de plus je passais près de lui. Je sentis sa main apaisante sur mon épaule, et faiblement je lui souriais avant de me remettre en marche. Je pris une nouvelle fois l’ascenseur et descendis à l’accueil. Je pu voir alors un homme d’un vingtaine d’année, assis sur un fauteuil. Il était brun, les cheveux assez long. Sa peu était extrêmement pâle, et le voir ainsi vouté me fit penser à un personnage de Death Note, un manga que j’adorais. Il tirait les manches de son pull et jouait avec, restant le regard fixé sur ses mains. Près de lui, se trouvait un homme d’un quarantaine d’année. A son allure bien stricte, je compris immédiatement que c’était le psychologue de Cameron, celui qui avait recommandé son internement.

– Docteur Sadler ? Demanda-t-il, en se levant.

– Oui, répondis-je en lui tendant la main.

– Voici Cameron, votre nouveau patient. Dit-il, me tendant un dossier jaune. J’ai laissé mon numéro au cas où vous voudriez me poser d’éventuelles questions.

– D’accord, je vous remercie de l’avoir amené vous même.

Je me tournais alors vers Cameron et m’accroupis afin de tenter de capter le regard fuyant du brun.

– Comment vas-tu Cameron ? Demandais-je, souriant.

Il ne me répondit rien, mais me fit un sourire en coin, avant de se replier un peu plus. Satisfait tout de même par ce sourire, je me relevais.

– Vous pouvez partir si vous le désirez, je vais m’occuper de lui. Fis-je, professionnel.

Il acquiesça, et posa sa main sur l’épaule de Cameron. Puis dans un faible sourire, il partit. Je le regardais un moment passez les portes, puis reporta mon attention sur Cameron qui jouait encore avec ses manches.

– Tu as déjeuné ? Demandais-je, naturellement.

Il me fit non de la tête, encore une fois en évitant mon regard.

– Alors que dirais-tu de manger un bon repas tout en discutant ?

Il haussa les épaules et se leva, gardant la tête toujours baissée. Sans un mot, nous prîmes l’ascenseur, et allions jusqu’au réfectoire. En entrant, je lui tendis un plateau qu’il prit, et se servit au self. Quelques minutes plus tard, nous étions assis, mangeant en silence.

– Le trajet n’a pas été trop long ? Demandais-je, entre deux bouchées.

– Non… Dit-il, faiblement.

– Mais tu dois être quand même un peu fatigué ?

Il haussa les épaules et but une gorgée d’eau, avant de recommencer à manger. S’il n’était pas bavard, il avait un appétit d’ogre. Mon regard se posa alors sur Ilian qui sortait du réfectoire, je ne l’avais pas vu entrer. M’avait-il vu lui ? Le stress de ce matin revint au galop, ainsi que les questions qui se bousculaient dans ma tête. Mais je ne souhaitais pas chercher de réponse, en tout cas pas maintenant.

Une demi-heure plus tard, nous sortions du réfectoire, et je lui faisais visiter l’hôpital. Une fois terminé, je le fis entrer dans sa chambre, vide de tout vie. Il s’assit immédiatement sur le lit, regardant autour de lui. Ses affaires avaient été montées et étaient posées dans le coin d’une pièce.

– Ce n’est pas le grand luxe, mais tu peux toujours l’aménager comme tu en as envie. Dis-je en regardant autour de moi.

Il me fit un sourire en coin avant de se lever et d’ouvrir sa valise toujours sans un mot. Souriant à mon tour, je m’adressais une nouvelle fois à lui.

– Si tu as besoin de quoi que ce soit, le bureau des infirmières est au bout du couloir, et si jamais tu souhaites parler, je reste dans mon bureau jusqu’à ce soir.

Il ne dit rien, et je me retournais, refermant la porte sur moi. Il avait l’air calme, bien qu’il parle peu. Je me doutais qu’un cas atteint de problème borderline parlait peu, et j’espérais en connaître plus sur son sujet. Le seul moyen était son dossier que j’avais laissé dans mon bureau. D’un pas rapide, j’allais vers cette pièce qui m’était réservée, et m’installais dans mon fauteuil. Le dossier de Cameron en main, je passais ma journée entière à lire, et en quelque sorte, à mieux le connaître.

**

Lorsque le soir vint, c’est un long bâillement qui m’avertit que je tombais de sommeil. Mon regard se posa sur l’horloge. Il était tard, et encore une fois, j’avais passé toute ma journée à étudier un cas. Frottant mes yeux fatigués, je me levais et enfilais ma veste, attrapant au passage ma sacoche. Un énième bâillement, je sortais de mon bureau, pour retrouver ma vie de célibataire que je détestais tant. Je pris l’ascenseur, mais au moment de choisir mon étage, j’hésitais. Je mourrais d’envie d’aller voir Ilian, espérant au plus profond de moi qu’il avait lu la lettre que je lui avais écrite. Mais que se passerait-il ? Verrions nous les choses s’arranger entre nous ? J’avais écrit cette lettre sans penser à l’avenir, à ce qui se passerait après. Mais je n’en avais aucune idée. J’aurais pu appuyer sur l’étage des chambres, mais je ne le fis pas, préférant repousser le moment fatidique où le destin nous ferait nous rencontrer de nouveau.

Je pris la direction de ma voiture, passant par le parc éclairés par des petites lampes lumineuses disposées dans le sol. Ce paysage paisible me calmait, et éloignait tous mes doutes. Mais le froid, me fit rentrer rapidement. Encore une soirée que je passerais seul…

**

Le lendemain, je passais la journée à m’informer un peu plus sur le problème de Cameron. J’attendais avec angoisse le moment où Ilian rentrerait dans ce bureau. Voulant penser à autre chose, je passais de pages en pages lisant et notant quelque exemples de cas.

L’heure tourna assez vite, et avec un pincement au cœur, je réalisais qu’Ilian était en retard, et ça m’étonnerait qu’il vienne. Pourtant je décrochais le combiné et appela l’infirmerie pour savoir où se trouvait Ilian. Elles m’informèrent alors qu’il était encore dans sa chambre et qu’elles allaient le chercher. L’angoisse et le stress montèrent aussitôt à l’idée que dans quelques minutes, Ilian se tiendrait devant moi. Passant une main sur mon visage, je respirais calmement, essayant de contrôler ce pique de stress.

La porte s’ouvrit quelques minutes plus tard, libérant Ilian un regard noir et un visage fermé. Je su pas pourquoi, mais mon cœur se serra immédiatement. S’il avait lu ma lettre, cela lui avait fait ni chaud ni froid. Il voulait passer à autre chose sans moi, mais je n’étais pas prêt à le laisser partir. Pas maintenant que je savais toute la vérité.

– Tu vas bien ? Demandais-je tellement vite que cela me surpris moi-même.

Il ne me répondit pas, l’Ilian d’il y a un mois semblait avoir refait surface. Un soupire s’échappa de mes lèvres. Je cherchais par quel moyen je pourrais l’approcher sans attirer ses foudres, et la seul façon qui me vint à l’esprit fut de lui dire la vérité.

– Je sais que je t’ai fait souffrir… Des centaines de fois surement, mais aujourd’hui j’aimerais t’aider. Je sais qu’on ne peut pas tout rependre à zéro. Tu ne peux pas oublier ce qu’il t’a fait, et je crois que moi non plus.

Ces mots étaient durs à prononcer, mais j’imaginais la souffrance qu’Ilian éprouvait à les entendre.

– Mais je peux t’aider à aller de l’avant. Il faut juste que tu me parles… Que tu te confie à moi…

Je posais alors mon regard sur lui, essayant de capter ses océans, mais je ne rencontrais qu’un mur.

– Tu sais, tentais-je à nouveau, le directeur trouve que tu vas un peu mieux, et j’aimerais pouvoir l’affirmer… Je… Je n’arrive plus à lire en toi comme avant, je ne sais pas si tu vas bien ou mal, je ne sais pas ce que tu veux… J’aimerais que tu me le dises… Et je sais qu’il te faudra du temps…

Il ne dit rien, se contentant de garder la tête basse. Mais je savais qu’il m’écoutait.

– Ilan, repris-je, Je…

Je baissais alors la tête trop prit par les émotions. La gorge nouée, il me fallut un moment avant de pouvoir relever la tête et parler normalement. Mais alors que je me relevais, je pu voir la tête d’Ilian tourner dans une autre direction. Un sourire en coin étira mes lèvres. Il pouvait très bien faire le sourd, ce que je disais le touchait malgré lui.

– Tu sais, le directeur m’a confié un nouveau patient, car il trouvait que j’étais trop proche de toi. Je pense qu’il a raison, mais je m’en fiche, car s’il faut que je sois à nouveau proche de toi pour que tu ailles mieux, alors je le serais.

C’était une promesse. Quoi qu’il fasse, quoi qu’il me dise, je ne baisserais pas les bras. Je l’avais fait quatre ans plus tôt et il était hors de question de commettre la même erreur deux fois. C’est alors qu’il releva la tête pour ancrer sans regard sans vie dans le mien. Un regard aussi froid que de la glace. Un regard inexpressif. Ilian avait perdu l’espoir et mon cœur se brisa. J’ignorais combien de temps nous restâmes ainsi, nos regards entrelacés, mais il y coupa court après un temps. Il se leva sans un mot et sortit en trombe de mon bureau.

Cet entretien m’avait bouleversé, beaucoup plus que je ne l’avais imaginé. J’aurais aimé qu’il me parle, qu’il me traite de tous les noms s’il le voulait. Qu’il me dise que ma lettre était un mensonge…N’importe quoi. Mais il avait choisit l’indifférence, ce qui était la pire arme qu’il puisse utiliser. Je préférais qu’il me haïsse plutôt qu’il reste sans réaction car au moins il pensait encore à moi. Dans un soupire, je posais ma tête entre mes mains, mais je n’eus pas le temps de me reposer que j’entendis quelques coups discrets frappés à ma porte.

Surpris, je relevais la tête, fronçant légèrement les sourcils.

– Entrez. Dis-je, me redressant.

J’eus alors la surprise de voir entrer Cameron dans mon bureau. Replié sur lui même, les mains dans les manches. Son regard fuyant se posa alors sur moi, et sans un bruit il referma la porte, puis s’installa sur le fauteuil.

– Tu vas bien Cameron ? Demandais-je, les sourcils froncés.

Je ne me rappelais pas que nous avions rendez-vous aujourd’hui. Mais lorsqu’il posa la photo d’une jeune femme sur la table, mon sang se glaça. Delicatement, je la pris en main et examina l’image. La jeune femme avait de longs cheveux roux, parfaitement assortis à ses yeux émeraudes. Des tâches de rousseurs sur son nez et ses joues, elle avait un air enfantin qui faisait tout son charme. Je savais très bien qui était cette personne, mais si Cameron me montrait la photo, c’était qu’il souhaitait en parler.

– Qui est cette femme Cameron ? Demandais-je, reposant la photo sur la table

– Zoé.

Sa voix était faible, comme un murmure. La tête baissée, il reprit la photo entre ses doigts, caressant le visage angélique de la jeune femme.

– Elle est très belle, c’est ta petite amie ?

Il remua la tête, m’indiquant que j’avais raison.

– Depuis combien de temps êtes vous ensemble ? Dis-je, calme.

Je prenais garde à parler au présent, voulant l’amener lui même à la conclusion que Zoé était décédé.

– 2 ans. Mais elle est partie.

– Partie où ?

– Je sais pas, avec un autre homme sûrement.

Je reconnu immédiatement un signe du trouble borderline, voyant là le symptôme de dévalorisation et de manque de confiance en soi. Il refusait d’admettre qu’elle était décédée, et qu’il l’avait tué.

– Tu es sûr Cameron ? Demandais-je

Il haussa alors les épaules et rangea la photo dans sa poche. Puis, contre toute attente, il se leva et sortit de mon bureau. Surpris, je le regardais fermer la porte. Un rire nerveux franchit le barrage de mes lèvres. Cette attitude était tout à fait normal, mais j’étais pour l’instant peu habitué.

Je passais le reste de mon après midi à appeler les différents instituts que Cameron avait visité, souhaitant en apprendre un peu plus. Je pris un sandwich tout simple à l’heure du diner, et retournais travailler une heure de plus avant que la fatigue ne me gagne une nouvelle fois.

Lorsque, comme l’autre soir, j’arrivais devant l’ascenseur, j’hésitais une nouvelle fois. L’étage des chambres, ou l’accueil. Par une force inconnue, mon doigt se posa sur l’étage des chambres. Je ne souhaitais pas lui parler, mais juste l’entrapercevoir, sans qu’il ne le sache. Doucement, sans bruit, j’entrouvris la porte de sa chambre, et le spectacle qui s’offrit m’horrifia. Ilian était en boule dans son lit, la main sur sa plaie, les larmes dévalant sur ses joues. Il était mal, et immédiatement, j’entrais :

– Ilian ? Qu’est-ce que tu…

Il redressa alors vivement la tête. Son regard exprimait tellement de désespoir que j’en fus déstabilisé. Mais alors que j’allais poser ma main sur son épaule pour lui apporter un peu de réconfort, il me sauta dans les bras, comme un acte de survie. Il pleurait bruyamment, évacuant sûrement un stress. Me ressaisissant, je passais mes deux bras autour de sa taille et m’assit sur le lit. Une main sur son dos, je le frottais doucement, écoutant ses pleurs qui peu à peu se calmaient. Le cœur serré, je lui apportais sûrement ce qu’il recherchait depuis longtemps : la douceur d’une étreinte.

Lorsqu’il commença à se calmer et que ses pleurs cessèrent, ma main vint se loger dans sa chevelure ébène, et d’un geste doux, mes lèvres se posèrent sur son front. C’est alors que j’entendis Ilian murmurer un « pardon » si mélancolique qu’il me fendit le cœur.

– Pardon pourquoi ? Demandais-je, cessant un instant mes caresses.

Il s’écarta alors de moi, plongeant ses yeux magnifiquement bleus dans les miens. D’une voix faible mais sûre de lui, il déclara :

– De ne pas t’avoir écouté… Pardon de ne pas avoir ouvert les yeux, d’avoir abandonné, de ne pas m’être battu et surtout de ne pas avoir été à la hauteur de l’amour que je disais avoir pour toi.

Ces mots me transpercèrent littéralement le cœur. Vivement, je le repris dans mes bras, lançant un « Oh Ilian ». Les larmes me montèrent bien vite aux yeux. Pourquoi me disait-il cela ?.

– Rien n’est de ta faute… M’exclamais-je. Si les rôles avaient été inversés, je crois que j’aurais fait la même chose… Je crois qu’on est tous les deux tombés dans le piège d’Ewen…

Je le sentis frissonner et mon étreinte se resserra un peu plus.

– Ne me pose plus de question Jaeden… Je ne veux plus parler de ce qui s’est passé il y a quatre ans… Je…

Sa voix mourut dans un sanglot, et immédiatement je lui répondis.

– Je te laisserais le temps qu’il faudra Ilian… Je ne te forcerais jamais… Mais j’aimerais qu’un jour, tu te confies vraiment à moi. Lorsque tu te sentiras prêt, je serais là… Je ne te laisserais plus tomber Ilian… Je suis là…

Je le laissais un temps se reposer, se calmer, et assimiler mes paroles. Dans cette étreinte, je me sentais vibrer. Son corps, son parfum, lui. Tout me manquait. Je me séparais alors d’Ilian alors que je le sentais s’assoupir.

– Tu devrais dormir Ilian… Tu en as vraiment besoin…

Je me relevais alors, voulant quitter sa chambre. Ilian avait besoin de repos et ma présence n’était pas nécessaire. Mais alors que je voulais partir, je sentis la main d’ilian se poser sur mon bras.

– Restes…Me supplia-t-il, vivement.

Son regard était si triste et peureux, que je ne pu que céder.

– D’accord, je reste ici, répondis-je, en revenant vers lui

Ravi, et ne voulant pas vraiment me laisser le choix, il se décala contre le mur et m’invita du regard à m’installer près de lui. C’était une chose de passer la nuit à le veiller, et s’en était une autre de dormir avec lui. Mon statut me l’interdisait, et Ilian le savait autant que moi. Pourtant, il posa sur moi un regard qui me fit vibrer, ce même regard qui me faisait tout lui céder il y a quatre ans. Je pu comprendre avec horreur qu’il possédait encore trop de pourvoir sur moi.

– S’il te plait Jaeden… Supplia-t-il, comme pour achever mon hésitation.

Je finis par accepter, ne pouvant lui résister. Je m’allongeais alors sur les couvertures, et lui en dessous, pensant que cette barrière de tissus pourrait nous empêcher de traverser une limite imaginaire. Mais c’était déjà fait, sans même nous en rendre compte. Ilian se colla immédiatement contre moi, comme dans le temps. Je ne pouvais lui refuser cette étreinte qui lui avait fait défaut depuis quatre ans. Je devais même dire que sentir le corps chaud d’Ilian contre moi me faisait du bien, m’apaisait. Fermant les yeux, mon esprit divagua, et l’image du jardin où nous avions échangé notre premier baiser vint y prendre place. Sans même m’en rendre compte, je posais une question à laquelle je mourrais d’envie de savoir la réponse.

– Dis Ilian, si tu étais libre, tu souhaiterais être où à cet instant ?

Il ne me répondit pas tout de suite. Ilian devait penser que cette question n’avait pas de réponses car jamais il ne pourrait sortir d’ici. À cette pensée mon cœur se serra, notre histoire était vouée à l’échec dès le départ. Mais alors que je partais dans de sombres pensées, la voix d’Ilian me réveilla.

– Dans le jardin de Joeffrey…

Surpris, ma tête se tourna vers lui, et un immense sourire étira mes lèvres. Il possédait la même envie que moi, et à cette pensée, mon cœur se mit à battre tellement vite que j’eus peur qu’il l’entende. Ravi, mes lèvres vinrent se poser sur son front dans un doux baiser, et alors que j’articulais tendrement son nom et passais mon bras autour de lui, je me sentis doucement tomber dans les bras de Morphée. Sa présence m’apaisait, et c’est s’en scrupule que je m’endormis là, lové contre le corps chaud d’un homme qui prenait de plus en plus de place dans ma vie…

Je me réveillais dans la nuit, trouvant avec amusement Ilian en quelque sorte avachit sur moi. Sa tête dans mon cou, sa main sur mon torse, une jambe m’entourant, j’avais l’impression qu’on revenait quatre ans plus tôt, où tout était bien plus facile. Je posais mes yeux sur le visage d’Ilian, magnifique, baigné dans le rayon de la lune. Un sourire aux lèvres, je me rallongeais, sentant son buste monter et descendre au rythme d’une respiration calme et sereine.

Je me réveillais quelque heures plus tard, le jour commençant à peine à se lever. Avec difficulté, j’enlevais la main, la tête et la jambe d’Ilian, le remettant sans le moindre bruit sous les couvertures. Dans quelque minutes, les infirmières viendraient faire leur tour de garde matinal, et elle ne devait surtout pas me voir ici. Passant une main sur la joue d’Ilian, je repris ma veste et sortit sans un mot, veillant à bien effacer toute trace de mon passage.

J’allais rapidement dans mon bureau, ouvrant mon armoire pour y sortir des vêtements propre que j’avais laisser là pour toute urgence. Vivement, je sortis tel un voleur afin de me rendre dans la salle de bain des employés. Je devais prendre garde à ne laisser aucune trace. Si le directeur savait que je passais mes nuits avec Ilian, je ne donnais pas cher de ma peau.

Un douche rapide, et je rentrais dans mon bureau, prenant soin de cacher mes affaires de la veille. Puis, soufflant bruyamment comme tous les matins pour me motiver, je décidais d’aller chercher Cameron pour un petit-déjeuner. Je me demandais si c’était notre premier déjeuner ensemble l’avait poussé à venir me montrer cette photo. Sortant, je me dirigeais une nouvelle fois à l’étage des chambres. Mon regard se posa sur celle D’Ilian, fermée, il devait probablement s’habiller. Un sourire ne pu s’empêcher de ravir mes lèvres alors que je repensais à cette nuit. Rien n’était oublié, mais nous nous donnions plus ou moins un nouveau point de départ. Je ne savais comment qualifier notre relation, dire que nous étions un couple était totalement absurde dans le contexte dans lequel nous étions. J’étais plus où moins perdu, mais cela ne me dérangeais pas, si ça pouvait l’aider.

Je toquais à la porte de la chambre de Cameron et entrais. Ce dernier était installé sur son lit, caressant du pouce la photo de la défunte Zoé. Son état mentale était fragile, et cela ne m’étonnait pas s’il s’attachait immédiatement à la personne qui s’occupait de lui. Manquant de confiance, il prenait plus ou moins la personnalité de celui qui devenait en quelque sortes son mentor. Avoir été en couple avec Zoé avait surement dû lui faire refouler ce trouble, mais il avait très vite resurgit, provoquant la mort de cette dernière.

– Cameron ? Je voulais savoir si déjeuner avec moi te plairais ? Demandais-je, dans un sourire.

Il me regarda surpris avant de baisser la tête et de se lever. Sans un mot, il me suivit jusqu’au réfectoire. A peine fus-je entrée, que je sentis le regard du Directeur posé sur moi. Un regard trop professionnel pour moi, surement désapprouvait-il le fait que je déjeune avec mon patient.

Sans m’en soucier, je pris un plateau et en tendit un à Cameron, puis nous prîmes un bon petit déjeuner, avant de s’assoir à une table libre. Mon regard fit un balayage de salle avant de se poser sur Ilian qui s’installait près de Melvin. Immédiatement, une colère sourde tordit mon estomac. Je n’avais rien contre Ilian, mais ce petit blondinet m’exaspérait. Avec difficulté, je décidais de poser toute ma concentration sur Cameron. Nous discutâmes rapidement, moi me chargeant de poser les questions, et lui de répondre d’un oui ou d’un non.

Lorsque nous eûmes finis, nous nous dirigeâmes alors vers la chambre de Cameron. Ce dernier entra rapidement, se mettant immédiatement sur son lit, la photo entre ses mains. Lentement, je prenais sa chaise, et m’assaillait. Mon regard se posa sur la pochette où était rangée toute la documentation au sujet de l’hôpital.

– Tu as déjà pensé à t’inscrire à une activité ? Demandais-je, sortant la brochure sur les diverses activités.

Il me fit non de la tête et je posais la brochure sur le lit.

– Il y a diverses activités, toutes plus intéressantes les unes que les autres.

Il prit alors la brochure entre ses mains et regarda un à un les noms des différentes activités.

– Tu faisais un sport ou partit d’un club avant ? Demandais-je essayant de capter son regard.

– Échec. Répondit-il en haussant les épaules.

– Je crois qu’il y a un club d’échec, tu pourrais t’y inscrire.

– Vous viendrez me voir ?

Mes sourcils se froncèrent à l’entente de cette question. Peut-être avait-il besoin que quelqu’un soit derrière lui pour le pousser à avancer.

– Oui, je viendrais te voir. Dis-je, en me levant. Je dois y aller, à plus tard !

Il acquiesça, et je sortis, veillant à bien fermer la porte. Mon regard se posa alors sur la chambre d’Ilian, où la porte était entre ouverte. Voulant lui dire bonjour, j’ouvris la porte, mais la vision que je vis me glaça le sang. Ilian tenait dans ses bras Melvin. La fureur qui s’était installée plus tôt augmenta d’un cran. L’homme qui avait voulu m’évincer se tenait dans les bras d’Ilian, l’endroit même où je me tenais ce matin.

Et Ilian qui le gardait au creux de ses bras. Il ne lui en voulait pas, et cela m’énervait. Il leva alors les yeux vers, et croisa mon regard noir. Immédiatement, je refermais la porte, ne voulant pas faire une crise maintenant.

Énervé, j’allais d’un pas rapide dans mon bureau. Mais arrivé, j’eus la désagréable surprise d’y découvrir le directeur assis sur un siège.

– Je ne me souviens pas rentrer dans mon bureau lorsque tu n’es pas là ! Lançais-je sans m’en rendre compte.

– Et moi de t’avoir autorisé à manger avec un patient, un jour de congé. Répliqua-t-il, sur le même ton

– J’ai pensé que…

– Tu penses trop Jaeden, si je t’ai donné un nouveau patient, c’est pour arrêter de trop t’impliquer, pas de le faire deux fois plus !

Je me tue, ne sachant que répondre. Il avait raison, même si je ne souhaitais pas l’avouer. Il se leva, et prit un dossier, regardant mon planning.

– Tu es de nuit, alors tu ferais mieux d’aller te reposer avant de prendre ta garde.

Soupirant, j’acquiesçais, prenant ma veste et ma sacoche. J’allais partir sans un mot, mais je sentis son bras me retenir.

– Je fais ça pour ton bien, pour ta carrière. Dit-il sérieux.

– Je sais Paul, à plus tard. Répondis-je dans un sourire en coin.

Je passais la porte et descendit immédiatement a l’accueil. J’avertis la réceptionniste que je prendrais ma garde a 17 heures, et de me joindre sur mon portable en cas de problème. Je sortis alors de l’hôpital, rentrant assez rapidement chez moi.

**

Je passais ma journée chez moi, lisant le livre que j’avais acheté dans la librairie. Mais ma lecture fut lente, trop perturbée par le fait d’avoir vu Melvin dans les bras d’Ilian. Je ne devais porter aucun jugement sur les patients, pourtant, je me sentais jaloux de Melvin. Ilian et Melvin pouvait se voir à n’importe quel moment. Ils étaient plus où moins libres ensemble. Moi je n’étais que le médecin qui profitait de son patient. Je devais cesser tout contact avec lui, je le savais. Mais je n’y arrivais pas. J’avais tellement été en manque de sa présence pendant quatre années que maintenant, il m’était inconcevable de ne plus le voir, de le rayer de ma vie.

Pendant toutes ses années, même si j’avais été avec Hugo, il me restait un infime espoir qu’Ilian ressurgisse dans ma vie. J’aimais Hugo, mais notre amour n’étais pas aussi fort. Je rattrapais mes erreurs avec Hugo, lui insufflant tous les mots d’amour que je n’avais jamais donnés à Ilian. Mais maintenant que je reprenais notre histoire du début, je trouvais ça trop facile. Sûrement par peur qu’il ne me quitte lui aussi, j’avais trop donné, et encore une fois je m’étais cassé le cœur. La juste mesure, je ne la connaissais pas. Et me voilà revenu quatre ans plus tôt, comme avant. Je ne disais pas à Ilian ce que je ressentais, et je n’avais pas l’intention de le faire. Je n’étais pas prêt et le contexte n’était pas fait pour m’aider. C’était peut-être pour ça qu’Ilian allait voir Melvin…

Mon cœur se serra à l’idée que peut-être nous mettrions le mot fin à ce début d’idylle. Je ne voulais pas partir sans me battre, mais pourtant c’était la meilleure solution. J’étais totalement perdu. Devais-je le retrouver ce soir ? Je voulais qu’il aille mieux… A n’importe quel prix… Cela impliquait-il que je devais biser mon cœur une nouvelle fois ? La réponse était simple. Oui. Ce sentiment qui me tordait les tripes m’obligeait à faire passer son bonheur avant le mien. S’il choisissait Melvin, j’aurais mal, mais il serait heureux, et cela me conviendrait. Malgré tout, ça me laissait un goût amère.

Dans un soupire, je vis qu’il était tant que je parte, et j’allais me préparer, physiquement et moralement.

**

J’arrivais à l’hôpital et trouvais peu de personnel. J’allais directement dans mon bureau et pris le dossier de Cameron pour ranger les quelques faxes que m’avait envoyé les institutions qu’il avait fréquenté. L’heure tourna bien trop vite, si bien qu’il n’était pas loin de 21h30 lorsque je refermais le dossier. Soupirant un bon coup, je pris le DVD que j’avais pris au hasard chez moi ainsi que mon ordinateur portable et partais en direction de la chambre d’Ilian.

Même si je devais rester calme, ce sentiment de déception ne me quittait pas, me rendant malgré moi distant. Je frappais légèrement sur sa porte et rentrais. Je n’osais pas croiser le regard d’Ilian, pensant qu’il me lancerais un regard moqueur, au vu de la mini crise que je lui avais fait plus tôt. Sans un mot, j’allais poser l’ordinateur et mettre le film en route. Puis je vins m’assoir au pied de son lit, essayant de mettre toute mon attention dans le film.

Je sentis Ilian se lever et venir s’assoir près de moi, et mon cœur se serra alors qu’il restait éloigné de moi. Surement se disait-il qu’il devait garder ses distances. Déçu et vexé, je me remis dans le film. Une fois regardé, je me levais et alla reprendre mon ordinateur. Alors que j’allais partir, je l’entendis m’appeler faiblement, mais je n’avais pas la force de l’entendre me dire tout était fini.

– Bonne soirée Ilian, Dis-je, péniblement

Mais il s’avança près de moi vivement et s’agrippa à ma main, me retenant.

– Non, restes ! S’écria-t-il.

Je me sentis alors agacé, qu’est-ce que j’étais pour lui ? Un moyen de passer le temps ?

– Tu n’as qu’à appelé Melvin si tu te sens seul ! Déclarais-je méchamment.

Pensant qu’il allait me lâcher, la surprise me prit alors qu’il me tirait le bras et posais agressivement ses lèvres sur les miennes. Ce baiser effaça instantanément toute jalousie et toute colère. Immédiatement, je le rapprochais un peu plus de moi et l’embrassais passionnément, glissant ma langues entre ses deux lèvres. Enivré par son initiative, mes mains ne cessaient de caresser son dos. Une envie fulgurante de l’homme que je tenais entre mes bras me prit, et avec force, je le plaquais contre le mur, ne cessant d’entremêler nos lèvres. Mes mains se glissèrent sur ses fesses tellement sensuellement que je le sentis frissonner sous mon contact. Amusé, j’allais passer ma main sous ce bout de tissus qui venait tout gâcher, mais à peine avais-je touché l’élastique, qu’Ilian se crispa. Des larmes coulèrent le long de ses joues, venant se mêler à notre baiser, et immédiatement je me redressais, me traitant mentalement de tous les noms.

– Je suis désolé Ilian, je me suis laissé emporter et…Tentais-je, voulant m’excuser.

– C’est moi qui suis désolé Jaeden, souffla-t-il, me coupant la parole.

Il vint se loger dans mes bras, et je l’accueillis avec joie. Comment avais-je pu aller aussi loin, tout me montrait qu’Ilian était encore traumatisé par ce que lui avait fait vivre Ewen. Quel idiot j’étais. Une rage immense coula dans mes veines, une rage qui n’avait plus lieu d’être, car celui que je haïssais était mort.

– Ne dis pas n’importe quoi… Après ce que tu as vécu… Je… J’ai…

Je m’en voulais horriblement, mais qu’est-ce qui m’avais prit ? Je ne pu finir ma phrase, le cœur trop chargé d’émotions. Nous restâmes là, l’un contre l’autre un long moment, savourant cette étreinte réconfortante. Je ne savais que faire à part lui apporter mon soutien, devenir une sorte d’épaule sur laquelle il pourrait pleurer lorsqu’il me parlerait. Ses bras se resserrèrent fortement, et je su qu’il cherchait par tout les moyen à me réconforter. Quelques minutes passèrent où je commençais doucement à somnoler, mais la voix d’ilian me réveilla :

– Moi aussi je suis jaloux…Murmura-t-il, le rouge aux joues

– De quoi ? Demandais-je intrigué.

Sa tête vint se loger dans mon cou, comme pour masquer sa gêne

– Tu n’as jamais pris un repas avec moi ici..

– Oh…

Un large sourire vint se pendre à mes lèvres et immédiatement je l’éloignais de moi, posant mes lèvres sur les siennes. Un chaste baiser doux et réconfortant, comme nous en avions besoin.

– Demain, je mangerais avec toi. Dis-je, le reprenant dans mes bras.

Mon regard croisa le sien, pour ne plus m’en détacher. Ilian était vraiment magnifique. Ses yeux m’avait tout de suite frappé lorsque je l’avais vus la première fois, des yeux transperçant, qui pouvait voler ton cœur en un battement de cil…

– Tu…Tu peux rester cette nuit ? Demanda-t-il hésitant.

– Ilian, répliquais- je gêné. Ce n’est pas une bonne idée… Une fois de temps en temps, mais c’est vraiment trop risqué. Il ne faut pas que cela devienne une habitude.

Je mourrais d’envie de dormir une fois de plus à ses côtés, mais cela était trop risqué, surtout que j’étais de garde…

– Si j’avais une cigarette, je m’en saurais servis pour t’obliger à rester ! S’exclama-t-il une petite moue sur les lèvre

– Ilian… Soufflais-je amusé.

– S’il te plait Jaeden… Je ne te le demanderais pas si je n’en avais pas besoin… Ajouta-t-il, hésitant et honteux.

Il ne me laissa alors pas le choix, ses yeux exprimant une profonde tristesse. Il s’écarta immédiatement de moi et se cala au fond de son lit contre le mur, tirant la couverture pour m’obliger à aller près de lui. Il était timide, pourtant il jouait avec moi d’une façon farouche. Ce bout de tissus était notre limite, et il s’amusait à la franchir…

– Ilian…Soufflais-je, tu exagères.

Pour toute réponse, il m’offrit un sourire faussement innocent. Je n’eus pas le cœur à refuser, et je m’allongeais. Il ne perdit pas une minute pour nous recouvrir de la couverture et vint se caler contre moi, un bras sur mon torse, sa tête dans mon cou…Comme avant.

La limite du passé et du présent se troublait peu à peu, j’en étais conscient. J’étais trop investit, et le moindre choc pourrait me refaire sombrer a nouveau. Mais je ne pouvais lutter. La main caressant tendrement son dos, je me perdais en Ilian. Il n’y avait plus que lui, plus que son bonheur…

**

Je me réveillais le lendemain matin, le téléphone n’avait pas sonné de la nuit. Doucement, je me levais, prenant soin de ne pas réveiller Ilian. Le soleil se tenait déjà haut dans le ciel et sans un bruit je sortis de la chambre. Déjà, j’entendais certain pensionnaire se lever et attendre le petit déjeuner. Mais je n’avais pas le temps de descendre au réfectoire. Vivement, j’allais prendre une douche et me changeais, avant d’aller au réfectoire prendre un petit déjeuner. Entrant, je pu vois le regard d’Ilian et celui du directeur poser sur moi. Puis mon regard s’attarda sur Cameron assis tout seul dans un coin. Avec un pincement au cœur, je devrais le laisser seul. Je voulais déjeuner avec Ilian, lui offrir ce qu’il voulait autant que je le pouvais. Je m’assis ne prenant pas en compte le regard assassin du directeur. Je ne cherchais pas à discuter, sachant qu’Ilian ne le ferait pas en présence d’un trop grand nombre de personnes autour de nous, alors en silence, nous passâmes un moment tranquille, ne profitant que de la présence de l’autre.

Lorsque nous eûmes terminé, nous nous séparâmes, non sans un sourire en coin complice. J’allais alors dans mon bureau, recherchant un peu de solitude. Installé dans mon fauteuil, mon regard s’attarda sur le lac baigné par le soleil matinale. Quelques infirmières arrivaient, le visage encore fatigué. Doucement, je repris la paperasse que la secrétaire m’avait laissé et la remplit. Dans quelque minutes, Ilian arriverait pour un de nos rendez-vous. C’était un instant que j’espérais et appréhendais en même temps. Comment nous comporterions nous dans cette situation purement professionnel ?

Je souhaitais en savoir plus sur la nature de ses écrits. Avoir l’autorisation de les lire et découvrir l’univers fictif d’Ilian. J’étais persuadé que la clé se trouvait la. Mais jamais je ne les lirais contre sa volonté, peu importe le temps que ça prendrait.

Je décidais alors d’aller chercher un café avant qu’Ilian ne débarque, mais à peine me fus-je levé, que j’entendis quelque coups frappés sur ma porte. Surpris, je m’avançais et ouvrais, tombant nez à nez avec le directeur.

– Tu allais quelque part ? Me demanda-t-il, étonné.

– Oui, prendre un café. Répondis-je en haussant les épaules, Tu m’y accompagnes ?

Il hocha la tête et ensemble nous allâmes dans le bureau des infirmières. Nous discutâmes de tout et de rien avant qu’il ne passe à un thème plus instable pour moi. Je savais qu’il mourrait d’envie de me réprimer, mais je ne parlais de rien, nous servant du café. Puis nous reprîmes le chemin de mon bureau.

– Tu as bien dormis dans la salle de garde ? Fit-il, buvant une gorgé du liquide chaud.

– Oui…Dis-je, mal à l’aise, il n’ y a eu aucun problème.

Il me sourit et entra dans mon bureau.

– La prochaine fois vient manger avec nous. Dit-il, sérieusement.

– Je préfère manger avec mes patients, ça permet d’installer une certaine proximité entre nous. Quoi que tu en dises, j’arrive à les mettre en confiance.

– Quand tu dis mes, tu ne penses tout de même manger tout le temps avec Ilian ! S’exclama-t-il surpris.

– Pourquoi pas ?

– Il est instable… Il pourrait ne pas comprendre que c’est juste professionnel…

– D’une certaine manière, Cameron l’est beaucoup plus avec son trouble.

Il ne répondit rien. Pour une fois, il savait que j’avais raison sur ce point, même si sur l’ensemble, j’étais en tord. Je m’appuyais contre ma porte, regardant le restant de mon café remuer dans ma tasse. J’entendis alors la voix de Paul me parvenir aux oreilles :

– Ce que je veux dire Jaeden, c’est qu’après tout ce qu’il s’est passé, il faut tu prennes tes distances. Devenir aussi proche de son patient est une mauvaise chose, et surtout de Ilian ! Dit-il, sérieux.

– Mais, je…Tentais-je, vainement.

– Vos rendez-vous suffisent amplement. Tu n’as pas besoin d’aller manger avec lui. Trancha-t-il.

– Je ne savais pas qu’il était interdit de manger avec ses patients ! Rétorquais-je agacé.

Son regard se posa alors sur moi. Un regard dur et froid, me faisant bien comprendre que j’allais trop loin.

– Ne joue pas avec moi Jaeden. Tu sais bien que je suis de ton côté, je suis juste en train de protéger ta carrière. J’ai ce mauvais pressentiment que tu es en train de glisser sur la mauvaise pente.

Je respectais le fait qu’il veuille m’aider. Il l’avait toujours fait depuis que je le connaissais, me prenant sous son aile alors que mon père ne le faisait même pas. Je voulais répondre, mais j’entendis des coups francs être frappés sur ma porte. Ilian arrivait pour son rendez-vous.

– Entrez ! Fit le directeur d’une voix agacé.

Ilian entra immédiatement le visage inexpressif. Sans un regard pour nous, il s’assit sur un fauteuil. Comprenant que nous avions rendez-vous, Le directeur me fit un regard sévère, me faisant bien comprendre que la conversation n’était pas terminée, et s’en alla. Mon regard se posa alors sur Ilian, mais ce dernier s’obstina à porter le sien hors d’atteinte. Je compris alors que lors de nos rendez-vous, je n’aurais pas la chance de voir l’ilian avec qui je passais mes soirées. Dans un soupire, j’allais m’assoir en face d’Ilian, et pris son dossier dans mon tiroir.

– Comment te sens-tu aujourd’hui Ilian ? Demandais-je, lisant la fiche de soin que m’avait envoyé l’infirmière.

– Je…

Sa voix mourra dans un silence. Ilian semblait peu habitué à ce qu’on lui pose cette question. Je sus que je n’obtiendrais aucune réponse de sa part, alors, je décidais de poursuivre.

– Bien, aujourd’hui, j’aimerais parler un peu de tes écrits. Déclarais-je fixant son expression. Depuis combien de temps écris-tu ?

Je le vis se tendre, et son regard se posa sur moi. Il essayait de me déstabiliser, car il savait que je n’aimais pas ce regard aussi vide.

– Depuis que je suis ici… Souffla-t-il brièvement.

– Pourquoi est-ce que tu écris ? Demandais-je, ayant tout de même ne petite idée.

Son regard se voilà. Ma question ne lui plaisait apparemment pas. Mais ce voile disparu aussitôt.

– A ton avis ? Lança-t-il, agressivement.

Surpris, je ne dis rien. Je réfléchis alors à une autre question à lui poser, mais aucune ne me vint à l’esprit. Seul une possibilité de réponse me vint.

– Je… Je vois ça comme une sorte d’évasion pour toi… Tu créés des histoires pour sortir un peu de ton esprit… Dis-je, peu sûr de moi.

Il ne dit rien, et ne fit rien. Je parlais à un véritable mur et cela m’ennuyait.

– Ilian…Dis-je, voulant le faire réagir. Est-ce que…Est-ce que je peux lire tes cahiers ?

Je le vis alors ouvrir grands les yeux et se repositionner droit sur sa chaise.

– Non ! Cria-t-il presque.

– Voyons Ilian, commençais-je, trop vite. Ce n’est pas grand-chose, tu pourrais…

– Non Jaeden ! Tu m’as promis de ne pas me poser de questions sur ce qui s’était passé et ces cahiers en font partit !

– Je ne t’ai jamais promis que je ne chercherais pas à t’aider !

Je savais que donner ses cahiers étaient pour Ilian une grande étape. Mais s’il s’ouvrait encore un peu plus à moi, cela ne pourrait que lui être que bénéfique. J’avais ma part de responsabilité malgré tout dans toute cette histoire, et cela pourrait peut-être lui permettre de ne plus porter sa croix seul.

Déçu qu’il ne veuille pas, je me tournais vers la fenêtre. Tout à mes pensées, je regardais le lac que j’aimais tant et le paysage magnifique qu’il y avait autour. Si seulement Ilian pouvait se libérer de ce fardeau qui le rongeait. C’était dur, j’en étais conscient. Peut-être étais-ce le désir de le voir libre qui m’aveuglait. Un désir surement irréalisable.

– Tu sais Ilian, quand j’ai écrit la lettre, je me suis sentis soulagé d’un poids énorme. Tu n’a pas idée du bien que cela m’a fait. Dis-je, me retournant pour croiser son regard. Quand j’ai su que tu l’avais lu, je ne me suis jamais senti aussi heureux.

Je fit une pause, le temps de trouver mes mots, et de laisser le temps à Ilian de comprendre tout ce que je souhaitais lui dire.

– Même si c’est dur Ilian, il faut que tu trouve une chose à laquelle t’accrocher. Tu dois passer au dessus pour pouvoir avancer et acquérir ce quelque chose…

Une drôle de lueur brilla alors dans ses yeux, le rendant plus beau que jamais. Ses yeux dans les miens, je sentis mon ventre se tordre. Ce que je lui avait dit le marquais ? Mais bien vite, tout fut gâché par un voile de tristesse, qui assombrit ses prunelles. Il baissa les yeux, et d’une voix triste il dit :

– Je ne suis pas prêt à oublier…

Il semblait si désemparé que je ne pouvais m’empêcher de me traiter d’idiot…Si j’avais su…si j’avais vraiment tout fait pour le retrouver…Tout aurait été plus simple…

– J’attendrais le temps qu’il faudra Ilian. Dis-je sérieusement.

Et je le pensais vraiment. Tel était mon but. Pour Ilian. Alors que j’allais enchainer sur un autre sujet, le téléphone se mit à sonner et je sursautais. Ne voulant pas être dérangé, je voulais refuser l’appel, mais peu habitué, j’appuyais malencontreusement sur le haut parleur.

– Docteur Sadler, Hugo souhaiterait vous parler. Fit la standardiste.

Mes yeux s’ouvrirent grands à l’entente du prénom de mon ancien amant. Que faisait-il là ? Je vis alors Ilian reprendre sa carapace d’homme froid, et immédiatement je raccrochais et m’exclamais :

– Ce n’est pas ce que tu crois ! Ce n’étais pas prévu, je te jure je ne sais pas pourquoi il est là !

Mais c’était peine perdu, Ilian, le regard noir, se leva sans un mot et sortit de mon bureau. Je l’avais déçu, encore une fois. Et ce n’était même pas de ma faute…

Peu de temps après, j’appelais l’infirmière et demandais à ce qu’Hugo monte. Soupirant, je passais ma main sur mon visage. Je ne savais pas comment me tenir face à Hugo. Je ne lui en voulais plus, enfin…Je ne voulais plus y repenser. Je ressentais toujours au fond de mon cœur ce petit sentiment qui nous liait moi et Hugo. Mais tout avait changé en peu de temps. Et ce changement portait un nom : Ilian.

J’entendis quelques coups frappés à ma porte, et la voix mal assurée, je disais à Hugo d’entrer. Ce dernier le fit, et c’est le regard timide et le rouge aux joues qu’il entrait. Je me rappelais alors de la première fois que je l’avais rencontrer, lors d’une des soirées de mon frère. Trop pris dans mes études, Kain m’avait ordonné de passer, et c’est sans envie que je l’avais rejoins. A peine fus-je entrée que je le vis, accoudé près du bar, le regard perdu dans le vide. Je n’avais pu décrocher mon regard de lui, essayant de capter le regard de ses magnifiques yeux verts. Et lorsque je mettais approcher de lui, le rouge de ses joues avaient achevé de me séduire… Immédiatement, je remuais la tête de gauche à droite pour retrouver mes esprits, ce n’était pas vraiment le moment que je revive ces moments.

– Tu vas bien ? Demanda-t-il, s’assaillant en face de moi.

– Oui et toi ? Dis-je aimablement ?

Il acquiesça, et regarda ses mains, ne sachant quoi dire. Pourquoi venait-il me voir s’il ne savait que dire ? Je me rendis alors compte qu’être ici le déstabilisait sûrement. J’étais plus un psychiatre dans cet environnement que son ancien amant. Me levant, je déclarais.

– Que dirais-tu de prendre un café et d’aller dans le jardin ? Fis-je, mettant ma veste.

Il me fit alors un grand sourire et se leva, ouvrant la porte pour me laisser passer. Mes sourcils se froncèrent, cherchait-il à se faire galant ? Nous prîmes un café et allèrent s’installer sur un banc près du lac. Il faisait un peu frais, si bien que ce café nous réchauffais. Un silence s’était installé depuis peu, et je souhaitais lui laisser le temps de chercher ses mots. Je l’entendis alors soupirer fortement et relever la tête, me regardant.

– Je.. Enfin… Je voulais savoir si tu voulais aller diner avec moi ce soir… Dit-il, hésitant.

– Un diner ?!? dis-je, étonné.

– Je sais… Je… On s’est quitté, mais… Je n’arrête pas de penser à toi, alors je me suis dis…

– Hugo… Soupirais-je, mal à l’aise.

– Attend, je me disais, j’ai fais la plus belle erreur de ma vie, et crois moi, je ne recommencerais plus jamais… Je me suis dit qu’on pourrait recommencer pas à pas, des sorties…

– Hugo…Répétais-je, de plus en plus gêné.

– C’est peut-être trop tôt, mais tu me manques… Je vis chez ma sœur et ça devient un calvaire, j’ai envie de te voir, de t’appeler, de te prendre dans mes bras, j’ai envie de rentrer le soir et d’être avec toi… Comme avant, je te promets Jaeden que…

– Je suis avec quelqu’un. Le coupais-je nerveusement.

Sa déclaration me touchait beaucoup trop, et c’est pour cette raison que je l’arrêtais. Je ne savais pas encore ce que moi et Ilian étions, mais je ne voulais pas faire disparaître ce sentiment qui nous liais. Ses yeux se remplirent immédiatement de larmes et il baissa la tête, ne voulant pas me montrer sa détresse.

– Quand tu m’as dit que tu étais plus ou moins avec quelqu’un, je pensais que tu voulais juste me faire du mal… S’il te plait Jaeden, dis moi que c’est encore pour me faire du mal, tu ne peux pas m’avoir oublié comme ça ! Déclara-t-il, d’une petite voix.

– Je ne t’ai pas oublier Hugo…Soufflais-je, las

– Alors reviens moi…

– Je ne peux pas.

Il se leva alors de colère, les yeux gonflés et rouges.

– T’en a rien à faire de moi ! S’exclama-t-il, rageusement

– Ce n’est pas ça ! Mais je ne peux pas le quitter sous prétexte que tu te sens seul ! Dis-je sans réfléchir.

– Je ne me sens pas seul ! Je t’aime et je veux qu’on se remette ensemble !

– Il fallait y penser avant de me tromper Hugo !

Il ne répondit rien se contentant de regarder le sol. Puis ses mains vinrent se poser sur son visage. Après avoir soupiré, il posa son regard sur le lac.

– Tu sais… Lorsque je suis partis de l’appart, je…Je me sentais tellement mal que je suis retourné voir mon élève et j’ai recouché avec.

Malgré tout, ses mots me brisèrent le cœur. Je ne savais que penser de ma réaction. Étais-je trop bon ou encore amoureux d’Hugo ? Le regard larmoyant d’Ilian me revint alors en mémoire. Non je n’étais plus amoureux d’Hugo.

– J’ai recouché avec lui, mais je n’ai fait que penser à toi… S’il te plait… Quitte-le.

– Non… On peut rester ami…

– Je veux pas être ton ami !

Je me levais, exaspéré et énervé par son attitude. Il me sortait qu’il avait recouché avec son ex, et pensait qu’on allait se remettre ensemble après ça.

– Je n’ai que ça à te proposer. Je dois aller travailler. Dis-je lui tournant le dos.

– Jaeden attends !

– Non ! M’écriais-je énervé, je t’ai dis que j’avais besoin de réfléchir, et toi tu reviens et me dis que tu recouches avec ton élève mais que tu penses toujours à moi !

– Réfléchir ! Mais tu sors avec quelqu’un !

– Et alors ?!? Je ne veux plus me remettre avec toi ! Lui au moins ne me trompe pas !

Je me retournais alors, le laissant là. J’étais hors de moi et j’avais besoin de rester seul. Néanmoins, Hugo avait raison. Je lui avais dit que je devais réfléchir mais à peine l’avais-je quitté que la relation ambiguë qu’Ilian et moi entretenions avait commencée. Ilian et moi étions attirés comme des aimants, comme si le destin voulait relancer notre histoire réduite en cendre il y a quelques années. Si jamais rien ne s’était passé, j’étais persuadé que nous serions toujours ensemble. Nous habiterions probablement ensemble et je lui aurais depuis longtemps avoué mon amour. La vie était vraiment mal faite…

Sans un regard derrière moi, j’allais m’engouffrer dans mon bureau, où je travaillais toute la nuit.

Lorsque je relevais la tête, c’était pour apercevoir l’infirmière de service qui me tendait un téléphone. C’était ma deuxième nuit de garde.

– Nous avons pris de quoi manger, un petit repas de fast food, ça vous tente ? Me demanda-t-elle de son beau sourire.

– Je vous remercie. Dis-je en me levant.

Je la suivis jusqu’à la salle de garde et arrivais devant une table pleine de nourriture.

– Servez-vous autant que vous le voulez, docteur Sadler. Dit-elle, s’assaillant à table.

Je me souvint alors qu’Ilian devait m’attendre. Même s’il m’en voulait, j’espérais le voir assis sur son lit, espérant ma venue.

– Je… J’ai encore du travail, je peux en prendre avec moi ?

Un hochement de tête affirmatif et je pris à manger pour moi et Ilian. L’infirmière me regarda surprise en me voyant prendre deux hamburger mais je lui dis que j’avais une faim de loup. Puis après un « bonne soirée » je sortais de la salle alors que j’entendais la télé s’allumer.

J’arrivais anxieux devant la porte de sa chambre. Ilian était jaloux et je ne pouvais lui en vouloir de me faire une crise, comme j’avais fait la veille. Soupirant, j’ouvrais sa porte et me glissais dans sa chambre. Il posa son regard sur moi, pour le retourner immédiatement sur son livre, qu’il faisait semblant de lire. Un petit sourire aux bords des lèvres, j’allais à son bureau et commençais à manger, attendant qu’il fasse un pas vers moi. Je n’avais pas changé, j’avais toujours du mal à faire le premier pas. Pourtant lorsque je vis qu’au bout de quelques minutes il ne cessait toujours pas son manège, je m’exclamais :

– Tu n’as pas faim ?

C’est alors que son estomac émit un bruit, mais Ilian n’était pas disposé à partager ce repas en ma compagnie. Doucement, je me levais, allant m’assoir près de lui.

– Hugo m’a invité au restaurant ce soir…Mais j’ai refusé. Dis-je essayant de capter son attention.

Il leva alors son regard sur moi, semblant attendre quelque chose de plus.

– Parce que j’avais quelque chose de mieux à faire…Dis-je en haussant les épaules.

A peine avais-je finis de lui dire le fond de ma pensée, qu’il se jeta sur mes lèvres, les prenant d’assaut. Immédiatement, je participais à ce baiser que je désirais depuis longtemps. Mes mains passèrent sur ses hanches et doucement je le collais contre moi, le voulant au plus près de moi. Collé au mur, je sentais le baiser d’Ilian gagner en intensité. Ravi, je me laissais faire docilement, et lorsqu’il passa ses jambes autour de moi, une fulgurante envie de l’homme qui se trouvait au dessus de moi me prit. Mais je savais que je ne devais pas aller trop loin. Je devais essayer de le faire se sentir mieux avec son corps. Corps qu’il devait surement détester depuis le viol. A cette pensée, une profonde tristesse m’envahit et j’en vint à souhaiter pouvoir faire Ilian mien un jour. Effacer toute trace d’Ewen et ne lui laisser que la marque du bonheur. Mes mains passèrent sous son tee-shirt, caressant ce torse qui m’avait tant manqué, je m’allongeais sur le lit, ne lâchant pas une seule minute ses lèvres et mes caresses. Gardant Ilian sur moi, je ne voulais pas un seul instant l’obliger à changer de position, lui laissant alors le libre choix d’arrêter lorsqu’il le voudrait.

Il mit fin à notre baiser quelques minutes plus tard, caressant mon visage du bout des doigts. Mon regard s’ancra alors dans le sien, mais lui ne me regardait pas. Il réfléchissait trop, je le sentais. Mais bien vite, il reposa ses lèvres sur les miennes. Voulant attendre un peu plus longtemps, je continuais de le caresser, cherchant à le détendre. J’accueillis avec surprise et désir ses mains sur mon torse. Tremblantes, elles me faisaient repenser à la première fois où nous avions fait l’amour. L’un d’elle descendit bien vite vers mon jean, souhaitant l’enlever. Ce fut ce geste qu’il m’interpella. Ilian allait beaucoup trop vite. Ce n’était pas parce qu’il avait envie de moi qu’il voulait passer cette étape, c’était juste à cause d’Hugo…

Immédiatement, je l’arrêtais, et pu voir son regard fuyant. Lorsque je vis ses larmes couler le long de ses joues, je compris que je ne m’étais pas trompé…

– Ce n’est pas la peine Ilian… Soufflais-je, ne cachant pas ma déception.

Oui, j’étais déçu. Déçu qu’ilian puisse penser que je le quitterais pour une question de sexe. Pensait-il vraiment que j’étais capable de cela ? Pensait-il vraiment que je risquais ma carrière et ma vie juste pour l’avoir dans mon lit ?

– Il est hors de question que je me remette avec Hugo…Dis-je, sérieusement.

Il se recula, baissant la tête honteusement. J’étais déçu, mais son initiative me touchait, car cela voulait dire qu’il était capable de beaucoup de chose pour me retenir. Voulant le réconforter, ma main passa sous son menton et mon regard s’ancra dans le sien.

– Dans toute ma vie, j’ai été amoureux de deux personnes, et si je me remets avec la première, ce n’est pas pour tout gâcher…

Je l’attirais alors à moi, calant sa tête dans mon cou comme il aimait si souvent le faire. Ses larmes se calmèrent peu à peu. Puis, alors que je le sentais plus serein, je l’écartais un peu de moi et lui proposais de manger un morceau avant que tout ne refroidisse. Il accepta et sans un mot, nous mangèrent, nous regardant de temps en temps.

Une fois le repas terminé, je me levais et nettoyais tout afin que personne ne sache que j’étais venu. C’est alors qu’une question d’Ilian m’interpella.

– Jaeden…Est-ce que cette situation te fait souffrir ? Demanda-t-il, hésitant.

Je relevais alors la tête vers lui et lui fit un grand sourire.

– Bien sur que non, sinon je ne serais pas là ce soir… Répliquais-je amusé.

Une fois le ménage fait, je m’allongeais sur le lit, disant que j’avais trop mangé. Les bras écarté, je laissais le loisir à Ilian de venir se blottir contre moi, ce qu’il fit presque immédiatement.

– Qu’est ce qu’il s’est passé lorsque nous nous sommes quittés ? Demanda-t-il, brisant l’atmosphère tranquille.

Je me sentis me crisper tout à coup, et une honte énorme tordit mon estomac. Je n’étais pas prêt à lui avouer…

– C’est une partie de moi que j’aimerais ne jamais te dévoiler Ilian… dis-je essayant de rester naturel.

– Je suis désolé Jaeden, dit-il, penaud. je n’aurais pas du te demander, ce qu’a dit ton frère aurait du me suffire.

Immédiatement je me relevais, regardant Ilian tout en cherchant comment Kain avait pu venir ici. Une rage immense remplaça alors cette honte, de quel droit Kain était venu ici, et avait parler de moi à Ilian ?

– Pourquoi tu me parles de Kain ? Comment tu… ? Demandais-je perdu.

– Je..C’est que…Commença- t-il à bafouiller, prit sur le fait.

– Tu l’as revu ici ? Demandais-je vivement.

J’avais peur que Kain ne lui ai tout raconté. Le connaissant, cela ne me choquerait pas…

– Non, c’est rien, oublie ce que j’ai dit, tenta-t-il désespérément.

– Ilian, ne cherche pas à me mentir à ce sujet. Répliquais-je avec colère.

Ilian baissa la tête et je m’en voulu immédiatement. Mais l’image de mon frère parlant à Ilian ne cessait de trotter dans ma tête. Il fallait qu’il se mêle de ma vie quand bon lui semblait. Ne pouvait-il pas me laisser vivre ma vie ?

– Il est venu me voir un matin…dit-il, d’une voix faible.

– Comment ça il est venu te voir ici ?

Kain ne pouvait entrer sans que je ne sois avertit, mais alors que je cherchais un moyen, je me souvint d’une fois où il était venu me voir, alors que j’étais au toilette. La standardiste ne m’en avait pas averti…

– Quand ? Demandais-je, le regard dans le vague.

– Deux jours après l’avoir vu avec toi en ville. Juste avant que Melvin ne te parle du cahier… Le matin.

– Il est venu te voir pour quoi ? Demandais-je, de plus en plus énervé.

– Pour me dire de te laisser en paix et de m’éloigner de toi… répondit-il, penaud

Ilian fit une pause et je pu voir qu’il avait les larmes aux yeux.

– Il m’a supplié de ne pas te faire redescendre, de t’oublier. Il m’a dit que tout était de ma faute, il…

Il ne pu continuer sa phrase, ses mots s’étouffèrent dans sa gorge alors qu’il éclatait en sanglot. Il baissa la tête comme s’il avait honte et immédiatement je me maudissais de m’être mit ainsi en colère. Pestant contre mon frère, je le pris immédiatement dans mes bras.

– Ne fait pas attention à ce qu’il t’a dit Ilian. Dis-je, espérant que Kain ne lui est rien raconté de grave.

Je m’écartais alors, voulant régler immédiatement cette histoire.

– Je vais aller le voir tout de suite, il va sérieusement regretter d’être venu te parler. Dis-je en me levant.

Mais Ilian me retint, le visage en larme.

– Non Jaeden, reste, s’il te plait… Ne me laisse pas seul ce soir. Je… J’ai… me supplia-t-il tristement.

Mon cœur se serra et la réalité me vint alors en mémoire. Jamais nous ne pourrons avoir un lit à nous. Jamais je ne pourrais rentrer et le voir chez moi. C’était impossible. Tout ce que je pouvais lui offrir, c’était ces nuits secrètes…

– Ne vas pas le voir maintenant, il vaut mieux que tu te calmes… Dit-il, me prenant par la main, m’arrachant à mes idées sombres.

– J’irais demain soir alors. Dis-je en haussant les épaules.

Que je le veuille ou non, mon travail et Ilian me retenait ici. Je me sentais trahi par mon propre frère…

– Je ne peux de toute façon pas dormir ici tous les soirs. Ajoutais-je, mettant les choses au clair. Promets-moi que tu n’insisteras pas, pour ne pas me rendre la tache plus difficile…

Je savais que je cèderais à chaque fois qu’il me le demanderais. J’espérais qu’il comprenait et qu’il acceptait cette situation…Je m’assis alors sur le lit, et posais mes lèvres contre les siennes, retrouvant cette douceur que j’aimais tant chez lui. Nous nous couchâmes par la suite, et, pour la première fois, ce fut moi qui me collait à lui. J’avais besoin de lui et j’étais honteux du peu que je pouvais lui offrir. Son odeur m’enivrant, je sombrais peu à peu dans un sommeil profond…

**

Un soupire et je sortais de mon bureau ravi de pouvoir rentrer chez moi. Je prenais sur moi pour ne pas passer par la chambre d’Ilian, ne l’ayant pas vu de la journée. Mon esprit accaparé par son image, je ne pouvais que sourire suite à ce que j’avais vu ce matin, Ilian encore et toujours avachi sur moi, sa tête sur mon cœur et ses bras m’encerclant. J’avais dû mettre dix bonnes minutes avant de pouvoir sortir du lit. Rigolant légèrement, je sortis de l’hôpital, ne pouvant m’empêcher de regarder sa fenêtre.

Le cœur léger, je rentrais chez moi après quelques minutes de trajet. Mais la rage que j’avais évacué hier soir revint au galop alors que je croisais le regard de mon frère, devant la porte de mon appartement. Un sourire aux lèvres, Kain était loin d’imaginer la fureur qui m’habitait. Ne lui rendant pas son sourire, j’entrais la clé dans la porte de mon appartement.

– Dure journée ? Demanda-t-il, me suivant dans la pièce.

– Oui. Répondis-je enlevant ma veste.

– Tu es de mauvais poil ? Fit-il les sourcils froncés.

– Si je te dis oui, tu comptes aller voir Ilian et lui dire que c’est de sa faute ? Répliquais-je le regards noir.

Kain se crispa immédiatement et son regard se fit fuyant. Il comprenait ce que je voulais dire, il n’y avait aucun doute. Un soupire passa le barrage de ses lèvres et il s’assit sur le dossier du canapé, cherchant ses mots.

– J’en ai marre que tu te mêles de ma vie Kain… Soufflais-je, las

– La dernière fois que je t’ai laissé te débrouiller seul tu as faillit être paralysé ! Cracha-t-il énervé.

– J’étais jeune, je ne referais pas la même erreur. Bordel Kain est que je suis allé voir la fille que tu as mis en cloque pour lui dire qu’elle ferait mieux de s’attendre à élever son enfant toute seule ?

– C’est ce que tu penses de moi ?

– Regardes toi, tu n’es toujours pas aller la voir…

Une fois de plus, il baissa sa tête. Je me sentais trahis, déçu et je n’avais aucun mal à lui dire des mots blessants.

– Ilian est fragile. Fis-je tentant de garder mon calme. Tu penses vraiment que lui dire ces choses l’ont aidé ?

– Je devais le mettre en garde…Dit-il, une grimace sur les lèvres.

– Mais c’est mon passé ! C’est moi qui ai fait ces conneries, j’ai choisis de devenir alcoolique et drogué ! J’ai choisi de coucher avec mon dealer ! J’ai choisi d’essayer de passer au dessus de lui, et j’ai choisi de me battre avec lui ! Si j’ai failli être paralysé, ce n’est pas de sa faute !

– Ilian a été la première cause, avoues le au moins…

Les poings serrés, j’essayais par tous les moyens de ne pas lui envoyer mon poing dans la figure. Je l’admirais pour tout ce qu’il avait fait pour moi. Mais là il dépassait les limites…

– Je ne veux plus te voir. Déclarais-je, froid.

– Quoi ? Fit-il surprit.

– Je ne veux plus te voir. On se reverra peut-être à Noël avec maman, mais je ne veux plus que tu reviennes vers moi si tu restes toujours aussi con.

– Jaeden…Arrêtes tes…

– Je ne dis pas de conneries, tu sors de chez moi et tu ne te mêles plus de ma vie. Je ferais en sorte qu’on t’interdise l’entrée à l’hôpital. Comment tu as pu lui dire que j’avais mal tourné…C’est…

Les yeux aux bords des larmes, ma voix se faisait pleine de sanglots. Pour la première fois mon frère me décevait.

– J’ai fait des choses que jamais je n’oublierais et nous étions les deux seuls à savoir. A ton avis Ilian va vouloir rester dans l’insouciance ? A cause de toi, je vais devoir lui raconter, parce que si je veux qu’il soit honnête avec moi, je dois l’être a mon tour, et je sais très bien que si je lui demande de me raconter toute l’histoire, il voudra que je lui raconte ce qu’il sait passé avant.

– Jaeden…

– Sors…Vas-t’en.

Kain me regarda un moment, cherchant une lueur d’hésitation en moi. Mais il n’y en avait aucune. Je ne pouvais plus lui faire confiance et cela me faisait un mal de chien. Sans un mot, il sortit de mon appartement, fermant la porte à notre relation de frères si particulière. S’il fallait devenir comme des étrangers pour qu’il me laisse vivre ma vie, je le ferais.

Je relevais alors la tête. Il ne fallait pas que je me laisse abattre. Je devais profiter de ces jours de congés pour décompresser. Pour arrêter de stresser à l’idée que quelqu’un découvrirait un jour où l’autre la relation plus ou moins ambiguë qu’ilian et moi avions. J’allais prendre une douche rapide et m’habillais en vitesse. Cela faisait des lustres que je n’avais pas été au cinéma, et cela me ferait un bien fou. J’enfilais ma veste puis pris la direction du centre à pied. Le soleil n’était pas présent, mais le temps maussade ne laissait présager aucune averse. L’air frais me remotiva un peu et quelques minutes plus tard, je choisissais un film tiré d’une histoire vraie. « L’échange », un film avec Angelina jolie.

Je passais les deux heures suivantes à regarder ce filme extra. Les yeux rouges, je sortais de la salle. Je n’étais pas de nature émotive, surtout pour un film, mais celui-là… Je décidais d’aller manger dans le premier snack que je voyais, commandant cette mal bouffe que j’adorais. Je pouvais manger n’importe quoi sans prendre un gramme, ce qui énervait Kain. Kain… J’avais l’habitude de passer mes jours de congés avec lui…

Me ressaisissant, je sortais du snack et décidais d’aller me balader un peu avant de rentrer. Je pris la direction du parc où j’avais amené Ilian, m’assaillant sur ce même banc où j’avais entrainer Ilian dans une histoire pleine d’embuches. Je savais que c’était mal, mais je savais aussi que maintenant, tout était trop tard. Nous nous rapprochions de plus en plus et cela me faisait autant plaisir que peur. Peur car la possibilité du « nous » était impossible à envisager dans cet établissement.

– Excuser moi de vous déranger… Je… J’ai l’impression de vous connaître…

Je relevais immédiatement la tête, sursautant légèrement. Mon regard se posa alors sur un jeune adolescent. Ses cheveux roux étaient coiffés n’importe comment et ses yeux bruns presque noirs me faisait frissonner. Ses taches de rousseurs sur son nez et ses joues lui donnait l’air d’un gamin, tout comme ses vêtements sales.

– Je ne crois pas…Dis-je, cherchant dans ma mémoire si je l’avais déjà vu quelque part.

– Vous n’étiez pas au lycée de Saint louis ? Demanda-t-il, s’asseyant sur le banc.

– Oui… Fis-je hésitant.

– Alors c’est de là que je vous connais ! Jaeden c’est ça ?

Je le regardais, les sourcils froncés, tentant de retrouver son identité. Mais il vint très vite à ma rescousse.

– Je m’appelle Elliot Senan, le fils de…Dit-il, un sourire amusé aux lèvres.

– De Madame Senan, la prof de maths ! Je me souviens, j’avais joué au foot avec toi alors qu’elle avait une réunion avec ma mère ! Le coupais, vivement.

Il haussa vigoureusement la tête, content que j’ai trouvé par moi-même. Je rigolais intérieurement alors que je me rappelais tout ce que j’avais pu faire endurer à cette pauvre professeur. J’étais insupportable, mais elle m’adorait.

– Comment vas-ta mère ? M’inquiétais-je poliment.

Son regard se voilà, et il baissa la tête mettant ses manche sur ses mains. Il les ramena alors contre sa poitrine et son regard se posa sur le lac gelé par le froid.

– Nous…Nous ne nous voyons plus. Souffla-t-il tristement.

– Tu fais tes études ici ? Demandais-je, innocemment.

– Non… Je n’habite juste plus avec elle.

Je compris que je ne devais pas lui demander plus, s’il voulait me parler, il devait le décider seul.

– Ma mère disait que tu deviendrais quelqu’un, alors que tous les professeurs disaient le contraire. Elle avait raison ?

Je rougis immédiatement, peu habitué aux flatteries.

– Je ne suis qu’un psychiatre, pas le futur président ! Déclarais-je rigolant légèrement

– C’est déjà bien plus que ce que l’ensemble des enseignants espéraient ! Répliqua-t-il, sur le même ton

Je lui fis un sourire sincère avant de me lever et de lui proposer de se joindre à moi pour prendre un café. Il accepta vivement et se redressa, regardant un moment derrière lui. Surpris, je regardais dans la même direction mais ne vit personne.

– Tu attends quelqu’un ? Demandais-je, surpris.

– Non, non, on peut y aller. Dit-il dans un sourire.

Il m’attrapa alors par le bras, m’obligeant à le suivre. Si mes souvenirs étaient bons, il avait 16 ans. Il nous conduisis dans un café assez jeune d’où une musique rock en sortait. Sans un mot, je le suivis, m’asseyant sur une banquette. Une serveuse vint prendre notre commande, et nous commençâmes à discuter de tout, axant plus particulièrement la discussion sur moi. Lorsque que je choisis de dériver sur lui, ses réponses se firent plus hésitantes. Il se braquait, essayant de revenir à moi. Lassé, je décidais de ne pas m’en formaliser, après tout, les jeunes ne supportaient pas qu’on rentre dans leur vie privé…

Je rentrais chez moi dans la soiré, Elliot m’ayant obligé à prendre son numéro de téléphone. Je n’avais pas compris pourquoi, mais lorsque je l’avais vu si impatient, j’avais accepté de le lui donner. Avec soulagement, je m’affalais dans mon sofa, allumant la télévision. Je tombais sur un film d’action fantastique et commençais à le regarder, avant d’aller me coucher.

Une fois dans mon lit, mon esprit se tourna vers ilian, surement endormi à l’heure qu’il était. Je ne l’avais pas vu de la journée, une première depuis peu. Mon cœur se mit à battre un peu plus vite à l’idée que j’allais le revoir demain matin au petit déjeuner, même si le directeur ne me suivait pas dans cette décision…Un sourire aux lèvres, je mis un temps fou avant de pouvoir trouver le sommeil.

**

La nuit fut particulièrement longue, le sommeil ne voulant pas frapper à ma porte. Ce fut au bout de deux longues heures d’attente que je fermais l’œil, mais le réveil sonna bien trop vite à mon goût. Le corps courbaturé par la fatigue, je me levais tel un automate, allant prendre une bonne douche. Mais la douche dura bien trop longtemps et lorsque j’en sortis, ce fut pour remarquer, que j’étais en retard.

Immédiatement, je m’habillais, courant à ma voiture. Quinze minutes plus tard, je me trouvais devant l’hôpital, essoufflé. Arrivant devant les porte du self, je stoppais, essayant de me calmer. Une fois la respiration calme, j’entrais regardant où se trouvait Ilian. Ce dernier était assis au milieu de la salle, seul, les yeux dans le vague. Surement pensait-il que je ne viendrais pas…

Rapidement, j’allais prendre mon petit-déjeuner, arrivant avec un sourire vers Ilian, mais lorsque je croisais le regard du directeur, un regard dur, et presque froid. Encore une fois, je le décevais. Mon regard se posa alors sur ilian. Sur son air abattu. Mon choix fut vite fait, je m’assis à sa table, le faisant sursauter.

– Ouf, j’ai cru ne jamais arriver pour l’heure du petit déjeuner, soufflais je, dans un sourire.

Ilian ne répondit pas, et tourna la tête afin de regarder derrière moi. Je savais ce qu’il regardait…

– J’ai tout à fait le droit de manger avec toi Ilian, ne t’occupe pas de lui…

Il reporta alors son attention sur son bol de céréale, ne semblant pas d’humeur à parler en présence d’un grand nombre de gens. Je remarquais alors les grandes cernes qui ornait ses yeux et Son teint semblait plus pâle que d’habitude.

– Tu as un petite mine… Est-ce que ça va ?

Il acquiesça et me regarda en souriant, avant de retrouver son visage impassible. S’il pensait me calmer comme ça…Il manquait de sommeil…

– Je crois que nous n’avons pas beaucoup dormi touts les deux… dis-je, commençant à déjeuner.

Je sentais qu’il ne voulait pas me parler, alors je choisis de remettre à plus tard cette discussion. Son manque de sommeil avait-il un rapport avec la fois où je l’avais retrouvé en sanglot dans son lit ? Je choisis de garder pour moi mes pensées. S’il voulait en parler, il le ferait de lui même. Ainsi se passa l’heure du petit-déjeuner, l’un en face de l’autre, se contentant seulement de la présence de l’autre.

**

La journée se passa lentement, J’eus un rendez-vous avec Cameron dans la matinée, et constatais avec surprise qu’il avait suivi mon conseil et s’était inscrit aux activités proposées par l’hôpital.

Je passais le reste du temps à remplir de la paperasse, sentant mon cœur s’emballer à chaque fois que quelqu’un frappait à ma porte. Mais ce n’était jamais lui…Il attendait surement que je fasse le premier pas alors que moi j’attendais la même chose de sa part. Pendant deux ans, c’était toujours le plus entreprenant de nous deux, pour les sorties, les soirées…, malgré sa timidité maladive. C’était normale qu’il ait changé, après tout ce qu’il avait vécu…Mon regard se voilà alors que je repensais à ce qu’Ewen lui avait fait. Serrant les poings, je me relevais, posant mon regard sur le lac afin de me calmer. Et l’effet souhaité arriva.

**

La nuit tomba peu à peu alors que je me décidais à rentrer chez moi. Il n’était pas venu, alors ce serait à moi de faire ce pas vers lui. Veillant à ne pas être suivis, j’arrivais devant sa chambre, remarquant, au vu de la lumière filtrant sous sa porte qu’il était toujours debout. J’entrais sans frapper, regardant derrière moi s’il n’y avait personne aux alentours, et me faufilais dans sa chambre. Il s’assit immédiatement dans son lit, un énorme sourire au visage. Un sourire qui chauffa mon cœur.

– Je viens juste te souhaiter bonne nuit avant de rentrer chez moi. Dis-je en refermant la porte derrière moi. J’aurais bien aimé venir plus tôt pour passer plus de temps avec toi, mais j’ai travaillé sur le dossier de mon nouveau patient et je n’ai pas vu l’heure.

Je vis alors son sourire s’effacer. Il avait compris que je ne passerais pas la nuit avec lui…

– Ilian… Soufflais-je amusé.

Je m’assis alors sur son lit et le pris dans mes bras. Me faisant désirer, mon souffle caressa la peau de son cou, le faisant frissonner. Puis du cou, je passais à son oreille…

– Je ne pouvais pas partir sans avoir gouté tes lèvres…

Je vis alors ses lèvres s’étirer dans un faible sourire et tendrement, j’attrapais son menton pour m’accaparer ses lèvres. Un baiser, doux, tendre, presque qu’amoureux. Tellement bouleversant que je me demandais si je ne pouvais pas passer la nuit ici… Mais s’était impossible. Je devais me mettre dans la tête que c’était impossible…

Notre baiser pris fin et Ilian me pris dans ses bras, calant sa tête au creux de mon cou. Deux fois plus amusé qu’il veuille ainsi me retenir.

– Je ne peux pas rester plus longtemps, soufflais-je doucement.

Je le sentis alors raffermir son étreinte, ignorant complètement ce que je lui disais. Avec grande peine, je tentais de ne pas éclater de rire devant sa façon si particulière de ne pas me rendre la tache facile. Un sourire aux lèvres, je lui embrassais le front avant de l’éloigner de moi avec délicatesse.

– Crois-moi Ilian, si je pouvais rester, je le ferais…

Il se résigna alors et baissant les yeux, il se recula un peu. Tendrement, je lui déposais un baiser sur le coin de sa lèvre et me levais.

– Bonne nuit Ilian, essaye de te reposer, tu sembles en avoir vraiment besoin.

Mes paroles n’étaient pas vraiment réconfortantes, mais c’était ce que j’avais de mieux à lui donner pour l’instant. Le cœur lourd, je savais que si je ne partais pas maintenant, j’allais céder… Je sortis de la pièce après un dernier regard, et partis de l’hôpital, certain que cette nuit encore, j’aurais du mal à trouver le sommeil…

**

J’arrivais le lendemain vers 10h du matin, n’ayant aucun rendez-vous dans la matinée mais quelque paperasse encore à remplir. A peine eus-je dépassé l’accueil, que je croisais le directeur. Un sourire, et il s’approcha de moi pour me saluer. Dans ces moments là, malgré nos désaccords professionnels, nous redevenions des amis.

– Comment va Tatiana ? Demandais-je alors que nous marchions sans vraiment savoir où nous allions.

– Elle prend du ventre…Il faudra que tu passes pour la voir, elle est magnifique enceinte. Me répondit-il, des étoiles plein les yeux.

– Je l’imagine très bien ! Dis-je, rigolant légèrement.

Nous continuâmes sur cette discussion, mais alors que nous prenions le tournant d’un couloir, je me figeais immédiatement,croisant l’un des fantômes de mon passé. Devant moi, se trouvait le père d’Ilian. La réplique même de son fils, mais en plus âgé. Une peur sourde s’ancra en moi et je voulu faire demi-tour immédiatement.

– J’ai oublié de refermer ma voiture, Balbutiais-je alors que je me retournais pour m’enfuir.

Je leur tournais le dos, mais bien vite, j’entendis la voix familière de l’homme que je n’avais pas vu depuis si longtemps…

– Jaeden ?!?

Le père d’Ilian venait de me reconnaître. Mon cœur battait si fort qu’il me faisait mal. La gorge nouée, je me retournais vers lui, évitant le regard de l’ami que j’allais une fois de plus décevoir.

– Vous vous connaissez Monsieur Crose ? Fit Paul, les sourcils froncés.

– Oui… Ca fait longtemps dis moi, tu es venu voir Ilian aussi…Tu as du apprendre ce qu’il avait fait…Dit-il, le regard triste.

– Je… Commençais-je, me sentant de plus en plus mal.

– Comment ça ça fait longtemps ? Fit le directeur, froidement.

– 4 ans au moins non ? Jaeden était….Le petit ami d’Ilian avant…

Les mots mourus dans sa gorge. Sans s’en rendre compte, il venait surement de briser ma carrière. Je compris à cet instant que plus jamais je ne pourrais revoir Ilian. Toutes nos espérances, nos espoirs, nos envies… Tout venait d’être détruit…

La porte de la salle des visite s’ouvrit alors sur nous, et je pu voir Ilian, surement pour la dernière fois. En un regard, il comprit tout lui aussi. Une larme coula le long de sa joue. Tout était de ma faute. Aveuglé par mes sentiments, j’en avais perdu la limite professionnelle qui nous était fixée. Et je l’avais emmener avec moi dans ma bêtise. A vouloir lui faire du bien, je lui avais causé beaucoup trop de mal… Quel imbécile j’étais…

Je sentis alors la poigne forte du directeur m’agripper le bras, et après s’être excusé, il m’emmena avec lui dans son bureau. Je ne pouvais rien dire. Figé, je l’écoutais me hurler dessus, déversant sa colère et sa déception. Il avait raison. J’avais été trop loin. Dieu comme je regrettais. En plus d’avoir ruiné ma carrière, j’avais détruit Ilian…

– Est-ce que tu te rends compte que tu viens de foutre en l’air ta carrière Jaeden ! Cria-t-il, les poings serrés.

Je m’en fichais. J’avais briser ma carrière mais cela ne m’affectais plus. Quelqu’un avait pris la place que ma carrière tenait dans mon cœur. Et je venais aussi de la perdre.

– Je me disais qu’Ilian te faisais vite confiance, et moi comme un idiot je restais aveugle. Pourquoi ne me l’as-tu pas dit lorsque je t’ai présenté le cas d’Ilian ?

– Tu le sais pourquoi…Répondis-je, déçu. Je voulais voir à quel point il avait changé, et voir si… Je pouvais l’aider…

– Félicitations, tu viens surement de le faire tomber dans un gouffre.

Mon cœur se brisa lorsque j’entendis ces mots si virulent. Ne voyait-il pas que j’étais au plus bas ?

– Tu as de la chance que je sois ton mentor Jaeden… Je ne vais pas te virer et briser ta carrière en rendant toute cette histoire publique… Je te laisse une dernière chance.

Je relevais alors la tête écoutant ce qu’il me disait attentivement.

– Tu devras m’obéir au doigt et à l’œil, plus question que tu entretiennes de relation plus que professionnelle avec tes patients, ce qui implique plus aucun déjeuner. Si je te demande quelque chose tu devras le faire, que tu sois d’accord ou non.

– En d’autre terme tu veux que je sois ta marionnette…Lâchais-je ironiquement.

– Arrête de jouer au petit con Jaeden, tu n’es pas en position de choisir. C’est ça ou la porte.

Je ne répondis rien me contentant de me lever afin de partir de ce bureau qui me devenait plus qu’austère.

– Une chose encore Jaeden. Dit-il, vivement. Plus question que tu t’occupes d’Ilian. Je te retire son dossier, rapporte le à la standardiste ce soir. Me caches-tu encore quelque chose ?

Ma main se serra sur la poignée. Je préférais encore ne plus le voir que de le croiser dans les couloirs et de ne plus pouvoir lui parler. Mais je n’avais pas le choix. Une chose était sûr. Ce qu’ilian m’avait confié resterait en moi, et uniquement en moi.

– non.

**

J’avais mal au cœur, mal à la tête. Et je me retrouvais la, comme quatre ans auparavant, à vomir tout ce que j’avais réussis à ingurgiter tout ce que j’avais réussi à boire en un rien de temps. L’esprit embrumé, je m’assis dos au mur de la bâtisse. J’avais dépensé une vrai fortune dans ce bar pour me vider quelque minutes plus tard. Kain avait raison, je touchais le fond encore une fois. Le pire, c’est que cela ne me faisait pas oublier Ilian ou la profonde détresse qui s’emparait de moi peu à peu…

Je sentis alors deux bras m’encercler, et une odeur familière entrer dans mes narines…

– Qu’est-ce que tu fais là Hugo ! Crachais-je, le rejetant.

– Tu vas mal…Tu as bu !

– Dégages, j’ai pas besoin de toi !

Vivement, je me levais, si j’avais besoin de quelqu’un, ce n’était surement pas de lui. Mais au moment où je voulu faire un pas, l’alcool trop imprégné dans mon corps et mes sens me firent trébucher, et je m’étalais par terre, tombant sur mon poignet.

Un cri de douleur s’échappa de mes lèvres. Je ne devais pas avoir bu assez pour sentir mon poignet me faire mal. Hugo se jeta sur moi, et je le repoussais une nouvelle fois, posant mon poignet probablement cassé contre ma poitrine. Sans que je ne puisse y faire quelque chose, j’éclatais en sanglot, déversant toute cette peine qui me rongeait de l’intérieur. Hugo ré-initia sa tentative de réconfort, mais encore une fois, je m’écartais, me collant au mur, les larmes coulant de plus belles.

– Jaeden…Qu’est-ce qui se passe…Souffla Hugo, inquiet.

– Va-t’en ! Criais-je, grimaçant de douleur.

– Non ! Je t’aime, il est hors de question que je te laisse là !

– Mais moi je ne t’aime plus ! T’entends ! Je ne t’aime plus alors dégages !

Il baissa son regard, accusant le coup.

– Il t’a quitté ? Murmura-t-il tristement.

– Quoi ? Fis-je, surpris

– Le gars avec qui tu sors…Sortait.

– Non.

– Alors qu’est-ce qui ne va pas ?

Je ne répondis rien, tentant d’arrêter ses larmes qui me faisaient plus de mal que de bien. Hugo s’approcha alors de moi, gardant quand même un certaine limite entre nous.

– Racontes moi. Souffla Hugo, Je…Je suis la personne la plus extérieure a votre histoire…Je peux peut-être t’aider…

– Extérieure…Dis-je en éclatant de rire, tu ne veux qu’une chose c’est que j’accepte de te reprendre !

Hugo soupira et baissa une nouvelle fois son regard avant de le relever, une lueur de détermination dans son regard.

– Tellement tu es bourré, si je le voulais, je pourrais te ramener chez toi et te faire l’amour, et pourtant je ne le fais pas, je suis là à me les geler, à essayer de comprendre ! Alors dis moi ce qu’il t’a fait que j’aille lui casser la gueule !

Surpris, je le regardais. Une année passée avec lui et je ne l’avais jamais vu se mettre en colère devant moi ainsi. Un sourire étira mes lèvres à travers mes larmes. A s’emporter ainsi, il lui ressemblais tellement…Ma main se posa sur sa joue. Sa peau si pâle, mais tellement douce et belle…Comme lui…Ses magnifiques yeux verts d’où sortait un étincelle de malice qui me plaisait…Comme lui…

– Jaeden qu’est-ce que tu fais…Souffla Hugo, étonné.

Hypnotisé, je me rapprochais de lui, jusqu’à ce que mon souffle vienne caresser ses lèvres. Plus rien n’excitais…Il n’y avait plus que moi et…

– Ilian… Murmurais-je, avant de m’évanouir.

**

– Samedi il y a une fête, tu viendras ? Viens avec Ilian si tu veux.

– Je verrais, je viendrais surement seul.

J’étais dans la cour du lycée, discutant avec l’un de mes amis depuis un certain temps déjà. Le temps était magnifique pour un début de printemps, si bien qu’on pouvait enfin laisser nos manteaux au placard. Nous discutions de choses et d’autres mais alors que j’allais parler, je vis Ilian sortir de l’enceinte du lycée, l’air énervé. Immédiatement, je me rappelais d’un détail.

– Merde ! M’écriais-je, attrapant mon sac.

– Quoi ? Fit mon ami surpris.

– J’ai oublié un truc, on se voit demain.

Je ne lui laissais pas le temps de me répondre, que je m’enfuyais en courant, freinant alors que j’arrivais à l’abri bus ou était Ilian, assis la tête entre ses mains. Faisant un grimace, j’étais certain qu’il allait une fois de plus me crier dessus. En un an et demi, il avait pris une certaine assurance… Lestement, je m’assis sur le banc près de lui.

– J’ai séché…Dis-je en haussant les épaules

– J’ai eu l’air d’un idiot à t’attendre alors que tu n’étais même pas en cours.

– C’est vrai que ça devait être marrant…Dis-je en éclatant de rire.

Énervé, Ilian se leva et s’éloigna de moi. Dans un soupire, je me levais et me colla à lui par derrière. Mais au moment où j’ouvrais la bouche pour parler, le bus arriva, et Ilian monta dedans sans rien me dire. Les sourcils froncés, je le suivis. Nous n’avions pas du tout le même bus pour rentrer chez nous mais Ilian voulait jouer au dur à cuire, ce qui ne lui allait pas du tout. Je m’assis près de lui, qui s’évertuait à garder le regard impassible. Il ne dit rien. Amusé, je posais ma main sur sa cuisse, mais il la dégagea, me lançant un regard noir.

– Arrêtes, tu vas pas faire la gueule pour ça ! M’exclamais-je un sourire aux lèvres.

– C’est pas ton bus ! Dit-il la voix froide.

– Je sais.

Sans un mot de plus, il tourna son regard vers la fenêtre, ne décrochant plus un mot. Je réitérais mon geste plusieurs fois, mais à chaque fois il la repoussait. Nous arrivâmes à son terminal, il sortit. Immédiatement je le suivis, le collant. Mais il ne se laissa pas démonter, et avança un peu plus vite. Une fois arrivés chez lui, il pressa un peu le pas et me claqua la porte au nez. Je me retrouvais devant, les yeux grand ouverts devant la porte.

– Ok… Soufflais-je sous le choc. Si tu le prends comme ça…

Rageusement, je me retournais, voulant rentrer chez moi. J’avais peut-être fait le con, mais là, Ilian m’en demandais trop. Mais alors que j’allais sortir de la propriété, j’entendis la porte de l’entrée s’ouvrir.

– Jaeden attends ! Cria Ilian.

J’allais me retourner, mais une voiture rentra dans la propriété, et je pu reconnaître le père d’Ilian. Il était au courant de notre relation depuis peu, d’accord, mais ne la criant pas tout fort. Il sortit de la voiture, m’offrant un sourire amical.

– Tiens, jaeden, tu tombes bien, tu m’aides à sortir mes courses ?

Lui rendant son sourire j’acquiesçais. Mon regard se posa sur Ilian qui faisait un grimace avec ses lèvres. Je me retins de rire, surement pensait-il que j’aurais essayé de me faire pardonner au lit… Mais son père avait tout gâché. Je m’amusais alors à lui tirer la langue, avant d’aller aider son père.

– Tu pourrais aussi nous aider Ilian ! Fit-il, à l’adresse de son fils.

Ilian soupira et vint nous aider. Quelques minutes plus tard, nous avions déchargé les courses, et j’aidais Ilian et son père à tout ranger.

– Je vous laisse terminer, le match va bientôt commencer ! S’exclama le père, attrapant une bière dans le frigo, et entrant dans le salon.

Immédiatement je lâchais le sac de course et poussait Ilian contre le frigo, le faisant sursauter. Mes bras vinrent se poser des deux cotés de sa tête. Une fois remit de la surprise, Ilian posa sa main sur ma poitrine afin de me stopper et regarda du côté du salon. Constatant que son père était déjà en plein dans le match, sa main remonta et se posa sur ma joue.

– Ne recommence jamais ça. Dis-je, le regard dur.

– Toi non plus…Souffla-t-il, la voix faible.

– OK.

Ilian se mit alors sur la pointe des pieds, et posa ses lèvres sur les miennes. Ses bras s’enroulèrent autour de mon cou alors que je restais les mains posées sur le frigo. Un baiser passionné, qui me donnait à chaque fois envie de plus…

**

Je me réveillais, une faible lueur filtrait des stores a demi fermés. Un mal de crane fascinant me prit alors que je tentais de me mettre assis.

– Fais attention à ton plâtre.

Immédiatement, je tournais la tête vers cette voix que je ne voulais pas entendre ici. Kain était assis sur un siège en uniforme.

– Pourquoi je suis là ? Fis-je, regardant mon plâtre. Qui m’a amené ici ?

– Entorse du poignet mais il a fallut te poser un plâtre quand même, il ne faut pas le bouger. C’est Hugo qui t’a amené ici, il est dehors.

Un soupire passa le barrage de mes lèvres, et je passais ma main sur mon visage, las.

– Il peut rentrer, mais toi tu sors. Dis-je le regard noir.

– Pour que tu te reprennes une cuite ce soir ? Répliqua Kain ironiquement.

– Il suffit que j’appelle la sécurité pour te faire sortir, c’est comme tu veux.

Kain ancra alors son regard dans le mien, mais voyant que je ne plaisantais pas, il se leva et sortit, veillant à bien claquer la porte après lui. Hugo fit son entrée après lui, tout timide. Doucement, je me rallongeais, posant mes yeux sur le plafond.

– Tu aurais pu m’amener autre part que là où bosse mon frère…Soufflais-je, las.

– Je ne savais pas que vous étiez en froid…Répondit-il, s’assaillant près de moi.

– Mais tu sais qu’il déteste me voir bourrer.

Hugo ne répondit rien, se contentant de poser son regard dans le vague, ne sachant que dire.

– Merci, dis-je évitant son regard. De m’avoir aidé.

– Tu étais dans un sale état… Répondit Hugo en haussant les épaules.

Ce fut à mon tour de ne rien répondre, peu fier. Demain, j’irais au alcoolique anonyme… Il était impensable que je continue ainsi. Je redevenais peu à peu l’ancien moi, qui se réfugiait derrière ses bouteilles pour oublier son mal-être. J’étais malheureux, voilà ce qui se passais. Malheureusement amoureux…

– Je crois que je suis maudit en amour…Soufflais-je, fermant les yeux.

– Alors je possède aussi cette malédiction, car celui que j’aime ne m’aime plus. Répondit Hugo, les larmes aux yeux.

– Hugo…Je t’en supplie, je n’ai pas envie de parler de ça…

J’étais peut-être dur, mais je ne voyais pas quoi dire d’autre. Je lui avais tout expliqué la dernière fois. Il acquiesça et posa son regard sur la fenêtre, avant de le dériver une nouvelle fois sur moi.

– Tu ressors avec ton ex ? Me demanda-t-il, faiblement.

– Oui. Répondis-je sérieux.

– Mais il t’a brisé le cœur non ?

– Ce n’est pas lui qui m’a brisé le cœur… C’est ce qu’il y a autour de nous… On ne peux plus se voir, fis-je tristement.

Hugo posa alors une main sur mon épaule et planta ses magnifiques yeux émeraudes dans les miens.

– Si jamais tu as besoin de quoi que se soit, parler ou…Plus, n’hésite pas à m’appeler. Dit-il, avant de se retourner.

– Tu pars ? Demandais-je surpris.

– Oui…Je dois y aller.

Il ne m’en fallut pas plus pour deviner que cette discussion lui faisais mal au cœur, ses yeux se gorgeant peu à peu de larmes m’avertirent. Ainsi, je le laissais partir presqu’en courant. Je n’avais pas la force de le retenir, peut-être était-ce mieux ainsi…

**

Des jours passèrent et le manque de liberté dans mon travail se faisait sentir. Chacun de mes faits et gestes étaient suivis par le directeur, m’agaçant profondément. Tous les jours depuis un mois, j’espérais le croiser, mais rien n’y faisait, Ilian restait invisible.

J’avais repris mes réunions aux alcooliques anonymes, parlant avec des hommes et des femmes qui avaient les mêmes problèmes que moi. Peu à peu, je sentais ce désir de prendre une bouteille disparaître, mais tout cela avait un goût de répétition pour moi, car je savais que ce désir resterait toujours en moi, s’atténuant avec le temps.

J’avais repris contact avec Eliott, ayant besoin d’un ami. Ce dernier, bien que très jeune, était assez mature pour son âge, et cela m’amusait de trainer avec lui, reprenant des activités comme les partie de jeux vidéos ou autre. C’était une vraie bouffée d’air, me faisant oublier l’espace de quelque heures le manque d’ilian qui me rongeait.

Mais c’était mieux pour lui, pour moi et ma carrière.

Je me trouvais aujourd’hui, assis sur des chaises mal faites, à regarder Cameron jouer comme je lui avais promis. Le directeur m’avait autorisé à assister à certaine de ses activités, trouvant là un bon moyen pédagogique d’instaurer un climat de confiance entre nous. C’était ses propres mots. Bien que je ne devrais pas lui en vouloir d’avoir simplement fait son travail, je ne pouvais m’empêcher de me dire qu’il avait eu tort. Notre amitié s’était peu à peu détériorée malgré moi, refusant certaine de ses invitations…

– Echec et Mat ! Cria Cameron excité comme une puce.

Il regarda alors vers moi, et je lui fis un sourire faussement joyeux. Je voulais le suivre, mais à chaque fois, mon esprit divaguait, cherchant où pouvait se cacher Ilian. J’aurais aimé le voir, ne serais-ce que l’entre apercevoir. Vérifier qu’il allait bien…

Tellement pris dans mes pensées, je ne vis pas arriver un nouveau patient. Ce fut sa voix qui me fit sursauter.

– Je ne sais pas jouer. Dit-il au maître d’activité.

– Ce n’est rien Ilian, regarde et apprends.

Ilian… Immédiatement je me redressais, et regardais droit devant moi, sentant mon cœur mort depuis un certain temps renaitre de ses cendres. Mes yeux croisèrent les siens pour ne plus s’en défaire. Doucement, je reprenais ma dose. Un sourire en coin de sa part, et je compris que ce n’était pas un hasard s’il se retrouvait dans cette activité. Lui manquais-je autant qu’il me manquait ?

Son regard dériva sur ma main plâtrée. Dans une semaine, je l’enlevais, me libérant enfin d’un poids. A mon tour, je l’examinais de loin. Il avait maigri, beaucoup trop. Son teint pâle ressortait encore plus, surement dû au fait de la malnutrition qu’il s’infligeait. Dieu sait que j’aurais aimé lui parler… Le toucher… L’embrasser même… Si tout était différend…

Nous passâmes le reste de l’heure, les yeux dans les yeux. Totalement déconnecté de la réalité, je ne vis même pas les deux autres parties gagnées de Cameron. Ce fut la voix grave du maitre d’activité, qui me fit sursauter.

– On se revoit mardi prochain, vous avez bien travaillé. Dit-il, en se levant

Je me levais à mon tour, sachant que je ne devais en aucun cas adresser la parole à Ilian. Ce dernier me fixait, sans me lâcher du regard. J’avertis Cameron que je partais dans mon bureau et discrètement, je passais à côté d’Ilian, laissant ma main effleurer la sienne. Mes poils se hérissèrent au contact et je pu remarquer qu’il fermait les yeux. Un sourire peint au visage, je sortis de la salle, me sentant pour une fois comme il ne m’était pas arrivé depuis longtemps : heureux.

**

Et ce fut ainsi que commença nos « rendez-vous ». Il venait à chacune des réunions d’activités et moi j’accompagnais mon patient. Nos regards ne se lâchaient à aucun moment, reprenant peu à peu des forces à travers ce duel.

Le directeur n’était au courant de rien, bien entendu. Je m’étais bien gardé de lui dire, et il ne m’avait rien demander. En quelque sortes… Je ne lui mentais pas.

Deux semaines plus tard, il m’avait obligé à faire une garde, pour un manque de personnel à l’approche des fêtes. C’est avec une légère appréhension qu’il avait laissé l’hôpital sous mes ordres. Et c’est ravi de ce calme et de cette tranquillité, que je me retrouvais dans mon bureau, lisant mon livre. Mon bureau était devenu une sorte de refuge, un endroit où je laissais mes idées noires dehors, contrairement à mon appartement, où elles revenaient au galop.

Ce fut aux alentours de 23 heures que je décidais de me lever, devant faire un tour de garde pour voir que tous les patients avaient bien regagné leur chambres après le couvre-feu. Marchant dans les couloirs vides et sombres, je sentais mon cœur battre de plus en plus vite alors que j’arrivais dans le couloirs des chambres. Aucune lumière ne filtrait d’en dessous des portes… Aucune… Sauf la sienne.

Avec angoisse, je m’approchais de sa porte, hésitant à frapper. Je mourrais d’envie de le faire mais je restais bloqué. Cela faisait si longtemps que je ne lui avais pas parlé…M’en voulait-il de ne pas être revenu le voir ? J’étais heureux lorsque je le voyais aux activités, mais cela restait encore dans le cadre professionnel, car je ne lui parlais plus…Si je lui parlais, je savais que je n’arriverais pas à m’empêcher de prendre de ses nouvelles, de voir s’il allait bien…Non…Il ne fallait pas, je l’avais déjà bien trop fait souffrir.

Mais alors que je me retournais, la porte d’Ilian s’ouvrit, et je sursautais avant de me figer. Moi qui voulait passer inaperçu, je venais de me faire avoir. Ilian se trouvait dans l’embrasure de la porte, me regardant les yeux grand ouverts, visiblement il ne s’y attendait pas non plus. Soupirant, je me retournais, essayant de ne pas laisser transparaitre l’envie de le prendre dans mes bras.

– Tu… Le couvre-feu t’oblige à éteindre ta lumière… Dis-je maladroitement.

Un sourire étira ses lèvres en coin, visiblement, il avait deviné que j’étais mal à l’aise. Il leva sa main et mes yeux s’ancrèrent dans les siens. A l’intérieur, je pu voir briller cette lueur de malice qui y habitait quatre ans plus tôt… A peine eus-je le temps de réaliser qu’il avait appuyé sur l’interrupteur de la lumière de sa chambre, et se jetais sur moi. Dans le noir complet, je reculais d’un pas alors qu’ilian s’appropriait mes lèvres. Mon cœur déjà endiablé, augmenta d’un volume alors que je sentais cette étreinte qui m’avait fait défaut de puis un moment. Puis je me ressaisis. L’effet de surprise passé, je compris qu’il ressentait comme moi, ce manque. Vivement, continuant notre échange, j’entrais dans sa chambre, Ilian toujours dans mes bras. Je refermais sa porte et l’appuyais dessus, approfondissant notre baiser. Sa langue vint quémander la mienne timidement, et ravi, je lui donnais l’accès de ma bouche. Mes poils se hérissèrent tellement ce baiser magnifique et diaboliquement sensuel me remplissait de bonheur. Je retrouvais ma dose comme un junki en manque de poudre. Ilian se collait à moi, ses mains passant dans mes cheveux, son bassin se collant à mon intimité…

A bout de souffle, je mis fin à notre échange, posant mon front contre le sien.

– Tu m’as manqué…Soufflais-je, les yeux fermés.

Mais à peine eus-je prononcer cette phrase que je sentis Ilian se crisper. Ouvrant mes yeux, je compris qu’il revenait peu à peu à la réalité. Paniqué, il posa ses mains sur mon buste et m’écarta de lui.

– Je… Je suis désolé, je n’aurais pas du.. .Oublie-ça… Je… Bafouilla-t-il, les larmes aux yeux.

– Comment veux tu que j’oublie Ilian ! Même sans ce baiser, je ne fais que penser à toi. Rétorquais-je, vivement.

– Arrête… Ta carrière… Je t’ai détruit une fois… Je ne veux pas le refaire une deuxième fois…

Le clair de lune éclairant son visage, je pu remarquer qu’il pleurait, et mon cœur se brisa à cet instant. Je m’approchais alors de lui, murmurant son prénom, mais il détourna le regard, et ouvra la porte. Déçu, je fis quelque pas, mais m’arrêtais bien vite, posant ma main sur celle d’Ilian, un sourire aux lèvres.

– Tu te rappelles, il y un peu plus de quatre ans, je t’avais dis de m’attendre après mes cours, dis-je, essayant de capter son regard, mais j’avais séché, et j’avais oublié de t’avertir. Ce jour-là, tu as piqué une crise, et tu as choisis la plus terrible des armes pour me blesser, l’ignorance.

Je vis ses yeux se fermer alors qu’il m’écoutait. Cette nouvelle limite que le directeur nous avait imposé venait de se briser en milles morceaux.

– Et ce jour là, tu m’as claqué la porte au nez. Je t’avais interdit de recommencer…

– Mais je… Dit-il, ouvrant les yeux pour croiser mon regard.

Je lui laissais pas le temps de parler, fermant la porte et le collant contre le mur. Mes deux mains de chaque côtés de son visage, mes yeux s’ancraient dans ses émeraudes.

– Tu veux me virer de ta chambre…C’est la même chose…Murmurais-je, faiblement.

– Non…Je…Bredouilla-t-il, perdu.

– Que tu le veuilles ou non, maintenant que je t’ai retrouver, tu auras du mal à me claquer la porte au nez une seconde fois.

Mes lèvres se posèrent sur les siennes dans une délicate étreinte. Il ne me résista pas bien longtemps et m’offrit ses lèvres. Ses mains reprirent leurs places sur ma nuque et les miennes vinrent se poser sur ses hanches. Le baiser doux, redevint bien vite endiablé, et Ilian, insouciant, se colla à moi. Mon désir pour lui augmenta d’un cran et je m’éloignais, ne voulant surtout pas qu’il sente que je commençais à m’éditer. J’allais m’assoir sur lit, et m’allongeais regardant le plafond, essayant de me calmer. Mais Ilian vint immédiatement se coller à moi, mettant un bras autour de mon cou, et plongeant sa tête dans celui-ci. Je sentais ses lèvres déposer de doux baisers papillons. Une chose était sur, il avait gagner en assurance.

Je me sentais bouillir, et il ne faisait rien pour arrêter ça. Sa jambe vint se poser sur les miennes, se collant plus qu’il ne le fallait. Mais mes yeux s’ouvrirent du surprise alors que je sentais une chose pousser contre ma cuise… Il était dans le même état que moi. Je me tournais alors vers lui, et pu voir une énorme peur au plus profond de ses prunelles.

– Ilian… Soufflais-je touché.

– Quand vas-t-on se revoir ? Me demanda-t-il.

– Aux activités… Dis-je, faiblement.

Mais ce n’était pas la vrai réponse à sa question…

– Jaeden… Quand va-t-on vraiment se revoir ? Répéta-t-il, croisant cette fois mon regard.

– Je ne sais pas…

Notre avenir était incertain. Peut-être devrons nous attendre encore un mois avant de pouvoir nous serrer de nouveaux l’un contre l’autre… A cette pensée, mon cœur se serra, je venais moi même de me jeter tête baissé dans le piège de nos sentiments… Mais Ilian reprit la parole…

– Alors…Fais moi l’amour…

Immédiatement, je me redressais, m’asseillant sur le lit pour le regarder.

– Quoi ? Fis-je, presque gêné qu’il me le demande ainsi.

– Je… Si… Si on ne se revoit pas avant longtemps… Je veux garder une trace de toi…Je veux me sentir bien de nouveau… Et ça, toi seul arrive à le faire… Me dit-il, évitant mon regard.

Je restais figé face à ces paroles. Je ne voulais pas qu’il pense que j’avais besoin de ça pour ne pas l’oublier…

– Ilian… Ne t’obliges pas… Je ne vais pas aller voir ailleurs si tu as peur de ça… Bafouillais-je de plus en plus mal à l’aise.

Ilian se leva a son tour, se mettant sur ses genoux. Une main se posa sur mon épaule alors que l’autre se posait sur ma joue. Ses émeraudes m’hypnotisant, il posa ses lèvres sur les miennes. Un chaste baiser qui me donna des frissons.

– Fais-moi l’amour Jaeden… Comme la première fois… Je t’en prie… Fais moi revivre à nouveau…

Sa voix résonnait dans ma tête. Si belle et si douce, sa plainte m’enchantait, m’ensorcelait. Ses lèvres se posèrent une nouvelle fois sur les miennes comme pour essayer de me décider. Mais elles n’en avaient pas besoin. Doucement, ma main se posa sur sa hanche, et d’un mouvement, je le fis s’allonger sur le lit. Il se mit à frissonner alors que mes lèvres embrassaient ses joues, descendant dans son cou. Je savais que je devais y aller doucement. Me demander de lui faire l’amour était un grand pas pour lui. Il extériorisait ses démons, m’autorisant à le faire de nouveau mien et par la même occasion lui faire oublier l’espace d’une nuit toutes les souffrances que lui avait causé Ewen. Dans une lenteur extrême, je passais mes mains sous le haut de son pyjama, touchant sa peau fébrilement. Je sentis alors ses mains se poser sur le matelas, et ses yeux se fermer. Mon cœur se serra à l’idée qu’il subissait ce que je lui faisais. Rapidement, je revins prendre possession de ses lèvres, l’embrassant encore comme jamais je ne l’avais fait.

– Touches moi Ilian… Regardes moi… Lui soufflais-je, entre ses lèvres.

Ses yeux s’ouvrirent alors et je sentis ses mains se reposer sur mes côtes. Il faisait de gros efforts, alors j’allais le remercier, à ma façon…

– C’est moi… Rien que nous deux… Comme avant Ilian… Comme quand j’ai pu te mettre dans mon lit la première fois… Lâchais-je, dans un sourire.

Je l’entendis alors éclater de rire. Un rire sincère qui le libérait de l’angoisse qui lui tordait surement l’estomac. Je voulais qu’il se détende, car même si je me faisais patient, je me sentais aussi nerveux que lui. Il m’offrait, en quelque sortes, une nouvelle première fois.

Après l’avoir embrasser une deuxième fois, je me relevais sur les genoux, mes jambes de chaque côtés d’Ilian. Mes mains se posèrent sur ma chemise, et mon regard ancré dans celui d’ilian, je la déboutonnait. Elle tomba alors sur le sol. Le regard d’Ilian dériva sur mon torse et de légères rougeurs apparurent sur ses joues. Je pris alors sa main et la posa sur mon torse, à l’endroit même où se trouvait mon cœur. Je voulais lui montrer que moi aussi j’avais peur. J’avais peur de mal faire. Les battements irraisonnées de mon cœur le firent encore plus rougir, et lentement je m’abaissais reprenant une nouvelle fois ses lèvres dans un baiser endiablé. S’il fut hésitant au début, ses mains se posèrent sans hésitation sur mon dos par la suite, le caressant sensuellement sans même s’en rendre compte.

Mes lèvres descendirent vers son cou qu’elles agressèrent gentillement. Mes mains, logées sous son tee-shirt, le caressant, le faisait parfois se cambrer. Décidant qu’il était temps, je me remis sur mes genoux, le faisant s’assoir. Ses joues rouges ne demandaient que la suite. Amusé, je pris le bas de son tee-shirt, l’embrassant immédiatement. Il leva alors les bras, m’autorisant à poursuivre. Mais ce bout de tissus coupa notre échange visuel un instant et a peine avais-je balancer le tee-shirt au sol, qu’Ilian s’était de nouveau crispé, fuyant mon regard. Je pris alors immédiatement son visage entre mes mains, le forçant à me regarder.

– C’est moi… Moi… Et personne d’autre… Murmurais-je, embrassant son front.

Il sembla se décontracter à l’instant même, goutant à mes lèvres comme s’il en avait besoin. Je l’allongeais alors à nouveau sur le lit, et mes lèvres vinrent le parsemer de baisers que j’essayais aussi tendres les uns que les autres. Du cou, je descendis à ses épaules, puis sur son torse. Il était maigre, blanc comme un linge, mais là, sous mon regard et sous ce clair de lune, Ilian était magnifique. J’entendais sa respiration calme, s’accélérer de plus en plus et ses mains venir se loger dans ma chevelure. Je sortis alors ma langue et m’amusait avec ces deux bouts de chairs qui pointait. A peine les eu-je touché, que la peau d’Ilian fut parcouru de frissons et une « chair de poule » s’y installa. Je jouais un peu avec eux, faisant cambrer Ilian. Ces déhanchés violents me montrait qu’il aimait ça…

Je descendis un peu plus mes lèvres, embrassant son ventre, glissant ma langue dans son nombril. A ce contact, je pu entendre Ilian gémir. Ce n’était pas un cris mais un murmure, mais peu m’importait, un sourire triomphant ornait mon visage. Heureux je me relevais, croisant son regard et ses joues de plus en plus rouges. Nous nous embrassâmes une nouvelle fois, avant que je ne me remette sur mes genoux, provoquant un soupire de mécontentement chez Ilian.

Mes mains se posèrent sur mon jean sans que je ne décroche mon regard du sien. Doucement, je dégrafais le premier bouton, et faisais glisser la braguette. Je pris alors les mains d’Ilian et le souleva, le faisant assoir une nouvelle fois sur le lit. Mes bras virent s’enrouler autour de son cou alors que je collais mes lèvres aux siennes dans un baiser passionné qu’il ne me refusa pas.

– Enlèves-le moi ilian….Murmurais-je posant ses deux mains sur les bords de mon pantalon défais.

Mais trop pressé, je n’avais pas pensé à sa réaction. Les larmes vinrent cacher ses émeraudes, et les yeux dans le vagues, il colla ses mains contre sa poitrine. Avais-je prononcé une phrase qu’avait-dite Ewen ? Je n’eus aucune hésitation… Je n’avais pas réfléchi. Immédiatement, je rallongeais Ilian sur le lit, calant son visage entre mes deux mains et parsemant son visage de tendres baisers.

– Excuses moi… Fis-je tristement, avant de poser mes lèvres sur les siennes.

Doucement, je tentais de faire évacuer son stress par le biais de mes mains, le caressant. Ce fut lorsque je l’entendis enfin soupirer de bien-être que je décidais d’aller plus loin. Je refrénais sans cesse ce désir qui montait en moi, me forçant à faire passer le bien d’Ilian avant le mien. Mes lèvres descendirent cette fois plus rapidement vers son bas ventre, toujours en gardant cette même tendresse. Mes mains se posèrent sur son bas de pyjama, attentif à chaque mouvement que faisait Ilian. Dans une lenteur extrême, je lui enlevais son pantalon, ancrant mon regard dans le sien. Les rougeurs sur ses joues s’accentuèrent alors que je le mettais nu devant moi. Excité, je ne pu m’empêcher de poser mon regard sur son intimité dressée.

– Tu es magnifique…Dis-je, la voix rauque.

Je ne lui laissais pas le temps de répondre, mes lèvres se posèrent sur ses genoux, les embrassant timidement, puis doucement, je remontais, caressant et posant mes lèvres sur ses cuisses. Mais alors que je me rapprochais de son intimité, j’entendis Ilian m’appeler :

– Ja… Jaeden attends… Dit-il, faiblement.

Je me relevais immédiatement, croisant son regard gorgé de larmes. Dans un sourire, je vins ravir ses lèvres a nouveau, faisant taire ses peurs.

– Imagine toi….Comme il y a 6 ans, notre première fois…Oublie le reste ilian…Ne pense jusqu’à cette après-midi magnifique…. Lui soufflais-je dans le creux de son cou.

Un sourire sur ses lèvres m’avertit qu’il était d’accord, et l’embrassant une dernière fois, je redescendais vers son intimité. Mes mains se posèrent sur ses cuisses jouant de mes pouces pour le détendre au maximum. Je sentis sa respiration s’accélérer alors que j’approchais mes lèvres de son sexe, et lorsque celles-ci le touchèrent, Ilian se cambra de plaisir. Amusé, je passais alors ma langue dessus. Depuis combien de temps n’avais-je pas rêver de ce moment ? Mon dieu, c’était encore plus extraordinaire que dans mes rêves et souvenirs.

Ma langue s’enroulait autour de son pénis sans jamais le prendre en bouche. Peu à peu, je sentais Ilian se détendre, gémissant plus fortement qu’aux accoutumés. Mais je savais qu’il se concentrait pour ne pas crier, l’endroit où nous étions ne nous facilitait pas la tâche. Lorsque je sentis enfin ses mains venir se poser sur ma chevelure dans une demande innocente, un sourire étira mes lèvres et immédiatement je répondis à sa demande. Je pris son intimité entièrement en bouche, enroulant ma langue autour. Ilian lâcha un cri muet et se cambra violemment. Son corps semaient des petites perles de transpirations, le faisant luire sous ce clair de lune. A cette vue, mon cœur se mit à batte vite. Mes mains se placèrent sur ses hanches et d’un mouvement de tête, je commençais des vas et viens qui ferait tourner la tête d’Ilian.

Là, sur ce lit d’hôpital, nous franchissions l’irréparable. Si cela venait à ce savoir, je pouvais dire au revoir à ma carrière. Mais en cet instant, je n’étais plus Jaeden le psychiatre, mais Jaeden, le petit ami d’Ilian… Comme il y a quatre ans ou six ans… Comme je lui avais demander.

– Jaeden…Je…Je vais…Me fit Ilian dans un ultime cambrement.

J’accélérais alors la cadence et il éjacula dans ma bouche dans un cri muet. La respiration saccadée, ses mains se posèrent sur ses yeux alors qu’il savourait. Fier, je me relevais, pour m’allonger sur lit. Ma tête se cala dans son cou et je sentis ses bras m’encercler. Ma main vint entremêler quelque mèches de ses cheveux et mes lèvres se posèrent sur sa joue. Je lui laissais le temps de récupérer, même si je souffrais le martyr.

– On peut stopper là Ilian… Murmurais-je dans son oreille.

Il tourna alors son regard surpris vers moi.

– Ne t’inquiètes pas pour moi, dis-je dans un sourire, ce que tu m’as donné ce soir, crois moi… C’était merveilleux.

Je lui pris alors ses lèvres et nous échangeâmes un baiser endiablé. Puis a court de souffle, j’y mis fin, essayant de me calmer.

– Jaeden… Murmura Ilian faiblement.

Je tournais alors la tête vers lui. Il voulait me dire quelque chose sans vraiment oser. Je me rallongeais alors sur lui, lui montrant que je pouvais attendre.

– Je veux qu’on le fasse… Jusqu’au bout… Souffla-t-il, en fermant les yeux.

– Ilian… Dis-je dans une grimace.

– Vraiment.

– Et moi je ne veux pas te faire de mal.

Il me regarda alors, essayant de comprendre. Le regard fuyant, je me mis sur le dos, me séparant de lui.

– Je n’ai qu’une envie, c’est de te faire l’amour mais… Tu vas avoir mal… Et je ne veux pas te faire mal. Dis-je maladroitement.

Après quelques secondes où je pu sentir le regard brulant d’Ilian sur moi, il vint se coller à moi, embrassant ma joue.

– Jeaden… Tu es le seul… Je… Si c’est toi… Je n’aurais pas mal… Enfin, cette douleur ne sera rien à côté de ce que j’ai pu vi… Je… Ca ne sera rien à côté de tout ce que tu vas m’apporter… Je veux que ça soit toi… Je veux oublier , dit-il, avant de m’embrasser.

Emporté par son désir évident, je balançais au placard le reste de mes interrogations. Ilian pouvait m’arrêter à n’importe quel moment s’il le voulait, et ce fut dans ce baiser plein de tendresse que je le lui fis remarquer.

Ilian, nu sous moi, me faisait vibrer de désir. Doucement, je me mettais debout, sous son regard étonné. Un sourire étira mes lèvres et j’enlevais mon pantalon dans une lenteur extrême. Je pu voir le regard d’Ilian dévier au niveau de mon bas-ventre. Le rouge aux joues, un éclair de désir transperça ses prunelles alors que je passais mes mains sous l’élastique de mon boxer. Une chose était sûre, même après quatre ans, nous nous plaisions toujours autant. Mes joues prirent une teinte légèrement rouge alors que je me mettais nu devant lui. Je n’avais aucun mal à me mettre nu devant Hugo, ou le Ilian du passé, mais là, c’était comme me montrer à un nouvel homme. Me montrer entièrement. Même avec ce défaut qui ornait mon dos. Cette longue cicatrice qui représentait bien des souffrances. Je priais intérieurement pour qu’il ne la voit pas ou ne la sente pas cette nuit. Qu’il ne me pose aucune questions comme moi je ne le faisais pas. Gêné qu’il me regarde ainsi, je revins capturer ses lèvres, prenant soin de bien me coller a lui pour montrer à quel point j’avais envie de lui.

– Maintenant nous sommes à égalité, dis-je dans un petit sourire.

Il me rendit mon sourire avant de m’encercler et d’écarter un peu plus ses cuisses. Vivement, mes mains repartirent une nouvelle fois à la découverte de son corps, voulant le détendre encore plus. Je savais que même s’il ne le montrait pas, il devait angoissé.

Une fois que je fus sûr qu’il soit près, j’abaissais ma main derrière lui, et entrais un doigt humidifié aussi délicatement que je le pouvais. Ilian se crispa immédiatement, posant son regard dans le vague. Vivement, je capturais ses lèvres lui offrant un baiser passionné afin qu’il ne pense plus à rien. Mon regard s’ancra alors dans le sien, et un sourire s’afficha sur mes lèvres alors que je commençais à bouger mon doigt.

– ça doit bien faire quatre ans que je rêvais de ce moment…Soufflais-je, le décontractant.

– Moi aussi…Répondit-il, dans un sourire.

– Tu m’as vraiment manqué.

Je repris une nouvelle fois ses lèvres, enfonçant un deuxième doigt. Un gémissement sortit des lèvres d’Ilian, mais il l’étouffa bien vite en m’embrassant. Ses ongles se plantèrent sur mes épaules et après plusieurs vas et viens, je sentis Ilian se détendre et s’enfoncer inconsciemment de lui-même sur mes doigts. Je retirais alors mes doigts et posais mes mains sur ses hanches. J’ancrais mon regard dans ses émeraudes et frottais mon nez au sien, comme j’aimais le faire avant.

– Tu es prêt ? Demandais-je faiblement.

Pour toute réponse, il acquiesça et plongea sa tête dans mon cou. Je fis de même et d’un mouvement lent, je le pénétrais, lui arrachant tout de même un gémissement de douleur. Ses ongles me griffèrent et je pu sentir mon cou se mouiller, signe qu’Ilian pleurait. Immédiatement, je stoppais, recherchant ses lèvres. Nos langues se retrouvèrent, et je repris de m’enfoncer en lui. Une fois fait, je commençais un déhanché minime, l’entendant gémir encore de douleur.

Le temps passa et les plaintes d’ilian se transformèrent en une douce mélodie. Ses membres se relâchèrent et ses gémissements se transformèrent en plaisir. Mon cœur se mit à battre follement alors que je compris que j’avais réussis. Nos lèvres se joignirent à nouveaux, et j’augmentais le volume de mes déhanchés, ravi de retrouver mon Ilian. Il me griffait toujours, mais cette fois il n’avait plus mal. Il revivait…Comme avant. Son corps se cambrait, ses jambes s’accrochaient autour de moi dans le désir de m’avoir un peu plus en lui. Sa douce odeur m’enivrait, me faisant perdre la tête.

A bout de force, je fit l’ultime déhanché qui décrocha les étoiles à Ilian. Il éjacula sur mon bas ventre et je le suivis immédiatement. Le souffle coupé, je reprenais avec difficulté ma respiration, et c’était aussi le cas pour Ilian. Mais alors que je voulais me retirer, les jambes d’Ilian m’encerclèrent encore plus fort. Ses yeux avaient reprit cet éclat de malice qui n’arrivait que très rarement et un sourire sadique étirait ses lèvres.

– Recommences. M’ordonna-t-il faiblement.

Fatigué, mais étant prêt à recommencer autant de fois qu’il le voulait, je repris mes déhanchés, à notre plus grand bonheur…

 

***

Je fus réveillé par les caresses d’Ilian dans mon dos, et lorsque je reconnu l’endroit précis où elles s’arrêtaient, mon corps se tendit à la seconde. Il ne cessait de toucher ma cicatrice, vestige d’un passé que je voulais ne plus me souvenir. Ilian du sentir mon trouble car immédiatement il retira sa main.

– Désolé, soufflais-je m’en voulant à moi-même.

Je reposais ma tête sur l’oreiller, voulant lui montrer que je ne voulais pas en parler. J’attendais d’Ilian qu’il me parle alors que j’étais moi même incapable d’aller au-dessus de ce traumatisme. Ilian se rallongea près de moi et se colla tout contre moi. Sa jambe passa au dessus des miennes et il rapprocha son intimité de ma hanche. Un sourire étira mes lèvres alors que je remarquais qu’il avait encore envie de moi. Sa main se posa dans mes cheveux et l’autre caressait mon bras tendrement. Lorsqu’il posa ses lèvres sur ma joue, je tournais vivement la tête vers lui pour happer sa bouche dans un baiser fiévreux. J’étais complètement et désespérément amoureux de lui et je maudissais l’endroit où nous nous trouvions car il avait réussit à éveiller à nouveau mon désir pour lui. Ce fut seulement lorsque qu’il colla son intimité contre la mienne que je remarquais que j’étais passé au dessus de lui et que ses bras étaient maintenant autour de mon cou.

– Je vais devoir partir, murmurais-je en frottant mon nez contre le sien, tentant d’oublier mon désir pour lui.

Mais Ilian n’était pas décidé à me laisser faire. Ses jambes s’enroulèrent autour de mes hanches et il se colla à nouveau contre moi.

– Restes encore un peu… Dit-il avant de reprendre mes lèvres dans un baiser des plus sensuels.

Séduit, je n’eus pas le cœur à l’arrêter. Le temps s’écoula et mes mains passaient et repassaient sur ses hanches, embrassant sa peau au goût délicieux. Mais mon regard se posa sur la pendule de sa chambre et vivement je me relevais, un soupire s’échappant de mes lèvres alors que j’étais encore en train de déraper.

– Il faut vraiment que je parte Ilian, répliquais-je en déposant un baiser furtif sur ses lèvres.

Ilian acquiesça à regret et je me levais, attrapant mes affaires pour me rhabiller. Lorsque je me retournais encore nu, je surpris le regard d’Ilian posé sur mon corps et un large sourire étira mes lèvres.

– Rhabilles-toi espèce de pervers, m’écriais-je en lui balançant son pyjama.

Ilian rougit violemment et il s’habilla à son tour. Lorsqu’il eu terminé il remit la couverture sur lui et j’attrapais mes chaussures, m’assaillant près de lui pour les mettre. Il ne fallut pas longtemps avant qu’Ilian vienne se coller à moi. Une fois prêt, je me tournais vers lui et attrapais son visage entre mes mains avant de l’embrasser une dernière fois.

– Je vais essayer de faire une autre garde très rapidement…Dis-je dans un sourire.

Un dernier baiser, et je me levais, sortant de sa chambre après un dernier regard…

**

Cela faisait une heure que je tentais de travailler avant de rejoindre le directeur dans la salle dé réfectoire, mais je n’y arrivais pas. Mes pensées et ma concentration étaient toujours dans la chambre d’Ilian. Un sourire niais ne cessait de s’afficher sur mes lèvres alors que mes yeux se posait sur le lac. Je ne pouvais m’empêcher de me demander si Ilian était dans le même état que moi. Il avait franchi un cap, et ce cap, il me l’avait offert. Je lui avais donné une seconde première fois et j’en étais plus qu’heureux.

Un bâillement franchit le barrage de mes lèvres et je sursautais alors que j’entendais quelqu’un frapper à ma porte. Le directeur ouvrit alors la porte et ses sourcils se froncèrent en voyant mon teint fatigué.

– La nuit a été agité ? Demanda-t-il, surpris.

– Non… Pas vraiment. Répondis-je dans un sourire resplendissant.

Je me levais et marchais à ses côtés jusqu’au réfectoire. Là, nous prîmes notre petit déjeuner et allâmes nous asseoir à la table du personnel. La salle se remplit peu à peu. Mon regard se posait sur l’ensemble des gens dans la salle jusqu’à le voir, là assis sur sa table. Mais mon sourire s’élargit alors que je vis Cameron s’asseoir près de lui. Ilian leva alors les yeux vers moi, et ses lèvres s’étirèrent dans un faible sourire.

– Jaeden, je te parles, tu m’écoutes ? Fit le directeur, vivement.

Je sursautais pour croiser une nouvelle fois le regard du directeur, et il répéta ce qu’il me disait, les nouvelles mesures de sécurité au sein des adolescents. Je l’écoutais sans vraiment l’écouter, ne pouvant m’empêcher de river mon regard sur Ilian et Cameron, qui déjeunaient, s’échangeant des paroles par-ci, par là. Depuis combien de temps se parlaient-ils ? Cameron ne m’avait jamais parler d’un quelconque rapprochement avec un autre patient. Cela me faisait chaud au cœur, aussi timide l’un que l’autre, je préférais vraiment qu’Ilian devienne ami avec Cameron qu’avec Melvin…

Paul et moi terminâmes de déjeuner et après un dernier sourire caché à Ilian, je sortis du réfectoire. Le directeur alla dans son bureau tandis que j’allais dans le mien. Au bout d’une heure, n’arrivant pas à travailler, j’allais chercher un café dans la salle des infirmières. J’approchais de la machine et me servait une tasse. L’infirmière en chef regardait la télé alors qu’un, que je ne connaissais pas lui parlait. Curieux, j’écoutais :

– J’ai été surprise de le voir d’aussi bonne humeur. Dit-elle, prenant une revue. Il avait les yeux rouges, mais un sourire accroché à ses lèvres…Je ne comprends pas.

– Tu as vérifier son bras ? Fit l’infirmière en chef, peu intéressée.

Je compris à cette phrase qu’elles parlaient d’Ilian. Mon cœur s’accéléra alors que j’entendis qu’il était dans le même état que moi.

– Oui, il cicatrise vraiment bien. Répondit-elle en acquiesçant, j’ai été mangé au réfectoire et tu ne devineras jamais.

– Quoi ?

– Il a mangé… Tout son plateau. Je te promets il ne restait même pas une seule miette.

L’infirmière daigna alors tourner sa tête vers la jeune femme, ne semblant pas vraiment la croire. Mes mains se crispèrent sur la tasse et un sourire niais ne voulait pas se départir de mon visage.

– Tu en as parler au directeur ? Demanda l’infirmière en chef, sérieuse.

– Non, pourquoi ? Fit la jeune femme, surprise.

– Il s’occupe du cas d’Ilian.

Mes sourcils se froncèrent d’incompréhension, pourquoi étais-ce le directeur même qui s’occupait d’Ilian ? Vivement, je lâchais ma tasse de café, sortant de la pièce à tout vitesse. J’arrivais devant le bureau du directeur, entrant sans même frapper. Je le vis sur son bureau, ses lunettes sur son nez, épluchant des comptes.

– Je peux savoir pourquoi c’est toi qui t’occupe d’Ilian ? M’écriais-je énervé.

– Depuis quand on entre sans frapper ? Répliqua-t-il, les sourcils froncés

Sous mon regard pesant, le directeur soupira d’exaspération.

– Jaeden, soit un peu lucide, dit-il sérieusement. Si j’avais laissé Ilian aux mains d’un autre psy, ce dernier m’aurait demandé des explications, sur le fait que tu ne travailles plus avec Ilian.

– Tu aurais très bien pu lui dire que j’avais abandonné. Paul, donne moi la vrai raison. Dis-je autoritaire.

Le directeur se leva furieusement, me lançant un regard noir. Il alla regarder par la fenêtre et se tourna vers moi.

– Tu exagères Jaeden,. Lâcha-t-il, énervé. Tu étais le dernier sur ma liste, tous les mois, je dois faire un rapport à l’académie et ce rapport sera publié, est-ce que tu penses vraiment que je peux me permettre que malgré tous les psy talentueux que j’ai ici, aucun n’a réussi à obtenir des informations sur Ilian.

– Je… Dis-je, perdant mon assurance.

– Est-ce que je peux aussi dire que j’avais donner son cas à une personne qui se trouvait justement être la raison de son arrivée ici ? Dit-il, en colère.

– Quoi ? Je ne suis pas la raison de…

Mais il me coupa marchant vers son bureau. Là, il ouvrit un dossier et lu à voix haute.

– Je cite : « Combien de temps a duré la relation avec votre cousin ? Elle a commencé une semaine après la rupture avec mon petit ami pour se terminer le jour où je lui ais enfoncé ce bout de verre dans le cœur. »

Je ne répondis rien, déstabilisé par ses propos.

– Que tu le veuilles ou non, si tu es là, c’est en partit de ta faute. Trancha-t-il, abruptement.

Mes yeux se posèrent sur le sol, s’il voulait me ruiner le moral il venait de le faire en beauté…

– Pourquoi vous-êtes vous quitter toi et lui ? Finit-il par me demander le directeur allant s’asseoir sur son siège.

– Tu as la réponse dans ce dossier non . Répliquais-je, ne souhaitant pas lui faire de confidences.

– Arrête, je sais très bien que ce n’est pas la vrai réponse…Tu ne me parles jamais de ton passé Jaeden…

– Parce que je n’en suis pas fier.

Il y eu un blanc, où le directeur ne me lâchait pas du regard. Je me levais alors, comptant partir.

– Jaeden, tu ne veux l’aider à aller mieux ?

Cette question me glaça le sang, comment pouvait-il me demander cela alors que j’avais faillit me faire virer pour lui. Ilian allait mieux aujourd’hui, et il ne l’avait même pas encore remarqué.

– Il a cru que je l’avais trompé, alors il m’a quitté, dis-je froid. C’est tout ce que je peux te dire, à toi de trouver le reste, tu es son psy maintenant non ?

Sans un mot de plus, je sortis de son bureau, laissant derrière moi une vague d’insolence sans borne. Je me rendis alors dans le couloir des chambres. J’avais rendez-vous avec Cameron et j’avais choisi de l’emmener dehors pour notre rendez-vous. Je toquais à sa porte et il sortit immédiatement, un manteau sur le dos. Nous partîmes alors et je fis un détour par mon bureau, devant moi-même prendre une veste.

L’air était frais dans ce parc qui commençait peu à peu à se blanchir. Bientôt, Noël arriverait et je devrais irrémédiablement voir Kain. Chassant cette idée noire, nous primes un chemin entre les arbres, discutant de chose et d’autre. Assez éloigné de l’hôpital, nous assîmes sur un banc, regardant les deux cygnes nager sur le lac.

– Ta famille doit venir te voir à Noël ? Demandais-je, me tournant vers lui.

– Je ne sais pas… Peut-être ma petite amie… Me répondit-il en haussant les épaules.

– Cameron… Tu sais comme moi qu’elle ne viendra pas…

– Oui…Vous avez raison… Il y a trop d’heures de route…

Je me crispais alors. Après un mois, Cameron ne m’avait toujours pas parlé du meurtre qu’il avait commis, me parlant que brièvement de sa petite amie. Nous reprîmes alors une discussion sur ses loisirs, jusqu’à ce qu’une personne vienne nous déranger.

Ilian se trouvait sur le chemin, semblant étonné de nous voir là. Mon cœur se mit à battre un peu plus vite alors qu’il posait sa main sur sa nuque, l’air gêné.

– J’aimerais rentrer… J’ai un peu froid. Me dit tout à coup Cameron, se levant du banc.

– Tu pourrais le faire seul ? Demandais-je ne lâchant pas Ilian du regard.

Cameron me répondit que oui, mais alors qu’il partait, je me levais, marchant d’un pas rapide vers Ilian. Un sourire sur ses lèvres et je ne résistais pas, l’embrassant immédiatement. Ses mains se posèrent sur ma tête et les miennes sur ses hanches. Sous le choc du baiser, il recula, et je le collais alors contre le tronc d’un arbre. Notre baiser, déjà passionné, se transformait de plus an plus. Nous ne nous étions même pas parlés, mais nos gestes le faisait pour nous. Nous étions en manque de l’autre. Ma main passa sous sa veste et je le sentis frissonner d’excitation. En manque d’air, Ilian mit fin à notre baiser collant son front contre le mien, essoufflé.

– Tu devrais partir, souffla Ilian, posant un smack sur mes lèvres.

– Tu nous as suivis… Dis-je un sourire sur les lèvres

– Non ! S’offusqua-t-il, le rouge aux joues.

Je rigolais légèrement, et reprenais une nouvelle fois ses lèvres pour un baiser passionné. Ses bras se resserrèrent autour de mon cou et je le collais un peu contre le tronc. Une fois de plus à court de souffle, ce fut moi qui mis fin à notre baiser, déposant un doux baiser papillon sur le coin de ses lèvres.

– Vas-t’en idiot. Souffla Ilian, dans un sourire qui me chauffa le cœur.

– A bientôt…

Vivement, je me décalais, et prit le même chemin que Cameron. Je me retournais, marchant à reculons, et lançais un splendide sourire à mon amant avant de me retourner et de partir, avec comme objectif de faire au plus vite une nouvelle garde.

Un sourire collé aux lèvres, je marchais d’un pas détendu vers les abords de l’hôpital. Mais une fois devant, je m’arrêtais, le sang glacé, et le bonheur qui s’était répandu en moi partit aussi vite qu’il était arrivé.

Alors Jaeden…Tu ne viens pas dire bonjour à ta mère ?

Nothing to prove – Chapitre 8

Chapitre 8 écrit par Lybertys

 

J’entendis Jaeden crier mon nom, mais je ne pouvais pas m’arrêter, surtout pour me retrouver face à lui. Je ne voulais pas voir le Jaeden peiné pour moi, s’apitoyant sur mon sort. Je l’avais déjà assez fait moi-même. Je voulais être seul, pour toujours… Je perdais très rapidement toute notion de l’espace et du temps. La seule chose que je souhaitais, c’était de fuir. Depuis son arrivée, tout mon monde, tout ce que je m’étais efforcé de construire, tout ce que j’avais mis en place pour me protéger était en train d’être détruit. Le pire était, qu’au plus profond de moi, je sentais que je ne pouvais m’empêcher d’éprouver encore bien trop pour Jaeden. C’était sûrement pour cela que je ne voulais pas qu’il sache… J’avais abandonné le jour où il avait couché avec un homme lorsque j’étais allé chercher refuge chez lui. En me laissant toucher par Ewen, j’avais cherché à vivre une autre douleur plus vive qui atténuerait peut être les hurlements qui déchiraient mon cœur : une souffrance physique pour en amoindrir une autre plus sournoise et néfaste…Et pourtant, je l’aimais toujours, aussi fort que le premier jour.

Mais je n’avais pas le droit, je ne pouvais pas. En le quittant, j’avais tiré un trait, et maintenant je ne le comprenais que trop tard, plus aucun espoir ne devait m’être permis. Il me l’avait très clairement fait comprendre depuis notre baiser dans le parc et tout ce qui avait suivi, jusqu’à la visite de son frère. Je parcourais les couloirs à une allure folle, me moquant de bousculer des personnes au passage. Jaeden commençait à être distancé, et j’étais loin de souhaiter le laisser me rattraper. Je tournais sans réfléchir, la vue brouillée, sans me rendre compte que je me rendais dans un lieu qui m’était interdit. Mon cœur battait extrêmement vite et je sentais ma raison filer entre mes doigts. Jamais je n’avais ressenti cela, j’étais pris d’un vertige tel que j’avais l’impression que ma chute vertigineuse avait déjà commencé.

Soudain, après un virage je me retrouvai face à une porte fermée à clef. Paniqué, je bougeai la poignée dans tous les sens, tapai sur la porte  de toutes mes forces. Il fallait que j’aille encore plus loin, j’étais encore, trop proche de Jaeden. Perdu dans ma terreur, je n’entendis ni ne sentis venir une infirmière qui posa brusquement sa main sur mon épaule en me demandant sévèrement ce que je faisais là. Réagissant au quart de tour, je me retournai en laissant échapper un cri en me retournant brusquement. Sous l’effet de la surprise, elle se recula, comme surprise par ma folie agressive.

Ce n’était pas la première fois que j’avais vu ce regard posé sur moi. Il ne faisait que me rendre encore plus désespéré par cette aliénation qui m’envahissait. Au souvenir de mes crises passées, j’eus le réflexe automatique de regarder sa main. Elle tenait bel et bien une de ces seringue de tranquillisant que je ne connaissais que trop bien. Alors qu’elle s’avançait vers moi, je reculai, laissant soigneusement la même distance entre nous. Je ne voulais pas qu’elle m’approche et, bien que je la craignais, je lui lançais ce regard froid dans lequel elle ne voyait que celui du meurtrier que j’étais. Alors qu’elle tentait de m’attraper par le bras, je la repoussai avec une violence que je ne me connaissais pas. J’avais peur, tellement peur… Je ne voulais pas retomber dans ce néant empli de mal-être dans lequel me plongerait cette injection. Pourtant elle avançait toujours vers moi menaçante, jusqu’à ce que je me retrouve plaqué contre le mur. C’est à cet instant que je sentis quelque chose de poisseux sur le mur qui n’était autre que mon sang coulant de mon bras, se déversant sur ma main. Rabattant mon poignet sur ma poitrine, je ne savais plus quoi faire, j’étais comme pris au piège, affrontant l’inévitable. Elle n’avait plus qu’à se jeter sur moi, et je savais pertinemment que je ne ferais pas le poids.

Pourtant, je refusais de me laisser faire, un sentiment de panique mêlé au peu d’orgueil et de fierté qu’il me restait me faisait me battre. Ces piqûres je les avais tant craintes et détestées la première année de mon arrivée ici. C’était grâce à celles-ci qu’ils m’avaient assagi, me faisant tomber dans cette démence définitivement. Peu à peu j’avais appris à tout cacher, à tout garder pour moi, et à me défouler en cachette lorsque j’écrivais, m’isolant un peu plus. Je ne voulais plus connaître cette sensation, me sentir plonger sans pouvoir bouger physiquement, sans pouvoir exorciser cette douleur qui me transperçait. Mais c’était sûrement la seule solution pour mon cas… J’étais bel et bien fou…

–              Tu ne me laisses pas le choix Ilian ! Tu n’as pas le droit d’être ici sans permission ! Dit-elle offensive.

J’entendis ce qu’elle me dit sans vraiment l’écouter et je ne réalisais que trop tard qu’elle se jetait sur moi. Je poussai un cri, plus par rage et désespoir que par peur. J’eus beau me débattre, j’en connaissais déjà l’issue. Alors qu’elle allait planter sa seringue dans mon bras, il me sembla entendre Jaeden crier :

–              Non !

Mais ce fut trop tard, à peine la seringue eut-elle pénétré dans mon bras. Mes yeux se tournèrent vers Jaeden, comme si je voulais emporter cette dernière image avec moi. Ce fut au moment où nos regards se croisèrent que je réalisai que ce que je craignais le plus, ma plus grande peur, c’était qu’il s’éloigne maintenant de moi. Alors que plus que tout en cet instant j’avais besoin de lui malgré ce que les signes extérieurs montraient, j’avais maintenant terriblement peur de le dégoûter, terriblement peur de le perdre, terriblement peur qu’il m’abandonne. A peine eusse-je posé mon regard dans le sien que je sombrai, quittant brutalement ce monde pour un moment, me mourant dans ce corps inerte, face à une douleur qui serait difficilement supportable.

Encore une fois, il arrivait trop tard… Je tombai dans ce même froid noir et terrible qui m’était malheureusement familier ; ce néant dont on ne ressortait jamais vraiment indemne, une absence indéfinie dans ce monde.

***

 

Je détestais le bruit des clapotis des doigts de ma mère sur son clavier d’ordinateur, échangeant des mails avec ses nombreuses amies. Il ne devait pas être loin de onze heures du soir, et j’étais quant à moi affalé sur le canapé, changeant fréquemment de chaîne, ne trouvant rien d’intéressant à regarder. Je manquais aussi beaucoup de concentration, celle-ci était portée sur mon téléphone portable qui refusait de sonner. En vérité, j’attendais avec impatience un appel de Jaeden, ou même un simple message. Il était encore à une de ses soirées avec ses amis. Lui devait certainement plus s’amuser que moi. J’avais envie de le voir et pourtant je savais que ce ne serait pas pour ce soir. Je soupirai, j’avais déjà eu du mal à ravaler ma déception au sujet de ce soir, ayant espéré passer cette soirée avec lui, mais il avait prévu d’autres projets dont je ne faisais pas partie. Ewen ne cessait de me dire qu’il fallait que je me montre moins collant et pourtant c’était au dessus de mes forces. Je me retrouvais donc devant ma télévision, à ruminer en tentant de tuer le temps et d’attendre que le sommeil ne me saisisse. Autant dire que j’étais saisi d’un profond ennui. Je résistais depuis un long moment déjà à envoyer ne serait-ce qu’un petit message à Jaeden, afin de lui transmettre une petite pensée. Nerveusement, je tenais mon portable, jouant à le faire tourner dans ma main droite. De l’autre, je continuais de changer de chaîne. Le bruit des doigts sur le clavier de ma mère ne semblait vouloir cesser.

J’avais cette impression cruelle qu’ils faisaient allonger le temps, le rendant plus pénible à supporter. J’ouvris sans trop m’en rendre compte le clapet de mon téléphone, posant inconsciemment mon doigt sur le clavier. L’envie d’envoyer un message à Jaeden était trop forte. Un petit sourire en coin, je pris une profonde inspiration, réfléchissant à ce que je pourrais lui envoyer. Alors que j’allais appuyer sur la première touche, mon portable se mit à vibrer et un message de Jaeden apparut sur l’écran. Un grand sourire s’affichant sur mes lèvres, je me hâtai de lire :

« Je m’ennuie, tu aurais du venir… »

Mon sourire ne fit qu’augmenter, et je ne pus qu’être heureux qu’il pense à moi, même avec ses amis. L’air de rien, je répondis cependant simplement :

« Il n’y a pas d’ambiance ? »

Je reposai  mon portable à côté de moi, attendant le plus patiemment possible sa réponse. Celle –ci ne tarda pas et quelques minutes plus tard, je reçus :

« Si mais j’ai envie de te voir. T’es où ? Chez ton cousin ou chez toi ? Viens dormir à l’appart ! »

Devant sa proposition plus que tentante, il n’y avait qu’un obstacle. Me mordant la lèvre un instant, je cherchai la manière qui conviendrait le mieux pour demander la permission à ma mère. Avec mon père je l’aurais eu bien plus facilement, mais avec elle…

–              Maman… Tentai-je.

A mon plus grand bonheur, j’entendis ses mains cesser de taper, et elle me répondit brièvement :

–              Oui ?
–              Je peux aller chez Jaeden ?
–              Quand maintenant ? Demanda-t-elle en se tournant vers moi.

Son air sévère ne laissait rien présager de bon, mais je ne désespérai pas.

–              Oui… répondis-je simplement.

Me lançant un regard noir, elle déclara :

–              C’est non Ilian. Ce n’est pas parce que ton père est là, que tu dois en profiter pour aller voir ce…
–              Jaeden maman, il s’appelle Jaeden, répondis-je plus qu’agacé.

Après un temps j’ajoutai tentant une dernière fois :

–              Papa dort, je suis sûr qu’il sait, alors laisse moi y aller s’il te plait…

Etant décidément totalement contre, ma mère me tourna le dos, et après avoir éteint son ordinateur, elle se leva, et vint devant la télévision pour l’éteindre. Puis d’une voix qui ne laissait entendre aucune négociation possible, elle me dit en se tournant vers moi :

–              Non c’est non Ilian. Il est tard et tu devrais aller te coucher.

Sans rien ajouter, elle quitta le salon, me laissant seul. Rageusement, j’allai me lever pour rallumer cette télévision, lorsque ma sœur choisit ce moment là pour venir me rejoindre dans le salon. Elle alluma la télévision et me piqua la télécommande en se justifiant uniquement après coup :

–              Il y a un film trop bien qui commence dans quelques minutes !

Amusé, une idée me vint alors et je tentai ma chance une fois de plus, voyant en elle un semblant d’espoir.

–              Tu peux m’emmener chez Jaeden maintenant ?

Elle tourna la tête vers moi, surprise et demanda :

–              Les parents sont ok ?
–              Oui, répondis-je, mentant sans aucune honte.

J’avais vraiment envie de le revoir, de passer du temps avec lui alors qu’il me manquait. Ma sœur éclata de rire avant d’assurer :

–              Papa ne voudrait jamais Ilian, surtout pas à cette heure !

Rageusement, je me levai, énervé du comportement général de ma famille à l’égard de ma vie amoureuse. Ma sœur en profita pour s’allonger sur le canapé, ayant maintenant toute la place, sans se préoccuper de moi. Mon portable à la main, j’allai m’enfermer dans ma chambre, résigné à aller définitivement dormir pour faire passer le temps.

Arrivé dans ma chambre, je vis mon paquet de cigarettes posé sur mon bureau près du cendrier vidé. J’ouvris la fenêtre, prenant la décision d’en fumer une. Je savais que ma mère détestait que je fume dans ma chambre, mais actuellement je m’en moquais ouvertement. Alors que je tenais ma cigarette allumée d’une main, je répondis rapidement à Jaeden qu’aucun membre de ma famille ne voulait m’emmener. Je ne rajoutai rien, étant déjà assez agacé et désespéré à ma manière. Ce ne fut qu’une fois ma cigarette terminée que je consentis à fermer ma fenêtre et à aller me coucher. Mais alors que j’allais éteindre la lumière, j’entendis quelque chose taper sur ma fenêtre, un bruit semblable à un petit caillou qu’on venait de lancer dessus. Ce ne fut que lorsque le bruit se réitéra que j’ouvris de nouveau ma fenêtre curieux. Un grand sourire fleurit instantanément sur mes lèvres, lorsque je vis Jaeden dans notre jardin, les yeux rivés sur moi.

Sans un mot, il entreprit d’escalader mon mur et ne tarda pas à arriver dans ma chambre. Debout juste devant ma fenêtre, je le regardai le cœur battant, mon visage illuminé par un sourire, ne cherchant pas à cacher ma joie. Je finis par m’approcher de lui, me collant tout contre son corps, ignorant l’odeur forte d’alcool qui émanait de lui. Je n’aimais vraiment pas lorsqu’il buvait autant, pourtant ce soir là je m’en moquais totalement. Alors que les bras de Jaeden entouraient ma taille, me prodiguant immédiatement cette douce chaleur qui me faisait chavirer. J’aimais son regard désireux posé sur moi, c’était la seule chose que je recevais de lui dans le sens que je désirais, espérant à chaque fois y voir plus. Rapidement, nos lèvres se joignirent, préférant un baiser enfiévré avant de dire quoi que ce soit. Mon cœur battait si fort de joie de finalement le revoir, réalisant qu’il m’avait sérieusement manqué. Cependant, même si sa façon de caresser mon corps était douce et envieuse, rien ne trahissait une possible envie d’aller plus loin. Nos lèvres se quittèrent lorsque le manque d’air fut trop important.  Nous échangeâmes un instant un regard dont je ne parvins à définir la nature. Puis il finit par avancer dans ma chambre, s’éloignant de moi et déclara bien trop fort en se tournant de nouveau vers moi :

–              Franchement tu aurais pu venir Ilian.

Aussitôt je me jetai sur lui, mettant sa main sur sa bouche afin de le faire taire.

–              Parle moins fort Jaeden, mes parents dorment.

Celui-ci posa sa main sur la mienne, la poussant et ajoutant cette fois-ci dans un murmure :

–              Je préfère mille fois avoir ta bouche sur moi à cet endroit là…

Ne résistant pas, je déposai mes lèvres sur les siennes. Il était rare que je prenne de telles initiatives et au moment où j’entrouvrais mes lèvres, je le laissais prendre le dessus. Il m’avait cruellement manqué, et malgré ma timidité, je ne pouvais cacher ce fait dans notre échange. J’aimais sa façon qui me semblait unique au monde, de caresser ma langue avec cette tendresse masquant un désir non feint. S’il ne m’avait jamais dévoilé ses sentiments à mon égard, je pouvais être sûr de cette chose : il était attiré par moi. C’était la seule chose que  j’avais, et je m’en sentais chaque jour plus heureux. Cependant, j’avais de mon côté beaucoup de mal à être à l’aise avec cela. J’utilisais toujours un moyen détourné pour lui montrer que j’avais envie de lui.

Notre baiser échangé me laissa pantelant, totalement enivré par son odeur et la chaleur de son corps qu’il avait volontairement collé contre le mien durant notre échange. S’éloignant légèrement de moi, il déclara légèrement plus bas se souvenant de ma précédente demande :

–              Je dors ici, je partirai avant que tes parents se réveillent demain matin…

Sans me laisser le temps de répondre pour exprimer mon accord ou mon désaccord, il commença à se déshabiller juste sous mes yeux. Si j’avais une certaine pudeur et une timidité légendaire, ce n’était certainement pas son cas. Très rapidement en boxer, il s’installa sur mon lit, recouvrant simplement ses jambes de la couverture. Mes yeux ne parvinrent à se détacher de son torse nu qu’après un effort conséquent. J’éprouvais à chaque fois la même chose : cette sorte de frisson de désir qui saisissait tout mon être et que je ne parvenais à exprimer. Sans un regard pour moi, Jaeden saisit la télécommande et alluma le petit poste de télévision que j’avais dans ma chambre.

Détournant mon regard avec difficulté de son corps non sans rougir des pensées qui me montaient alors à l’esprit, je réalisai que je portais un pyjama plutôt affreux. Cela n’avait donc rien d’étonnant au fait qu’il n’ait d’autre idée que de regarder la télévision. Frustré et gêné, j’enlevai mes habits non sans une grimace et vins le rejoindre une fois que je fus en boxer. Jaeden avait toujours le regard fixé sur le poste, regardant le film que ma sœur avait tant voulu voir. J’en étais à me demander s’il le faisait exprès…
Je savais pertinemment qu’il n’était pas venu pour regarder la télévision dans mon lit. Cependant, s’il attendait que je fasse le premier pas, nous n’allions rien faire de la nuit.

Embarrassé par mes pensées, je rougis doublement lorsque mes yeux se déposèrent encore une fois sur son torse nu, comme offert à mon regard. Maintenant glissé sous les couvertures, je pouvais sentir sa jambe effleurer la mienne. Je ne supportais pas ce contact mais ce n’est pas pour autant que je la bougeais. Durant un long moment, mes yeux ne cessèrent de passer de son torse dénudé à ce film que je ne n’arrivais pas à suivre. N’en supportant pas davantage, je finis par me lever et aller chercher mon cendrier et mon paquet de cigarettes.

Je savais que ce moyen était fourbe, mais je ne voyais pas d’autre choix. A chaque fois que j’allumais une cigarette, cela excitait Jaeden. C’était d’ailleurs presque devenu un code entre nous. N’osant jamais lui dire que j’avais envie de lui, je me contentais d’allumer une cigarette que j’avais la plupart du temps rarement le temps de  finir. Je repris place à côté de lui, me remettant sous les couvertures, toujours trop pudique pour m’exhiber. Lentement, j’allumai ma cigarette, observant discrètement sa réaction. Il n’eut toujours aucun regard pour moi, se contentant de sourire légèrement, ayant parfaitement compris mon message.

Mais à mon plus grand désarroi, son sourire finit par disparaître et il continua de regarder ce film débile. Agacé, mais trop réservé pour le laisser paraitre, je finis ma cigarette le plus rapidement possible. Finissant par l’éteindre avec soin, je déposai le cendrier sur ma table de nuit, et m’approchai de Jaeden, décidant enfin de me jeter à l’eau.

Pour la première fois de ma vie, je me jetai à l’eau, le cœur battant. Il consentit à ce moment là seulement à tourner la tête vers moi. Hésitant, j’attrapai la télécommande et éteignis cette maudite télévision, avant de retourner toute mon attention sur lui. Sans prendre le temps de réfléchir ou de réaliser ce que j’étais en train de faire, je recouvrai ses lèvres d’un baiser, souhaitant retrouver sa langue qui à chaque fois me grisait. A mon plus grand bonheur, Jaeden répondit au baiser vivement, partageant la frustration qu’il venait de nous imposer. Sa langue vint chercher la mienne avec avidité, alors que mes mains glissaient déjà sur son corps. Jamais je n’avais agi ainsi, avec autant d’assurance. Je ne comprenais pas vraiment ce qui m’arrivait, mais déjà mon corps frissonnait sous les caresses expertes de mon amant. La douceur de sa peau, ses caresses expertes, le brasier de ses baisers, son odeur si particulière, le goût exaltant de ses lèvres : pour rien au monde je ne voulais être privé de cela un jour. 

Comme ivre, ma main glissa sur sa jambe, glissant sans m’en rendre compte de son genou jusqu’à son bas-ventre, effleurant à peine son intimité. La réaction fut immédiate. Jaeden lâcha mes lèvres un instant, laissant échapper un gémissement de plaisir. Surpris et anxieux, je m’éloignai de ses lèvres, sans trop savoir quoi faire. Heureusement, il m’attira de nouveau à lui, retrouvant mes lèvres comme si cette séparation minime avait duré des années. Encouragé par ce baiser et prenant instantanément goût à provoquer ce son et cette sensation chez lui, je laissai de nouveau glisser ma main loin d’être aussi experte que la sienne, jusqu’à son intimité déjà plus que durcie. L’effleurant à peine, un deuxième gémissement naquit du fond de la gorge de Jaeden pour mourir entre mes lèvres.

Plus qu’encouragé, je réitérai mon geste, ne me lassant plus d’entendre ce son, trop heureux de découvrir les joies de prodiguer du plaisir à mon vis-à-vis. Devenant de plus en plus entreprenant et prenant de l’assurance,  je passai cette fois-ci ma main sur son entrejambe avec plus de fermeté, la touchant au lieu de simplement l’effleurer. A ce contact, tout son corps se cambra, ne parvenant apparemment pas à être immobile. Il quitta en même temps mes lèvres, laissant échapper après un gémissement rauque :

–              Ilian… S’il te plait…

Je compris instantanément ce qu’il me demandait, même s’il ne l’avait pas formulé explicitement par des mots, son corps parlait pour lui. Jamais encore je ne lui avais fait de fellation, ce qui avait été plusieurs fois un sujet de dispute. Mais ce soir là étrangement, même si j’étais particulièrement stressé à l’idée de le faire, je me sentais de passer le cap, ou du moins de faire un pas en avant. J’allais pouvoir me glisser sous les couvertures et ainsi être caché de lui. Ses mains continuaient de caresser mon corps, avec plus d’empressement, comme impatient de ce qui allait suivre. Ne souhaitant pas passer plus de temps à réfléchir, je me glissai de façon féline sous les couvertures, laissant mes mains partir en éclaireuses.

Aucun mot ne sortit de nos lèvres, me laissant faire, à mon plus grand soulagement, les gémissements de Jaeden comme encouragements. Je n’avais jamais fait ce que je m’apprêtais à faire, ni à Jaeden, ni à aucun autre homme. L’angoisse de mal faire et de ne pas savoir m’y prendre pour réellement lui donner du plaisir me comprimait la poitrine. Pourtant, mes mains caressaient déjà son bas ventre, tandis que mes lèvres se déposaient sur son torse, le goûtant comme pour la première fois. Tout de même tendu malgré l’excitation, je pris son sexe dans ma main, afin de me guider. Il ne me restait plus qu’un pas à faire pour le grand saut. Prenant sur moi, mettant mes craintes entre parenthèses un instant, placé entre ses jambes sous la couette, j’effleurai à peine de la langue son sexe qui pulsait dans sa main. La réaction ne se fit pas attendre, tout son corps s’arqua, et il sembla retenir à grand peine un cri de plaisir. Je lui en étais d’ailleurs grandement reconnaissant, car nous étions quand même chez moi et même si la chambre de mes parents était assez loin de la mienne, je ne désirais pas qu’un cri trop fort nous trahisse. 

Renouvelant plusieurs fois la même chose, je me laissai porter par mon instinct et mes envies, attentif à la moindre de ses réactions. Après l’avoir frôlé une dernière fois, je finis par le lécher goulûment de tout son long, avant de le prendre en bouche avec le plus de délicatesse et de sensualité possible. Même si je n’égalisais pas Jaeden, je semblais m’en sortir plutôt pas mal.

Peu à peu, je me détendis, prenant confiance et me laissant aller à plus de fantaisie. Les gémissements de Jaeden semblaient sans fin, l’emmenant irrémédiablement au point de non retour. Je dus avouer que je prenais à mon tour de plus en plus de plaisir à lui faire cette fellation, n’ayant jamais pensé que cela me soit possible un jour. J’apprenais à être attentif à la moindre de ses réactions, me laissant même aller une fois à me jouer de lui.

Ma langue serpentait amoureusement son intimité, ayant maintenant perdu toute honte. Caché par les draps, je prenais confiance en moi. Entendre Jaeden murmurer mon prénom avec cette voix si suave électrisait mes sens. J’avais passé énormément d’étapes avec lui. Ce n’était que mon amour pour lui, chaque jour grandissant qui me faisait me surpasser. Etrangement, même si jamais il ne m’avait dévoilé ses sentiments, j’avais profondément confiance en lui. Mon cousin me disait  souvent que j’étais totalement aveuglé par mes sentiments, mais je ne l’écoutais pas, n’en ayant pas la moindre envie. Après de nombreux mouvements de rythmes inégaux, je sentis tous les muscles de Jaeden se contracter violemment, me disant, non sans quelques difficultés :

–              Ilian… Je…J’en peux plus… C’est trop bon…

Atteint d’un état d’ivresse, je ne m’arrêtai pas pour autant, comprenant qu’il tentait de me prévenir que la jouissance était plus que proche. Sans me dégonfler, voulant aller jusqu’au bout, je me laissai aller à lui offrir encore plus qu’il ne l’espérait. Jaeden se déversa dans ma bouche, dans un cri qu’il ne parvint à contenir. Peu à peu chacun de ses muscles se décontracta et je me décidai à sortir de sous la couverture après un temps que je jugeai bien trop court.

Maintenant hors de l’action, je me sentais envahi d’un profond sentiment de honte, et c’est le rouge aux joues que Jaeden me vit ressortir. Ses bras puissant me hissèrent jusqu’à lui, me collant contre son torse qui se soulevait encore au rythme d’une respiration accélérée. Sournois, je collai volontairement mon intimité honteusement durcie contre la sienne, lui faisant comprendre que j’avais envie de plus. Cependant, lorsque nos lèvres se séparèrent à mon plus grand mécontentement, Jaeden me regarda comme jamais il ne l’avait fait auparavant. Une lueur étrange brillait dans ses yeux. Inquiet et intimidé, je me laissai glisser à coté de lui, me sentant soudain plus que mal à l’aise dans ma position de dominant. D’une voix rauque et pleine d’espoir qui en aurait fait succomber plus d’un, il me demanda soudain, me fixant toujours droit dans les yeux :

–              Ilian… J’aimerais bien… Enfin… Tu n’as jamais voulu être à ma place ?

Presque instantanément je devins pâle comme un linge. Presque tremblant, mon regard ne put que fuir le sien. C’était une chose de lui procurer du plaisir comme je venais de le faire, mais ce qu’il me demandait était trop. Jamais je ne m’en serais senti capable. Dominer et prendre la place de l’actif  n’était pas dans ma nature. Bredouillant, la voix presque coupée par l’émotion, je déclarai plusieurs phrases décousues :

–              Jaeden.. Non, je…  Je suis désolé…  Je serais vraiment grotesque dans ce rôle… Je ne saurais pas faire. Je… J’ai peur de…

Véritablement effrayé, et totalement paniqué,  je ne parvenais plus à réfléchir rationnellement, et las de mes paroles incompréhensibles, Jaeden me fit taire en m’attirant à lui, me volant un baiser. Cela n’empêcha malheureusement pas mon cœur de se comprimer douloureusement, meurtri par la multitude de sentiments qui me submergeaient. Sa bouche me quitta  après un temps, alors que je commençais à pleurer, me trouvant lamentable. Comment pouvait-il rester avec une personne comme moi ? Je ne lui donnais du plaisir qu’à moitié, alors que je lui murmurais tant de fois combien je l’aimais. S’apercevant de mon trouble et de mon état, il s’écarta encore un peu, et constatant mon état excessif, il passa sa main sur ma joue avec une tendresse inégalable, avant de me souffler, dans un ton qui gonfla mon cœur d’amour :

–              Hey Ilian… Faut pas te mettre dans cet état… C’était juste une demande comme ça… Ce n’est pas grave… On essaiera plus tard… Lorsque tu te sentiras prêt.

Les larmes redoublèrent sans que je puisse les contrôler. Je le voyais là, si beau et si sur de lui. Sourd à sa tendresse, trouvant que j’étais loin de la mériter, je sanglotai d’une voix mal assurée et usée :

–              Qu’est ce que tu fais avec un mec comme moi… ?

Et c’est là que contre toute attente, il me répondit sur un ton léger :

–              A vrai dire je ne sais pas non plus…

Inquiet, je fixai son visage, croisant son regard, et eus le soulagement de le voir sourire, me rendant compte du ridicule de ma question et de ma tendance à tout exagérer, je tentai de sourire à mon tour, essayant du moins de cesser de pleurer. Encore une fois, il éludait avec savoir faire mes questions de ce genre. Mais ce soir, je ne voulais pas parler de cela. J’avais envie de profiter de cette soirée avec Jaeden. Alors qu’il se penchait au dessus de moi, me mettant sur le dos, il vint délicatement retrouver mes lèvres, m’en laissant l’empreinte à jamais. La caresse suave de ses mains ne tarda pas à reprendre. Allongé au dessous de lui, comme au creux de ses bras, je me sentais protégé, gonflant mon cœur de ce sentiment illusoire pendant un court instant d’être aimé. Un sourire se dessina sur mes lèvres au souvenir de ma première fois avec lui, m’en souvenant à chaque moment de ce genre. C’était lui qui avait été mon premier homme et pour rien au monde je n’aurais voulu le faire avec un autre.

C’est alors que, perdu au milieu de ses attentions toutes plus grisantes les unes que les autres, je sentis une présence s’insinuer en moi, passant sous mon boxer, un simple doigt qui me fit grimacer, me tentant imperceptiblement. Jaeden s’en aperçut presque immédiatement, et fit tout pour me faire oublier cette douleur, glissant ses lèvres brûlantes dans la peau de mon cou sensible. Depuis le début, il avait toujours été extrêmement attentif à tout ce que je ressentais, se retenant plus d’une fois pour ne jamais prendre du plaisir à mon détriment. Placé ainsi sous lui, les jambes légèrement écartées, j’avais une totale confiance en lui, m’abandonnant à lui…

Peu à peu mon boxer alla rejoindre le sien sur le sol, alors qu’un deuxième doigt me pénétra, rejoignant le premier, me faisant cette fois si frissonner de plaisir. L’excitation était maintenant à son comble, revenant en flèche chez mon amant, qui faisait preuve de plus en plus d’impatience. J’avais terriblement chaud et pour rien au monde je n’aurais voulu que cet instant ne cesse. Me mordant la lèvre inférieure, j’essayais de ne pas laisser échapper un seul gémissement, agaçant Jaeden. C’était une chose que j’avais toujours du mal à faire, et le fait d’être chez moi n’allait certainement pas me décoincer.

A bout de patience, me regardant de ce regard qui me mettait dans un état second, il retira ses doigts de moi, écourtant la préparation, et se mit en position pour la suite. J’étais à la fois empressé et anxieux de la suite. Pourtant ce fut avec une douceur et une tendresse extrême qu’il pénétra en moi, recouvrant mes lèvres pour accompagner. Mes mains se crispèrent sur ses épaules alors qu’il entamait un mouvement lent de va et vient, nous entraînant  dans une danse vieille comme le monde. Je perdais pied…

C’était uniquement dans ce genre d’instant que je me sentais pleinement bien et complet. Me surprenant sa main vint toucher mon intimité douloureusement gonflée alors que son autre bras était posé à côté de ma tête pour se maintenir. Je retenais avec de plus en plus de difficultés mes gémissements. Il en était de même pour Jaeden. Nous parvenions tant bien que mal à nous taire au milieu de nos baisers, tous plus sulfureux les uns que les autres. Mon bassin suivait le sien, cherchant toujours plus de contact. Je sentais indéniablement la jouissance s’approcher de moi, me forçant à tenir encore pour accompagner cette de Jaeden.

S’en apercevant, il ralentit ses caresses et son déhanchement, prolongeant un peu plus cet instant magique. Ce n’est que lorsqu’il nous fut impossible de tenir plus longtemps que Jaeden, le corps luisant de transpiration m’offrit tout ce qu’il avait, accélérant considérablement sa cadence. Je ne sus comment nous retînmes nos cris, lui jouissant quelques instants après moi, se déversant en moi. Son corps retomba lestement sur le mien, rajoutant à ce sentiment de plénitude qui venait de me bouleverser. J’aimais sentir la douce caresse de son souffle encore rapide dans mon cou. Son cœur battait presque aussi vite que le mien, et ses mains glissaient lentement sur mon corps avec une tendresse sans pareil. Il était encore en moi, et nous ne semblions tous deux pas avoir envie de nous séparer tout de suite. Ses lèvres finirent par rejoindre  les miennes, sa langue avait encore ce petit goût d’alcool. Son odeur typiquement masculine embrasait mes sens.

Pour rien au monde je ne voulais être privé de ces moments et de sa présence. C’était ces instants d’intimité qui nous soudaient chaque fois un peu plus, ces instants où je me sentais complet.
Finalement, ce fut après un temps que je jugeais trop court qu’il se retira et s’étendit près de moi. Ne supportant pas cette distance, je ne lui laissai pas le temps de faire quoi que ce soit et je me collai tout contre lui, amenuisant au maximum chaque espace de vide entre nous. Jaeden ne me repoussa pas, au contraire… Il remonta la couverture sur nos deux corps, et passa un bras autour de ma taille. C’était rare qu’il soit aussi doux et qu’il ne me repousse pas sous mes excès d’amour.

Lové tout contre lui, je me laissai aller à fermer les yeux dans un soupir de bien être. Le sommeil ne tarda pas à m’emporter, le cœur débordant de tendresse et de bonheur.

 

***

 

Il ne devait pas être loin de sept heures du matin lorsque j’eus l’agréable surprise de me faire réveiller par quelques caresses. Les mains de Jaeden parcouraient mon corps sans la moindre pudeur. A peine eusse-je ouvert les yeux, que je pus voir le visage de Jaeden à quelques centimètres du mien, un sourire en coin dépeint sur ses lèvres. Rechignant à vraiment quitter le sommeil, je ne fis rien, me contentant de plonger mes yeux dans les siens, me perdant dans le marron tacheté de bleu de ses iris.

Celui-ci finit par me dire, sans se retenir de rire :

–              Je ne pouvais pas compter sur toi pour me réveiller afin de partir avant que l’on se rende compte de ma présence ici.

Revenant sur terre, je ne pus m’empêcher de rougir violemment à la pensée de ce que nous avions fait hier soir et surtout ce que je lui avais fait. Encore plus amusé par ma réaction, il ajouta :

–              En tout cas, c’était vraiment sympa hier soir…

Sans que je n’aie le temps de répondre quoi que ce soit, il vint rejoindre mes lèvres en un doux baiser matinal. Evidemment ce genre de moment ne pouvait être totalement parfait. Ma sœur choisit ce moment là pour rentrer en trombe dans ma chambre, sans frapper, comme elle l’avait toujours fait.

–              Ilian tu peux me donner…

Sa voix se suspendit un instant sous l’effet de la surprise de me retrouver nu dans mon lit avec Jaeden dans la même tenue en train de m’embrasser. Je virai au rouge, très mal à l’aise alors qu’elle déclarait d’un ton volontairement blessant :

–              Depuis quand t’es plus puceau toi ?

Heureusement, Jaeden vint à mon secours et lui répondit sur le même ton :

–              Mêle-toi de ce qui te regarde !

Je lui en étais grandement reconnaissant, car autant dire qu’à cet instant précis, je ne savais plus où me mettre, préférant être à dix mille lieux d’ici. Ma sœur ne se laissa pas pour autant démonter, n’ayant jamais aimé mon amant, elle rétorqua :

–              Je suis chez moi je te signale, je peux très bien aller prévenir ma mère !

Jaeden devint alors mauvais et il répliqua du tac au tac, se tendant sous la colère :

–              Ouais vas-y, j’en profiterai pour lui dire qu’il y a deux jours tu n’étais pas chez une amie, mais chez mon frère qu’elle t’a interdit de voir non ?

Ma sœur devint rouge de colère comme rarement j’avais pu la voir. Alors qu’un sourire naissait sur mes lèvres malgré ma gêne, celle-ci sortit de la chambre en claquant rageusement la porte. Jaeden s’allongea de nouveau en poussant un soupir, satisfait de lui-même. Trop heureux qu’il ait pris ainsi ma défense, je m’allongeai à ses côtés, en profitant pour l’enlacer. Celui-ci ne résista pas à me voler un baiser qui me laissa rêveur. Puis, s’éloignant  légèrement de moi à contrecœur, Jaeden déclara :

–              Il vaudrait mieux que je m’en aille, je suis sur que ta conne de sœur est déjà en train d’aller parler à ta mère de ma présence ici.

Je ne parvins pas à cacher ma déception, alors qu’il était sorti du lit, et était déjà en train de s’habiller. Je restais là, assis sur mon lit, en train d’admirer ses formes qui se cachaient trop rapidement sous ces bouts de tissu inutiles. Celui-ci se tourna vers moi, comprenant très bien mon manège. Il ne fit cependant aucun commentaire, et s’approcha de moi alors que mes joues s’empourpraient. Déposant un rapide baiser sur mes lèvres, il me proposa :

–              Tu n’as qu’à venir à l’appartement cet après-midi…

Un sourire illumina presque instantanément mon visage. Jaeden me rendit mon sourire avant de partir par la fenêtre. Je restais là, assis dans mon lit, un sourire béat sur les lèvres. Malheureusement mon bonheur fut de courte durée, entendant bientôt les pas énervés de ma mère se dirigeant jusqu’à ma chambre. Elle y entra sans frapper, me laissant uniquement le temps de pousser un petit cri de surprise. Sans poser ses yeux sur moi, elle regarda chaque recoin de la pièce, cherchant mon amant qui était parti à temps. Ne trouvant pas ce qu’elle recherchait, elle reporta toute son attention sur moi, et déclara sans cacher sa colère :

–              Où est-il ?

Tentant de feindre l’ignorance je répondis  assez insolemment :

–              Bonjour maman. Tu cherches quelqu’un ?
–              Ca ne va pas se passer comme ça Ilian ! Là tu dépasses les bornes ! Je t’interdis de le faire venir sous notre toit, sans que je t’en donne la permission.
–              Dans ce cas là, il risque de ne jamais venir ici ! Rétorquai-je en me redressant.
–              Comment oses-tu être aussi insolent Ilian ! Cria-t-elle presque.

Sans me départir de ma colère, je poursuivis :

–              C’est vrai quoi ! Pourquoi ma sœur à le droit de ramener des tas de mecs à la maison ?
–              Le sujet n’est pas ta sœur mais toi et…
–              Jaeden maman, il s’appelle Jaeden… Ca fait un moment que  je le connais, tu pourrais te souvenir de son nom !
–              Ne me parle pas sur ce ton ! Attaqua-t-elle sur la défensive.
–              Il ne t’a jamais manqué de respect comme le font les nombreux copains de ma sœur ! Ce n’est…

Je n’eus pas le temps de finir ma phrase que ma mère venait de poser son yeux sur quelque chose qu’elle n’aurait certainement pas du voir. Suivant la direction de son regard, je rougis instantanément en voyant le boxer posé sur le lit qui n’était pas le mien. Jaeden ! Je jurai intérieurement contre lui. Redressant mon visage vers celui de ma mère qui me lançait des éclairs, je ne sus que faire ni comment réagir. Il avait évidement fallu qu’elle voit par la même occasion mon pyjama négligemment jeté par terre.
Furieuse, il ne lui en fallut pas plus pour me hurler dessus des mots violents et blessants. Me repliant dans ma carapace, je ne l’écoutais plus, courbant le dos et baissant lez yeux. Heureusement, elle fut soudain coupée par une voix grave, celle de mon père qui venait à ma rescousse.

–              Amanda, laisse-moi avec Ilian s’il te plait. Lui hurler dessus comme ça, ça ne sert à rien.
–              Tu ne vas quand même pas prendre la défense de ce gosse.
–              Je ne suis plus un enfant ! Je suis bientôt majeur, et lorsque j’aurai 18 ans, j’irai vivre avec Jaeden et son frère. Répondis-je.

Les larmes coulant sur mes joues, étaient très loin de m’aider à donner du poids à ce que je venais de déclarer.

Soupirant d’agacement, ma mère sortit sans rien répondre en claquant la porte. Je réalisai peu à peu que ce que je venais de dire, avait été dit dans l’unique but d’exaspérer ma mère, la provoquant malgré moi. Ces temps-ci, j’avais énormément de mal à m’entendre avec elle. J’allais avoir dix-huit ans dans quelques semaines, et je ne comptais certainement pas quitter la maison si tôt.

Avec un sourire bienveillant mon père vint s’asseoir à côté de moi sur le lit. Mes yeux baissés, je n’osai pas soutenir son regard. Prenant une profonde inspiration, il commença à parler :

–              Ilian… Ta mère m’a un peu parlé de ta relation avec… Avec ce jeune homme…
–              Jaeden papa… Il s’appelle Jaeden, combien de fois il faudra que je vous le dise, dis-je plus calmement, ancrant mon regard dans le sien.

Mon père toussota et se reprit :

–              Hum… Oui, Jaeden…Celui que tu as emmené quelques fois à la maison ?

Je ne fis qu’acquiescer, curieux de la suite de son discours.

–             Ta mère a raison, tu ne devrais pas l’inviter alors que nous ne sommes pas au courant…
–              Mais… Commençai-je à protester, alors que mon père continuait.
–              Surtout… Surtout pour faire ce genre de choses, ajouta-t-il assez mal à l’aise.

Il n’en fallut pas plus pour me faire rougir plus que de raison. A cet instant là, j’aurais voulu disparaître. Aborder ce sujet avec mon père était vraiment la dernière chose que je souhaitais. Semblant comprendre mon embarras, mon père posa une main sur mon épaule.

–              Plus de ça la prochaine fois Ilian, c’est tout ce que je te demande.

Semblant vouloir abréger mes souffrances, il se leva et ajouta :

–              Allez viens on va déjeuner.

Attendant que je me lève, je rougis encore plus qu’il n’était possible, ajoutant encore plus embarrassé :

–              Je te rejoins, je suis… Je suis tout nu…

Heureusement, il ne fit aucun commentaire, se contentant de sortir silencieusement de la pièce. Me retrouvant seul, je me levai et attrapai de quoi m’habiller afin d’aller ensuite me laver. La journée commençait assez mal et je me demandais comment j’allais pouvoir faire passer la demande de sortie chez Jaeden de cet après-midi.

 

J’eus un réveil assez désagréable. C’était d’ailleurs toujours le cas lorsque je me réveillais de ce genre de repos forcé. Mais ce n’était pas cela qui m’avait fait quitter le sommeil. C’était ce manque de présence à côté de moi qui durait un peu trop longtemps. Durant tout mon repos, je l’avais senti tout près de moi, comme un protecteur bienveillant. Mes yeux papillonnèrent, s’habituant à l’obscurité de la pièce avec difficulté. Je ne savais pas combien de temps j’avais dormi, mais ma tête me lançait douloureusement.

–              Tu te réveilles enfin Ilian ! Déclara joyeusement Melvin assis à côté de moi, me faisant sursauter.

Massant mon crâne avec difficulté, comme pour exorciser ma douleur, j’avais du mal à cacher ma déception de voir Melvin assis à mes côtés. J’aurais voulu que ce soit un autre homme qui apparemment était trop dégoûté par ce qu’il venait d’apprendre sur moi. Mes souvenirs et mes pensées venant en foule, je parvins à articuler difficilement en le regardant :

–              Ca fait longtemps que tu es ici ?
–              Deux jours. Depuis qu’ils t’ont fait cette piqûre, je suis resté à ton chevet.

Me rappelant presque instantanément qui était à l’origine de tout cela, je lui déclarai, cachant avec difficulté mon mal être et ma colère :

–             Je t’avais interdit de lire ce journal ! Tu m’as trahi, tu n’avais aucun droit d’en parler à Ja… Au docteur Sadler ! M’exclamai-je aussi vivement que mon était d’engourdissement me le permettait.
–              Mais il t’a fait souffrir, ce n’est pas lui qui devrait être ton psychiatre ! Me répondit Melvin d’une voix plaintive.
–              Mon psy et le garçon de mon journal ne sont pas les mêmes, ils ont peut être les mêmes noms, mais ils n’ont rien en commun ! Tentai-je vainement.
–              Je ne te crois pas… Souffla Melvin décontenancé.
–              Et bien ne me crois pas, mais ne fous pas sa carrière en l’air pour tout ça parce que tu as lu des choses idiotes dans un simple journal !
–              Depuis quand tu t’inquiètes pour la carrière de quelqu’un ?!? Répliqua-t-il. Il n’est pas venu te voir de tout le week-end,  ça ne te fait rien ?!?

Mon cœur se serra douloureusement à cette pensée mais je ne laissai rien paraître. J’étais loin de vouloir aborder ce sujet avec lui maintenant, et je n’avais surtout pas envie d’y méditer. Je savais que dès lors il ne me regarderait plus de la même façon et souffrir de son dégoût et sa pitié allait être un des choses les plus insurmontables. Coupant net à ce genre de conversation, je lui répondis le plus sèchement et le plus froidement possible, meilleure méthode pour masquer mes sentiments :

–              De toute façon il n’est que mon médecin, pourquoi viendrait-il me veiller.
–              Pourtant, insista tout de même Melvin, je trouve que tu parles souvent de lui.

Je ne pus m’empêcher d’éclater de rire. Les nerfs étaient en train de me lâcher de nouveau. Accomplissant une nouvelle fois un rôle que je me donnais, je déclarai encore plus froidement :

–              C’est mon psy, rien que ça ! Non mais tu l’as regardé ? Qui pourrait l’apprécier.

Je tentais de me convaincre plus que je ne tentais de convaincre Melvin. Aussi je poursuivis aussitôt :

–              Ce type me tape sur les nerfs et ce n’est qu’un idiot. A cause de toi, je vais devoir rattraper ce que tu as dit ! Tu n’avais pas le droit de le dire !
–              Je sais, je suis désolé Ilian… Je me suis emporté…
–              Laisse-moi seul Melvin, finis-je par dire après un long moment de silence.

Sans un mot, Melvin se leva, soufflant encore quelques excuses. Me retrouvant seul, je me redressai avec difficulté, vacillant et tenant mal sur mes jambes. C’était étrange, j’avais l’impression de sentir l’odeur de Jaeden dans la pièce, tout comme j’avais cru sentir sa présence. Tout cela n’était finalement que le fruit de mon imagination débordante et d’un espoir vain de ne pas être à nouveau seul. Retrouver Jaeden, lui parler, ce baiser… Jamais je n’aurais du me laisser aller à faire tout cela, j’allais maintenant en payer le prix fort, et avoir bien plus de mal à reprendre mon rôle. Et puis, comment allais-je pouvoir démentir le fait que mon cousin m’ait violé. Cela tenait de l’ordre de l’impossible…

Parcourant rapidement des yeux dans l’obscurité de ma chambre, j’aperçus un livre posé sur mon bureau. Je n’eus cependant pas le temps de m’en préoccuper plus car quelqu’un frappa à ma porte et entra sans mon accord. J’eus peur un court instant qu’il ne s’agisse de Jaeden, mais c’était uniquement le directeur.

–              Tiens Ilian, tu te réveilles enfin… Comment te sens-tu ?

Je ne répondis rien, acquiesçant mollement de la tête.

–              Melvin n’est pas ici. Je le cherchais pour qu’il regagne sa chambre.

Aussitôt, je réalisai que quelque chose clochait, tout comme je l’avais pressenti lorsque j’avais vu Melvin à mes côtés. Melvin n’avait pas pu rester plusieurs jours à mes côtés, du moins il ne le pouvait pas la nuit, contraint à rejoindre sa chambre. Me tentant imperceptiblement, je demandai, la voix froide mais trahissant une pointe d’angoisse :

–              Où est le docteur Sadler ?
–              Il est rentré chez lui Ilian après t’avoir veillé ces deux jours, il fallait bien qu’il rentre chez lui…
–              Vous voulez dire que… Qu’il est resté dans ma chambre ?
–              Je… Oui, je pensais qu’il t’avait vu à ton réveil. Il est resté auprès de toi, ne te quittant que lorsque c’était nécessaire.

Totalement raide et nerveux, je me collai contre le mur, comme si je ne supportais plus la présence du directeur n’en désirant qu’une seule, celle de Jaeden. Apprendre qu’il était resté près de moi malgré tout, me remplissait de joie tout autant que je me sentais souffrant. Une chose était cependant sûre, je ne pouvais pas rester là, avec lui si loin de moi. Dans mon état actuel, j’avais plus que besoin de lui. Perdu, je me sentais défaillir trop rageusement. D’une voix glaciale, je tranchai :

–              Je veux voir le Dr Sadler !

Alors que des larmes commençaient à me brûler les yeux, le directeur me demanda inquiet :

–              Qu’est ce qui se passe Ilian ? Jaeden doit aussi se reposer tu le verras demain.
–              Je veux voir Jaeden ! Répliquai-je, n’écoutant pas ce qu’il était en train de me dire.
–              Monsieur Sadler Ilian ! Laisse-le se reposer. Si tu veux parler, parle-moi.

Ivre de douleur, je me contentai de répéter, comme sombrant dans ce qui était ma folie :

–              Je… Je ne veux pas parler ! Je veux qu’il soit là ! Je veux le voir.

Sans le vouloir, j’avais de plus en plus de mal à respirer. Je n’avais pas assez de force pour me mettre dans cet état. S’apercevant que j’étais en train de m’agiter bien trop, le directeur me menaça :

–              Ilian ! Je vais faire appel à une infirmière ! Calme-toi, il viendra demain !

M’arrachant violemment ma perfusion, je me plaquai dans l’angle du mur, ne retenant plus mes larmes :

–              Non, non, suppliai-je d’une voix à la fois faible et forte. Tout mais pas ça ! Je… Je veux juste voir Ja… Le docteur Sadler !

Comprenant que ma détresse était plus que sérieuse et sachant pertinemment que des calmants en plus de ceux que je prenais chaque jour ne serviraient à rien, le directeur soupira.

–              Ilian calme-toi, je vais l’appeler d’accord ?

Je pressai mon bras douloureux contre ma poitrine toujours plaqué au mur, le cœur battant et la respiration laborieuse. Le directeur se leva et partit appeler Jaeden comme il venait de me le dire. Une fois seul, mon regard se porta presque instantanément sur le livre que j’avais vu avant l’arrivée du directeur. Rapidement  je tendis le bras et l’attrapai. J’en étais sûr, c’était bien celui de Jaeden. Il était imprégné de son odeur. C’était la seule chose que j’avais de lui dans cette petite chambre. Retrouvant ma place dans l’angle du mur, je serrai le livre dans les mains, n’ayant rien d’autre à faire avant que Jaeden arrive enfin. Je ne savais pas comment j’allais me comporter face à lui, mais je savais que sans lui, ma raison me quitterait pour de bon.

Le directeur finit par revenir, me disant d’une voix posée :

–              Jaeden arrive. Maintenant tu vas te calmer et l’attendre patiemment.
–              Je ne me calmerai que lorsqu’il sera là !

S’en suivit un long face à face avec le directeur. Plus le temps passait, et plus je devenais anxieux et agressif. J’étais maintenant descendu de mon  lit, tremblant et pleurant, comme hystérique. Le livre m’avait échappé des mains, je commençais à ne plus le croire.

–              Je veux le voir ! Vous m’entendez ! Allez le chercher vous avez promis ! Criai-je alors la voix enrouée et fatiguée.

Mes jambes lâchèrent, tombant à genoux à une distance respectable du directeur. C’est alors que très peu de temps après, il finit enfin par arriver essoufflé devant la porte de ma chambre. Croisant immédiatement mon regard plein de larmes, il souffla doucement :

–              Je suis là…

Pendant qu’il rentrait dans ma chambre s’accroupissant à mon niveau, je ne pouvais le lâcher du regard. J’avais eu si peur… Si peur qu’il m’abandonne, qu’il me rejette. J’avais besoin de lui, réellement besoin et plus que jamais en cet instant j’en avais conscience. J’avais du mal à croire qu’il était là, à côté de moi, pensant être face à un mirage.

–              Alors tu te fais encore remarquer… Dit-il, dans un petit sourire qui allégea déjà considérablement mon cœur.

Un faible sourire vint se dépeindre sur mes lèvres. Tentant de faire comprendre à Jaeden que je voulais être seul avec lui, je jetai un bref regard au directeur avant de reposer mon regard sur lui, comme si j’avais peur qu’il ne m’échappe.  Le comprenant à mon plus grand soulagement, il demanda, regardant le directeur à son tour :

–              Peux-tu nous laisser s’il te plait ?
–              Tu es sûr ? Lui fit-il, indécis.
–              Oui. Bonne soirée.

Le directeur acquiesça et sortit de la pièce, refermant la porte derrière lui. Sans réfléchir, je me laissai alors aller, me jetant dans ses bras, le faisant tomber sur le sol. Callant ma tête dans son cou, je n’avais plus la force aujourd’hui d’être celui que je n’étais pas avec lui. Sanglotant sans pouvoir me retenir, je le serrai encore plus contre moi, comme si j’avais encore du mal à réaliser sa présence.

–              Pourquoi tu n’es pas revenu ? Murmurai-je la voix pleine de larmes.
–               Revenu d’où ? Demanda-t-il faiblement.
–              Melvin m’a dit que c’était lui qui était resté à mes côtés, mais c’est toi n’est ce pas ?

J’étais sûr de la vérité, mais je voulais tout de même l’entendre de sa propre bouche, comme pour me rassurer.

–              Non… Je suis désolé, je n’ai pas eu le temps, souffla-t-il, loin d’être convaincant.
–              Menteur, répliquai-je, refermant un peu plus ma prise. Tu as laissé ton livre sur le bureau, ton parfum sur la chaise et… Et je sentais ta présence… Quand je dormais… Pourquoi est ce que tu mens ?

Jaeden plongea alors sa tête dans mon cou, me faisant frissonner de sa respiration si chaude.  J’avais tant besoin de ce genre d’attentions…

–              Parce qu’on ne peut pas… Articula-t-il alors que mon cœur se serrait, passant ses bras autour de ma taille.

Ne souhaitant pas penser à ses paroles et à ce qu’elles impliquaient, je choisis de remettre cette réflexion à plus tard. Je me retrouvais à profiter uniquement de sa présence, lui tout contre moi. J’arrivais à un certain degré de sérénité, oubliant pour un temps mes problèmes. Me laissant porter par l’ambiance du moment,  je finis par avouer en me remettant droit :

–              J’aimerais revenir quatre ans avant…
–              Moi aussi… Murmura-t-il en croisant mon regard.

Me laissant pour la première fois depuis longtemps porter  par mes envies, sans tout calculer ou réfléchir à ce qui pourrait ou non trahir mon personnage. Ma main vint se poser sur sa joue, alors que mon cœur s’emballait rapidement. Au moment présent, je me moquais de tout ce qui s’était passé pendant quatre ans, de ce que j’avais vécu, de ce qui nous avait amené ici, de ce qui  nous avait séparé… Je me coupais du monde un instant, parce que cela m’était nécessaire, et j’emmenais Jaeden avec moi. Mes lèvres se rapprochèrent, jusqu’à toucher les siennes. Un effleurement, comme pour voir si Jaeden acceptait, comme pour ne pas le brusquer. Immédiatement, sa main  passa dans ma nuque et il me rapprocha. Mes lèvres retouchèrent une nouvelle fois les siennes, plus violement cette fois. Un contact qui me grisait chaque fois un peu plus, un contact qui me faisait malgré moi oublier ceux de l’autre homme que j’avais tué. Vivement, je mis mes bras autour de son cou, et me levai sur mes genoux, laissant mon torse toucher le sien. J’avais besoin de ce baiser, tout autant que Jaeden. Je voulais qu’il me prouve que je n’étais pas l’homme le plus sale. Jamais je n’aurais surmonté un rejet de sa part, et cela ne semblait pas être dans ses projets. Ma langue fut la première à vouloir intensifier le baiser, et immédiatement, il me donna l’accès, les entremêlant frénétiquement. Comment avais-je pu me passer de ses baisers. Ses mains se posèrent sur mes hanches, alors qu’il se laissait totalement aller dans notre échange. Jaeden était le seul en qui je pouvais faire confiance. C’était le seul qui pouvait me toucher ainsi sans que cela ne ravive de sombres cauchemars hantant nombre de mes nuits.

Après un temps, nous nous séparâmes, posant mon front contre le sien. Essoufflé, je reposai mes deux mains sur ses joues et mes lèvres vinrent se reposer sur les siennes dans un chaste baiser, comme si je n’en avais pas eu assez. Je me rassis et le pris une nouvelle fois dans mes bras. Jaeden se calla contre le mur et me serra contre lui. Sa main vint se poser dans mes cheveux, me caressant et m’apaisant. J’étais littéralement épuisé, encore comateux des effets de la piqûre. Je me sentais bien dans ses bras, respirant son odeur, sentant son cœur battre, faisant écho au mien. Sa chaleur m’enveloppait de la plus douce des couvertures alors que le sommeil venait me chercher.  Dans un dernier effort, je mis ma tête dans son cou et lui enserrai la taille avec mes bras.

–              Tu m’as manqué… Soufflai-je, alors que je m’assoupissais.

J’entendis son cœur s’accélérer, signe irréfutable que je le touchais plus que je ne l’aurais cru. Sa tête se posa contre la mienne, m’embrassant délicatement le front. Alors que je m’endormais pour de bon, je l’entendis me dire à son tour :

–              Tu m’as manqué aussi Ilian…

***

J’étais là, dans la salle de bain aux murs fades et ternes reflétant les couleurs maintenant présentes sur mon visage. J’avais cette cruelle impression que tout semblant de vie et de vivacité m’avait définitivement quitté. Ewen était en train de me tuer à petit feu. Etendu dans l’eau maintenant trop froide, j’étais incapable de faire un seul geste. Je n’avais plus de force et pourtant je savais qu’Ewen allait rentrer d’ici peu de temps. Inconsciemment, et trop désespéré, je me mis à espérer vainement qu’il soit trop fatigué pour me faire quoi que ce soit, las de manque de réaction.

Je ne pleurais plus, je ne me débattais plus… Je restais immobile dans le lieu où il souhaitait  assouvir ses envies, ne ressentant plus que de la douleur physique et de l’humiliation. Je me sentais sale et pourtant, je savais que j’aurais beau me laver en me frottant le plus vigoureusement possible, rien n’y ferait.
J’oubliais tout ce qui n’était pas présent, même si je craignais l’avenir. J’oubliais Jaeden et sa tendresse, j’oubliais ce qu’il m’avait fait, j’oubliais que je l’aimais… Ewen n’était plus que le seul à faire partie de mon monde.

Avais-je peur ? Cela faisait longtemps que ce sentiment m’avait quitté. M’enfuir, me sortir d’ici, me hisser hors de ce gouffre ? J’avais cessé de l’espérer. Recroquevillé en position fœtale dans la baignoire, je me tendis lorsque j’entendis Ewen rentrer. J’aurais voulu une minute de plus, même la moitié. J’avais de plus en plus de mal à me sortir de cet état de stupeur, et mes instants de répit me paraissaient de plus en plus courts. Rien que le fait d’entendre ses pas dans l’appartement me donnait des frissons de dégoût. Ne supportant plus d’entendre ses pieds se rapprocher d’ici, et sa voix prononcer mon nom sur un ton qui me glaçait le sang, je portai ma main à mes oreilles, toujours en position fœtale, comme pour me protéger du monde. Me balançant inconsciemment d’avant en arrière, je tentai de me calmer, me berçant avec l’eau. Ce mouvement était à peine perceptible, mais il me faisait un bien fou. J’avais confiance de la défaillance mentale dans laquelle j’étais en train de tomber, et je ne savais pas où cela allait me mener, pourtant, il m’était impossible de faire autre chose.

C’est alors que la porte s’ouvrit violemment,  me faisant sursauter d’effroi. Ewen ne porta aucun jugement sur mon état.

–              Je viens d’aller voir tes parents. Ils étaient déçus que tu ne puisses pas venir et espèrent  que tu te plais dans mon appartement. Je n’ai pas vu ta sœur par contre, elle était chez le frère de Jaeden.

Pour la première fois, je n’eus pas la moindre réaction à l’entente de son prénom, chose qui ne passa pas inaperçu aux yeux d’Ewen.
S’approchant de moi et s’abaissant à ma hauteur, trempant l’une de ses mains dans mon bain sans pour autant me toucher, il ajouta :

–              Tu as bien fait de l’oublier Ilian, c’est la meilleure des choses que tu pouvais faire. Il ne te valait vraiment pas…

Sans que je sache pourquoi, sans parvenir à les retenir, des larmes vinrent maculer mes joues. S’il ne me frappait pas ou que très rarement, il était énormément violent  par les mots. Me repliant plus qu’il n’était possible dans le fond de la baignoire, Ewen ne le supporta pas. Cela faisait plusieurs jours que je ne disais plus rien. Je n’étais plus vraiment là, et cette frustration de ne rien recevoir de ma part le rendait bien trop mauvais.

–              Tu me dégoûtes à pleurnicher comme ça Ilian. Secoue-toi ! Ne me dis pas que tu te remets à pleurer pour lui ? De toute façon tu veux que je te dise Ilian ! Jaeden a eu raison de prendre un autre mec ! T’es vraiment bon à rien.

J’avais envie de lui hurler de se taire, de me laisser seul. Pourtant, je restais dans la même position, immobile, à écouter ses paroles qui me détruisaient un peu plus à chaque fois. Je n’étais qu’un lâche, un minable, une chose qui n’avait plus le nom d’humain… Il continua à me déverser sa haine et sa frustration, jusqu’à ce que je pose mes mains sur mes tempes, me remettant à me balancer lentement. Murmurant d’une voix à peine audible, les yeux inondés  de larmes, je le suppliai d’arrêter.

–              J’en peux plus Ewen… Ajoutai-je d’une voix bien trop faible et dénuée de vie.

N’en supportant pas d’avantage, ayant certainement l’impression de perdre son emprise sur moi, il se redressa vivement et se mit à me secouer sans ménagement.

–              C’est de ta faute ! Me hurla-t-il.

J’eus à peine le temps de relever les yeux sur lui que le coup partit. L’encaissant avec difficulté, du sang commençait à s’épandre de mes lèvres, se diluant dans l’eau froide. Comme s’il réalisait ce qu’il venait de faire, Ewen me lâcha, mais il ne lui fallut pas longtemps pour décider de mon sort. Il se déshabilla à la hâte et rentrant dans le bain avec moi et son regard posé sur mon corps qui m’ébouillantait de douleur,  il déclara avec hargne:

–              Je ne comprends pas comment Jaeden a fait pour rester deux ans avec toi ! Tu dois sûrement mal t’y prendre !

Je savais pertinemment ce qui allait suivre. J’aurais pu fuir, me lever, rassembler mes dernières forces et quitter cet enfer à jamais. Mais pour faire quoi ? Pour aller où ? J’étais coincé ici, sans vraiment comprendre pourquoi. Mon cœur cessait de battre, mon corps se refusait à bouger, comme si je méritais ce traitement. J’étais en train de perdre la raison, et rien ni personne n’était là pour me rattraper. Je chutais chaque jour un peu plus profondément en moi, Ewen m’entraînant dans sa descente…

 

Je me sentis peu à peu réveiller alors que Jaeden était en train de m’allonger sur le lit, rabattant les couvertures sur moi. Encore emprunt du souvenir que je venais de rêver, je voulais sa présence tout contre moi. Alors qu’il allait se lever, je m’agrippai à lui, le regardant avec des yeux larmoyants.

–              Reste… Suppliai-je d’une petite voix.
–              Je vais sur la chaise, répondit-il.

Me refusant à être abandonné, encore trop apeuré, je me décalai, lui laissant une place dans mon lit.

–              Je ne peux pas, si quelqu’un rentre… Je suis désolé, répondit-il gêné.

Je ne répondis rien. Déçu, je repris ma place, celle du patient et du médecin qui nous était imposée mais dont je ne supportais pas la distance actuellement. Je  m’allongeai de nouveau dans mon lit, ne lui lâchant pas la main pour autant. Autant dire que je me sentais totalement perdu. Quelque chose semblait troubler les réflexions de Jaeden, et j’en compris immédiatement le sujet, lorsqu’il posa ses yeux sur mon journal que Melvin avait du ramener. Je me redressai immédiatement et pris le cahier, le ramenant contre ma poitrine. Je n’avais même pas réfléchi à l’histoire que je pouvais lui raconter. J’étais coincé et je ne voulais vraiment pas qu’il sache, même si c’était trop tard.

–              J’aimerais que tu me racontes… Dit-il, se rapprochant un peu de moi.
–              Non ! Fis-je craintif. Il ne s’est rien passé, Melvin t’a raconté des sottises !
–              Alors tu n’aurais pas de mal à me le faire lire non ?… Je ne veux pas te juger, je veux juste…

Sa voix mourut et il détourna son regard alors que mon cœur se serrait douloureusement :

–              J’aimerais juste comprendre. C’est pour cette raison que tu m’as quitté ? Si tu me l’avais dit Ilian, je… Je l’aurais tué de mes propres mains pour que tu n’aies pas à le faire. Il n’avait pas le droit de te toucher ! Tu étais à moi…Il n’avait pas le droit.

Je ne supportais pas de le voir comme cela. Ne tenant plus, je le pris tendrement dans mes bras, profondément fatigué et usé par cette vie. Jaeden poursuivit malheureusement, faisant fondre mes dernières retenues.

–              Laisse-moi le lire… Murmura-t-il d’une voix qui trahissait sa tristesse. Je crois… Je crois que j’en ai besoin Ilian…

Ce n’était plus la demande du médecin. Il n’y avait plus rien de professionnel là dedans. Ce n’était pas le docteur Sadler qui souhaitait lire mes écrits. Pour la première fois, c’était Jaeden qui me le demandait.

Ce fut certainement pour cela, que je m’écartai alors de lui. Une larme coula sur ma joue, et je baissai la tête. Mes mains se posèrent sur le cahier et sans un mot, résigné, je lui tendis, sans souhaiter y réfléchir plus longtemps. Je me callai ensuite contre le mur et posai ma tête contre les genoux, tentant de faire taire les tremblement de peur qui naissaient dans mon ventre. La tête dans mes bras, je ne voulais pas le voir lire le début de ma folie. Il allait plonger si profond dans mon cœur alors que personne n’avait pu le faire depuis si longtemps. C’était par amour pour lui que je le laissais savoir. Tout était maintenant entre ses mains. La durée de sa lecture me parut interminable. J’eus l’impression que le temps s’était arrêté sur un affreux mal être. Je ne pouvais retenir mes larmes, entendant celles de Jaeden. Mon calvaire prit fin au moment où il souffla la voix tremblante :

–              Je… Je ne t’ai jamais trompé…

J’étais prêt à tout entendre. Je m’attendais à tout sauf à cela, et ce qu’il venait de me dire me rendit fou de rage. Je m’étais imaginé tout le long la réaction qu’il aurait, et ma propre manière de réagir, mais j’étais incapable de supporter ce qu’il venait de me dire. Aussitôt je redressai ma tête, et ne ravalant pas mes larmes, je posai mes yeux sur lui, tentant de vraiment réaliser ce qu’il venait de me dire. Sa tête était baissée, ses yeux fuyants. Ne tenant plus, je me levai et sortis du lit, plus qu’haineux :

–              Arrête tes conneries ! Je t’ai vu ! Crachai-je, les poings serrés.
–              Non… je l’ai laissé m’embrasser mais… Je ne t’ai pas trompé, je… Pendant deux ans, il n’y a eu que toi, c’est justement pour ça que je l’ai laissé m’embrasser…

Je comprenais qu’il puisse être très mal après avoir lu ce qui m’était arrivé. J’avais fait beaucoup et je supportais très mal ses phrases incompréhensibles et ses excuses minables pour ce qu’il avait commis au lieu d’admettre ce qu’il m’avait fait. Mais ce qui était encore plus dur à supporter, c’était le fait qu’il se refuse à croiser mon regard. Je l’avais perdu, tout comme il venait de me perdre définitivement. Tout était fini, et de la pire des façons qui soit. Las de le voir en face de moi dans cet état, je craquai :

–              Casse toi… Soufflai-je dans un murmure avant de reprendre plus fort. CASSE TOI t’entends ! Je ne veux plus te voir ! Tu n’existes plus ! Je… J’en ai assez, laisse moi tranquille !

Ma voix se brisait de plus en plus. Je n’aurais pu ajouter un seul mot. J’étais détruit, réduit à un état qui me révulsait. Il avait tout gâché, piétiné mon être sans même en avoir vraiment conscience.
Sans rien dire, il se leva et sortit de ma chambre. Attrapant le premier livre qui me tomba sous la main, et qui fut le cahier qu’il venait de lire, je le jetai contre la porte plus par désespoir que par rage. Plus jamais je ne voulais le voir, j’étais maintenant définitivement résolu. Alors pourquoi est ce que ça faisait aussi mal ?

Soudain, je portai toute mon attention sur mon étagère, attrapant le livre qui était le plus en bas. J’attrapai les deux pans de la couverture et le secouai afin de faire tomber ce que je cherchais. Elle tomba sur le sol, et il ne me fallut que très peu de temps pour la prendre : cette unique photo que je possédais de nous deux. Regagnant mon lit, le cœur en miette, je me glissai sous les couvertures, me roulant en boule, tremblant comme jamais, et serrant cette photo contre moi sans vraiment la regarder, la connaissant par cœur. Pleurant difficilement, la gorge nouée, je prenais peu à peu conscience qu’il y avait à peine quelques minutes, j’étais prêt à lui pardonner pour la première fois de ma vie…

Un sanglot plus violent me secoua alors que je me recroquevillais encore plus, me retrouvant seul comme jamais. Pourquoi est ce que je ne parvenais pas à la surmonter comme avant que Jaeden s’occupe de mon cas ? Pourquoi avais-je écrit dans ce cahier toute cette histoire ? Pourquoi l’avais-je laissé le lire ?
J’aurais tant voulu que tout cela ne se passe jamais… L’espace d’un instant je me surpris à souhaiter ne jamais l’avoir connu, et surtout ne jamais l’avoir aimé. Cela m’aurait empêché de vivre tellement de choses…

Je fus soudain envahi d’une fatigue telle que je n’en avais jamais connue, une lassitude de cette vie que je menais depuis trop longtemps… Engourdi par la douleur, je me laissai aller à fermer les yeux et à sombrer peu à peu dans un sommeil sans rêves, tenant toujours tout contre moi, cette photo de nous deux…

***

Je me réveillai assez tôt le matin, toujours dans la même position. Lentement, je m’étirai, tentant d’assouplir mes muscles courbaturés par les émotions de la veille. J’avais une migraine atroce et je me sentais totalement perdu et incertain de cette journée. Alors que j’étais en train de me redresser et de m’asseoir sur le bord de mon lit, il me sembla entendre la voix de Jaeden et du directeur devant la porte de ma chambre. Curieux et surtout anxieux, je tendis l’oreille, pouvant en réalité entendre la majorité de leur conversation avec aisance.

–              Comme tu as du le lire dans son dossier Jaeden, ce ne sont vraiment pas les premières crises qu’il est en train de faire. A son arrivée, il était intenable. Il y avait des moments où il se calmait, mais dès qu’un patient l’approchait de trop près ou qu’un psychiatre ne lui convenait plus, il entrait dans un état effrayant. Puis, il y a environ un an, il a cessé. Il ne faisait plus parler de lui, se contentant d’écrire et d’aller assister régulièrement à ses séances avec son médecin et aux quelques visites de sa famille. Nous avons pu diminuer considérablement la dose de ses médicaments, et nous ne lui avons donc pas fait ce que l’infirmière a du faire pour le calmer il y quelques jours. Je suis contre ce genre de traitements crois moi, mais il ne nous laissait pas le choix. Comme tu as pu le remarquer, Ilian est un patient très complexe… Bizarrement, je m’inquiétais moins pour son état lorsqu’il  faisait ses crises que cette dernière année.

Je ne savais comment comprendre ni interpréter ce que disait le directeur. Mon cœur battait doublement plus fort, lorsque j’entendis Jaeden lui demander :

–              Qu’est ce qu’il s’est produit pour qu’il arrête ses crises ?

Je me souvenais de ce jour. Il m’avait semblé l’apercevoir en visite dans cet hôpital. Dans un état second sous les dizaines de cachets que je devais prendre, je l’avais mis sur le compte d’une hallucination ou d’un mauvais rêve. Maintenant je m’en souvenais. J’avais cru voir Jaeden, ou celui-ci était véritablement venu. Dans tous les cas, sa vue m’avait profondément troublé et peut être un peu trop meurtri. Voir ma position par rapport à la sienne m’avait été trop difficile à surmonter.

–              Je ne sais pas répondit le directeur. Il a cessé du jour au lendemain, comme si il avait lâché quelque chose et finalement peut être baissé les bras trop vite. Ses différents psychiatres ne sont jamais parvenus à trouver une explication. Après ce jour en tout cas et jusqu’à ton arrivée ici, il n’a plus rien laissé transparaître, s’enfermant dans une sorte de mutisme qui en a découragé plus d’un.

Un lourd silence suivit cette déclaration. Depuis hier soir, j’aimais encore moins le fait que Jaeden en apprenne encore autant sur moi. Je ne savais comment j’allais me présenter devant lui sans savoir comment lui faire face. Je lui en voulais, tout autant que je n’en n’avais plus la force.

–              Quoi qu’il en soit. Je t’avais prévenu, Ilian n’est vraiment pas un cas facile, reprit le directeur. Il a toujours eu de multiples facettes, et s’est forgé une telle carapace qu’il est impossible de discerner le vrai du faux chez lui. Et tant que je ne parviendrai pas à le déterminer, nous ne saurons malheureusement jamais s’il a sa place ici.

Je n’aimais pas le ton que prenait la conversation, et encore moins qu’ils parlent ainsi de moi au passé.

–              Au fait, ajouta précipitamment le directeur, je devais te prévenir. Ton nouveau patient vient d’arriver. Tu devrais aller à l’accueil.

Jaeden  dut certainement acquiescer et à l’absence de dialogue je compris que les deux hommes se séparèrent, laissant le silence retomber dans le couloir encore vide. Ma poitrine se comprima douloureusement. C’était maintenant très clair : Jaeden avait abandonné mon cas. Alors que je tentais de me raisonner tout de suite en me disant que c’était le meilleur choix à faire, me sentant envahi de ce sentiment d’abandon que je me refusais à ressentir, ma main chercha inconsciemment la photo de nous deux sur la table de nuit, que je ne me souvenais pas avoir déposée ici.

Une dernière fois… Contempler son visage avant de retomber dans cette solitude…

Seulement, ma main toucha un livre qui n’était pas présent hier. Surpris, je tournai la tête vers celui-ci, pour trouver le livre que Jaeden avait acheté lors de notre sortie. J’avais raison, c’était bien à moi qu’il le destinait. Mais pourquoi me le donnait-il maintenant ? Mes mains tremblèrent lorsque je le saisis. Je ne comprenais plus rien, j’étais totalement perdu… A peine l’avais-je pris en main, qu’une feuille pliée en deux en glissa, tombant sur le sol. Le cœur battant et fébrile, je finis par m’abaisser pour la prendre. A peine l’avais-je ouverte que je reconnus instantanément l’écriture si particulière de Jaeden. A la fois angoissé et curieux, je m’assis sur mon lit, dos au mur, me refusant à ne pas lire cette lettre.

Je n’avais pas beaucoup de temps, mais assez pour la lire. Je savais qu’une infirmière n’allait pas tarder pour changer mon pansement et m’ordonner de recommencer à manger.
Prenant une profonde inspiration, ne parvenant à faire cesser ces tremblements, j’entamai enfin ma lecture.

Les premières lignes furent difficiles à encaisser. Lire qu’il ne m’avait pas trompé, continuant de nier, me donner envie de brûler ses mots et d’éloigner tout cela de moi à jamais. Pourtant, je décidai de poursuivre ma lecture, écoutant sa version des faits, ne réduisant pas à néant sa tentative d’explication. Je savais que je m’engageais sur un terrain glissant. Je ne sortirais pas indemne de cette lecture, tout comme Jaeden avait réagi après la lecture de mon cahier. Tel un automate, mes yeux défilaient sur les lignes, entrant pour la première fois dans la tête de Jaeden, apprenant plus qu’il ne m’avait jamais été permis. Je fus extrêmement surpris d’apprendre que Jaeden avait fait autant pour me rencontrer. J’avais toujours pensé que son histoire de m’avoir déjà remarqué en cours n’était qu’une technique pour mieux me draguer et m’attirer à lui.  Plus j’avançais dans ma lecture, et plus mon cœur se serrait d’une douleur qui m’était inconnue. Envahi peu à peu d’une profonde mélancolie, je pleurais sans trop savoir pour quoi, peut être d’usure et de fatigue…

Mon rythme cardiaque s’accéléra sensiblement lorsqu’il arriva au passage du bar. Plus je lisais et plus je comprenais… J’avais clamé que je l’aimais pendant toutes ces années, j’avais été incapable de le comprendre.

Je lisais trop lentement, tout défilait trop vite. Mon cerveau mettait trop de temps à comprendre. Tendu, meurtri, j’avais peur de comprendre. Comment décrire ce qui se déchira en moi lorsque mes yeux parcoururent ces quelques mots :

« Je ne t’aimais pas juste bien. Je t’aimais tout court. ».

Je n’y croyais pas, ou plutôt, j’étais trop perdu. Tout… Tout avait commencé par ce maudit baiser qui m’avait fait le détester et lui réaliser qu’il m’aimait. Pourquoi Ewen m’avait-il amené là ce soir là ? Pourquoi l’avais-je suivi ? Pire encore, Jaeden m’avait aimé, alors que je l’en avais cru incapable…
Je poursuivis très difficilement ma lecture. Mon cœur battait maintenant bien trop vite, comme s’il allait finir par imploser. J’avais de plus en plus peur de poursuivre cette lecture, d’apprendre ce qui allait suivre, pourtant j’aurais bien été incapable de cesser. Le moment de notre séparation, notre dernière confrontation, notre dernier baiser… Pourquoi ne lui avais-je pas laissé le temps de me parler, de m’expliquer ? L’aurais-je seulement cru à l’époque ?

Maintenant que je lisais, je réalisais avec horreur la situation dans laquelle je l’avais mis. J’avais été si violent… Moi qui avais tant de fois répété l’aimer.  Si seulement j’avais eu un peu plus confiance en lui, et surtout en moi. Mais je ne savais pas, j’avais été mis dans l’incertitude, situation trop précaire pour prendre de l’assurance, moi qui en avais déjà si peu à l’époque. Les larmes commencèrent à couler, de douleur de n’avoir pu voir la sienne.

Lorsque j’atteins le passage sur lui et Ewen et la visite qu’il m’avait cachée, une haine sourde reprit naissance en moi. Je croyais que l’avoir tué l’avait exorcisé et à cet instant c’était loin d’être le cas. Plus je lisais et plus je sentais une rancœur sourde contre l’homme que j’avais tué, mais qui m’avait entraîné avec lui dans sa chute. Tout… Tout était de sa faute, mais je ne pouvais en vouloir à un mort.

« Le soir où tout a basculé, je voulais te dire que je t’aimais… Le soir où j’ai couché avec lui, j’ai compris que plus jamais tu ne me reviendrais. Si tu étais resté, ce soir là… Tu l’aurais entendu partir. Et tu m’aurais entendu pleurer…

 

Ne dis jamais que je ne t’aimais pas… »

 

A qui en vouloir ? Contre qui pouvais-je maintenant reposer ma haine ? Cette colère et cette rancœur qui m’avaient fait tenir jusqu’à maintenant, qui m’avaient donné cette force qui maintenant m’était arrachée. N’était-ce pas pire maintenant de connaître la vérité ?

La lettre me tomba des mains. Lentement, je me laissai glisser en position allongée, pleurant tellement que je ne voyais plus rien. Mes yeux se fermèrent, comprenant que c’était fini… Quelque chose venait de s’éteindre en moi. J’abandonnai alors que je ne l’avais jamais réellement fait. J’avais gâché ma vie. J’avais tout perdu. Je n’avais plus rien. Je ne voulais plus rien.
Pleurer une dernière fois, avant de tout laisser, ne plus se forcer à ressentir, vivre en spectateur total, mourir un petit peu… Juste un instant, un dernier instant…

Seul, comme j’allais l’être maintenant totalement, me repliant sur moi, reforgeant cette carapace bien plus épaisse qu’elle ne l’avait jamais été, je quittai un instant ce monde pour me perdre dans un souvenir…

***

Cela faisait trois mois !! Presque trois mois que Jaeden et moi avions échangé notre premier baiser. Ce soir là, j’allais pouvoir passer la soirée avec lui, j’avais réussi avec beaucoup de ruse et d’insistance à obtenir la permission de dormir chez lui. Trop heureux, assis à côté de lui dans son petit appartement, je ne pouvais enlever ce sourire benêt de mon visage.

–              Qu’est ce qui t’arrive ? Me demanda Kain. Jaeden t’a enfin fait voir les étoiles ?

Le rouge me monta aux joues. Je n’aimais pas parler de ce genre de sujet, dérangé par le fait d’être toujours vierge et de la patience de Jaeden à ce sujet même s’il ne perdait pas une occasion de me dévorer des yeux et de laisser vagabonder ses mains.

–              Kain fous lui la paix, répliqua sèchement Jaeden. Tu n’as pas une fille à aller retrouver ?
–               Roh, c’est bon, souffla Kain en enfilant sa veste. Passez une bonne soirée.

Après lui avoir dit au revoir, Kain sortit, nous laissant tous les deux dans l’appartement. Il n’en fallut pas plus à Jaeden pour ravir mes lèvres d’un baiser qui me laissa fébrile. Plus le temps passait et plus nos baisers gagnaient en intensité et en sensualité.

Jaeden n’allait pas voir ses amis ce soir, et m’avait réservé toute la soirée. Après quelques autres échanges, nous finîmes nous aussi par mettre notre veste et par sortir avec comme première destination : le cinéma. Je trouvais que ce genre de sortie av ait tout d’une sortie de couple amoureux, comme dans les films romantiques, mais je me gardais bien de le dire, appréhendant la réaction de Jaeden. Il y avait une raison à toute cette soirée, le lendemain, vers midi, je partais pour deux semaines de vacances au ski avec ma famille, et autant dire que je n’en avais pas la moindre envie.

Alors que nous étions tous les deux installés confortablement dans nos fauteuils à attendre que le film  commence, il me demanda :

–               Au fait, ton cousin vient te chercher ou tu dors à l’appart ?
–               J’ai le droit de rester chez toi, bredouillai-je, le rouge tintant légèrement mes joues.
–               Parfait… dit-il avec un sourire que je ne parvenais pas à définir.

C’est alors que la lumière s’éteignit, et sa main vint se poser tout naturellement sur ma cuisse, en un geste si tendre qu’il me fit fondre. Alors que je pensais être au summum du bonheur, il déposa un furtif baiser sur le coin de ma lèvre qui me fit frissonner. Je remerciai l’obscurité qui cachait mes joues rougies, et posai ma main hésitante sur la sienne. C’est ainsi que nous regardâmes tous deux le film, ma main posée sur la sienne, ne souhaitant pour rien au monde qu’il ôte la sienne…

La suite de la soirée se passa merveilleusement bien. En trois mois, jamais je n’avais vu Jaeden aussi doux et attentif à mes besoins. Après le restaurant, je ne pouvais m’empêcher de le trouver romantique. Il tenait ma main d’une telle manière sur le chemin du retour, qu’il m’était impossible de le lui refuser, moi qui avais beaucoup de mal à m’afficher ainsi habituellement. Je me sentais étrangement bien, mais une petite boule dans mon ventre ne cessait de me rappeler que j’allais devoir le quitter pendant deux semaines qui me semblaient être des années.

Fatigué de la journée, nous rentrâmes directement. Jaeden me prêta de quoi prendre une douche, chose qu’il alla faire ensuite, me laissant prendre place dans son lit. Nous n’avions pas encore passé le cap, et ce soir je ne m’en sentais pas encore capable. Jamais Jaeden ne m’avait forcé, mais je savais qu’il en mourait d’envie. Pourtant j’étais  loin de me sentir à la hauteur et je ne pouvais me cacher que j’avais peur de ne pas le satisfaire en plus de craindre l’inconnu. Pour l’instant, comme ce que nous fîmes ce soir,  nous nous contentions de caresses et de baisers plus attisants les uns que les autres.

Alors que je me lovais contre lui, la tête posée sur sa poitrine savourant une dernière fois sa présence avant notre première séparation, je l’entendis me souffler en regardant sa chambre :

–              Ton bordel et tes bouquins vont me manquer…

Souriant face à cette manière détournée de dire que j’allais lui manquer, je laissai échapper sans trop me rendre compte, croyant ne pas parler à voix haute :

–              Je crois que je suis amoureux…

Jaeden se redressa un peu et s’écarta de moi, comme surpris :

–              De qui ? Me demanda-t-il.

Ne pouvant m’empêcher de rire, je répondis :
–              Mais de toi idiot !

Ca y était ! Je le lui avais enfin dit. Certes de manière détournée, mais je m’étais lancé. J’appréhendais sa réaction, lui restant là à me fixer comme un imbécile. Mon cœur battait extrêmement vite, lorsqu’il s’approcha de moi, passant sa main dans ma nuque, provoquant chez moi un violent frisson. Sans que je n’ai eu le temps de réagir, ses lèvres ravirent les miennes, un baiser qui ne me donna pas la moindre réponse, mais qui accueillit ma déclaration…Un baiser comme rarement il m’en offrait…

–              Ilian ! Je ne vais pas attendre éternellement.

En boule face au mur, je revenais difficilement à la réalité. L’infirmière désirait changer mon pansement et surtout m’envoyer manger quelque chose de consistant.

Retrouvant presque trop vite mon masque, oubliant ce rêve et ce qui m’y avait plongé, je m’assis sur le bord du lit, lui faisant face. Sèchement, elle attrapa mon bras, ne supportant certainement pas mon regard si peu humain posé sur elle. Dans un geste professionnel, mais dénué de douceur, elle soigna mon bras. Durant tout le long de ses soins, je ne bougeai pas d’un pouce, me contentant de la fixer. Ne semblant pas le supporter, elle choisit un angle d’attaque, comme sur la défensive :

–               Tu iras me faire le plaisir d’aller prendre un petit déjeuner copieux. Tu vas en tomber malade. Et puis ces crises que tu…

Je la laissai poursuivre, je ne l’écoutais plus. Une petite voix au fond de moi me rappelait que c’était cette même infirmière qui m’avait fait cette dernière piqure. Rien de professionnel dans ce qu’elle faisait. Elle nous regardait tous avec ce même regard tinté de peur et de pitié. Elle ne voyait en nous que des monstruosités qui n’avaient pas leur place en ce monde. Impassible, je la laissai s’égarer, déversant sa frustration sur moi dans un venin qui ne m’atteignit jamais. C’était fini. Je ne me laisserais plus prendre, cette fois-ci je m’étais coupé de ce monde pour de bon. Agacée mais soulagée d’un poids, elle finit par partir, me laissant me rendre dans le réfectoire.

Beaucoup posèrent le regard sur moi, d’autres n’avaient pas conscience du monde qui les entourait, d’autres étaient là tout simplement. Il suffit d’un regard à Melvin pour qu’il ne m’approche pas. Après avoir pris un plateau préparé par le personnel, j’allai m’asseoir à une table un peu en retrait. C’est à ce moment là que je le vis. Assis à une autre table, il mangeait avec un homme que je ne connaissais pas et qui ne pouvait être que son nouveau patient. Mon plateau faillit s’échapper de mes mains, mais je le rattrapai de justesse. Mon cœur se serra. Jaeden était décidément le seul homme capable de passer mon barrage. Il mangeait avec un patient, alors qu’il n’avait jamais pris la peine de le faire pour moi. Mon cœur se serra de nouveau en pensant qu’il n’était plus mon psychiatre. Lentement, je finis par m’asseoir.

Quittant mon regard de cette scène qui m’écœurait, je commençai à manger, alors même que je n’avais pas faim. Tentant de me remettre dans mon rôle, je me trouvai une raison pour avoir réagi ainsi. Je ne voulais plus chercher à attirer l’attention sur moi et manger serait déjà un bon début. Je voulais que tout redevienne comme cette dernière année, et que je retrouve ma solitude et mon masque. Bouchée après bouchée, je finis mon petit déjeuner et me levai quittant le réfectoire, mais sentant le regard de Jaeden me brûler la nuque…

La journée que je passai fut particulièrement maussade. Ne sortant de ma chambre que lorsque c’était obligatoire ou pour aller manger, je passai la journée à lire. J’avais perdu le goût de l’écriture ou du moins plus aucun mot ne s’imposait à mon esprit lorsque je posais mon stylo sur le papier. Le reste du temps, je regardais par la fenêtre, me perdant dans la contemplation du lac. C’est alors que je le vis. Il devait être assez tard, car le repas du soir était déjà passé et la nuit commençait à tomber. Jaeden rentrait chez lui, faisant le tour par le parc. Comment aurait pu se passer notre vie si je n’avais pas vu ce baiser, si je lui avais confiance, si Ewen ne m’avait pas trahi ? Je sursautai à cette pensée que je n’aurais jamais du avoir. Il ne fallait plus que je pense à tout cela. Irrité, je me levai et allai me coucher. Je voulais que cette journée prenne fin. Demain je l’attaquerais sur un meilleur pied. Ce n’était qu’une question de temps avant que plus rien de tout cela ne m’atteigne. Trop vite, je trouvai le sommeil, oubliant que celui-ci pouvait être parfois très hostile…

 

Changer de lycée en plein milieu d’année… C’était finalement une meilleure idée. Au moins, j’étais sûr de ne pas le croiser. Ewen m’avait aidé à me décider, tout comme il m’avait fait choisir de venir vivre avec lui. Mes parents semblaient ravis que je quitte la maison, et ce fut certainement ce qui m’aida à prendre ma décision.

Je me trouvais à la bibliothèque, tentant laborieusement de rattraper mon retard. Si je travaillais ici, j’avais mes raisons. Ewen n’y était pas. Je vivais un enfer chez lui, et je retardais chaque jour un peu plus mon retour. Un garçon de mon âge s’était assis en face de moi, et il me fixait depuis un certain temps. Pourtant je n’y prêtai pas attention. J’aurais pus le saisir comme corde de sortie, j’aurais pu chercher de l’aide, me dégager de ce piège mais c’était déjà trop tard. Je ne savais même plus pourquoi j’étais retourné chez lui le soir où Jaeden avait couché avec cet homme, sachant pertinemment ce que cela entrainerait. Maintenant, j’étais trop sali pour mériter quoi que ce soit. Nous n’étions plus que deux dans la salle, et il devait certainement être l’heure de partir, au vu de la documentaliste qui marchait vers nous en regardant sa montre. La mort dans l’âme, je me levai et rassemblai toutes mes affaires avant de mettre ma veste et de sortir. Après un « au revoir et bonne soirée » à peine audible, je marchai nerveusement jusqu’au portail du lycée, sentant son regard posé sur moi.

A peine l’eussè-je passé, que je vis Ewen assis sur un banc devant en train de m’attendre. M’apercevant, il se leva aussitôt, d’une démarche qui ne me laissait rien présager de bon. J’aurais pu me retourner, me réfugier derrière cet inconnu et réclamer son aide. Mais au lieu de cela, je fis encore un dernier pas vers lui et arrivé à sa hauteur, je courbai le dos et baissai les yeux.

               Ca fait plus d’une heure que je t’attends ! Tu crois que ça m’amuse de venir te chercher ?!

S’apercevant de la présence de l’autre derrière moi, il dit plus bas, d’une voix terriblement froide qui me glaçait le sang :

–              Et en plus tu traînes avec un autre !

Sans me laisser le temps de l’esquiver, il m’attrapa possessivement par la taille et m’attira à lui. Prenant agressivement possession de mes lèvres, il en força l’entrée, me volant un énième baiser non désiré. Pour moi, ce genre de gestes était pire qu’un viol, ou du moins, il n’y avait pas la moindre différence. J’aurais pu bouger, m’enfuir, le repousser, pourtant je me laissai totalement faire, comme à sa merci.

Lorsqu’il fut satisfait, il quitta mes lèvres et m’attrapa par le bras, me trainant à sa suite. La nuit serait longue et difficile, mais j’espérais qu’il soit aussi épuisé que je l’étais.

Je me réveillai en pleurant. Tremblant, je me roulai en boule, ne cessant de me répéter que cela finirait par passer. J’avais déjà réussi à l’oublier une fois, cela voulait dire que je pouvais très bien le refaire. Encore quelques rêves, quelques larmes et ce serait fini. Le temps m’aiderait à le faire passer.

Je finis par me rendormir, vivant encore et encore des souvenirs que je croyais enfouis et oubliés. Cette vie n’était plus alors cela finirait bien par cesser…

***

Le lendemain fut semblable à la dernière journée. Je ne vis cependant pas Jaeden, ni ne fis attention à son patient. Je mangeais et pourtant, je ne parvenais pas à retrouver assez de force pour retrouver un état stable. L’infirmière s’inquiétait mais tentait de ne pas me le faire savoir. Au milieu de l’après-midi, alors que je tentais d’écrire sur un cahier plus que des petits dessins qui ne ressemblaient à rien, une femme du personnel frappa à ma porte et entra après s’être présentée.

–              Le docteur Sadler vous attend depuis maintenant un bon quart d’heure.

Surpris, je tournai simplement la tête vers elle, avant de me lever et de partir à sa suite. Je ne comprenais plus rien. Pourquoi désirait-il me voir ? Pour m’annoncer de lui-même qu’il arrêtait de s’occuper de mon cas ? Il n’aurait jamais du prendre cette peine. Devant sa porte, je frappai, pénétrant dans la pièce avec un visage si fermé qu’il en sembla déstabilisé.

Avec lui, je ferais comme si rien ne s’était passé durant ces derniers jours. Mieux valait que tout redevienne comme avant. Le chemin que j’avais emprunté avec lui était trop dangereux. Oui c’était cela, j’allais retomber dans ce mutisme qui avait parfaitement marché pendant tout ce temps… Ce que j’avais fait avec lui n’était qu’une erreur. Mais une erreur bien douloureuse…

Sans un regard pour lui, je pris place en face de lui, m’asseyant sur ce fauteuil certainement pour la dernière fois.

–              Tu vas bien ? Me demanda-t-il presque soudainement.

Je ne répondis rien, le regard toujours fuyant. Je savais comment réagir s’il croisait le mien trop longtemps.  Ma non réponse fut accueillie par un soupir de sa part, un soupir qui ne m’atteignit pas. Depuis la lecture de sa lettre j’avais indéniablement changé et il faudrait qu’il s’y fasse. Je ne lui en voulais plus. Je n’avais plus aucune rancœur pour tenter d’interagir avec ce monde.  Malheureusement, il ne semblait pas vouloir me laisser en paix et il commença ses explications qui mèneraient à l’abandon de mon dossier…

–              Je sais que je t’ai fait souffrir… Des centaines de fois sûrement, mais aujourd’hui j’aimerais t’aider. Je sais qu’on ne peut pas tout reprendre à zéro. Tu ne peux pas oublier ce qu’il t’a fait, et je crois que moi non plus.

Ne comprenant pas vraiment où il voulait en venir, je me contentai d’écouter, les yeux baissés pour qu’il n’y lise rien. Non sans crainte, Jaeden poursuivit :

–              Mais je peux t’aider à aller de l’avant. Il faut juste que tu me parles… Que tu te confies à moi…

Je sentis le regard brûlant de Jaeden posé sur moi, tentant désespérément de capter le mien ou au moins de trouver un signe. Mais rien… J’étais totalement renfermé, du moins c’est ce dont je tentais de me persuader.

–              Tu sais, finit-il par reprendre, le directeur trouve que tu vas un peu mieux, et j’aimerais pouvoir l’affirmer… Je… Je n’arrive plus à lire en toi comme avant, je ne sais pas si tu vas  bien ou mal, je ne sais pas ce que tu veux… J’aimerais que tu me le dises…

Après un silence, il ajouta :

–              Et je sais qu’il te faudra du temps…

Un silence plus long cette fois, et plus lourd suivit ses dernières paroles. Je sentais Jaeden tenter désespérément de me faire réagir, mais rien n’y faisait. A vrai dire j’en étais moi-même incapable.

–              Ilian je… Tenta Jaeden sur un ton qui m’alerta peut être un peu trop vite.

Je levai les yeux vers lui, sa tête était baissée. Il n’y avait pas que moi qui allais mal. Je devais lui dire que je ne lui en voulais plus, que mon cœur battait encore pour lui, que je désirais plus que tout trouver refuge au creux de ses bras, mais comme lorsque j’aurais pu appeler quelqu’un à l’aide quatre ans auparavant, je n’étais plus capable de rien. Si bien qu’au moment où il releva la tête, je tournai une nouvelle fois le regard.

–              Tu sais, reprit-il, le directeur m’a confié un nouveau patient, car il trouvait que j’étais trop proche de toi. Je pense qu’il a raison, mais je m’en fiche, car s’il faut que je sois à nouveau proche de toi pour que tu ailles mieux, alors je le serai.

Il n’avait pas abandonné mon dossier. Il s’occupait encore de mon cas, alors même qu’il n’y avait plus rien à faire pour moi. Il gardait encore de l’espoir pour quelqu’un qui n’en avait plus du tout. Tentant de lui faire comprendre que sa tâche était vaine, j’ancrai enfin mon regard dans le sien, sans rien lui cacher. Le sien reflétait ce qu’il ressentait de manière tellement vive… Avait-il peur d’y découvrir ce que j’étais vraiment ? Plus d’étincelle dans mes yeux, simplement le vide qui reflétait l’état de mon âme. Je ne sus combien de temps nous restâmes ainsi, mais sans un mot, je finis par me lever. Lui tournant le dos, je sortis de la pièce. Une fois la porte refermée, je la laissai enfin couler, cette unique larme dont je ne voulais pour rien au monde lui infliger la vue. D’un bref revers de manche, je me rendis dans la petite bibliothèque et attrapai un livre au hasard. C’est ici que je passerais la fin de ma journée…

**

La fin d’après-midi et la soirée passèrent assez vite. Je me retrouvai dans mon lit, tentant de trouver le sommeil. Finissant par fermer mon livre, je me recroquevillai dans mon lit, remontant la couverture sur moi. Je n’avais toujours pas réussi à écrire un mot, et cela commençait à me manquer cruellement. Frustré, je fermai les yeux, craignant malgré moi où mon sommeil allait me mener.

Encore une journée de plus… Je m’étais décidé à sortir, aujourd’hui je n’avais pas cours, et Ewen était parti faire une course. Après m’être lavé et habillé, vêtu d’une simple veste, je me retrouvai à marcher dans la rue sans trop savoir où j’allais. L’air était assez doux, caressant mon visage sans être hostile. Je finis par m’arrêter, levant les yeux, je réalisai que j’étais tout proche de l’appartement de Jaeden.

Mon cœur se comprima, cela faisait un mois et demi maintenant, que nous étions séparés. D’un bref coup d’œil, je le cherchai malgré moi, avec le vain espoir de le revoir une fois encore. Il était assis sur un banc, semblant attendre quelqu’un. Je choisis de m’arrêter, dissimulant ma présence à ses yeux, n’ayant aucune envie de lui faire face. Il avait beaucoup changé, en si peu de temps. Sa barbe mal rasée le vieillissait, et ses cheveux assez mal coiffés lui donnaient un air différent. Mais rien de tout cela n’enlevait à sa beauté. Je ne savais pas ce qui me retenait… J’éprouvais encore une profonde rancœur à son égard, mais il était indéniable qu’il me manquait. Pourquoi ne courais-je pas à sa rencontre ? S’il y en avait bien un à qui je pouvais demander de l’aide et surtout à qui j’oserais parler, c’était bien lui.

Mais je ne fis aucun pas, restant dans ma cachette à l’observer à la dérobée. C’est alors qu’un homme légèrement plus vieux que lui approcha, et dès qu’il le vit, Jaeden se leva, me tournant presque le dos. A peine après l’avoir salué, l’homme lui tendit une chose trop petite pour que je la voie. Jaeden tenta de la saisir, mais l’autre homme, semblant vouloir se jouer de lui, leva soudain sa main en l’air, juste avant qu’il ne l’attrape. Cela ne sembla pas plaire à Jaeden, mais il entra tout de même dans le jeu. Ils chahutèrent pendant quelques minutes. Lassé, l’homme finit par le lui donner, puis l’attrapant soudainement, il l’attira à lui et l’embrassa presque instantanément.

Mon cœur se comprima si fort que je crus qu’il allait cesser de battre. Tournant immédiatement le dos à cette scène que je ne pourrais jamais plus supporter, je m’éloignai aussitôt d’un pas rapide. Les larmes coulaient de nouveau à cause de cet imbécile. Voilà à peine un mois et demi que nous nous étions séparés et il semblait être de nouveau avec quelqu’un. Qu’avais-je cru ? Qu’il vivait un enfer semblable au mien ? Bien trop vite, je me retrouvai devant chez Ewen. Je priai pour qu’il ne soit pas rentré, mais la porte ouverte me confirma que si.

A peine eusse-je passé la porte  qu’il se jeta sur moi, agressif et particulièrement énervé.

–              Où est ce que tu étais ! Cria-t-il.

Je ne répondis rien, soumis, baissant uniquement le regard, comme apeuré.

–              Ilian, je t’ai posé une question ! Tu étais où ?

Incapable de répondre que j’étais retourné une fois de plus devant chez Jaeden mais que cette fois-ci je l’avais vu, qui plus est avec un autre homme, je restai muet. Ne supportant pas mon silence, Ewen claqua la porte et me poussa violemment contre le mur. Ma tête heurta celui-ci un peu trop durement, m’assommant à moitié.

–              Putain ! Tu vas me répondre oui ?!! Tu es allé où ? Vociféra-t-il.

Collé très près de moi, il me dominait de toute sa hauteur, comme pour asseoir sa supériorité. Une vague de haine me submergea soudain, et avant qu’il n’ait le temps d’ajouter quoi que ce soit, je répondis à son agressivité par une phrase qui trahissait tout de même dans le ton mon manque d’assurance :

–              Je ne me faisais pas sauter par quelqu’un d’autre si c’est la question que tu te poses ! Je suis simplement allé…

Je n’eus pas le temps de finir ma seconde phrase. Son poing atterrit dans mon ventre si violemment, que je tombai sous le choc. N’ayant pas de force pour adoucir ma chute, ma tête heurta le sol. Tout devint trouble, heureusement, je sombrai dans l’inconscience, perdant la notion de la douleur des coups qui suivirent.

 

Je me réveillai le corps tout en sueur et tremblant. Ces souvenirs étaient bien trop difficiles à surmonter dans mon état. Me mettant en position assise, je repliai mes genoux contre ma poitrine, essayant malgré tout de ramener un semblant de calme en moi. Les doigts de ma main droite allèrent inconsciemment se planter dans ma plaie à travers le pansement. Je recherchais simplement une douleur physique pour faire taire celle qui s’emparait trop dangereusement de mon esprit. Tremblant, en larmes, le corps secoué de spasmes, je ne ressemblais vraiment plus à rien. J’avais trop peur de fermer de nouveau les yeux. Ces coups dans mon rêve, j’avais encore l’impression de les sentir. C’est alors qu’une voix que je ne connaissais que trop bien me sortit de mon état second.

–              Ilian ? Qu’est ce que tu…

Redressant la tête, je le vis, à deux doigts de poser sa main sur mon épaule, à genoux sur mon lit. Il ne m’en fallut pas plus. Il fallait qu’il me prenne dans ses bras, il fallait qu’il me rassure, que je comprenne que ce cauchemar n’était qu’un mauvais souvenir qui venait me hanter une fois de plus. Me jetant dans ses bras, je laissai aller mes pleurs le serrant fort comme jamais. L’instant de surprise passé, il passa ses deux bras autour de ma taille bien trop fine et s’asseyant sur le lit, il me prit convenablement dans ses bras. Sans un seul mot, caressant uniquement mon dos, il m’apaisa, m’apportant la douceur et la tendresse qui me firent peu à peu oublier ma détresse. Mes pleurs finirent par cesser après un temps indéterminable. Sa main caressait mes cheveux et ses lèvres déposèrent un simple baiser sur mon front. Ce fut le facteur déclenchant qui me fit ouvrir la bouche pour parler. Le seul mot qui s’échappa de mes lèvres fut un simple « pardon », à peine murmuré.

Sans s’écarter de moi, je sentis Jaeden se tendre, cessant un bref instant ses caresses.

–              Pardon pour quoi ? Finit-il par me demander.

M’écartant de lui, plongeant mon regard dans le sien sans pour autant rompre le contact physique avec lui, je répondis d’une seule traite, la voix tremblante d’émotion, le cœur serré :

–              De ne pas t’avoir écouté… Pardon de ne pas avoir ouvert les yeux, d’avoir abandonné, de ne pas m’être battu et surtout de ne pas avoir été à la hauteur de l’amour que je disais avoir pour toi.
–              Oh Ilian… Dit-il la voix brisée, m’attirant aussitôt contre lui pour ne pas que je voie les larmes dans ses yeux qui commençaient à couler à leur tour.
–              Rien n’est de ta faute… Poursuivit-il. Si les rôles avaient été inversés, je crois que j’aurais fait la même chose… Je crois qu’on est tous les deux tombé dans le piège d’Ewen…

A l’entente de son nom, je ne pus réprimer un frisson d’effroi. Ne tenant plus, je suppliai Jaeden après un silence, toujours lové au creux de ses bras, sentant son cœur battre fort :

–              Ne me pose plus de question Jaeden… Je ne veux plus parler de ce qui s’est passé il y a quatre ans… Je…

Ma voix mourut, incapable de dire plus sans que je me remette à pleurer.

–              Je te laisserai le temps qu’il faudra Ilian… Je ne te forcerai jamais… Mais j’aimerais qu’un jour, ajouta-t-il, tu te confies vraiment à moi. Lorsque tu te sentiras prêt, je serai là… Je ne te laisserai plus tomber Ilian… Je suis là…

Nous restâmes un très long moment ainsi. Pour rien au monde je ne voulais quitter l’espace protecteur de ses deux bras, seul lieu où je me sentais encore vivre. Lorsque Jaeden sentit que j’étais en train de m’assoupir, il murmura d’une voix douce en s’écartant légèrement de moi :

–              Tu devrais dormir Ilian… Tu en as vraiment besoin…

Alors qu’il me laissait dans le lit, et se levait, je le rattrapai vivement par le bras et lui demandai presque dans une supplique :

–              Reste…

Il ne lui en fallut pas plus pour comprendre. J’en avais vraiment besoin. Sans lui à mes côtés, jamais je ne pourrais fermer les yeux sereins.

–              D’accord, je reste ici, dit-il en esquissant un faible sourire.

Je m’écartai alors aussitôt, lui laissant une place dans le lit. C’était tout contre lui uniquement que je parviendrais à un semblant de paix. Alors que Jaeden allait refuser, je dis faiblement :

–              S’il te plait Jaeden…

Jaeden finit par accepter. S’allongeant sur les couvertures et moi dessous, je ne tardai pas à venir me coller tout contre lui, en manque de chaleur humaine et surtout de sa présence.

Après un temps, je l’entendis me demander :

–              Dis Ilian, si tu étais libre, tu souhaiterais être où à cet instant ?

Surpris de la question, je pris un léger instant de réflexion avant de répondre :

–              Dans le jardin de Joeffrey…

Jaeden tourna la tête vers moi, un petit sourire se dessinant sur ses lèvres. C’était le jardin où nous avions échangé notre premier baiser… Oui c’était ici que j’aurais voulu être, mais ce que je ne rajoutais pas, c’est que j’aurais voulu y être avec lui. Cela, il pouvait le lire dans mon regard… Tendrement, il déposa brièvement ses lèvres sur mon front. Il murmura simplement mon prénom, puis m’entourant de son bras, il ne lui fallut pas très longtemps avant de plonger dans un sommeil très lourd. Il devait être épuisé.

Me redressant légèrement, j’admirai son visage. Avec délicatesse, ma main vint caresser son visage, m’arrêtant sur ses lèvres avant de réaliser mon geste et de rougir violemment. L’encerclant de mes deux bras, j’enfouis ma tête contre lui et finis par fermer les yeux. Ma respiration se mit à ralentir, se callant sur celle de Jaeden. Si je tendais l’oreille, je pouvais entendre son cœur battre. Soupirant, je me laissai aller à cet instant de répit qui m’était offert.

Je dormis d’un sommeil étonnamment paisible, sans rêve ni cauchemar…

***

Le lendemain matin, je me réveillai avec cette impression de douce chaleur qui m’avait tant fait défaut pendant des années. Jamais je n’aurais cru me réveiller un jour aux côtés du seul homme qui m’avait jamais apporté ce bien être. Mes yeux papillonnèrent et eurent le plaisir de se poser sur le visage de Jaeden, dormant profondément comme à ses anciennes habitudes. Il était allongé sur le dos, toujours sur les couvertures. Je rougis aussitôt en constatant que j’étais sorti des couvertures et que je m’étais entièrement collé à lui, un bras autour de son cou et une jambe posée possessivement sur lui. Un sourire vint se dépeindre sur mes lèvres, cela faisait longtemps que je ne m’étais pas senti aussi bien après la nuit passée.  Je savais que ce sentiment semblable au bien-être me quitterait dès que Jaeden sortirait de cette chambre, et que ce vide qui était en apparence comblé, ressurgirait de plus belle. Mais je m’en moquais. Lovant ma tête contre son épaule, je décidai de profiter du peu de temps qu’il nous restait encore avant que le jour ne se lève. Bercé par sa respiration, engourdi par sa chaleur et me laissant de nouveau aller à fermer les yeux, je ne me rendis même pas compte que je m’endormis de nouveau…

***

Mon second réveil se fit seul. Seulement, je ne le pris pas mal, bien que j’aurais aimé pouvoir lui dire au revoir. Il avait du partir ainsi sans vouloir me réveiller. La couverture avait était soigneusement rabattue sur moi, et j’avais l’impression d’avoir vécu un rêve, un rêve bien trop doux et vif à la fois pour en être un. De nouveau ce vide en moi, et cette journée qui me paraissait déjà très longue et très monotone. Mon masque retrouva sa place au moment où je m’asseyais sur mon lit alors que l’infirmière arrivait. Encore une fois elle me soigna sans douceur, déversant son venin comme si elle en avait un trop plein et qu’elle voyait en moi un déversoir utile. La seule chose que je pus remarquer, c’est qu’elle évitait consciencieusement mon regard. Ne reflétait-il rien ? Etait-il aussi abandonné et inhumain que cela ?

Une fois qu’elle eut fini, je me rendis au réfectoire, alors que l’infirmière me rappelait une dernière fois que je devais me nourrir. Arrivé dans cette grande sale, mes yeux tombèrent immédiatement sur Jaeden un plateau à la main. C’était bien un des seuls psychiatres qui venait manger avec les fous. Jamais il ne l’avait fait avec moi… Je tentai de me raisonner mais en vain. Attrapant un plateau, je pris raisonnablement à manger puis après un rapide tour d’horizon, je le vis, là dans un coin, la tête baissée : Melvin… Je ne pouvais pas lui en vouloir plus longtemps. Lui laisser lire le premier livre avait déjà été une erreur, j’avais ma part de responsabilité. Je ne comptais pas lui parler, juste m’asseoir à ses côtés, et profiter de ce compagnon de solitude.

–              Ilian ? Me demanda Melvin surpris en me voyant m’installer.

Ne m’entendant rien lui répondre, il ne tarda pas à ajouter :

–              Si tu m’en veux encore pour ce qu’il s’est passé avec le docteur Sadler je…
–              C’est bon Melvin, répondis-je d’une voix impersonnelle qui sembla l’inquiéter.
–              Ilian ? Quelque chose ne va pas, je te trouve étrange.
–              Je suis juste fatigué Melvin.

Si Melvin avait tourné la tête, il aurait pu voir la deuxième raison de mon état : Jaeden déjeunait avec son nouveau patient et la jalousie m’envahissait. Nous poursuivîmes notre repas en silence, jusqu’à ce que je finisse par lui demander :

–              Dis Melvin, tu sais qui est ce nouveau, en train de manger avec le docteur Sadler ? Tu sais ce qu’il a fait  et pourquoi il est là ?
–              J’ai entendu dire qu’il était atteint du trouble de Borderline. Je crois qu’il s’agit d’un problème d’humeur changeante. Il aurait tué sa petite amie avec qui il était depuis deux ans.

J’étais toujours étonné de la capacité de Melvin à toujours fouiner et avoir des réponses sur tout. Mais j’avais une réponse qui m’avait rassuré. Ce jeune homme n’était pas homosexuel. Cependant, cela n’empêchait en rien ma jalousie à son sujet. Nous finîmes de manger en silence, puis alors que je me levais pour regagner ma chambre, j’entendis Melvin me demander :

–              Ilian… Je… Je peux venir avec toi ?

Son regard était tellement suppliant que je ne pus lui dire non. Sa compagnie ne m’avait jamais dérangé après tout…

C’est ainsi qu’il me suivit jusqu’à ma chambre avec un grand sourire illuminant son visage. A peine fûmes-nous entrés dans la chambre que Melvin prit place sur mon lit attrapant un de mes livres, tandis que je prenais place au bureau, comme si rien ne s’était passé, reprenant nos vielles habitudes. Ouvrant un cahier, je pris mon stylo, sachant d’avance que l’inspiration n’était pas encore revenue. Mais rien ne coûtait d’essayer… Je posai tout de même mon stylo sur le papier, mais rien ne vint tacher la feuille blanche. Non, aucun mot ne venait à mon esprit, j’avais perdu ce qui me permettait d’écrire…

Agacé, je fermai mon cahier, à peine l’avais-je ouvert. Ecrire avait été mon seul moyen d’expression durant ces années, ne plus pouvoir le faire était assez difficile à supporter et surtout à surmonter. Perdu dans mes pensées, je ne fis pas attention à Melvin, comme s’il n’était pas là. Prenant ma tête entre mes mains, mes coudes posés sur la table, je tentai de calmer ce vertige qui était en train de me saisir. C’est alors qu’il me sembla l’entendre renifler, comme s’il pleurait. Inquiet, je me redressai, avant de me tourner vers lui.

–              Melvin ? Demandai-je inquiet en le voyant en larmes.

Ne recevant aucune réponse, je me levai et m’assis sur le lit, comme l’aurait fait Jaeden pour moi.

–              Melvin… Soufflai-je, dissimulant assez mal mon inquiétude. Qu’est ce que…

Je n’eus pas le temps de répondre que Melvin me coupa, la voix entrecoupée de sanglots, ancrant son regard inondé dans le mien :

–              Je suis désolé Ilian… Sincèrement désolé d’avoir lu ton cahier et réagi ainsi… Mais avoir appris ce qu’on t’avait fait subir… Le lire de tes mots… Je… Je sais parfaitement ce que tu as vécu… Je…
–              Non, tu ne sais pas, répliquai-je assez froid, n’ayant jamais abordé oralement ce que j’avais vécu.

Je devenais de plus en plus mal à l’aise et j’eus un mouvement de recul.

–              Si !!! S’écria-t-il, avant d’ajouter bien plus bas :
–              J’ai… J’ai vécu… On m’a fait subir la même chose… Finit-il la voix enrouée et le regard fuyant.
–              Oh… Melvin, Soufflai-je, le cœur serré.

Je n’eus pas le temps d’esquisser un geste vers lui, qu’il se jeta dans mes bras en pleurant bruyamment.
Ne pouvant rester sourd à sa détresse, je l’enlaçai, trouvant cette étreinte bien trop étrange. Il fallut très longtemps à Melvin pour cesser de pleurer, restant ensuite silencieux dans mes bras. Le regard perdu dans le vide, un mouvement attira alors mon attention. La porte venait de s’ouvrir, laissant apparaître Jaeden, me fixant avec effroi. Nos regards se croisèrent un court instant,  ne repoussant que trop tard Melvin. Jaeden avait déjà fermé la porte et s’en était allé. Melvin ne comprenant pas mon soudain rejet, m’envoya un regard plein d’interrogation. Souhaitant les faire taire au plus vite, tout comme mon cœur qui battait à toute vitesse, mêlant mille sentiments divergents, je répondis à Melvin brièvement que je ne supportais pas lorsqu’on me touchait.

Puis j’ajoutai après un  temps indescriptible :

–              Désolé Melvin, j’ai besoin d’être seul.

Peiné, et baissant les yeux, Melvin se leva et prit la direction de la sortie, sans un mot. Une fois qu’il fut dehors, je me levai à mon tour, sortant quelques minutes après Melvin. Prenant la direction de son bureau, je croisai une infirmière dans les couloirs et lui demandai, tandis qu’elle ne cachait pas son étonnement du fait que je m’adresse à elle :

–              J’aimerais voir le Docteur Sadler…
–              Je suis désolée, il vient de partir, il m’a dit être de retour vers 17 heures…

Sans lui répondre quoi que ce soit, ni même la remercier, je lui tournai le dos, prenant la direction de la bibliothèque. Il n’y avait qu’en lisant que je parviendrais à faire passer un temps aussi long…

***

Il était assez tard. J’avais fini de manger et pas l’ombre d’un Jaeden. Je ne l’avais pas croisé dans les couloirs et n’avais  pas osé demander une nouvelle fois s’il était là. J’étais dans ma chambre, assis sur mon lit, me refusant à aller dormir. Est-ce que Jaeden reviendrait ce soir ? Et même s’il comptait le faire, viendrait-il après ce qu’il avait cru avoir vu ?

J’avais plus que tout besoin de lui et je savais que je trouverais un sommeil paisible uniquement en sa présence. Si je pouvais tenir chaque jour, levant la tête, c’était uniquement grâce à sa présence maintenant, et cela, je l’avais compris hier soir. Alors que je commençais à sérieusement broyer des idées sombres, quelques coups discrets furent frappés à ma porte. Elle s’ouvrit peut de temps après sur Jaeden. Mon rythme cardiaque s’accéléra à une allure folle. Il était venu ! Mais qu’allait-il se passer… ?

Il fit quelques pas, semblant assez froid et distant. Il portait son sac d’ordinateur portable en bandoulière. Sans un regard pour moi, il referma la porte, et s’installa à même le sol. Une fois assis et adossé au mur, il sortit son ordinateur et un DVD.

Sans une seule attention envers moi, il mit en route son film et commença à le regarder. Ne supportant pas d’être nié de la sorte, je me levai et allai prendre place près de lui. Je restai à une distance respectable, espérant que Jaeden allait l’amoindrir, mais il n’en fit rien. Se contentant de regarder son film, il continua à m’ignorer. Blessé, je ne laissai cependant rien paraître, et n’entrant pas dans son jeu, je regardai le film avec lui. Pris assez rapidement par l’intrigue du film, je tentai de cesser de me poser des questions à son sujet et à cacher ma peine d’être ainsi rejeté et négligé.

Une fois le film terminé, le générique déroulant sur l’écran, je tournai la tête vers lui dans l’espoir qu’il cesse enfin son petit manège. Seulement, il se contenta de fermer son ordinateur, de le ranger, et de se lever sans un mot. Surpris et indigné, je me levai à mon tour et l’interpellai en l’appelant par son nom.

–              Bonne soirée Ilian, dit-il alors qu’il était au niveau de la porte.
–              Non reste ! M’écriai-je presque en le rattrapant par la main.

Se tournant vers moi, un air agacé sur le visage, il déclara sèchement :

–              Tu n’as qu’à appeler Melvin si tu te sens seul !

Jaeden n’avait décidément pas changé. Sa jalousie prenait toujours des proportions démesurées. Si seulement j’y avais été plus sensible à l’époque. Souhaitant faire taire au plus vite ses craintes, je l’attirai à moi, me trouvant une assurance étonnante. Sans qu’il ait le temps de réagir, mes lèvres étaient déjà sur les siennes et mes bras autour de son corps. Il n’en fallut pas plus à Jaeden qui ne resta pas un instant de plus inactif. Une de ses mains vint se perdre dans ma nuque, tandis que l’autre glissait dans le bas de mon dos, désirant m’attirer plus près. Sa langue vint quémander l’entrée de ma bouche, chose que je lui accordai sur le champ.

Un frisson violent me saisit lorsqu’il pénétra dans ma bouche, mêlant sa langue à la mienne. Rares étaient les fois où nous avions échangé un baiser  aussi pressant et brûlant.  Toujours plus prêt, toujours plus fusionnel, Jaeden me plaqua dos au mur, sans un seul instant mettre fin au baiser ou en diminuer l’intensité. Perdu dans ce baiser qui désirait sans cesse plus qu’il ne possédait déjà, la main de Jaeden glissa sur mes fesses en un geste à la fois possessif et terriblement sensuel. Jamais je n’avais vécu quelque chose d’aussi torride et pourtant un autre sentiment vint gâcher tout cela, lorsque sa main tenta de se glisser sous mon pantalon de pyjama : la peur.

Mon corps se contracta, mais je tentai de me contrôler. Je savais que Jaeden ne me ferait jamais de mal, mais pour l’instant le souvenir d’Ewen était trop proche. Crispant mes mains dans son dos d’une toute autre manière, je retins mes larmes bien trop tard. Très peu de temps après, un goût salé vint se mêler à notre échange. S’en apercevant, Jaeden cessa directement toute action, s’éloignant légèrement de moi, profondément inquiet. Constatant mon état, alors que les larmes noyaient mes yeux fuyant toute rencontre, il souffla d’une voix douce et anxieuse :

–              Je suis désolé Ilian, je me suis laissé emporter et…
–              C’est moi qui suis désolé Jaeden… Dis-je la voix brisée avant d’aller chercher refuge dans le creux de ses bras.

Avoir peur de celui que j’aimais… Même un bref instant, c’était pour moi quelque chose d’atroce.

Murmurant d’une voix douce à mon oreille, Jaeden me reprit :

–              Ne dis pas n’importe quoi… Après ce que tu as vécu… Je… J’ai…

Sa voix mourut dans un silence. Plus aucun mot n’avait sa place. Juste lui et moi… La chaleur rassurante et protectrice de ses bras… L’homme blessé et l’homme impuissant face à la souffrance de celui-ci…

Je ne voulais pas qu’il se sente coupable,  aussi, je le serrai encore plus fort.
Nous restâmes ainsi un long moment, debout, l’un contre l’autre, dans une simple étreinte. Lorsque je sentis un peu de force et d’assurance renaître en moi, tentant de détendre l’atmosphère,  je déclarai à voix basse, non sans sentir le rouge me monter aux joues :

–              Moi aussi je suis jaloux…
–              De quoi ? Me demanda Jaeden intrigué.

Restant le visage enfoui dans son cou, je répondis faiblement :

–              Tu n’as jamais pris un repas avec moi ici…
–              Oh… Souffla Jaeden semblant comprendre.

S’éloignant légèrement de moi, il redressa mon visage en passant un doigt sous mon menton, me faisant frissonner. Un sourire illuminait son visage, et sans plus attendre, il déposa ses lèvres sur les miennes en un chaste baiser qui me fit un bien fou.

Puis me serrant ensuite une dernière fois dans ses bras, il ajouta :

–              Demain je mangerai avec toi…

S’écartant de moi, il me fixa amusé, tandis que le rouge me montait aux joues.
Nous restâmes un instant ainsi, les yeux dans les yeux, perdus dans le regard de l’autre. Puis, après un temps, je demandai à Jaeden, hésitant :

–              Tu… Tu peux rester cette nuit ?
–              Ilian, me répliqua Jaeden gêné. Ce n’est pas une bonne idée… Une fois de temps en temps, mais c’est vraiment trop risqué. Il ne faut pas que cela devienne une habitude.

Le voyant se perde dans ses excuses, je laissai échapper ma pensée tout haut :

–              Si j’avais une cigarette, je m’en serais servi pour t’obliger à rester !
–              Ilian… Souffla Jaeden amusé.

Reprenant mon sérieux, plantant mon regard dans le sien, je finis par dire :

–              S’il te plait Jaeden… Je ne te le demanderais pas si je n’en avais pas besoin… Ajoutai-je, hésitant et honteux.

Jaeden ne put alors plus refuser. Le tenant par le bras, je l’attirai avec moi jusqu’au lit. Là, je me glissai sous les couvertures, consentant à le lâcher. Ne lui laissant pas le temps de s’allonger sur la couverture, je la relevai me callant contre le mur pour le laisser prendre place.

–              Ilian… Me dit-il l’air faussement réprobateur. Tu exagères.

Lui offrant un sourire faussement innocent, je ne changeai cependant rien à ma position.
N’ayant pas la force de me résister, il céda. Je me retrouvai bien rapidement dans ses bras, rabattant la couverture sur nos deux corps. Le visage callé dans son cou, j’inspirai son odeur à plein poumon comme pour reprendre des forces. Bien vite, le sommeil vint frapper à ma porte, et je le laissai m’envahir, un sourire accroché à mes lèvres, la main de Jaeden caressant lentement mon dos comme pour m’apaiser. Une fois de plus, je m’endormis avec cette impression d’être moins seul.

 

***

 

Nous étions au milieu de la matinée lorsque je quittai ma chambre pour me rendre dans le bureau de Jaeden. Je ne m’étais pas réveillé avec Jaeden, qui prenait soin de s’éclipser lorsqu’il était encore temps. Il était venu s’asseoir à mes côtés pour déjeuner. Même si nous avions déjeuné en silence, sa simple présence m’apaisait grandement. Il était ensuite retourné dans son bureau en me rappelant que nous avions notre rendez-vous dans une petite heure. Je regagnai ma chambre et après un passage dans les douches avec l’infirmière qui m’avait dit de repasser lorsque je serais propre pour changer mon pansement, je me rendis jusqu’à son bureau. Arrivé devant la porte, j’hésitai à frapper. Je savais que ces entrevues ne seraient certainement pas pareilles que lorsque nous nous voyions le soir. C’était peut être le seul moment où nous jouions hypocritement le rôle du psychiatre et du patient. C’est alors que j’entendis la voix du directeur. Vérifiant qu’il n’y avait personne dans le couloir, je tendis ensuite l’oreille pour écouter de quoi il était question.

–              Ce que je veux dire Jaeden, c’est qu’après tout ce qu’il s’est passé, il faut que tu prennes tes distances. Devenir aussi proche de son patient est une mauvaise chose, et surtout d’Ilian !

Mon cœur se serra, mais ce ne fut pas pour cela que je cessai d’écouter.

–              Mais, je…Tenta de répliquer Jaeden avant que le directeur le coupe en reprenant la parole.
–              Vos rendez-vous suffisent amplement. Tu n’as pas besoin d’aller manger avec lui.
–              Je ne savais pas qu’il était interdit de manger avec ses patients ! Rétorqua Jaeden assez insolemment.
–              Ne joue pas avec moi Jaeden. Tu sais bien que je suis de ton côté, je suis juste en train de protéger ta carrière. J’ai ce mauvais pressentiment que tu es en train de glisser sur la mauvaise pente.

Le pire était de savoir que le directeur avait parfaitement raison. A l’instant même où il avait saisi mon dossier, il avait fait une grave erreur consciente ou inconsciente. Jamais il n’aurait du traiter mon cas, et aller aussi loin. Mais c’était maintenant trop tard et j’étais loin de vouloir m’en plaindre. Ne supportant plus que Jaeden soit ainsi attaqué, je frappai à la porte, trahissant ma présence.

–              Entrez ! Fit le directeur d’une voix énervée.

Retrouvant très vite mon visage froid et impersonnel, je rentrai, sans poser les yeux sur aucun des deux et allai m’asseoir sur le siège en face de Jaeden, attendant que notre rendez-vous commence, faisant par là comprendre au directeur qu’il n’avait plus rien à faire ici. Le directeur partit sans un mot, en fermant la porte. Jaeden qui était debout posa son regard sur moi, tentant de déceler quelque chose, mais il fit face à un mur. Je crois que ce fut à cet instant qu’il comprit que je ne serais certainement pas pareil que le soir lorsque j’étais avec lui. De toute façon, c’était au dessus de mes forces… Il finit par s’asseoir, puis prit mon dossier dans le tiroir, et commença à dire après un léger toussotement :

–              Comment te sens-tu aujourd’hui Ilian ?

Je me sentais mal à l’aise, même si je le cachais. Je n’aimais pas cette manière de s’adresser à moi, et la distance que cela instaurait entre nous.

–              Je… Commençai-je par dire alors que ma voix mourait déjà dans un silence.

Je n’aurais même pas su répondre à sa question, cela faisait longtemps que je ne me la posais plus. Semblant se rendre compte que je ne lui apporterais pas de réponse, il se reprit et finit par dire :

–              Bien, aujourd’hui, j’aimerais parler un peu de tes écrits.

Plantant soudainement mon regard  vide dans le sien, je ne pus m’empêcher de me tendre dans l’attente de la suite.

–              Depuis combien de temps est-ce que tu écris ? Me demanda-t-il.

Soulagé par cette question, je répondis assez brièvement :

–              Depuis que je suis arrivé ici…
–              Pourquoi est ce que tu écris ? M’interrogea-t-il.

Je n’aimais pas vraiment le ton que prenait notre entrevue. Le directeur semblait l’avoir remis à sa place. Mon cœur s’emballa à l’idée que peut être il ne viendrait plus le soir en plus de l’absence de nos repas.  De plus, il aurait pu m’interroger sur des milliers de sujets, pourquoi prenait-il le plus sensible ? Que voulait-il que je réponde à sa question ? Que c’était la seule façon pour moi de penser à autre chose qu’à tous les abus qu’Ewen m’avait fait subir et à l’enfer dont il avait teinté ma vie? Agacé et souffrant, je répondis sans montrer ma détresse :

–              A ton avis ?

Surpris, Jaeden ne répondit rien. Il sembla ensuite réfléchir à une réponse, puis après un silence, il finit par répondre :

–              Je… Je vois ça comme une sorte d’évasion pour toi…Tu crées des histoires pour sortir un peu de ton esprit…

C’était si joliment dit. Il n’avait pas totalement tort, mais dit comme cela, cela faisait penser à une théorie d’école. Cependant, je ne pouvais nier son effort…

–              Ilian… dit-il en changeant de ton. Est-ce que je peux… Est-ce que je peux lire tes cahiers ?

Ne m’attendant pas à cette question, mais connaissant parfaitement la réponse, je m’empressai de répondre :

–              Non !

Je ne voulais pas qu’il lise. Je ne voulais pas qu’il se sente encore une fois mal comme il l’avait été à la lecture de mon journal. Cette fois-ci, ce n’était pas pour moi que je le refusais, c’était pour lui, mais je n’allais certainement pas lui dire.

–              Voyons Ilian, rétorqua Jaeden en cachant mal sa colère. Ce n’est pas grand-chose, tu pourrais…
N’en supportant pas d’avantage, je répondis assez froidement, mais une lueur de détresse éclairant un instant mes yeux :
–              Non Jaeden ! Tu m’as promis de ne pas me poser de questions sur ce qui s’était passé et ces cahiers en font partie !
–              Je ne t’ai jamais promis que je ne chercherais pas à t’aider !

Je ne répondis rien. Jaeden se détourna et, tournant sur sa chaise, il regarda pas la fenêtre, boudeur. Il avait déjà eut beaucoup de moi. Je ne pouvais pas accélérer la cadence, il fallait qu’il y aille doucement.  Mes écrits n’étaient pas faits pour être lus par lui. Il avait déjà assez souffert par ma faute et je ne voulais pas l’entraîner dans la noirceur de mon être. Je souris tout de même malgré moi, voyant sa colère qu’il réprimait avec difficulté et la frustration qu’il avait du mal à évacuer. Combien j’aurais donné pour aller m’asseoir sur ses genoux et lui faire oublier d’un simple baiser, un instant tous nos problèmes. Sans se détourner de la fenêtre, Jaeden prit de nouveau la parole et d’une voix assez grave, il me confia :

–              Tu sais Ilian, quand j’ai écrit la lettre, je me suis senti soulagé d’un poids énorme. Tu n’as pas idée du bien que cela m’a fait.

Jaeden tourna sa tête vers moi, plongeant ses yeux dans les miens, attentif à ce qu’il était en train de me dire.

–              Quand j’ai su que tu l’avais lue, poursuivit-il, je ne me suis jamais senti aussi heureux.

A la pensée de cette lettre, mon estomac se tordit. Il laissa passer un temps, puis il enchaîna :

–              Même si c’est dur Ilian, il faut que tu trouves une chose à laquelle t’accrocher. Tu dois passer au dessus pour pouvoir avancer et acquérir ce quelque chose…

Le seul que je voulais, la seule chose qui me tenait encore en vie et qui aidait à faire battre mon cœur chaque jour : c’était celui qui se tenait en face de moi. Mais une ombre faisant partie de moi paralysait une bonne partie de mon être. Ce qu’Ewen m’avait fait subir… D’une voix faible, je baissai les yeux et je soufflai :
–              Je ne suis pas prêt à oublier…

Non, j’étais loin de pouvoir oublier Ewen et ce que j’avais subit par sa faute. Et j’étais encore loin d’oublier le meurtre qu’il m’avait poussé à commettre. La tête toujours baissée, j’entendis Jaeden me répondre :

–              J’attendrai le temps qu’il faudra Ilian.

Je saisis parfaitement le double sens de sa phrase. Alors que j’allais redresser la tête, le téléphone se mit à sonner. Jaeden sursauta et appuya rapidement sur une touche. Il dut certainement se tromper car le haut parleur s’enclencha et la secrétaire déclara d’une voix fluette :

–              Docteur Sadler, Hugo souhaiterait vous parler.

Mon cœur loupa un battement dans ma poitrine avant de s’élancer à un rythme endiablé. Mes sourcils se froncèrent et ce que j’avais ouvert à Jaeden se referma aussitôt, me cachant de nouveau, non sans quelques blessures plus profondes. Je me sentais trahi, une fois de plus, alors que j’étais en train de lui offrir une confiance aveugle.

Jaeden raccrocha presque aussitôt et déclara comme pris en faute :

–              Ce n’est pas ce que tu crois ! Ce n’était pas prévu, je te jure je ne sais pas pourquoi il est là !

Un regard noir de ma part suffit à le faire taire. Froidement, je me levai, soufflant que l’entretien était fini, avant de me lever et de quitter la pièce. N’étais-je pas entrain de raccrocher à une chose qui pouvait me faire chuter encore plus vite… ?

 

***

 

La journée fut à la fois très longue et bien trop courte. Melvin m’avait collé une bonne partie de la journée, mais avait fini par se calmer, me trouvant fortement désagréable. Je fis tout pour ne pas le recroiser alors que j’attendais le soir avec impatience. Tant de sentiments contraires se bousculaient en moi. Je voulais qu’il vienne, même si je lui en voulais terriblement. Etait-ce la jalousie qui de nouveau me rongeait ? Ou la peur de le perdre alors que rien n’était encore acquis ? Mon cœur battait toujours pour lui, bien plus qu’il ne le croyait, et les circonstances faisaient que je n’avais que lui… Je n’avais toujours pas retrouvé mon inspiration, et j’étais là assis sur mes couvertures, un livre ouvert sur mes genoux, et mes yeux refusant de se poser dessus plus de deux minutes.

C’est alors que la porte de ma chambre s’entrouvrit, laissant apparaître Jaeden avec un gros sachet en papier de Mac Donald dans les mains.
Levant la tête vers lui, je me détournai bientôt, faisant semblant de lire, alors qu’il installait le tout en silence sur mon bureau. Lui jetant quelques regards en biais, je vis qu’il avait pris bien plus qu’il ne serait capable de manger tout seul. Pourtant, il ne me proposa rien. Il se contenta de s’asseoir à mon bureau et de commencer à manger après s’être fait de la place.

–              Tu n’as pas faim ? Me demanda soudain Jaeden, sur un ton amusé.

L’odeur envahissait ma chambre, et n’ayant presque pas touché à mon plat ce soir il était indéniable que j’avais faim. Mon estomac me trahit d’ailleurs, lorsqu’un gros gargouillement arriva pile au bon moment, lui servant de réponse.

Seulement, je n’allais certainement pas me lever ou aller le rejoindre. Je n’avais toujours pas digéré le coup de téléphone de Jaeden, ayant du mal à faire confiance à ce qu’il m’avait dit. Semblant le comprendre, Jaeden se leva et vint s’asseoir à côté de moi sur le lit. Prenant une profonde inspiration, il m’avoua :

–              Hugo m’a invité au restaurant ce soir… Mais j’ai refusé.

Je le regardai, suspicieux, ne sachant comment réagir, jusqu’à ce qu’il ajoute, un sourire étirant ses lèvres :

–              Parce que j’avais quelque chose de mieux à faire.

Ne tenant plus, touché par ses mots, je passai mes deux bras autour de son cou et l’embrassai non sans un soupçon de timidité. Jaeden répondit à mon baiser sans la moindre hésitation, m’enlaçant tendrement, il m’attira à lui. Je réalisai qu’au fond de moi, j’avais peur… Hugo était libre, contrairement à moi. J’étais loin de pouvoir lui offrir ce qu’Hugo pouvait lui donner. De plus, je savais que Jaeden aimait cet homme. Perdu, je l’embrassai, devenant de plus en plus entreprenant, sentant cette peur sourde en moi monter : cette peur de le perdre. Alors qu’il était assis dos au mur, sans quitter ses lèvres, je passai une jambe de chaque côté des siennes, m’asseyant sur lui et le collant plus que nécessaire.

Jaeden ne refusait rien, sûrement agréablement surpris par une telle attitude de ma part. Ses mains finirent par s’insinuer sous mon t-shirt, caressant ma peau, approfondissant le baiser. Si je pouvais ignorer un court instant une autre forme de peur, brisé et abîmé par les années passées, celle-ci revint au galop lorsqu’il nous allongea sur le lit, comme pour être plus à l’aise. Légèrement au dessus de lui, je quittai ses lèvres un instant pour effleurer son visage de mes mains. Je n’avais que cela pour le retenir, et pourtant c’était une chose qui me demandait bien trop. Alors que je sentais les larmes me monter aux yeux, je les fermai et abaissai ma tête pour de nouveau l’embrasser, tentant de lui cacher mon état.  Mes mains tremblantes passèrent sous son t-shirt, réimprimant dans ma mémoire chaque parcelle de sa peau. Mon cœur battait bien trop vite, et ce n’était pas du au désir qui montait en moi. Jaeden aussi me touchait d’une manière impudique mais terriblement sensuelle. Malgré moi, j’y restais cependant sourd, me forçant à poursuivre, prêt à tout pour le garder. Voulant raccourcir au plus vite ce calvaire, je glissai ma main vers son pantalon, retenant avec beaucoup de difficultés un sanglot bruyant.
Soudain, Jaeden m’arrêta, comme s’il prenait conscience de mon état. Le regard fuyant, les larmes redoublèrent alors que j’étais immobile.

–              Ce n’est pas là peine Ilian…

Après un temps, il ajouta, comprenant la raison de mes agissements :

–              Il est hors de question que je recommence avec Hugo.

Alors que je m’écartais de lui, plus qu’honteux, Jaeden me redressa délicatement le visage en passant sa main sous mon menton afin que nos regards se croisent pour ce qu’il allait me dire par la suite :

–              Dans toute ma vie, j’ai été amoureux de deux personnes, et si je me remets avec la première, ce n’est pas pour tout gâcher…

Tendrement, il me prit dans ses bras, me laissant enfouir la tête dans son cou, pendant que je pleurais silencieusement. Il ne savait pas combien ses mots me touchaient. Après un bon moment passé ainsi, Jaeden finit par s’écarter de moi et me proposa de manger avant que le repas ne refroidisse vraiment. Silencieusement, nous mangeâmes, échangeant de temps en temps quelques regards. Plus le temps passait et plus une question me brûlait la gorge. Ne pensant d’habitude qu’à moi depuis quatre ans, je me rendais compte que je m’inquiétais pour lui. Après avoir fini de manger, Jaeden rangea tout en nettoyant soigneusement toute trace de son passage.  Assis sur mon lit, les genoux replié vers mon visage, les bras les encerclant, je finis par craquer et lui demander :

–              Jaeden… Est-ce que cette situation te fait souffrir ?

Jaeden se tourna vers moi, et me sourit avant de dire :

–              Bien sûr que non, sinon je ne serais pas là ce soir…

Peu convaincu par sa réponse, je n’ajoutai cependant rien, tandis qu’il venait s’allonger sur mon lit en disant qu’il avait trop mangé. Amusé, je m’allongeai à mon tour, me collant contre lui en ressentant le besoin tout comme lui me le montrait implicitement.

–              Qu’est ce qu’il s’est passé lorsque nous nous sommes quittés ? Finis-je par dire, ne parvenant à tenir ma langue.

Jaeden se tendit presque aussitôt, et me répondit en tentant d’avoir un ton détaché :

–              C’est une partie de moi que j’aimerais ne jamais te dévoiler Ilian…

Le cœur serré mais comprenant sa demande plus que quiconque, je laissai échapper :

–              Je suis désolé Jaeden, je n’aurais pas du te demander, ce qu’a dit ton frère aurait du me suffire.

A peine eusse-je terminé ma phrase que Jaeden se redressa et me regarda étrangement. C’est à ce moment là seulement que je me rendis compte de mon erreur. Jamais je n’aurais du lui parler de la visite de son frère mais maintenant c’était trop tard…

–              Pourquoi tu me parles de Kain ? Comment tu… ? Me demanda Jaeden complètement perdu.
–              Je… C’est que… Commençai-je à bafouiller.
–              Tu l’as revu ici ? Me demanda Jaeden, ayant apparemment peur de comprendre.
–              Non, c’est rien, oublie ce que j’ai dit, tentai-je tout en sachant que c’était peine perdue.
–              Ilian, ne cherche pas à me mentir à ce sujet, me demanda-t-il en ayant du mal à cacher sa colère.

Ne pouvant rien faire d’autre que lui dire la vérité, je finis par dire la tête baissée :

–              Il est venu me voir un matin…
–              Comment ça il est venu te voir ici ?

Je sentais la colère et l’agressivité monter, et je ne pouvais rien faire pour le calmer. Alors que j’acquiesçai, il me demanda aussitôt :

–              Quand ?

Ayant l’impression de suivre un interrogatoire de police, je répondis :

–              Deux jours après l’avoir vu avec toi en ville. Juste avant que Melvin ne te parle du cahier… Le matin.
–              Il est venu te voir pour quoi ! S’exclama-t-il, ne contenant plus rien du tout.
–              Pour me dire de te laisser en paix et de m’éloigner de toi…

Je pris une pause, les larmes aux yeux avant de poursuivre :

–              Il m’a supplié de ne pas te faire redescendre, de t’oublier. Il m’a dit que tout était de ma faute, il…

Je ne pus en dire plus, ma voix mourut dans un sanglot et je fermai les yeux. Malgré sa colère, Jaeden jura plusieurs mots grossiers sur son frère avant de me prendre dans ses bras et de me serrer très fort.

–              Ne fais pas attention à ce qu’il t’a dit Ilian.

Puis, il s’écarta de moi après un temps, se levant du lit, il me dit sans cacher sa rancune pour Kain :

–              Je vais aller le voir tout de suite, il va sérieusement regretter d’être venu te parler.

Le visage en larme, je le suppliai alors :

–              Non Jaeden, reste, s’il te plait… Ne me laisse pas seul ce soir.  Je… J’ai…

En réalité j’avais terriblement peur qu’il me laisse seul et que je refasse mes cauchemars, pourtant je me refusais à lui confesser les horreurs qui peuplaient toutes mes nuits :

–              Ne va pas le voir maintenant, il vaut mieux que tu te calmes…

En même temps j’attrapai sa main, lui lançant un regard apeuré.

–              J’irai demain soir alors, finit-il par céder.

Je ne fis aucun commentaire au sujet du fait que je devrais dormir seul le lendemain, même si je sentais mes entrailles se nouer.

–              Je ne peux de toute façon pas dormir ici tous les soirs. Promets-moi que tu n’insisteras pas, pour ne pas me rendre la tache plus difficile…

J’acquiesçai, avant de retourner dans ses bras, ayant la cruelle impression que je ne dormirais pas avec lui avant plusieurs jours. Après un baiser des plus tendres, nous nous couchâmes tous les deux sous la couverture. Pour une fois, ce fut Jaeden qui se colla à moi, comme pour s’excuser de ne pouvoir faire plus.

Fermant les yeux, je m’endormis assez rapidement, enivré de son odeur que j’imprimais dans mon esprit et bercé par sa respiration calme et régulière.

 

***

 

La journée s’était assez rapidement passée. Je n’avais toujours pas écrit un seul mot, mais j’avais lu et passé un peu de temps avec Melvin en salle de télévision. Il était maintenant environ deux heures du matin et j’étais allongé dans mon lit, seul. Je rechignais à fermer les yeux, même si la fatigue commençait à me prendre. Jaeden n’était pas venu du tout ce soir là, et je regrettais amèrement de lui avoir parlé de Kain. Comme promis cependant, je n’avais pas insisté pour qu’il reste. La fatigue finit tout de même pas l’emporter sur la crainte et je m’endormis peu de temps après, sans même m’en rendre compte…

 

Mes parents étaient venus nous rendre visite chez Ewen afin de voir comment je m’étais installé chez lui et si tout allait bien, ainsi que pour me voir un peu, m’ayant reproché de les éviter ces derniers temps. Loin de moi l’idée de leur en donner la raison. Nous avions fini de manger et nous étions tous dans le salon en train de boire un café et de parler un peu avant qu’ils ne rentrent. Ma sœur n’était pas là, prétextant qu’elle avait un devoir à rendre. Je ne m’en plaignais pas, cela faisait au moins cela de moins à supporter. Ewen et mes parents discutaient, ne semblant pas me demander de participer. Du moins, jusqu’à ce que j’entende le nom de Jaeden.

–              C’est vrai ça ! Ca fait un moment que tu n’es plus avec lui. Crois-moi Ilian, tu as fait le bon choix, dit ma mère en souriant.
–              Oui, confirma Ewen, ce n’était vraiment pas quelqu’un pour lui…

Ravalant mon indignation, je ne dis rien, de toute façon trop lassé et rabaissé pour faire quoi que ce soit. Je sentis mon père poser ses yeux sur moi, mais pour rien au monde je n’aurais croisé son regard. Continuant dans sa lancée, ma mère poursuivit :

–              Et puis cette cohabitation avec ton cousin, quelle excellente idée. Merci encore Ewen de l’accepter chez toi.
–              Oh vous savez, ce n’est vraiment pas grand-chose, répondit Ewen non sans hypocrisie masquée.

Si mes parents savaient, là, maintenant… Comment réagiraient-ils ? Ma mère me rirait certainement au nez et mon père me regarderait sévèrement, énervé de me voir sortir de tels mensonges. Etait-ce cela qui m’empêchait réellement de tout dévoiler ? Non. C’était le regard d’Ewen constamment posé indirectement sur moi.

–              Je trouve vraiment que ça lui réussit, poursuivit ma mère en parlant avec Ewen, ignorant maintenant ma présence.

Ils parlèrent encore un moment, tandis que je n’écoutais plus. Je finis simplement acte de présence, le regard dans le vide. La nuit était maintenant tombée depuis un moment, et mes parents finirent par se décider à sortir. Alors qu’Ewen et ma mère se dirigeaient vers la sortie, mon père m’attira soudain un peu à part.

–              Si quelque chose ne va pas, n’hésite pas à m’en parler mon garçon.

Je le regardai, interrogateur, surpris par ce regain d’intérêt à mon égard.

–              Ne t’inquiète pas papa, tout va bien, je me plais ici, dis-je en souriant pour me donner un peu de consistance.

Mon père sembla s’en satisfaire  et il me demanda ensuite

–              Est-ce que tu es vraiment heureux de cette séparation avec Jaeden ?

Il me fallut un temps pour arriver à articuler :

–              Oui…

Nous n’eûmes pas le temps de finir notre conversation que ma mère vint chercher mon père en lui demandant ce qu’il fabriquait. Après les avoir salués, je pris la direction de la douche, aspirant à un bain chaud avant d’aller me coucher pendant qu’Ewen rangeait avec soin, ne désirant aucune aide. J’espérais secrètement qu’il me laisserait en paix ce soir. Sans un bruit, le plus discrètement possible, j’allai m’enfermer dans la salle de bain, tentant de gagner un peu de solitude. Faisant couler l’eau en la réglant le plus chaudement possible, je me déshabillai en attendant avant de me plonger dedans, profitant de ses bienfaits. Me laissant aller à fermer les yeux, je tentai de ne penser à rien…

A peine dix minutes plus tard, je sursautai en entendant Ewen tourner la poigné et pester bruyamment sur le fait que j’avais fermé à clef. Etonnement cependant, il n’insista pas et ne me hurla pas de venir lui ouvrir. Ne pouvant qu’être méfiant, je décidai de prendre un peu plus de temps pour me laver, espérant ainsi qu’il évacue sa colère de me voir lui « résister » ainsi. Après une bonne demi heure, je me rendis en pyjama dans la chambre qu’Ewen me forçait à partager avec lui. Allumant la lumière, je fis un bond en le voyant étendu sur le lit, m’attendant complètement nu. Depuis combien de temps m’attendait-il ainsi dans le noir ?

–              Tu n’avais vraiment pas besoin de t’habiller… J’ai du t’attendre déjà assez longtemps.

Je fermai les yeux, me retenant de pleurer : non, il était loin de désirer un jour me laisser en paix et se lasser de moi…

 

 

J’ouvris les yeux en sursaut, légèrement rassuré de me réveiller avant la suite du cauchemar que j’étais en train de faire, bien qu’un souvenir amer de cette nuit là était encore parfaitement inscrit dans ma mémoire. Tremblant, je me redressai afin de me mettre en position assise, les jambes repliées sur moi et la tête cachée dans mes bras. La peur de revivre cela me nouait les entrailles et je n’avais personne pour me rassurer. A peine avais-je fermé les yeux que je sombrai dans d’horribles cauchemars. Sans Jaeden, je n’arriverais pas à dormir bien plus calmement, et après avoir goûté à la chaleur de ses bras, je regrettais amèrement de ne pas pouvoir le faire tous les soirs ou d’y avoir goûté. La plaie sur mon bras en train de cicatriser me démangeait atrocement, pourtant je ne la touchai pas, restant immobile, luttant contre le sommeil pour ne surtout pas m’endormir à nouveau.
La suite de la nuit se déroula ainsi. Mon cœur battait extrêmement vite, et j’étais épuisé.

L’infirmière vint me voir assez tôt, changeant mon pansement et me donnant mes cachets. Elle était assez silencieuse aujourd’hui, et ne m’adressa que quelques mots. Je ne cherchai pas à ce qu’elle m’en dise plus, satisfait que cela se déroule ainsi. Une fois que nous nous séparâmes, j’allai au réfectoire, m’asseyant à une table, seul. Je cherchai Jaeden des yeux, mais il ne semblait pas être là ce matin. Le regard du directeur était posé sur moi avec un air que je n’aurais su déterminer et je m’empressai de croiser son regard avec la froideur qui m’était impartie. Il finit par se désintéresser de moi et je plongeai toute mon attention dans mon bol de chocolat chaud. Perdu dans mes pensées qui ne se suivaient pas à cause de la fatigue due à l’absence de réel repos cette nuit, je ne vis pas Jaeden arriver, mais je m’aperçus de sa présence au moment où il posa son plateau en face du mien.

–              Ouf, j’ai cru ne jamais arriver pour l’heure du petit déjeuner, souffla-t-il avec un sourire à mon attention.

Mon regard croisa le sien avant de voir celui du directeur outré par l’attitude de Jaeden. Comprenant que le directeur était en train de nous regarder et qu’il était loin d’approuver ce que venait de faire Jaeden, celui-ci ajouta :

–              J’ai tout à fait le droit de manger avec toi Ilian, ne t’occupe pas de lui…

L’ignorant alors, je reportai mon attention sur mon petit déjeuner, lui cachant du mieux que je pouvais ma fatigue. Mais cela ne sembla pas marcher, car il me demanda peu de temps après, inquiet :

–              Tu as un petite mine… Est-ce que ça va ?

J’acquiesçai simplement, peu enclin à lui parler, mais je redressai la tête, lui souriant pour le rassurer. Jaeden y répondit et je retrouvai mon visage froid, ayant du mal à ne pas paraître autrement devant les autres.

–              Je crois que nous n’avons pas beaucoup dormi tous les deux… Conclut-il.

Nous déjeunâmes en silence, échangeant quelques paroles, Jaeden comprenant peu à peu mon attitude liée aux autres qui nous entouraient. Combien j’aurais donné pour me lever et aller lui voler un baiser ? Qu’aurais-je fait pour simplement me reposer dans ses bras ? Au lieu de cela, j’étais comme enchaîné, incapable d’être libre, honteux du statut qui m’était imposé : celui d’un fou meurtrier.

 

***

 

La suite de la journée s’était passée comme toutes les autres, il suffisait d’un regard de ma part pour que les autres me laissent en paix. Il était maintenant environ dix heures du soir et je me refusais à regagner mon lit pour aller dormir. Jaeden n’était pas venu, ou du moins pas encore. J’espérais au moins qu’il vienne me voir un peu. Mes yeux me brûlaient comme un signe précurseur du besoin de sommeil qui m’avait déjà fait cruellement défaut la nuit dernière. Il fallait que je me résigne et que j’aille dormir, Jaeden ne viendrait pas tout comme je n’écrirais pas une ligne ce soir. Refermant mon cahier, posant mon stylo, je me levai et après m’être étiré j’allai m’allonger dans mon lit, la peur au ventre. Je n’avais même pas le courage d’ouvrir un livre.

Alors que je m’apprêtais à éteindre la lumière, la porte de ma chambre s’ouvrit sur Jaeden. Me redressant en position assise, j’eus du mal à me retenir de l’accueillir avec un grand sourire.

–              Je viens juste te souhaiter bonne nuit avant de rentrer chez moi, dit-il en refermant la porte derrière lui. J’aurais bien aimé venir plus tôt pour passer plus de temps avec toi, mais j’ai travaillé sur le dossier de mon nouveau patient et je n’ai pas vu l’heure.

Mon sourire s’effaça presque aussitôt, ce qui fut loin de passer inaperçu.

–             Ilian… Dit-t-il en riant.

Sans un mot de plus, il s’assit sur mon lit et m’attira tout contre lui, son souffle chaud dans mon cou me faisant frissonner. Après un court instant, il chuchota à mon oreille :

–              Je ne pouvais pas partir sans avoir goûté à tes lèvres…

Malgré la légère colère que j’éprouvais contre lui et la jalousie qu’il ait préféré étudier un dossier plutôt que venir me voir, un faible sourire se dessina sur mon visage. Avec une tendresse inégalable, il m’écarta légèrement de lui, et tenant mon menton du bout des doigts, il finit par recouvrir mes lèvres des siennes, en un baiser si doux qu’il m’apaisa bien plus que je ne l’aurais pensé. Comment avais-je pu me passer de lui, de sa douceur et de son amour qu’il ne m’avait jamais dévoilé ?

Ce fut à contre cœur que notre baiser prit fin. Je me laissai aller dans ses bras, profitant de cette étreinte, sachant qu’elle ne durerait pas.

–              Je ne peux pas rester plus longtemps, souffla Jaeden  avec douceur, après quelques minutes.

Niant ce qu’il me disait, je raffermis mon étreinte, sachant pertinemment que c’était peine perdue. Je le sentis embrasser mon front, puis me repousser fermement mais avec délicatesse.

–              Crois-moi Ilian, si je pouvais rester, je le ferais…

Comprenant qu’il avait une situation tout aussi pénible que la mienne, je baissai les yeux et me résignai à le laisser partir. Il déposa un dernier baiser sur le coin de ma lèvre et se leva.

–              Bonne nuit Ilian, essaye de te reposer, tu sembles en avoir vraiment besoin.

Aurais-je pu le retenir en lui parlant de mes terreurs nocturnes qui recommençaient inlassablement au moment où je fermais les yeux ? Je n’en fis cependant rien. Il partit après un dernier regard, me laissant seul dans l’obscurité. Soumis, je m’allongeai dans mon lit tentant de faire ce qu’il m’avait conseillé, espérant avoir une nuit de paix. Je luttai malgré tout pour ne pas fermer les yeux. Ce combat dura longtemps, mais la fatigue finit par l’emporter après plusieurs heures. Mes yeux se fermèrent et je m’endormis sans même m’en rendre compte…

 

Coupable… Ce mot ne cessait de raisonner dans ma tête alors que le jury venait de prendre sa décision. Je les voyais tous, le regard figé sur moi, ne voyant en moi qu’un homme ayant perdu la raison. Ma mère avait enfoui son visage dans les bras de mon père qui lui chuchotait des mots que je ne pouvais entendre. J’allais être interné dès ce soir. Cet interminable procès était enfin fini, et je ne voyais que dans ce verdict l’occasion de me reposer enfin et de me faire oublier de tous ceux qui parcouraient le monde extérieur. Le tribunal commençait à se vider, seuls mes parents restaient assis sur leur banc, alors que l’on venait me chercher pour m’amener dans un lieu d’où je ne sortirais jamais. Soumis, je les suivis, passant devant mes parents et ma sœur sans oser poser les yeux sur eux. Comment avaient-ils pu supporter ce procès et le nouveau visage que je m’étais donné ?

Alors que nous allions sortir, j’entendis mon père crier mon nom avec une violence que je ne lui avais jamais connue. Je me retournai, surpris, pour voir son visage dont les larmes attestaient que sa colère contre moi le rongeait. Etonnamment, les gardes postés tout autour de moi le laissèrent arriver à mon niveau, comme pour offrir à un père le droit de dire au revoir à son fils. Savaient-il seulement que ce n’était pas réellement ce qu’il comptait faire ? Quoi de pire que de voir son père ainsi, juste devant soit, pleurer par ma faute…

Arrivé à ma hauteur, il inspira profondément avant de me cracher à la figure, les larmes aux yeux :

–              Comment as-tu pu nous faire ça ?!! Dis-moi comment Ilian ! Par ta faute je n’ose même plus regarder mon frère en face. Tu m’écœures Ilian ! J’ai toujours cru en toi, je t’ai toujours approuvé dans ton orientation. Mais le résultat… Tu as tué un homme, qui plus est ton propre cousin ! Tu me dégoûtes !

Il fit une pause, ne supportant pas le visage sans expression que je lui renvoyais, avant d’ajouter :

–              Je préfère ne jamais savoir pourquoi… Dit-il plus bas, avant de murmurer juste pour moi : Je ne veux plus jamais te revoir ! Tu ne mérites pas d’être mon fils ! Tu as détruit notre famille…

Si je ne laissais rien paraître à l’extérieur, mon cœur hurlait de douleur, priant que cela prenne fin. Sa main se leva dans les airs, s’apprêtant à me frapper, mais un des policiers l’intercepta, lui intimant de se calmer et me laisser. Mon père se contenta alors d’un regard haineux envers moi, avant de retourner vers sa famille, famille dont je ne faisais plus partie, prenant ma sœur et ma mère dans ses bras.

Agonisant sous cette vision et sous ces mots terriblement violents, je m’effondrai sur le sol inconscient dès que j’eus passé la porte du tribunal…

Mes yeux s’ouvrirent d’un coup. J’étais tremblant, les larmes inondaient mes yeux, mes ongles étaient plantés dans ma plaie à travers le pansement qui recommençait à saigner. Etait-ce cette douleur qui m’avait réveillé, m’empêchant de continuer à plonger dans mes souvenirs ? Replié sur moi-même, j’avais énormément de mal à respirer, épuisé par ce schéma qui ne cessait de se répéter. Prenant sur moi, j’inspirai profondément, non sans difficulté, tentant de ramener le calme en moi. Nerveusement, je finis par tendre le bras vers le livre que m’avait offert Jaeden et dans lequel j’avais glissé notre photo.  Jaeden n’était pas là, mais le souvenir de mon passé avec lui pourrait peut être le remplacer partiellement. Sans cela, je sentais que je ne parviendrais pas à me calmer. Les yeux embués, j’avais du mal à voir la photo, mais je la connaissais par cœur. Oublier les paroles de mon père et cette scène au tribunal. Un spasme me secoua lorsque l’image de mon père levant sa main sur moi s’imposa à mon esprit. C’est avec une force dont je ne me serais jamais cru capable que je me concentrai uniquement sur le souvenir que je désirais…

C’était le soir de mes 18 ans, et Jaeden avait organisé une grande fête avec plein d’amis en mon honneur. Il était maintenant pas loin de onze heures du soir, et j’étais allé m’asseoir sur un banc à l’extérieur, en ayant assez de faire semblant d’être ravi. Je n’osais pas le dire à Jaeden, mais j’aurais mille fois préféré une soirée en tête à tête. J’étais loin d’être à l’aise dans ce genre de fêtes, même si j’étais très touché par son geste. Allumant une cigarette, je me laissai aller contre le dossier, tentant de passer outre ma déception. Kain choisit ce moment là pour sortir me rejoindre sur la terrasse de leur appartement, s’asseyant à mes côtés.

–              Qu’est ce qui ne va pas Ilian ? Me demanda-t-il, se rendant compte que mon état enjoué que je m’étais efforcé à avoir m’avait quitté.
–              Je… Articulai-je, avant de me jeter à l’eau. Ce n’était pas le genre de soirée surprise à laquelle je m’attendais. Tout ce monde, c’est…
–              Tu aurais préféré être seul à seul avec lui petit vicieux, dit-il en se moquant de moi.

Je virai au rouge, tournant le regard, étant très loin d’être à l’aise sur ce genre de sujet. Kain posa sa main sur mon épaule et déclara plus sérieusement :

–              Tu sais Ilian, Jaeden a voulu te faire plaisir, mais il ne sait pas s’y prendre. Mais laisse moi te donner un conseil, tu devrais remettre ton jugement à plus tard car peut être que ce n’est pas la seule surprise qu’il t’a préparée, finit-il avec un petit sourire.

–              Comment ça ? Demandai-je intrigué.
–              Tu verras, déclara Kain. Bon je te laisse, Jaeden arrive.

En effet, celui-ci approchait de moi alors que j’écrasais ma cigarette dans un cendrier posé près du banc.

–              La fête te plait ? Me demanda-t-il arrivant à ma hauteur avant de me tendre les mains, m’invitant à me lever pour rejoindre l’espace de ses bras.

Sans me faire prier, j’acquiesçai avant de rejoindre ses lèvres pour éviter qu’il s’attarde sur mon piètre mensonge.

La fête termina vers deux heures du matin, me retrouvant dans l’appartement de Jaeden, assis sur le canapé avec lui. Kain était parti dormir chez sa petite amie, nous laissant l’appartement. J’étais impatient de découvrir l’autre surprise dont m’avait parlé Kain, même si je n’en avais pas décroché un mot à Jaeden. Après avoir déposé un baiser sur le coin de mes lèvres, Jaeden se sépara de mon étreinte, et déclara en se levant :

–              On rangera demain matin… J’ai d’autres choses de prévues pour finir la soirée… Dit-il d’une voix lourde de sous-entendus.

Ne pouvant m’empêcher de rougir, je saisis la main qu’il me tendait, le suivant ensuite jusqu’à sa chambre. Arrivé à la porte, il l’ouvrit et m’invita à passer le premier. Intrigué et curieux, je pénétrai dans la pièce, sursautant lorsqu’il alluma la lumière. J’eus la surprise de découvrir sur son lit une série de cadeaux consciencieusement empaquetés dans du papier décoré.

–              Jaeden, m’exclamai-je. Il ne fallait pas !

Placé juste derrière moi, les deux bras enlaçant ma taille, il me murmura à l’oreille me faisant frissonner de bien être :

–              Si tu allais les ouvrir au lieu de dire des bêtises.

Alors que je m’approchais du lit, Jaeden ajouta avec un sourire:

–              Juste une chose avant que tu commences, ces cadeaux sont en lien avec mon départ dans quelques semaines.

Mon cœur se serra. Dans trois semaines et ce pendant deux mois, Jaeden allait faire un stage d’été loin d’ici pour favoriser ses chances d’entrée dans l’école qu’il désirait. Ne désirant apparemment pas me voir triste, il s’assit sur le lit et me tendit le premier cadeau, un paquet de taille moyenne :

–              Tiens, commence par celui-ci, dit-il encore plus impatient que moi.

J’ouvris nerveusement le paquet, les mains fébriles. Quelle ne fut pas ma surprise de découvrir une webcam.

–              Pour qu’on puisse se voir et non pas simplement se parler sur MSN.

Ses derniers mots furent accueillis par un baiser accompagné d’un grand sourire. J’eus à peine le temps de le remercier qu’il m’en tendit un autre, une petite boîte cette fois-ci.

–              Jaeden, un seul cadeau aurait amplement suffi.
–              Chut ! Ouvre !

Docilement, j’ouvris le paquet pour découvrir une carte, quelques billets de train, son numéro de là-bas, et quelques autres documents sur la ville.

–              Je compte bien que tu viennes me voir, dit-il avec un sourire encore plus expressif.

Cette fois-ci je lui sautai au cou, le remerciant et lui murmurant combien je l’aimais. Il restait maintenant un paquet sur le lit, et il me força bien vite à l’ouvrir avec un ton autoritaire qui me fit rire. Quelle ne fut pas ma surprise de voir un appareil photo numérique. Je ne pus que m’exclamer :

–              Jaeden ! C’est… C’est bien trop… Il…
–              Tu voulais une photo de nous deux depuis longtemps et je te l’ai toujours refusé. Je me suis dit qu’elle t’aiderait à tenir.

Il ne m’en fallut pas plus pour me jeter aux lèvres de Jaeden, le remerciant comme je pouvais avec ce que je pouvais. Il venait de m’offrir bien plus que je ne l’avais jamais espéré. Après cet échange qui le laissa hagard, je m’empressai d’ouvrir l’appareil et de le mettre en marche. Jaeden me regardait, apparemment impatient de passer à autre chose de plus sérieux, l’appétit certainement aiguisé par mon baiser.

Je regardai cette photo que j’avais réussi à prendre de nous, malgré l’insistance de Jaeden pour passer à autre chose. Je me souvins le rouge aux joues de la nuit d’amour qu’il m’avait fait vivre cette nuit, et cette étreinte passionnée que je n’avais plus connue dans les bras d’Ewen. Serais-je seulement capable d’avoir assez confiance en lui pour revivre ce qu’il m’avait fait vivre tant de fois ?

Je ne dormis pas cette nuit là. Incapable de fermer l’œil, je me contentai de penser à Jaeden, son souvenir masquant d’autres plus récents.

L’infirmière me trouva dans cette position le matin, les ongles encore plantés dans ma plaie sanguinolente comme pour me permettre de rester éveillé.

–              Ilian, s’exclama-t-elle, apparemment en colère avant de refermer la porte. Tu commençais à réellement cicatriser ! A quoi ça te sert de te faire du mal comme ça, hein !?

Au regard d’animal effrayé et blessé que je lui envoyai alors, elle n’ajouta rien, se contentant de sortir le nécessaire pour me soigner. Elle le fit sans cacher son agacement et son exaspération. Une fois qu’elle eut terminé, elle m’ordonna, sans se soucier qu’elle m’annonçait une nouvelle qui me noua les entrailles :

–              Dépêche-toi de te préparer et de te faire présentable, ton père est venu tôt ce matin, il veut te voir.

Je dus devenir très pâle, mais l’infirmière s’en moqua, me laissant seul dans la chambre le temps que je m’habille dans ces éternels vêtements à manches courtes qui ne cachaient pas mon bandage et dont je devrais imposer la vue à mon père.

Mon père…Depuis combien de temps ne l’avais-je pas revu ? Je me souvenais parfaitement de ses quelques visites qui avaient été par le passé un vrai supplice. Abattu et terriblement anxieux, je finis par sortir de la chambre, sentant au plus profond de moi que cette visite ne présageait rien de bon.

Je fus rapidement installé dans la salle de visites, attendant très mal à l’aise que mon père soit autorisé à venir. J’attendis un moment qui me parut monstrueusement long. Mes doigts s’entortillaient tandis que mon cœur battait extrêmement vite. L’infirmière qui attendait avec moi commençait à s’impatienter, ce qui était loin d’être mon cas. Cette visite impromptue et inattendue me mettait dans un état de stress auquel je n’aurais jamais cru.

–              Bon je vais voir ce qui se passe, finit par dire l’infirmière en se dirigeant d’un pas décidé vers la porte d’entrée des visiteurs.

La vision qui s’offrit alors à mes yeux à l’entrée de cette porte me fit chuter de tellement haut que je ne parvins pas à me rattraper, me sentant irrémédiablement tomber dans un précipice vertigineux. En face de moi se tenait mon père, posant sur moi un regard furieux. A sa droite, se tenait Jaeden, et en face de celui-ci le directeur, dans un état semblable au père, regardant Jaeden avec une déception qui ne portait pas de nom caché sous sa colère. Cette histoire trouvait donc ici à sa fin… Je ne survivrais pas à cette séparation qui allait être inévitable. Mes yeux restèrent rivés sur l’homme que je ne verrais sûrement plus jamais, alors qu’il était le seul dont j’avais besoin. Ce que nous avions craint ensemble venait de se produire. Une larme coula sur ma joue, une larme annonciatrice de tant d’autres lorsque je serais seul. Ce petit souffle d’espoir que Jaeden avait réussi à m’insuffler me quittait pour le laisser dans une fatigue sans nom, fatigué de cette vie qui ne finirait jamais de me torturer, fatigué de ce cauchemar qu’était ma vie et qui n’en finissait pas…

Nothing to prove – Chapitre 7

Chapitre 7 écrit par Mai-Lynn

 

Mon corps me faisait mal. Et ma tête. Un soupir passa mes lèvres alors que ma main vint se poser sur mon visage. A chaque fois je me disais qu’il fallait que j’arrête, pourtant je recommençais. Pourquoi retournais-je toujours dans ces conneries ?!? Il ne fallait plus que je boive, je le savais pourtant. Mais j’avais mal au coeur, et je voulais oublier. Doucement, je me tournais pour me mettre sur le côté, mais brusquement je glissais, et tombait sur les fesses. Cette chute acheva de me réveiller.

Mon regard se posa alors sur le décor, qui n’était pas du tout celui de mon appartement. C’est alors que je le vis, là, recroquevillé sur lui même. Ilian se trouvait dans le coin de la pièce, allongé sur le sol. Je pouvais voir sa poitrine monter et descendre au rytme d’une respiration plus ou moi soutenue. Pourquoi étais-je venu ici ?

Je deplaçais alors mes pieds dans le but de me lever, mais ceux-ci firent tomber une bouteille de vodka. Au bruit que fit le verre sur le parquet, tout me revint en mémoire. Tout. Absolument tout.

Mais qu’est-ce qui m’avait pris ? Parler de ce que je ressentais à Ilian ?!? A mon patient ?!? Il fallait que je me ressaississe. Bien sûr que non je n’étais pas jaloux. C’était totalement absurde. J’étais juste…Perturbé. Je venais de quitter l’homme que j’aimais…En plus d’être pathétique, je n’étais qu’un menteur…

Un deuxieme soupir sortit de mes lèvres et je me relevais, posant la bouteille de vodka. Puis mon regard s’attarda une nouvelle fois sur Ilian, je ne pouvais le laisser ainsi. Il avait dormi toute la nuit sur le sol et je m’en voulais. Doucement, je passais derrière lui et le pris dans mes bras. Je constatais avec horreur que j’arrivais à le porter sans difficulter. Il était devenu bien trop maigre, et cela me faisait peur. Lentement, je le posais sur son lit, rabattant les couvertures sur lui. Je ne pus m’empécher de m’assoir à ses côtés, et ma main trouva bien vite sa place dans sa tignasse ébène. Comme avant. Lorsqu’il dormait, il ressemblait beaucoup plus à l’Ilian que j’avais connu. Ses traits étaient détendus, et il semblait paisible. Sans m’en rendre compte, mon autre main, se mit à caresser tendrement son visage. Sa peau était douce, comme avant. Un sourire étira mes lèvres alors que je me rapellais un jour où nous nous étions encore une fois disputé. Comme d’habitude, je n’en faisais qu’à ma tête, et je le blessais. Comme d’habitude, au bout d’une heure il me manquait, et j’allais le trouver chez Ewen, je lui offrais ses bonbons préférés, mais jamais je ne lui faisais d’excuses. Tout passait par les gestes. Je n’avais jamais de mal à le faire céder, il suffisait que je m’approche de lui, et que je frôle ses lèvres. Je ne l’embrassais pas, mais je le sentais immédiatement ouvrir les siennes…Comme maintenant.

Quoi ?!? Immédiatement, je me redressais, me gifflant mentalement pour m’être aussi égaré. Je ne devais pas encore être remis de ma cuite…Je me levais, mettant la bouteille de vodka dans ma veste afin que personne ne la voit. J’entrais en toute vitesse dans mon bureau et planquait la bouteille dans un des placards. C’est avec soulagement que je m’asseyais sur mon siege, mettant immédiatement mes pieds sur la table. Il ne m’en fallut pas bien longtemps pour me rendormir…

Je marchais dans la cour, seul. Je venais de finir ma journée et j’étais exténué. Je ne souhaitais qu’une seule chose, retrouver Ilian et rentrer chez moi. Je lui avais dis qu’il pouvait dormir chez moi, encore une fois je n’avais pas résisté à son regard de chien battu. Je savais que ça n’allait pas avec ses parents, même s’il n’aimait pas trop en parler. Je me dirigais vers la sortie, mais alors que je contournais un batiment, je me figeais immédiatement. Devant moi se trouvait Ilian. Il ne m’avait pas vu, et j’en profitais alors pour regarder la scène. Il était accompagné par un garçon que je n’avais jamais vu. Il était grand et roux, les cheveux mi-longs. Il portait l’uniforme du lycée, et je devais avouer qu’il était vraiment pas mal. J’aurais peut-être pu devenir ami avec lui, comme Ilian, mais pourtant, lorsque je le vis tendre le bras pour allumer la cigarette de mon amant, mon sang ne fit qu’un tour. Je sentis mes poings se serrer et mes sourcils se froncèrent. Je vis alors Ilian lui faire un petit sourire géné… Ce même sourire qu’il ne devait offrir qu’à moi…

Sans vraiment réfléchir, j’avançais à grand pas, vers eux, les poings toujours sérrés. Je m’efforçais de rester naturel, même si l’envie de botter ce rouquin me démangeait. Ilian m’aperçut alors et un sourire resplendissant illumina son visage. C’est dans ses moments là que je ne pouvais m’empécher de penser que je sortais avec un pur canon…Depuis un an maintenant. Un an dans une semaine. Cela me faisait bizarre, jamais je n’étais sortis autant de temps avec la même personne. Je savais pas vraiment ce qui m’arrivait, la seule chose que je savais, c’était qu’il était hors de question de le laisser à quelqu’un d’autre.

J’arrivais à leur hauteur, et je pris immédiatement Ilian part la taille. Je pus immédiatement remarquer les rougeurs qui commençaient à apparaître sur ses joues, et dans un sourire, je l’embrassais, montrant bien au rouquin qu’il était avec moi.

Je détestais lorsqu’il fumait, car je le trouvait trop jeune, et que ça n’a servait vraiment à rien, Pourtant, lorsqu’il fumait, et que je l’embrassais, j’adorais ses baisers. Ils étaient d’un autre goûts, et me poussaient toujours à en vouloir plus. J’avais remarqué qu’Ilian l’avait compris, il suffisait de voir les moments où nous n’étions que tous les deux. Je trouvais ça mignon car même après un an ensemble, il n’osait pas me dire qu’il avait envie de moi. Je voyais souvent, lorsque je sortais de la douche, son regard glisser sur moi. Je m’amusais alors à faire des gestes agichants, et je le voyais avaler difficilement sa salive et prendre son paquet de cigarettes et en allumer une. Je comprenais alors qu’il me voulait, et qu’il savait que le goût de sa cigarette m’exitait.

Je revenais à la réalité lorsqu’Ilian mit fin au baiser. Son visage était completement rouge, et je ne pus m’empecher de rigoler légèrement. Puis je me tournais vers son ami, retrouvant un visage froid.

– Jaeden c’est Ryan, il vient d’arriver dans ma classe. Me fit Ilian, regardant le roux. Ryan, c’est le garçon dont je t’ais parlé tout à l’heure, mon…

– Son petit ami ! M’exclamais-je, le coupant, tout en levant une main vers lui.

Le prénommé Ryan parut surpris mais ne dis rien et serra ma main. Il passa alors une main dans ses cheveux, à la façon play-boy, puis il remit son sac sur son dos.

– Bon je vous laisse, à demain Ilian. Nous dit-il, avant de se retourner pour sortir du lycée.

Je le regardais partir d’un mauvais oeil, mais la voix d’Ilian me surprit.

– Il est sympa hein ! Fit Ilian, un grand sourire aux lèvres.

– Ouais, si on veut. Fis-je, en haussant les épaules.

Je me retournais alors et commençais à marcher sans l’attendre. Je ne sais pas pourquoi mais j’étais enervé.

– Jaeden attends moi !! S’écria Ilian, ramassant son sac, et courant pour me suivre. T’es pas sympa…

Je me retournais alors le regard noir.

– Si t’es pas content tu n’as qu’à aller voir ton Ryan ! Si tu cours, tu pourras sûrement le rattraper ! Répliquais-je, la voix froide.

Mais alors que je pensais le voir les larmes aux yeux, un énorme sourire étira ses lèvres. Un sourire qui m’agaça.

– Pourquoi tu souris comme un con ? Fis-je , d’une voix dure

– T’es jaloux ?!? S’exclama-t’il, joyeux.

– N’importe quoi !

Ne supportant pas de voir ce sourire sur son visage, je me retournais et repris ma route. Je l’entendis alors éclater de rire, et me suivre en courant, attrapant ma main au passage. Je ne fis rien pour l’en empécher, pensant qu’il arrêterait là la discution. Mais il n’était pas décidé à lacher l’affaire.

– T’es mignon quand tu es jaloux…Murmura-t’il, m’embrassant sur la joue.

– Mais je suis pas jaloux ! Tu peux bien coucher avec n’importe qui, je m’en fous alors arrête maintenant ! M’écriais-je, lachant sa main.

Il me lança alors un regard blessé, un regard que je ne voulais pas reçevoir et qui me serra le coeur.

– T’es vraiment blessant… Soupira-t’il avant de reprendre sa marche, baissant la tête.

– Ilian attend ! Criais-je, déçu par ce que je venais de lui dire.

Mais il ne se retourna pas, et continua son chemin. Soupirant, m’en voulant atrocement, je le suivis jusqu’à mon arret de bus. Il s’installa contre la paroi en verre et mit ses mains dans ses poches. Immédiatement je me mis devant lui, le prenant dans mes bras. Mon visage vint se loger dans son cou. Je connaissais tous ses points sensibles et immédiatement je le sentis frissonner.

– Tu me fais la geule ? Demandais-je, embrassant son cou.

Il ne répondis rien, restant de marbre.

– Ok… Tu me fais la geule…  Mais tu viens quand même m’attendre sous mon abris bus… Dis-je, rigolant légèrement.

Il me repoussa alors vivement et voulut partir, mais je le retins, callant ma jambe entre les siennes. Il me lança un regard noir, et j’y répondis par un sourire en coin. Il ne le tint pas et détourna son regard.

– J’avoue, j’ai fais le con, t’es content ? Fis-je embrassant sa joue.

– T’es jaloux ou pas ? Me demanda-t’il, la voix tranchante.

– Ça change quoi ?

– Tout.

Je soupirais, lui montrant qu’il m’énervait. Je n’aimais pas lui montrer mes sentiments, surtout lui montrer que je n’aimais pas que les autres garçons s’approche de lui. Je me mis alors à côté de lui, le lachant.

– ok. Je suis jaloux. Mais c’est de ta faute ! Lui reprochais-je, mettant à mon tour mes mains dans mes poches.

Il vint alors se mettre sur moi, ce grand sourire qui m’agaçait tant, aux lèvres.

– J’en prend l’entière responsabilité ! S’exclama-t’il, amusé.

Je lui fis une grimace puis je passa ma main dans ses cheveux, rapprochant son visage du mien. Du bout des lèvres, je laissais mon souffle le caresser. Je le sentis sourire, puis essayer de m’embrasser, mais je reculais la tête, jouant avec lui. Il me tira la langue puis rapprocha plus vivement son visage, et il réussit à me prendre par surprise. Nos langues se mélangèrent immédiatement, et mes mains passaient sous sa veste. Je sentis le goût du tabac, ce goût que j’aimais tant chez lui. Dans un sourire, je mis fin au baiser, et me collais à lui, afin qu’il sente que j’avais envie de lui.

– Je suis sûr que tu as fait expres de fumer juste avant que j’arrive…Dis-je, avant de l’embrasser une nouvelle fois…

Je me réveillais alors en sursaut, me rendant compte qu’encore une fois mes pensées étaient tournées vers Ilian. Je me rasseyais sur mon siege et passais un main sur mon visage. J’étais las de ce que ma vie était devenu. Il y avait à peine un mois, j’avais la vie la plus parfaite qu’un homme puisse souhaiter, et maintenant…

Un soupir passa le barrage de mes lèvres et dépité, je pris le dossier d’Ilian, dossier que je n’avais toujours pas terminé. Je sentais la fatigue de cette cuite me prendre peu à peu, et je me demandais comment je pourrais bien finir la journée, surtout avec l’entretien d’Ilian qui allait se faire dans quelques minutes.

Alors que j’ouvrais mon tiroir pour y sortir une trousse pleine de crayons, mes doigts touchèrent une boite de DVD. Mon regard se voila alors que je me rapellais que c’était un film que voulait voir Hugo à tout prix. Il m’en avait tellement parlé, que j’avais fini par céder. Nous n’avions même pas pu le regarder ensemble.

Quelques coups à la porte me firent me replonger dans le dossier d’Ilian. Je relevais la tête alors que la personne entrait, et je découvrais Ilian, qui se trouvait devant moi. Immédiatement les souvenirs de la veille me revinrent en mémoire, et je tournais la tête, lui mumurant un simple « Bonjour » puis l’invitais à s’assoir. J’avais encore ce mal de tête atroce, et cela mélangé à tous ses souvenirs me donnaient des hauts le coeur violent.

Il n’arretait pas de me fixer, y prenant un malin plaisir sûrement. Je devais être affreux, avec un teint plus pâle que jamais. Son regard transperçant, me genait, même si j’essayais de le cacher. Aujourd’hui, je n’étais pas de taille à lutter, et je lui fis comprendre en refermant son dossier, un peu trop brusquement sûrement.

D’une voix mal assurée, je decidais maintenant de mettre un trait sur les évènements de la veille. J’espérais seulement que lui aussi serait d’accord :

– Je… Je m’excuse pour ce qui s’est passé hier soir… Ca… Cela ne se reproduira pas. Et… Je suis désolé… J’ai vraiment tout oublié, je ne me souviens de rien. Alors on oublie tous les deux d’accord ?

Je mentais. J’étais un pitoyable menteur, et j’étais sûr qu’Ilian avait deviné. Mais il ne laissa rien paraître, continuant de me regarder de la même façon. Même si tout ce que je lui avais dit était vrai, il ne fallait pas qu’il le sache. Je ne devais pas être jaloux, surtout pas. C’était mon patient. Rien que ça.

– Bon, poursuivais-je, ne tenant pas compte de son silence. Je suis vraiment trop fatigué, et je n’ai aucune envie de commencer ma journée par une dispute, alors… Je te propose de regarder un film. Nous faisons notre rendez-vous, il n’est pas spécifié ce que nous devons faire, alors je pense que ça ne dérange personne.

J’avais eu l’idée quelques secondes avant. Je ne savais pas si cela allait lui plaire mais je ne voulais vraiment pas me disputer avec lui, au risque que nous reparlions de ce qu’il s’était passé hier. Je sortis alors le DVD de mon tiroir et posais la boite sur la table, afin qu’il lise le résumé s’il le souhaitait.

Je n’attendais pas vraiment sa réponse, sachant pertinement que c’était peine perdu. Je mis le CD dans l’ordinateur, et tournait l’écran afin qu’il puisse le regarder avec moi. Après avoir mis en route le film, je m’installais confortablement sur mon fauteuil. Du coin de l’oeil, j’observais Ilian faire de même. Le film débuta, et je laissa mon esprit s’égarer dans le sénario. Cependant, plus je regardais ce film, plus la suite me semblait logique, comme si je l’avais déjà vu. Pourtant, je n’arrivais pas à me rappeler quand…Sans vraiment m’en rendre compte, je me mis à parler :

– J’ai l’impression d’avoir déjà vu ce film… Dis-je, me redressant sur mon fauteuil.

– Notre permière sortie au cinéma.

La voix d’Ilian avait été froide et tranchante, et ce fut alors une immense gène qui m’envahit. Comment avais-je pu oublier ce détail ? Moi qui voulait que nos relations restent strictement professionnelles, je ne cessais de faire boulettes sur boulettes.

– Ah oui… Excuse moi… Répondis-je, le regardant géné.

– Ce n’est pas la première chose que tu oublies.

Je ne répondis rien à cette phrase cinglante. Il avait raison, et je comprenais l’amertume qu’il ressentait pour moi. Je détournais alors le regard, et le reposais sur le film, dont je me rapellais tres clairement la fin. Le reste de l’heure se passa sans encombre, aucun de nous deux ne parlait. Le générique de fin fit son apparition, et je me redressais pour éteindre la video. C’est à ce moment que j’entendis la vois d’Ilian, et ce qu’il me dit me fit sursauter, ne m’y attendant pas du tout.

– Qu’est-ce que c’est que cette histoire avec Melvin ?

Je restais un moment à le regarder sans vraiment comprendre, puis le souvenir de mes dernières paroles me revint, et détournant les yeux je lui répondais.

– Je ne vois pas ce que tu veux dire ?

Son regard se fit alors plus foudroyant que d’habitude, et je compris qu’il ne me lacherait pas. Je me sentis alors soudainement triste. Je ne pouvais empêcher ce sentiment de me ronger. Je ne savais pas pourquoi, mais l’idée même qu’Ilian soit avec quelqu’un d’autre m’ennuyait.

– Excuse moi Ilian, je te reproche de te méler de ma vie alors que je fais la même chose. Dis-je d’une petite voix.

Mon portable se mit alors à sonner et immédiatement je le pris en main. Je pus lire le nom de Hugo sur l’écran et mon coeur se serra à nouveau. Dans un soupir je raccrochais immédiatement, ne souhaitant pas parler avec lui, d’autant que je travaillais. Ilian se mit alors à parler, et je relevais a tête vers lui.

– Tu crois vraiment que j’ai refais ma vie avec lui ? Tu ne me connais pas alors si bien que cela…

Je baissais la tête, sentant le rouge me monter aux joues. Pourquoi me sentais-je aussi géné ? L’image de Melvin me vint alors à l’esprit, je devais avouer, qu’il était très beau, bien qu’assez jeune et mesquin. Sans vraiment réfléchir une fois de plus, les mots sortirent de ma bouche.

– Il est plutôt pas mal…

Immédiatement je baissais la tête un peu plus, me maudissant de laisser échapper toutes mes pensées.

– C’était il y a quatre ans que tu aurais pû te montrer jaloux… Répliqua Ilian, assez froidement.

Cette phrase me fit l’effet d’une douche glacée, et je ne pus répondre qu’un vague « Je sais ». Je comprenais sa rancoeur, et je ne voulais pas vraiment en parler. Pas maintenant du moins. Mon portable sonna à nouveau et je mis immédiatement le répondeur.

– Tu ne réponds pas ? Me demanda Ilian, agacé.

– Pour lui dire quoi ? Répliquais-je, dans un soupir.

Il ne répondit rien et je me tournais vers la fenêtre. Ce paysage pourtant si magnifique ne faisait que me rendre nostalgique. Je sentais le regard d’Ilian posé sur moi, mais je ne dis rien. Quelques minutes passèrent ainsi, où un silence paisible s’était installé. Mais cela fut une nouvelle fois interrompu par la sonnerie de mon téléphone. Je sursautais alors qu’Ilian se levait et prenait mon téléphone en main. Sous mon regard surpris, il décrocha, le regard noir.

– Jaeden n’a aucune envie de te voir ! Fit-il la voix tranchante.

Il raccrocha alors immédiatement et prit soin d’éteindre mon téléphone avant de le reposer sur la table, puis de s’assoir. Je le regardais toujours étonné, ne sachant quoi dire. Puis, trouvant la situation comique, j’éclatais de rire. Je sentis alors une tension énorme se relacher dans mon estomac. Cela m’avait fait un bien fou.

– Merci Ilian…Soufflais-je

Je le vis alors sourire, et mon coeur se mit à battre. Cette fois-ci, je ne fis rien pour l’arréter, et lui souriais à mon tour. Il se leva alors, et se retourna, dans l’intention de partir. Je le suivais des yeux, comme si j’avais découvert un autre Ilian. Ou retrouvé un autre Ilian. Il stoppa sa marche et se retourna, croisant une nouvelle fois mon regard.

– Il n’ y a rien entre Melvin et moi. Courage jaeden. Me dit-il d’une seule traite, avant de sortir de mon bureau.

Je resta alors le regard fixé sur cette porte sans vraiment la voir. Pourquoi mon coeur battait-il à ce point ? Pourquoi me sentais-je heureux de cette nouvelle ? Je ne devais pas. Je n’avais pas le droit !

**

Le reste de la journée passa sans encombre, jusqu’à ce que le téléphone fixe de l’hôpital se mit à sonner. Immédiatement, je pris le combiné en main, craignant un cas d’urgence.

– Docteur Sadler ? Me fit la réceptioniste du hall, d’une voix ennuyée.

– Oui ? Répondis-je, vivement

– Un jeune homme vous demande à l’acceuil, votre petit ami, puis-je le faire monter ?

Je sentis ma main se crisper sur le combiné, et un soupir passa le barrage de mes lèvres. Décidement, il ne voulait pas me laisser seul.

– Non, je descend. Fis-je, la voix dure.

Le coeur lourd, je me levais, sortant de mon bureau. Je fis de mon mieux pour prendre un regard dur et froid. Je ne voulais pas lui montrer que j’avais mal au coeur. Je ne voulais surtout pas lui montrer qu’il me manquait.

Pourtant, lorsque je le vis assis sur les sièges de la salle d’attente, la mine défaite et les yeux rougis, mon coeur se serra horriblement. Il m’avait trompé. Je ne devais pas céder. Il avait ruiné toute la confiance que j’avais en lui, se donnant à un autre homme alors qu’il me rendait mes mots d’amour. Reprenant mon visage dur, je m’approcha de lui. Il m’entendit arriver, et se leva immédiatement, tournant vers moi un regard plein de larmes. Mais je ne lui laissa pas le temps de m’attendrir, immédiatement, je pris son bras et l’amenais avec moi dehors. Il ne disait rien alors que je le conduisais dans un endroit assez tranquil du parc, ne voulant surtout pas que des collègues écoutent nos discutions.

– Qu’est-ce que tu fous là ! Tu n’as pas le droit de venir, et tu le sais !?! M’écriais-je, énervé.

– Tu ne réponds pas à ton téléphone, tu n’es pas rentré hier soir et… C’est qui le mec qui a décroché le téléphone ! Me lança-t’il, sur le même ton.

– Je suis désolé mais ce n’est pas moi qui doit rendre des comptes.

Ma voix s’était faite tranchante et violente. Sans un mot, il baissa les yeux, et s’approcha de moi, posant sa main sur mon avant-bras.

– Comment tu as pu me faire ça ? Soufflais-je, alors que je sentais les larmes me monter aux yeux. Comment pouvais-tu me dire que tu m’aimais et coucher avec quelqu’un d’autre ? Comment osais-tu me demander d’avoir un enfant avec moi alors que tu te faisais un putain de gamin !

J’avais tellement mal au coeur, que je sentais toutes mes barrières voler en éclat. Devant moi se trouvait la personne que j’aimais sûrement le plus au monde. Pourquoi avait-il fallu qu’il me fasse ça ? Je le sentis alors se rapprocher un peu plus et poser sa tête contre mon épaule. Tellement absorbé par ma tristesse, je le laissais faire, appréciant cette étreinte. Mais il fallut que Hugo gâche tout une fois de plus.

– Je…Quand ça a commencé, entre moi et Joe, je… Enfin, tu postulais dans plein de centres de psychatrie, et tu… Tu ne t’occupais plus vraiment de moi… Je… Commença-t’il la voix enroué.

Je m’écartais alors subitement de lui, lui lançant un regard horrifié. Comment osait-il me dire une chose pareille ? Jamais je ne l’avais délaissé, au contraire, je passais beaucoup trop de temps avec lui au lieu de me préparer à mes entretiens.

– Non… Je… Je ne voulais pas dire ça… Se rattrapa Hugo, essayant de se rapprocher de moi.

– Tu me dégoutes, comment tu peux me dire ça ? C’est ma faute maintenant ? Criais-je, le regard noir.

– Non, bien sûr que non, s’il te plait mon amour, pardonne-moi…

– Ne m’appelle plus comme ça !

– Je suis désolé Jaeden… Reprit-il, les larmes coulant sur ses joues. S’il te plait… Allez reviens… Je n’aurais jamais dû, j’allais y mettre fin. Il n’y a rien entre lui et moi. Je… Je ne sais pas ce qui m’a pris. Je t’en supplie Jaeden, ne me fais pas ça.

– C’est terminé Hugo. Répliquais-je froid. Je te laisse quelques jours pour rassembler tes affaires et te trouver de quoi te loger, et tu quittes mon appartement.

J’étais peut-être dur avec lui. Peut-être aurais-je dû essayer de sauver mon couple. Mais j’avais le coeur brisé, piétiné. Je n’avais pas la force de lui donner une autre chance.

– Mais… Commença-t’il, ses larmes coulant sur ses joues essayant une nouvelle fois de se rapprocher de moi.

– Va t’épancher sur l’épaule de quelqu’un d’autre. Répliquais-je froidement. Sur celle de mon frère par exemple, puisque vous vous entendez si bien maintenant.

– Ne détruis pas tout Jaeden. Ensemble, tous les deux… On peut surmonter cela !

– C’est toi qui as tout détruit le jour où tu as cédé ! M’écriais-je furieux. Je ne veux plus te voir, tu m’entends ? Tu quittes mon appartement ! Tiens tu n’as qu’a plutôt allez voir ton Joe, si je ne suis pas assez bien pour toi.

Je me retournais sur ses mots, sentant que je n’arriverais pas plus longtemps à lui montrer autant de froideur. Dans ces moment là, je ne savais pas comment Ilian faisait. J’enviais cette particularité qu’il avait développé. Réussir à couper tout lien avec autrui. Pour ne plus être bléssé sûrement… Je me sentais fatigué. Las de ce qui venait de se passer. Hugo me manquait, et le voir pleurer me faisait mal au coeur. Mais je ne pouvais pas oublier ce qu’il m’avait fait. Je l’aimais encore, et cela me tuait le coeur. C’est sur ces pensées que je m’arrêtais sans m’en rendre compte devant une fenêtre. Je m’adossa contre le rebord, et comptempla l’immense prairie devant moi, laissant mes pensées s’évader. Je soignais un peu mon coeur…

Ce fut une main posée sur mon épaule qui me fit perdre le fil de mes pensées noires, et en sursautant, je me retournais, pour voir le regard triste du directeur.

– Ca fait deux jours que tu portes les mêmes affaires, que se passe-t’il ? Me demanda-t’il, inquiet.

– Rien… Je suis de nouveau célibataire ! M’esclamais-je, suivis d’un rire bien ironique.

– D’accord… Raconte-moi.

– Qu’est-ce que tu veux que je te dise ? Ça faisait quatre mois qu’il me trompait et moi comme un con je ne le voyais pas ! Et le pire c’est que lorsque je l’ai su, je n’ai rien ressenti mais que maintenant… J’ai envie d’un verre.

Sur cette derniere phrase, je m’étais assis sur le rebord de la fenêtres, les larmes aux yeux. Le directeur posa alors une main réconfortante sur mon épaule.

– Tu sais très bien que tu n’as plus le droit de faire ça… Je suppose que Hugo est toujours dans ton appartement ? Demanda-t’il, sérieux.

Je répondis par un hochement de tête, et je l’entendis soupirer.

– Je ne me mêlerais pas de vos affaires, mais ce soir, je veux que tu viennes dormir à la maison, un bon lit vaux mieux qu’un fauteuil de bureau, parce que je suis sûr que c’est là que tu as passé la nuit ! Fit-il, un petit sourire aux lèvres.

J’évitais alors son regard, ne voulant surtout pas lui dire la vérité. Comment aurais-je pu dire que je m’étais endormi dans le lit de mon patient ? Je me mis debout et partis dans mon bureau après l’avoir entendu me dire d’aller rejoindre sa femme à la maison si j’avais fini mon travail.

**

J’arrivais une heure plus tard devant la maison de Paul, où Anita m’attendait un petit sourire aux lèvres. Immédiatement je l’embrassais sur la joue, avant de rentrer dans leur maison.

– Paul, m’a un peu expliqué la situation… Je suis désolé Jaeden. Me fit-elle tristement.

– Tu n’as pas à l’être. Répondis-je en haussant les épaules.

Je me dirigeais ves le canapé et m’y installa, posant mon avant bras sur mes yeux.

– Ce n’est peut-être qu’une simple erreur de parcours, ça arrive à des tas de couples tu sais Jaeden. Je pense que Hugo t’aime vraiment… Souffla-t’elle, s’asseyant près de moi.

– Peut-être… Mais pour le moment, je n’ai pas envie de faire d’efforts.

J’entendis Anita soupirer, puis dire qu’elle allait préparer le repas. Je me mis alors à regarder la télé, attendant le retour de Paul. Je sentais l’odeur de la cuisine, et mon estomac se mit alors à crier famine. Heureusement, Paul arriva à ce moment, affichant un énorme sourire en me voyant. Il alla embrasser sa femme puis revint vers moi, me tendant une feuille blanche. Je le regardais alors étonné, et croisait un regard tourmenté.

– Qu’est-ce que c’est ? Demandais-je, prenant le papier en main.

– Le bilan de santé d’Ilian. Il a perdu beaucoup trop de poid, s’il ne continue pas à se nourrir, je me verrais dans l’obligation de le mettre sous perfusion… Souffla-t’il, s’asseyant à mes côtés.

Je scrutais alors le papier, buvant les moindres mots marqués dessus. Au fur et à mesure de ma lecture, je sentis mon ceur se serrer. Son mental était au plus bas, et son corps, commencait lui aussi à lacher.

– Tu as pensé à lui faire prendre ses repas seul ? Demandais-je, posant le papier sur sa table.

– Oui, mais il cachait la nourriture. Répondit-il, se frottant le visage.

– Alors je ne vois plus qu’une seule solution… Fis-je, en haussant les épaules.

– Laquelle ?

– Autorise le à sortir, juste une journée.

– Très drole Jaeden ! Lança Paul, de façon ironique.

– Je suis sérieux ! Ça fait quatre ans qu’il est enfermé dans cet hopital, et il n’en est jamais sorti, je suis certain que si tu lui offres cette sortie, il recommencera à manger.

– Si je fais ça, tu devras aller avec lui, il devra mettre un bracelet magnétique, être entouré de policier. Il devra eviter les endroits trop peuplés, c’est de la folie Jaeden. Fit Paul, se mettant debout, l’air ennuyé.

– Pour l’accompagner, je suis d’accord, pour le bracelet, les endroits trop peuplés aussi, mais pour les gardes non. Répondis-je sérieux.

– Te ne crois tout de même pas que je vais te laisser seul avec lui ! Retorqua Paul, sur le qui vive.

– C’est la seule façon d’avoir sa confiance. Laisse moi faire ça Paul, je te promet que si tu le laisse sortir une seule journée, il recommencera à manger.

Paul ne répondit rien. Il avait les mains sur les hanches et fixait un point immaginaire, semblant réfléchir à tout mes arguments. Je ne savais pas si c’était une bonne idée, mais j’étais persuadé que cela ferait du bien à Ilian. Nous retrouvez seul, vraiment seul, renforçerait peut-être quelque chose, et nous aiderait à avançer. La voix du directeur me sortit alors de mes pensée.

– C’est d’accord à une condition. Me dit-il, sérieux.

– Laquelle ? Demandais-je, curieux

– L’infirmière te donnera une dose de tranquillisant. S’il présente le moindre signe d’angoisse, ou s’il tente de s’échapper, je veux que tu lui injectes le produit.

– D’accord, mais je suis persuadé, que çela ne sera pas necessaire.

– J’espère bien…

 

C’est alors qu’arriva Anita, coupant cours à toutes nos discutions. Nous allâmes à table et je passais une agréable soirée. Je me sentais bien, en leur compagnie. Ce fut le sourire aux lèvres que j’allais me coucher, pensant que demain, j’allais faire une belle surprise à Ilian.

**

Je sortais de la maison du directeur aux aurores afin d’aller faire un tour en ville. J’avais promis au directeur de passer à son bureau plus tard, afin qu’il me remette le bracelet magnétique. Je pris alors ma voiture et conduisis sur la route déserte pour le moment.

J’arrivais bien vite devant le magasin de vêtement que je recherchais. Les vêtements de l’hopital n’étaient pas fait pour passer inaperçu, et je ne voulais pas qu’Ilian soit analysé par tous les gens que nous croiserons. J’entrais dans le magasin pour voir des vendeuses assez fatiguées, et surprises de me voir là de si bon matin. Je leur fis un sourire crispé et alla au rayon homme. Je trouvais alors un jean bleu, légèrement délavé. C’était le genre de pantalon qu’Ilian mettait souvent à l’époque, peut-être les aimait-il toujours… Je pris aussi un tee-shirt noir, préférant une couleur passe partout. Puis je pris une veste de saison, assez légère. Les achats en mains, je me dirigeais vers la caisse, où une vendeuse me lança un grand sourire avant de prendre les articles.

– Excusez moi, vous êtes sur que c’est votre taille ? Me dit-elle, génée.

– Ce n’est pas pour moi. Lui répondis-je, avant de lui tendre deux billets de vingt Dollars.

Elle me fit un sourire puis mit les vêtements dans un sac avant de me le tendre. Je le pris et sortis du magasin. Je partis alors en direction de l’hôpital, roulant peut-être un peu trop vite. J’étais exité, donner cette sortie à Ilian m’enchantait, j’espérais de tout coeur qu’il serait aussi enthousiaste que moi par la nouvelle. J’arrivais à l’hôpital puis montais dans le bureau du directeur, toquant à sa porte. Je l’entendis me dire d’entrer, et fis ce qu’il me demandait, fermant la porte après mon passage. Il se trouvait à son bureau, un gros bracelet noir entre les mains.

– Tiens Jaeden, regarde. Il faut que tu l’attaches à son bras. Ilian sera pisté et on sera où vous vous trouverez, au cas où ça se passe mal. Fit-il, lisant la notice.

– D’accord, fis-je, en prenant le bracelet.

– Fais tres attention Jaeden, même s’il paraît inofenssif, il a tout de même tué un homme…

Je sentis mon estomac se tordre à ce moment, et me rappelais d’Ewen. Je mourrais d’envie de savoir ce qu’il s’était passé, peut-être qu’il m’en parlerait… La sonnerie de mon portable me sortit de ma torpeur, et immédiatement je le sortis de ma poche. C’était un message venant de Hugo. Hésitant, j’ouvris le texto, et mon coeur se comprima dans ma poitrinne en lisant ces mots.

«  Tu te rappelles quel jour nous sommes ? S’il te plait mon amour, pardonne-moi. Reviens chez nous… »

– Quelque chose ne va pas Jaeden ? Me demanda Paul, le visage inquiet.

– Non, c’est bon… Fis-je en me levant. On sera de retour en fin d’après midi.

Je me retournais alors et sortis du bureau, montant directement dans les chambres. Je frappais quelques coups à la porte d’Ilian. J’attendis un peu, puis retentais, et c’est là que la porte s’ouvrit, dévoilant un Ilian fatigué.

– Ah ? Tu es enfin réveillé… M’exclamais-je joyeux.

– Il est quelle heure ? Me demanda-t’il, froid.

– Huit heures… Dis-je en regardant ma montre. Bon prépares toi à ce que je vais te dire Ilian, plus tôt on sera parti mieux…

– Jaeden ? Me coupa-t’il étonné. Tu as encore bu ?

Je fut pris de court par cette question, et tenta de calmer mon exitation.

– Mais non… C’est que… Ah

Je ne savais pas comment lui annoncer cela. Il ne me facilitait pas vraiment la tâche non plus. Je soupirais, un coup puis repris, plus calmement.

– Ilian, je viens d’obtenir la permission de te faire sortir d’ici pour la journée. Je me suis entretenu hier soir avec le directeur et…

– Qu’est-ce que tu racontes ? Me demanda-t’il vivement.

Il semblait complètement sur ses gardes et cela me genait fortement. Je devais le mettre au courant de la situation, même si je savais que cela restait encore tabou pour le moment.

– Tu… Tu maigris à vue d’oeil depuis ta tentative de… Enfin tu ne te nourris plus, et le directeur et moi avions pensé que… Une sortie te ferait du bien, enfin, tu devras juste porter un bracelet au cas où tu ne t’échappes, mais nous ne serons que tous les deux.

Je ne sus pas vraiment pourquoi, mais à ce moment là, m’entendre dire que nous ne serions qu’à deux me fit peur. Etais-je vraiment prêt à me retrouver seul avec lui ? Vraiment seul ? Maintenant je n’avais plus le choix, il faudrait que je garde la limite du professionnel bien en tête.

-Je… Murmura Ilian, tourmenté.

Il baissa alors le regard et je lui laissais le temps d’assimiler ce que je venais de lui dire. Je voulais qu’il vienne mais je ne voulais pas l’obliger non plus. Il allait sortir pour une seule journée après quatre ans d’enfermement, et je me doutais que cela lui faisait peur. Voulant lui laisser un peu de temps seul pour qu’il puisse réfléchir, je lui tendis le sac de vêtements

– Je te laisse le choix Ilian. Si tu veux cette sortie alors je te laisse te laver et t’habiller en civil avec ces vêtements que je suis allé t’acheter ce matin, et tu me rejoins au bureau. Dis-je, sérieux.

Il prit alors le sac sans rien dire, et je lui souris, avant de me retourner.

– J’espère qu’ils t’iront… Dis-je, partant dans le couloir.

J’espérais de tout coeur qu’il accepterait… Même si je ne me sentais pas prêt. Je me dirigeais d’un pas trainant jusqu’à mon bureau et m’y installa. Je decidais de commencer à lire le dossier du nouveau patient qui allait mettre affilé lundi. J’étais un peu enthousiaste à l’idée d’avoir un nouveau patient à aider, peut-être cela me permettera-t’il d’arrêter de penser à Ilian sans arrêt. J’ouvrais le dossier, lisant immédiatement sa fiche de renseignements, et mon regard se posa sur des photos de ses avant bras. Ceux-ci étaient pleins de cicatrices, dû à l’auto-mutilation qu’il s’infligeait. Je repris alors sa fiche de renseignements, cherchant un évènement qui aurait pu déclencher ce trouble.

Le trouble Borderline était un trouble de la personnalité, résultant d’un sentiment d’abandon. La mort d’une personne chère, ou la disparition. La personne souffrait d’un manque énorme de confiance en lui, se croyant transparent. Il utilisait alors la mutilation, ou le viol pour se rappeller qu’il existait. Pourtant, ce qui me perturbait, était que ce Cameron avait tué sa petite ami de longue date, et rare étaient les patients qui avaient eux des relations aussi longues.

Je comptais approfondir plus le sujet mais mon portable se mit à sonner, et je le pris en mains. C’était une nouvelle fois un message de Hugo. Soupirant, je l’ouvrais, et ses mots me firent une nouvelle fois souffrir.

« Nos un an Jaeden, s’il te plait, pardonne-moi. Viens ce soir, je te ferais un repas, et on discutera. Je t’en supplie, tu me manques. Je t’aime »

Je passais une main sur mon visage et decidais de lui répondre froidement. Je ne voulais pas qu’il me gâche la journée, et surtout pas penser à lui.

« Tu es censé déménagé aujourd’hui. Je ne veux plus te voir Hugo »

Immédiatement, j’éteignis mon téléphone, sachant que si le directeur voulait m’appeler il tomberait sur ma messagerie. Je l’appellerais à midi pour lui faire le topo, mais je ne voulais pas enlever cette bonne humeur de moi. C’est à ce moment qu’Ilian fit son entrée portant les vêtements que je lui avais acheté. Il semblait totalement différent de celui qu’il était tous les jours.

J’avais l’impression de revoir l’ancien Ilian et cela me perturbait. Me rendant compte que je le devisageais, je me mis à rougir et baissa la tête immédiatement, tout en déclarant :

– Tu es très bien comme ça…

J’étais mal à l’aise et je suis sûr qu’il s’amusait de la situation. Essayant de penser à autre chose, je relevais la tête, déclarant d’une voix mal assuré:

– Tu…Tu es donc d’accord ?

– Oui… Pourquoi pas. Répondit-il indifférent.

Je sentis alors mon coeur battre plus fort et lui décrocha un immense sourire avant de regarder sur la table et prendre le bracelet en main. J’évitais son regard en m’approchant de lui, sachant ce qu’il devait penser de cet outil. Je lui demandais de me tendre son bras, choississant celui qu’il n’avait pas endommagé, et verrouilla le bracelet à l’aide de la clé, que je mis dans ma poche. Immédiatement une petite lumière rouge clignota, signe qu’Ilian commençait dès à présent à être pisté. Je pris alors ma veste et me dirigeais vers la porte. Nous sortîmes ainsi de mon bureau, lui sur mes talons. Je sentais sa peur monter peu à peu en lui mais ne dis rien, ne voulant surtout pas le bruquer.

Le vent frais vint nous fouetter le visage alors que nous sortions de l’hôpital sous les yeux ronds de la réceptionniste. Nous marchâmes un moment, se dirigeant vers le portail. Je me retournais alors et remarquais qu’Ilian avait cessé de marcher. Un voile de tristesse s’était emparé de ses yeux et il regardait le sol, comme s’il s’apprétait à prendre la plus grosse décision de sa vie. Je fis alors demi-tour, m’inquiétant de le voir dans cet etat.

– Ca va Ilian ?…Tu es assez pâle… Tu ne veux plus ? Demandais-je avec appréhension.

Il leva alors la tête vers moi, et son regard azur me transperça. Je pouvais y lire toute la peur qu’il ressentait en lui, même s’il essayait de se forcer à me regarder méchament. Hésitant, je levais une main vers lui et la posa sur son épaule. J’essayais de l’apaiser comme je pouvais, me contentant des seules armes qu’il me laissait avoir.

– Qu’est-ce qui ne va pas Ilian ? Demandais-je, doucement.

Son regard fuya un moment, avant de se reposer sur moi. Une grimace étira ses lèvres et il balbutia :

– Je… J’ai…

Il s’arreta alors, baissant à nouveau le regard. Puis d’une voix froide qui ne collait pas du tout à ce qu’il voulait me dire, il continua.

– J’ai peur.

Je le regardais alors surpris, et mes lèvres s’étirèrent. Immédiatement, je lui tendis la main, afin qu’il la prenne. Je voulais qu’il se sente en sécurité à mes côtés.

– Viens… Fis-je, sérieux.

De manière hésitante, il me prit la main, et nous marchâmes en direction de ma voiture. Bien que j’essayais de garder la face, le fait de lui tenir la main me rapellait cette époque où Ilian voulait montrer à tout le monde que nous étions en couple. Il me tenait la main et ne me lachait plus. Au début cela me dérangeait, puis à la fin, c’était devenu une habitude, prenant moi même l’initiative. Nous arrivâmes à ma voiture, et je lui lachais la main géné. Nous montâmes en voiture et je mis la radio. Je ne savais pas vraiment quoi faire, alors je conduisais vers la ville la plus proche, celle où j’habitais. Ilian ne parlait pas, ce qui ne m’étonnait guère. J’allumais alors la radio (Il l’a déjà allumé deux lignes plutot) et roulais sur le même son pendant toute la durée du trajet.

Après un moment, j’arrivais sur le parking d’un petit bar restaurant, où j’vais l’habitude d’aller. Je sortis de la voiture et intima à Ilian à me suivre, ce qu’il fit, en restant tout de même assez proche de moi. Je trouvais la situation assez bizarre hors de l’hopital. Lui et moi, en pleine rue, comme avant. Chassant ses idées, je me tournais vers lui, un faux sourire aux lèvres.

– Que dis-tu d’un vrai petit déjeuner ? Demandais-je, géné.

Il acquiesça simplement, et nous rentrâmes dans le bar. Nous nous asseyâmes à une table et une serveuse s’approcha de nous rapidement. Je commandais alors un thé pour Ilian et un café pour moi, avec deux verres de jus d’orange et un pain au chocolat chacun. Je vis Ilian boire son jus d’orange, regardant autour de lui. Je voyais cette lueur briller au fond de ses yeux, comme s’il enregistrait mentalement les décors. Un léger sourire se dessina sur mes lèvres et j’entamais mon café, profitant de l’instant présent. Quelques minutes plus tard, je vis Ilian reposer son pain au chocolat sur la table, apparement callé. Pourtant, je pouvais remarquer qu’il n’avait pratiquement rien mangé. Je devais le forcer un peu, c’était le but de notre sortie…

– Tu ne peux pas faire un petit effort pour aujourd’hui ? Demandais-je, ayant peur de sa réaction.

Il me lança alors un regard froid avant de prendre son thé et de le boire. Un deuxieme sourire vint se loger sur mes lèvres. S’il pensait que je pourrais le lacher, il se mettait le doigt dans l’oeil. Avec le temps, son regard froid ne me génait plus. Peut-être commençais-je à m’y habituer. Il reprit son pain au chocolat et le continua. Mes yeux se posèrent alors sur le journal qui se trouvait près de moi et je le pris en main, le lisant. Je ne cessais de jetter des petits coups d’oeil à Ilian, ne pouvant m’empêcher de me rappeler que nous faisions souvent des petits déjeuners dehors il y a quatre ans… Chassant ses pensées, je me levais et allait payer. Ilian avait terminé tout son plateau et cela me comblait. Il se leva lorsque je revins, toujours ce regard sans aucune expression.

– Allez viens, maintenant nous allons dans un endroit qui te plaira surement. Déclarais-je, rangeant mon portefeuille dans ma poche.

Je me retournais alors et sortis, Ilian a mes côtés. Vu l’heure, la rue pietonne commençait à se peupler peu à peu, et je sentis Ilian se raprocher de moi. Je ne dis rien et continuais mon chemin, appréciant cette soudaine proximitée. Je le conduisis devant ma librairie préféré et m’arreta devant, un sourire au lèvres. J’ouvris la porte et Ilian se rua à l’interieur. J’avais eu une bonne idée. Je savais qu’il adorait lire, et j’en étais ravi. Je m’approcha alors de Lucie qui regardait Ilian étonné. Puis elle se tourna vers moi, surprise.

– Un nouveau petit ami ? Me fit-elle, dans un sourire.

– Un… Ami… Dis-je en haussant les épaules.

Je ne souhaitais pas l’informer qu’Ilian était un de mes patients. Il devait passer sa journée loin de l’hôpital et se concentrer sur le monde extérieur. Avoir le regard de Lucie posé sur lui, le destabiliserait sûrement.

– Comment as-tu trouvé le livre que je t’avais conseillé ? Demanda-t’elle, me montrant celui que j’avais acheté.

– Je ne l’ais pas encore fini, mais j’aime beaucoup. Tu sais que j’aime tout ce qui est fantastique. Répondis-je, dans un sourire.

Nous entrâmes alors dans une discution sur divers auteurs fantastiques. Je jettais quelques regards sur Ilian pour m’assurer qu’il restait bien dans la librairie. Je savais pertinement qu’il ne me ferait aucune fugues, mais ce n’était par précaution. Lucie se mit alors debout et me dit qu’elle devait se rendre en réserve. Je lui souriais puis allais voir Ilian, qui avait commençé la lecture d’un livre. Le voir ainsi, totalement plongé dans sa lecture fit battre mon coeur, et avec enthousiasme, je déclarais :

– Il te plait ? Tu le veux ? Je te laisse en choisir un alors prends celui qui te fera plaisir.

Il se tourna alors vers moi, et je sentis cet enthousiasme redescendre en flèche.

– Non merci. Je ne veux pas de cadeaux. Dit-il en rangeant le livre sur l’étagère.

– Tres bien. Retorquais-je énervé.

Pourquoi trouvait-il toujours le moyen de casser tout sentiment positif en moi ? Ne pouvait-il pas se contenter de ne rien dire, comme il savait si bien le faire ? Il se retourna et j’en profitais pour prendre le livre qu’il lisait, mais immédiatement, je l’entendis reparler.

– Je ne le veux pas !

– Qui te dis que je le prends pour toi…

Cette remarque le vexa et il se retourna, prit un livre et alla s’assoir sur les fauteuil. Son livre en main, j’alla faire de même et ensemble, sans vraiment l’être, nous partions dans des mondes totalement imaginaires, qui pourtant nous faisaient revivre.

Le temps tourna sans que je ne m’en rende compte. Ce ne fut que lorsque que le clocher de l’église sonna pour nous avertir qu’il était midi, que je levais mon regard du livre. Je l’avertis que nous devions partir et me levais pour aller payer ce livre. Je lui laissais un peu de temps pour terminer le sien, parlant une nouvelle fois avec Lucie. Je payais rapidement et retrouvait Ilian qui m’attendait à la sortie.

Nous marchâmes un moment dans la rue sans dire un mot. Je n’avais pas vraiment fait de programme pour la journée. Je voulais surtout qu’Ilian se sente bien pendant la seule journée de semi-liberté qu’il aurait. Alors que je me dirigeais vers un restaurant, afin de passer le temps de midi, je vis la silhouette de mon frère s’approcher de moi à grandes enjambées. Ses traits étaient tirés, et il avait mauvaise mine. Je ne voulais pas lui parler. Aujourd’hui je devais me consacrer entièrement à Ilian, et à personne d’autre. D’autant plus que ses mots me restaient en travers de la gorge. Lorsqu’il arriva à notre hauteur, Kain ne dis rien et regarda Ilian. Il tendit alors une main hésitante vers lui, et Ilian répondit à la poignée de la même manière. Kain lorgna alors sur le bracelet magnétique, mais il ne dit rien, regardant Ilian reposer maladroiteusement sa main dessus. Mon frère me regarda alors, et une grimace étira ses lèvres.

– Je suis désolé pour l’autre soir Jaeden souffla-t’il, en haussant les épaules.

Il était seulement désolé ? Agaçé, je le fusilla du regard avant de lui parler méchament.

– Je n’ai pas le temps maintenant, on en reparle une autre fois.

– Mais Jaeden… Tenta-t’il une nouvelle fois.

– Excuse moi, Bien que tu sois en désaccord avec ce que je fais, Ilian et moi allons déjeuner, et franchement, nous n’avons pas de temps à perdre.

Sans un mot de plus, j’attrapais la main d’Ilian et l’emmena avec moi dans les ruelles peuplées de monde. Je n’arrivais pas à me calmer, si bien qu’arrivé devant le restaurant, je remarquais que je n’avais toujours pas laché la main d’Ilian. Géné, je le fis et l’invita à entrer. Quelques minutes plus tard, nous nous asseyames à une table, la carte en main.

– J’espère que tu as faim, déclarais-je regardant le menu.

– Moui…Murmura-t’il en haussant les épaules.

Je plongeais alors mon regard sur la carte, lisant attentivement chaque menu.

– Ca fait bizarre de vous voir vous disputer toi et ton frère… Lança Ilian, d’une petite voix. En deux ans, je n’ai jamais vu une seule dispute entre vous.

– Hn…C’est vrai. Répondis-je en haussant les épaules.

Je n’avais pas du tout envie de revenir sur ce sujet, surtout que cela me forcerait à parler d’Hugo, et du fait que cela faisait un an que l’on était ensemble. Bizarement, je ne souhaitais pas qu’Ilian le sache, sûrement pas pur respect pour notre ancienne relation.

Je me rendis alors compte que c’était Ilian qui venait d’entamer la conversation, et surpris je relevais la tête pour voir qu’il regardait le menu, de légères rougeurs sur les joues. Je trouvais ça vraiment bien qu’il commence à se laisser aller en ma présence. Je gagnais peu à peu vraiment sa confiance. Il leva alors la tête et croisa mon regard, me lançant un petit sourire avant de regarder par la fenêtre. Un serveur vint prendre notre commande. Un sourire se dessina sur mes lèvres et je tournais à mon tour la tête vers la télé au fond de la salle qui diffusait une émission de patinage. Je me souvins alors qu’Ilian adorait en faire. Il m’y emmenait souvent lorsque nous étions plus jeune, même si je n’arrivais pas à tenir plus de deux secondes sur mes patins. Hugo aussi aimait en faire, si bien que j’avais un peu plus appris avec lui, même si je restais toujours empoté. Vivement, je le regardais, un grand sourire aux lèvres.

– Ca te dis la patinoire après manger ?

– Tu ne sais pas patiner. Retorqua-t’il, me regardant à son tour.

– Je me rappelle la dernière fois où on y est allé tous les deux…Soufflais-je, en m’adossant contre ma chaise, les souvenirs plein la tête.

– Oui, moi aussi. Fit-il, posant la carte sur la table. Je me rappelle surtout comment tu t’es foulé le poignet.

– Tu te moques encore ou je me fais des idées ? Demandais-je sur un ton véxé, sans vraiment l’être.

Il ne me répondit rien, mais le sourire moqueur qui restait accroché sur ses lèvres m’affirmait que j’avais raison.

– Puisque c’est comme ça, nous irons à la patinoire cet apres midi ! Je vais te montrer moi ! Retorquais-je, décidé.

Je savais très bien que je ne tiendrais pas le rytme, mais si cela pouvait lui faire garder ce sourire qui restait sur ses lèvres, alors j’allais tenir le plus longtemps possible. Le repas passa rapidement, trop à mon goût. Nous n’avions pas vraiment beaucoup parlé, mais je trouvais que l’ambiance était vraiment légère et apaisante. Tout voulait me faire revivre ses doux moments passés en sa compagnie, et cela me frustrait. Je ne cessais de me dire « Il y a quatre ans… », « Il ne disait pas ça il y a quatre ans ». Pourquoi ne pouvais-je pas m’empêcher de ramener tout au passé ?

Lorsque le repas se finit, nous sortîmes du restaurant et allèrent jusqu’à ma voiture. Je conduisis jusqu’à la patinoire et nous nous dirigâmes vers le guichet afin de prendre des patins. Ses yeux se mirent à briller en entrant sur la piste et je me mis à sourire bêtement. Il entra sur la piste de glace et alla directement au centre de la piste. Il n’y avait pratiquement personne, alors il n’était pas géné. Mais ce n’était pas mon cas. Doucement, je me mis sur la glace, tentant de me remémorer la façon dont je devais me tenir. Je n’eus pas trop de mal à me réhabituer à la glace,e t tout fier, je fis quelques tours, lançant des regards moqueurs à Ilian. Lorsque je pensais être assez prêt, je me dirigeais vers le centre de la piste pour le rejoindre. Mais je n’aurais pas dû.

Alors que je jouais au plus fort en patinant trop vite, j’accrochais le bout du patin sur la glace, et tombais lamentablement sur le sol froid. Le choc fut violent, mais ce fut la honte qui me submergea en premier. J’entendis alors Ilian éclater de rire et lui lançais un regard meurtrier.

– Te fous pas de moi ! Viens m’aider ! Fis-je, méchament.

Il n’arrêtait pas de rire, et cela m’énervait. Il me tendit alors la main et je la pris. Il suffit d’une poignée de main pour me desarçonner. Douce et chaude, sa main m’électrisa, et c’est à ce moment là que je me rendis compte qu’Ilian venait d’éclater de rire. Comme avant. Depuis combien de temps n’avait-il pas ri comme ça ? Cette douce mélodie ne cessait de me revenir en tête, et je ne pouvais décrocher mes yeux de ses lèvres. Des flashs de certains instants ensemble ne cessaient de me revenir en tête, m’amenant de plus en plus à perdre conscience sur le but de notre sortie, ainsi que sur le lien professionnel qui nous unissait. Je n’étais plus son docteur. J’étais déconnecté. Nous étions Jaeden et Ilian, comme avant… Grosse erreur.

Relevé, je patinais difficilement vers un banc et m’y asseilla. Je ressentais une légère douleur à la cheville mais elle n’était rien comparée à celle que étreignait mon coeur. Que m’arrivait-il ? Sans vraiment réfléchir, je repris, les yeux rivés sur la glace.

– Que dis-tu d’une petite ballade sur la terre ferme, dans un parc, à une demi-heure à pied d’ici ?

– Pourquoi pas…Souffla-t’il, simplement.

Nous allâmes alors ramener nos patins et partirent en direction du parc. Aucun mot ne fut échangés pendant la demi-heure. J’essayais de me calmer tant bien que mal. Ce fut la voix d’Ilian qui me remit sur terre.

– Ca va ? Tu ne veux pas t’asseoir ? Me demanda-t’il inquiet.

Je me rendis alors compte que j’avais de plus en plus mal à la cheville. Doucement je relevais la tête et lui souriais, content qu’il se fasse du soucis pour moi. Il tourna alors la tête, rouge de gène, avant de reprendre.

– Il y a un banc ici. Il faut regarder ta cheville. Dit-il d’une voix assez froide.

Il alla s’y asseoir, et je le suivis, me mettant sans m’en rendre compte bien trop près de lui. Mais je ne bougeais pas. Je me mis alors à regarder ma cheville, sans trop la bouger. Ce n’était qu’une simple foulure, un peu de repit, et tout irait mieux. Je relevais alors la tête et croisait le regard d’Ilian, mais bien vite il le baissa, les joues rouges.

Mon esprit se voila alors entièrement. Ma raison me quittait juste un instant et je me remémorais nos premiers baises. Ils étaient doux, et magnifiques. Jamais de simples effleurements ne m’avaient autant électrisés. Je me surpris à me demander si cela avait changé. Si la fin de notre histoire avait fait perdre le goût magique de nos baisers…

Sans vraiment m’en rendre compte, ma main se posa sur son menton, et je lui relevais la tête. Son regard croisa une nouvelle fois le mien, et je fus envouté, pour la troisième fois de ma vie. J’oubliais tout Hugo, Kain, le passé, mon statut. Nos visages se rapprochèrent machinalement, jusqu’à ce que nos souffles se touchent. Aussi doux que dans le passé. Une caresse infime sur mon visage qui me fit perdre la tête. Mon coeur reprit ses lourds battements, et j’amenuisais un peu plus la distance entre nous. J’entrais alors en contact avec ses lèvres, fermant les yeux au même instant. Le son extérieur se coupa, nous n’étions plus que deux sur cette terre.

Ses lèvres avaient toujours ce même goût, si unique et si indéchiffrable. Mon pouce caressait sa joue inlassablement, et je remarquais qu’elle aussi était toujours aussi douce. Pourquoi ne se dégageait-il pas de mon étreinte ? Pourquoi ne m’envoyait-il pas balader comme il savait si bien le faire ? Était-il aussi perturbé que moi ? Ma langue vint lécher ses lèvres, comme pour en avoir la réponse, et celle-ci ne tarda pas.

Avec surprise, je constatais qu’il entrouvrait ses lèvres, m’autorisant à l’embrasser. Je le fis sans tarder, et le contact de sa langue sur la mienne m’électrisa. A cet instant, tous nos souvenirs heureux défilèrent dans ma tête. Tous nos baisers, toutes nos nuits d’amour. Notre première fois, puis la seconde, puis la troisième. La première fois où il m’avait dis m’aimer. Mes crises de jalousie, et les siennes. Nos rires, nos discutions, nos réconciliations. Tout.

Ma main avait quitté sa joue pour prendre sa nuque et le maintenir contre moi. Peu à peu, il prenait lui même l’initiative du baiser, entremêlant sa langue à la mienne, dans une valse qui me submergeait. Pourtant trois mots me revinrent en tête alors qu’il se rapprochait un peu plus de moi. Trois mots qui m’avaient brisés le coeur il y a trois ans, et qui me le brisèrent une nouvelle fois. « Je te quitte ». Je me rappelais alors son regard empli de larmes alors qu’il me détruisait. Je me rappelais le voir courir et rentrer dans une voiture, me laissant là sur le trottoir, la pluie martellant mon corps et mon coeur. Je me rappelais vouloir lui dire que je l’aimais… Ce soir là. Je me reculais alors le regardant comme pour la première fois. Je ne pouvais m’empêcher de penser qu’il n’avait pas perdu sa beauté. Il était magnifique, tout simplement. La dure réalitée me revint alors en mémoire, et l’image d’Hugo arriva à mon esprit. Une vague de remord me submergea et immédiatement, j’évitais le regard d’Ilian, comme pris en faute.

– Je suis désolé Ilian… Je ne sais pas ce qui m’a pris…  Je…Oublions-ça, cela ne se reproduira plus. Balbutiais-je le coeur serré.

Je le vis aussitôt reprendre sa carapace, et sans un mot ses yeux se posèrent que le plan d’eau devant nous. Qu’avais-je espéré au juste ? Je venais sûrement de lui faire beaucoup de mal, ruinant par la même occasion tous mes efforts. Pourquoi m’étais-je autant égaré ? Me traitant de tous les noms, je me levais, et Ilian en fit de même.

Sans un regard, sans un mot, nous rentrâmes à l’hôpital. J’avais merveilleusement bien gaché la journée. J’avais cédé dans ce que je m’étais juré de ne jamais retomber. Revoir Ilian faisait ressortir tous mes démons. Tous mes vices. Je me sentais nul, incapable. J’étais son médecin et je n’étais pas capable de tenir une seule journée sans l’embrasser. D’ailleurs pourquoi l’avais-je embrassé ? Je ne ressentais plus rien pour lui. C’était lui qui m’avait quitté, pas le contraire. Alors que je conduisais, je me surpris encore une fois à penser que j’avais envie d’un verre. Pourquoi avais-je gardé cette bouteille de vodka dans mon armoire ? Peu à peu je me sentais retomber dans ce qui avait été ma dépendance, mon vice le plus dévastateur. Pourtant je n’en voyais pas la limite, ne cessant de me dire qu’un verre ne me ferait pas de mal.

Nous arrivâmes à l’hôpital en fin d’après midi et nous nous dirigeâmes d’un pas lourd vers mon bureau. Le voir ainsi, le visage froid alors que je l’avais entendu éclater de rire me brisait le coeur. Je lui enlevais son bracelet, et alors que je voulais m’excuser un nouveau, il ne m’en laissa pas le temps et partit dans le couloir, claquant la porte au passage. Ce fut la goutte de trop, et énervé par ma propre bétise, je me dirigeais vers mon armoire, l’ouvrant violement. Mais la bouteille n’était plus là.

– C’est ça que tu cherches ?

Immédiatement je me retournais pour croiser le regard noir de mon frère. Je lui rendis alors ce regard et posa mes yeux sur la bouteille.

– Elle est vide. M’exclamais-je, froid.

– J’ai jetté le reste, il n’en restait plus beaucoup de toute façon.

J’allais m’asseoir sur le fauteuil, évitant son regard.

– Je savais que tu retomberais là-dedans. Dit-il, mettant la bouteille dans son sac.

– Va te faire foutre ! Crachais-je énervé.

Il soupira et s’approcha de moi. Son regard se voila et une immense tristesse se lisait sur ses yeux.

– Je suis désolé Jaeden. Je n’aurais jamais dû te dire ces choses là. Mais comprend moi, tu en as bavé à cause de lui. Il t’a quitté et j’ai perdu mon frère. Je ne veux pas le perdre une seconde fois.

Ses mots me touchèrent plus que je ne le pensais, et je fuyais son regard, l’écoutant simplement.

– Je sais que tu te sens mal. Ce que t’as fait Hugo est sûrement impardonnable.. Mais si je vais de son côté c’est sûrement parce que j’ai pu voir à quel point il s’en voulait. Je t’ai jamais vu aussi heureux qu’à ses côtés Jaeden…Déclara-t’il, s’accroupissant

– Si… Avec Ilian… Murmurais-je, perdu.

– Oui, et regarde ce qu’il t’a fait. Rester paralyser pendant trois mois ne t’as pas suffit ?

– Kain…

– Ecoute-moi. Chez toi se trouve un homme qui t’aime sincèrement. Il a fait une connerie, mais je suis certain qu’il prefererait mourir plutôt que de te perdre. Et je sais que tu l’aimes encore. Rentre chez toi Jaeden. C’est mieux pour toi. Et pour Ilian.

Pour Ilian. Ces deux mots résonnèrent dans ma tête. Retrouverait-il ce sourire si je le laissais comme le disait Kain ? Je sentis mon frère se relever, et se diriger vers la porte.

– La semaine prochaine ont reprend les réunions. Fit-il, la main sur la poignée.

– Je n’ai pas besoin de ça ! Retorquais-je vivement.

– Tu n’as pas le choix. Tu retourneras aux alcooliques annonymes que tu le veuilles ou non.

Sans un mot de plus, il sortit du bureau, me laissant seul avec ce doute si pesant. Je pris alors mon téléphone et le rallumait. Je pouvais voir quelques appels du directeur, et beaucoup de messages d’Hugo. Il me manquait. Peut-être Kain avait-il raison, ma place était auprès de lui et non auprès d’Ilian. Lui et moi… C’était du passé.

Décidé, je me relevais, et remis ma veste. Je passais par le bureau du directeur mais l’infirmière m’informa qu’il était parti plus tôt afin d’assister à l’écographie de sa femme. Acquiesçant, je partis, pour me retrouver dans ma voiture. Vingt minutes plus tard, j’étais devant mon appartement, la peur au ventre et le coeur serré. La nuit était tombé, si bien que je me retrouvais dans le noir, hésitant à rentrer. Pourtant, je me décidais, et pénétrait alors dans une ambiance tout droit sortie d’un film de cinéma. Deux ou trois lampes étaient allumées, mais le reste de la luminosité se faisait à l’aide de bougies, dispersées un peu partout. La chaine stéréo diffusait une faible musique romantique, et un faible sourire étira mes lèvres.

Sans un mot, j’enlevais mes chaussures et ma veste, puis posais ma sacoche sur la table. Sans bruit, je m’approchais vers la cuisine, où je vis Hugo assis à table. Celle-ci était parfaitement dressée, des pétales de roses, un peu partout autour des couverts. Lui aussi s’était mis sur son trente un. Il portait une chemise blanche sur un pantalon noir, le tout le rendant magnifique. Il avait la tête baisée, et jouait avec ses mains, comme un petit enfant triste.

– Je suis rentré… Soufflais-je, baissant les bras.

Hugo releva immédiatement la tête et je pus voir ses yeux émeraudes plein de larmes. Celles-ci redoublèrent lorsqu’il me vit, et il se leva, entortillant un peu plus ses mains.

– Tu t’es surpassé… Dis-je, regardant un nouvelle fois autour de moi.

– Oui… Je… Je suis content que tu sois venu…. Fit-il d’une petite voix.

– Je suis un peu en retard… Répondis-je dans une grimace.

– Ca ne fait rien !Répliqua-t’il vivement. Tu as faim ?

Pour toute réponse je lui souris et alla m’asseoir. Il me rendit un petit sourire et je pus lire dans ses yeux qu’il appréhendait la moindre de mes réactions. Il amena alors sur la table un plat de lasagne qu’il avait lui même préparé. Hésitant, il me servit, me passant ensuite la salade. Sans un mot, je goutais, lui souriant pour lui faire comprendre que c’était délicieux.

– Tu… Tu as passé une bonne journée ? Me demanda-t’il, le regard brillant.

– Ça aurait pu mieux se passer, dis-je en haussant les épaules. Et toi ?

– J’ai passé ma journée ici… Je suis resté à l’appartement depuis… Depuis que tu es parti… Je ne voulais pas te rater…. Souffla-t’il géné.

– Tu n’es pas allez travailler ? Demandais-je étonné.

– Non… J’ai pris un congé…

– Tu n’aurais pas dû Hugo, je sais que ton travail est important pour t…

– Mais tu l’es encore plus !

Il avait crié cette phrase, laissant deux larmes rouler le long de ses joues. Il se leva et se mis à genou devant moi, posant son front contre ma cuisse.

– Tu comptes beaucoup plus que n’importe qui. Que tous mes élèves…Beaucoup plus que lui. Je t’aime Jaeden, je t’aime à en mourir…Je…Ces trois jours, j’ai cru que je t’avais perdu, et encore aujourd’hui j’ai toujours cette impression. Si tu savais comme je t’aime et comme je m’en veux. Je t’en supplie pardonne moi…J’en t’en supplie.

Je sentais ses larmes tacher mon pantalon et cela me fit mal au coeur. Doucement, je craquais et lui relevais la tête. Mes lèvres vinrent alors se poser sur les siennes. Je retrouvais cette douceur que j’aimais tant chez lui. Cette douceur que j’aimais. Je l’aimais lui et lui pardonnais instantanément. Je lui donnais un chaste baiser, et me reculais voulant lui dire que je lui pardonnais, mais il ne m’en laissa pas le temps et me pris par la nuque, m’embrassant plus férocement. Nos langues se retrouvèrent, étouffant le manque qu’elles ressentaient. Je passais mes mains sur son dos et il posa ses coudes sur mes épaules. Essouflé après quelques minutes, je posais mon front contre le sien, fermant les yeux. Mes pouces vinrent essuyer ses larmes, et j’embrassais son front.

– C’est vraiment fini entre toi et lui ? Demandais-je la peur au ventre.

– Biensûr que oui, je vais changer de lycée, je ferais tout ce que tu veux pour te rendre heureux…. Me dit-il, ressérant notre étreinte.

– Alors ne recommences plus jamais ça. Répliquais-je avant de happer une nouvelle fois ses lèvres.

Une douce étreinte. Sa langue cherchant la mienne comme si sa vie en dépendait. Je me sentais bien là, au creux de ses bras. Tellement bien, je me levais, l’entrainant dans la chambre. Ses mains ne cessaient de parcourirent mon corps, me faisant de plus en plus ressentir mon manque de lui. Son odeur, son goût, son toucher, tout m’avait manqué en lui. Je voulais croire à sa promesse. Peut-être allais-je tout droit dans un mur, mais à ce stade, je m’en fichais. Je voulais simplement le retrouver. Sans vraiment réfléchir, je me retrouvais sur le lit, ma chemise au sol. Hugo se trouvait au dessus de moi, ses jambes de chaque côté de mes hanches. Ses mains caressaient mon torse, ses lèvres agressaient mon cou. Je ne cessais de gémir, ne m’en empêchant pas un seul instant. Doucement, il revint capturer mes lèvres et mes mains défirent la braguette de mon pantalon. Dans un sourire, il descendit le long de mon torse, me goutant entièrement. Je me cambrais alors qu’il défaisait mon pantalon, et qu’il le glissait le long de mes jambes. Il suivit ma chemise au sol, et les lèvres d’Hugo se posèrent sur mes jambes, remontant sur mes genoux, puis sur la bosse serrée dans mon boxer. Mes mains vinrent se loger sur sa nuque, lui intimant par une simple pression ce que je desirais le plus à ce moment. Il sembla le comprendre et me libera de mon boxer. Immédiatement, il me prit en bouche, m’obligeant à lacher un petit cris. Il était excité et cela se sentait dans ses vas et viens rapides. Ses mains ne lachaient pas ses cuisses et les miennes ne quittaient pas sa tête, emmellant mes doigts dans sa tignasse noire de jais que j’aimais tant… Noire ?

Imméditament je relevais la tête et me degagea de l’étreinte le regard horrifié. Hugo se releva alors, penaud.

– Quelque chose ne vas pas Jaeden ? Me demanda-t’il, étonné.

– Je… Dis-je, me secouant la tête. Non…Rien…Excuses moi…

Déboussolé, je m’approchais de lui, passant mes bras autour de son cou. Non… Ses cheveux étaient blond… Cela devait être dû à la fatigue. Hugo me rallongea sur le lit, et se remit à faire sa fellation. Je retrouva immédiatement mon calme et fermais les yeux, ressentant uniquement le plaisir qu’il me prodiguait.

– Mais j’ai jamais fais ça ! C’est dégoutant !

– Pourtant tu ne dis pas ça quand c’est moi qui le fait !

Ilian se trouvait assis sur le lit, ses genoux remontés contre sa poitrine. Il fuyait mon regard, comme d’habitude lorsque nous parlions de sexe… Cela faisait un mois que nous avions fait notre premiere fois et encore aujourd’hui, il ne me montrait pas qu’il avait envie de moi, et cela me frustrait. Je voulais qu’il me touche… Aujourd’hui, je venais de lui demander de me sucer, mais encore une fois il refusait. Pourquoi sortions nous ensemble si je le dégoutais ?

– C’est bon, laisse tomber, j’me casse. Répliquais-je méchament.

– Je ne changerais pas d’avis, alors arrête de faire comme si tu allais partir… Souffla-t’il, me regardant.

– Je ne fais pas comme si Ilian ! Tu sais quoi ? J’en ai marre ! Combien de temps ça fait nous deux ? Cinq mois ? Tu ne te rends même pas compte que c’est la première fois que je dure aussi longtemps avec quelqu’un ! Tu veux que ça continue ? M’écriais-je énervé

– Mais bien sûr que oui ! S’exclama-t’il, les larmes aux yeux.

– Pourtant tu trouves ça dégoutant non ?!? Tu n’ais même pas foutu de faire ce que je TE fais ! Alors ça sert à quoi ? Je pensais que c’était toi qui voulait qu’on soit ensemble ! Mais apparement tu n’es pas encore assez mur pour avoir une relation homosexuelle !

Je le vis alors se figer sur place, tétanisé.

– Jaeden… Qu’est-ce que… Commença-t’il, étonné.

– J’me casse ! Retorquais-je tournant les talons.

Un soupir de soulagement et je me libérais dans la bouche de Hugo, qui m’acceuillit avec joie. Un bras sur mes yeux, je n’osais pas regarder Hugo. Pourquoi fallait-il toujours qu’Ilian réapparaisse dans les mauvais moments ? Je ne pouvais m’empêcher de penser à ce baiser que nous avions échangés dans le parc, si doux et si pur…

– Jaeden ?

J’enlevais mon bras au son de la voix et le regardais. Ses yeux verts m’hypnotisaient, et doucement je passais ma main sur sa joue, l’embrassant par la suite. J’étais avec Hugo, pas avec Ilian. Avec douceur, je le fis basculer sur le dos, ne cessant de l’embrasser. A mon tour, je le deshabillais, l’excitant plus qu’il ne le fallait. Mes mains se posèrent sur ses fesses, et tendrement, je commençais la préparation, ennivré par ses doux gémissements. Quelques minutes plus tard, j’entrais en lui dans un soupir de bien-être, posant ma tête dans le creux de son cou. Doucement, je commençais de long va-et viens, sentant le plaisir me faire perdre la tête… Encore une fois…

J’étais assis sur mon canapé, zappant sur différentes chaines, sans vraiment les regarder. Au loin, j’entendais Kain faire la vaiselle, et Ilian tambouriner contre la porte. Kain, une fois sa tache finit vint s’asseoir près de moi, un petit sourire aux lèvres.

– D’habitude ce n’est pas toi qui va frapper à sa porte ? Me demanda-t’il rigolant légèrement.

– On est plus ensemble. Répondis-je froid.

– Ce n’est pas vraiment l’impression que ça donne…

– Mêle toi de ce qui te regarde.

J’augmentais alors un peu le volume, essayant de cacher le son des poings d’Ilian sur la porte. Mais après quinze minutes de coups frénétiques, il abandonna et je l’entendis parler.

– S’il te plait Jaeden ouvre moi… Je… Je ne veux pas que ça finisse comme ça… Je suis désolé… Je ne trouve pas ça dégoutant, c’est juste, que je ne l’ais jamais fait moi et que je sais très bien que je vais mal m’y prendre… Lacha-t’il, dans un sanglot.

– De quoi il parle ? Me demanda Kain, les sourcils fronçés.

– Tais-toi ! Retorquais-je coupant le son de la télévision.

Ilian toqua une nouvelle fois, mais je ne vins pas lui ouvrir. Alors il continua, désespéré.

– Je ne veux pas que tu me quittes… Je… Je t’aime ! Je ferais tout ce que tu voudras, je te la ferais ta fella…

– OH ! OH ! OH , s’écria Kain, se levant immédiatement et se dirigeant vers la porte d’entrée.

– Kain qu’est-ce que tu fous ! M’exclamais-je alors qu’il defaisait le verrou.

Il ouvra alors à Ilian, le regardant une grimace sur les lèvres.

– Je n’ai vraiment pas besoin d’entendre les détails de vie sexuelle de mon petit frère Ilian…. Entre.

– Désolé… Fit Ilian, rouge de honte.

Furieux, je me rasseyais sur le canapé, zappant encore plus.

– Je vous laisse, soyez sage. Nous dit Kain, avant de refermer la porte derrière lui.

Enervé, je mis une chaine au hasard, diffusant des courses de moto. Je sentis Ilian s’asseoir à mes côtés, mais ne le regardais pas.

– Jaeden… Souffla-t’il, posant sa main sur mon épaule.

– Je n’ais pas été assez clair tout à l’heure ? Retorquai-je froid, mais ne bougeant pas, appréçiant sa main sur mon épaule.

J’avais mal au coeur de lui parler comme ça, mais j’étais à bout. Ses mots me faisaient mal, d’autant plus que cela m’énervait de ressentir ce sentiment. Ilian se rapprocha alors, et il me prit dans ses bras, plongeant sa tête dans mon cou. Je sentis immédiatement des larmes venirent le mouillé, et je fus pris de remord.

– Arrête de pleurer… Dis-je, en posant ma tête contre la sienne.

– Je ne veux pas que tu me quittes…

– Si ça te dégoute tellement autant arrêter tout de suite…Tu te trouveras une fille et…

– Mais c’est toi que je veux !

Il avait crié cette phrase, et cela m’avait surpris. Immédiatement il bassa la tête, géné.

– Ilian… Soupirais-je, moi aussi géné.

Mais avant que je ne puisse continuer. Ilian m’embrassa, s’accrochant agressivement à mon cou. Sous le choc, je le laissais faire, me demandant d’où lui venait cette soudaine once de courage. Je sentis alors ses mains s’aventurer sur mon entre-jambe, et cela me refroidit instantanément. Ce n’était pas du tout comme ça que je voulais que ça se passe. Immédiatement je l’éloignais de moi, sous son regard surpris.

– Je.. Je t’ai fait mal ? Je ne sais pas comment faire, attend, je vais m’apliquer ! Lacha-t’il, se rapprochant de moi.

– Hey ! Qu’est-ce qui se passe ? Où est mon petit ami ? Fis-je, étonné.

– Mais Ewen m’a dit… Commença-t’il

– Depuis quand tu demandes des conseils à Ewen en matiere de sexe ?!? Le coupais-je. Je… Je ne veux pas que tu me sautes dessus ! Enfin si, mais non…Argh !

Je n’arrivais pas à m’expliquer et cela m’énervait. Je me levais alors, faisant les cent pas, cherchant la meilleur façon de lui dire.

– Je veux que tu me sautes dessus, mais je veux que tu en ais envie avant tout… Pour la fellation c’est pareil… Dis-je, en le regardant droit dans les yeux. Quand je te le fais, c’est parce que j’ai envie de te faire ressentir du plaisir, j’ai envie que… Je sais pas j’en ai envie… Et toi tu détruis tout en me disant que ça te dégoute.

– Je… Je ne sais pas comment faire… Se justifia-t’il, baissant la tête.

– Quand on a couché pour la première fois ensemble, c’était pareil, tu ne savais pas, et pourtant c’était merveilleux, je n’ai jamais pris un tel pied ! Je suis là, c’est à moi qu’il faut demander des conseils, pas à ton cousin qui n’a pratiquement jamais touché quelqu’un de sa vie…

– Quoi ? Demanda Ilian, étonné.

– Quoi quoi ? Répétais-je, en m’asseyant sur le canapé.

– Ewen ne l’a toujours pas fait ?!?

– Non, il se réserve pour quelqu’un qu’il aime m’a-t’il dit…

Il éclata alors de rire et s’asseya bien au fond du canapé, callant son cou sur le dossier.

– J’arriverais pas à m’empêcher de rire demain matin en le voyant… Je… J’étais persuadé… Dit-il, un sourire amusé aux lèvres.

– Et oui, tu es beaucoup plus expérimenté que la coqueluche du lycée… Rétorquais-je sur le même ton.

Je me mis alors à le regarder. Sa peau laiteuse et ses beaux yeux verts m’électrisaient toujours autant… Sans vraiment m’en rendre compte, je cédais, me rapprochant de lui et l’embrasant. Il me rendit immédiatement mon baiser. Nos langues s’enroulèrent dans une douce valse, et mes mains passèrent derrière sa nuque, le faisant se coller à moi. A bout de souffle, il interrompit le baiser, me prenant dans ses bras.

– Je suis désolé… Je ferais des efforts, c’est promis… Me dit-il, d’une petite voix.

– Fais-en juste lorsque tu en auras envie… Je peux bien attendre encore un peu. Répondis-je en reprenant ses lèvres.

Mes mains vinrent alors se loger sous son pull, et doucement, je le fis glisser sur les coussins du canapé, lui embrasant le cou.

– Jaeden… Gémit-il… Ton frère…

– Il est parti. Dis-je, enlevant mon tee-shirt.

– Mais il a dit qu’on devait rester sage… Fit Ilian, dans un petit sourire.

Pourtant ses mains se posèrent sur mon torse, et il passa une jambe de l’autre côté de ma hanche… Il en avait autant envie que moi. Ravi, je m’allongeais sur lui, une main dans ses cheveux, et l’autre sur sa joue. Mon nez vint se frotter au sien et chastement je l’embrassais.

– Kain ne dit que des conneries… Murmurais-je, avant de reprendre ses lèvres fougeusement.

Je revins doucement à la réalité alors que je sentais que je ne tiendrais plus longtemps. Doucement, j’ouvris les yeux, m’attendant à retrouver Hugo les yeux fermés, mais au contraire, je vis celui qui n’arrêtait pas de troubler mes pensées. Je secouais vivement la tête mais rien ne changea, je perdais la tête jusqu’au bout.

– Tant pis… Soufflais-je, avant de l’embrasser goulement.

J’augmentais alors mes coups de reins, touchant sa prostate. Les ongles d’Ilian s’enfonçèrent sur mes épaules et ses jambes se resserèrent autour de mes hanches. Il ne pouvait s’empêcher de crier, galvanisé par le plaisir qu’il ressentait. Je ne lachais plus sa bouche, l’embrasant sans relache, jusqu’à ce que j’éjacule en lui, dans un soupir rauque. Ilian me suivit immédiatement, me serrant le plus fort possible entre ses bras. Essouflé, je me couchais sur lui, sentant sa main carresser mon dos.

– je t’aime… Souffla-t’il, embrassant ma joue.

Je relevais la tête et croisait son regard emeraude. Mon nez vint frotter le sien, comme j’adorais le faire il y a quatre ans, et un sourire vint étirer mes lèvres.

– Je t’aime aussi…

Mais à l’instant même où je disais ces quatre mots, Ilian disparu pour laisser place à un Hugo rayonnant. Les larmes aux yeux, il m’embrassa, me serrant assez fort. Perdu, je n’eus aucune réaction. C’est alors que la réalité m’assaillit, amenant avec elle une vague de remords. J’avais embrassé Ilian. J’avais… Plus ou moins couché avec Ilian. Et j’aimais toujours Ilian.

**

Le lendemain matin, je me reveillais difficilement. Je n’avais pas vraiment dormi, ne cessant de me tourner et retourner dans mon lit, essayant de comprendre ce qui m’arrivait. Alors que je croyais en tout ce que m’avait dis Kain. Alors que je pensais que ma vie était auprès de Hugo malgré son écart. Alors que j’avais si bien réussi jusqu’à présent, je me retrouvais au même point qu’il y a quatre ans. Des questions pleins la tête et le coeur serré.

Lentement, je me levais, passant ma main sur mon visage. Hugo devait sûrement être parti, ce qui me laissait un peu de temps afin de réfléchir. J’allais rapidement m’habiller dans la salle de bain, étant déjà en retard. En m’étirant, je me dirigais vers la cuisine, mais à peine y fus-je entré que je m’arrêtais, croisant ce regard émeraude que je redoutais tant…

– Tu avais oublié que j’avais pris un congé ? Me demanda-t’il, voyant mon visage étonné.

– Oui… Soufflais-je géné.

Il me sourit et se leva, me déposant un léger smack sur les lèvres.

– Tu pourrais prendre ta journée aussi, histoire de se faire une journée rien qu’à deux. Je t’ai fait un petit déjeuner complet…

Plus il parlait, plus je sentais mon estomac se comprimer violement. Je devais réfléchir, et je n’y arrivais pas? Je ne pouvais pas lui faire ça. Même s’il m’avait trompé, je lui avais pardonné hier, et dans la nuit, je l’avais plus ou moin trompé à mon tour. Il continuait de parler, ne se rendant pas compte de mon désarroi intérieur. Pourtant se fut lorsque je passais ma main sur mon visage qu’il s’arrêta, me regardant surpris.

– Quelque chose ne va pas ? Demanda-t’il, surpris.

– Je…

La vérité était que je ne savais pas quoi lui dire. Comment le lui avouer ? Son regard émeraude me paralysait, et géné, je détournait la tête.

– Je suis… Plus ou moins avec quelqu’un… Dis-je maladroitesement.

– Quoi ? Demanda-t’il, perdu.

– Pendant que l’on était plus ensemble… J’ai… J’ai embrassé quelqu’un d’autre.

Un voile de tristesse se posa sur ses yeux, et il laissa ses bras retomber le long de son corps.

– C’est du sérieux ? Fit-il, d’une petite voix

– J’en sais rien. Répondis-je, perdu.

– Et… Ce qu’il s’est passé cette nuit… Tu m’as dit que tu m’aimais !

– Je sais… Et c’est vrai mais… Je crois que je l’aime aussi…

Ses yeux s’embrumèrent à cet instant, et j’eus du mal à ne pas le prendre dans mes bras. Je venais de lui faire espérer quelque chose, et je m’en voulais.

– Qu’est-ce que ça veut dire Jaeden ? Souffla-t’il, perdu.

– Je pense… Fis-je hésitant, Je pense que tu devrais te trouver un autre appartement

– Alors Tu me quittes ? Comme ça ?

– J’ai besoin de réfléchir… Je ne sais plus où j’en suis.

Il ne répondit rien, se contentant de me regarder tristement. J’étouffais, il fallait que je sorte de cet appartement. Immédiatement, je me retournais et pris ma veste ainsi que ma sacoche, puis je partis. J’entendais au loin Hugo m’appeler, mais j’avais besoin d’être seul.

J’entrais dans ma voiture et je démarrais en trombe, voyant dans le retroviseur le visage dévasté de Hugo qui m’avait suivi. J’avais mal au coeur mais je ne m’arrêtais pas. Je conduisis beaucoup trop vite et arrivais rapidement à mon travail. Ne saluant personne, je montais à mon bureau, m’asseyant sur mon fauteuil et prenant ma tête entre mes mains. Trop de choses bouillonnaient en moi. Trop de questions auxquelles je n’avais pas encore de réponses. Qui aimais-je ? Hugo ou Ilian ? Tout se passait tellement bien avant que je n’accepte ce poste. Que je n’accepte ce dossier. Pourquoi avais-je voulu être aussi curieux ? Je ne regrettais rien de ce qui s’était passé entre moi et Ilian, mais tout était beaucoup moins compliqué avant…

Mais la sonnerie du téléphone me fit sursauter, et hésitant, je le pris.

– Docteur Sadler ? Le jeune homme de la dernière fois demande à vous voir, il dit que c’est urgent. Puis-je le faire monter ?

Un soupir passa le barrage de mes lèvres. Pourquoi m’avait-il suivi ? J’étais las de toute cette histoire. Je ne voulais pas le voir. Pas maintenant.

– Non… Inventez quelque chose mais ne le faites pas monter s’il vous plait.

– Bien monsieur Sadler.

La réceptioniste raccrocha et je repris ma tête entre mes mains, m’en voulant atrocement. Mais alors que je voulais appeler le directeur et prendre ma journée, quelqu’un tocqua à ma porte. Immédiatement, je sentis une boule dans mon ventre. Etais-ce Hugo ? Hésitant, je dis à la personne d’entrer, et me figeais alors que je découvrais Ilian, le visage furieux.

– Tu n’as pas changé ! Cracha-t’il, énervé. Tu… Comment peux tu encore me refaire cela ? Ces paroles quand tu étais bourré ? C’était quoi ? Du cinéma pour que je me dévoile enfin à toi ? Et ce baiser dans le parc…

Il pris une pause, semblant chercher ses mots. Peu à peu, je sentais un profonde tristesse en moi. Ce que j’avais ressenti il y a quatre. En dix fois pire.

– L’homme que tu as baisé hier soir t’attends. Reprit-il, froid. Il est en train de parler avec ton cher ami le directeur que tu veux tant éblouir. Oublie ma présence pour notre rendez-vous, il vaut mieux. Trouve une excuse, trouve quelque chose, mais ne me demande pas de te faire face aujourd’hui… Je… Je…

Il baissa la tête et se retourna, ne me laissant pas le temps de dire quelque chose.

– Je commençais à te faire confiance… Je… Tu n’as pas changé. Tu refais les mêmes erreurs. Je te détestes !

Ces trois derniers mots achevèrent de me briser, et alors qu’il claquait la porte, je me sentis attiré vers un puit sans fond. Je me revoyais quatre ans plus tôt, étendu sur le sol, sentant mon sang couler sur le ciment glacé. Je me revoyais pleurer en appelant celui que j’avais aimé. Encore une fois, il m’avait claqué la porte au nez. Il ne m’avait pas écouté. Il ne m’avait pas expliqué. Je me levais alors, complétement déconnecté. Si je refaisais les même erreurs qu’avant, autant les faire jusqu’au bout non ?

**

La nuit était tombé depuis quelques minutes et je me trouvais encore dans ce jardin. Près de cette maison abandonnée, dans cette ville que j’avais quitté il y a quatre ans. Les gamins l’appellaient la maison hanté maintenant. En y regardant de plus près, ils avaient raison. Dire qu’avant je passais toutes mes soirées ici. C’était la maison d’un de mes amis, encore un gars populaire qui entrait dans mon cercle d’ami tout ça parce que ça faisait « cool ». J’avais fais beaucoup de conneries ici. D’ailleurs ma première fois s’était faite, dans une des chambres de cette maison, mais je serais incapable de dire laquelle… C’était dans ce salon que j’avais vu que je ne laissais pas Ilian indifférent, et à cet endroit même où je l’avais embrassé pour la première fois.

Je portais une nouvelle fois la bouteille de wisky à mes lèvres et bu deux gorgées, avant de la reposer près des cadavres de bouteilles de bierre et de vodka qui jonchaient le sol. En une journée, j’avais détruit la deuxieme personne que j’avais aimé. Et la première m’avait achevée. Ilian avait raison, je refaisais les mêmes erreurs qu’avant. Mais s’il y a quatre ans, il m’avait laissé m’expliquer, s’il avait écouté ce que j’avais à lui dire, il aurait compris. La seule bétise que j’ai commis, a été de ne pas lui dire que je l’aimais. J’avais tellement peur de ce sentiment. Appartenir à quelqu’un, cela sonnait tellement faux dans ma tête il y a quatre ans. Mais avait-il vraiment espéré que je lui dise ? Il ne me l’avait jamais demandé et à peine m’avait-il quitté qu’il avait été se faire sauter par son cousin…

Son cousin. Dire que s’était lui qui nous avait présenté. Dire que s’était lui qui nous rabibochait lorsque nous nous disputions. Ma main se serra contre le goulot de la bouteille. Qu’est-ce que ce crétin avait de plus que moi ? C’était un meilleur coup… Voila ce que Ilian avait dit à l’avocat. C’était un meilleur coup. Moi je n’avais été que celui qui l’avait dépucelé. Je n’avais été que celui qui lui avait appris…Violement je jettais la bouteille de wisky contre la barrière du potager. La bouteille se cassa en mille morceaux et je sentis les larmes couler sur mes joues. Je ne devais pas pleurer. Pas pour lui. Je l’avais pleuré pendant si longtemps. Je me souviens encore du jour où il m’a dit qu’il me quittait. Du jour où j’ai cessé de l’appeler, cesser de venir frapper chez lui. Du jour où j’ai ramené un autre mec chez moi, pour l’oublier, mais ça n’a pas marcher, car j’ai pleurer. Plus que d’habitude. Je me souviens du jour où je l’ai rencontré, lui. Mauvaise rencontre, sûrement, mais j’en avais tellement besoin. Je commençais à oublier Ilian avec tout ce qu’il me donnait. Mais tout à basculer. Encore une fois. Je me souviens du visage de mon frère en larmes, me demandant d’arréter mes conneries. Qu’il n’en vallait pas la peine. Si j’avais su que je le reverrais quatre ans après, je n’aurais sûrement pas pris la peine de me ré-éduquer. Je n’aurais pas fait d’effort, et serais peut-être encore paralyser. Au moins, je n’aurais pas eu une deuxieme fois le coeur brisé.

J’avais laissé un homme qui m’aimait pour lui, même s’il ne savait pas. Je refusais de me remettre avec Hugo. S’était trop tard. Peut-être que s’il ne m’avait pas trompé… S’il n’y avait pas eu cette période où je refusais de le voir… Peut-être notre couple aurais réussi à survivre. Cette nuit m’avait montré que retrouver Ilian avait tout boulversé. Depuis le jour où j’avais vu son nom sur ce dossier, mon coeur s’était mis à battre fort. Beaucoup trop fort. Kain avait raison. Hugo ressemblait beaucoup trop à Ilian. Inconsciement, je l’avais fait exprès. Parce que j’étais…

– Je savais que je te trouverais ici.

Immédiatement je levais la tête, pour voir le regard triste de mon frère. Ce regard que je n’aimais pas voir sur lui. Je le déçevais encore une fois, mais je n’avais pas le choix.

– Rentre chez toi, j’ai besoin d’être seul. Articulais-je, faiblement.

Mais il ne m’écouta pas, et s’asseya près de moi, levant la tête vers le ciel étoilé.

– La dernière fois que je t’ai laissé seul, je ne t’ai plus revu pendant deux mois. Dit-il, sérieusement. C’est une infirmière qui m’a appelé, pour me dire que mon frère se trouvait dans un état critique, et qu’il lui fallait une transfusion. Alors excuse-moi, mais il est hors de question que je te laisse seul à nouveau.

– Comme tu veux. Répondis-je, en haussant les épaules.

Je me redressais et pris une bouteille de vodka, que j’ouvrais, avant d’en boire deux gorgées. Kain ne dit rien, à ma plus grande surprise. Sûrement pensait-il que le fait que je revienne à cet endroit montrait que j’en avais vraiment besoin.

– Elle a décidé de garder le bébé… Soupira-t’il, les yeux dans le vague.

– Chouette ! Je vais être tonton ! M’exclamais-je, sur le même ton.

– Non. Elle veut me faire signer un papier comme quoi je n’ai aucun droit sur l’enfant.

– Pourquoi ?

– Parce que je lui ai dit que ça ne faisait pas longtemps nous deux, et que je ne me sentais pas encore prêt pour en avoir un.

Je le regardais surpris, mais ne dis rien, et je repris la bouteille entre mes mains. Je lui tendis et il en but quelque gorgées avant de faire une grimace et de la reposer au sol.

– Les femmes, c’est trop compliqué, c’est pour ça que j’ai choisis les mecs ! Fis-je, en prenant une gorgée de vodka.

– Je ne sais pas, en te voyant dans cet état je me dis que je devrais me faire moine. Répliqua alors Kain, un petit sourire aux lèvres.

J’éclatais alors de rire, recrachant la gorgée que je venais de prendre, mon frère me suivit et un long fou rire nous prit, sûrement pour libérer toutes tensions. Quelques minutes plus tard, je reprennais doucement ma respiration. L’alcool me montait à la tête et j’avais de plus en plus envie de dormir. Alors que je me reposais contre le mur, je sentis Kain m’enlever des mains la bouteille de vodka, et la vider sur la pelouse. Je n’émis aucune résistance, complètement shooté.

– Le quelqu’un d’autre, c’est Ilian n’est-ce pas ? Finit-il par dire, me remettant debout.

Il évita alors mon regard et passa mon bras autour de son cou.

– Hugo est venu voir si tu n’étais pas chez moi.

Je ne répondis rien, ne sachant que répondre. Ma tête bascula dans son cou, et il m’aida à marcher jusqu’à sa voiture. Alors qu’il m’asseyait à ses côtés et qu’il attachait ma ceinture, je décidais de me laisser aller à mon sommeil, tout en lui confiant mes tourments.

– Kain ? Dis-je faiblement, les yeux fermés.

– Mmh ? Fit-il, essayant de m’attacher.

– Je crois que je suis toujours amoureux d’Ilian…

**

Les rayons du soleil chauds et gênants vinrent troublés mon sommeil. Dans un effort surhumain, je changeais de côtés et me mettais sur le ventre, callant ma tête sur mon bras. J’avais un mal de crâne énorme et mon corps me faisait souffrir, comme si j’avais couru un marathon. Mais en plus de ça, je me sentais triste. Je n’avais pas envie de me lever. Pas envie d’aller dehors et de profiter de ce beau soleil. J’avais envie de rester là, dans ce canapé défonçé, et essayer de dormir. Penser que toute ma vie n’est qu’un cauchemar et que je vais bientôt me réveiller…

Alors que j’essayais de me rendormir, la porte d’entrée de l’appartement de mon frère se mit à claquer, achevant de me réveiller. Mes mains se posèrent sur ma tête, et je me levais, regardant tristement mon frère.

– J’ai un mal de crâne épouvantable, tu pourrais pas faire attention ? Demandais-je, passant ma main sur mon visage.

– Désolé. Répondit-il dans une grimace.

Je me rallongeais sur le canapé, allumant la télévision, zappant sur différentes chaines afin de trouver une qui me convienne.

– Ton directeur a appelé, je lui ai dit que tu étais malade, et que tu iras travailler demain. Fit Kain, s’asseillant sur le fauteuil.

– Ok, merci.

– Et…Hugo a aussi appelé.

Mes mains se crispèrent sur la télécommande et je regardais Kain attendant qu’il continue.

– Il veut te voir. Fit-il, sérieusement.

– Je sais. Répondis-je, m’asseyant.

– Qu’est-ce qui va se passer Jaeden ?

– Je vais le quitter.

– Jaeden…Soupira Kain, se levant.

– Ce n’est pas pour Ilian, je sais très bien qu’il ne se passera jamais rien, mais je ne peux pas continuer avec Hugo alors que j’ai des sentiments pour quelqu’un d’autre.

– Ça c’est sûr il ne se passera rien maintenant.

Cette phrase me surprit, et je levais la tête vers lui, étonné. Il sembla se rendre compte de la boulette qu’il venait de faire car il fuya mon regard.

– Non , mais Ilian est dans un hôpital psychiatrique, alors c’est sûr…

Je le regardais bizarement. Kain ne savait pas mentir. Encore moins que moi. Mais je n’avais pas la tête à chercher ce qu’il me cachait. Je me levais et dirigeais vers la douche. Sous le jet d’eau, j’entendis Kain me dire qu’il allait travailler, et lui répondais par un simple « Bonne Journée ».

La mienne se passa lentement, je fis pratiquement rien, me contentant de regarder la télévision. Ce fut vers Cinq heures que je décidais de rentrer chez moi. Je pensais voir Hugo encore en train de pleurer, mais ce fut tout le contraire, et cela me soulagea.

Il se tenait assis sur le canapé, deux grosses valises bien remplies près de lui. A peine fus-je entré qu’il se leva, me regardant tristement. Ses yeux rougis me firent comprendre qu’il avait eu du mal à faire ses bagages. J’enlevais ma veste et posais ma sacoche, m’approchant de lui. Il s’asseya et j’en fis de même. Il fut le premier à rompre le silence.

– Qui c’est ? Me demanda-t’il, d’une petite voix.

– Tu ne le connais pas. Répondis-je sur le même ton.

– C’est du sérieux ?

– Je ne sais pas. Je suis presque sûr qu’il ne se passera rien entre lui et moi mais…

– Si je…Si je ne t’avais pas trompé, tu n’aurais pas cédé hein ? Tu ne l’aurais pas embrassé.

Cette phrase me déchira le coeur et je plantais mon regard dans le sien. Je ne lui répondis rien, ça ne servait à rien. Mais alors que j’allais m’excuser, je sentis ses lèvres venirent se poser sur les miennes. Encore une fois, je le laissais faire. Mais cette fois, ce n’était rien d’autre qu’un baiser d’adieu, cela se ressentait. Après un temps assez long, nos lèvres se relachèrent et nous nous levâmes. Hugo prit ses deux valises et sortit de l’appartement.

– Prends soin de toi Hugo. Dis-je, faiblement.

Il se retourna, et m’embrassa encore une fois. Un simple effleurement qui me brisa le coeur.

– Je suis sûr qu’il est aussi nul que moi. Je t’aime !

Il partit aussitôt, ne regardant pas le sourire amusé qui tronnait sur mes lèvres. Il descendit les marches de l’escalier et je ne le vis plus. Ainsi s’achevait notre histoire. Avec un pincement au coeur, je fermais la porte, posant mon front dessus. J’avais mal au coeur. Décidement, je ne me comprenais pas. Je me retournais alors pour voir mon appartement, comme il était avant. Je n’y voyais plus la présence d’Hugo, même si son odeur restait présente.

Je m’approchais alors de mon bureau pour découvrir un cadre contenant une photo de nous deux. Doucement je passais mes doigts sur le visage souriant d’Hugo. Un sourire triste et j’abaissa le cadre, me retournant par la suite. Ma soirée se passa tout aussi lentement que la journée. Hugo me laissait un vide énorme. Je me sentais seul. C’est sur ce même sentiment que j’espérais que demain serait un jour meilleur…

**

Le lendemain, j’arrivais à mon travail, allant directement mon bureau. Je savais que Paul ne serait au sien car il avait décidé de passer le week end avec sa femme. Je fus surpris de découvrir que celui-ci était ouvert, et doucement, j’entrais, découvrant alors Melvin, assit sur un fauteuil.

– Je peux savoir ce que vous faites là ? Demandais-je, étonné.

– Il fallait que je te parles.

Sa voix était froide, mais ce qui me surprit le plus fus qu’il me tutoyait. Je n’avais aucune envie d’avoir ce genre de rapprochement avec lui.

– Il fallait prendre rendez-vous alors. Dis-je, tout en m’asseyant.

Il ne répondit rien et me fixa. Je fis de même, mais alors que j’allais lui demander le but de sa visite, je vis qu’il avait dans ses mains le même cahier que j’avais donné à Ilian. Pourquoi l’avait-il avec lui ?

– C’est son cahier. Dit-il, avant de le poser devant moi.

– Ce n’est pas à vous de me le donner. Répondis-je sérieusement.

– Comment as-tu pu lui faire ça ?

Sa voix était hargneuse. Que voulait-il dire par ça ? Qu’avait marqué Ilian dans son cahier pour qu’il me jette ces mots à la figure.

– Je ne vois pas de quoi vous parler ! M’exclamais-je, énervé.

Il se leva alors, fou de rage. Je vis au même instant Ilian apparaître dans l’embrasure de la porte, étonné de voir Melvin là. Mais je le vis se décomposer lorsqu’il entendit Melvin prononcer cette phrase :

– Tu es infecte ! Tu as laché Ilian alors qu’il se faisait violer ! Il a vécu un enfer à cause de toi !

Je sentis mon coeur loupé un battement. Mon cerveau avait cessé de fonctionner. Je ne voyais qu’Ilian, dont les yeux s’était rempli de larmes. Etait-ce vrai ? Je m’approchais alors de lui. Mes mains tremblèrent alors que j’arrivais à sa hauteur.

– Est-ce que c’est vrai Ilian ? Demandais-je, d’une petite voix.

– Tu crois ce que les fous te racontent maintenant ?

Sa voix n’avait jamais été aussi froide et tranchante. Pourtant, il ne pouvait s’empêcher d’avoir les larmes aux yeux. Et cela me fit comprendre qu’il s’était bien passé quelque chose. Il me tourna alors le dos et s’enfonça dans le couloir, mais je le rattrapais. Il ne pouvait pas me laisser comme ça. Toutes mes certitudes volaient en éclats. Je lui attrapais le bras et le retournais violement, pour voir un Ilian en pleur. Il craquait. Et cela me faisait peur.

C’était vrai, et je n’avais rien vu. Je voulu alors le prendre dans mes bras. Je n’avais aucune réaction. Je sentais mon coeur se briser mais mon cerveau ne voulait pas se remettre en marche. Mais il se débatit, et finit par s’enfuir. Je le suivis, et le vis prendre n’importe quel chemin, mais il se cogna contre un coin, et les points de sa tentative de suicide cedèrent sous le coup.

– Ilian ! M’écriais-je aussitôt

Mais il continua, courant bien trop vite pour moi. Je le perdis au tournant d’un couloir. Mais un cri me parvint aux oreilles et immédiatement je suivis le son. Mon coeur battait si fort qu’il me faisait mal à la poitrine. J’avais du mal à respirer et les larmes me venaient aux yeux. La réalité me prennait doucement de haut. Pour me piétiner une nouvelle fois. Alors que je dérivais dans un autre couloir, je vis Ilian collé dos au mur, son poing replié contre son torse, regardant avec crainte l’infirmière devant lui. Celle-ci s’approchait vers Ilian, une seringue de tranquilisant à la main.

– Tu ne me laisses pas le choix Ilian ! Tu n’as pas le droit d’être ici sans aucune permission ! Dit-elle avant de se jetter sur Ilian.

Il poussa un cri et se débattit, mais il était trop faible face à cette infirmière.

– Non ! Criais-je, courant le plus vite possible.

Mais ce fut trop tard. L’infirmière planta la seringue dans le bras d’ilian, et ce dernier croisa mon regard. Ses yeux papillonèrent, et il perdit connaissance. Satisfaite, l’infirmière se recula alors que je me jettais sur Ilian, l’empêchant de tomber par terre.

– Docteur Sadler ? Je…Je ne savais pas ! S’exclama-t’elle perdu.

– Je vous ai crié de ne pas le faire pourtant ! Criais-je, méchamment.

Mes yeux se posèrent alors sur la seringue qui gisait au sol. Je la pris en main et constatait avec colère qu’elle était vide. Il n’avait pas besoin de la dose entière ! M’écriais-je effaré.

– Je ne savais pas, il se débattait…

Je pris alors Ilian bien au creux de mes bras et le levais. Je n’avais encore aucune difficulté à le porter, mais cette fois je n’y fis pas attention. Je me mis à marcher vite, en direction de l’infirmerie et appela une infirière qui vint tout de suite. J’attendais alors dehors pendant qu’elle stoppait l’hémoragie. Mon coeur ne voulait pas freiner son rythme. Des images me revenaient, des images auxquelles je n’avais pas fait attention… Pourquoi n’y avais-je pas fait attention ?

– Docteur Sadler ?

Je relevais la tête pour voir l’infirmière d’Ilian. Elle s’approcha de moi et me tendit son dossier.

– J’ai reussis à stopper l’hémoragie et à le recoudre, mais la piqure l’a vraiment sonné, il ne se réveillera pas avant quelques jours.

– Est-il possible de le faire retourner dans sa chambre ? Demandais-je, ouvrant immédiatement le dossier.

– Oui bien sûr.

– Et peut-on l’alimenter par transfusion ?

– Oui, je vais m’occuper de çela

Elle retourna dans la chambre d’Ilian et quelques minutes plus tard, des brancardiers rentrèrent dans la chambre afin d’amener Ilian dans la sienne. Elle sortit peu après avec les perfusions en mains..

Ils installèrent Ilian dans son lit, et l’infirmière le brancha sous perfusion, me laissant alors seul avec lui. Timidement, je m’asseyais sur le rebord de son lit et le regardais sans vraiment le voir. J’avais mal au coeur, mais ma douleur ne pouvait pas être comparable à la sienne. Melvin avait raison, je l’avais laché. Au bout de deux semaines j’avais cessé de venir vers lui, alors qu’il avait besoin de mon aide. Je l’avais abandonné. Tout simplement.

Il était là, endormi paisiblement dans ses draps blancs. Comment avait-on pu toucher à Ilian ? Il était tellement innocent, tellement pur. Une question ne cessait de me trotter dans la tête. Etais-ce Ewen qui lui avait ça ? Il l’avait tué. Ilian était-il vraiment atteint de folie où jouait-il un jeu pour ne jamais sortir d’ici. Pour ne plus jamais souffrir ? Je ne cessais d’angoisser à l’idée qu’il m’ait demandé de l’aide et que je ne l’ai pas écouté. Mais je ne me souvenais pas. Si j’avais su… J’aurais tué moi-même cette personne pour éviter à Ilian de devoir le faire. Il ne méritait pas tout ce qu’il vivait. Et moi je ne faisais qu’en rajouter en l’embrassant, en ne faisant que rouvrir une plaie.

Je décidais de le veiller, ne souhaitant pas qu’il se réveille seul. Toutes ces questions devaient restés de côtés pour le moment. Tout ce que je voulais, c’était qu’il me raconte de lui même. Encore plus maintenant. J’approchais la chaise du bureau près du lit, et m’y asseya dessus, croisant mes bras contre ma poitrinne. Je ne cessais de fixer Ilian, espérant qu’il se réveille. Mais rien ne se produisait, alors je continuais d’attendre.

La nuit venait de tomber sans que je ne m’en rend vraiment compte. J’entendis quelqu’un frapper à la porte et levait la tête pour voir avec surprise Paul dans l’embrasure.

– L’infirmière en chef m’a téléphoné, je suis venu voir comment il allait. Me dit-il, entrant dans la pièce.

– Son état est stable, mais j’ai préféré le mettre sous perfusion, il ne doit pas manquer un repas.

– Tu as eu raison.

Je lui souriais tristement et regardant le visage si angélique d’Ilian. Je sentis alors la main du directeur contre mon épaule et un faible sourire étira mes lèvres.

– C’est votre sortie qui l’a mis dans cet état ? Tu ne m’as pas raconté…Souffla le directeur, s’asseyant sur le rebord de la fenêtre.

Je le regardais alors. Que devais-je faire ? Lui dire la vérité ? Lui dire tout ce que je savais ? Biensûr que non. Comment pouvais-je raconter à quelqu’un ce qu’Ilian n’était toujours pas près à me dire…

– Non… La sortie s’est bien passé. Dis-je, passant une main sur mon visage.

– Alors qu’est-ce qu’il s’est passé ? Demanda-t’il, croisant ses bras.

– Il s’est disputé avec Melvin, je pense que c’est ça qui l’a chamboulé.

J’avais évité son regard en disant cette phrase. Je le vis alors regarder à son tour Ilian, puis se lever. A l’embrasure de la porte, il se tourna vers moi.

– Tu te rappelles toujours que ton nouveau patient arrive lundi ? Demanda-t’il la main sur la poignée

– Oui, ne t’inquiete pas. Répondis-je sérieux.

Il acquiesça de la tête et je reposais mon regard sur Ilian, mais sa voix me parvint une nouvelle fois.

– Jaeden ?

– Mmh ?

– Tu ne sais pas mentir.

Il partit aussitôt ne me laissant pas le loisir de me justifier. Cela voulait-il dire qu’il me laissait carte blanche ? Je ne souhaitais pas vraiment me poser la question. Je voulais simplement aider Ilian à ma façon. Même si j’avais quitté Hugo pour lui, il était hors de question qu’il l’apprenne. Je voulais devenir son ami. Juste son ami. Je voulais qu’il me raconte. Qu’il se soulage, même si çela me briserait sûrement le coeur. J’aurais dû avoir des doutes. J’aurais dû continuer à essayer de le convaincre de me dire ce qui n’allait pas. J’aurais dû faire quelque chose.

Deux jours passèrent sans que je ne laisse Ilian seul. Je ne le quittais des yeux juste pour aller au toilette ou pour dormir un peu. Je voulais être le premier qu’il voit à son réveil. Qu’il se dise que malgré le fait que je savais maintenant, je ne le laisserais pas seul.

Pourtant, ce jour là, une infimière vint m’appeller pour venir signer des papiers concernant le transfert de mon nouveau patient. Je me levais, peu décidé, et marcha d’un pas rapide vers l’administration. Toutes les lumières étaient allumées signe que la nuit était tombée. Dans la chambre, je ne cessais de penser au couple que nous formions Ilian et moi avant, cherchant dans les paroles d’Ewen une quelquonque remarque ou mauvaise intention. Mais je ne trouvais rien. Je signais les papiers rapidement puis saluais les infirmières. Je revins rapidement dans la chambre d’Ilian, croisant quelques patients au passage qui me parlèrent. Je finis par arriver vers la piece, et mon coeur se mit à battre rapidement lorsque je reconnu la voix d’Ilian.

– Ca fait longtemps que tu es ici ?

– Deux jours. Depuis qu’ils t’ont fait cette piqure je suis resté à ton chevet.

Mes mains se crispèrent alors que je reconnaissais la voix de Melvin. Comment cet enflure pouvait-il dire des choses pareilles ? Je m’avançais alors pour apparaître dans la chambre mais me stoppait alors qu’Ilian reprennait la parole.

– Je t’avais interdit de lire ce journal ! Tu m’as trahi, tu n’avais aucun droit d’en parler à Ja…Au docteur Sadler ! S’exclama-t’il, vivement.

– Mais il t’a fait soufrir, ce n’est pas lui qui devrait être ton psychiatre ! Répondit Melvin, d’une voix plaintive.

– Mon psy et le garçon de mon journal ne sont pas les mêmes, ils ont peut-être les même noms mais ils n’ont rien en commun !

– Je ne te crois pas…Souffla Melvin décontenancé.

– Et bien ne me crois pas, mais ne fous pas sa carrière en l’air tout ça parce que tu as lu des choses idiotes dans un simple journal !

– Depuis quand tu t’inquiète de la carrière de quelqu’un ?!? Il n’est pas venu te voir de tout le week end, ça ne te fais rien ?!?

Melvin était un sacré menteur, et j’étais persuadé qu’Ilian le croyait.

– De toute façon il n’est que mon medecin, pourquoi viendrait-il me veiller ? Répliqua Ilian.

– Pourtant je trouve que tu parles souvent de lui. Dit tout à coup Melvin, sur une pointe de jalousie.

Ilian éclata alors de rire, un rire froid, ironique.

– C’est mon psy, rien que ça ! Non mais tu l’as regardé ? Qui pourrait l’apprécier. Ce type me tappe sur les nerfs et ce n’est qu’un idiot. A cause de toi, je vais devoir rattraper ce que tu as dis ! Tu n’avais pas le droit de le dire !

– Je sais, je suis désolé Ilian…Je me suis emporté…

Peu à peu, ma haine se tranforma en tristesse. Ma main retomba le long de mon corps, et je me retournais. Je n’étais que ça à ses yeux alors ? Pourquoi avait-il répondu au baiser dans ce cas ? J’avais mal au coeur. Je n’avais même pas envie de pleurer, même pas envie de boire. Je le savais sans vouloir me l’avouer. Ilian avait tiré un trait sur moi depuis bien longtemps…

Peut-être que c’était mieux finalement ? J’étais son docteur et je ne pouvais jamais envisager un possible nous.Tout cela était interdit. Pourtant, je sentais mon coeur se serrer à chacun de mes pas. Melvin avait gagné. Oui, c’était sûrement mieux, chacun revenait à sa place. Je n’étais plus en rage, non j’étais las. Je voulais retrouver la tranquilité que j’avais avant, celle que j’avais avec Hugo. Mais ça je ne le pouvais plus…

**

Je rentrais alors chez moi, retrouvant la solitude de mon appartement. Ennuyé, j’en levais ma veste et mes chaussures puis marchais en direction de la cuisine, où j’ouvrais le frigo. Je sortis le restant de lasagne qu’Hugo avait préparé, et le mis dans le four, avant d’aller prendre une douche bien mérité. L’eau chaude glissait sur moi et sous celle-ci je me sentais bien. Je ne pensais plus à rien et cela m’apaisait. Pourtant, la sonnerie de mon téléphone retentit. Je laissais sonner une fois ne voulant pas quitter l’eau chaude. Mais la sonnerie rettentissante m’y força finalement. Après un juron , je coupais l’eau et sortais de la cabine. Je m’enroulais dans une serviette et me dirigeais vers le téléphone qui sonnait une nouvelle fois.

– Oui ?!? Dis-je, sans ménagement.

– Jaeden ? C’est Paul, excuse moi de te déranger si tard, mais j’ai un problème…Fit-il, sérieusement.

– Lequel ?

– Ilian…Il refait une crise… Comment se fait-il qu’il ne savait pas que tu l’avais veillé ? Bref, il a refais une crise et je n’ais réussi à le calmer qu’en lui promettant que je t’appellerai…

– D’accord j’arrive.

Je ne laissais même pas le temps à Paul de me remercier que je racrochais. Mon coeur battait à un rythme effreiné et je n’arrivais pas à enlever ce sourire qui m’énervait. J’entrais dans ma chambre et attrapais un boxer, jean et pull propre avant de me sécher rapidement les cheveux. Je passais ensuite dans la cuisine et éteignit le four, et puis je m’habillais et sortais.

Je conduis encore une fois bien trop vite, mais je ne pouvais pas m’en empêcher. Alors que j’avais fait une croix sur Ilian, ce dernier m’appellait une nouvelle fois à l’aide. Je me garais n’importe où et rentrais dans l’hopital à vive allure. Je pris l’ascenseur et arrivais à l’étage des chambres. Immédiatement j’entendis la voix d’Ilian, plus qu’énervé.

– Je veux le voir ! Vous m’entendez ! Allez le chercher vous avez promis ! Cria-t’il, la voix enrouée.

Je me mis à courir et arrivais essouflé devant la porte de la chambre d’Ilian, croisant son regard plein de larmes.

– Je suis là… Soufflais-je doucement.

Je rentrais alors dans la chambre et m’accroupissant à son niveau. Il ne me lacha pas du regard, comme s’il voyait un mirage.

– Alors tu te fais encore remarquer…Dis-je, dans un petit sourire.

Je le vis alors esquisser un faible sourire et regarder le directeur, puis reposer son regard sur moi. Je compris alors qu’il voulait être seul avec moi.

– Peux-tu nous laisser s’il te plait ? Demandais-je, regardant le directeur à mon tour.

– Tu es sûr ? Me fit-il, indécis.

– Oui. Bonne soirée.

Il acquiesça et sortit de la pièce refermant la porte derrière lui. Immédiatement, je me sentis poussé vers le sol, tombant sur les fesses. Ilian venait de se jetter dans mes bras, callant sa tête dans mon cou. Je le sentis sangloter, et me serrer encore plus contre lui.

– Pourquoi tu n’es pas revenu ? Murmura-t’il, la voix pleine de larme.

– Revenu d’où ? Demadais-je, faiblement.

– Melvin m’a dit que c’était lui qui était resté à mes côtés, mais c’est toi n’est-ce pas ?

A ce moment, je pouvais lui dire la vérité. Remonter dans son estime et gagner sa confiance. Pourtant, je ne pouvais pas, je ne devais pas oublier ma place…

– Non… Je suis désolé, je n’ai pas eu le temps. Soufflais-je, en fermant les yeux.

– Menteur. Répliqua-t’il, refermant un peu plus sa prise. Tu as laissé ton livre sur le bureau, ton parfum sur la chaise et… Et je sentais ta présence… Quand je dormais… Pourquoi est-ce que tu mens ?

Je plongeais alors ma tête dans son cou, respirant son odeur. Cette odeur qui m’avait tant manquée.

– Parce qu’on ne peut pas… Articulais-je, passant mes bras autour de sa taille.

Aucun de nous deux ne bougèrent. J’étais bien, incroyablement bien. Je retrouvais une sérennité que je n’avais plus connu depuis un moment…

– J’aimerais revenir quatre ans avant… Avoua Ilian, se remettant droit.

– Moi aussi…  Murmurais-je croisant son regard.

Sa main vint alors se poser sur ma joue. Une douce caresse légère qui fit battre mon coeur. Ce n’était plus professionnel, mais je n’avais plus envie de m’en empêcher. Ses lèvres se rapprochèrent, jusqu’à toucher les miennes. Un effleurement. Un effleurement qui me laissa sur ma fin. Immédiatement je mis ma main sur sa nuque et le rapprochait. Ses lèvres retouchèrent une nouvelle fois les miennes, plus violement cette fois.

Vivement, il mis ses bras autour de mon cou et se leva sur ses genoux, laissant son torse toucher le mien. Il avait besoin de ce baiser autant que moi. Sa langue fut la première à vouloir intensifier le baiser, et immédiatement je lui donnais l’accès, les entremellant frénétiquement. Mes mains se posèrent sur ses hanches alors que je me laissais totalement glavaniser par ce baiser. Après un temps assez long, nous nous séparâmes, Ilian posant son front contre le mien. Essouflé, Ilian reposa ses deux mains sur mes joues, et ses lèvres vinrent se reposer sur les miennes dans un chaste baiser. Il se rasseya et me prit une nouvelle fois dans ses bras. Je me callais alors contre le mur et le serra contre moi. Ma main vint se poser sur ses cheveux, le caressant. Je le sentais peu à peu s’endormir et me sentait moi même fatigué. Dans un dernier effort, Ilian mit sa tête dans mon cou et m’ensserra la taille avec ses bras.

– Tu m’as manqué…Souffla Ilian, avant de s’endormir.

J’attendis un peu, sentant mon coeur battre de plus en plus fort. Ma tête se posa contre la sienne et j’embrassais son front delicatement.

– Tu m’as manqué aussi Ilian…

**

Je me réveillais alors dans la nuit et regardais ma montre. Il était deux heures du matin. Je ne pouvais laisser Ilian là sur le sol, alors soigneusement, je le pris entre mes bras, et me levais. Je l’allongeais sur son lit rabattant les couvertures. Mais alors que j’allais me lever, il m’aggripa, me regardant avec des yeux larmoyants.

– Reste…Supplia-t’il, d’une petite voix.

– Je vais sur la chaise. Répondis-je

Je le vis alors se décaler, me laissant une place dans le lit. Touché, je lui souriais.

– Je ne peux pas, si quelqu’un rentre…Je suis désolé. Répondis-je géné.

Il ne me répondit rien, mais je sentis qu’il était déçu. Il se rallongea alors dans son lit, mais ne lacha pas ma main pour autant. Souriant, je passais ma main dans ses cheveux. Mais alors que je le regardais, je ne cessais de me demander si je pouvais lui poser la question. Mon regard se posa alors sur le cahier que Melvin avait ramené. Ilian le vit car il se redressa immédiatement et prit le cahier entre ses mains le ramenant contre sa poitrine.

– J’aimerais que tu me racontes… Dis-je, me rapprochant un peu de lui.

– Non ! Fit-il, craintif. Il ne s’est rien passé, Melvin t’a raconté des sautises !

– Alors tu n’aurais pas de mal à me le faire lire non ? Je ne veux pas te juger je veux juste…

Ma voix mourrut et je détournais le regard.

– J’aimerais juste comprendre. C’est pour cette raison que tu m’as quitté ? Si tu me l’avais dis Ilian, je… Je l’aurais tué de mes propres mains pour que tu n’es pas à le faire. Il n’avait pas le droit de te toucher ! Tu étais à moi… Il n’avait pas le droit.

Je baissais la tête sentant mon coeur se serrer. Une profonde tristesse vint se loger dans mon coeur et je ne dis plus rien. Mais je sentis Ilian me prendre dans ses bras.

– Laisses moi le lire… Murmurais-je, le regard triste. Je crois… Je crois que j’en ai besoin Ilian…

Une larme coula sur sa joue et il baissa la tête. Ses mains se posèrent sur le cahier et sans un mot, il me le tendit. Il se calla ensuite contre le mur et posa sa tête contre ses genoux. La peur au ventre je l’ouvrais.

Les premières lignes qui dechirèrent mon coeur. Ce fut finalement la plus grosse erreur que je faisais de ma vie. Ces mots si blessant et pourtant je les avais pensé aussi, lorsqu’il m’avait quitté. Je vivais la scène qu’il écrivait, retrouvant l’attitude d’Ewen. Pourquoi l’avait-il enmené dans ce bar ?. Je remontais dans mes souvenirs, à la recherche de cette soirée. Et mon coeur se serra encore plus lorsque je devina la scène à laquelle Ilian avait assisté. Le baiser. Mes mains se crispèrent sur le cahier, et je relevais la tête pour regarder Ilian. Il n’avait pas bougé, la tête toujours entre ses bras. Je repris alors ma lecture, revivant cette soirée, mais d’un autre point de vue. Je revis le soir où il m’annonça qu’il me quittait, ne pouvant pas m’empêcher de lui en vouloir. S’il m’avait expliqué. S’il m’avait dit, hurler dessus, je lui aurais alors tout expliqué. Expliquer que tout cela n’était qu’un coup monté.

Les mots défilaient sous mes yeux, enmenant avec eux une vague de dégout. Dégout pour l’homme que j’avais cru être mon ami.

Alors que j’allais me laisser aller à fermer les yeux pour quitter ce monde un instant, je me sentis attirer vers le haut. Tout se passa si vite. A peine eus-je entendu « Tu vas voir, je vais réussir à te le faire oublier », que déjà ses lèvres non désirées se posaient sur les miennes, en un contact qui me révulsa.

Nerveux, voulant tenir jusqu’au bout, Je ne dis rien, empêchant la colère de trop monter en moi. Je ne cessais de me demander ce qui avait pu se passer dans la tête d’Ewen. J’entrais dans celle d’Ilian, et plus je lisais, plus je comprenais la rancoeur qu’il avait envers moi. Je sentis mon ventre se tordre atrocement lorsqu’il parla de la soirée où j’avais ramené un homme chez moi. Mais encore une fois il était parti bien trop tôt.

Malgé le fait que je me sente mal, ce qui suivis acheva de me détruire, et je sentis les larmes couler sur mes joues. A cause de moi, par ma faute, il s’était fait violer. Le cahier me glissa des main avant que je ne finisse ma lecture. J’avais mal au coeur et à l’âme. Comment avais-je pu ne rien voir ? Pourquoi a-t’il fallu que cela se passe ? C’est alors que je me rendis compte que toute cette histoire n’avait été qu’un malentendu. Si Ilian avait su ce qui s’était vraiment passé… Mes mains se posèrent sur mes yeux et j’étouffais avec peine un sanglot. Mon coeur hurlait. Je ne pouvais même plus regarder Ilian, j’avais trop honte de ce que j’avais commis. Tout était ma faute.

– Je… Je ne t’ais jamais trompé… Soufflais-je la voix tremblante.

Je sentis Ilian relever la tête et me regarder, mais j’étais incapable d’en faire de même. Il se leva alors, et sortit du lit, apparement énervé.

– Arrêtes tes conneries ! Je t’ai vu ! Cracha-t’il les points serrés.

– Non… Je l’ai laissé m’embrasser mais… Je ne t’ai pas trompé. Pendant deux ans, il n’y a eu que toi, c’est justement pour ça que je l’ai laissé m’embrasser…

Je n’y arrivais pas. Cela était impossible pour moi. Comment pouvais-je croiser son regard alors que tout ce qui lui était arrivé était de ma faute. Inconsciement je l’avais tué. Tout ça parce que j’étais égoiste et que je n’osais pas m’avouer que je lui appartenais à l’époque.

– Casse-toi… Souffla-t’il dans un murmure avant de reprendre plus fort. CASSE-TOI t’entends ! Je ne veux plus te voir ! Tu n’existes plus ! Je… J’en ai assez, laisse moi tranquil !

Je sentais sa voix se briser de plus en plus. J’étais aussi détruit que lui, mais il ne le comprenait pas parce qu’il ne savait pas. Sans rien dire je me levais, et sortis de sa chambre. Mon cerveau avait cessé de fonctionner et je sursautais alors que j’entendais le bruit caractéristique d’un livre qu’on jette sur une porte. Ilian m’en voulait. Et il avait totalement raison. Totalement inconscient, mes pas me menèrent à mon bureau, où je m’affalais dans mon fauteuil. Les larmes se remirent à couler le long de mes joues et je laissais le temps passer.

Ce ne fut qu’une heure plus tard que je me ressaisissais, voyant poser sur le bureau le livre que j’avais acheté pour Ilian. Je ne lui avais pas encore donné… Soupirant, je posais ma tête sur le dossier de ma chaise, regardant le plafond. S’il avait su ce qu’il s’était réellement passé…j’aurais pu lui éviter toutes ces souffrances. Je posais alors mon regard sur le bloc note près de moi. Et s’il savait ? Je ne savais pas si cela l’aiderais, tout ce que je savais, c’est que je voulais qu’il sache la vérité. Tremblant, je pris un crayon et me redressais. Je ne savais pas vraiment quoi écrire, et je n’avais pas vraiment la plume d’Ilian. Alors j’allais laissé mon coeur me dicter mes mots…

«  Je me souviens de cette soirée. Celle où tu m’as vu me faire embrasser par un autre homme. Je ne t’ai pas trompé, j’en étais incapable. Avant toi, je n’avais jamais eu de relation aussi longue, et l’idée d’appartenir à quelqu’un me semblait totalement absurde. Puis je t’ais rencontré. Je trouvais vraiment beau et ta timidité m’amusait. Je me souviens la première fois que je t’ais vu, dans un de ses fameux cours d’informatique que je détestais. Il a suffit que je te vois pour ne plus m’empêcher de penser à toi. Je suis revenu souvent dans ce même cour, mais jamais je n’arrivais à te parler. Tu semblais si éloigné de moi. Je me souviens de tout ce que je faisais pour que tu me remarques,et tu as mis un temps fou avant de vraiment me voir. Puis j’ai appris que tu avais un cousin et je suis devenu son ami pour essayer de t’approcher. Et j’ai réussi à le convaincre de t’amener à une soirée. Et ce fut là qu tu m’as remarqué. Je pensais qu’au bout d’un mois, tout finirais, que je me lasserais de toi, comme de tous les autres, pourtant, tous les jours je ne faisais que penser à toi et cela m’énervait. Mes amis ne m’interessaient plus et j’étais passé au simple mec casé. J’ai passé deux superbes années avec toi. Deux années sans te dire une seule fois ce que tu me répétais sans cesse. J’étais tellement anxieux de savoir ce que tout le monde pensait que je te faisais du mal.

Ce soir là, je voulais être seul, pour réfléchir. J’avais besoin d’être seul. Le fait d’entendre tout le monde parler de moi m’étouffait. Mais même si je voulais être seul, je n’ais pas pu m’empêcher d’aller dans ce bar où nous allions souvent, dans l’espoir sûrement de te voir. Mais tu n’étais pas là. J’ai vu un de mes amis et me suis installé à ses côtés. Je m’en souviens comme si c’était hier. De ses paroles qui m’étouffaient. Qui faisait remonter en moi toutes mes angoisses.

– J’arrive pas à croire que tu es casé…Et pas qu’un peu…Deux ans maintenant…Me dit-il, un sourire aux lèvres.

– Ce n’est pas comme si on était mariés non plus alors arrête ! Répliquais-je légèrement énervé.

– Sans tromperies, ruptures, pauses… Je trouve ça plutôt surprenant.

– Je suis bien avec lui, c’est tout.

– Serais-tu amoureux ?

Ces trois mots m’avaient glaçés le sang et immédiatement je le regardais méchament.

– Bien sûr que non, tu sais très que je ne m’investis pas dans une relation.

– Ce n’est pas ce que je dirais ça fait deux ans entre vous Jaeden.

– Va te faire foutre !

Il me regarda alors avec un petit sourire en coin. Doucement il s’approcha de moi et posa sa main sur ma hanche.

– Si tu t’en fiche tellement, pourquoi es-tu toujours avec ?

Je ne répondis rien. Je n’avais tout simplement aucune réponse. Pour moi, je t’aimais juste bien. Ce fut lorsque je sentis ses lèvres se poser sur les miennes que je compris que je me mentais à moi même. J’aimais ta façon de me parler, ta façon de me prendre dans tes bras. J’aimais le fait que tu rougisses à chaque fois que je t’embrassais sur la joue, j’aimais être avec toi, ta présence, ton humour. J’aimais ton visage lorsque tu prenais du plaisir. J’aimais quand tu m’embrassais. C’était tellement magique à chaque fois… Ce n’étais pas le même baiser que j’échangeais avec lui. C’était quelconque. C’est alors que je compris. Je ne t’aimais pas juste bien. Je t’aimais tout court. Je le repoussais sous cette constatation, lui lançant un regard surpris.

– Ca fait un moment que je voulais t’embrasser. Me dit-il en hausant les épaules.

– Je suis avec Ilian ! Répondis-je, méchament.

– Je croyais que tu t’en fichaiss…

– Il faut croire que non !

Immédiatement, je sortis du bar voulant rentrer à mon appartement. J’avais envie de te le dire , mais au vue de l’heure, j’ai préféré attendre, et la dernière fois que je suis venue dormir en douce chez toi, tes parents te sont encore tombé dessus. En soupirant, je pris le dernier bus et rentrais à mon appartement. La route ne fut pas bien longue et j’arrivais devant mon immeuble. Je montais les marches, les mains dans les poches. Mon frère devait être à l’appartement et j’espérais vraiment qu’il n’avait pas ramené une fille. J’arrivais devant ma porte, mais brusquement celle-ci s’ouvrit, te dévoilant. A ma vue, tu te figeas immédiatement, laissant tomber le sac que tu portais par terre.

– Ilian ! Dis-je ravi, Tu venais me voir ?

Tu ne dis rien et me laissa m’approcher. J’aimais effleurer tes lèvres, sentir que tu voulais ce baiser plus que moi. Tes lèvres avaient l’odeur du tabac, une odeur qui avait le don de me rendre fou même si je te disais de ne pas fumer. Pourtant alors que je voulais approfondir ce baiser, tu me repoussa, un air de colère sur le visage.

– Tu me dégoutes Jaeden ! Eloigne toi de moi, tu me dégoutes ! Crachas-tu, violement.

Mon coeur fit un bon dans sa poitrinne alors que tu me lançais ces mots que je n’aurais jamais voulu entendre de ta part. Combien de fois l’avais-je entendu de la part de ma mère, et de mon père ? Je ne voulais pas que tu les dises. Moi qui ne savais pas pourquoi je ne te disais pas je t’aime, j’en avais la raison. Je ne voulais pas tomber amoureux de toi Ilian. Je ne voulais pas souffrir lorsque tu partirais, lorsque tu en aurais assez de moi. Mais je me suis laissé prendre au piège…

– Je te quitte !

Ces trois mots me détruirent le coeur plus que je ne l’aurais immaginé. Pourquoi ? Cette question ne cessait de venir me hanter alors que je te voyais reprendre ton sac et partir. Je relevais la tête pour voir la mine déconfite de mon frère et immédiatement je tournais les talons pour te retrouver. Je ne pouvais pas te laisser me quitter ! Je me mis alors à ta poursuite, criant ton nom à en perdre haleine. Pourtant tu ne te retournas pas et entra dans la voiture de ton cousin sans un regard pour moi. Mon coeur se brisa à cet instant. Cet instant où je vis la voiture démarrer en trombe. Tu t’éloignais de moi. Je sentis la main de mon frère se poser sur mon épaule, et il me prit dans ses bras. Je ne dis rien encore choqué par ce que tu venais de faire.

– Je suis désolé… Souffla Kain, passant sa main dans ses cheveux.

– Je… J’ai quand même le droit d’avoir mon mot à dire ! Balbutiais-je les larmes aux yeux.

Il me serra encore plus fort et nous montâmes en haut. Je me sentais mal, atrocement mal. J’essayais de comprendre ce que j’avais beau faire, mais je tournais en rond.

– Tu veux manger quelque chose ? Me demanda Kain, inquiet.

– Non… Je vais dans ma chambre.

D’un pas las je marchais jusqu’à ma chambre avant de m’affaler dans mon lit. Les yeux fixés au plafond, je pris mon portable entre mes mains et composait ton numéro. Bien sur tu ne décrochas pas.

– C’est moi… Rappelle moi s’il te plait….

Je trouvais rien d’autre à dire à son répondeur. Alors que dehors les réverbères s’éteignaient me laissant dans le noir complet, j’évacuais ma peine, pleurant pour la première fois depuis deux ans.

Deux semaines passèrent sans que je ne te vois. J’allais tous les jours en cour espérant de croiser, toi ou ton cousin, mais je ne voyais aucun de vous. Je ne cessais de t’appeller, te laissant divers messages, mais jamais tu ne me répondais. J’avais essayé de t’appeller chez toi, mais là encore, ça sonnait dans le néant. Ce fut ce jour là que je décidais de passer te voir. Au lieu de rentrer chez moi apès les cours, je pris la direction de la maison de tes parents, et la peur au ventre, je frappais à la porte. Personne ne vint, alors je pris mon téléphone et envoyais un message à Ilian. Un simple « Tu me manques » qui résumait bien tout. Peu de temps après, la porte s’ouvrit, dévoilant Ewen, surpris. Il regarda alors derrière lui et sortit, fermant la porte.

– Laisse moi voir Ilian s’il te plait ! Dis-je faiblement.

– Je suis désolé Jaeden, lui ne le souhaite pas. Me répondit-il une grimace sur les lèvres.

– Je m’en fiche, il a décidé tout seul de rompre, il me doit une explication !

Ewen soupira et haussa les épaules, le regard triste.

– Je ne sais pas ce qui lui prend… J’ai essayé de le résonner mais il ne veut rien entendre.

– Qu’est-ce que tu racontes ? Demandais-je méfiant.

– Ça fait un moment que je le voyais discuter avec quelqu’un sur le net, mais je ne pensais pas que ça prendrait de telle proportion…

– Ewen ! Je comprend rien là !

– Il sort avec quelqu’un d’autre.

Immédiatement, je me reculais les larmes aux yeux. Mon énervement retomba tout de suite et je baissais les bras. Il avait quelqu’un d’autre. Il n’avait pas perdu de temps.

– Ok… Murmurais-je avant de me retourner et de partir.

Les mains dans les poches, je regardais cette maison, et plus précisement la fenêtre de ta chambre. J’avais été bête de croire que tu resterais à moi indéfiniment. La pluie se mit à tomber, et je repris mon chemin. Je ne voulais pas rentrer chez moi, je voulais juste t’oublier. Alors j’allais redevenir celui d’avant, celui que plus rien ne touche.

J’entrais dans un bar et croisait le regard du garçon qui m’avait embrassé la dernière fois. Il s’approcha immédiatement de moi et m’offrit un verre. Un verre, puis un deuxieme, puis un troisième. Tout se passa tellement vite, que je n’eus pas le temps de réagir. Mon cerveau avait cessé de fonctionner, je voulais t’oublier par tous les moyens. Complètement ivre, je le conduisais chez moi. La suite, tu l’as connais. J’ai couché avec lui, sous ton nez. Si j’avais su… J’aurais du regarder dans le salon, j’aurais dû… J’ai abandonné. Je t’ai abandonné au moment où tu avais le plus besoin de moi. J’ai cru ton cousin alors qu’il avait tout mis en oeuvre pour nous séparer… Je ne cesse de me demander si nous serions encore ensemble si rien ne s’était produit… Je suis certain que oui.

Le soir où tout à basculer, je voulais te dire que je t’aimais… Le soir où j’ai coucher avec lui, j’ai compris que plus jamais tu ne me reviendrais. Si tu étais resté, ce soir là… Tu l’aurais entendu partir. Et tu m’aurais entendu pleurer…

Ne dis jamais que je ne t’aimais pas… »

Je posais alors le stylo sur la table. Mon regard se posa sur le lac, et un soupire s’échappa de mes lèvres. Tout était beaucoup plus simple avant… Des images ne cessaient de défiler dans ma tête, des images d’Ewen faisant du mal à Ilian. Mon coeur martellait ma poitrine… Il fallait qu’il sache la vérité. Je ne souhaitais pas me donner le bon rôle… Seulement lui dire que j’étais sincèrement désolé.

La peur au ventre, je pris la lettre et la pliait en deux, puis la posais dans le livre. Je me levais et montait jusqu’à l’étage des chambres. En peu de temps je me retrouvais devant la porte de la chambre d’Ilian. Je frappais, mais il ne me répondit rien. Doucement, j’entrais, et découvrit avec surprise qu’il dormait dans son lit. Il était roulé en boule de son lit, tenant quelque chose dans sa main. Curieux, je pris ce quelque chose et découvris une photo de nous. Pas n’importe laquelle, celle que j’avais moi aussi. Le coeur serré, je posais le livre sur la table de nuit, et la photo dessus. Je lui faisais plus de mal que de bien, et cela m’énervait. Sans bruit, je mis sa couette sur lui, et passait ma main sur dans ses cheveux. Je m’en voulais de lui avoir fait subir ça… Le coeur en miette, je sortis de la chambre, prenant soin de ne pas faire de bruit. Peut-être qu’un jour, il pourrait me pardonner…

Nothing to prove – Chapitre 6

Chapitre 6 écrit par Lybertys

Je marchais d’un pas assez rapide jusqu’à ma chambre, n’ayant envie que d’une chose à cet instant précis : me retrouver totalement seul avec moi-même. Il fallait que je cesse de faire trembler douloureusement en moi ce cœur qui se réveillait pour la première fois depuis longtemps. J’avais beau me dire qu’il fallait que j’oublie tout cela, que je redevienne celui que j’étais depuis mon procès, je ne pouvais que constater qu’il me fallait beaucoup plus de temps qu’à l’accoutumée. Je le savais maintenant et j’en étais sûr, la vue de Jaeden embrassant un autre homme m’était impossible à soutenir. Cela faisait ressortir de bien trop sombres souvenirs, faisant ressurgir ce sentiment en moi que je m’efforçais d’oublier depuis plus de quatre ans.

Arrivé dans ma chambre, je claquais presque la porte, allant directement jusqu’à mon lit, m’asseyant dessus en m’adossant contre le mur. Il fallait que je me ressaisisse et vite. Mon regard se posa directement sur le cahier que Jaeden m’avait donné et sur lequel j’avais commencé à décrire une partie minime du passé qui m’avait amené ici. Une envie de le prendre et de m’en débarrasser au plus vite me nouait les tripes et pourtant je n’esquissais aucun geste pour mettre à exécution ce désir. J’étais comme paralysé, bloqué à regarder ce pauvre cahier qui ne faisait finalement que m’entraîner un peu plus loin dans ma chute. Tel un vieux fantôme, il me narguait sur mon bureau, hors de mon atteinte. Fallait-il que je le finisse pour m’en sentir enfin détaché ? Cela me permettrait-il d’exprimer une dernière fois ce que j’avais été et tirer une croix définitive sur cet être qui n’avait plus sa place ici depuis longtemps et qui pourtant continuait de sommeiller en moi ?

Je rabattis mes genoux contre ma poitrine, me mettant dans une position fœtale, une position où je me sentais bien. Mon cœur battait à une allure extrêmement rapide, ne sachant pas se calmer ou rester sur un rythme régulier. Je choisis de prendre une profonde inspiration, avant d’expirer, réitérant le même geste plusieurs fois afin de m’apaiser. En parallèle, je me raisonnais en me disant qu’il était tout à fait normal que Jaeden ait refait sa vie, et qu’il l’avait de toute façon refait alors que nous étions encore en couple.

Jamais plus je ne voulais être exposé à cette vision. Mes pensées finirent par dévier de nouveau sur le fait que son amant le trompe. Je ne savais même pas pourquoi j’avais réagis comme cela, peut être sous le coup de la colère. Pourtant, je sentais aussi que Jaeden ne me croirais pas. On fait toujours confiance à ceux qu’on aime, peut être justement un peu trop… Mais je le sentais, j’avais installé le doute en lui, et il suffisait que je le conforte dans cette idée quand le moment serait propice. Je ne lui souhaitais pas ma douleur et pourtant un désir de vengeance s’insinuait en moi. Après tout je n’étais pas le fautif, ce n’était pas moi qui le trompait, j’essayais juste de lui ouvrir les yeux. C’était un crime qui avait pris trop d’importance dans ma vie, un crime qui l’avait fait basculer et que je tenais pour responsable de ma chute vertigineuse.

Peu à peu, je retrouvais mon calme, me noyant dans la rancœur qui m’avait fait tenir jusqu’à aujourd’hui. Alors que j’allais me redresser un peu, j’entendis que l’on frappait à ma porte. Je ne pris bien évidemment pas la peine de répondre quoi que ce soit, ni de regarder quel était l’intrus qui venait me déranger.

–              Ca va Ilian ? me demanda alors Melvin qui venait de pénétrer dans la pièce.

Je redressais lentement la tête vers lui, et il ajouta :

–              Je peux venir ? Me demanda-t-il en pointant une place libre sur mon lit.

J’acquiesçais simplement, n’ayant pas vraiment envie de me mettre à parler.
Melvin vint prendre place à côté de moi, peut être un peu trop près car je pris un peu mes distances une fois qu’il fut installé. Le silence s’installa entre nous, créant une ambiance assez spéciale. Finalement, ce fut après un temps qu’il finit par prendre de nouveau la parole :

–              Tu as rangé tes cahier ? Je peux en lire un autre ? Enfin, tu peux m’en prêter un autre…
–              Je ne les ai plus pour le moment, répondis-je assez sèchement.
–              Ah bon ? Pourquoi ?

Je choisis de ne pas répondre, après tout, il n’avait pas à savoir, et je n’avais surtout pas envie de lui en parler. J’étais de plus en plus froid avec lui et je ne savais même pas pourquoi. Alors qu’il était le seul que je supportais jusqu’à maintenant, sa présence maintenant à mes côtés avait quelque chose d’irritant. Melvin se leva, et se dirigea jusqu’à mon bureau, s’arrêtant sur  le cahier que m’avait donné Jaeden.

–              Je peux le lire lui ?
–              Non ! M’exclamais-je un peu trop brusquement, faisant sursauter Melvin.

Il tourna alors son visage blessé vers moi, n’étant pas habitué à ce que je lui parle ainsi. D’une voix penaude, il déclara :

–              Je viendrais te chercher pour manger dans une heure, enfin… Si tu veux manger avec moi…

Il se dirigea la tête baissée jusqu’à ma porte, et au moment où il eut la main sur la poignée, je pris une profonde inspiration et lui dis avant qu’il ne sorte :

–              Je suis désolé Melvin… Je… A tout à l’heure.

Melvin tourna alors sa tête vers moi et m’offrit un petit sourire, avant de me laisser seul comme je le désirais depuis le début. Je restais un temps assis sur mon lit à ressasser tout ce passé et ce présent, ne cessant de jeter plusieurs coups d’œil à ce cahier posé sur mon bureau. Peut être que si je finissais, peut être que si je l’écrivais une bonne fois pour toute, je pourrais définitivement tirer un trait là-dessus, abandonnant mes états d’âmes et ce qui faisait encore vibrer mon cœur de douleur, le fragilisant indéniablement. Je pourrais alors, même face à Jaeden, devenir réellement la personne que je m’efforçais à être depuis maintenant quatre ans.

Alors que je me redressais pour aller m’asseoir à mon bureau, ne voulant pas laisser filer cette envie, j’entendis quelques coups frapper à ma porte, et Melvin entrer en disant :

–              Tu viens Ilian, on va manger ?

Je m’étais tellement enfermé dans ma bulle que je ne m’étais même pas rendu compte du temps qui passait, et que l’heure de solitude qu’il m’avait offerte prenait maintenant fin. Je jetais un coup d’œil sur ce fameux cahier, me promettant que je finirais cette histoire dès ce soir, y passant toute la nuit s’il le faudrait pour me séparer définitivement de ce personnage. J’appréhendais tout autant que je désirais cet instant.

C’est ainsi décidé que je partis à la suite de Melvin en direction du réfectoire. Rapidement, nous nous retrouvâmes assis à une table un peu à l’écart des autres. Je subissais toujours le regard des autres patients face à ce que j’avais commis, mais n’y prêtait pas attention. Voilà longtemps maintenant que le regard des autres ne m’intéressait plus, moi qui y portait tellement d’importance quatre ans auparavant, timide comme jamais. Si certaines remarques fusaient, Melvin les faisait taire du regard ou d’une remarque acerbe, me protégeant malgré moi. Je le laissais faire, ne voyant aucun argument pour le faire cesser.
Alors que nous mangions en silence, j’entendis soudain Melvin me proposer :

–              Il y a un film sympas qui passe ce soir à la salle de télévision, si ça te dis de venir avec moi…
–              Je tu sais… Je n’aime pas trop regarder la télé ici avec tous les autres, répondis-je en pensant à mon projet de ce soir.
–              Mais je ne te demande pas d’aller le voir avec tous les autres… Juste avec moi, on s’en moque des autres…

Je parus surpris par sa dernière réplique, mais je n’en laissais rien paraitre. Après tout un film ne me ferait pas de mal, cela me viderait la tête avant de me mettre à écrire. Et puis peut être que cela pardonnerait mon attitude un peu froide avec lui en ce moment.

–              Ok… Déclarais-je simplement, faisant illuminer le visage de Melvin d’un sourire.
–              Merci Ilian…

Nous finîmes le repas dans le même silence qu’au début, puis nous nous rendîmes lentement jusqu’à la salle de télévision, le film n’allant pas tarder à commencer. Nous étions arrivés les premiers et nous eûmes tout loisir de choisir la meilleure place, nous installant confortablement.

Le film était assez simple, mais se regardait très agréablement. Heureusement, peu de monde était venu le regarder, et nous fûmes assez tranquilles. Lorsqu’il fut terminé, je remerciais Melvin pour cette soirée, et après lui avoir souhaité bonne nuit, je regagnais ma chambre, ayant quelque chose qui m’attendait depuis trop longtemps maintenant. Arrivé dans ma chambre, j’attrapais de quoi me laver et me rendis à la douche.

Une fois propre, j’enfilais un pyjama et me rendis directement à mon bureau, m’asseyant non sans précipitation sur ma chaise. Fébrilement, je saisis mon stylo et ouvris mon cahier à la page où je m’étais arrêté. Je n’eus pas besoin de relire ma dernière phrase, m’en rappelant parfaitement. J’avais juste à poser mon stylo sur le papier et le laisser glisser. Je pris une profonde inspiration, sachant que ce qui allait suivre n’allait vraiment pas être facile. Puis sans perdre une minute de plus, je me lançais…

Alors que je croyais le temps arrêté, j’entendis la voix d’Ewen m’appeler plusieurs fois, mais je ne parvins pas à lui répondre, ni à avoir la moindre réaction. Même les larmes ne coulaient pas. Je… Je ne savais plus quoi faire, et encore moins comment réagir et le pire dans tout cela, c’était que je ne parvenais pas à détacher mon regard de la scène atroce de traitrise qui se déroulait sous mes yeux. Le baiser n’en finissait pas, et le temps s’allongeait indéfiniment. Je voyais les mains de l’autre homme, certainement plus à son goût que moi, passer et repasser sur le corps de mon amant, l’attirant toujours plus près. Quel idiot d’avoir cru qu’il m’aimait alors même qu’il ne me l’avait jamais soufflé à l’oreille. Il se contentait de se satisfaire de mon corps, violant mon amour sans la moindre pitié. Ces deux années prenaient le goût amer du mensonge. Ce fut finalement le bras de mon cousin qui me tira fermement en arrière, me forçant à me retourner, m’arrachant à cette vue qui me tuait à petit feu. Sans que je n’ai le temps de réagir, Ewen m’entraîna à l’extérieur du bar. Une fois dehors, j’allais directement m’adosser au mur, ne sentant plus mes jambes me soutenir. Ewen vint tout de suite à côté de moi et me murmura pour tenter de me faire avoir une quelconque réaction, alors que je restais là, adossé au mur, les bras ballants, sous le choc :

–              Je suis désolé Ilian… Je suis vraiment désolé que tu ais dû assister à cela… J’aurais dû te le dire depuis longtemps, mais tu semblais tellement amoureux que…
–              Tais toi Ewen, déclarais-je la voix vide de tout, s’il te plait, tais toi.

Ma voix mourut dans un silence, silence que lui seul je pouvais supporter. J’allais même jusqu’à fermer les yeux, mettant la main sur mon visage, tentant de faire le vide et de me couper de tout. Alors que je me sentais chuter, je sentis Ewen me prendre dans ses bras, m’enlaçant dans une étreinte qui se voulait réconfortante. Je me laissais aller dans ses bras, ne cherchant plus à faire quoi que ce soit. Pourtant il fallait que je réagisse, que je fasse quelque chose et vite. Après un temps indéfini qu’il me fallut pour me reprendre, je murmurais à l’oreille d’Ewen avant de m’écarter de lui :

–              Amène-moi chez Jaeden.

Ewen me regarda surpris, ne comprenant pas la raison de ma demande. Ne voulant pas m’exprimer plus longtemps, je déclarais simplement :

–              Je veux récupérer mes affaires…

–              Tu es sur que ? Enfin… Tu… Commença-t-il à bégayer

Je ne répondis rien, mais à mon regard il comprit. Nous nous dirigeâmes jusqu’à sa voiture et en un rien de temps nous prenions la direction du studio de Jaeden. Je n’arrivais toujours pas à réaliser. Peut être étais-ce la raison de mon absence de larmes… Pourtant je ne cessais de le revoir…Lui… Embrassant cet homme à pleine bouche. Est-ce qu’il y prenait plus de plaisir qu’avec moi ? Est-ce que je ne le satisfaisais pas ? Pourquoi allait-il voir ailleurs ? Pourquoi m’avait il laissé lui dire autant de fois « Je t’aime » ? Comment avait-il pu bafouer mes sentiments avec autant de facilité ?

Je stoppais un instant mon écriture. Tant de questions auxquelles je n’avais pas trouvé de réponses et qu’il m’était arrivé de me poser plus d’une fois pendant toutes ces années. Je me revoyais il y a quatre ans. Ne voulant pas me couper plus longtemps dans le fils de mon écriture, je poursuivis.

 

Bien trop vite, nous arrivâmes à destination et mon cousin se gara dans la rue. Jaeden habitait avec son frère et j’espérais sincèrement qu’il ne serait pas là. Je n’avais aucune envie de lui faire face. A vrai dire je n’avais envie de voir personne. Je voulais enfin être seul pour réfléchir, tout en ayant bien trop peur de vraiment réaliser la chose.

–              Attends moi ici s’il te plait, je n’en ai pas pour longtemps, lui demandais-je.
–              Mais… Ilian… Tu crois vraiment que… Me répondit-il décontenancé.
–              S’il te plait… Suppliais-je.
–              Bon… Je t’attends… Dit-il résigné avant de poser sa main ma cuisse et d’ajouter : Je suis avec toi Ilian…

Vacillant, je sortis de la voiture, me dirigeant d’un pas peu sur jusqu’à chez Jaeden. Arrivé devant son studio, je cherchais fébrilement le double de la clef qu’il m’avait donné et pénétrait dans l’appartement. Etonnamment, au lieu de me débarrasser de celle-ci, je la remettais dans ma poche, trouvant ce geste totalement ridicule car je ne comptais jamais revenir chez lui.  Contenant un sanglot qui avait failli m’échapper, je pénétrais dans le salon pour y découvrir Kain devant la télévision. Aussitôt il se tourna vers moi, puis, me reconnaissant, il déclara :

–              Tiens c’est toi ! Comment ça va ?

–              Ca va… Me contentais-je de répondre, n’ayant surtout pas envie de m’étendre sur mon état, ne sachant de toute façon pas dans lequel j’étais.
–              Tu es sûr ? T’es tout pâle… Assied toi. Si tu cherches Jaeden, il n’est pas encore rentré, tu peux l’attendre si tu veux…
–              Je… Oui, je sais… Répondis-je plus pour moi-même que pour lui.

Puis j’ajoutais :

–              Je ne vais pas rester Kain, je viens juste chercher mes affaires.
–              Tes affaires ? Pourquoi ? Me demanda-t-il plus intrigué qu’inquiet.
–              Je… Nous deux c’est…

Je tournais les talons, me dirigeant dans la chambre de Jaeden. Je n’avais pas pu le prononcer… Je n’avais pas pu le dire à son frère et pourtant, il semblait avoir compris. Arrivé dans la chambre, je récupérais une à une toutes mes affaires, me dépêchant, voulant en finir au plus vite. Alors que j’allais sortir de sa chambre afin de récupérer les quelques affaires qui traînaient dans le salon, je tombais nez à nez avec Kain.

–              Tu peux me dire ce que tu fais et surtout ce qu’il se passe.
–              Je… Je…. Commençais-je à bégayer, n’en pouvant plus.

–              Tu ? Me demanda-t-il de plus en plus perdu.
–              Il n’y a rien à expliquer, dis-je en me reprenant. Laisse-moi passer.

Abasourdi, Kain me laissa passer, mais ne me laissa pas m’en sortir comme ça. Alors que je récupérais mes derniers effets personnels dans le salon, il renchérit :

–              Que s’est-il passé Ilian ? Jaeden est au courant ?

Puis devant mon mutisme il haussa un peu le ton et ajouta :

–              Bordel Ilian, tu vas parler oui ?

Je m’arrêtai, ayant maintenant toutes mes affaires dans le sac que j’avais laissé, et plantant mes yeux dans les siens, je déclarais d’une voix froide que je ne me connaissais pas :

–              C’est fini…

Puis, sans plus attendre, je quittais l’appartement, claquant la porte et me dirigeant d’un pas rapide jusqu’à la sortie de l’immeuble.  Seulement, le destin s’acharnant contre moi, je me retrouvais face à Jaeden dès que la porte menant à l’extérieur fut franchie. Sans trop savoir quoi faire, je laissais tomber mon sac sur le sol.

–              Ilian, murmura-t-il avec un sourire, tu venais me voir…

Il s’approcha lentement de moi, avec la ferme intention de ravir mes lèvres. Il y avait moins de deux heures, mon cœur se serait emballé à ce moment précis, maintenant, s’en était tout autre. Mon cœur se serra douloureusement  à l’idée que ce serait notre dernier baiser. Mais alors que ses lèvres effleuraient les miennes, l’image de Jaeden dans les bras d’un autre s’imposa violemment à mon esprit. Pris d’un violent haut le cœur, je le repoussais écœuré avant de déclarer sans cacher ma haine :

–              Tu me dégoutes Jaeden ! Éloigne-toi de moi, tu me dégoutes !

Puis, n’en supportant pas d’avantage et ne voulant plus le voir en face de moi, j’ajoutais froidement :

–              Je te quitte !

Sans un mot de plus, je le laissais, sans prendre la peine d’analyser les expressions qui se dépeignaient sur son visage. Je n’avais que faire de ses sentiments. Ces trois mots avaient été les plus durs à prononcer de toute ma vie. Jamais je ne m’en serais cru capable. C’était en courant les bras chargé de mon sac que j’avais ramassé avant de partir que j’arrivais dans la voiture, m’y engouffrant en un rien de temps, sans que Jaeden n’ait eu le temps de me rattraper.

Ewen démarra en trombe. Les larmes coulaient enfin de mes yeux, et jamais je ne me sentis le courage de tourner la tête pour voir l’état de Jaeden sur le trottoir. Enfin, il était débarrassé de moi.

Je laissais tomber mon stylo, j’avais besoin d’une pause. Lentement, je me levais et allais chercher un verre d’eau, en profitant pour me passer de l’eau sur le visage. Je n’avais aucune idée de l’heure, mais j’avais fermement l’intention d’aller jusqu’au bout. Cependant, je n’en ressortais pour le moment pas indemne, ma poitrine était douloureusement comprimé et j’avais du mal à respirer. Je retournais rapidement à mon bureau, plus vite j’aurais fini et plus vite je serais débarrassé.

La voix de mon cousin raisonna à mes oreilles après un temps :

–              Tu viens chez moi… Je ne vais pas te laisser comme ça…

Les yeux embués, je tournais la tête vers lui, et ne répondit rien. Je n’étais d’ailleurs plus en état de rien. Sans trop savoir comment, nous nous retrouvâmes devant chez lui. Il se gara et sortit de la voiture avant d’ouvrir ma porte. Des larmes silencieuses perlées sur mes joues, j’étais immobile incapable de bouger.

Patiemment, il m’aida à sortir de la voiture, et me soutint pour marcher jusqu’à chez lui. A peine rentrés dans l’appartement, j’allais m’asseoir dans le canapé, ne tenant plus debout. Je laissais tomber mon sac sur le sol, après avoir coupé mon téléphone portable, ne voulant plus aucun contact avec personne. C’était les vacances, mes parents me croyaient chez Ewen ou chez Jaeden et ne s’inquièteraient pas. Seul Jaeden pouvait me contacter et c’était la dernière personne à qui je désirais parler. Plus jamais je ne voulais de contact avec lui.

Ewen vint s’asseoir à côté de moi, et prononça simplement mon nom, d’un ton très attristé. Ne tenant plus et craquant pour de vrai, je me jetais dans ses bras et éclatais en sanglot, déversant ma douleur que j’avais trop longtemps contenu. Je ne sus combien de temps je restais ainsi dans ses bras à pleurer, me vidant de toutes les larmes de mon corps. Ce fut quelques coups frappés à la porte qui nous forcèrent à nous séparer. Ewen alla voir pendant que perdu et agar je m’allongeais sur le canapé, me recroquevillant en position fœtale. Mon cousin revint après un temps, s’asseyant à côté de moi. Je ne pris pas la peine de lui demander ce que c’était, m’en moquant ouvertement.
Après un temps, me calmant peu à peu, j’entendis la voix posée et rassurante d’Ewen me dire :

–              Tu trouveras quelqu’un de mieux Ilian… Peut être même qu’il est déjà là…

Trop meurtri, je répondis, m’enfonçant un peu plus :

–              Je veux Jaeden, mais apparemment, je ne suis pas à son goût.
De nouveau, une crise de sanglots brisa ma voix  et j’ajoutais la voix saccadée :

–              Pourquoi… Pourquoi Ewen… Pourquoi il m’a fait cela…

Tendrement, il m’invita à poser ma tête sur ses cuisses et caressa ma joue et mes cheveux avec douceur, tentant de me consoler.

–              Il ne te méritait pas Ilian…

Nous restâmes ainsi, tous deux, lui me consolant et moi pleurant, perdant peu à peu toute force et toute volonté. J’étais tombé dans un état pitoyable, qui dura plus de deux semaines.

Pendant deux semaines, je me déplaçais simplement du lit à la salle de bain, ne prenant jamais la peine de mettre le nez dehors. Il m’était impossible d’énumérer le nombre de larmes que je versais et encore moins de décrire mon abattement. Jaeden avait toujours été ma raison de me lever le matin, celui vers qui j’avais une pensée chaque matin, et il était maintenant devenu le résidant de mes cauchemars et de mes pensées les plus sombres. Jamais je n’aurais pensé que tout cela arrive comme cela, de cette manière cruelle. J’aurais préféré qu’il mette fin à cette relation de lui-même et ne jamais apprendre de mes propres yeux ce crime de la tromperie. Alors que j’étais assis une énième fois à regarder la télévision sans faire vraiment attention à ce que je  voyais, étendu sur le lit, à ressasser indéfiniment la même chose, j’entendis Ewen rentrer. Je ne me rappelais même plus lorsqu’il était sorti, et encore moins quel moment de la journée ou de la nuit on était. Peu de temps après, il rentra dans la chambre après avoir frappé plusieurs coups.

–              Ilian ? Tu ne veux pas manger un petit quelque chose, j’vais commander une pizza…
–              Pas faim… Articulais-je péniblement.

Aussitôt il vint près de moi, ne cachant pas son inquiétude.
–              Ilian… Tu vas rester encore combien de temps comme ça…. Il faut redresser la tête maintenant, trouver quelqu’un d’autre qui te mérite.

Assis à côté de moi, il passa lentement sa main sur mon visage pour enlever une mèche de cheveux, me regardant d’une manière étrange. Je n’aimais d’ailleurs pas du tout son attitude qui ne me laissait présager rien de bon. Après deux semaines, il avait plusieurs fois eu ce genre d’attitude, mais jamais de manière aussi explicite. Je jetais un simple coup d’œil vers lui, pour voir dépeint sur son visage, un désir qui seul dans le regard de Jaeden me faisait rougir. J’oubliais son désir sans trop m’en rendre compte pour me souvenir encore une fois de ce qui avait été notre histoire. Les larmes étaient très proche de revenir, et c’est la voix d’Ewen qui me sortit de cet état :

–              Ilian… Lève-toi… Tu vas finir par en crever…

–              Je préfèrerais crever que ressentir ce que je ressens. Déclarais-je, la voix enrouée d’émotion.
Aux yeux de tous je devais paraître ridicule… Se laisser mourir d’amour pour un homme qui n’avait jamais partagé mes sentiments. Pourtant, j’étais tombé de trop haut, et l’amour que je lui portais était plus fort que tout. Même après ce que j’avais vu, je pouvais jurer que je l’aimais encore. C’était peut être pour cela que j’avais si mal. La pire des ignominies ne parvenait pas à détruire ce que je ressentais pour lui, et je me savais capable d’en supporter plus. Cependant à l’époque, j’étais loin de m’attendre à la suite…

Alors que j’allais me laisser aller à fermer les yeux pour quitter ce monde un instant, je me sentis attirer vers le haut. Tout se passa si vite. A peine eus-je entendu « Tu vas voir, je vais réussir à te le faire oublier », que déjà ses lèvres non désirées se posaient sur les miennes, en un contact qui me révulsa. Ce fut pourtant lorsque sa main se glissa sous mon pull que je réagis enfin. Brusquement, je le repoussais, n’ayant aucune envie de ce genre de relation avec lui, et encore moins maintenant dans mon état. Le regard qu’il me lança avant, me laissais paraître que je n’avais qu’une seule issue possible et qu’il n’aurait que faire de ce que je pouvais lui dire. Faible mais tenu par la peur, je m’extirpais du lit, avant de me diriger en courant vers l’extérieur. Heureusement, j’avais pris Ewen par surprise, et ne s’attendant pas à une fuite de ma part, il restait là, figé sur place. Je saisis rapidement un pull et de quoi m’habiller, avant de filer m’enfermer dans la salle de bain. A peine eus-je fermé le verrou, que j’entendais déjà Ewen toquer à la porte.

–              Ilian, sors de là s’il te plait… Ilian… Aller, ce n’est qu’un petit baiser…

Sans faire attention à ce qu’il me disait, je m’habillais en vitesse. Puis, me passant de l’eau sur le visage, je constatais combien j’avais perdu du poids en si peu de temps. Mais je n’en avais que faire. L’homme à qui je voulais plaire n’en avait plus rien à faire de moi.

Une fois habillé, je sortis de la salle de bain, non sans une certaine appréhension. Mon cœur battait à une allure folle et me laissait présager le pire. A peine fus-je sorti, que je le vis avec la ferme intention de se jeter sur moi afin de me prendre dans ses bras. Je ne pus retenir les larmes à la pensée que finalement, j’étais seul comme jamais. En un instant, je vis mon sac, et couru vers lui avant de courir vers la sortie. Ewen n’eut pas le temps de m’attraper, j’étais déjà dans les escaliers de son immeuble, les dévalant à une vitesse incroyable. Une fois dehors, je courus encore plus vite, voulant m’éloigner un instant de ce cauchemar. Au bout d’un moment, je vis qu’il ne me suivait pas ou alors qu’il avait perdu ma trace. Je m’adossais au mur d’une petite ruelle, complètement essoufflé. Il n’y avait personne. Lentement, pour me remettre, je me laissais glisser le long du mur, me retrouvant assis avec mon sac à côté de moi.

Après un temps, une idée me vint alors. Fébrilement, je cherchais mon téléphone portable et l’allumait. Il était resté éteint pendant ces deux semaines volontairement. Voulant affronter la réalité, j’appuyais non sans appréhension sur le bouton d’allumage. Peu de temps après, je recevais deux sms. Le premier me disait que j’avais une vingtaine d’appel en absence provenant du même numéro que je connaissais par cœur : celui de Jaeden. Mon cœur s’emballa, plus que tout en cet instant j’avais besoin de lui, mais je savais que je ne devais pas craquer. Seulement, lorsque j’ouvris le deuxième message, un flot de larmes s’échappa de mes yeux. Il avait tout simplement écrit « Tu me manques… ».

Un élan de je ne sais quoi me saisis, et je me tournais rapidement sur le côté pour vomir, pris d’un haut le cœur puissant. N’ayant presque rien dans l’estomac, ce fut particulièrement douloureux, mais cette souffrance n’était rien par rapport à celle qui saisissait mon cœur. Je me rendais compte combien lui aussi me manquait terriblement, et qu’à cet instant précis plus que tout autre, j’avais besoin de lui. Sans trop savoir pourquoi, mu par une force inconnue, je me redressais sur mes deux jambes, m’appuyant en même temps sur le mur pour m’aider. M’essuyant la bouche à l’aide d’un mouchoir, ce fut les jambes tremblantes que je me mis en marche jusqu’à celui que j’aimais encore malgré tout, à qui j’étais prêt à pardonner, prenant sur moi pour faire vivre son amour pour de vrai. Une petite flamme d’espoir se rallumait dans mon cœur.

 

Je posais un instant le stylo. Je savais que ce serait la dernière pause que j’allais faire. Pour le reste, il ne faudrait surtout pas que je m’arrête. J’avais encore le plus dur à écrire… La scène qui allait suivre était ce qui nourrissait ma haine envers Jaeden à l’heure actuelle. Qu’aurais-je fais si je n’avais pas reçu ce maudit sms… Ne souhaitant pas me dégonfler et désirant aller jusqu’au bout, je repris mon récit.

Mes pas me menèrent d’eux même jusqu’à la porte de son studio. Je n’avais aucune idée du jour que nous étions, juste que la nuit n’allait pas tarder à tomber. Je cherchais rapidement les clefs de son studio, me demandant si je ne les avais pas gardés inconsciemment en sachant que j’aurais à m’en resservir. La porte était fermée à clef, ni Kain ni Jaeden ne devaient être là. Je pénétrais dans l’appartement, ne prenant pas la peine d’allumer la lumière. Dans un état hagard, j’allais m’asseoir sur le canapé sans rien faire, attendant simplement que Jaeden ne daigne rentrer. J’avais beau me sentir ridicule à revenir ici après tout ce temps, je m’en moquais, je voulais revoir Jaeden et trouver du réconfort au creux de ses bras. Oui… Lui aussi m’avait manqué…

Je restais un long moment assis dans le noir, dans son salon, attendant un homme qui ne viendrait peut être pas cette nuit. Mais je m’en moquais, j’étais prêt à attendre plusieurs jours s’il le fallait. Soudain, alors que je n’attendais plus, j’entendis la clef tourner dans la serrure. Mon cœur s’emballa, reconnaissant entre mille le bruit des pas de Jaeden. Il était de retour, mais pas seul… La porte se ferma, et je pus entendre des chuchotements.
Sans prendre la peine d’allumer la lumière, je le vis soudain débouler dans le salon, dans les bras d’un autre homme l’embrassant et le touchant sans la moindre pudeur. Ils traversèrent tous deux le salon sans même me voir, prenant lentement la direction de la chambre de Jaeden. Un à un, leurs vêtements tombèrent sur le sol. Je pouvais entendre le son de leur baiser et voir Jaeden  offrir à cet inconnu ce qu’il m’avait tant de fois donné. J’aurais voulu me crever les yeux et percer mes tympans, hurler ma souffrance et insulter Jaeden… Mais au lieu de cela, je restais assis dans le fauteuil, en tant que simple spectateur de ma défaite. J’avais définitivement perdu Jaeden… Il s’était moqué de moi depuis le début. Pourquoi avais-je cru à son sms ? Pourquoi m’avait-il envoyé cela ? Pourquoi…
Alors qu’ils disparaissaient tous deux dans la chambre de Jaeden, laissant la porte ouverte, des larmes silencieuses perlèrent sur mes yeux, les dernières que j’étais capable de verser…

Les bruits de plaisirs qui parvinrent peu de temps à mes oreilles furent pire que tout ; autant ceux qu’il faisait pousser à son nouvel amant, que ceux qu’il poussait lui-même. Je tentais tant bien que mal de boucher mes oreilles, voulant plus que tout faire cesser cela, mais étant pour le moment incapable de me lever. Si je n’avais pas vomi tout à l’heure, je l’aurais fait à l’instant. Plus le temps passais et plus je me sentais mal. Mes forces m’abandonnaient les unes après les autres, me laissant comme presque mort. Il fallait pourtant que je parte. Il poursuivait très bien sa vie sans moi et jamais je ne voulais qu’il voit l’état dans lequel j’étais sans lui. Non, je ne voulais pas lui offrir ce présent. J’étais à présent déjà bien trop humilié et profondément blessé. Quel idiot d’avoir pensé qu’il me portait encore un quelconque intérêt. Ce fut le cri de leurs jouissances qui me fit me résigner. Rassemblant mes dernières forces, je me levais marchant en titubant jusqu’à la porte d’entrée. Sans un bruit, je me retrouvais dehors, me dirigeant jusqu’à chez mon cousin. Lui seul avait été là pour moi jusqu’à maintenant et je n’avais aucun autre endroit où aller.

Après un temps qui me parut indéfini, j’arrivais devant sa porte, et sonnais plusieurs fois. Ewen finit par venir m’ouvrir et commença à déblatérer sans prendre la peine de me regarder :

–              Je suis désolé pour tout à l’heure, je ne sais pas ce qui m’a pris… Je…

Puis semblant réaliser mon état qui s’était dégradé, il changea tout de suite de ton et déclara :

–             Ilian ? Qu’est ce que ? Qu’est ce qui t’es arrivé ? Tu es…

J’étais dans un état pitoyable. Sans prendre la peine de lui répondre, je me dirigeais jusqu’à la salle de bain et fermais la porte à clef. Je voulais être seul et seul un bon bain m’offrirait cette solitude.

Je fis couler l’eau et sans plus attendre je me dévêtis et m’y plongeais dedans. L’eau était peut être un peu trop chaude, mais je m’en moquais. Une fois dans mon bain, je me retrouvais à regarder dans le vide, ne sachant plus quoi penser. J’entendais encore les cris de plaisirs qu’ils poussaient, je revoyais encore leurs corps enlacés et leurs bouches se dévorer. Je réalisais peu à peu que je venais de gâcher deux ans de ma vie. Mon cœur se comprima douloureusement. En deux ans, j’avais tout perdu, jusqu’à perdre le plus important. J’en vins alors à penser que si Jaeden m’avait trompé, c’était peut être parce que je n’étais qu’un bon à rien.

A cette réflexion, je finis par me lever, sortant du bain. Je ne m’y sentais pas bien, et je savais que je ne me sentirais bien nulle part. Il fallait que je fasse taire cette douleur en moi, l’étouffant s’il la fallait, la cachant par une douleur bien plus grande mais qui ne serait pas liée à Jaeden. Simplement vêtu d’une serviette sur les hanches, je sortis de la salle de bain et me dirigeais directement jusqu’à la chambre de Ewen. Celui-ci était étendu sur son lit, et me lança un regard intrigué. Détournant mon regard du sien, je contournais le lit pour m’allonger à côté de lui. J’allais lui donné ce qu’il voulait depuis le début. Je le savais avant ce baiser, mais j’avais tout fait pour ne pas le voir. S’il avait la solution pour me faire oublier alors…

Dans un état second, je m’étendis sur le lit, à côté de lui, puis alors qu’il se redressait afin de me dominer, je soufflais les mots qu’il attendait :

–             Fais ce que tu veux…

Tournant la tête de l’autre côté, je m’abandonnais, m’enfonçant un peu plus, me repliant au plus profond de moi-même. Ewen ne se fit malheureusement pas prier. En un rien de temps, il s’était penché au dessus de moi, et sans faire attention à mon état actuel, il fit  Ce qu’il voulait de moi depuis le début. D’une main, il fit tourner ma tête vers la sienne et approcha sa tête vers la mienne dans le but de me voler un baiser. Je n’eus même pas le courage de détourner une nouvelle fois la tête, alors que je n’avais aucune envie de ce baiser, ni de ce qui allait suivre. Pourquoi j’étais en train de faire cela ? Je n’en avais pas la moindre idée… Pour oublier… Oublier ce que je venais de voir et qui faisait saigner mon cœur inlassablement, le vidant de tout. Alors qu’il posait ses lèvres sur les miennes, je sentais déjà ses mains parcourir sans aucune pudeur mon corps. Ce contact me répugnait et pourtant je le désirais, mais pour une mauvaise chose. Il ne chercha pas à forcer le barrage de mes lèvres et dériva dans mon cou, sans cacher son excitation qui prenait très vite possession de son être. Il me souffla à l’oreille quelques mots :

–             Tu vas voir Ilian… Tu ne vas vraiment rien regretter… Tu vas enfin pouvoir l’oublier…

Si seulement ce qu’il pouvait dire était vrai… En un rien de temps, je fus débarrassé de la serviette qui était encore nouée à ma taille et de son t-shirt, collant la peau de son torse nu sur la mienne. Ses mains passaient et repassaient le long de mon corps, et son souffle chaud  dans mon cou me laissait cette sensation désagréable. Le contact de sa langue sur des zones normalement érogènes, n’avait pour effet que de m’écœurer. Cela n’avait rien à voir avec ce que me faisait Jaeden… Pourquoi pensais-je encore à lui ? Je ne devais plus jamais penser à lui, il devait disparaitre de ma vie, tout comme il m’avait si facilement fait disparaître de la sienne. Ses mains s’aventuraient déjà tout près de mon intimité. Tout allait trop vite, ou peut être que cela me permettait de réaliser ce que j’étais en train de faire dans le plus grand désespoir. Alors que ses lèvres regagnaient les miennes avec une intention plus ferme de les ravir, il tenta cette fois-ci de passer le barrage de mes lèvres. Brusquement, je tournais la tête, laissant échapper un « non je ne peux pas ». Mais cela ne l’arrêta pas, et il me força à tourner la tête vers lui, me bloquant d’un baiser et pénétrant dans ma bouche sous le coup de la surprise. Des frisons d’écœurement me saisirent. Non je ne pouvais pas faire cela ! Il fallait que cela cesse. Alors que j’essayais de nouveau de me débattre, tentant vainement de m’arracher à son étreinte, gémissant une dernière fois un « non », ne voulant pas de ce rapport non consenti, Ewen devint bien plus brusque. Me serrant fermement et se redressant, me dominant de toute sa hauteur, il déclara, ne cachant pas son envie malsaine de mon corps :

–             C’est trop tard maintenant Ilian…

Une larme roula alors sur ma joue, trop faible pour continuer à me débattre et Ewen en profita pour attaquer de nouveau :

–             Pense à Jaeden… Pense à ce qu’il t’a fait…

Il avait du choisir ses paroles avec soin, car ce fut les derniers mots qu’il prononça pour le moment, me laissant totalement détruit. Résigné, anéanti, je fermais les yeux, laissant mes larmes silencieuses attester de mon état, abandonnant toute possibilité d’échappatoire. J’étais bien trop affaibli mentalement et physiquement pour tenter quoi que ce soit. Ewen m’avait enfin à sa merci et allait en profiter comme il se devait. Peut être que je méritais cela…

Alors qu’une main quitta mon corps, je sentis après quelque temps, un doigt humidifié pénétrer en moi. Un cri muet de douleur m’envahit, me crispant totalement. Trop excité et impatient, il n’attendit même pas que je m’habitue à sa présence commença à mouvoir son doigt en moi sans la moindre douceur. On eut dit qu’il le faisait plus par obligation que par envie. Cependant, même si c’était douloureux, cela ne l’était pas encore assez pour effacer celle d’avoir perdu Jaeden. A la place de cela, une peur sourde me saisissait. Mais je restais là, immobile, sans chercher à me débattre ou à me débarrasser de lui. J’étais là, immobile, mon corps totalement tendu et crispé sur cette seule douleur que je ressentais en moi.
Bien trop vite un second doigt suivit le premier, et après seulement quelques va-et-vient, il se retira, ne prenant pas la peine de se servir d’un troisième. Mon cœur se serra encore une fois à l’idée que c’était seulement le deuxième homme à me posséder après Jaeden alors que Jaeden en avait et en possèderait encore des tas d’autres.

Pressé, Ewen finit de se dévêtir. J’avais toujours les yeux clos, mais je pouvais entendre le bruit de ses vêtements jeter négligemment sur le sol. Il se plaça au dessus de moi, prenant le chemin de l’inévitable. Mon cœur battait extrêmement vite et je me demandais comment il faisait pour ne pas lâcher. J’étais maintenant totalement terrifié par ce qui allait suivre.

D’un ample et violent coup de bassin, Ewen fut en moi, m’arrachant cette fois-ci un cri de douleur, m’arquant de tout mon long. Alors que je tournais de nouveau la tête sur le côté, me larmes redoublèrent. Sans attendre plus longtemps, Ewen commença à se mouvoir en moi, faisant bouger mon corps sous le rythme de ses déhanchements. Alors que ses gémissements arrachaient mes oreilles, j’avais l’impression qu’il déchirait ma peau la mettant à vif. Jamais je n’aurais pensé qu’un acte non consentit puisse être aussi douloureux. Peu à peu, ses gémissements gagnèrent en intensité, et ce fut bientôt des cris qui s’échappèrent de ses lèvres. A aucun moment je n’ouvris les yeux, en subissant déjà largement assez. Tout ceci dura un temps que je jugeais interminable. Plus celui-ci avançait et plus la douleur était importante. Il m’est impossible de décrire tout avec précision, ni la foule de choses que je ressentis, je pense qu’il n’y a d’ailleurs pas de mots pour l’expliquer. Anéanti, ce fus sans le moindre soulagement que je le sentis se rependre en moi après un cri de plaisir, me marquant à jamais, me salissant pour toujours.
Il mit un temps avant de se retirer et de s’allonger à côté de moi. Sans perdre un instant, je me roulais en boule, complètement nu, lui tournant le dos. Je tremblais d’émotion, mais ce fut silencieusement que je versais les premières larmes d’une longue série. Je venais de perdre quelque chose, certainement la seule chose qui faisait encore de moi celui qu’on nommait : Ilian.

Sans plus attendre, réalisant que je ne pouvais écrire plus et que la dernière ligne était maintenant couchée sur papier, je fermais mon cahier et me levais, voulant m’en éloigner le plus possible. J’allais m’asseoir sur mon lit en titubant et ce fut seulement une fois adossé contre le mur, les genoux repliés contre moi-même que je me laissais aller. Un sanglot éclata, je l’avais contenu jusqu’à maintenant, et ce n’était plus possible. Finalement, cela ne m’avait pas aidé à oublier, au contraire, cela était bien plus douloureux. Pris d’un violent frisson, je me glissais sous les couvertures, tremblant d’un froid qui jamais ne pourrait disparaître. Ca y était… Je l’avais fait… Je l’avais couché sur papier et je n’en sortais que plus détruit. Il ne me restait que très peu d’heures pour dormir, mais je savais que cette nuit, je ne fermerais pas un œil. Pendant un temps long et indéfini, je pleurais, tremblant de tout mon être, priant pour que personne ne me découvre ainsi. Demain matin, j’aurais retrouvé le masque de l’homme froid et arrogant qui était tellement plus plaisant…

*

 

Je me trouvais dans le bureau de Jaeden, à attendre qu’il daigne enfin arriver. Nous avions rendez vous tôt ce matin, et l’absence de sommeil que j’avais eu cette nuit me rendait impatient et de mauvais poil. Je fixais son diplôme, sans trop savoir pourquoi. Lorsqu’il finit enfin par arrivé, il retira sa veste et s’assis dans son fauteuil avant de s’excuser, retirant mon dossier de sa sacoche me rappelant indéniablement le lien que nous avions maintenant :

–             Désolé pour le retard.

Comme à mon habitude, je ne pris pas la peine de répondre, me contentant de le fixer froidement. Il ouvrit alors son tiroir et sortit mes cahiers. Mon regard se posa sur eux, en même temps que la rancœur que je nourrissais pour lui se ravivait. Doucement, il les approcha de moi, et déclara l’air déterminé :

–             Tu peux les reprendre. Je ne les ais pas lus. Un jour, j’espère, tu me feras assez confiance pour me les donner par toi-même, finit-il calmement.

Je lui lançais un regard méchant. J’étais loin de lui avoir pardonné. Cependant, je repris immédiatement mes cahiers, les tenants contre ma poitrine. C’était la seule chose que j’avais fait de bien en quatre ans, la seule chose qui m’avait permis de m’évader un peu. Je les tenais comme si c’était pour moi l’objet le plus précieux de mon existence.

–             Je ne les ai pas lu, mais… Mon petit ami l’a fait, sans que je m’en aperçoive. Je suis désolé, fit-il, soutenant mon regard.

Je ne répondis rien, gardant mon regard noir au plus profond de ses yeux. C’était bien l’un des seul à pouvoir le soutenir aussi longtemps. Soudain le téléphone sonna et il décrocha immédiatement, coupant cours à la tension que je mettais à l’ouvrage.

–             Oui ? Fit-il, regardant dans le vague… Bien je serai là.

Il raccrocha le combiné, plantant son regard dans le mien qui n’avait toujours pas changé d’intensité. Malgré moi je le revoyais, plus de quatre ans en arrière, traversant le salon avec cet homme… Il finit par reprendre la parole :

–             Hier j’ai été voir le directeur, pour lui demander de me changer de patient, mais il n’a pas voulu. Tu vois, ce n’est pas moi qui veut à tout prix t’aider. Nous sommes coincés ensemble pendant un bon bout de temps, alors fais un effort ! S’exclama-t-il, sur un ton dur qui ne me plut pas du tout.

Si je ne laissais rien paraître, j’étais malgré moi profondément blessé qu’il ait fait la demande d’abandonner mon cas. J’avais donc si peu d’importance à ses yeux. Sentant que je divaguais et en colère contre moi-même plus que contre lui, je ne pus que lui lancer un regard méchant, presque tueur. Une envie sourde de lui faire mal, encore sous l’emprise de la rancœur que j’avais accumulée la nuit dernière, je lui demandais soudain, un sourire malsain accroché aux lèvres :

–             Qu’est ce que ça fait d’apprendre qu’on est trompé ?

–             Je ne suis pas trompé, me répondit-il sur le même ton.

Je ne répondis rien et gardait mon sourire qui l’écœurait. Se persuader du contraire, cela marcherait un temps, mais pas éternellement… Soudain, dans un élan de nervosité, il laissa tomber son dossier sur la table, provoquant un bruit sourd.

–             Tu as refais ta vie avec Melvin, alors laisse-moi tranquille, dit-il en évitant mon regard.

Il s’abaissa pour reprendre une feuille qui était tombée et lorsqu’il se releva, il eut la surprise de me retrouver debout. S’en était trop. Il était sérieusement en train de se foutre de ma gueule. Croyait-il vraiment que j’avais inventé toute cette histoire par pure jalousie ? Je regrettais maintenant de l’avoir mis au courant.

–             Je n’ai pas dis que l’entretien était terminé, dit-il, la voix autoritaire.
–             Et pourtant il l’est, répliquais-je, me retournant.

Je ne pouvais supporter une minute de plus en sa présence. J’avançais jusqu’à la porte, et posais la main sur la poignée, mais ne l’abaissa pas. Il avait voulu jouer à ce petit jeu avec moi, et bien il ne serait pas déçu. Plein de haine, je déclarais :

–             Je suis certain qu’en ce moment même, il a ramené son mec et qu’il est en train de se faire baiser dans votre lit. Et j’espère que lorsque tu le découvriras, tu auras tellement mal que tu voudras crever. J’ai hâte de voir ça, Jaeden.

Sans un mot de plus, je sortis de la pièce, le laissant seul avec cette ambiance sinistre. J’allais directement dans ma chambre, au moins pour y reposer mes cahiers. J’eus la surprise de découvrir Melvin devant ma porte, qui déclara avec un sourire :

–             Oh ! Tu as récupéré tes cahiers.

Sans prendre la peine de lui répondre ou de lui porter une quelconque attention, j’en saisis un au hasard et le lui tendit, avant de rentrer dans ma chambre et de m’enfermer. Alors que j’allais m’asseoir à mon bureau, j’entendis frapper à ma porte. Melvin entra dans ma chambre peu de temps après et bredouilla :

–             Je voulais juste te dire merci Ilian. Je…
–             Tu l’as fais, alors maintenant laisse moi seul. Je n’ai pas été assez clair peut être ?

Melvin sortit sans un mot. J’avais était dur avec Jaeden et Melvin, mais cela ne me faisait ni chaud ni froid. Je rangeais un à un mes cahiers, prenant soin de mettre sous la pile le livre que j’avais écris cette nuit. N’ayant pas la tête à l’écriture, j’attrapais un de mes livres et m’assit sur le lit, me plongeant dans ce monde qui ne m’appartenait pas et qui m’apaisait.

*

 

Il devait être assez tard dans la nuit, et bien qu’épuisé, je ne parvenais toujours pas à trouver le sommeil. J’avais entamé un autre livre, n’ayant rien d’autre à faire de la journée et ayant plus que tout besoin de solitude. J’étais tranquillement assis devant la fenêtre de ma chambre, profitant du peu d’air frais qu’elle pouvait m’offrir. Soudain, alors que je ne m’y attendais pas du tout, quelqu’un ouvrit la porte. Tournant la tête vers l’intrus, j’y découvris avec surprise Jaeden, un air épuisé et pathétique affiché sur le visage.

–             T’es tout seul ? Demanda-t-il en regardant dans tous les recoins.

Je ne répondis rien, le regardant froidement. Plusieurs questions venaient à mon esprit, notamment sur la raison de sa présence ici, mais je n’y laissais rien paraître. Il était saoul, c’était une évidence. Il haussa les épaules, murmurant « C’est trop nul », avant de marcher et de fermer la porte. Seulement, il ne réussit qu’à renverser ma lampe de chevet sur la petite table. Immédiatement, il se baissa pour la ramasser, mais sa tête percuta le meuble, et il s’écroula sur ses fesses mort de rire. Je l’avais déjà vu saoul, mais jamais dans un aussi sale état. Il en était presque ridicule.

–             Depuis quand tu utilises des objets pour essayer de me tuer ! Dit-il, approchant de ses lèvres la bouteille de vodka qu’il tenait dans la main.

Un sourire amusé étira mes lèvres, et le réalisant, je retrouvais bien vite mon visage habituel. Sans un mot, il se releva et s’écroula sur mon lit sans la moindre gêne, posant la bouteille sur le sol.
Les yeux fixés sur le plafond, il ne dit rien pendant un moment, me laissant avec mes interrogations. Il finit par fermer les yeux, et alors que je crus qu’il allait s’endormir, il se mit à parler.

–             Tu voulais me voir détruit ? Et bien profite. Je refais exactement la même chose qu’il ya quatre ans. Je me bourre la gueule et je fume joint sur joint. J’ai même voulu baiser, mais Kain m’en a empêché, tout ça parce qu’il te ressemblait.

Si j’étais déjà sous le choc du début de sa réplique, la fin m’acheva et mon livre m’échappa des mains pour tomber sur le sol. Je ne comprenais plus rien. Perdu, je ne dis rien, figé sur place, ne pouvant qu’écouter la suite.

–             Je suis pitoyable. Je l’ai vu ! T’avais raison, ce mec me trompait depuis quatre mois. Alors qu’on était ensemble depuis un an, même pas… Et le pire c’est que je m’en fous. Je l’ai vu, l’autre, lui mettre la main dans le boxer, j’ai tout vu. Et je m’en fous !

Si j’avais pu rester insensible jusque là, c’était maintenant impossible. Et si Jaeden aurait ouvert les yeux et tourné la tête vers moi, il aurait vu de la peine affichée sur mon visage, un sentiment que je n’avais pas ressenti depuis longtemps. Il était saoul et disait plus qu’il ne devrait. Demain il ne s’en souviendrait peut être plus et le regretterait. Il fallait qu’il se taise, qu’il s’endorme… Il en avait déjà dit suffisamment. Je serrais les poings, voulant faire cesser ce tremblement qui commençait à me saisir. Cette souffrance, j’en étais maintenant sûr, je ne la souhaitais à personne et encore moins à celui qui me l’avait fait connaitre. J’avais tord en disant que je le laisserai crever dans sa peine… J’avais du mal à saisir tout ce qu’il disait et c’est alors que dans un dernier effort, il prononça ces derniers mots avant de s’endormir :

–             Je m’en fous… Parce que tout ce qui trotte dans ma tête… C’est que tu sors avec ce gamin moche que je déteste plus que tout…

J’encaissais difficilement ce qu’il venait de me dire et n’y tenant plus je marchais vers lui. Même si c’était sous l’emprise de l’alcool il venait de me dire plus que je n’avais espéré pendant nos deux ans de relation. Certes, c’était loin d’être une parfaite déclaration, mais c’était ce qui s’en rapprochait le plus. Alors que j’arrivais à sa hauteur, les larmes aux yeux, je m’assis sur le lit. Ce fut seulement au moment où je tendais un bras vers lui que je réalisais ce que j’étais en train de faire. Qu’était-il pour moi, si ce n’est mon médecin. Nous avions tous deux tourné la page plus ou moins difficilement il y quatre ans. Je sentais bouillir en moi cette rancœur, se battant douloureusement avec mon envie de l’aider et de tendre la main vers lui. Ce fut finalement ma souffrance qui prit le dessus et me poussa à faire demi-tour, m’asseyant dans un coin de la pièce, à l’opposé de Jaeden, recroquevillé sur moi-même. Cette fois-ci, je pleurais vraiment, et je n’arrivais même pas à en saisir la raison. J’avais mal… Si seulement il avait parlé quatre ans auparavant… Si seulement je ne l’avais pas vu dans ce bar… Si seulement, il ne m’avait pas envoyé ce texto… Et enfin, si seulement je n’étais pas allé chez lui ce soir là… Ou aurait été ma place, que serions-nous devenu ? Qu’avais-je espéré de ses mots prononcés sous un état d’ébriété ? Pourquoi continuais-je malgré tout à m’accrocher ? Je ne devais pas.

Epuisé par ma nuit blanche et mon état fébrile, je finis par m’endormir au milieu de mes pleures.

Encore une dispute avec Jaeden… Je m’étais démené pour faire une soirée en amoureux, cuisinant une bonne partie de la soirée. Je voulais simplement profiter un peu de lui et venait juste de lui demander s’il pouvait, au moins, une soirée ne pas sortir avec ses amis. Je lui laissais beaucoup de liberté, mais il ne me respectait pas et était loin de m’offrir le temps que je souhaitais.

–              S’il te plaît Jaeden… Juste cette soirée…
–              Fallait m’en parler avant. J’ai prévu un truc avec mes potes.

–              Mais c’était pour te faire une surprise…

Jaeden soupira, et ne répondit rien, j’en profitais pour ajouter :

–              On en fait assez rarement. Tu pourrais au moins…
–              On n’est pas marié je te signale ! Cria-t-il presque en me coupant la parole.

Il partit en claquant la porte, sans un regard pour moi. J’encaissais avec difficulté sa dernière phrase. En ce moment, notre couple n’allait pas bien fort. Que dis-je un couple, ce n’était peut être pas ce que nous étions. J’en avais assez de me faire traiter ainsi, avec tous les efforts que je faisais. Bêtement, je me mis à pleurer alors que je rentrais dans la cuisine en voyant le repas que j’avais préparé. Sans prendre le temps de ranger, je décidais d’aller chez mon cousin. Je n’avais de toute façon plus rien à faire ici. J’attrapais simplement ma veste et mon écharpe, il faisait froid à cette période de l’année. Une fois à l’extérieur, je marchais d’un pas rapide jusqu’à chez mon cousin. Mes larmes s’étaient taries, mais je savais que ce n’était qu’une question de minutes avant que cela ne recommence. Je me trouvais tellement idiot de pleurer ainsi. Après tout c’était vrai nous n’étions pas mariés, mais je l’aimais.
Arrivé devant chez mon cousin, je sonnais plusieurs fois jusqu’à ce qu’il vienne m’ouvrir. A peine eut-il entrouvert la porte que j’éclatais de nouveau en pleurs et j’entendis Ewen me dire avant de me prendre dans ses bras :

–              Qu’est ce qu’il t’a encore fait ?

Il m’attira à l’intérieur et me fis m’asseoir dans le salon pendant qu’il allait me préparer un bon chocolat. Ce n’était pas la première fois que je venais chercher du réconfort chez lui. Alors qu’il revenait, posant ma tasse sur la table et s’asseyant à côté de moi, je prononçais tout haut ce que je pensais tout bas :

–              Je suis trop exigeant c’est tout…

Ewen ne fit aucun commentaire, se contentant d’allumer la télévision, me permettant de me changer les idées.  Nous regardâmes un film, durant lequel je me calmais peu à peu. Quelques heures plus tard, alors que j’étais en train de m’endormir et qu’Ewen était allé se coucher dans son lit, j’entendis quelques coups discrets frapper à la porte. Curieux, je me levais et allais ouvrir pour découvrir Jaeden, me tendant directement un paquet de mes bonbons préférés.

Je ne le pris évidement pas et rétorquais méchamment :

–              Je croyais qu’on n‘était pas mariés !

Jaeden soupira et haussa les épaules, avant de se rapprocher subitement de moi. Après un simple effleurement de lèvres qui m’offrit des frissons comme il avait l’art de me les donner, il me murmura :

–              Faut croire que tu me manquais…

Sans hésiter un instant de plus, lui pardonnant instantanément, j’entrouvris mes lèvres, et recouvrit les siennes, lui offrant après un sourire le baiser désiré…

 

Mes yeux papillonnèrent revenant difficilement à la réalité. Je me rappelais vaguement d’un rêve du passé, mais n’y prêtait aucune attention. Il ne fallut pas longtemps pour me souvenir de ce qui s’était passé cette nuit. Je me rappelais cependant m’être endormi sur le sol, alors que j’étais maintenant allongé dans mon lit. A la façon dont la couverture était repliée sur moi, je sus que c’était l’œuvre de Jaeden. Je regardais l’heure. Dans moins d’une heure, nous avions un rendez vous de prévu. Je soupirais, pensant que celui-ci serait un des plus pénibles. Je me levais difficilement, légèrement courbaturé de ma nuit passée sur le sol, puis ramassant mon livre, je partis en direction de la douche. Une fois propre et habillé, je fis un détour par l’infirmerie afin qu’elle change mon pansement. Je détournais le regard pendant tout le temps de son soin. Puis alors que j’étais en train de partir, elle déclara froidement que je maigrissais trop et qu’il valait mieux pour moi que je m’alimente sérieusement si je ne voulais pas qu’elle se mêle de mon cas. Avec le peu de temps qu’il me restait, je me rendis au réfectoire, pour y découvrir Melvin, qui me parla pendant tout le temps du repas de mon histoire. Je ne l’écoutais que d’une oreille distraite, sentant peu à peu une boule au ventre prendre possession de moi. Comment allait-il réagir, et quelle excuse allait-il utiliser.

L’heure arriva bien trop vite, et je me rendis à contrecœur jusqu’à son bureau, reprenant mon visage impassible cachant avec savoir faire mon appréhension. Je frappais quelques coups à la porte, et finis par entrer. Jaeden était assis à son bureau, le nez plongé dans mon dossier. Lorsqu’il redressa la tête, il me dit simplement « bonjour » avant de m’inviter à m’asseoir. Il avait une mine affreuse, certainement une gueule de bois dû à sa consommation excessive de la veille. Je m’assis en face de lui, tout en continuant de le fixer, le détaillant afin de trouver la moindre faille. Jaeden ferma nerveusement son dossier, et sans parvenir à cacher sa gêne, il commença à parler, disant ce qu’il n’aurait jamais dû :

–              Je… Je m’excuse pour ce qui s’est passé hier soir… Ca… Cela ne se reproduira pas. t… Je suis désolé, j’ai vraiment tout oublié, je ne me souviens de rien. Alors on oublie tous les deux d’accord ?

Une foule de différents ressentis vinrent se mêler en moi, mais je ne laissais rien paraître. Il m’avait fait sa première déclaration détournée après quatre ans et ne s’en souvenait même plus. Dire que j’avais esquissé un geste vers lui… Dire que j’avais encore pleuré à cause de lui… Qu’espérais-je après tout ? Je le détestais pour ce qu’il m’avait fait, je ne lui devais rien. Je gardais le silence, n’ayant rien à y répondre, même si une question me brûlait les lèvres.

–              Bon, poursuivit-il, ayant l’habitude de parler seul maintenant. Je suis vraiment trop fatigué et je n’ai aucune envie de commencer ma journée par une dispute, alors… Je te propose de regarder un film. Nous faisons notre rendez vous, il n’est pas spécifié ce que nous devons y faire, alors je pense que ça ne gêne personne.

Il sortit de son tiroir le boitier d’un dvd, sortit le cd, et posa la boite bien en évidence sur la table. Se rappelait-il que c’était le premier film que nous étions allé voir au cinéma ensemble. S’en était-il seulement rendu compte ?

Une fois le dvd mis dans son ordinateur, il tourna l’écran afin que je puisse voir, et après avoir lancé le film, il s’enfonça dans son fauteuil. Je me tournais légèrement, sans un mot, n’ayant rien d’autre à faire que regarder ce film et chassé ce souvenir qui venait me hanter : nous deux, côte à côte, sa main sur ma cuisse et ma main caressant tendrement la sienne…

J’eus beaucoup de mal à me concentrer sur le film. La même question qui me trottait dans la tête depuis le début de l’entretient me brûlait les lèvres et pourtant je trouvais idiot de la lui poser. S’il ne se souvenait plus de rien alors…. Cependant, j’avais du mal à croire à cette excuse. J’étais presque certain qu’il me mentait afin d’éviter toute discussion gênante. De toute façon, avais-je vraiment envie d’aborder cela ? Ce fut Jaeden qui en parlant me sortit de mes réflexions :

–              J’ai l’impression d’avoir déjà vu ce film…

Avait-il donc si peu de mémoire ? J’avais donc pensé juste, il n’avait jamais porté d’importance à notre relation. J’étais uniquement l’homme avec qui il baisait régulièrement. Pourtant ce qu’il me disait maintenant ne correspondait pas avec ce qu’il m’avait dit hier soir… Je commençais à me perdre…
D’un ton froid, je choisis de lui répondre après un temps :

–              Notre première sortie au cinéma…

–              Ah oui… Excuse moi…Répondit-il, encore plus gêné.

–              Ce n’est pas la première chose que tu oublies. Répliquais-je.

Si ma phrase cinglante l’agaça, il n’en laissa rien paraître et détourna le regard. Nous continuâmes silencieusement à regarder le film. Pas un mot ne sortit de nos bouches jusqu’à la fin, alors que cette même question me brûlait toujours les lèvres. Ce fut finalement lorsque Jaeden coupa le générique, que je craquais :

–              Qu’est ce que c’est que cette histoire avec Melvin ?

Jaeden sursauta presque de surprise à ma question. Autant dire qu’il ne s’y attendait pas du tout. Il reprit ses esprits et me répondit :

–              Je ne vois pas ce que tu veux dire ?

Il me suffit d’un regard pour qu’il comprenne ce que je voulais dire. Il avait très bien saisit ma question. Un voile de tristesse passa dans son regard et il finit par ajouter :

–              Excuse-moi Ilian… Je te reproche de te mêler de ma vie, alors que je fais la même chose…

C’est alors que son portable sonna. Jaeden le prit en main, regarda qui l’appelait, appuya sur un bouton pour raccrocher après un léger soupir, et reporta son attention sur moi. A la tête qu’il faisait, je n’avais pas besoin de me questionner plus avant sur l’identité de son interlocuteur qui ne pouvait être que l’homme qui l’avait trompé. Je choisis ce moment pour parler à mon tour, cette fois-ci sur un ton un peu moins dur qui ne voulait amener aucune dispute :

–              Tu crois vraiment que j’ai refais ma vie avec lui ? Tu ne me connais alors pas si bien que cela…

Jaeden baissa la tête en rougissant, puis haussa les épaules. Son portable sonna encore une fois et il réitéra l’opération avant de déclarer :

–              Il est plutôt pas mal…

Ravalant ma rancœur, je répondis :

–              C’était il y a quatre ans que tu aurais pu te montrer jaloux Jaeden.

Jaeden laissa échapper un « je sais », avant que son portable ne sonne de nouveau. Agacé je demandais :

–              Tu ne réponds pas ?
–              Pour lui dire quoi…

Un silence s’installa entre nous, et Jaeden se tourna vers la fenêtre, regardant le parc tristement. Je ne pouvais nier que je détestais le voir dans cet état. Sans la moindre gêne, je l’observais. En quatre ans, il avait gagné en beauté. J’aimais énormément son regard et en particulier lorsqu’il se déposait sur moi avec cette lueur si particulière quatre ans auparavant. Je ne pouvais que jalouser les autres hommes qui avaient partagé son lit avant et après moi. Mais tout était maintenant terminé et je ne pouvais qu’éprouver des ressentiments et de la rancune pour lui. Simplement, j’avais malgré tout envie de lui venir en aide, car qui mieux que moi connaissait sa situation.

Alors que son portable sonna de nouveau, sans la moindre réflexion, je me levais et saisit son téléphone avant de décrocher. J’entendis la voix pathétique de son amant dire :

–              Jaeden? Je…

Je ne lui laissais pas le temps de déblatérer ses minables excuses, et sous le regard stupéfait de Jaeden je déclarais :

–              Jaeden n’a aucune envie de te voir !

Sans plus de cérémonies, je raccrochais, prenant le soin d’éteindre même son téléphone avant de le reposer sur la table et de m’asseoir dans mon fauteuil. Ca y était, je l’avais fait… Je l’avais aidé un peu. Certes ce n’était pas grand-chose, mais c’était déjà beaucoup de ma part.
Jaeden me regardait toujours étonné, jusqu’à ce qu’il finisse par éclater de rire. Je préférais mille fois le voir ainsi, et un sourire vint étirer mes lèvres, un sourire que je ne cherchais pas à cacher. Jaeden me rendit mon sourire, jusqu’à murmurer un simple « Merci Ilian ». Je décidais alors de me lever, sentant qu’il était en train d’ouvrir une faille en moi et que j’avançais sur un terrain dangereux et glissant. Jaeden ne fit rien pour me retenir mais alors que j’arrivais à la porte, je me retournais et déclarais d’une traite :

–              Il n’y a rien entre Melvin et moi. Courage Jaeden.

Puis, j’ouvris la porte et alla directement jusqu’à ma chambre. J’avais cette cruelle envie de pleurer sans savoir pourquoi, et je la réprimais avec violence. Alors que j’arrivais devant la porte de ma chambre, Melvin était encore à côté. Je lui avais demandé de ne pas y entrer sans que je ne sois là et il respectait ma décision.

–              Je… J’ai fini ton histoire et j’aimerais en lire une autre. Et si tu as le temps pour que je te dise ce que je pense de celle-ci… je…

–              Allez entre, répondis-je simplement, l’invitant à me suivre…

*

 

L’après-midi était maintenant bien avancée, et j’avais eu l’autorisation de me rendre dans le parc. Alors que je prenais la direction de mon banc, j’entendis deux personnes se disputer. Une des voix ne m’était pas inconnue. Curieux, je m’approchais, et me glissant derrière des arbres, j’écoutais Jaeden et Hugo se disputer. Au moins, jamais Jaeden et moi n’avions connu ce genre de dispute. J’avais préféré m’éloigner que de connaître cela. Je n’aurais jamais supporté de voir Jaeden à la place d’Hugo en pleur en train de supplier un pardon.

–              Je suis désolée Jaeden…. S’il te plait… Allez reviens… C’était une erreur… Je n’aurais jamais dû… J’allais y mettre fin. Il n’y a rien entre lui et moi. Je… Je ne sais pas ce qui m’a pris.  Je t’en supplie Jaeden, ne me fait pas ça !

–              C’est terminé Hugo. Je te laisse quelques jours pour rassembler tes affaires et trouver de quoi te loger et tu quittes mon appartement.

–              Mais…

Hugo tenta de s’approcher de Jaeden, mais celui-ci s’écarta et dit froidement :

–              Va t’épancher sur l’épaule de quelqu’un d’autre. Sur celle de mon frère par exemple, puisque vous vous entendez si bien maintenant.

–              Ne détruit pas tout Jaeden, je t’en supplie. Ensemble, tous les deux… On peut surmonter cela.

–              C’est toi qui as tout détruit le jour où tu as cédé ! Je ne veux plus te voir, tu m’entends ! Tu quittes mon appartement. Tiens tu n’as qu’à plutôt aller voir ton Joe, si je ne suis pas assez bien pour toi !
Sur ces derniers mots, Jaeden tourna le dos à Hugo, reprenant le chemin de l’hôpital. Hugo alla s’asseoir sur le banc et pris sa tête entre ses mains, le corps secoué de sanglots.
Sans cacher mes mauvaises intentions, j’approchais de lui, me dévoilant avec un grand sourire aux lèvres. Sans qu’il n’ait le temps de remarquer ma présence, je déclarais brusquement sans cacher ma haine que je détournais malgré moi :

–              C’est de ta faute ! Ca ne sert à rien de pleurer.
Alors qu’il levait son visage vers moi emplie de larmes et d’incompréhension, je poursuivis :

–              Ce n’est pas toi qui devrait être là à te morfondre sur ton sors. Tu as fait une connerie, la pire de toute, lève toi et assume. Et surtout arrête d’insister avec Jaeden, tu ne fais que le blesser et il n’a vraiment pas besoin de cela.
En colère, il se leva, me faisant face et me dit en haussant le ton :

–              Tout est de ta faute ! Tu n’avais pas le droit d’ouvrir ta gueule ! S’il souffre c’est parce que tu lui as dit, tu lui as mis le doute !

–              Il avait le droit de savoir ! Rétorquais-je. Ce n’est pas moi qui l’est trompé, ne rejette pas la faute.
–              Tais-toi ! Hurla-t-il. J’aime Jaeden plus que tout et tout est détruit par ta faute…

Soudain il s’arrêta, puis planta ses yeux dans les miens et comme illuminé il m’envoya un sourire haineux et déclara :

–              Ah je sais ! Tu as fait exprès ? Tu comptes le récupérer c’est ça ? Crois-tu qu’il en a vraiment quelque chose à faire d’un timbré dans ton genre ? De toute façon t’es pas son genre !
Je rétorquais simplement en lui envoyant mon sourire mauvais comme j’avais l’art de les faire, puis déclarais avant de partir :

–              Qui sait…

Rapidement je lui tournais le dos et pris la direction du bâtiment. J’avais suffisamment pris l’air. J’allais jusqu’à ma chambre, n’ayant aucun autre endroit où aller. Alors que je marchais dans le couloir, sous l’œil avisé des infirmières et des surveillants, je vis Jaeden, accoudé à une fenêtre, fixant l’extérieur tristement. Je m’approchais de lui, arrivant presque à son niveau. J’avais beau ne pas le vouloir, je ne pouvais pas ne pas être indifférent à sa souffrance. Il me l’avait déjà fait vivre et je savais ce qu’elle représentait. Je passais devant lui, marchant directement jusqu’à ma chambre. Je ne devais pas lui parler. Secrètement je me demandais s’il avait été dans le même état lorsque je l’avais quitté. Pessimiste, la réponse qui suivait était négative. Les circonstances étaient différentes et à l’époque, il se moquait totalement de moi. Mon cœur se serra une fois de plus, cela arrivait bien trop souvent en ce moment. J’arrivais dans ma chambre, et m’assis à mon tour près de la fenêtre, regardant le parc. Un sourire finit par se dessiner sur mes lèvres au souvenir de ma toute récente entrevue avec Hugo. Je m’étais venger en quelque sorte à travers lui, et sans que Jaeden soit au courant, je l’avais protégé.
Ce même sourire fut sur mes lèvres au moment où je fermais les yeux lorsque je fus couché bien plus tard, m’emportant au pays des songes.

**

Le lendemain, je fus réveillé très désagréablement par quelqu’un frappant à la porte. Il semblait attendre que je lui dise d’entrée car il insistait sans pour autant entrer. Je finis par me lever, et allait directement à la porte pour ouvrir d’un coup sec. C’était Jaeden.

–              Ah ? Tu es enfin réveillé, s’exclama-t-il avec le sourire.

Il respirait la bonne humeur et je trouvais sérieusement cela étrange. Seulement, je venais de me réveiller et je n’avais aucune envie de m’appesantir sur la question.

–              Il est quelle heure… Demandais-je à moitié endormi, mais parvenant tout de même à être assez froid.
–              Huit heure… Bon prépare toi à ce que je vais te dire Ilian. Plus tôt on sera parti et mieux.
–              Jaeden ? Tu as encore bu ?

Il semblait complètement euphorique, et je ne l’avais jamais vu dans cet état. Autant dire qu’à mes yeux en cet instant, il semblait complètement fou. Et puis partir où ? De quoi parlait-il ?
Ah ma question il soupira et déclara :

–              Mais non… C’est que… Ah…

Il semblait avoir quelque difficulté à parler. De plus en plus sceptique, je me contentais de le regarder, attendant qu’il se décide enfin à faire quelque chose.

–              Ilian, je viens d’obtenir la permission de te faire sortir d’ici pour la journée. Je me suis entretenu hier soir avec le directeur et…

–              Qu’est ce que tu racontes ? Dis-je cette fois-ci parfaitement réveillé.
Jaeden sembla soudain un peu gêné et d’un ton moins enjoué, il m’expliqua :

–              Tu… Tu maigris à vu d’œil depuis ta tentative de… Enfin tu ne te nourris plus, et le directeur et moi avions pensé que… Une sortie te ferait du bien. Enfin… Tu devras juste porter un bracelet au cas où tu t’échappes, mais nous ne serons que tous les deux.

–              Je…

Ce fut à mon tour de ne plus savoir quoi dire, réalisant à peine ce qu’il venait de me dire. Sortir d’ici, pendant toute une journée… Je n’y avais même jamais songé. Pour moi, ma vie était déjà toute tracée : voir défiler les psychiatres les uns après les autres sur mon cas, jusqu’à ce que finisse par mourir dans ce lieu sans jamais l’avoir quitté. Sortir ne serait-ce qu’une journée… Je ne l’avais même jamais espéré. Jaeden avait un sac en plastic d’une boutique de vêtements dans sa main gauche, et il me le tendit brusquement.

–              Je te laisse le choix Ilian. Si tu veux cette sortie alors je te laisse te laver et t’habiller en civil avec ces vêtements que je suis allé t’acheter ce matin tu me rejoins dans mon bureau.

J’attrapais fébrilement le sac, j’avais même du mal à garder mon visage impassible. Jaeden m’offrit une nouvelle fois un sourire qui fit battre mon cœur comme jamais, sans que je sache pourquoi. Avant de me tourner le dos et de prendre ma décision seul, il déclara :

–              J’espère qu’ils t’iront…

Je regardais sa silhouette s’éloigner, jusqu’à ne plus la voir du tout. Je tenais fermement ce sac dans mes mains, et je n’osais pas faire un seul geste…Je finis par me reprendre et fermer la porte. Je m’assis sur le bord du lit, puis hésitant mais la curiosité prenant le dessus, j’ouvris le sac et regardait ce qu’il contenait. J’en sortis un jean assez simple, comme j’en portais souvent lorsque nous sortions ensemble, et un t-shirt noir assez sobre. S’ajoutant à cela un pull de la même couleur assez large, sûrement pour cacher le fait que j’avais maigri un peu trop. Le dernier des achats était une veste assez légère, convenant parfaitement à la saison. Je regardais maintenant tous ces vêtements étalés sur mon lit…

J’avais une décision à prendre, et pour la première fois depuis longtemps je ne savais pas quoi faire. Alors qu’en ouvrant les yeux je m’attendais à une journée habituelle et ordinaire, Jaeden venait et me proposait de sortir. Je réfléchissais à ce qui me retenait, pesant le pour et le contre. Je prenais peu à peu conscience que j’avais en réalité terriblement peur de sortir. Cela faisait quatre ans que je n’avais pas été plus loin que les grilles du parc de cet établissement. Je finis par me lever, reprenant le sac et mettant tous les vêtements dedans, ajoutant en plus les vêtements que je portais ici chaque jour. Je ferais mon choix après m’être lavé, resté ici planté dans cette chambre ne me ferait pas avancé.

Très vite, je me trouvais sous l’eau de la douche, prenant garde à ne pas mouiller mon pansement. Sa chaleur avait un effet bien faisant. Je ne pensais à rien, ne cherchant pas forcément une réponse. Elle viendrait d’elle-même lorsque je m’habillerais. Après dix bonnes minutes, je me décidais enfin à sortir. Alors que j’attrapais ma serviette, mon regard s’accrocha dans le miroir. Jaeden avait raison, à force de ne pas m’alimenter, j’avais sérieusement maigrir. N’étant déjà pas très épais de nature, j’avais un teint et un aspect maladif. J’étais sûr que dans cet état je ne devais attirer aucun regard, j’étais bien trop maigre pour plaire à qui que ce soit… Même Jaeden ne me trouverait plus à son goût. Je me secouais soudain la tête en réalisant ce à quoi je venais de penser. Pourquoi Jaeden se trouverait dans ce genre de situation avec moi, c’était mon psychiatre, et de plus mon ancien amant qui m’avait trompé. La seule chose que je pouvais faire était de le détester. C’était finalement ce qui me permettait de tenir. Dans ce cas, pourquoi refuser une sortie avec lui, une occasion en or de découvrir le monde extérieur.

Attrapant vivement le sac avant de changer d’avis, j’attrapais mes sous vêtements et les vêtements que Jaeden avait choisi pour moi. Il ne s’était pas trompé sur la taille. Peut être que le jean était un peu trop grand. Le tout m’allait parfaitement bien et j’eus un choc lorsque je me vis dans le miroir. Cela faisait tant d’années que je ne m’étais pas vu dans des vêtements normaux. Mon cœur se mit à battre et fébrile, je sortis de la salle de bain commune avant d’aller déposer mes vêtements dans ma chambre. Une fois fait, j’enfilais ma veste, et d’un pas décidé, je me rendis jusqu’au bureau de Jaeden. Arrivé devant sa porte, ce fut non sans une certaine appréhension que je frappais à celle-ci. Je pus entendre qu’il m’invitait à entrer. Hésitant, je poussais la porte, avant de rentrer dans la pièce. Aussitôt le regard de Jaeden se posa sur moi. Habillé ainsi, dans de telles circonstances, je ne savais pas trop comment être celui que j’étais depuis quatre ans. Je gardais cet air froid et distant, mais il sonnait étrangement faux, peut être parce que je ne portais pas les vêtements de l’homme atteint de folie depuis plusieurs années. Cependant, ne me préoccupant pas de mon état, je gardais mes yeux fixés sur Jaeden, voulant voir sa réaction. Cela n’y manqua pas, je le vis me fixer avant de rougir et de dire assez rapidement :

–              Tu es très bien comme ça…

Je ne répondis rien, touché malgré moi par ce léger compliment. Cela faisait si longtemps que l’on ne m’en avait pas fait, ne serait ce qu’une esquisse. J’étais juste un phénomène à observer à la loupe, tentant de trouver une faille et une explication toute faite.

–              Tu… Tu es donc d’accord. Ajouta-t-il après un temps, tentant de se reprendre.

Je répondis simplement, n’ayant pas envie de donner des explications :

–              Oui… Pourquoi pas.

Jaeden m’offrit alors un sourire qui fit battre mon cœur. Il fallait vraiment que je me reprenne, j’avais de plus en plus de mal à être maître de mes réactions. C’est à ce moment là qu’il regarda sur sa table, puis se levant il saisit un gros bracelet, surement celui que je devais mettre pour sortir d’ici, et aussi me rappeler ma place et ce que j’étais devenu. Finalement tous ces beaux vêtements n’étaient qu’un costume pour masquer le fou qui sommeillait en moi. Jaeden sembla extrêmement gêné de me mettre ce bracelet et ce fut non sans appréhension qu’il me demanda de lui tendre son bras, prenant garde à choisir le valide. Il le verrouilla et garda la clef dans sa poche. Il s’éloigna de moi, saisit sa veste, et m’invita à la suivre à l’extérieur.

Je marchais derrière lui sans dire un seul mot alors que la peur me nouait les boyaux. Peut être que je commençais à sérieusement penser à ce qui m’attendait dehors. Je n’étais déjà pas bien à l’aise dans ce monde avant mon arrivée ici, alors maintenant qu’en serait-il. Nous étions maintenant dans le parc à, à peine dix mètres du portail. Je m’arrêtais assez soudainement, ne parvenant pas à faire un pas de plus. J’étais soudain comme paralysé. Franchir ces portes, s’était pour moi marcher vers l’inconnu, alors que je ne m’y étais même pas préparé. Jaeden fit quelques pas, puis s’apercevant que je ne le suivais plus, il se retourna pour remarquer que je m’étais arrêté. Inquiet, il fit demi-tour, marchant jusqu’à moi, avant de me demander :

–              Ca va Ilian ? Tu es assez pâle… Tu ne veux plus ?

Je plongeais alors mon regard dans le sien, et alors que j’aurais voulu le faire paraître le plus froid possible, et je pus lui cacher ma peur. Je n’arrivais même pas à lui répondre. J’étais comme un enfant perdu, complètement terrorisé.

Jaeden posa non sans hésitation sa main sur mon épaule, avec une telle douceur que j’en fus profondément bouleversé et n’eus pas la force de le repousser. Avec la même douceur dans le fond de sa voix, il me demanda de nouveau :

–              Qu’est ce qui ne va pas Ilian ?

J’avais beau avoir mes yeux plongés dans les siens, je me sentais défaillir. Finissant par prendre sur moi-même, je me confessais pour la première fois depuis quatre ans sur mon état :

–              Je… J’ai…

Je me sentais de plus en plus ridicule, je bégayais lamentablement. Jaeden avait ce pouvoir de m’affaiblir et c’était dangereux. Prenant soudain une voix froide qui ne collait pas avec ce que j’allais dire, je déclarais :

–              J’ai peur…

Jaeden m’offrit un sourire que je lui avait rarement vu. Il s’écarta  un peu de moi, puis il me tendit la main et dis simplement d’une voix douce :

–              Viens…

Fébrilement, j’attrapais sa main, répondant à son invitation sans trop savoir pourquoi. C’est ainsi que nous sortîmes de ce lieu. Il me tint la main jusqu’à sa voiture, puis me la lâcha assez gêné.
Le trajet se fit en silence. Je ne savais pas où il m’emmenait. La tête tournée vers la fenêtre, je regardais le paysage défiler devant mes yeux. Cela semblait presque irréel. Au bout d’un moment, nous arrivâmes dans une petite ville dont j’avais simplement un vague souvenir d’y être allé une fois ou deux. Jaeden se gara dans un parking, puis nous sortîmes de la voiture. J’avais assez de mal à cacher mon trac. Il m’invita à la suivre, ce que je fis sans un mot. Nous arpentions quelques rues, en silence. Je n’avais rien à lui dire, et Jaeden semblait tout aussi gêné que moi de la situation. Il finit par s’arrêter devant un bar, puis se tournant vers moi, il déclara :

–              Que dis-tu d’un vrai petit déjeuner ?

J’acquiesçais simplement, sans être particulièrement froid ou chaleureux. Une fois dans le bar, Jaeden commanda ce qu’il jugeait bon pour moi. Nous nous assîmes à une table et on ne tarda pas à venir nous servir. Notre petit déjeuner contenant un thé pour moi, une tasse de café pour Jaeden, deux verres de jus d’orange et un pain au chocolat chacun. Je n’avais pas fin du tout, et pour moi, cela paraissait énorme. Après avoir fini mon jus de fruit, j’attaquais lentement mon pain au chocolat, le grignotant par petit bout sans un bruit. Plusieurs fois je jetais des regards à droite et à gauche, ayant cette cruelle impression d’être observé et surtout d’être trop différent des autres personnes présentes ici. Je devais dire que je stressais de plus en plus, et mon angoisse était de plus en plus voyante. Je finis par poser mon pain au chocolat à peine manger, sous le regard inquisiteur de Jaeden.

–              Tu ne peux pas faire un petit effort pour aujourd’hui.

Sans vraiment le contrôler, je repris mon air froid, celui qui me protégeait, avant de le regarder droit dans les yeux. Il comprit que ce n’était pas la peine d’insister. Je finis par attraper mon thé, le buvant lentement. Cela faisait longtemps que je n’avais pas bu et manger des choses aussi simple ayant un gout normal. Puis au fur et à mesure que le temps passait cédant malgré moi, je finis mon pain au chocolat, n’ayant de toute façon rien d’autre à faire. La tension était en train de monter entre nous. Je me mis à repenser à ce que nous aurions fait quatre ans auparavant dans ce genre de situation. Jaeden serait venu sur ma banquette, se coller à moi, après avoir parlé de tout et de n’importe quoi. Mon regard se posa alors sur lui…. Tout était bien différent maintenant…
Constatant que j’avais fini mon petit déjeuner, Jaeden se leva et alla payer. Une fois revenu à notre table, il déclara :

–              Allez viens, maintenant nous allons aller dans un endroit qui te plaira sûrement.

Sceptique je me levais et partis à sa suite. Nous marchâmes un temps dans la ville qui commençait à connaître de plus en plus d’agitation. Instinctivement, je m’approchais un plus de Jaeden, priant pour qu’il ne le remarque pas. Après une petite marche, tout aussi silencieuse, Jaeden s’arrêta devant une petite boutique qui n’était autre qu’une librairie. Il ouvrit la porte, m’invitant à y entrer. A peine fus-je rentré que je fonçais droit sur les livres, sans un bonjour à la femme assise derrière les caisses. Jaeden s’arrêta pour parler un peu avec elle mais je n’y prêtais pas attention. Une mine d’or était devant moi, j’avais peu de temps et je comptais bien en profiter. J’aimais la taille de cette librairie, qui assez petite était moins impressionnante. De plus à part deux ou trois clients, il n’y avait pas grand monde. Je ne tardais pas à trouver mon rayon préféré, et je sortis un à un les livres, les rangeant précautionneusement après les avoir feuilletés. Après un temps indéterminé, mon regard se posa sur un livre particulier. Il était écrit par l’auteur de mon livre préféré et avait certainement dû sortir pendant mes quatre années d’enfermement. Le cœur battant, je le pris dans les mains, prenant mon temps cette fois-ci de détailler la couverture. Je le tournais ensuite pour lire le résumé, chose que je n’aurais pas du faire tant il me donnait maintenant envie de le lire. La voix de Jaeden dans mon dos me fit soudain sursauter :

–              Il te plait ? Tu le veux ? Je te laisse en choisir un alors prends celui qui te fait plaisir.

Je me tournais vers lui et retrouvant mon air assez froid, je déclarais en le rangeant :

–              Non merci, je ne veux pas de cadeau.
–              Très bien, fit Jaeden, apparemment vexé.

Alors que j’allais tourner le dos pour prendre la direction de la sortie, je le vis prendre le dernier livre que j’avais en main.

–              Je ne le veux pas ! M’exclamais-je.
–              Qui te dis que je le prends pour toi… Répliqua-t-il amusé.

 

J’allais un peu plus loin attrapant un livre qui m’avait tenté un peu auparavant, puis m’installais pour lire n’ayant aucune envie de partir tout de suite. En un instant, je me plongeais dans ma lecture, ne quitta plus le livre des yeux. Ce ne fut qu’après un temps que je redressais la tête, constatant que Jaeden lisait lui aussi. Jamais je ne l’avais vu lire vraiment en deux ans, et voilà qu’après quatre ans, je le surprenais à lire assez régulièrement. Je ne pouvais m’empêcher de penser orgueilleusement que c’était un peu grâce à moi. Je ne sais combien de temps nous restâmes dans cette librairie, m’en moquant ouvertement, trop plongé dans la lecture de mon petit livre, assez peu volumineux pour que je l’ai presque terminé lorsque Jaeden, me prévint que nous n’allions pas tarder à y aller. Je pris cependant le temps de terminer la lecture, et une fois que j’eus fini, je reposais avec précaution le livre à sa place avant de chercher Jaeden des yeux. Il était à la caisse entrain d’acheter son livre. Il parla quelques instant avec la femme qu’il semblait connaître, pendant que je l’attendais vers la sortie.

 

Il ne devait pas être loin de midi, et cela ne m’étonna pas vu le temps que nous y avions passé. Alors que nous marchions tranquillement, un homme que je ne connaissais que trop bien, ressemblant un peu à Jaeden s’approcha de nous.  Kain, arriva à notre hauteur et je sentis son frère se tendre imperceptiblement à côté de moi. Kain me fixa et tendis la main vers moi. J’y répondis à contre cœur, retrouvant mon air impassible avec une facilité déconcertante. Cependant, alors qu’il serrait ma main, son regard glissa sur mon bracelet. N’aimant pas cela et gêné de ma position je lâchais sa main et la cachais derrière mon dos d’une manière discrète. Sans un mot pour moi, il reporta toute son attention vers Jaeden.

–              Je suis désolé pour l’autre soir Jaeden…

Jaeden, apparemment agacé, déclara :

–              Je n’ai pas le temps maintenant, on en reparle une autre fois.
–              Mais Jaeden… Tenta Kain de nouveau.
–              Excuse-moi, bien que tu sois en désaccord avec ce que je fais, Ilian et moi allons déjeuner, et franchement, nous n’avons pas de temps à prendre.

Jaeden m’attrapa par le bras et nous partîmes, laissant Kain sans un mot de plus. Ce ne fut qu’une fois que nous fûmes hors de sa portée, qu’il consentit à me lâcher la main.

Cela m’avait fait bizarre de revoir son frère. En quatre ans, il avait un peu vieilli, prenant un air sérieux qui ne lui collait pas. Je repensais à toutes les âneries que nous avions pu faire dans leur studio il y a quatre ans. Finalement, Jaeden s’arrêta devant un restaurant, ne parvenant pas à retrouver son calme. Il m’invita à entrer avant lui, chose que je détestais.

Une fois à l’intérieur, le serveur nous installa à une table, et nous amena la carte.

–              J’espère que tu as faim. Me dit-il une fois que le serveur était parti.
–              Moui, répondis-je simplement.

Rapidement, nous passâmes commande et je devais avouer que j’étais de plus en plus gêné que Jaeden m’offre tout cela. Cependant, je ne faisais aucun commentaire. Je repensais à la scène que je venais de voir entre lui et son frère et c’est sans trop réfléchir que je lâchais :

–              Ca fait bizarre de vous voir vous disputer toi et ton frère.

Puis je rajoutais en rougissant :

–              En deux ans, je n’ai jamais vu une seule dispute entre vous.
–              Hn… C’est vrai, me répondit-il simplement, n’ayant apparemment pas envie d’approfondir le sujet.

Je réalisais en même temps, qu’à l’extérieur de ce centre, j’avais de plus en plus de mal à rester le Ilian jugé malade et fou. Je maitrisais de moins en moins bien ma timidité et mes ressentis, et Jaeden devait très certainement le remarquer.

A manger ainsi, en face de lui, sur cette petite table, j’avais cette cruelle impression d’être revenu des années auparavant, lorsque nous formions ce que nous pouvions appeler un couple. Je me rendais compte que j’avais finalement envie pour cette journée d’oublier ce qui nous avait séparé. Ce soir, je retournerais au centre et tout se passerait comme avant, alors j’avais peut être le droit d’en profiter un peu. Timidement, je redressais la tête vers Jaeden qui me regardait depuis un petit moment déjà, et je lui adressais simplement un petit sourire avant de détourner les yeux et de fixer la fenêtre, observant des paysages auxquels je n’aurais peut être plus jamais droit.

Les plats finirent par arriver et Jaeden tourna soudain la tête vers la petite télévision près du serveur. Je tournais la tête vers celle-ci et vit qu’une émission de patinage était en train de passer. Jaeden s’exclama alors :

–              Oh, ça te dit d’aller à la patinoire après manger ?
–              Tu ne sais pas patiner, rétorquais-je.
–              Je me rappelle la dernière fois où on y est allé tous les deux…
–              Oui, moi aussi, dis-je avec un sourire moqueur, je me rappelle surtout comme tu t’es foulé le poignet.
–              Tu te moques encore ou je me fais des idées ? Me demanda-t-il faussement vexé.

Un sourire continuait d’être accroché sur mon visage, ne pouvant m’empêcher de me souvenir de cet après-midi là.

–              Puisque c’est comme ça, ajouta-t-il, nous irons à la patinoire cet après midi ! Je vais te montrer moi !

Nous finîmes de manger sur une ambiance légère que je n’avais pas connu depuis longtemps. J’avais de plus en plus de mal à ne pas croire que nous étions quatre ans auparavant. Tout semblait si irréel… Une fois que nous eûmes terminé, ayant convaincu Jaeden que je ne prendrais pas de dessert, nous retournâmes à sa voiture et nous prîmes la direction de la patinoire. Je me débrouillais plutôt pas mal, mais je me rappelais tout à fait du niveau de Jaeden. Il n’était pas mauvais, mais voulait toujours en faire trop.

C’est ainsi que nous nous retrouvâmes sur la glace. Je n’eus pas trop de difficulté à m’y refaire, et je patinais tranquillement pendant que Jaeden commençait à faire ce qu’il ne fallait pas. Il n’avait finalement pas tant changé que cela, et cherchait toujours à impressionner et à se faire remarquer. N’étant pas d’un très bon niveau, il tentait déjà de prendre trop de vitesse. Je le regardais faire, attendant que l’inévitable se produise. Et cela n’y manqua pas. Arrivant vers moi, il manqua un geste de coordination, et s’étala magistralement sur la glace juste devant mes pieds. Je ne pus m’empêcher d’éclater de rire, réalisant seulement après l’avoir fait que cela ne m’était pas arrivé depuis des lustres. Jaeden redressa la tête vers moi, honteux, et finit par déclarer :

–              Te fous pas de moi ! Viens m’aider.

Plié en deux, j’eus du mal à me baisser pour lui tendre la main. Ce ne fut que lorsque ma main rentra en contact avec la sienne que je retrouvais mon calme. Une simple poignée de main, un simple contact avec lui, me faisait toujours le même effet, et je ne savais le contrôler. Alors qu’il parvenait à se lever et à patiner difficilement vers la sortie de la glace, je retrouvais peu à peu mon air impassible. J’avais beau tenter de me dire qu’il fallait que je profite de cette journée, je ne savais plus sur quel pied danser. Nous nous assîmes sur un banc, et Jaeden se reposa quelques minutes avant de déclarer :

–              Que dis-tu d’une petite ballade sur la terre ferme, dans un parc à une petite demi-heure de marche à pied d’ici ?
–              Pourquoi pas… Répondis-je simplement.

Après nous être changé, nous sortîmes de la patinoire. Nous marchions côte à côte et je suivais Jaeden, le laissant me guider. Nous marchâmes une petite demi-heure dans un silence qui cachait une tension assez particulière. Arrivé au parc, je remarquais quelque chose, Jaeden boitait un peu. Cet idiot s’était-il fait réellement mal ? Prenant sur moi, je lui demandais, en regardant sa cheville :

–              Ca va ? Tu ne veux pas t’asseoir ?

Jaeden me sourit, surpris du ton que je venais de prendre, et surtout que je m’inquiète pour lui. Agacé qu’il se moque ainsi de moi, je poursuivis, non sans une gêne que je ne n’avais pas ressentis depuis longtemps :

–              Il y a un banc ici. Il faut regarder ta cheville.

Je n’aimais pas vraiment la pente glissante que nous étions en train d’engager. Jaeden s’assit à côté de moi, et commença à ausculter son pied. Je restais à une distance qui n’était pas celle que j’aurais dû, j’étais beaucoup trop près de lui. Cependant, je n’avais aucune envie de m’éloigner, et Jaeden ne semblait pas l’avoir non plus. Il finit par redresser la tête, la tournant vers moi. Son regard croisa le mien, et gêné, je baissais le mien. Je n’aurais su dire pourquoi, mais j’étais de nouveau plongé dans le passé. Je n’arrivais plus à retrouver mon assurance, j’étais de nouveau le garçon timide d’avant. Je sentis sa main se poser sous mon menton, me faisant frissonner. Avec la même lenteur et la même délicatesse dont il avait fait preuve la première fois, il redressa mon visage afin que nos deux regards se croisent de nouveau. Je ne pus empêcher mes joues de rougir, me sentant fébrile. Nous nous regardâmes ainsi un moment que je ressentis à la fois comme extrêmement long et extrêmement court. C’est alors qu’il commença à s’approcher de moi, sans cacher ses intentions, comme dans un état second. Je ne reculais pas, lui laissant inconsciemment la possibilité de faire ce qu’il voulait de moi. Ses lèvres étaient maintenant à deux centimètres des miennes et je sentais mon cœur commencer à s’emballer. Comme avant… Oui… Juste un instant je m’autorisais à cela, j’oubliais ces quatre ans pour quelques instants de plaisir que je ne connaîtrais certainement plus jamais. Je pouvais sentir son souffle effleurer mon visage, et sa main, toujours  posée délicatement sur mon menton, me caressait tendrement la joue du pouce.

Lorsque ses lèvres rencontrèrent enfin les miennes, une décharge électrique me saisie, s’irradiant dans mon corps. Sa peau avait toujours la même douceur, ses lèvres toujours ce même goût qui m’avait fait défaut pendant si longtemps. Alors que sa langue caressait mes lèvres avec volupté, je les entrouvrais après un temps, en une invitation explicite à aller plus loin. Je ne me contrôlais plus, je baissais toutes mes barrière un seul instant, juste pour ce baiser, juste pour prendre un peu de plaisir… Les battements de mon cœur allaient toujours à un rythme effréné lorsque sa langue effleura la mienne.

Timidement, je redécouvrais la sienne, ravivant en moi, un brasier que je croyais éteint. Nos langues finirent par se lier langoureusement, alors que la main de Jaeden passait lentement sur ma nuque pour m’attirer un peu plus près de lui. Je me laissais faire, le laissant me guider, pour mieux me perdre en lui. Je n’avais pas vraiment conscience de ce que j’étais en train de faire, mais je me doutais que la chute serait lourde et difficile.

Pourtant, je répondais à son baiser, goutant à ce qui m’avait été offert par le passé. Je ne voulais pas que cela finisse et pourtant, je savais que la fin était proche. En effet, Jaeden finit par se reculer, quittant mes lèvres, mais me regarda l’espace d’un instant avec ce regard que j’avais oublié, avant de devenir nerveux et gêné. Il ne m’en fallut pas plus pour comprendre qu’il regrettait, et pourtant, il se crut obligé de dire :

–              Je suis désolé Ilian… Je ne sais pas ce qui m’a pris… Je… Oublions-ça, cela ne se reproduira plus.

Je ne répondis rien, retrouvant en un instant mon air froid et glacial, reprenant ma place comme il venait de retrouver la sienne. Je n’étais pas blessé par ce qu’il venait de me dire, ou plutôt, je m’attendais tellement à une telle chose de sa part, que la chute en fut moins rude. J’avais vécu bien pire, je m’étais laissé aller à un peu d’espoir, rien de plus. Nous rentrâmes en silence. Je ne lui prêtais plus la moindre attention, retrouvant  mon caractère exécrable. Malgré tout, je ne pouvais m’empêcher de lui en vouloir, et encore plus de m’en vouloir. Je regardais pas la fenêtre de sa voiture le paysage que je n’aurais plus jamais l’occasion de laisser s’offrir à mes yeux. Enfermer de nouveau dans cet hôpital jusqu’à la fin de ma vie, voilà ce qui m’attendait.

Nous arrivâmes en fin d’après midi, il me reconduit jusqu’à son bureau et sans un mot il m’ôta mon bracelet. Alors qu’il allait me parler, je tournais les talons, ne souhaitant qu’une chose : me débarrasser de ses vêtements que je ne pourrais et ne voudrais plus jamais porter. Une fois propre, je remis mes vêtements de tous les jours. J’allais jusqu’au réfectoire, plus pour faire acte de présence que pour manger. Melvin vint s’asseoir à côté de moi, nous n’échangeâmes que quelques mots et je retournais dans ma chambre. Sans envie de rien, je me couchais directement. Ce ne fut qu’après de longues heures que je finis par m’endormir avec toujours cette même question qui me paralysait : qu’avions nous fait ?

***

Le lendemain fut assez morose, j’arpentais les couloirs, évitant le plus possible les autres fous dans le même cas que moi. Leur présence m’usait plus que d’habitude et je ne cherchais pas particulièrement à savoir pourquoi. Je n’avais toujours pas croisé Jaeden et je l’en remerciais. Je n’avais vraiment pas envie de le revoir. Pourtant je le savais, en fin d’après-midi, nous avions un rendez-vous, rendez-vous que je devais appréhender tout autant que lui.

C’est alors que je tombais sur Hugo et le directeur en train de parler. Surpris, je m’approchais un peu, sans chercher à me faire voir. C’est alors que Hugo, les larmes aux yeux déclara en pleurnichant :

–              S’il vous plait, laisser moi aller à son bureau…
–              Je regrette, mais il m’a dit qu’il ne souhaitait pas vous voir … Tenta le directeur.
–              S’il vous plait, tenta une nouvelle fois Hugo, d’une voix qui m’électrisa.
–              Ecoutez, hier soir il m’a fait l’amour, et aujourd’hui il me dit qu’il a quelqu’un d’autre que voulez-vous que je comprenne.

Je n’en écoutais pas plus, me tournant pour aller directement à son bureau. La rage était en train de bouillir dans mes veines, et je savais que j’aurais du mal à me contenir. Pourtant, je frappais à sa porte une fois devant son bureau, attendant qu’il me donne l’autorisation de rentrer. Celle-ci me fut heureusement donnée et sans plus attendre, je débarquais dans son bureau, prenant une grande inspiration, je déclarais d’une voix froide qui trahissait ma haine :

–              Tu n’as pas changé ! Tu… Comment peux-tu encore me refaire cela… Ces paroles quand tu étais bourré ? C’était quoi ? Du cinéma pour que je me dévoile enfin à toi ? Et ce baiser dans le parc…

Je pris un temps, tout était en train de se brouiller je perdais le contrôle. Jaeden restait là, en face de moi, sans rien dire.

–              L’homme que tu as baisé hier soir, t’attends. Il est en train de parler dans le couloir avec ton cher ami le directeur que tu veux tant éblouir. Oublie ma présence pour notre rendez vous, il vaut mieux. Trouve une excuse, trouve quelque chose, mais ne me demande pas de te faire face aujourd’hui… Je…Je…

Alors que je réprimais les larmes qui me montaient aux yeux, je finis par dire avant de sortir ne souhaitant surtout pas l’entendre me parler :

–              Je commençais à te faire confiance… Je… Tu n’as vraiment pas changé, tu refais les mêmes erreurs. Je te déteste !

Je partis en claquant la porte, et ne l’entendis pas me suivre. J’avais besoin d’être seul et cette solitude ne me serait accordée que dans ma chambre. Jaeden ne vint jamais me chercher et je finis ma journée à écrire dans ma chambre. Il m’avait écouté et abdiquait, et finalement cela me mettais encore plus en rogne. La fin de journée passa assez vite, après un léger repas, j’allais encore une fois me coucher tôt.

**

Le lendemain matin, je me trouvais à mon bureau, alors que j’entendis quelqu’un frapper à ma porte. Las, je ne pris pas la peine de dire quoi que ce soit, comme à mon habitude. Cependant, la personne insistant et ne semblant pas se décider à entrer, je me levais rageusement et allais ouvrir. Je fus surpris de tomber nez à nez avec Kain. Aussitôt, je déclarais :

–              Qu’est ce que tu fous là ? Comment tu as fait pour entrer.
–              J’ai dragué une infirmière, me dit-il avec un léger sourire, avant de reprendre son sérieux et d’ajouter : Mais je ne suis pas venu pour te parler de la manière dont je suis arrivé jusqu’à toi, je suis venu te parler de Jaeden.

Je ne répondis rien, me contentant de le regarder droit dans les yeux.

–              Tu as vraiment changé Ilian, me dit-il, en rentrant dans ma chambre.
–              Qu’est ce que tu veux ? Lui demandais-je à bout de patience.
–              Ce que je veux ? Je veux que tu laisses Jaeden tranquille. Il a assez souffert quand tu l’as plaqué par le passé. Je ne vais pas m’amuser à citer toutes les conneries qu’il a faites. Il a déjà eu assez de mal à s’en remettre alors maintenant fous lui la paix. Je ne veux plus jamais le revoir dans cet état. Tu es nocif pour lui.

Kain s’arrêta, les larmes aux yeux, se tournant vers moi, il souffla :

–              Je t’en supplie, prend tes distances, mais ne le fait surtout pas redescendre.

Après un temps maintenant devant la porte, il finit par me dire :

–              Tu sais, tout le monde voyait, tout le monde savait que Jaeden t’aimait, mais tu as été incapable de le voir. Tout ce qui s’est passé entre vous, c’est de ta faute. Si tu tiens, ne serais-ce qu’un peu encore à lui, laisse-le.

Sans un regard pour moi, Kain ouvrir la porte et sortit de la chambre, me laissant seul, abasourdi et blessé. Si tout le monde savait ce que j’avais vécu moi aussi, si Kain savait, m’aurait-il tenu le même refrain ? Et puis, s’il m’aimait tant que cela, pourquoi allait-il voir d’autres hommes ? Pourquoi par le passé, ne m’avait-il jamais dévoilé ses sentiments ? Je ne m’accrochais qu’à des rêves, des espoirs, des hypothèses et des suppositions, mais je n’avais jamais eu quelque chose de concret. Perdu, j’allais m’asseoir à mon bureau, avant que le directeur n’entre dans ma chambre pour me prévenir que Jaeden repoussait notre entrevu à demain car il était aujourd’hui souffrant.

Pour la première fois depuis notre dernière entrevu avec Jaeden, je regrettais ce que je lui avais dit, ou plutôt la manière dont je lui avais parlé. J’attrapais finalement mon stylo et mon cahier, il fallait que j’écrive… Il fallait que j’oublie… Kain avait raison, mieux valait que je le laisse, mieux valait que je reste à ma place. Sa vie était maintenant sans moi et je devais m’y faire.

 

**

 

Une journée encore à errer dans les couloirs, tout comme la précédente. Depuis mon entrevue avec Kain hier, je me sentais comme mélancolique et fébrile. Cependant, je la voyais comme une journée banale, une journée comme toutes les autres. Des cris attirèrent soudain mon attention. C’était la voix de Melvin, j’aurais pu la reconnaitre entre mille. Je marchais assez rapidement jusqu’à la pièce d’où provenait ces hurlements qui ressemblaient à une dispute. A peine fus-je devant la porte que je vis Melvin et Jaeden. Jaeden en face de moi, me vit, mais il n’eut pas le temps de réagir. Je vis Melvin brandir sur lui le seul cahier que je lui avais  interdit et déclarer d’une voix mauvaise :

–              Tu es infect, tu as lâché Ilian alors qu’il se faisait violer ! Il a vécu un enfer à cause de toi !

A l’instant même où j’entendis ces paroles, je crus que le monde entier était en train de s’écrouler sous mes pieds. Le pire fut de voir les yeux de Jaeden posés sur moi, et son expression se décomposer. Non, je ne voulais pas qu’ils sachent, je souhaitais que personne ne sache et encore moins Jaeden. Celui s’approcha de moi, qui restait sans aucune réaction, et me demanda une fois à hauteur, extrêmement inquiet :

–              Est-ce que c’est vrai Ilian ?

D’un ton extrêmement froid, glacial comme il ne l’avait jamais été, je déclarais assez vite, sachant que je n’allais pas tenir longtemps face à son regard peiné :

–              Tu crois ce que les fous te racontent maintenant ?

Sans plus attendre, je lui tournais le dos, ne pouvant plus être là en face de lui. Mais alors que je voulais m’éloigner le plus loin possible, il me retint par le bras, me forçant à me retourner. Ce n’était plus le visage glacial qui s’offrait à lui, non c’était celui de Ilian en train de pleurer, parce pour la première fois, je ne pouvais contenir ma douleur.

Jaeden voulut alors me prendre dans ses bras, mais ce contact était au dessus de mes forces. Je l’aurais voulu il y a bien trop longtemps. J’étais sale maintenant et je voulais être seul. Je voulais en finir avec tout cela. Violemment je me débâtis pour finalement m’arracher à son étreinte. La vue brouillait, je pris le premier chemin qui s’offrit à moi, courant le plus loin possible. Dans ma course, je cognais violemment mon poignet qui se mit à saigner, les points éclatant sous le choc.

 

Loin très loin… Si je l’avais pu, je serais parti si loin que l’on ne m’aurait jamais retrouvé, loin de tout pour pouvoir enfin me reposer…

Nothing to prove – Chapitre 5

Chapitre écrit par Mai-Lynn

 

J’étais une enflure, un idiot. J’étais impardonnable car je ne pensais qu’à ma renommée dans un moment pareil. Je profitais de sa détresse, profitais d’un homme qui avait voulu se faire mourir. Je voyais ses larmes couler le long de ses joues, et plus elles poursuivaient leur chemin, plus je sentais mon cœur se déchirer. Depuis combien de temps n’avais-tu pas pleurer Ilian ? J’espérais, au fond de moi, que ses larmes étaient à cause de moi. Je suis devenu égoïste, sûrement par sa faute. Il m’avait quitté et j’avais changé, mais j’étais là à le regarder pleurer, alors qu’il y a quelques années, c’était moi qui me trouvait dans un lit d’hôpital, incapable de bouger, pleurant toutes les larmes de mon corps pour l’avoir perdu.

Un soupire passa le barrage de mes lèvres, depuis combien de temps n’avais-je pas pensé à cette nuit ? Cette nuit où tout a basculé, où j’ai compris que je devais tourner la page, fuir loin. Loin de cette ville où notre amour était né.

Doucement, je me retournais, ne voulant pas me rappeler. C’était trop dur. Les mains dans les poches, la tête baissée, je marchais sans trop savoir où aller. Alors que je voulais l’aider, je me retrouvai aussi perdu que lui.

– Rentre chez toi.

La voix du directeur me parvint aux oreilles. Si douce et lointaine. Elle ressemblait à la voix d’un père rassurant son enfant. Je levais mes yeux vers cet homme, mon mentor, et un sourire triste se peint sur mes lèvres. Il semblait embêté, comme s’il voulait me dire quelque chose mais n’osait pas.

Je ne voulais pas chercher à comprendre. D’un coup je me sentais faible et pitoyable, qui étais-je devenu pour profiter de la faiblesse de quelqu’un ?

– Je te donne ta journée, rentre chez toi, tu as l’air crevé, me dit-il, calme.
– Je vais aller faire un tour, je repasserai ce soir, répondis-je, reprenant ma marche.

Il fallait que je sorte, que je m’aère l’esprit et les idées. Cet hôpital me faisait tourner la tête, Ilian me faisait tourner la tête, mais pas dans le bon sens. Mais la voix du directeur me fit stopper tout mouvement.

– Tu t’impliques trop Jaeden. Aurais-tu quelque chose à me dire ? Me demanda-t-il, posant une main sur mon épaule

Mes sourcils se froncèrent immédiatement sous cette question, non moins suspecte. Pourquoi me disait-il cela ? Etait-il au courant de quelque chose ? Non, il ne pouvait pas l’être. Mon nom n’était mentionné dans aucun document.

– Non, rien, répondis-je doucement

Sans rien ajouter de plus, je marchais en direction de la sortie, prenant l’ascenseur, passant devant l’accueil et rencontrant l’air frais. Mais un détail m’interpella. Je n’avais pas pris mon manteau. Le froid me prenait de plein fouet, faisant grelotter mon corps. J’allais choper un rhume. Je courus alors vers la voiture, l’ouvrant et m’engouffrant dedans. J’allumais immédiatement le chauffage, frottant mes mains vigoureusement. J’avais envie d’aller en ville. M’évader un peu de cet endroit où la folie et la tristesse régnaient en maître. Je savais pertinemment où je voulais aller. Dans cette petite librairie, assez vieille, où des montagnes de livres attendaient d’être achetés.

 

Je pris la route l’esprit embrumé par des souvenirs du passé. Il fallait à tout prix que je m’évade, ne serait-ce que quelques minutes, que je pense à autre chose. Je conduisis pendant un quart d’heure, m’arrêtant sur le parking de la librairie. L’endroit était petit, mais ravissant. C’était une vieille bâtisse en pierre, le devant tout recouvert de lierre. De vieux volets de couleur bordeaux donnaient à la maison un charme fou. J’entrai immédiatement dedans, ne me laissant pas atteindre par le froid, et m’engouffrai dans la chaleur que m’offrait l’habitation. Devant moi, une bonne dizaine d’étagères en vieux bois, soutenant le poids de livres tous plus intéressants les uns que les autres. Sur le côté droit se trouvaient quelques fauteuils et canapés permettant au lecteur de lire et d’avoir un avant goût avant d’acheter. De l’autre côté se trouvait le comptoir, où une dame d’un certain âge me regardait, un sourire aux lèvres.

– Je me demandais quand tu allais revenir, Jaeden, me dit-elle chaleureusement.
– J’avais envie de m’évader, alors je suis venu ici. Quel est l’endroit le plus calme à part ta librairie, Lucie ? Demandais-je, un sourire amusé aux lèvres.
– Flatteur. J’ai reçu de nouveaux livres sur la médecine, tu veux les voir ?
– Non, je vais juste faire un tour. Merci.

Elle ne me répondit rien, se contentant de sourire. Je m’avançais, touchant du bout des doigts la couverture des livres sur mon passage. La douce odeur des vieilles pages, m’enivrait, me transportait. J’avais trouver le soutien dans les livres avec cet accident, ce jour maudit. Lire ses histoires fictives me permettait d’échapper un instant à la douleur réelle qui parcourait mon corps jour après jour. Puis j’avais rencontré Hugo, et j’avais laissé cette douleur s’évaporer peu à peu, ne me concentrant que sur lui. Cette pensée me fit alors revenir dans la réalité, brusquement. J’avais honte, mais je l’avais totalement oublié, trop ancré dans mes souvenirs. Je mis ma main à ma poche et constatais avec horreur que j’avais laissé mon téléphone dans le bureau. Il allait me tuer. Un soupir sortit de ma bouche, pourquoi étais-je parti ? Si j’étais resté passer la nuit avec lui, notre dispute aurait sûrement été oubliée, et je n’aurais pas à m’en faire. Dépité, je pris le premier livre qui me passait par la main, et m’assis sur un canapé, l’ouvrant. Je ne savais pas vraiment de quoi il parlait, mais le voir dans la section fantastique me convenait parfaitement. Je laissai alors mes pensées vagabonder dans un univers où la magie était la reine du monde.

Tellement pris dans cette vie fictive, je ne vis pas l’heure tourner, si bien que ce fut Lucie qui me sortit de ma bulle. Elle posa une main douce sur ma joue et je relevai la tête, surpris.

– Il est 18 heures, je dois fermer le magasin, je suis désolée, dit-elle, un sourire sincère aux lèvres.
– Ce n’est rien, je dois retourner au travail de toute façon, répondis-je en me levant.
– Tu n’as pas un petit ami à retrouver ?
– Disons que je préfère attendre encore un peu.

Elle me sourit et prit le livre entre ses mains. Ses doigts effleurèrent la couverture dorée, alors qu’elle se retournait vers le comptoir.

– Tu le prends ? Me demanda-t-elle, sérieusement.
– Oui, Je…

Mais je fus incapable de continuer, mes yeux s’étaient posés sur un livre en présentation. Je reconnaîtrais ce livre entre mille, l’ayant vu le lire je ne sais combien de fois. Ma main droite vint se poser sur les lettres rouges en relief de la couverture, m’enveloppant immédiatement dans des souvenirs du passé.

– La mélodie de Briséïs, tu connais ? Me demanda Lucie, me regardant, souriante
– Vaguement…Répondis-je, perdu
– C’est l’histoire d’un chevalier qui doit trouver celui qui se fait appeler l’élu. Son roi lui ordonne de le trouver et de le ramener, mais il va tomber amoureux.
– Un roman homosexuel ?
– Oui, je te le fais à moitié prix si tu veux.

J’hésitais, pourtant, peut-être que ce livre pourrait l’aider. Je me souvenais que lorsque nous nous disputions, il se jetait sur ce livre, pour ne plus le lâcher, même si je venais lui présenter mes excuses. Il lisait à n’en plus finir et c’était impossible de lui faire arrêter s’il n’était pas arrivé à la fin d’un chapitre. Je me souvenais de son personnage préféré, un dénommé Mael, qui luttait entre son envie et son devoir. Un sourire triste étira mes lèvres et je le pris en main.

– Je le prends, dis-je, le tendant à Lucie.

Elle le prit en main et le mit dans un petit sac en carton. Je réglais en liquide puis sortis, après avoir discuté encore quelque instants avec la vieille femme. Je rentrais rapidement dans mon véhicule et repris la route. Si je faisais vite, j’allais arriver à l’hôpital, la cantinière n’ayant pas encore mis les repas dans les assiettes. Je savais que la nourriture n’était pas des plus meilleures, mais elle restait nourrissante, et au vu de l’état d’Ilian, il fallait à tout prix qu’il mange.

Vingt minutes plus tard, je me trouvais dans l’hôpital, dans les cuisines plus précisément. Je m’activais à lui préparer un petit repas. Ce n’était pas grand chose mais j’espérais qu’il apprécie. Je sortis quelques minutes plus tard, un plateau recouvert d’un globe qui permettait au repas de garder toute sa chaleur. J’arrivai devant la porte de la chambre d’Ilian, et y entrais, le voyant en train de dormir. Sans faire de bruit, je posai le plateau sur la petite table roulante près de lui et m’arrêtai quelques secondes. Ses cheveux noirs de jais étaient emmêlés et quelques mèches recouvraient son visage pâle. Sans vraiment réfléchir, je les lui retirais, laissant mes yeux passer sur ses traits doux, dûs à son sommeil. Il n’avait pas perdu sa beauté, celle qui m’avait tant marqué lors d’un cours auquel je n’avais assisté qu’une fois, lorsque nous étions plus jeunes. Un sourire triste étira mais lèvres et je sortis le livre du sac en carton, m’asseyant sur le fauteuil. Je voulais attendre. Je voulais le voir se réveiller, et rester encore un peu avec lui. J’ouvris son livre à la première page et entrai dans un monde fantastique. Mais bien vite, mes pensées s’envolèrent, encore une fois dans des souvenirs que je tentais de refermer, des souvenirs qui ne m’apportaient rien à part un mal de coeur…

**

J’étais allongé sur un lit aux draps vert clair, légèrement relevé par deux coussins superposés. Mes mains tenaient un magazine people racontant des tas de choses qui ne m’intéressaient guère. Ilian se trouvait près de moi, allongé sur le ventre, la tête au pied du lit. Il lisait pour la énième fois son livre préféré, m’oubliant par la même occasion. Cela faisait quatre mois que nous étions ensemble.

Quatre mois que je lui avais donné son premier baiser. Il m’aimait et j’en étais fier. Au moins une personne éprouvait ce sentiment envers moi. Mais moi, je ne lui disais pas. Je ne pensais pas l’aimer, j’étais juste vraiment attiré par lui. Mon regard dériva sur lui. Sur son jean clair moulant ses petites fesses à la perfection, sur ce tee-shirt rouge, légèrement relevé, laissant entrapercevoir son bas de dos. Ilian était magnifique, une véritable tentation. Boudant légèrement par le fait qu’il m’oublie pour un livre qu’il relisait sans cesse, je jetais mon magazine par terre, et m’allongeais près de lui, mettant ma main sur sa peau nue. Immédiatement, je le sentis frissonner, mais ses yeux ne quittèrent pas son maudit livre. Je me collais alors près de lui, et posais mes lèvres sur sa joue, tout en remontant ma main le long de son dos.

– Arrête de lire ! Lui ordonnai-je gentiment, mon souffle caressant son oreille.
– Encore un peu, je suis au moment ou Mael rencontre Argan…Dit-il, tournant la tête et posant furtivement ses lèvres sur les miennes, pour mieux reprendre sa lecture.

Mes sourcils se froncèrent…Alors il pensait qu’avec un simple baiser il pourrait m’avoir ?

– Tu le connais par cœur ! Fis-je, glissant ma main le long de sa hanche.
– S’il te plait ! Me supplia-t-il, les yeux concentrés sur les lignes.
– Bon, bah si c’est comme ça, je vais voir Ewen !

Je me levais, rompant tout contact, mais un sourire de victoire étira mes lèvres lorsque j’entendis le bruit caractéristique d’un livre tomber au sol, et la voix déçue d’Ilian me dire « C’est bon, j’arrête… ». Je me retournais et le vis s’allonger sur le dos, les bras au dessus de la tête, prenant une cigarette et un briquet. Gagnant, je m’allongeais près de lui et lui retirais sa cigarette allumée de la bouche.

– T’es trop jeune pour fumer ! Dis-je, portant la cigarette à ma bouche.

Je tirais dessus, le regard défiant puis la jetais par la fenêtre, retenant la fumée dans ma gorge. Je vis ses yeux s’écarquiller, il détestait quand je faisais ça.

– Non mais arrête ! Tu sais le prix que c’est un paquet ?!? Me cria-t-il, énervé.

J’éclatais alors de rire, mais fus pris à mon propre piège lorsque la fumée m’étouffa. Je me mis à tousser brusquement, me pliant en deux, la main devant la bouche. Je sentis la petite main d’Ilian venir frapper doucement mon dos, m’aidant à m’en remettre.

– En plus, tu ne sais même pas fumer ! Me dit-il, un sourire amusé aux lèvres.
– Te moque pas ! Fis-je, le regard vexé.

Il sourit de plus belle et d’un coup je me jetais sur lui, le chatouillant. Il éclata de rire en se tordant, tentant d’échapper à mes mains, mais rapidement, je passais mes jambes de chaque côté de son corps, le tenant à ma merci. Son regard rieur s’ancra dans le mien et je ne pus le lâcher. Mes mains se stoppèrent, et sa bouche arrêta de rire, la laissant entrouverte. J’étais envoûté.

Doucement, je posais mes coudes de chaque côté de sa tête et posais mes lèvres sur les siennes. Nos langues se retrouvèrent immédiatement, et un baiser tendre nous envoya dans un monde où il n’y avait que nous. A chaque fois, je ressentais ce même sentiment. Un sentiment d’euphorie, de bien-être, un sentiment inconnu, jamais encore ressenti. Mon bassin sembla se chauffer à cet instant. J’avais envie de lui… Ma bouche lâcha la sienne, et mon regard brûlant s’ancra une nouvelle fois dans le sien. Mes lèvres caressaient ses deux bouts de chairs, mon souffle les effleurant, et tendrement, je lui murmurais deux mots qui, je le savais, le firent se raidir.

Faisons le…

**

Le bruit des draps me sortit de ma léthargie et immédiatement, mon regard se posa sur Ilian, qui se relevait doucement. Il s’assit, il semblait être soucieux au vu de son visage crispé et de la façon dont il avait remué la tête comme pour enlever une idée saugrenue de celle-ci. Comme je le pensais, il me lança immédiatement un regard froid tout en redevenant impassible. Je choisis ce moment pour parler.

– Bien reposé ? Ça va un peu mieux ? Demandai-je gentiment.

Mais bien sûr, il ne me répondit rien, et j’enchaînais. J’étais à présent habitué…

– Je t’ai amené ton dîner il y a un petit quart d’heure, il ne devrait pas avoir trop refroidi. Si ce n’est pas assez chaud, tu me le diras et j’irai le réchauffer.

Je le vis tourner la tête et regarder le plateau. Toujours le visage sans expression, il avança la petite table et enleva le petit globe pour regarder son repas avec un air de dégoût. Je me redressai un peu, voulant trouver une position plus confortable. Il entama son repas, sans un regard pour moi. Je savais qu’il se forçait parce que j’étais là, mais s’il fallait que je sois là à chacun de ses repas pour qu’il mange ne serait-ce que quelques bouchées, alors je le ferais. Il mangea la moitié du repas puis repoussa le plateau, avant de se rallonger sur son lit. Je compris qu’il avait besoin d’être seul et choisis ce moment pour me lever.

– Repose toi Ilian, tu en as besoin. A demain, dis-je, d’une voix douce.

Je sentis son regard posé sur moi, mais n’y fis pas attention. Je pris le plateau en main et posais son livre préféré sur la petite table. Je me retournai alors puis sortis, veillant à bien refermer la porte derrière moi. Je ne me retournai pas cette fois pour l’espionner, je savais quelle réaction il allait avoir. Je redescendis aux cuisines puis reposais le plateau. Je remontais par la suite afin de prendre ma veste, ma sacoche et mon portable. Mon regard se posa alors sur ce dernier et j’ouvris le clapet.

Je vis alors six appels manqués d’Hugo et un message enregistré sur ma boîte vocale. Mais je n’avais pas envie de l’écouter. Dans quelques minutes, j’allais avoir une confrontation et cela me suffisait. Dix minutes plus tard, je me retrouvais au volant de ma voiture, roulant sur la voix express. Il pleuvait fort et la nuit tombait déjà. Vingt minutes plus tard, j’entrais dans mon appartement, complètement trempé. Je sentis directement une bonne odeur de poulet flotter dans l’air, et un fin sourire étira mes lèvres. J’enlevais mes chaussures et ma veste, puis marchais vers la cuisine. Je vis directement Hugo assis sur le plan de travail, la tête baissée. Sur la table se trouvaient toute la jolie vaisselle ainsi que des bougies, donnant un aspect vraiment romantique à notre appartement. Je m’approchais de lui et passais mes bras autour de son corps fin, posant mon front dans son cou. Il ne me repoussa pas, bien au contraire, il m’enlaça à son tour.

 

– Excuse moi…Soufflai-je, embrassant tendrement sa joue.
– Moi aussi je suis désolé, je n’aurais pas dû m’énerver comme ça, mais je t’attendais et je ne te voyais toujours pas arriver alors…

Il ne put terminer car j’emprisonnais ses lèvres. Il m’ouvrit immédiatement sa bouche et nous nous embrassâmes tendrement. Je savais qu’il m’en voulait un peu, mais ce soir je ne voulais pas d’une énième dispute. Je passais tendrement ma main dans ses cheveux et embrassais le bout de son nez, avant de me détacher de lui. J’ouvris la porte du frigo et constatais avec envie qu’il m’avait préparé mon repas favori.

– Du poulet sauce caramel avec des pommes de terre ! Dis-je, lui adressant un magnifique sourire.
– Je te dois bien ça, tu as du dormir sur le canap’ de ton frère… Me répondit-il, en haussant les épaules, un petit sourire aux lèvres.

Je m’asseyais à table et ouvris la bouteille de vin blanc. Un sourire aux lèvres, je nous servis, puis reposais la bouteille. Je regardai Hugo en train de sortir le repas du four, puis l’apporter sur la table. Il s’assit, me lançant le plus beau des sourires, puis commença à couper le poulet. J’entendis alors la sonnerie de son portable se mettre en marche et nous tournâmes la tête vers le combiné.

– Tu peux décrocher, j’ai les mains prises…Me dit-il, l’air penaud.

J’acquiesçais et me levais, attrapant le téléphone. Mes yeux se posèrent alors sur le nom de l’interlocuteur. Un certain « Joe ». Les sourcils froncés, je décrochais.

– Allo ?
– Hugo ? Me demanda une voix grave.
– Non, son compagnon, il est occupé, je peux transmettre un message ? Fis-je, aimablement.
– Passez le moi, répondit-il, énervé.
– Il est occupé, je viens de vous dire…
– A quoi ? A te faire une pipe ?!? Passe le moi tout de suite t’entends, sinon…
– Sinon quoi ? Lançai-je sur un ton de défit.

Cette dernière question fit relever la tête d’Hugo et son regard chargé d’incompréhension se posa dans le mien. Je lui tendis alors le téléphone tout en haussant les épaules.

– Un certain Joe, assez connard, souhaite te parler, dis-je, indifférent.

Je le vis alors blêmir d’un coup et me regarder l’air incrédule. Il me prit vivement le téléphone des mains et bredouilla un « je reviens » avant de disparaître dans notre chambre. Perdu, je le regardais refermer brusquement la porte. Qui était ce Joe ? J’avais envie d’aller écouter à la porte, je le sais, j’étais curieux. Mais il ne fallait pas que je m’en fasse, Hugo avait beaucoup d’amis masculins, et puis…J’avais une totale confiance en lui. Je me levais, ne voulant pas commencer ce dîner aux chandelles sans lui puis me dirigeai dans le salon, allumant la radio. Je réglais la fréquence sur une chaîne de musique qui ne diffusait que des chansons romantiques puis m’installais sur le canapé, un magazine à la main.

Il revint quelques minutes plus tard, le visage inquiet. Mes sourcils se froncèrent alors que je le vis s’asseoir près de moi, sa main grattant sa nuque. Ca, c’était le signe qu’ Hugo ressentait un bon coup de stress. Doucement, je passais mon bras derrière son dos et l’embrassais sur la joue.

– Quelque chose ne vas pas ? Demandai-je, posant ma main sur sa cuisse.
– Je…Euh, c’était le père d’un élève, son…Son fils a été viré…et…Bredouilla Hugo, fuyant mon regard
– Il a pas apprécié ?
– Non…Pas vraiment.

Une grimace étira alors mes lèvres. Je savais qu’ Hugo attachait une grande importance au regard des autres, si bien qu’un désaccord avec l’un des parents de ses élèves faisait remonter son anxiété.

– Vu la façon dont il m’a parlé, tu devrais faire attention…Dis-je, calmement.
– Il…Il t’a dis quoi ? Me fit Hugo, tournant son visage vers moi.
– Rien de spécial, il voulait que je te passe le téléphone…Ah, et si tu me faisais une pipe, fis-je rigolant légèrement.

Lui ne rigola pas, et tourna la tête, regardant le sol. Je choisis ce moment pour porter mes lèvres à son cou, et laisser ma langue chatouiller sa peau tendre. Mais il me repoussa gentiment, mal à l’aise.

– Jaeden…Souffla-t-il, tristement.
– Tu ne veux pas ? Demandai-je, lui faisant une petite moue boudeuse.

Je le vis hésiter, puis un petit sourire triste étira ses lèvres. Sans que je ne comprenne, je me retrouvais allongé sur le canapé, me faisant embrasser sauvagement par Hugo. Ses mains partaient une nouvelle fois à la découverte de mon corps, m’arrachant des gémissements de plus en plus bruyants. Oublié, le dîner. Oubliée, la petite soirée romantique. Oublié, le pardon. Il n’y avait que lui et moi.

**

Je me réveillais le lendemain, le corps endolori par nos ébats de la nuit. Je me trouvais encore sur le canapé, complètement nu, une couverture verte posée sur moi et mes vêtements posés au sol. Je me levais doucement pour voir sur la petite table basse un mot, écrit par Hugo.

« J’avais cours à huit heures, tu dormais si bien que je n’ai pas voulu te réveiller. Après tout, tu as beaucoup donné de ta personne hier. J’ai mis le repas dans le frigo, et je te le réchaufferai ce soir. Je te promets de rentrer tôt…Aujourd’hui et tous les autres jours aussi. Je te le promets. Je t’aime plus que tout. »

 

Mes sourcils se froncèrent. Pourquoi me promettait-il une telle chose ? Je comprenais que son travail lui tienne à cœur, tout comme le mien. Même si parfois son absence s’insupportait, il le faisait parce qu’il aimait ça, parce que c’était son métier, sa passion, alors pourquoi cette promesse ?

Hugo était vraiment quelqu’un de mystérieux. Je ne savais jamais à quoi il pensait, ni ce que voulaient dire certaines de ses phrases, mais je crois que c’est cet aspect de lui, ce côté si mystérieux qui me faisait craquer. Un petit sourire aux lèvres, je me levais, ramassant mes affaires. Je les mis dans la corbeille à linge dans la salle de bain, puis rentrais dans la douche, soulageant mes muscles endoloris par la chaleur de l’eau. Mes yeux se posèrent sur la petite horloge sur le meuble, indiquant 10 heures du matin, et je me dépêchais de me nettoyer. J’arrivais dans la chambre et m’habillais rapidement, je voulais aller voir Ilian, lui remettre un peu de cette fameuse pommade « miracle » et peut-être discuter un peu avec lui. Je sortis de l’appartement, veillant à bien refermer derrière moi, puis rentrais dans ma voiture. Vingt minutes plus tard, je me retrouvais dans le hall de l’hôpital, appuyant sur le bouton de l’ascenseur. Une voix grave, que je connaissais par cœur, m’accosta.

– Bien dormi ?

Je me retournai pour croiser le regard de mon directeur. Il avait un sourire radieux aux lèvres, rendant son visage magnifique.

– Oui, assez, mais je vois que toi aussi…Dis-je, le sourire aux lèvres.
– Anita est enceinte…Me souffla-t-il, le regard brillant.

Un énorme sourire déforma mon visage alors que je le prenais dans mes bras. Cela ne faisait peut-être pas professionnel, mais je m’en fichais. Il était mon mentor, mais aussi l’un de mes plus grands amis. Lui et sa femme, mariés depuis 10 ans, essayaient sans relâche de concevoir un enfant, sans jamais y parvenir, jusqu’à maintenant. Ils avaient tout testé, mais rien n’avait marché. Ils avaient finalement entamé une procédure d’adoption, relâchant ainsi la pression. C’en était sûrement la cause, on dit souvent que les choses arrivent lorsque l’on si attend le moins. Ce couple en était la preuve vivante.

– Félicitations, Paul ! M’exclamai-je, le tenant dans mes bras.
– Il faudra que vous veniez manger à la maison, toi et Hugo, histoire de fêter ça ! Me lança-t-il, heureux.
– Mais sans alcool cette fois, fis-je, amusé.

Il rigola légèrement, puis nous rentrâmes dans l’ascenseur. Nous étions seul, lui rayonnant et moi me posant la question : Ilian dormait-il encore ? Le directeur sembla lire en moi car il parla de lui.

–  Sa sœur devait venir lui rendre visite ce matin…Vous n’avez pas rendez-vous avant demain non ? Me demanda-t-il, étonné.
– Je… Je voulais juste savoir comment il allait…Me justifiai-je, tournant la tête car je sentais mes joues s’échauffer.
– Jaeden, tu es trop dans…Commença-t-il, las
– Mon patient vient de faire une tentative de suicide, Paul, s’il veut parler je veux être là, le coupai-je
– Et s’il te parle, je veux être au courant. Les moindres mots qu’il prononce, je veux les connaître…Compris, Jaeden ?
– Compris.

Je mentais. Je savais indéniablement qu’Ilian et moi finirions par parler du passé. Une rancœur encore énorme nous séparait, et plus nous nous voyons, plus elle se faisait présente. Mais je savais aussi une chose. Plus je ne le voyais pas, plus je pensais à lui. Sauf quand j’étais avec Hugo. Je soupirais puis je lançais un simple « Au revoir », avant de sortir de l’ascenseur, prenant le chemin de l’infirmerie. Le pot de pommade dans ma poche, je m’approchais de la chambre d’Ilian. Mais une voix féminine m’arrêta. Une voix qui appartenait à une jeune femme que j’avais souvent détestée par le passé.

– As-tu seulement pensé un court instant à nous ? Si tu tiens à rester ici sans faire d’effort, c’est ton problème, pas le nôtre ! Tu sais quoi Ilian ? J’aurais préféré milles fois être fille unique, la vie aurait été bien meilleure pour papa et maman.

Comment pouvait-elle dire ça à son propre frère ? Le venin qui coulait dans ses veines était immonde. Elle n’avait pas changé, toujours aussi hautaine et idiote. Je décidais d’entrer, mais aucun des deux ne m’avait remarqué. Ilian se tenait dans son lit, assis, regardant droit devant lui. Son visage était inexpressif, alors que son regard était aussi froid que de la glace. La sœur d’Ilian se trouvait près de lui, debout. Elle portait une robe noire stricte, surmontée d’une petite veste de la même couleur. Ses longs cheveux bruns avaient été ramassés par une barrette. Ses yeux verts semblaient vouloir tuer Ilian du regard. Je suis sûr qu’elle aurait aimé le faire. Je priais intérieurement pour qu’elle ne me reconnaisse pas. De toute évidence, elle ne m’avait pas beaucoup apprécié, ni vu pendant les deux années où j’avais été avec Ilian.

– Pff, et tu ne réponds rien…Tu ne cherches même pas à te défendre, reprit-elle, resserrant sa prise autour de son sac.

Je choisis ce moment pour manifester ma présence, pensant qu’ Ilian avait suffisamment encaissé pour le moment. Je ne comprenais pas que les infirmières aient laissé entrer un membre de la famille, alors que du repos était conseillé à mon patient.

– Qu’est-ce que vous faites là ? Vous allez me faire le plaisir de sortir d’ici et de ne plus jamais revenir le voir, fis-je, la voix froide.

Je la vis se retourner et écarquiller grand les yeux. Et moi qui pensais passer inaperçu… Mais elle ne dit rien, se contentant de me fixer un moment. Vexée, elle regarda son frère furtivement puis reposa son regard sur moi, aussi hautaine qu’elle le pouvait.

– De toute façon, j’avais fini, répliqua-t-elle, elle aussi froide.

Elle me contourna, sans un regard, puis sortit de la pièce. Je me retournais à mon tour et refermais la porte, regardant sa fine silhouette prendre le chemin de la sortie.

– Décidément, son idiotie a pris le dessus sur le peu d’intelligence qu’elle avait… Soupirai-je, la voyant rentrer dans l’ascenseur.

Je me retournai pour croiser le regard inexpressif d’Ilian. Je n’y fis pas attention, devenant habitué.

– J’espère que tu as bien dormi et que ta nuit a été plus reposante que la mienne, dis-je, calmement.

Mes yeux se posèrent alors sur son plateau, à peine entamé, et une grimace étira mes lèvres.

– Ilian…Il faut que tu…

Je me surpris alors à trouver cette phrase complètement débile. Ce n’est sûrement pas moi qui le ferais changer d’avis sur la nourriture. Il fallait que je trouve un moyen, pour lui donner envie de manger, aussi mauvaise que soit la nourriture de l’hôpital.

– Bon, repris-je rapidement, passons pour cette fois.

Je m’approchais alors de lui, sentant son regard posé sur moi. Mais je ne dis rien, préférant le silence. Au moins, nous ne nous disputions pas… Je décidais de m’asseoir près de lui, sur le matelas.

– Je peux ? Demandai-je, fixant son bras bandé.

Il ne me répondit pas mais je le vis me le tendre. Précautionneusement, je le posais sur mes genoux, sortant la crème de mon frère de ma poche. Aucun mot ne fut échangé alors que je défaisais le bandage et posais mes doigts enduis de substance verte sur sa peau. Doucement, je me mis à masser sa plaie encore vive, m’appliquant à la tâche.

L’atmosphère devint alors légère, paisible. Un coup d’œil à Ilian m’indiquait qu’il avait fermé les yeux. Il était détendu et j’en étais ravi, car je doutais qu’il soit aussi insensible à ce que lui avait dit sa sœur. Je regardai devant moi, mes yeux se posèrent sur le livre préféré d’Ilian. Encore une fois, la vue de ce livre fit bouger mes pensées. Les yeux dans le vague, je les laissai me submerger, bercé par la peau douce d’Ilian.

**

J’étais encore au dessus d’Ilian, mes mains passant dans ses cheveux et ma bouche embrassant son cou pâle. Il ne m’avait pas encore répondu, mais j’avais senti ses mains se crisper sur mes hanches, signe de son angoisse intérieure. Peut-être y étais-je allé un peu trop vite ? A certains moments, j’oubliais qu’Ilian était un grand timide. Alors j’attendais, patiemment. J’avais une envie folle de lui, mais je ne voulais pas le brusquer.

– Ca fait mal ?

Je relevais alors la tête, surpris de l’entendre parler. Il ne m’avait pas dit oui, mais il ne m’avait pas dit non non plus. Je souris à cette question vraiment innocente, et remarquais immédiatement les rougeurs qui s’installaient peu à peu sur ses joues. Ma main se posa sur son front et glissa vers le haut, afin de lui remettre une mèche rebelle, qui cachait ses yeux magnifiques.

– Un peu au début, mais je ferais tout pour que la douleur passe vite, répondis-je, frottant tendrement mon nez contre le sien.
– Il…Il y a Ewen pas loin…Dit-il, hésitant.
– Non il est parti à son entraînement de foot, il me l’a dit quand je suis arrivé…Répondis-je en haussant les épaules.
– Mais je croyais que tu voulais aller le voir ?
– Je savais que tu me retiendrais…Fis-je, rigolant légèrement.

Lui ne rigola pas et regarda un instant dans le vide, semblant chercher une nouvelle excuse. Déçu, j’arrêtais de sourire, abandonnant. Il n’était pas prêt.

– C’est bon, c’est pas grave si tu n’en as pas envie, on attendra, m’exclamais-je, essayant de ne pas montrer ma déception.

Je basculais sur le côté, me mettant sur le ventre pour ne pas lui montrer que j’étais vraiment excité. Rapidement, je ramassais le magazine par terre et repris ma lecture, il fallait que je pense à autre chose.

Cela faisait quelques minutes que l’on ne s’était pas parlé. Il n’avait pas bougé, les yeux fixant le plafond. Je le sentis alors se coller à moi, passant timidement son bras autour de ma hanche et sa tête vint se cacher dans le creux de mon cou.

– Ok…Souffla-t-il, resserrant sa prise autour de moi.

Mes mains se raidirent à ce simple mot. Mais ma déception ne me quittait pas. Il ne le voulait pas.

– Arrête Ilian, si tu n’en a pas envie, ne te force pas, dis-je, légèrement sur un ton de reproche.
– Je me force pas…j’ai simplement…peur… C’est ma première fois moi, toi je sais très bien que tu as connu plein d’expériences. Moi, je suis nul… Je t’aime moi, et… Je saurai pas comment faire, je serai nul alors j’ai peur… Fit-il, les yeux brillants.

Je me retournais, surpris par ses propos. Mes mains se posèrent sur ses hanches, et doucement, je me retrouvais au dessus de lui. De fines gouttes perlaient le long de ses joues, et tendrement, je les embrassais. Je ne sais pas ce qui me prenait. Ilian m’attirait comme un aimant, depuis pas mal de temps déjà. Je l’avais vu dans un cours, jamais je n’avais pu le tirer de mes pensées. J’avais beau passer devant lui, m’asseoir à côté de lui à la bibliothèque, le croiser dans les couloirs, rien n’y faisait, il ne me voyait pas. Puis un soir, je l’avais vu rentrer avec Ewen. J’avais d’abord cru que c’était son petit ami, puis mon frère m’avait appris que c’était son cousin. Un espoir immense s’était installé en moi, et pour avoir Ilian, je m’étais lié d’amitié avec Ewen. Je n’étais pas le genre de mec à être en couple. Avant Ilian, un mois était mon maximum. Mais je n’arrivais pas à le quitter, il m’attirait trop. J’avais sans cesse envie de l’embrasser, de le toucher, et s’il savait toutes les pensées qui me traversaient l’esprit, c’est lui qui aurait fichu le camp depuis belle lurette.

– Tu as peur que je te quitte ? Demandai-je, caressant sa joue du bout de mon pouce.

Il hocha la tête de haut en bas, et évita mon regard. Un sourire amusé étira mes lèvres. Il ressemblait à un gamin, tellement innocent…

– Je ne te quitterai pas, je crois que j’en suis incapable de toute façon, avouais-je, posant mes lèvres sur les siennes.

Je n’en revenais toujours pas de la douceur de ses lèvres. Ce fut lui qui m’entraîna dans une valse, douce et passionnante à la fois, faisant bouger ma langue. Il embrassait à merveille. Ses mains hésitantes vinrent se loger sous mon tee-shirt, caressant ma peau. Je ressentis un frisson me faire trembler, et j’intensifiais le baiser, le rendant plus endiablé. Ses mains descendirent peu à peu à l’intérieur de mon jean, se posant sur mes fesses, enfin sur le tissu de mon boxer. Étonné par son assurance, je mis fin à notre baiser, le regardant, surpris.

– Tu es sûr ? Demandais-je
– Après ce que tu viens de me dire…mais… Vas-y doucement…Me répondit-il, rougissant.

Un énorme sourire étira mes lèvres, et d’un bond, je me mis sur les genoux, envoyant valser mon tee-shirt blanc. Le torse nu, je me collais à son corps, passant mes mains sous son tee-shirt.

– Alors je vais te montrer à quoi ressemble le septième ciel ! Déclarai-je, déjà enivré par le désir.

 

– Il n’y a plus de pommade.

La voix froide d’Ilian me fit alors revenir sur terre, et violemment, je sursautais, me levant précipitamment. Perdu, je regardais autour de moi, pour constater que ce souvenir avait été plus vrai que nature. Le rouge me prit aux joues, il ne fallait absolument pas qu’Ilian me voie dans cet état. Je me sentais excité, et cela devait être sûrement visible. Immédiatement, je pris son plateau et le mis au niveau de mon entrejambes.

– Je reviens plus tard, déclarai-je, m’éloignant déjà vers la porte d’entrée.

Rapidement, je me trouvais hors de la chambre, toujours le plateau en main. Je me dirigeai à toute allure vers la cuisine, posant le plateau n’importe où, puis me dirigeais vers les toilettes de l’étage. Immédiatement, je me plongeais dans une cabine, fermant le loquet derrière moi. Je m’assis sur la cuvette, après avoir rabaissé le dessus, puis mis ma tête entre mes mains. Pourquoi repensais-je sans cesse à ces instants ? Pourquoi me mettais-je dans un état pareil ? J’avais fait une croix sur Ilian le jour où j’avais rencontré Hugo. Mais maintenant qu’il était revenu…Que je l’avais retrouvé dans de graves circonstances…. J’étais vraiment perdu. Et mon état actuel n’arrangeait pas du tout les choses.

Dépité, et ne voyant que cette solution, j’ouvris ma braguette, libérant mon sexe durci. Je me mis à penser à la nuit dernière, sauvage et passionnée. Un sourire se dessina sur mes lèvres alors que je posais ma main sur mon sexe. Je commençais par des vas et viens lents et soutenus, me procurant tout de même une vague de plaisir intense. Cependant, plus je me forçais à penser à Hugo, plus ce souvenir disparaissait, pour laisser place à un autre. Mon coup de main devint plus rapide, et mes gémissements s’étouffaient dans ma gorge. J’allais plus ou moins tromper Hugo. Juste pour une fois.

**

Mes mains caressaient ses tétons durcis. Je n’avais pas encore retiré son tee-shirt que je sentais déjà son excitation grandissante. J’étais ravi, on allait le faire, et il allait m’offrir sa première fois. Mes lèvres quittèrent les siennes et partirent une nouvelle fois à la recherche de son cou, que je mordillais sans relâche. Je descendis mes mains, lui arrachant un gémissement de frustration. Un sourire sadique se dessinait sur mes lèvres. Lentement, pour ne pas le brusquer, je dégrafais les boutons du jean d’Ilian, mettant ma main à l’intérieur de son boxer, caressant son sexe. Il ne me dit rien, mais je sentis la prise de ses bras se resserrer autour de mon cou. Mon autre main descendit et atterrit le long de sa hanche et doucement, je commençais à lui retirer son pantalon. Après un petit moment il se retrouva au sol, et je choisis ce moment pour revenir l’embrasser. Sa peau était brûlante. De gène mais aussi de désir. Mes mains se posèrent sur sa virilité, que je massais sans gêne. Pour la première fois je la touchais. J’avais envie de lui. Le goûter sous tous les angles…Tendrement, je mis fin à notre baiser et descendis le long de son corps. Il ne me regardait pas, et cela m’énervait. Je me relevais, le forçant à croiser mon regard.

 

– Regarde-moi…Soufflai-je, excité.
– Qu’est-ce…Qu’est-ce que tu vas faire ? Me demanda-t-il, hésitant.
– Te décrocher le paradis….

Je descendis alors, mes mains effleurant sa peau à demi découverte. Mes lèvres venaient embrasser son bas ventre. Il avait la chair de poule. Je remarquais que ses bras étaient le long de son corps, alors vivement je les pris et les posai sur ma tête. Il exerça alors immédiatement une pression, m’avertissant qu’il aimait ce que je lui faisais. Sa gorge ne cessait de gémir, me rendant fou. Mes lèvres descendirent un peu plus, allant jusqu’à se poser sur sa verge. Au contact, je sentis Ilian se cambrer, lançant un gémissement fort.

Un nouveau sourire étira mes lèvres, et je le pris immédiatement en bouche, l’entourant de ma langue. Je sentis une de ses mains quitter ma tête et le vis la poser sur ses yeux. Sa bouche était entrouverte et son tee-shirt commençait à lui coller à la peau. D’un coup, je fis un mouvement de succions qui lui arracha un petit cri. Grisé, je recommençais, le caressant de part et d’autre. Mes vas et viens devinrent de plus en plus rapides, enhardis par le son de sa voix, et sa main se crispant sur mes cheveux. Une succion un peu plus forte, et il se répandit dans ma gorge, lâchant un cri terriblement excitant. Son bras sur ses yeux, je le voyais lutter pour reprendre une respiration normale. Mais je ne voulais pas lui laisser de répit. Je me relevai, avalant son sperme avec délice. Mes mains se posèrent sur mon pantalon, que j’enlevais à la va vite. Je me retrouvais nu en face de lui. Je souris en remarquant qu’il n’osait pas me regarder, alors que moi, je le « matais » sans aucune pudeur. Doucement, je lui pris ses mains et le fis s’asseoir. Mes lèvres vinrent embrasser son cou alors qu’il penchait la tête pour m’en donner l’accès. Ses mains passaient autour de mes hanches, touchant fébrilement le bas de mon dos. Les miennes vinrent se poser sur le bord de son tee-shirt, et délicatement, je lui enlevais. Il leva les bras, rougissant encore plus lorsque mes yeux se posèrent sur son torse pâle, finement musclé. Je ne résistais pas bien longtemps et me mis à lécher avidement ses muscles, l’entendant gémir.

Après quelques minutes, je remontais son corps afin de happer ses lèvres dans un baiser brûlant qu’il me rendit. Ses mains restaient sur mon corps, le caressant encore timidement. Ses caresses me faisaient vibrer de plaisir. Doucement, je mis fin à notre baiser, plongeant mon regard dans ses yeux verts si rieurs, si magnifiques.

– Tu es prêt ? Dis-je, l’embrassant furtivement.

Il ne me répondit pas, mais hocha la tête de haut en bas, en signe d’accord. Doucement, j’amenais un doigt à ma bouche et me mis à le lécher. Je sentais, en dessous de moi, la virilité d’Ilian se gorger à nouveau de plaisir, mais alors que je continuais ma tâche, une chose invraisemblable se produisit.

Ilian s’était relevé et avait pris ma main, l’amenant à sa bouche. Complètement surpris, je ne fis aucun mouvement, me contentant de le regarder faire. Il mit timidement deux doigts dans sa bouche, et enroula sa langue autour, mimant la fellation. Mon cœur cognait si fort dans ma poitrine que j’avais du mal à ne pas lui sauter dessus. Il fuyait mon regard, mais l’acte qu’il était en train de faire attisait mon désir, à un point inimaginable.

Je ne pus résister bien longtemps, et brusquement je retirais mes doigts de sa bouche, et y plaçai mes lèvres, prenant d’assaut sa langue. Ma main tenait ses cheveux, l’obligeant à se coller à moi. Mon autre main descendait lentement le long de sa hanche pour terminer sa course sur ses fesses. Lentement, je laissais un doigt commencer à entrer en lui, mais je le sentis se raidir et mettre fin à notre baiser. Il ne fallait pas qu’il commence à réfléchir. Surtout pas. Je repris d’assaut ses lèvres, l’entraînant dans un baiser tendre. Je lui faisais comprendre tout dans ce baiser, que jamais je ne lui ferais de mal, qu’il me satisfaisait, que tout se passerait bien. Et il s’embla le comprendre car ses mains vinrent se poser sur mon dos et sur ma tête, approfondissant notre échange. Mon doigt entra entièrement en lui, et lentement, je commençais à le mouvoir, arrachant quelques gémissements de douleur. Mais je ne lâchais pas sa bouche. Lorsqu’il fut habitué, j’enfonçais un deuxième doigt qui fut cette fois accueilli avec un cri de douleur.

– Détends toi Ilian…Soufflai-je, le sentant trembler sous moi.
– Facile à dire ! Répondit-il, les yeux fermés.

Un sourire amusé étira mes lèvres alors que je le sentis me reprendre dans ses bras, m’embrassant le cou. Il était prêt à aller jusqu’au bout, malgré la douleur et j’en étais ravi. Ce fut lorsque sa langue vint me lécher mon lobe d’oreille que mon désir prit le contrôle de ma personne et immédiatement, je mouvais mes deux doigts. La douleur fut brève et le plaisir se mit à déformer ses traits, le rendant irrésistible. Il se déhanchait lui même sur les doigts, sûrement inconsciemment, et m’embrassait avec un tel besoin, qu’il était difficile pour moi de ne pas le prendre sur le champ. Mais je continuais la préparation un moment.

Après de longues minutes, j’écartais ses cuisses, les posant sur mes hanches. Je dirigeais mon pénis prés de son orifice et y entrais doucement. Je le sentis se raidir à nouveau et attendis. Puis je bougeai à nouveau, m’enfonçant un peu plus. Il nous fallut un long moment avant que mon pénis soit en lui, et doucement, je commençais à me mouvoir en lui, lui arrachant encore des gémissements de douleur. Mais ceux-ci furent bien vite transformés en cris de plaisir, rythmant notre danse. Nos corps s’unissaient pour la première fois, et ce fut une sensation merveilleuse qui me transperçait à chaque coup de rein. Je sentais Ilian me griffer les omoplates, me prendre mes lèvres dans des baisers tous plus violents et passionnés que les autres. Lui qui se disait nul, s’avérait être le meilleur de tous mes partenaires. Magnifique fut le mot de notre première fois. C’est dans un cri mutuel de soulagement que nous nous libérâmes, moi au creux de son corps, et lui sur nos bas-ventres. Haletant, nous restâmes dans cette même position un long moment, savourant l’orgasme fulgurant qui venait de nous transpercer.

**

Un dernier va et viens, et j’éjaculais dans ma main, le corps secoué par ce souvenir. Mon cœur ne cessait de battre à un rythme démentiel, refusant de me donner une respiration calme. Les yeux fermés, je me maudissais d’avoir pensé à Ilian. Comment pouvais-je avoir ce genre de pensée alors que j’étais en couple et qu’Ilian se trouvait dans un lit d’hôpital ?

Il fallait que je me reprenne, et vite. Dégoûté, je me levais, refermant mon pantalon. Je sortis de la cabine et allais directement au lavabo, où je passais mes mains sous l’eau. Me nettoyant, je levais la tête, pour constater avec horreur le reflet de Kain dans le miroir. Il se trouvait adossé à une cabine adjacente et me regardait un sourire sadique étirant ses lèvres.

– Soulagé ? Me lança-t-il, narquois.

– Je rougis immédiatement devant cette phrase, enfouissant ma tête dans mes épaules.

– Ca… ça fait longtemps que tu es là ? Demandai-je, penaud.
– Une minute, mais assez pour comprendre que mon frère se paluche durant ses heures de boulot… Répliqua-t-il, rigolant légèrement.

Je ne lui répondis rien. De toute façon, que pouvais-je bien lui rétorquer ? Je venais de me faire prendre sur le fait, par mon frère, le plus grand moqueur de la terre. Une gêne immense se propageait en moi. Penaud, je me retournais devant lui, m’accoudant sur le lavabo, baissant la tête. Je sentis alors qu’il s’approchait de moi, et posait une main réconfortante sur mon épaule.

– Allez, petit frère, pour une fois que je te trouve un défaut, tu vas pas faire la tête…

Je souris devant cette petite phrase hypocrite et levais mes yeux sur lui, pour remarquer qu’il tenait à la main un sac de chez McDonalds.

– Je voulais déjeuner avec toi, dans ton grand bureau, mais l’hôpital vient de m’appeler, il y a eu un accident de la route, ils ont besoin de personnel… ça s’est arrangé avec l’autre ? Me demanda-t-il, tout en me tendant le sac de nourriture.
– Hugo, le repris-je, lui lançant un regard mauvais. Oui, ça s’est arrangé.
– Dommage…
– Arrête Kain !
– Je suis désolé, mais je ne l’aime pas, je suis persuadé qu’il y a quelqu’un de beaucoup mieux pour toi que lui.
– Tu me saoules…Hugo est le petit ami idéal, je n’ai jamais été aussi heureux qu’avec lui !

Il haussa les épaules et ouvrit la porte, mais alors que je pensais qu’il allait partir, je le vis se retourner et me regarder sérieusement.

– Menteur, fit-il, un sourire ironique au visage
– Pourquoi ? Répliquai-je, sur la défensive.
– Tu as déjà été aussi heureux, avec Ilian.
– Tu n’es pas le premier à me dire qu’il faut que j’oublie Ilian ?

Il ne me répondit pas, et leva les yeux au ciel semblant chercher une réplique cinglante.

– Tu trouves pas ça ironique que depuis que tu travailles sur le dossier d’Ilian, tu t’engueules autant avec Hugo ? Je pense que tu t’es servi d’Hugo, en attendant qu’Ilian revienne vers toi…Et maintenant qu’il est là, je suis sûr…
– Excuse moi, mais qui de nous deux est le psy ?

J’étais en colère, comment Kain pouvait-il dire cela ? Jamais je ne me servirais d’Hugo pour combler un manque. J’aimais Hugo, plus que tout, plus que ma famille, plus que Kain, plus qu’Ilian. J’en étais certain.

– Comme tu veux, répondit-il, visiblement déçu.

Sans un mot, il sortit de la pièce, me laissant seul avec le paquet de McDonalds. Ce qu’il m’avait dit me perturbait. Je n’avais jamais vraiment remarqué que le nombre de nos disputes augmentait, depuis l’arrivée d’Ilian. On se disputait souvent, je l’avoue, mais elles n’étaient pas aussi nombreuses, et aussi violentes. Il fallait que je me reprenne, et vite.

Je posais une main sur le papier et constatais que le repas était encore chaud. Une idée me vint alors à l’esprit. Peut-être que de manger autre chose que de la nourriture d’hôpital changerait un peu. Décidé, je sortis des toilettes, me dirigeant vers les cuisines. Je pris un plateau et une assiette et y déposai un hamburger, avec plein de frites autour. Je recouvris l’assiette par le couvercle, et le pris en main. Un sourire aux lèvres, je me dirigeais vers la chambre d’Ilian. Mais ce que j’y vis me fit immédiatement perdre le sourire.

Assis sur le lit d’Ilian, se trouvait Melvin. Il avait un sourire affiché aux lèvres et semblait parler de beaucoup de choses avec mon patient. Je sentis un agacement énorme me prendre alors que je voyais le regard d’Ilian si compréhensif avec lui. Pourquoi était-il aussi calme avec lui ? Un adulte à peine sorti de l’adolescence. On pouvait encore voir les marques que lui avait données son acné.

– Je te laisse, fit Melvin, regardant a nouveau Ilian. Repose toi bien et j’espère te revoir vite.

Il se leva et posa le livre. Mon livre. Quel ingrat, il touchait ce qui ne lui appartenait pas. Je le vis alors prendre un cahier. Je savais très bien ce que c’était puisque qu’un bon nombre de psychiatres avait subtilisé ces cahiers. C’était les écrits d’Ilian. Le directeur m’avait dit qu’il refusait de les faire lire, et que ces cahiers n’étaient que de petites histoires, extérieures à Ilian. Moi, je pensais le contraire. Et je voulais les lire. Mais je ne voulais pas détruire le peu de confiance qu’il y avait entre nous. Et voir cet avorton prendre délibérément ce cahier m’énervait. Ilian lui en avait-il donné l’accord ? Certainement que oui, vu qu’il n’y avait aucune trace de dispute. Melvin était quoi pour Ilian ?

Il passa à côté de moi, m’ignorant superbement. Décidément, je pense que c’était le patient que j’aimais le moins. A peine fut-il sorti que je refermais la porte. Je m’approchais d’Ilian, et posais le plateau sur la table. Je savais qu’il n’avait pas faim, mais je voulais le forcer à manger, un peu. Il s’assit dans son lit, et je fis rouler le plateau, vers lui. Puis je partis m’asseoir dans mon fauteuil, le regardant manger.

Je le vis alors lever le couvercle, après un temps. Je pus voir ses pupilles se dilater sous la surprise, et il me regarda, incrédule. Je souris intérieurement, sans lui en faire part, voulant voir la suite des événements. Une chose alors incroyable se produisit. Ce fut bref, mais au son de sa voix, mon cœur se mit à battre vite…Trop vite.

– Merci…Murmura-t-il, calme.

Il gardait son visage impassible, comme s’il se moquait complètement de ce que je venais de lui offrir. Comment arrivait-il à se forger un visage aussi indifférent ? Lui qui était incapable de me cacher quelque chose lorsque nous étions plus jeunes. Pourtant, je le voyais avaler ses frites. Je savais qu’il aimait. Je le vis alors attraper son hamburger et croquer à pleines dents dedans. Un petit sourire étira mes lèvres. J’étais sûr de moi, il ne voulait pas le montrer, mais ce cadeau lui faisait plaisir. Merci Kain.

Je décidais de me lever. Je ne savais pas si j’avais pu atteindre sa confiance, mais je voulais essayer. Je voulais revenir à la place de Melvin, et voir si Ilian me repousserait. Je m’assis près de lui, juste au bord du lit. Il ne fit aucune objection et je sentis un élan de bonheur s’emparer de moi. Petit à petit, nous avancions. D’un geste rapide, je lui volai une frite, n’ayant rien mangé non plus.

– Content que ça te plaise…

Ma voix était douce, un brin amusée. Je ne pouvais m’empêcher de le dévisager. Il semblait plus mûr, plus adulte. Le Ilian dont j’étais tombé amoureux n’existait plus. Le Ilian si timide et réservé. Le Ilian qui n’osait pas m’embrasser dans la rue, de peur que les gens le voient. Le Ilian que j’avais aimé plus que tout, sans jamais lui avouer.

Je me levais alors, le laissant continuer son repas tranquillement. Il mangeait et cela me faisait chaud au cœur. J’attrapais le livre que j’avais acheté et m’assis sur le fauteuil, reprenant ma lecture. Lorsque je relevais les yeux, une bonne demi-heure plus tard, j’eus la surprise de voir Ilian allongé dans son lit, dormant paisiblement. Un sourire en coin étira mes lèvres et je me levais, reposant le bouquin sur la petite table. Je pris le plateau en main, et après un dernier regard, je sortis de la pièce.

Je déposais le plateau dans la cuisine, puis me dirigeais vers la salle des infirmières. Je voulais lire le dossier d’Ilian, depuis son entrée à l’infirmerie. Voir ce qu’il avait mangé, quels soins il avait eu. J’entrais alors dans une petite pièce carrée, dans laquelle quelques jolies infirmières se trouvaient, assises, sirotant un café. Je leur rendis leur sourire puis m’approchais du thermos de café, m’en prenant une tasse. Puis je m’avançais vers l’armoire, d’où je sortis le dossier de mon patient. Je m’assis sur une table libre et commençai ma lecture, scrutant les moindres détails.

– Docteur Sadler ?

Surpris, je levais mes yeux vers mon interlocutrice. Je la reconnus immédiatement car c’était la réceptionniste d’accueil, tout en bas de l’hôpital. Elle souriait à pleines dents, tout en me tendant un paquet de bonbons. Étonné, je le pris en main, lui montrant bien mon incompréhension.

– L’hôpital a reçu un gros investissement, d’un de ses fabricants de bonbons, et ils nous ont envoyé par la même occasion plusieurs boîtes, elles sont offertes aux employés, me dit-elle, souriante.
Merci Violaine, répondis-je, amusé.

Elle se retourna alors vivement et repartit s’asseoir avec toutes les infirmières. J’entendis alors plusieurs chuchotements et refrénais une grande envie de rire. Si ces demoiselles étaient au courant de mon homosexualité…Mes yeux se posèrent alors sur la boîte et ils s’agrandirent de surprise. La boîte était assez petite, toute blanche. Je savais très bien ce qu’il y avait dedans. De petits oursons, remplis de guimauve, le tout enrobé de chocolat blanc. Le destin devait s’acharner sur moi car c’était les préférés d’Ilian.

Je reposais la boite prés de moi puis repris ma lecture. Quelques minutes plus tard, beaucoup d’infirmières quittèrent la salle. Il n’en restait plus que deux qui discutaient vivement. D’un sujet qui m’intéressait grandement. Je fis alors semblant de lire, écoutant attentivement.

– Celui qui s’est cassé une jambe ?
– Non, la tentative de suicide.
– Celui qui a tué son cousin
– Oui. Il paraîtrait qu’il sortirait avec le petit nouveau.
– Melvin ?
– Oui.
– Depuis quand ?
– Je ne sais pas, mais il a eu l’autorisation d’aller le voir à l’infirmerie, alors…

Je sentis mon cœur faire un bon dans ma poitrine et un malaise me submerger. Alors ils sortaient ensemble. Pourquoi étais-je si surpris et…écœuré ? Voilà la raison pour laquelle Ilian était si détendu envers Melvin. Ils avaient….Une relation. Ce mot sonnait faux à mes oreilles. Melvin n’avait rien, et ne correspondait certainement pas au type d’homme que recherchait Ilian. Il devait y avoir une erreur. Et puis les rumeurs sont toujours fausses…Enfin pour la plupart…

Je décidais de me lever et d’aller voir Ilian. Si je voulais en être sûr, autant lui demander maintenant. J’entrais alors dans sa chambre, et le retrouvai encore endormi. Il était sur le ventre, sa tête sur le côté et son bras collé à son nez. Il était tout simplement magnifique. Son tee-shirt remontait légèrement, me laissant apercevoir un bas de dos, et une peau très pâle. Ses joues étaient légèrement rosées, lui donnant ce même air enfantin qu’il abordait quatre ans plus tôt. Un pincement au cœur, je posais la boîte de bonbons sur la table. J’avais refait ma vie. Avec Hugo. Je n’avais pas le droit d’éprouver ce genre de sentiment. Il ne m’appartenait plus. Décontenancé, je sortis de la pièce, veillant à bien refermer la porte derrière moi.

Je décidais de rentrer chez moi, n’ayant rien d’autre à faire. Une demi-heure plus tard, je me retrouvais assis sur le canapé, regardant un film qui venait tout juste de commencer. C’était un navet, et je finis par m’endormir.

Je me fis réveiller tendrement par les lèvres d’Hugo, m’embrassant le visage de par et d’autre. Dans un petit sourire, j’agrippais sa nuque pour rejoindre ses lèvres. J’adorais l’embrasser. Ses lèvres si sucrées et si douces. Mes yeux s’ouvrirent, et je me redressais, me frottant les yeux.

– J’ai dormi longtemps ? Demandai-je, encore fatigué.
– Je ne sais pas, il est 18 heures, me répondit-il, s’allongeant près de moi.
– Tu rentres tôt…Dis-je, passant mes bras autour de son corps.
– Je te l’avais promis…

Je m’abaissai alors à son niveau, plongeant mon visage dans son cou. Il portait un parfum que j’aimais plus que tout.

– Tu sais, je t’ai jamais dit de rentrer plus tôt pour moi. Oui, ne pas te voir rentrer à cause de tes réunions m’énerve, mais c’est ton travail et je sais que tu l’aimes plus que tout…Ne vas pas mettre ta carrière en danger pour moi, dis-je, croisant son regard, sérieux.
– Jaeden… Je… Me fit-il, étonné.
– Alors à la prochaine réunion, je veux que tu y ailles.

Je ne lui laissai pas le temps de répondre que je me levais. J’entrai dans la cuisine afin de préparer le dîner. Nous allions enfin avoir notre soirée en amoureux.

**

Le lendemain, je me retrouvais une nouvelle fois dans mon bureau, une tasse de café à la main, le dossier d’Ilian dans l’autre. Je ne cessais de relire le procès, voulant y déceler le moindre indice. Mais plus je m’acharnais, plus je ne trouvais pas. Des petits coups à ma porte me firent lâcher tout. La personne entra. C’était une petite infirmière, je crois même que c’était l’infirmière en chef.

– Je vais aller faire le soin de votre patient, puis il arrivera dans votre bureau, me lança-t-elle timidement.
– Je vous accompagne.

Elle hocha la tête et se retourna. Je la suivis sans un mot, zigzaguant entre les couloirs. Elle entra dans la chambre d’Ilian sans frapper et le réveilla assez brutalement. J’étais étonné, mais ne dis rien. Ilian se redressa, s’habituant peu à peu à la luminosité.

– J’espère que tu t’es bien reposé, et que cela t’aura remis les idées en place. Je vais refaire ton pansement, et tu iras faire une séance avec ton psychiatre avant de regagner ta chambre, dit-elle, assez froide.

L’infirmière s’approcha de lui, tirant tout de même assez brutalement sur son bras mutilé. Je vis Ilian tourner vivement la tête dans l’autre sens alors qu’elle mettait la plaie à l’air libre. La honte devait l’assaillir. Elle lui fit son soin rapidement, sûrement ne lui avait-elle donné que le strict nécessaire. Nous sortîmes de la chambre, le laissant se laver et se rhabiller. Il me rejoignit quelques minutes plus tard, puis, sans un mot, nous parcourûmes les couloirs. Nous croisâmes plusieurs personnes, qui dévisageaient Ilian. Que pouvais-je bien dire ? Je n’étais pas le maître de leurs pensées, et même dans un hôpital psychiatrique, les rumeurs allaient bon train. J’en avais eu la preuve il n’y a pas longtemps.

Nous arrivâmes devant ma porte et je le laissais entrer le premier, lui renvoyant un petit sourire de courtoisie. Il y pénétra rapidement, s’asseyant assez lascivement sur le fauteuil en face de mon bureau. Il ne semblait pas perturbé par cet entretien. Moi, je l’étais. Trop peut-être, encore une fois. Avec tous les événements qui se produisaient entre lui et moi, les souvenirs qui n’arrêtaient pas de ressurgir, je ne faisais qu’espérer que cet entretien se passe au mieux. Que je puisse vraiment avancer avec lui. Aussi professionnellement que possible.

Je m’assis donc sur mon fauteuil, et posais mes mains sur le bureau. Je pris une profonde respiration et commençais, une idée bien précise du sujet que nous allions entamer.

– Bien, ne t’inquiète pas, nous n’allons pas parler de ce que tu as fait ces derniers jours, non, j’aimerais te parler aujourd’hui de ton loisir ici, depuis que tu es arrivé : L’écriture.

Cette idée me trottait déjà depuis un long moment dans la tête. C’était le système simple de tous les grands écrivains. Confier ses plus grandes peurs, ses plus grandes espérances à du papier. Écrire, pour soi, et uniquement pour soi. Je le vis relever la tête, et croiser mon regard. Il semblait attentif à ce que je lui disais. Je venais de toucher un point sensible. Je pris dans mon tiroir un cahier et le lui tendis. Résigné, il le prit en main, sans quitter mon regard.

– J’ai appris que tu écrivais beaucoup, alors je me suis dis que tu pourrais écrire ce que tu ressens sur celui-ci, tu sais, une sorte de journal intime, déclarai-je, sérieusement.

Il ne me répondit rien, continuant de me fixer sans la moindre émotion, ce qui m’énervait grandement.

– Bon… Finis-je par souffler, déjà lassé de son petit jeu. Je prends ta non-réponse pour un acquiescement à ce que je viens de dire. Et puis, ce n’est qu’une proposition, si tu n’en as pas envie, tu fais comme tu le souhaites.

J’attendis un petit moment avant de lui révéler ma première motivation. Je savais que ma demande aurait du mal à passer.

– Maintenant, j’aimerais te demander une faveur, poursuivis-je, calme. Je sais que tu l’as refusé à tous les autres psy, mais j’aimerais vraiment que tu me fasses lire une de tes histoires.
– Je ne vois pas en quoi ton statut serait différent des autres, lâcha-t-il, d’une voix froide.
– Je ne demande pas de statut particulier, juste que tu me fasses confiance, répliquai-je, pas vraiment étonné de sa réplique cinglante. J’aimerais les lire, parce que je suis persuadé que les lire m’amènera à te connaître.
– Non !

Je sursautais légèrement au son de sa voix froide et tranchante. Son regard était aussi noir qu’un corbeau, prêt à me tuer sur place. Pourquoi n’avais-je pas le droit de les lire ? Alors qu’un simple petit emmerdeur pouvait le faire ? La rumeur était-elle vraie ?

– Pourquoi ? Demandais-je, haussant le ton malgré moi.
– Parce que c’est toi ! Cria-t-il, avant de se lever, et de partir telle une furie.

Il ne me laissa pas le temps de répondre, j’entendis la porte claquer violemment. Las, je m’assis sur mon fauteuil, passant une main sur ma figure. J’étais persuadé que ses écrits représentaient la clé au crime qu’il avait commis. La clé pour ouvrir la carapace qu’il s’était formé.

Je restais quelques minutes assis dans mon fauteuil à regarder le lac derrière ma fenêtre. Des cygnes majestueux se pavanaient fièrement devant de petits canards. Je secouais vivement la tête lorsque je me rendis compte de mes pensées complètement absurdes. Je me levais d’un bond, voulant me rendre au réfectoire. Je pris un repas simple, des lasagnes, que je mangeais rapidement, après avoir discuté rapidement avec certains collègues. Je reprenais alors le chemin de mon bureau lorsque je croisai Ilian en compagnie de Melvin. Agacé, je me stoppai près d’eux, mais Ilian ne fit rien, évitant mon regard comme la peste. Il passa devant moi, Melvin sur les talons. Irrité, je posais mon regard sur ce petit con et réprimais une forte envie de lui refaire le portrait lorsque je le vis me regarder d’un air moqueur, un petit sourire narquois aux lèvres. Dégoûté, je repris mon chemin, essayant de penser à autre chose. J’étais hors de moi, et il fallait vraiment que je me calme.

Je passais tout l’après midi a relire le procès d’Ilian, ressassant dans ma tête l’entretien encore une fois désastreux. La sonnerie de mon portable me fit relever la tête du dossier, prenant le mobile en main. Le nom de mon amant y figurait et une grimace étira mes lèvres lorsque je constatais l’heure tardive. La nuit était tombée, enroulant le lac dans son doux manteau. Anxieux de sa réaction, j’appuyai sur une touche pour prendre l’appel. Mais alors que je pensais recevoir des insultes à l’oreille pour l’avoir une nouvelle fois oublié, ce fut une voix douce et amoureuse qui me parvint.

– Chéri… Je… Qu’est-ce que tu fais ? Me demanda-t-il, perdu
– Excuse-moi mon amour, j’ai le dossier de mon patient en main et je n’ai pas pu en décrocher mon regard… Je ne vais pas tarder, répondis-je, passant ma main sur mes yeux fatigués.
– D’accord, je mets le repas à réchauffer, dans combien de temps tu seras à l’appart ?
– Dans une demi heure.
– Ok, a tout à l’heure alors.

Il raccrocha et je me levais, remettant ma veste et mon écharpe. Je mis le dossier dans ma sacoche et sortis de mon bureau, éteignant les lumières. Mais alors que j’appuyais sur le bouton de l’ascenseur, l’image d’Ilian vint retrouver mon esprit. Je me sentais coupable de l’avoir laissé partir furieux. Et le fait de me faire ignorer de cette façon n’avait fait qu’augmenter ce sentiment. Sans vraiment réfléchir, j’appuyais sur le bouton menant à l’étage des chambres. Il ne me fallut que quelques minutes avant d’arriver devant la porte de la chambre d’Ilian. La main suspendue dans les airs, j’hésitais. Pourquoi étais-je toujours attiré vers lui ? Pourquoi voulais-je autant regagner sa confiance ? Je voulais le mérite et le prestige, j’en étais sûr. Je voulais aussi l’aider pour son bien. Mais je sentais aussi autre chose croître en moi. Et je ne le voulais pas.

Pourtant, c’est poussé par ce je ne sais quoi que j’abaissais mon poing et frappai doucement à cette porte close. J’attendis quelques secondes mais la voix d’Ilian ne me parvint pas. Sûrement dormait-il. J’entrais doucement, ne voulant pas le réveiller, mais la lumière vive de la chambre me surprit. Étonné, je le vis assis dans son lit, le regard froid. Je décidais de laisser mes interrogations de côté pour le moment.

– Je n’ai pas attendu que tu me dises d’entrer…Lançai-je, ironique.

Je jetais un coup d’œil à l’entièreté de sa chambre, que je n’avais jamais eu le loisir de visiter. Elle n’était pas vraiment grande ni décorée, ce qui ne m’étonnait guère. Mais pris dans ma contemplation, je me rendis compte de l’état du bras d’Ilian, recouvert de sang. Une vague de peur me submergea, et je m’avançai immédiatement.

– Tu t’es… Tu as recom… Commençai-je, sentant l’inquiétude me gagner.
– Ça c’est juste rouvert en bougeant pendant la nuit, me coupa-t-il, tranchant.

Je ne répondis rien à sa voix froide, sûrement habitué. Je me sentis allégé d’un poids, et me retournai, calme.

– Je vais chercher de quoi te soigner, ne bouge pas.

Je sortis de la pièce assez vite, passant par l’infirmerie de l’étage. J’y pris quelques compresses et désinfectant. Tout en revenant vers la chambre de mon patient, je sortis ma crème cicatrisante de ma sacoche.

Je m’assis sur son lit, assez proche de lui. Il me tendit immédiatement son bras, près à recevoir le soin que j’allais lui prodiguer. J’étais concentré dans ma tâche, désinfectant la plaie et enlevant le sang séché. Mais je le sentis crispé. Je savais que montrer cette plaie devait être une épreuve. Surtout le montrer à moi, son plus grand ennemi. Je ne m’éternisais pas, cette fois, veillant à ne pas divaguer dans mes pensées. Je refis le bandage et mon regard se posa sur le cahier que je lui avais donné, jeté sur le sol. Je lançais un regard furtif à Ilian puis me levais, prenant le cahier en main.

Sans un mot, je le posais sur le bureau. Je regardais Ilian un moment, puis m’apprêtais à sortir.

– Tu devrais aller manger un peu, déclarai-je, refermant doucement la porte sur moi.

Je repartis, ce même sentiment inconnu compressant mon estomac.

 

Vingt minutes plus tard, j’entrais dans mon appartement, enlevant ma veste et la posant sur mon bureau. J’enlevais mes chaussures lorsque je sentis deux bras m’encercler et l’odeur d’Hugo se répandre dans l’air. Je me retournais vers lui, le prenant dans mes bras. Sa petite tête blonde vint se loger dans mon cou alors que je passais mes mains dans sa chevelure dorée. Il n’en fallut pas plus pour que nos lèvres se scellent dans un doux baiser. Enivré, je le poussais doucement contre la porte, passant mes mains sur ses hanches. Les siennes vinrent se poser sur ma nuque, m’ordonnant par une simple pression de continuer.

Ravi par cet accueil, mes mains passèrent sous son jean, touchant ses fesses bien musclées. Je l’entendis gémir doucement et recommençais ma caresse. Une de ses jambes vint se poser sur ma hanche et je décidais de lui enlever son pantalon ainsi que son boxer. Sensuellement, je fis descendre ces bouts de tissu, me baissant en même temps. Mes lèvres se posèrent sur ses genoux que je sentais trembler sous le plaisir. Il leva les pieds alors que je balançais les affaires, et lentement, laissant mon souffle caresser sa peau, je remontais. Mes genoux vinrent toucher le sol et j’embrassais ses hanches, sentant l’envie tirailler mon bas ventre.

Mais des coups violents frappés contre la porte sur laquelle était adossé Hugo nous firent stopper tout mouvement. Immédiatement, je me redressais, pestant contre l’inconnu qui osait nous interrompre dans un moment pareil. Rageusement, j’entrouvris la porte, ne laissant voir que ma tête.

– Hey, frangin ! J’viens de faire une grosse connerie !

Kain se trouvait devant la porte, accoudé à l’embrasure. Je voyais très bien à ses yeux et à sa manière de parler qu’il était complètement ivre. Je lâchais un profond soupir et jetais un coup d’œil à Hugo, qui se rhabilla, l’air mécontent.

– Attends deux secondes Kain, dis-je, refermant la porte immédiatement.

Je m’approchais de mon amant et le pris dans mes bras.

– Je suis désolé, je ne peux pas le laisser à la porte…Fis-je, ennuyé
– Je sais ! Lâcha-t-il, énervé.
– Hugo… C’est mon frère et tu l’as entendu, il a fait une connerie…
– Je m’en contrefous !

Sans un mot, il se libéra de mon étreinte et partit dans la salle de bain, claquant la porte. Je passais une main sur mon visage et ouvris la porte à Kain. Celui-ci entra en titubant, jetant sa veste à même le sol. Il s’assit sur un fauteuil, posant une main sur ses yeux. Gêné, je m’assis sur le canapé, lui laissant quelques minutes pour se ressaisir. Lorsqu’il buvait, Kain pouvait tout vous dire. Et même parfois révéler des choses qu’il devrait garder pour lui. Le mieux, c’était de lui laisser le temps de mettre ses idées en ordre.

– Elle est enceinte…Soupira Kain, me regardant tristement.
– Oh….Murmurai-je, choqué
– Je sais….
– Et la capote, tu connais pas !

La voix d’Hugo me fit sursauter, et vivement, je me retournais, croisant le regard irrité de mon amant. Kain releva aussi la tête, et une grimace étira ses lèvres.

– Tu es encore là toi…Désolé, c’est à mon frère que je parle là, répondit-il, agacé.
– J’habite ici aussi, rétorqua Hugo, les poings serrés.
– Pas pour longtemps, je sens qu’il va pas tarder à te larguer…
– Ah oui, et qu’est-ce qui te fait dire ça ?!?
– Oh, juste qu’il a retrouvé son premier amour.

Ces deux derniers mots me glacèrent le sang et mes yeux s’agrandirent sous la surprise. Je lançais un regard désespéré à Kain, lui montrant qu’Hugo n’était pas au courant, mais un sourire ironique étira ses lèvres. Hugo n’avait rien répondu, mais je sentais son regard me brûler.

– Oh… Tu n’étais pas au courant Hugo… Souffla mon frère, ravi.

Je me retournais doucement vers mon amant, croisant son regard furieux.

– C’est pas vraiment ce que tu crois…Dis-je en me levant.
– Non, ils sont pas encore amants, ils travaillent juste ensemble en attendant, répliqua Kain, narcissique.
– La ferme Kain ! Criai-je, énervé.

Je vis alors Hugo tourner les talons et rentrer dans notre chambre, en claquant bien évidement la porte.

– Tu fais vraiment chier ! Lançais-je à mon frère avant de suivre mon amant dans la chambre.

Il se tenait devant la fenêtre, les bras croisés. Il se retourna vers moi lorsqu’il entendit la porte de la chambre se refermer sur moi.

– Tu comptais me le dire quand ?!? Pesta-t-il, le regard noir.
– J’en sais rien, Hugo, Personne n’est au courant… Soufflai-je, las
– Si ! Kain ! Ton crétin de frère le sait avant moi.
– Il… Il est tombé par hasard dessus, je ne voulais rien lui dire non plus, et on aurait eu la même dispute si je t’en avais parlé avant.
– Je veux qu’il parte ! Hurla Hugo, en colère.
– Tu as entendu ce qu’il a dit, je peux pas le foutre à la porte comme ça !
– Je m’en fous, t’as qu’à partir avec lui si t’es pas content !

Je ne répondis rien, et me retournai, ouvrant la porte.

– J’en ai marre Hugo. On arrête pas de se disputer. C’est ma famille, si tu la détestes, c’est que tu me détestes aussi…. Murmurais-je, ayant mal au cœur.
– Jaeden… Je ne te… Commença-t-il, d’une voix plus douce.

Mais je n’écoutais pas la fin de sa phrase et refermais la porte, m’approchant de mon frère. Il était à moitié endormi sur le fauteuil. Je le secouais sans ménagement. Il ne méritait pas de répit après ce qu’il venait de dire.

– Debout, je te ramène chez toi, fis-je d’une voix froide.

Il semblait honteux, mais je ne dis rien et remis ma veste. Sans un mot, nous descendîmes les marches, et nous engouffrâmes dans ma voiture. Le bruit de la radio fut le seul son qui parvint à nos oreilles alors que je roulais. Dix minutes plus tard, nous entrâmes dans son appartement. Il s’allongea directement dans son canapé, alors que je m’asseyais sur sa table basse.

– Après le coup que tu viens de me faire, tu dois me raconter en détail ce qu’il s’est passé, dis-je, froid.
– Jaeden, je suis…Commença-t-il, penaud.
– Raconte moi !

Il soupira puis s’assit, baissant la tête, et joignant ses mains.

– Ca fait trois mois que je suis avec Savannah, tu le sais, et enfin, voilà, quelques fois, dans le feu de l’action, on a oublié, tu peux comprendre non ?!? Me dit-il, anxieux.
– Oui, mais moi, je suis persuadé qu’Hugo ne tombera jamais enceinte…Fis-je, souriant légèrement.

Il rigola à son tour puis regarda autour de lui.

– Elle est arrivée, on devait aller au resto. Je voyais bien que quelque chose n’allait pas, alors je lui ai tiré les vers du nez, et elle m’a annoncé qu’elle attendait un enfant de moi, s’expliqua-t-il, triturant ses mains.
– Et comment tu as réagi ? Demandai-je, m’asseyant prés de lui.
– J’ai eu aucune réaction. Je me suis assis, elle m’a parlé mais je n’ai rien entendu, puis elle est partie en larmes, et j’ai commencé à picoler…
– Et tu comptes faire quoi maintenant ?
– J’en sais rien, je suis totalement largué, frérot…

Je lui souris, puis le pris dans mes bras. Il me faisait de la peine. Je ne savais pas vraiment que dire, ni que faire, car ce cas ne m’arriverait jamais.

– Si jamais tu dis à maman pour Ilian, je lui avouerais que tu as mis une fille en cloque… Je te préviens… Dis-je, le sourire aux lèvres.

Il éclata de rire, en me serrant un peu plus fort contre lui.

– Je pense, repris-je, réconfortant, que tu devrais aller voir Savannah, et discuter avec elle. Je crois que tu l’aimes, non ?
– J’en suis fou.
– Alors accueillir un petit monstre ne devrait pas poser de problème.
– Mais c’est trop tôt.
– Il y a certaines choses que l’on ne peut éviter. Voyez ce que vous allez faire ensemble.

Je relâchais mon étreinte et me levais, enfilant ma veste.

– Des fois je me demande qui est l’aîné…Soupira Kain, un sourire aux lèvres.
– Je sais, et maintenant je dois aller réparer tes conneries…Dis-je, le regard faussement en colère.
**

Je rentrais chez moi, retrouvant Hugo assis sur le canapé, en pyjama. Il regardait la télévision, mais lorsqu’il m’entendit rentrer, il se leva immédiatement, me regardant tristement.

– Je vais me coucher, je suis crevé, dis-je, enlevant mes chaussures.
– Jaeden, je suis désolé, je ne voulais pas…Je t’aime, plus que tout même, mais Kain, j’y arrive pas, et lui non plus ! Me lança-t-il, les larmes aux yeux.
– Je ne vous demande pas de vous aimer, juste de faire un effort. Quand on va voir ta mère, je dois bien me tenir, même si elle me hait parce que j’ai rendu son fils soit disant gay. Je fais des efforts pas possibles pour qu’elle m’accepte alors que je sais qu’elle ne le fera jamais. Et toi, jamais tu ne reconnaîtras ces efforts, jamais tu ne feras le centième de ce que je fais vis à vis de Kain, m’écriais-je, énervé.
– Je suis désolé… Souffla-t-il, les larmes roulant sur ses joues.

Je ne répondis rien et me retournais pour aller dans notre chambre, mais je fus bien vite stoppé par les bras d’Hugo, qui me retenait sur place.

– Ne m’en veux pas, je suis désolé, moi aussi j’en ai marre que l’on se dispute. Je t’aime Jaeden, je te promets que je ferai un effort. S’il te plait, ne m’en veux pas… Me supplia-t-il, désemparé.

Doucement, je me retournais, le prenant dans mes bras. A chaque fois qu’il pleurait, je ne pouvais résister, et lui pardonnais aussitôt. Mes lèvres vinrent se poser sur son front, d’une douce emprise.

– Allez, arrête de pleurer, tu sais bien que je ne supporte pas ça…Murmurais-je, embrassant ses joues pleines de larmes.

Nous restâmes quelques minutes dans les bras l’un de l’autre avant de se mettre au lit. L’estomac vide, mais fatigué par tous ces événements. Hugo avait la tête enfouie sur mon torse, passant son doigt sur mes abdos, alors que moi je tenais mon livre entre les mains, me perdant dans ce monde imaginaire que j’aimais tant. Mais la voix d’Hugo me fit revenir à la réalité.

– Je dois me faire du souci ? Me dit-il tristement
– Quoi ? Fis-je, surpris.
– Tu m’as dit que tu avais eu beaucoup d’aventures, mais seulement deux grands amours, moi et un dénommé Ilian. C’est lui ? Avec qui tu travailles ?
– Oui…
– Je dois me faire du souci ? Est-ce que je dois être jaloux ?
– Non.
– Pourquoi ?
– Parce que je t’aime, répondis-je, me positionnant au dessus de lui.
– Mais tu l’as aimé aussi, me dit-il, caressant ma joue.
– Oui, dans le passé. Mais maintenant, c’est toi que j’aime.

J’approchais mes lèvres des siennes, et d’un tendre baiser, je fis taire ses interrogations. Interrogations qui ne faisaient que m’assaillir ces temps-ci.

**

Je me réveillais le lendemain matin, seul dans mon lit. Mes yeux se posèrent sur le réveil qui affichait 9 heures du matin. Mon amant devait commencer plus tôt. Je me levais difficilement, encore fatigué par cette nuit. Je ne pris pas de petit-déjeuner, étant déjà en retard et pris une douche rapide. A peine 10 minutes plus tard, je me retrouvais dans la voiture, conduisant sur la voie express.

A peine avais-je posé ma main sur la portière de la voiture, dans le but de sortir, que je vis la silhouette du directeur se diriger vers moi, d’une démarche rapide. Je sortis alors, prenant en main ma sacoche, et un petit sourire s’afficha sur mon visage.

– Tu vas bien ? Demandai-je, gentiment.
– Bien, et toi ? Me répondit-il, desserrant un peu sa cravate.
– Ça va, fis-je en haussant les épaules.

Je vis directement à sa mine qu’il voulait me poser une question. Ou qu’il cherchait à me parler de quelque chose. Je commençai à marcher, le sentant me suivre sur mes pas. Nous arrivâmes dans l’ascenseur et il appuya sur l’étage des chambres. Curieux, je le regardais.

– Tu veux toujours ses cahiers ? Me demanda-t-il, sérieux
– Oui, mais pas sans son accord, m’offusquai-je, ne comprenant pas son geste.
– Il ne voudra jamais te les donner, même si un jour tu arriveras à obtenir sa confiance.
– Je ne peux pas les lui prendre comme ça !

L’ascenseur s’ouvrit, dévoilant les couloirs blancs et lumineux remplis de patients. Le directeur sortit et s’arrêta devant, sa main empêchant la porte de se refermer. Le peu de confiance qu’il avait placée en moi se retrouverait réduit en cendre si jamais je lui prenais ses cahiers. Pourtant, c’était la clé, et j’en étais persuadé. Je pourrais savoir ce qu’il s’était passé. Comprendre pourquoi il avait commis ce meurtre. Par cette simple constatation, j’avançais, l’air incertain. Ilian m’en voudrait.

Nous marchâmes sans un mot dans de couloir, slalomant entre les patients qui partaient en direction du réfectoire. Le directeur entra en premier dans la chambre de mon patient et chercha directement du regard les cahiers. Ceux-ci étaient disposés négligemment sur le bureau d’Ilian. Mon regard se posa sur le cahier que j’avais donné à Ilian la veille. Il était ouvert sur le bureau, et je pouvais voir l’écriture fine et penchée d’Ilian. Un sourire s’afficha sur mon visage lorsque je compris qu’il avait suivi mon conseil, malgré tout ce qu’il avait dit.

Le directeur les prit en main, ne me lançant aucun regard. Je sentais un profond malaise m’envahir peu à peu, et la voix d’Ilian me fit perdre pied.

– Qu’est-ce que vous êtes en train de faire ? Vous n’avez pas le droit d’y toucher !!

Paul me donna alors tous les cahiers et s’avança vers Ilian, le regardant sérieusement. Je pouvais sentir tout le désarroi de mon patient, et mon coeur se serra immédiatement.

– Calme-toi, Ilian. Jaeden a de bons arguments pour les avoir. Il a besoin de les lire pour t’aider.

Ilian me lança un regard froid et empli de haine, qui me glaça le sang comme il savait si bien le faire. Il reporta bien vite son attention sur le directeur, le toisant de toute sa hauteur.

– Vous n’avez pas le droit, déclara-t-il froidement
– Bien sûr que si, si cela peut t’aider à…Commença le directeur en haussant les épaules
– Mais foutez moi la paix ! Et si je ne voulais pas qu’on m’aide ? Ça ne sert à rien ! Hurla-t-il, les poings sérés.
– Ilian ! Calme toi. Tu entends ce que tu es en train de dire ?

Je ne disais pas un mot, trop ancré dans les remords qui m’assaillaient. J’aurais du refuser, et maintenant c’était trop tard. Si je reposais ses cahiers, toute mon autorité et mon assurance de psychiatre seraient remises en question. Ilian même jouerait avec ça. Ce dernier baissa les bras, et alla se fondre dans le décor, laissant au directeur le loisir de prendre ses cahiers. Son visage était sans expression, mais ses yeux me dévoilaient la crainte qui le chamboulait. Et je vis des larmes venir faire larmoyer ses yeux lorsque le directeur prit le cahier que je lui avais donné. Pour celui-là, je voulais vraiment son accord.

– Non, je ne veux pas celui-ci, déclarai-je, évitant les regards du directeur et d’Ilian.

Je rabattis tous les cahiers contre ma poitrine et sortis de la pièce sans un regard pour mon patient. J’entendis le directeur rappeler à Ilian que nous avions rendez-vous cette après midi. M’enveloppant d’un nuage de remord, je remontais à mon bureau, où je m’installais sur ma chaise en cuir. Je posais un à un les cahiers sur la table, les regardant tour à tour. Mes doigts venaient effleurer la couverture quelques fois. Mais à aucun moment, je n’arrivais à les ouvrir.

Avez-vous déjà ressenti ce sentiment d’impuissance ? Ce sentiment si fort qu’il vous paralyse complètement. Je les avais voulus, et maintenant qu’ils se retrouvaient devant moi, je n’arrivais pas à les ouvrir. J’avais en quelque sorte violé son âme, sa conscience. Je saccageais son antre, l’endroit où il pouvait s’évader. Comment vivrais-je si on m’interdisait de lire mes livres ?

Pourtant, je ne pouvais me résoudre à les lui rendre, du moins pour le moment. Je devais les lire, coûte que coûte. Mais ce n’était pas le moment pour moi. Je soupirais puis rangeais les livres dans un tiroir de ma commode, puis me rassis sur mon fauteuil, mes yeux se perdant dans le doux paysage du lac.

Je ne vis pas vraiment le temps passer, si bien que je sursautais lorsque j’entendis la porte de mon bureau s’ouvrir brusquement. Je me redressais immédiatement sur mon ciel, posant mes yeux sur un Ilian plus froid que jamais. Il s’assit sans un mot sur le fauteuil en face de moi et évita mon regard. Un sourire se dessina sur mes lèvres alors que je me rappelais les moments où, dans le passé, il m’en voulait. Il adoptait exactement la même attitude, celle du « Je m’en fous, crève ! ».

– Bonjour, dis-je, ne le lâchant pas des yeux.

Il releva son regard vers moi. Un regard virulent, plein d’animosité. Il ne me fallut que quelques secondes pour dévier mon regard du sien. Je savais comment cet entretien allait finir, alors je pris la décision d’attendre. Attendre qu’il parle de lui même. Je ne voulais plus faire d’efforts, car comme il l’avait dit plus tôt, il ne voulait pas qu’on l’aide. Nous restâmes de longues minutes ainsi, et je pouvais sentir son regard me brûler.

– Qu’est-ce que tu veux ? Finit-il par me demander, froidement.
– Je n’ai pas envie de te forcer à parler, alors je vais attendre…Dis-je, retrouvant son regard.
– Et bien tu peux attendre, me répliqua-t-il immédiatement, croisant les bras contre sa poitrine.

Je sentis mes lèvres s’étirer à nouveau alors que je voyais sa réaction, digne de celle qu’il avait étant ado.

– Peut-être, mais tu viens de dire deux phrases…Fis-je, calme.

Il ne me répondit rien, laissant un ange passer dans la pièce. Alors que je pensais que notre entretien se finirait dans un silence olympique, je le vis se redresser, et serrer les poings.

– Pourquoi tu m’as fait ça, Jaeden ? Cracha-t-il, énervé

Je compris immédiatement qu’il parlait du vol de ses cahiers, et de la pseudo trahison qui allait avec. Pourtant, je vis dans ses yeux une profonde tristesse, ancrée trop profondément pour n’être là que depuis ce matin.

– Peut-être aurais-tu fait la même chose pour moi… Fis-je en haussant les épaules.
– Non, je t’aurais laissé crever dans ta peine, répliqua-t-il sèchement.

Je sentis mon cœur se serrer malgré moi. Alors il me détestait à ce point. Je ne pouvais croire que sa rancœur envers moi n’était due qu’au vol, ses yeux le trahissaient.

– Mais qu’est-ce que je t’ai fait pour que tu me détestes ainsi ?!? M’écriai-je, énervé.
– Tu oses me poser la question ? Rétorqua-t-il, ses yeux me foudroyant sur place.
– C’est toi qui m’as quitté, je te signale. Depuis le début, j’essaye de t’aider, et je ravale tout sans rien dire !

Je me doutais que notre passé était lié à la haine qu’il éprouvait envers moi. Mais je ne savais pas pourquoi. Il ne m’avait donné aucune raison ce soir là. Je le vis se lever, les poings plus serrés que jamais.

– Va te faire foutre ! Je ne t’ai rien demandé !

Je sentis mon cœur louper un battement à cette dernière réplique, et une profonde tristesse s’installa en moi. Je savais que je ne devais pas la ressentir, car tout cela résultait de notre ancienne histoire. Je ne cessais de me demander ce que j’avais fait par le passé pour le retrouver dans cet état. Mais il ne voulait pas me le dire, et je n’arriverais jamais à le pousser. Las, je me rassis sur ma chaise, prenant un regard froid, il fallait que je redevienne son psychiatre, tout de suite.

– La séance est terminée. Tu peux partir, articulai-je en regardant le parc.
– Ca y’est, tu abandonnes enfin ! Me dit-il, en se levant
– Non, je n’ai juste plus envie de te voir pour l’instant, soupirais-je, le regardant sérieusement

Il se posta bien devant moi et redevint calme.

– Au fait, juste avant de partir, je veux mes cahiers, me fit-il, méchamment.
– Je te les rendrai quand j’aurai terminé, répliquai-je sur le même ton.

Agacé, je reposais mon regard sur lui et celui-ci me glaça le sang. Une lueur meurtrière dansait au plus profond de ses prunelles. Une colère sourde s’installa en moi alors que je comprenais que quoi que je fasse, je n’obtiendrais rien de lui. Rageusement, j’ouvris le tiroir où j’avais rangé les cahiers, et les pris. Ma fureur les envoya valser sur le sol, faisant bien comprendre à Ilian qu’il pouvait les reprendre, mais que je ne voulais plus le voir pour le moment.

– Pourquoi tu m’as demandé si tu pouvais les lire, pour les prendre quand même ? Demanda-t-il, serrant les poings.
– Parce que je suis sûr que la réponse se trouve là dedans, répondis-je en haussant les épaules.

Je vis alors les jointures de ses mains devenir blanches, et ses yeux devenir plus noirs que jamais.

– Tu es vraiment prêt à tout pour ta renommée, tu n’as pas changé… Prends les, je me contrefous de ce que tu penses.

Il me tourna le dos et sortit de la pièce, sans oublier de claquer la porte. Mes yeux se posèrent alors sur les feuilles volant dans la pièce, et un voile de tristesse les obscurcit. Je n’arriverais jamais à faire quoi que ce soit avec Ilian. Et il fallait que j’en parle avec le directeur. Pour la première fois depuis quatre ans, j’allais abandonner.

**

Je rentrais chez moi, les bras chargés de cahier. Je n’avais pas voulu les laisser dans mon bureau, pourquoi ? Je ne le savais même pas moi-même. J’eus la surprise de ne découvrir personne à l’appartement, et un coup d’œil à mon portable m’affirma que j’avais un message de mon amant.

« Je rentrerai plus tard, un parent voulait s’entretenir avec moi. A plus tard. Je t’aime »

Je balançai mon portable sur le canapé et enlevais ma veste. Je décidai d’aller prendre un bain, cela me détendrait peut-être. Rapidement, je fis couler l’eau chaude, puis me glissai dedans. Mes yeux se fermèrent alors que mon anxiété et ma déception diminuaient peu à peu.

Une main caressant mes cheveux, et deux lèvres se posant sur les miennes me sortirent de ma torpeur, et je découvris avec surprise le visage d’Hugo au dessus du mien.

– Tu ne devais pas rentrer plus tard ? Demandai-je, regardant l’horloge.
– Ça s’est terminé plus tôt que prévu, me répondit-il en haussant les épaules.

Content, je repris doucement ses lèvres pour un tendre baiser. Mais il le termina bien trop tôt à mon goût.

– J’ai vraiment trop faim, tu veux manger quelque chose de spécial ? Déclara-t-il, un sourire rieur aux lèvres.
– Non, pizza ? Fis-je, me rallongeant dans la baignoire.
– Pizza !

Il se leva immédiatement et sortit de la pièce. Je l’entendis téléphoner, et décidais de rester un peu plus dans mon bain.

Quelques minutes plus tard, je me levais, et pris mon pyjama, pour revenir dans le salon. Mais la vision que j’eus me coupa net. Hugo se trouvait assis sur le canapé, un des cahiers d’Ilian entre les mains. Je ne sus dire ce qui me transperça en premier, la rage de voir Hugo fouiner encore une fois dans mes dossiers, ou la peur que le nom d’Ilian soit noté quelque part. Il tourna alors la tête vers moi et ses yeux s’ouvrirent de surprise, il lâcha alors le cahier et se releva immédiatement, pris en faute.

– Attends, c’est pas ce que tu crois…Me dit-il, désolé.
– Tu n’as pas le droit de regarder mon travail, fis-je, légèrement énervé.
– Je ne voulais pas le faire, j’ai vu ces cahiers et je ne pensais pas que c’était ton boulot ! J’ai lu juste une ligne, mais après, j’ai pas pu m’arrêter, le gars qui les a écrites a vraiment du talent…S’exclama-t-il, tout en reposant le cahier sur la pile.
– De quoi parle cette histoire ?

Je m’étais assis sur un fauteuil et avais posé mes yeux dans le vide. Hugo s’assit prés de moi et me pris la main, perdu.

– D’une femme amoureuse d’un homme, mais l’homme rejette ses sentiments. C’est… C’est ton patient qui…Commença-t-il, doucement.
– Je n’ai pas le droit de t’en parler Hugo, s’il te plaît.

Il acquiesça, mais je vis tout de suite qu’il était déçu. Lorsque la sonnerie retentit, il se leva et alla payer la pizza, puis il revint, et nous passâmes à table. Le reste de la soirée fut calme, rythmé par le simple bruit de la télévision.

**

Le lendemain, je retournais au travail, et je passais ma journée à lire le dossier d’Ilian, même si j’avais pris ma décision. Je n’avais pas ouvert les livres, me contentant de les reposer dans leur tiroir.

Vers 14 heures, je me levais, et partis en direction du bureau du directeur. Je frappais et entrais, le trouvant le nez dans des comptes.

– Je te dérange ? Demandai-je, laissant la porte ouverte.
– Non, tu peux entrer, me fit-il, retirant ses lunettes de son nez.

Je fermais la porte puis m’assis en face de lui, posant le dossier d’Ilian sur la table.

– Pourquoi me donnes-tu ce dossier ? Me demanda-t-il, étonné.
– Ça ne sert à rien, je n’arriverai jamais à le comprendre, répondis-je, un air déçu au visage.

Je le vis soupirer, puis se lever, mettant ses bras dans son dos. Ses yeux se posèrent sur le lac étincelant sous le reflet du soleil.

– Tu sais, beaucoup de psychanalystes sont passés avant toi, et n’ont pas su tirer une seule autre information que celles qu’ils savaient déjà. Ilian ne faisait que répéter ce que nous voulions entendre, s’enfermant dans sa carapace un peu plus. Je t’ai donné son cas, parce que je voulais que tu te dises que tout ne t’était pas acquis facilement…Me dit-il sérieusement.
– Et je l’ai compris, c’est pour ça que je voudrais que tu me donnes un autre patient, le courant ne passe pas entre Ilian et moi, nous ne faisons que nous disputer et …
– Justement ! Vous vous disputez, reprit-il se retournant vers moi. Tu arrives à faire des choses que personne d’autre n’a jamais réussies. Il te parle, même si c’est pour t’insulter, il s’ouvre à toi, il te dit ce qu’il ressent, et je suis certain qu’il ne s’en rend même pas compte. Depuis que tu t’occupes de lui…Regarde les commentaires de l’infirmière en chef, « Ilian est calme et posé, aucune remarque à faire sur son hospitalisation ». Jamais encore je n’avais vu ce genre de remarque sur son cahier.

Je levais les yeux vers lui, surpris par ce qu’il venait de me dire. Je n’avais jamais pris conscience de cela, trop perturbé par nos disputes incessantes. Mais j’étais las. Ilian et moi ne pouvions continuer ainsi.

– Je ne peux pas poursuivre comme ça…Déclarai-je, fatigué.
– Tu n’as pas le choix, fit-il, s’asseyant sur sa chaise.
– Quoi ?
– Il est hors de question que je donne le cas d’Ilian à quelqu’un d’autre, Jaeden. Il faudra que tu trouves un moyen pour que vous vous calmiez.

Je soupirais bruyamment puis me levai, lsui tournant le dos. J’avais ouvert la porte, alors que j’entendais encore une fois sa voix grave.

– J’ai appelé chez toi, et j’ai eu Hugo, vous venez manger à la maison ce soir, me dit-il, un sourire amusé aux lèvres.
– Ok, fis-je en haussant les épaules.
– Et il m’a dit de te dire qu’il te rejoindra ici vers 15 heures.
– Merci.

Je sortis sans un mot de plus et repartis dans mon bureau. Je ne pouvais en vouloir au directeur. Il voyait l’intérêt d’Ilian avant tout, et je devais me plier à sa volonté. J’attrapais mon téléphone et appelais mon amant afin de savoir où il était. Celui-ci décrocha au bout de deux sonneries.

– Oui ? Fit-il, à l’appareil.
– C’est moi, Paul m’a dis pour ce soir, tu es arrivé ?
– Oui, je suis là.
– Ça va ?
– Oui.

Mes sourcils se froncèrent alors que je remarquais son attitude assez distante, mais je n’y fis pas plus que ça attention.

– Tu es à l’entrée ? Demandai-je en prenant ma sacoche.
– Non, devant le parc.
– Ok, j’arrive.
– Oui, à tout de suite.

Je sortis immédiatement, et il ne me fallut que quelques minutes pour l’apercevoir, assis sur un banc, devant le lac. Il se trouvait près d’un homme que je ne reconnus pas immédiatement, et fumait encore ses maudites cigarettes. Il ne les fumait pas beaucoup, surtout lorsqu’il était inquiet.

– Désolé, j’ai fait au plus vite, dis-je, arrivant à sa hauteur.

Je n’eus pas le temps de jeter un coup d’œil à son voisin, que déjà mon amant se levait et prenait mes lèvres fougueusement. Ravi par cet accueil, je lui rendis son étreinte amoureusement. Ce baiser était totalement différent de son attitude, mais il fallait être fou pour y renoncer. Pourtant, j’aurais dû.

Alors que nous nous séparions, mon regard croisa celui du voisin, qui n’était autre qu’Ilian. Mon cœur faillit s’arrêter, alors que je vis ses yeux verts emplis de fureur et de tristesse. Mais il reprit bien vite une attitude « Je m’en foutiste » qui me fit plonger dans une gêne inimaginable. Il se tourna vers Hugo, et le toisant de toute sa hauteur, il sortit une phrase qui me glaça le sang.

– Depuis quand tu le trompes ? Demanda-t-il, s’adressant à Hugo.

Il n’attendit même pas de réponse et passa devant nous, nous ignorant magnifiquement. Un malaise immense s’installa en moi alors que je sentais Hugo plus crispé que jamais.

– C’est… Je… C’est faux, Jaeden, pour… Pourquoi il dit ça ? Me demanda Hugo, se retournant vers moi.
– Tu lui as dit quelque chose ? Fis-je, regardant Ilian s’engouffrer dans l’hôpital.
– Bien sûr que non ! Jaeden, regarde moi, tu ne crois tout de même pas qu’il a raison ?

Je croisais son regard et un malaise immense s’installa en moi. Pourquoi son regard était si affolé ? Pourquoi avait-il si peur que je crois Ilian ? Pourquoi une part de moi cherchait dans ma mémoire les indices d’une tromperie ?

– Jaeden !
– Non, bien sûr que non…Viens, il faut qu’on y aille, répondis-je en me retournant immédiatement.

Alors que je commençais à avancer, je sentis la main d’Hugo prendre la mienne et son corps se rapprocher du mien, me collant presque. Je sentais son regard se poser plusieurs fois sur mon visage impassible, mais pas une seule fois je ne tournais la tête. La dernière phrase d’Ilian me faisait atrocement mal, même si je savais qu’elle était totalement fausse. Hugo ne me tromperait jamais. Ça se voyait, il m’aimait plus que tout, et moi aussi ! Ilian devait être simplement jaloux. Et il n’avait pas le droit de l’être. Lui aussi avait refait sa vie à ce que je sache !

Nous rentrâmes chez nous après s’être arrêtés dans une petite épicerie afin de prendre une bouteille de vin pour le repas de ce soir. Le trajet s’était fait sans un mot, et l’arrivée à la maison dans ce même calme. Je sentais bien la peur d’Hugo grandir de plus en plus, mais ne dis rien pour le calmer. Je ne croyais pas Ilian. Et je ne voulais pas reparler de ça…Pourtant…Lorsque mon amant me dit qu’il partait prendre une douche, mes yeux se posèrent sur son téléphone portable. Une immense curiosité m’envahit. Je me haïssais de vouloir fouiner, mais ce désir devenait de plus en plus ardant. Mon regard dériva sur la porte de la salle de bain, légèrement ouverte, d’où j’entendais l’eau couler, puis il se reposa sur le téléphone. Je ne tenais plus et rapidement, je l’attrapais dans mes mains. Je jetai un autre coup d’œil à la porte, puis arrivai dans le menu des messages. Je ne voyais que des messages que je lui avais envoyés, et aucune trace d’un quelconque amant. J’entrai alors dans les messages qu’il avait envoyés. Là encore, aucune trace. Un soupire de soulagement passa le barrage de mes lèvres et j’entrai dans le journal des appels. Il n’y avait aucun numéro affiché et mes sourcils se froncèrent à cette constatation. Mais la voix d’Hugo me fit sursauter.

– Je ne te trompe pas ! Fit-il, la voix calme.

Je me retournai pour le voir à l’embrasure de la porte, une serviette nouée autour des hanches.

– Je sais…Articulai-je, pris sur le fait.
– Tu travailles avec ton ex, et je ne te dis rien, je te fais confiance Jaeden, s’il te plait, fais-en de même.
– Désolé… Je ne sais pas ce qui m’a pris… Dis-je, reposant le téléphone sur le bureau.

La mine triste, Hugo s’approcha de moi, m’entourant de ses bras. Je lui rendis immédiatement son étreinte, posant ma tête dans son cou.

– Je t’aime. Je suis fou de toi. Je devrais être fou pour avoir ne serait-ce que l’idée de te tromper. Parce que je sais que tu me quitterais si je le faisais ! Et ça, il en est hors de question…Murmura-t-il, la voix enrouée.
– Ne pleure pas Hugo, je suis désolé, je te crois, bien sûr que je te crois ! Fis-je, paniqué.

Il resserra son étreinte, comme s’il se trouvait en pleine détresse.

– Excuse moi…Soupira-t-il, prenant mes lèvres fougueusement.

Je ne compris pas cette soudaine excuse, mais ne dis rien, préférant arrêter là cette explication. Hugo avait raison, je ne devais pas me poser de questions. Ilian était tout simplement déçu. Je me surpris à ressentir un soulagement en moi. Au moins, je n’étais pas le seul à éprouver ce sentiment. J’avais ressenti la même chose en apprenant pour lui et ce Melvin, et m’en voulais déjà assez.

Une heure plus tard, nous nous retrouvions devant la porte de la maison de Paul et de sa femme. Celle-ci vint immédiatement nous ouvrir, un sourire immense trônant sur ses lèvres.

– Comment ça va Tatiana ? Demandai-je, la prenant dans mes bras.
– Bien, très bien même, entrez ! Me répondit-elle, prenant la bouteille de vin entre ses mains.

C’était une Femme de 35 ans, ravissante à souhait. Elle avait de longs cheveux blonds, souvent maintenus par une barrette. Elle portait une longue robe mauve, légèrement décolletée. Elle se retourna, et entra dans le salon. Nous restâmes quelques minutes dans le hall, retirant nos vestes. Nous entrâmes par la suite dans la pièce où était servi l’apéritif. Paul se leva immédiatement en nous voyant, et tendit une main chaleureuse à mon amant.

La suite de la soirée se passa calmement, dans une joie débordante. Nous fêtions en quelque sorte la future venue d’un petit être, qui ravissait ses parents. J’en étais ravi, car voir leurs visages heureux faisait vibrer mon coeur. Ce ne fut que lorsque je sentis la tête d’Hugo devenir de plus en plus lourde sur mon épaule que je compris qu’il était temps de partir. Mon amant devait sûrement se lever tôt, comme d’habitude.

Nous partîmes après un au revoir très chaleureux, puis rentrâmes dans notre appartement. Allongés dans notre lit, je lisais mon bouquin avec envie. Hugo, quant à lui, faisait un sudoku sur le magazine TV. Mais une de ses questions me fit arrêter net ma lecture.

– Nous aussi, on aura un bébé un jour ? Me demanda-t-il, tournant la tête vers moi.

Mes mains se crispèrent à l’entente de cette phrase. Je n’avais pas vraiment émis l’hypothèse d’avoir un jour des enfants, même si au plus profond de moi, je souhaitais être un jour appelé papa.

– Tu sais… ça m’étonnerait que tu puisses tomber un jour enceinte…Fis-je, un sourire amusé sur les lèvres.
– T’es con ! S’exclama-t-il, en rigolant légèrement.

Je posais mon livre sur la table de chevet, puis m’allongeai sur le ventre.

– Si un jour on décide d’avoir un enfant, ça sera après notre mariage…Dis-je, les yeux fermés.

Je le sentis s’allonger près de moi et éteindre la lumière. Il m’enlaça d’un bras et posa ses lèvres sur mon épaule.

– Et ce sera le plus beau des mariages…Si c’est avec toi, me fit-il, se collant à moi.

**

J’arrivais à l’hôpital en retard, Hugo n’ayant pas voulu me lâcher ce matin. Mon estomac ne cessait de se comprimer alors que je marchais en direction de mon bureau, où Ilian m’attendait. Je n’avais pas envie de lui parler, car je savais que j’en viendrais à lui demander des explications. J’ouvris la porte et le vis assis sur mon fauteuil, ses yeux fixant mon diplôme accroché au mur. Je retirais ma veste et m’assis dans mon fauteuil, le visage impassible.

– Désolé pour le retard, m’excusais-je, retirant son dossier de ma sacoche.

Il ne me répondit pas, se contentant de me fixer froidement. J’ouvris alors le tiroir où j’avais rangé ses cahiers et les sortis, son regard se posa sur eux. Doucement, je les approchais de lui. Je savais que je venais de perdre une occasion en or de pouvoir en savoir plus sur mon patient, mais je voulais d’abord gagner sa confiance, même si pour cela il me fallait tout recommencer à zéro.

– Tu peux les reprendre. Je ne les ais pas lus. Un jour, j’espère, tu me feras assez confiance pour me les redonner par toi-même, dis-je calmement.

Il me lança un regard méchant puis reprit immédiatement ses cahiers, les tenant contre sa poitrine, comme si, dans ses mains, se tenait l’objet le plus précieux de son existence.

– Je ne l’ai pas lu, mais… Mon petit ami l’a fait, sans que je m’en aperçoive. Je suis désolé, fis-je, soutenant son regard.

Il ne répondit rien, gardant son regard noir au plus profond de mes yeux. Soudain, le téléphone sonna et je décrochais immédiatement, coupant court à la tension qu’Ilian mettait à l’ouvrage.

– Oui ? Fis-je, regardant dans le vague.
– Docteur Sadler, le directeur souhaiterait vous voir dans son bureau après votre entretien avec votre patient, déclara une secrétaire à la voix aguichante.
– Bien, je serais là.
– Au revoir.

Je raccrochais le combiné pour retrouver le regard d’Ilian, qui n’avait toujours pas changé d’intensité.

– Hier, j’ai été voir le directeur, pour lui demander de me changer de patient, mais il n’a pas voulu. Tu vois, ce n’est pas moi qui veux à tout prix t’aider. Nous sommes coincés ensemble pendant un bon bout de temps, alors fais un effort ! M’exclamais-je, le ton dur.

Je ne voulais pas en arriver là, mais son regard méchant presque tueur posé sur moi s’insupportait.

– Qu’est-ce que ça fait d’apprendre qu’on est trompé ? Me demanda-t-il, un sourire malsain accroché aux lèvres.
– Je ne suis pas trompé, répondis-je, sur le même ton.

Il ne me répondit rien et garda son sourire immonde sur son visage. Dans un élan de nervosité, je laissai tomber son dossier sur la table, provoquant un bruit lourd.

– Tu as refait ta vie avec Melvin, alors laisse-moi tranquille, dis-je, évitant son regard.

Je m’abaissais pour reprendre une feuille qui était tombée, puis me relevais et découvris avec surprise qu’Ilian s’était mis debout.

– Je n’ai pas dis que l’entretien était terminé, dis-je, la voix autoritaire.
– Et pourtant, il l’est, répliqua-t-il, se retournant.

Il avança jusqu’à la porte, et posa sa main sur la poignée, mais ne l’abaissa pas.

– Je suis certain qu’en ce moment même, il a ramené son mec et qu’il est en train de se faire baiser dans votre lit. Et j’espère que lorsque tu le découvriras, tu auras tellement mal que tu voudras crever. J’ai hâte de voir ça, Jaeden.

Sans un mot de plus, il sortit de la pièce, laissant une ambiance sinistre dans mon bureau. Mon regard ne quitta pas cette porte en bois verni, comme si j’attendais qu’Ilian revienne, et s’excuse de ses paroles. Mais c’était trop lui demander. Peut-être l’avais-je mérité, mais je ne savais pas pourquoi. D’une certaine façon, je ne voulais pas le savoir, tout comme je ne voulais pas savoir la raison de notre rupture. Même si cela me trottait dans la tête, j’avais pris la décision de croire que je n’étais pas assez bien pour Ilian, et cela m’avait aidé à devenir celui que j’étais.

Soupirant, je me levais de ma chaise et pris ma veste et ma sacoche. Je sortis de mon bureau en le fermant à clé et me dirigeant vers celui du directeur. Je frappais doucement puis entrai, le trouvant le nez dans ses dossiers, encore une fois.

– Ton entretien s’est terminé ? Me demanda-t-il, surpris.
– Avec quelqu’un qui ne vous aime pas, c’est toujours du rapide tu sais ! Fis-je, un sourire ironique au visage.

Il ne répondit rien, se contentant de lever les yeux au ciel. Une fois que je fus assis, il sortit un dossier jaune, comme ceux des patients, et me le tendit. Je le pris le regard incrédule, et l’ouvris.

– Cameron Murton, âgé de 21 ans. Il a été condamné pour le meurtre de sa petite amie de longue date, une certaine Angela. Le médecin ayant examiné cet homme nous a appelé car il semblerait qu’il souffre du trouble Borderline, fit le directeur, joignant ses mains.
– Ce serait ce trouble qui l’aurait conduit à ce crime ? Demandai-je, lisant le résumé du procès.
– Tout a fait. Il a été jugé coupable, mais devra être interné dans cet hôpital.
– Combien de temps ?
– Jusqu’à ce qu’il aille mieux.
– Et il ira en prison après ? Tu ne penses pas que la prison lui fera rouvrir ses plaies ?
– Ce n’est pas moi qui décide, Jaeden.

Je relevais alors mon regard vers lui, pour découvrir un regard vide et triste. Mais il ne me laissa pas le temps de poser plus de questions.

– Il arrive lundi. Et je veux que tu prennes son cas… En plus d’Ilian, bien entendu, rajouta-t-il, un sourire narquois aux lèvres.
– Bien entendu, répétai-je en me levant

La main sur la poignée, je m’arrêtais pour me retourner vers lui, une question soudaine me trottant dans la tête.

– Les patients atteints de folie ne sortent jamais d’ici n’est-ce pas ? Demandai-je, le regard dans le vague.
– Tu parles d’Ilian ? Me demanda-t-il, sérieux.
– Qui d’autre…

Il soupira puis reporta son attention sur le lac. D’une voix calme, il reprit.

– Je pense qu’il joue un jeu, fit-il, croisant les bras.
– Ilian se moque de nous ? Demandai-je, étonné.
– A toi de le découvrir.

Un sourire sur ses lèvres me montra qu’il ne m’en dirait pas plus, et frustré, je sortis de son bureau. Je sus pas pourquoi, mais apprendre qu’Ilian resterait ici sûrement pour le reste de sa vie me fendit le cœur. Si c’était le cas, que faisais-je là, à me tourner les méninges pour lui ? Pour un homme qui ne voulait faire aucun effort. Peut-être qu’avec mon nouveau patient, tout irait mieux. Du moins, c’est ce que j’espérais au plus profond de moi.

Je sortis mon portable de ma poche, regardais l’heure. Je décidais d’aller faire une surprise à Hugo et d’aller le chercher à son travail, lui qui devait se coltiner les transports en commun…

Je sortis de l’hôpital et pris ma voiture. Vingt minutes plus tard, je me retrouvais devant l’enceinte du lycée prestigieux. Un petit sourire amusé aux lèvres, je passais devant les jeunes étudiantes qui ne me lâchaient pas du regard, chuchotant entre elles. Lorsqu’elles me verraient sortir avec mon amant, elles allaient faire une autre tête. J’arrivais devant le secrétariat, où une jeune femme s’activait à remettre en ordre des dossiers. Je n’avais aucune idée d’où se trouvait la classe de mon amant.

– Je peux vous aider ? Demanda-t-elle, s’approchant de moi.
– Oui, je cherche le professeur Stevenson, s’il vous plaît, répondis-je, aimablement.
– Je suis désolé, Monsieur Stevenson donne un cours particulier…
– Pourrais-je savoir où se trouve sa classe, j’attendrai la fin de son cours.

Elle me sourit puis sortit un gros classeur, passant en revue différents emplois du temps.

– Voyons, dit-elle, plaçant un doigt sous son menton, Joe finissait en salle 328, donc Monsieur Stevenson devrait faire ce cours dans cette salle.
– Joe ?!? Fis-je, surpris.
– Oui, c’est le nom de l’élève dont s’occupe Monsieur Stevenson.

Mon estomac se tordit à cet instant. Mes pensées ne cessaient de fuser à toute vitesse, se remémorant l’appel téléphonique d’il y a quelques jours. Hugo m’avait dit que c’était un parent d’élève… Je tournais immédiatement ma tête de droite à gauche, chassant ces pensées. C’était Ilian et ses foutus paroles qui commençaient à me rendre paranoïaque. Je remerciais la secrétaire puis partis dans les couloirs à la recherche de cette salle.

Je la trouvais rapidement et m’installais contre le mur d’en face, attendant la sortie de mon amant. Mais bien vite, je fus poussé par la curiosité. Je voulais entendre la voix de ce Joe et voir s’il s’agissait de la même. Avec un peu de chance, je me trompais. Doucement, je collais mon oreille contre la porte. Mais ce ne furent pas les paroles d’un professeur à son élève que j’entendis…

– Joe..Ahh… Arrête, je ne peux pas.
– Tu me dis toujours ça et tu finis toujours par céder.
– Je t’ai dit que …Ahhh… C’est fini Joe !
– Je t’aime…
– Mais je l’aime lui. Je suis avec lui !
– Je sais. Pourtant, ça fait quatre mois que tu couches avec moi. Cède encore, une dernière fois.

Mon cœur se brisa à cet instant et, la main sur la bouche, je me reculais de cette maudite porte. Mes larmes vinrent s’écraser sur mes joues alors que je retenais avec peine un haut le cœur puissant. J’avais mal. Terriblement mal. Je priais le ciel pour que cela ne soit qu’une farce. Désespéré, je portais ma main à la poignée, le cœur en lambeaux. Comme au ralenti, la porte s’ouvrit, me laissant voir une vision que j’aurais préféré éviter.

Hugo se tenait assis sur son bureau, le pantalon sur les chevilles. Devant lui, un jeune homme brun, les cheveux mi-longs. Il était assez beau et devait sûrement être la coqueluche de tout le lycée. Sa main se tenait sur la joue de mon amant, prêt à l’embrasser, tandis que l’autre caressait sans aucune pudeur son entrejambes.

Je sentis mon cœur saigner et mes larmes redoublèrent d’intensité. Le brun tourna la tête vers moi, suivi du regard de mon amant. Au premier abord désireux, ses yeux s’agrandirent sous la surprise, et il poussa immédiatement le prénommé Joe, remettant son pantalon en place. Ses yeux commencèrent à s’embuer alors qu’il comprenait la connerie qu’il venait de faire.

– Jaeden… Murmura-t-il, s’approchant de moi.

Rageusement, j’essuyais mes larmes et me retournais, marchant d’un pas dynamique. Je n’avais pas envie de crier, je n’avais même pas envie de frapper cet avorton. Je voulais simplement disparaître. Alors, je n’étais pas assez bien pour lui non plus…

J’entendais Hugo courir derrière moi, criant mon nom, la voix totalement enrouée par ses larmes. Mais pour une fois, celle-ci ne me fit pas le moindre mal. Cet homme me répugnait plus qu’autre chose. Mon cœur agonisant, je ne pensais plus qu’à une chose. La même chose qui m’avait tant attiré il y a quatre ans. Je savais qu’elle me ferait oublier, et c’était parfait.

Mon allure se stabilisa alors que j’approchais de la voiture. Hugo en profita pour me rattraper, et se jeter sur moi. Sans réaction, je ne bougeais pas, attendant de voir ce qu’il allait dire.

– Je suis désolé ! S’il te plaît, laisse moi m’expliquer ! Je t’en supplie…C’est…C’est pas ce que tu crois…Me supplia t-il, ses larmes inondant ma veste.

Brutalement, j’avançais, le faisant trébucher. Il se retrouva assis au sol, complètement étonné par ma réaction. Les jeunes filles que j’avais vues il y a peu vinrent l’aider à se relever, me lançant un regard noir. Celui de mon amant devint vide et empli de tristesse.

– Jaeden…Je t’en prie… Murmura-t-il, faisant un pas vers moi.
– Je ne veux plus te voir, répliquai-je, la voix froide.

Je rentrais alors dans la voiture, le voyant tomber à genoux. J’avais mal. Atrocement mal. Je démarrais dans un bruit d’accélérateur déchirant, et partis sans un mot pour l’homme que j’aimais et qui me trompais sous mes yeux depuis quatre mois.

**

Je marchais dans les rues, la démarche traînante. Je savais où je voulais aller, je savais aussi que j’avais beaucoup trop bu. Je portai à mes lèvres le joint que je venais de rouler, m’appuyant contre le mur afin d’éviter de tomber. Je sentais l’effet de cette drogue se répandre en moi, ce n’était pas le premier. J’entendis alors une musique assez forte, venant de l’autre bout de la rue, et immédiatement je marchai dans cette direction.

Je connaissais très bien ce bar, et un sourire inonda mon visage alors que je poussais la porte. Je m’assis sur un tabouret et commandai un whisky coca, cherchant autour de moi un homme pour passer la nuit. J’étais plus ou moins célibataire après tout. Je ne mis pas longtemps avant de trouver un homme à mon goût. De toute façon, qu’il soit beau ou pas, je m’en fichais royalement. Il était plus petit que moi, les cheveux bruns, presque noirs, avec des yeux verts étincelants. Je ne le lâchais pas du regard, le détaillant de haut en bas. Il sembla le remarquer et un sourire naquit sur ses lèvres. La démarche féline, il s’approcha de moi et posa ses bras contre le bar, m’entourant.

– Tu es venu accompagné ? Me demanda-t-il, alors que je sentais son regard envieux se poser sur moi.

Mais je n’eus pas le temps de lui répondre, une voix grave que je connaissais bien l’interpella.

– Dégage !

Près de moi se trouvait Kain, le regard noir. Il semblait fatigué et de mauvaise humeur.

– Je suis arrivé le premier, fit le brun, regardant mon frère de la même façon.
– Mon petit frère ne cherche pas une partie de jambes en l’air…
– Bien sûr que si ! Répliquais-je en me levant.

Je pris alors la main de l’inconnu et sortit du bar. Mais je ne pouvais échapper à Kain de cette façon… Violemment, je sentis l’inconnu tomber par terre et me retournais, constatant qu’il partait en courant devant le regard meurtrier de mon frère. Ce dernier se tourna vers moi, avant de poser sa main sur mon épaule. Mais je la rejetais bien vite, et sortit un autre joint de ma poche.

– Tu fais chier ! Fis-je en allumant la cigarette.
– Depuis quand tu recommences à te droguer ? Demanda Kain, dégoûté.
– Un joint ne me fera pas de mal.

Sans un mot de plus, je me retournais, titubant. Je faillis trébucher et Kain me rattrapa, me calant contre le mur d’une maison. Rapidement, il me serra dans ses bras, augmentant son étreinte alors que je me débattais. Mais en vain. Je sentis bien vite mon mal-être refaire son apparition et ma gorge se serra. Les larmes me vinrent aux yeux, et je ne pus me débattre, restant stoïque.

– Je suis désolé… Murmura-t-il, plongeant sa tête dans mon cou.
– Pourquoi ? C’est toi qui avais raison depuis le début, dis-je, sur le même ton.
– Mais je ne voulais pas que ça arrive.
– Je ne répondis rien et mes larmes sortirent, s’écrasant contre mes joues. J’avais terriblement mal. L’alcool et la drogue me tapaient la tête, et avec difficulté, je luttais pour ne pas perdre pied sous les visions du passé qui me revenaient. Pourquoi pensais-je à Ilian dans un moment pareil ? Au regard moqueur que m’avait lancé son petit ami. Quel crétin celui-là. L’esprit engourdi, je ne me rendis pas compte que je parlais à Kain.

– Tu sais qu’il a refait sa vie… Soufflai-je, alors qu’il portait un de mes bras à son cou pour m’aider a marcher.
– Mais non, il a juste fait une connerie, répliqua Kain, commençant à marcher.
– Non, il lui parle à lui… Alors que moi… On fait que se disputer.
– J’ai plutôt l’impression que c’était juste une histoire de cul. Je l’ai vu, Jaeden, il était désespéré, il est même venu à mon appartement pour te chercher. Je sais que j’devrais pas le défendre, mais il m’a fait de la peine.
– Il est venu à ton appartement ?!? Fis-je, m’arrêtant de marcher, complètement ahuri.
– Bah…Oui, je pense que c’est normal… Il a l’air de s’en vouloir, répondit Kain, les yeux remplis d’incompréhension.
– Mais de qui tu me parles ?!!! M’emportais-je, énervé.
– De Hugo ! Celui pour qui tu t’es bourré la gueule parce qu’il t’avait trompé, de qui veux tu que je parle ?!?

Je tombais alors de haut, me rendant compte de l’absurdité de mes paroles précédentes. Je ne devais pas penser à Ilian dans un moment pareil. Bougonnant, je repris ma marche, m’appuyant contre le mur.

– J’en étais sûr ! S’écria mon frère, me plaquant contre les briques.
– Quoi ?!? Répliquai-je, méchamment.
– Je trouvais que le mec avec qui tu voulais baiser ressemblait à Ilian, déjà qu’Hugo lui ressemblait assez fortement… T’exagères Jaeden, pourquoi tu retombes là dedans !?
– Je retombe dans rien du tout !
– Je vais peut-être le répéter, mais je préfère que tu retournes avec Hugo. Il t’a peut-être trompé, mais il s’en veut à mort. Et puis Ilian est interné, donc ça réduit toutes tes chances de…

Mais je ne le laissais pas continuer. Violemment, je le poussai, et il tomba au sol, une grimace de douleur aux lèvres. Je murmurais un « Pauvre con » et repris ma marche, n’écoutant pas ses appels. Je hélais un taxi et pris la direction de mon bureau. Je savais qu’Hugo se trouvait dans notre appartement. Et je ne pouvais plus dormir chez Kain.

Je m’arrêtais en chemin pour acheter une bouteille de vodka, dont je bus la moitié sur le trajet. J’entrais dans l’hôpital en titubant légèrement, mais le vigile ne dit rien, et me laissa passer. Je ne savais pas vraiment où je voulais aller, je savais juste que je ne voulais pas me coucher, même si la fatigue se répandait en moi. Je montais à l’étage des chambres en buvant ma bouteille. Je m’arrêtais alors devant la porte de la chambre et constatais que de la lumière filtrait dans le bas. Un sourire étira mes lèvres alors que je pensais trouver Ilian dans les bras de Melvin. Je me voyais déjà en train de foutre cet avorton dehors et prévenir le directeur. Pourtant, lorsque j’ouvris la porte, je ne vis qu’Ilian, assis devant la fenêtre de sa chambre, son livre préféré entre ses mains.

T’es tout seul ? Demandai-je, regardant dans tous les recoins.

Il ne me répondit rien, me regardant froidement. Je haussais les épaules et murmurais « C’est trop nul », avant de marcher et de fermer la porte sans bruit, mais je ne réussis qu’à renverser la lampe de chevet sur la petite table. Immédiatement, je me baissais pour la ramasser, mais ma tête percuta le meuble, et je m’écroulais sur les fesses, mort de rire.

– Depuis quand tu utilises les objets pour essayer de me tuer ! Dis-je, approchant la bouteille de mes lèvres.

Je vis alors un sourire amusé étirer ses lèvres, mais bien vite troqué pour son visage habituel. Sans un mot, je me relevais, et m’écroulais sur son lit, posant la bouteille sur le sol. Les yeux fixés sur le plafond, je dis rien pendant un moment. Mes yeux se fermèrent, et la fatigue m’enveloppa doucement.

– Tu voulais me voir détruit ? Et bien profite. Je refais exactement la même chose qu’il y a quatre ans. Je me bourre la gueule et je fume joint sur joint. J’ai même voulu baiser, mais Kain m’en a empêché, tout ça parce qu’il te ressemblait.

J’entendis le livre tomber au sol, mais ne réagis pas. J’étais trop mort de toute façon.

– Je suis pitoyable. Je l’ai vu ! T’avais raison, ce mec me trompait depuis quatre mois. Alors qu’on était ensemble depuis un an, même pas… Et le pire, c’est que je m’en fous. Je l’ai vu, l’autre, lui mettre la main dans le boxer, j’ai tout vu. Et je m’en fous !

La fatigue m’enveloppa complètement, et je cessais de lutter, la laissant m’emporter. Dans un dernier effort, je prononçais ces mots, que j’allais sûrement regretter le lendemain.

– Je m’en fous… Parce que tout ce qui trotte dans ma tête… C’est que tu sors avec ce gamin moche que je déteste plus que tout…

Nothing to prove – Chapitre 4

Chapitre 4 écrit par Lybertys

 

A partir de ce moment, tout se précipita. L’infirmière qui venait de me découvrir avait accouru vers moi après avoir alerté d’un autre cri les autres. Elle arracha le bout de verre que je tenais dans la main et attrapa mon drap afin de faire un garrot pour stopper l’hémorragie. Tel l’effet d’une drogue, je sentais ma tête tournait à cause du manque de sang que mon corps commençait à ressentir. Une foule de personne me toucha, étant leur unique centre de préoccupation.

Je pus cependant entendre certains commentaires du personnel qui émit quelques commentaires à propos de ce que je venais de me faire. Ils  auraient pu être blessants, mais je n’y prêtais même pas attention. Quel jugement pouvaient-ils porter sur moi qui puisse m’atteindre car l’être que j’étais de puis quatre ans n’était plus moi depuis bien longtemps. Il ne faisait que juger la personne que j’avais créée. Seulement, l’acte que je venais de faire maintenant n’était pas de l’apparence.

Avoir d’avoir réprimé en moi toutes mes souffrances passée, je venais d’avoir un aperçu très bref de la quantité emmagasinée et j’avais était très proche de la totale destruction. Mes murs s’étaient fissurés et je savais que je ne m’en sortirais pas indemne. J’avais joué avec la mort, l’approchant de plus près que je ne me l’étais imaginé.

Sans trop m’en rendre compte, j’étais maintenant sur un lit qui déambulé dans les couloirs, sous le regard des patients curieux. Je pu croiser le regard de Melvin, avant de sentir mes paupières s’alourdir. Je ne possédais plus d’énergie, bien que ma plaie était maintenant sous leur contrôle, je me sentais partir. Les yeux maintenant clos, sans avoir su les retenir, je me concentrais sur les bribes de phrases que je pouvais entendre : « vous seriez arrivé dix minutes plus tard, il y serait passé… Les tendons n’ont pas l’air d’être touchés… Appelez le directeur ! Il faut aussi prévenir son psychiatre… »

Le monde grouillant autour de moi finit par s’amenuiser, laissant seulement une infirmière, un médecin et le directeur qui venait d’arriver dans la salle de soin. Je frémis de douleur, lorsque le médecin saisit mon bras, me forçant alors à ouvrir les yeux. Je fus heurté par la tristesse, l’inquiétude et la colère qui se lisait sur les yeux de la première personne qui entra dans mon champ de vision : le directeur.

Sans me défaire de mon sang froid, je repris en un rien de temps le visage impassible qui me protégeait. Il fallait que je cesse cela tout de suite. J’étais en train de déraper dangereusement. Me reprendre et ne surtout pas me laisser aller à ce début de faiblesse était la seule solution et la plus urgente. Etant au bord de la falaise, il était très facile pour moi de faire un faux pas. La voix faible du directeur n’était pas là pour m’y aider :

–               Est-ce que ça va Ilian… Reste avec nous…

Je vis alors l’homme qui était en train de finir de soigner ma plaie faire une grimace tant celle-ci représentait l’intensité de ma souffrance et encore, cela n’était qu’un aperçut. Moi je venais de voir, et cela me terrifiait. Je n’étais peut être pas aussi fort que je le pensais…

Je devais à tout prix me couper de ce monde un instant, et ce fut un sommeil important suite à une piqure qui m’y aida. Sans même avoir vraiment le temps de m’en rendre compte, je m’endormis m’éloignant un instant bien trop court de l’horreur de cette vie.

***

 

J’eus droit à un réveil des plus désagréables ayant la cruelle impression de ne pas être seul. Ma tête me lançait douloureusement et il me fallut du temps avant de me souvenir de ce qui venait de se passer. Je secouais légèrement la tête comme pour revenir pleinement à moi. Je ne pus réprimer une grimace de douleur lorsque je remuai mon poigné, gardant en moi l’expression de celle-ci. Maintenant je me souvenais… Je me rappelais de ce que je venais de faire, et de ma raison dans cette pièce blanche qui n’était autre que l’infirmerie.

Doucement, je m’asseyais sur le lit prenant soin de ne pas me faire plus mal que je ne l’avais déjà. Je ne pouvais nier que j’aimais quelque part cette douleur vive qui me masquer celle gravée en profondeur. Cela faisait longtemps que je ne m’étais pas senti aussi minable. Surpris, je vis alors que la présence que j’avais ressentie auparavant n’était autre que Jeaden. J’étais surpris de sa présence ici, et dans mon état, affaibli, il me fallut quelques minutes pour retrouver mon regard froid. C’était bien la dernière personne que j’avais envie de voir maintenant. Cet air triste, ce jugement que je pouvais lire et qui transparaissait malgré lui à travers ses yeux.

Ne semblant pas tenir compte de mon envie de le voir ici à mes côtés, il vin s’asseoir sur un côté de mon lit, posant son regard dans le vague, droit devant lui. Que cherchait-il ? A racheter l’erreur qu’il croyait avoir commis ? Se sentait-il responsable de l’état de mon bras qui était d’une douleur insupportable ? Si je me trouvais minable, et honteux de mon état, je n’en laissais surtout rien paraitre, je venais de leur montrer à tous déjà bien trop. Il restait pour le moment silencieux, rendant de plus en plus désagréable notre promiscuité. Pour l’heure j’avais besoin d’être seul. Je ne voulais pas des discours et des grandes théories de tous ces psychiatres sur mon état et sur ce que je venais de commettre.

J’étais las de cet endroit, las de tout, survivre était finalement bien trop épuisant pour y réussir… Pourquoi Jeaden avait accepté mon dossier ? Pourquoi tenait-il tant à m’aider ? Au vu de ce qu’il m’avait fait par le passé, je trouvais cela d’une hypocrisie monstre et j’avais du mal à croire que tout ce qu’il faisait n’était pas uniquement pour le mérite qu’il tirerait peut être de mon cas. Il venait déjà de réussir quelque chose sur moi, me faire réaliser à quel point j’allais mal… Mais… Etait-ce une bonne chose ?
Sa petite voix résonna soudain dans la pièce :

–               Excuses moi Ilian. Je suis un piètre psychiatre. Trop aveuglé par mon envie de savoir ce qu’il t’était arrivé, je n’ais même pas remarqué que tu allais mal. Dit-il, faiblement.

Son regard ne s’était pas encore posé sur moi. Il était particulièrement douloureux de le voir ainsi, touché par mon état. Le ton qu’il employait le trahissait, et pourtant cela ne collait pas avec le passé. Voulait-il finalement seulement se racheter, ou était-il à dix mille lieux de ce qui s’était passé entre nous ?
Il finit par tourner sa tête vers moi, croisant un instant mon regard qui ne lui offrait aucune réponse. Sans un mot de plus, il abaissa ses yeux sur mon bras mutilé, et le pris en main. Choqué par ce geste et par ce contact, ne m’y attendant pas du tout, je l’enlevais en moins de temps qu’il ne fallut pour le dire afin de le rabattre contre ma poitrine.

Je ne voulais pas qu’il voit, je ne voulais pas qu’il reste. Pourquoi ne se contentait-il pas de faire comme tous les autres ? C’était bien de la honte que je ressentais en plus de cela, je ne pouvais pas le nier. Mais ce qui m’avait le plus troublait était le contact que j’avais eu un court instant. Cette douceur et cette façon de toucher, la chaleur de sa peau qui me revenait en mémoire comme si notre dernier contact remontait à hier. Cela faisait si longtemps que je n’avais pas ressentit ce genre de chose suite à même un simple effleurement avec tout les autres. Pour moi, le contact avec un autre être humain était depuis trop longtemps vécu comme une agression. Soudain, sa voix me sortie de ma torpeur qu’il n’avait pas remarqué car il lui avait été camouflé par mes soins :

–               Et après tu veux me dire que tu ne ressens plus rien…dit-il, légèrement moqueur.

Je n’aimais pas du tout ce qu’il cherchait à faire et surtout ce qu’il venait de me dire. Ma colère pour lui revint aussi vite qu’elle était partit un court instant. A cause de lui, j’étais tombé bien trop bas, encore une fois maintenant.

Alors qu’il se levait, je tendis immédiatement mon bras vers lui. Puisqu’il tenait tant à le voir, je n’allais pas chercher à le lui cacher. Ce geste avait tout d’un geste de pure provocation. Mon regard froid ne faisait qu’affirmait cela, voulant à tout pris lui montrer par la même occasion que ce qu’il venait de dire était faux. Je le vis alors venir s’asseoir de nouveau à côté de moi, posant mon bras sur ses genoux. La douceur infinie qu’il dégageait me heurtait par l’absence d’habitude de ce genre d’attention pour moi ces dernières années. Je me rappelais vaguement, ne voulant pas me forcer à repenser au moi d’avant, mais j’avais été quelqu’un d’extrêmement timide et quémandant toujours de la douceur et de l’affection. J’avais été d’une fragilité et d’une vulnérabilité qui m’écœurait à présent.

Jeaden commença à défaire le pansement, et mon regard se posa sur lui. Je voulais voir sa réaction, mais je l’appréhendais quelque part tellement que lorsqu’il arriva au dernier tour, je virai immédiatement la tête à gauche, ne pouvant supporter qu’il voit cette plaie et surtout la voir moi-même. Montrer à quiconque cette plaie et en particulier à Jeaden, c’était faire voir une partie de ma douleur que j’avais toujours caché.

Jeaden avait pour la première fois depuis que nous nous étions revu un aperçut de ce ma sombre descente en enfer. J’étais pris d’un vertige, car à travers ses réactions, j’étais de nouveau plongé en moi à regarder ce que j’étais devenu. A voir la plaie que je m’étais cruellement infligé, il devait ressentir un élan de dégout monstre, mais il n’en laissa rien paraître. D’un bref regard jeté discrètement, je le vis sortir un petit pot de sa poche, qui semblait être de la crème. Comptait-il me soigner ? Je pouvais déjà sentir sur mon bras meurtris la chaleur de sa cuisse et de ses doigts se déplaçant avec délicatesse sur ma peau. Je me sentais encore un peu dans le vague, cela était certainement dû aux injections de médicaments qu’ils m’avaient faits. Je gardais obstinément la tête tournée vers la gauche, ne voulant pas en voir plus, me coupant de lui, lui offrant simplement le désastreux spectacle de mon bras.

C’était bien de la crème qu’il y avait dans ce petit pot, car il commença à l’appliquer délicatement sur mon bras. Je frémis au premier contact… Si ce fut désagréable au premier abord, bien vite, je fus envahi de cette douce chaleur dont je n’avais pas eu l’habitude depuis très longtemps… Cette douceur, cette façon de poser sa main sur moi… Le gout de ses lèvres…

Je m’en souvenais comme si c’était hier, notre premier baiser… Trop timide, je l’avais laissé prendre l’initiative et lentement afin de ne surtout pas me heurter, il avait déposes ses lèvres chaudes sur les miennes provoquant chez moi un violent frisson. Sa langue était venue progressivement quémander l’ouverture de mes lèvres afin de rejoindre la mienne, caressant mes lèvres d’une façon chaude et sensuelle.

Je me rappelais de tout ce que cela avait fait naître en moi, l’impression de vivre dans un autre monde un court instant, un monde qui m’avait cruellement manqué toute ces années. L’amour que j’avais éprouvait pour lui, et l’affection que nous nous étions porté… Ses mains effleurant ma nuque et le bas de mon dos afin de m’attirer bien plus près pour approfondir notre contact grandissant… La délicatesse dont il avait toujours fait preuve avec moi, l’attention… L’impression d’être important pour quelqu’un, l’impression de vivre enfin depuis ma naissance…

Mais maintenant tout cela était fini… Tout cela m’était interdit. Pourtant je le sentais de nouveau, ce cœur en moi, palpité à la recherche d’un semblant de vie. Pourquoi devais-je tomber sur lui ? Pourquoi s’acharnait-il à m’aider ? Ressentait-il encore quelque chose pour moi ? Et moi ? Ne ressentais-je pas encore mon cœur vibrer au plus profond de moi à sa vue ? Peu m’importait, je lui laissais mon bras, fermant les yeux afin de profiter pleinement de ce qu’il était en train de me faire. Peu importe qui était en train de me procurer cette sensation qui me faisait tant de bien, comme s’il pansait un peu mon cœur. Cela me faisait oublier un instant ce que mon cousin m’avait fait, me touchant comme plus jamais je ne voulais être touché. Je savais que cela devait être difficile de voir mon bras, mais quelque part, je voyais cela comme une vengeance face à ce qu’il m’avait fait par le passé. Voyait-il ou cela m’avait mené ?

Plus le contact durait et plus ma volonté de lui en vouloir et d’éprouver de la rancœur pour lui s’effilochait. Sans trop savoir pourquoi, je sentis les larmes me monter aux yeux… J’avais besoin de pleurer, mais jamais je ne le ferais devant lui. Ces larmes que j’avais si souvent repoussé, et qui maintenant venaient en masse afin de me faire céder… Il fallait qu’il sorte, que je me reprenne, qu’il me laisse seul comme j’avais maintenant l’habitude de l’être. J’étais effrayé par le pouvoir qu’il était en train de prendre sur moi. Combien je donnerais pour revenir plusieurs années en arrière…

D’une voix faible et pleine de tristesse, ne parvenant malheureusement pas à me reprendre, je dis sans pour autant le regarder :

–               Sors… S’il te plait…

Je le sentis alors me regarder timidement, mais je n’aurais pu croiser son regard triste une fois de plus sans m’effondrer littéralement.

–               Je reviendrais ce soir, t’apporter ton diner, me dit-il en refaisant le pansement.

Je ne lui répondis rien, sentant que de toute façon aucun n’autre mot ne passerait le barrage de mes lèvres. Il m’était de plus en plus dur de me retenir, je savais que ce n’était plus qu’une question de seconde. Il reposa mon bras soigné doucement sur le lit, se levant en même temps. Je le rabattis immédiatement contre ma poitrine, comme pour me replier un peu plus sur moi-même. Lorsqu’il sortit enfin de la pièce et qu’il ferma la porte, je pus enfin me laisser aller comme je ne l’avais pas fait depuis si longtemps… Je tenais mon bras avec mon autre main, comme si celui-ci réclamait encore les caresses de Jeaden. Je baissais alors la tête et lâchais le premier sanglot, suivit de près par les larmes que je laissais enfin couler. Cela était bien plus douloureux que quiconque pouvait le penser. J’avais l’impression de ne plus parvenir à me maîtriser, de ne plus être la personne dure et froide que je m’étais créé. Je craquais…

Je ne sus combien de temps je restais là, à pleurer, laissant couler les larmes intarissables, sentant saigner mon cœur à grand flots. Depuis ma séparation avec Jaeden, je n’avais plus connu un seul de ces contacts doux. Juste des regards posé sur moi lors du procès, des regards de dégout et de mépris. Ma propre famille m’avait rejeté, et j’avais fini ici, pris pour un fou… Ce qui était encore plus douloureux, c’était le fait que cette douceur venait de m’être redonnée par le même homme. Lorsque plus une seule larme n’était présente dans mon corps, je me sentais totalement vidé. Je n’avais même pas la force de bouger. Seule la douleur lancinante de mon poigné me rappelait que j’étais en vie. Mes yeux finirent par se fermer totalement, j’étais toujours dans la même position. Le sommeil ne tarda pas lui non plus, et bientôt je parti rejoindre les bras de Morphée.

 

*

 

J’étais assis sur le côté passager dans la voiture, conduite par Ewen mon cousin qui avait à tout prix tenu que je vienne à la petite soirée qu’un ami à lui avait organisé. Je venais tout juste d’avoir 17 ans et mon cousin avait réussi à convaincre mes parents de me laisser sortir avec lui. A vrai dire, je n’en avais pas vraiment envie, de nature très timide, je ne parvenais jamais à trouver ma place dans ce genre de lieu et d’ambiance.

–               Allez cousin, tu va voir, il y a un mec que je tiens vraiment à te présenter. Et puis ça ne te fera pas de mal, ça te décoincera un peu !
–               Mouais, répondis-je en faisant la moue.

Ewen éclata de rire, mais cela m’agaça plus que ne m’amusa. Pour qui se prenait-il à vouloir soudain régenter ma vie. Cela ne faisait qu’une petite année qu’il semblait me porter de l’intérêt. Plus âgé que moi, il prenait la place de l’entraineur et décider de la plupart de choses que nous faisions ensemble. Nous arrivâmes bien trop vite sur le parking, et après s’être garé, nous nous dirigeâmes chez l’ami de mon cousin qui organisait la fête dans sa maison. Au vu de sa grandeur, il était indéniable que ses parents devaient avoir les moyens.

Je marchais un peu derrière Ewen, peu sur de la suite des évènements, cherchant déjà une excuse pour m’éclipser et partir au plus vite. Malheureusement rien ne vint à mon esprit, et nous nous retrouvâmes tous deux devant la porte à sonner afin que quelqu’un vienne nous ouvrir. On ne tarda pas à venir nous faire entrer, et tous saluaient Ewen prouvant qu’ils le connaissaient déjà très bien.

Je me sentais déjà extrêmement mal à l’aise, si bien que je laissais rapidement Ewen avec ses amis et me dirigeait vers le bar, sachant que l’alcool me désinhiberait un peu. Alors que j’étais en train de me servir un verre de je ne sais quoi alcoolisé, je sentis un regard insistant posé sur moi. Par pur reflexe, je tournais la tête vers l’homme qui se tenait à côté de moi. Nos regards se croisèrent un court instant, et gênait le mien alla très vite dans une contemplation muette du sol. J

e sentais mes joues chauffer, signifiant très clairement, et à mon plus grand damne que j’étais en train de rougir. Il émit un petit rire avant de me laisser seul et légèrement tremblant, mort de honte de ma réaction. Cette timidité me bouffait. Je mis du temps avant de relevé la tête, il avait disparut de mon champs de vision. Je refermais l’étreinte de ma main sur mon verre, avant d’avaler une grosse gorgée. Cette homme était assez grand par rapport à moi, bien plus fort, et avait bien plus d’assurance que moi. Ce qui m’avait surtout marqué suite à mon bref coup d’œil, s’était la profondeur que reflétaient ses yeux. Leur couleur, je l’avais retenu toute suite de part leur beauté : châtaigne avec quelques touches de vert. 

Si jamais je n’avais pas été comme j’étais actuellement, si jamais je n’avais pas été atteint d’une timidité maladive, je serais partit à sa recherche. Au lieu de cela, je parcourais rapidement la pièce d’un coup d’œil à la recherche d’un petit coin tranquille.

Une fois celui-ci repéré, je m’y rendis mon verre à la main. Personne ne semblait s’apercevoir de ma présence, et cela ma convenait parfaitement. Je me retrouvais donc assis dans mon coin, à siroter mon verre d’alcool à attendre que le temps passe. Les doigts d’une de mes mains s’entortillés les uns avec les autres, ayant beaucoup de mal à cacher mon état de stress. Finalement, après une bonne demi-heure à attendre dans mon coin, je décider de me lever et d’aller prendre l’air. Une bonne cigarette me permettrait peut être de me calmer et de faire baisser mon angoisse.

Arrivé dans le jardin, je savourais le calme qui y régnait. Certes il ne faisait pas très chaud, mais au moins, il y avait moins de monde. J’attrapais une cigarette et mon briquet, puis me mettait encore un peu à l’écart afin d’avoir véritablement la paix. Après ma première bouffée, j’expirais la fumée, regardant le nuage qui se dissipait dans l’air. Je laissais ensuite mon regard partir dans le vague, qui s’arrêta immédiatement sur l’homme qui approchait dans ma direction, le même homme que j’avais croisé à côté du bar. Je pris sur moi pour garder mon calme, et me retenais de ne pas baisser la tête.

Arrivé à ma hauteur, je pu voir un petit sourire se dépeindre sur ses lèvres, ce qui lui donnait un charme fou. Ses cheveux indisciplinés lui donnaient un style qui était loin de me laisser indifférent ? Bien sur, jamais je ne lui aurait dit ou jamais je n’aurais tenté quoi que ce soit avec lui. Faire le premier pas n’était vraiment pas dans mes capacités. Machinalement, je reportais la cigarette à ma bouche, tirant une autre bouffée.

Ce fut lui qui engagea la conversation :

–              Tu n’as pas l’air d’apprécié particulièrement ce genre de fête je me trompe ?! Au fait je m’appelle Jaeden et toi ?

–              Euh… Je… Ilian, répondis-je en ayant du mal à réprimé un rougissement.

Je bénissais pour cela la peine ombre qui régnait.

–              Enchanté Ilian.

Jaeden tenait un verre à la main, et semblait bien plus à l’aise que je ne l’étais actuellement.

–              Il me semble t’avoir déjà vu quelque part, tu n’es pas dans mon cours d’informatique le mardi après-midi ?
–              Euh… Si, mais je ne me souviens pas t’avoir vu, me décidais-je enfin à m’exprimer.

Jaeden éclata alors de rire, je ne savais pas trop comment me tenir face à cette réaction, et heureusement il expliqua :

–              J’ai du y aller seulement une fois, mais je t’avais remarqué dans le fond.

Mes joues s’empourprèrent de nouveau, il était bien rare que quelqu’un me remarque, surtout une personne qui avait été dans la même classe que moi pendant une petite heure seulement.

–              Tu es venu avec quelqu’un ? me demanda-t-il.
–              Euh, oui… Avec mon cousin. Il tenait… Enfin, il m’a proposé de venir avec lui.
–              Pourtant tu n’as pas l’air d’être ravi. Moi non plus pour tout te dire, mais finalement la soirée est en train de prendre une toute autre tournure.

Il commença alors à se rapprocher de moi dangereusement et ajouta bien plus bas afin que je sois le seul à entendre:

–              Une bien meilleure tournure…

Maintenant le visage très proche du mien, je pouvais sentir son souffle chaud se déposer sur mes lèvres. Mes yeux avaient croisés les siens pour ne plus les quitter, j’étais comme envouté. Voyant que je n’opposais aucune résistance, il parcourut les derniers centimètres qui séparaient nos lèvres. A ce contact, je fus tellement bouleversé que je ne pu réprimer un frisson de bien être. Ma cigarette s’échappa de mes doigts, tombant sur le sol en continuant de se consumer, mais déjà elle avait quitté notre monde.

Alors que sa langue venait sensuellement caresser mes lèvres, je sentais mon cœur battre terriblement vite. Inconsciemment, je me rapprochais de lui, amenuisant la distance qui séparait nos deux corps. Lentement j’entrouvrais mes lèvres afin que nos langues se rencontrent enfin. Je me sentais déjà transporter dans un autre monde, oubliant qui j’étais pour ne formé plus qu’un à travers ce baiser échangé. Je le laissais venir à ma rencontre, n’ayant en aucun cas le courage de prendre les initiatives.

Jamais je n’avais connu pareil douceur. Tout était fait pour ne pas me heurter, prenant en compte et étant particulièrement attentif à la moindre de mes réactions. Lentement ses mains vinrent se poser sur ma nuque et sur le bas de mon dos afin de m’attirer plus près et d’approfondir l’échange, tout en le laissant sensuel et débordant de douceur. Un très petit gémissement silencieux s’échappa de mes lèvres, tant le plaisir qu’il m’apportait était puissant. Cet homme embrassait comme un dieu, entraînant ma langue dans un ballet langoureux. Malheureusement et bien trop vite à mon gout, ce baiser prit fin et Jaeden s’écarta de moi, me laissant pantelant. Un petit sourire que j’appréciais déjà tout particulièrement étira ses lèvres, avant de me déclarer d’une vois étonnamment douce et séductrice :

–              Tu ne veux pas sortir avec moi ?

*

J’ouvris les yeux, mettant du temps avant de me rappeler où je me trouvais. La douleur de mon poigné suffit à me remémorer la totalité des évènements. Après le rêve que je venais de faire, je me sentais encore plus mal. Mélancolique du temps passé ensemble, je me redressais, secouant légèrement la tête, voulant oublier ce rêve trop douloureux dans ma mémoire. Seulement à peine étais-je assis sur le lit que je croisais le regard de Jaeden assis sur le fauteuil de ma chambre tenant un livre à la main. Aussitôt et non sans difficulté, je lui renvoyais ce même regard froid, montrant que rien n’avait changé entre nous. Je lui montrais très clairement que sa présence ici n’était pas demandé.

–               Bien reposé ? Ca va un peu mieux ? me demanda-t-il.

Face à non-réponse, il poursuivit :

–               Je t’ai amené ton diner il y a un petit quart d’heure, il ne devrait pas avoir trop refroidit, si ce n’est pas assez chaud tu me le diras, j’irais le faire réchauffer.

Je tournais la tête pour voir le petit plateau posé sur la table à roulette, contenant cette même nourriture infecte dont je me nourrissais depuis quatre années. Pour être franc, je n’avais pas faim du tout, mais souhaitant éviter toute question, je décidais de me forcer. J’attirais à moi le plateau, tendis que je pouvais voir Jaeden se redresser afin de pouvoir être un peu plus à ma hauteur. S’il attendait un merci de ma part, il pouvait attendre encore longtemps.

Avec lenteur, à cause de mon poigné blessé, j’entamais mon repas, me forçant à chaque bouchée. J’avais déjà beaucoup de mal à me nourrir chaque jour, n’avalant que le strict nécessaire, mais aujourd’hui, c’était pire que tout. Le regard de Jaeden posé sur moi ne faisait rien pour arranger la chose. Je détestais me sentir ainsi observé et scruté. Je ne réussi qu’à avalé la moitié, puis je repoussé mon plateau, avant de me recoucher, et sans un mot ni même un regard pour Jaeden, fermer les yeux. Je n’avais plus sommeil, mais je voulais être seul.

–               Repose-toi Ilian, tu en a besoin. A demain.

J’ouvris les yeux et le vis se relevé puis attraper mon plateau en laissant son livre à la place. Sans un mot de plus, il sortit, me laissant enfin seul. Ce fut la curiosité qui prit le dessus, et je me redressé légèrement afin de voir quel lecture il était en train de faire. Mon cœur se serra aussitôt à la vue de la couverture. Faisait-il exprès ? C’était un livre que je pouvais lire et relire à l’époque ou nous sortions ensemble. Plusieurs fois il avait du user de tout ses charmes pour me faire quitter mes lecture afin que je porte mon attention sur lui.

Ce livre je ne l’avais plus touché depuis plus de quatre ans… Fébrilement, je le saisi, grimaçant de douleur à cause de mon bras blessé. Je connaissais encore des pages entières par cœur. C’était un des auteurs préféré, mon modèle encore aujourd’hui… Tremblant, j’ouvris la première page, et laissai glisser mes yeux sur les premiers mots, les premières phrases, commençant à le lire une fois de plus sans trop m’en rendre compte. Je dus lire une bonne moitié, jusqu’à ce que je sente la fatigue prendre trop d’emprise sur moi. Je reposais le livre sur la table, tel que je l’avais trouvé, ne voulant surtout pas montrer que je l’avais touché.

Ce livre avait toujours le même effet sur moi… Il me donnait presque le sourire alors que c’était une histoire assez triste. J’aimais par-dessus tout là façon dont l’auteur nous entraînait avec une facilité déconcertante dans ce monde qui n’appartenait qu’à lui.
Il me donnait vraiment envie de poursuivre mon histoire, mais ce n’étais pas le moment. Je m’allongeais le plus confortablement possible, pas du tout près à affronter la journée de demain.

Le lendemain, je fus réveillé par une infirmière qui venait changer mon pansement et m’amener mon petit déjeuner. Elle me prévint que je passerais encore deux nuits ici avant de rejoindre ma chambre. Je ne l’écoutais qu’à moitié, faisant tout pour ne pas voir mon bras. Je n’étais pas encore près à voir l’étendu des dégâts.

–               Vous avez de la chance, déclara-t-elle soudain, la cicatrisation de votre plaie est déjà entamée.  Au fait, votre sœur va venir vous rendre visite dans une petite heure. Etant donné les circonstances, nous autorisons ce genre de visite.

Je tournais la tête vers elle, surprit, mais n’en montrant évidemment rien. S’il y avait une personne que je n’avais pas envie de revoir, c’était bien elle. L’infirmière finit par me laisser, me donnant le plateau contenant mon petit déjeuner. Seulement cette fois-ci, je ne pus pas avaler plus d’une petite bouchée, finissant par repousser le plateau loin de moi. Je soupirais, las de cette journée qui commençait très mal.

Les cachets que m’avait fait avaler cette infirmière commençaient déjà à me faire tourner la tête, me faisant perdre une partie de la maîtrise que je pouvais avoir de moi-même. Je me surpris à fixer la pendule, trouvant que le temps passait bien trop vite. Dans une petite demi-heure, si l’infirmière avait vu juste, je devrais affronter ma sœur que je n’avais pas vue depuis longtemps. Malheureusement, ma sœur arriva un peu en avance, et je pus déjà entendre sa voix dans le couloir, en pleine discussion avec le psychiatre. Elle venait d’avoir vingt ans et respiré la réussite et l’assurance, au contraire de ma personne.

Elle entra seule dans la chambre, et à sa vue, je me redressais un peu afin de ne pas être dans une position de totale infériorité. Elle vint directement droit vers moi, d’un pas ferme et décidé. Je ne vis pas le coup venir. A peine fut elle arrivé à ma hauteur, que j’eus le droit à une gifle monumentale qui me fit tourner la tête sous la violence du choc. A peine eut elle finit que je pouvais déjà sentir la douleur et ma joue chauffer sous le choc. Je la regardai de nouveaux, ayant tout juste la force de garder mon regard impassible. Ne me laissant aucun répit, elle commença à cracher son venin :

–               Tu ne crois pas que tu nous as causé assez de problèmes comme ça ?!!! Non, il fallait que tu te fasses encore remarquer. Maman allait mieux, elle était prête à tourner la page. Nous allions nous éloigné de toi et de ton attirance pour les problèmes et tu choisis de faire la pire des choses qui soit. As-tu seulement un court instant pensé à nous ? Si tu tiens à rester ici sans faire d’effort, c’est ton problème pas le notre !! Tu sais quoi Ilian ?! J’aurais mille fois préféré être fille unique, la vie aurait été bien meilleure pour papa et maman.

Plus elle parlait, plus je sentais la fissure que mon cœur avait connu se refermer, me repliant de nouveau au plus profond de moi-même afin de ne pas être atteint par son venin qui me tuait à petit feu. Je sentais que j’avais de plus en plus de mal à respirer, totalement étouffé par toute la haine qu’elle déversait sur moi.

–               Pff, et tu ne réponds rien… Tu ne cherches même pas à te défendre… poursuivit-elle.

Soudain, une voix que je ne connaissais que trop bien retentie dans la pièce :

–               Qu’est ce que vous faites là ? Vous allez me faire le plaisir de sortir d’ici et de ne plus jamais revenir le voir.

Ma sœur se retourna immédiatement, et reconnu aussitôt Jaeden, plus que surprise de le voir ici. Vexée d’être surprise ainsi, elle déclara très froidement, fixant Jaeden de toute sa hauteur, dans un regard empli d’insolence :

–               De toute façon, j’avais finis.

Sans un mot de plus, elle sortie, me laissant seule avec celui qui venait de me venir en aide. Celui dit alors tout bas, une phrase que je parvins à entendre :

–               Décidemment, son idiotie a pris le dessus sur le peu d’intelligence qu’elle avait.

Je me surpris à sourire à cette phrase, cachant bien vite mon sourire en coin lorsqu’il tourna la tête vers moi.

–               J’espère que tu as bien dormi et que ta nuit a été plus reposante que la mienne, commença-t-il avant de poser les yeux sur mon plateau repas à peine touché. Ilian, il faut que tu… Bon, se reprit-il, passons pour cette fois.

Il vint alors s’asseoir tout naturellement à côté de moi.

–               Je peux ? me demanda-il en montrant mon bras mutilé d’un regard et en sortant son petit pot de crème miracle.

N’ayant pas la tête à résister ou même l’envie d’ouvrir la bouche, je lui tendis simplement mon bras. Il émit un petit sourire satisfait, avant de poser délicatement mon bras sur ses genoux. Lentement, de la même manière que la dernière fois, il entreprit de défaire mon bandage avec douceur, voulant éviter à tout prix de me faire mal. Une fois mon bras dévoilé, je détournais le regard, ne voulant rien voir de tout cela. Je repensais à ce que venait de me dire ma sœur… Et si elle avait raison ? Est-ce que tout ne serait pas allé mieux si je n’avais pas exister ?

Je frémis lorsque je sentis ses doigts enduits de crème se poser sur ma peau meurtrie. Bien vite je fus envahis des mêmes sensations que la dernière fois, qui me firent oublier un instant ces questions destructrices. Je me laissais de nouveau aller à fermer les yeux, me concentrant uniquement sur ce que je ressentais. Le massage durait bien plus longtemps que la dernière fois. C’était comme s’il pansait un instant mon cœur, m’offrant un peu de chaleur. Plus le temps passait et plus je me laissais aller. Ses doigts passaient habillement sur ma peau, ne me faisait aucun mal. Seulement, cela commençait à prendre un peu trop de temps. En effet, cela faisait un moment que la crème était totalement pénétrée dans ma peau. Intrigué, j’ouvris les yeux et tournait la tête vers Jaeden. Il était en train de me masser, les yeux perdus dans le vide.

Amusé, je déclarais, sans me départir de ma voix froide :

–               Il n’y a plus de pommade…

Jaeden sursauta et se redressa comme s’il venait de se réveiller. A ma plus grande surprise, je le vis alors rougir violemment et fuir mon regard. Il finit par se lever, attrapa mon plateau presque plein et déclara un peu précipitamment :

–               Je reviens plus tard.

En moins de temps qu’il ne fallut pour le dire, il était déjà hors de la chambre, me laissant quelque peu abasourdit. Pourquoi avait-il eu cette réaction ? A quoi avait-il pu bien penser pour qu’il soit dans cet état ?
Je m’enfonçais dans on oreiller, me sentant encore terriblement fatigué. Je n’aimais vraiment pas être ainsi. Alors que j’allais de nouveau me laisser aller à fermer les yeux, j’entendis quelques coups frapper à la porte. Comme à mon habitude, je ne pris pas la peine de dire entrer, sachant que la personne le ferait de toute manière. La porte s’entrouvrit alors, et je jetais un léger coup d’œil pour découvrir Melvin à l’entrée de cette chambre. Il s’approcha de moi avec un sourire. C’était fou comme il pouvait respirer l’innocence. C’était à se demander s’il avait sa place ici…

–               On m’a donné l’autorisation de venir te voir commença-il. Ta présence m’a vraiment manqué ces deux jours.

Il s’approcha encore un peu plus, finissant par s’asseoir sur mon lit. Je vis qu’il tenait dans la main un de mes nombreux cahiers. Je me redressais un peu afin d’être à sa hauteur. Je n’avais rien à craindre de lui, après tout il était dans la même situation que moi, et un peu de sa présence me ferais oublier un court instant mes problèmes. Cependant, ce n’est pas pour autant que j’engageais la conversation, lui laissant tout le loisir de s’exprimer.

–               Je viens de finir cette histoire, dit-il en plongeant ses yeux bleus dans les miens. Je te l’avais emprunté avant que tu … Enfin…

Un léger silence s’installa entre nous, avant qu’il reprenne de plus belle.

–               Je pourrais aller dans ta chambre tout à l’heure pour prendre un autre cahier.
–               Oui, tu peux, lui répondis-je en m’étonnant moi-même lorsque j’ajoutais : celle-ci t’a plu ?
–               Elle est vraiment très sombre. Enfin, pas en apparence, mais la fin fait ressortir toute la noirceur du personnage. Autant dire que je ne m’y attendais vraiment pas.

Malgré moi engagé dans la conversation, je répliquais :

–               Tu ne t’en étais pas aperçût avant ?
–               Ah non, pas du tout.
–               Heureux qu’elle t’ait plu répondis-je.
–               Sincèrement, merci de me laisser lire tes écrits.

J’esquissais un très léger sourire, emprunt de mélancolie. Cela faisait finalement beaucoup de bien de pouvoir parler de quelque chose qui n’était pas lié à ma présence ici. Avec Melvin, je n’étais pas obligé de rendre des comptes, j’avais seulement à échanger avec lui sur mes écrits.

–               Non mais franchement s’exclama-t-il, la façon dont ton personnage dérape à la fin. Tellement amoureux de cet homme qu’il craque sous l’attirance physique qu’il éprouve pour lui. Tu finis cette histoire juste à la fin du viol, cela fait vraiment un choc. Tu décris cela d’une telle façon… On ressent vraiment l’envie non maitrisable qu’il éprouve. Elle est presque bestiale. C’est fou comme tu te mets à la place du violeur, on finit par croire qu’il n’y aucune autre solution. Plus je te lis et plus je remarque que tu parviens à te glisser dans chacun des rôles avec une facilité et un réalisme déconcertant.

Il finit par se taire, à mon plus grand soulagement, car je commençais à me sentir mal à l’aise. Je le vis faire un tour de la pièce d’un bref regard qui s’arrêta soudain sur le livre de Jaeden.

–               Oh ! C’est toi qui lis ça ?
–               Euh, non, c’est mon psy…
–               Il a bon goût, j’ai du lire ce livre je ne sais combien de fois.

Il alla le prendre, posant sur le lit mon cahier qu’il avait encore.  Aussitôt il l’ouvrit en venant s’asseoir de nouveau à mes côtés, comme je l’avais fait hier soir. Il se mit alors à feuilleter les pages, avec le regard d’un enfant qui s’émerveille devant son nouveau jouet. Soudain, je le vis s’arrêter, le regard plongé dans le vague. Inquiet, je demandais, me surprenant de plus en plus de ma sociabilité :

–               Melvin ? Quelque chose ne va pas ?

Après un temps, il tourna la tête vers moi, plongeant son regard dans le mien, et me demanda :

–               Dis Ilian, tu veux que je te raconte pourquoi je suis ici ? Tu as envie de savoir ?
–               Ca ne me concerne pas Melvin. Tu es tel que tu es, et cela m’est égal de connaitre ce que tu as commis par le passé.
–               Tu as raison, me dit-il en souriant, apparemment soulagé de la tournure qu’avait prit notre discussion.

C’est à ce moment là que la porte s’ouvrit, laissant apparaître Jaeden avec mon plateau repas à la main. Il s’arrêta immédiatement en voyant Melvin assit sur mon lit, en train de parler avec moi un sourire affiché sur ses lèvres. Je repris très vite mon air impassible et silencieux. Je me rendais aussitôt compte que je m’étais bien trop laissé aller. Cela devait être du à mon état de faiblesse et aux tonnes de cachets auxquels j’avais le droit chaque jour.

–               Je te laisse, déclara alors Melvin, repose toi bien et j’espère te revoir vite.

Sans un mot de plus, il reposa le livre de Jaeden, attrapa mon cahier et sortit sous le regard froid de Jaeden qui fixait mes écrit entre les mains de ce jeune homme.

Jaeden s’écarta légèrement pour le laisser passer, puis finit par venir poser le plateau sur ma petite table.  Je le regardais à peine, ne m’attendant pas à quelque chose de merveilleux. Le plat était caché par un couvercle qui devait sans doute garder la chaleur. Je me redressais, peu convaincu par mon envie de manger. Il fit rouler le plateau vers moi, puis alla s’asseoir sur la chaise juste à côté de mon lit.

Las je soulevais le plateau pour y découvrir à ma plus grande surprise des frites et un hamburger fraichement acheté. Je relevais la tête vers Jaeden sans pour autant trahir un quelconque sentiment, avant de regarder de nouveau mon assiette. Cela faisait des années que je n’avais pas eu droit à ce genre de nourriture, et déjà l’odeur m’emplissait les narines, faisant presque gargouiller mon ventre.  Alors que j’allais tendre la main pour entamer mon repas, l’appétit m’étant très vite revenu, je murmurai, sans relever la tête :

–               Merci…

Puis, sans plus de cérémonie, j’entamais mon repas, commençant par attraper une frite, et la portant avec lenteur à ma bouche. A peine l’aliment eut-il touché ma langue, que je me sentais envahie de bonheur. Ces petits riens que l’on m’avait interdit m’avait finalement manqué. Il ne me fallut pas bien longtemps pour prendre une dernière fritte et attraper mon hamburger sans pour autant trahir le bonheur et l’empressement qui me saisissait. Je n’allais pas offrir cette satisfaction à cet homme. C’est ainsi que je me retrouvais à savourer cette nourriture pour la première fois depuis plus de quatre ans, sous le regard amusé et irritant de Jaeden. Celui-ci finit d’ailleurs par se lever et vint s’asseoir au bord du lit. D’un geste rapide, il me piqua une frite qu’il mangea aussitôt après m’avoir dit d’un air grincheux :

–               Content que ça te plaise…

Je ne répondis rien, posant sur lui mon regard qui semblait le glaçait de l’intérieur. Est-ce que j’avais à ce point changé pour qu’il me dévisage de la sorte à chaque fois, comme s’il semblait ne pas me reconnaitre.
Je finis de manger dans le silence, Jaeden attrapant son livre et retournant s’asseoir sur la chaise à côté du lit. Lorsque j’eus fini, je repoussais le plateau, me sentant déjà épuisé de cette matinée. Sans prévenir Jaeden, je m’enfonçais dans mon lit, posant ma tête dans l’oreiller, m’installant près à m’endormir, fermant les yeux après un dernier regard discret jeté à Jaeden. Je n’entendis pas Jaeden partir, plongeant déjà dans un profond sommeil.

Je ne me réveillais assez tard le soir. Mon repas avait été déposé à côté de moi, et après un rapide coup d’œil dans la pièce, je compris que j’étais seul. A peine un regard jeté au plateau repas, et je m’en détournais aussitôt, je n’avais pas particulièrement faim. C’est à ce moment là que je vis posé sur ma table une petite boite de bonbon, mes préférés, encore un coup de Jaeden. Agacé de ce genre d’attention, je n’y touchais pas, bien que l’envie soit très forte. Je n’allais pas m’abaisser ainsi. Ce n’était pas avec des bonbons qu’il allait acheter ma confiance. D’ailleurs, il l’avait déjà trahi par le passé, plus jamais je ne la lui donnerais. J’attrapais cependant son livre, je l’avais déjà bien entamé, et n’ayant pas particulièrement sommeil et n’ayant rien d’autre à faire, je décidais de poursuivre ma lecture.
Ceci dura jusqu’à très tard la nuit, jusqu’à ce que je m’endorme sans m’en rendre compte, le livre entre les mains.

Le lendemain, j’eus la désagréable surpris de me faire réveiller par une infirmière accompagné de Jaeden Au vue de la luminosité qui régnait dans la pièce, je sus qu’il n’était pas tôt. Il me fallut un centième de seconde pour redevenir celui que j’étais à leurs yeux. Je sentis quelque chose dans mes mains,  et m’aperçus que c’était le livre de Jaeden. Je le posais sur la table, agacé que l’on m’est surpris avec.

–               J’espère que tu t’es bien reposé et que cela t’aura remis les idées en place, commença l’infirmière. Je vais refaire ton pansement et tu iras faire une séance avec ton psychiatre avant de regagner ta chambre.

Je ne répondis rien, me contentant de jeter un coup d’œil à Jaeden. Comme à chaque fois, je tournais ma tête ne voulant surtout pas voir mon bras. L’infirmière fit son soin très rapidement, et ils me laissèrent dans ma chambre, afin que j’aille me laver et mettre les mêmes habits propres qu’ils m’avaient apportés.

C’est ainsi que je me retrouvais dans le couloir, à marcher à la suite de Jaeden afin de nous rendre dans son bureau. Nous croisâmes quelques personnes qui me jetèrent un regard désagréable que je calmais bien vite du mien. Arrivé devant la porte, il m’ouvrit, m’invitant à entrer en premier avec un petit sourire. Sans un regard pour lui, je me dirigeais directement jusqu’à ma chaise et m’y assit lascivement. Jaeden, légèrement nerveux, vint s’asseoir en face de moi. Une fois installé, il prit une profonde inspiration avant de commencer directement :

–               Bien, ne t’inquiète pas, nous n’allons pas parler de ce que tu as fait ces derniers jours, non j’aimerais te parler aujourd’hui de ton loisir ici depuis que tu es arrivé : l’écriture.

Je relevais les yeux vers lui, attentif à ce qui allait suivre. Il ouvrit alors un de ses tiroirs et en sortit un cahier apparemment tout neuf. Sans que j’eus le temps de comprendre pourquoi, il me tendit le cahier, m’invitant à le saisir. Par pur curiosité et sachant que les explications viendrait seulement après, je le pris dans mes mains, sans pour autant quitter le regard de mon psychiatre.

–               J’ai appris que tu écrivais beaucoup, alors je me suis dit que tu pourrais écrire ce que tu ressens sur celui-ci, tu sais une sorte de journal intime.

Je ne répondis rien, sachant pertinemment que cela avait le don de l’énerver.

–               Bon, soupira-t-il, je prends ta non-réponse pour un acquiescement à ce que je viens de dire. Et puis ce n’est qu’une proposition, si tu n’en as pas envie, tu fais bien comme tu le souhaites.

Surpris de cette idée venant de sa part, je le laissais poursuivre, il n’avait apparemment pas terminé.

–               Maintenant, j’aimerais te demander une faveur, poursuivit-il. Je sais que tu l’as refusé à tous les psys, mais j’aimerais vraiment que tu me fasses lire au moins une de tes histoires.
–               Je ne vois pas en quoi ton statut serait différent des autres, laissais-je échapper d’un ton monocorde.

–               Je ne demande pas de statut particulier, juste que tu me fasses confiance. J’aimerais les lire parce que je suis persuadé que les lire mon conduira à te connaitre.
–               Non ! Déclarais-je, d’une voix glaciale.

Il en était hors de question !! Que de mots plus blessants et heurtant les uns que les autres dans ces quelques phrases. Lui faire confiance ? Croyait-il seulement en avoir le droit ! Et si je n’avais justement pas envie qu’il me connaisse, car lui seul à travers mes écrits saurait me percer à jour. Chaque histoire possédait une partie de moi, un lambeau de ma vie… Lui seul ne pourrait pas passer à travers, il me connaissait mieux que quiconque, justement le problème était qu’il me connaissait que trop bien.
–               Pourquoi ? me demanda Jaeden, visiblement extrêmement vexé.
–               Parce que c’est toi ! Répondis-je en haussant le ton et en me levant avec le cahier dans les mains. Je sortis de la pièce, l’entendant déjà tenter de me rappeler.

D’un pas rapide et énergique, je me rendis jusqu’à ma chambre, claquant la porte derrière moi. Je m’assis sur mon lit, me recroquevillant dans mon coin. Ma chambre avait été nettoyée et vidée de tout objet coupant ou dangereux pour ma vie. Je regardais alors le cahier que j’avais dans les mains, celui que m’avait donné Jaeden. Qu’attendait-il ? Que je raconte tout, que je me confesse et qu’il puisse découvrir qui j’étais vraiment, en faisait comme tous les autres et en me volant par la suite ce cahier ? De toute façon étais-je prêt à raconter ce que je ressentais au plus profond de moi ? Le savais-je seulement ? Arriverais-je de nouveau à me glisser dans la peau de celui que j’avais été ? A force d’être celui que je n’étais pas, je m’étais presque perdu moi-même. Trop enfoui, j’étais peut être disparut à jamais… De plus, avais-je seulement envie de me rappeler de tout cela : ce qui m’avait irrémédiablement amené ici. Et puis, pour qui ferais-je cela ?

Rageusement, je jetais le cahier loin de moi. Que cherchait-il ? Il voulait me connaître ? Qui mieux que lui me connaissaient justement ? C’était cela qui m’effrayait ! A cause de lui, je n’aurais plus la paix. Je me rendais compte que je n’avais pas envie d’aller de l’avant. Pour faire quoi ? Quel futur me serait offert, autre que celui qui m’étais déjà promis…

Je sentis alors ma gorge se serrer, je ressentais de nouveau cette envie de pleurer. Pourquoi étais-je soudain aussi faible ? Etait-ce l’effet que Jaeden avait sur moi ? Je me dégoutais, sentant mon envie de survivre s’amenuiser de plus en plus. Je me retins, il fallait que je me ressaisisse.
C’est à ce moment là que j’entendis frapper à ma porte. Agacé, je me repris, et tournais la tête vers la porte qui s’entrouvrit, me décrispant lorsque je vis Melvin. Il entra avec le sourire, et vint prendre place à côté de moi, s’asseyant sur le rebord du lit, sans juger mon état actuel, et en déclarant :

–               J’ai appris que tu étais de retour, ça te dis de venir manger avec moi ? J’étais sur le chemin du réfectoire et je me suis dis  que je pouvais passer te chercher.

Sortir de ma chambre et aller manger étaient finalement là meilleurs chose que j’avais à faire. Pour toute réponse, je me redressais, me mettant debout, l’invitant ainsi à me suivre. Nous nous rendîmes donc au réfectoire, dans un silence monastique, croisant sur le chemin Jaeden. Encore agacé de notre dernière entrevue, je ne pris même pas la peine de le regarder. Durant le repas, Melvin me parla un peu, mais ne semblait cette fois-ci pas de cette même humeur enjouée habituelle. Cependant, je ne cherchais pas à en connaître la cause, j’avais assez de problèmes personnels pour me mêler de ceux des autres. Je mangeais à peine, ayan beaucoup de mal à trouver un quelconque appétit. Cela m’était déjà plus ou moins arrivé, mais pas à ce point…

Après le repas, Melvin me demanda s’il pouvait lire à côté de moi dans ma chambre, et j’acquiesçais simplement ; l’idée de ne pas être seul dans ma chambre pour l’instant me plaisait finalement. Cela me permettrait de reprendre des forces. Nous nous assîmes à une table un peu à l’écart avec nos plateaux. Melvin ne parla pas beaucoup, semblant accepter et comprendre mon envie de calme et de silence. A la fin du repas, j’avais à peine touché à mon assiette et Melvin le remarquant, me demanda :

–               Tu n’as pas très faim ? Tu sais, ce n’est pas bon de…
–               Je vais me reposer un peu, je suis fatigué, dis-je en me levant, n’ayant aucune envie de parler de cela.

Après tout mon appétit ne le regardait pas. Melvin me regarda surpris, avant d’acquiesçait et de me laisser partir. Sans un mot de plus, j’allais vider mon plateau avant de rejoindre ma chambre, ayant envie de solitude et étant surtout épuisé. Je ne savais pas à quoi cette soudaine fatigue était due ? Au fait que je me sois vidé d’une bonne partie de mon sang , à cause des cachets, du fait que je ne mange pas assez, ou tout simplement d’un trop plein de tout insurmontable cette fois-ci…

Je m’étendais sur mon lit, sans prendre la peine de me glisser dans les draps. Je voulais juste être ainsi, allongé, me reposer un peu, être seul sans penser à rien. Je finis par me laisser à fermes les yeux, inspirant profondément afin de calmer le rythme délirant des mes ressentis et de mes réflexions. Et si Jaeden avait raison ? Devais-je écrire ce que je ressentais, pire encore ce que j’avais vécu. Etais-je prêt quatre années après à y faire face de nouveau ?

Je me redressais afin de m’enfouir sous les couvertures, saisi d’un violent frisson qui je le savais n’étais pas dû au froid. Je rabattis la couverture au dessus de ma tête, fermant les yeux afin d’accélérer mon endormissement. Je finis heureusement par sombrer, préférant mille fois pour l’instant me couper de ce monde qui était trop oppressant et dangereux.

 

 

Lorsque j’ouvris de nouveau les yeux, il faisait presque nuit et j’étais tout en sueur comme paniqué. Cependant il m’était impossible de me souvenir de ce à quoi j’avais rêvé.  J’allumais la lumière, regardant ce qui était si douloureux. J’avais du avoir un sommeil trop agité, le pansement imbibé de sang. A peine avais-je posé mes yeux sur mon avant bras, qu’il m’était impossible de le quitter. Je pouvais sentir mon cœur battre très fort dans ma poitrine, sans que je sache vraiment pourquoi. Il fallait que je vois, il fallait que je me penche sur ce que je m’étais fait subir. Lentement, la main tremblante, j’entrepris de défaire avec la même délicatesse que Jaeden mon bandage. Je grimaçais plusieurs fois de douleur, jusqu’à ce que je n’ais plus qu’un seul tour à faire. Eté-ai-je vraiment prêt ? Je savais que jamais je ne le serais, alors je pris une grande inspiration, et défit le dernier tour. Le spectacle qui s’offrit à moi me glaça d’horreur. Je fermais les yeux un instant, ne pouvais supporter cette vue, lâchant un cri muet.

Les larmes n’étaient vraiment pas loin, je ne savais même plus quoi faire, ni comment le faire…
C’est à ce moment là que j’entendis frapper à la porte. J’eus juste le temps de me ressaisir, que je vis apparaître Jaeden dans l’embrasure de la porte.

–               Je n’ai pas attendu que tu me dises d’entrer…

Il jeta un bref coup d’œil à la pièce et s’arrêta sur le cahier qu’il m’avait offert, posé sur le sol. Puis comme s’il venait de réaliser quelque chose, il reposa son regard sur moi et vis l’état de mon bras ensanglanté.

–               Tu t’es ?.. Tu as recom..

Agacé et rentant de reprendre du poil de la bête, je déclarais d’une vois très froide le coupant :

–               Ca c’est juste réouvert en bougeant pendant que je dormais.

Je vis le stress et l’angoisse de Jaeden baisser d’un coup. Puis, prenant acte de la situation, il déclara :

–               Je vais chercher de quoi te soigner ne bouge pas.

Il revint très vite, ayant attrapé de quoi refaire mon pansement à l’infirmerie, du désinfectant et sa fameuse crème.

Il vint s’asseoir à côté de moi sur le lit, créant une ambiance bien plus intime que celle de la chambre de l’hôpital. Sans perdre de temps, je lui tendis mon bras, attendant le soin, tentant de me remettre de la vue de ma plaie, prenant garde à ne plus y poser les yeux. Il s’installa le plus confortablement possible, posant le matériel pour les soins à porté de main. Mon bras était posé sur ses genoux, cette fois-ci, je ne me laissais pas aller à ce contact.  Je m’en voulais d’avoir autant faibli, d’avoir pensé à ce qu’il s’était passé avant entre nous et même s’y avoir éprouvé du regret. Jaeden dût s’en rendre compte, car il ne s’éternisa pas à me passer de la crème. Cette fois-ci je ne voyais en lui que l’homme qui venait me soigner.

Cependant je ne pouvais m’empêchait de penser à ce cahier et l’envie d’y toucher et d’écrire devenait de plus en plus tentante. Après tout peut être que cela me permettrait de tirer définitivement une page là-dessus et de pouvoir poursuivre ma vie ici avec ce poids en moins. Lorsque Jaeden eut finit, il se leva et alla justement ramasser ce cahier qu’il posa sur ma table. Il jeta un dernier regard dans ma direction, et déclara avant de sortir :

–               Tu devrais aller manger un peu Ilian…

Je regardais l’heure, tous devaient être en train de manger. Ce ne fut pas pour autant que je suivis son conseil. J’avais envie d’écrire, mais je n’avais pas encore choisit quoi. Je me levais, allant m’asseoir au bureau, et attrapant mon stylo. Soupirant à la vu du cahier, je finis par le saisir et ouvrir la première page.  Je débouchais le capuchon, la main déjà tremblante. Il fallait que je me replonge dans le passé, avant que tout cela ne se produise. Ma main était déjà tremblante. Même se rappeler du bonheur que j’avais connu à aimer Jaeden était difficile. Si je voulais retrouver cette force, je devais exorcisais cela, et me confesser pour la première fois au papier, n’étant pas capable de le faire à un homme. Je savais qu’à l’ instant où je poserais mon stylo sur le papier, je ne pourrais m’arrêter, les mots se présentant d’eux même à mon esprit. C’est ce que je fis et c’est ainsi que je commençais :

Cela faisait deux ans que je sortais avec Jaeden. J’allais très souvent chez lui, nous ne vivions pas ensemble, mais c’était tout comme. J’étais encore jeune et nous avions la vie devant nous, seulement, je ne l’envisageais qu’avec Jaeden. Le futur sans lui, c’était pour moi un futur sans amour…

J’aimais cet homme comme jamais je n’avais aimé personne, me risquant à y investir toute mon âme et mon cœur. Mais n’étais-ce pas une erreur que je faisais là ? A l’époque,  j’étais convaincu que le jeu en valait la chandelle.

Je posais le stylo sur la table. Je me trouvais tellement ridicule décrire ce genre de chose ! Celui que j’avais été à l’époque était tellement naïf que j’en avais mal au cœur. Il fallut que je prenne énormément sur moi pour poursuivre, prenant de nouveau le stylo avant de le faire glisser sur le papier.

Ce fut finalement la plus grosse erreur que je faisais de ma vie, celle qui la ferait irrémédiablement tournée au cauchemar, mais cela à l’époque, je ne le savais pas encore. Je lui avais offert ma confiance et il l’avait piétiné sans la moindre douceur.

A cette époque, j’étais quelqu’un de très timide et très influençable. Me rebeller ou m’affirmer était quelque chose d’inconcevable. Mon cousin était venu me voir, je m’entendais bien avec lui, mais il avait une sorte d’emprise sur moi qui me mettait mal à l’aise dès qu’il posait ses yeux dans les miens. Nous étions chez mes parents qui s’étaient absentés pour quelques jours… Jaeden n’était pas là ce soir, prétextant l’envie de me laisser seul avec mon cousin.

J’étais un peu triste car le vendredi soir était normalement une soirée qui nous était réservé et que j’allais passer chez lui. Mais je me rattraperais demain. Cependant, chaque seconde passée loin de lui, était comme vivre loin de mon cœur, loin de mon élan vital. C’était fou comme j’étais devenu dépendant de lui, et mon cousin n’arrêtait pas de me répéter que cela allait finir par me jouer des tours. J’avais beaucoup de mal à le croire, pour moi c’était uniquement une démonstration de mon amour débordant pour lui. J’étais assis sur le canapé, me lamentant sur mon propre sort, celui de ne pas être dans les bras de mon amoureux. Mon cousin, Ewen, venait de sortir de la douche, fraichement habillé. Il s’assit à côté de moi, et déclara avec un grand sourire :

–               On sort ?

N’ayant pas vraiment le cœur à cela, je répondis en faisant la une moue dubitative :

–               Bof, je n’ai pas vraiment envie.
–               Allez, j’aimerais te montrer quelque chose.
–               Et moi j’aimerais bien juste passer une soirée tranquille ici. Je n’ai pas la tête à cela.

Mais Ewen ne l’entendais pas de cette oreille. Il se redressa, puis vint se placer devant moi avant de me tirer par le bras afin que je me lève. De nature assez soumise, je lui cédais, sachant qu’il ne me laisserait tranquille que lorsqu’il aurait obtenu ce qu’il souhaitait.

–               Et ou va-t-on ? Demandais-je, d’un ton emplie de lassitude.
–               Tu verras. Met ta veste et on y va.

C’est ainsi que nous nous retrouvâmes dans la voiture, sans que je sache où nous nous rendions.

Je reposais un instant mon crayon sur la table. Ce qui allait suivre allait être très dur à écrire, et surtout à décrire. Je commençais à me demander si j’avais bien fait de commencer ce cahier, si cela n’était finalement pas une erreur. Chassant ses hésitations de mon esprit, et comme j’avais déjà commencé, je poursuivis mon récit.

Y serais-je allé si j’avais su ce que cela allait entraîner ? Aurais-je vécu différemment  si je n’avais pas vu ce que j’avais vu cette nuit là ? La question ne se posait pas, c’était fait maintenant…

Ewen se gara près d’un bar au centre ville, et sortit un peu trop précipitamment à mon gout. Il était en train de me cacher quelque chose… Mais quoi ?

–               Bon, maintenant tu me dis ou on va ?! lui dis-je un peu énervé.
–               Un peu de patience. On va dans ce bar, dit-il en me le pointant du doigt.
–               Tu le fais exprès Ewen, dis-je en le reconnaissant immédiatement, c’est le bar où nous allons souvent le soir avec Jaeden.
–               Chut, allez viens, dit-il comme pressé.

Je n’avais aucune envie d’aller dans cet endroit sans mon amant. C’était notre lieu à tout les deux, ou nous avions passé un bon nombre de soirées.

Mon cœur se serrait à l’idée de devoir écrire la suite. Pourtant je ravalai ma douleur et continuai d’écrire.

Ewen marchait un peu devant moi, et je fus derrière lui une fois que nous fûmes à l’entrée du bar. Il poussa la porte. IL y avait beaucoup de fumé dans la salle, la musique était assez forte, mais ce n’était pas désagréable. Je fis quelques pas à côtés de Ewen, jusqu’à ce qu’il s’arrête et se retourne vers moi extrêmement gêné.
–               Excuse-moi, c’était une mauvaise idée.
–               Qu’est ce que tu racontes, dis-je, alors qu’il s’écarter un peu, me laissant voir le bar en entier.
–               Viens on va ailleurs, me dit-il.

C’est à ce moment là que je le vis. Là, au fond du bar, en train d’embrasser un autre homme, me trompant sous mes yeux. Tout s’effondra autour de moi. C’était comme si le temps s’arrêtait. Jaeden était là, à quelques mètres en train d’embrasser un autre homme.

Les larmes revinrent comme elles étaient venues dans mes yeux ce jour là. Rageusement,  je fermais le cahier. Pourquoi avais-je écrit cela, pourquoi m’étais-je rappelais cet instant en y mettant des mots afin de le coucher sur papier ? Pourquoi… pourquoi m’avait-il fait ça. La même rage et la même rancœur me prenait à la gorge. C’était trop dur. Je ne pouvais écrire un mot de plus. Je me levais, allant me rouler en boule dans mon lit, m’éloignant de ce maudit cahier. Je fermais les yeux, voulant me coupais de ce monde, mais l’image qui me venait alors en tête était celle de Jaeden embrassant cet autre homme et dieu sait ce qu’il avait fait lors de la suite de cette soirée… Je finis par me lever de nouveau et quitter cette chambre, j’avais besoin de prendre l’air. J’attrapais au passage des vêtements propre et une serviette. Mes pas me menèrent directement jusqu’à la salle de bain commune. Une douche me ferait le plus grand bien.

Je réglais l’eau très chaude avant de me déshabiller et de me glisser dessous. Je m’adossais au mur froid, frissonnant à ce contact glaçais. Je me laissais tomber, ne tentant même plus sur mes jambes. Les larmes étaient toujours là, se mêlant à l’eau de la douche et brouillant ma vue. Pourquoi cela était-il toujours douloureux à ce point. J’aurais du l’oublier, tirer un trait sur tout cela. Et dire que je m’étais laissé aller à ses caresses sur mon bras, dire que je m’étais détendu à son contact, il ne le méritait pas. Je le haïssais encore pour m’avoir fait cela.

Je restais je ne sais combien de temps sous cette douche, laissant l’eau coulé sur mes épaules, roulé en position fœtale.

Je ne sortis qu’à une heure tardive de cette douche, me dirigeant tel un zombie jusqu’à ma chambre, manquant de croiser un infirmier qui ne me vis pas. Une fois rentré dans ma chambre, je me glissais sous les couvertures, étant maintenant glacé. Je ne dormis pas beaucoup cette nuit là, m’épuisant et m’usant encore un peu plus que je ne l’étais. Je me levais cependant à une heure raisonnable, je devais passer à l’infirmerie comme me l’avait demandé l’infirmière le jour d’avant. J’avais des cernes énormes et une tête à faire peur, si bien que j’allais me passer un peu d’eau sur le visage avant de m’y rendre.

Elle me fit le soin assez rapidement, m’augmentant un peu la dose de cachets au vue de la baisse de tension inquiétante que j’étais en train de faire. Une fois soigné, je ne me rendis pas au réfectoire, je voulais retourner m’enfermer dans ma chambre. J’avais l’impression d’avoir été roué de coups toute la nuit. Courbaturé, chaque pas que je faisais était douloureux.

Je pensais pouvoir passer une journée tranquille, seulement le destin n’en avait pas décidé ainsi. Lorsque j’ouvris la porte de ma chambre, j’eus la surprise de trouver Jaeden et le directeur dans celle-ci. Le directeur tenait dans ses bras la plupart de mes cahiers et étaient en train de les tendre à Jaeden. Abasourdit, mais retrouvant du poil de la bête, je déclarais furieux :

–               Qu’est ce que vous êtes en train de faire ? Vous n’avez pas le droit d’y toucher !!

Le directeur laissa les cahiers à Jaeden et s’approcha de moi, avant de dire :

–               Calme toi Ilian. Jaeden a donné de bons arguments pour les avoir. Il a besoin de les lire pour t’aider.

Perdu, je jetais un regard froid et empli de haine à Jaeden avant de retournais mon attention sur le directeur et de lui déclarer :

–               Vous n’avez pas le droit !
–               Bien sur que si Ilian. Si cela peut t’aider à…
–               Mais foutez moi là paix ! Et si je ne voulais pas qu’on m’aide ! Ca ne sert à rien ! Hurlais-je presque en le coupant.
–               Ilian calme toi. Tu écoutes ce que tu es en train de dire ?

Je me sentais totalement trahis. Ces écrits étaient à moi… Je ne voulais pas que Jaeden les lise, surtout lui… Seulement, je baissais les bras. J’allais dans un coin de la pièce, croisant les bras, et assistant impuissant masqué par mon regard froid, le spectacle du pillage de mon âme devant mes yeux. Mon cœur s’emballa lorsque je vis le directeur saisir le cahier que m’avait donné Jaeden. Mais quel idiot d’y avoir écrit ! Alors c’était cela qu’il attendait, que j’écrive et qu’il n’ai plus qu’à lire. Le sentiment de trahison se renforçait doublement, se mêlant subtilement à la haine que j’étais en train de nourrir pour lui.

–              Non, je ne veux pas celui-ci, déclara soudain Jaeden.

Je masquais mal mon soulagement, seulement aucun des deux ne sembla s’en apercevoir. Une fois tout mes cahiers, toutes mes années d’écriture dans les bras de Jaeden, les deux hommes sortir de la chambre, me rappelant que cet après-midi, je devais aller voir Jaeden dans son bureau. C’était vraiment la dernière chose que j’avais envie de faire.

Que croyait-il, que nous allions progresser et aller de l’avant en agissant ainsi. Je lui avais entrouvert une porte, même si cela n’avait pas était visible. Je l’avais écouté, j’avais commencé ce cahier… Comment avait-il pu me faire cela ? Une chose était sûre, il allait amèrement le regretter. Je serais pire avec lui que je l’avais été avec tous les autres.  Cela devenait une affaire personnelle. J’en tremblais presque de rage, j’attrapais le cahier où j’avais écris quelques page hier soir et le jetais dans un tiroir, n’en supportant plus la vue. Je sortis de ma chambre, me rendant directement dans un lieu plus serein qui m’apaiserait sachant maintenant ce que je pouvais me faire une fois seul.

Une fois arrivé à la bibliothèque, je pris un livre au hasard dans un rayon que je connaissais bien et allait me mettre dans un coin ou personne n’était. Je m’y plongeais assez rapidement, me concentrant uniquement sur l’histoire que je découvrais. Je pouvais sentir encore les battements de mon cœur battre à un rythme effréné. Peu à peu je me calmai, finissant par être totalement absorbé par l’histoire joyeuse et insouciante de ce narrateur. Je ne vis pas le temps passé, et j’avais presque fini mon livre lorsque le directeur vint me chercher.

–              Ilian, Jaeden t’attends dans son bureau.
–              Hn, répondis-je en fermant mon livre.
–              Ce soir tu iras manger, ça ne peut pas continuer comme cela Ilian. Je veux bien te laisser des libertés, mais…

Le directeur soupira en me voyant l’écouter d’une oreille distraite. Je me levais et sortis avec lui de cet endroit, marchant d’un pas décidé, mais peu convaincu vers le bureau de celui que je haïssais.  J’ouvrais la porte, pénétrant dans la pièce, avec une expression encore plus froide et plus vide que d’habitude. Je vins directement m’asseoir en face de lui, sans même prendre la peine de poser le regard sur lui, croisant mes bras et m’enfonçant dans le siège, mettant le plus de distance possible entre nous.

–              Bonjour, me dit-il.

Je relevais alors les yeux vers lui, le transperçant, sans prendre la peine de lui dire un seul mot. Jaeden détourna le regard. Il se tut, semblant attendre qu’il se passe quelque chose. Je ne le quittais pas des yeux pour autant, attendant moi aussi qu’il se décide à faire quelque chose de cette séance. Je bouillais d’envie de lui hurlait combien je lui en voulais, mais jamais je ne me serrais abaissé à le faire. Je préférais l’ajouter à ma rancœur à son égard qui sommeillée en moi. Nous restâmes de longues minutes ainsi, sans qu’il ne se passe rien, mais j’étais trop énervé pour être patient si bien que je finis malgré moi par craquer :

–              Qu’est ce que tu veux ? Lui demandais-je sur un ton glacial.

Il reporta alors son attention sur moi et me répondis :

–              Je n’ai pas envie de te forcer à parler, alors je vais attendre…
–              Et bien tu peux attendre, dis-je du tac au tac, encore plus agacé par le fait qu’il fasse comme si de rien était.

Jaeden rétorqua alors avec un sourire amusé qui eut le don de me faire bouillir de rage :

–               Peut être, mais tu viens de dire deux phrases…

Ne voulant pas continuer sur ce terrain, et voulant amener le réel sujet qui me travaillait depuis hier soir, je lui demandais après un temps de silence :

–               Pourquoi tu m’as fait ça Jaeden ?

Je me rendis compte au moment ou je prononcé ma phrase que cette question correspondait aussi bien au vol des cahiers qu’à ce qu’il m’avait fait plus de quatre ans auparavant.

–               Peut-être aurais-tu fais la même chose pour moi.

Agacé de cette réponse, je répliquais très sèchement :

–               Non, je t’aurais laissé crevé dans ta peine.

Avoir écris mon passé avait finalement fait ressortir de plus belle la rancœur que j’éprouvais à son égard, la haine froide qui m’avait saisi et détruit lorsque je l’avait vu embrasser un autre homme que moi. Sans cacher que je l’avais blessé, il s’exclama :

–               Mais qu’est ce que je t’ai fait pour que tu me détestes ainsi ??!!
–               Tu oses me poser la question ! M’exclamais-je à mon tour.
–               C’est toi qui m’a quitté je te signale. Depuis le début j’essaye de t’aider et je ravale tout sans rien dire !

Comment pouvait-il dire cela ! Sortant de mes gons, je me redressais et criais presque :

–               Va te faire foutre, je ne t’ai rien demandé !

Jaeden s’enfonça dans sa chaise et me dis très froidement, sans reposer les yeux sur moi :

–               La séance est terminée. Tu peux partir.
–               Ca y est ! Tu abandonnes enfin… dis-je, en me levant.

Pourtant une chose m’avait surprise. A ma réplique précédente, j’avais pu la voir, la tristesse dans ses yeux, et cela m’avait malgré moi serrer le cœur. Jaeden me dit alors en soupirant :

–               Non, je n’ai juste plus envie de te voir pour l’instant.

C’était tellement facile… Mais je n’en avais pas terminé. Debout le toisant de toute ma hauteur, très calme, je déclarais :

–               Au fait, juste avant de partir, je veux mes cahiers.

Jaeden posa son regard dans le mien et répondit sur me le même ton :

–               Je te les rendrais quand j’aurais terminé.

Puis il reposa son regard sur moi, et ouvrit rageusement son tiroir, prenant tous mes cahiers et les jetant sur la table. Je n’aimais pas sa manière de faire. Jamais je ne me serais abaissé à les prendre ainsi. Une question qui me brûlait les lèvres sortit alors de ma bouche :

–               Pourquoi tu m’as demandé si tu pouvais les lire, pour les prendre quand même ?
–               Parce que je suis sur que la réponse se trouve là-dedans.

C’était donc cela. Dépité, je lui balançais à la figure ce que je pensais :

–               Tu es vraiment prêt à tout pour ta renommée, tu n’as pas changé… Prends-les, je me contrefous de ce que tu penses.

Je lui tournais le dos et ajoutait tout bas pour moi-même avant de quitter la pièce : « Comme tu t’es toujours contrefichu de moi… »

Je sortis en quittant son bureau, me dirigeant directement dans ma chambre. A peine eus-je ouvert la porte que je vis Melvin assit sur mon lit, en train de lire le cahier que je lui avais prêté. Toujours en colère et sans aucune patiente, je lui dis très sèchement alors qu’il était en train de me sourire :

–               J’aimerais que tu ne rentres pas dans ma chambre quand je ne suis pas là. J’ai envie d’être seul, peut être à plus tard.

Le visage triste, il se leva et quitta ma chambre, murmurant un « pardon » gêné. J’y avais été un peu fort avec lui, mais je n’aurais pu faire autrement. Je passais une bonne partie de l’après midi à ruminer dans ma chambre, pour finir de nouveau à la bibliothèque jusqu’à l’heure du repas ou je fis uniquement acte de présence avant d’aller me coucher.

 

 

La journée du lendemain se passa tranquillement. Je n’avais pas de rendez vous prévu avec Jaeden, et j’avais juste à aller faire changer mes bandes et prendre mes cachets. Je passais le plus clair de mon temps à la bibliothèque, ayant perdu momentanément le gout à l’écriture.

En fin d’après-midi, je finis par demander l’autorisation d’aller dans le parc, chose qui me fut accordée à mon plus grand bonheur. Cela faisait bien trop longtemps que je n’avais pas mis le nez dehors et un peu de soleil me ferait le plus grand bien. Il faisait un temps agréable, une brise légère passait sur mon visage.

Après une profonde inspiration qui me permit de prendre un grand bol d’air frais, j’allais m’asseoir sur un banc un peu à l’écart, sous l’œil d’un gardien et d’une infirmière qui avait à charge de me surveiller de loin.
Après une bonne petite demi-heure, je vis apparaître un homme que je n’avais jamais vu ici auparavant, certainement un visiteur, ou le copain d’une des infirmières. Il tourna quelques minutes avant de me voir et de ses dirigeait vers moi, prenant place sur le seul banc à côté de moi. Il me dit simplement  un « bonjour » auquel je ne répondis pas, et détourna totalement son attention de moi lorsqu’il entendit son portable sonner. Il lu son message assez rapidement, et après un petit sourire qui en disait long, il laissa pianoter rapidement ses doigts afin de lui répondre. Je n’avais pas du tout de mal à comprendre le sujet de leur échange, au vu du petit air pervers qu’il prenait en lui répondant. Lorsqu’il eut fini d’envoyer son message, il attrapa dans sa poche un paquet de cigarette, puis s’en alluma une. Mes yeux durent rester trop longtemps sur le paquet, car il me demanda :

–               Tu en veux une ? Je ne pense pas que tu es le droit.

Je fis simplement non de la tête. Depuis combien de temps n’y avais-je pas touché. Le pire était qu’il fumait les mêmes cigarettes que moi à l’époque. Son portable sonna de nouveau, apparemment cela ne devait pas être la même personne, car il décrocha et répondit assez sèchement :

–               Oui ?… Oui je suis là. Oui… Non devant dans le parc…. Oui à tout de suite.

Il raccrocha sans plus de cérémonie. J’étais étonné vraiment étonné par la différence de comportement, notamment lorsqu’il reçut de nouveau un message. Cette fois-ci, la curiosité l’emportant, je jetais discrètement un coup d’œil afin de voir d’en savoir un peu plus. Il ne s’aperçut de rien, et j’eus tout loisir de lire l’entièreté du message, confortant mes suppositions : « Je ne peux pas ce soir, mais demain je tenterais d’inventer autre chose, une réunion… Ton corps me manque… ».

Ce petit manège dura une bonne dizaine de minutes, jusqu’à ce que j’entende une voix que je ne connaissais que trop bien dans mon dos : celle de Jaeden.

–               Désolée j’ai fait au plus vite.

De dos, il ne semblait pas m’avoir reconnu, et n’en eut de toute façon pas le temps car l’homme assis à côté de moi se leva et se jeta à son cou. Je crois que ce baiser me fit tout aussi mal que là fois ou je l’avais vu, plus de quatre ans auparavant dans ce bar. Mon cœur se comprima douloureusement et je du détourner le regard.

J’aurais du pourtant tourner la page depuis le temps, mais je constatais que j’en étais tout bonnement incapable. Voir Jaeden ainsi, dans les bras d’un autre homme serait toujours insoutenable, rouvrant à la hache d’anciennes cicatrices déjà loin d’être cicatrisées. Leurs langues se mêlaient, leurs mains parcouraient leurs corps sans la moindre pudeur.

Tout cela me dégoutait. Maintenant je savais qui était l’homme trompé : Jaeden. Je failli presque en rire d’ironie. Comme le dit le proverbe : tel est pris qui croyait prendre, Jaeden se retrouvait maintenant dans ma position. Je me surpris à souhaiter que Jaeden aime cet homme comme moi je l’avais aimé et qu’il en souffre tout autant que moi, mais je me repris assez rapidement, cette souffrance n’était à souhaiter à personne, même pas à l’homme qui me l’avait fait vivre.

N’ayant aucune envie de les voir s’embrasser une seconde de plus, je me levais au moment ou Jaeden et son amant s’écartait un peu. Je vis alors je regard de Jaeden se poser directement sur moi, réalisant ma présente, et devenant extrêmement gêné. Je fis celui qui n’avait rien remarqué et maintenant en face de l’amant de Jaeden, le toisant de toute ma hauteur, je lui dis de la voix la plus impersonnelle que je possédais :

–               Depuis quand tu le trompes ?

Sans un mot de plus, je passais entre eux deux, ne savourant même pas le trouble que j’avais jeté en lui et en Jaeden. Je marchais tentant de calmer la colère et la peine se mêlant douloureusement dans mon cœur. Ainsi il avait refait sa vie… quoi de plus normal, après quatre ans. Pourtant, en marchant je ne pouvais m’empêcher de sentir mon cœur se serrer douloureusement. Je sentais malgré moi les larmes commencer à venir brouiller ma vue.

Rageusement, je passais mon bras sur mes yeux afin d’effacés celles-ci. Je ne devais pas pleurer. C’était la dernière des choses à faire. Refermer mon cœur à jamais était la dernière chose à faire, bruler ce cahier ne plus jamais replonger dans ce passé, oublier et continuer comme avant : à être le meurtrier de sang froid de mon cousin…

C’était fini, plus jamais je n’espérais quoi que ce soit, je laisserais les autres croire à ma place. Je n’en avais plus la force, les dernières étant utilisées depuis le début pour ma survie. Je n’avais strictement rien à prouver à qui que ce soit, juste me contenter de survivre jusqu’à ce qu’enfin la mort vienne chercher son du…

Etre l’homme froid, meurtrier et fou, cela était bien moins usant, cela me convenait parfaitement après tout.

Nothing to prove – Chapitre 3

Chapitre 3 écrit par Mai-Lynn

 

« On change ». Ces deux mots résonnaient dans ma tête comme une sirène d’ambulance, m’écorchant à vif les oreilles. Je m’y étais mal pris. Non pire que ça. J’avais été lamentable. J’avais eu beau me répéter que j’étais prêt, j’aurais mieux fait d’attendre. Bien sûr que non je ne l’étais pas. Une entrevue avec mon passé, me renvoyant l’être que j’avais été, l’être qu’il avait aimé. Tout en lui avait changé, même sa voix. Il n’y avait plus l’éclat rieur dans ses yeux, cet éclat que j’avais tant aimé, non, au contraire son regard était meurtrier.

 

Dépité par cet entretien, je le laissais s’en aller, n’ayant pas le coeur à le retenir. De toute façon, qu’aurais-je pû lui dire ? Son silence avait parlé pour lui. Même appartenir à son passé ne servait à rien. Je l’avais peut-être chamboulé au premier coup d’oeil, mais par la suite, j’avais été réduit au même rang que les autres. Et cela me laissait un arrière goût d’amertume. Une question me vint alors à l’esprit : Voulait-il vraiment qu’on l’aide ?

 

Je tournais la tête vers le directeur et constatais son état d’étonnement. Mes sourcils se froncèrent. N’étais-ce pas lui qui m’avait certifié que tout se passerait mal ? Je ne cherchais pas vraiment à comprendre son état, voulant qu’une seule chose rentrer chez moi. Allais-je continuer par la suite ? Je n’en savais rien, tout ce que je sais c’est que je voulais partir loin d’ici. Loin de cette salle immonde. Mais alors que je marchais en direction de la porte, la voix grave du directeur m’interpella.

– Jaeden, tu auras un nouvel entretien demain à 14 heures. Me dit-il, sérieux.

– Pardon ? Il ne t’a pas dis qu’il voulait changer ? Demandais-je, n’en revenant pas

– Justement.

 

Sans me laisser le temps de dire quoi que ce soit, le directeur sortit de la pièce, m’obligeant à continuer avec un patient qui ne voulait pas de moi. Un soupire d’exaspération franchit mes lèvres. La chance commençait-elle à tourner ? Si c’était le cas, je ferais mieux de tout laisser tomber pendant qu’il était encore temps pourtant…Pourtant mes yeux se posèrent sur ce dossier jaune. Ce dossier où le nom de mon patient était inscrit. J’étais curieux. Je voulais savoir. Pourquoi lui ? Son cousin qu’il aimait tant, qu’il adulait même. Pourquoi avait-il commencé cette liaison ? Mais surtout quand avait-elle commencé ?

 

Le vibreur de mon portable me coupa de toutes pensées, m’obligeant à sortir aussi vite que possible de l’hopital. Discrètement je regardais l’écran, voyant que j’avais un message sur sur ma boite vocale. Je marchais rapidement dans les couloirs, laissant derrière moi mes interrogations et mes doutes. J’allais quitter le travail alors toutes mes pensées professionnelles n’avaient pas lieu d’être. Je pris l’ascenseur du personnel et me retrouvais bien vite à l’accueil de l’hôpital. Je fis un petit sourire à la jolie réceptionniste rousse et sortit du bâtiment, rencontrant l’air frais de ce mois de février.

Bientôt la neige allait tomber, recouvrant le paysage de son doux manteau. Bientôt aussi, ce serait l’anniversaire de nos un an ensemble. Et je savais qu’ Hugo attendait qu’une seule chose, que je ne l’oubli pas. Un petit sourire étira mes lèvres lorsque je me mis à penser que dans quelques minutes j’allais le retrouver chez nous. Une petite soirée tranquille comme j’aimais les passer avec lui. Je pris mon portable en main et composa le numéro de ma boite vocale. Une voix féminine enregistrée me parvint à l’oreille, m’informant que mon amant m’avait laissé un message, il y a quelque minute. La voix se coupa, laissant place à celle magnifique d’Hugo.

– Jaeden, c’est moi, j’ai une réunion disciplinaire exceptionnelle ce soir, un ado qui a fait des conneries encore. Je risque de rentrer tard, je suis désolé mon amour. J’espère que ton premier entretien avec ton patient c’est bien passé. A ce soir. Je t’aime.

 

Déçu, je rangeais mon portable dans ma poche. Bien que le métier de professeur était un métier plutôt tranquille, mon amant se voyait toujours coller les réunions de dernière minutes, ce qui m’agaçait profondément. Il était professeur d’Histoire géographie dans un lycée réputé de la ville. Un bon vieux lycée fait pour les gosses de riches, qui se croyaient tout permis. Ma soirée en amoureux tombait donc à l’eau. Après cet entretien je n’avais vraiment pas envie d’être seul. Car l’être m’amènerait obligatoirement à penser à Ilian. A son cas, à son histoire, et je n’en avais pas envie, du moins pour le moment. Je repris mon téléphone en main et appelais mon frère. Le mardi était son jour de congé, alors ce soir j’allais un peu en profiter.

– Allo ?
– Kain ? C’est Jaeden. Dis-je marchant en direction de ma voiture
– Ah petit frère, qu’est-ce qui t’arrive ? Me demanda-t-il la voix ensommeillé
– Hugo n’est pas là ce soir, ça te dirais qu’on se fasse une soirée ? J’ai pas vraiment envie d’être seul…
– Pourquoi ?
– Des ennuis au boulot…Alors ?
– Ouais ok, tu as qu’à venir dès que tu veux.
– Je passe prendre une douche chez moi, et j’arrive, a plus.

 

Un sourire étira mes lèvres. Si je n’avais pas Hugo, j’allais tout de même passer une agréable soirée. Je rentrais dans ma voiture, mettant le chauffage à fond. La radio s’alluma, envahissant ma voiture de rock, mon style de musique préféré. L’esprit léger, je rentrais chez moi. Un quart d’heure plus tard, je posais ma veste sur le sofa du salon, allumant pas la même occasion la télé, qui diffusait des clips musicaux. Je posais ma sacoche sur le bureau un peu trop précipitamment car elle se renversa, déversant le contenu sur la surface plate. Alors que je m’avançais pour tout ranger, je vis ce maudit dossier. Décidément, tout arrivait pour me le rappeler. Sans l’ouvrir je le pris en main, regardant la photo de mon patient. Qu’est-ce qu’il avait changé…Lui qui ne supportait pas les cheveux longs… Tellement pris dans mes pensées, je posai mes doigts sur la photo, retraçant la courbe de son visage ovale. Mes souvenirs remontèrent malgré moi, essayant de me rappeler son apparence lorsqu’il avait 19 ans. Mais j’avais créer un barrage entre moi et mes souvenirs, et il ne voulait pas céder, rendant floue son apparence. Je me souvins alors d’une boite. Une boîte qui malgré tout ce que je m’évertuais à dire, me rattachais au passé. Cette boite, je ne l’avais jamais montré à Hugo. Pourquoi ? Parce qu’il était jaloux, et m’aurais forcé à tout jeter. J’avais voulu le faire, mainte et mainte fois. Bruler le contenu, et tirer un trait dessus, mais jamais je n’y étais parvenu.

 

Je lâchais soudainement le dossier. Mon envie de revoir Ilian a 19 ans était vraiment importante. Rapidement je me retrouvais dans le placard de notre chambre, dégageant toutes les vielles boites de chaussures qui s’entassaient. C’est alors que je la vis, cachée tout au fond, pleine de poussière. C’était une boite rouge, en velours. Elle appartenait à ma grand mère, lorsqu’elle était plus jeune. Lentement, je la pris en mains et m’assaillais sur mon lit. Mes doigts appuyèrent sur le mini cadenas et le couvercle s’ouvrit, laissant la petite fille en tutu dansé au rythme d’une musique classique qui n’était plus, certainement rouillée. Je soulevais le petit tissus rouge, endroit de ma cachette, pour y découvrir toute sorte de chose, notamment ce que je recherchais. Mes doigts se posèrent sur la gourmette en argent, avec mon nom dessus, ainsi qu’à l’arrière un petit cœur avec dedans un i. Je la regardais attentivement, sentant mon coeur se serrer malgré moi. Mais ce n’est pas ce que je cherchais. Lestement, je la posais près de la boite et pris en main la photo, celle que je voulais. J’allais avoir 20 ans et je ressemblais à un ado de 16. Mes cheveux étaient coiffés en pagaille, rien à voir avec la coiffure d’adulte que j’abordais maintenant. Un petit sourire triste étirait mes lèvres lorsque mes yeux regardaient ce qui était notre couple. Ilian, ressemblait à un enfant, ayant grandit trop vite. Ses cheveux courts bruns tombaient légèrement sur ses yeux accentuant son regard rieur. De légères rougeurs apparaissaient sur ses joues, comme bien souvent à l’époque, car il était d’une timidité maladive à l’époque, rien à voir avec maintenant. Nous étions assis sur un banc à nous embrassez alors que mon bras tendu prenait la photo. Il avait l’air heureux pourtant….Alors pourquoi…Pourquoi m’avait-il quitté trois jours après ?

 

Voilà…Voila que je me remettais à penser à notre histoire. Mais je l’avais cherché. Rouvrir cette boite était finalement une mauvaise idée. Je recommençais à avoir mal au cœur, comme il y a quatre ans où il m’avait jeté ses mots à la figure. Pourquoi repensais-je à ça ? Rageusement, je jetais la photo et la gourmette dans la boite, la fermant d’un coup sec. Je rangeais la boite là ou je l’avais trouvé, replaçant les boites de chaussures à côté. D’un mouvement brusque, je refermais la porte du placard, comme pour fermer la porte de mes souvenirs. Mais c’était trop tard…J’avais mal.

 

La douleur vive qui m’avait transpercée pendant trois ans refaisait peu à peu son apparition en moi. Je me maudissais d’avoir ouvert cette stupide boite juste par curiosité. J’avais l’impression que mon cœur se pressait contre la poitrine, comme un appel à l’aide. Il voulait que je rouvre cette porte ? Pourquoi ? J’avais mis tellement de temps, tellement de larmes à la fermer. J’avais refais ma vie, c’était trop tard maintenant, je ne devais plus ressentir ce mal. Un soupire de résignation sortit de mes lèvres. Oui. Il était bien trop tard.

 

Rapidement je sortis de ma chambre, m’avançant vers la salle de bain. Elle n’était pas vraiment grande mais me suffisais à moi, aux grands damnes d’ Hugo, qui voulait changer d’appartement. Lestement, j’envoyais valser mes affaires, les laissant s’éparpiller sur le sol. J’enclenchais le robinet à chaude température, laissant la buée prendre d’assaut la paroi de la douche et le miroir. Le bien être ressentit sous la chaleur de l’eau. J’aurais pu, à cet instant dire que j’en était drogué. Jamais je ne me sentais aussi détendu…Aucune pensées, aucun mal être ne fit son apparition, me laissant savourer cet instant de pure bonheur.

 

Mais quelques minutes plus tard, je crus mourir de peur lorsque j’entendis quelqu’un frapper violemment contre la porte de la salle de bain. Sentant mon cœur battre à un rythme démentiel, je sortis précipitamment de la douche, entourant mes hanches d’une serviette. Le corps encore ruisselant, j’ouvris la porte d’un coup, pour croiser le regard énervé de mon frère.

– Mais ça va pas de me faire une trouille pareil ?!? Me cria-t-il, visiblement en colère
– Hey ! C’est qui qui tambourine sur ma porte comme un malade ! Crachais-je, me remettant tant bien que mal de ma frayeur.
– Quand on me dis « j’arrive je passe prendre une douche » et qu’au bout de deux heures et demi on est toujours pas revenu ! Bordel Jaeden, j’ai cru que t’avais eu un accident !

 

Fronçant les sourcils, je regardais la petite horloge sur la commode blanche de la salle de bain qui affichait 20 heures 30. un sentiment de gène vis à vis de mon frère me submergea, et je lui fis le plus beau de mes sourires d’excuses, comprenant sa colère.

– Désolé grand frère…Je…J’avais pas vu l’heure tourner…dis-je, l’air grave.
– Ouais…Deux heures et demi dans ta douche… J’en connais un qui va en prendre une froide ce soir ! Répliqua-t-il se retournant dans le salon.

 

Je n’eus pas le cœur de lui dire que ça ne faisait à peine 10 minutes que j’étais dedans…Je sentais déjà les questions arriver, et je n’avais pas vraiment le cœur à les éviter pour ce soir. Je sortis de la salle de bain et rentrai dans ma chambre, prenant des affaires de rechange.

 

Lorsque je revins dans le salon, je trouvais mon frère assis sur le divan, une bière à la main, regardant un match de hockey. Décidément, il faisait comme chez lui. Je m’avançais dans la cuisine et pris une bière, puis m’affalais à ces côtés. Un silence pesant régnait. Je sentais que quelque chose n’allait pas chez lui…Pourtant au téléphone, tout allait bien…

– Qu’est-ce qui se passe ? Demandais-je perturbé
– C’est à toi que je devrais posé cette question Jaeden… Soupira-t-il, me regardant sérieusement.

 

Mes sourcils se froncèrent. Le voir prendre ce petit air sérieux ne me plaisait guère. Rares étaient les fois où nous avions une vraie discussion « d’Homme à Homme ».

– Écoutes, si c’est pour tout à l’heure, excuses…Commençais-je gêné
– Non c’est pas ça, qu’est-ce qui ne vas pas ? Me coupa-t-il, posant sa bière sur la table
– Mais rien ! Je vais bien ! Me justifiais-je, tant bien que mal.
– Des ennuis au boulot ? Depuis quand tu en as toi des ennuis au boulot ? Fit-il, irrité.

 

Je savais que nos parcours professionnels étaient un sujet épineux. Lui qui avait finis par abandonner la médecine pour rester infirmier, ayant échoué mainte et mainte fois au concours, alors que moi je l’avais eu haut la main et du premier coup. Ajoutez à ça une préférence plus que démontrée par des parents pratiquement absents. J’étais habitué pourtant. Mais ce soir, je n’avais pas envie d’essayer de « limiter les dégâts ».

– Y’a un début à tout. Répondis-je, boudant légèrement.

J’entendis mon frère soupirer, puis se retourner un peu plus vers moi. Son air sérieux m’énervait. Depuis quand n’avait-il pas repris son statut de grand frère ?

– Ok, excuses moi. Allez, racontes moi…Dit-il, me secouant légèrement.

 

J’avais envie de capituler…Et si…Et si je lui racontais, sans vraiment lui raconter ? Je n’y voyais plus claire dans cette situation, et mes souvenirs ressurgissant ne faisait rien pour atténuer le coup. Kain pourrait peut-être m’aider, sans comprendre…

– Tu as déjà revu quelque chose qui appartenait à ton passé et que tu ne voulais plus vraiment revoir ? Demandais-je, essayant d’être le plus éloigné du véritable sujet.
– Oui des tas de fois. Dit-il, fronçant légèrement les sourcils.
– Et qu’est-ce que tu ressent ? A chaque fois ?
– J’ai mal au cœur.

 

Un soupire passa le barrage de mes lèvres. Alors ma réaction était tout à fait normale. Ce mal-être persistant en moi était une réaction naturelle. Mais alors que je me réjouissait, mon frère glaça l’atmosphère.

– Depuis quand revois-tu Ilian ?

 

Immédiatement, mes yeux s’écarquillèrent, rencontrant le regard pénétrant de mon frère. J’avais été tellement loin du sujet…Pour moi…Alors comment avait-il su ? Il sembla entendre ma question muette car il enchaina tout de suite.

– Un quelque chose qui appartenait à ton passé et que tu ne voulais plus revoir…
– Oui, mais je t’ai pas dis lui ! M’offusquais-je troublé
– Quelque chose. Ta vie d’avant. Ta vie d’avant. Ilian. C’est aussi simple que ça. Me dit-il, comme si cela était une évidence

 

Excusez moi l’expression…Mais je trouvais cela vraiment chiant. Le fait qu’il me connaisse aussi bien m’exaspérais. Décidément, moi qui voulais une soirée tranquille, c’était foutu.

– Et puis…Reprit-il, gêné. Il y a un dossier sur le bureau avec son nom…

 

Non…Avais-je été aussi bête pour laisser le dossier poser comme ça à la vue de tous ? Brusquement, je me remis debout, rangeant ce foutu dossier dans ma sacoche. Je lançais un regard irrité à mon frère, espérant qu’il ne l’ai pas ouvert.

– Pourquoi a-t-il un dossier avec son nom ? Me demanda Kain, mal à l’aise
– Secret professionnel tu connais ? Répliquais-je méchamment.
– Professionnel ? Il…Il est dans ton centre ?
– Kain ! Je ne dois pas t’en parler !

 

J’étais hors de moi. J’avais honte de mon manque d’attention mais aussi de ma réaction avec mon frère. Il avait vu le nom d’Ilian, alors que je ne voulais que personne ne soit au courant de cela. Je savais très bien ce qui allait se passer, et je ne voulais pas entendre de sermon.

– Jaeden, je suis à des kilomètres de toute cette histoire. Tu me connais jamais je n’irais dire que tu m’as tout raconté. Enchaina mon frère, soudainement énervé.
– Je n’en ai pas le droit, tu le sais. Dis-je, reprenant ma place près de lui, l’air las.
– C’est lui qui te met dans cet état ? Jaeden rappelle toi comment tu étais lorsqu’il t’a quitté, ne recommences pas les mêmes conneries. Quoi qu’il est fait sépare-toi de ce dossier. Fit mon frère soucieux.
– Je ne peux pas…Soupirais-je, accusant les mots de mon frère.
– Bien sûr que si…
– Non ! Tu ne l’as pas vu. Je ne savais pas à quoi je m’attendais quand j’ai entendu son nom. Tu ne peux même pas imaginer l’ampleur des dégâts Kain. Je vais surement me prendre un mur, et crois moi j’en suis conscient, mais si cela peut lui retirer deux minutes cette haine qu’il a au fond de lui alors je continuerais ! M’exclamais-je sentant mon sang ne faire qu’un tour.
– Tu ne vas tout de même pas me dire que c’est un meurtrier parano ou quelque chose du genre ! Ironisa Kain, heureux de sa plaisanterie.

 

Dégouté, je me levais. Mon frère m’énervait, alors que je pensais qu’il me comprendrais… Décidément, aujourd’hui n’était pas ma journée… Le regard froid, je me dirigeais vers ma porte d’entrée, et l’ouvrais, lui lançant un regard glacial.

– Si tu es venu pour me dire tes conneries tu peux dégager tout de suite. C’est mon choix, ma carrière, ma vie ! Dis-je plus froid qu’un iceberg.
– Jaeden…Souffla-t-il, surpris.

 

Mais mon regard noir lui conseilla de ne pas l’ouvrir.

– Comme tu veux, murmura-t-il, se levant

 

Il rassembla ses affaires et partit, non sans me jeter un dernier coup d’oeil désespéré. Mais j’étais furieux, et brusquement je lui claquais la porte au nez. J’étais las, et je ne pensais qu’à une chose, me retrouver dans les bras de mon amant. Mes yeux se posèrent sur l’horloge mural qui affichait 21 h 45. Un soupire d’exaspération sortit de mes lèvres, comme d’habitude, il rentrerait assez tard. Si je n’avais pas la chaleur de son corps, je me contenterais de celle de notre lit. Rapidement, répriment non sans mal un bâillement, je me dirigeais vers ma chambre, et me déshabillais. J’enfilais un bas de pyjama vert kaki et me glissais dans notre lit, respirant l’odeur imprégnée de mon amant. Un sourire aux lèvres, je m’endormis.

 

Deux heures plus tard, j’entendis la porte de l’entrée se refermer, émergeant difficilement. Je l’entendis pousser un juron lorsqu’il fit tomber la chaise du bureau, et je ne pus m’empêcher de rire légèrement.

– Hugo ? L’appelais-je heureux.

Je l’entendis se dépêcher d’arriver à l’embrasure de la porte. Il semblait exténué. Encore une fois je maudissais ce boulot qui lui bouffait tout son temps.

– Je vais prendre une douche mon amour. Me dit-il, me lançant le plus beau de ses sourires.
– ça c’est bien passé ? Demandais-je le voyant se précipiter vers la salle de bain
– Interminable. Répliqua-t-il, fermant la porte de la salle.

 

Souriant, je m’allongeais sur le dos, regardant le plafond. Les minutes passèrent et je le vis sortirent de la pièce, le corps humide, enroulé dans une serviette bleue. Dans un sourire, il se jeta sur le lit, tombant à genoux et m’embrassa tendrement.

– Bonjour…Murmura-t-il son souffle caressant mes lèvres.
– Bonjour…Répondis-je grisé.

 

Sans un mot, je le pris dans mes bras, posant ma tête contre son torse. Ses doigts vinrent caresser mon épaule, m’apaisant. Il était enfin là.

– Journée éprouvante ? Demanda-t-il, son autre main, caressant mes cheveux.
– Plus que tu ne l’imagines. Je suis content que tu sois rentré. Soupirais-je, me sentant enfin rassurée.

 

Soudain, je le sentis se crisper, et me rallonger sur le dos. Sans que je puisse réfléchir, il me prit mes lèvres, nouant nos langues dans un baiser passionné. Ses mains venaient caresser mes hanches, dans un mouvement très significatifs. Finalement, il n’était pas si fatigué que ça.

– Je t’aime…Pardonnes moi. Murmura-t-il, contre mes lèvres.
– Hugo ? Dis-je étonné
– Je t’aime.

 

Je ne cherchais pas plus loin, aveuglé par le désir qu’il provoquait en moins. Je l’aimais à m’en crever le cœur. J’étais fou de sa bouche sur moi, descendant de plus en plus bas. Oui je l’aimais et cette nuit là, je lui fis l’amour autant que je pus, lui déclarant ces trois mots qui n’avait su dépasser le barrage de mes lèvres il y a quatre ans…

 

**

 

Le lendemain je me réveillais seul dans ce grand lit. Une odeur de café flottait dans l’air, m’indiquant qu’ Hugo prenait son petit déjeuné. Me retournant dans le lit, mes yeux se posèrent sur le réveil qui affichait 8 heures. Un soupire sortit de ma bouche, je devais finir de lire le dossier d’Ilian si je voulais lui faire oublier le dernier lamentable. Rapidement, je me levais, enfilant mon bas de pyjama tombé au sol. Je suivis l’odeur du café, retrouvant mon amant dans la cuisine, assis sur une chaise, près de la table, corrigeant des copies. Doucement, je m’approchais de lui, encerclant son cou de mes bras. Mes lèvres vinrent se poser sur sa joue.

– Bien dormis ? Dis-je, dans un petit sourire évocateur
– J’ai mal aux fesses…Souffla-t-il, faisant une légère grimace

 

Je ne pus m’empêcher de rire devant cette réplique digne d’un enfant, et pris avidement ses lèvres.

– C’est toi qui l’a cherché…Répliquais-je, amusé.

 

Il éclata de rire et je défis notre étreinte, le laissant retourner à sa paperasse. Je m’avançais vers la machine à café et m’en servis une tasse, prenant au passage un croissant tout frais qu’ Hugo avait l’habitude d’aller chercher tous les matins dans la boulangerie juste en bas. Je m’asseillais à ses côtés, prenant le journal.

 

Quelques minutes passèrent où aucun de nous ne parlèrent, laissant le bruit des pages se tournant comme musique. Puis, mes yeux se posèrent sur le calendrier, juste en face de moi, où une énorme croix rouge entourait le jour d’aujourd’hui. Une grimace tordit mes lèvres lorsque je me rappelais quel événement il y avait ce soir.

– On doit pas aller chez ta mère ce soir ? Demandais-je, prenant un air triste.
– Arrête de faire cette tête, elle va pas te manger…Répondit Hugo, plongé dans ses copies.
– Ça c’est toi qui le dis…Soupirais-je ennuyé.
– Ça fait deux semaines que c’est prévu, t’es chiant à tout le temps oublier
– Dit-il alors qu’il fait la même chose lorsqu’il s’agit de ma famille.

 

Je me levais précipitamment, évitant le regard noir qu’il me jetait, et me dirigea vers la salle de bain, me douchant rapidement. Je revins dans la chambre en peignoir, choisissant dans mon armoire mes affaires. Un jean délavé, surmonté d’une chemise marron avec un polo de la même couleur conviendrais. Alors que je m’habillais, la porte s’ouvrit, dévoilant Hugo, tout sourire.

– J’y vais, tu passeras me prendre ce soir ou je prends ma voiture ? Me demanda-t-il, les bras chargés de copies.
– A quel heure on doit y être ? Soupirais-je, malgré moi
– 19 heures.
– Je passerais te prendre alors.

 

Il me fit un grand sourire puis sortit de la pièce. J’entendis quelques minutes plus tard la porte claquer, signe que mon amant venait de partir pour une nouvelle journée de boulot. Habillé, je me dirigeais vers le salon, passant mes yeux sur l’horloge murale. 9 heures 15. Je décidais alors d’aller étudier plus en profondeur le dossier d’Ilian dans le nouveau bureau que l’on venait de m’attribuer. J’enfilais mes converses noires, mon manteau gris et une grosse écharpe noire puis sortis, fermant à clé derrière moi.

 

20 minutes plus tard, je me retrouvais devant l’immense hôpital, rentrant dans l’accueil.

Immédiatement, j’accrochais mon badge sur le côté droit de ma poitrine, montrant aux gardes que je faisais partie de l’équipe. Je pris l’ascenseur, et montais au 3eme étage, endroit où se trouvait mon bureau. Je bifurquais dans quelques couloirs avant de voir apparaître, devant moi, une porte, portant mon nom « Docteur J. Sadler ». Fier, j’entrais, me retrouvant dans un bureau, encore vide de vie, mais pas pour longtemps. Les murs étaient beige, s’accordant parfaitement avec les meubles en pin foncés. Mon bureau n’était pas vraiment grand, mais comme étant le premier, je ne pouvais décrocher ce petit sourire de mes lèvres. Tout en face de la porte d’entrée, une immense fenêtre, donnant sur le jardin et le lac de l’hôpital. Un paysage magnifique, même en cette saison. Tout près, un grand bureau avec un chaises derrière, et deux devant. Des étagères attendaient patiemment que je leur donne des livres ou des dossiers quelconque. Rapidement, je posais ma sacoche sur le bureau et enlevais ma veste et mon écharpe. Je m’asseyais sur le fauteuil, touchant fébrilement tout ce qui se trouvait dessus. Un téléphone noir, une sorte de tasse avec des crayons dedans et une plaque, couleur or, où mon nom y était inscrit dessus.

 

Après un dernier petit sourire, je sortis de ma sacoche mon unique dossier et l’ouvrit, voulant travailler dessus. Je pris directement les pages parlant du procès, car c’est elle qui m’en apprenait le plus. Une grimace de dégout marquait mes lèvres alors que je lisais les paroles de mon ancien amant. Mais alors que j’allais arrêter de lire, et m’avancer plus dans le dossier, mes yeux se posèrent sur des mots…Des mots qui firent monter un sentiment violent de jalousie.

 

«  – Monsieur Crose, Aviez-vous une relation fixe avec une autre personne avant votre cousin?
– Oui.
– Et quel était son nom je vous prie ?
– Vous n’avez pas besoin de le savoir, ce n’est pas lui que j’ai tué à ce que je sache.
– Non, biensûr… Étiez vous toujours ensemble lorsque votre cousin et vous aviez commencé votre relation ?
– Objection, votre honneur, cette question se porte sur des faits extérieurs à l’affaire en cour.
– Objection retenue, maître veuillez vous en tenir à l’affaire.
– Bien. Monsieur crose, Aviez-vous des sentiments pour votre cousin ?
– Non
– Alors pourquoi avez vous commencez une relation avec lui ?
– Il était bien meilleur que mon petit ami.
– Flirtiez vous déjà avec lui avant ?
– Non.
– Combien de temps a duré la relation avec votre cousin ?
– Elle a commencé une semaine après la rupture avec mon petit ami pour se terminer le jour où je lui ais enfoncé ce bout de verre dans le cœur. »

 

Sans vraiment que je comprenne, mes mains se crispèrent sur ce bout de papier et mes yeux se posèrent dans le vague. Alors j’étais médiocre comparé à lui… Un sentiment de haine et de colère bouillait dans mes veines. J’avais mal au cœur et cette douleur s’insupportait. Pourquoi n’arrivais-je donc pas à rester extérieur à cette affaire ? A chaque fois que je pensais à lui, que je lisais son dossier, que je le voyais, j’avais l’impression de tromper Hugo. Je voulais l’aider. Recevoir qu’un peu de résultat allègerait cette culpabilité qui me rongeait. Et pourtant, il fallait se rendre à l’évidence. Combien de psychiatre avait essayer avant moi… Combien ? Sa feuille était remplit de nom. Surement des personnes bien plus qualifiées que moi. Alors qu’hier je me sentais mal parce qu’il m’avait quitté, aujourd’hui je comprenais la raison de son rejet.

Alors c’était ça. Son cousin était un meilleur coup que moi. Rageusement je jetais ce dossier jaune par terre et les feuilles blanches se mirent à voler dans la pièce. Etais-je vraiment celui qui pourrait l’aider ? Être avec lui, remuer sans cesse ses souvenirs douloureux, me faisait en quelque sorte plonger avec lui. Pourtant, je ne voyais d’autre solution. Une fois le dossier ouvert et entièrement lu, je ne pouvais l’oublier, oublier sa détresse sans avoir fait un geste pour l’aider, au risque de me casser le nez. J’étais peut-être vaniteux et ne supportais pas l’échec, je prenais le risque avec Ilian. Je ne savais pas pourquoi, mais il le fallait.

 

Tellement pris dans mes pensées, je ne vis pas arriver le directeur, qui regardait les feuilles sur le sol.

– Tu n’as pas l’air de bonne humeur Jaeden…Dit-il, un sourire en coin.
– Désolé, un petit pique de colère. Me justifiais-je, me levant rapidement.

 

Je le vis alors s’abaisser et ramasser les feuilles blanches. Une grimace tordit sa bouche lorsqu’il comprit de quoi il s’agissait.

– Jaeden, il faut que tu attendes un peu avant d’avoir des résultats. Me dit-il, tendant le paquet de feuilles.
– Je sais, ce n’est pas pour ça que j’ai balancer les feuilles. Mentis-je, évitant son regard.

 

Il ne répondit rien. Sans doute savait-il que je mentais et peut-être même savait-il qu’Ilian et moi nous nous connaissions. Mais s’il ne le disais pas, peut-être pensait-il la même chose que moi.

– Tu as mangé ? Demanda-t-il, regardant sa montre
– Non, pas encore. Répondis-je en haussant les épaules
– Et bien tu vas devoir attendre la fin de ton entretien, il commence dans 10 minutes.

 

Surpris, je posais mes yeux sur ma montre que affichait 13 h50. Je n’avais pas vu le temps défiler, trop pris dans ma lecture du dossier et dans ma colère. Je la ressentais encore, et ce n’était vraiment pas bon pour cet entretien qui approchait. Je lançais un petit sourire au directeur puis sortit de la pièce, emportant avec moi le dossier d’Ilian. Je pris de nouveau l’ascenseur et monta au cinquième étage où se trouvait les salles d’entretien. J’entrais rapidement dans la mienne, m’asseillant sur la chaise, en face de l’ordinateur, un nœud à l’estomac.

 

Plus les minutes passaient et plus je ressentais ce stress en moi grandirent au maximum. J’étais un piètre débutant en psychiatrie finalement. Fébrilement je pris un stylo et m’amusais à le passer entre mes doigts. Je luttais avec cette colère toujours persistante, essayant de faire le vide en moi au maximum. J’entendis la porte s’ouvrir puis se refermer. Ilian venait d’entrer dans la pièce. Pourtant je ne me retournais pas. Lorsque je le vis arriver dans mon champs de vision, la colère qui s’agitait en moi augmenta d’un cran. Je mourrais d’envie de le traiter de tous les noms mais… J’étais son psychiatre en premier.

– Bonjour Ilian. Assieds toi, je t’en prie. Dis-je nerveusement, essayant de rester le plus calme possible.

Bien sûr, il ne me répondit pas, continuant son petit jeu de l’homme vide de toute expression. Il s’asseya, ne me regardant même pas. Visiblement il attendait que ce soit moi qui « mène la danse »

– J’espère que cet entretien se passera mieux que la dernière fois. Dis-je, souriant rapidement.

Je pris mon stylo en main et rassemblais mes feuilles blanches. Notre relation ne serait que professionnelle et elle commençait aujourd’hui, immédiatement. Il n’avait pas l’air d’être du même avis que moi car il s’enfonça dans la chaise, mettant ses bras croisé contre son torse, en signe de protection. Visiblement, une fois de plus, il ne me rendrait pas la tâche facile.

– Bien. Aujourd’hui nous allons commencer par le tout début. Dis-je, prenant le dossier jaune, et l’ouvrant à la première page.

Mes yeux passèrent rapidement dessus alors que je le connaissais surement par cœur. Je savais qu’il m’écoutait, et peut-être s’en foutait-il, mais au moins il m’écoutait.

– Alors, nous allons donc parler de ta présence ici. Cela te convient ? Demandais-je, essayant de le faire intervenir.

Biensûr, il ne me répondit rien. Mais ses yeux parlaient pour lui. Une légère curiosité les animait, comme s’il attendait impatiemment la suite des évènements. Ce jeu m’énervait, mais j’essayais de ne rien laisser paraitre.

– Tu es donc ici pour le meurtre de ton cousin, Ewen Abbay. C’est bien cela ? Arrêtes moi si tu veux parler, n’hésites pas. Dis-je, ressentant une poussé de colère à l’entente de ce nom qui me dégoutait maintenant.

Il ne répondit rien mais je pu voir son regard sciller légèrement à l’entente du prénom de son cousin. Mes sourcils se froncèrent. Commençais-je à le toucher avec mes mots ?

– En tout cas, c’est ce qui est écrit ici, et tu n’as jamais démenti la version du procès, allant même jusqu’à l’affirmer. Il y a quelque chose qui cloche pourtant. Tu acceptes tout ce que l’on t’as dit, et tu continues à faire cela depuis le procès. Est-ce que aujourd’hui,tu pourrais me raconter ta version des faits ? Déclarais-je, lui faisant comprendre que je n’abandonnerais pas tout de suite.

Mais alors que je commençais tout juste à me débarrasser de cette colère et à retrouver mon assurance, il posa son regard sur moi. Ce même regard qu’il m’avait lancé lors de notre première entrevu. Un regard qui me fit frissonner tant il était vide de toute expression. Je me sentais mal à l’aise, il avait appris l’art de déstabiliser les gens après tout ce temps passé ici. Je sentis ma colère reprendre peu à peu place en moi. Il voulait jouer à ça, alors j’allais y participer.

– Ilian, je t’offre l’occasion de parler, de t’exprimer toi personnellement. Je suis là pour t’aider, et ce n’est pas en restant silencieux que ça va pouvoir marcher ! A quoi ça sert que des personnes viennent te voir dans l’optique de t’apporter quelque chose, et de les rejeter ainsi. Notre travail est de t’écouter, pas que tu nous écoutes parler. Dis-je, essayant de soutenir son regard.

Oui. Je perdais patience. Le bout de procès que j’avais lu et sa manière de me faire comprendre qu’il n’en avait rien à faire de me voir ici m’énervait au plus au point. Peut-être cette réaction n’était pas professionnelle mais à ce stade là, je n’en n’avais plus rien à faire, exaspéré par son visage vide.

– Alors j’attends, sinon je vais le faire à ta place, je te préviens. Le menaçais-je

Encore une fois, il ne répondit pas, me regardant le plus froidement possible. Très bien. La première idée qui me vint en tête fut le mensonge. Je me rappelais les crises qu’il me faisait lorsqu’il m’arrivait de lui mentir sur quelque chose. Peut-être étais-ce cela…

– Bon et bien je me lance…Je me rappelle comment tu n’aimais pas qu’on te mente. Tu avais une parfaite aversion pour le mensonge. C’est ce qu’il t’as fait, n’est-ce pas ? Il t’a mentit, et tu n’as pas pu le supporter ?

Il ne fut pas troublé, rien, gardant un parfait contrôle de soi, alors que moi, je bouillais de l’intérieur. Je pris son silence pour un non, continuant sur ma lancée, même si je me sentais de plus en plus mal à l’aise.

– Ou alors, tu as eu tout bonnement assez de lui, et tu l’as tué sous un coup de folie apres une dispute.

Cette hypothèse était peut-être pathétique mais pas moins invraisemblable. Il garda cet air, me scrutant sans me lâcher des yeux. Je perdais pieds, laissant la colère prendre le contrôle de ma parole.

– Tu étais bourré ? Tu avais consommé des produits illicites ?

Aucun son ne sortit de sa bouche, et cette dernière constatation acheva de me faire tomber. La dernière limite brula par le feu de ma colère qui maintenant prenait le contrôle total de mon corps, et de ma raison.

– Ilian, tu pourrais me répondre quand même ! M’écriais-je, serrant les poings.

A cet instant, plus aucune pensées n’étaient retenues, et je sortis la plus déroutante et inimaginable qui me passa par la tête.

– Alors tu vas me dire que ton cousin, que j’appréciais énormément, t’as violé et que tu t’es vengé ? Sors moi n’importe quoi, mais dis moi quelque chose.

Alors que j’allais enchainer, je vis son visage se décomposer, et ses yeux s’agrandirent sous la surprise. Je me calmais aussitôt pensant que quelque chose n’allait pas. S’en doute y étais-je aller trop fort et cette hypothèse l’avait blessé. Mais alors que j’allais m’excuser, je le vis reprendre son air impassible, son visage sans expression, et ses yeux d’un froid glacial. J’abandonnais. Comment pouvais-je l’aider s’il ne le voulais pas lui même ? Dégouté, je laissais échapper mes pensées, sans m’en rendre compte.

– Je trouve quand même bizarre que tu ais commencé à coucher avec ton cousin juste après notre rupture…

Mais pour la deuxième fois depuis notre entretien, je vis son visage changer d’expression, tremblant sous la colère. Le regard noir, il était terrifiant.

– Qu’est-ce que ça peux te foutre ?!? Cria-t-il, hors de lui.

Avant que je n’ai pu le retenir, il sortit de la pièce claquant la porte au passage. J’y avais été trop fort. Un sentiment de culpabilité m’envahit et je voulus le rattraper, mais alors que j’ouvrais la porte le regard surpris du directeur regardant dans la direction d’où était partit Ilian, m’arrêta.

– Je ne comprends pas ses réactions…Comment tu fais ? Demanda-t-il, sérieux.
– Je…Je ne sais pas…Soufflais-je troublé.

Il ne me répondit rien, le visage impassible, puis me tendit une feuille. Surpris, je la pris en main.

– L’emploi du temps d’Ilian. Avec les heures de vos entretiens. Tu devrais rentrer chez toi, tu es pâle…Lança-t-il partant.

Mes yeux se posèrent sur ce bout de papier, plus précisément sur la date de demain.

– Attends ! M’écriais-je, le faisant stopper. J’aimerais assisté à la visite de sa mère.
– Tu n’en as pas le droit. Dit-il, sur un ton professionnel
– Mais…
– Jaeden, tu ne peux pas y assister…

Je soufflais légèrement déçu de ne pouvoir y assister. Je voulais savoir s’il parlerait à sa mère. Je voulais la revoir. Et je voulais savoir sa réaction. Mais alors que je me retournais, dans l’intention de regagner mon bureau, j’entendis la voix du directeur, retentir une nouvelle fois.

– Mais tu peux aller faire un tour à cette heure là, afin de surveiller s’il n’y a aucun dérapage.

Je le vis me lancer un petit sourire en coin et se retourner, surement pour retourner dans son bureau. Moi, je me sentais vibrer. Décidément, j’admirais cette personne. Demain, j’allais détourner certaine règles pour me mettre en avantage. La discussion entre Ilian et sa mère pourrait peut-être m’apporter quelque chose. Rien qu’un tout petit quelque chose. Inconsciemment, je suppliais le destin qu’il soit en ma faveur, comme il l’avait si souvent été depuis quatre ans.

Lentement, je me dirigeais vers le réfectoire, afin de prendre un petit quelque chose car je sentais mon estomac crier famine. Je descendis au deuxième étage et rentra directement dans les cuisines. A cette heure-ci, plus personne ne servait. Je m’approchais du frigidaire et y sortit de quoi me faire un sandwich. Quelques minutes plus tard, je me trouvais sur mon bureau, mordant à pleine dents dans cet américain fait maison. Mes bien vite, trop à mon goût, mes pensées se dirigèrent une nouvelle fois sur Ilian.

J’avais merdé. Et en beauté même. Je ressentais toujours cette colère en moi, mais beaucoup moins vive. Pendant trois ans je n’avais cesser de me torturer les méninges, cherchant chez moi quelque chose qui clochait. J’avais finis par croire que tout était de ma faute, m’enfonçant un peu plus dans ma dépression. Mais la vérité éclatait aujourd’hui, il avait craqué. D’un côté, je le remerciais de m’avoir quitté avant, car j’aurais eu le coeur deux fois plus brisé.

Une fois le sandwich terminé, je me mis à finir la lecture de ce dossier. Bien enfoncé dans le fauteuil en cuir marron, les pieds sur le bureau, je lisais chaque mots de ce procès, qui au fil du temps, m’arrachait des frissons d’horreur. L’être représenté sur le papier était un horrible meurtrier et cette vision me glaçait le sang. Mais je continuais, lisant chaque mots, chaque remarques. Je passais aux avis laissés par ses anciens psychiatres, tous disant plus ou moins que le cas d’Ilian, était en quelque sorte désespéré, inéchangeable.

Je ne vis pas vraiment l’heure tourner, lisant, analysant chaque détail qui pourrait peut-être m’aider. Mais rien de ce qui était écris ne pouvait m’aider, car tous ne trouvait aucune issues. La palissade à franchir était énorme et personne n’était encore arriver au sommet. Un soupire passa le barrage de mes lèvres et doucement, je posais mes pieds au sol, et le dossier sur la table. Ma tête contre le dossier, je laissais mon regard parcourir ce paysage froid entouré du manteau noir de la nuit. La lune se reflétait dans le lac, rendant cet endroit magnifique de nuit…La lune ?

Soudainement je me relevais, regardant ma montre. Un juron franchit mes lèvres lorsque je m’aperçus qu’il était 22 heures passé. A trop penser à Ilian j’en avais totalement oublié Hugo. Affolé, je remis rapidement ma veste sur mon dos, rangeant en même temps tout le dossier dans ma sacoche. J’éteignis toutes les lumières et fermais la porte à clé. Fonçant vers l’ascenseur, je pris mon téléphone en main, composant un numéro que je connaissais par cœur. Mais personne ne décrocha. Deux hypothèses possible. Ou bien Hugo était rentré et m’attendait patiemment pour une engueulade spectaculaire, ou il était chez sa mère, et bouillonnait de l’intérieur, acquiesçant aux dires de sa mère, déversant son venin derrière mon dos. Alors que je sortais de l’ascenseur, je réesseyais une nouvelle fois, mais encore cette tonalité incessante. Ce fut au bout de la troisième fois qu’ Hugo décrocha.

– Vas te faire foutre ! Cracha-t-il, me raccrochant au nez.

Dépité, je me dirigeais vers ma voiture et rentrais dedans. Assis sur le côté conducteur et laissais mes mains crispées au volant.

– Et merde ! Soupirais-je, alors que je démarrais, avec une mauvaise volonté.

Plus les kilomètres me séparant de notre appartement diminuaient, plus je redoutais la confrontation. Il était en colère, et lorsqu’il l’était, ce n’était vraiment pas bon. Désespéré, je sortis de la voiture et montais les marches qui me conduisait à mon appartement. Je déverrouillais l’appartement rentrant dans celui-ci plongé dans le noir. Visiblement, il avait opté pour la deuxième hypothèse. Alors il allait rentrer plus énervé que d’habitude. Soupirant, j’enlevais ma veste et mes chaussures, partit dans la chambre prendre un pyjama, que j’enfilais à la va vite. Puis, je m’asseillais dans le canapé, prêt à attendre le retour de mon amant.

Celui-ci ne tarda pas, se faisant entendre même par les voisins, tellement la porte avait claquée fortement. Sans un regard pour moi, il partit mettre le restant du gâteau habituel de sa mère dans le frigidaire. Je choisis cette occasion, non sans appréhension, pour aller l’affronter.

– Excuses moi Hugo…Fis-je essayant de faire mes yeux de chien battus
– J’ai pas envie de te parler. Cracha-t-il, fermant violemment la porte du frigo.

Il voulu me contourner, mais bien vite je lui pris un bras, le forçant gentillement à rester à mon niveau.

– Je suis désolé, j’ai pas vu l’heure tourner…Me justifiais-je tant bien que mal

Mais il se défit bien vite de mon emprise, me regardant aussi froidement que le faisait Ilian.

– Trois heures de retard ! Une demi heure je veux bien, une heure ça passe ! Mais Trois heures ! T’es qu’un connard Jaeden ! T’es un beau salaud. Quand il s’agit de ton petit monde tout est parfait, et il faut se conformer a TES règles, mais lorsqu’il s’agit de moi, de MA famille, t’es même pas foutu de foutre ton égoïsme de côté ! Lança-t-il serrant les poings.

Sous le choc, je ne fis rien pour l’arrêter, entendant la porte de notre chambre claquer violemment. Alors c’est ça qu’il pensait de moi… Ok. Sans un mot, me moquant de mon apparence et de mes vêtements, j’enfilais ma veste, et pris ma sacoche, puis je sortis, non sans claquer la porte à mon tour. J’avais peut-être merdé avec lui aussi, mais ses paroles m’avaient vraiment blessé, surtout après tout ce qu’il représentait pour moi. J’entrais dans ma voiture et me dirigeais vers la seule personne en qui j’avais confiance en dehors d’ Hugo, même si je ne l’avais plus reparlé depuis notre dernière altercation.

10 minutes plus tard, je me retrouvais devant la porte de Kain, frappant timidement. Il m’ouvrit, visiblement surpris d’avoir de la visite à cette heure-ci. Ses cheveux châtains étaient en bataille, et il portait toujours son uniforme d’infirmier. Ses yeux verts était cernés…Visiblement je venais de le réveiller.

– Jaeden ? Qu’est-ce que tu fais là ? Demanda-t-il, essayant de rabattre ses cheveux.
– Je me suis engueulé avec Hugo…Tu m’accueilles chez toi ? Fis-je, géné.

Il acquiesça et me laissa entrer. Sans un mot j’enlevais ma veste et mes chaussures puis m’affalais dans le canapé, plongeant ma tête dans un coussin.

– C’est à cause d’Ilian ? Demanda-t-il ,l’air de rien.
– Fous moi la paix avec lui…Soupirais-je las.

Je l’entendis émettre un petit rire, puis reprendre son sérieux. Le canapé s’affaissa et je sentis sa main se poser sur mon épaule.

– Qu’est-ce qui s’est passé ? Dit-il, sérieux.
– J’ai oublié un diner chez sa mère. Répondis-je, la voix étouffée par le coussin.
– Ah…à cause d’Ilian ?
– T’es chiant Kain ! J’étais perdu dans un dossoier…
– Et le seul dossier que tu as es celui d’Ilian, quand je te disais que le revoir t’apporterais des ennuis.
– T’es pas ma mère.
– Oui c’est vrai, tiens et si je la mettais au courant ?

Brusquement, je me retournais, le surprenant. Mon regard noir se posa dans le sien, lui faisant bien comprendre qu’il en était hors de question.

– Ok…Je dirais rien, mais fais pas de conneries…Dit-il, battant en retraite.

Rapidement, je me rallongeais dans ce canapé, réprimant un bâillement.

– Et pourquoi c’est l’autre qui est dans ton appart ? Repris-t-il, faisant une légère grimace.
– C’est Hugo et il est dans notre appart. C’est moi qui est fait le con non ?
– Ouais, si tu le dis…
– Arrête, il t’as rien fait…Dis-je, crevé.

J’étais las de cette rancœur qu’avait mon frère pour Hugo. Ces deux là ne se supportaient pas, impossible de les mettre dans la même pièce sans qu’ils ne se bouffent le nez. Et je n’avais jamais compris pourquoi. Mais Hugo me disait que c’était physique…

Sans un mot, il se leva et éteignit la lumière. Je l’entendis se déshabiller et rentrer dans son lit. Je l’entendis me dire bonne nuit, mais je ne lui répondis pas, le sommeil me prenant par surprise.

**

Le lendemain, je me réveillais brusquement, sursautant lorsqu’une casserole tomba sur le sol. Un juron fut poussé, et je me redressais regardant mon frère, un œil fermé à cause de la lumière.

– Mais qu’est-ce que tu fous ! M’écriais-je, passant une main sur mon visage.
– Je range un peu, ce soir Savanah vient dormir ici, et je finis mon service juste avant qu’elle arrive. Se justifia-t-il en haussant les épaules.
– Ça à l’air sérieux entre vous, combien de temps, trois mois ?
– Ouais c’est ça, trois mois, je suis bien avec elle.

Je lui fis un sourire puis me recoucha, mais bien vite le bruit assourdissant d’un aspirateur mis en marche, acheva de me décider, et je me levais, me dirigeant vers la salle de bain. Je pris un douche rapide, sortant de la salle de bain en serviette.

– Kain ! Criais-je, afin de me faire entendre par mon frère.
– Quoi ? Répondit-il, dérangé.
– Je peux t’emprunter des fringues ?
– Oui oui, sers toi.

Il remis l’aspirateur en route puis je m’approchais de sa commode et y sortit un jean kaki avec une chemise noire. Je les enfilais rapidement, voyant l’heure. Dans moins d’une heure, la mère d’Ilian se rendrait à l’hôpital pour parler à son fils, et je ne voulais surtout pas manquer ça.

Je partis quelque minutes plus tard, faisant un bref salut à mon frère, trop absorbé dans son ménage. Vingt minutes plus tard, je me trouvais devant l’hôpital, faisant l’habituel trajet jusqu’à mon bureau. J’y laissa rapidement mes affaires et m’asseya sur mon fauteuil. Sans réfléchir je pris le combiné, mais alors que j’allais composer son numéro, je m’avisais. Un petit sourire étira mes lèvres. J’allais lui faire une surprise et aller le chercher voir à son boulot, et s’il me pardonne, aller déjeuner avec lui. Même si ces mots me faisaient toujours mal, la nuit m’avait calmé et je les avait mérité…

Mes yeux se posèrent sur ma montre et je me levais, il était temps. Je pris l’ascenseur et monta à l’étage des salle d’entretiens. Je pris la direction des salles de visites. Silencieusement j’entrais, regardant autour de moi. La salle était assez grande. Les murs peints en orange essayait de donner un peu de vie à l’endroit. Des tables rondes en plastiques blanches étaient disposé sur une ligne rectiligne ou une vitre en verre séparait le coin visiteur de patient. Je vis Ilian assis devant sa mère. Celle-ci je ne l’a vis pas, étant de dos à moi. Je me rapprochais doucement, veillant à ne pas me faire remarquer de mon patient. J’entendis alors la voix de sa mère. Celle que je connaissais douce et tendre était aujourd’hui l’opposé parfait.

  • Avec le regard de tous les voisins sur nous depuis le procès, le voisinage est devenu de plus en plus hostile. Enfin mets-toi à ma place, moi, la mère d’un meurtrier. Nous avons était dans l’obligation de déménager, ton père, ta sœur et moi, afin de retrouver un peu la paix. Ce qui fait que je vais pouvoir venir moins souvent au vu de la distance. Tu ne peux t’en prendre qu’à toi-même à ne faire strictement aucun effort. Franchement qu’est ce que tu es venu foutre ici ? Finalement, la prison t’aurais peut être fait beaucoup plus d’effet. Tu n’en serais certainement pas là. Au revoir Ilian, à dans quelques mois, j’aurais peu de temps pour toi avec le déménagement. Réfléchi à ta manière de faire, et au désordre que tu as causé dans notre famille. Tout cela tu le mérites finalement.

Ces mots me glacèrent le sang, et je ressentis toute la fureur qu’Ilian essayait de cacher en lui. Si cela avait été moi, je lui aurais sauté à la gorge, lui faisant ravaler cette langue de vipère. Comment pouvait-elle dire des choses aussi horribles à son unique fils ? Le voir aussi renfermé ne m’étonnait plus du tout, et un sentiment de tristesse m’envahit. Je vis alors la mère d’Ilian se lever d’un coup, mais je n’eus le temps de me cacher, que le regard froid d’Ilian se posa sur moi. Je le soutins malgré moi, voulant me montrer réconfortant, lui donner un peu de mon aide.

Je le vis alors se lever, mais un peu trop précipitamment car la chaise tomba au sol. Ses poings serrés me montraient que je n’étais pas le bienvenu ici. Il marcha d’un pas rapide vers la sortit, achevant de me faire comprendre qu’il me détestait plus que tout. Dans un soupire, je sortis moi aussi de la pièce. Je ne voulais pas croiser sa mère, et j’avais besoin d’être seul.

Je marchais dans les couloirs dans le seul but de mettre en ordre mes pensées. Trop de choses avaient changés depuis mon départ, trop de choses et cela me faisait tourner la tête. Alors que pour moi tout allait bien, pour lui, tout allait mal. Cette histoire était un cercle vicieux, dont je ne trouvais pas la sortie. J’étais engrené dans son système, attendant un signe, n’importe quel signe. Je ne sais pas combien de temps je restais là à tourner en rond dans ses couloirs, mais l’agitation qui y régnait me fit arrêter toutes ces pensées noires.

Beaucoup d’infirmières, de médecins courraient dans tous les sens comme si un incendie faisait ravage. Prenant peur, j’attrapais le bras d’une infirmière. Celle-ci me regarda d’abord furieusement, puis en voyant mon air d’incompréhension, elle se radoucit.

– Un patient a fait une tentative de suicide. Déclara-t-elle sérieuse.
– Quel patient ? Demandais-je fronçant les sourcils
– Celui qui a tué son cousin.

Ces six mots me firent lâcher prise, et l’infirmière se retourna pour s’engouffrer dans le vaste ascenseur. Un sentiment de culpabilité énorme m’aseilla et je dus me tenir a la rambarde près de moi pour ne pas que mes jambes me lâche. Son état de fureur était tel qu’il m’avait donné la frousse lorsqu’il était partit. Est-ce à cause de moi ? Je ne vois pas d’autre cause. Lui aussi luttait avec ses souvenirs du passé, je n’étais pas le seul à trouver cela dure, mais je ne l’avais pas remarqué, trop plongé dans mes sentiments à moi. Hugo avait raison, je n’étais qu’un sale égoïste.

Mes pas me reconduisirent directement à mon bureau. En plus d’être égoïste, j’étais lâche. Je ne voulais pas aller le voir, en tout cas pas maintenant. Je voulais un peu de calme, même cinq minutes me suffirait, mais je n’eus même pas ce petit délai, que la porte s’ouvrit violemment, me faisant sursauter. Je vis le directeur,les traits tirés, et le visage appartement furieux.

– Lorsque je te dis qu’il faut découvrir ce qu’il cache, je ne te demande pas de le pousser au suicide ! Dit-il, calmement, mes ses yeux trahissaient sa colère.

Sans un mot, je m’assaillais dans mon fauteuil et prit ma tête entre mes mains. Toute cette histoire me donnait mal au cœur, et mal au crane. Ilian avait faillit perdre la vie, et je ressentais toute mon âme entière hurler de tristesse.

– Tu as surement trop forcé sur les mots Jaeden. Je sais bien que c’est un cas difficile mais ne perd pas patience.

Je sentis sa main réconfortante sur mon épaule, et un soulagement réconforta mon âme. Mais je savais qu’il fallait que je le vois, que je lui parle, que je m’excuse.

– Dans quelle salle est-il ? Demandais-je la tête toujours entre mes mains.
– Dans la deuxième salle de l’infirmerie. Nous avons stabilisé son état. Dit-il, se dirigeant vers la porte.
– Il dort ?
– Oui, mais tu devrais aller le veiller.

Il sortit de la pièce, me laissant seul à mes réflexions. Il avait raison, et le moment était venu. Je devais me montrer à lui, en étant moi-même et non son psychiatre. Doucement, je me levais et ouvrit un tiroir d’une petite commode. Kain me l’avait donné « au cas où un patient sauvage ne veuille ma peau ». Je pris le peau et l’ouvrit. Une crème verte, assez visqueuse était à l’intérieur. Cette crème accélérait le processus de cicatrisation, et atténuait la douleur. Peut-être l’aiderais-je, physiquement.

Je sortis à mon tour de la salle. 10 minutes plus tard, je me retrouvais devant cette salle, où je pouvais voir mon patient complètement endormis, à travers les stores. D’un côté, cela me soulageait, je ne sais pas comment il aurait réagit en me voyant débarquer, la peur au ventre.

Fébrilement, j’abaissais la poignée, et m’engouffrais dans l’atmosphère pesante de la salle. Son bras bandé gisait près de lui. Je ressentais un pincement au cœur, lorsque mes yeux rencontrèrent son doux visage. Là, il ressemblait à celui que j’avais aimé, et cette constatation me troublait. Sans le lâcher des yeux, je m’assaillais dans un fauteuil, et attendis, patiemment.

Ce n’est qu’une heure plus tard qu’il se réveilla, secouant légèrement sa tête. Un grimace de douleur étira ses lèvres lorsqu’il remua son poignet, mais aucun son ne sortit de sa bouche. Doucement, il s’assailla sur le lit, et son regard froid se posa sur moi. Je pu voir quelques minutes une lueur d’étonnement briller dans ses yeux, mais comme d’habitude, elle était remplacé par un regard froid, presque tueur. N’en tenant pas compte, je me levais, et m’assaillais sur un côté de son lit, posant mon regard dans le vague, droit devant moi. Je ne savais pas vraiment quoi lui dire, n’y même s’il allait m’écouter. Mais pour une fois, je laissais mon cœur parler, allégeant le poids qui pesait sur mon âme.

– Excuses moi Ilian. Je suis un piètre psychiatre. Trop aveuglé par mon envie de savoir ce qu’il t’étais arrivé, je n’ai même pas remarqué que tu allais mal. Dis-je, faiblement.

Il ne répondit rien, continuant de me regarder, stoïquement. Doucement, je tournais ma tête vers lui, croisant son