Nothing to prove – Chapitre 10

Chapitre 10 écrit par Lybertys

Le directeur attrapa brusquement le bras de Jaeden, l’attirant avec lui certainement pour lui passer un sérieux savon et surtout le renvoyer, annihilant toute possibilité de le revoir un jour. Mon cœur battait faiblement, comme si il se résignait lui aussi. J’aurais voulu en finir là, maintenant tout de suite, aller m’effondrer dans un coin jusqu’à ce que la mort vienne enfin chercher son du. Mais voudrait-elle seulement de moi. Je ne voulais plus voir personne, je ne voulais plus me lier à qui que ce soit. La seule chose que je désirais, était d’être seul, totalement seul jusqu’à la fin. Je ne voulais plus de toutes ces personnes autour de moi. Je voulais que tout le monde baisse les bras, et me laisse finir le travail de ma propre destruction. Je ne vis même pas mon père s’approcher et s’asseoir en face de moi, l’air furieux. Chaque inspiration était plus périlleuse, mais je ne voulais pas montrer à mon père mon état dévasté. S’il voyait à quel point j’étais faible, il aurait encore plus de force en jouissant de sa supériorité. Je me redressais, essuyant ma seule larme, je lui fis face avec ce regard froid, trop vide pour inspirer de la crainte, mais assez puissant pour instaurer une distance. Je ne voulais pas qu’il m’atteigne, et pourtant, il le réussit parfaitement…

– Ilian ! Souffla mon père en maîtrisant sa colère.

Depuis combien de temps ne l’avais-je pas vu. Ses traits étaient tirés, ses rides plus marquées, mon père avait vieillit…

– Tu es…

Il se reprit, il cherchait ses mots, certainement ceux qui font mal, avant d’inspirer et de me cracher au visage, tel un venin fourbe et radical :

– Tu as détruit toutes les personnes autour de toi, et il a fallut que tu le détruises lui aussi ! Sa carrière est foutue ! Tu n’aurais pas pu prévenir le directeur que tu le connaissais ? Non bien sur que non ! Tu profites toujours de la gentillesse des autres, c’était comme pour ton cousin. Encore une fois tu n’en fais qu’à ta tête, tu n’es qu’un égoïste.

Il se leva brusquement, n’attendant aucune réponse de ma part. Levant les yeux vers lui, je vis qu’il me toisait de toute sa hauteur. En guise d’au revoir, mon père me dit très sèchement :

– Je regrette d’avoir fait tous ces kilomètres pour te voir, mais j’ai retenu la leçon. Continues à pourrir ici, c’est certainement là que tu feras le moins de mal aux autres. Et si tu sors un jour, ne compte pas venir chez nous ! Tu ne fais plus parti de notre famille depuis longtemps, je considère mon fils comme perdu.

Il tourna les talons, et quitta la pièce en claquant la porte. Plusieurs yeux étaient posés sur moi, y compris ceux de l’infirmière. Ils n’avaient pas entendu la conversation, mais il avait vu mon père me tourner le dos. Je me levais, ne désirant qu’une chose, regagner ma chambre pour m’effondrer, gardant le peu de dignité qu’il me restait en ce lieu. Je n’avais plus rien. J’avais tout perdu, ma famille, ma vie, et même le seul homme qui avait jamais compté pour moi. Je leur avais à tous fait du mal, mais savaient-ils ce que je vivais ? Mieux valait que je disparaisse, que je m’efface. Loin de tout, inatteignable, je ne pourrais plus toucher personne. Alors que je prenais la direction de ma chambre, suivi de près et surveillé par l’infirmière, je fus stoppé dans le couloir par un homme se tenant droit comme un i au milieu du couloir, me fusillant du regard.

– Ilian, suis-moi dans mon bureau.

C’était un ordre cachant tellement de colère qu’il ne me laissait pas le choix. Il fit brusquement demi-tour, et l’infirmière s’éloigna de l’autre côté. Résigné je le suivis, me disant que ce ne pourrait pas être pire que ce que m’avait dit mon père. Une fois dans le bureau, il ferma la porte derrière nous et m’invita à prendre place sur le fauteuil en face de lui. Il m’examina d’un regard qui me déplu, et je n’eus cependant aucun mal à utiliser ma carapace.

– Je croyais que tu connaissais les règles Ilian ! Tu es pourtant ici depuis quelques années maintenant.

Je restais là, le regardant impassible, du moins du mieux que je le pouvais. Mon silence eut raison de sa patience.

– Tu fais une énorme bêtise et tu ne trouves rien à me dire ?

– Vous… Vous l’avez renvoyé c’est ça ? Lui demandais-je avant même de m’en rendre compte, et de réaliser à qui je le disais.

– De quoi !! Ne te préoccupe plus jamais de lui Ilian. C’est terminé, je ne veux plus que tu le revois, et encore moins que tu lui parles. C’est finit, il ne s’occupe plus de ton cas, il vient de rendre le dossier. Tu as de la chance que je ne le renvoies pas ! Tu te rends compte ce que tu lui as fait. Sa carrière pourrait être totalement foutue en l’air si ça se savait. Je connais bien Jaeden et l’importance qu’il voit à sa carrière. Il a tout risqué rien que pour toi ! Ça me dépasse.

Il prit un temps pour respirer, sa colère l’ayant emporté avant de reprendre de plus belle :

– Tu aurais pu me le dire dès le départ, que toi et Jaeden avait eu une aventure dans le passé.

Il se tut s’asseyant à son bureau tentant de se calmer. Après un lourd silence qui me parut durer une éternité, il reprit autoritaire me regardant droit dans les yeux :

– J’ai fait assez d’erreur avec toi ! Mais c’est fini. Je vais me charger personnellement de ton cas. A partir de maintenant je suis ton psychiatre. Je t’interdis formellement de tenter de le revoir et si jamais tu tentes de le faire quand même, pense à lui avant de penser à toi !

Le directeur ne dit plus rien, et je ne fis rien pour l’inciter à poursuivre. Le message était clair, je n’attendais plus qu’une chose, retourner dans ma chambre, fermer la porte et espérer me réveiller enfin de ce cauchemar qui durait de puis trop longtemps. Le directeur finit par me donner la permission de sortir, me disant que nos séances ne commenceraient que dans une semaine le temps qu’il analyse mon dossier. Une fois dans ma chambre, il me fallut très peu de temps pour me glisser dans mon lit, m’enroulant dans ma couette comme pour me protéger, la photo de Jaeden à la main. C’était la seule chose qu’il me restait de lui maintenant…

Tout était foutu. Mon cœur était de plus en plus douloureux. Tout mon être hurlait une solitude que je ne pouvais obtenir. Je ne supportais plus tous ces gens autour de moi, même ceux qui marchaient dans le couloir m’oppressaient. Et ce fut bien évidemment à ce moment là que ma porte s’ouvrit à la volée. Je cachais la photo vivement, alors que j’apercevais Melvin dans l’encadrement de la porte, avec un grand sourire.

– Ilian ! Dit-il en accourant vers moi.

Sans me laisser le temps de réagir ou de dire quoi que ce soit, il s’assit sur mon lit à côté de moi, ignorant mon état. C’est au moment ou il me brandit un livre qu’il me dit excité comme une puce :

– Il faut que tu lises ce livre, il est génial !

Il posa sa main sur mon épaule et se pencha vers moi, avec une telle aisance et une telle décontraction que je ne le supportais pas. Il empiétait sur mon peu d’espace et mes nerfs lâchèrent. Très brusquement, je le poussais du lit, le faisant presque tomber sur le sol, en lui hurlant de dégager.

La porte de ma chambre était ouverte et mon cri ne du pas passer inaperçu.

– Ilian ? Mais qu’est ce qui te prend tu es fou ?

Le fait qu’il emploie ce terme me fit exploser d’un rire étrange pendant un court instant, avant de lui lancer :

– Sors de cette chambre et fous moi la paix !
– I… Ilian, bégaya-t-il comme sous le choc.

– Tu ne comprends pas quand je te parle ! Vociférais-je hors de moi.

C’est à ce moment là qu’une infirmière déboula dans ma chambre, une seringue à la main, cette même infirmière qui m’avait vu avec mon père.

– Ilian, dit-elle froide alors que Melvin reculait dans l’optique de s’enfuir de ma chambre. Ne m’oblige pas à me servir de ça, rajouta-t-elle en me pointant du doigt la seringue au cas où je ne l’avais pas vu.

Les larmes commencèrent à couler sur mes joues, mais je ne m’effondrais pas, non c’était la rage qui me faisait encore tenir.

– Sortez d’ici, foutez-moi la paix, dis-je en regardant partout dans la chambre.

Elle du interpréter mon geste comme si je cherchais à prendre un objet à lui lancer. Mes poings étaient serrés, elle s’approchait dangereusement de moi. Je savais que Jaeden ne serait pas là cette fois-ci pour m’aider. J’étais seul, mais ce n’était pas de cette solitude que je voulais. Il fallait pourtant que je m’y habitue, même si elle serait plus dure à surmonter qu’avant…

Lorsqu’elle fut à ma hauteur, je me débattais sans conviction, criant sans plus trop savoir ce que je disais. La suite se passa très vite, le produit me fut injecté, je me sentis devenir vaseux, avant de tomber lourdement sur le sol. Un souffle s’échappa de mes lèvres, telle une supplique, implorant qu’on me laisse en paix avant de sombrer, inconscient. Il n’y avait plus Jaeden pour me prendre dans ses bras, ni personne pour me protéger de mon passé. Avec ce calmant, j’étais forcé de faire face à mes souvenirs, et même le souvenir de Jaeden ne serait pas assez fort…

Je restais trois jours dans ce lit, m’arrachant la perfusion à chaque cauchemar, incapable de mettre un pied par terre. Le directeur venait me voir tous les jours, et chaque nuits j’espérais secrètement et égoïstement que Jaeden irait au delà des règles et vienne me voir. Nous n’avions eu qu’un simple regard pour nous dire adieu. Le quatrième jour, on me força à me lever, et une longue série de jours se poursuivit, plus maussades les uns que les autres. Je ne mangeais presque rien au plus grand damne du directeur. Nos entrevues étaient régulières, mais il ne m’avait pour l’instant fait décroché aucun mot, m’interrogeant souvent sur Jaeden, enfonçant le couteau dans la plaie à chaque fois. Presque un mois avait finalement passé sans que je ne le revois et il me manquait.

J’étais dans le réfectoire, isolé volontairement. Même Melvin ne m’approchait plus. Cameron était en train de manger à la table voisine parlant à un autre jeune. Je ne lui prêtais pas plus d’attention que cela, mais je savais qu’il était toujours le patient de Jaeden, et lorsqu’il prononça son nom, mon oreille fut automatiquement attirée.

– Je vais aller jouer aux échecs avec lui après manger.

Mon cœur se mit à battre très fort avec l’envie folle d’aller au moins l’entrapercevoir. J’en avais l’occasion, telle la tentation d’un interdit. Je savais précisément où il était, j’avais cette possibilité, et après ce mois entier passé sans le voir. Cameron se leva, apparemment impatient de rejoindre Jaeden. J’avais envie de me lever, de le suivre, de pouvoir au moins l’entrapercevoir. Je posais ma fourchette. Je n’avais fait que jouer avec ma nourriture sans rien manger. Je ne devais pas céder, au moins pour lui, au moins pour que l’un de nous deux s’en sorte et se sente mieux. Je posais mon plateau intact, attrapant uniquement ma tranche de pain et sortit me réfugier dans ma chambre. La malnutrition et le peu de sommeil me rendait faible, mais je tenais encore debout. Je pris soin de refermer la porte derrière moi. Un simple coup d’œil sur mon bureau, je n’avais toujours pas eu le goût d’écrire une ligne et j’avais baissé les bras.

J’allais directement dans mon lit, prenant le livre que Jaeden m’avait offert. Je ne comptais plus le nombre de fois où je l’avais lu. A l’intérieur s’y cachait sa lettre et sa photo. Mon regard s’arrêta sur lui, une boule se nouant dans ma gorge. Ce simple morceau de papier ne me suffisait plus. J’avais besoin de le revoir, rien qu’une fois. Le fait de savoir que je pouvais le faire et qu’il ne tenait qu’à moi de faire ce choix, était insoutenable. C’était pourtant l’occasion rêvée. Je n’enfreignais aucune règles, j’allais juste à l’activité. Je ne lui parlerais pas, je croiserais juste son regard. Peut être me redonnerait-il un peu de force… Moi seul savais combien j’en avais besoin. Et lui, comment allait-il ? Etait-il retourné avec Hugo ? Avait-il retrouvé sa vie sans moi, plus paisible et moins douloureuse. J’avais besoin de le revoir, mais qu’en était-il de Jaeden… Lui imposer mon état étais-ce vraiment utile. L’envie était pourtant trop forte et je n’étais qu’un égoïste comme mon père me l’avait fait remarquer. Je n’avais pensé qu’à moi, et je continuais sur ce chemin… Je refermais rageusement mon livre, le rangeant dans ma table de nuit. Mes mains s’entortillaient sous le stress : j’avais autant de bonnes raisons d’y aller que de mauvaises, mais mon choix fut conduit par les bonnes.

Me levant soudain, je me rendis compte que l’activité avait déjà commencé. Depuis combien de temps ne m’étais-je pas rendu à ce genre de choses. La première année, on m’y avait obligé, mais ils avaient fini par me céder, me laissant passer mes journées seul à écrire ou à lire.

D’un pas décidé mais assez lent, je pris le chemin de la salle d’échec. Arrivé devant la porte ouverte, je ne pus faire demi-tour. Mon cœur battait follement, rien qu’à l’idée de l’entrapercevoir. Et il était là, en face de Cameron, jouant une partie d’échec avec lui. Mes yeux brûlèrent d’une lueur de jalousie… Mais le temps où j’étais à la place de Cameron était fini. Jamais plus Jaeden ne s’occuperait de mon cas, tout comme il ne pourrait m’approcher. J’aurais voulu, courir dans ses bras, le serrer fort à jamais, et en finir ici. Rien qu’une dernière étreinte… Si j’avais tenu jusqu’à maintenant, cela en était peut être la cause. Pourtant, cela m’était interdit, pour son bien plus que pour le mien. Je lui avais déjà fait assez de mal. Jaeden était toujours aussi beau. J’aurais pu partir, et le laisser sans qu’il ne me voit, pourtant je voulais juste croiser son regard, rien qu’une fois, après je le laisserais en paix. Le maître d’activité s’aperçut vite de ma présence, apparemment heureux et surpris de ma venue. Arrivé à ma hauteur, je lui dis d’une voix assez impersonnelle, ne sachant en prendre une autre depuis un mois.

– Je ne sais pas jouer.
– Ce n’est rien Ilian, regardes et apprends.

Le maître d’activité me laissa seul, allant d’occuper de deux patients ayant besoin d’aide. A l’entente de mon nom, Jaeden redressa la tête vers moi, et je pus croiser ce regard qui m’avait tant manqué pendant tout ce temps. Il ne quitta pas mes yeux, et mon cœur s’emballa, puisant enfin un peu de force. Même si je savais le mal que je pouvais lui faire en venant égoïstement le voir, je m’en moquais éperdument. Son visage le trahissait, il avait attendu ce moment aussi fort que moi. Lui avais-je seulement manqué aussi fort qu’il m’avait manqué. Je ne pus que sourire légèrement, lui montrant que ma venue n’était pas le fruit du hasard.

Mes yeux dévièrent sa main plâtrée, me demandant qu’elle en était la raison. A son tour son regard dévia sur mon corps. Il devait me trouver affreux et j’avais soudain presque honte de lui infliger l’état dans lequel je me trouvais.

Nous passâmes le reste de l’heure les yeux dans les yeux. J’avais envie que cet instant dure une éternité. Certes je mourais d’envie de courir dans ses bras, je sentir sa chaleur contre moi, mais tout cela m’était formellement interdit et n’arriverait plus jamais. Je ne vis pas le temps passer, et lorsque la voix grave du maître d’activité retentit dans la salle, je sursautais de concert à Jaeden.

– On se revoit mardi prochain, vous avez bien travaillé. Dit-il en se levant.

Jaeden se leva assez rapidement, en même temps que moi. Nous ne devions en aucun cas nous parler, mais je ne pouvais m’empêcher de le fixer, sans le lâcher du regard. Il souffla quelques mots à Cameron, et sortit de la pièce. En chemin, il passa à côté de moi discrètement, laissant sa main effleurer la mienne. Mes yeux se fermèrent à ce simple contact, inondé d’une chaleur qui s’insinua lentement dans mon corps froid du à mon manque de Jaeden. Un léger sourire s’attacha à mes lèvres, Jaeden venait encore de m’attraper juste à temps. Je laissais de côté ma culpabilité, ayant largement le temps d’y revenir, laissant ce court instant de bonheur emplir mon cœur…

***

Et ce fut ainsi que commença nos « rendez-vous ». Craquant à chaque fois, j’étais présent à chacune des réunions d’activités et lui accompagnait toujours Cameron. Nos regards ne se lâchaient à aucun moment, reprenant peu à peu des forces à travers ce duel. Certes je ne progressais pas aux échecs, mais cette place de simple observateur des autres parties me convenait très bien.

Le directeur ne me posait pas de question à ce sujet, heureux que je m’intéresse enfin à une activité. Le lendemain de notre première entrevu avec Jaeden, j’étais allé m’asseoir en face de Cameron, assis seul au réfectoire et j’avais commencé à lié connaissance. J’avoue que ma soudaine attention envers lui était dans le but de récolter des informations indirectement au sujet de Jaeden, mais c’étaient mes uniques moyens.

Après deux semaines menées ainsi, je me retrouvais dans ma chambre, la lampe allumée, tentant de me concentrer sur ma partie d’échec de la veille où j’avais vu Jaeden avant de m’endormir, tentant ainsi de cacher à mon esprit un cauchemar du passé de plus. Il ne devait pas être loin de 23h00 lorsque je rangeais un à un mes cahiers, ayant retrouvé depuis deux jours l’envie d’écrire. Alors que je les rangeais tous consciencieusement dans mon tiroir, il me sembla qu’il en manquait un. Intrigué, je regardais de nouveau, mais il n’était pas là. Un rapide tour d’horizon dans ma chambre, m’indiqua qu’il ne s’y trouvait pas non plus. Agacé, je me levais bien décidais à aller le récupérer chez Melvin, même s’il était tard.

Au moment où j’ouvris ma porte, je tombais sur Jaeden de dos, s’éloignant de ma porte. J’avais peur que dans la pénombre du couloir mon esprit me joue des tours, mais j’aurais reconnu sa silhouette entre mille. Mon cœur loupa un battement avant de s’emballer dans un rythme endiablé. Jaeden était figé sur place, et il ne tarda pas à se revenir sur ses pas, se tournant simplement en soupirant, pour se trouver si près de moi que mes poils se hérissèrent. Cette fois-ci, il n’y avait pas la barrière de l’interdiction posée sur nous, du moins, elle était totalement invisible. J’espérais qu’il avait autant envie de moi que cette étreinte, et il me dit maladroitement :

– Tu… Le couvre-feu t’oblige à éteindre ta lumière…

Un sourire étira mes lèvres en coin, devinant qu’il était assez mal à l’aise que je l’ai surpris ainsi. Je levais ma main, et mes yeux s’ancrèrent dans les siens, oubliant momentanément tout ce qui n’était pas nous. L’occasion se présentait et j’étais loin de vouloir me la refuser. A peine eut-il le temps de réaliser, que j’avais appuyé sur l’interrupteur de la lumière de ma chambre, lui obéissant et me permettant de me donner du courage, avant de me jeter sur lui. Dans le noir complet, je me laissais totalement aller, faisant ce dont j’avais rêvé pendant des semaines. M’appropriant ses lèvres alors qu’il reculait d’un pas, je pus sentir son cœur battre encore plus vite. Le mien faisait écho au sien, profitant de cette étreinte qui m’avait fait défaut depuis trop longtemps. Ce manque de lui était trop fort pour que je me retienne, il avait d’un seul coup, tel un souffle, balayé toutes mes barrières. L’effet de surprise passé, Jaeden reprit les rênes, et continuant notre échange, il entra dans ma chambre, me gardant dans ses bras. Il referma la porte, et s’appuya dessus, approfondissant notre baiser. Ma langue vint avec timidité quémander la sienne, et il me donna l’accès de sa bouche rapidement, tout aussi impatient que moi. Mon corps brûlait comme jamais, ayant du mal à croire que tout cela était réel. Ce baiser me transcendait de ce souffle de vie que j’avais cru éteint en moi à jamais. Le bonheur coulait peu à peu dans mes veines, comme une dose d’héroïne fraîchement prise. Je me collais à lui, mes mains passant dans ses cheveux, mon bassin se collant à son intimité, laissant mon corps parler pour moi…

A bout de souffle, Jaeden mis fin à notre échange, posant son front contre le mien.

– Tu m’as manqué… Souffla-t-il, les yeux fermés.

A peine eut-il prononcé cette phrase que je me crispais, retombant trop brusquement dans la réalité. Ouvrant ses yeux, il me vit retrouver ma position. Paniqué, je posais mes mains sur son buste, l’écartant de moi. Qu’avais-je fais ? Je n’étais qu’un égoïste imbécile. Que penserait-il de mon attitude ?

– Je… Je suis désolé, je n’aurais pas du… Oublie-ça… Je… Bafouillais-je les larmes aux yeux.
– Comment veux-tu que je t’oublie Ilian ! Même sans ce baiser, je ne fais que penser à toi. Rétorqua-t-il vivement.

Bien que profondément touché par ses paroles, je tentais désespérément de m’accrocher aux derniers remparts du raisonnable.

– Arrête… Ta carrière… Je t’ai détruit une fois… Je ne veux pas le refaire une deuxième fois…

Mon cœur se déchira de devoir lui dire cela, et je ne pus retenir mes larmes silencieuses, espérant qu’il ne les remarque pas. Il fallait qu’il sorte. Il ne fallait pas que je cède, au moins pour son bien, pour lui… C’est pourquoi, lorsqu’il s’approcha de moi, murmurant mon prénom, je détournais le regard et ouvris la porte. Déçu, Jaeden fit quelques pas, et je fus presque déçu qu’il accepte aussi facilement. Mais il s’arrêta bien vite, et posant sa main sur la mienne, il me dit, un sourire aux lèvres.

– Tu te rappelles, il y a un peu plus de quatre ans, je t’avais dit de m’attendre après mes cours, dit-il, essayant de capter mon regard, mais j’avais séché, et j’avais oublié de t’avertir. Ce jour-là, tu as piqué une crise, et tu as choisi la plus terrible des armes pour me blesser, l’ignorance.

Je fermais les yeux, me remémorant parfaitement cet instant. Je ne parviendrais pas une seconde de plus à lui résister. Il avait déjà gagné.

– Et ce jour là, tu m’as claqué la porte au nez. Je t’avais interdit de recommencer…
– Mais je… Dis-je, ouvrant les yeux pour croiser son regard, ne m’attendant pas à une telle idée de sa part.

Il ne me laissa pas le temps de parler, fermant la porte et me collant contre le mur. Ses deux mains de chaque côté de mon visage, ses yeux s’ancrèrent dans les miens.

– Tu veux me virer de ta chambre… C’est la même chose… Murmura-t-il faiblement.
– Non… Je… Bredouillais-je perdu, n’ayant plus la force de lui résister.

– Que tu le veuilles ou non, maintenant que je t’ai retrouvé, tu auras du mal à me claquer la porte au nez une seconde fois.

Ses lèvres se posèrent sur les miennes dans une délicate étreinte. Je ne lui résistais pas bien longtemps et je finis par céder et lui offrir mes lèvres. Mes mains reprirent leurs places sur sa nuque et les siennes vinrent se poser sur mes hanches. Comment avais-je pu me passer de lui ? Le baiser doux redevint bien vite endiablé, et je me collais à lui, comme si cela me permettait de constater que sa présence était réelle. Je venais de passer une des pires périodes de ma vie, et il était toujours possible que tout cela ne soit que le résultat d’une divagation de mon esprit. Pourtant il était bien là, et c’est avec douleur que je le sentis s’éloigner de moi. Il alla s’asseoir sur mon lit, s’allongea en regardant le plafond. Ne comprenant pas cette soudaine distance, je ne perdis pas de temps et vint me coller à lui, mettant mon bras autour de son cou, et plongeant ma tête dans celui-ci. Je respirais son odeur à plein poumon, récupérant ma dose pour tenir un peu plus longtemps. Oubliant ma vielle timidité, poussé par mon manque de sa présence, je déposais de doux baisers papillon dans son cou.

Je savais pertinemment que cet instant ne durerait pas, je savais aussi que ce que je lui faisais était loin de le laisser indifférent, mais je ne pouvais m’en empêcher. Je le sentais bouillir, et je ne faisais rien pour arrêter ça. Ma jambe vint se poser sur les siennes, me collant plus qu’il ne le fallait. Au fond de moi, je sentais que c’était le moment de passer le cap, avoir une emprunte plus profonde de lui en moi, pour surmonter mon passé et survivre. Ses yeux s’ouvrirent sous la surprise, alors qu’il sentait une chose pousser contre sa cuisse. Je ne le cachais pas, j’étais dans le même état que lui, ivre de notre proximité. Il se tourna vers moi, et je ne pus lui cacher la peur qui habitait mon regard. J’étais décidais, mais loin d’être parfaitement prêt. C’est pourquoi je voulais qu’il comprenne mon raisonnement.

– Ilian… Souffla-t-il touché.
– Quand va-t-on se revoir ? Lui demandais-je.
– Aux activités… Dit-il faiblement…

Mais ce n’était pas la réponse que j’attendais, et il le savait parfaitement, c’est pourquoi je répétais en croisant cette fois son regard :

– Jaeden… Quand va-t-on vraiment se revoir ?
– Je ne sais pas…

C’était une question à laquelle nous ne pouvions donner de réponse. Notre avenir était incertain, à ne souhaiter à personne d’autre et je me sentais coupable d’entraîner Jaeden là dedans. Mais je laissais cette culpabilité de côté, mon cœur serré, je ne voulais pas gâcher ce moment. Il serait peut être le seul, mon unique occasion. C’est avec un élan de courage et une étincelle de folie que je lui dévoilais enfin mon projet.

– Alors… Fais-moi l’amour…

C’était la seule chose que je pouvais nous offrir. Et aussi le seul moyen de pouvoir atteindre enfin un peu de paix dans mon esprit tourmenté. C’était peut être de la pure folie, mais après tout, cela faisait partit de mon statut.

Immédiatement, Jaeden se redressa, s’assaillant sur le lit pour me regarder.

– Quoi ? Fit-il, presque gêné de ma demande ainsi formulée.
– Je… Si… Tentais-je, perdant mon assurance. Si on ne se revoit pas avant longtemps… Je veux garder une trace de toi… Je veux me sentir bien de nouveau… Et ça, toi seul arrive à le faire… lui dis-je, évitant son regard.

Jaeden resta figé face à mes paroles, laissant place à un silence qui m’était insoutenable.

– Ilian… Finit-il par me dire la voix faible. Ne t’oblige pas… Je ne vais pas aller voir ailleurs si tu as peur de ça… Bafouilla-t-il de plus en plus mal à l’aise.

Je me levais à mon tour, me mettant sur mes genoux. Je ne voulais pas qu’il croit cela. Une main se posa sur son épaule et l’autre sur sa joue. Je déposais mes lèvres sur les siennes en un chaste baiser, comme pour me donner encore du courage.

– Fais-moi l’amour Jaeden… Comme la première fois… Je t’en prie… Fais-moi revivre à nouveau…

Je savais que je lui demandais beaucoup, tout comme j’en exigeais de ma part. Comme pour donner plus de conviction à ma supplique je posais une nouvelle fois mes lèvres sur les siennes, tentant de l’aider à se décider. Doucement, sa main se posa sur ma hanche, et d’un mouvement, il me fit m’allonger sur le lit. Je me mis à frissonner alors que ses lèvres embrassaient mes joues, descendant dans mon cou. J’étais envahi par deux sentiments contradictoires : la peur et l’envie. Jaeden savait qu’il allait devoir user d’une douceur extrême et je lui faisais d’ailleurs entièrement confiance. C’était le seul… L’unique personne qui pourrait jamais poser la main ainsi sur moi.

Cette nuit, j’allais enfin pouvoir oublier Ewen un instant, mais le chemin pour y parvenir serait plus que périlleux, mais Jaeden était là et c’est pour cela que je m’en sentais capable. Dans une lenteur extrême, il passa ses mains sous le haut de mon pyjama, touchant fébrilement ma peau. Ce fut encore plus dur que je me l’étais imaginé. La peur me tordit violemment les entrailles, s’insinuant dans tout mon être. Mais je ne voulais pas revenir en arrière. Je voulais aller jusqu’au bout. Fermant les yeux et posant mes mains sur le matelas, je tentais de ramener le calme en moi. Mais ce fut pire que tout, l’image d’Ewen se ravivant en mon esprit. Heureusement, Jaeden, totalement attentif à la moindre de mes réactions, vint rapidement prendre possession de mes lèvres, m’embrassant encore comme jamais il ne l’avait fait. Jamais je n’avais ressentit autant d’amour et de tendresse.

– Touches moi Ilian… Regarde-moi… Me souffla-t-il, entre mes lèvres.

Dans un effort herculéen, mes yeux s’ouvrirent alors que je posais mes mains sur ses côtes. C’était bien lui au dessus de moi, lui et personne d’autre.

– C’est moi… Rien que nous deux… Comme avant Ilian… Comme quand j’ai pu te mettre dans mon lit la première fois… Lâcha-t-il, dans un sourire.

Je ne pus me retenir d’éclater de rire, un rire sincère qui me libérait de l’angoisse qui me tordait l’estomac. Il m’aidait à me détendre et je le faisais du mieux que je pouvais, comprenant comme il devait lui être difficile de me voir ainsi. C’était en quelque sorte comme il le disait une nouvelle première fois et c’est dans cet état d’esprit que je devais être. Je devais me concentrer sur ce que j’avais vécu avec lui, bien avant ces quatre dernières années.

Après m’avoir embrassé une deuxième fois, il se releva sur les genoux, ses jambes de chaque côté de mon corps. Ses mains se posèrent sur sa chemise, et son regard ancré dans le mien, il la déboutonna. Elle tomba sur le sol, alors que je laissais mes yeux dériver sur son torse finement musclé, alors que des rougeurs apparurent sur mes joues. Jaeden était toujours aussi beau. Comment un si bel homme pouvait encore s’intéresser à moi ? Aurait-il le même regard désireux, lorsque ma chemise irait rejoindre la sienne. Je chassais ce genre de pensées néfastes, tandis que Jaeden m’attrapa la main, la posant sur son torse, à l’endroit même où se trouvait son cœur. Ses battements frénétiques allaient de concert avec les miens me montrant que je n’étais pas le seul à craindre ce moment. Lui aussi devait avoir peur, peur de ne pas savoir s’y prendre. Sans sentir les battements irraisonnés de son cœur, je ne l’aurais jamais imaginé être ainsi. Mes joues rougirent de plus belles, et lentement, il s’abaissa, reprenant une nouvelle fois mes lèvres, dans un baiser endiablé. Si je fus hésitant au début, mes mains se posèrent sans hésitation par la suite, le caressant sans trop en avoir conscience. Le toucher ainsi, comme jamais je ne l’avais fait avec Ewen, c’était comme me rassurer de sa présence, de constater à chaque instant que c’était bien l’homme que j’aimais au dessus de moi.

Ses lèvres descendirent vers mon cou, qu’elles agressèrent gentiment. Ses mains, logées sous mon tee-shirt, me caressant, me faisant parfois me cambrer. J’oubliais ma peur pour un moment, me concentrant uniquement sur ce qu’il me faisait ressentir. Décidant qu’il était temps, il se remit sur ses genoux, me faisant m’asseoir. Mes joues rouges ne demandaient que la suite. Son regard brillait d’une lueur malicieuse et désireuse. Je levais alors mes bras, l’autorisant à poursuivre. Mais ce bout de tissu coupa notre échange un instant et il n’en fallut pas plus pour que l’image d’Ewen me déshabillant à la hâte pour faire ses affaires me prenne à la gorge. A peine avait-il balancé le tee-shirt au sol, que j’étais de nouveau crispé, fuyant son regard, en combat contre ma propre terreur. Il prit alors immédiatement mon visage entre ses mains, me forçant à le regarder.

– C’est moi… Moi… Et personne d’autre… Murmura-t-il, embrassant mon front.

Je me décontractais à l’instant, revenant à la réalité, grâce à son aide. Une fois de plus il goûta à mes lèvres, comprenant que j’en avais besoin. Il m’allongea alors à nouveau sur le lit, et ses lèvres vinrent me parsemer de baisers plus tendres les uns que les autres. Du cou, il descendit à mes épaules, puis sur son torse. S’il jugea la beauté de mon corps loin de ses espérances, il ne fit heureusement aucun commentaire à ce sujet. Ma respiration d’abord calme, s’accéléra de plus en plus et mes mains vinrent se loger dans sa chevelure, aussi douce et légère qu’un tissu précieux. J’aimais sentir la chaleur de son souffle masculin sur l’ensemble de mon corps. Lorsque sa langue s’amusa avec mes deux bouts de chair qui pointait, il ne m’en fallut pas plus pour être parcouru de violent frisson, et une chair de poule s’y installa. Jaeden était plus beau que jamais, appliqué comme jamais à mon plaisir. Jaeden joua un peu avec eux, me faisant cambrer sous les sensations ressenties. Mes déhanchés violents lui montrait que j’aimais cela, étant loin de vouloir lui cacher. La peur était toujours là aux portes de ma raison, mais pour le moment je parvenais à la maîtriser.

Il descendit un peu plus ses lèvres, embrassant mon ventre, glissant sa langue dans mon nombril. A ce contact, je ne pu me retenir de gémir. Loin d’être un cri, c’était juste un murmure, comme je n’en avais pas laissé échapper depuis longtemps. Une chaleur irradia mon corps, me remémorant les possibles plaisirs de la chair.

Heureux, il se releva, croisant mon regard et mes joues de plus en plus rouges. Nous nous embrassâmes une nouvelle fois, avant qu’il ne se remette sur ses genoux, me provoquant un soupire de mécontentement.

Ses mains se posèrent sur son jean, sans qu’il ne décroche mon regard. Doucement, il dégrafa le premier bouton, et fit glisser sa braguette. Mon angoisse martelait les portes de mon sang froid pour l’envahir. Il prit mes mains et me souleva, me faisant asseoir une nouvelle fois sur le lit. Ses bras virent s’enrouler autour de mon cou, alors qu’il collait ses lèvres aux miennes dans un baiser passionné que je ne lui refusais pas.

– Enlèves-le moi Ilian… Murmura-t-il en posant mes deux mains sur les bords de son pantalon défais.

Même si ce n’étais pas sur le même ton, Ewen m’avait si souvent donné des ordres de ce types et je fus violemment envahi par son souvenir. S’énervant contre ma passivité lors de l’acte à nombreuse reprise, Ewen en venait à me hurler dessus, ou à m’ordonne d’une vois haineuse de le toucher. Des larmes vinrent brouiller la vue, alors que mon regard partait dans le vague, ne sachant plus trop où je me trouvais. Je sentis Jaeden me rallonger sur le lit, sans trop en avoir réellement conscience. Calant mon visage entre ses deux mains, parsemant mon visage de tendres baisers, ce ne fut que lorsqu’il me parla que je commençais à émerger des eaux ténébreuses.

– Excuse-moi… Fit-il tristement, avant de poser ses lèvres sur les miennes.

Doucement, il tenta de faire évacuer mon stress par le biais de ses mains, me caressant. Peu à peu, avec force de résolution, je parvins à revenir à la réalité, finissant par soupirer de bien être. Ce ne fut qu’à ce moment là que Jaeden décida d’aller plus loin. Je le sentais, refréner à chaque instant son désir d’aller plus loin, se forçant à faire passer mon bien être avant le sien. Il fournissait plus d’effort pour nous deux, me laissant me reposer sur lui. Mon cœur brûlait d’amour tinté de reconnaissance pour lui. Ses lèvres descendirent cette fois plus rapidement vers mon bas-ventre, toujours en gardant cette même tendresse qui le caractérisait. Jamais je ne l’avais vu aussi attentionné avec moi, comme s’il avait peur de me briser à chaque geste. Ses mains se posèrent sur mon bas de pyjama, attentif à chacun de mes mouvements. Dans une lenteur extrême dont n’avait jamais fait preuve Ewen, il m’enleva mon pantalon, ancrant son regard dans le mien. Les rougeurs sur mes joues s’accentuèrent alors qu’il me mettait à nu devant lui. Excité, il ne pu s’empêcher de poser son regard sur mon intimité dressée, me faisant rougir plus qu’il ne l’était possible.

– Tu es magnifique… Dit-il, la voix rauque et irrésistible.

Il ne me laissa pas le temps de répondre, ses lèvres se posèrent sur mes genoux, les embrassant timidement, puis doucement, il remonta, caressant et posant ses lèvres sur mes cuisses. Je ne le voyais plus vraiment, du moins, son regard n’était plus posé dans le mien. Alors qu’il se rapprochait de mon intimité, je l’appelais à l’aide, ne voulant pas céder à la panique.

– Ja… Jaeden, attends… Dis-je faiblement.

Il se releva immédiatement, croisant mon regard gorgé de larmes que je ne parvenais à retenir. Dans un sourire, il vint ravir mes lèvres à nouveau, faisant taire mes peurs.

Imagine-toi… Comme il y a six ans, notre première fois. Oublie le reste Ilian… Ne pense qu’à cette après-midi magnifique…Me souffla-t-il dans le creux de mon cou.

Un sourire sur mes lèvres l’avertit que j’étais d’accord, et m’embrassant une dernière fois, il redescendit vers mon intimité. Le cœur battant, je me concentrais sur ce que m’avait demandé Jaeden, oubliant au mieux ma peur panique. Ses mains se posèrent sur mes cuisses, jouant des ses pouces pour me détendre au mieux. Je ne pus empêcher ma respiration de s’accélérer alors qu’il approchait ses lèvres de mon sexe. Lorsque celles-ci le touchèrent, je ne pus que me cambrer de plaisir sous l’afflux de bien-être dont j’avais oublié la possible existence. L’afflux de sensations me fit perdre le fil du temps, me retrouvant uniquement avec Jaeden comme jamais je n’avais cru en être capable. Sa langue s’enroulait autour de mon intimité, sans jamais le prendre en bouche. Peu à peu, je me détendis, gémissant plus fort qu’aux accoutumés. J’avais beaucoup de mal à ne pas crier, mais l’endroit où nous étions ne me le permettait pas.

Mes mains finirent pas se poser sur sa chevelure, dans une demande innocente. Comprenant ma demande, il y concéda, prenant entièrement en bouche mon sexe, enroulant sa langue autour. Je lâchais un cri muet, me cambrant violemment. C’était plus que je ne l’avais imaginé, bien plus intense que dans mes souvenirs. J’avais terriblement chaud. Me regardant un court instant, Jaeden finit par placer ses mains sur mes hanches et d’un mouvement de tête, il commença ses vas et vient qui me firent rapidement tourner la tête.

Là, sur ce lit d’hôpital, nous vivions l’impossible, franchissant l’irréparable. J’entraînais égoïstement Jaeden avec moi. Si cela venait à ce savoir, sa vie serait à son tour ruinée, tout comme la mienne. Mais pour le moment nous nous en moquions. Nous revivions un moment hors du temps, un moment qui n’appartenait qu’à nous et qui nous était nécessaire.

– Jaeden… Je… Je vais… Lui-fis-je dans un ultime cambrement.

Il accéléra la cadence et j’éjaculais dans sa bouche dans un cri muet, entrapercevant les étoiles. La respiration saccadée, mes mains se posèrent sur mes yeux alors que je savourais cet instant, l’imprimant dans ma mémoire à jamais, profitant de la rareté de ce genre de moment. Je sentis Jaeden se relever avant de s’allonger sur moi. Sa tête se cala dans mon cour et je l’encerclais de mes bras. Sa main vint entremêler quelques mèches de cheveux et ses lèvres se posèrent sur ma joue. Il me laissait le temps de récupérer, même si je me doutais que cela devait lui coûter.

– On peut stopper là Ilian… Murmura-t-il dans mon oreille.

Je tournais alors mon regard surpris vers lui, ne m’attendant pas à une telle demande. Je n’étais pas non plus certain du sens de ses paroles.

– Ne t’inquiète pas pour moi, ajouta-t-il dans un sourire, ce que tu m’as donné ce soir, crois moi… C’était merveilleux.

Il prit alors mes lèvres et nous échangeâmes un baiser endiablé. Puis à court de souffle, il y mit fin, tentant de se calmer. Ce qu’il ne comprenait pas, c’est que je n’avais aucune envie que cela cesse. Même si j’avais extrêmement peur de la suite, je voulais poursuivre.

– Jaeden… Murmurais-je faiblement.

Il tourna alors la tête vers moi. Je voulais lui dire, mais finalement j’avais du mal à oser le faire. Il se rallongea sur moi, me montrant qu’il pouvait attendre et qu’il ne m’en voulait pas.

– Je veux qu’on le fasse… Jusqu’au bout… Soufflais-je en fermant les yeux.
– Ilian… Dit-il peu convaincu.

– Vraiment, l’assurais-je.
– Et moi je ne veux pas te faire de mal.

Je le regardais alors, ne comprenant pas ce qu’il entendait par là. C’était le dernier homme à pouvoir me faire du mal. Je ne voulais surtout pas qu’il croit cela. Le regard fuyant, Jaeden se mit sur le dos, se séparant de moi.

– Je n’ai qu’une envie, c’est de te faire l’amour mais… Tu va avoir mal… Et je ne veux pas te faire mal. Dit-il maladroitement.

Il me fallut plusieurs secondes pour réfléchir et rassembler les mots qui me faisaient défauts. Je voulais lui parler le plus clairement possible. Me collant à lui, j’embrassais sa joue avant de me lancer :

– Jaeden… Tu es le seul… je… Si c’est toi… je n’aurais pas mal… Enfin cette douleur ne sera rien à côté de ce que j’ai pu vi… Je… Ça ne sera rien à côté de ce que tu vas m’apporter… Je veux que ça soit toi… Je veux oublier… Dis-je avant de l’embrasser.

Emporté par mon désir, il me céda. Dans un baiser empli de tendresse, il me fit remarquer que nous pouvions stopper à tout instant.

J’étais nu sous lui, totalement offert. Jaeden vibrait de désir. Doucement, il se mit debout, sous mon regard étonné. Un sourire étira ses lèvres et il enleva son pantalon dans une lenteur extrême. Mon regard ne pus s’empêcher de descendre au niveau de son bas- ventre. Le rouge aux joues, un éclair de désir transperça mon regard alors qu’il passait ses mains sous l’élastique de son boxer. J’en étais maintenant presque sur, même après ces quatre années, même avec mon état actuel, nous nous plaisons toujours autant. Étonnamment, ses joues prirent une teinte légèrement rouge alors qu’il se mettait à nu devant lui, me laissant admirer son corps bercé par le clair de lune. Me faisant face, Jaeden finit par venir capturer mes lèvres, prenant bien soin de se coller à moi pour me montrer à quel point il avait envie de moi. J’en étais plus que rassuré.

– Maintenant nous sommes à égalité, dit-il dans un petit sourire.

Je lui rendis son sourire, avant de l’encercler et d’écarter un peu plus mes cuisses. Je voulais passer à la suite, rester dans l’inaction ne faisait que donner plus d’occasion pour que ma peur prenne le dessus. Vivement, ses mains partirent une nouvelle fois à la découverte de mon corps, voulant me détendre encore plus. Je ne le montrais pas, mais l’angoisse était bien présente. Ce que nous allions faire maintenant était la plus grande et la plus difficile des étapes à passer.

Après un bon moment, il abaissa sa main derrière moi, et entra un doigt humidifié aussi délicatement qu’il était possible de le faire. La peur et les souvenirs se déversèrent en moi, me crispant immédiatement, le regard dans le vague, tourmenté par l’ancienne douleur qu’Ewen m’avait fait subir. Rapidement il captura mes lèvres, m’offrant un baiser passionné. Il me fallut plus de temps pour me ressaisir. Lorsque son regard s’ancra dans le mien, un sourire s’afficha sur ses lèvres alors qu’il commençait à bouger son doigt.

– Ça doit bien faire quatre ans que je rêvais de ce moment… Souffla-t-il.

Me décontractant du mieux que je le pouvais, je répondis dans un sourire :

– Moi aussi…
– Tu m’as vraiment manqué.

Mon cœur se gonfla de cette chaleur si particulière que lui seul parvenait à faire naître en moi. Il reprit une nouvelle fois mes lèvres, enfonçant une deuxième fois. Un gémissement de douleur sortit de mes lèvres, mais je l’étouffais bien vite en l’embrassant. Je voulais aller au-delà, mais c’était extrêmement laborieux. Mes ongles se plantèrent sur ses épaules et il me fallut plusieurs vas et biens pour me détendre, allant même jusqu’à m’enfoncer insoucieusement de moi-même sur ses doigts. Il se retira peu de temps après, posant ses mains sur mes hanches. Il ancra son regard dans le mien, frottant son nez au mien, comme il le faisait souvent aussi.

– Tu es prêt ? Demanda-t-il faiblement.

Prêt ? Je ne le serais jamais. Mais c’était maintenant ou jamais et je devais me bousculer. Pour toute réponse, je ne pus qu’acquiescer avant de plonger ma tête dans son cou. Je ne voulais pas qu’il me voit avoir mal, je ne voulais pas qu’il voit pendant quelques instants, l’image que je renvoyais à Ewen par le passé. Jaeden fit de même et d’un mouvement lent, il me pénétra, m’arrachant un gémissement de douleur que je ne connaissais que trop bien. Mes ongles le griffèrent alors que mon angoisse prenait le dessus, atteignant son paroxysme. Je ne pus retenir mes larmes. J’avais envie que tout cela cesse. Je me sentais oppressé et honteux d’avoir peur de celui que j’aimais. Jaeden stoppa tout, et je dus me faire violence pour ne pas le supplier d’arrêter, perdant toute dignité comme souvent avec Ewen. Cette douleur plus psychologique que physique me terrifiait littéralement.

Recherchant mes lèvres, nos langues se retrouvèrent, et il reprit de s’enfoncer en moi. Une fois fait, il commença un déhanché minime, et je ne pus me retenir de gémir sous la douleur. Jaeden ne le voyait pas, mais je lui cachais un véritable combat, dont le vainqueur déterminerais l’issue de mon avenir.

Ce fut un combat solitaire que je menais, même si Jaeden était une aide primordiale. J’étais arrivé à un stade où il ne pouvait plus m’atteindre. Je me remémorais ses paroles, sa douceur, sa présence, l’être qu’il représentait pour moi. Le temps passa, et mes plaintes finirent par se transformer, berçant Jaeden d’une mélodie bien plus agréable. La douleur s’échappa lentement, faisant renaître en moi le vrai plaisir que je n’avais plus connu depuis quatre ans, celui que Jaeden m’avait fait connaître, celui qui m’avait fait vibrer plus d’une fois.

Jaeden m’avait attendu jusqu’au bout. Plus d’Ewen venant ombrager ce moment, juste Jaeden et moi. Mes membres se relâchèrent peu à peu, et mes gémissements se transformèrent en plaisir. Je me laissais aller à ma seule sensation. Nos lèvres se joignirent à nouveaux. Je revenais de loin. Jaeden augmenta le volume de ses déhanchés, ravie de me retrouver. Je ne savais si cet instant durerait dans le temps. Mais c’était bien le Ilian du passé qui était de retour, plus fort mais paradoxalement plus fragile. Je le griffais toujours, mais cette fois ce n’était plus à cause de la douleur. Je revivais un court instant, comme avant, m’évadant enfin pour de vrai, et cela était meilleur que la plus forte des drogues. Mon corps se cambrait, mes jambes s’accrochèrent autour de lui, dans le désir de l’avoir toujours un peu plus en moi. Mon cœur battait extrêmement vite à l’idée que nous avions réussi. Nous perdions l’esprit pour ne former plus qu’un. Le bonheur m’irradiait alors que dans un ultime déhanché, il me décrocha les étoiles. J’éjaculais sur son bas ventre et Jaeden me suivit immédiatement. Jaeden avait le souffle coupé et semblait avoir du mal à reprendre sa respiration, tout comme c’était mon cas. Je me sentais revivre, je n’étais plus le Ilian de cet hôpital. Ewen ? Il n’avait plus sa place dans mon esprit. Un éclat de malice traversa mon regard et un sourire sadique étira mes lèvres. Osant comme rarement il m’arrivait de le faire, je lui ordonnais faiblement :

– Recommences.

Certes fatigué par l’effort fournis, Jaeden était prêt à recommencer. Il reprit ses déhanchés à notre plus grand bonheur, un instant qui toucha plus près que jamais la perfection…

***

Je me réveillais un peu avant Jaeden, mais je n’ouvris pas les yeux tout de suite, trop heureux de ce que je ressentais à être ainsi à ses côtés. Je voulais rester éveillé pour le peu de temps qu’il nous restait, j’aurais largement le temps de récupérer mes heures de sommeil plus tard. Je me sentais pour la première fois depuis longtemps libéré d’un poids qui m’avait longtemps accablé. Avec lui à mes côtés, je me sentais capable de me surpasser, d’aller au-delà de mes limites et c’était ce que nous avions fait cette nuit. Mes yeux finirent par s’ouvrirent, s’habituant à l’obscurité qui régnait encore dans la pièce.

Le soleil n’allait pas tarder à se lever, mais je pouvais suffisamment voir le corps de Jaeden. Allongé sur le ventre une de ses mains était amoureusement posée sur la mienne. Mon autre main posée sur son dos en une caresse aérienne, mais ils s’arrêtèrent sur un endroit précis. Je n’avais jamais connu une telle imperfection sur son dos, mais il m’avait déjà semblé l’avoir senti cette nuit. Me redressant légèrement, je pus voir une fine cicatrice en travers de son dos. Me recouchant, mon cœur se serra à l’idée de ne pas savoir ce qu’il avait vécu pendant ces quatre années. Je commençais à prendre réellement conscience qu’il n’avait pas eu une vie toute rose, et que mon départ l’avait abîmé bien plus que je ne pensais. Mes doigts passèrent sur sa cicatrice, comme si je tentais d’effacer le mal que je lui avais fait. Le pire était que je continuais, le voulant égoïstement pour moi, alors qu’une relation pour nous était vouée à l’échec. Tiendrait-il en me voyant si peu ? Je restais un temps incalculable comme ceci, le soleil s’étant maintenant levé, il ne devait pas être loin de 7 heures.

Jaeden sembla se réveiller, car je le senti se crisper soudain. Prenant conscience que la cause était ma main sur sa cicatrise, je la retirais immédiatement, comprenant que j’allais trop loin.

– Désolé, souffla-t-il, déçu.

Il reposa sa tête sur l’oreiller, honteux de ne pouvoir me parler de son passé. Mais ce qui importait maintenant n’était pas ce qu’il avait vécu, mais ce que nous étions en train de vivre… Qui mieux que moi pouvait comprendre ses réticences. Je me rallongeais, et me collais contre lui. Ma jambe passa au dessus des siennes, alors que je collais mon intimité contre sa hanche. Une de mes mains vint se poser dans ses cheveux, tandis que l’autre caressais son bras du bout des doigts. Mes lèvres se posèrent sur sa joue et vivement il tourna la tête, prenant possession de mes lèvres. Nous échangeâmes un baiser digne de ce nom, tandis que mes bras passaient autour de son cou alors qu’il se mettait au dessus de moi. Mon corps désirant le sentir plus près, se colla au sien sans que je puisse le retenir.

– Je vais devoir partir… Dit-il, frottant son nez contre le mien.

N’ayant aucune envie qu’il s’éloigne, je resserrais mes jambes autour de ses hanches, me collant un peu plus contre lui. Je ne voulais pas retrouver ma place de patient prisonnier dans ce lieu tout de suite, et je savais que cela serait inévitable.

– Reste encore un peu… Répondis-je, la voix suppliante avant de happer ses lèvres dans un tendre baiser.

Le temps passa, et alors que ses mains passaient et repassaient sur mes hanches à mon plus grand plaisir, Jaeden finit par s’apercevoir que l’heure avait bien avancé. Un soupire rauque sortit de ses lèvres et il se releva sur les coudes.

– Il faut vraiment que je parte Ilian. Fit-il en déposant un smack sur mes lèvres.

Comprenant que gagner quelques minutes de plus nous étaient impossible, j’acquiesçais sans rien dire, mais je ne pus retenir les larmes qui commençaient à monter. L’idée de ne pas savoir lorsque j’allais pouvoir l’étreindre de nouveau m’était insupportable, et périlleusement difficile à surmonter. Jaeden attrapa à la va-vite ses vêtements, se mettant nu, devant moi. Mes yeux ne purent s’empêcher de se délecter de la beauté de son corps. S’en apercevant, Jaeden me balança mon pyjama dans un sourire.

– Rhabilles toi espèce de pervers. S’exclama-t-il en rigolant légèrement.

Les joues rouges, je souris à mon tour, avant de m’habiller en vitesse. Puis vivement, je me rassis sur mon lit, posant la couette sur moi, avant de regarder Jaeden profitant de chaque seconde avant son départ. Une fois habillé, il prit ses chaussures et s’assit sur le lit afin de les mettre. La tentation étant trop forte, j’en profitais pour venir me coller contre lui. Une fois ses chaussures lacées, il prit mon visage entre ses mains, et posa ses lèvres sur les miennes une dernière fois.

– Je vais essayer de faire une autre garde rapidement… Dit-il, dans un sourire.

Une dernier baiser, et il se leva, sortant de la chambre après un dernier regard. Le manque de sa présence se fit aussitôt ressentir, lacérant mon cœur, et je laissais enfin mes larmes s’échapper. Cependant un petit sourire ne quittait plus mes lèvres, trace indélébile de ce que Jaeden m’avait apporté et offert cette nuit là…

Je ne sais combien de temps je restais là, assis dans mon lit, le sourire aux lèvres. Je me sentais libéré d’un poids si gros que j’avais l’impression de flotter. Pourtant les larmes continuaient à couler, trahissant la douleur de devoir être séparé de lui. Traversé de part en part par ces deux sentiments contradictoires, je pleurais en même temps que je souriais. L’infirmière qui venait me voir chaque matin me trouva avec ce même sourire, et eu du mal à cacher sa surprise. Comme un automate, je lui tendis mon bras, et lui laissais me faire les soins, tandis qu’elle me complimentait sur la cicatrisation. Elle me laissa après m’avoir donné les cachets et me décidant enfin à quitter mon lit, je pris une de mes tenues et allais me prendre une douche.

Je ne tardais pas trop, me sentant un appétit que je n’avais pas connu depuis longtemps. Je ne savais pas s’il durerait, mais je comptais bien en profiter, rien que pour offrir à Jaeden un corps plus désirable. De légères rougeurs vinrent teinter mes joues en repensant à nos ébats de la veille. Ne désirant pas forcer ma faim retrouvée, je pris un plateau modérément rempli et allais m’asseoir dans un coin, loin de tous les regards. Avec quelques difficultés, je réussis pourtant à finir la totalité de mon petit déjeuner. Le ventre plein, j’allais ranger mon plateau avant de retourner dans ma chambre, préférant me trouver dans le dernier lieu où j’avais vu Jaeden. J’y passais mon temps à lire, et à rêvasser, retrouvant même l’inspiration pour écrire quelques lignes avant d’aller manger. Alors que je fermais mon cahier j’entendis soudain quelqu’un frapper à ma porte. Attendant tout simplement qu’il ouvre la porte, mon visiteur n’était autre que Cameron. Nous avions pris quelques habitudes et c’était très fréquent qu’il vienne me chercher pour manger. Nous ne parlions en général pas beaucoup, simplement quelques paroles, profitant du silence et de la paix que nous nous accordions. J’eus le plaisir de voir Jaeden manger au réfectoire avec le directeur, rien que l’apercevoir emplissait mon cœur de chaleur. Sans que cela se voie, je profitais de chaque instant pour le regarder. Il finit par partir après un dernier sourire caché. J’avais un rendez-vous avec le directeur, mon nouveau psy dans une heure.

Laissant Cameron retourner dans sa chambre, je pris le chemin de la bibliothèque afin de prendre de nouveau livre après avoir récupéré les anciens dans ma chambre. Je fis mon choix assez rapidement, puis me trouvant trop à l’étroit dans ce lieu, je décidais de m’octroyer une balade à côté du lac. Je le vis à quelques mètres de moi, assis sur un banc. Je posais ma main sur ma nuque, gêné, avant de me remettre en route. Si Cameron n’avait pas été là, je lui aurais directement sauté dessus. C’était peut être pour cela que j’étais partit aussi vite, pour éviter d’être tenté. J’eus le plaisir d’entendre ses pas pressés venir vers moi. Un sourire sur mes lèvres, il ne résista pas et m’embrassa immédiatement, en manque constant de l’autre tout autant que moi. Mes mains se posèrent sur sa tête, tandis que les siennes étaient sur mes hanches. Je me reculais sous le choc du baiser et me collais contre un tronc d’arbre afin d’être plus à l’aise.

Jamais je ne me lasserais de ses lèvres, et j’avais de plus en plus de mal à saisir comment il m’était possible de les quitter. Notre baiser, déjà passionné, se transformait de plus en plus. Aucun mot n’avait été échangé, mais nos gestes parlaient pour nous. Nous ne supportions pas cette distance. Sa main passa sous ma veste et je ne pus que frissonner d’excitation, ne vivant en rien ce geste comme une agression. En manque d’air, je mis fin au baiser, collant mon front au sien, essoufflé, mais au combien serein.

– Tu devrais partir, soufflais-je à contrecœur, préférant mettre rapidement fin à cet instant avant que la tristesse ne vienne balayer mes sentiments de plénitude.
– Tu nous as suivis… Dit-il, un sourire sur les lèvres.
– Non ! M’offusquais-je, le rouge aux joues.

Il rigola légèrement, et repris à mon plus grand plaisir, une nouvelle fois mes lèvres pour un baiser passionné. Mes bras se resserrèrent autour de son cou, ne supportant pas de le laisser m’échapper. Il me colla un peu plus au tronc, prenant possession de moi. Une fois à corps de souffle, ce fus lui qui mit fin à notre baiser, en étant tout simplement incapable. Il déposa un doux baiser papillon sur le coin de mes lèvres, avant je ne lui souffle, dans un sourire qui sembla lui faire plaisir :

– Vas-t-en idiot.
– A bientôt…

Vivement, il se décala et prit le chemin de l’établissement. Il se retourna, marchant à reculons et me lança un sourire éblouissant avant de se tourner et de partir pour de bon. Je savais qu’il ferait tout ce qui lui était possible pour nous offrir un nouveau moment n’appartenant qu’à nous deux.

Cet échange me donnait un peu plus de courage pour ce qui m’attendait. Les questions du directeur devenaient de plus en plus pressantes, et il savait parfaitement s’y prendre pour me déstabiliser. J’avais tenu jusque là, mais qu’en serait-il au fur et à mesure du temps qui passait. Je devais d’ailleurs y être dans très peu de temps et ce fut dans un soupire que je me décidais à y aller. Marchant d’un pas lourd, mes pensées dévièrent très rapidement vers l’homme que j’aimais, espérant qu’il fasse au plus vite une nouvelle nuit de garde. J’étais prêt à attendre le temps qu’il faudrait, mais je ne pouvais m’empêcher de culpabiliser sur le fait de lui imposer tout cela. J’avais l’impression de lui voler sa liberté, de le tenir là, entre mes mains et de me refuser à le lâcher. J’en étais tout simplement complètement incapable. C’était maintenant trop tard me mentis-je…

Je mis assez peu de temps à me rendre jusqu’au bureau du directeur, et durant mon trajet, je ne vis pas Jaeden. Arrivé devant la porte, je frappais et la voix du directeur m’invita à entrer. C’est ce que je fis, allant directement m’asseoir en face de lui, sans un mot.

– Bonjour Ilian. Comment te sens-tu aujourd’hui.

Bien évidemment, je ne répondis rien, il était rare que le directeur parvienne à m’arracher quelques mots.

– J’ai appris que tu avais mangé convenablement ce matin et à midi. Je t’en félicite.

Le silence se fit alors qu’il ouvrait mon dossier. Lorsqu’il trouva la page désirée, il attrapa une nouvelle feuille blanche pour la remplir de toutes ses âneries à mon sujet, pour alourdir un peu plus les idées que tous se faisaient de moi. Le directeur n’y faisait pas exception.

– Bon, aujourd’hui je désirerais aborder un sujet que j’ai trop longtemps repoussé et qui me semble important. Nous allons parler de Jaeden et de votre relation passée. C’est d’ailleurs pour cela que je l’appellerais ainsi et non le docteur Sadler.

Je sursautais presque, déstabilisé à la simple entente de son prénom. Le directeur s’en aperçu et je savais dès maintenant qu’il n’allait pas me lâcher sur ce sujet. Si nous l’avions évité jusqu’à maintenant, ce n’était plus le cas à présent, et je ne savais pas ce qui l’avait fait changé d’avis.

– Si j’ai bien compris, vous êtes sortit ensemble il y a quelques années. Combien de temps cela a-t-il duré ?

Je ne répondis rien, n’ayant aucune envie de rentrer dans son petit jeu des questions réponses. Perdant rapidement patience, le directeur déclara vivement :

– Je viens de te poser une question Ilian et j’ai toute la journée pour attendre la réponse, voir plus s’il le faut. Cesse ces gamineries.

Je savais qu’il ne me lâcherait pas. Il avait raison, il me traitait comme un simple enfant. Me glissant rapidement dans la peau du personnage qu’il m’imposait, je choisis de céder à sa menace et répondit :

– Un certain temps. Deux ans.

– Deux ans ! S’exclama-t-il surpris. Vos rapports étaient donc avancés… Demanda-t-il plus embarrassé.

– Je ne vois pas en quoi cela vous regarde. Répliquais-je, le défiant de mon regard froid, mais oui en effet.

Le directeur semblait déstabilisé par le fait que je réponde à ses questions, et surtout de cette manière. Pourtant, cela ne l’empêcha de poursuivre.

– Comment été Jaeden à l’époque ?

– Plus jeune, dis-je, d’un ton faussement insolent que le directeur ne releva pas.

– C’est toi qui as mis fin à votre relation ?

– Oui.

– Une raison particulière ?

Je fus incapable de répondre. Il parlait du nœud du problème, de ce qui avait amené ma présence ici. Mon regard se voila au souvenir du passé qui aurait pu être bien différent sans mon cousin… Le directeur n’insista pas, et il garda ses questions à ce sujet pour plus tard. Il me demanda soudain :

– Tu ressens encore quelque chose pour lui aujourd’hui ?

– On oublie jamais son premier amour, dis-je en masquant quelque peu la véracité de mes propos.

Le directeur ne s’attendait certainement pas à cette question. Perdant sa répartie, il commença à griffonner quelques mots sur sa nouvelle feuille, quelques nouvelles théorie sur moi certainement…

– Pourquoi as-tu accepté qu’il soit ton psy ? Parce que tu l’aimais encore ?

– Je crois que ces questions n’ont plus aucun rapport avec mon passé, répliquais-je cinglant, ne me laissant pas démonté par ces questions.

– Alors c’est cela… C’est parce que tu ressentais encore quelque chose pour lui.

Ne supportant plus le chemin que prenais la conversation, je me levais brusquement et déclarais, la voix débordante d’une haine glaciale non dissimulée :

– Je vous avais dit que je voulais changer de psychiatre, et cela dès le premier rendez-vous. Mais vous avez décidé autrement. Que pensez-vous de toute manière de l’avis d’un fou.

Lui tournant le dos, je marchais d’un pas vif vers la porte.

– Encore une réaction enfantine. Dit-il alors que ma main se figeait sur la poignée. Tu fuis les obstacles.

– Peut-être, pris-je la peine de répondre, d’une voix toujours aussi impersonnelle, mais plus faible.

– La prochaine fois ramène moi tes cahiers Ilian. J’aimerais lire tes écrits.

Mon départ se clôtura par une porte claquée. A peine eus-je fait quelques pas que je me retrouvais nez à nez avec Jaeden dans le même état de colère que moi. Je mis instinctivement de côté la mienne, lui lançant un regard inquiet vis-à-vis de son état. Malheureusement, nous n’étions pas seul dans le couloir et bien je me sois arrêter net face à lui, nous ne pouvions rien nous dire et je pouvais encore moins le prendre dans mes bras. Soupirant face à notre situation qui nous usait l’un l’autre, Jaeden reprit sa route, m’effleurant à peine la main. Aussitôt une idée me vint à l’esprit, me souvenant des dernières paroles du directeur. Il voulait mes cahiers et je savais qu’il ne se gênerait pas pour les récupérer par la force s’il le fallait. J’étais tout simplement incapable de les détruire. Réfléchissant à toute vitesse, j’attrapais au vol la manche de Jaeden, le retenant. Se retournant aussi vivement, il me regarda surpris, s’apprêtant certainement à me demander ce qui me prenait.

– Mes cahiers, bredouillais-je. Le directeur les veut. Est-ce je peux te…

Devant ma détresse, Jaeden compris assez vite ce que je lui demandais. S’il y avait bien une personne à qui je pouvais faire confiance à ce sujet, c’était bien lui. Il n’y avait qu’à lui que je pouvais les donner. C’était cela, ou je les détruisais.

– Laisse-les dans la chambre de Cameron, me répondit Jaeden, réfléchissant à toute vitesse. Je passerais les prendre dans un petit moment.

Le temps d’un murmure et il était déjà partit, marchant jusqu’à son bureau comme si aucun échange n’avait eu lieu. Une fois de plus, il venait à mon aide alors que je n’avais rien fait pour son état. C’était toujours lui m’aidait et non l’inverse. C’est en me sentant presque égoïste que je gagnais ma chambre.
Il ne me fallut pas beaucoup de temps pour rassembler la totalité de mes cahiers. Attrapant une feuille de papier vierge, je griffonnais quelques mots à Jaeden, conscient des risques je prenais. Le glissant dans le premier cahier, le faisant légèrement dépasser, je les pris avant de sortir de ma chambre. J’évitais soigneusement le groupe d’infirmière qui aurait pu se poser des questions. Par chance, la chambre de Cameron n’était pas très loin de la mienne et ce fut nerveux que je frappais à sa porte priant pour qu’il y soit. Par chance, il vint m’ouvrir assez rapidement, et il ne cacha pas sa surprise de me voir. Aux habitudes c’était lui qui venait me chercher et jamais je n’étais venu de mon propre chef dans sa chambre.

– Ilian… Tu cherches quelque chose ? Me demanda-t-il hésitant.

– Est-ce que tu pourrais me rendre un service ?

– Je… Oui… Enfin, ça dépend pour quoi.
– Si je te donne quelque chose, tu pourras le donner au docteur Sadler de ma part.
– Pourquoi tu ne le fais pas directement ? Me demanda-t-il légèrement suspicieux.
– S’il te plaît Cameron, je ne te le demanderais pas si je n’en avais pas réellement besoin
– D’accord, céda-t-il soudain.

Je ne m’appesantis pas sur ce brusque changement de comportement et je lui tendis les cahiers qu’il posa sur son bureau. J’étais presque certain qu’il ne tenterait même pas d’en lire une seule ligne. Changeant soudain totalement de sujet, Cameron me proposa :

– On va en salle télé ce soir, il y a un film qui a l’air pas mal.
– Pas de soucis à tout à l’heure, répondis-je, plus que soulagé qu’il me vienne en aide et prêt à lui accordé n’importe quoi.

Je sortis de la chambre les bras vides, une étrange boule au ventre, comme séparé de quelque chose qui m’était essentiel et nécessaire. Regagnant ma chambre, il fallut que je croise Melvin. Cela faisait un moment que je ne lui avais pas parlé. Nos dernières entrevues s’étaient résumées à quelques regards de parfait étranger qui se toisent, lancés à la sauvette. Pourtant cette fois-ci, il marcha droit vers moi. Il avait assez mal supporté mon rejet et ma distance après qu’il m’est avoué avoir subit la même chose que moi. Mais je devais avouer que je me sentais maintenant mal à l’aise face à lui.

– Tu allais dans ta chambre ? Me demanda-t-il.

Melvin me sauta soudain dessus et m’embrassa à pleine bouche sous le regard effaré des infirmières. Écœuré par ce contact non désiré, il me fallut quelques secondes pour réagir et le pousser violemment avant de m’enfuir le plus vite que je le pouvais. Arrivé dans ma chambre, je refermais violemment ma porte avant de m’adosser dessus et de me laisser glisser. J’avais encore l’impression de sentir ses lèvres sur les miennes et ce contact n’avait aucun rapport avec les baisers de Jaeden. Tentant de me remettre, j’inspirais profondément alors que mon cœur tonnait à vive allure dans ma poitrine. Je ne comprenais pas ce qui lui avait pris, surtout devant tout le monde. Je priais pour que cette histoire ne remonte pas aux oreilles de Jaeden.

Nous étions dans un bar, Jaeden m’avait invité à venir avec lui et quelques potes. Nous étions samedi soir, et j’avais réussis à avoir une autorisation de sortie de la part de mes parents. Le mieux était que je pouvais dormir chez Jaeden et je n’avais donc pas d’heure pour rentrer. Jaeden discutais avec ses amis m’ignorant un peu mais je ne m’en formalisais pas. Je me levais pour aller chercher quelques boissons, tandis qu’il parlait de je ne sais quoi avec un autre dont je n’avais pas suivit la conversation. Arrivé devant un des serveurs qui était derrière le bar, je donnais commande et j’attendis qu’il ait le temps de me servir. C’est alors qu’un garçon s’approcha de moi. Il devait avoir quelques années de plus, un sourire charmeur, et des cheveux blonds mi-long qui lui tombaient derrière les oreilles. S’arrêtant à mes côtés, il s’accouda au comptoir et me demanda d’une voix séductrice :

– Tu es seul ?

Peu habitué à ce que l’on m’aborde ainsi, il ne me fallut qu’un dixième de seconde pour perdre mes moyens. Mes joues devinrent presque écarlates et ce fut extrêmement gêné que je bredouillais un « non » incompréhensible. Il sourit, se moquant très certainement de mon attitude. Il allait maintenant très certainement me tourner le dos et chercher quelqu’un d’autre. Mais je me trompais apparemment car il me proposa :

– Je t’offre quelque chose à boire ?
– Non… Non merci… Je…
– Allez quelqu’un de sexy comme toi, ne peux pas me refuser ça… Dit-il en voulant poser une main sur mon épaule.

J’étais loin d’être habitué à ce genre de compliment, et alors que j’allais refuser une bonne fois pour toute, je fus soudain tiré en arrière, alors que deux bras m’entouraient par la taille. La voix de Jaeden ne tarda à se faire entendre :

– Ce mec sexy comme tu dis est déjà pris, et si par malheur son copain apprenais que tu veux tenter quelque chose, je pense que tu ne ressortirais pas de ce bar en un seul morceau…

Le dragueur n’insista pas, nous lançant un regard dépité avant de nous tourner le dos et de trouver une autre personne. Je me retournais pour me retrouver face à Jaeden. Un large sourire illuminait mon visage. Il m’avait surveillé de sa place et surtout, il était jaloux. Il semblait quant à lui, encore énervé qu’un autre homme est essayé de me draguer et je ne pus m’empêcher de lui dire après avoir déposé un bref baiser sur ses lèvres :

– Je ne savais pas que tu étais jaloux…

– Ne dis pas de conneries, s’emporta-t-il aussitôt.

Peu impressionné par son ton autoritaire, j’ajoutais :

– Pourtant, ce que tu viens de faire…
– Ilian, si tu continu, tu dors chez ton cousin ce soir, me menaça-t-il.

Il ne m’en fallut pas plus pour me taire. Me tournant vers le comptoir, j’attrapais les boissons qu’on nous donnait enfin. J’avais retrouvé tout mon sérieux, et il n’était plus question de le taquiner à ce sujet. C’était avec lui que je voulais passer la nuit. Jaeden ne pu s’empêcher de rire face à mon brusque changement de comportement et il glissa à mon oreille :

– Petit pervers.

Alors que mes joues prenaient une teinte rosée, je remerciais le ciel qu’il ne puisse pas lire dans mes pensées.

– Ne t’inquiète pas, nous n’allons pas tarder à rentrer, dit-il d’une voix lourde de sens.

Attrapant les verres qui restaient pour m’aider à porter, nous retournâmes tous les deux à notre table, lui satisfait de lui-même et moi gêné mais malgré moi impatient.

Je me redressais, soudain emprunt de la nostalgie de notre passé où tout était bien plus simple. Me rendant compte de ma fatigue, n’ayant pas passé beaucoup de temps à dormir cette nuit, je décidais d’aller m’étendre dans mon lit. Je n’avais même pas envie de lire. Posant ma tête sur l’oreiller, j’oubliais tout, restant dans mon songe. Son odeur me semblait encore imprégner le lit. Soupirant, je me laissais aller à fermer les yeux, un sourire aux lèvres. Ce fut son image qui m’accompagna dans mon sommeil.

 

**

Ce furent des petits coups discrets frappés à ma porte qui me réveillèrent bien plus tard. C’était Cameron qui venait me chercher pour manger. Me redressant dans un état encore vaseux, je lui demandais de m’attendre. M’étirant rapidement, je remis mes vêtements en place avant de brièvement faire mon lit et de le rejoindre. Comme je lui avais promis, nous passâmes la soirée ensemble, nous quittant après le film. Il m’avait confirmé avoir transmis les cahiers à Jaeden, et je le remerciais plusieurs fois. Melvin était lui aussi présent ce soir, mais il me regardait de loin, attendant certainement un moment où je serais seul pour m’expliquer avec lui au sujet de ce qui venait de se passer. Et c’est d’ailleurs ce qu’il fit. Alors que je retournais seul dans les couloirs pour aller dormir dans ma chambre, Melvin me suivit. Loin de le faire discrètement, il m’appela par mon nom lorsque je posais ma main sur la poignée.

– Ilian attends !

Soupirant, n’ayant pas du tout envie de lui parler maintenant, je me retournais pour lui faire face.

– Qu’est ce que tu veux Melvin ? Lui demandais-je une fois qu’il fut à ma hauteur.

– Je… Commença-t-il à bredouiller.

– Tu… ? M’impatientais-je.

– Je voulais m’excuser pour ce qui s’est passé tout à l’heure dans le couloir…

Je ne répondis pas, n’ayant pas du tout envie de parler de cela, préférant l’oublier totalement, mais ce ne fut pas du goût de Melvin.

– Je te jure, je ne sais pas ce qui m’a pris. Je ne comptais pas le faire, mais… J’en ai envie depuis tellement longtemps et je n’ai pas su résister.
– Et bien retiens toi à l’avenir, car je ne veux pas de ça Melvin.
– Pourquoi ?! S’emporta-t-il. On ressent la même chose j’en suis sur Ilian.
– De quoi tu parles ? M’agaçais-je à mon tour.
– Enfin Ilian, on a vécu la même chose. On est pareil, on ne peut que…
– Stop ! M’écriais-je. N’en dis pas plus. Il n’y aura jamais rien entre nous Melvin. Je veux bien être ton ami, mais rien de plus. Maintenant le sujet est clos, je te souhaite une bonne nuit, je vais me coucher, je suis fatigué.
– Mais je t’aime ! Déclara-t-il précipitamment alors que je me tournais pour entrer dans ma chambre.
– Tu ne devrais pas dire ce genre de chose à la légère. Désolé, Melvin, j’aime quelqu’un d’autre. Dis-je froidement, avant de rentrer dans ma chambre et de claquer ma porte lui faisant clairement comprendre que la discussion était close.

Heureusement, il ne tenta pas d’entrer, me laissant seul et surtout en paix. Il ne me fallut pas beaucoup de temps pour me mettre en pyjama et me glisser sous mes draps. Je n’avais qu’une envie, m’endormir le plus rapidement possible, bercé par l’odeur de Jaeden qui restait encore un peu. Ce fut le souvenir de notre nuit passée qui m’emporta doucement au pays des songes.

***

Je ne croisais pas Jaeden les jours qui suivirent. Il n’était même pas présent lors des parties d’échecs et le sentiment de solitude me retomba lourdement dessus, effaçant malheureusement trop vite le bonheur qu’il m’avait apporté. Je devenais nerveux et bien que je lutte contre mon appétit s’amenuisait au fils de la semaine. Cela faisait maintenant cinq jours que je ne l’avais plus revu, et je comptais aller me coucher pour affronter le lendemain une journée de plus sans l’avoir vu. Melvin continuait à me harceler tous les soirs alors que je regagnais ma chambre, me répétant toujours la même chose et tentant laborieusement de me faire changer d’avis.

Je m’étonnais de la patience avec laquelle chaque fois je le repoussais. J’espérais peut être qu’il se lasserait avec le temps. Cependant, ce n’était pas le cas ce soir. Il était déjà tard, et nous devions être chacun dans nos chambres depuis déjà un petit moment.

– S’il te plaît Ilian, se plaignait-il, laisse moi au moins une chance…
– Combien de fois je vais devoir te dire non ! A demain Melvin, dis-je pour la quatrième fois.
– Pourquoi… Gémit-il en se rapprochant de moi plus que nos rôles respectifs le permettait.

N’aimant pas qu’il m’approche ainsi, à deux doigts de me toucher, je me reculais, me retrouvant dos à la porte de ma chambre désespérément close. Sa main se posa au dessus de mon épaule sur la porte, m’enfermant un peu plus. Je me sentais prisonnier par un autre corps et c’était une des sensations qui m’effrayait le plus.

– Qu’est-ce que vous faites, s’exclama soudain une voix que je ne connaissais que trop bien et qui m’avait cruellement fait défaut ces derniers temps.

Ma tête se tourna instinctivement vers Jaeden, un large sourire se dessinant sur mes lèvres, trop heureux de le revoir enfin. Melvin quand à lui s’était reculé de quelques pas, me laissant enfin un peu d’espace personnel. Je cherchais le regard doux de Jaeden, mais je me heurtais à un mur de colère et de froideur. A vrai dire, c’est à peine s’il se préoccupait de moi, totalement concentré sur Melvin.

– Vous devriez chacun être dans vos chambres et non dans le couloir à cette heure ! Melvin tu vas me faire le plaisir de regagner la tienne. Je vais te raccompagner. Ilian, je reviens. Dit-il sans même m’accorder un regard.

Je les regardais partir en direction de la chambre de Melvin, lui marchant devant et Jaeden le suivant comme pour s’assurer qu’il exécuterait bien ses ordres.

Mon cœur s’emballa lorsque je compris qu’il était de garde ce soir là. C’était la seule chose qui pouvait expliquer sa présence ici et maintenant. Ainsi, il était venu me voir et mieux encore, il allait passer la nuit avec moi. Entrant dans ma chambre le cœur battant, je refermais la porte derrière moi. Tirant les rideaux, j’allumais la lampe de chevet avant de l’attendre, assis sur mon lit, dos au mur. Je tentais de ne pas me formaliser du temps qu’il mettait à revenir, entortillant mes doigts d’excitation et de joie rien qu’à l’idée qu’il allait me prendre dans ses bras.

Il entra soudainement sans frapper, refermant la porte de manière si nerveuse que je compris qu’il était plus qu’énervé. Il posa brièvement son regard inquisiteur sur moi avant de tourner vivement en rond dans la pièce et de déclarer sans mâcher ses mots :

– Je ne peux pas supporter ce type. Je ne sais pas si je te l’ai déjà dis Ilian, mais vraiment, il me sort par les yeux. Cette manière qu’il a de te regarder et tout ce qui… Raah… Qu’est-ce qu’il te voulait ? Me demanda-t-il brusquement en se tournant vers moi. On aurait dit qu’il voulait t’embrasser. Si je n’avais pas été là ce soir je…

Il poursuivit son petit manège un long moment, tournant comme un lion en cage, marmonnant plus pour lui-même que pour moi. Je ne pouvais même pas en placer une. C’était comme s’il m’occultait totalement, totalement concentré et emprunt de sa colère. Ce qui m’amusait au départ, commença à me lasser puis à m’énerver. Profitant d’une de ses pauses alors qu’il s’asseyait sur la chaise de mon bureau, en soupirant, je me permis enfin de parler.

– Jaeden, tu ne trouves pas que c’est inutile de gâcher ce temps qui nous est offert alors que tu sais pertinemment que toutes tes idées sont infondées. Et puis surtout, ajoutais-je alors qu’il allait me répondre, on se fou totalement de Melvin. On est là tous les deux et… tu… Tu ne m’as toujours pas pris dans tes bras, finis-je par dire hésitant.

Aussitôt le visage de Jaeden s’adoucit, et un léger sourire vint naître aux creux de ses lèvres. Ne supportant plus cette distance, je me levais et allais le rejoindre au plus vite. M’asseyant sur ses genoux où il m’accueillit à bras ouverts, nous ne résistâmes pas bien longtemps avant d’échanger un baiser. Son unique but était de nous apaiser l’un l’autre et surtout de nous retrouver après tous ces jours de séparation. Il m’avait promis qu’il trouverait le moyen de faire une garde le plus vite possible. Il avait tenu sa promesse et je le remerciais comme il se devait. Ses bras passèrent autour de ma taille devenu trop fine, tandis que mes deux bras passaient sur ses épaules, entourant son cou afin d’approfondir notre échange. Sa langue caressait la mienne avec tendresse, et peu à peu tout soupçon de colère disparut totalement. Nous n’étions plus que tous les deux. Notre baiser prit fin lorsque l’air nous fit défaut. Il frotta son nez contre le mien, comme il avait l’habitude de le faire par le passé, m’envahissant de cette douce chaleur.

– Si tu savais comme tu m’as manqué, lui soufflais-je, en rougissant légèrement.

Jaeden sourit et lui envoyant un regard plein de malice, je me levais et l’attrapais par le bras. Une seule chaise était loin d’être confortable pour nous deux et le lit était plus approprié. Jaeden se laissa guider, et vint s’asseoir près de moi contre le mur. En un rien de temps j’étais tout contre lui, respirant à plein poumon son odeur. Malheureusement Jaeden ne semblait pas trop là ce soir, énervé par une chose plus profonde dont j’ignorais la raison. Je n’osais pas lui demander de quoi il s’agissait, de peur de le braquer ou de le rendre distant. Peut être n’avait-il tout simplement pas envie d’aborder ses problèmes avec moi, et voulait juste passer un moment avec moi. Passant tendrement sa main sur sa joue, je me collais un peu plus à lui avant de lui voler un baiser. Il mit du temps à vraiment s’y investir, se laissant la plupart du temps guidé au gré de mes envies. Même s’il était près de moi, si je gouttais ses lèvres et sentais son odeur, j’avais l’impression qu’il n’était là qu’à moitié. Alors que j’allais m’écarter pour lui demander ce qu’il avait ne supportant plus la situation, son portable se mit à sonner.

Jaeden se redressa brusquement, attrapant son portable dans la poche de jean. Il lâcha un profond soupire avant de décrocher et de dire sur un ton exaspéré :

– Oui, qu’est ce qu’il y a encore.

– …
– Non, je n’ai pas oublié. Répondit-il sèchement.

– …
– Oui, j’y serais, mais je te l’ai déjà dit tout à l’heure.

– …
– A demain. Finit-t-il par dire avant de raccrocher.

Il était maintenant debout, dans un état d’énervement pire que celui de tout à l’heure. Totalement perdu, ne comprenant vraiment plus ce qui lui arrivait, je me lançais et risquais à lui demander :

– Jaeden… Qu’est ce qui se passe ? Pourquoi es-tu…
– Oublies… Dit-il un peu trop sèchement. Je ne suis pas venu ici pour te gâcher ta soirée.

Tout en parlant, il vint reprendre sa place à côté de moi, mais sa jambe droite bougeait nerveusement, trahissant son incapacité à rester en place. Étant loin d’être d’accord avec ce qu’il venait de me dire, je me redressais et vint me mettre à genoux devant lui afin d’avoir une réelle discussion avec lui. Pour une fois, c’était moi qui allais l’écouter, et je ne voulais surtout pas qu’il m’en croit incapable. Après tout ce qu’il faisait pour moi, je lui devais largement cela.

– Qui c’était au téléphone ? Demandais-je, oubliant volontairement sa dernière réplique.
– Personne, répondit-il en croisant mon regard.
– Kain ? Insistais-je, voulant aller jusqu’au bout.

Jaeden se mit alors à soupirer, et m’avoua enfin :

– Pire… Ma mère…

Ma main se posa aussitôt sur la sienne en la serrant très fort. Je fus incapable de répondre quoi que ce soit. Je ne m’étais pas attendu à cela, et je savais pertinemment que Jaeden avait une relation très conflictuelle avec ses parents. Cela n’avait apparemment pas changé en quatre ans.

Je finis par venir me lover dans ses bras. A défaut de mots, je pouvais au moins lui amener ma chaleur et ma présence. Le silence devint de plus en plus lourd. Jaeden ne repris la parole qu’après un long moment, poursuivant dans sa lancée, certainement peut habitué à me parler de lui ainsi.

– Elle est venu me voir il y a quelques jours. Elle veut que j’aille voir Kain.
– Et c’est ça qui te met en colère ? Lui demandais-je hésitant en redressant légèrement la tête vers lui.
– Non, c’est le fait que j’ai eu la paix pendant six mois et qu’il suffit que mon frère aille se plaindre pour que hop elle débarque à nouveau et encore une fois je lui cède…

Je restais contre lui, ma tête contre son épaule, tandis que ses mains caressaient distraitement mes cheveux. Je ne sus que répondre, ne pouvant que l’écouter. Et nous restâmes ainsi pendant un long moment, juste l’un contre l’autre, dans le silence, calant nos respirations l’une sur l’autre. Ma main était posée sur son cœur et je pouvais sentir chacun de ses battements. Peut être était-ce une impression mais ils semblaient se calmer eux aussi progressivement. Ce ne fut qu’après un long moment passé ainsi que Jaeden finit par dire d’une petite voix :

– Je suis désolé de cette soirée que je te fais passer. Crois-moi, j’aurais préféré être dans un autre…

Il fut coupé par ma main sur sa bouche. Je ne désirais pas en entendre plus et je lui fis clairement comprendre en lui disant :

– Cesse de tire des conneries. On est très bien juste comme ça.

Savait-il combien je serais prêt à donner pour simplement être dans le creux de ses bras ainsi ? Le serrant fort, je l’invitais à s’allonger tout contre moi. Le débarrassant de ses chaussures et de son jean, il eut tôt fait d’être sous les draps avec moi à ses côtés. J’éteignis la lumière. Ma tête était posée sur son bras qui m’entourait et me caressais tendrement le dos. C’est alors que sa voix s’éleva dans le silence de la nuit, me faisant doucement frissonner de bonheur :

– J’aurais tant aimé que tout ne ce soit jamais passé… A propos d’Ewen… Peut-être qu’aujourd’hui on serait à l’autre bout du monde, loin de ma mère et de mon frère… De tout… Tous les deux…

Rien que l’idée qu’il songe à un avenir commun de cette manière me fit fondre. Me redressant légèrement, un petit sourire teinté de tristesse illuminait mon visage. J’effleurais simplement ses lèvres d’un baiser chaste. Seulement, celui-ci ne fut pas à son goût. Passant ses bras autour de moi, il m’empêcha de regagner ma place et happa mes lèvres avec une passion que je n’aurais pas cru savourer ce soir. Ce fut un long et langoureux baiser que nous échangeâmes, n’allant jamais plus loin. Nous n’avions pas besoin de cela ce soir ; nous désirions uniquement la présence de l’autre à nos côtés. Cette nuit là, je ne lui demandais rien, me contentant de lui apporter un peu de quiétude.

***

Je me réveillais un peu après Jaeden, dans la même position que celle où nous nous étions endormis. Il avait passé sa main sous mon tee-shirt et caressait ma peau distraitement. Allongé sur le dos, il regardait le plafond, si bien qu’il ne vit pas tout de suite mon éveil. Ses sourcils légèrement froncés me montraient qu’il était déjà en train de penser à sa journée et aux problèmes qu’il allait rencontrer. Peiné de le voir ainsi, je passais ma main délicatement sur sa joue. Un petit sourire décora ses lèvres lorsqu’il croisa mon regard, suivit d’un simple baiser de bonjour. Il était encore tôt, mais je savais que son départ était plus que proche. Alors qu’il se laissait de nouveau aller dans le lit avec un soupire, un élan de culpabilité m’envahit brutalement. Sans moi, il n’aurait jamais eu tout ces problèmes avec Kain et sa mère. S’il ne m’avait pas de nouveau rencontré, il serait certainement encore avec Hugo ou un autre homme qui ne l’entraîneraient pas dans la noirceur de ce lieu et dans une relation si impossible qu’elle était vouée à l’échec. Pourtant jamais je ne me sentirais capable de le laisser partir.

– Qu’est-ce-que tu as à me fixer comme ça ? M’interrompit soudain Jaeden dans mes réflexions. Ton regard s’est assombri.

Surpris, j’avalais ma salive avant d’oser répondre par une question dont la réponse de Jaeden me terrifiait.

– Est-ce que tu regrettes d’avoir choisi de t’occuper de mon dossier ?

Jaeden se redressa brusquement, s’écarta légèrement de moi, les sourcils froncés.

– Qu’est ce qui te faire croire ça ?

– Disons que depuis que je suis de nouveau entré dans ta vie… Je… Articulais-je difficilement. Je ne fais que t’apporter des problèmes…

– Non… Me dit-il d’une petite voix. Justement, tu es celui qui m’en apporte le moins.

– Ne dis pas n’importe quoi. Ta carrière est en péril, tu es fâché avec ton frère et…

Ce que j’allais ajouter était le plus dur à dire et pourtant, je ne voulais pas faire marche arrière dans mon argumentation.

– Et j’ai peut-être anéanti une possible relation stable avec un autre… Terminais-je en détournant le regard.

Contre toute attente, Jaeden ne pu s’empêcher de rire et de me prendre dans ses bras en me disant après m’avoir forcé à le regarder :

– C’est à moi de choisir ce qui me pose le plus de problème.

Déterminé à vouloir faire taire mes doutes, il m’embrassa d’une manière si passionnée et particulière qu’il me fut impossible d’aligner deux pensées cohérentes. Savait-il seulement à quel point je tenais à lui et je l’aimais ? Il ne fallut que très peu de temps pour que notre désir l’un pour l’autre oublié la veille revienne au galop. Je pouvais sentir l’avidité de son baiser gagner d’un cran non négligeable. Ce fut ce qui le poussa par ailleurs à mettre fin au baiser et à se rallonger près de moi. Mais cela ne fit pas taire pour autant mon envie de bien plus, et subtilement, je fis glisser mes sous son tee-shirt, m’arrêtant sur ses abdominaux, avant de repartir bien plus bas.

Il ne tarda pas à se tendre, comprenant mes projets et c’est assez gêné qu’il me dit en attrapant ma main par le poignet :

– On n’a pas le temps Ilian, je dois bientôt partir. Crois-moi, si ça ne tenais qu’à moi je resterais indéfiniment…

Peu convaincu, ne désirant pour rien au monde laisser partir Jaeden sans lui avoir fait ce que je prévoyais, je répliquais non sans rougir comme une pivoine :

– On a assez de temps pour ce que je prévois de te faire…

Ne voulant surtout pas voir sa réaction et encore moins m’exposer ainsi à lui, je glissais presque aussitôt sous les draps, dégageant mon bras de sa prise.

Alors que je m’attaquais à son boxer non sans sentir battre mon cœur à un rythme effréné du au stress, j’entendis un « non Ilian… » Bien trop faible et peu convaincu pour m’arrêter. Certes ce que je m’apprêtais à faire était un pas de plus dans mon affranchissement du passé, mais je désirais le faire maintenant. Je voulais offrir un peu de plaisir à Jaeden, et cesser d’être toujours celui qui en recevait de sa part. Je tenais tout simplement à le remercier à ma manière.

– Tu n’es pas obligé Ilian, tenta-t-il une dernière fois, sachant aussi bien que moi ce que cela allait me demander.

Mais j’avais pris ma décision, et rien ne me ferait revenir en arrière. Alors que j’effleurais son intimité à travers le tissu, je vis qu’il était excité plus que je ne le pensais. Était-ce simple l’idée de ce que j’allais lui faire ou le baiser que nous avions échangé ? Je remerciais les draps qui me cachaient à son regard, pour rien au monde je n’aurais voulu qu’il voit ma gène et mon malaise. Prenant mon courage à deux mains, je caressais plusieurs fois à peine l’intimité de mon amant, qui était plus que réactive. Si nous avions eu plus de temps, j’aurais très certainement continué mon petit manège, mais je faisais maintenant glisser son boxer de manière à me libérer le chemin. Jaeden ne tentait plus de me dissuader, parfaitement immobile et attentif à ce que je lui faisais. Un soupir de bien-être traversa ses lèvres alors que j’attrapais son intimité nerveusement. Je ne savais plus comment m’y prendre et maintenant je ne pouvais plus reculer. J’espérais qu’il ne soit pas déçu…

Lentement, je laissais glisser ma langue tout le long, ne trouvant à aucun moment cela sale ou dégradant, comme je l’avais vécu par le passé. J’oubliais tout, comme si je me lançais pour la première fois, comme si mon cousin n’avait pas existé. Mettant soudain tout mon cœur à l’œuvre, je commençais à entendre les premiers véritables gémissements contenu de Jaeden. Je savais qu’il lui serait impossible de crier, mais je n’allais pas forcément lui rendre la tache plus facile. Plus il prenait du plaisir, et plus j’y mettais une part importante de moi, me laissant aller comme jamais je n’avais osé le faire avec lui. Ma main libre se dirigea inconsciemment vers mon intimité, ne tentant plus, devant aussi me satisfaire. Réglant à la cadence de ma bouche, je prenais les rênes de notre plaisir commun. Les mains de Jaeden étaient venues se crisper sur mes épaules, caressant plusieurs fois ma tête dans le but de me guider. A aucun moment il ne tenta de soulever les draps, me connaissant mieux que personne. Le murmure de mon nom à peine perceptible me grisa totalement et sentant qu’il était proche de la jouissance, je me préparais à le rejoindre… Jaeden me prévint d’un murmure entrecoupé qu’il n’allait pas tenir une minute de plus, et je nous accompagnais tous deux jusqu’au bout, nous libérant presque simultanément.

Ce fut seulement à cet instant précis que je réalisais ce que je venais de faire. Trop inquiet et concentré sur mon amant, je m’étais dépassé plus que je ne m’en serais cru capable. Mais cette gêne me collait toujours à la peau, si bien que je n’osais pas revenir à ses côtés, me trouvant pitoyable, caché sous les draps. Ce fut Jaeden qui peu de temps après, les levant, me découvrant. Sans me laissais le temps de réagir, il m’attira vivement à lui et m’embrassa avec une passion que je ne lui connaissais pas. Nul doute qu’il avait envie d’aller bien plus loin et que ce que je venais de lui faire n’avait fait que le mettre en appétit. Je tentais de me contrôler et de mettre ma peur de côté, l’ayant déjà fait une fois, je pourrais sans aucun doute recommencer. Et puis, il m’était impossible de dire que je n’en n’avais pas envie.

J’avais confiance en lui. Sa main glissa presque aussitôt à même mes fesses, les massant avec envie. Sa bouche me dévorait littéralement, m’emmenant dans des lieux inconnus. C’est alors qu’une sonnerie retentit, nous faisant tous les deux sursauter violemment, chutant lourdement à nos places respectives.

– Mince, c’est le téléphone du service. Dit-il avant de se lever et de décrocher. Allo.
– …
– Je… Je faisais une ronde… Oui, j’arrive tout de suite. Dit-il avant de raccrocher.

Attrapant rapidement son jean et ses chaussures, il les enfila à la hâte avant de se tourner vers moi et de m’expliquer :

– Je suis désolé, une infirmière a besoin d’aide avec un patient. On me cherche depuis un petit moment…

S’approchant de moi avec un petit sourire, il me vola un baiser rapide, avant de murmurer à mon oreille :

– Merci et à très bientôt Ilian.

Après un dernier regard et un sourire échangé, Jaeden quitta ma chambre le plus discrètement possible. Je me laissais aller à m’allonger de nouveau sur le lit, frustré, mais heureux.

***

Melvin n’étais pas venu me harceler ce soir là, et m’avait évité à mon plus grand soulagement toute la journée. Je n’avais plus vu Jaeden, mais j’avais passé la journée entière à penser à lui. Il faisait nuit, et je devais m’être endormi depuis quelques heures. Pourtant quelque chose sembla me réveiller, comme si quelque chose me dérangeait. Ouvrant les yeux pour vérifier, je me glaçais de terreur, lorsque je vis Melvin, assis sur mon lit, penché au dessus de moi, en me fixant bizarrement. Sursautant violemment, je me reculais contre l’angle du mur en me redressant.

– Qu’est ce que tu fiches ici ? Lui demandais-je paniqué.
– J’ai essayé… dit-il d’une voix que je ne lui connaissais pas.

Son regard pétillait d’une envie que je ne connaissais que trop bien, et qui avait si souvent illuminé l’œil de mon cousin. Mon cœur battait terriblement vite et je sentais mon ventre se vriller sous l’angoisse alors qu’il poursuivait :

– Mais comprends moi, je n’y arrive pas… Laisse-moi au moins une fois… Je suis sur que…
– Quoi ! M’exclamais-je bien moins fort que je ne l’aurais voulu. Mais de quoi tu parles ! Retourne dans ta chambre, laisse moi tranquille ou…
– Ou quoi ? Me dit-il, totalement indifférent à mon état.

Il s’approcha progressivement mais bien trop rapidement de moi. Paralysé, je ne savais réagir, comprenant parfaitement la tournure que prenait la situation. Sa main se posa sur la mienne alors qu’il me barrait toute fuite possible par son corps. Je n’avais jamais fait attention, mais maintenant tout près de moi, je me rendais parfaitement compte de sa supériorité physique.

– Comprends moi, je ne peux plus tenir, j’ai envie de toi Ilian, nous sommes fait l’un pour l’autre.

Rassemblant mes dernières forces, je repoussais sa main avant de tenter misérablement:

– Melvin ne me fait pas revivre ça. Tu ne peux pas, non…S’il te plaît…
– C’est toi qui l’a cherché Ilian…

Sans me laissais le temps de répliquer, il colla lourdement sa bouche sur la mienne et ses mains sur mon corps, me renvoyant instantanément quatre ans auparavant. La terreur se délia dans mon corps, me rendant immobile spectateur d’une horreur supplémentaire. Sans rien faire, je me retrouvais couché sous lui, ses mains parcourant mon corps, ouvrant à vif d’anciennes cicatrices que je pensais êtres totalement effacées. Jamais je n’aurais cru revivre ça, et je savais que je ne serais plus capable de me relever. Si une personne abusait encore de mon corps, je ne pourrais plus jamais réussir à cohabiter avec celui-ci.

– Tu es tellement beau Ilian, susurra-t-il à mon oreille. Ta peau est tellement douce, dit-il en descendant irrémédiablement vers mon pantalon. Je suis sur que ça va être mille fois mieux que je ne me l’étais imaginé. Je vais te faire oublier, tu vas voir…

J’avais envie de hurler le nom de Jaeden pour qu’il vienne me sauver, mais encore une fois j’étais seul et immobile. Je ne faisais rien pour me sauver, encore une fois je subissais sans rien faire. D’ailleurs que penserait-il en me voyant agir ainsi. Alors que la main de Melvin arrivait sur mon endroit le plus intime, tout se passa très vite.

L’image de Jaeden dévasté en train de lire mon cahier, et lorsqu’il parlait ensuite du passé lorsqu’il avait appris ce qui s’était passé, me saisit à la gorge. Plus jamais je ne voulais lui faire subir cela. Plus jamais je ne voulais le faire souffrir, plus jamais je ne voulais salir mon corps ainsi. C’était à lui que j’appartenais, c’était lui que j’aimais. Et contrairement à la dernière fois, je savais n’étais plus seul. Jaeden était là. Emporté par un courage que je n’avais jamais ressenti et par une colère qui prit la place de ma raison, je repoussais avec une violence inégalable Melvin, qui se retrouva étendu sur mon lit, la tête dans le vide. Sans lui laisse le temps de réagir, j’étais déjà sur lui, à califourchon. Un premier coup de poing tomba, comme si cela pouvait me libérer.

– Il n’y a qu’une seule personne qui peut toucher mon corps et ce n’est sûrement pas toi, crachais-je en même temps.

Sans me contrôler, un deuxième coup suivit, le rendant presque inconscient de par sa violence qui décuplait mes forces. Jamais je ne me serais cru capable d’une telle chose. Melvin n’avait même pas la force de répliquer, trop sonné. Mais la haine en moi n’était pas satisfaite. Ewen et Melvin prenait le même visage, celui d’un mal si perfide que je ne pouvais me sentir libre que lors de son éradication. Si bien que sans pouvoir me contrôler, les autres coups suivirent alors que je hurlais comme un aliéné, perdant toute humanité, ne désirant que sa mort.

Cette envie était bien plus puissante que mon premier meurtre. Je voulais qu’il disparaisse à jamais comme tous ceux de son espèce. J’éprouvais presque un plaisir jouissif à sentir l’arrête de son nez se briser sous mes coups de poings qui pleuvaient sur son corps. Ce ne fut pas les cris de douleur qui alertèrent le personnel de garde, mais bien mes propres hurlements d’agressivité et de désespoir qui en auraient effrayé plus d’un. Mes poings étaient maintenant recouverts de son sang. Je perdais la tête, et ce ne fut pas le cri d’une infirmière entrant dans ma chambre qui m’arrêta. Elle disparut soudain, étant certainement aller chercher des renforts. Je ne supportais plus d’être ici. Poussant le corps de Melvin, celui-ci tomba lourdement par terre, alors j’envoyais mon poing dans le mur pour me calmer avant qu’ils n’arrivent. Je ne voulais pas d’une piqûre et je préférais ma méthode. Hurlant de douleur, je voulais à tout prix faire taire ce démon de violence déchaîné en moi. Mais c’était peine perdu et lorsqu’ils arrivèrent à quatre dans ma chambre, ils semblaient être en train de voir une bête hystérique et paniquée.

Les poings encore serrés, ma main gauche commençait à me lancer plus violemment que je ne l’aurais cru sous le coup que je m’étais infligé. Je leur hurlais de rester loin de moi, de ne pas m’approcher, et pourtant ils continuaient à réduire la distance entre eux et moi. Ils étaient maintenant tous autour de moi, ne me laissant aucune issue. Une infirmière tenait une seringue, deux hommes s’apprêtaient à m’attraper, pendant que le dernier jetais un coup d’œil inquiet à Melvin inconscient depuis longtemps sur le sol. Tout se passa très vite. Alors que je leur criais une dernière fois de me laisser seul, de me laisser me calmer, les deux hommes sautèrent sur moi, m’immobilisant sur mon lit, pendant que l’infirmière approchait vivement la piqûre de mon corps. Pris au piège, je continuais de me débattre, les insultants, ne m’abaissant jamais à les supplier. Plaqué sur le ventre, je me sentais pourtant vulnérable et à la merci de tous. Mon cœur était encore prisonnier par la terreur, une terreur qui m’avait malheureusement rendu fou de rage.

J’en venais à douter de la capacité de Jaeden à me calmer à ce moment précis. Le temps était comme arrêté. J’en vins à prier pour que la piqûre arrive, ne me supportant plus. Mes poumons me brûlaient à chaque respiration, je pleurais et chaque respiration était plus périlleuse. Je m’effrayais… Jaeden avait tort, il fallait s’éloigner de moi, j’étais complètement fou, j’avais failli tuer un deuxième homme de sang froid. Ce fut cette pensée qui m’accompagna dans un sommeil profond où aucun songe n’avait sa place, un sommeil artificiel et forcé, un sommeil que j’avais au dernier instant avidement désiré…

***

J’avais l’impression de flotter dans un lieu que je n’aurais su définir. Tout s’imposait à moi, mes choix, mes actes, la vie que je menais depuis plus de quatre ans. Une chose était sur, j’avais de plus en plus de mal à me supporter. Cette prison encore plus obscure et fermée dans laquelle je m’étais enfermé, était mille fois plus terrible que cet hôpital dont je ne sortirais jamais. Mes yeux étaient toujours clos et mon corps tellement engourdis qu’un simple geste me semblait irréalisable. Jamais je ne m’étais senti ainsi, à une telle merci de tous. Le cœur et l’esprit à vif, je renforçais avec encore plus de détermination le mur qui me protégeait. C’est alors qu’il me sembla percevoir du bruit à côté de moi. Tendant l’oreille, je me rendis compte qu’il s’agissait de deux infirmières. Je n’étais donc pas dans ma chambre.

– Oui, il va rester ici jusqu’à demain et ensuite le directeur a prit la décision de le mettre en chambre d’isolement pendant quelque temps.
– Jamais je n’aurais pensé qu’il face cela à ce pauvre Melvin.
– Voyons, après tout, il ne faut pas oublié qu’il a tué quelqu’un. Répliqua la voix d’une femme qui me déplaisait.
– Oui… Et tu as vu le visage de Melvin. Il n’y ait pas allé de main morte. Un des médecins dit qu’il aurait pu le tuer s’ils n’étaient pas arrivés à temps. Et le regard qu’il leur lançait, je te jure, Marie m’a dit qu’elle était véritablement effrayée. Il n’y a pas de doute, il est complètement…

J’avais envie de leur hurler de cesser, et la seule chose que je peux faire, fut de bouger le bras. Ce n’est qu’à ce moment là que je réalisais que j’étais attaché : mes deux poignets et mes deux chevilles étaient fixés au lit. Je n’avais pas besoin d’écouter la suite de la conversation. J’étais devenu irrémédiablement fou et je l’étais depuis le début. Je n’avais fait que m’illusionner et non jouer un rôle.

***

J’ouvris les yeux un peu plus tard, sans m’être rendu compte de m’être endormi. Mes paupières papillonnèrent comme pour m’habituer à la lumière assez faible qui régnait dans la pièce. J’étais encore dans l’infirmerie et Jaeden était à côté de moi, regardant par la fenêtre. Mes yeux s’écarquillèrent, réalisant qu’il était là, à côté de moi et que sa main était posée sur la mienne. Soudain bien réveillé, je voulu bouger mon bras, mais mon poignet attaché me rappela à l’ordre. M’ayant vu bouger, Jaeden porta son attention sur moi. Un sourire étira ses lèvres, bien qu’il ne parvienne pas à cacher son inquiétude.

– Comment te sens-tu ? Me demanda-t-il.

Je n’étais pas en état de lui répondre. Je n’avais pas envie de parler. Il était là, tout simplement. Je ne voulais pas savoir comment il y était parvenu. C’était la seule personne dont j’avais besoin. Semblant lire dans mes pensées, Jaeden se pencha vers moi, avant de poser délicatement ses lèvres sur les miennes, m’apportant une chaleur dont j’avais cru oublié l’existence. J’avais l’impression qu’un simple baiser commençait déjà à panser mes plaies, et j’y répondis avec douceur et lenteur. Il ne me brusqua pas, mettant une tendresse sans pareille à l’œuvre, comprenant que je ne pouvais donner plus. Mon état vaseux ne me le permettait pas. Sa main caressait délicatement mon visage alors qu’il murmurait mon prénom, tout contre mes lèvres avant de se redresser. Passant sa main dans mes cheveux, je fermais les yeux un court instant. L’image de Melvin en sang me heurta de plein fouet. Je ne pouvais plus faire semblant, je ne pouvais plus profiter de lui. Je n’étais plus celui qu’il connaissait par le passé, je n’étais plus celui qu’il avait pu aimer.

Il me fallut une longue minute pour réussir à ouvrir la bouche et à articuler avec difficulté :

– Il faut qu’on arrête Jaeden… Je suis… Je suis vraiment… fou…

Mon cœur se brisait en mille morceaux alors que je venais de finir de parler. Mon regard se détournait, je ne voulais pas voir le reflet de la douleur que je lui infligeais. Sa main se crispa sur la mienne et il répondit la voix grave :

– Melvin m’a dit indirectement ce qu’il s’était passé. Ce n’était que de la légitime défense Ilian. Tu n’es pas f…
– Alors qu’est ce que je fais ici depuis quatre ans… le coupais-je. Si je n’étais pas fou, je n’aurais pas ma place ici.

Je fermais les yeux, inspirant avant d’avouer une vérité qui me glaçait encore les veines de terreur.

– J’ai voulu le tuer Jaeden… Comme je l’ai fait avec Ewen…

Je sentis Jaeden se crisper instantanément. Serrant mes poings, je tournais ma tête vers lui et lui demandais très faiblement :

– Tu as peur de moi…

Jaeden commença par mettre un moment avant de répondre, avant de dire un simple « non » qui sonna terriblement faux à mon oreille. Je ne pouvais plus supporter sa présence à mes côtés. C’était maintenant pire qu’une torture. Je lui faisais peur et je l’avais voulu. Avais-je enfin réussi à l’éloigner de moi que j’aurais du le faire depuis le début ? Pourquoi avais-je aussi mal ? Pourquoi avais-je ce cruel pressentiment d’avoir tout perdu ? En le regardant droit dans les yeux, je ne pu me retenir. Je le savais, j’étais maintenant seul et complètement malade. Pourquoi me retenir d’agir contre ma nature ? J’avais perdu la seule chose qui me faisait survivre, j’avais éloigné de moi pour toujours le seul homme qui avait véritablement cru en moi. Je le savais, c’était terminé : j’avais brisé quelque chose entre nous qui n’était pas réparable. Son regard me le prouvait, tout autant que sa réaction. Il ne voulait plus se battre pour m’aider, il avait enfin compris que c’était peine perdu. Je ne possédais maintenant plus que des souvenirs. Voulant en finir une bonne fois pour toute, je rompis les deniers lien, l’éloignant violemment de moi.

– Va-t-en ! Lui criais-je hargneusement alors que mes larmes ne pouvaient s’empêcher de couler. Tu entends, dégages !!

Je continuais de crier, sans faire attention à ce que je disais. Et lui restais là à me fixer, debout à distance, sans faire un seul geste. Les infirmières ne tardèrent pas à arriver, et il ne fit rien pour les arrêter. Une dose de calmant me fut injectée sous ses yeux. Je sombrais sur cette dernière pensée, lâchant un gémissement plaintif : c’était terminé…

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