Archives quotidiennes : 27 décembre 2017

Nothing to prove – Chapitre 10

Chapitre 10 écrit par Lybertys

Le directeur attrapa brusquement le bras de Jaeden, l’attirant avec lui certainement pour lui passer un sérieux savon et surtout le renvoyer, annihilant toute possibilité de le revoir un jour. Mon cœur battait faiblement, comme si il se résignait lui aussi. J’aurais voulu en finir là, maintenant tout de suite, aller m’effondrer dans un coin jusqu’à ce que la mort vienne enfin chercher son du. Mais voudrait-elle seulement de moi. Je ne voulais plus voir personne, je ne voulais plus me lier à qui que ce soit. La seule chose que je désirais, était d’être seul, totalement seul jusqu’à la fin. Je ne voulais plus de toutes ces personnes autour de moi. Je voulais que tout le monde baisse les bras, et me laisse finir le travail de ma propre destruction. Je ne vis même pas mon père s’approcher et s’asseoir en face de moi, l’air furieux. Chaque inspiration était plus périlleuse, mais je ne voulais pas montrer à mon père mon état dévasté. S’il voyait à quel point j’étais faible, il aurait encore plus de force en jouissant de sa supériorité. Je me redressais, essuyant ma seule larme, je lui fis face avec ce regard froid, trop vide pour inspirer de la crainte, mais assez puissant pour instaurer une distance. Je ne voulais pas qu’il m’atteigne, et pourtant, il le réussit parfaitement…

– Ilian ! Souffla mon père en maîtrisant sa colère.

Depuis combien de temps ne l’avais-je pas vu. Ses traits étaient tirés, ses rides plus marquées, mon père avait vieillit…

– Tu es…

Il se reprit, il cherchait ses mots, certainement ceux qui font mal, avant d’inspirer et de me cracher au visage, tel un venin fourbe et radical :

– Tu as détruit toutes les personnes autour de toi, et il a fallut que tu le détruises lui aussi ! Sa carrière est foutue ! Tu n’aurais pas pu prévenir le directeur que tu le connaissais ? Non bien sur que non ! Tu profites toujours de la gentillesse des autres, c’était comme pour ton cousin. Encore une fois tu n’en fais qu’à ta tête, tu n’es qu’un égoïste.

Il se leva brusquement, n’attendant aucune réponse de ma part. Levant les yeux vers lui, je vis qu’il me toisait de toute sa hauteur. En guise d’au revoir, mon père me dit très sèchement :

– Je regrette d’avoir fait tous ces kilomètres pour te voir, mais j’ai retenu la leçon. Continues à pourrir ici, c’est certainement là que tu feras le moins de mal aux autres. Et si tu sors un jour, ne compte pas venir chez nous ! Tu ne fais plus parti de notre famille depuis longtemps, je considère mon fils comme perdu.

Il tourna les talons, et quitta la pièce en claquant la porte. Plusieurs yeux étaient posés sur moi, y compris ceux de l’infirmière. Ils n’avaient pas entendu la conversation, mais il avait vu mon père me tourner le dos. Je me levais, ne désirant qu’une chose, regagner ma chambre pour m’effondrer, gardant le peu de dignité qu’il me restait en ce lieu. Je n’avais plus rien. J’avais tout perdu, ma famille, ma vie, et même le seul homme qui avait jamais compté pour moi. Je leur avais à tous fait du mal, mais savaient-ils ce que je vivais ? Mieux valait que je disparaisse, que je m’efface. Loin de tout, inatteignable, je ne pourrais plus toucher personne. Alors que je prenais la direction de ma chambre, suivi de près et surveillé par l’infirmière, je fus stoppé dans le couloir par un homme se tenant droit comme un i au milieu du couloir, me fusillant du regard.

– Ilian, suis-moi dans mon bureau.

C’était un ordre cachant tellement de colère qu’il ne me laissait pas le choix. Il fit brusquement demi-tour, et l’infirmière s’éloigna de l’autre côté. Résigné je le suivis, me disant que ce ne pourrait pas être pire que ce que m’avait dit mon père. Une fois dans le bureau, il ferma la porte derrière nous et m’invita à prendre place sur le fauteuil en face de lui. Il m’examina d’un regard qui me déplu, et je n’eus cependant aucun mal à utiliser ma carapace.

– Je croyais que tu connaissais les règles Ilian ! Tu es pourtant ici depuis quelques années maintenant.

Je restais là, le regardant impassible, du moins du mieux que je le pouvais. Mon silence eut raison de sa patience.

– Tu fais une énorme bêtise et tu ne trouves rien à me dire ?

– Vous… Vous l’avez renvoyé c’est ça ? Lui demandais-je avant même de m’en rendre compte, et de réaliser à qui je le disais.

– De quoi !! Ne te préoccupe plus jamais de lui Ilian. C’est terminé, je ne veux plus que tu le revois, et encore moins que tu lui parles. C’est finit, il ne s’occupe plus de ton cas, il vient de rendre le dossier. Tu as de la chance que je ne le renvoies pas ! Tu te rends compte ce que tu lui as fait. Sa carrière pourrait être totalement foutue en l’air si ça se savait. Je connais bien Jaeden et l’importance qu’il voit à sa carrière. Il a tout risqué rien que pour toi ! Ça me dépasse.

Il prit un temps pour respirer, sa colère l’ayant emporté avant de reprendre de plus belle :

– Tu aurais pu me le dire dès le départ, que toi et Jaeden avait eu une aventure dans le passé.

Il se tut s’asseyant à son bureau tentant de se calmer. Après un lourd silence qui me parut durer une éternité, il reprit autoritaire me regardant droit dans les yeux :

– J’ai fait assez d’erreur avec toi ! Mais c’est fini. Je vais me charger personnellement de ton cas. A partir de maintenant je suis ton psychiatre. Je t’interdis formellement de tenter de le revoir et si jamais tu tentes de le faire quand même, pense à lui avant de penser à toi !

Le directeur ne dit plus rien, et je ne fis rien pour l’inciter à poursuivre. Le message était clair, je n’attendais plus qu’une chose, retourner dans ma chambre, fermer la porte et espérer me réveiller enfin de ce cauchemar qui durait de puis trop longtemps. Le directeur finit par me donner la permission de sortir, me disant que nos séances ne commenceraient que dans une semaine le temps qu’il analyse mon dossier. Une fois dans ma chambre, il me fallut très peu de temps pour me glisser dans mon lit, m’enroulant dans ma couette comme pour me protéger, la photo de Jaeden à la main. C’était la seule chose qu’il me restait de lui maintenant…

Tout était foutu. Mon cœur était de plus en plus douloureux. Tout mon être hurlait une solitude que je ne pouvais obtenir. Je ne supportais plus tous ces gens autour de moi, même ceux qui marchaient dans le couloir m’oppressaient. Et ce fut bien évidemment à ce moment là que ma porte s’ouvrit à la volée. Je cachais la photo vivement, alors que j’apercevais Melvin dans l’encadrement de la porte, avec un grand sourire.

– Ilian ! Dit-il en accourant vers moi.

Sans me laisser le temps de réagir ou de dire quoi que ce soit, il s’assit sur mon lit à côté de moi, ignorant mon état. C’est au moment ou il me brandit un livre qu’il me dit excité comme une puce :

– Il faut que tu lises ce livre, il est génial !

Il posa sa main sur mon épaule et se pencha vers moi, avec une telle aisance et une telle décontraction que je ne le supportais pas. Il empiétait sur mon peu d’espace et mes nerfs lâchèrent. Très brusquement, je le poussais du lit, le faisant presque tomber sur le sol, en lui hurlant de dégager.

La porte de ma chambre était ouverte et mon cri ne du pas passer inaperçu.

– Ilian ? Mais qu’est ce qui te prend tu es fou ?

Le fait qu’il emploie ce terme me fit exploser d’un rire étrange pendant un court instant, avant de lui lancer :

– Sors de cette chambre et fous moi la paix !
– I… Ilian, bégaya-t-il comme sous le choc.

– Tu ne comprends pas quand je te parle ! Vociférais-je hors de moi.

C’est à ce moment là qu’une infirmière déboula dans ma chambre, une seringue à la main, cette même infirmière qui m’avait vu avec mon père.

– Ilian, dit-elle froide alors que Melvin reculait dans l’optique de s’enfuir de ma chambre. Ne m’oblige pas à me servir de ça, rajouta-t-elle en me pointant du doigt la seringue au cas où je ne l’avais pas vu.

Les larmes commencèrent à couler sur mes joues, mais je ne m’effondrais pas, non c’était la rage qui me faisait encore tenir.

– Sortez d’ici, foutez-moi la paix, dis-je en regardant partout dans la chambre.

Elle du interpréter mon geste comme si je cherchais à prendre un objet à lui lancer. Mes poings étaient serrés, elle s’approchait dangereusement de moi. Je savais que Jaeden ne serait pas là cette fois-ci pour m’aider. J’étais seul, mais ce n’était pas de cette solitude que je voulais. Il fallait pourtant que je m’y habitue, même si elle serait plus dure à surmonter qu’avant…

Lorsqu’elle fut à ma hauteur, je me débattais sans conviction, criant sans plus trop savoir ce que je disais. La suite se passa très vite, le produit me fut injecté, je me sentis devenir vaseux, avant de tomber lourdement sur le sol. Un souffle s’échappa de mes lèvres, telle une supplique, implorant qu’on me laisse en paix avant de sombrer, inconscient. Il n’y avait plus Jaeden pour me prendre dans ses bras, ni personne pour me protéger de mon passé. Avec ce calmant, j’étais forcé de faire face à mes souvenirs, et même le souvenir de Jaeden ne serait pas assez fort…

Je restais trois jours dans ce lit, m’arrachant la perfusion à chaque cauchemar, incapable de mettre un pied par terre. Le directeur venait me voir tous les jours, et chaque nuits j’espérais secrètement et égoïstement que Jaeden irait au delà des règles et vienne me voir. Nous n’avions eu qu’un simple regard pour nous dire adieu. Le quatrième jour, on me força à me lever, et une longue série de jours se poursuivit, plus maussades les uns que les autres. Je ne mangeais presque rien au plus grand damne du directeur. Nos entrevues étaient régulières, mais il ne m’avait pour l’instant fait décroché aucun mot, m’interrogeant souvent sur Jaeden, enfonçant le couteau dans la plaie à chaque fois. Presque un mois avait finalement passé sans que je ne le revois et il me manquait.

J’étais dans le réfectoire, isolé volontairement. Même Melvin ne m’approchait plus. Cameron était en train de manger à la table voisine parlant à un autre jeune. Je ne lui prêtais pas plus d’attention que cela, mais je savais qu’il était toujours le patient de Jaeden, et lorsqu’il prononça son nom, mon oreille fut automatiquement attirée.

– Je vais aller jouer aux échecs avec lui après manger.

Mon cœur se mit à battre très fort avec l’envie folle d’aller au moins l’entrapercevoir. J’en avais l’occasion, telle la tentation d’un interdit. Je savais précisément où il était, j’avais cette possibilité, et après ce mois entier passé sans le voir. Cameron se leva, apparemment impatient de rejoindre Jaeden. J’avais envie de me lever, de le suivre, de pouvoir au moins l’entrapercevoir. Je posais ma fourchette. Je n’avais fait que jouer avec ma nourriture sans rien manger. Je ne devais pas céder, au moins pour lui, au moins pour que l’un de nous deux s’en sorte et se sente mieux. Je posais mon plateau intact, attrapant uniquement ma tranche de pain et sortit me réfugier dans ma chambre. La malnutrition et le peu de sommeil me rendait faible, mais je tenais encore debout. Je pris soin de refermer la porte derrière moi. Un simple coup d’œil sur mon bureau, je n’avais toujours pas eu le goût d’écrire une ligne et j’avais baissé les bras.

J’allais directement dans mon lit, prenant le livre que Jaeden m’avait offert. Je ne comptais plus le nombre de fois où je l’avais lu. A l’intérieur s’y cachait sa lettre et sa photo. Mon regard s’arrêta sur lui, une boule se nouant dans ma gorge. Ce simple morceau de papier ne me suffisait plus. J’avais besoin de le revoir, rien qu’une fois. Le fait de savoir que je pouvais le faire et qu’il ne tenait qu’à moi de faire ce choix, était insoutenable. C’était pourtant l’occasion rêvée. Je n’enfreignais aucune règles, j’allais juste à l’activité. Je ne lui parlerais pas, je croiserais juste son regard. Peut être me redonnerait-il un peu de force… Moi seul savais combien j’en avais besoin. Et lui, comment allait-il ? Etait-il retourné avec Hugo ? Avait-il retrouvé sa vie sans moi, plus paisible et moins douloureuse. J’avais besoin de le revoir, mais qu’en était-il de Jaeden… Lui imposer mon état étais-ce vraiment utile. L’envie était pourtant trop forte et je n’étais qu’un égoïste comme mon père me l’avait fait remarquer. Je n’avais pensé qu’à moi, et je continuais sur ce chemin… Je refermais rageusement mon livre, le rangeant dans ma table de nuit. Mes mains s’entortillaient sous le stress : j’avais autant de bonnes raisons d’y aller que de mauvaises, mais mon choix fut conduit par les bonnes.

Me levant soudain, je me rendis compte que l’activité avait déjà commencé. Depuis combien de temps ne m’étais-je pas rendu à ce genre de choses. La première année, on m’y avait obligé, mais ils avaient fini par me céder, me laissant passer mes journées seul à écrire ou à lire.

D’un pas décidé mais assez lent, je pris le chemin de la salle d’échec. Arrivé devant la porte ouverte, je ne pus faire demi-tour. Mon cœur battait follement, rien qu’à l’idée de l’entrapercevoir. Et il était là, en face de Cameron, jouant une partie d’échec avec lui. Mes yeux brûlèrent d’une lueur de jalousie… Mais le temps où j’étais à la place de Cameron était fini. Jamais plus Jaeden ne s’occuperait de mon cas, tout comme il ne pourrait m’approcher. J’aurais voulu, courir dans ses bras, le serrer fort à jamais, et en finir ici. Rien qu’une dernière étreinte… Si j’avais tenu jusqu’à maintenant, cela en était peut être la cause. Pourtant, cela m’était interdit, pour son bien plus que pour le mien. Je lui avais déjà fait assez de mal. Jaeden était toujours aussi beau. J’aurais pu partir, et le laisser sans qu’il ne me voit, pourtant je voulais juste croiser son regard, rien qu’une fois, après je le laisserais en paix. Le maître d’activité s’aperçut vite de ma présence, apparemment heureux et surpris de ma venue. Arrivé à ma hauteur, je lui dis d’une voix assez impersonnelle, ne sachant en prendre une autre depuis un mois.

– Je ne sais pas jouer.
– Ce n’est rien Ilian, regardes et apprends.

Le maître d’activité me laissa seul, allant d’occuper de deux patients ayant besoin d’aide. A l’entente de mon nom, Jaeden redressa la tête vers moi, et je pus croiser ce regard qui m’avait tant manqué pendant tout ce temps. Il ne quitta pas mes yeux, et mon cœur s’emballa, puisant enfin un peu de force. Même si je savais le mal que je pouvais lui faire en venant égoïstement le voir, je m’en moquais éperdument. Son visage le trahissait, il avait attendu ce moment aussi fort que moi. Lui avais-je seulement manqué aussi fort qu’il m’avait manqué. Je ne pus que sourire légèrement, lui montrant que ma venue n’était pas le fruit du hasard.

Mes yeux dévièrent sa main plâtrée, me demandant qu’elle en était la raison. A son tour son regard dévia sur mon corps. Il devait me trouver affreux et j’avais soudain presque honte de lui infliger l’état dans lequel je me trouvais.

Nous passâmes le reste de l’heure les yeux dans les yeux. J’avais envie que cet instant dure une éternité. Certes je mourais d’envie de courir dans ses bras, je sentir sa chaleur contre moi, mais tout cela m’était formellement interdit et n’arriverait plus jamais. Je ne vis pas le temps passer, et lorsque la voix grave du maître d’activité retentit dans la salle, je sursautais de concert à Jaeden.

– On se revoit mardi prochain, vous avez bien travaillé. Dit-il en se levant.

Jaeden se leva assez rapidement, en même temps que moi. Nous ne devions en aucun cas nous parler, mais je ne pouvais m’empêcher de le fixer, sans le lâcher du regard. Il souffla quelques mots à Cameron, et sortit de la pièce. En chemin, il passa à côté de moi discrètement, laissant sa main effleurer la mienne. Mes yeux se fermèrent à ce simple contact, inondé d’une chaleur qui s’insinua lentement dans mon corps froid du à mon manque de Jaeden. Un léger sourire s’attacha à mes lèvres, Jaeden venait encore de m’attraper juste à temps. Je laissais de côté ma culpabilité, ayant largement le temps d’y revenir, laissant ce court instant de bonheur emplir mon cœur…

***

Et ce fut ainsi que commença nos « rendez-vous ». Craquant à chaque fois, j’étais présent à chacune des réunions d’activités et lui accompagnait toujours Cameron. Nos regards ne se lâchaient à aucun moment, reprenant peu à peu des forces à travers ce duel. Certes je ne progressais pas aux échecs, mais cette place de simple observateur des autres parties me convenait très bien.

Le directeur ne me posait pas de question à ce sujet, heureux que je m’intéresse enfin à une activité. Le lendemain de notre première entrevu avec Jaeden, j’étais allé m’asseoir en face de Cameron, assis seul au réfectoire et j’avais commencé à lié connaissance. J’avoue que ma soudaine attention envers lui était dans le but de récolter des informations indirectement au sujet de Jaeden, mais c’étaient mes uniques moyens.

Après deux semaines menées ainsi, je me retrouvais dans ma chambre, la lampe allumée, tentant de me concentrer sur ma partie d’échec de la veille où j’avais vu Jaeden avant de m’endormir, tentant ainsi de cacher à mon esprit un cauchemar du passé de plus. Il ne devait pas être loin de 23h00 lorsque je rangeais un à un mes cahiers, ayant retrouvé depuis deux jours l’envie d’écrire. Alors que je les rangeais tous consciencieusement dans mon tiroir, il me sembla qu’il en manquait un. Intrigué, je regardais de nouveau, mais il n’était pas là. Un rapide tour d’horizon dans ma chambre, m’indiqua qu’il ne s’y trouvait pas non plus. Agacé, je me levais bien décidais à aller le récupérer chez Melvin, même s’il était tard.

Au moment où j’ouvris ma porte, je tombais sur Jaeden de dos, s’éloignant de ma porte. J’avais peur que dans la pénombre du couloir mon esprit me joue des tours, mais j’aurais reconnu sa silhouette entre mille. Mon cœur loupa un battement avant de s’emballer dans un rythme endiablé. Jaeden était figé sur place, et il ne tarda pas à se revenir sur ses pas, se tournant simplement en soupirant, pour se trouver si près de moi que mes poils se hérissèrent. Cette fois-ci, il n’y avait pas la barrière de l’interdiction posée sur nous, du moins, elle était totalement invisible. J’espérais qu’il avait autant envie de moi que cette étreinte, et il me dit maladroitement :

– Tu… Le couvre-feu t’oblige à éteindre ta lumière…

Un sourire étira mes lèvres en coin, devinant qu’il était assez mal à l’aise que je l’ai surpris ainsi. Je levais ma main, et mes yeux s’ancrèrent dans les siens, oubliant momentanément tout ce qui n’était pas nous. L’occasion se présentait et j’étais loin de vouloir me la refuser. A peine eut-il le temps de réaliser, que j’avais appuyé sur l’interrupteur de la lumière de ma chambre, lui obéissant et me permettant de me donner du courage, avant de me jeter sur lui. Dans le noir complet, je me laissais totalement aller, faisant ce dont j’avais rêvé pendant des semaines. M’appropriant ses lèvres alors qu’il reculait d’un pas, je pus sentir son cœur battre encore plus vite. Le mien faisait écho au sien, profitant de cette étreinte qui m’avait fait défaut depuis trop longtemps. Ce manque de lui était trop fort pour que je me retienne, il avait d’un seul coup, tel un souffle, balayé toutes mes barrières. L’effet de surprise passé, Jaeden reprit les rênes, et continuant notre échange, il entra dans ma chambre, me gardant dans ses bras. Il referma la porte, et s’appuya dessus, approfondissant notre baiser. Ma langue vint avec timidité quémander la sienne, et il me donna l’accès de sa bouche rapidement, tout aussi impatient que moi. Mon corps brûlait comme jamais, ayant du mal à croire que tout cela était réel. Ce baiser me transcendait de ce souffle de vie que j’avais cru éteint en moi à jamais. Le bonheur coulait peu à peu dans mes veines, comme une dose d’héroïne fraîchement prise. Je me collais à lui, mes mains passant dans ses cheveux, mon bassin se collant à son intimité, laissant mon corps parler pour moi…

A bout de souffle, Jaeden mis fin à notre échange, posant son front contre le mien.

– Tu m’as manqué… Souffla-t-il, les yeux fermés.

A peine eut-il prononcé cette phrase que je me crispais, retombant trop brusquement dans la réalité. Ouvrant ses yeux, il me vit retrouver ma position. Paniqué, je posais mes mains sur son buste, l’écartant de moi. Qu’avais-je fais ? Je n’étais qu’un égoïste imbécile. Que penserait-il de mon attitude ?

– Je… Je suis désolé, je n’aurais pas du… Oublie-ça… Je… Bafouillais-je les larmes aux yeux.
– Comment veux-tu que je t’oublie Ilian ! Même sans ce baiser, je ne fais que penser à toi. Rétorqua-t-il vivement.

Bien que profondément touché par ses paroles, je tentais désespérément de m’accrocher aux derniers remparts du raisonnable.

– Arrête… Ta carrière… Je t’ai détruit une fois… Je ne veux pas le refaire une deuxième fois…

Mon cœur se déchira de devoir lui dire cela, et je ne pus retenir mes larmes silencieuses, espérant qu’il ne les remarque pas. Il fallait qu’il sorte. Il ne fallait pas que je cède, au moins pour son bien, pour lui… C’est pourquoi, lorsqu’il s’approcha de moi, murmurant mon prénom, je détournais le regard et ouvris la porte. Déçu, Jaeden fit quelques pas, et je fus presque déçu qu’il accepte aussi facilement. Mais il s’arrêta bien vite, et posant sa main sur la mienne, il me dit, un sourire aux lèvres.

– Tu te rappelles, il y a un peu plus de quatre ans, je t’avais dit de m’attendre après mes cours, dit-il, essayant de capter mon regard, mais j’avais séché, et j’avais oublié de t’avertir. Ce jour-là, tu as piqué une crise, et tu as choisi la plus terrible des armes pour me blesser, l’ignorance.

Je fermais les yeux, me remémorant parfaitement cet instant. Je ne parviendrais pas une seconde de plus à lui résister. Il avait déjà gagné.

– Et ce jour là, tu m’as claqué la porte au nez. Je t’avais interdit de recommencer…
– Mais je… Dis-je, ouvrant les yeux pour croiser son regard, ne m’attendant pas à une telle idée de sa part.

Il ne me laissa pas le temps de parler, fermant la porte et me collant contre le mur. Ses deux mains de chaque côté de mon visage, ses yeux s’ancrèrent dans les miens.

– Tu veux me virer de ta chambre… C’est la même chose… Murmura-t-il faiblement.
– Non… Je… Bredouillais-je perdu, n’ayant plus la force de lui résister.

– Que tu le veuilles ou non, maintenant que je t’ai retrouvé, tu auras du mal à me claquer la porte au nez une seconde fois.

Ses lèvres se posèrent sur les miennes dans une délicate étreinte. Je ne lui résistais pas bien longtemps et je finis par céder et lui offrir mes lèvres. Mes mains reprirent leurs places sur sa nuque et les siennes vinrent se poser sur mes hanches. Comment avais-je pu me passer de lui ? Le baiser doux redevint bien vite endiablé, et je me collais à lui, comme si cela me permettait de constater que sa présence était réelle. Je venais de passer une des pires périodes de ma vie, et il était toujours possible que tout cela ne soit que le résultat d’une divagation de mon esprit. Pourtant il était bien là, et c’est avec douleur que je le sentis s’éloigner de moi. Il alla s’asseoir sur mon lit, s’allongea en regardant le plafond. Ne comprenant pas cette soudaine distance, je ne perdis pas de temps et vint me coller à lui, mettant mon bras autour de son cou, et plongeant ma tête dans celui-ci. Je respirais son odeur à plein poumon, récupérant ma dose pour tenir un peu plus longtemps. Oubliant ma vielle timidité, poussé par mon manque de sa présence, je déposais de doux baisers papillon dans son cou.

Je savais pertinemment que cet instant ne durerait pas, je savais aussi que ce que je lui faisais était loin de le laisser indifférent, mais je ne pouvais m’en empêcher. Je le sentais bouillir, et je ne faisais rien pour arrêter ça. Ma jambe vint se poser sur les siennes, me collant plus qu’il ne le fallait. Au fond de moi, je sentais que c’était le moment de passer le cap, avoir une emprunte plus profonde de lui en moi, pour surmonter mon passé et survivre. Ses yeux s’ouvrirent sous la surprise, alors qu’il sentait une chose pousser contre sa cuisse. Je ne le cachais pas, j’étais dans le même état que lui, ivre de notre proximité. Il se tourna vers moi, et je ne pus lui cacher la peur qui habitait mon regard. J’étais décidais, mais loin d’être parfaitement prêt. C’est pourquoi je voulais qu’il comprenne mon raisonnement.

– Ilian… Souffla-t-il touché.
– Quand va-t-on se revoir ? Lui demandais-je.
– Aux activités… Dit-il faiblement…

Mais ce n’était pas la réponse que j’attendais, et il le savait parfaitement, c’est pourquoi je répétais en croisant cette fois son regard :

– Jaeden… Quand va-t-on vraiment se revoir ?
– Je ne sais pas…

C’était une question à laquelle nous ne pouvions donner de réponse. Notre avenir était incertain, à ne souhaiter à personne d’autre et je me sentais coupable d’entraîner Jaeden là dedans. Mais je laissais cette culpabilité de côté, mon cœur serré, je ne voulais pas gâcher ce moment. Il serait peut être le seul, mon unique occasion. C’est avec un élan de courage et une étincelle de folie que je lui dévoilais enfin mon projet.

– Alors… Fais-moi l’amour…

C’était la seule chose que je pouvais nous offrir. Et aussi le seul moyen de pouvoir atteindre enfin un peu de paix dans mon esprit tourmenté. C’était peut être de la pure folie, mais après tout, cela faisait partit de mon statut.

Immédiatement, Jaeden se redressa, s’assaillant sur le lit pour me regarder.

– Quoi ? Fit-il, presque gêné de ma demande ainsi formulée.
– Je… Si… Tentais-je, perdant mon assurance. Si on ne se revoit pas avant longtemps… Je veux garder une trace de toi… Je veux me sentir bien de nouveau… Et ça, toi seul arrive à le faire… lui dis-je, évitant son regard.

Jaeden resta figé face à mes paroles, laissant place à un silence qui m’était insoutenable.

– Ilian… Finit-il par me dire la voix faible. Ne t’oblige pas… Je ne vais pas aller voir ailleurs si tu as peur de ça… Bafouilla-t-il de plus en plus mal à l’aise.

Je me levais à mon tour, me mettant sur mes genoux. Je ne voulais pas qu’il croit cela. Une main se posa sur son épaule et l’autre sur sa joue. Je déposais mes lèvres sur les siennes en un chaste baiser, comme pour me donner encore du courage.

– Fais-moi l’amour Jaeden… Comme la première fois… Je t’en prie… Fais-moi revivre à nouveau…

Je savais que je lui demandais beaucoup, tout comme j’en exigeais de ma part. Comme pour donner plus de conviction à ma supplique je posais une nouvelle fois mes lèvres sur les siennes, tentant de l’aider à se décider. Doucement, sa main se posa sur ma hanche, et d’un mouvement, il me fit m’allonger sur le lit. Je me mis à frissonner alors que ses lèvres embrassaient mes joues, descendant dans mon cou. J’étais envahi par deux sentiments contradictoires : la peur et l’envie. Jaeden savait qu’il allait devoir user d’une douceur extrême et je lui faisais d’ailleurs entièrement confiance. C’était le seul… L’unique personne qui pourrait jamais poser la main ainsi sur moi.

Cette nuit, j’allais enfin pouvoir oublier Ewen un instant, mais le chemin pour y parvenir serait plus que périlleux, mais Jaeden était là et c’est pour cela que je m’en sentais capable. Dans une lenteur extrême, il passa ses mains sous le haut de mon pyjama, touchant fébrilement ma peau. Ce fut encore plus dur que je me l’étais imaginé. La peur me tordit violemment les entrailles, s’insinuant dans tout mon être. Mais je ne voulais pas revenir en arrière. Je voulais aller jusqu’au bout. Fermant les yeux et posant mes mains sur le matelas, je tentais de ramener le calme en moi. Mais ce fut pire que tout, l’image d’Ewen se ravivant en mon esprit. Heureusement, Jaeden, totalement attentif à la moindre de mes réactions, vint rapidement prendre possession de mes lèvres, m’embrassant encore comme jamais il ne l’avait fait. Jamais je n’avais ressentit autant d’amour et de tendresse.

– Touches moi Ilian… Regarde-moi… Me souffla-t-il, entre mes lèvres.

Dans un effort herculéen, mes yeux s’ouvrirent alors que je posais mes mains sur ses côtes. C’était bien lui au dessus de moi, lui et personne d’autre.

– C’est moi… Rien que nous deux… Comme avant Ilian… Comme quand j’ai pu te mettre dans mon lit la première fois… Lâcha-t-il, dans un sourire.

Je ne pus me retenir d’éclater de rire, un rire sincère qui me libérait de l’angoisse qui me tordait l’estomac. Il m’aidait à me détendre et je le faisais du mieux que je pouvais, comprenant comme il devait lui être difficile de me voir ainsi. C’était en quelque sorte comme il le disait une nouvelle première fois et c’est dans cet état d’esprit que je devais être. Je devais me concentrer sur ce que j’avais vécu avec lui, bien avant ces quatre dernières années.

Après m’avoir embrassé une deuxième fois, il se releva sur les genoux, ses jambes de chaque côté de mon corps. Ses mains se posèrent sur sa chemise, et son regard ancré dans le mien, il la déboutonna. Elle tomba sur le sol, alors que je laissais mes yeux dériver sur son torse finement musclé, alors que des rougeurs apparurent sur mes joues. Jaeden était toujours aussi beau. Comment un si bel homme pouvait encore s’intéresser à moi ? Aurait-il le même regard désireux, lorsque ma chemise irait rejoindre la sienne. Je chassais ce genre de pensées néfastes, tandis que Jaeden m’attrapa la main, la posant sur son torse, à l’endroit même où se trouvait son cœur. Ses battements frénétiques allaient de concert avec les miens me montrant que je n’étais pas le seul à craindre ce moment. Lui aussi devait avoir peur, peur de ne pas savoir s’y prendre. Sans sentir les battements irraisonnés de son cœur, je ne l’aurais jamais imaginé être ainsi. Mes joues rougirent de plus belles, et lentement, il s’abaissa, reprenant une nouvelle fois mes lèvres, dans un baiser endiablé. Si je fus hésitant au début, mes mains se posèrent sans hésitation par la suite, le caressant sans trop en avoir conscience. Le toucher ainsi, comme jamais je ne l’avais fait avec Ewen, c’était comme me rassurer de sa présence, de constater à chaque instant que c’était bien l’homme que j’aimais au dessus de moi.

Ses lèvres descendirent vers mon cou, qu’elles agressèrent gentiment. Ses mains, logées sous mon tee-shirt, me caressant, me faisant parfois me cambrer. J’oubliais ma peur pour un moment, me concentrant uniquement sur ce qu’il me faisait ressentir. Décidant qu’il était temps, il se remit sur ses genoux, me faisant m’asseoir. Mes joues rouges ne demandaient que la suite. Son regard brillait d’une lueur malicieuse et désireuse. Je levais alors mes bras, l’autorisant à poursuivre. Mais ce bout de tissu coupa notre échange un instant et il n’en fallut pas plus pour que l’image d’Ewen me déshabillant à la hâte pour faire ses affaires me prenne à la gorge. A peine avait-il balancé le tee-shirt au sol, que j’étais de nouveau crispé, fuyant son regard, en combat contre ma propre terreur. Il prit alors immédiatement mon visage entre ses mains, me forçant à le regarder.

– C’est moi… Moi… Et personne d’autre… Murmura-t-il, embrassant mon front.

Je me décontractais à l’instant, revenant à la réalité, grâce à son aide. Une fois de plus il goûta à mes lèvres, comprenant que j’en avais besoin. Il m’allongea alors à nouveau sur le lit, et ses lèvres vinrent me parsemer de baisers plus tendres les uns que les autres. Du cou, il descendit à mes épaules, puis sur son torse. S’il jugea la beauté de mon corps loin de ses espérances, il ne fit heureusement aucun commentaire à ce sujet. Ma respiration d’abord calme, s’accéléra de plus en plus et mes mains vinrent se loger dans sa chevelure, aussi douce et légère qu’un tissu précieux. J’aimais sentir la chaleur de son souffle masculin sur l’ensemble de mon corps. Lorsque sa langue s’amusa avec mes deux bouts de chair qui pointait, il ne m’en fallut pas plus pour être parcouru de violent frisson, et une chair de poule s’y installa. Jaeden était plus beau que jamais, appliqué comme jamais à mon plaisir. Jaeden joua un peu avec eux, me faisant cambrer sous les sensations ressenties. Mes déhanchés violents lui montrait que j’aimais cela, étant loin de vouloir lui cacher. La peur était toujours là aux portes de ma raison, mais pour le moment je parvenais à la maîtriser.

Il descendit un peu plus ses lèvres, embrassant mon ventre, glissant sa langue dans mon nombril. A ce contact, je ne pu me retenir de gémir. Loin d’être un cri, c’était juste un murmure, comme je n’en avais pas laissé échapper depuis longtemps. Une chaleur irradia mon corps, me remémorant les possibles plaisirs de la chair.

Heureux, il se releva, croisant mon regard et mes joues de plus en plus rouges. Nous nous embrassâmes une nouvelle fois, avant qu’il ne se remette sur ses genoux, me provoquant un soupire de mécontentement.

Ses mains se posèrent sur son jean, sans qu’il ne décroche mon regard. Doucement, il dégrafa le premier bouton, et fit glisser sa braguette. Mon angoisse martelait les portes de mon sang froid pour l’envahir. Il prit mes mains et me souleva, me faisant asseoir une nouvelle fois sur le lit. Ses bras virent s’enrouler autour de mon cou, alors qu’il collait ses lèvres aux miennes dans un baiser passionné que je ne lui refusais pas.

– Enlèves-le moi Ilian… Murmura-t-il en posant mes deux mains sur les bords de son pantalon défais.

Même si ce n’étais pas sur le même ton, Ewen m’avait si souvent donné des ordres de ce types et je fus violemment envahi par son souvenir. S’énervant contre ma passivité lors de l’acte à nombreuse reprise, Ewen en venait à me hurler dessus, ou à m’ordonne d’une vois haineuse de le toucher. Des larmes vinrent brouiller la vue, alors que mon regard partait dans le vague, ne sachant plus trop où je me trouvais. Je sentis Jaeden me rallonger sur le lit, sans trop en avoir réellement conscience. Calant mon visage entre ses deux mains, parsemant mon visage de tendres baisers, ce ne fut que lorsqu’il me parla que je commençais à émerger des eaux ténébreuses.

– Excuse-moi… Fit-il tristement, avant de poser ses lèvres sur les miennes.

Doucement, il tenta de faire évacuer mon stress par le biais de ses mains, me caressant. Peu à peu, avec force de résolution, je parvins à revenir à la réalité, finissant par soupirer de bien être. Ce ne fut qu’à ce moment là que Jaeden décida d’aller plus loin. Je le sentais, refréner à chaque instant son désir d’aller plus loin, se forçant à faire passer mon bien être avant le sien. Il fournissait plus d’effort pour nous deux, me laissant me reposer sur lui. Mon cœur brûlait d’amour tinté de reconnaissance pour lui. Ses lèvres descendirent cette fois plus rapidement vers mon bas-ventre, toujours en gardant cette même tendresse qui le caractérisait. Jamais je ne l’avais vu aussi attentionné avec moi, comme s’il avait peur de me briser à chaque geste. Ses mains se posèrent sur mon bas de pyjama, attentif à chacun de mes mouvements. Dans une lenteur extrême dont n’avait jamais fait preuve Ewen, il m’enleva mon pantalon, ancrant son regard dans le mien. Les rougeurs sur mes joues s’accentuèrent alors qu’il me mettait à nu devant lui. Excité, il ne pu s’empêcher de poser son regard sur mon intimité dressée, me faisant rougir plus qu’il ne l’était possible.

– Tu es magnifique… Dit-il, la voix rauque et irrésistible.

Il ne me laissa pas le temps de répondre, ses lèvres se posèrent sur mes genoux, les embrassant timidement, puis doucement, il remonta, caressant et posant ses lèvres sur mes cuisses. Je ne le voyais plus vraiment, du moins, son regard n’était plus posé dans le mien. Alors qu’il se rapprochait de mon intimité, je l’appelais à l’aide, ne voulant pas céder à la panique.

– Ja… Jaeden, attends… Dis-je faiblement.

Il se releva immédiatement, croisant mon regard gorgé de larmes que je ne parvenais à retenir. Dans un sourire, il vint ravir mes lèvres à nouveau, faisant taire mes peurs.

Imagine-toi… Comme il y a six ans, notre première fois. Oublie le reste Ilian… Ne pense qu’à cette après-midi magnifique…Me souffla-t-il dans le creux de mon cou.

Un sourire sur mes lèvres l’avertit que j’étais d’accord, et m’embrassant une dernière fois, il redescendit vers mon intimité. Le cœur battant, je me concentrais sur ce que m’avait demandé Jaeden, oubliant au mieux ma peur panique. Ses mains se posèrent sur mes cuisses, jouant des ses pouces pour me détendre au mieux. Je ne pus empêcher ma respiration de s’accélérer alors qu’il approchait ses lèvres de mon sexe. Lorsque celles-ci le touchèrent, je ne pus que me cambrer de plaisir sous l’afflux de bien-être dont j’avais oublié la possible existence. L’afflux de sensations me fit perdre le fil du temps, me retrouvant uniquement avec Jaeden comme jamais je n’avais cru en être capable. Sa langue s’enroulait autour de mon intimité, sans jamais le prendre en bouche. Peu à peu, je me détendis, gémissant plus fort qu’aux accoutumés. J’avais beaucoup de mal à ne pas crier, mais l’endroit où nous étions ne me le permettait pas.

Mes mains finirent pas se poser sur sa chevelure, dans une demande innocente. Comprenant ma demande, il y concéda, prenant entièrement en bouche mon sexe, enroulant sa langue autour. Je lâchais un cri muet, me cambrant violemment. C’était plus que je ne l’avais imaginé, bien plus intense que dans mes souvenirs. J’avais terriblement chaud. Me regardant un court instant, Jaeden finit par placer ses mains sur mes hanches et d’un mouvement de tête, il commença ses vas et vient qui me firent rapidement tourner la tête.

Là, sur ce lit d’hôpital, nous vivions l’impossible, franchissant l’irréparable. J’entraînais égoïstement Jaeden avec moi. Si cela venait à ce savoir, sa vie serait à son tour ruinée, tout comme la mienne. Mais pour le moment nous nous en moquions. Nous revivions un moment hors du temps, un moment qui n’appartenait qu’à nous et qui nous était nécessaire.

– Jaeden… Je… Je vais… Lui-fis-je dans un ultime cambrement.

Il accéléra la cadence et j’éjaculais dans sa bouche dans un cri muet, entrapercevant les étoiles. La respiration saccadée, mes mains se posèrent sur mes yeux alors que je savourais cet instant, l’imprimant dans ma mémoire à jamais, profitant de la rareté de ce genre de moment. Je sentis Jaeden se relever avant de s’allonger sur moi. Sa tête se cala dans mon cour et je l’encerclais de mes bras. Sa main vint entremêler quelques mèches de cheveux et ses lèvres se posèrent sur ma joue. Il me laissait le temps de récupérer, même si je me doutais que cela devait lui coûter.

– On peut stopper là Ilian… Murmura-t-il dans mon oreille.

Je tournais alors mon regard surpris vers lui, ne m’attendant pas à une telle demande. Je n’étais pas non plus certain du sens de ses paroles.

– Ne t’inquiète pas pour moi, ajouta-t-il dans un sourire, ce que tu m’as donné ce soir, crois moi… C’était merveilleux.

Il prit alors mes lèvres et nous échangeâmes un baiser endiablé. Puis à court de souffle, il y mit fin, tentant de se calmer. Ce qu’il ne comprenait pas, c’est que je n’avais aucune envie que cela cesse. Même si j’avais extrêmement peur de la suite, je voulais poursuivre.

– Jaeden… Murmurais-je faiblement.

Il tourna alors la tête vers moi. Je voulais lui dire, mais finalement j’avais du mal à oser le faire. Il se rallongea sur moi, me montrant qu’il pouvait attendre et qu’il ne m’en voulait pas.

– Je veux qu’on le fasse… Jusqu’au bout… Soufflais-je en fermant les yeux.
– Ilian… Dit-il peu convaincu.

– Vraiment, l’assurais-je.
– Et moi je ne veux pas te faire de mal.

Je le regardais alors, ne comprenant pas ce qu’il entendait par là. C’était le dernier homme à pouvoir me faire du mal. Je ne voulais surtout pas qu’il croit cela. Le regard fuyant, Jaeden se mit sur le dos, se séparant de moi.

– Je n’ai qu’une envie, c’est de te faire l’amour mais… Tu va avoir mal… Et je ne veux pas te faire mal. Dit-il maladroitement.

Il me fallut plusieurs secondes pour réfléchir et rassembler les mots qui me faisaient défauts. Je voulais lui parler le plus clairement possible. Me collant à lui, j’embrassais sa joue avant de me lancer :

– Jaeden… Tu es le seul… je… Si c’est toi… je n’aurais pas mal… Enfin cette douleur ne sera rien à côté de ce que j’ai pu vi… Je… Ça ne sera rien à côté de ce que tu vas m’apporter… Je veux que ça soit toi… Je veux oublier… Dis-je avant de l’embrasser.

Emporté par mon désir, il me céda. Dans un baiser empli de tendresse, il me fit remarquer que nous pouvions stopper à tout instant.

J’étais nu sous lui, totalement offert. Jaeden vibrait de désir. Doucement, il se mit debout, sous mon regard étonné. Un sourire étira ses lèvres et il enleva son pantalon dans une lenteur extrême. Mon regard ne pus s’empêcher de descendre au niveau de son bas- ventre. Le rouge aux joues, un éclair de désir transperça mon regard alors qu’il passait ses mains sous l’élastique de son boxer. J’en étais maintenant presque sur, même après ces quatre années, même avec mon état actuel, nous nous plaisons toujours autant. Étonnamment, ses joues prirent une teinte légèrement rouge alors qu’il se mettait à nu devant lui, me laissant admirer son corps bercé par le clair de lune. Me faisant face, Jaeden finit par venir capturer mes lèvres, prenant bien soin de se coller à moi pour me montrer à quel point il avait envie de moi. J’en étais plus que rassuré.

– Maintenant nous sommes à égalité, dit-il dans un petit sourire.

Je lui rendis son sourire, avant de l’encercler et d’écarter un peu plus mes cuisses. Je voulais passer à la suite, rester dans l’inaction ne faisait que donner plus d’occasion pour que ma peur prenne le dessus. Vivement, ses mains partirent une nouvelle fois à la découverte de mon corps, voulant me détendre encore plus. Je ne le montrais pas, mais l’angoisse était bien présente. Ce que nous allions faire maintenant était la plus grande et la plus difficile des étapes à passer.

Après un bon moment, il abaissa sa main derrière moi, et entra un doigt humidifié aussi délicatement qu’il était possible de le faire. La peur et les souvenirs se déversèrent en moi, me crispant immédiatement, le regard dans le vague, tourmenté par l’ancienne douleur qu’Ewen m’avait fait subir. Rapidement il captura mes lèvres, m’offrant un baiser passionné. Il me fallut plus de temps pour me ressaisir. Lorsque son regard s’ancra dans le mien, un sourire s’afficha sur ses lèvres alors qu’il commençait à bouger son doigt.

– Ça doit bien faire quatre ans que je rêvais de ce moment… Souffla-t-il.

Me décontractant du mieux que je le pouvais, je répondis dans un sourire :

– Moi aussi…
– Tu m’as vraiment manqué.

Mon cœur se gonfla de cette chaleur si particulière que lui seul parvenait à faire naître en moi. Il reprit une nouvelle fois mes lèvres, enfonçant une deuxième fois. Un gémissement de douleur sortit de mes lèvres, mais je l’étouffais bien vite en l’embrassant. Je voulais aller au-delà, mais c’était extrêmement laborieux. Mes ongles se plantèrent sur ses épaules et il me fallut plusieurs vas et biens pour me détendre, allant même jusqu’à m’enfoncer insoucieusement de moi-même sur ses doigts. Il se retira peu de temps après, posant ses mains sur mes hanches. Il ancra son regard dans le mien, frottant son nez au mien, comme il le faisait souvent aussi.

– Tu es prêt ? Demanda-t-il faiblement.

Prêt ? Je ne le serais jamais. Mais c’était maintenant ou jamais et je devais me bousculer. Pour toute réponse, je ne pus qu’acquiescer avant de plonger ma tête dans son cou. Je ne voulais pas qu’il me voit avoir mal, je ne voulais pas qu’il voit pendant quelques instants, l’image que je renvoyais à Ewen par le passé. Jaeden fit de même et d’un mouvement lent, il me pénétra, m’arrachant un gémissement de douleur que je ne connaissais que trop bien. Mes ongles le griffèrent alors que mon angoisse prenait le dessus, atteignant son paroxysme. Je ne pus retenir mes larmes. J’avais envie que tout cela cesse. Je me sentais oppressé et honteux d’avoir peur de celui que j’aimais. Jaeden stoppa tout, et je dus me faire violence pour ne pas le supplier d’arrêter, perdant toute dignité comme souvent avec Ewen. Cette douleur plus psychologique que physique me terrifiait littéralement.

Recherchant mes lèvres, nos langues se retrouvèrent, et il reprit de s’enfoncer en moi. Une fois fait, il commença un déhanché minime, et je ne pus me retenir de gémir sous la douleur. Jaeden ne le voyait pas, mais je lui cachais un véritable combat, dont le vainqueur déterminerais l’issue de mon avenir.

Ce fut un combat solitaire que je menais, même si Jaeden était une aide primordiale. J’étais arrivé à un stade où il ne pouvait plus m’atteindre. Je me remémorais ses paroles, sa douceur, sa présence, l’être qu’il représentait pour moi. Le temps passa, et mes plaintes finirent par se transformer, berçant Jaeden d’une mélodie bien plus agréable. La douleur s’échappa lentement, faisant renaître en moi le vrai plaisir que je n’avais plus connu depuis quatre ans, celui que Jaeden m’avait fait connaître, celui qui m’avait fait vibrer plus d’une fois.

Jaeden m’avait attendu jusqu’au bout. Plus d’Ewen venant ombrager ce moment, juste Jaeden et moi. Mes membres se relâchèrent peu à peu, et mes gémissements se transformèrent en plaisir. Je me laissais aller à ma seule sensation. Nos lèvres se joignirent à nouveaux. Je revenais de loin. Jaeden augmenta le volume de ses déhanchés, ravie de me retrouver. Je ne savais si cet instant durerait dans le temps. Mais c’était bien le Ilian du passé qui était de retour, plus fort mais paradoxalement plus fragile. Je le griffais toujours, mais cette fois ce n’était plus à cause de la douleur. Je revivais un court instant, comme avant, m’évadant enfin pour de vrai, et cela était meilleur que la plus forte des drogues. Mon corps se cambrait, mes jambes s’accrochèrent autour de lui, dans le désir de l’avoir toujours un peu plus en moi. Mon cœur battait extrêmement vite à l’idée que nous avions réussi. Nous perdions l’esprit pour ne former plus qu’un. Le bonheur m’irradiait alors que dans un ultime déhanché, il me décrocha les étoiles. J’éjaculais sur son bas ventre et Jaeden me suivit immédiatement. Jaeden avait le souffle coupé et semblait avoir du mal à reprendre sa respiration, tout comme c’était mon cas. Je me sentais revivre, je n’étais plus le Ilian de cet hôpital. Ewen ? Il n’avait plus sa place dans mon esprit. Un éclat de malice traversa mon regard et un sourire sadique étira mes lèvres. Osant comme rarement il m’arrivait de le faire, je lui ordonnais faiblement :

– Recommences.

Certes fatigué par l’effort fournis, Jaeden était prêt à recommencer. Il reprit ses déhanchés à notre plus grand bonheur, un instant qui toucha plus près que jamais la perfection…

***

Je me réveillais un peu avant Jaeden, mais je n’ouvris pas les yeux tout de suite, trop heureux de ce que je ressentais à être ainsi à ses côtés. Je voulais rester éveillé pour le peu de temps qu’il nous restait, j’aurais largement le temps de récupérer mes heures de sommeil plus tard. Je me sentais pour la première fois depuis longtemps libéré d’un poids qui m’avait longtemps accablé. Avec lui à mes côtés, je me sentais capable de me surpasser, d’aller au-delà de mes limites et c’était ce que nous avions fait cette nuit. Mes yeux finirent par s’ouvrirent, s’habituant à l’obscurité qui régnait encore dans la pièce.

Le soleil n’allait pas tarder à se lever, mais je pouvais suffisamment voir le corps de Jaeden. Allongé sur le ventre une de ses mains était amoureusement posée sur la mienne. Mon autre main posée sur son dos en une caresse aérienne, mais ils s’arrêtèrent sur un endroit précis. Je n’avais jamais connu une telle imperfection sur son dos, mais il m’avait déjà semblé l’avoir senti cette nuit. Me redressant légèrement, je pus voir une fine cicatrice en travers de son dos. Me recouchant, mon cœur se serra à l’idée de ne pas savoir ce qu’il avait vécu pendant ces quatre années. Je commençais à prendre réellement conscience qu’il n’avait pas eu une vie toute rose, et que mon départ l’avait abîmé bien plus que je ne pensais. Mes doigts passèrent sur sa cicatrice, comme si je tentais d’effacer le mal que je lui avais fait. Le pire était que je continuais, le voulant égoïstement pour moi, alors qu’une relation pour nous était vouée à l’échec. Tiendrait-il en me voyant si peu ? Je restais un temps incalculable comme ceci, le soleil s’étant maintenant levé, il ne devait pas être loin de 7 heures.

Jaeden sembla se réveiller, car je le senti se crisper soudain. Prenant conscience que la cause était ma main sur sa cicatrise, je la retirais immédiatement, comprenant que j’allais trop loin.

– Désolé, souffla-t-il, déçu.

Il reposa sa tête sur l’oreiller, honteux de ne pouvoir me parler de son passé. Mais ce qui importait maintenant n’était pas ce qu’il avait vécu, mais ce que nous étions en train de vivre… Qui mieux que moi pouvait comprendre ses réticences. Je me rallongeais, et me collais contre lui. Ma jambe passa au dessus des siennes, alors que je collais mon intimité contre sa hanche. Une de mes mains vint se poser dans ses cheveux, tandis que l’autre caressais son bras du bout des doigts. Mes lèvres se posèrent sur sa joue et vivement il tourna la tête, prenant possession de mes lèvres. Nous échangeâmes un baiser digne de ce nom, tandis que mes bras passaient autour de son cou alors qu’il se mettait au dessus de moi. Mon corps désirant le sentir plus près, se colla au sien sans que je puisse le retenir.

– Je vais devoir partir… Dit-il, frottant son nez contre le mien.

N’ayant aucune envie qu’il s’éloigne, je resserrais mes jambes autour de ses hanches, me collant un peu plus contre lui. Je ne voulais pas retrouver ma place de patient prisonnier dans ce lieu tout de suite, et je savais que cela serait inévitable.

– Reste encore un peu… Répondis-je, la voix suppliante avant de happer ses lèvres dans un tendre baiser.

Le temps passa, et alors que ses mains passaient et repassaient sur mes hanches à mon plus grand plaisir, Jaeden finit par s’apercevoir que l’heure avait bien avancé. Un soupire rauque sortit de ses lèvres et il se releva sur les coudes.

– Il faut vraiment que je parte Ilian. Fit-il en déposant un smack sur mes lèvres.

Comprenant que gagner quelques minutes de plus nous étaient impossible, j’acquiesçais sans rien dire, mais je ne pus retenir les larmes qui commençaient à monter. L’idée de ne pas savoir lorsque j’allais pouvoir l’étreindre de nouveau m’était insupportable, et périlleusement difficile à surmonter. Jaeden attrapa à la va-vite ses vêtements, se mettant nu, devant moi. Mes yeux ne purent s’empêcher de se délecter de la beauté de son corps. S’en apercevant, Jaeden me balança mon pyjama dans un sourire.

– Rhabilles toi espèce de pervers. S’exclama-t-il en rigolant légèrement.

Les joues rouges, je souris à mon tour, avant de m’habiller en vitesse. Puis vivement, je me rassis sur mon lit, posant la couette sur moi, avant de regarder Jaeden profitant de chaque seconde avant son départ. Une fois habillé, il prit ses chaussures et s’assit sur le lit afin de les mettre. La tentation étant trop forte, j’en profitais pour venir me coller contre lui. Une fois ses chaussures lacées, il prit mon visage entre ses mains, et posa ses lèvres sur les miennes une dernière fois.

– Je vais essayer de faire une autre garde rapidement… Dit-il, dans un sourire.

Une dernier baiser, et il se leva, sortant de la chambre après un dernier regard. Le manque de sa présence se fit aussitôt ressentir, lacérant mon cœur, et je laissais enfin mes larmes s’échapper. Cependant un petit sourire ne quittait plus mes lèvres, trace indélébile de ce que Jaeden m’avait apporté et offert cette nuit là…

Je ne sais combien de temps je restais là, assis dans mon lit, le sourire aux lèvres. Je me sentais libéré d’un poids si gros que j’avais l’impression de flotter. Pourtant les larmes continuaient à couler, trahissant la douleur de devoir être séparé de lui. Traversé de part en part par ces deux sentiments contradictoires, je pleurais en même temps que je souriais. L’infirmière qui venait me voir chaque matin me trouva avec ce même sourire, et eu du mal à cacher sa surprise. Comme un automate, je lui tendis mon bras, et lui laissais me faire les soins, tandis qu’elle me complimentait sur la cicatrisation. Elle me laissa après m’avoir donné les cachets et me décidant enfin à quitter mon lit, je pris une de mes tenues et allais me prendre une douche.

Je ne tardais pas trop, me sentant un appétit que je n’avais pas connu depuis longtemps. Je ne savais pas s’il durerait, mais je comptais bien en profiter, rien que pour offrir à Jaeden un corps plus désirable. De légères rougeurs vinrent teinter mes joues en repensant à nos ébats de la veille. Ne désirant pas forcer ma faim retrouvée, je pris un plateau modérément rempli et allais m’asseoir dans un coin, loin de tous les regards. Avec quelques difficultés, je réussis pourtant à finir la totalité de mon petit déjeuner. Le ventre plein, j’allais ranger mon plateau avant de retourner dans ma chambre, préférant me trouver dans le dernier lieu où j’avais vu Jaeden. J’y passais mon temps à lire, et à rêvasser, retrouvant même l’inspiration pour écrire quelques lignes avant d’aller manger. Alors que je fermais mon cahier j’entendis soudain quelqu’un frapper à ma porte. Attendant tout simplement qu’il ouvre la porte, mon visiteur n’était autre que Cameron. Nous avions pris quelques habitudes et c’était très fréquent qu’il vienne me chercher pour manger. Nous ne parlions en général pas beaucoup, simplement quelques paroles, profitant du silence et de la paix que nous nous accordions. J’eus le plaisir de voir Jaeden manger au réfectoire avec le directeur, rien que l’apercevoir emplissait mon cœur de chaleur. Sans que cela se voie, je profitais de chaque instant pour le regarder. Il finit par partir après un dernier sourire caché. J’avais un rendez-vous avec le directeur, mon nouveau psy dans une heure.

Laissant Cameron retourner dans sa chambre, je pris le chemin de la bibliothèque afin de prendre de nouveau livre après avoir récupéré les anciens dans ma chambre. Je fis mon choix assez rapidement, puis me trouvant trop à l’étroit dans ce lieu, je décidais de m’octroyer une balade à côté du lac. Je le vis à quelques mètres de moi, assis sur un banc. Je posais ma main sur ma nuque, gêné, avant de me remettre en route. Si Cameron n’avait pas été là, je lui aurais directement sauté dessus. C’était peut être pour cela que j’étais partit aussi vite, pour éviter d’être tenté. J’eus le plaisir d’entendre ses pas pressés venir vers moi. Un sourire sur mes lèvres, il ne résista pas et m’embrassa immédiatement, en manque constant de l’autre tout autant que moi. Mes mains se posèrent sur sa tête, tandis que les siennes étaient sur mes hanches. Je me reculais sous le choc du baiser et me collais contre un tronc d’arbre afin d’être plus à l’aise.

Jamais je ne me lasserais de ses lèvres, et j’avais de plus en plus de mal à saisir comment il m’était possible de les quitter. Notre baiser, déjà passionné, se transformait de plus en plus. Aucun mot n’avait été échangé, mais nos gestes parlaient pour nous. Nous ne supportions pas cette distance. Sa main passa sous ma veste et je ne pus que frissonner d’excitation, ne vivant en rien ce geste comme une agression. En manque d’air, je mis fin au baiser, collant mon front au sien, essoufflé, mais au combien serein.

– Tu devrais partir, soufflais-je à contrecœur, préférant mettre rapidement fin à cet instant avant que la tristesse ne vienne balayer mes sentiments de plénitude.
– Tu nous as suivis… Dit-il, un sourire sur les lèvres.
– Non ! M’offusquais-je, le rouge aux joues.

Il rigola légèrement, et repris à mon plus grand plaisir, une nouvelle fois mes lèvres pour un baiser passionné. Mes bras se resserrèrent autour de son cou, ne supportant pas de le laisser m’échapper. Il me colla un peu plus au tronc, prenant possession de moi. Une fois à corps de souffle, ce fus lui qui mit fin à notre baiser, en étant tout simplement incapable. Il déposa un doux baiser papillon sur le coin de mes lèvres, avant je ne lui souffle, dans un sourire qui sembla lui faire plaisir :

– Vas-t-en idiot.
– A bientôt…

Vivement, il se décala et prit le chemin de l’établissement. Il se retourna, marchant à reculons et me lança un sourire éblouissant avant de se tourner et de partir pour de bon. Je savais qu’il ferait tout ce qui lui était possible pour nous offrir un nouveau moment n’appartenant qu’à nous deux.

Cet échange me donnait un peu plus de courage pour ce qui m’attendait. Les questions du directeur devenaient de plus en plus pressantes, et il savait parfaitement s’y prendre pour me déstabiliser. J’avais tenu jusque là, mais qu’en serait-il au fur et à mesure du temps qui passait. Je devais d’ailleurs y être dans très peu de temps et ce fut dans un soupire que je me décidais à y aller. Marchant d’un pas lourd, mes pensées dévièrent très rapidement vers l’homme que j’aimais, espérant qu’il fasse au plus vite une nouvelle nuit de garde. J’étais prêt à attendre le temps qu’il faudrait, mais je ne pouvais m’empêcher de culpabiliser sur le fait de lui imposer tout cela. J’avais l’impression de lui voler sa liberté, de le tenir là, entre mes mains et de me refuser à le lâcher. J’en étais tout simplement complètement incapable. C’était maintenant trop tard me mentis-je…

Je mis assez peu de temps à me rendre jusqu’au bureau du directeur, et durant mon trajet, je ne vis pas Jaeden. Arrivé devant la porte, je frappais et la voix du directeur m’invita à entrer. C’est ce que je fis, allant directement m’asseoir en face de lui, sans un mot.

– Bonjour Ilian. Comment te sens-tu aujourd’hui.

Bien évidemment, je ne répondis rien, il était rare que le directeur parvienne à m’arracher quelques mots.

– J’ai appris que tu avais mangé convenablement ce matin et à midi. Je t’en félicite.

Le silence se fit alors qu’il ouvrait mon dossier. Lorsqu’il trouva la page désirée, il attrapa une nouvelle feuille blanche pour la remplir de toutes ses âneries à mon sujet, pour alourdir un peu plus les idées que tous se faisaient de moi. Le directeur n’y faisait pas exception.

– Bon, aujourd’hui je désirerais aborder un sujet que j’ai trop longtemps repoussé et qui me semble important. Nous allons parler de Jaeden et de votre relation passée. C’est d’ailleurs pour cela que je l’appellerais ainsi et non le docteur Sadler.

Je sursautais presque, déstabilisé à la simple entente de son prénom. Le directeur s’en aperçu et je savais dès maintenant qu’il n’allait pas me lâcher sur ce sujet. Si nous l’avions évité jusqu’à maintenant, ce n’était plus le cas à présent, et je ne savais pas ce qui l’avait fait changé d’avis.

– Si j’ai bien compris, vous êtes sortit ensemble il y a quelques années. Combien de temps cela a-t-il duré ?

Je ne répondis rien, n’ayant aucune envie de rentrer dans son petit jeu des questions réponses. Perdant rapidement patience, le directeur déclara vivement :

– Je viens de te poser une question Ilian et j’ai toute la journée pour attendre la réponse, voir plus s’il le faut. Cesse ces gamineries.

Je savais qu’il ne me lâcherait pas. Il avait raison, il me traitait comme un simple enfant. Me glissant rapidement dans la peau du personnage qu’il m’imposait, je choisis de céder à sa menace et répondit :

– Un certain temps. Deux ans.

– Deux ans ! S’exclama-t-il surpris. Vos rapports étaient donc avancés… Demanda-t-il plus embarrassé.

– Je ne vois pas en quoi cela vous regarde. Répliquais-je, le défiant de mon regard froid, mais oui en effet.

Le directeur semblait déstabilisé par le fait que je réponde à ses questions, et surtout de cette manière. Pourtant, cela ne l’empêcha de poursuivre.

– Comment été Jaeden à l’époque ?

– Plus jeune, dis-je, d’un ton faussement insolent que le directeur ne releva pas.

– C’est toi qui as mis fin à votre relation ?

– Oui.

– Une raison particulière ?

Je fus incapable de répondre. Il parlait du nœud du problème, de ce qui avait amené ma présence ici. Mon regard se voila au souvenir du passé qui aurait pu être bien différent sans mon cousin… Le directeur n’insista pas, et il garda ses questions à ce sujet pour plus tard. Il me demanda soudain :

– Tu ressens encore quelque chose pour lui aujourd’hui ?

– On oublie jamais son premier amour, dis-je en masquant quelque peu la véracité de mes propos.

Le directeur ne s’attendait certainement pas à cette question. Perdant sa répartie, il commença à griffonner quelques mots sur sa nouvelle feuille, quelques nouvelles théorie sur moi certainement…

– Pourquoi as-tu accepté qu’il soit ton psy ? Parce que tu l’aimais encore ?

– Je crois que ces questions n’ont plus aucun rapport avec mon passé, répliquais-je cinglant, ne me laissant pas démonté par ces questions.

– Alors c’est cela… C’est parce que tu ressentais encore quelque chose pour lui.

Ne supportant plus le chemin que prenais la conversation, je me levais brusquement et déclarais, la voix débordante d’une haine glaciale non dissimulée :

– Je vous avais dit que je voulais changer de psychiatre, et cela dès le premier rendez-vous. Mais vous avez décidé autrement. Que pensez-vous de toute manière de l’avis d’un fou.

Lui tournant le dos, je marchais d’un pas vif vers la porte.

– Encore une réaction enfantine. Dit-il alors que ma main se figeait sur la poignée. Tu fuis les obstacles.

– Peut-être, pris-je la peine de répondre, d’une voix toujours aussi impersonnelle, mais plus faible.

– La prochaine fois ramène moi tes cahiers Ilian. J’aimerais lire tes écrits.

Mon départ se clôtura par une porte claquée. A peine eus-je fait quelques pas que je me retrouvais nez à nez avec Jaeden dans le même état de colère que moi. Je mis instinctivement de côté la mienne, lui lançant un regard inquiet vis-à-vis de son état. Malheureusement, nous n’étions pas seul dans le couloir et bien je me sois arrêter net face à lui, nous ne pouvions rien nous dire et je pouvais encore moins le prendre dans mes bras. Soupirant face à notre situation qui nous usait l’un l’autre, Jaeden reprit sa route, m’effleurant à peine la main. Aussitôt une idée me vint à l’esprit, me souvenant des dernières paroles du directeur. Il voulait mes cahiers et je savais qu’il ne se gênerait pas pour les récupérer par la force s’il le fallait. J’étais tout simplement incapable de les détruire. Réfléchissant à toute vitesse, j’attrapais au vol la manche de Jaeden, le retenant. Se retournant aussi vivement, il me regarda surpris, s’apprêtant certainement à me demander ce qui me prenait.

– Mes cahiers, bredouillais-je. Le directeur les veut. Est-ce je peux te…

Devant ma détresse, Jaeden compris assez vite ce que je lui demandais. S’il y avait bien une personne à qui je pouvais faire confiance à ce sujet, c’était bien lui. Il n’y avait qu’à lui que je pouvais les donner. C’était cela, ou je les détruisais.

– Laisse-les dans la chambre de Cameron, me répondit Jaeden, réfléchissant à toute vitesse. Je passerais les prendre dans un petit moment.

Le temps d’un murmure et il était déjà partit, marchant jusqu’à son bureau comme si aucun échange n’avait eu lieu. Une fois de plus, il venait à mon aide alors que je n’avais rien fait pour son état. C’était toujours lui m’aidait et non l’inverse. C’est en me sentant presque égoïste que je gagnais ma chambre.
Il ne me fallut pas beaucoup de temps pour rassembler la totalité de mes cahiers. Attrapant une feuille de papier vierge, je griffonnais quelques mots à Jaeden, conscient des risques je prenais. Le glissant dans le premier cahier, le faisant légèrement dépasser, je les pris avant de sortir de ma chambre. J’évitais soigneusement le groupe d’infirmière qui aurait pu se poser des questions. Par chance, la chambre de Cameron n’était pas très loin de la mienne et ce fut nerveux que je frappais à sa porte priant pour qu’il y soit. Par chance, il vint m’ouvrir assez rapidement, et il ne cacha pas sa surprise de me voir. Aux habitudes c’était lui qui venait me chercher et jamais je n’étais venu de mon propre chef dans sa chambre.

– Ilian… Tu cherches quelque chose ? Me demanda-t-il hésitant.

– Est-ce que tu pourrais me rendre un service ?

– Je… Oui… Enfin, ça dépend pour quoi.
– Si je te donne quelque chose, tu pourras le donner au docteur Sadler de ma part.
– Pourquoi tu ne le fais pas directement ? Me demanda-t-il légèrement suspicieux.
– S’il te plaît Cameron, je ne te le demanderais pas si je n’en avais pas réellement besoin
– D’accord, céda-t-il soudain.

Je ne m’appesantis pas sur ce brusque changement de comportement et je lui tendis les cahiers qu’il posa sur son bureau. J’étais presque certain qu’il ne tenterait même pas d’en lire une seule ligne. Changeant soudain totalement de sujet, Cameron me proposa :

– On va en salle télé ce soir, il y a un film qui a l’air pas mal.
– Pas de soucis à tout à l’heure, répondis-je, plus que soulagé qu’il me vienne en aide et prêt à lui accordé n’importe quoi.

Je sortis de la chambre les bras vides, une étrange boule au ventre, comme séparé de quelque chose qui m’était essentiel et nécessaire. Regagnant ma chambre, il fallut que je croise Melvin. Cela faisait un moment que je ne lui avais pas parlé. Nos dernières entrevues s’étaient résumées à quelques regards de parfait étranger qui se toisent, lancés à la sauvette. Pourtant cette fois-ci, il marcha droit vers moi. Il avait assez mal supporté mon rejet et ma distance après qu’il m’est avoué avoir subit la même chose que moi. Mais je devais avouer que je me sentais maintenant mal à l’aise face à lui.

– Tu allais dans ta chambre ? Me demanda-t-il.

Melvin me sauta soudain dessus et m’embrassa à pleine bouche sous le regard effaré des infirmières. Écœuré par ce contact non désiré, il me fallut quelques secondes pour réagir et le pousser violemment avant de m’enfuir le plus vite que je le pouvais. Arrivé dans ma chambre, je refermais violemment ma porte avant de m’adosser dessus et de me laisser glisser. J’avais encore l’impression de sentir ses lèvres sur les miennes et ce contact n’avait aucun rapport avec les baisers de Jaeden. Tentant de me remettre, j’inspirais profondément alors que mon cœur tonnait à vive allure dans ma poitrine. Je ne comprenais pas ce qui lui avait pris, surtout devant tout le monde. Je priais pour que cette histoire ne remonte pas aux oreilles de Jaeden.

Nous étions dans un bar, Jaeden m’avait invité à venir avec lui et quelques potes. Nous étions samedi soir, et j’avais réussis à avoir une autorisation de sortie de la part de mes parents. Le mieux était que je pouvais dormir chez Jaeden et je n’avais donc pas d’heure pour rentrer. Jaeden discutais avec ses amis m’ignorant un peu mais je ne m’en formalisais pas. Je me levais pour aller chercher quelques boissons, tandis qu’il parlait de je ne sais quoi avec un autre dont je n’avais pas suivit la conversation. Arrivé devant un des serveurs qui était derrière le bar, je donnais commande et j’attendis qu’il ait le temps de me servir. C’est alors qu’un garçon s’approcha de moi. Il devait avoir quelques années de plus, un sourire charmeur, et des cheveux blonds mi-long qui lui tombaient derrière les oreilles. S’arrêtant à mes côtés, il s’accouda au comptoir et me demanda d’une voix séductrice :

– Tu es seul ?

Peu habitué à ce que l’on m’aborde ainsi, il ne me fallut qu’un dixième de seconde pour perdre mes moyens. Mes joues devinrent presque écarlates et ce fut extrêmement gêné que je bredouillais un « non » incompréhensible. Il sourit, se moquant très certainement de mon attitude. Il allait maintenant très certainement me tourner le dos et chercher quelqu’un d’autre. Mais je me trompais apparemment car il me proposa :

– Je t’offre quelque chose à boire ?
– Non… Non merci… Je…
– Allez quelqu’un de sexy comme toi, ne peux pas me refuser ça… Dit-il en voulant poser une main sur mon épaule.

J’étais loin d’être habitué à ce genre de compliment, et alors que j’allais refuser une bonne fois pour toute, je fus soudain tiré en arrière, alors que deux bras m’entouraient par la taille. La voix de Jaeden ne tarda à se faire entendre :

– Ce mec sexy comme tu dis est déjà pris, et si par malheur son copain apprenais que tu veux tenter quelque chose, je pense que tu ne ressortirais pas de ce bar en un seul morceau…

Le dragueur n’insista pas, nous lançant un regard dépité avant de nous tourner le dos et de trouver une autre personne. Je me retournais pour me retrouver face à Jaeden. Un large sourire illuminait mon visage. Il m’avait surveillé de sa place et surtout, il était jaloux. Il semblait quant à lui, encore énervé qu’un autre homme est essayé de me draguer et je ne pus m’empêcher de lui dire après avoir déposé un bref baiser sur ses lèvres :

– Je ne savais pas que tu étais jaloux…

– Ne dis pas de conneries, s’emporta-t-il aussitôt.

Peu impressionné par son ton autoritaire, j’ajoutais :

– Pourtant, ce que tu viens de faire…
– Ilian, si tu continu, tu dors chez ton cousin ce soir, me menaça-t-il.

Il ne m’en fallut pas plus pour me taire. Me tournant vers le comptoir, j’attrapais les boissons qu’on nous donnait enfin. J’avais retrouvé tout mon sérieux, et il n’était plus question de le taquiner à ce sujet. C’était avec lui que je voulais passer la nuit. Jaeden ne pu s’empêcher de rire face à mon brusque changement de comportement et il glissa à mon oreille :

– Petit pervers.

Alors que mes joues prenaient une teinte rosée, je remerciais le ciel qu’il ne puisse pas lire dans mes pensées.

– Ne t’inquiète pas, nous n’allons pas tarder à rentrer, dit-il d’une voix lourde de sens.

Attrapant les verres qui restaient pour m’aider à porter, nous retournâmes tous les deux à notre table, lui satisfait de lui-même et moi gêné mais malgré moi impatient.

Je me redressais, soudain emprunt de la nostalgie de notre passé où tout était bien plus simple. Me rendant compte de ma fatigue, n’ayant pas passé beaucoup de temps à dormir cette nuit, je décidais d’aller m’étendre dans mon lit. Je n’avais même pas envie de lire. Posant ma tête sur l’oreiller, j’oubliais tout, restant dans mon songe. Son odeur me semblait encore imprégner le lit. Soupirant, je me laissais aller à fermer les yeux, un sourire aux lèvres. Ce fut son image qui m’accompagna dans mon sommeil.

 

**

Ce furent des petits coups discrets frappés à ma porte qui me réveillèrent bien plus tard. C’était Cameron qui venait me chercher pour manger. Me redressant dans un état encore vaseux, je lui demandais de m’attendre. M’étirant rapidement, je remis mes vêtements en place avant de brièvement faire mon lit et de le rejoindre. Comme je lui avais promis, nous passâmes la soirée ensemble, nous quittant après le film. Il m’avait confirmé avoir transmis les cahiers à Jaeden, et je le remerciais plusieurs fois. Melvin était lui aussi présent ce soir, mais il me regardait de loin, attendant certainement un moment où je serais seul pour m’expliquer avec lui au sujet de ce qui venait de se passer. Et c’est d’ailleurs ce qu’il fit. Alors que je retournais seul dans les couloirs pour aller dormir dans ma chambre, Melvin me suivit. Loin de le faire discrètement, il m’appela par mon nom lorsque je posais ma main sur la poignée.

– Ilian attends !

Soupirant, n’ayant pas du tout envie de lui parler maintenant, je me retournais pour lui faire face.

– Qu’est ce que tu veux Melvin ? Lui demandais-je une fois qu’il fut à ma hauteur.

– Je… Commença-t-il à bredouiller.

– Tu… ? M’impatientais-je.

– Je voulais m’excuser pour ce qui s’est passé tout à l’heure dans le couloir…

Je ne répondis pas, n’ayant pas du tout envie de parler de cela, préférant l’oublier totalement, mais ce ne fut pas du goût de Melvin.

– Je te jure, je ne sais pas ce qui m’a pris. Je ne comptais pas le faire, mais… J’en ai envie depuis tellement longtemps et je n’ai pas su résister.
– Et bien retiens toi à l’avenir, car je ne veux pas de ça Melvin.
– Pourquoi ?! S’emporta-t-il. On ressent la même chose j’en suis sur Ilian.
– De quoi tu parles ? M’agaçais-je à mon tour.
– Enfin Ilian, on a vécu la même chose. On est pareil, on ne peut que…
– Stop ! M’écriais-je. N’en dis pas plus. Il n’y aura jamais rien entre nous Melvin. Je veux bien être ton ami, mais rien de plus. Maintenant le sujet est clos, je te souhaite une bonne nuit, je vais me coucher, je suis fatigué.
– Mais je t’aime ! Déclara-t-il précipitamment alors que je me tournais pour entrer dans ma chambre.
– Tu ne devrais pas dire ce genre de chose à la légère. Désolé, Melvin, j’aime quelqu’un d’autre. Dis-je froidement, avant de rentrer dans ma chambre et de claquer ma porte lui faisant clairement comprendre que la discussion était close.

Heureusement, il ne tenta pas d’entrer, me laissant seul et surtout en paix. Il ne me fallut pas beaucoup de temps pour me mettre en pyjama et me glisser sous mes draps. Je n’avais qu’une envie, m’endormir le plus rapidement possible, bercé par l’odeur de Jaeden qui restait encore un peu. Ce fut le souvenir de notre nuit passée qui m’emporta doucement au pays des songes.

***

Je ne croisais pas Jaeden les jours qui suivirent. Il n’était même pas présent lors des parties d’échecs et le sentiment de solitude me retomba lourdement dessus, effaçant malheureusement trop vite le bonheur qu’il m’avait apporté. Je devenais nerveux et bien que je lutte contre mon appétit s’amenuisait au fils de la semaine. Cela faisait maintenant cinq jours que je ne l’avais plus revu, et je comptais aller me coucher pour affronter le lendemain une journée de plus sans l’avoir vu. Melvin continuait à me harceler tous les soirs alors que je regagnais ma chambre, me répétant toujours la même chose et tentant laborieusement de me faire changer d’avis.

Je m’étonnais de la patience avec laquelle chaque fois je le repoussais. J’espérais peut être qu’il se lasserait avec le temps. Cependant, ce n’était pas le cas ce soir. Il était déjà tard, et nous devions être chacun dans nos chambres depuis déjà un petit moment.

– S’il te plaît Ilian, se plaignait-il, laisse moi au moins une chance…
– Combien de fois je vais devoir te dire non ! A demain Melvin, dis-je pour la quatrième fois.
– Pourquoi… Gémit-il en se rapprochant de moi plus que nos rôles respectifs le permettait.

N’aimant pas qu’il m’approche ainsi, à deux doigts de me toucher, je me reculais, me retrouvant dos à la porte de ma chambre désespérément close. Sa main se posa au dessus de mon épaule sur la porte, m’enfermant un peu plus. Je me sentais prisonnier par un autre corps et c’était une des sensations qui m’effrayait le plus.

– Qu’est-ce que vous faites, s’exclama soudain une voix que je ne connaissais que trop bien et qui m’avait cruellement fait défaut ces derniers temps.

Ma tête se tourna instinctivement vers Jaeden, un large sourire se dessinant sur mes lèvres, trop heureux de le revoir enfin. Melvin quand à lui s’était reculé de quelques pas, me laissant enfin un peu d’espace personnel. Je cherchais le regard doux de Jaeden, mais je me heurtais à un mur de colère et de froideur. A vrai dire, c’est à peine s’il se préoccupait de moi, totalement concentré sur Melvin.

– Vous devriez chacun être dans vos chambres et non dans le couloir à cette heure ! Melvin tu vas me faire le plaisir de regagner la tienne. Je vais te raccompagner. Ilian, je reviens. Dit-il sans même m’accorder un regard.

Je les regardais partir en direction de la chambre de Melvin, lui marchant devant et Jaeden le suivant comme pour s’assurer qu’il exécuterait bien ses ordres.

Mon cœur s’emballa lorsque je compris qu’il était de garde ce soir là. C’était la seule chose qui pouvait expliquer sa présence ici et maintenant. Ainsi, il était venu me voir et mieux encore, il allait passer la nuit avec moi. Entrant dans ma chambre le cœur battant, je refermais la porte derrière moi. Tirant les rideaux, j’allumais la lampe de chevet avant de l’attendre, assis sur mon lit, dos au mur. Je tentais de ne pas me formaliser du temps qu’il mettait à revenir, entortillant mes doigts d’excitation et de joie rien qu’à l’idée qu’il allait me prendre dans ses bras.

Il entra soudainement sans frapper, refermant la porte de manière si nerveuse que je compris qu’il était plus qu’énervé. Il posa brièvement son regard inquisiteur sur moi avant de tourner vivement en rond dans la pièce et de déclarer sans mâcher ses mots :

– Je ne peux pas supporter ce type. Je ne sais pas si je te l’ai déjà dis Ilian, mais vraiment, il me sort par les yeux. Cette manière qu’il a de te regarder et tout ce qui… Raah… Qu’est-ce qu’il te voulait ? Me demanda-t-il brusquement en se tournant vers moi. On aurait dit qu’il voulait t’embrasser. Si je n’avais pas été là ce soir je…

Il poursuivit son petit manège un long moment, tournant comme un lion en cage, marmonnant plus pour lui-même que pour moi. Je ne pouvais même pas en placer une. C’était comme s’il m’occultait totalement, totalement concentré et emprunt de sa colère. Ce qui m’amusait au départ, commença à me lasser puis à m’énerver. Profitant d’une de ses pauses alors qu’il s’asseyait sur la chaise de mon bureau, en soupirant, je me permis enfin de parler.

– Jaeden, tu ne trouves pas que c’est inutile de gâcher ce temps qui nous est offert alors que tu sais pertinemment que toutes tes idées sont infondées. Et puis surtout, ajoutais-je alors qu’il allait me répondre, on se fou totalement de Melvin. On est là tous les deux et… tu… Tu ne m’as toujours pas pris dans tes bras, finis-je par dire hésitant.

Aussitôt le visage de Jaeden s’adoucit, et un léger sourire vint naître aux creux de ses lèvres. Ne supportant plus cette distance, je me levais et allais le rejoindre au plus vite. M’asseyant sur ses genoux où il m’accueillit à bras ouverts, nous ne résistâmes pas bien longtemps avant d’échanger un baiser. Son unique but était de nous apaiser l’un l’autre et surtout de nous retrouver après tous ces jours de séparation. Il m’avait promis qu’il trouverait le moyen de faire une garde le plus vite possible. Il avait tenu sa promesse et je le remerciais comme il se devait. Ses bras passèrent autour de ma taille devenu trop fine, tandis que mes deux bras passaient sur ses épaules, entourant son cou afin d’approfondir notre échange. Sa langue caressait la mienne avec tendresse, et peu à peu tout soupçon de colère disparut totalement. Nous n’étions plus que tous les deux. Notre baiser prit fin lorsque l’air nous fit défaut. Il frotta son nez contre le mien, comme il avait l’habitude de le faire par le passé, m’envahissant de cette douce chaleur.

– Si tu savais comme tu m’as manqué, lui soufflais-je, en rougissant légèrement.

Jaeden sourit et lui envoyant un regard plein de malice, je me levais et l’attrapais par le bras. Une seule chaise était loin d’être confortable pour nous deux et le lit était plus approprié. Jaeden se laissa guider, et vint s’asseoir près de moi contre le mur. En un rien de temps j’étais tout contre lui, respirant à plein poumon son odeur. Malheureusement Jaeden ne semblait pas trop là ce soir, énervé par une chose plus profonde dont j’ignorais la raison. Je n’osais pas lui demander de quoi il s’agissait, de peur de le braquer ou de le rendre distant. Peut être n’avait-il tout simplement pas envie d’aborder ses problèmes avec moi, et voulait juste passer un moment avec moi. Passant tendrement sa main sur sa joue, je me collais un peu plus à lui avant de lui voler un baiser. Il mit du temps à vraiment s’y investir, se laissant la plupart du temps guidé au gré de mes envies. Même s’il était près de moi, si je gouttais ses lèvres et sentais son odeur, j’avais l’impression qu’il n’était là qu’à moitié. Alors que j’allais m’écarter pour lui demander ce qu’il avait ne supportant plus la situation, son portable se mit à sonner.

Jaeden se redressa brusquement, attrapant son portable dans la poche de jean. Il lâcha un profond soupire avant de décrocher et de dire sur un ton exaspéré :

– Oui, qu’est ce qu’il y a encore.

– …
– Non, je n’ai pas oublié. Répondit-il sèchement.

– …
– Oui, j’y serais, mais je te l’ai déjà dit tout à l’heure.

– …
– A demain. Finit-t-il par dire avant de raccrocher.

Il était maintenant debout, dans un état d’énervement pire que celui de tout à l’heure. Totalement perdu, ne comprenant vraiment plus ce qui lui arrivait, je me lançais et risquais à lui demander :

– Jaeden… Qu’est ce qui se passe ? Pourquoi es-tu…
– Oublies… Dit-il un peu trop sèchement. Je ne suis pas venu ici pour te gâcher ta soirée.

Tout en parlant, il vint reprendre sa place à côté de moi, mais sa jambe droite bougeait nerveusement, trahissant son incapacité à rester en place. Étant loin d’être d’accord avec ce qu’il venait de me dire, je me redressais et vint me mettre à genoux devant lui afin d’avoir une réelle discussion avec lui. Pour une fois, c’était moi qui allais l’écouter, et je ne voulais surtout pas qu’il m’en croit incapable. Après tout ce qu’il faisait pour moi, je lui devais largement cela.

– Qui c’était au téléphone ? Demandais-je, oubliant volontairement sa dernière réplique.
– Personne, répondit-il en croisant mon regard.
– Kain ? Insistais-je, voulant aller jusqu’au bout.

Jaeden se mit alors à soupirer, et m’avoua enfin :

– Pire… Ma mère…

Ma main se posa aussitôt sur la sienne en la serrant très fort. Je fus incapable de répondre quoi que ce soit. Je ne m’étais pas attendu à cela, et je savais pertinemment que Jaeden avait une relation très conflictuelle avec ses parents. Cela n’avait apparemment pas changé en quatre ans.

Je finis par venir me lover dans ses bras. A défaut de mots, je pouvais au moins lui amener ma chaleur et ma présence. Le silence devint de plus en plus lourd. Jaeden ne repris la parole qu’après un long moment, poursuivant dans sa lancée, certainement peut habitué à me parler de lui ainsi.

– Elle est venu me voir il y a quelques jours. Elle veut que j’aille voir Kain.
– Et c’est ça qui te met en colère ? Lui demandais-je hésitant en redressant légèrement la tête vers lui.
– Non, c’est le fait que j’ai eu la paix pendant six mois et qu’il suffit que mon frère aille se plaindre pour que hop elle débarque à nouveau et encore une fois je lui cède…

Je restais contre lui, ma tête contre son épaule, tandis que ses mains caressaient distraitement mes cheveux. Je ne sus que répondre, ne pouvant que l’écouter. Et nous restâmes ainsi pendant un long moment, juste l’un contre l’autre, dans le silence, calant nos respirations l’une sur l’autre. Ma main était posée sur son cœur et je pouvais sentir chacun de ses battements. Peut être était-ce une impression mais ils semblaient se calmer eux aussi progressivement. Ce ne fut qu’après un long moment passé ainsi que Jaeden finit par dire d’une petite voix :

– Je suis désolé de cette soirée que je te fais passer. Crois-moi, j’aurais préféré être dans un autre…

Il fut coupé par ma main sur sa bouche. Je ne désirais pas en entendre plus et je lui fis clairement comprendre en lui disant :

– Cesse de tire des conneries. On est très bien juste comme ça.

Savait-il combien je serais prêt à donner pour simplement être dans le creux de ses bras ainsi ? Le serrant fort, je l’invitais à s’allonger tout contre moi. Le débarrassant de ses chaussures et de son jean, il eut tôt fait d’être sous les draps avec moi à ses côtés. J’éteignis la lumière. Ma tête était posée sur son bras qui m’entourait et me caressais tendrement le dos. C’est alors que sa voix s’éleva dans le silence de la nuit, me faisant doucement frissonner de bonheur :

– J’aurais tant aimé que tout ne ce soit jamais passé… A propos d’Ewen… Peut-être qu’aujourd’hui on serait à l’autre bout du monde, loin de ma mère et de mon frère… De tout… Tous les deux…

Rien que l’idée qu’il songe à un avenir commun de cette manière me fit fondre. Me redressant légèrement, un petit sourire teinté de tristesse illuminait mon visage. J’effleurais simplement ses lèvres d’un baiser chaste. Seulement, celui-ci ne fut pas à son goût. Passant ses bras autour de moi, il m’empêcha de regagner ma place et happa mes lèvres avec une passion que je n’aurais pas cru savourer ce soir. Ce fut un long et langoureux baiser que nous échangeâmes, n’allant jamais plus loin. Nous n’avions pas besoin de cela ce soir ; nous désirions uniquement la présence de l’autre à nos côtés. Cette nuit là, je ne lui demandais rien, me contentant de lui apporter un peu de quiétude.

***

Je me réveillais un peu après Jaeden, dans la même position que celle où nous nous étions endormis. Il avait passé sa main sous mon tee-shirt et caressait ma peau distraitement. Allongé sur le dos, il regardait le plafond, si bien qu’il ne vit pas tout de suite mon éveil. Ses sourcils légèrement froncés me montraient qu’il était déjà en train de penser à sa journée et aux problèmes qu’il allait rencontrer. Peiné de le voir ainsi, je passais ma main délicatement sur sa joue. Un petit sourire décora ses lèvres lorsqu’il croisa mon regard, suivit d’un simple baiser de bonjour. Il était encore tôt, mais je savais que son départ était plus que proche. Alors qu’il se laissait de nouveau aller dans le lit avec un soupire, un élan de culpabilité m’envahit brutalement. Sans moi, il n’aurait jamais eu tout ces problèmes avec Kain et sa mère. S’il ne m’avait pas de nouveau rencontré, il serait certainement encore avec Hugo ou un autre homme qui ne l’entraîneraient pas dans la noirceur de ce lieu et dans une relation si impossible qu’elle était vouée à l’échec. Pourtant jamais je ne me sentirais capable de le laisser partir.

– Qu’est-ce-que tu as à me fixer comme ça ? M’interrompit soudain Jaeden dans mes réflexions. Ton regard s’est assombri.

Surpris, j’avalais ma salive avant d’oser répondre par une question dont la réponse de Jaeden me terrifiait.

– Est-ce que tu regrettes d’avoir choisi de t’occuper de mon dossier ?

Jaeden se redressa brusquement, s’écarta légèrement de moi, les sourcils froncés.

– Qu’est ce qui te faire croire ça ?

– Disons que depuis que je suis de nouveau entré dans ta vie… Je… Articulais-je difficilement. Je ne fais que t’apporter des problèmes…

– Non… Me dit-il d’une petite voix. Justement, tu es celui qui m’en apporte le moins.

– Ne dis pas n’importe quoi. Ta carrière est en péril, tu es fâché avec ton frère et…

Ce que j’allais ajouter était le plus dur à dire et pourtant, je ne voulais pas faire marche arrière dans mon argumentation.

– Et j’ai peut-être anéanti une possible relation stable avec un autre… Terminais-je en détournant le regard.

Contre toute attente, Jaeden ne pu s’empêcher de rire et de me prendre dans ses bras en me disant après m’avoir forcé à le regarder :

– C’est à moi de choisir ce qui me pose le plus de problème.

Déterminé à vouloir faire taire mes doutes, il m’embrassa d’une manière si passionnée et particulière qu’il me fut impossible d’aligner deux pensées cohérentes. Savait-il seulement à quel point je tenais à lui et je l’aimais ? Il ne fallut que très peu de temps pour que notre désir l’un pour l’autre oublié la veille revienne au galop. Je pouvais sentir l’avidité de son baiser gagner d’un cran non négligeable. Ce fut ce qui le poussa par ailleurs à mettre fin au baiser et à se rallonger près de moi. Mais cela ne fit pas taire pour autant mon envie de bien plus, et subtilement, je fis glisser mes sous son tee-shirt, m’arrêtant sur ses abdominaux, avant de repartir bien plus bas.

Il ne tarda pas à se tendre, comprenant mes projets et c’est assez gêné qu’il me dit en attrapant ma main par le poignet :

– On n’a pas le temps Ilian, je dois bientôt partir. Crois-moi, si ça ne tenais qu’à moi je resterais indéfiniment…

Peu convaincu, ne désirant pour rien au monde laisser partir Jaeden sans lui avoir fait ce que je prévoyais, je répliquais non sans rougir comme une pivoine :

– On a assez de temps pour ce que je prévois de te faire…

Ne voulant surtout pas voir sa réaction et encore moins m’exposer ainsi à lui, je glissais presque aussitôt sous les draps, dégageant mon bras de sa prise.

Alors que je m’attaquais à son boxer non sans sentir battre mon cœur à un rythme effréné du au stress, j’entendis un « non Ilian… » Bien trop faible et peu convaincu pour m’arrêter. Certes ce que je m’apprêtais à faire était un pas de plus dans mon affranchissement du passé, mais je désirais le faire maintenant. Je voulais offrir un peu de plaisir à Jaeden, et cesser d’être toujours celui qui en recevait de sa part. Je tenais tout simplement à le remercier à ma manière.

– Tu n’es pas obligé Ilian, tenta-t-il une dernière fois, sachant aussi bien que moi ce que cela allait me demander.

Mais j’avais pris ma décision, et rien ne me ferait revenir en arrière. Alors que j’effleurais son intimité à travers le tissu, je vis qu’il était excité plus que je ne le pensais. Était-ce simple l’idée de ce que j’allais lui faire ou le baiser que nous avions échangé ? Je remerciais les draps qui me cachaient à son regard, pour rien au monde je n’aurais voulu qu’il voit ma gène et mon malaise. Prenant mon courage à deux mains, je caressais plusieurs fois à peine l’intimité de mon amant, qui était plus que réactive. Si nous avions eu plus de temps, j’aurais très certainement continué mon petit manège, mais je faisais maintenant glisser son boxer de manière à me libérer le chemin. Jaeden ne tentait plus de me dissuader, parfaitement immobile et attentif à ce que je lui faisais. Un soupir de bien-être traversa ses lèvres alors que j’attrapais son intimité nerveusement. Je ne savais plus comment m’y prendre et maintenant je ne pouvais plus reculer. J’espérais qu’il ne soit pas déçu…

Lentement, je laissais glisser ma langue tout le long, ne trouvant à aucun moment cela sale ou dégradant, comme je l’avais vécu par le passé. J’oubliais tout, comme si je me lançais pour la première fois, comme si mon cousin n’avait pas existé. Mettant soudain tout mon cœur à l’œuvre, je commençais à entendre les premiers véritables gémissements contenu de Jaeden. Je savais qu’il lui serait impossible de crier, mais je n’allais pas forcément lui rendre la tache plus facile. Plus il prenait du plaisir, et plus j’y mettais une part importante de moi, me laissant aller comme jamais je n’avais osé le faire avec lui. Ma main libre se dirigea inconsciemment vers mon intimité, ne tentant plus, devant aussi me satisfaire. Réglant à la cadence de ma bouche, je prenais les rênes de notre plaisir commun. Les mains de Jaeden étaient venues se crisper sur mes épaules, caressant plusieurs fois ma tête dans le but de me guider. A aucun moment il ne tenta de soulever les draps, me connaissant mieux que personne. Le murmure de mon nom à peine perceptible me grisa totalement et sentant qu’il était proche de la jouissance, je me préparais à le rejoindre… Jaeden me prévint d’un murmure entrecoupé qu’il n’allait pas tenir une minute de plus, et je nous accompagnais tous deux jusqu’au bout, nous libérant presque simultanément.

Ce fut seulement à cet instant précis que je réalisais ce que je venais de faire. Trop inquiet et concentré sur mon amant, je m’étais dépassé plus que je ne m’en serais cru capable. Mais cette gêne me collait toujours à la peau, si bien que je n’osais pas revenir à ses côtés, me trouvant pitoyable, caché sous les draps. Ce fut Jaeden qui peu de temps après, les levant, me découvrant. Sans me laissais le temps de réagir, il m’attira vivement à lui et m’embrassa avec une passion que je ne lui connaissais pas. Nul doute qu’il avait envie d’aller bien plus loin et que ce que je venais de lui faire n’avait fait que le mettre en appétit. Je tentais de me contrôler et de mettre ma peur de côté, l’ayant déjà fait une fois, je pourrais sans aucun doute recommencer. Et puis, il m’était impossible de dire que je n’en n’avais pas envie.

J’avais confiance en lui. Sa main glissa presque aussitôt à même mes fesses, les massant avec envie. Sa bouche me dévorait littéralement, m’emmenant dans des lieux inconnus. C’est alors qu’une sonnerie retentit, nous faisant tous les deux sursauter violemment, chutant lourdement à nos places respectives.

– Mince, c’est le téléphone du service. Dit-il avant de se lever et de décrocher. Allo.
– …
– Je… Je faisais une ronde… Oui, j’arrive tout de suite. Dit-il avant de raccrocher.

Attrapant rapidement son jean et ses chaussures, il les enfila à la hâte avant de se tourner vers moi et de m’expliquer :

– Je suis désolé, une infirmière a besoin d’aide avec un patient. On me cherche depuis un petit moment…

S’approchant de moi avec un petit sourire, il me vola un baiser rapide, avant de murmurer à mon oreille :

– Merci et à très bientôt Ilian.

Après un dernier regard et un sourire échangé, Jaeden quitta ma chambre le plus discrètement possible. Je me laissais aller à m’allonger de nouveau sur le lit, frustré, mais heureux.

***

Melvin n’étais pas venu me harceler ce soir là, et m’avait évité à mon plus grand soulagement toute la journée. Je n’avais plus vu Jaeden, mais j’avais passé la journée entière à penser à lui. Il faisait nuit, et je devais m’être endormi depuis quelques heures. Pourtant quelque chose sembla me réveiller, comme si quelque chose me dérangeait. Ouvrant les yeux pour vérifier, je me glaçais de terreur, lorsque je vis Melvin, assis sur mon lit, penché au dessus de moi, en me fixant bizarrement. Sursautant violemment, je me reculais contre l’angle du mur en me redressant.

– Qu’est ce que tu fiches ici ? Lui demandais-je paniqué.
– J’ai essayé… dit-il d’une voix que je ne lui connaissais pas.

Son regard pétillait d’une envie que je ne connaissais que trop bien, et qui avait si souvent illuminé l’œil de mon cousin. Mon cœur battait terriblement vite et je sentais mon ventre se vriller sous l’angoisse alors qu’il poursuivait :

– Mais comprends moi, je n’y arrive pas… Laisse-moi au moins une fois… Je suis sur que…
– Quoi ! M’exclamais-je bien moins fort que je ne l’aurais voulu. Mais de quoi tu parles ! Retourne dans ta chambre, laisse moi tranquille ou…
– Ou quoi ? Me dit-il, totalement indifférent à mon état.

Il s’approcha progressivement mais bien trop rapidement de moi. Paralysé, je ne savais réagir, comprenant parfaitement la tournure que prenait la situation. Sa main se posa sur la mienne alors qu’il me barrait toute fuite possible par son corps. Je n’avais jamais fait attention, mais maintenant tout près de moi, je me rendais parfaitement compte de sa supériorité physique.

– Comprends moi, je ne peux plus tenir, j’ai envie de toi Ilian, nous sommes fait l’un pour l’autre.

Rassemblant mes dernières forces, je repoussais sa main avant de tenter misérablement:

– Melvin ne me fait pas revivre ça. Tu ne peux pas, non…S’il te plaît…
– C’est toi qui l’a cherché Ilian…

Sans me laissais le temps de répliquer, il colla lourdement sa bouche sur la mienne et ses mains sur mon corps, me renvoyant instantanément quatre ans auparavant. La terreur se délia dans mon corps, me rendant immobile spectateur d’une horreur supplémentaire. Sans rien faire, je me retrouvais couché sous lui, ses mains parcourant mon corps, ouvrant à vif d’anciennes cicatrices que je pensais êtres totalement effacées. Jamais je n’aurais cru revivre ça, et je savais que je ne serais plus capable de me relever. Si une personne abusait encore de mon corps, je ne pourrais plus jamais réussir à cohabiter avec celui-ci.

– Tu es tellement beau Ilian, susurra-t-il à mon oreille. Ta peau est tellement douce, dit-il en descendant irrémédiablement vers mon pantalon. Je suis sur que ça va être mille fois mieux que je ne me l’étais imaginé. Je vais te faire oublier, tu vas voir…

J’avais envie de hurler le nom de Jaeden pour qu’il vienne me sauver, mais encore une fois j’étais seul et immobile. Je ne faisais rien pour me sauver, encore une fois je subissais sans rien faire. D’ailleurs que penserait-il en me voyant agir ainsi. Alors que la main de Melvin arrivait sur mon endroit le plus intime, tout se passa très vite.

L’image de Jaeden dévasté en train de lire mon cahier, et lorsqu’il parlait ensuite du passé lorsqu’il avait appris ce qui s’était passé, me saisit à la gorge. Plus jamais je ne voulais lui faire subir cela. Plus jamais je ne voulais le faire souffrir, plus jamais je ne voulais salir mon corps ainsi. C’était à lui que j’appartenais, c’était lui que j’aimais. Et contrairement à la dernière fois, je savais n’étais plus seul. Jaeden était là. Emporté par un courage que je n’avais jamais ressenti et par une colère qui prit la place de ma raison, je repoussais avec une violence inégalable Melvin, qui se retrouva étendu sur mon lit, la tête dans le vide. Sans lui laisse le temps de réagir, j’étais déjà sur lui, à califourchon. Un premier coup de poing tomba, comme si cela pouvait me libérer.

– Il n’y a qu’une seule personne qui peut toucher mon corps et ce n’est sûrement pas toi, crachais-je en même temps.

Sans me contrôler, un deuxième coup suivit, le rendant presque inconscient de par sa violence qui décuplait mes forces. Jamais je ne me serais cru capable d’une telle chose. Melvin n’avait même pas la force de répliquer, trop sonné. Mais la haine en moi n’était pas satisfaite. Ewen et Melvin prenait le même visage, celui d’un mal si perfide que je ne pouvais me sentir libre que lors de son éradication. Si bien que sans pouvoir me contrôler, les autres coups suivirent alors que je hurlais comme un aliéné, perdant toute humanité, ne désirant que sa mort.

Cette envie était bien plus puissante que mon premier meurtre. Je voulais qu’il disparaisse à jamais comme tous ceux de son espèce. J’éprouvais presque un plaisir jouissif à sentir l’arrête de son nez se briser sous mes coups de poings qui pleuvaient sur son corps. Ce ne fut pas les cris de douleur qui alertèrent le personnel de garde, mais bien mes propres hurlements d’agressivité et de désespoir qui en auraient effrayé plus d’un. Mes poings étaient maintenant recouverts de son sang. Je perdais la tête, et ce ne fut pas le cri d’une infirmière entrant dans ma chambre qui m’arrêta. Elle disparut soudain, étant certainement aller chercher des renforts. Je ne supportais plus d’être ici. Poussant le corps de Melvin, celui-ci tomba lourdement par terre, alors j’envoyais mon poing dans le mur pour me calmer avant qu’ils n’arrivent. Je ne voulais pas d’une piqûre et je préférais ma méthode. Hurlant de douleur, je voulais à tout prix faire taire ce démon de violence déchaîné en moi. Mais c’était peine perdu et lorsqu’ils arrivèrent à quatre dans ma chambre, ils semblaient être en train de voir une bête hystérique et paniquée.

Les poings encore serrés, ma main gauche commençait à me lancer plus violemment que je ne l’aurais cru sous le coup que je m’étais infligé. Je leur hurlais de rester loin de moi, de ne pas m’approcher, et pourtant ils continuaient à réduire la distance entre eux et moi. Ils étaient maintenant tous autour de moi, ne me laissant aucune issue. Une infirmière tenait une seringue, deux hommes s’apprêtaient à m’attraper, pendant que le dernier jetais un coup d’œil inquiet à Melvin inconscient depuis longtemps sur le sol. Tout se passa très vite. Alors que je leur criais une dernière fois de me laisser seul, de me laisser me calmer, les deux hommes sautèrent sur moi, m’immobilisant sur mon lit, pendant que l’infirmière approchait vivement la piqûre de mon corps. Pris au piège, je continuais de me débattre, les insultants, ne m’abaissant jamais à les supplier. Plaqué sur le ventre, je me sentais pourtant vulnérable et à la merci de tous. Mon cœur était encore prisonnier par la terreur, une terreur qui m’avait malheureusement rendu fou de rage.

J’en venais à douter de la capacité de Jaeden à me calmer à ce moment précis. Le temps était comme arrêté. J’en vins à prier pour que la piqûre arrive, ne me supportant plus. Mes poumons me brûlaient à chaque respiration, je pleurais et chaque respiration était plus périlleuse. Je m’effrayais… Jaeden avait tort, il fallait s’éloigner de moi, j’étais complètement fou, j’avais failli tuer un deuxième homme de sang froid. Ce fut cette pensée qui m’accompagna dans un sommeil profond où aucun songe n’avait sa place, un sommeil artificiel et forcé, un sommeil que j’avais au dernier instant avidement désiré…

***

J’avais l’impression de flotter dans un lieu que je n’aurais su définir. Tout s’imposait à moi, mes choix, mes actes, la vie que je menais depuis plus de quatre ans. Une chose était sur, j’avais de plus en plus de mal à me supporter. Cette prison encore plus obscure et fermée dans laquelle je m’étais enfermé, était mille fois plus terrible que cet hôpital dont je ne sortirais jamais. Mes yeux étaient toujours clos et mon corps tellement engourdis qu’un simple geste me semblait irréalisable. Jamais je ne m’étais senti ainsi, à une telle merci de tous. Le cœur et l’esprit à vif, je renforçais avec encore plus de détermination le mur qui me protégeait. C’est alors qu’il me sembla percevoir du bruit à côté de moi. Tendant l’oreille, je me rendis compte qu’il s’agissait de deux infirmières. Je n’étais donc pas dans ma chambre.

– Oui, il va rester ici jusqu’à demain et ensuite le directeur a prit la décision de le mettre en chambre d’isolement pendant quelque temps.
– Jamais je n’aurais pensé qu’il face cela à ce pauvre Melvin.
– Voyons, après tout, il ne faut pas oublié qu’il a tué quelqu’un. Répliqua la voix d’une femme qui me déplaisait.
– Oui… Et tu as vu le visage de Melvin. Il n’y ait pas allé de main morte. Un des médecins dit qu’il aurait pu le tuer s’ils n’étaient pas arrivés à temps. Et le regard qu’il leur lançait, je te jure, Marie m’a dit qu’elle était véritablement effrayée. Il n’y a pas de doute, il est complètement…

J’avais envie de leur hurler de cesser, et la seule chose que je peux faire, fut de bouger le bras. Ce n’est qu’à ce moment là que je réalisais que j’étais attaché : mes deux poignets et mes deux chevilles étaient fixés au lit. Je n’avais pas besoin d’écouter la suite de la conversation. J’étais devenu irrémédiablement fou et je l’étais depuis le début. Je n’avais fait que m’illusionner et non jouer un rôle.

***

J’ouvris les yeux un peu plus tard, sans m’être rendu compte de m’être endormi. Mes paupières papillonnèrent comme pour m’habituer à la lumière assez faible qui régnait dans la pièce. J’étais encore dans l’infirmerie et Jaeden était à côté de moi, regardant par la fenêtre. Mes yeux s’écarquillèrent, réalisant qu’il était là, à côté de moi et que sa main était posée sur la mienne. Soudain bien réveillé, je voulu bouger mon bras, mais mon poignet attaché me rappela à l’ordre. M’ayant vu bouger, Jaeden porta son attention sur moi. Un sourire étira ses lèvres, bien qu’il ne parvienne pas à cacher son inquiétude.

– Comment te sens-tu ? Me demanda-t-il.

Je n’étais pas en état de lui répondre. Je n’avais pas envie de parler. Il était là, tout simplement. Je ne voulais pas savoir comment il y était parvenu. C’était la seule personne dont j’avais besoin. Semblant lire dans mes pensées, Jaeden se pencha vers moi, avant de poser délicatement ses lèvres sur les miennes, m’apportant une chaleur dont j’avais cru oublié l’existence. J’avais l’impression qu’un simple baiser commençait déjà à panser mes plaies, et j’y répondis avec douceur et lenteur. Il ne me brusqua pas, mettant une tendresse sans pareille à l’œuvre, comprenant que je ne pouvais donner plus. Mon état vaseux ne me le permettait pas. Sa main caressait délicatement mon visage alors qu’il murmurait mon prénom, tout contre mes lèvres avant de se redresser. Passant sa main dans mes cheveux, je fermais les yeux un court instant. L’image de Melvin en sang me heurta de plein fouet. Je ne pouvais plus faire semblant, je ne pouvais plus profiter de lui. Je n’étais plus celui qu’il connaissait par le passé, je n’étais plus celui qu’il avait pu aimer.

Il me fallut une longue minute pour réussir à ouvrir la bouche et à articuler avec difficulté :

– Il faut qu’on arrête Jaeden… Je suis… Je suis vraiment… fou…

Mon cœur se brisait en mille morceaux alors que je venais de finir de parler. Mon regard se détournait, je ne voulais pas voir le reflet de la douleur que je lui infligeais. Sa main se crispa sur la mienne et il répondit la voix grave :

– Melvin m’a dit indirectement ce qu’il s’était passé. Ce n’était que de la légitime défense Ilian. Tu n’es pas f…
– Alors qu’est ce que je fais ici depuis quatre ans… le coupais-je. Si je n’étais pas fou, je n’aurais pas ma place ici.

Je fermais les yeux, inspirant avant d’avouer une vérité qui me glaçait encore les veines de terreur.

– J’ai voulu le tuer Jaeden… Comme je l’ai fait avec Ewen…

Je sentis Jaeden se crisper instantanément. Serrant mes poings, je tournais ma tête vers lui et lui demandais très faiblement :

– Tu as peur de moi…

Jaeden commença par mettre un moment avant de répondre, avant de dire un simple « non » qui sonna terriblement faux à mon oreille. Je ne pouvais plus supporter sa présence à mes côtés. C’était maintenant pire qu’une torture. Je lui faisais peur et je l’avais voulu. Avais-je enfin réussi à l’éloigner de moi que j’aurais du le faire depuis le début ? Pourquoi avais-je aussi mal ? Pourquoi avais-je ce cruel pressentiment d’avoir tout perdu ? En le regardant droit dans les yeux, je ne pu me retenir. Je le savais, j’étais maintenant seul et complètement malade. Pourquoi me retenir d’agir contre ma nature ? J’avais perdu la seule chose qui me faisait survivre, j’avais éloigné de moi pour toujours le seul homme qui avait véritablement cru en moi. Je le savais, c’était terminé : j’avais brisé quelque chose entre nous qui n’était pas réparable. Son regard me le prouvait, tout autant que sa réaction. Il ne voulait plus se battre pour m’aider, il avait enfin compris que c’était peine perdu. Je ne possédais maintenant plus que des souvenirs. Voulant en finir une bonne fois pour toute, je rompis les deniers lien, l’éloignant violemment de moi.

– Va-t-en ! Lui criais-je hargneusement alors que mes larmes ne pouvaient s’empêcher de couler. Tu entends, dégages !!

Je continuais de crier, sans faire attention à ce que je disais. Et lui restais là à me fixer, debout à distance, sans faire un seul geste. Les infirmières ne tardèrent pas à arriver, et il ne fit rien pour les arrêter. Une dose de calmant me fut injectée sous ses yeux. Je sombrais sur cette dernière pensée, lâchant un gémissement plaintif : c’était terminé…

Nothing to prove – Chapitre 9

Chapitre 9 écrit par Mai-Lynn

Je me réveillais le lendemain matin avec l’étrange impression qu’il me manquait quelque chose. Mon regard se posa alors sur la boite à chaussures renversée, posée sur mon lit, et toutes les photos et objets éparpillés dessus. Il me manquait. Je ne savais pas s’il avait lu la lettre. J’espérais de tout cœur qu’il la lise. Une profonde tristesse me prit alors que je retournais une fois de plus les événements de la veille dans ma tête. Mon corps tout entier avait mal pour lui. Tout avait été orchestré par Ewen. Je le haïssais, pire que ça, je le maudissais. Comment ne m’étais-je pas rendu compte de son mal-être ?

Les larmes aux yeux, je me rallongeais. Je n’arrivais plus à me contrôler et cela m’énervais. Je posais alors mes mains sur mes yeux, et dans un sanglot, j’évacuais une nouvelle fois la rage qui coulait dans mes veines.

Cela faisait maintenant un mois qu’ilian m’avait quitté. Quitté, ce mot était encore trop gentil. Lâchement abandonné, largué pour un autre. Tous les matins, le premier visage que je voyais était le sien et cela m’énervait. Rageusement, j’éloignais les couvertures et m’assis sur le lit, complètement nu. J’avais un début de barbe qui poussait et cela ne me gênait pas. Je n’avais plus envie de plaire de toute façon. La tête entre les mains, je me remettais doucement de la cuite que j’avais pris la veille. Mon regard se posa sur mon réveil. J’étais une nouvelle fois en retard.

C’est alors que la porte de ma chambre s’ouvrit à la volée, libérant mon frère, le regard furieux.

– Jaeden ! Tu devrais être en cours depuis une heure déjà ! S’exclama-t-il, en colère.

– Le réveil n’a pas sonné. Sors, je suis à poil ! Répondis-je en haussant les épaules.

– Arrête tes conneries, j’en ai ma claque de m’occuper de toi !

Je me levais, et attrapais les premières affaires qui me passaient sous la main. J’étais habitué aux dires venimeux de mon frère. Tellement habitué que cela ne me touchait même plus. Une fois habillé, j’attrapais mon sac de cours.

– J’vais en cours. Dis-je, en passant devant lui.

Je l’entendis soupire et frapper ma porte, mais sourds devant son attitude, je sortis en claquant la porte. Mon portable se mit à vibrer, et immédiatement je décrochais.

– Tu veux quoi Jonathan ? Demandais-je, sortant de l’immeuble.

– Savoir à quelle heure tu viens en cours. Répondit-il, vexé

– Pas maintenant, j’ai un truc à faire.

Je raccrochais alors que le bus arrivait devant moi. Jonathan était l’homme avec qui je sortais depuis peu. Un ami à moi. Un ami, et dealer. Assis à ma place, mes yeux se posèrent sur le reflet dans la vitre. J’avais changé. Mon visage faisait plus vieux, et mon apparence était délabrée, mais je n’en avais rien a faire. Je pris alors mon sac et y sortit un bout de papier. Je devais sortir au prochain arrêt.

Ce dernier arriva bien vite, et immédiatement je descendis, prenant la première rue qui venait. Au bout, je m’adossais, l’épaule contre le mur et regardait droit devant moi. J’étais devant une école de commerce, une des plus prestigieuses de la ville d’ailleurs. J’avais mis du temps avant d’arriver à savoir où il était partit, et quelle ne fut pas ma surprise lorsque je découvris qu’il n’avait pas quitter la ville. La sonnerie de la pause de midi se fit entendre et je pu voir une multitude d’élèves en uniforme quitter l’école. Celui que j’attendais ne tarda pas. Ilian n’avait pas changé. Toujours aussi réservé qu’avant. Je le vis prendre son portable et écrire un message. Puis, il partit, regardant droit devant lui. Restant a une distance éloignée, je le suivis. Il marcha pendant une demi-heure passant devant mon école de médecine. Là, il s’arrêta, restant en retrait, comme s’il se cachait. Il regarda chaque élève comme je l’avais fait à l’instant. Puis, un quart d’heure plus tard, il reprit sa route. Mes sourcils se froncèrent. Que cherchait-il à faire ?

Je m’arrêtais en même temps que lui, et mon cœur se mit à battre alors que nous nous trouvions chez moi. Se pourrait-il qu’il est laissé tomber celui pour qui il m’avait quitté ? Peut-être pensait-il qu’il s’était trompé ? Je sentais mon souffle s’accélérer, et un immense bonheur m’envahir. Une merveilleuse sensation comprimait mon estomac, une joie telle que je ne l’avais plus sentie depuis un moi. M’accrochant à ce maigre espoir, je commençais à m’avancer vers lui. Mais alors que je n’étais pas loin, son téléphone se mit à sonner. Surpris, je m’arrêtais, restant derrière lui, à deux pas.

– oui ? Dit-il, en soupirant.

– …

– Non, j’ai fait un détour par la librairie, le nouveau livre de mon auteur préféré est sortit.

Mon cœur se brisa a l’instant même où il prononça cette phrase. Alors il n’était pas venu pour moi. Mais pour son stupide livre. J’étais vraiment pathétique. Il m’avait largué, et je continuais à l’aimer…Je n’aurais jamais dû commencer à sortir avec lui.

– J’arrive, je vais acheter mon mon livre et je serais chez toi.

– …

– Pourquoi ?

– …

Je le vis alors se crisper, et mes sourcils se froncèrent un peu plus. Mais mon cœur déjà fissuré tomba en morceaux alors que je l’entendis a nouveau parler.

– Tu me manques aussi. Je t’aime.

Il raccrocha et recommença à marcher. Je ne le suivis pas me contentant de le regarder. Oui. J’avais été vraiment pathétique. J’aurais aimé le haïr. Le traiter de tous les noms. Mais non. Je ne pouvais pas. Les larmes me montèrent aux yeux et immédiatement j’eus l’impression d’étouffer. Mon cœur saignant, je dû m’assoir sur un banc et prendre ma tête entre mes mains. Je dû attendre un long moment avant de me calmer. Lorsque le souffle me revint, je calais mon dos contre le dossier, et mes yeux se posèrent sur la rue noir de monde. Mais alors que j’allais me relever et me diriger vers le premier bar qui venait, une main se posa sur mon épaule, et surpris je me retournais, croisant le regard d’un homme que je n’avais pas vu depuis un mois.

– Ewen… ça fait longtemps…Soufflais-je, étonné.

– Je sais… Excuses moi, Ilian a quelque problèmes alors on essaies d’y remédier, mais ça me prend du temps. Répondit-il en haussant les épaules.

– Des problèmes ?

– Avec son nouveau petit ami, disons qu’il est accro et ne voit rien de ce qui se passe autour de lui. C’est ça l’amour !

J’avalais difficilement ma salive. Ewen se rendait-il compte de ce qu’il me disait ? Un sourire faussement joyeux étira mes lèvres, alors que je réfrénais une fois de plus mes larmes.

– Comment ça va ? Tu sors avec quelqu’un en ce moment ? Me demanda-t-il, vivement.

– Oui, plus ou moins. Répondis-je en haussant les épaules.

– Tu as dû le voir on a changé d’école. Fit-il, s’asseyant près de moi.

– Oui, j’ai vu.

– Ilian voulait se rapprocher de son petit ami en faisant une école de commerce, mais ses parents ne voulaient pas le laisser seuls al…

Je me levais, énervé de ses propos. A l’évidence, il ne comprenait pas le mal que ses dires me procuraient.

– Désolé, on peut se revoir un autre jour si tu veux, mais, j’ai quelque chose à faire. Dis-je, sans le regarder.

– Ok… Me répondit-il dans un sourire à plus tard alors.

Je ne répondis rien, rentrant à toute vitesse dans mon appartement. Je sentais la colère pulser dans mes veines tel un venin. Je me jetais alors immédiatement vers la première bouteille de whisky que je vis, buvant à même la bouteille.

– Tu crois pas qu’il est un peu tôt pour boire ? Cracha mon frère sortant de sa chambre.

– Occupes toi de tes affaires. Retoquais-je buvant une autre gorgé de la bouteille.

Kain m’arracha alors la bouteille des mains, le regard noir.

– Tu es mon frère, tu crois quoi, que je vais te laisser tomber dans ça !

– Vas te faire foutre ! M’écriais-je, le bousculant.

C’est alors que je sentis son poing attaquer ma joue, me faisant tomber à même le sol. La lèvre en sang, je restais sonner devant ce que venait de faire Kain. Ce dernier s’abaissa immédiatement,revenant dans la réalité.

– Jaeden, excuse moi, tu me pousses à bout ! je…

– Je me casse.

Sans un mot de plus, je me relevais, allant directement dans ma chambre. Prenant un mouchoir, je l’appliquais sur ma lèvre. Je pris la valise qui se trouvait sous mon lit et pris tous mes vêtements à une vitesse incroyable. J’entendais Kain me supplier de revenir sur ma décision, mais j’étais sourd. Le mal-être me rongeait; je n’en pouvais plus, il fallait que tout ça cesse. Que je m’éloigne. Ce que je n’avais pas prédit, c’était que mon mal-être me conduirait à ma perte…

Je me réveillais le lendemain, le corps en sueur. Cela faisait un moment que je n’avais pas rêvé de notre séparation. Remuer les souvenirs enfouis dans cette boite était beaucoup trop dangereux pour moi. Je le savais, pourtant je n’avais pas pu m’empêcher. Avec difficulté, je me levais. La fatigue me tombait dessus, et étouffant un bâillement, je rassemblais les photos dans la petite boite, puis la rangeais. Passant une main sur mon visage, j’allais prendre ma douche, comptant sur l’eau pour me réveiller.

2O minutes plus tard, j’étais enfin prêt, et attrapant un gâteau, je sortais de mon appartement. Aujourd’hui, j’allais avoir un nouveau patient et cela m’enchantait. Peut-être allais-je être cruel, mais il fallait que je change d’air professionnellement. Je n’avais pas l’intention d’arrêter d’aider Ilian, mais continuer dans cette direction ne nous mènerait nul part. Je ne cessais de penser à lui, à ce qu’il lui était arrivé. Que pouvais-je faire pour l’aider ? J’étais totalement impuissant face à sa détresse. Et cette impuissance m’exaspérait.

Prenant la route, je conduis comme à mon habitude beaucoup trop vite, la musique à fond. J’arrivais devant les grilles de l’hôpital, une fine pluie commençais à tomber, me mouillant légèrement. D’un pas rapide, je rentrais dans l’hôpital, m’approchant de la standardiste. Elle me sourit, et raccrocha son téléphone.

– Le directeur souhaiterait vous parlez. Me dit-elle, me tendant le mot qu’il avait laissé à mon attention.

– Bien, il est dans son bureau ? Demandais-je, mettant le papier dans ma veste.

– Non, il allait discuter avec la chef des infirmières.

J’acquiesçais, souriant, puis prenais l’ascenseur. J’arrivais à l’étage des chambres, et mon regard se posa immédiatement sur la porte d’ilian. Je ne cessais de me demander si Ilian avait lu ma lettre. Ce qu’il avait pensé. Mon cœur ne cessait de battre rapidement, et sans m’en rendre compte, je m’approchais de cette porte qui m’étais interdite. Je sombrais peu à peu dans le passé, comme si Ilian était la clé de ce que je refermais en moi depuis cinq ans. Ma main effleura le bois, et je me demandais ce qu’il faisait à l’instant même. Je voulais lui parler. Tampis.

Mais à l’instant même où je posais ma main sur la poignée dorée, la voix de Paul me parvint au oreilles. Surpris, je me retournais, mettant ma main dans ma poche, comme pris en faute.

– Tu as eu mon message ? Fit-il, dans un sourire.

– Oui, j’allais venir te voir. Répondis-je lui rendant son sourire.

Son regard se posa alors sur la porte et ses sourcils se froncèrent.

– Je voulais aller voir comment il allait…Après sa crise…m’expliquais-je, voulant éloigner tout soupçon.

– Oui, je vois, Tu n’as pas eu trop de mal à le calmer ? J’ai été surpris qu’il t’appelle…

Je ne savais que répondre. Paul avait l’air habitué à ce genre de crise. Je décidais alors d’en savoir un peu plus.

– J’ai été un peu surpris de le voir dans cet état… Avouais-je en haussant les épaules.

– Comme tu as du le lire dans son dossier Jaeden, ce n’est vraiment pas les premières crises qu’il est en train de faire. A son arrivé, il était intenable. Il y avait des moments où il se calmait, mais dès qu’un patient l’approchait de trop prêt ou qu’un psychiatre ne lui convenait plus, il rentrait dans un état effrayant. Puis, il y a environ un an, il a cessé. Il ne faisait plus parler de lui, se contentant d’écrire et d’aller assister régulièrement à ses séances avec son médecin et aux quelques visites de sa famille. Nous avons pu diminuer considérablement la dose de ses médicaments, et nous ne lui avons donc pas fait ce que l’infirmière a du faire pour le calmer il y quelques jours. Je suis contre ce genre de traitement crois moi, mais il ne nous laissait pas le choix. Comme tu as pu le remarquer, Ilian est un patient très complexe… Bizarrement, je m’inquiétais moins pour son état lorsqu’il faisait ses crises que cette dernière année.

Connaître cette facette d’Ilian m’effrayait un peu. J’avais l’impression d’être présenté à un inconnu. Absent, les mots sortirent de ma bouche sans que je ne m’en rende compte.

– Qu’est ce qu’il s’est produit pour qu’il arrête ses crises ?

– Je ne sais pas, répondit le directeur. Il a cessé du jour au lendemain, comme si il avait lâché quelque chose et finalement peut être baissé les bras trop vite. Ses différents psychiatres ne sont jamais parvenus à trouver une explication. Après ce jour en tout cas et jusqu’à ton arrivé ici, il n’a plus rien laissé transparaître, s’enfermant dans une sorte de mutisme qui en a découragé plus d’un.

Je ne répondis rien, cherchant au plus profond de moi une raison à cet arrêt. Un évènement important avait du se produire, ces crises, d’ordre psychologiques, ne pouvaient cesser du jour au lendemain, à part si un autre traumatisme encore plus violent avait eu lieu.

– Quoi qu’il en soit, reprit-il, Je t’avais prévenu, Ilian n’est vraiment pas un cas facile, reprit le directeur. Il a toujours eu de multiples facettes, et s’est forgé une telle carapace qu’il est impossible de discerner le vrai du faux chez lui. Et tant que je ne parviendrais pas à le déterminer, nous ne saurons malheureusement jamais s’il a sa place ici.

Sa place ici. Cette phrase sonnait faux lorsqu’on connaissait Ilian. Bien sûr que non, il n’avait pas sa place ici. Un soupire passa le barrage de mes lèvres alors que des images d’Ewen maltraitant Ilian arrivait dans mon esprit. Mon cœur déchiré, se fissura un peu plus.

– Au fait, ajouta précipitamment le directeur, je devais te prévenir. Ton nouveau patient vient d’arriver. Tu devrais aller à l’accueil.

J’acquiesçais et sans un mot de plus je passais près de lui. Je sentis sa main apaisante sur mon épaule, et faiblement je lui souriais avant de me remettre en marche. Je pris une nouvelle fois l’ascenseur et descendis à l’accueil. Je pu voir alors un homme d’un vingtaine d’année, assis sur un fauteuil. Il était brun, les cheveux assez long. Sa peu était extrêmement pâle, et le voir ainsi vouté me fit penser à un personnage de Death Note, un manga que j’adorais. Il tirait les manches de son pull et jouait avec, restant le regard fixé sur ses mains. Près de lui, se trouvait un homme d’un quarantaine d’année. A son allure bien stricte, je compris immédiatement que c’était le psychologue de Cameron, celui qui avait recommandé son internement.

– Docteur Sadler ? Demanda-t-il, en se levant.

– Oui, répondis-je en lui tendant la main.

– Voici Cameron, votre nouveau patient. Dit-il, me tendant un dossier jaune. J’ai laissé mon numéro au cas où vous voudriez me poser d’éventuelles questions.

– D’accord, je vous remercie de l’avoir amené vous même.

Je me tournais alors vers Cameron et m’accroupis afin de tenter de capter le regard fuyant du brun.

– Comment vas-tu Cameron ? Demandais-je, souriant.

Il ne me répondit rien, mais me fit un sourire en coin, avant de se replier un peu plus. Satisfait tout de même par ce sourire, je me relevais.

– Vous pouvez partir si vous le désirez, je vais m’occuper de lui. Fis-je, professionnel.

Il acquiesça, et posa sa main sur l’épaule de Cameron. Puis dans un faible sourire, il partit. Je le regardais un moment passez les portes, puis reporta mon attention sur Cameron qui jouait encore avec ses manches.

– Tu as déjeuné ? Demandais-je, naturellement.

Il me fit non de la tête, encore une fois en évitant mon regard.

– Alors que dirais-tu de manger un bon repas tout en discutant ?

Il haussa les épaules et se leva, gardant la tête toujours baissée. Sans un mot, nous prîmes l’ascenseur, et allions jusqu’au réfectoire. En entrant, je lui tendis un plateau qu’il prit, et se servit au self. Quelques minutes plus tard, nous étions assis, mangeant en silence.

– Le trajet n’a pas été trop long ? Demandais-je, entre deux bouchées.

– Non… Dit-il, faiblement.

– Mais tu dois être quand même un peu fatigué ?

Il haussa les épaules et but une gorgée d’eau, avant de recommencer à manger. S’il n’était pas bavard, il avait un appétit d’ogre. Mon regard se posa alors sur Ilian qui sortait du réfectoire, je ne l’avais pas vu entrer. M’avait-il vu lui ? Le stress de ce matin revint au galop, ainsi que les questions qui se bousculaient dans ma tête. Mais je ne souhaitais pas chercher de réponse, en tout cas pas maintenant.

Une demi-heure plus tard, nous sortions du réfectoire, et je lui faisais visiter l’hôpital. Une fois terminé, je le fis entrer dans sa chambre, vide de tout vie. Il s’assit immédiatement sur le lit, regardant autour de lui. Ses affaires avaient été montées et étaient posées dans le coin d’une pièce.

– Ce n’est pas le grand luxe, mais tu peux toujours l’aménager comme tu en as envie. Dis-je en regardant autour de moi.

Il me fit un sourire en coin avant de se lever et d’ouvrir sa valise toujours sans un mot. Souriant à mon tour, je m’adressais une nouvelle fois à lui.

– Si tu as besoin de quoi que ce soit, le bureau des infirmières est au bout du couloir, et si jamais tu souhaites parler, je reste dans mon bureau jusqu’à ce soir.

Il ne dit rien, et je me retournais, refermant la porte sur moi. Il avait l’air calme, bien qu’il parle peu. Je me doutais qu’un cas atteint de problème borderline parlait peu, et j’espérais en connaître plus sur son sujet. Le seul moyen était son dossier que j’avais laissé dans mon bureau. D’un pas rapide, j’allais vers cette pièce qui m’était réservée, et m’installais dans mon fauteuil. Le dossier de Cameron en main, je passais ma journée entière à lire, et en quelque sorte, à mieux le connaître.

**

Lorsque le soir vint, c’est un long bâillement qui m’avertit que je tombais de sommeil. Mon regard se posa sur l’horloge. Il était tard, et encore une fois, j’avais passé toute ma journée à étudier un cas. Frottant mes yeux fatigués, je me levais et enfilais ma veste, attrapant au passage ma sacoche. Un énième bâillement, je sortais de mon bureau, pour retrouver ma vie de célibataire que je détestais tant. Je pris l’ascenseur, mais au moment de choisir mon étage, j’hésitais. Je mourrais d’envie d’aller voir Ilian, espérant au plus profond de moi qu’il avait lu la lettre que je lui avais écrite. Mais que se passerait-il ? Verrions nous les choses s’arranger entre nous ? J’avais écrit cette lettre sans penser à l’avenir, à ce qui se passerait après. Mais je n’en avais aucune idée. J’aurais pu appuyer sur l’étage des chambres, mais je ne le fis pas, préférant repousser le moment fatidique où le destin nous ferait nous rencontrer de nouveau.

Je pris la direction de ma voiture, passant par le parc éclairés par des petites lampes lumineuses disposées dans le sol. Ce paysage paisible me calmait, et éloignait tous mes doutes. Mais le froid, me fit rentrer rapidement. Encore une soirée que je passerais seul…

**

Le lendemain, je passais la journée à m’informer un peu plus sur le problème de Cameron. J’attendais avec angoisse le moment où Ilian rentrerait dans ce bureau. Voulant penser à autre chose, je passais de pages en pages lisant et notant quelque exemples de cas.

L’heure tourna assez vite, et avec un pincement au cœur, je réalisais qu’Ilian était en retard, et ça m’étonnerait qu’il vienne. Pourtant je décrochais le combiné et appela l’infirmerie pour savoir où se trouvait Ilian. Elles m’informèrent alors qu’il était encore dans sa chambre et qu’elles allaient le chercher. L’angoisse et le stress montèrent aussitôt à l’idée que dans quelques minutes, Ilian se tiendrait devant moi. Passant une main sur mon visage, je respirais calmement, essayant de contrôler ce pique de stress.

La porte s’ouvrit quelques minutes plus tard, libérant Ilian un regard noir et un visage fermé. Je su pas pourquoi, mais mon cœur se serra immédiatement. S’il avait lu ma lettre, cela lui avait fait ni chaud ni froid. Il voulait passer à autre chose sans moi, mais je n’étais pas prêt à le laisser partir. Pas maintenant que je savais toute la vérité.

– Tu vas bien ? Demandais-je tellement vite que cela me surpris moi-même.

Il ne me répondit pas, l’Ilian d’il y a un mois semblait avoir refait surface. Un soupire s’échappa de mes lèvres. Je cherchais par quel moyen je pourrais l’approcher sans attirer ses foudres, et la seul façon qui me vint à l’esprit fut de lui dire la vérité.

– Je sais que je t’ai fait souffrir… Des centaines de fois surement, mais aujourd’hui j’aimerais t’aider. Je sais qu’on ne peut pas tout rependre à zéro. Tu ne peux pas oublier ce qu’il t’a fait, et je crois que moi non plus.

Ces mots étaient durs à prononcer, mais j’imaginais la souffrance qu’Ilian éprouvait à les entendre.

– Mais je peux t’aider à aller de l’avant. Il faut juste que tu me parles… Que tu te confie à moi…

Je posais alors mon regard sur lui, essayant de capter ses océans, mais je ne rencontrais qu’un mur.

– Tu sais, tentais-je à nouveau, le directeur trouve que tu vas un peu mieux, et j’aimerais pouvoir l’affirmer… Je… Je n’arrive plus à lire en toi comme avant, je ne sais pas si tu vas bien ou mal, je ne sais pas ce que tu veux… J’aimerais que tu me le dises… Et je sais qu’il te faudra du temps…

Il ne dit rien, se contentant de garder la tête basse. Mais je savais qu’il m’écoutait.

– Ilan, repris-je, Je…

Je baissais alors la tête trop prit par les émotions. La gorge nouée, il me fallut un moment avant de pouvoir relever la tête et parler normalement. Mais alors que je me relevais, je pu voir la tête d’Ilian tourner dans une autre direction. Un sourire en coin étira mes lèvres. Il pouvait très bien faire le sourd, ce que je disais le touchait malgré lui.

– Tu sais, le directeur m’a confié un nouveau patient, car il trouvait que j’étais trop proche de toi. Je pense qu’il a raison, mais je m’en fiche, car s’il faut que je sois à nouveau proche de toi pour que tu ailles mieux, alors je le serais.

C’était une promesse. Quoi qu’il fasse, quoi qu’il me dise, je ne baisserais pas les bras. Je l’avais fait quatre ans plus tôt et il était hors de question de commettre la même erreur deux fois. C’est alors qu’il releva la tête pour ancrer sans regard sans vie dans le mien. Un regard aussi froid que de la glace. Un regard inexpressif. Ilian avait perdu l’espoir et mon cœur se brisa. J’ignorais combien de temps nous restâmes ainsi, nos regards entrelacés, mais il y coupa court après un temps. Il se leva sans un mot et sortit en trombe de mon bureau.

Cet entretien m’avait bouleversé, beaucoup plus que je ne l’avais imaginé. J’aurais aimé qu’il me parle, qu’il me traite de tous les noms s’il le voulait. Qu’il me dise que ma lettre était un mensonge…N’importe quoi. Mais il avait choisit l’indifférence, ce qui était la pire arme qu’il puisse utiliser. Je préférais qu’il me haïsse plutôt qu’il reste sans réaction car au moins il pensait encore à moi. Dans un soupire, je posais ma tête entre mes mains, mais je n’eus pas le temps de me reposer que j’entendis quelques coups discrets frappés à ma porte.

Surpris, je relevais la tête, fronçant légèrement les sourcils.

– Entrez. Dis-je, me redressant.

J’eus alors la surprise de voir entrer Cameron dans mon bureau. Replié sur lui même, les mains dans les manches. Son regard fuyant se posa alors sur moi, et sans un bruit il referma la porte, puis s’installa sur le fauteuil.

– Tu vas bien Cameron ? Demandais-je, les sourcils froncés.

Je ne me rappelais pas que nous avions rendez-vous aujourd’hui. Mais lorsqu’il posa la photo d’une jeune femme sur la table, mon sang se glaça. Delicatement, je la pris en main et examina l’image. La jeune femme avait de longs cheveux roux, parfaitement assortis à ses yeux émeraudes. Des tâches de rousseurs sur son nez et ses joues, elle avait un air enfantin qui faisait tout son charme. Je savais très bien qui était cette personne, mais si Cameron me montrait la photo, c’était qu’il souhaitait en parler.

– Qui est cette femme Cameron ? Demandais-je, reposant la photo sur la table

– Zoé.

Sa voix était faible, comme un murmure. La tête baissée, il reprit la photo entre ses doigts, caressant le visage angélique de la jeune femme.

– Elle est très belle, c’est ta petite amie ?

Il remua la tête, m’indiquant que j’avais raison.

– Depuis combien de temps êtes vous ensemble ? Dis-je, calme.

Je prenais garde à parler au présent, voulant l’amener lui même à la conclusion que Zoé était décédé.

– 2 ans. Mais elle est partie.

– Partie où ?

– Je sais pas, avec un autre homme sûrement.

Je reconnu immédiatement un signe du trouble borderline, voyant là le symptôme de dévalorisation et de manque de confiance en soi. Il refusait d’admettre qu’elle était décédée, et qu’il l’avait tué.

– Tu es sûr Cameron ? Demandais-je

Il haussa alors les épaules et rangea la photo dans sa poche. Puis, contre toute attente, il se leva et sortit de mon bureau. Surpris, je le regardais fermer la porte. Un rire nerveux franchit le barrage de mes lèvres. Cette attitude était tout à fait normal, mais j’étais pour l’instant peu habitué.

Je passais le reste de mon après midi à appeler les différents instituts que Cameron avait visité, souhaitant en apprendre un peu plus. Je pris un sandwich tout simple à l’heure du diner, et retournais travailler une heure de plus avant que la fatigue ne me gagne une nouvelle fois.

Lorsque, comme l’autre soir, j’arrivais devant l’ascenseur, j’hésitais une nouvelle fois. L’étage des chambres, ou l’accueil. Par une force inconnue, mon doigt se posa sur l’étage des chambres. Je ne souhaitais pas lui parler, mais juste l’entrapercevoir, sans qu’il ne le sache. Doucement, sans bruit, j’entrouvris la porte de sa chambre, et le spectacle qui s’offrit m’horrifia. Ilian était en boule dans son lit, la main sur sa plaie, les larmes dévalant sur ses joues. Il était mal, et immédiatement, j’entrais :

– Ilian ? Qu’est-ce que tu…

Il redressa alors vivement la tête. Son regard exprimait tellement de désespoir que j’en fus déstabilisé. Mais alors que j’allais poser ma main sur son épaule pour lui apporter un peu de réconfort, il me sauta dans les bras, comme un acte de survie. Il pleurait bruyamment, évacuant sûrement un stress. Me ressaisissant, je passais mes deux bras autour de sa taille et m’assit sur le lit. Une main sur son dos, je le frottais doucement, écoutant ses pleurs qui peu à peu se calmaient. Le cœur serré, je lui apportais sûrement ce qu’il recherchait depuis longtemps : la douceur d’une étreinte.

Lorsqu’il commença à se calmer et que ses pleurs cessèrent, ma main vint se loger dans sa chevelure ébène, et d’un geste doux, mes lèvres se posèrent sur son front. C’est alors que j’entendis Ilian murmurer un « pardon » si mélancolique qu’il me fendit le cœur.

– Pardon pourquoi ? Demandais-je, cessant un instant mes caresses.

Il s’écarta alors de moi, plongeant ses yeux magnifiquement bleus dans les miens. D’une voix faible mais sûre de lui, il déclara :

– De ne pas t’avoir écouté… Pardon de ne pas avoir ouvert les yeux, d’avoir abandonné, de ne pas m’être battu et surtout de ne pas avoir été à la hauteur de l’amour que je disais avoir pour toi.

Ces mots me transpercèrent littéralement le cœur. Vivement, je le repris dans mes bras, lançant un « Oh Ilian ». Les larmes me montèrent bien vite aux yeux. Pourquoi me disait-il cela ?.

– Rien n’est de ta faute… M’exclamais-je. Si les rôles avaient été inversés, je crois que j’aurais fait la même chose… Je crois qu’on est tous les deux tombés dans le piège d’Ewen…

Je le sentis frissonner et mon étreinte se resserra un peu plus.

– Ne me pose plus de question Jaeden… Je ne veux plus parler de ce qui s’est passé il y a quatre ans… Je…

Sa voix mourut dans un sanglot, et immédiatement je lui répondis.

– Je te laisserais le temps qu’il faudra Ilian… Je ne te forcerais jamais… Mais j’aimerais qu’un jour, tu te confies vraiment à moi. Lorsque tu te sentiras prêt, je serais là… Je ne te laisserais plus tomber Ilian… Je suis là…

Je le laissais un temps se reposer, se calmer, et assimiler mes paroles. Dans cette étreinte, je me sentais vibrer. Son corps, son parfum, lui. Tout me manquait. Je me séparais alors d’Ilian alors que je le sentais s’assoupir.

– Tu devrais dormir Ilian… Tu en as vraiment besoin…

Je me relevais alors, voulant quitter sa chambre. Ilian avait besoin de repos et ma présence n’était pas nécessaire. Mais alors que je voulais partir, je sentis la main d’ilian se poser sur mon bras.

– Restes…Me supplia-t-il, vivement.

Son regard était si triste et peureux, que je ne pu que céder.

– D’accord, je reste ici, répondis-je, en revenant vers lui

Ravi, et ne voulant pas vraiment me laisser le choix, il se décala contre le mur et m’invita du regard à m’installer près de lui. C’était une chose de passer la nuit à le veiller, et s’en était une autre de dormir avec lui. Mon statut me l’interdisait, et Ilian le savait autant que moi. Pourtant, il posa sur moi un regard qui me fit vibrer, ce même regard qui me faisait tout lui céder il y a quatre ans. Je pu comprendre avec horreur qu’il possédait encore trop de pourvoir sur moi.

– S’il te plait Jaeden… Supplia-t-il, comme pour achever mon hésitation.

Je finis par accepter, ne pouvant lui résister. Je m’allongeais alors sur les couvertures, et lui en dessous, pensant que cette barrière de tissus pourrait nous empêcher de traverser une limite imaginaire. Mais c’était déjà fait, sans même nous en rendre compte. Ilian se colla immédiatement contre moi, comme dans le temps. Je ne pouvais lui refuser cette étreinte qui lui avait fait défaut depuis quatre ans. Je devais même dire que sentir le corps chaud d’Ilian contre moi me faisait du bien, m’apaisait. Fermant les yeux, mon esprit divagua, et l’image du jardin où nous avions échangé notre premier baiser vint y prendre place. Sans même m’en rendre compte, je posais une question à laquelle je mourrais d’envie de savoir la réponse.

– Dis Ilian, si tu étais libre, tu souhaiterais être où à cet instant ?

Il ne me répondit pas tout de suite. Ilian devait penser que cette question n’avait pas de réponses car jamais il ne pourrait sortir d’ici. À cette pensée mon cœur se serra, notre histoire était vouée à l’échec dès le départ. Mais alors que je partais dans de sombres pensées, la voix d’Ilian me réveilla.

– Dans le jardin de Joeffrey…

Surpris, ma tête se tourna vers lui, et un immense sourire étira mes lèvres. Il possédait la même envie que moi, et à cette pensée, mon cœur se mit à battre tellement vite que j’eus peur qu’il l’entende. Ravi, mes lèvres vinrent se poser sur son front dans un doux baiser, et alors que j’articulais tendrement son nom et passais mon bras autour de lui, je me sentis doucement tomber dans les bras de Morphée. Sa présence m’apaisait, et c’est s’en scrupule que je m’endormis là, lové contre le corps chaud d’un homme qui prenait de plus en plus de place dans ma vie…

Je me réveillais dans la nuit, trouvant avec amusement Ilian en quelque sorte avachit sur moi. Sa tête dans mon cou, sa main sur mon torse, une jambe m’entourant, j’avais l’impression qu’on revenait quatre ans plus tôt, où tout était bien plus facile. Je posais mes yeux sur le visage d’Ilian, magnifique, baigné dans le rayon de la lune. Un sourire aux lèvres, je me rallongeais, sentant son buste monter et descendre au rythme d’une respiration calme et sereine.

Je me réveillais quelque heures plus tard, le jour commençant à peine à se lever. Avec difficulté, j’enlevais la main, la tête et la jambe d’Ilian, le remettant sans le moindre bruit sous les couvertures. Dans quelque minutes, les infirmières viendraient faire leur tour de garde matinal, et elle ne devait surtout pas me voir ici. Passant une main sur la joue d’Ilian, je repris ma veste et sortit sans un mot, veillant à bien effacer toute trace de mon passage.

J’allais rapidement dans mon bureau, ouvrant mon armoire pour y sortir des vêtements propre que j’avais laisser là pour toute urgence. Vivement, je sortis tel un voleur afin de me rendre dans la salle de bain des employés. Je devais prendre garde à ne laisser aucune trace. Si le directeur savait que je passais mes nuits avec Ilian, je ne donnais pas cher de ma peau.

Un douche rapide, et je rentrais dans mon bureau, prenant soin de cacher mes affaires de la veille. Puis, soufflant bruyamment comme tous les matins pour me motiver, je décidais d’aller chercher Cameron pour un petit-déjeuner. Je me demandais si c’était notre premier déjeuner ensemble l’avait poussé à venir me montrer cette photo. Sortant, je me dirigeais une nouvelle fois à l’étage des chambres. Mon regard se posa sur celle D’Ilian, fermée, il devait probablement s’habiller. Un sourire ne pu s’empêcher de ravir mes lèvres alors que je repensais à cette nuit. Rien n’était oublié, mais nous nous donnions plus ou moins un nouveau point de départ. Je ne savais comment qualifier notre relation, dire que nous étions un couple était totalement absurde dans le contexte dans lequel nous étions. J’étais plus où moins perdu, mais cela ne me dérangeais pas, si ça pouvait l’aider.

Je toquais à la porte de la chambre de Cameron et entrais. Ce dernier était installé sur son lit, caressant du pouce la photo de la défunte Zoé. Son état mentale était fragile, et cela ne m’étonnait pas s’il s’attachait immédiatement à la personne qui s’occupait de lui. Manquant de confiance, il prenait plus ou moins la personnalité de celui qui devenait en quelque sortes son mentor. Avoir été en couple avec Zoé avait surement dû lui faire refouler ce trouble, mais il avait très vite resurgit, provoquant la mort de cette dernière.

– Cameron ? Je voulais savoir si déjeuner avec moi te plairais ? Demandais-je, dans un sourire.

Il me regarda surpris avant de baisser la tête et de se lever. Sans un mot, il me suivit jusqu’au réfectoire. A peine fus-je entrée, que je sentis le regard du Directeur posé sur moi. Un regard trop professionnel pour moi, surement désapprouvait-il le fait que je déjeune avec mon patient.

Sans m’en soucier, je pris un plateau et en tendit un à Cameron, puis nous prîmes un bon petit déjeuner, avant de s’assoir à une table libre. Mon regard fit un balayage de salle avant de se poser sur Ilian qui s’installait près de Melvin. Immédiatement, une colère sourde tordit mon estomac. Je n’avais rien contre Ilian, mais ce petit blondinet m’exaspérait. Avec difficulté, je décidais de poser toute ma concentration sur Cameron. Nous discutâmes rapidement, moi me chargeant de poser les questions, et lui de répondre d’un oui ou d’un non.

Lorsque nous eûmes finis, nous nous dirigeâmes alors vers la chambre de Cameron. Ce dernier entra rapidement, se mettant immédiatement sur son lit, la photo entre ses mains. Lentement, je prenais sa chaise, et m’assaillait. Mon regard se posa sur la pochette où était rangée toute la documentation au sujet de l’hôpital.

– Tu as déjà pensé à t’inscrire à une activité ? Demandais-je, sortant la brochure sur les diverses activités.

Il me fit non de la tête et je posais la brochure sur le lit.

– Il y a diverses activités, toutes plus intéressantes les unes que les autres.

Il prit alors la brochure entre ses mains et regarda un à un les noms des différentes activités.

– Tu faisais un sport ou partit d’un club avant ? Demandais-je essayant de capter son regard.

– Échec. Répondit-il en haussant les épaules.

– Je crois qu’il y a un club d’échec, tu pourrais t’y inscrire.

– Vous viendrez me voir ?

Mes sourcils se froncèrent à l’entente de cette question. Peut-être avait-il besoin que quelqu’un soit derrière lui pour le pousser à avancer.

– Oui, je viendrais te voir. Dis-je, en me levant. Je dois y aller, à plus tard !

Il acquiesça, et je sortis, veillant à bien fermer la porte. Mon regard se posa alors sur la chambre d’Ilian, où la porte était entre ouverte. Voulant lui dire bonjour, j’ouvris la porte, mais la vision que je vis me glaça le sang. Ilian tenait dans ses bras Melvin. La fureur qui s’était installée plus tôt augmenta d’un cran. L’homme qui avait voulu m’évincer se tenait dans les bras d’Ilian, l’endroit même où je me tenais ce matin.

Et Ilian qui le gardait au creux de ses bras. Il ne lui en voulait pas, et cela m’énervait. Il leva alors les yeux vers, et croisa mon regard noir. Immédiatement, je refermais la porte, ne voulant pas faire une crise maintenant.

Énervé, j’allais d’un pas rapide dans mon bureau. Mais arrivé, j’eus la désagréable surprise d’y découvrir le directeur assis sur un siège.

– Je ne me souviens pas rentrer dans mon bureau lorsque tu n’es pas là ! Lançais-je sans m’en rendre compte.

– Et moi de t’avoir autorisé à manger avec un patient, un jour de congé. Répliqua-t-il, sur le même ton

– J’ai pensé que…

– Tu penses trop Jaeden, si je t’ai donné un nouveau patient, c’est pour arrêter de trop t’impliquer, pas de le faire deux fois plus !

Je me tue, ne sachant que répondre. Il avait raison, même si je ne souhaitais pas l’avouer. Il se leva, et prit un dossier, regardant mon planning.

– Tu es de nuit, alors tu ferais mieux d’aller te reposer avant de prendre ta garde.

Soupirant, j’acquiesçais, prenant ma veste et ma sacoche. J’allais partir sans un mot, mais je sentis son bras me retenir.

– Je fais ça pour ton bien, pour ta carrière. Dit-il sérieux.

– Je sais Paul, à plus tard. Répondis-je dans un sourire en coin.

Je passais la porte et descendit immédiatement a l’accueil. J’avertis la réceptionniste que je prendrais ma garde a 17 heures, et de me joindre sur mon portable en cas de problème. Je sortis alors de l’hôpital, rentrant assez rapidement chez moi.

**

Je passais ma journée chez moi, lisant le livre que j’avais acheté dans la librairie. Mais ma lecture fut lente, trop perturbée par le fait d’avoir vu Melvin dans les bras d’Ilian. Je ne devais porter aucun jugement sur les patients, pourtant, je me sentais jaloux de Melvin. Ilian et Melvin pouvait se voir à n’importe quel moment. Ils étaient plus où moins libres ensemble. Moi je n’étais que le médecin qui profitait de son patient. Je devais cesser tout contact avec lui, je le savais. Mais je n’y arrivais pas. J’avais tellement été en manque de sa présence pendant quatre années que maintenant, il m’était inconcevable de ne plus le voir, de le rayer de ma vie.

Pendant toutes ses années, même si j’avais été avec Hugo, il me restait un infime espoir qu’Ilian ressurgisse dans ma vie. J’aimais Hugo, mais notre amour n’étais pas aussi fort. Je rattrapais mes erreurs avec Hugo, lui insufflant tous les mots d’amour que je n’avais jamais donnés à Ilian. Mais maintenant que je reprenais notre histoire du début, je trouvais ça trop facile. Sûrement par peur qu’il ne me quitte lui aussi, j’avais trop donné, et encore une fois je m’étais cassé le cœur. La juste mesure, je ne la connaissais pas. Et me voilà revenu quatre ans plus tôt, comme avant. Je ne disais pas à Ilian ce que je ressentais, et je n’avais pas l’intention de le faire. Je n’étais pas prêt et le contexte n’était pas fait pour m’aider. C’était peut-être pour ça qu’Ilian allait voir Melvin…

Mon cœur se serra à l’idée que peut-être nous mettrions le mot fin à ce début d’idylle. Je ne voulais pas partir sans me battre, mais pourtant c’était la meilleure solution. J’étais totalement perdu. Devais-je le retrouver ce soir ? Je voulais qu’il aille mieux… A n’importe quel prix… Cela impliquait-il que je devais biser mon cœur une nouvelle fois ? La réponse était simple. Oui. Ce sentiment qui me tordait les tripes m’obligeait à faire passer son bonheur avant le mien. S’il choisissait Melvin, j’aurais mal, mais il serait heureux, et cela me conviendrait. Malgré tout, ça me laissait un goût amère.

Dans un soupire, je vis qu’il était tant que je parte, et j’allais me préparer, physiquement et moralement.

**

J’arrivais à l’hôpital et trouvais peu de personnel. J’allais directement dans mon bureau et pris le dossier de Cameron pour ranger les quelques faxes que m’avait envoyé les institutions qu’il avait fréquenté. L’heure tourna bien trop vite, si bien qu’il n’était pas loin de 21h30 lorsque je refermais le dossier. Soupirant un bon coup, je pris le DVD que j’avais pris au hasard chez moi ainsi que mon ordinateur portable et partais en direction de la chambre d’Ilian.

Même si je devais rester calme, ce sentiment de déception ne me quittait pas, me rendant malgré moi distant. Je frappais légèrement sur sa porte et rentrais. Je n’osais pas croiser le regard d’Ilian, pensant qu’il me lancerais un regard moqueur, au vu de la mini crise que je lui avais fait plus tôt. Sans un mot, j’allais poser l’ordinateur et mettre le film en route. Puis je vins m’assoir au pied de son lit, essayant de mettre toute mon attention dans le film.

Je sentis Ilian se lever et venir s’assoir près de moi, et mon cœur se serra alors qu’il restait éloigné de moi. Surement se disait-il qu’il devait garder ses distances. Déçu et vexé, je me remis dans le film. Une fois regardé, je me levais et alla reprendre mon ordinateur. Alors que j’allais partir, je l’entendis m’appeler faiblement, mais je n’avais pas la force de l’entendre me dire tout était fini.

– Bonne soirée Ilian, Dis-je, péniblement

Mais il s’avança près de moi vivement et s’agrippa à ma main, me retenant.

– Non, restes ! S’écria-t-il.

Je me sentis alors agacé, qu’est-ce que j’étais pour lui ? Un moyen de passer le temps ?

– Tu n’as qu’à appelé Melvin si tu te sens seul ! Déclarais-je méchamment.

Pensant qu’il allait me lâcher, la surprise me prit alors qu’il me tirait le bras et posais agressivement ses lèvres sur les miennes. Ce baiser effaça instantanément toute jalousie et toute colère. Immédiatement, je le rapprochais un peu plus de moi et l’embrassais passionnément, glissant ma langues entre ses deux lèvres. Enivré par son initiative, mes mains ne cessaient de caresser son dos. Une envie fulgurante de l’homme que je tenais entre mes bras me prit, et avec force, je le plaquais contre le mur, ne cessant d’entremêler nos lèvres. Mes mains se glissèrent sur ses fesses tellement sensuellement que je le sentis frissonner sous mon contact. Amusé, j’allais passer ma main sous ce bout de tissus qui venait tout gâcher, mais à peine avais-je touché l’élastique, qu’Ilian se crispa. Des larmes coulèrent le long de ses joues, venant se mêler à notre baiser, et immédiatement je me redressais, me traitant mentalement de tous les noms.

– Je suis désolé Ilian, je me suis laissé emporter et…Tentais-je, voulant m’excuser.

– C’est moi qui suis désolé Jaeden, souffla-t-il, me coupant la parole.

Il vint se loger dans mes bras, et je l’accueillis avec joie. Comment avais-je pu aller aussi loin, tout me montrait qu’Ilian était encore traumatisé par ce que lui avait fait vivre Ewen. Quel idiot j’étais. Une rage immense coula dans mes veines, une rage qui n’avait plus lieu d’être, car celui que je haïssais était mort.

– Ne dis pas n’importe quoi… Après ce que tu as vécu… Je… J’ai…

Je m’en voulais horriblement, mais qu’est-ce qui m’avais prit ? Je ne pu finir ma phrase, le cœur trop chargé d’émotions. Nous restâmes là, l’un contre l’autre un long moment, savourant cette étreinte réconfortante. Je ne savais que faire à part lui apporter mon soutien, devenir une sorte d’épaule sur laquelle il pourrait pleurer lorsqu’il me parlerait. Ses bras se resserrèrent fortement, et je su qu’il cherchait par tout les moyen à me réconforter. Quelques minutes passèrent où je commençais doucement à somnoler, mais la voix d’ilian me réveilla :

– Moi aussi je suis jaloux…Murmura-t-il, le rouge aux joues

– De quoi ? Demandais-je intrigué.

Sa tête vint se loger dans mon cou, comme pour masquer sa gêne

– Tu n’as jamais pris un repas avec moi ici..

– Oh…

Un large sourire vint se pendre à mes lèvres et immédiatement je l’éloignais de moi, posant mes lèvres sur les siennes. Un chaste baiser doux et réconfortant, comme nous en avions besoin.

– Demain, je mangerais avec toi. Dis-je, le reprenant dans mes bras.

Mon regard croisa le sien, pour ne plus m’en détacher. Ilian était vraiment magnifique. Ses yeux m’avait tout de suite frappé lorsque je l’avais vus la première fois, des yeux transperçant, qui pouvait voler ton cœur en un battement de cil…

– Tu…Tu peux rester cette nuit ? Demanda-t-il hésitant.

– Ilian, répliquais- je gêné. Ce n’est pas une bonne idée… Une fois de temps en temps, mais c’est vraiment trop risqué. Il ne faut pas que cela devienne une habitude.

Je mourrais d’envie de dormir une fois de plus à ses côtés, mais cela était trop risqué, surtout que j’étais de garde…

– Si j’avais une cigarette, je m’en saurais servis pour t’obliger à rester ! S’exclama-t-il une petite moue sur les lèvre

– Ilian… Soufflais-je amusé.

– S’il te plait Jaeden… Je ne te le demanderais pas si je n’en avais pas besoin… Ajouta-t-il, hésitant et honteux.

Il ne me laissa alors pas le choix, ses yeux exprimant une profonde tristesse. Il s’écarta immédiatement de moi et se cala au fond de son lit contre le mur, tirant la couverture pour m’obliger à aller près de lui. Il était timide, pourtant il jouait avec moi d’une façon farouche. Ce bout de tissus était notre limite, et il s’amusait à la franchir…

– Ilian…Soufflais-je, tu exagères.

Pour toute réponse, il m’offrit un sourire faussement innocent. Je n’eus pas le cœur à refuser, et je m’allongeais. Il ne perdit pas une minute pour nous recouvrir de la couverture et vint se caler contre moi, un bras sur mon torse, sa tête dans mon cou…Comme avant.

La limite du passé et du présent se troublait peu à peu, j’en étais conscient. J’étais trop investit, et le moindre choc pourrait me refaire sombrer a nouveau. Mais je ne pouvais lutter. La main caressant tendrement son dos, je me perdais en Ilian. Il n’y avait plus que lui, plus que son bonheur…

**

Je me réveillais le lendemain matin, le téléphone n’avait pas sonné de la nuit. Doucement, je me levais, prenant soin de ne pas réveiller Ilian. Le soleil se tenait déjà haut dans le ciel et sans un bruit je sortis de la chambre. Déjà, j’entendais certain pensionnaire se lever et attendre le petit déjeuner. Mais je n’avais pas le temps de descendre au réfectoire. Vivement, j’allais prendre une douche et me changeais, avant d’aller au réfectoire prendre un petit déjeuner. Entrant, je pu vois le regard d’Ilian et celui du directeur poser sur moi. Puis mon regard s’attarda sur Cameron assis tout seul dans un coin. Avec un pincement au cœur, je devrais le laisser seul. Je voulais déjeuner avec Ilian, lui offrir ce qu’il voulait autant que je le pouvais. Je m’assis ne prenant pas en compte le regard assassin du directeur. Je ne cherchais pas à discuter, sachant qu’Ilian ne le ferait pas en présence d’un trop grand nombre de personnes autour de nous, alors en silence, nous passâmes un moment tranquille, ne profitant que de la présence de l’autre.

Lorsque nous eûmes terminé, nous nous séparâmes, non sans un sourire en coin complice. J’allais alors dans mon bureau, recherchant un peu de solitude. Installé dans mon fauteuil, mon regard s’attarda sur le lac baigné par le soleil matinale. Quelques infirmières arrivaient, le visage encore fatigué. Doucement, je repris la paperasse que la secrétaire m’avait laissé et la remplit. Dans quelque minutes, Ilian arriverait pour un de nos rendez-vous. C’était un instant que j’espérais et appréhendais en même temps. Comment nous comporterions nous dans cette situation purement professionnel ?

Je souhaitais en savoir plus sur la nature de ses écrits. Avoir l’autorisation de les lire et découvrir l’univers fictif d’Ilian. J’étais persuadé que la clé se trouvait la. Mais jamais je ne les lirais contre sa volonté, peu importe le temps que ça prendrait.

Je décidais alors d’aller chercher un café avant qu’Ilian ne débarque, mais à peine me fus-je levé, que j’entendis quelque coups frappés sur ma porte. Surpris, je m’avançais et ouvrais, tombant nez à nez avec le directeur.

– Tu allais quelque part ? Me demanda-t-il, étonné.

– Oui, prendre un café. Répondis-je en haussant les épaules, Tu m’y accompagnes ?

Il hocha la tête et ensemble nous allâmes dans le bureau des infirmières. Nous discutâmes de tout et de rien avant qu’il ne passe à un thème plus instable pour moi. Je savais qu’il mourrait d’envie de me réprimer, mais je ne parlais de rien, nous servant du café. Puis nous reprîmes le chemin de mon bureau.

– Tu as bien dormis dans la salle de garde ? Fit-il, buvant une gorgé du liquide chaud.

– Oui…Dis-je, mal à l’aise, il n’ y a eu aucun problème.

Il me sourit et entra dans mon bureau.

– La prochaine fois vient manger avec nous. Dit-il, sérieusement.

– Je préfère manger avec mes patients, ça permet d’installer une certaine proximité entre nous. Quoi que tu en dises, j’arrive à les mettre en confiance.

– Quand tu dis mes, tu ne penses tout de même manger tout le temps avec Ilian ! S’exclama-t-il surpris.

– Pourquoi pas ?

– Il est instable… Il pourrait ne pas comprendre que c’est juste professionnel…

– D’une certaine manière, Cameron l’est beaucoup plus avec son trouble.

Il ne répondit rien. Pour une fois, il savait que j’avais raison sur ce point, même si sur l’ensemble, j’étais en tord. Je m’appuyais contre ma porte, regardant le restant de mon café remuer dans ma tasse. J’entendis alors la voix de Paul me parvenir aux oreilles :

– Ce que je veux dire Jaeden, c’est qu’après tout ce qu’il s’est passé, il faut tu prennes tes distances. Devenir aussi proche de son patient est une mauvaise chose, et surtout de Ilian ! Dit-il, sérieux.

– Mais, je…Tentais-je, vainement.

– Vos rendez-vous suffisent amplement. Tu n’as pas besoin d’aller manger avec lui. Trancha-t-il.

– Je ne savais pas qu’il était interdit de manger avec ses patients ! Rétorquais-je agacé.

Son regard se posa alors sur moi. Un regard dur et froid, me faisant bien comprendre que j’allais trop loin.

– Ne joue pas avec moi Jaeden. Tu sais bien que je suis de ton côté, je suis juste en train de protéger ta carrière. J’ai ce mauvais pressentiment que tu es en train de glisser sur la mauvaise pente.

Je respectais le fait qu’il veuille m’aider. Il l’avait toujours fait depuis que je le connaissais, me prenant sous son aile alors que mon père ne le faisait même pas. Je voulais répondre, mais j’entendis des coups francs être frappés sur ma porte. Ilian arrivait pour son rendez-vous.

– Entrez ! Fit le directeur d’une voix agacé.

Ilian entra immédiatement le visage inexpressif. Sans un regard pour nous, il s’assit sur un fauteuil. Comprenant que nous avions rendez-vous, Le directeur me fit un regard sévère, me faisant bien comprendre que la conversation n’était pas terminée, et s’en alla. Mon regard se posa alors sur Ilian, mais ce dernier s’obstina à porter le sien hors d’atteinte. Je compris alors que lors de nos rendez-vous, je n’aurais pas la chance de voir l’ilian avec qui je passais mes soirées. Dans un soupire, j’allais m’assoir en face d’Ilian, et pris son dossier dans mon tiroir.

– Comment te sens-tu aujourd’hui Ilian ? Demandais-je, lisant la fiche de soin que m’avait envoyé l’infirmière.

– Je…

Sa voix mourra dans un silence. Ilian semblait peu habitué à ce qu’on lui pose cette question. Je sus que je n’obtiendrais aucune réponse de sa part, alors, je décidais de poursuivre.

– Bien, aujourd’hui, j’aimerais parler un peu de tes écrits. Déclarais-je fixant son expression. Depuis combien de temps écris-tu ?

Je le vis se tendre, et son regard se posa sur moi. Il essayait de me déstabiliser, car il savait que je n’aimais pas ce regard aussi vide.

– Depuis que je suis ici… Souffla-t-il brièvement.

– Pourquoi est-ce que tu écris ? Demandais-je, ayant tout de même ne petite idée.

Son regard se voilà. Ma question ne lui plaisait apparemment pas. Mais ce voile disparu aussitôt.

– A ton avis ? Lança-t-il, agressivement.

Surpris, je ne dis rien. Je réfléchis alors à une autre question à lui poser, mais aucune ne me vint à l’esprit. Seul une possibilité de réponse me vint.

– Je… Je vois ça comme une sorte d’évasion pour toi… Tu créés des histoires pour sortir un peu de ton esprit… Dis-je, peu sûr de moi.

Il ne dit rien, et ne fit rien. Je parlais à un véritable mur et cela m’ennuyait.

– Ilian…Dis-je, voulant le faire réagir. Est-ce que…Est-ce que je peux lire tes cahiers ?

Je le vis alors ouvrir grands les yeux et se repositionner droit sur sa chaise.

– Non ! Cria-t-il presque.

– Voyons Ilian, commençais-je, trop vite. Ce n’est pas grand-chose, tu pourrais…

– Non Jaeden ! Tu m’as promis de ne pas me poser de questions sur ce qui s’était passé et ces cahiers en font partit !

– Je ne t’ai jamais promis que je ne chercherais pas à t’aider !

Je savais que donner ses cahiers étaient pour Ilian une grande étape. Mais s’il s’ouvrait encore un peu plus à moi, cela ne pourrait que lui être que bénéfique. J’avais ma part de responsabilité malgré tout dans toute cette histoire, et cela pourrait peut-être lui permettre de ne plus porter sa croix seul.

Déçu qu’il ne veuille pas, je me tournais vers la fenêtre. Tout à mes pensées, je regardais le lac que j’aimais tant et le paysage magnifique qu’il y avait autour. Si seulement Ilian pouvait se libérer de ce fardeau qui le rongeait. C’était dur, j’en étais conscient. Peut-être étais-ce le désir de le voir libre qui m’aveuglait. Un désir surement irréalisable.

– Tu sais Ilian, quand j’ai écrit la lettre, je me suis sentis soulagé d’un poids énorme. Tu n’a pas idée du bien que cela m’a fait. Dis-je, me retournant pour croiser son regard. Quand j’ai su que tu l’avais lu, je ne me suis jamais senti aussi heureux.

Je fit une pause, le temps de trouver mes mots, et de laisser le temps à Ilian de comprendre tout ce que je souhaitais lui dire.

– Même si c’est dur Ilian, il faut que tu trouve une chose à laquelle t’accrocher. Tu dois passer au dessus pour pouvoir avancer et acquérir ce quelque chose…

Une drôle de lueur brilla alors dans ses yeux, le rendant plus beau que jamais. Ses yeux dans les miens, je sentis mon ventre se tordre. Ce que je lui avait dit le marquais ? Mais bien vite, tout fut gâché par un voile de tristesse, qui assombrit ses prunelles. Il baissa les yeux, et d’une voix triste il dit :

– Je ne suis pas prêt à oublier…

Il semblait si désemparé que je ne pouvais m’empêcher de me traiter d’idiot…Si j’avais su…si j’avais vraiment tout fait pour le retrouver…Tout aurait été plus simple…

– J’attendrais le temps qu’il faudra Ilian. Dis-je sérieusement.

Et je le pensais vraiment. Tel était mon but. Pour Ilian. Alors que j’allais enchainer sur un autre sujet, le téléphone se mit à sonner et je sursautais. Ne voulant pas être dérangé, je voulais refuser l’appel, mais peu habitué, j’appuyais malencontreusement sur le haut parleur.

– Docteur Sadler, Hugo souhaiterait vous parler. Fit la standardiste.

Mes yeux s’ouvrirent grands à l’entente du prénom de mon ancien amant. Que faisait-il là ? Je vis alors Ilian reprendre sa carapace d’homme froid, et immédiatement je raccrochais et m’exclamais :

– Ce n’est pas ce que tu crois ! Ce n’étais pas prévu, je te jure je ne sais pas pourquoi il est là !

Mais c’était peine perdu, Ilian, le regard noir, se leva sans un mot et sortit de mon bureau. Je l’avais déçu, encore une fois. Et ce n’était même pas de ma faute…

Peu de temps après, j’appelais l’infirmière et demandais à ce qu’Hugo monte. Soupirant, je passais ma main sur mon visage. Je ne savais pas comment me tenir face à Hugo. Je ne lui en voulais plus, enfin…Je ne voulais plus y repenser. Je ressentais toujours au fond de mon cœur ce petit sentiment qui nous liait moi et Hugo. Mais tout avait changé en peu de temps. Et ce changement portait un nom : Ilian.

J’entendis quelques coups frappés à ma porte, et la voix mal assurée, je disais à Hugo d’entrer. Ce dernier le fit, et c’est le regard timide et le rouge aux joues qu’il entrait. Je me rappelais alors de la première fois que je l’avais rencontrer, lors d’une des soirées de mon frère. Trop pris dans mes études, Kain m’avait ordonné de passer, et c’est sans envie que je l’avais rejoins. A peine fus-je entrée que je le vis, accoudé près du bar, le regard perdu dans le vide. Je n’avais pu décrocher mon regard de lui, essayant de capter le regard de ses magnifiques yeux verts. Et lorsque je mettais approcher de lui, le rouge de ses joues avaient achevé de me séduire… Immédiatement, je remuais la tête de gauche à droite pour retrouver mes esprits, ce n’était pas vraiment le moment que je revive ces moments.

– Tu vas bien ? Demanda-t-il, s’assaillant en face de moi.

– Oui et toi ? Dis-je aimablement ?

Il acquiesça, et regarda ses mains, ne sachant quoi dire. Pourquoi venait-il me voir s’il ne savait que dire ? Je me rendis alors compte qu’être ici le déstabilisait sûrement. J’étais plus un psychiatre dans cet environnement que son ancien amant. Me levant, je déclarais.

– Que dirais-tu de prendre un café et d’aller dans le jardin ? Fis-je, mettant ma veste.

Il me fit alors un grand sourire et se leva, ouvrant la porte pour me laisser passer. Mes sourcils se froncèrent, cherchait-il à se faire galant ? Nous prîmes un café et allèrent s’installer sur un banc près du lac. Il faisait un peu frais, si bien que ce café nous réchauffais. Un silence s’était installé depuis peu, et je souhaitais lui laisser le temps de chercher ses mots. Je l’entendis alors soupirer fortement et relever la tête, me regardant.

– Je.. Enfin… Je voulais savoir si tu voulais aller diner avec moi ce soir… Dit-il, hésitant.

– Un diner ?!? dis-je, étonné.

– Je sais… Je… On s’est quitté, mais… Je n’arrête pas de penser à toi, alors je me suis dis…

– Hugo… Soupirais-je, mal à l’aise.

– Attend, je me disais, j’ai fais la plus belle erreur de ma vie, et crois moi, je ne recommencerais plus jamais… Je me suis dit qu’on pourrait recommencer pas à pas, des sorties…

– Hugo…Répétais-je, de plus en plus gêné.

– C’est peut-être trop tôt, mais tu me manques… Je vis chez ma sœur et ça devient un calvaire, j’ai envie de te voir, de t’appeler, de te prendre dans mes bras, j’ai envie de rentrer le soir et d’être avec toi… Comme avant, je te promets Jaeden que…

– Je suis avec quelqu’un. Le coupais-je nerveusement.

Sa déclaration me touchait beaucoup trop, et c’est pour cette raison que je l’arrêtais. Je ne savais pas encore ce que moi et Ilian étions, mais je ne voulais pas faire disparaître ce sentiment qui nous liais. Ses yeux se remplirent immédiatement de larmes et il baissa la tête, ne voulant pas me montrer sa détresse.

– Quand tu m’as dit que tu étais plus ou moins avec quelqu’un, je pensais que tu voulais juste me faire du mal… S’il te plait Jaeden, dis moi que c’est encore pour me faire du mal, tu ne peux pas m’avoir oublié comme ça ! Déclara-t-il, d’une petite voix.

– Je ne t’ai pas oublier Hugo…Soufflais-je, las

– Alors reviens moi…

– Je ne peux pas.

Il se leva alors de colère, les yeux gonflés et rouges.

– T’en a rien à faire de moi ! S’exclama-t-il, rageusement

– Ce n’est pas ça ! Mais je ne peux pas le quitter sous prétexte que tu te sens seul ! Dis-je sans réfléchir.

– Je ne me sens pas seul ! Je t’aime et je veux qu’on se remette ensemble !

– Il fallait y penser avant de me tromper Hugo !

Il ne répondit rien se contentant de regarder le sol. Puis ses mains vinrent se poser sur son visage. Après avoir soupiré, il posa son regard sur le lac.

– Tu sais… Lorsque je suis partis de l’appart, je…Je me sentais tellement mal que je suis retourné voir mon élève et j’ai recouché avec.

Malgré tout, ses mots me brisèrent le cœur. Je ne savais que penser de ma réaction. Étais-je trop bon ou encore amoureux d’Hugo ? Le regard larmoyant d’Ilian me revint alors en mémoire. Non je n’étais plus amoureux d’Hugo.

– J’ai recouché avec lui, mais je n’ai fait que penser à toi… S’il te plait… Quitte-le.

– Non… On peut rester ami…

– Je veux pas être ton ami !

Je me levais, exaspéré et énervé par son attitude. Il me sortait qu’il avait recouché avec son ex, et pensait qu’on allait se remettre ensemble après ça.

– Je n’ai que ça à te proposer. Je dois aller travailler. Dis-je lui tournant le dos.

– Jaeden attends !

– Non ! M’écriais-je énervé, je t’ai dis que j’avais besoin de réfléchir, et toi tu reviens et me dis que tu recouches avec ton élève mais que tu penses toujours à moi !

– Réfléchir ! Mais tu sors avec quelqu’un !

– Et alors ?!? Je ne veux plus me remettre avec toi ! Lui au moins ne me trompe pas !

Je me retournais alors, le laissant là. J’étais hors de moi et j’avais besoin de rester seul. Néanmoins, Hugo avait raison. Je lui avais dit que je devais réfléchir mais à peine l’avais-je quitté que la relation ambiguë qu’Ilian et moi entretenions avait commencée. Ilian et moi étions attirés comme des aimants, comme si le destin voulait relancer notre histoire réduite en cendre il y a quelques années. Si jamais rien ne s’était passé, j’étais persuadé que nous serions toujours ensemble. Nous habiterions probablement ensemble et je lui aurais depuis longtemps avoué mon amour. La vie était vraiment mal faite…

Sans un regard derrière moi, j’allais m’engouffrer dans mon bureau, où je travaillais toute la nuit.

Lorsque je relevais la tête, c’était pour apercevoir l’infirmière de service qui me tendait un téléphone. C’était ma deuxième nuit de garde.

– Nous avons pris de quoi manger, un petit repas de fast food, ça vous tente ? Me demanda-t-elle de son beau sourire.

– Je vous remercie. Dis-je en me levant.

Je la suivis jusqu’à la salle de garde et arrivais devant une table pleine de nourriture.

– Servez-vous autant que vous le voulez, docteur Sadler. Dit-elle, s’assaillant à table.

Je me souvint alors qu’Ilian devait m’attendre. Même s’il m’en voulait, j’espérais le voir assis sur son lit, espérant ma venue.

– Je… J’ai encore du travail, je peux en prendre avec moi ?

Un hochement de tête affirmatif et je pris à manger pour moi et Ilian. L’infirmière me regarda surprise en me voyant prendre deux hamburger mais je lui dis que j’avais une faim de loup. Puis après un « bonne soirée » je sortais de la salle alors que j’entendais la télé s’allumer.

J’arrivais anxieux devant la porte de sa chambre. Ilian était jaloux et je ne pouvais lui en vouloir de me faire une crise, comme j’avais fait la veille. Soupirant, j’ouvrais sa porte et me glissais dans sa chambre. Il posa son regard sur moi, pour le retourner immédiatement sur son livre, qu’il faisait semblant de lire. Un petit sourire aux bords des lèvres, j’allais à son bureau et commençais à manger, attendant qu’il fasse un pas vers moi. Je n’avais pas changé, j’avais toujours du mal à faire le premier pas. Pourtant lorsque je vis qu’au bout de quelques minutes il ne cessait toujours pas son manège, je m’exclamais :

– Tu n’as pas faim ?

C’est alors que son estomac émit un bruit, mais Ilian n’était pas disposé à partager ce repas en ma compagnie. Doucement, je me levais, allant m’assoir près de lui.

– Hugo m’a invité au restaurant ce soir…Mais j’ai refusé. Dis-je essayant de capter son attention.

Il leva alors son regard sur moi, semblant attendre quelque chose de plus.

– Parce que j’avais quelque chose de mieux à faire…Dis-je en haussant les épaules.

A peine avais-je finis de lui dire le fond de ma pensée, qu’il se jeta sur mes lèvres, les prenant d’assaut. Immédiatement, je participais à ce baiser que je désirais depuis longtemps. Mes mains passèrent sur ses hanches et doucement je le collais contre moi, le voulant au plus près de moi. Collé au mur, je sentais le baiser d’Ilian gagner en intensité. Ravi, je me laissais faire docilement, et lorsqu’il passa ses jambes autour de moi, une fulgurante envie de l’homme qui se trouvait au dessus de moi me prit. Mais je savais que je ne devais pas aller trop loin. Je devais essayer de le faire se sentir mieux avec son corps. Corps qu’il devait surement détester depuis le viol. A cette pensée, une profonde tristesse m’envahit et j’en vint à souhaiter pouvoir faire Ilian mien un jour. Effacer toute trace d’Ewen et ne lui laisser que la marque du bonheur. Mes mains passèrent sous son tee-shirt, caressant ce torse qui m’avait tant manqué, je m’allongeais sur le lit, ne lâchant pas une seule minute ses lèvres et mes caresses. Gardant Ilian sur moi, je ne voulais pas un seul instant l’obliger à changer de position, lui laissant alors le libre choix d’arrêter lorsqu’il le voudrait.

Il mit fin à notre baiser quelques minutes plus tard, caressant mon visage du bout des doigts. Mon regard s’ancra alors dans le sien, mais lui ne me regardait pas. Il réfléchissait trop, je le sentais. Mais bien vite, il reposa ses lèvres sur les miennes. Voulant attendre un peu plus longtemps, je continuais de le caresser, cherchant à le détendre. J’accueillis avec surprise et désir ses mains sur mon torse. Tremblantes, elles me faisaient repenser à la première fois où nous avions fait l’amour. L’un d’elle descendit bien vite vers mon jean, souhaitant l’enlever. Ce fut ce geste qu’il m’interpella. Ilian allait beaucoup trop vite. Ce n’était pas parce qu’il avait envie de moi qu’il voulait passer cette étape, c’était juste à cause d’Hugo…

Immédiatement, je l’arrêtais, et pu voir son regard fuyant. Lorsque je vis ses larmes couler le long de ses joues, je compris que je ne m’étais pas trompé…

– Ce n’est pas la peine Ilian… Soufflais-je, ne cachant pas ma déception.

Oui, j’étais déçu. Déçu qu’ilian puisse penser que je le quitterais pour une question de sexe. Pensait-il vraiment que j’étais capable de cela ? Pensait-il vraiment que je risquais ma carrière et ma vie juste pour l’avoir dans mon lit ?

– Il est hors de question que je me remette avec Hugo…Dis-je, sérieusement.

Il se recula, baissant la tête honteusement. J’étais déçu, mais son initiative me touchait, car cela voulait dire qu’il était capable de beaucoup de chose pour me retenir. Voulant le réconforter, ma main passa sous son menton et mon regard s’ancra dans le sien.

– Dans toute ma vie, j’ai été amoureux de deux personnes, et si je me remets avec la première, ce n’est pas pour tout gâcher…

Je l’attirais alors à moi, calant sa tête dans mon cou comme il aimait si souvent le faire. Ses larmes se calmèrent peu à peu. Puis, alors que je le sentais plus serein, je l’écartais un peu de moi et lui proposais de manger un morceau avant que tout ne refroidisse. Il accepta et sans un mot, nous mangèrent, nous regardant de temps en temps.

Une fois le repas terminé, je me levais et nettoyais tout afin que personne ne sache que j’étais venu. C’est alors qu’une question d’Ilian m’interpella.

– Jaeden…Est-ce que cette situation te fait souffrir ? Demanda-t-il, hésitant.

Je relevais alors la tête vers lui et lui fit un grand sourire.

– Bien sur que non, sinon je ne serais pas là ce soir… Répliquais-je amusé.

Une fois le ménage fait, je m’allongeais sur le lit, disant que j’avais trop mangé. Les bras écarté, je laissais le loisir à Ilian de venir se blottir contre moi, ce qu’il fit presque immédiatement.

– Qu’est ce qu’il s’est passé lorsque nous nous sommes quittés ? Demanda-t-il, brisant l’atmosphère tranquille.

Je me sentis me crisper tout à coup, et une honte énorme tordit mon estomac. Je n’étais pas prêt à lui avouer…

– C’est une partie de moi que j’aimerais ne jamais te dévoiler Ilian… dis-je essayant de rester naturel.

– Je suis désolé Jaeden, dit-il, penaud. je n’aurais pas du te demander, ce qu’a dit ton frère aurait du me suffire.

Immédiatement je me relevais, regardant Ilian tout en cherchant comment Kain avait pu venir ici. Une rage immense remplaça alors cette honte, de quel droit Kain était venu ici, et avait parler de moi à Ilian ?

– Pourquoi tu me parles de Kain ? Comment tu… ? Demandais-je perdu.

– Je..C’est que…Commença- t-il à bafouiller, prit sur le fait.

– Tu l’as revu ici ? Demandais-je vivement.

J’avais peur que Kain ne lui ai tout raconté. Le connaissant, cela ne me choquerait pas…

– Non, c’est rien, oublie ce que j’ai dit, tenta-t-il désespérément.

– Ilian, ne cherche pas à me mentir à ce sujet. Répliquais-je avec colère.

Ilian baissa la tête et je m’en voulu immédiatement. Mais l’image de mon frère parlant à Ilian ne cessait de trotter dans ma tête. Il fallait qu’il se mêle de ma vie quand bon lui semblait. Ne pouvait-il pas me laisser vivre ma vie ?

– Il est venu me voir un matin…dit-il, d’une voix faible.

– Comment ça il est venu te voir ici ?

Kain ne pouvait entrer sans que je ne sois avertit, mais alors que je cherchais un moyen, je me souvint d’une fois où il était venu me voir, alors que j’étais au toilette. La standardiste ne m’en avait pas averti…

– Quand ? Demandais-je, le regard dans le vague.

– Deux jours après l’avoir vu avec toi en ville. Juste avant que Melvin ne te parle du cahier… Le matin.

– Il est venu te voir pour quoi ? Demandais-je, de plus en plus énervé.

– Pour me dire de te laisser en paix et de m’éloigner de toi… répondit-il, penaud

Ilian fit une pause et je pu voir qu’il avait les larmes aux yeux.

– Il m’a supplié de ne pas te faire redescendre, de t’oublier. Il m’a dit que tout était de ma faute, il…

Il ne pu continuer sa phrase, ses mots s’étouffèrent dans sa gorge alors qu’il éclatait en sanglot. Il baissa la tête comme s’il avait honte et immédiatement je me maudissais de m’être mit ainsi en colère. Pestant contre mon frère, je le pris immédiatement dans mes bras.

– Ne fait pas attention à ce qu’il t’a dit Ilian. Dis-je, espérant que Kain ne lui est rien raconté de grave.

Je m’écartais alors, voulant régler immédiatement cette histoire.

– Je vais aller le voir tout de suite, il va sérieusement regretter d’être venu te parler. Dis-je en me levant.

Mais Ilian me retint, le visage en larme.

– Non Jaeden, reste, s’il te plait… Ne me laisse pas seul ce soir. Je… J’ai… me supplia-t-il tristement.

Mon cœur se serra et la réalité me vint alors en mémoire. Jamais nous ne pourrons avoir un lit à nous. Jamais je ne pourrais rentrer et le voir chez moi. C’était impossible. Tout ce que je pouvais lui offrir, c’était ces nuits secrètes…

– Ne vas pas le voir maintenant, il vaut mieux que tu te calmes… Dit-il, me prenant par la main, m’arrachant à mes idées sombres.

– J’irais demain soir alors. Dis-je en haussant les épaules.

Que je le veuille ou non, mon travail et Ilian me retenait ici. Je me sentais trahi par mon propre frère…

– Je ne peux de toute façon pas dormir ici tous les soirs. Ajoutais-je, mettant les choses au clair. Promets-moi que tu n’insisteras pas, pour ne pas me rendre la tache plus difficile…

Je savais que je cèderais à chaque fois qu’il me le demanderais. J’espérais qu’il comprenait et qu’il acceptait cette situation…Je m’assis alors sur le lit, et posais mes lèvres contre les siennes, retrouvant cette douceur que j’aimais tant chez lui. Nous nous couchâmes par la suite, et, pour la première fois, ce fut moi qui me collait à lui. J’avais besoin de lui et j’étais honteux du peu que je pouvais lui offrir. Son odeur m’enivrant, je sombrais peu à peu dans un sommeil profond…

**

Un soupire et je sortais de mon bureau ravi de pouvoir rentrer chez moi. Je prenais sur moi pour ne pas passer par la chambre d’Ilian, ne l’ayant pas vu de la journée. Mon esprit accaparé par son image, je ne pouvais que sourire suite à ce que j’avais vu ce matin, Ilian encore et toujours avachi sur moi, sa tête sur mon cœur et ses bras m’encerclant. J’avais dû mettre dix bonnes minutes avant de pouvoir sortir du lit. Rigolant légèrement, je sortis de l’hôpital, ne pouvant m’empêcher de regarder sa fenêtre.

Le cœur léger, je rentrais chez moi après quelques minutes de trajet. Mais la rage que j’avais évacué hier soir revint au galop alors que je croisais le regard de mon frère, devant la porte de mon appartement. Un sourire aux lèvres, Kain était loin d’imaginer la fureur qui m’habitait. Ne lui rendant pas son sourire, j’entrais la clé dans la porte de mon appartement.

– Dure journée ? Demanda-t-il, me suivant dans la pièce.

– Oui. Répondis-je enlevant ma veste.

– Tu es de mauvais poil ? Fit-il les sourcils froncés.

– Si je te dis oui, tu comptes aller voir Ilian et lui dire que c’est de sa faute ? Répliquais-je le regards noir.

Kain se crispa immédiatement et son regard se fit fuyant. Il comprenait ce que je voulais dire, il n’y avait aucun doute. Un soupire passa le barrage de ses lèvres et il s’assit sur le dossier du canapé, cherchant ses mots.

– J’en ai marre que tu te mêles de ma vie Kain… Soufflais-je, las

– La dernière fois que je t’ai laissé te débrouiller seul tu as faillit être paralysé ! Cracha-t-il énervé.

– J’étais jeune, je ne referais pas la même erreur. Bordel Kain est que je suis allé voir la fille que tu as mis en cloque pour lui dire qu’elle ferait mieux de s’attendre à élever son enfant toute seule ?

– C’est ce que tu penses de moi ?

– Regardes toi, tu n’es toujours pas aller la voir…

Une fois de plus, il baissa sa tête. Je me sentais trahis, déçu et je n’avais aucun mal à lui dire des mots blessants.

– Ilian est fragile. Fis-je tentant de garder mon calme. Tu penses vraiment que lui dire ces choses l’ont aidé ?

– Je devais le mettre en garde…Dit-il, une grimace sur les lèvres.

– Mais c’est mon passé ! C’est moi qui ai fait ces conneries, j’ai choisis de devenir alcoolique et drogué ! J’ai choisi de coucher avec mon dealer ! J’ai choisi d’essayer de passer au dessus de lui, et j’ai choisi de me battre avec lui ! Si j’ai failli être paralysé, ce n’est pas de sa faute !

– Ilian a été la première cause, avoues le au moins…

Les poings serrés, j’essayais par tous les moyens de ne pas lui envoyer mon poing dans la figure. Je l’admirais pour tout ce qu’il avait fait pour moi. Mais là il dépassait les limites…

– Je ne veux plus te voir. Déclarais-je, froid.

– Quoi ? Fit-il surprit.

– Je ne veux plus te voir. On se reverra peut-être à Noël avec maman, mais je ne veux plus que tu reviennes vers moi si tu restes toujours aussi con.

– Jaeden…Arrêtes tes…

– Je ne dis pas de conneries, tu sors de chez moi et tu ne te mêles plus de ma vie. Je ferais en sorte qu’on t’interdise l’entrée à l’hôpital. Comment tu as pu lui dire que j’avais mal tourné…C’est…

Les yeux aux bords des larmes, ma voix se faisait pleine de sanglots. Pour la première fois mon frère me décevait.

– J’ai fait des choses que jamais je n’oublierais et nous étions les deux seuls à savoir. A ton avis Ilian va vouloir rester dans l’insouciance ? A cause de toi, je vais devoir lui raconter, parce que si je veux qu’il soit honnête avec moi, je dois l’être a mon tour, et je sais très bien que si je lui demande de me raconter toute l’histoire, il voudra que je lui raconte ce qu’il sait passé avant.

– Jaeden…

– Sors…Vas-t’en.

Kain me regarda un moment, cherchant une lueur d’hésitation en moi. Mais il n’y en avait aucune. Je ne pouvais plus lui faire confiance et cela me faisait un mal de chien. Sans un mot, il sortit de mon appartement, fermant la porte à notre relation de frères si particulière. S’il fallait devenir comme des étrangers pour qu’il me laisse vivre ma vie, je le ferais.

Je relevais alors la tête. Il ne fallait pas que je me laisse abattre. Je devais profiter de ces jours de congés pour décompresser. Pour arrêter de stresser à l’idée que quelqu’un découvrirait un jour où l’autre la relation plus ou moins ambiguë qu’ilian et moi avions. J’allais prendre une douche rapide et m’habillais en vitesse. Cela faisait des lustres que je n’avais pas été au cinéma, et cela me ferait un bien fou. J’enfilais ma veste puis pris la direction du centre à pied. Le soleil n’était pas présent, mais le temps maussade ne laissait présager aucune averse. L’air frais me remotiva un peu et quelques minutes plus tard, je choisissais un film tiré d’une histoire vraie. « L’échange », un film avec Angelina jolie.

Je passais les deux heures suivantes à regarder ce filme extra. Les yeux rouges, je sortais de la salle. Je n’étais pas de nature émotive, surtout pour un film, mais celui-là… Je décidais d’aller manger dans le premier snack que je voyais, commandant cette mal bouffe que j’adorais. Je pouvais manger n’importe quoi sans prendre un gramme, ce qui énervait Kain. Kain… J’avais l’habitude de passer mes jours de congés avec lui…

Me ressaisissant, je sortais du snack et décidais d’aller me balader un peu avant de rentrer. Je pris la direction du parc où j’avais amené Ilian, m’assaillant sur ce même banc où j’avais entrainer Ilian dans une histoire pleine d’embuches. Je savais que c’était mal, mais je savais aussi que maintenant, tout était trop tard. Nous nous rapprochions de plus en plus et cela me faisait autant plaisir que peur. Peur car la possibilité du « nous » était impossible à envisager dans cet établissement.

– Excuser moi de vous déranger… Je… J’ai l’impression de vous connaître…

Je relevais immédiatement la tête, sursautant légèrement. Mon regard se posa alors sur un jeune adolescent. Ses cheveux roux étaient coiffés n’importe comment et ses yeux bruns presque noirs me faisait frissonner. Ses taches de rousseurs sur son nez et ses joues lui donnait l’air d’un gamin, tout comme ses vêtements sales.

– Je ne crois pas…Dis-je, cherchant dans ma mémoire si je l’avais déjà vu quelque part.

– Vous n’étiez pas au lycée de Saint louis ? Demanda-t-il, s’asseyant sur le banc.

– Oui… Fis-je hésitant.

– Alors c’est de là que je vous connais ! Jaeden c’est ça ?

Je le regardais, les sourcils froncés, tentant de retrouver son identité. Mais il vint très vite à ma rescousse.

– Je m’appelle Elliot Senan, le fils de…Dit-il, un sourire amusé aux lèvres.

– De Madame Senan, la prof de maths ! Je me souviens, j’avais joué au foot avec toi alors qu’elle avait une réunion avec ma mère ! Le coupais, vivement.

Il haussa vigoureusement la tête, content que j’ai trouvé par moi-même. Je rigolais intérieurement alors que je me rappelais tout ce que j’avais pu faire endurer à cette pauvre professeur. J’étais insupportable, mais elle m’adorait.

– Comment vas-ta mère ? M’inquiétais-je poliment.

Son regard se voilà, et il baissa la tête mettant ses manche sur ses mains. Il les ramena alors contre sa poitrine et son regard se posa sur le lac gelé par le froid.

– Nous…Nous ne nous voyons plus. Souffla-t-il tristement.

– Tu fais tes études ici ? Demandais-je, innocemment.

– Non… Je n’habite juste plus avec elle.

Je compris que je ne devais pas lui demander plus, s’il voulait me parler, il devait le décider seul.

– Ma mère disait que tu deviendrais quelqu’un, alors que tous les professeurs disaient le contraire. Elle avait raison ?

Je rougis immédiatement, peu habitué aux flatteries.

– Je ne suis qu’un psychiatre, pas le futur président ! Déclarais-je rigolant légèrement

– C’est déjà bien plus que ce que l’ensemble des enseignants espéraient ! Répliqua-t-il, sur le même ton

Je lui fis un sourire sincère avant de me lever et de lui proposer de se joindre à moi pour prendre un café. Il accepta vivement et se redressa, regardant un moment derrière lui. Surpris, je regardais dans la même direction mais ne vit personne.

– Tu attends quelqu’un ? Demandais-je, surpris.

– Non, non, on peut y aller. Dit-il dans un sourire.

Il m’attrapa alors par le bras, m’obligeant à le suivre. Si mes souvenirs étaient bons, il avait 16 ans. Il nous conduisis dans un café assez jeune d’où une musique rock en sortait. Sans un mot, je le suivis, m’asseyant sur une banquette. Une serveuse vint prendre notre commande, et nous commençâmes à discuter de tout, axant plus particulièrement la discussion sur moi. Lorsque que je choisis de dériver sur lui, ses réponses se firent plus hésitantes. Il se braquait, essayant de revenir à moi. Lassé, je décidais de ne pas m’en formaliser, après tout, les jeunes ne supportaient pas qu’on rentre dans leur vie privé…

Je rentrais chez moi dans la soiré, Elliot m’ayant obligé à prendre son numéro de téléphone. Je n’avais pas compris pourquoi, mais lorsque je l’avais vu si impatient, j’avais accepté de le lui donner. Avec soulagement, je m’affalais dans mon sofa, allumant la télévision. Je tombais sur un film d’action fantastique et commençais à le regarder, avant d’aller me coucher.

Une fois dans mon lit, mon esprit se tourna vers ilian, surement endormi à l’heure qu’il était. Je ne l’avais pas vu de la journée, une première depuis peu. Mon cœur se mit à battre un peu plus vite à l’idée que j’allais le revoir demain matin au petit déjeuner, même si le directeur ne me suivait pas dans cette décision…Un sourire aux lèvres, je mis un temps fou avant de pouvoir trouver le sommeil.

**

La nuit fut particulièrement longue, le sommeil ne voulant pas frapper à ma porte. Ce fut au bout de deux longues heures d’attente que je fermais l’œil, mais le réveil sonna bien trop vite à mon goût. Le corps courbaturé par la fatigue, je me levais tel un automate, allant prendre une bonne douche. Mais la douche dura bien trop longtemps et lorsque j’en sortis, ce fut pour remarquer, que j’étais en retard.

Immédiatement, je m’habillais, courant à ma voiture. Quinze minutes plus tard, je me trouvais devant l’hôpital, essoufflé. Arrivant devant les porte du self, je stoppais, essayant de me calmer. Une fois la respiration calme, j’entrais regardant où se trouvait Ilian. Ce dernier était assis au milieu de la salle, seul, les yeux dans le vague. Surement pensait-il que je ne viendrais pas…

Rapidement, j’allais prendre mon petit-déjeuner, arrivant avec un sourire vers Ilian, mais lorsque je croisais le regard du directeur, un regard dur, et presque froid. Encore une fois, je le décevais. Mon regard se posa alors sur ilian. Sur son air abattu. Mon choix fut vite fait, je m’assis à sa table, le faisant sursauter.

– Ouf, j’ai cru ne jamais arriver pour l’heure du petit déjeuner, soufflais je, dans un sourire.

Ilian ne répondit pas, et tourna la tête afin de regarder derrière moi. Je savais ce qu’il regardait…

– J’ai tout à fait le droit de manger avec toi Ilian, ne t’occupe pas de lui…

Il reporta alors son attention sur son bol de céréale, ne semblant pas d’humeur à parler en présence d’un grand nombre de gens. Je remarquais alors les grandes cernes qui ornait ses yeux et Son teint semblait plus pâle que d’habitude.

– Tu as un petite mine… Est-ce que ça va ?

Il acquiesça et me regarda en souriant, avant de retrouver son visage impassible. S’il pensait me calmer comme ça…Il manquait de sommeil…

– Je crois que nous n’avons pas beaucoup dormi touts les deux… dis-je, commençant à déjeuner.

Je sentais qu’il ne voulait pas me parler, alors je choisis de remettre à plus tard cette discussion. Son manque de sommeil avait-il un rapport avec la fois où je l’avais retrouvé en sanglot dans son lit ? Je choisis de garder pour moi mes pensées. S’il voulait en parler, il le ferait de lui même. Ainsi se passa l’heure du petit-déjeuner, l’un en face de l’autre, se contentant seulement de la présence de l’autre.

**

La journée se passa lentement, J’eus un rendez-vous avec Cameron dans la matinée, et constatais avec surprise qu’il avait suivi mon conseil et s’était inscrit aux activités proposées par l’hôpital.

Je passais le reste du temps à remplir de la paperasse, sentant mon cœur s’emballer à chaque fois que quelqu’un frappait à ma porte. Mais ce n’était jamais lui…Il attendait surement que je fasse le premier pas alors que moi j’attendais la même chose de sa part. Pendant deux ans, c’était toujours le plus entreprenant de nous deux, pour les sorties, les soirées…, malgré sa timidité maladive. C’était normale qu’il ait changé, après tout ce qu’il avait vécu…Mon regard se voilà alors que je repensais à ce qu’Ewen lui avait fait. Serrant les poings, je me relevais, posant mon regard sur le lac afin de me calmer. Et l’effet souhaité arriva.

**

La nuit tomba peu à peu alors que je me décidais à rentrer chez moi. Il n’était pas venu, alors ce serait à moi de faire ce pas vers lui. Veillant à ne pas être suivis, j’arrivais devant sa chambre, remarquant, au vu de la lumière filtrant sous sa porte qu’il était toujours debout. J’entrais sans frapper, regardant derrière moi s’il n’y avait personne aux alentours, et me faufilais dans sa chambre. Il s’assit immédiatement dans son lit, un énorme sourire au visage. Un sourire qui chauffa mon cœur.

– Je viens juste te souhaiter bonne nuit avant de rentrer chez moi. Dis-je en refermant la porte derrière moi. J’aurais bien aimé venir plus tôt pour passer plus de temps avec toi, mais j’ai travaillé sur le dossier de mon nouveau patient et je n’ai pas vu l’heure.

Je vis alors son sourire s’effacer. Il avait compris que je ne passerais pas la nuit avec lui…

– Ilian… Soufflais-je amusé.

Je m’assis alors sur son lit et le pris dans mes bras. Me faisant désirer, mon souffle caressa la peau de son cou, le faisant frissonner. Puis du cou, je passais à son oreille…

– Je ne pouvais pas partir sans avoir gouté tes lèvres…

Je vis alors ses lèvres s’étirer dans un faible sourire et tendrement, j’attrapais son menton pour m’accaparer ses lèvres. Un baiser, doux, tendre, presque qu’amoureux. Tellement bouleversant que je me demandais si je ne pouvais pas passer la nuit ici… Mais s’était impossible. Je devais me mettre dans la tête que c’était impossible…

Notre baiser pris fin et Ilian me pris dans ses bras, calant sa tête au creux de mon cou. Deux fois plus amusé qu’il veuille ainsi me retenir.

– Je ne peux pas rester plus longtemps, soufflais-je doucement.

Je le sentis alors raffermir son étreinte, ignorant complètement ce que je lui disais. Avec grande peine, je tentais de ne pas éclater de rire devant sa façon si particulière de ne pas me rendre la tache facile. Un sourire aux lèvres, je lui embrassais le front avant de l’éloigner de moi avec délicatesse.

– Crois-moi Ilian, si je pouvais rester, je le ferais…

Il se résigna alors et baissant les yeux, il se recula un peu. Tendrement, je lui déposais un baiser sur le coin de sa lèvre et me levais.

– Bonne nuit Ilian, essaye de te reposer, tu sembles en avoir vraiment besoin.

Mes paroles n’étaient pas vraiment réconfortantes, mais c’était ce que j’avais de mieux à lui donner pour l’instant. Le cœur lourd, je savais que si je ne partais pas maintenant, j’allais céder… Je sortis de la pièce après un dernier regard, et partis de l’hôpital, certain que cette nuit encore, j’aurais du mal à trouver le sommeil…

**

J’arrivais le lendemain vers 10h du matin, n’ayant aucun rendez-vous dans la matinée mais quelque paperasse encore à remplir. A peine eus-je dépassé l’accueil, que je croisais le directeur. Un sourire, et il s’approcha de moi pour me saluer. Dans ces moments là, malgré nos désaccords professionnels, nous redevenions des amis.

– Comment va Tatiana ? Demandais-je alors que nous marchions sans vraiment savoir où nous allions.

– Elle prend du ventre…Il faudra que tu passes pour la voir, elle est magnifique enceinte. Me répondit-il, des étoiles plein les yeux.

– Je l’imagine très bien ! Dis-je, rigolant légèrement.

Nous continuâmes sur cette discussion, mais alors que nous prenions le tournant d’un couloir, je me figeais immédiatement,croisant l’un des fantômes de mon passé. Devant moi, se trouvait le père d’Ilian. La réplique même de son fils, mais en plus âgé. Une peur sourde s’ancra en moi et je voulu faire demi-tour immédiatement.

– J’ai oublié de refermer ma voiture, Balbutiais-je alors que je me retournais pour m’enfuir.

Je leur tournais le dos, mais bien vite, j’entendis la voix familière de l’homme que je n’avais pas vu depuis si longtemps…

– Jaeden ?!?

Le père d’Ilian venait de me reconnaître. Mon cœur battait si fort qu’il me faisait mal. La gorge nouée, je me retournais vers lui, évitant le regard de l’ami que j’allais une fois de plus décevoir.

– Vous vous connaissez Monsieur Crose ? Fit Paul, les sourcils froncés.

– Oui… Ca fait longtemps dis moi, tu es venu voir Ilian aussi…Tu as du apprendre ce qu’il avait fait…Dit-il, le regard triste.

– Je… Commençais-je, me sentant de plus en plus mal.

– Comment ça ça fait longtemps ? Fit le directeur, froidement.

– 4 ans au moins non ? Jaeden était….Le petit ami d’Ilian avant…

Les mots mourus dans sa gorge. Sans s’en rendre compte, il venait surement de briser ma carrière. Je compris à cet instant que plus jamais je ne pourrais revoir Ilian. Toutes nos espérances, nos espoirs, nos envies… Tout venait d’être détruit…

La porte de la salle des visite s’ouvrit alors sur nous, et je pu voir Ilian, surement pour la dernière fois. En un regard, il comprit tout lui aussi. Une larme coula le long de sa joue. Tout était de ma faute. Aveuglé par mes sentiments, j’en avais perdu la limite professionnelle qui nous était fixée. Et je l’avais emmener avec moi dans ma bêtise. A vouloir lui faire du bien, je lui avais causé beaucoup trop de mal… Quel imbécile j’étais…

Je sentis alors la poigne forte du directeur m’agripper le bras, et après s’être excusé, il m’emmena avec lui dans son bureau. Je ne pouvais rien dire. Figé, je l’écoutais me hurler dessus, déversant sa colère et sa déception. Il avait raison. J’avais été trop loin. Dieu comme je regrettais. En plus d’avoir ruiné ma carrière, j’avais détruit Ilian…

– Est-ce que tu te rends compte que tu viens de foutre en l’air ta carrière Jaeden ! Cria-t-il, les poings serrés.

Je m’en fichais. J’avais briser ma carrière mais cela ne m’affectais plus. Quelqu’un avait pris la place que ma carrière tenait dans mon cœur. Et je venais aussi de la perdre.

– Je me disais qu’Ilian te faisais vite confiance, et moi comme un idiot je restais aveugle. Pourquoi ne me l’as-tu pas dit lorsque je t’ai présenté le cas d’Ilian ?

– Tu le sais pourquoi…Répondis-je, déçu. Je voulais voir à quel point il avait changé, et voir si… Je pouvais l’aider…

– Félicitations, tu viens surement de le faire tomber dans un gouffre.

Mon cœur se brisa lorsque j’entendis ces mots si virulent. Ne voyait-il pas que j’étais au plus bas ?

– Tu as de la chance que je sois ton mentor Jaeden… Je ne vais pas te virer et briser ta carrière en rendant toute cette histoire publique… Je te laisse une dernière chance.

Je relevais alors la tête écoutant ce qu’il me disait attentivement.

– Tu devras m’obéir au doigt et à l’œil, plus question que tu entretiennes de relation plus que professionnelle avec tes patients, ce qui implique plus aucun déjeuner. Si je te demande quelque chose tu devras le faire, que tu sois d’accord ou non.

– En d’autre terme tu veux que je sois ta marionnette…Lâchais-je ironiquement.

– Arrête de jouer au petit con Jaeden, tu n’es pas en position de choisir. C’est ça ou la porte.

Je ne répondis rien me contentant de me lever afin de partir de ce bureau qui me devenait plus qu’austère.

– Une chose encore Jaeden. Dit-il, vivement. Plus question que tu t’occupes d’Ilian. Je te retire son dossier, rapporte le à la standardiste ce soir. Me caches-tu encore quelque chose ?

Ma main se serra sur la poignée. Je préférais encore ne plus le voir que de le croiser dans les couloirs et de ne plus pouvoir lui parler. Mais je n’avais pas le choix. Une chose était sûr. Ce qu’ilian m’avait confié resterait en moi, et uniquement en moi.

– non.

**

J’avais mal au cœur, mal à la tête. Et je me retrouvais la, comme quatre ans auparavant, à vomir tout ce que j’avais réussis à ingurgiter tout ce que j’avais réussi à boire en un rien de temps. L’esprit embrumé, je m’assis dos au mur de la bâtisse. J’avais dépensé une vrai fortune dans ce bar pour me vider quelque minutes plus tard. Kain avait raison, je touchais le fond encore une fois. Le pire, c’est que cela ne me faisait pas oublier Ilian ou la profonde détresse qui s’emparait de moi peu à peu…

Je sentis alors deux bras m’encercler, et une odeur familière entrer dans mes narines…

– Qu’est-ce que tu fais là Hugo ! Crachais-je, le rejetant.

– Tu vas mal…Tu as bu !

– Dégages, j’ai pas besoin de toi !

Vivement, je me levais, si j’avais besoin de quelqu’un, ce n’était surement pas de lui. Mais au moment où je voulu faire un pas, l’alcool trop imprégné dans mon corps et mes sens me firent trébucher, et je m’étalais par terre, tombant sur mon poignet.

Un cri de douleur s’échappa de mes lèvres. Je ne devais pas avoir bu assez pour sentir mon poignet me faire mal. Hugo se jeta sur moi, et je le repoussais une nouvelle fois, posant mon poignet probablement cassé contre ma poitrine. Sans que je ne puisse y faire quelque chose, j’éclatais en sanglot, déversant toute cette peine qui me rongeait de l’intérieur. Hugo ré-initia sa tentative de réconfort, mais encore une fois, je m’écartais, me collant au mur, les larmes coulant de plus belles.

– Jaeden…Qu’est-ce qui se passe…Souffla Hugo, inquiet.

– Va-t’en ! Criais-je, grimaçant de douleur.

– Non ! Je t’aime, il est hors de question que je te laisse là !

– Mais moi je ne t’aime plus ! T’entends ! Je ne t’aime plus alors dégages !

Il baissa son regard, accusant le coup.

– Il t’a quitté ? Murmura-t-il tristement.

– Quoi ? Fis-je, surpris

– Le gars avec qui tu sors…Sortait.

– Non.

– Alors qu’est-ce qui ne va pas ?

Je ne répondis rien, tentant d’arrêter ses larmes qui me faisaient plus de mal que de bien. Hugo s’approcha alors de moi, gardant quand même un certaine limite entre nous.

– Racontes moi. Souffla Hugo, Je…Je suis la personne la plus extérieure a votre histoire…Je peux peut-être t’aider…

– Extérieure…Dis-je en éclatant de rire, tu ne veux qu’une chose c’est que j’accepte de te reprendre !

Hugo soupira et baissa une nouvelle fois son regard avant de le relever, une lueur de détermination dans son regard.

– Tellement tu es bourré, si je le voulais, je pourrais te ramener chez toi et te faire l’amour, et pourtant je ne le fais pas, je suis là à me les geler, à essayer de comprendre ! Alors dis moi ce qu’il t’a fait que j’aille lui casser la gueule !

Surpris, je le regardais. Une année passée avec lui et je ne l’avais jamais vu se mettre en colère devant moi ainsi. Un sourire étira mes lèvres à travers mes larmes. A s’emporter ainsi, il lui ressemblais tellement…Ma main se posa sur sa joue. Sa peau si pâle, mais tellement douce et belle…Comme lui…Ses magnifiques yeux verts d’où sortait un étincelle de malice qui me plaisait…Comme lui…

– Jaeden qu’est-ce que tu fais…Souffla Hugo, étonné.

Hypnotisé, je me rapprochais de lui, jusqu’à ce que mon souffle vienne caresser ses lèvres. Plus rien n’excitais…Il n’y avait plus que moi et…

– Ilian… Murmurais-je, avant de m’évanouir.

**

– Samedi il y a une fête, tu viendras ? Viens avec Ilian si tu veux.

– Je verrais, je viendrais surement seul.

J’étais dans la cour du lycée, discutant avec l’un de mes amis depuis un certain temps déjà. Le temps était magnifique pour un début de printemps, si bien qu’on pouvait enfin laisser nos manteaux au placard. Nous discutions de choses et d’autres mais alors que j’allais parler, je vis Ilian sortir de l’enceinte du lycée, l’air énervé. Immédiatement, je me rappelais d’un détail.

– Merde ! M’écriais-je, attrapant mon sac.

– Quoi ? Fit mon ami surpris.

– J’ai oublié un truc, on se voit demain.

Je ne lui laissais pas le temps de me répondre, que je m’enfuyais en courant, freinant alors que j’arrivais à l’abri bus ou était Ilian, assis la tête entre ses mains. Faisant un grimace, j’étais certain qu’il allait une fois de plus me crier dessus. En un an et demi, il avait pris une certaine assurance… Lestement, je m’assis sur le banc près de lui.

– J’ai séché…Dis-je en haussant les épaules

– J’ai eu l’air d’un idiot à t’attendre alors que tu n’étais même pas en cours.

– C’est vrai que ça devait être marrant…Dis-je en éclatant de rire.

Énervé, Ilian se leva et s’éloigna de moi. Dans un soupire, je me levais et me colla à lui par derrière. Mais au moment où j’ouvrais la bouche pour parler, le bus arriva, et Ilian monta dedans sans rien me dire. Les sourcils froncés, je le suivis. Nous n’avions pas du tout le même bus pour rentrer chez nous mais Ilian voulait jouer au dur à cuire, ce qui ne lui allait pas du tout. Je m’assis près de lui, qui s’évertuait à garder le regard impassible. Il ne dit rien. Amusé, je posais ma main sur sa cuisse, mais il la dégagea, me lançant un regard noir.

– Arrêtes, tu vas pas faire la gueule pour ça ! M’exclamais-je un sourire aux lèvres.

– C’est pas ton bus ! Dit-il la voix froide.

– Je sais.

Sans un mot de plus, il tourna son regard vers la fenêtre, ne décrochant plus un mot. Je réitérais mon geste plusieurs fois, mais à chaque fois il la repoussait. Nous arrivâmes à son terminal, il sortit. Immédiatement je le suivis, le collant. Mais il ne se laissa pas démonter, et avança un peu plus vite. Une fois arrivés chez lui, il pressa un peu le pas et me claqua la porte au nez. Je me retrouvais devant, les yeux grand ouverts devant la porte.

– Ok… Soufflais-je sous le choc. Si tu le prends comme ça…

Rageusement, je me retournais, voulant rentrer chez moi. J’avais peut-être fait le con, mais là, Ilian m’en demandais trop. Mais alors que j’allais sortir de la propriété, j’entendis la porte de l’entrée s’ouvrir.

– Jaeden attends ! Cria Ilian.

J’allais me retourner, mais une voiture rentra dans la propriété, et je pu reconnaître le père d’Ilian. Il était au courant de notre relation depuis peu, d’accord, mais ne la criant pas tout fort. Il sortit de la voiture, m’offrant un sourire amical.

– Tiens, jaeden, tu tombes bien, tu m’aides à sortir mes courses ?

Lui rendant son sourire j’acquiesçais. Mon regard se posa sur Ilian qui faisait un grimace avec ses lèvres. Je me retins de rire, surement pensait-il que j’aurais essayé de me faire pardonner au lit… Mais son père avait tout gâché. Je m’amusais alors à lui tirer la langue, avant d’aller aider son père.

– Tu pourrais aussi nous aider Ilian ! Fit-il, à l’adresse de son fils.

Ilian soupira et vint nous aider. Quelques minutes plus tard, nous avions déchargé les courses, et j’aidais Ilian et son père à tout ranger.

– Je vous laisse terminer, le match va bientôt commencer ! S’exclama le père, attrapant une bière dans le frigo, et entrant dans le salon.

Immédiatement je lâchais le sac de course et poussait Ilian contre le frigo, le faisant sursauter. Mes bras vinrent se poser des deux cotés de sa tête. Une fois remit de la surprise, Ilian posa sa main sur ma poitrine afin de me stopper et regarda du côté du salon. Constatant que son père était déjà en plein dans le match, sa main remonta et se posa sur ma joue.

– Ne recommence jamais ça. Dis-je, le regard dur.

– Toi non plus…Souffla-t-il, la voix faible.

– OK.

Ilian se mit alors sur la pointe des pieds, et posa ses lèvres sur les miennes. Ses bras s’enroulèrent autour de mon cou alors que je restais les mains posées sur le frigo. Un baiser passionné, qui me donnait à chaque fois envie de plus…

**

Je me réveillais, une faible lueur filtrait des stores a demi fermés. Un mal de crane fascinant me prit alors que je tentais de me mettre assis.

– Fais attention à ton plâtre.

Immédiatement, je tournais la tête vers cette voix que je ne voulais pas entendre ici. Kain était assis sur un siège en uniforme.

– Pourquoi je suis là ? Fis-je, regardant mon plâtre. Qui m’a amené ici ?

– Entorse du poignet mais il a fallut te poser un plâtre quand même, il ne faut pas le bouger. C’est Hugo qui t’a amené ici, il est dehors.

Un soupire passa le barrage de mes lèvres, et je passais ma main sur mon visage, las.

– Il peut rentrer, mais toi tu sors. Dis-je le regard noir.

– Pour que tu te reprennes une cuite ce soir ? Répliqua Kain ironiquement.

– Il suffit que j’appelle la sécurité pour te faire sortir, c’est comme tu veux.

Kain ancra alors son regard dans le mien, mais voyant que je ne plaisantais pas, il se leva et sortit, veillant à bien claquer la porte après lui. Hugo fit son entrée après lui, tout timide. Doucement, je me rallongeais, posant mes yeux sur le plafond.

– Tu aurais pu m’amener autre part que là où bosse mon frère…Soufflais-je, las.

– Je ne savais pas que vous étiez en froid…Répondit-il, s’assaillant près de moi.

– Mais tu sais qu’il déteste me voir bourrer.

Hugo ne répondit rien, se contentant de poser son regard dans le vague, ne sachant que dire.

– Merci, dis-je évitant son regard. De m’avoir aidé.

– Tu étais dans un sale état… Répondit Hugo en haussant les épaules.

Ce fut à mon tour de ne rien répondre, peu fier. Demain, j’irais au alcoolique anonyme… Il était impensable que je continue ainsi. Je redevenais peu à peu l’ancien moi, qui se réfugiait derrière ses bouteilles pour oublier son mal-être. J’étais malheureux, voilà ce qui se passais. Malheureusement amoureux…

– Je crois que je suis maudit en amour…Soufflais-je, fermant les yeux.

– Alors je possède aussi cette malédiction, car celui que j’aime ne m’aime plus. Répondit Hugo, les larmes aux yeux.

– Hugo…Je t’en supplie, je n’ai pas envie de parler de ça…

J’étais peut-être dur, mais je ne voyais pas quoi dire d’autre. Je lui avais tout expliqué la dernière fois. Il acquiesça et posa son regard sur la fenêtre, avant de le dériver une nouvelle fois sur moi.

– Tu ressors avec ton ex ? Me demanda-t-il, faiblement.

– Oui. Répondis-je sérieux.

– Mais il t’a brisé le cœur non ?

– Ce n’est pas lui qui m’a brisé le cœur… C’est ce qu’il y a autour de nous… On ne peux plus se voir, fis-je tristement.

Hugo posa alors une main sur mon épaule et planta ses magnifiques yeux émeraudes dans les miens.

– Si jamais tu as besoin de quoi que se soit, parler ou…Plus, n’hésite pas à m’appeler. Dit-il, avant de se retourner.

– Tu pars ? Demandais-je surpris.

– Oui…Je dois y aller.

Il ne m’en fallut pas plus pour deviner que cette discussion lui faisais mal au cœur, ses yeux se gorgeant peu à peu de larmes m’avertirent. Ainsi, je le laissais partir presqu’en courant. Je n’avais pas la force de le retenir, peut-être était-ce mieux ainsi…

**

Des jours passèrent et le manque de liberté dans mon travail se faisait sentir. Chacun de mes faits et gestes étaient suivis par le directeur, m’agaçant profondément. Tous les jours depuis un mois, j’espérais le croiser, mais rien n’y faisait, Ilian restait invisible.

J’avais repris mes réunions aux alcooliques anonymes, parlant avec des hommes et des femmes qui avaient les mêmes problèmes que moi. Peu à peu, je sentais ce désir de prendre une bouteille disparaître, mais tout cela avait un goût de répétition pour moi, car je savais que ce désir resterait toujours en moi, s’atténuant avec le temps.

J’avais repris contact avec Eliott, ayant besoin d’un ami. Ce dernier, bien que très jeune, était assez mature pour son âge, et cela m’amusait de trainer avec lui, reprenant des activités comme les partie de jeux vidéos ou autre. C’était une vraie bouffée d’air, me faisant oublier l’espace de quelque heures le manque d’ilian qui me rongeait.

Mais c’était mieux pour lui, pour moi et ma carrière.

Je me trouvais aujourd’hui, assis sur des chaises mal faites, à regarder Cameron jouer comme je lui avais promis. Le directeur m’avait autorisé à assister à certaine de ses activités, trouvant là un bon moyen pédagogique d’instaurer un climat de confiance entre nous. C’était ses propres mots. Bien que je ne devrais pas lui en vouloir d’avoir simplement fait son travail, je ne pouvais m’empêcher de me dire qu’il avait eu tort. Notre amitié s’était peu à peu détériorée malgré moi, refusant certaine de ses invitations…

– Echec et Mat ! Cria Cameron excité comme une puce.

Il regarda alors vers moi, et je lui fis un sourire faussement joyeux. Je voulais le suivre, mais à chaque fois, mon esprit divaguait, cherchant où pouvait se cacher Ilian. J’aurais aimé le voir, ne serais-ce que l’entre apercevoir. Vérifier qu’il allait bien…

Tellement pris dans mes pensées, je ne vis pas arriver un nouveau patient. Ce fut sa voix qui me fit sursauter.

– Je ne sais pas jouer. Dit-il au maître d’activité.

– Ce n’est rien Ilian, regarde et apprends.

Ilian… Immédiatement je me redressais, et regardais droit devant moi, sentant mon cœur mort depuis un certain temps renaitre de ses cendres. Mes yeux croisèrent les siens pour ne plus s’en défaire. Doucement, je reprenais ma dose. Un sourire en coin de sa part, et je compris que ce n’était pas un hasard s’il se retrouvait dans cette activité. Lui manquais-je autant qu’il me manquait ?

Son regard dériva sur ma main plâtrée. Dans une semaine, je l’enlevais, me libérant enfin d’un poids. A mon tour, je l’examinais de loin. Il avait maigri, beaucoup trop. Son teint pâle ressortait encore plus, surement dû au fait de la malnutrition qu’il s’infligeait. Dieu sait que j’aurais aimé lui parler… Le toucher… L’embrasser même… Si tout était différend…

Nous passâmes le reste de l’heure, les yeux dans les yeux. Totalement déconnecté de la réalité, je ne vis même pas les deux autres parties gagnées de Cameron. Ce fut la voix grave du maitre d’activité, qui me fit sursauter.

– On se revoit mardi prochain, vous avez bien travaillé. Dit-il, en se levant

Je me levais à mon tour, sachant que je ne devais en aucun cas adresser la parole à Ilian. Ce dernier me fixait, sans me lâcher du regard. J’avertis Cameron que je partais dans mon bureau et discrètement, je passais à côté d’Ilian, laissant ma main effleurer la sienne. Mes poils se hérissèrent au contact et je pu remarquer qu’il fermait les yeux. Un sourire peint au visage, je sortis de la salle, me sentant pour une fois comme il ne m’était pas arrivé depuis longtemps : heureux.

**

Et ce fut ainsi que commença nos « rendez-vous ». Il venait à chacune des réunions d’activités et moi j’accompagnais mon patient. Nos regards ne se lâchaient à aucun moment, reprenant peu à peu des forces à travers ce duel.

Le directeur n’était au courant de rien, bien entendu. Je m’étais bien gardé de lui dire, et il ne m’avait rien demander. En quelque sortes… Je ne lui mentais pas.

Deux semaines plus tard, il m’avait obligé à faire une garde, pour un manque de personnel à l’approche des fêtes. C’est avec une légère appréhension qu’il avait laissé l’hôpital sous mes ordres. Et c’est ravi de ce calme et de cette tranquillité, que je me retrouvais dans mon bureau, lisant mon livre. Mon bureau était devenu une sorte de refuge, un endroit où je laissais mes idées noires dehors, contrairement à mon appartement, où elles revenaient au galop.

Ce fut aux alentours de 23 heures que je décidais de me lever, devant faire un tour de garde pour voir que tous les patients avaient bien regagné leur chambres après le couvre-feu. Marchant dans les couloirs vides et sombres, je sentais mon cœur battre de plus en plus vite alors que j’arrivais dans le couloirs des chambres. Aucune lumière ne filtrait d’en dessous des portes… Aucune… Sauf la sienne.

Avec angoisse, je m’approchais de sa porte, hésitant à frapper. Je mourrais d’envie de le faire mais je restais bloqué. Cela faisait si longtemps que je ne lui avais pas parlé…M’en voulait-il de ne pas être revenu le voir ? J’étais heureux lorsque je le voyais aux activités, mais cela restait encore dans le cadre professionnel, car je ne lui parlais plus…Si je lui parlais, je savais que je n’arriverais pas à m’empêcher de prendre de ses nouvelles, de voir s’il allait bien…Non…Il ne fallait pas, je l’avais déjà bien trop fait souffrir.

Mais alors que je me retournais, la porte d’Ilian s’ouvrit, et je sursautais avant de me figer. Moi qui voulait passer inaperçu, je venais de me faire avoir. Ilian se trouvait dans l’embrasure de la porte, me regardant les yeux grand ouverts, visiblement il ne s’y attendait pas non plus. Soupirant, je me retournais, essayant de ne pas laisser transparaitre l’envie de le prendre dans mes bras.

– Tu… Le couvre-feu t’oblige à éteindre ta lumière… Dis-je maladroitement.

Un sourire étira ses lèvres en coin, visiblement, il avait deviné que j’étais mal à l’aise. Il leva sa main et mes yeux s’ancrèrent dans les siens. A l’intérieur, je pu voir briller cette lueur de malice qui y habitait quatre ans plus tôt… A peine eus-je le temps de réaliser qu’il avait appuyé sur l’interrupteur de la lumière de sa chambre, et se jetais sur moi. Dans le noir complet, je reculais d’un pas alors qu’ilian s’appropriait mes lèvres. Mon cœur déjà endiablé, augmenta d’un volume alors que je sentais cette étreinte qui m’avait fait défaut de puis un moment. Puis je me ressaisis. L’effet de surprise passé, je compris qu’il ressentait comme moi, ce manque. Vivement, continuant notre échange, j’entrais dans sa chambre, Ilian toujours dans mes bras. Je refermais sa porte et l’appuyais dessus, approfondissant notre baiser. Sa langue vint quémander la mienne timidement, et ravi, je lui donnais l’accès de ma bouche. Mes poils se hérissèrent tellement ce baiser magnifique et diaboliquement sensuel me remplissait de bonheur. Je retrouvais ma dose comme un junki en manque de poudre. Ilian se collait à moi, ses mains passant dans mes cheveux, son bassin se collant à mon intimité…

A bout de souffle, je mis fin à notre échange, posant mon front contre le sien.

– Tu m’as manqué…Soufflais-je, les yeux fermés.

Mais à peine eus-je prononcer cette phrase que je sentis Ilian se crisper. Ouvrant mes yeux, je compris qu’il revenait peu à peu à la réalité. Paniqué, il posa ses mains sur mon buste et m’écarta de lui.

– Je… Je suis désolé, je n’aurais pas du.. .Oublie-ça… Je… Bafouilla-t-il, les larmes aux yeux.

– Comment veux tu que j’oublie Ilian ! Même sans ce baiser, je ne fais que penser à toi. Rétorquais-je, vivement.

– Arrête… Ta carrière… Je t’ai détruit une fois… Je ne veux pas le refaire une deuxième fois…

Le clair de lune éclairant son visage, je pu remarquer qu’il pleurait, et mon cœur se brisa à cet instant. Je m’approchais alors de lui, murmurant son prénom, mais il détourna le regard, et ouvra la porte. Déçu, je fis quelque pas, mais m’arrêtais bien vite, posant ma main sur celle d’Ilian, un sourire aux lèvres.

– Tu te rappelles, il y un peu plus de quatre ans, je t’avais dis de m’attendre après mes cours, dis-je, essayant de capter son regard, mais j’avais séché, et j’avais oublié de t’avertir. Ce jour-là, tu as piqué une crise, et tu as choisis la plus terrible des armes pour me blesser, l’ignorance.

Je vis ses yeux se fermer alors qu’il m’écoutait. Cette nouvelle limite que le directeur nous avait imposé venait de se briser en milles morceaux.

– Et ce jour là, tu m’as claqué la porte au nez. Je t’avais interdit de recommencer…

– Mais je… Dit-il, ouvrant les yeux pour croiser mon regard.

Je lui laissais pas le temps de parler, fermant la porte et le collant contre le mur. Mes deux mains de chaque côtés de son visage, mes yeux s’ancraient dans ses émeraudes.

– Tu veux me virer de ta chambre…C’est la même chose…Murmurais-je, faiblement.

– Non…Je…Bredouilla-t-il, perdu.

– Que tu le veuilles ou non, maintenant que je t’ai retrouver, tu auras du mal à me claquer la porte au nez une seconde fois.

Mes lèvres se posèrent sur les siennes dans une délicate étreinte. Il ne me résista pas bien longtemps et m’offrit ses lèvres. Ses mains reprirent leurs places sur ma nuque et les miennes vinrent se poser sur ses hanches. Le baiser doux, redevint bien vite endiablé, et Ilian, insouciant, se colla à moi. Mon désir pour lui augmenta d’un cran et je m’éloignais, ne voulant surtout pas qu’il sente que je commençais à m’éditer. J’allais m’assoir sur lit, et m’allongeais regardant le plafond, essayant de me calmer. Mais Ilian vint immédiatement se coller à moi, mettant un bras autour de mon cou, et plongeant sa tête dans celui-ci. Je sentais ses lèvres déposer de doux baisers papillons. Une chose était sur, il avait gagner en assurance.

Je me sentais bouillir, et il ne faisait rien pour arrêter ça. Sa jambe vint se poser sur les miennes, se collant plus qu’il ne le fallait. Mais mes yeux s’ouvrirent du surprise alors que je sentais une chose pousser contre ma cuise… Il était dans le même état que moi. Je me tournais alors vers lui, et pu voir une énorme peur au plus profond de ses prunelles.

– Ilian… Soufflais-je touché.

– Quand vas-t-on se revoir ? Me demanda-t-il.

– Aux activités… Dis-je, faiblement.

Mais ce n’était pas la vrai réponse à sa question…

– Jaeden… Quand va-t-on vraiment se revoir ? Répéta-t-il, croisant cette fois mon regard.

– Je ne sais pas…

Notre avenir était incertain. Peut-être devrons nous attendre encore un mois avant de pouvoir nous serrer de nouveaux l’un contre l’autre… A cette pensée, mon cœur se serra, je venais moi même de me jeter tête baissé dans le piège de nos sentiments… Mais Ilian reprit la parole…

– Alors…Fais moi l’amour…

Immédiatement, je me redressais, m’asseillant sur le lit pour le regarder.

– Quoi ? Fis-je, presque gêné qu’il me le demande ainsi.

– Je… Si… Si on ne se revoit pas avant longtemps… Je veux garder une trace de toi…Je veux me sentir bien de nouveau… Et ça, toi seul arrive à le faire… Me dit-il, évitant mon regard.

Je restais figé face à ces paroles. Je ne voulais pas qu’il pense que j’avais besoin de ça pour ne pas l’oublier…

– Ilian… Ne t’obliges pas… Je ne vais pas aller voir ailleurs si tu as peur de ça… Bafouillais-je de plus en plus mal à l’aise.

Ilian se leva a son tour, se mettant sur ses genoux. Une main se posa sur mon épaule alors que l’autre se posait sur ma joue. Ses émeraudes m’hypnotisant, il posa ses lèvres sur les miennes. Un chaste baiser qui me donna des frissons.

– Fais-moi l’amour Jaeden… Comme la première fois… Je t’en prie… Fais moi revivre à nouveau…

Sa voix résonnait dans ma tête. Si belle et si douce, sa plainte m’enchantait, m’ensorcelait. Ses lèvres se posèrent une nouvelle fois sur les miennes comme pour essayer de me décider. Mais elles n’en avaient pas besoin. Doucement, ma main se posa sur sa hanche, et d’un mouvement, je le fis s’allonger sur le lit. Il se mit à frissonner alors que mes lèvres embrassaient ses joues, descendant dans son cou. Je savais que je devais y aller doucement. Me demander de lui faire l’amour était un grand pas pour lui. Il extériorisait ses démons, m’autorisant à le faire de nouveau mien et par la même occasion lui faire oublier l’espace d’une nuit toutes les souffrances que lui avait causé Ewen. Dans une lenteur extrême, je passais mes mains sous le haut de son pyjama, touchant sa peau fébrilement. Je sentis alors ses mains se poser sur le matelas, et ses yeux se fermer. Mon cœur se serra à l’idée qu’il subissait ce que je lui faisais. Rapidement, je revins prendre possession de ses lèvres, l’embrassant encore comme jamais je ne l’avais fait.

– Touches moi Ilian… Regardes moi… Lui soufflais-je, entre ses lèvres.

Ses yeux s’ouvrirent alors et je sentis ses mains se reposer sur mes côtes. Il faisait de gros efforts, alors j’allais le remercier, à ma façon…

– C’est moi… Rien que nous deux… Comme avant Ilian… Comme quand j’ai pu te mettre dans mon lit la première fois… Lâchais-je, dans un sourire.

Je l’entendis alors éclater de rire. Un rire sincère qui le libérait de l’angoisse qui lui tordait surement l’estomac. Je voulais qu’il se détende, car même si je me faisais patient, je me sentais aussi nerveux que lui. Il m’offrait, en quelque sortes, une nouvelle première fois.

Après l’avoir embrasser une deuxième fois, je me relevais sur les genoux, mes jambes de chaque côtés d’Ilian. Mes mains se posèrent sur ma chemise, et mon regard ancré dans celui d’ilian, je la déboutonnait. Elle tomba alors sur le sol. Le regard d’Ilian dériva sur mon torse et de légères rougeurs apparurent sur ses joues. Je pris alors sa main et la posa sur mon torse, à l’endroit même où se trouvait mon cœur. Je voulais lui montrer que moi aussi j’avais peur. J’avais peur de mal faire. Les battements irraisonnées de mon cœur le firent encore plus rougir, et lentement je m’abaissais reprenant une nouvelle fois ses lèvres dans un baiser endiablé. S’il fut hésitant au début, ses mains se posèrent sans hésitation sur mon dos par la suite, le caressant sensuellement sans même s’en rendre compte.

Mes lèvres descendirent vers son cou qu’elles agressèrent gentillement. Mes mains, logées sous son tee-shirt, le caressant, le faisait parfois se cambrer. Décidant qu’il était temps, je me remis sur mes genoux, le faisant s’assoir. Ses joues rouges ne demandaient que la suite. Amusé, je pris le bas de son tee-shirt, l’embrassant immédiatement. Il leva alors les bras, m’autorisant à poursuivre. Mais ce bout de tissus coupa notre échange visuel un instant et a peine avais-je balancer le tee-shirt au sol, qu’Ilian s’était de nouveau crispé, fuyant mon regard. Je pris alors immédiatement son visage entre mes mains, le forçant à me regarder.

– C’est moi… Moi… Et personne d’autre… Murmurais-je, embrassant son front.

Il sembla se décontracter à l’instant même, goutant à mes lèvres comme s’il en avait besoin. Je l’allongeais alors à nouveau sur le lit, et mes lèvres vinrent le parsemer de baisers que j’essayais aussi tendres les uns que les autres. Du cou, je descendis à ses épaules, puis sur son torse. Il était maigre, blanc comme un linge, mais là, sous mon regard et sous ce clair de lune, Ilian était magnifique. J’entendais sa respiration calme, s’accélérer de plus en plus et ses mains venir se loger dans ma chevelure. Je sortis alors ma langue et m’amusait avec ces deux bouts de chairs qui pointait. A peine les eu-je touché, que la peau d’Ilian fut parcouru de frissons et une « chair de poule » s’y installa. Je jouais un peu avec eux, faisant cambrer Ilian. Ces déhanchés violents me montrait qu’il aimait ça…

Je descendis un peu plus mes lèvres, embrassant son ventre, glissant ma langue dans son nombril. A ce contact, je pu entendre Ilian gémir. Ce n’était pas un cris mais un murmure, mais peu m’importait, un sourire triomphant ornait mon visage. Heureux je me relevais, croisant son regard et ses joues de plus en plus rouges. Nous nous embrassâmes une nouvelle fois, avant que je ne me remette sur mes genoux, provoquant un soupire de mécontentement chez Ilian.

Mes mains se posèrent sur mon jean sans que je ne décroche mon regard du sien. Doucement, je dégrafais le premier bouton, et faisais glisser la braguette. Je pris alors les mains d’Ilian et le souleva, le faisant assoir une nouvelle fois sur le lit. Mes bras virent s’enrouler autour de son cou alors que je collais mes lèvres aux siennes dans un baiser passionné qu’il ne me refusa pas.

– Enlèves-le moi ilian….Murmurais-je posant ses deux mains sur les bords de mon pantalon défais.

Mais trop pressé, je n’avais pas pensé à sa réaction. Les larmes vinrent cacher ses émeraudes, et les yeux dans le vagues, il colla ses mains contre sa poitrine. Avais-je prononcé une phrase qu’avait-dite Ewen ? Je n’eus aucune hésitation… Je n’avais pas réfléchi. Immédiatement, je rallongeais Ilian sur le lit, calant son visage entre mes deux mains et parsemant son visage de tendres baisers.

– Excuses moi… Fis-je tristement, avant de poser mes lèvres sur les siennes.

Doucement, je tentais de faire évacuer son stress par le biais de mes mains, le caressant. Ce fut lorsque je l’entendis enfin soupirer de bien-être que je décidais d’aller plus loin. Je refrénais sans cesse ce désir qui montait en moi, me forçant à faire passer le bien d’Ilian avant le mien. Mes lèvres descendirent cette fois plus rapidement vers son bas ventre, toujours en gardant cette même tendresse. Mes mains se posèrent sur son bas de pyjama, attentif à chaque mouvement que faisait Ilian. Dans une lenteur extrême, je lui enlevais son pantalon, ancrant mon regard dans le sien. Les rougeurs sur ses joues s’accentuèrent alors que je le mettais nu devant moi. Excité, je ne pu m’empêcher de poser mon regard sur son intimité dressée.

– Tu es magnifique…Dis-je, la voix rauque.

Je ne lui laissais pas le temps de répondre, mes lèvres se posèrent sur ses genoux, les embrassant timidement, puis doucement, je remontais, caressant et posant mes lèvres sur ses cuisses. Mais alors que je me rapprochais de son intimité, j’entendis Ilian m’appeler :

– Ja… Jaeden attends… Dit-il, faiblement.

Je me relevais immédiatement, croisant son regard gorgé de larmes. Dans un sourire, je vins ravir ses lèvres a nouveau, faisant taire ses peurs.

– Imagine toi….Comme il y a 6 ans, notre première fois…Oublie le reste ilian…Ne pense jusqu’à cette après-midi magnifique…. Lui soufflais-je dans le creux de son cou.

Un sourire sur ses lèvres m’avertit qu’il était d’accord, et l’embrassant une dernière fois, je redescendais vers son intimité. Mes mains se posèrent sur ses cuisses jouant de mes pouces pour le détendre au maximum. Je sentis sa respiration s’accélérer alors que j’approchais mes lèvres de son sexe, et lorsque celles-ci le touchèrent, Ilian se cambra de plaisir. Amusé, je passais alors ma langue dessus. Depuis combien de temps n’avais-je pas rêver de ce moment ? Mon dieu, c’était encore plus extraordinaire que dans mes rêves et souvenirs.

Ma langue s’enroulait autour de son pénis sans jamais le prendre en bouche. Peu à peu, je sentais Ilian se détendre, gémissant plus fortement qu’aux accoutumés. Mais je savais qu’il se concentrait pour ne pas crier, l’endroit où nous étions ne nous facilitait pas la tâche. Lorsque je sentis enfin ses mains venir se poser sur ma chevelure dans une demande innocente, un sourire étira mes lèvres et immédiatement je répondis à sa demande. Je pris son intimité entièrement en bouche, enroulant ma langue autour. Ilian lâcha un cri muet et se cambra violemment. Son corps semaient des petites perles de transpirations, le faisant luire sous ce clair de lune. A cette vue, mon cœur se mit à batte vite. Mes mains se placèrent sur ses hanches et d’un mouvement de tête, je commençais des vas et viens qui ferait tourner la tête d’Ilian.

Là, sur ce lit d’hôpital, nous franchissions l’irréparable. Si cela venait à ce savoir, je pouvais dire au revoir à ma carrière. Mais en cet instant, je n’étais plus Jaeden le psychiatre, mais Jaeden, le petit ami d’Ilian… Comme il y a quatre ans ou six ans… Comme je lui avais demander.

– Jaeden…Je…Je vais…Me fit Ilian dans un ultime cambrement.

J’accélérais alors la cadence et il éjacula dans ma bouche dans un cri muet. La respiration saccadée, ses mains se posèrent sur ses yeux alors qu’il savourait. Fier, je me relevais, pour m’allonger sur lit. Ma tête se cala dans son cou et je sentis ses bras m’encercler. Ma main vint entremêler quelque mèches de ses cheveux et mes lèvres se posèrent sur sa joue. Je lui laissais le temps de récupérer, même si je souffrais le martyr.

– On peut stopper là Ilian… Murmurais-je dans son oreille.

Il tourna alors son regard surpris vers moi.

– Ne t’inquiètes pas pour moi, dis-je dans un sourire, ce que tu m’as donné ce soir, crois moi… C’était merveilleux.

Je lui pris alors ses lèvres et nous échangeâmes un baiser endiablé. Puis a court de souffle, j’y mis fin, essayant de me calmer.

– Jaeden… Murmura Ilian faiblement.

Je tournais alors la tête vers lui. Il voulait me dire quelque chose sans vraiment oser. Je me rallongeais alors sur lui, lui montrant que je pouvais attendre.

– Je veux qu’on le fasse… Jusqu’au bout… Souffla-t-il, en fermant les yeux.

– Ilian… Dis-je dans une grimace.

– Vraiment.

– Et moi je ne veux pas te faire de mal.

Il me regarda alors, essayant de comprendre. Le regard fuyant, je me mis sur le dos, me séparant de lui.

– Je n’ai qu’une envie, c’est de te faire l’amour mais… Tu vas avoir mal… Et je ne veux pas te faire mal. Dis-je maladroitement.

Après quelques secondes où je pu sentir le regard brulant d’Ilian sur moi, il vint se coller à moi, embrassant ma joue.

– Jeaden… Tu es le seul… Je… Si c’est toi… Je n’aurais pas mal… Enfin, cette douleur ne sera rien à côté de ce que j’ai pu vi… Je… Ca ne sera rien à côté de tout ce que tu vas m’apporter… Je veux que ça soit toi… Je veux oublier , dit-il, avant de m’embrasser.

Emporté par son désir évident, je balançais au placard le reste de mes interrogations. Ilian pouvait m’arrêter à n’importe quel moment s’il le voulait, et ce fut dans ce baiser plein de tendresse que je le lui fis remarquer.

Ilian, nu sous moi, me faisait vibrer de désir. Doucement, je me mettais debout, sous son regard étonné. Un sourire étira mes lèvres et j’enlevais mon pantalon dans une lenteur extrême. Je pu voir le regard d’Ilian dévier au niveau de mon bas-ventre. Le rouge aux joues, un éclair de désir transperça ses prunelles alors que je passais mes mains sous l’élastique de mon boxer. Une chose était sûre, même après quatre ans, nous nous plaisions toujours autant. Mes joues prirent une teinte légèrement rouge alors que je me mettais nu devant lui. Je n’avais aucun mal à me mettre nu devant Hugo, ou le Ilian du passé, mais là, c’était comme me montrer à un nouvel homme. Me montrer entièrement. Même avec ce défaut qui ornait mon dos. Cette longue cicatrice qui représentait bien des souffrances. Je priais intérieurement pour qu’il ne la voit pas ou ne la sente pas cette nuit. Qu’il ne me pose aucune questions comme moi je ne le faisais pas. Gêné qu’il me regarde ainsi, je revins capturer ses lèvres, prenant soin de bien me coller a lui pour montrer à quel point j’avais envie de lui.

– Maintenant nous sommes à égalité, dis-je dans un petit sourire.

Il me rendit mon sourire avant de m’encercler et d’écarter un peu plus ses cuisses. Vivement, mes mains repartirent une nouvelle fois à la découverte de son corps, voulant le détendre encore plus. Je savais que même s’il ne le montrait pas, il devait angoissé.

Une fois que je fus sûr qu’il soit près, j’abaissais ma main derrière lui, et entrais un doigt humidifié aussi délicatement que je le pouvais. Ilian se crispa immédiatement, posant son regard dans le vague. Vivement, je capturais ses lèvres lui offrant un baiser passionné afin qu’il ne pense plus à rien. Mon regard s’ancra alors dans le sien, et un sourire s’afficha sur mes lèvres alors que je commençais à bouger mon doigt.

– ça doit bien faire quatre ans que je rêvais de ce moment…Soufflais-je, le décontractant.

– Moi aussi…Répondit-il, dans un sourire.

– Tu m’as vraiment manqué.

Je repris une nouvelle fois ses lèvres, enfonçant un deuxième doigt. Un gémissement sortit des lèvres d’Ilian, mais il l’étouffa bien vite en m’embrassant. Ses ongles se plantèrent sur mes épaules et après plusieurs vas et viens, je sentis Ilian se détendre et s’enfoncer inconsciemment de lui-même sur mes doigts. Je retirais alors mes doigts et posais mes mains sur ses hanches. J’ancrais mon regard dans ses émeraudes et frottais mon nez au sien, comme j’aimais le faire avant.

– Tu es prêt ? Demandais-je faiblement.

Pour toute réponse, il acquiesça et plongea sa tête dans mon cou. Je fis de même et d’un mouvement lent, je le pénétrais, lui arrachant tout de même un gémissement de douleur. Ses ongles me griffèrent et je pu sentir mon cou se mouiller, signe qu’Ilian pleurait. Immédiatement, je stoppais, recherchant ses lèvres. Nos langues se retrouvèrent, et je repris de m’enfoncer en lui. Une fois fait, je commençais un déhanché minime, l’entendant gémir encore de douleur.

Le temps passa et les plaintes d’ilian se transformèrent en une douce mélodie. Ses membres se relâchèrent et ses gémissements se transformèrent en plaisir. Mon cœur se mit à battre follement alors que je compris que j’avais réussis. Nos lèvres se joignirent à nouveaux, et j’augmentais le volume de mes déhanchés, ravi de retrouver mon Ilian. Il me griffait toujours, mais cette fois il n’avait plus mal. Il revivait…Comme avant. Son corps se cambrait, ses jambes s’accrochaient autour de moi dans le désir de m’avoir un peu plus en lui. Sa douce odeur m’enivrait, me faisant perdre la tête.

A bout de force, je fit l’ultime déhanché qui décrocha les étoiles à Ilian. Il éjacula sur mon bas ventre et je le suivis immédiatement. Le souffle coupé, je reprenais avec difficulté ma respiration, et c’était aussi le cas pour Ilian. Mais alors que je voulais me retirer, les jambes d’Ilian m’encerclèrent encore plus fort. Ses yeux avaient reprit cet éclat de malice qui n’arrivait que très rarement et un sourire sadique étirait ses lèvres.

– Recommences. M’ordonna-t-il faiblement.

Fatigué, mais étant prêt à recommencer autant de fois qu’il le voulait, je repris mes déhanchés, à notre plus grand bonheur…

 

***

Je fus réveillé par les caresses d’Ilian dans mon dos, et lorsque je reconnu l’endroit précis où elles s’arrêtaient, mon corps se tendit à la seconde. Il ne cessait de toucher ma cicatrice, vestige d’un passé que je voulais ne plus me souvenir. Ilian du sentir mon trouble car immédiatement il retira sa main.

– Désolé, soufflais-je m’en voulant à moi-même.

Je reposais ma tête sur l’oreiller, voulant lui montrer que je ne voulais pas en parler. J’attendais d’Ilian qu’il me parle alors que j’étais moi même incapable d’aller au-dessus de ce traumatisme. Ilian se rallongea près de moi et se colla tout contre moi. Sa jambe passa au dessus des miennes et il rapprocha son intimité de ma hanche. Un sourire étira mes lèvres alors que je remarquais qu’il avait encore envie de moi. Sa main se posa dans mes cheveux et l’autre caressait mon bras tendrement. Lorsqu’il posa ses lèvres sur ma joue, je tournais vivement la tête vers lui pour happer sa bouche dans un baiser fiévreux. J’étais complètement et désespérément amoureux de lui et je maudissais l’endroit où nous nous trouvions car il avait réussit à éveiller à nouveau mon désir pour lui. Ce fut seulement lorsque qu’il colla son intimité contre la mienne que je remarquais que j’étais passé au dessus de lui et que ses bras étaient maintenant autour de mon cou.

– Je vais devoir partir, murmurais-je en frottant mon nez contre le sien, tentant d’oublier mon désir pour lui.

Mais Ilian n’était pas décidé à me laisser faire. Ses jambes s’enroulèrent autour de mes hanches et il se colla à nouveau contre moi.

– Restes encore un peu… Dit-il avant de reprendre mes lèvres dans un baiser des plus sensuels.

Séduit, je n’eus pas le cœur à l’arrêter. Le temps s’écoula et mes mains passaient et repassaient sur ses hanches, embrassant sa peau au goût délicieux. Mais mon regard se posa sur la pendule de sa chambre et vivement je me relevais, un soupire s’échappant de mes lèvres alors que j’étais encore en train de déraper.

– Il faut vraiment que je parte Ilian, répliquais-je en déposant un baiser furtif sur ses lèvres.

Ilian acquiesça à regret et je me levais, attrapant mes affaires pour me rhabiller. Lorsque je me retournais encore nu, je surpris le regard d’Ilian posé sur mon corps et un large sourire étira mes lèvres.

– Rhabilles-toi espèce de pervers, m’écriais-je en lui balançant son pyjama.

Ilian rougit violemment et il s’habilla à son tour. Lorsqu’il eu terminé il remit la couverture sur lui et j’attrapais mes chaussures, m’assaillant près de lui pour les mettre. Il ne fallut pas longtemps avant qu’Ilian vienne se coller à moi. Une fois prêt, je me tournais vers lui et attrapais son visage entre mes mains avant de l’embrasser une dernière fois.

– Je vais essayer de faire une autre garde très rapidement…Dis-je dans un sourire.

Un dernier baiser, et je me levais, sortant de sa chambre après un dernier regard…

**

Cela faisait une heure que je tentais de travailler avant de rejoindre le directeur dans la salle dé réfectoire, mais je n’y arrivais pas. Mes pensées et ma concentration étaient toujours dans la chambre d’Ilian. Un sourire niais ne cessait de s’afficher sur mes lèvres alors que mes yeux se posait sur le lac. Je ne pouvais m’empêcher de me demander si Ilian était dans le même état que moi. Il avait franchi un cap, et ce cap, il me l’avait offert. Je lui avais donné une seconde première fois et j’en étais plus qu’heureux.

Un bâillement franchit le barrage de mes lèvres et je sursautais alors que j’entendais quelqu’un frapper à ma porte. Le directeur ouvrit alors la porte et ses sourcils se froncèrent en voyant mon teint fatigué.

– La nuit a été agité ? Demanda-t-il, surpris.

– Non… Pas vraiment. Répondis-je dans un sourire resplendissant.

Je me levais et marchais à ses côtés jusqu’au réfectoire. Là, nous prîmes notre petit déjeuner et allâmes nous asseoir à la table du personnel. La salle se remplit peu à peu. Mon regard se posait sur l’ensemble des gens dans la salle jusqu’à le voir, là assis sur sa table. Mais mon sourire s’élargit alors que je vis Cameron s’asseoir près de lui. Ilian leva alors les yeux vers moi, et ses lèvres s’étirèrent dans un faible sourire.

– Jaeden, je te parles, tu m’écoutes ? Fit le directeur, vivement.

Je sursautais pour croiser une nouvelle fois le regard du directeur, et il répéta ce qu’il me disait, les nouvelles mesures de sécurité au sein des adolescents. Je l’écoutais sans vraiment l’écouter, ne pouvant m’empêcher de river mon regard sur Ilian et Cameron, qui déjeunaient, s’échangeant des paroles par-ci, par là. Depuis combien de temps se parlaient-ils ? Cameron ne m’avait jamais parler d’un quelconque rapprochement avec un autre patient. Cela me faisait chaud au cœur, aussi timide l’un que l’autre, je préférais vraiment qu’Ilian devienne ami avec Cameron qu’avec Melvin…

Paul et moi terminâmes de déjeuner et après un dernier sourire caché à Ilian, je sortis du réfectoire. Le directeur alla dans son bureau tandis que j’allais dans le mien. Au bout d’une heure, n’arrivant pas à travailler, j’allais chercher un café dans la salle des infirmières. J’approchais de la machine et me servait une tasse. L’infirmière en chef regardait la télé alors qu’un, que je ne connaissais pas lui parlait. Curieux, j’écoutais :

– J’ai été surprise de le voir d’aussi bonne humeur. Dit-elle, prenant une revue. Il avait les yeux rouges, mais un sourire accroché à ses lèvres…Je ne comprends pas.

– Tu as vérifier son bras ? Fit l’infirmière en chef, peu intéressée.

Je compris à cette phrase qu’elles parlaient d’Ilian. Mon cœur s’accéléra alors que j’entendis qu’il était dans le même état que moi.

– Oui, il cicatrise vraiment bien. Répondit-elle en acquiesçant, j’ai été mangé au réfectoire et tu ne devineras jamais.

– Quoi ?

– Il a mangé… Tout son plateau. Je te promets il ne restait même pas une seule miette.

L’infirmière daigna alors tourner sa tête vers la jeune femme, ne semblant pas vraiment la croire. Mes mains se crispèrent sur la tasse et un sourire niais ne voulait pas se départir de mon visage.

– Tu en as parler au directeur ? Demanda l’infirmière en chef, sérieuse.

– Non, pourquoi ? Fit la jeune femme, surprise.

– Il s’occupe du cas d’Ilian.

Mes sourcils se froncèrent d’incompréhension, pourquoi étais-ce le directeur même qui s’occupait d’Ilian ? Vivement, je lâchais ma tasse de café, sortant de la pièce à tout vitesse. J’arrivais devant le bureau du directeur, entrant sans même frapper. Je le vis sur son bureau, ses lunettes sur son nez, épluchant des comptes.

– Je peux savoir pourquoi c’est toi qui t’occupe d’Ilian ? M’écriais-je énervé.

– Depuis quand on entre sans frapper ? Répliqua-t-il, les sourcils froncés

Sous mon regard pesant, le directeur soupira d’exaspération.

– Jaeden, soit un peu lucide, dit-il sérieusement. Si j’avais laissé Ilian aux mains d’un autre psy, ce dernier m’aurait demandé des explications, sur le fait que tu ne travailles plus avec Ilian.

– Tu aurais très bien pu lui dire que j’avais abandonné. Paul, donne moi la vrai raison. Dis-je autoritaire.

Le directeur se leva furieusement, me lançant un regard noir. Il alla regarder par la fenêtre et se tourna vers moi.

– Tu exagères Jaeden,. Lâcha-t-il, énervé. Tu étais le dernier sur ma liste, tous les mois, je dois faire un rapport à l’académie et ce rapport sera publié, est-ce que tu penses vraiment que je peux me permettre que malgré tous les psy talentueux que j’ai ici, aucun n’a réussi à obtenir des informations sur Ilian.

– Je… Dis-je, perdant mon assurance.

– Est-ce que je peux aussi dire que j’avais donner son cas à une personne qui se trouvait justement être la raison de son arrivée ici ? Dit-il, en colère.

– Quoi ? Je ne suis pas la raison de…

Mais il me coupa marchant vers son bureau. Là, il ouvrit un dossier et lu à voix haute.

– Je cite : « Combien de temps a duré la relation avec votre cousin ? Elle a commencé une semaine après la rupture avec mon petit ami pour se terminer le jour où je lui ais enfoncé ce bout de verre dans le cœur. »

Je ne répondis rien, déstabilisé par ses propos.

– Que tu le veuilles ou non, si tu es là, c’est en partit de ta faute. Trancha-t-il, abruptement.

Mes yeux se posèrent sur le sol, s’il voulait me ruiner le moral il venait de le faire en beauté…

– Pourquoi vous-êtes vous quitter toi et lui ? Finit-il par me demander le directeur allant s’asseoir sur son siège.

– Tu as la réponse dans ce dossier non . Répliquais-je, ne souhaitant pas lui faire de confidences.

– Arrête, je sais très bien que ce n’est pas la vrai réponse…Tu ne me parles jamais de ton passé Jaeden…

– Parce que je n’en suis pas fier.

Il y eu un blanc, où le directeur ne me lâchait pas du regard. Je me levais alors, comptant partir.

– Jaeden, tu ne veux l’aider à aller mieux ?

Cette question me glaça le sang, comment pouvait-il me demander cela alors que j’avais faillit me faire virer pour lui. Ilian allait mieux aujourd’hui, et il ne l’avait même pas encore remarqué.

– Il a cru que je l’avais trompé, alors il m’a quitté, dis-je froid. C’est tout ce que je peux te dire, à toi de trouver le reste, tu es son psy maintenant non ?

Sans un mot de plus, je sortis de son bureau, laissant derrière moi une vague d’insolence sans borne. Je me rendis alors dans le couloir des chambres. J’avais rendez-vous avec Cameron et j’avais choisi de l’emmener dehors pour notre rendez-vous. Je toquais à sa porte et il sortit immédiatement, un manteau sur le dos. Nous partîmes alors et je fis un détour par mon bureau, devant moi-même prendre une veste.

L’air était frais dans ce parc qui commençait peu à peu à se blanchir. Bientôt, Noël arriverait et je devrais irrémédiablement voir Kain. Chassant cette idée noire, nous primes un chemin entre les arbres, discutant de chose et d’autre. Assez éloigné de l’hôpital, nous assîmes sur un banc, regardant les deux cygnes nager sur le lac.

– Ta famille doit venir te voir à Noël ? Demandais-je, me tournant vers lui.

– Je ne sais pas… Peut-être ma petite amie… Me répondit-il en haussant les épaules.

– Cameron… Tu sais comme moi qu’elle ne viendra pas…

– Oui…Vous avez raison… Il y a trop d’heures de route…

Je me crispais alors. Après un mois, Cameron ne m’avait toujours pas parlé du meurtre qu’il avait commis, me parlant que brièvement de sa petite amie. Nous reprîmes alors une discussion sur ses loisirs, jusqu’à ce qu’une personne vienne nous déranger.

Ilian se trouvait sur le chemin, semblant étonné de nous voir là. Mon cœur se mit à battre un peu plus vite alors qu’il posait sa main sur sa nuque, l’air gêné.

– J’aimerais rentrer… J’ai un peu froid. Me dit tout à coup Cameron, se levant du banc.

– Tu pourrais le faire seul ? Demandais-je ne lâchant pas Ilian du regard.

Cameron me répondit que oui, mais alors qu’il partait, je me levais, marchant d’un pas rapide vers Ilian. Un sourire sur ses lèvres et je ne résistais pas, l’embrassant immédiatement. Ses mains se posèrent sur ma tête et les miennes sur ses hanches. Sous le choc du baiser, il recula, et je le collais alors contre le tronc d’un arbre. Notre baiser, déjà passionné, se transformait de plus an plus. Nous ne nous étions même pas parlés, mais nos gestes le faisait pour nous. Nous étions en manque de l’autre. Ma main passa sous sa veste et je le sentis frissonner d’excitation. En manque d’air, Ilian mit fin à notre baiser collant son front contre le mien, essoufflé.

– Tu devrais partir, souffla Ilian, posant un smack sur mes lèvres.

– Tu nous as suivis… Dis-je un sourire sur les lèvres

– Non ! S’offusqua-t-il, le rouge aux joues.

Je rigolais légèrement, et reprenais une nouvelle fois ses lèvres pour un baiser passionné. Ses bras se resserrèrent autour de mon cou et je le collais un peu contre le tronc. Une fois de plus à court de souffle, ce fut moi qui mis fin à notre baiser, déposant un doux baiser papillon sur le coin de ses lèvres.

– Vas-t’en idiot. Souffla Ilian, dans un sourire qui me chauffa le cœur.

– A bientôt…

Vivement, je me décalais, et prit le même chemin que Cameron. Je me retournais, marchant à reculons, et lançais un splendide sourire à mon amant avant de me retourner et de partir, avec comme objectif de faire au plus vite une nouvelle garde.

Un sourire collé aux lèvres, je marchais d’un pas détendu vers les abords de l’hôpital. Mais une fois devant, je m’arrêtais, le sang glacé, et le bonheur qui s’était répandu en moi partit aussi vite qu’il était arrivé.

Alors Jaeden…Tu ne viens pas dire bonjour à ta mère ?

Nothing to prove – Chapitre 8

Chapitre 8 écrit par Lybertys

 

J’entendis Jaeden crier mon nom, mais je ne pouvais pas m’arrêter, surtout pour me retrouver face à lui. Je ne voulais pas voir le Jaeden peiné pour moi, s’apitoyant sur mon sort. Je l’avais déjà assez fait moi-même. Je voulais être seul, pour toujours… Je perdais très rapidement toute notion de l’espace et du temps. La seule chose que je souhaitais, c’était de fuir. Depuis son arrivée, tout mon monde, tout ce que je m’étais efforcé de construire, tout ce que j’avais mis en place pour me protéger était en train d’être détruit. Le pire était, qu’au plus profond de moi, je sentais que je ne pouvais m’empêcher d’éprouver encore bien trop pour Jaeden. C’était sûrement pour cela que je ne voulais pas qu’il sache… J’avais abandonné le jour où il avait couché avec un homme lorsque j’étais allé chercher refuge chez lui. En me laissant toucher par Ewen, j’avais cherché à vivre une autre douleur plus vive qui atténuerait peut être les hurlements qui déchiraient mon cœur : une souffrance physique pour en amoindrir une autre plus sournoise et néfaste…Et pourtant, je l’aimais toujours, aussi fort que le premier jour.

Mais je n’avais pas le droit, je ne pouvais pas. En le quittant, j’avais tiré un trait, et maintenant je ne le comprenais que trop tard, plus aucun espoir ne devait m’être permis. Il me l’avait très clairement fait comprendre depuis notre baiser dans le parc et tout ce qui avait suivi, jusqu’à la visite de son frère. Je parcourais les couloirs à une allure folle, me moquant de bousculer des personnes au passage. Jaeden commençait à être distancé, et j’étais loin de souhaiter le laisser me rattraper. Je tournais sans réfléchir, la vue brouillée, sans me rendre compte que je me rendais dans un lieu qui m’était interdit. Mon cœur battait extrêmement vite et je sentais ma raison filer entre mes doigts. Jamais je n’avais ressenti cela, j’étais pris d’un vertige tel que j’avais l’impression que ma chute vertigineuse avait déjà commencé.

Soudain, après un virage je me retrouvai face à une porte fermée à clef. Paniqué, je bougeai la poignée dans tous les sens, tapai sur la porte  de toutes mes forces. Il fallait que j’aille encore plus loin, j’étais encore, trop proche de Jaeden. Perdu dans ma terreur, je n’entendis ni ne sentis venir une infirmière qui posa brusquement sa main sur mon épaule en me demandant sévèrement ce que je faisais là. Réagissant au quart de tour, je me retournai en laissant échapper un cri en me retournant brusquement. Sous l’effet de la surprise, elle se recula, comme surprise par ma folie agressive.

Ce n’était pas la première fois que j’avais vu ce regard posé sur moi. Il ne faisait que me rendre encore plus désespéré par cette aliénation qui m’envahissait. Au souvenir de mes crises passées, j’eus le réflexe automatique de regarder sa main. Elle tenait bel et bien une de ces seringue de tranquillisant que je ne connaissais que trop bien. Alors qu’elle s’avançait vers moi, je reculai, laissant soigneusement la même distance entre nous. Je ne voulais pas qu’elle m’approche et, bien que je la craignais, je lui lançais ce regard froid dans lequel elle ne voyait que celui du meurtrier que j’étais. Alors qu’elle tentait de m’attraper par le bras, je la repoussai avec une violence que je ne me connaissais pas. J’avais peur, tellement peur… Je ne voulais pas retomber dans ce néant empli de mal-être dans lequel me plongerait cette injection. Pourtant elle avançait toujours vers moi menaçante, jusqu’à ce que je me retrouve plaqué contre le mur. C’est à cet instant que je sentis quelque chose de poisseux sur le mur qui n’était autre que mon sang coulant de mon bras, se déversant sur ma main. Rabattant mon poignet sur ma poitrine, je ne savais plus quoi faire, j’étais comme pris au piège, affrontant l’inévitable. Elle n’avait plus qu’à se jeter sur moi, et je savais pertinemment que je ne ferais pas le poids.

Pourtant, je refusais de me laisser faire, un sentiment de panique mêlé au peu d’orgueil et de fierté qu’il me restait me faisait me battre. Ces piqûres je les avais tant craintes et détestées la première année de mon arrivée ici. C’était grâce à celles-ci qu’ils m’avaient assagi, me faisant tomber dans cette démence définitivement. Peu à peu j’avais appris à tout cacher, à tout garder pour moi, et à me défouler en cachette lorsque j’écrivais, m’isolant un peu plus. Je ne voulais plus connaître cette sensation, me sentir plonger sans pouvoir bouger physiquement, sans pouvoir exorciser cette douleur qui me transperçait. Mais c’était sûrement la seule solution pour mon cas… J’étais bel et bien fou…

–              Tu ne me laisses pas le choix Ilian ! Tu n’as pas le droit d’être ici sans permission ! Dit-elle offensive.

J’entendis ce qu’elle me dit sans vraiment l’écouter et je ne réalisais que trop tard qu’elle se jetait sur moi. Je poussai un cri, plus par rage et désespoir que par peur. J’eus beau me débattre, j’en connaissais déjà l’issue. Alors qu’elle allait planter sa seringue dans mon bras, il me sembla entendre Jaeden crier :

–              Non !

Mais ce fut trop tard, à peine la seringue eut-elle pénétré dans mon bras. Mes yeux se tournèrent vers Jaeden, comme si je voulais emporter cette dernière image avec moi. Ce fut au moment où nos regards se croisèrent que je réalisai que ce que je craignais le plus, ma plus grande peur, c’était qu’il s’éloigne maintenant de moi. Alors que plus que tout en cet instant j’avais besoin de lui malgré ce que les signes extérieurs montraient, j’avais maintenant terriblement peur de le dégoûter, terriblement peur de le perdre, terriblement peur qu’il m’abandonne. A peine eusse-je posé mon regard dans le sien que je sombrai, quittant brutalement ce monde pour un moment, me mourant dans ce corps inerte, face à une douleur qui serait difficilement supportable.

Encore une fois, il arrivait trop tard… Je tombai dans ce même froid noir et terrible qui m’était malheureusement familier ; ce néant dont on ne ressortait jamais vraiment indemne, une absence indéfinie dans ce monde.

***

 

Je détestais le bruit des clapotis des doigts de ma mère sur son clavier d’ordinateur, échangeant des mails avec ses nombreuses amies. Il ne devait pas être loin de onze heures du soir, et j’étais quant à moi affalé sur le canapé, changeant fréquemment de chaîne, ne trouvant rien d’intéressant à regarder. Je manquais aussi beaucoup de concentration, celle-ci était portée sur mon téléphone portable qui refusait de sonner. En vérité, j’attendais avec impatience un appel de Jaeden, ou même un simple message. Il était encore à une de ses soirées avec ses amis. Lui devait certainement plus s’amuser que moi. J’avais envie de le voir et pourtant je savais que ce ne serait pas pour ce soir. Je soupirai, j’avais déjà eu du mal à ravaler ma déception au sujet de ce soir, ayant espéré passer cette soirée avec lui, mais il avait prévu d’autres projets dont je ne faisais pas partie. Ewen ne cessait de me dire qu’il fallait que je me montre moins collant et pourtant c’était au dessus de mes forces. Je me retrouvais donc devant ma télévision, à ruminer en tentant de tuer le temps et d’attendre que le sommeil ne me saisisse. Autant dire que j’étais saisi d’un profond ennui. Je résistais depuis un long moment déjà à envoyer ne serait-ce qu’un petit message à Jaeden, afin de lui transmettre une petite pensée. Nerveusement, je tenais mon portable, jouant à le faire tourner dans ma main droite. De l’autre, je continuais de changer de chaîne. Le bruit des doigts sur le clavier de ma mère ne semblait vouloir cesser.

J’avais cette impression cruelle qu’ils faisaient allonger le temps, le rendant plus pénible à supporter. J’ouvris sans trop m’en rendre compte le clapet de mon téléphone, posant inconsciemment mon doigt sur le clavier. L’envie d’envoyer un message à Jaeden était trop forte. Un petit sourire en coin, je pris une profonde inspiration, réfléchissant à ce que je pourrais lui envoyer. Alors que j’allais appuyer sur la première touche, mon portable se mit à vibrer et un message de Jaeden apparut sur l’écran. Un grand sourire s’affichant sur mes lèvres, je me hâtai de lire :

« Je m’ennuie, tu aurais du venir… »

Mon sourire ne fit qu’augmenter, et je ne pus qu’être heureux qu’il pense à moi, même avec ses amis. L’air de rien, je répondis cependant simplement :

« Il n’y a pas d’ambiance ? »

Je reposai  mon portable à côté de moi, attendant le plus patiemment possible sa réponse. Celle –ci ne tarda pas et quelques minutes plus tard, je reçus :

« Si mais j’ai envie de te voir. T’es où ? Chez ton cousin ou chez toi ? Viens dormir à l’appart ! »

Devant sa proposition plus que tentante, il n’y avait qu’un obstacle. Me mordant la lèvre un instant, je cherchai la manière qui conviendrait le mieux pour demander la permission à ma mère. Avec mon père je l’aurais eu bien plus facilement, mais avec elle…

–              Maman… Tentai-je.

A mon plus grand bonheur, j’entendis ses mains cesser de taper, et elle me répondit brièvement :

–              Oui ?
–              Je peux aller chez Jaeden ?
–              Quand maintenant ? Demanda-t-elle en se tournant vers moi.

Son air sévère ne laissait rien présager de bon, mais je ne désespérai pas.

–              Oui… répondis-je simplement.

Me lançant un regard noir, elle déclara :

–              C’est non Ilian. Ce n’est pas parce que ton père est là, que tu dois en profiter pour aller voir ce…
–              Jaeden maman, il s’appelle Jaeden, répondis-je plus qu’agacé.

Après un temps j’ajoutai tentant une dernière fois :

–              Papa dort, je suis sûr qu’il sait, alors laisse moi y aller s’il te plait…

Etant décidément totalement contre, ma mère me tourna le dos, et après avoir éteint son ordinateur, elle se leva, et vint devant la télévision pour l’éteindre. Puis d’une voix qui ne laissait entendre aucune négociation possible, elle me dit en se tournant vers moi :

–              Non c’est non Ilian. Il est tard et tu devrais aller te coucher.

Sans rien ajouter, elle quitta le salon, me laissant seul. Rageusement, j’allai me lever pour rallumer cette télévision, lorsque ma sœur choisit ce moment là pour venir me rejoindre dans le salon. Elle alluma la télévision et me piqua la télécommande en se justifiant uniquement après coup :

–              Il y a un film trop bien qui commence dans quelques minutes !

Amusé, une idée me vint alors et je tentai ma chance une fois de plus, voyant en elle un semblant d’espoir.

–              Tu peux m’emmener chez Jaeden maintenant ?

Elle tourna la tête vers moi, surprise et demanda :

–              Les parents sont ok ?
–              Oui, répondis-je, mentant sans aucune honte.

J’avais vraiment envie de le revoir, de passer du temps avec lui alors qu’il me manquait. Ma sœur éclata de rire avant d’assurer :

–              Papa ne voudrait jamais Ilian, surtout pas à cette heure !

Rageusement, je me levai, énervé du comportement général de ma famille à l’égard de ma vie amoureuse. Ma sœur en profita pour s’allonger sur le canapé, ayant maintenant toute la place, sans se préoccuper de moi. Mon portable à la main, j’allai m’enfermer dans ma chambre, résigné à aller définitivement dormir pour faire passer le temps.

Arrivé dans ma chambre, je vis mon paquet de cigarettes posé sur mon bureau près du cendrier vidé. J’ouvris la fenêtre, prenant la décision d’en fumer une. Je savais que ma mère détestait que je fume dans ma chambre, mais actuellement je m’en moquais ouvertement. Alors que je tenais ma cigarette allumée d’une main, je répondis rapidement à Jaeden qu’aucun membre de ma famille ne voulait m’emmener. Je ne rajoutai rien, étant déjà assez agacé et désespéré à ma manière. Ce ne fut qu’une fois ma cigarette terminée que je consentis à fermer ma fenêtre et à aller me coucher. Mais alors que j’allais éteindre la lumière, j’entendis quelque chose taper sur ma fenêtre, un bruit semblable à un petit caillou qu’on venait de lancer dessus. Ce ne fut que lorsque le bruit se réitéra que j’ouvris de nouveau ma fenêtre curieux. Un grand sourire fleurit instantanément sur mes lèvres, lorsque je vis Jaeden dans notre jardin, les yeux rivés sur moi.

Sans un mot, il entreprit d’escalader mon mur et ne tarda pas à arriver dans ma chambre. Debout juste devant ma fenêtre, je le regardai le cœur battant, mon visage illuminé par un sourire, ne cherchant pas à cacher ma joie. Je finis par m’approcher de lui, me collant tout contre son corps, ignorant l’odeur forte d’alcool qui émanait de lui. Je n’aimais vraiment pas lorsqu’il buvait autant, pourtant ce soir là je m’en moquais totalement. Alors que les bras de Jaeden entouraient ma taille, me prodiguant immédiatement cette douce chaleur qui me faisait chavirer. J’aimais son regard désireux posé sur moi, c’était la seule chose que je recevais de lui dans le sens que je désirais, espérant à chaque fois y voir plus. Rapidement, nos lèvres se joignirent, préférant un baiser enfiévré avant de dire quoi que ce soit. Mon cœur battait si fort de joie de finalement le revoir, réalisant qu’il m’avait sérieusement manqué. Cependant, même si sa façon de caresser mon corps était douce et envieuse, rien ne trahissait une possible envie d’aller plus loin. Nos lèvres se quittèrent lorsque le manque d’air fut trop important.  Nous échangeâmes un instant un regard dont je ne parvins à définir la nature. Puis il finit par avancer dans ma chambre, s’éloignant de moi et déclara bien trop fort en se tournant de nouveau vers moi :

–              Franchement tu aurais pu venir Ilian.

Aussitôt je me jetai sur lui, mettant sa main sur sa bouche afin de le faire taire.

–              Parle moins fort Jaeden, mes parents dorment.

Celui-ci posa sa main sur la mienne, la poussant et ajoutant cette fois-ci dans un murmure :

–              Je préfère mille fois avoir ta bouche sur moi à cet endroit là…

Ne résistant pas, je déposai mes lèvres sur les siennes. Il était rare que je prenne de telles initiatives et au moment où j’entrouvrais mes lèvres, je le laissais prendre le dessus. Il m’avait cruellement manqué, et malgré ma timidité, je ne pouvais cacher ce fait dans notre échange. J’aimais sa façon qui me semblait unique au monde, de caresser ma langue avec cette tendresse masquant un désir non feint. S’il ne m’avait jamais dévoilé ses sentiments à mon égard, je pouvais être sûr de cette chose : il était attiré par moi. C’était la seule chose que  j’avais, et je m’en sentais chaque jour plus heureux. Cependant, j’avais de mon côté beaucoup de mal à être à l’aise avec cela. J’utilisais toujours un moyen détourné pour lui montrer que j’avais envie de lui.

Notre baiser échangé me laissa pantelant, totalement enivré par son odeur et la chaleur de son corps qu’il avait volontairement collé contre le mien durant notre échange. S’éloignant légèrement de moi, il déclara légèrement plus bas se souvenant de ma précédente demande :

–              Je dors ici, je partirai avant que tes parents se réveillent demain matin…

Sans me laisser le temps de répondre pour exprimer mon accord ou mon désaccord, il commença à se déshabiller juste sous mes yeux. Si j’avais une certaine pudeur et une timidité légendaire, ce n’était certainement pas son cas. Très rapidement en boxer, il s’installa sur mon lit, recouvrant simplement ses jambes de la couverture. Mes yeux ne parvinrent à se détacher de son torse nu qu’après un effort conséquent. J’éprouvais à chaque fois la même chose : cette sorte de frisson de désir qui saisissait tout mon être et que je ne parvenais à exprimer. Sans un regard pour moi, Jaeden saisit la télécommande et alluma le petit poste de télévision que j’avais dans ma chambre.

Détournant mon regard avec difficulté de son corps non sans rougir des pensées qui me montaient alors à l’esprit, je réalisai que je portais un pyjama plutôt affreux. Cela n’avait donc rien d’étonnant au fait qu’il n’ait d’autre idée que de regarder la télévision. Frustré et gêné, j’enlevai mes habits non sans une grimace et vins le rejoindre une fois que je fus en boxer. Jaeden avait toujours le regard fixé sur le poste, regardant le film que ma sœur avait tant voulu voir. J’en étais à me demander s’il le faisait exprès…
Je savais pertinemment qu’il n’était pas venu pour regarder la télévision dans mon lit. Cependant, s’il attendait que je fasse le premier pas, nous n’allions rien faire de la nuit.

Embarrassé par mes pensées, je rougis doublement lorsque mes yeux se déposèrent encore une fois sur son torse nu, comme offert à mon regard. Maintenant glissé sous les couvertures, je pouvais sentir sa jambe effleurer la mienne. Je ne supportais pas ce contact mais ce n’est pas pour autant que je la bougeais. Durant un long moment, mes yeux ne cessèrent de passer de son torse dénudé à ce film que je ne n’arrivais pas à suivre. N’en supportant pas davantage, je finis par me lever et aller chercher mon cendrier et mon paquet de cigarettes.

Je savais que ce moyen était fourbe, mais je ne voyais pas d’autre choix. A chaque fois que j’allumais une cigarette, cela excitait Jaeden. C’était d’ailleurs presque devenu un code entre nous. N’osant jamais lui dire que j’avais envie de lui, je me contentais d’allumer une cigarette que j’avais la plupart du temps rarement le temps de  finir. Je repris place à côté de lui, me remettant sous les couvertures, toujours trop pudique pour m’exhiber. Lentement, j’allumai ma cigarette, observant discrètement sa réaction. Il n’eut toujours aucun regard pour moi, se contentant de sourire légèrement, ayant parfaitement compris mon message.

Mais à mon plus grand désarroi, son sourire finit par disparaître et il continua de regarder ce film débile. Agacé, mais trop réservé pour le laisser paraitre, je finis ma cigarette le plus rapidement possible. Finissant par l’éteindre avec soin, je déposai le cendrier sur ma table de nuit, et m’approchai de Jaeden, décidant enfin de me jeter à l’eau.

Pour la première fois de ma vie, je me jetai à l’eau, le cœur battant. Il consentit à ce moment là seulement à tourner la tête vers moi. Hésitant, j’attrapai la télécommande et éteignis cette maudite télévision, avant de retourner toute mon attention sur lui. Sans prendre le temps de réfléchir ou de réaliser ce que j’étais en train de faire, je recouvrai ses lèvres d’un baiser, souhaitant retrouver sa langue qui à chaque fois me grisait. A mon plus grand bonheur, Jaeden répondit au baiser vivement, partageant la frustration qu’il venait de nous imposer. Sa langue vint chercher la mienne avec avidité, alors que mes mains glissaient déjà sur son corps. Jamais je n’avais agi ainsi, avec autant d’assurance. Je ne comprenais pas vraiment ce qui m’arrivait, mais déjà mon corps frissonnait sous les caresses expertes de mon amant. La douceur de sa peau, ses caresses expertes, le brasier de ses baisers, son odeur si particulière, le goût exaltant de ses lèvres : pour rien au monde je ne voulais être privé de cela un jour. 

Comme ivre, ma main glissa sur sa jambe, glissant sans m’en rendre compte de son genou jusqu’à son bas-ventre, effleurant à peine son intimité. La réaction fut immédiate. Jaeden lâcha mes lèvres un instant, laissant échapper un gémissement de plaisir. Surpris et anxieux, je m’éloignai de ses lèvres, sans trop savoir quoi faire. Heureusement, il m’attira de nouveau à lui, retrouvant mes lèvres comme si cette séparation minime avait duré des années. Encouragé par ce baiser et prenant instantanément goût à provoquer ce son et cette sensation chez lui, je laissai de nouveau glisser ma main loin d’être aussi experte que la sienne, jusqu’à son intimité déjà plus que durcie. L’effleurant à peine, un deuxième gémissement naquit du fond de la gorge de Jaeden pour mourir entre mes lèvres.

Plus qu’encouragé, je réitérai mon geste, ne me lassant plus d’entendre ce son, trop heureux de découvrir les joies de prodiguer du plaisir à mon vis-à-vis. Devenant de plus en plus entreprenant et prenant de l’assurance,  je passai cette fois-ci ma main sur son entrejambe avec plus de fermeté, la touchant au lieu de simplement l’effleurer. A ce contact, tout son corps se cambra, ne parvenant apparemment pas à être immobile. Il quitta en même temps mes lèvres, laissant échapper après un gémissement rauque :

–              Ilian… S’il te plait…

Je compris instantanément ce qu’il me demandait, même s’il ne l’avait pas formulé explicitement par des mots, son corps parlait pour lui. Jamais encore je ne lui avais fait de fellation, ce qui avait été plusieurs fois un sujet de dispute. Mais ce soir là étrangement, même si j’étais particulièrement stressé à l’idée de le faire, je me sentais de passer le cap, ou du moins de faire un pas en avant. J’allais pouvoir me glisser sous les couvertures et ainsi être caché de lui. Ses mains continuaient de caresser mon corps, avec plus d’empressement, comme impatient de ce qui allait suivre. Ne souhaitant pas passer plus de temps à réfléchir, je me glissai de façon féline sous les couvertures, laissant mes mains partir en éclaireuses.

Aucun mot ne sortit de nos lèvres, me laissant faire, à mon plus grand soulagement, les gémissements de Jaeden comme encouragements. Je n’avais jamais fait ce que je m’apprêtais à faire, ni à Jaeden, ni à aucun autre homme. L’angoisse de mal faire et de ne pas savoir m’y prendre pour réellement lui donner du plaisir me comprimait la poitrine. Pourtant, mes mains caressaient déjà son bas ventre, tandis que mes lèvres se déposaient sur son torse, le goûtant comme pour la première fois. Tout de même tendu malgré l’excitation, je pris son sexe dans ma main, afin de me guider. Il ne me restait plus qu’un pas à faire pour le grand saut. Prenant sur moi, mettant mes craintes entre parenthèses un instant, placé entre ses jambes sous la couette, j’effleurai à peine de la langue son sexe qui pulsait dans sa main. La réaction ne se fit pas attendre, tout son corps s’arqua, et il sembla retenir à grand peine un cri de plaisir. Je lui en étais d’ailleurs grandement reconnaissant, car nous étions quand même chez moi et même si la chambre de mes parents était assez loin de la mienne, je ne désirais pas qu’un cri trop fort nous trahisse. 

Renouvelant plusieurs fois la même chose, je me laissai porter par mon instinct et mes envies, attentif à la moindre de ses réactions. Après l’avoir frôlé une dernière fois, je finis par le lécher goulûment de tout son long, avant de le prendre en bouche avec le plus de délicatesse et de sensualité possible. Même si je n’égalisais pas Jaeden, je semblais m’en sortir plutôt pas mal.

Peu à peu, je me détendis, prenant confiance et me laissant aller à plus de fantaisie. Les gémissements de Jaeden semblaient sans fin, l’emmenant irrémédiablement au point de non retour. Je dus avouer que je prenais à mon tour de plus en plus de plaisir à lui faire cette fellation, n’ayant jamais pensé que cela me soit possible un jour. J’apprenais à être attentif à la moindre de ses réactions, me laissant même aller une fois à me jouer de lui.

Ma langue serpentait amoureusement son intimité, ayant maintenant perdu toute honte. Caché par les draps, je prenais confiance en moi. Entendre Jaeden murmurer mon prénom avec cette voix si suave électrisait mes sens. J’avais passé énormément d’étapes avec lui. Ce n’était que mon amour pour lui, chaque jour grandissant qui me faisait me surpasser. Etrangement, même si jamais il ne m’avait dévoilé ses sentiments, j’avais profondément confiance en lui. Mon cousin me disait  souvent que j’étais totalement aveuglé par mes sentiments, mais je ne l’écoutais pas, n’en ayant pas la moindre envie. Après de nombreux mouvements de rythmes inégaux, je sentis tous les muscles de Jaeden se contracter violemment, me disant, non sans quelques difficultés :

–              Ilian… Je…J’en peux plus… C’est trop bon…

Atteint d’un état d’ivresse, je ne m’arrêtai pas pour autant, comprenant qu’il tentait de me prévenir que la jouissance était plus que proche. Sans me dégonfler, voulant aller jusqu’au bout, je me laissai aller à lui offrir encore plus qu’il ne l’espérait. Jaeden se déversa dans ma bouche, dans un cri qu’il ne parvint à contenir. Peu à peu chacun de ses muscles se décontracta et je me décidai à sortir de sous la couverture après un temps que je jugeai bien trop court.

Maintenant hors de l’action, je me sentais envahi d’un profond sentiment de honte, et c’est le rouge aux joues que Jaeden me vit ressortir. Ses bras puissant me hissèrent jusqu’à lui, me collant contre son torse qui se soulevait encore au rythme d’une respiration accélérée. Sournois, je collai volontairement mon intimité honteusement durcie contre la sienne, lui faisant comprendre que j’avais envie de plus. Cependant, lorsque nos lèvres se séparèrent à mon plus grand mécontentement, Jaeden me regarda comme jamais il ne l’avait fait auparavant. Une lueur étrange brillait dans ses yeux. Inquiet et intimidé, je me laissai glisser à coté de lui, me sentant soudain plus que mal à l’aise dans ma position de dominant. D’une voix rauque et pleine d’espoir qui en aurait fait succomber plus d’un, il me demanda soudain, me fixant toujours droit dans les yeux :

–              Ilian… J’aimerais bien… Enfin… Tu n’as jamais voulu être à ma place ?

Presque instantanément je devins pâle comme un linge. Presque tremblant, mon regard ne put que fuir le sien. C’était une chose de lui procurer du plaisir comme je venais de le faire, mais ce qu’il me demandait était trop. Jamais je ne m’en serais senti capable. Dominer et prendre la place de l’actif  n’était pas dans ma nature. Bredouillant, la voix presque coupée par l’émotion, je déclarai plusieurs phrases décousues :

–              Jaeden.. Non, je…  Je suis désolé…  Je serais vraiment grotesque dans ce rôle… Je ne saurais pas faire. Je… J’ai peur de…

Véritablement effrayé, et totalement paniqué,  je ne parvenais plus à réfléchir rationnellement, et las de mes paroles incompréhensibles, Jaeden me fit taire en m’attirant à lui, me volant un baiser. Cela n’empêcha malheureusement pas mon cœur de se comprimer douloureusement, meurtri par la multitude de sentiments qui me submergeaient. Sa bouche me quitta  après un temps, alors que je commençais à pleurer, me trouvant lamentable. Comment pouvait-il rester avec une personne comme moi ? Je ne lui donnais du plaisir qu’à moitié, alors que je lui murmurais tant de fois combien je l’aimais. S’apercevant de mon trouble et de mon état, il s’écarta encore un peu, et constatant mon état excessif, il passa sa main sur ma joue avec une tendresse inégalable, avant de me souffler, dans un ton qui gonfla mon cœur d’amour :

–              Hey Ilian… Faut pas te mettre dans cet état… C’était juste une demande comme ça… Ce n’est pas grave… On essaiera plus tard… Lorsque tu te sentiras prêt.

Les larmes redoublèrent sans que je puisse les contrôler. Je le voyais là, si beau et si sur de lui. Sourd à sa tendresse, trouvant que j’étais loin de la mériter, je sanglotai d’une voix mal assurée et usée :

–              Qu’est ce que tu fais avec un mec comme moi… ?

Et c’est là que contre toute attente, il me répondit sur un ton léger :

–              A vrai dire je ne sais pas non plus…

Inquiet, je fixai son visage, croisant son regard, et eus le soulagement de le voir sourire, me rendant compte du ridicule de ma question et de ma tendance à tout exagérer, je tentai de sourire à mon tour, essayant du moins de cesser de pleurer. Encore une fois, il éludait avec savoir faire mes questions de ce genre. Mais ce soir, je ne voulais pas parler de cela. J’avais envie de profiter de cette soirée avec Jaeden. Alors qu’il se penchait au dessus de moi, me mettant sur le dos, il vint délicatement retrouver mes lèvres, m’en laissant l’empreinte à jamais. La caresse suave de ses mains ne tarda pas à reprendre. Allongé au dessous de lui, comme au creux de ses bras, je me sentais protégé, gonflant mon cœur de ce sentiment illusoire pendant un court instant d’être aimé. Un sourire se dessina sur mes lèvres au souvenir de ma première fois avec lui, m’en souvenant à chaque moment de ce genre. C’était lui qui avait été mon premier homme et pour rien au monde je n’aurais voulu le faire avec un autre.

C’est alors que, perdu au milieu de ses attentions toutes plus grisantes les unes que les autres, je sentis une présence s’insinuer en moi, passant sous mon boxer, un simple doigt qui me fit grimacer, me tentant imperceptiblement. Jaeden s’en aperçut presque immédiatement, et fit tout pour me faire oublier cette douleur, glissant ses lèvres brûlantes dans la peau de mon cou sensible. Depuis le début, il avait toujours été extrêmement attentif à tout ce que je ressentais, se retenant plus d’une fois pour ne jamais prendre du plaisir à mon détriment. Placé ainsi sous lui, les jambes légèrement écartées, j’avais une totale confiance en lui, m’abandonnant à lui…

Peu à peu mon boxer alla rejoindre le sien sur le sol, alors qu’un deuxième doigt me pénétra, rejoignant le premier, me faisant cette fois si frissonner de plaisir. L’excitation était maintenant à son comble, revenant en flèche chez mon amant, qui faisait preuve de plus en plus d’impatience. J’avais terriblement chaud et pour rien au monde je n’aurais voulu que cet instant ne cesse. Me mordant la lèvre inférieure, j’essayais de ne pas laisser échapper un seul gémissement, agaçant Jaeden. C’était une chose que j’avais toujours du mal à faire, et le fait d’être chez moi n’allait certainement pas me décoincer.

A bout de patience, me regardant de ce regard qui me mettait dans un état second, il retira ses doigts de moi, écourtant la préparation, et se mit en position pour la suite. J’étais à la fois empressé et anxieux de la suite. Pourtant ce fut avec une douceur et une tendresse extrême qu’il pénétra en moi, recouvrant mes lèvres pour accompagner. Mes mains se crispèrent sur ses épaules alors qu’il entamait un mouvement lent de va et vient, nous entraînant  dans une danse vieille comme le monde. Je perdais pied…

C’était uniquement dans ce genre d’instant que je me sentais pleinement bien et complet. Me surprenant sa main vint toucher mon intimité douloureusement gonflée alors que son autre bras était posé à côté de ma tête pour se maintenir. Je retenais avec de plus en plus de difficultés mes gémissements. Il en était de même pour Jaeden. Nous parvenions tant bien que mal à nous taire au milieu de nos baisers, tous plus sulfureux les uns que les autres. Mon bassin suivait le sien, cherchant toujours plus de contact. Je sentais indéniablement la jouissance s’approcher de moi, me forçant à tenir encore pour accompagner cette de Jaeden.

S’en apercevant, il ralentit ses caresses et son déhanchement, prolongeant un peu plus cet instant magique. Ce n’est que lorsqu’il nous fut impossible de tenir plus longtemps que Jaeden, le corps luisant de transpiration m’offrit tout ce qu’il avait, accélérant considérablement sa cadence. Je ne sus comment nous retînmes nos cris, lui jouissant quelques instants après moi, se déversant en moi. Son corps retomba lestement sur le mien, rajoutant à ce sentiment de plénitude qui venait de me bouleverser. J’aimais sentir la douce caresse de son souffle encore rapide dans mon cou. Son cœur battait presque aussi vite que le mien, et ses mains glissaient lentement sur mon corps avec une tendresse sans pareil. Il était encore en moi, et nous ne semblions tous deux pas avoir envie de nous séparer tout de suite. Ses lèvres finirent par rejoindre  les miennes, sa langue avait encore ce petit goût d’alcool. Son odeur typiquement masculine embrasait mes sens.

Pour rien au monde je ne voulais être privé de ces moments et de sa présence. C’était ces instants d’intimité qui nous soudaient chaque fois un peu plus, ces instants où je me sentais complet.
Finalement, ce fut après un temps que je jugeais trop court qu’il se retira et s’étendit près de moi. Ne supportant pas cette distance, je ne lui laissai pas le temps de faire quoi que ce soit et je me collai tout contre lui, amenuisant au maximum chaque espace de vide entre nous. Jaeden ne me repoussa pas, au contraire… Il remonta la couverture sur nos deux corps, et passa un bras autour de ma taille. C’était rare qu’il soit aussi doux et qu’il ne me repousse pas sous mes excès d’amour.

Lové tout contre lui, je me laissai aller à fermer les yeux dans un soupir de bien être. Le sommeil ne tarda pas à m’emporter, le cœur débordant de tendresse et de bonheur.

 

***

 

Il ne devait pas être loin de sept heures du matin lorsque j’eus l’agréable surprise de me faire réveiller par quelques caresses. Les mains de Jaeden parcouraient mon corps sans la moindre pudeur. A peine eusse-je ouvert les yeux, que je pus voir le visage de Jaeden à quelques centimètres du mien, un sourire en coin dépeint sur ses lèvres. Rechignant à vraiment quitter le sommeil, je ne fis rien, me contentant de plonger mes yeux dans les siens, me perdant dans le marron tacheté de bleu de ses iris.

Celui-ci finit par me dire, sans se retenir de rire :

–              Je ne pouvais pas compter sur toi pour me réveiller afin de partir avant que l’on se rende compte de ma présence ici.

Revenant sur terre, je ne pus m’empêcher de rougir violemment à la pensée de ce que nous avions fait hier soir et surtout ce que je lui avais fait. Encore plus amusé par ma réaction, il ajouta :

–              En tout cas, c’était vraiment sympa hier soir…

Sans que je n’aie le temps de répondre quoi que ce soit, il vint rejoindre mes lèvres en un doux baiser matinal. Evidemment ce genre de moment ne pouvait être totalement parfait. Ma sœur choisit ce moment là pour rentrer en trombe dans ma chambre, sans frapper, comme elle l’avait toujours fait.

–              Ilian tu peux me donner…

Sa voix se suspendit un instant sous l’effet de la surprise de me retrouver nu dans mon lit avec Jaeden dans la même tenue en train de m’embrasser. Je virai au rouge, très mal à l’aise alors qu’elle déclarait d’un ton volontairement blessant :

–              Depuis quand t’es plus puceau toi ?

Heureusement, Jaeden vint à mon secours et lui répondit sur le même ton :

–              Mêle-toi de ce qui te regarde !

Je lui en étais grandement reconnaissant, car autant dire qu’à cet instant précis, je ne savais plus où me mettre, préférant être à dix mille lieux d’ici. Ma sœur ne se laissa pas pour autant démonter, n’ayant jamais aimé mon amant, elle rétorqua :

–              Je suis chez moi je te signale, je peux très bien aller prévenir ma mère !

Jaeden devint alors mauvais et il répliqua du tac au tac, se tendant sous la colère :

–              Ouais vas-y, j’en profiterai pour lui dire qu’il y a deux jours tu n’étais pas chez une amie, mais chez mon frère qu’elle t’a interdit de voir non ?

Ma sœur devint rouge de colère comme rarement j’avais pu la voir. Alors qu’un sourire naissait sur mes lèvres malgré ma gêne, celle-ci sortit de la chambre en claquant rageusement la porte. Jaeden s’allongea de nouveau en poussant un soupir, satisfait de lui-même. Trop heureux qu’il ait pris ainsi ma défense, je m’allongeai à ses côtés, en profitant pour l’enlacer. Celui-ci ne résista pas à me voler un baiser qui me laissa rêveur. Puis, s’éloignant  légèrement de moi à contrecœur, Jaeden déclara :

–              Il vaudrait mieux que je m’en aille, je suis sur que ta conne de sœur est déjà en train d’aller parler à ta mère de ma présence ici.

Je ne parvins pas à cacher ma déception, alors qu’il était sorti du lit, et était déjà en train de s’habiller. Je restais là, assis sur mon lit, en train d’admirer ses formes qui se cachaient trop rapidement sous ces bouts de tissu inutiles. Celui-ci se tourna vers moi, comprenant très bien mon manège. Il ne fit cependant aucun commentaire, et s’approcha de moi alors que mes joues s’empourpraient. Déposant un rapide baiser sur mes lèvres, il me proposa :

–              Tu n’as qu’à venir à l’appartement cet après-midi…

Un sourire illumina presque instantanément mon visage. Jaeden me rendit mon sourire avant de partir par la fenêtre. Je restais là, assis dans mon lit, un sourire béat sur les lèvres. Malheureusement mon bonheur fut de courte durée, entendant bientôt les pas énervés de ma mère se dirigeant jusqu’à ma chambre. Elle y entra sans frapper, me laissant uniquement le temps de pousser un petit cri de surprise. Sans poser ses yeux sur moi, elle regarda chaque recoin de la pièce, cherchant mon amant qui était parti à temps. Ne trouvant pas ce qu’elle recherchait, elle reporta toute son attention sur moi, et déclara sans cacher sa colère :

–              Où est-il ?

Tentant de feindre l’ignorance je répondis  assez insolemment :

–              Bonjour maman. Tu cherches quelqu’un ?
–              Ca ne va pas se passer comme ça Ilian ! Là tu dépasses les bornes ! Je t’interdis de le faire venir sous notre toit, sans que je t’en donne la permission.
–              Dans ce cas là, il risque de ne jamais venir ici ! Rétorquai-je en me redressant.
–              Comment oses-tu être aussi insolent Ilian ! Cria-t-elle presque.

Sans me départir de ma colère, je poursuivis :

–              C’est vrai quoi ! Pourquoi ma sœur à le droit de ramener des tas de mecs à la maison ?
–              Le sujet n’est pas ta sœur mais toi et…
–              Jaeden maman, il s’appelle Jaeden… Ca fait un moment que  je le connais, tu pourrais te souvenir de son nom !
–              Ne me parle pas sur ce ton ! Attaqua-t-elle sur la défensive.
–              Il ne t’a jamais manqué de respect comme le font les nombreux copains de ma sœur ! Ce n’est…

Je n’eus pas le temps de finir ma phrase que ma mère venait de poser son yeux sur quelque chose qu’elle n’aurait certainement pas du voir. Suivant la direction de son regard, je rougis instantanément en voyant le boxer posé sur le lit qui n’était pas le mien. Jaeden ! Je jurai intérieurement contre lui. Redressant mon visage vers celui de ma mère qui me lançait des éclairs, je ne sus que faire ni comment réagir. Il avait évidement fallu qu’elle voit par la même occasion mon pyjama négligemment jeté par terre.
Furieuse, il ne lui en fallut pas plus pour me hurler dessus des mots violents et blessants. Me repliant dans ma carapace, je ne l’écoutais plus, courbant le dos et baissant lez yeux. Heureusement, elle fut soudain coupée par une voix grave, celle de mon père qui venait à ma rescousse.

–              Amanda, laisse-moi avec Ilian s’il te plait. Lui hurler dessus comme ça, ça ne sert à rien.
–              Tu ne vas quand même pas prendre la défense de ce gosse.
–              Je ne suis plus un enfant ! Je suis bientôt majeur, et lorsque j’aurai 18 ans, j’irai vivre avec Jaeden et son frère. Répondis-je.

Les larmes coulant sur mes joues, étaient très loin de m’aider à donner du poids à ce que je venais de déclarer.

Soupirant d’agacement, ma mère sortit sans rien répondre en claquant la porte. Je réalisai peu à peu que ce que je venais de dire, avait été dit dans l’unique but d’exaspérer ma mère, la provoquant malgré moi. Ces temps-ci, j’avais énormément de mal à m’entendre avec elle. J’allais avoir dix-huit ans dans quelques semaines, et je ne comptais certainement pas quitter la maison si tôt.

Avec un sourire bienveillant mon père vint s’asseoir à côté de moi sur le lit. Mes yeux baissés, je n’osai pas soutenir son regard. Prenant une profonde inspiration, il commença à parler :

–              Ilian… Ta mère m’a un peu parlé de ta relation avec… Avec ce jeune homme…
–              Jaeden papa… Il s’appelle Jaeden, combien de fois il faudra que je vous le dise, dis-je plus calmement, ancrant mon regard dans le sien.

Mon père toussota et se reprit :

–              Hum… Oui, Jaeden…Celui que tu as emmené quelques fois à la maison ?

Je ne fis qu’acquiescer, curieux de la suite de son discours.

–             Ta mère a raison, tu ne devrais pas l’inviter alors que nous ne sommes pas au courant…
–              Mais… Commençai-je à protester, alors que mon père continuait.
–              Surtout… Surtout pour faire ce genre de choses, ajouta-t-il assez mal à l’aise.

Il n’en fallut pas plus pour me faire rougir plus que de raison. A cet instant là, j’aurais voulu disparaître. Aborder ce sujet avec mon père était vraiment la dernière chose que je souhaitais. Semblant comprendre mon embarras, mon père posa une main sur mon épaule.

–              Plus de ça la prochaine fois Ilian, c’est tout ce que je te demande.

Semblant vouloir abréger mes souffrances, il se leva et ajouta :

–              Allez viens on va déjeuner.

Attendant que je me lève, je rougis encore plus qu’il n’était possible, ajoutant encore plus embarrassé :

–              Je te rejoins, je suis… Je suis tout nu…

Heureusement, il ne fit aucun commentaire, se contentant de sortir silencieusement de la pièce. Me retrouvant seul, je me levai et attrapai de quoi m’habiller afin d’aller ensuite me laver. La journée commençait assez mal et je me demandais comment j’allais pouvoir faire passer la demande de sortie chez Jaeden de cet après-midi.

 

J’eus un réveil assez désagréable. C’était d’ailleurs toujours le cas lorsque je me réveillais de ce genre de repos forcé. Mais ce n’était pas cela qui m’avait fait quitter le sommeil. C’était ce manque de présence à côté de moi qui durait un peu trop longtemps. Durant tout mon repos, je l’avais senti tout près de moi, comme un protecteur bienveillant. Mes yeux papillonnèrent, s’habituant à l’obscurité de la pièce avec difficulté. Je ne savais pas combien de temps j’avais dormi, mais ma tête me lançait douloureusement.

–              Tu te réveilles enfin Ilian ! Déclara joyeusement Melvin assis à côté de moi, me faisant sursauter.

Massant mon crâne avec difficulté, comme pour exorciser ma douleur, j’avais du mal à cacher ma déception de voir Melvin assis à mes côtés. J’aurais voulu que ce soit un autre homme qui apparemment était trop dégoûté par ce qu’il venait d’apprendre sur moi. Mes souvenirs et mes pensées venant en foule, je parvins à articuler difficilement en le regardant :

–              Ca fait longtemps que tu es ici ?
–              Deux jours. Depuis qu’ils t’ont fait cette piqûre, je suis resté à ton chevet.

Me rappelant presque instantanément qui était à l’origine de tout cela, je lui déclarai, cachant avec difficulté mon mal être et ma colère :

–             Je t’avais interdit de lire ce journal ! Tu m’as trahi, tu n’avais aucun droit d’en parler à Ja… Au docteur Sadler ! M’exclamai-je aussi vivement que mon était d’engourdissement me le permettait.
–              Mais il t’a fait souffrir, ce n’est pas lui qui devrait être ton psychiatre ! Me répondit Melvin d’une voix plaintive.
–              Mon psy et le garçon de mon journal ne sont pas les mêmes, ils ont peut être les mêmes noms, mais ils n’ont rien en commun ! Tentai-je vainement.
–              Je ne te crois pas… Souffla Melvin décontenancé.
–              Et bien ne me crois pas, mais ne fous pas sa carrière en l’air pour tout ça parce que tu as lu des choses idiotes dans un simple journal !
–              Depuis quand tu t’inquiètes pour la carrière de quelqu’un ?!? Répliqua-t-il. Il n’est pas venu te voir de tout le week-end,  ça ne te fait rien ?!?

Mon cœur se serra douloureusement à cette pensée mais je ne laissai rien paraître. J’étais loin de vouloir aborder ce sujet avec lui maintenant, et je n’avais surtout pas envie d’y méditer. Je savais que dès lors il ne me regarderait plus de la même façon et souffrir de son dégoût et sa pitié allait être un des choses les plus insurmontables. Coupant net à ce genre de conversation, je lui répondis le plus sèchement et le plus froidement possible, meilleure méthode pour masquer mes sentiments :

–              De toute façon il n’est que mon médecin, pourquoi viendrait-il me veiller.
–              Pourtant, insista tout de même Melvin, je trouve que tu parles souvent de lui.

Je ne pus m’empêcher d’éclater de rire. Les nerfs étaient en train de me lâcher de nouveau. Accomplissant une nouvelle fois un rôle que je me donnais, je déclarai encore plus froidement :

–              C’est mon psy, rien que ça ! Non mais tu l’as regardé ? Qui pourrait l’apprécier.

Je tentais de me convaincre plus que je ne tentais de convaincre Melvin. Aussi je poursuivis aussitôt :

–              Ce type me tape sur les nerfs et ce n’est qu’un idiot. A cause de toi, je vais devoir rattraper ce que tu as dit ! Tu n’avais pas le droit de le dire !
–              Je sais, je suis désolé Ilian… Je me suis emporté…
–              Laisse-moi seul Melvin, finis-je par dire après un long moment de silence.

Sans un mot, Melvin se leva, soufflant encore quelques excuses. Me retrouvant seul, je me redressai avec difficulté, vacillant et tenant mal sur mes jambes. C’était étrange, j’avais l’impression de sentir l’odeur de Jaeden dans la pièce, tout comme j’avais cru sentir sa présence. Tout cela n’était finalement que le fruit de mon imagination débordante et d’un espoir vain de ne pas être à nouveau seul. Retrouver Jaeden, lui parler, ce baiser… Jamais je n’aurais du me laisser aller à faire tout cela, j’allais maintenant en payer le prix fort, et avoir bien plus de mal à reprendre mon rôle. Et puis, comment allais-je pouvoir démentir le fait que mon cousin m’ait violé. Cela tenait de l’ordre de l’impossible…

Parcourant rapidement des yeux dans l’obscurité de ma chambre, j’aperçus un livre posé sur mon bureau. Je n’eus cependant pas le temps de m’en préoccuper plus car quelqu’un frappa à ma porte et entra sans mon accord. J’eus peur un court instant qu’il ne s’agisse de Jaeden, mais c’était uniquement le directeur.

–              Tiens Ilian, tu te réveilles enfin… Comment te sens-tu ?

Je ne répondis rien, acquiesçant mollement de la tête.

–              Melvin n’est pas ici. Je le cherchais pour qu’il regagne sa chambre.

Aussitôt, je réalisai que quelque chose clochait, tout comme je l’avais pressenti lorsque j’avais vu Melvin à mes côtés. Melvin n’avait pas pu rester plusieurs jours à mes côtés, du moins il ne le pouvait pas la nuit, contraint à rejoindre sa chambre. Me tentant imperceptiblement, je demandai, la voix froide mais trahissant une pointe d’angoisse :

–              Où est le docteur Sadler ?
–              Il est rentré chez lui Ilian après t’avoir veillé ces deux jours, il fallait bien qu’il rentre chez lui…
–              Vous voulez dire que… Qu’il est resté dans ma chambre ?
–              Je… Oui, je pensais qu’il t’avait vu à ton réveil. Il est resté auprès de toi, ne te quittant que lorsque c’était nécessaire.

Totalement raide et nerveux, je me collai contre le mur, comme si je ne supportais plus la présence du directeur n’en désirant qu’une seule, celle de Jaeden. Apprendre qu’il était resté près de moi malgré tout, me remplissait de joie tout autant que je me sentais souffrant. Une chose était cependant sûre, je ne pouvais pas rester là, avec lui si loin de moi. Dans mon état actuel, j’avais plus que besoin de lui. Perdu, je me sentais défaillir trop rageusement. D’une voix glaciale, je tranchai :

–              Je veux voir le Dr Sadler !

Alors que des larmes commençaient à me brûler les yeux, le directeur me demanda inquiet :

–              Qu’est ce qui se passe Ilian ? Jaeden doit aussi se reposer tu le verras demain.
–              Je veux voir Jaeden ! Répliquai-je, n’écoutant pas ce qu’il était en train de me dire.
–              Monsieur Sadler Ilian ! Laisse-le se reposer. Si tu veux parler, parle-moi.

Ivre de douleur, je me contentai de répéter, comme sombrant dans ce qui était ma folie :

–              Je… Je ne veux pas parler ! Je veux qu’il soit là ! Je veux le voir.

Sans le vouloir, j’avais de plus en plus de mal à respirer. Je n’avais pas assez de force pour me mettre dans cet état. S’apercevant que j’étais en train de m’agiter bien trop, le directeur me menaça :

–              Ilian ! Je vais faire appel à une infirmière ! Calme-toi, il viendra demain !

M’arrachant violemment ma perfusion, je me plaquai dans l’angle du mur, ne retenant plus mes larmes :

–              Non, non, suppliai-je d’une voix à la fois faible et forte. Tout mais pas ça ! Je… Je veux juste voir Ja… Le docteur Sadler !

Comprenant que ma détresse était plus que sérieuse et sachant pertinemment que des calmants en plus de ceux que je prenais chaque jour ne serviraient à rien, le directeur soupira.

–              Ilian calme-toi, je vais l’appeler d’accord ?

Je pressai mon bras douloureux contre ma poitrine toujours plaqué au mur, le cœur battant et la respiration laborieuse. Le directeur se leva et partit appeler Jaeden comme il venait de me le dire. Une fois seul, mon regard se porta presque instantanément sur le livre que j’avais vu avant l’arrivée du directeur. Rapidement  je tendis le bras et l’attrapai. J’en étais sûr, c’était bien celui de Jaeden. Il était imprégné de son odeur. C’était la seule chose que j’avais de lui dans cette petite chambre. Retrouvant ma place dans l’angle du mur, je serrai le livre dans les mains, n’ayant rien d’autre à faire avant que Jaeden arrive enfin. Je ne savais pas comment j’allais me comporter face à lui, mais je savais que sans lui, ma raison me quitterait pour de bon.

Le directeur finit par revenir, me disant d’une voix posée :

–              Jaeden arrive. Maintenant tu vas te calmer et l’attendre patiemment.
–              Je ne me calmerai que lorsqu’il sera là !

S’en suivit un long face à face avec le directeur. Plus le temps passait, et plus je devenais anxieux et agressif. J’étais maintenant descendu de mon  lit, tremblant et pleurant, comme hystérique. Le livre m’avait échappé des mains, je commençais à ne plus le croire.

–              Je veux le voir ! Vous m’entendez ! Allez le chercher vous avez promis ! Criai-je alors la voix enrouée et fatiguée.

Mes jambes lâchèrent, tombant à genoux à une distance respectable du directeur. C’est alors que très peu de temps après, il finit enfin par arriver essoufflé devant la porte de ma chambre. Croisant immédiatement mon regard plein de larmes, il souffla doucement :

–              Je suis là…

Pendant qu’il rentrait dans ma chambre s’accroupissant à mon niveau, je ne pouvais le lâcher du regard. J’avais eu si peur… Si peur qu’il m’abandonne, qu’il me rejette. J’avais besoin de lui, réellement besoin et plus que jamais en cet instant j’en avais conscience. J’avais du mal à croire qu’il était là, à côté de moi, pensant être face à un mirage.

–              Alors tu te fais encore remarquer… Dit-il, dans un petit sourire qui allégea déjà considérablement mon cœur.

Un faible sourire vint se dépeindre sur mes lèvres. Tentant de faire comprendre à Jaeden que je voulais être seul avec lui, je jetai un bref regard au directeur avant de reposer mon regard sur lui, comme si j’avais peur qu’il ne m’échappe.  Le comprenant à mon plus grand soulagement, il demanda, regardant le directeur à son tour :

–              Peux-tu nous laisser s’il te plait ?
–              Tu es sûr ? Lui fit-il, indécis.
–              Oui. Bonne soirée.

Le directeur acquiesça et sortit de la pièce, refermant la porte derrière lui. Sans réfléchir, je me laissai alors aller, me jetant dans ses bras, le faisant tomber sur le sol. Callant ma tête dans son cou, je n’avais plus la force aujourd’hui d’être celui que je n’étais pas avec lui. Sanglotant sans pouvoir me retenir, je le serrai encore plus contre moi, comme si j’avais encore du mal à réaliser sa présence.

–              Pourquoi tu n’es pas revenu ? Murmurai-je la voix pleine de larmes.
–               Revenu d’où ? Demanda-t-il faiblement.
–              Melvin m’a dit que c’était lui qui était resté à mes côtés, mais c’est toi n’est ce pas ?

J’étais sûr de la vérité, mais je voulais tout de même l’entendre de sa propre bouche, comme pour me rassurer.

–              Non… Je suis désolé, je n’ai pas eu le temps, souffla-t-il, loin d’être convaincant.
–              Menteur, répliquai-je, refermant un peu plus ma prise. Tu as laissé ton livre sur le bureau, ton parfum sur la chaise et… Et je sentais ta présence… Quand je dormais… Pourquoi est ce que tu mens ?

Jaeden plongea alors sa tête dans mon cou, me faisant frissonner de sa respiration si chaude.  J’avais tant besoin de ce genre d’attentions…

–              Parce qu’on ne peut pas… Articula-t-il alors que mon cœur se serrait, passant ses bras autour de ma taille.

Ne souhaitant pas penser à ses paroles et à ce qu’elles impliquaient, je choisis de remettre cette réflexion à plus tard. Je me retrouvais à profiter uniquement de sa présence, lui tout contre moi. J’arrivais à un certain degré de sérénité, oubliant pour un temps mes problèmes. Me laissant porter par l’ambiance du moment,  je finis par avouer en me remettant droit :

–              J’aimerais revenir quatre ans avant…
–              Moi aussi… Murmura-t-il en croisant mon regard.

Me laissant pour la première fois depuis longtemps porter  par mes envies, sans tout calculer ou réfléchir à ce qui pourrait ou non trahir mon personnage. Ma main vint se poser sur sa joue, alors que mon cœur s’emballait rapidement. Au moment présent, je me moquais de tout ce qui s’était passé pendant quatre ans, de ce que j’avais vécu, de ce qui nous avait amené ici, de ce qui  nous avait séparé… Je me coupais du monde un instant, parce que cela m’était nécessaire, et j’emmenais Jaeden avec moi. Mes lèvres se rapprochèrent, jusqu’à toucher les siennes. Un effleurement, comme pour voir si Jaeden acceptait, comme pour ne pas le brusquer. Immédiatement, sa main  passa dans ma nuque et il me rapprocha. Mes lèvres retouchèrent une nouvelle fois les siennes, plus violement cette fois. Un contact qui me grisait chaque fois un peu plus, un contact qui me faisait malgré moi oublier ceux de l’autre homme que j’avais tué. Vivement, je mis mes bras autour de son cou, et me levai sur mes genoux, laissant mon torse toucher le sien. J’avais besoin de ce baiser, tout autant que Jaeden. Je voulais qu’il me prouve que je n’étais pas l’homme le plus sale. Jamais je n’aurais surmonté un rejet de sa part, et cela ne semblait pas être dans ses projets. Ma langue fut la première à vouloir intensifier le baiser, et immédiatement, il me donna l’accès, les entremêlant frénétiquement. Comment avais-je pu me passer de ses baisers. Ses mains se posèrent sur mes hanches, alors qu’il se laissait totalement aller dans notre échange. Jaeden était le seul en qui je pouvais faire confiance. C’était le seul qui pouvait me toucher ainsi sans que cela ne ravive de sombres cauchemars hantant nombre de mes nuits.

Après un temps, nous nous séparâmes, posant mon front contre le sien. Essoufflé, je reposai mes deux mains sur ses joues et mes lèvres vinrent se reposer sur les siennes dans un chaste baiser, comme si je n’en avais pas eu assez. Je me rassis et le pris une nouvelle fois dans mes bras. Jaeden se calla contre le mur et me serra contre lui. Sa main vint se poser dans mes cheveux, me caressant et m’apaisant. J’étais littéralement épuisé, encore comateux des effets de la piqûre. Je me sentais bien dans ses bras, respirant son odeur, sentant son cœur battre, faisant écho au mien. Sa chaleur m’enveloppait de la plus douce des couvertures alors que le sommeil venait me chercher.  Dans un dernier effort, je mis ma tête dans son cou et lui enserrai la taille avec mes bras.

–              Tu m’as manqué… Soufflai-je, alors que je m’assoupissais.

J’entendis son cœur s’accélérer, signe irréfutable que je le touchais plus que je ne l’aurais cru. Sa tête se posa contre la mienne, m’embrassant délicatement le front. Alors que je m’endormais pour de bon, je l’entendis me dire à son tour :

–              Tu m’as manqué aussi Ilian…

***

J’étais là, dans la salle de bain aux murs fades et ternes reflétant les couleurs maintenant présentes sur mon visage. J’avais cette cruelle impression que tout semblant de vie et de vivacité m’avait définitivement quitté. Ewen était en train de me tuer à petit feu. Etendu dans l’eau maintenant trop froide, j’étais incapable de faire un seul geste. Je n’avais plus de force et pourtant je savais qu’Ewen allait rentrer d’ici peu de temps. Inconsciemment, et trop désespéré, je me mis à espérer vainement qu’il soit trop fatigué pour me faire quoi que ce soit, las de manque de réaction.

Je ne pleurais plus, je ne me débattais plus… Je restais immobile dans le lieu où il souhaitait  assouvir ses envies, ne ressentant plus que de la douleur physique et de l’humiliation. Je me sentais sale et pourtant, je savais que j’aurais beau me laver en me frottant le plus vigoureusement possible, rien n’y ferait.
J’oubliais tout ce qui n’était pas présent, même si je craignais l’avenir. J’oubliais Jaeden et sa tendresse, j’oubliais ce qu’il m’avait fait, j’oubliais que je l’aimais… Ewen n’était plus que le seul à faire partie de mon monde.

Avais-je peur ? Cela faisait longtemps que ce sentiment m’avait quitté. M’enfuir, me sortir d’ici, me hisser hors de ce gouffre ? J’avais cessé de l’espérer. Recroquevillé en position fœtale dans la baignoire, je me tendis lorsque j’entendis Ewen rentrer. J’aurais voulu une minute de plus, même la moitié. J’avais de plus en plus de mal à me sortir de cet état de stupeur, et mes instants de répit me paraissaient de plus en plus courts. Rien que le fait d’entendre ses pas dans l’appartement me donnait des frissons de dégoût. Ne supportant plus d’entendre ses pieds se rapprocher d’ici, et sa voix prononcer mon nom sur un ton qui me glaçait le sang, je portai ma main à mes oreilles, toujours en position fœtale, comme pour me protéger du monde. Me balançant inconsciemment d’avant en arrière, je tentai de me calmer, me berçant avec l’eau. Ce mouvement était à peine perceptible, mais il me faisait un bien fou. J’avais confiance de la défaillance mentale dans laquelle j’étais en train de tomber, et je ne savais pas où cela allait me mener, pourtant, il m’était impossible de faire autre chose.

C’est alors que la porte s’ouvrit violemment,  me faisant sursauter d’effroi. Ewen ne porta aucun jugement sur mon état.

–              Je viens d’aller voir tes parents. Ils étaient déçus que tu ne puisses pas venir et espèrent  que tu te plais dans mon appartement. Je n’ai pas vu ta sœur par contre, elle était chez le frère de Jaeden.

Pour la première fois, je n’eus pas la moindre réaction à l’entente de son prénom, chose qui ne passa pas inaperçu aux yeux d’Ewen.
S’approchant de moi et s’abaissant à ma hauteur, trempant l’une de ses mains dans mon bain sans pour autant me toucher, il ajouta :

–              Tu as bien fait de l’oublier Ilian, c’est la meilleure des choses que tu pouvais faire. Il ne te valait vraiment pas…

Sans que je sache pourquoi, sans parvenir à les retenir, des larmes vinrent maculer mes joues. S’il ne me frappait pas ou que très rarement, il était énormément violent  par les mots. Me repliant plus qu’il n’était possible dans le fond de la baignoire, Ewen ne le supporta pas. Cela faisait plusieurs jours que je ne disais plus rien. Je n’étais plus vraiment là, et cette frustration de ne rien recevoir de ma part le rendait bien trop mauvais.

–              Tu me dégoûtes à pleurnicher comme ça Ilian. Secoue-toi ! Ne me dis pas que tu te remets à pleurer pour lui ? De toute façon tu veux que je te dise Ilian ! Jaeden a eu raison de prendre un autre mec ! T’es vraiment bon à rien.

J’avais envie de lui hurler de se taire, de me laisser seul. Pourtant, je restais dans la même position, immobile, à écouter ses paroles qui me détruisaient un peu plus à chaque fois. Je n’étais qu’un lâche, un minable, une chose qui n’avait plus le nom d’humain… Il continua à me déverser sa haine et sa frustration, jusqu’à ce que je pose mes mains sur mes tempes, me remettant à me balancer lentement. Murmurant d’une voix à peine audible, les yeux inondés  de larmes, je le suppliai d’arrêter.

–              J’en peux plus Ewen… Ajoutai-je d’une voix bien trop faible et dénuée de vie.

N’en supportant pas d’avantage, ayant certainement l’impression de perdre son emprise sur moi, il se redressa vivement et se mit à me secouer sans ménagement.

–              C’est de ta faute ! Me hurla-t-il.

J’eus à peine le temps de relever les yeux sur lui que le coup partit. L’encaissant avec difficulté, du sang commençait à s’épandre de mes lèvres, se diluant dans l’eau froide. Comme s’il réalisait ce qu’il venait de faire, Ewen me lâcha, mais il ne lui fallut pas longtemps pour décider de mon sort. Il se déshabilla à la hâte et rentrant dans le bain avec moi et son regard posé sur mon corps qui m’ébouillantait de douleur,  il déclara avec hargne:

–              Je ne comprends pas comment Jaeden a fait pour rester deux ans avec toi ! Tu dois sûrement mal t’y prendre !

Je savais pertinemment ce qui allait suivre. J’aurais pu fuir, me lever, rassembler mes dernières forces et quitter cet enfer à jamais. Mais pour faire quoi ? Pour aller où ? J’étais coincé ici, sans vraiment comprendre pourquoi. Mon cœur cessait de battre, mon corps se refusait à bouger, comme si je méritais ce traitement. J’étais en train de perdre la raison, et rien ni personne n’était là pour me rattraper. Je chutais chaque jour un peu plus profondément en moi, Ewen m’entraînant dans sa descente…

 

Je me sentis peu à peu réveiller alors que Jaeden était en train de m’allonger sur le lit, rabattant les couvertures sur moi. Encore emprunt du souvenir que je venais de rêver, je voulais sa présence tout contre moi. Alors qu’il allait se lever, je m’agrippai à lui, le regardant avec des yeux larmoyants.

–              Reste… Suppliai-je d’une petite voix.
–              Je vais sur la chaise, répondit-il.

Me refusant à être abandonné, encore trop apeuré, je me décalai, lui laissant une place dans mon lit.

–              Je ne peux pas, si quelqu’un rentre… Je suis désolé, répondit-il gêné.

Je ne répondis rien. Déçu, je repris ma place, celle du patient et du médecin qui nous était imposée mais dont je ne supportais pas la distance actuellement. Je  m’allongeai de nouveau dans mon lit, ne lui lâchant pas la main pour autant. Autant dire que je me sentais totalement perdu. Quelque chose semblait troubler les réflexions de Jaeden, et j’en compris immédiatement le sujet, lorsqu’il posa ses yeux sur mon journal que Melvin avait du ramener. Je me redressai immédiatement et pris le cahier, le ramenant contre ma poitrine. Je n’avais même pas réfléchi à l’histoire que je pouvais lui raconter. J’étais coincé et je ne voulais vraiment pas qu’il sache, même si c’était trop tard.

–              J’aimerais que tu me racontes… Dit-il, se rapprochant un peu de moi.
–              Non ! Fis-je craintif. Il ne s’est rien passé, Melvin t’a raconté des sottises !
–              Alors tu n’aurais pas de mal à me le faire lire non ?… Je ne veux pas te juger, je veux juste…

Sa voix mourut et il détourna son regard alors que mon cœur se serrait douloureusement :

–              J’aimerais juste comprendre. C’est pour cette raison que tu m’as quitté ? Si tu me l’avais dit Ilian, je… Je l’aurais tué de mes propres mains pour que tu n’aies pas à le faire. Il n’avait pas le droit de te toucher ! Tu étais à moi…Il n’avait pas le droit.

Je ne supportais pas de le voir comme cela. Ne tenant plus, je le pris tendrement dans mes bras, profondément fatigué et usé par cette vie. Jaeden poursuivit malheureusement, faisant fondre mes dernières retenues.

–              Laisse-moi le lire… Murmura-t-il d’une voix qui trahissait sa tristesse. Je crois… Je crois que j’en ai besoin Ilian…

Ce n’était plus la demande du médecin. Il n’y avait plus rien de professionnel là dedans. Ce n’était pas le docteur Sadler qui souhaitait lire mes écrits. Pour la première fois, c’était Jaeden qui me le demandait.

Ce fut certainement pour cela, que je m’écartai alors de lui. Une larme coula sur ma joue, et je baissai la tête. Mes mains se posèrent sur le cahier et sans un mot, résigné, je lui tendis, sans souhaiter y réfléchir plus longtemps. Je me callai ensuite contre le mur et posai ma tête contre les genoux, tentant de faire taire les tremblement de peur qui naissaient dans mon ventre. La tête dans mes bras, je ne voulais pas le voir lire le début de ma folie. Il allait plonger si profond dans mon cœur alors que personne n’avait pu le faire depuis si longtemps. C’était par amour pour lui que je le laissais savoir. Tout était maintenant entre ses mains. La durée de sa lecture me parut interminable. J’eus l’impression que le temps s’était arrêté sur un affreux mal être. Je ne pouvais retenir mes larmes, entendant celles de Jaeden. Mon calvaire prit fin au moment où il souffla la voix tremblante :

–              Je… Je ne t’ai jamais trompé…

J’étais prêt à tout entendre. Je m’attendais à tout sauf à cela, et ce qu’il venait de me dire me rendit fou de rage. Je m’étais imaginé tout le long la réaction qu’il aurait, et ma propre manière de réagir, mais j’étais incapable de supporter ce qu’il venait de me dire. Aussitôt je redressai ma tête, et ne ravalant pas mes larmes, je posai mes yeux sur lui, tentant de vraiment réaliser ce qu’il venait de me dire. Sa tête était baissée, ses yeux fuyants. Ne tenant plus, je me levai et sortis du lit, plus qu’haineux :

–              Arrête tes conneries ! Je t’ai vu ! Crachai-je, les poings serrés.
–              Non… je l’ai laissé m’embrasser mais… Je ne t’ai pas trompé, je… Pendant deux ans, il n’y a eu que toi, c’est justement pour ça que je l’ai laissé m’embrasser…

Je comprenais qu’il puisse être très mal après avoir lu ce qui m’était arrivé. J’avais fait beaucoup et je supportais très mal ses phrases incompréhensibles et ses excuses minables pour ce qu’il avait commis au lieu d’admettre ce qu’il m’avait fait. Mais ce qui était encore plus dur à supporter, c’était le fait qu’il se refuse à croiser mon regard. Je l’avais perdu, tout comme il venait de me perdre définitivement. Tout était fini, et de la pire des façons qui soit. Las de le voir en face de moi dans cet état, je craquai :

–              Casse toi… Soufflai-je dans un murmure avant de reprendre plus fort. CASSE TOI t’entends ! Je ne veux plus te voir ! Tu n’existes plus ! Je… J’en ai assez, laisse moi tranquille !

Ma voix se brisait de plus en plus. Je n’aurais pu ajouter un seul mot. J’étais détruit, réduit à un état qui me révulsait. Il avait tout gâché, piétiné mon être sans même en avoir vraiment conscience.
Sans rien dire, il se leva et sortit de ma chambre. Attrapant le premier livre qui me tomba sous la main, et qui fut le cahier qu’il venait de lire, je le jetai contre la porte plus par désespoir que par rage. Plus jamais je ne voulais le voir, j’étais maintenant définitivement résolu. Alors pourquoi est ce que ça faisait aussi mal ?

Soudain, je portai toute mon attention sur mon étagère, attrapant le livre qui était le plus en bas. J’attrapai les deux pans de la couverture et le secouai afin de faire tomber ce que je cherchais. Elle tomba sur le sol, et il ne me fallut que très peu de temps pour la prendre : cette unique photo que je possédais de nous deux. Regagnant mon lit, le cœur en miette, je me glissai sous les couvertures, me roulant en boule, tremblant comme jamais, et serrant cette photo contre moi sans vraiment la regarder, la connaissant par cœur. Pleurant difficilement, la gorge nouée, je prenais peu à peu conscience qu’il y avait à peine quelques minutes, j’étais prêt à lui pardonner pour la première fois de ma vie…

Un sanglot plus violent me secoua alors que je me recroquevillais encore plus, me retrouvant seul comme jamais. Pourquoi est ce que je ne parvenais pas à la surmonter comme avant que Jaeden s’occupe de mon cas ? Pourquoi avais-je écrit dans ce cahier toute cette histoire ? Pourquoi l’avais-je laissé le lire ?
J’aurais tant voulu que tout cela ne se passe jamais… L’espace d’un instant je me surpris à souhaiter ne jamais l’avoir connu, et surtout ne jamais l’avoir aimé. Cela m’aurait empêché de vivre tellement de choses…

Je fus soudain envahi d’une fatigue telle que je n’en avais jamais connue, une lassitude de cette vie que je menais depuis trop longtemps… Engourdi par la douleur, je me laissai aller à fermer les yeux et à sombrer peu à peu dans un sommeil sans rêves, tenant toujours tout contre moi, cette photo de nous deux…

***

Je me réveillai assez tôt le matin, toujours dans la même position. Lentement, je m’étirai, tentant d’assouplir mes muscles courbaturés par les émotions de la veille. J’avais une migraine atroce et je me sentais totalement perdu et incertain de cette journée. Alors que j’étais en train de me redresser et de m’asseoir sur le bord de mon lit, il me sembla entendre la voix de Jaeden et du directeur devant la porte de ma chambre. Curieux et surtout anxieux, je tendis l’oreille, pouvant en réalité entendre la majorité de leur conversation avec aisance.

–              Comme tu as du le lire dans son dossier Jaeden, ce ne sont vraiment pas les premières crises qu’il est en train de faire. A son arrivée, il était intenable. Il y avait des moments où il se calmait, mais dès qu’un patient l’approchait de trop près ou qu’un psychiatre ne lui convenait plus, il entrait dans un état effrayant. Puis, il y a environ un an, il a cessé. Il ne faisait plus parler de lui, se contentant d’écrire et d’aller assister régulièrement à ses séances avec son médecin et aux quelques visites de sa famille. Nous avons pu diminuer considérablement la dose de ses médicaments, et nous ne lui avons donc pas fait ce que l’infirmière a du faire pour le calmer il y quelques jours. Je suis contre ce genre de traitements crois moi, mais il ne nous laissait pas le choix. Comme tu as pu le remarquer, Ilian est un patient très complexe… Bizarrement, je m’inquiétais moins pour son état lorsqu’il  faisait ses crises que cette dernière année.

Je ne savais comment comprendre ni interpréter ce que disait le directeur. Mon cœur battait doublement plus fort, lorsque j’entendis Jaeden lui demander :

–              Qu’est ce qu’il s’est produit pour qu’il arrête ses crises ?

Je me souvenais de ce jour. Il m’avait semblé l’apercevoir en visite dans cet hôpital. Dans un état second sous les dizaines de cachets que je devais prendre, je l’avais mis sur le compte d’une hallucination ou d’un mauvais rêve. Maintenant je m’en souvenais. J’avais cru voir Jaeden, ou celui-ci était véritablement venu. Dans tous les cas, sa vue m’avait profondément troublé et peut être un peu trop meurtri. Voir ma position par rapport à la sienne m’avait été trop difficile à surmonter.

–              Je ne sais pas répondit le directeur. Il a cessé du jour au lendemain, comme si il avait lâché quelque chose et finalement peut être baissé les bras trop vite. Ses différents psychiatres ne sont jamais parvenus à trouver une explication. Après ce jour en tout cas et jusqu’à ton arrivée ici, il n’a plus rien laissé transparaître, s’enfermant dans une sorte de mutisme qui en a découragé plus d’un.

Un lourd silence suivit cette déclaration. Depuis hier soir, j’aimais encore moins le fait que Jaeden en apprenne encore autant sur moi. Je ne savais comment j’allais me présenter devant lui sans savoir comment lui faire face. Je lui en voulais, tout autant que je n’en n’avais plus la force.

–              Quoi qu’il en soit. Je t’avais prévenu, Ilian n’est vraiment pas un cas facile, reprit le directeur. Il a toujours eu de multiples facettes, et s’est forgé une telle carapace qu’il est impossible de discerner le vrai du faux chez lui. Et tant que je ne parviendrai pas à le déterminer, nous ne saurons malheureusement jamais s’il a sa place ici.

Je n’aimais pas le ton que prenait la conversation, et encore moins qu’ils parlent ainsi de moi au passé.

–              Au fait, ajouta précipitamment le directeur, je devais te prévenir. Ton nouveau patient vient d’arriver. Tu devrais aller à l’accueil.

Jaeden  dut certainement acquiescer et à l’absence de dialogue je compris que les deux hommes se séparèrent, laissant le silence retomber dans le couloir encore vide. Ma poitrine se comprima douloureusement. C’était maintenant très clair : Jaeden avait abandonné mon cas. Alors que je tentais de me raisonner tout de suite en me disant que c’était le meilleur choix à faire, me sentant envahi de ce sentiment d’abandon que je me refusais à ressentir, ma main chercha inconsciemment la photo de nous deux sur la table de nuit, que je ne me souvenais pas avoir déposée ici.

Une dernière fois… Contempler son visage avant de retomber dans cette solitude…

Seulement, ma main toucha un livre qui n’était pas présent hier. Surpris, je tournai la tête vers celui-ci, pour trouver le livre que Jaeden avait acheté lors de notre sortie. J’avais raison, c’était bien à moi qu’il le destinait. Mais pourquoi me le donnait-il maintenant ? Mes mains tremblèrent lorsque je le saisis. Je ne comprenais plus rien, j’étais totalement perdu… A peine l’avais-je pris en main, qu’une feuille pliée en deux en glissa, tombant sur le sol. Le cœur battant et fébrile, je finis par m’abaisser pour la prendre. A peine l’avais-je ouverte que je reconnus instantanément l’écriture si particulière de Jaeden. A la fois angoissé et curieux, je m’assis sur mon lit, dos au mur, me refusant à ne pas lire cette lettre.

Je n’avais pas beaucoup de temps, mais assez pour la lire. Je savais qu’une infirmière n’allait pas tarder pour changer mon pansement et m’ordonner de recommencer à manger.
Prenant une profonde inspiration, ne parvenant à faire cesser ces tremblements, j’entamai enfin ma lecture.

Les premières lignes furent difficiles à encaisser. Lire qu’il ne m’avait pas trompé, continuant de nier, me donner envie de brûler ses mots et d’éloigner tout cela de moi à jamais. Pourtant, je décidai de poursuivre ma lecture, écoutant sa version des faits, ne réduisant pas à néant sa tentative d’explication. Je savais que je m’engageais sur un terrain glissant. Je ne sortirais pas indemne de cette lecture, tout comme Jaeden avait réagi après la lecture de mon cahier. Tel un automate, mes yeux défilaient sur les lignes, entrant pour la première fois dans la tête de Jaeden, apprenant plus qu’il ne m’avait jamais été permis. Je fus extrêmement surpris d’apprendre que Jaeden avait fait autant pour me rencontrer. J’avais toujours pensé que son histoire de m’avoir déjà remarqué en cours n’était qu’une technique pour mieux me draguer et m’attirer à lui.  Plus j’avançais dans ma lecture, et plus mon cœur se serrait d’une douleur qui m’était inconnue. Envahi peu à peu d’une profonde mélancolie, je pleurais sans trop savoir pour quoi, peut être d’usure et de fatigue…

Mon rythme cardiaque s’accéléra sensiblement lorsqu’il arriva au passage du bar. Plus je lisais et plus je comprenais… J’avais clamé que je l’aimais pendant toutes ces années, j’avais été incapable de le comprendre.

Je lisais trop lentement, tout défilait trop vite. Mon cerveau mettait trop de temps à comprendre. Tendu, meurtri, j’avais peur de comprendre. Comment décrire ce qui se déchira en moi lorsque mes yeux parcoururent ces quelques mots :

« Je ne t’aimais pas juste bien. Je t’aimais tout court. ».

Je n’y croyais pas, ou plutôt, j’étais trop perdu. Tout… Tout avait commencé par ce maudit baiser qui m’avait fait le détester et lui réaliser qu’il m’aimait. Pourquoi Ewen m’avait-il amené là ce soir là ? Pourquoi l’avais-je suivi ? Pire encore, Jaeden m’avait aimé, alors que je l’en avais cru incapable…
Je poursuivis très difficilement ma lecture. Mon cœur battait maintenant bien trop vite, comme s’il allait finir par imploser. J’avais de plus en plus peur de poursuivre cette lecture, d’apprendre ce qui allait suivre, pourtant j’aurais bien été incapable de cesser. Le moment de notre séparation, notre dernière confrontation, notre dernier baiser… Pourquoi ne lui avais-je pas laissé le temps de me parler, de m’expliquer ? L’aurais-je seulement cru à l’époque ?

Maintenant que je lisais, je réalisais avec horreur la situation dans laquelle je l’avais mis. J’avais été si violent… Moi qui avais tant de fois répété l’aimer.  Si seulement j’avais eu un peu plus confiance en lui, et surtout en moi. Mais je ne savais pas, j’avais été mis dans l’incertitude, situation trop précaire pour prendre de l’assurance, moi qui en avais déjà si peu à l’époque. Les larmes commencèrent à couler, de douleur de n’avoir pu voir la sienne.

Lorsque j’atteins le passage sur lui et Ewen et la visite qu’il m’avait cachée, une haine sourde reprit naissance en moi. Je croyais que l’avoir tué l’avait exorcisé et à cet instant c’était loin d’être le cas. Plus je lisais et plus je sentais une rancœur sourde contre l’homme que j’avais tué, mais qui m’avait entraîné avec lui dans sa chute. Tout… Tout était de sa faute, mais je ne pouvais en vouloir à un mort.

« Le soir où tout a basculé, je voulais te dire que je t’aimais… Le soir où j’ai couché avec lui, j’ai compris que plus jamais tu ne me reviendrais. Si tu étais resté, ce soir là… Tu l’aurais entendu partir. Et tu m’aurais entendu pleurer…

 

Ne dis jamais que je ne t’aimais pas… »

 

A qui en vouloir ? Contre qui pouvais-je maintenant reposer ma haine ? Cette colère et cette rancœur qui m’avaient fait tenir jusqu’à maintenant, qui m’avaient donné cette force qui maintenant m’était arrachée. N’était-ce pas pire maintenant de connaître la vérité ?

La lettre me tomba des mains. Lentement, je me laissai glisser en position allongée, pleurant tellement que je ne voyais plus rien. Mes yeux se fermèrent, comprenant que c’était fini… Quelque chose venait de s’éteindre en moi. J’abandonnai alors que je ne l’avais jamais réellement fait. J’avais gâché ma vie. J’avais tout perdu. Je n’avais plus rien. Je ne voulais plus rien.
Pleurer une dernière fois, avant de tout laisser, ne plus se forcer à ressentir, vivre en spectateur total, mourir un petit peu… Juste un instant, un dernier instant…

Seul, comme j’allais l’être maintenant totalement, me repliant sur moi, reforgeant cette carapace bien plus épaisse qu’elle ne l’avait jamais été, je quittai un instant ce monde pour me perdre dans un souvenir…

***

Cela faisait trois mois !! Presque trois mois que Jaeden et moi avions échangé notre premier baiser. Ce soir là, j’allais pouvoir passer la soirée avec lui, j’avais réussi avec beaucoup de ruse et d’insistance à obtenir la permission de dormir chez lui. Trop heureux, assis à côté de lui dans son petit appartement, je ne pouvais enlever ce sourire benêt de mon visage.

–              Qu’est ce qui t’arrive ? Me demanda Kain. Jaeden t’a enfin fait voir les étoiles ?

Le rouge me monta aux joues. Je n’aimais pas parler de ce genre de sujet, dérangé par le fait d’être toujours vierge et de la patience de Jaeden à ce sujet même s’il ne perdait pas une occasion de me dévorer des yeux et de laisser vagabonder ses mains.

–              Kain fous lui la paix, répliqua sèchement Jaeden. Tu n’as pas une fille à aller retrouver ?
–               Roh, c’est bon, souffla Kain en enfilant sa veste. Passez une bonne soirée.

Après lui avoir dit au revoir, Kain sortit, nous laissant tous les deux dans l’appartement. Il n’en fallut pas plus à Jaeden pour ravir mes lèvres d’un baiser qui me laissa fébrile. Plus le temps passait et plus nos baisers gagnaient en intensité et en sensualité.

Jaeden n’allait pas voir ses amis ce soir, et m’avait réservé toute la soirée. Après quelques autres échanges, nous finîmes nous aussi par mettre notre veste et par sortir avec comme première destination : le cinéma. Je trouvais que ce genre de sortie av ait tout d’une sortie de couple amoureux, comme dans les films romantiques, mais je me gardais bien de le dire, appréhendant la réaction de Jaeden. Il y avait une raison à toute cette soirée, le lendemain, vers midi, je partais pour deux semaines de vacances au ski avec ma famille, et autant dire que je n’en avais pas la moindre envie.

Alors que nous étions tous les deux installés confortablement dans nos fauteuils à attendre que le film  commence, il me demanda :

–               Au fait, ton cousin vient te chercher ou tu dors à l’appart ?
–               J’ai le droit de rester chez toi, bredouillai-je, le rouge tintant légèrement mes joues.
–               Parfait… dit-il avec un sourire que je ne parvenais pas à définir.

C’est alors que la lumière s’éteignit, et sa main vint se poser tout naturellement sur ma cuisse, en un geste si tendre qu’il me fit fondre. Alors que je pensais être au summum du bonheur, il déposa un furtif baiser sur le coin de ma lèvre qui me fit frissonner. Je remerciai l’obscurité qui cachait mes joues rougies, et posai ma main hésitante sur la sienne. C’est ainsi que nous regardâmes tous deux le film, ma main posée sur la sienne, ne souhaitant pour rien au monde qu’il ôte la sienne…

La suite de la soirée se passa merveilleusement bien. En trois mois, jamais je n’avais vu Jaeden aussi doux et attentif à mes besoins. Après le restaurant, je ne pouvais m’empêcher de le trouver romantique. Il tenait ma main d’une telle manière sur le chemin du retour, qu’il m’était impossible de le lui refuser, moi qui avais beaucoup de mal à m’afficher ainsi habituellement. Je me sentais étrangement bien, mais une petite boule dans mon ventre ne cessait de me rappeler que j’allais devoir le quitter pendant deux semaines qui me semblaient être des années.

Fatigué de la journée, nous rentrâmes directement. Jaeden me prêta de quoi prendre une douche, chose qu’il alla faire ensuite, me laissant prendre place dans son lit. Nous n’avions pas encore passé le cap, et ce soir je ne m’en sentais pas encore capable. Jamais Jaeden ne m’avait forcé, mais je savais qu’il en mourait d’envie. Pourtant j’étais  loin de me sentir à la hauteur et je ne pouvais me cacher que j’avais peur de ne pas le satisfaire en plus de craindre l’inconnu. Pour l’instant, comme ce que nous fîmes ce soir,  nous nous contentions de caresses et de baisers plus attisants les uns que les autres.

Alors que je me lovais contre lui, la tête posée sur sa poitrine savourant une dernière fois sa présence avant notre première séparation, je l’entendis me souffler en regardant sa chambre :

–              Ton bordel et tes bouquins vont me manquer…

Souriant face à cette manière détournée de dire que j’allais lui manquer, je laissai échapper sans trop me rendre compte, croyant ne pas parler à voix haute :

–              Je crois que je suis amoureux…

Jaeden se redressa un peu et s’écarta de moi, comme surpris :

–              De qui ? Me demanda-t-il.

Ne pouvant m’empêcher de rire, je répondis :
–              Mais de toi idiot !

Ca y était ! Je le lui avais enfin dit. Certes de manière détournée, mais je m’étais lancé. J’appréhendais sa réaction, lui restant là à me fixer comme un imbécile. Mon cœur battait extrêmement vite, lorsqu’il s’approcha de moi, passant sa main dans ma nuque, provoquant chez moi un violent frisson. Sans que je n’ai eu le temps de réagir, ses lèvres ravirent les miennes, un baiser qui ne me donna pas la moindre réponse, mais qui accueillit ma déclaration…Un baiser comme rarement il m’en offrait…

–              Ilian ! Je ne vais pas attendre éternellement.

En boule face au mur, je revenais difficilement à la réalité. L’infirmière désirait changer mon pansement et surtout m’envoyer manger quelque chose de consistant.

Retrouvant presque trop vite mon masque, oubliant ce rêve et ce qui m’y avait plongé, je m’assis sur le bord du lit, lui faisant face. Sèchement, elle attrapa mon bras, ne supportant certainement pas mon regard si peu humain posé sur elle. Dans un geste professionnel, mais dénué de douceur, elle soigna mon bras. Durant tout le long de ses soins, je ne bougeai pas d’un pouce, me contentant de la fixer. Ne semblant pas le supporter, elle choisit un angle d’attaque, comme sur la défensive :

–               Tu iras me faire le plaisir d’aller prendre un petit déjeuner copieux. Tu vas en tomber malade. Et puis ces crises que tu…

Je la laissai poursuivre, je ne l’écoutais plus. Une petite voix au fond de moi me rappelait que c’était cette même infirmière qui m’avait fait cette dernière piqure. Rien de professionnel dans ce qu’elle faisait. Elle nous regardait tous avec ce même regard tinté de peur et de pitié. Elle ne voyait en nous que des monstruosités qui n’avaient pas leur place en ce monde. Impassible, je la laissai s’égarer, déversant sa frustration sur moi dans un venin qui ne m’atteignit jamais. C’était fini. Je ne me laisserais plus prendre, cette fois-ci je m’étais coupé de ce monde pour de bon. Agacée mais soulagée d’un poids, elle finit par partir, me laissant me rendre dans le réfectoire.

Beaucoup posèrent le regard sur moi, d’autres n’avaient pas conscience du monde qui les entourait, d’autres étaient là tout simplement. Il suffit d’un regard à Melvin pour qu’il ne m’approche pas. Après avoir pris un plateau préparé par le personnel, j’allai m’asseoir à une table un peu en retrait. C’est à ce moment là que je le vis. Assis à une autre table, il mangeait avec un homme que je ne connaissais pas et qui ne pouvait être que son nouveau patient. Mon plateau faillit s’échapper de mes mains, mais je le rattrapai de justesse. Mon cœur se serra. Jaeden était décidément le seul homme capable de passer mon barrage. Il mangeait avec un patient, alors qu’il n’avait jamais pris la peine de le faire pour moi. Mon cœur se serra de nouveau en pensant qu’il n’était plus mon psychiatre. Lentement, je finis par m’asseoir.

Quittant mon regard de cette scène qui m’écœurait, je commençai à manger, alors même que je n’avais pas faim. Tentant de me remettre dans mon rôle, je me trouvai une raison pour avoir réagi ainsi. Je ne voulais plus chercher à attirer l’attention sur moi et manger serait déjà un bon début. Je voulais que tout redevienne comme cette dernière année, et que je retrouve ma solitude et mon masque. Bouchée après bouchée, je finis mon petit déjeuner et me levai quittant le réfectoire, mais sentant le regard de Jaeden me brûler la nuque…

La journée que je passai fut particulièrement maussade. Ne sortant de ma chambre que lorsque c’était obligatoire ou pour aller manger, je passai la journée à lire. J’avais perdu le goût de l’écriture ou du moins plus aucun mot ne s’imposait à mon esprit lorsque je posais mon stylo sur le papier. Le reste du temps, je regardais par la fenêtre, me perdant dans la contemplation du lac. C’est alors que je le vis. Il devait être assez tard, car le repas du soir était déjà passé et la nuit commençait à tomber. Jaeden rentrait chez lui, faisant le tour par le parc. Comment aurait pu se passer notre vie si je n’avais pas vu ce baiser, si je lui avais confiance, si Ewen ne m’avait pas trahi ? Je sursautai à cette pensée que je n’aurais jamais du avoir. Il ne fallait plus que je pense à tout cela. Irrité, je me levai et allai me coucher. Je voulais que cette journée prenne fin. Demain je l’attaquerais sur un meilleur pied. Ce n’était qu’une question de temps avant que plus rien de tout cela ne m’atteigne. Trop vite, je trouvai le sommeil, oubliant que celui-ci pouvait être parfois très hostile…

 

Changer de lycée en plein milieu d’année… C’était finalement une meilleure idée. Au moins, j’étais sûr de ne pas le croiser. Ewen m’avait aidé à me décider, tout comme il m’avait fait choisir de venir vivre avec lui. Mes parents semblaient ravis que je quitte la maison, et ce fut certainement ce qui m’aida à prendre ma décision.

Je me trouvais à la bibliothèque, tentant laborieusement de rattraper mon retard. Si je travaillais ici, j’avais mes raisons. Ewen n’y était pas. Je vivais un enfer chez lui, et je retardais chaque jour un peu plus mon retour. Un garçon de mon âge s’était assis en face de moi, et il me fixait depuis un certain temps. Pourtant je n’y prêtai pas attention. J’aurais pus le saisir comme corde de sortie, j’aurais pu chercher de l’aide, me dégager de ce piège mais c’était déjà trop tard. Je ne savais même plus pourquoi j’étais retourné chez lui le soir où Jaeden avait couché avec cet homme, sachant pertinemment ce que cela entrainerait. Maintenant, j’étais trop sali pour mériter quoi que ce soit. Nous n’étions plus que deux dans la salle, et il devait certainement être l’heure de partir, au vu de la documentaliste qui marchait vers nous en regardant sa montre. La mort dans l’âme, je me levai et rassemblai toutes mes affaires avant de mettre ma veste et de sortir. Après un « au revoir et bonne soirée » à peine audible, je marchai nerveusement jusqu’au portail du lycée, sentant son regard posé sur moi.

A peine l’eussè-je passé, que je vis Ewen assis sur un banc devant en train de m’attendre. M’apercevant, il se leva aussitôt, d’une démarche qui ne me laissait rien présager de bon. J’aurais pu me retourner, me réfugier derrière cet inconnu et réclamer son aide. Mais au lieu de cela, je fis encore un dernier pas vers lui et arrivé à sa hauteur, je courbai le dos et baissai les yeux.

               Ca fait plus d’une heure que je t’attends ! Tu crois que ça m’amuse de venir te chercher ?!

S’apercevant de la présence de l’autre derrière moi, il dit plus bas, d’une voix terriblement froide qui me glaçait le sang :

–              Et en plus tu traînes avec un autre !

Sans me laisser le temps de l’esquiver, il m’attrapa possessivement par la taille et m’attira à lui. Prenant agressivement possession de mes lèvres, il en força l’entrée, me volant un énième baiser non désiré. Pour moi, ce genre de gestes était pire qu’un viol, ou du moins, il n’y avait pas la moindre différence. J’aurais pu bouger, m’enfuir, le repousser, pourtant je me laissai totalement faire, comme à sa merci.

Lorsqu’il fut satisfait, il quitta mes lèvres et m’attrapa par le bras, me trainant à sa suite. La nuit serait longue et difficile, mais j’espérais qu’il soit aussi épuisé que je l’étais.

Je me réveillai en pleurant. Tremblant, je me roulai en boule, ne cessant de me répéter que cela finirait par passer. J’avais déjà réussi à l’oublier une fois, cela voulait dire que je pouvais très bien le refaire. Encore quelques rêves, quelques larmes et ce serait fini. Le temps m’aiderait à le faire passer.

Je finis par me rendormir, vivant encore et encore des souvenirs que je croyais enfouis et oubliés. Cette vie n’était plus alors cela finirait bien par cesser…

***

Le lendemain fut semblable à la dernière journée. Je ne vis cependant pas Jaeden, ni ne fis attention à son patient. Je mangeais et pourtant, je ne parvenais pas à retrouver assez de force pour retrouver un état stable. L’infirmière s’inquiétait mais tentait de ne pas me le faire savoir. Au milieu de l’après-midi, alors que je tentais d’écrire sur un cahier plus que des petits dessins qui ne ressemblaient à rien, une femme du personnel frappa à ma porte et entra après s’être présentée.

–              Le docteur Sadler vous attend depuis maintenant un bon quart d’heure.

Surpris, je tournai simplement la tête vers elle, avant de me lever et de partir à sa suite. Je ne comprenais plus rien. Pourquoi désirait-il me voir ? Pour m’annoncer de lui-même qu’il arrêtait de s’occuper de mon cas ? Il n’aurait jamais du prendre cette peine. Devant sa porte, je frappai, pénétrant dans la pièce avec un visage si fermé qu’il en sembla déstabilisé.

Avec lui, je ferais comme si rien ne s’était passé durant ces derniers jours. Mieux valait que tout redevienne comme avant. Le chemin que j’avais emprunté avec lui était trop dangereux. Oui c’était cela, j’allais retomber dans ce mutisme qui avait parfaitement marché pendant tout ce temps… Ce que j’avais fait avec lui n’était qu’une erreur. Mais une erreur bien douloureuse…

Sans un regard pour lui, je pris place en face de lui, m’asseyant sur ce fauteuil certainement pour la dernière fois.

–              Tu vas bien ? Me demanda-t-il presque soudainement.

Je ne répondis rien, le regard toujours fuyant. Je savais comment réagir s’il croisait le mien trop longtemps.  Ma non réponse fut accueillie par un soupir de sa part, un soupir qui ne m’atteignit pas. Depuis la lecture de sa lettre j’avais indéniablement changé et il faudrait qu’il s’y fasse. Je ne lui en voulais plus. Je n’avais plus aucune rancœur pour tenter d’interagir avec ce monde.  Malheureusement, il ne semblait pas vouloir me laisser en paix et il commença ses explications qui mèneraient à l’abandon de mon dossier…

–              Je sais que je t’ai fait souffrir… Des centaines de fois sûrement, mais aujourd’hui j’aimerais t’aider. Je sais qu’on ne peut pas tout reprendre à zéro. Tu ne peux pas oublier ce qu’il t’a fait, et je crois que moi non plus.

Ne comprenant pas vraiment où il voulait en venir, je me contentai d’écouter, les yeux baissés pour qu’il n’y lise rien. Non sans crainte, Jaeden poursuivit :

–              Mais je peux t’aider à aller de l’avant. Il faut juste que tu me parles… Que tu te confies à moi…

Je sentis le regard brûlant de Jaeden posé sur moi, tentant désespérément de capter le mien ou au moins de trouver un signe. Mais rien… J’étais totalement renfermé, du moins c’est ce dont je tentais de me persuader.

–              Tu sais, finit-il par reprendre, le directeur trouve que tu vas un peu mieux, et j’aimerais pouvoir l’affirmer… Je… Je n’arrive plus à lire en toi comme avant, je ne sais pas si tu vas  bien ou mal, je ne sais pas ce que tu veux… J’aimerais que tu me le dises…

Après un silence, il ajouta :

–              Et je sais qu’il te faudra du temps…

Un silence plus long cette fois, et plus lourd suivit ses dernières paroles. Je sentais Jaeden tenter désespérément de me faire réagir, mais rien n’y faisait. A vrai dire j’en étais moi-même incapable.

–              Ilian je… Tenta Jaeden sur un ton qui m’alerta peut être un peu trop vite.

Je levai les yeux vers lui, sa tête était baissée. Il n’y avait pas que moi qui allais mal. Je devais lui dire que je ne lui en voulais plus, que mon cœur battait encore pour lui, que je désirais plus que tout trouver refuge au creux de ses bras, mais comme lorsque j’aurais pu appeler quelqu’un à l’aide quatre ans auparavant, je n’étais plus capable de rien. Si bien qu’au moment où il releva la tête, je tournai une nouvelle fois le regard.

–              Tu sais, reprit-il, le directeur m’a confié un nouveau patient, car il trouvait que j’étais trop proche de toi. Je pense qu’il a raison, mais je m’en fiche, car s’il faut que je sois à nouveau proche de toi pour que tu ailles mieux, alors je le serai.

Il n’avait pas abandonné mon dossier. Il s’occupait encore de mon cas, alors même qu’il n’y avait plus rien à faire pour moi. Il gardait encore de l’espoir pour quelqu’un qui n’en avait plus du tout. Tentant de lui faire comprendre que sa tâche était vaine, j’ancrai enfin mon regard dans le sien, sans rien lui cacher. Le sien reflétait ce qu’il ressentait de manière tellement vive… Avait-il peur d’y découvrir ce que j’étais vraiment ? Plus d’étincelle dans mes yeux, simplement le vide qui reflétait l’état de mon âme. Je ne sus combien de temps nous restâmes ainsi, mais sans un mot, je finis par me lever. Lui tournant le dos, je sortis de la pièce. Une fois la porte refermée, je la laissai enfin couler, cette unique larme dont je ne voulais pour rien au monde lui infliger la vue. D’un bref revers de manche, je me rendis dans la petite bibliothèque et attrapai un livre au hasard. C’est ici que je passerais la fin de ma journée…

**

La fin d’après-midi et la soirée passèrent assez vite. Je me retrouvai dans mon lit, tentant de trouver le sommeil. Finissant par fermer mon livre, je me recroquevillai dans mon lit, remontant la couverture sur moi. Je n’avais toujours pas réussi à écrire un mot, et cela commençait à me manquer cruellement. Frustré, je fermai les yeux, craignant malgré moi où mon sommeil allait me mener.

Encore une journée de plus… Je m’étais décidé à sortir, aujourd’hui je n’avais pas cours, et Ewen était parti faire une course. Après m’être lavé et habillé, vêtu d’une simple veste, je me retrouvai à marcher dans la rue sans trop savoir où j’allais. L’air était assez doux, caressant mon visage sans être hostile. Je finis par m’arrêter, levant les yeux, je réalisai que j’étais tout proche de l’appartement de Jaeden.

Mon cœur se comprima, cela faisait un mois et demi maintenant, que nous étions séparés. D’un bref coup d’œil, je le cherchai malgré moi, avec le vain espoir de le revoir une fois encore. Il était assis sur un banc, semblant attendre quelqu’un. Je choisis de m’arrêter, dissimulant ma présence à ses yeux, n’ayant aucune envie de lui faire face. Il avait beaucoup changé, en si peu de temps. Sa barbe mal rasée le vieillissait, et ses cheveux assez mal coiffés lui donnaient un air différent. Mais rien de tout cela n’enlevait à sa beauté. Je ne savais pas ce qui me retenait… J’éprouvais encore une profonde rancœur à son égard, mais il était indéniable qu’il me manquait. Pourquoi ne courais-je pas à sa rencontre ? S’il y en avait bien un à qui je pouvais demander de l’aide et surtout à qui j’oserais parler, c’était bien lui.

Mais je ne fis aucun pas, restant dans ma cachette à l’observer à la dérobée. C’est alors qu’un homme légèrement plus vieux que lui approcha, et dès qu’il le vit, Jaeden se leva, me tournant presque le dos. A peine après l’avoir salué, l’homme lui tendit une chose trop petite pour que je la voie. Jaeden tenta de la saisir, mais l’autre homme, semblant vouloir se jouer de lui, leva soudain sa main en l’air, juste avant qu’il ne l’attrape. Cela ne sembla pas plaire à Jaeden, mais il entra tout de même dans le jeu. Ils chahutèrent pendant quelques minutes. Lassé, l’homme finit par le lui donner, puis l’attrapant soudainement, il l’attira à lui et l’embrassa presque instantanément.

Mon cœur se comprima si fort que je crus qu’il allait cesser de battre. Tournant immédiatement le dos à cette scène que je ne pourrais jamais plus supporter, je m’éloignai aussitôt d’un pas rapide. Les larmes coulaient de nouveau à cause de cet imbécile. Voilà à peine un mois et demi que nous nous étions séparés et il semblait être de nouveau avec quelqu’un. Qu’avais-je cru ? Qu’il vivait un enfer semblable au mien ? Bien trop vite, je me retrouvai devant chez Ewen. Je priai pour qu’il ne soit pas rentré, mais la porte ouverte me confirma que si.

A peine eusse-je passé la porte  qu’il se jeta sur moi, agressif et particulièrement énervé.

–              Où est ce que tu étais ! Cria-t-il.

Je ne répondis rien, soumis, baissant uniquement le regard, comme apeuré.

–              Ilian, je t’ai posé une question ! Tu étais où ?

Incapable de répondre que j’étais retourné une fois de plus devant chez Jaeden mais que cette fois-ci je l’avais vu, qui plus est avec un autre homme, je restai muet. Ne supportant pas mon silence, Ewen claqua la porte et me poussa violemment contre le mur. Ma tête heurta celui-ci un peu trop durement, m’assommant à moitié.

–              Putain ! Tu vas me répondre oui ?!! Tu es allé où ? Vociféra-t-il.

Collé très près de moi, il me dominait de toute sa hauteur, comme pour asseoir sa supériorité. Une vague de haine me submergea soudain, et avant qu’il n’ait le temps d’ajouter quoi que ce soit, je répondis à son agressivité par une phrase qui trahissait tout de même dans le ton mon manque d’assurance :

–              Je ne me faisais pas sauter par quelqu’un d’autre si c’est la question que tu te poses ! Je suis simplement allé…

Je n’eus pas le temps de finir ma seconde phrase. Son poing atterrit dans mon ventre si violemment, que je tombai sous le choc. N’ayant pas de force pour adoucir ma chute, ma tête heurta le sol. Tout devint trouble, heureusement, je sombrai dans l’inconscience, perdant la notion de la douleur des coups qui suivirent.

 

Je me réveillai le corps tout en sueur et tremblant. Ces souvenirs étaient bien trop difficiles à surmonter dans mon état. Me mettant en position assise, je repliai mes genoux contre ma poitrine, essayant malgré tout de ramener un semblant de calme en moi. Les doigts de ma main droite allèrent inconsciemment se planter dans ma plaie à travers le pansement. Je recherchais simplement une douleur physique pour faire taire celle qui s’emparait trop dangereusement de mon esprit. Tremblant, en larmes, le corps secoué de spasmes, je ne ressemblais vraiment plus à rien. J’avais trop peur de fermer de nouveau les yeux. Ces coups dans mon rêve, j’avais encore l’impression de les sentir. C’est alors qu’une voix que je ne connaissais que trop bien me sortit de mon état second.

–              Ilian ? Qu’est ce que tu…

Redressant la tête, je le vis, à deux doigts de poser sa main sur mon épaule, à genoux sur mon lit. Il ne m’en fallut pas plus. Il fallait qu’il me prenne dans ses bras, il fallait qu’il me rassure, que je comprenne que ce cauchemar n’était qu’un mauvais souvenir qui venait me hanter une fois de plus. Me jetant dans ses bras, je laissai aller mes pleurs le serrant fort comme jamais. L’instant de surprise passé, il passa ses deux bras autour de ma taille bien trop fine et s’asseyant sur le lit, il me prit convenablement dans ses bras. Sans un seul mot, caressant uniquement mon dos, il m’apaisa, m’apportant la douceur et la tendresse qui me firent peu à peu oublier ma détresse. Mes pleurs finirent par cesser après un temps indéterminable. Sa main caressait mes cheveux et ses lèvres déposèrent un simple baiser sur mon front. Ce fut le facteur déclenchant qui me fit ouvrir la bouche pour parler. Le seul mot qui s’échappa de mes lèvres fut un simple « pardon », à peine murmuré.

Sans s’écarter de moi, je sentis Jaeden se tendre, cessant un bref instant ses caresses.

–              Pardon pour quoi ? Finit-il par me demander.

M’écartant de lui, plongeant mon regard dans le sien sans pour autant rompre le contact physique avec lui, je répondis d’une seule traite, la voix tremblante d’émotion, le cœur serré :

–              De ne pas t’avoir écouté… Pardon de ne pas avoir ouvert les yeux, d’avoir abandonné, de ne pas m’être battu et surtout de ne pas avoir été à la hauteur de l’amour que je disais avoir pour toi.
–              Oh Ilian… Dit-il la voix brisée, m’attirant aussitôt contre lui pour ne pas que je voie les larmes dans ses yeux qui commençaient à couler à leur tour.
–              Rien n’est de ta faute… Poursuivit-il. Si les rôles avaient été inversés, je crois que j’aurais fait la même chose… Je crois qu’on est tous les deux tombé dans le piège d’Ewen…

A l’entente de son nom, je ne pus réprimer un frisson d’effroi. Ne tenant plus, je suppliai Jaeden après un silence, toujours lové au creux de ses bras, sentant son cœur battre fort :

–              Ne me pose plus de question Jaeden… Je ne veux plus parler de ce qui s’est passé il y a quatre ans… Je…

Ma voix mourut, incapable de dire plus sans que je me remette à pleurer.

–              Je te laisserai le temps qu’il faudra Ilian… Je ne te forcerai jamais… Mais j’aimerais qu’un jour, ajouta-t-il, tu te confies vraiment à moi. Lorsque tu te sentiras prêt, je serai là… Je ne te laisserai plus tomber Ilian… Je suis là…

Nous restâmes un très long moment ainsi. Pour rien au monde je ne voulais quitter l’espace protecteur de ses deux bras, seul lieu où je me sentais encore vivre. Lorsque Jaeden sentit que j’étais en train de m’assoupir, il murmura d’une voix douce en s’écartant légèrement de moi :

–              Tu devrais dormir Ilian… Tu en as vraiment besoin…

Alors qu’il me laissait dans le lit, et se levait, je le rattrapai vivement par le bras et lui demandai presque dans une supplique :

–              Reste…

Il ne lui en fallut pas plus pour comprendre. J’en avais vraiment besoin. Sans lui à mes côtés, jamais je ne pourrais fermer les yeux sereins.

–              D’accord, je reste ici, dit-il en esquissant un faible sourire.

Je m’écartai alors aussitôt, lui laissant une place dans le lit. C’était tout contre lui uniquement que je parviendrais à un semblant de paix. Alors que Jaeden allait refuser, je dis faiblement :

–              S’il te plait Jaeden…

Jaeden finit par accepter. S’allongeant sur les couvertures et moi dessous, je ne tardai pas à venir me coller tout contre lui, en manque de chaleur humaine et surtout de sa présence.

Après un temps, je l’entendis me demander :

–              Dis Ilian, si tu étais libre, tu souhaiterais être où à cet instant ?

Surpris de la question, je pris un léger instant de réflexion avant de répondre :

–              Dans le jardin de Joeffrey…

Jaeden tourna la tête vers moi, un petit sourire se dessinant sur ses lèvres. C’était le jardin où nous avions échangé notre premier baiser… Oui c’était ici que j’aurais voulu être, mais ce que je ne rajoutais pas, c’est que j’aurais voulu y être avec lui. Cela, il pouvait le lire dans mon regard… Tendrement, il déposa brièvement ses lèvres sur mon front. Il murmura simplement mon prénom, puis m’entourant de son bras, il ne lui fallut pas très longtemps avant de plonger dans un sommeil très lourd. Il devait être épuisé.

Me redressant légèrement, j’admirai son visage. Avec délicatesse, ma main vint caresser son visage, m’arrêtant sur ses lèvres avant de réaliser mon geste et de rougir violemment. L’encerclant de mes deux bras, j’enfouis ma tête contre lui et finis par fermer les yeux. Ma respiration se mit à ralentir, se callant sur celle de Jaeden. Si je tendais l’oreille, je pouvais entendre son cœur battre. Soupirant, je me laissai aller à cet instant de répit qui m’était offert.

Je dormis d’un sommeil étonnamment paisible, sans rêve ni cauchemar…

***

Le lendemain matin, je me réveillai avec cette impression de douce chaleur qui m’avait tant fait défaut pendant des années. Jamais je n’aurais cru me réveiller un jour aux côtés du seul homme qui m’avait jamais apporté ce bien être. Mes yeux papillonnèrent et eurent le plaisir de se poser sur le visage de Jaeden, dormant profondément comme à ses anciennes habitudes. Il était allongé sur le dos, toujours sur les couvertures. Je rougis aussitôt en constatant que j’étais sorti des couvertures et que je m’étais entièrement collé à lui, un bras autour de son cou et une jambe posée possessivement sur lui. Un sourire vint se dépeindre sur mes lèvres, cela faisait longtemps que je ne m’étais pas senti aussi bien après la nuit passée.  Je savais que ce sentiment semblable au bien-être me quitterait dès que Jaeden sortirait de cette chambre, et que ce vide qui était en apparence comblé, ressurgirait de plus belle. Mais je m’en moquais. Lovant ma tête contre son épaule, je décidai de profiter du peu de temps qu’il nous restait encore avant que le jour ne se lève. Bercé par sa respiration, engourdi par sa chaleur et me laissant de nouveau aller à fermer les yeux, je ne me rendis même pas compte que je m’endormis de nouveau…

***

Mon second réveil se fit seul. Seulement, je ne le pris pas mal, bien que j’aurais aimé pouvoir lui dire au revoir. Il avait du partir ainsi sans vouloir me réveiller. La couverture avait était soigneusement rabattue sur moi, et j’avais l’impression d’avoir vécu un rêve, un rêve bien trop doux et vif à la fois pour en être un. De nouveau ce vide en moi, et cette journée qui me paraissait déjà très longue et très monotone. Mon masque retrouva sa place au moment où je m’asseyais sur mon lit alors que l’infirmière arrivait. Encore une fois elle me soigna sans douceur, déversant son venin comme si elle en avait un trop plein et qu’elle voyait en moi un déversoir utile. La seule chose que je pus remarquer, c’est qu’elle évitait consciencieusement mon regard. Ne reflétait-il rien ? Etait-il aussi abandonné et inhumain que cela ?

Une fois qu’elle eut fini, je me rendis au réfectoire, alors que l’infirmière me rappelait une dernière fois que je devais me nourrir. Arrivé dans cette grande sale, mes yeux tombèrent immédiatement sur Jaeden un plateau à la main. C’était bien un des seuls psychiatres qui venait manger avec les fous. Jamais il ne l’avait fait avec moi… Je tentai de me raisonner mais en vain. Attrapant un plateau, je pris raisonnablement à manger puis après un rapide tour d’horizon, je le vis, là dans un coin, la tête baissée : Melvin… Je ne pouvais pas lui en vouloir plus longtemps. Lui laisser lire le premier livre avait déjà été une erreur, j’avais ma part de responsabilité. Je ne comptais pas lui parler, juste m’asseoir à ses côtés, et profiter de ce compagnon de solitude.

–              Ilian ? Me demanda Melvin surpris en me voyant m’installer.

Ne m’entendant rien lui répondre, il ne tarda pas à ajouter :

–              Si tu m’en veux encore pour ce qu’il s’est passé avec le docteur Sadler je…
–              C’est bon Melvin, répondis-je d’une voix impersonnelle qui sembla l’inquiéter.
–              Ilian ? Quelque chose ne va pas, je te trouve étrange.
–              Je suis juste fatigué Melvin.

Si Melvin avait tourné la tête, il aurait pu voir la deuxième raison de mon état : Jaeden déjeunait avec son nouveau patient et la jalousie m’envahissait. Nous poursuivîmes notre repas en silence, jusqu’à ce que je finisse par lui demander :

–              Dis Melvin, tu sais qui est ce nouveau, en train de manger avec le docteur Sadler ? Tu sais ce qu’il a fait  et pourquoi il est là ?
–              J’ai entendu dire qu’il était atteint du trouble de Borderline. Je crois qu’il s’agit d’un problème d’humeur changeante. Il aurait tué sa petite amie avec qui il était depuis deux ans.

J’étais toujours étonné de la capacité de Melvin à toujours fouiner et avoir des réponses sur tout. Mais j’avais une réponse qui m’avait rassuré. Ce jeune homme n’était pas homosexuel. Cependant, cela n’empêchait en rien ma jalousie à son sujet. Nous finîmes de manger en silence, puis alors que je me levais pour regagner ma chambre, j’entendis Melvin me demander :

–              Ilian… Je… Je peux venir avec toi ?

Son regard était tellement suppliant que je ne pus lui dire non. Sa compagnie ne m’avait jamais dérangé après tout…

C’est ainsi qu’il me suivit jusqu’à ma chambre avec un grand sourire illuminant son visage. A peine fûmes-nous entrés dans la chambre que Melvin prit place sur mon lit attrapant un de mes livres, tandis que je prenais place au bureau, comme si rien ne s’était passé, reprenant nos vielles habitudes. Ouvrant un cahier, je pris mon stylo, sachant d’avance que l’inspiration n’était pas encore revenue. Mais rien ne coûtait d’essayer… Je posai tout de même mon stylo sur le papier, mais rien ne vint tacher la feuille blanche. Non, aucun mot ne venait à mon esprit, j’avais perdu ce qui me permettait d’écrire…

Agacé, je fermai mon cahier, à peine l’avais-je ouvert. Ecrire avait été mon seul moyen d’expression durant ces années, ne plus pouvoir le faire était assez difficile à supporter et surtout à surmonter. Perdu dans mes pensées, je ne fis pas attention à Melvin, comme s’il n’était pas là. Prenant ma tête entre mes mains, mes coudes posés sur la table, je tentai de calmer ce vertige qui était en train de me saisir. C’est alors qu’il me sembla l’entendre renifler, comme s’il pleurait. Inquiet, je me redressai, avant de me tourner vers lui.

–              Melvin ? Demandai-je inquiet en le voyant en larmes.

Ne recevant aucune réponse, je me levai et m’assis sur le lit, comme l’aurait fait Jaeden pour moi.

–              Melvin… Soufflai-je, dissimulant assez mal mon inquiétude. Qu’est ce que…

Je n’eus pas le temps de répondre que Melvin me coupa, la voix entrecoupée de sanglots, ancrant son regard inondé dans le mien :

–              Je suis désolé Ilian… Sincèrement désolé d’avoir lu ton cahier et réagi ainsi… Mais avoir appris ce qu’on t’avait fait subir… Le lire de tes mots… Je… Je sais parfaitement ce que tu as vécu… Je…
–              Non, tu ne sais pas, répliquai-je assez froid, n’ayant jamais abordé oralement ce que j’avais vécu.

Je devenais de plus en plus mal à l’aise et j’eus un mouvement de recul.

–              Si !!! S’écria-t-il, avant d’ajouter bien plus bas :
–              J’ai… J’ai vécu… On m’a fait subir la même chose… Finit-il la voix enrouée et le regard fuyant.
–              Oh… Melvin, Soufflai-je, le cœur serré.

Je n’eus pas le temps d’esquisser un geste vers lui, qu’il se jeta dans mes bras en pleurant bruyamment.
Ne pouvant rester sourd à sa détresse, je l’enlaçai, trouvant cette étreinte bien trop étrange. Il fallut très longtemps à Melvin pour cesser de pleurer, restant ensuite silencieux dans mes bras. Le regard perdu dans le vide, un mouvement attira alors mon attention. La porte venait de s’ouvrir, laissant apparaître Jaeden, me fixant avec effroi. Nos regards se croisèrent un court instant,  ne repoussant que trop tard Melvin. Jaeden avait déjà fermé la porte et s’en était allé. Melvin ne comprenant pas mon soudain rejet, m’envoya un regard plein d’interrogation. Souhaitant les faire taire au plus vite, tout comme mon cœur qui battait à toute vitesse, mêlant mille sentiments divergents, je répondis à Melvin brièvement que je ne supportais pas lorsqu’on me touchait.

Puis j’ajoutai après un  temps indescriptible :

–              Désolé Melvin, j’ai besoin d’être seul.

Peiné, et baissant les yeux, Melvin se leva et prit la direction de la sortie, sans un mot. Une fois qu’il fut dehors, je me levai à mon tour, sortant quelques minutes après Melvin. Prenant la direction de son bureau, je croisai une infirmière dans les couloirs et lui demandai, tandis qu’elle ne cachait pas son étonnement du fait que je m’adresse à elle :

–              J’aimerais voir le Docteur Sadler…
–              Je suis désolée, il vient de partir, il m’a dit être de retour vers 17 heures…

Sans lui répondre quoi que ce soit, ni même la remercier, je lui tournai le dos, prenant la direction de la bibliothèque. Il n’y avait qu’en lisant que je parviendrais à faire passer un temps aussi long…

***

Il était assez tard. J’avais fini de manger et pas l’ombre d’un Jaeden. Je ne l’avais pas croisé dans les couloirs et n’avais  pas osé demander une nouvelle fois s’il était là. J’étais dans ma chambre, assis sur mon lit, me refusant à aller dormir. Est-ce que Jaeden reviendrait ce soir ? Et même s’il comptait le faire, viendrait-il après ce qu’il avait cru avoir vu ?

J’avais plus que tout besoin de lui et je savais que je trouverais un sommeil paisible uniquement en sa présence. Si je pouvais tenir chaque jour, levant la tête, c’était uniquement grâce à sa présence maintenant, et cela, je l’avais compris hier soir. Alors que je commençais à sérieusement broyer des idées sombres, quelques coups discrets furent frappés à ma porte. Elle s’ouvrit peut de temps après sur Jaeden. Mon rythme cardiaque s’accéléra à une allure folle. Il était venu ! Mais qu’allait-il se passer… ?

Il fit quelques pas, semblant assez froid et distant. Il portait son sac d’ordinateur portable en bandoulière. Sans un regard pour moi, il referma la porte, et s’installa à même le sol. Une fois assis et adossé au mur, il sortit son ordinateur et un DVD.

Sans une seule attention envers moi, il mit en route son film et commença à le regarder. Ne supportant pas d’être nié de la sorte, je me levai et allai prendre place près de lui. Je restai à une distance respectable, espérant que Jaeden allait l’amoindrir, mais il n’en fit rien. Se contentant de regarder son film, il continua à m’ignorer. Blessé, je ne laissai cependant rien paraître, et n’entrant pas dans son jeu, je regardai le film avec lui. Pris assez rapidement par l’intrigue du film, je tentai de cesser de me poser des questions à son sujet et à cacher ma peine d’être ainsi rejeté et négligé.

Une fois le film terminé, le générique déroulant sur l’écran, je tournai la tête vers lui dans l’espoir qu’il cesse enfin son petit manège. Seulement, il se contenta de fermer son ordinateur, de le ranger, et de se lever sans un mot. Surpris et indigné, je me levai à mon tour et l’interpellai en l’appelant par son nom.

–              Bonne soirée Ilian, dit-il alors qu’il était au niveau de la porte.
–              Non reste ! M’écriai-je presque en le rattrapant par la main.

Se tournant vers moi, un air agacé sur le visage, il déclara sèchement :

–              Tu n’as qu’à appeler Melvin si tu te sens seul !

Jaeden n’avait décidément pas changé. Sa jalousie prenait toujours des proportions démesurées. Si seulement j’y avais été plus sensible à l’époque. Souhaitant faire taire au plus vite ses craintes, je l’attirai à moi, me trouvant une assurance étonnante. Sans qu’il ait le temps de réagir, mes lèvres étaient déjà sur les siennes et mes bras autour de son corps. Il n’en fallut pas plus à Jaeden qui ne resta pas un instant de plus inactif. Une de ses mains vint se perdre dans ma nuque, tandis que l’autre glissait dans le bas de mon dos, désirant m’attirer plus près. Sa langue vint quémander l’entrée de ma bouche, chose que je lui accordai sur le champ.

Un frisson violent me saisit lorsqu’il pénétra dans ma bouche, mêlant sa langue à la mienne. Rares étaient les fois où nous avions échangé un baiser  aussi pressant et brûlant.  Toujours plus prêt, toujours plus fusionnel, Jaeden me plaqua dos au mur, sans un seul instant mettre fin au baiser ou en diminuer l’intensité. Perdu dans ce baiser qui désirait sans cesse plus qu’il ne possédait déjà, la main de Jaeden glissa sur mes fesses en un geste à la fois possessif et terriblement sensuel. Jamais je n’avais vécu quelque chose d’aussi torride et pourtant un autre sentiment vint gâcher tout cela, lorsque sa main tenta de se glisser sous mon pantalon de pyjama : la peur.

Mon corps se contracta, mais je tentai de me contrôler. Je savais que Jaeden ne me ferait jamais de mal, mais pour l’instant le souvenir d’Ewen était trop proche. Crispant mes mains dans son dos d’une toute autre manière, je retins mes larmes bien trop tard. Très peu de temps après, un goût salé vint se mêler à notre échange. S’en apercevant, Jaeden cessa directement toute action, s’éloignant légèrement de moi, profondément inquiet. Constatant mon état, alors que les larmes noyaient mes yeux fuyant toute rencontre, il souffla d’une voix douce et anxieuse :

–              Je suis désolé Ilian, je me suis laissé emporter et…
–              C’est moi qui suis désolé Jaeden… Dis-je la voix brisée avant d’aller chercher refuge dans le creux de ses bras.

Avoir peur de celui que j’aimais… Même un bref instant, c’était pour moi quelque chose d’atroce.

Murmurant d’une voix douce à mon oreille, Jaeden me reprit :

–              Ne dis pas n’importe quoi… Après ce que tu as vécu… Je… J’ai…

Sa voix mourut dans un silence. Plus aucun mot n’avait sa place. Juste lui et moi… La chaleur rassurante et protectrice de ses bras… L’homme blessé et l’homme impuissant face à la souffrance de celui-ci…

Je ne voulais pas qu’il se sente coupable,  aussi, je le serrai encore plus fort.
Nous restâmes ainsi un long moment, debout, l’un contre l’autre, dans une simple étreinte. Lorsque je sentis un peu de force et d’assurance renaître en moi, tentant de détendre l’atmosphère,  je déclarai à voix basse, non sans sentir le rouge me monter aux joues :

–              Moi aussi je suis jaloux…
–              De quoi ? Me demanda Jaeden intrigué.

Restant le visage enfoui dans son cou, je répondis faiblement :

–              Tu n’as jamais pris un repas avec moi ici…
–              Oh… Souffla Jaeden semblant comprendre.

S’éloignant légèrement de moi, il redressa mon visage en passant un doigt sous mon menton, me faisant frissonner. Un sourire illuminait son visage, et sans plus attendre, il déposa ses lèvres sur les miennes en un chaste baiser qui me fit un bien fou.

Puis me serrant ensuite une dernière fois dans ses bras, il ajouta :

–              Demain je mangerai avec toi…

S’écartant de moi, il me fixa amusé, tandis que le rouge me montait aux joues.
Nous restâmes un instant ainsi, les yeux dans les yeux, perdus dans le regard de l’autre. Puis, après un temps, je demandai à Jaeden, hésitant :

–              Tu… Tu peux rester cette nuit ?
–              Ilian, me répliqua Jaeden gêné. Ce n’est pas une bonne idée… Une fois de temps en temps, mais c’est vraiment trop risqué. Il ne faut pas que cela devienne une habitude.

Le voyant se perde dans ses excuses, je laissai échapper ma pensée tout haut :

–              Si j’avais une cigarette, je m’en serais servi pour t’obliger à rester !
–              Ilian… Souffla Jaeden amusé.

Reprenant mon sérieux, plantant mon regard dans le sien, je finis par dire :

–              S’il te plait Jaeden… Je ne te le demanderais pas si je n’en avais pas besoin… Ajoutai-je, hésitant et honteux.

Jaeden ne put alors plus refuser. Le tenant par le bras, je l’attirai avec moi jusqu’au lit. Là, je me glissai sous les couvertures, consentant à le lâcher. Ne lui laissant pas le temps de s’allonger sur la couverture, je la relevai me callant contre le mur pour le laisser prendre place.

–              Ilian… Me dit-il l’air faussement réprobateur. Tu exagères.

Lui offrant un sourire faussement innocent, je ne changeai cependant rien à ma position.
N’ayant pas la force de me résister, il céda. Je me retrouvai bien rapidement dans ses bras, rabattant la couverture sur nos deux corps. Le visage callé dans son cou, j’inspirai son odeur à plein poumon comme pour reprendre des forces. Bien vite, le sommeil vint frapper à ma porte, et je le laissai m’envahir, un sourire accroché à mes lèvres, la main de Jaeden caressant lentement mon dos comme pour m’apaiser. Une fois de plus, je m’endormis avec cette impression d’être moins seul.

 

***

 

Nous étions au milieu de la matinée lorsque je quittai ma chambre pour me rendre dans le bureau de Jaeden. Je ne m’étais pas réveillé avec Jaeden, qui prenait soin de s’éclipser lorsqu’il était encore temps. Il était venu s’asseoir à mes côtés pour déjeuner. Même si nous avions déjeuné en silence, sa simple présence m’apaisait grandement. Il était ensuite retourné dans son bureau en me rappelant que nous avions notre rendez-vous dans une petite heure. Je regagnai ma chambre et après un passage dans les douches avec l’infirmière qui m’avait dit de repasser lorsque je serais propre pour changer mon pansement, je me rendis jusqu’à son bureau. Arrivé devant la porte, j’hésitai à frapper. Je savais que ces entrevues ne seraient certainement pas pareilles que lorsque nous nous voyions le soir. C’était peut être le seul moment où nous jouions hypocritement le rôle du psychiatre et du patient. C’est alors que j’entendis la voix du directeur. Vérifiant qu’il n’y avait personne dans le couloir, je tendis ensuite l’oreille pour écouter de quoi il était question.

–              Ce que je veux dire Jaeden, c’est qu’après tout ce qu’il s’est passé, il faut que tu prennes tes distances. Devenir aussi proche de son patient est une mauvaise chose, et surtout d’Ilian !

Mon cœur se serra, mais ce ne fut pas pour cela que je cessai d’écouter.

–              Mais, je…Tenta de répliquer Jaeden avant que le directeur le coupe en reprenant la parole.
–              Vos rendez-vous suffisent amplement. Tu n’as pas besoin d’aller manger avec lui.
–              Je ne savais pas qu’il était interdit de manger avec ses patients ! Rétorqua Jaeden assez insolemment.
–              Ne joue pas avec moi Jaeden. Tu sais bien que je suis de ton côté, je suis juste en train de protéger ta carrière. J’ai ce mauvais pressentiment que tu es en train de glisser sur la mauvaise pente.

Le pire était de savoir que le directeur avait parfaitement raison. A l’instant même où il avait saisi mon dossier, il avait fait une grave erreur consciente ou inconsciente. Jamais il n’aurait du traiter mon cas, et aller aussi loin. Mais c’était maintenant trop tard et j’étais loin de vouloir m’en plaindre. Ne supportant plus que Jaeden soit ainsi attaqué, je frappai à la porte, trahissant ma présence.

–              Entrez ! Fit le directeur d’une voix énervée.

Retrouvant très vite mon visage froid et impersonnel, je rentrai, sans poser les yeux sur aucun des deux et allai m’asseoir sur le siège en face de Jaeden, attendant que notre rendez-vous commence, faisant par là comprendre au directeur qu’il n’avait plus rien à faire ici. Le directeur partit sans un mot, en fermant la porte. Jaeden qui était debout posa son regard sur moi, tentant de déceler quelque chose, mais il fit face à un mur. Je crois que ce fut à cet instant qu’il comprit que je ne serais certainement pas pareil que le soir lorsque j’étais avec lui. De toute façon, c’était au dessus de mes forces… Il finit par s’asseoir, puis prit mon dossier dans le tiroir, et commença à dire après un léger toussotement :

–              Comment te sens-tu aujourd’hui Ilian ?

Je me sentais mal à l’aise, même si je le cachais. Je n’aimais pas cette manière de s’adresser à moi, et la distance que cela instaurait entre nous.

–              Je… Commençai-je par dire alors que ma voix mourait déjà dans un silence.

Je n’aurais même pas su répondre à sa question, cela faisait longtemps que je ne me la posais plus. Semblant se rendre compte que je ne lui apporterais pas de réponse, il se reprit et finit par dire :

–              Bien, aujourd’hui, j’aimerais parler un peu de tes écrits.

Plantant soudainement mon regard  vide dans le sien, je ne pus m’empêcher de me tendre dans l’attente de la suite.

–              Depuis combien de temps est-ce que tu écris ? Me demanda-t-il.

Soulagé par cette question, je répondis assez brièvement :

–              Depuis que je suis arrivé ici…
–              Pourquoi est ce que tu écris ? M’interrogea-t-il.

Je n’aimais pas vraiment le ton que prenait notre entrevue. Le directeur semblait l’avoir remis à sa place. Mon cœur s’emballa à l’idée que peut être il ne viendrait plus le soir en plus de l’absence de nos repas.  De plus, il aurait pu m’interroger sur des milliers de sujets, pourquoi prenait-il le plus sensible ? Que voulait-il que je réponde à sa question ? Que c’était la seule façon pour moi de penser à autre chose qu’à tous les abus qu’Ewen m’avait fait subir et à l’enfer dont il avait teinté ma vie? Agacé et souffrant, je répondis sans montrer ma détresse :

–              A ton avis ?

Surpris, Jaeden ne répondit rien. Il sembla ensuite réfléchir à une réponse, puis après un silence, il finit par répondre :

–              Je… Je vois ça comme une sorte d’évasion pour toi…Tu crées des histoires pour sortir un peu de ton esprit…

C’était si joliment dit. Il n’avait pas totalement tort, mais dit comme cela, cela faisait penser à une théorie d’école. Cependant, je ne pouvais nier son effort…

–              Ilian… dit-il en changeant de ton. Est-ce que je peux… Est-ce que je peux lire tes cahiers ?

Ne m’attendant pas à cette question, mais connaissant parfaitement la réponse, je m’empressai de répondre :

–              Non !

Je ne voulais pas qu’il lise. Je ne voulais pas qu’il se sente encore une fois mal comme il l’avait été à la lecture de mon journal. Cette fois-ci, ce n’était pas pour moi que je le refusais, c’était pour lui, mais je n’allais certainement pas lui dire.

–              Voyons Ilian, rétorqua Jaeden en cachant mal sa colère. Ce n’est pas grand-chose, tu pourrais…
N’en supportant pas d’avantage, je répondis assez froidement, mais une lueur de détresse éclairant un instant mes yeux :
–              Non Jaeden ! Tu m’as promis de ne pas me poser de questions sur ce qui s’était passé et ces cahiers en font partie !
–              Je ne t’ai jamais promis que je ne chercherais pas à t’aider !

Je ne répondis rien. Jaeden se détourna et, tournant sur sa chaise, il regarda pas la fenêtre, boudeur. Il avait déjà eut beaucoup de moi. Je ne pouvais pas accélérer la cadence, il fallait qu’il y aille doucement.  Mes écrits n’étaient pas faits pour être lus par lui. Il avait déjà assez souffert par ma faute et je ne voulais pas l’entraîner dans la noirceur de mon être. Je souris tout de même malgré moi, voyant sa colère qu’il réprimait avec difficulté et la frustration qu’il avait du mal à évacuer. Combien j’aurais donné pour aller m’asseoir sur ses genoux et lui faire oublier d’un simple baiser, un instant tous nos problèmes. Sans se détourner de la fenêtre, Jaeden prit de nouveau la parole et d’une voix assez grave, il me confia :

–              Tu sais Ilian, quand j’ai écrit la lettre, je me suis senti soulagé d’un poids énorme. Tu n’as pas idée du bien que cela m’a fait.

Jaeden tourna sa tête vers moi, plongeant ses yeux dans les miens, attentif à ce qu’il était en train de me dire.

–              Quand j’ai su que tu l’avais lue, poursuivit-il, je ne me suis jamais senti aussi heureux.

A la pensée de cette lettre, mon estomac se tordit. Il laissa passer un temps, puis il enchaîna :

–              Même si c’est dur Ilian, il faut que tu trouves une chose à laquelle t’accrocher. Tu dois passer au dessus pour pouvoir avancer et acquérir ce quelque chose…

Le seul que je voulais, la seule chose qui me tenait encore en vie et qui aidait à faire battre mon cœur chaque jour : c’était celui qui se tenait en face de moi. Mais une ombre faisant partie de moi paralysait une bonne partie de mon être. Ce qu’Ewen m’avait fait subir… D’une voix faible, je baissai les yeux et je soufflai :
–              Je ne suis pas prêt à oublier…

Non, j’étais loin de pouvoir oublier Ewen et ce que j’avais subit par sa faute. Et j’étais encore loin d’oublier le meurtre qu’il m’avait poussé à commettre. La tête toujours baissée, j’entendis Jaeden me répondre :

–              J’attendrai le temps qu’il faudra Ilian.

Je saisis parfaitement le double sens de sa phrase. Alors que j’allais redresser la tête, le téléphone se mit à sonner. Jaeden sursauta et appuya rapidement sur une touche. Il dut certainement se tromper car le haut parleur s’enclencha et la secrétaire déclara d’une voix fluette :

–              Docteur Sadler, Hugo souhaiterait vous parler.

Mon cœur loupa un battement dans ma poitrine avant de s’élancer à un rythme endiablé. Mes sourcils se froncèrent et ce que j’avais ouvert à Jaeden se referma aussitôt, me cachant de nouveau, non sans quelques blessures plus profondes. Je me sentais trahi, une fois de plus, alors que j’étais en train de lui offrir une confiance aveugle.

Jaeden raccrocha presque aussitôt et déclara comme pris en faute :

–              Ce n’est pas ce que tu crois ! Ce n’était pas prévu, je te jure je ne sais pas pourquoi il est là !

Un regard noir de ma part suffit à le faire taire. Froidement, je me levai, soufflant que l’entretien était fini, avant de me lever et de quitter la pièce. N’étais-je pas entrain de raccrocher à une chose qui pouvait me faire chuter encore plus vite… ?

 

***

 

La journée fut à la fois très longue et bien trop courte. Melvin m’avait collé une bonne partie de la journée, mais avait fini par se calmer, me trouvant fortement désagréable. Je fis tout pour ne pas le recroiser alors que j’attendais le soir avec impatience. Tant de sentiments contraires se bousculaient en moi. Je voulais qu’il vienne, même si je lui en voulais terriblement. Etait-ce la jalousie qui de nouveau me rongeait ? Ou la peur de le perdre alors que rien n’était encore acquis ? Mon cœur battait toujours pour lui, bien plus qu’il ne le croyait, et les circonstances faisaient que je n’avais que lui… Je n’avais toujours pas retrouvé mon inspiration, et j’étais là assis sur mes couvertures, un livre ouvert sur mes genoux, et mes yeux refusant de se poser dessus plus de deux minutes.

C’est alors que la porte de ma chambre s’entrouvrit, laissant apparaître Jaeden avec un gros sachet en papier de Mac Donald dans les mains.
Levant la tête vers lui, je me détournai bientôt, faisant semblant de lire, alors qu’il installait le tout en silence sur mon bureau. Lui jetant quelques regards en biais, je vis qu’il avait pris bien plus qu’il ne serait capable de manger tout seul. Pourtant, il ne me proposa rien. Il se contenta de s’asseoir à mon bureau et de commencer à manger après s’être fait de la place.

–              Tu n’as pas faim ? Me demanda soudain Jaeden, sur un ton amusé.

L’odeur envahissait ma chambre, et n’ayant presque pas touché à mon plat ce soir il était indéniable que j’avais faim. Mon estomac me trahit d’ailleurs, lorsqu’un gros gargouillement arriva pile au bon moment, lui servant de réponse.

Seulement, je n’allais certainement pas me lever ou aller le rejoindre. Je n’avais toujours pas digéré le coup de téléphone de Jaeden, ayant du mal à faire confiance à ce qu’il m’avait dit. Semblant le comprendre, Jaeden se leva et vint s’asseoir à côté de moi sur le lit. Prenant une profonde inspiration, il m’avoua :

–              Hugo m’a invité au restaurant ce soir… Mais j’ai refusé.

Je le regardai, suspicieux, ne sachant comment réagir, jusqu’à ce qu’il ajoute, un sourire étirant ses lèvres :

–              Parce que j’avais quelque chose de mieux à faire.

Ne tenant plus, touché par ses mots, je passai mes deux bras autour de son cou et l’embrassai non sans un soupçon de timidité. Jaeden répondit à mon baiser sans la moindre hésitation, m’enlaçant tendrement, il m’attira à lui. Je réalisai qu’au fond de moi, j’avais peur… Hugo était libre, contrairement à moi. J’étais loin de pouvoir lui offrir ce qu’Hugo pouvait lui donner. De plus, je savais que Jaeden aimait cet homme. Perdu, je l’embrassai, devenant de plus en plus entreprenant, sentant cette peur sourde en moi monter : cette peur de le perdre. Alors qu’il était assis dos au mur, sans quitter ses lèvres, je passai une jambe de chaque côté des siennes, m’asseyant sur lui et le collant plus que nécessaire.

Jaeden ne refusait rien, sûrement agréablement surpris par une telle attitude de ma part. Ses mains finirent par s’insinuer sous mon t-shirt, caressant ma peau, approfondissant le baiser. Si je pouvais ignorer un court instant une autre forme de peur, brisé et abîmé par les années passées, celle-ci revint au galop lorsqu’il nous allongea sur le lit, comme pour être plus à l’aise. Légèrement au dessus de lui, je quittai ses lèvres un instant pour effleurer son visage de mes mains. Je n’avais que cela pour le retenir, et pourtant c’était une chose qui me demandait bien trop. Alors que je sentais les larmes me monter aux yeux, je les fermai et abaissai ma tête pour de nouveau l’embrasser, tentant de lui cacher mon état.  Mes mains tremblantes passèrent sous son t-shirt, réimprimant dans ma mémoire chaque parcelle de sa peau. Mon cœur battait bien trop vite, et ce n’était pas du au désir qui montait en moi. Jaeden aussi me touchait d’une manière impudique mais terriblement sensuelle. Malgré moi, j’y restais cependant sourd, me forçant à poursuivre, prêt à tout pour le garder. Voulant raccourcir au plus vite ce calvaire, je glissai ma main vers son pantalon, retenant avec beaucoup de difficultés un sanglot bruyant.
Soudain, Jaeden m’arrêta, comme s’il prenait conscience de mon état. Le regard fuyant, les larmes redoublèrent alors que j’étais immobile.

–              Ce n’est pas là peine Ilian…

Après un temps, il ajouta, comprenant la raison de mes agissements :

–              Il est hors de question que je recommence avec Hugo.

Alors que je m’écartais de lui, plus qu’honteux, Jaeden me redressa délicatement le visage en passant sa main sous mon menton afin que nos regards se croisent pour ce qu’il allait me dire par la suite :

–              Dans toute ma vie, j’ai été amoureux de deux personnes, et si je me remets avec la première, ce n’est pas pour tout gâcher…

Tendrement, il me prit dans ses bras, me laissant enfouir la tête dans son cou, pendant que je pleurais silencieusement. Il ne savait pas combien ses mots me touchaient. Après un bon moment passé ainsi, Jaeden finit par s’écarter de moi et me proposa de manger avant que le repas ne refroidisse vraiment. Silencieusement, nous mangeâmes, échangeant de temps en temps quelques regards. Plus le temps passait et plus une question me brûlait la gorge. Ne pensant d’habitude qu’à moi depuis quatre ans, je me rendais compte que je m’inquiétais pour lui. Après avoir fini de manger, Jaeden rangea tout en nettoyant soigneusement toute trace de son passage.  Assis sur mon lit, les genoux replié vers mon visage, les bras les encerclant, je finis par craquer et lui demander :

–              Jaeden… Est-ce que cette situation te fait souffrir ?

Jaeden se tourna vers moi, et me sourit avant de dire :

–              Bien sûr que non, sinon je ne serais pas là ce soir…

Peu convaincu par sa réponse, je n’ajoutai cependant rien, tandis qu’il venait s’allonger sur mon lit en disant qu’il avait trop mangé. Amusé, je m’allongeai à mon tour, me collant contre lui en ressentant le besoin tout comme lui me le montrait implicitement.

–              Qu’est ce qu’il s’est passé lorsque nous nous sommes quittés ? Finis-je par dire, ne parvenant à tenir ma langue.

Jaeden se tendit presque aussitôt, et me répondit en tentant d’avoir un ton détaché :

–              C’est une partie de moi que j’aimerais ne jamais te dévoiler Ilian…

Le cœur serré mais comprenant sa demande plus que quiconque, je laissai échapper :

–              Je suis désolé Jaeden, je n’aurais pas du te demander, ce qu’a dit ton frère aurait du me suffire.

A peine eusse-je terminé ma phrase que Jaeden se redressa et me regarda étrangement. C’est à ce moment là seulement que je me rendis compte de mon erreur. Jamais je n’aurais du lui parler de la visite de son frère mais maintenant c’était trop tard…

–              Pourquoi tu me parles de Kain ? Comment tu… ? Me demanda Jaeden complètement perdu.
–              Je… C’est que… Commençai-je à bafouiller.
–              Tu l’as revu ici ? Me demanda Jaeden, ayant apparemment peur de comprendre.
–              Non, c’est rien, oublie ce que j’ai dit, tentai-je tout en sachant que c’était peine perdue.
–              Ilian, ne cherche pas à me mentir à ce sujet, me demanda-t-il en ayant du mal à cacher sa colère.

Ne pouvant rien faire d’autre que lui dire la vérité, je finis par dire la tête baissée :

–              Il est venu me voir un matin…
–              Comment ça il est venu te voir ici ?

Je sentais la colère et l’agressivité monter, et je ne pouvais rien faire pour le calmer. Alors que j’acquiesçai, il me demanda aussitôt :

–              Quand ?

Ayant l’impression de suivre un interrogatoire de police, je répondis :

–              Deux jours après l’avoir vu avec toi en ville. Juste avant que Melvin ne te parle du cahier… Le matin.
–              Il est venu te voir pour quoi ! S’exclama-t-il, ne contenant plus rien du tout.
–              Pour me dire de te laisser en paix et de m’éloigner de toi…

Je pris une pause, les larmes aux yeux avant de poursuivre :

–              Il m’a supplié de ne pas te faire redescendre, de t’oublier. Il m’a dit que tout était de ma faute, il…

Je ne pus en dire plus, ma voix mourut dans un sanglot et je fermai les yeux. Malgré sa colère, Jaeden jura plusieurs mots grossiers sur son frère avant de me prendre dans ses bras et de me serrer très fort.

–              Ne fais pas attention à ce qu’il t’a dit Ilian.

Puis, il s’écarta de moi après un temps, se levant du lit, il me dit sans cacher sa rancune pour Kain :

–              Je vais aller le voir tout de suite, il va sérieusement regretter d’être venu te parler.

Le visage en larme, je le suppliai alors :

–              Non Jaeden, reste, s’il te plait… Ne me laisse pas seul ce soir.  Je… J’ai…

En réalité j’avais terriblement peur qu’il me laisse seul et que je refasse mes cauchemars, pourtant je me refusais à lui confesser les horreurs qui peuplaient toutes mes nuits :

–              Ne va pas le voir maintenant, il vaut mieux que tu te calmes…

En même temps j’attrapai sa main, lui lançant un regard apeuré.

–              J’irai demain soir alors, finit-il par céder.

Je ne fis aucun commentaire au sujet du fait que je devrais dormir seul le lendemain, même si je sentais mes entrailles se nouer.

–              Je ne peux de toute façon pas dormir ici tous les soirs. Promets-moi que tu n’insisteras pas, pour ne pas me rendre la tache plus difficile…

J’acquiesçai, avant de retourner dans ses bras, ayant la cruelle impression que je ne dormirais pas avec lui avant plusieurs jours. Après un baiser des plus tendres, nous nous couchâmes tous les deux sous la couverture. Pour une fois, ce fut Jaeden qui se colla à moi, comme pour s’excuser de ne pouvoir faire plus.

Fermant les yeux, je m’endormis assez rapidement, enivré de son odeur que j’imprimais dans mon esprit et bercé par sa respiration calme et régulière.

 

***

 

La journée s’était assez rapidement passée. Je n’avais toujours pas écrit un seul mot, mais j’avais lu et passé un peu de temps avec Melvin en salle de télévision. Il était maintenant environ deux heures du matin et j’étais allongé dans mon lit, seul. Je rechignais à fermer les yeux, même si la fatigue commençait à me prendre. Jaeden n’était pas venu du tout ce soir là, et je regrettais amèrement de lui avoir parlé de Kain. Comme promis cependant, je n’avais pas insisté pour qu’il reste. La fatigue finit tout de même pas l’emporter sur la crainte et je m’endormis peu de temps après, sans même m’en rendre compte…

 

Mes parents étaient venus nous rendre visite chez Ewen afin de voir comment je m’étais installé chez lui et si tout allait bien, ainsi que pour me voir un peu, m’ayant reproché de les éviter ces derniers temps. Loin de moi l’idée de leur en donner la raison. Nous avions fini de manger et nous étions tous dans le salon en train de boire un café et de parler un peu avant qu’ils ne rentrent. Ma sœur n’était pas là, prétextant qu’elle avait un devoir à rendre. Je ne m’en plaignais pas, cela faisait au moins cela de moins à supporter. Ewen et mes parents discutaient, ne semblant pas me demander de participer. Du moins, jusqu’à ce que j’entende le nom de Jaeden.

–              C’est vrai ça ! Ca fait un moment que tu n’es plus avec lui. Crois-moi Ilian, tu as fait le bon choix, dit ma mère en souriant.
–              Oui, confirma Ewen, ce n’était vraiment pas quelqu’un pour lui…

Ravalant mon indignation, je ne dis rien, de toute façon trop lassé et rabaissé pour faire quoi que ce soit. Je sentis mon père poser ses yeux sur moi, mais pour rien au monde je n’aurais croisé son regard. Continuant dans sa lancée, ma mère poursuivit :

–              Et puis cette cohabitation avec ton cousin, quelle excellente idée. Merci encore Ewen de l’accepter chez toi.
–              Oh vous savez, ce n’est vraiment pas grand-chose, répondit Ewen non sans hypocrisie masquée.

Si mes parents savaient, là, maintenant… Comment réagiraient-ils ? Ma mère me rirait certainement au nez et mon père me regarderait sévèrement, énervé de me voir sortir de tels mensonges. Etait-ce cela qui m’empêchait réellement de tout dévoiler ? Non. C’était le regard d’Ewen constamment posé indirectement sur moi.

–              Je trouve vraiment que ça lui réussit, poursuivit ma mère en parlant avec Ewen, ignorant maintenant ma présence.

Ils parlèrent encore un moment, tandis que je n’écoutais plus. Je finis simplement acte de présence, le regard dans le vide. La nuit était maintenant tombée depuis un moment, et mes parents finirent par se décider à sortir. Alors qu’Ewen et ma mère se dirigeaient vers la sortie, mon père m’attira soudain un peu à part.

–              Si quelque chose ne va pas, n’hésite pas à m’en parler mon garçon.

Je le regardai, interrogateur, surpris par ce regain d’intérêt à mon égard.

–              Ne t’inquiète pas papa, tout va bien, je me plais ici, dis-je en souriant pour me donner un peu de consistance.

Mon père sembla s’en satisfaire  et il me demanda ensuite

–              Est-ce que tu es vraiment heureux de cette séparation avec Jaeden ?

Il me fallut un temps pour arriver à articuler :

–              Oui…

Nous n’eûmes pas le temps de finir notre conversation que ma mère vint chercher mon père en lui demandant ce qu’il fabriquait. Après les avoir salués, je pris la direction de la douche, aspirant à un bain chaud avant d’aller me coucher pendant qu’Ewen rangeait avec soin, ne désirant aucune aide. J’espérais secrètement qu’il me laisserait en paix ce soir. Sans un bruit, le plus discrètement possible, j’allai m’enfermer dans la salle de bain, tentant de gagner un peu de solitude. Faisant couler l’eau en la réglant le plus chaudement possible, je me déshabillai en attendant avant de me plonger dedans, profitant de ses bienfaits. Me laissant aller à fermer les yeux, je tentai de ne penser à rien…

A peine dix minutes plus tard, je sursautai en entendant Ewen tourner la poigné et pester bruyamment sur le fait que j’avais fermé à clef. Etonnement cependant, il n’insista pas et ne me hurla pas de venir lui ouvrir. Ne pouvant qu’être méfiant, je décidai de prendre un peu plus de temps pour me laver, espérant ainsi qu’il évacue sa colère de me voir lui « résister » ainsi. Après une bonne demi heure, je me rendis en pyjama dans la chambre qu’Ewen me forçait à partager avec lui. Allumant la lumière, je fis un bond en le voyant étendu sur le lit, m’attendant complètement nu. Depuis combien de temps m’attendait-il ainsi dans le noir ?

–              Tu n’avais vraiment pas besoin de t’habiller… J’ai du t’attendre déjà assez longtemps.

Je fermai les yeux, me retenant de pleurer : non, il était loin de désirer un jour me laisser en paix et se lasser de moi…

 

 

J’ouvris les yeux en sursaut, légèrement rassuré de me réveiller avant la suite du cauchemar que j’étais en train de faire, bien qu’un souvenir amer de cette nuit là était encore parfaitement inscrit dans ma mémoire. Tremblant, je me redressai afin de me mettre en position assise, les jambes repliées sur moi et la tête cachée dans mes bras. La peur de revivre cela me nouait les entrailles et je n’avais personne pour me rassurer. A peine avais-je fermé les yeux que je sombrai dans d’horribles cauchemars. Sans Jaeden, je n’arriverais pas à dormir bien plus calmement, et après avoir goûté à la chaleur de ses bras, je regrettais amèrement de ne pas pouvoir le faire tous les soirs ou d’y avoir goûté. La plaie sur mon bras en train de cicatriser me démangeait atrocement, pourtant je ne la touchai pas, restant immobile, luttant contre le sommeil pour ne surtout pas m’endormir à nouveau.
La suite de la nuit se déroula ainsi. Mon cœur battait extrêmement vite, et j’étais épuisé.

L’infirmière vint me voir assez tôt, changeant mon pansement et me donnant mes cachets. Elle était assez silencieuse aujourd’hui, et ne m’adressa que quelques mots. Je ne cherchai pas à ce qu’elle m’en dise plus, satisfait que cela se déroule ainsi. Une fois que nous nous séparâmes, j’allai au réfectoire, m’asseyant à une table, seul. Je cherchai Jaeden des yeux, mais il ne semblait pas être là ce matin. Le regard du directeur était posé sur moi avec un air que je n’aurais su déterminer et je m’empressai de croiser son regard avec la froideur qui m’était impartie. Il finit par se désintéresser de moi et je plongeai toute mon attention dans mon bol de chocolat chaud. Perdu dans mes pensées qui ne se suivaient pas à cause de la fatigue due à l’absence de réel repos cette nuit, je ne vis pas Jaeden arriver, mais je m’aperçus de sa présence au moment où il posa son plateau en face du mien.

–              Ouf, j’ai cru ne jamais arriver pour l’heure du petit déjeuner, souffla-t-il avec un sourire à mon attention.

Mon regard croisa le sien avant de voir celui du directeur outré par l’attitude de Jaeden. Comprenant que le directeur était en train de nous regarder et qu’il était loin d’approuver ce que venait de faire Jaeden, celui-ci ajouta :

–              J’ai tout à fait le droit de manger avec toi Ilian, ne t’occupe pas de lui…

L’ignorant alors, je reportai mon attention sur mon petit déjeuner, lui cachant du mieux que je pouvais ma fatigue. Mais cela ne sembla pas marcher, car il me demanda peu de temps après, inquiet :

–              Tu as un petite mine… Est-ce que ça va ?

J’acquiesçai simplement, peu enclin à lui parler, mais je redressai la tête, lui souriant pour le rassurer. Jaeden y répondit et je retrouvai mon visage froid, ayant du mal à ne pas paraître autrement devant les autres.

–              Je crois que nous n’avons pas beaucoup dormi tous les deux… Conclut-il.

Nous déjeunâmes en silence, échangeant quelques paroles, Jaeden comprenant peu à peu mon attitude liée aux autres qui nous entouraient. Combien j’aurais donné pour me lever et aller lui voler un baiser ? Qu’aurais-je fait pour simplement me reposer dans ses bras ? Au lieu de cela, j’étais comme enchaîné, incapable d’être libre, honteux du statut qui m’était imposé : celui d’un fou meurtrier.

 

***

 

La suite de la journée s’était passée comme toutes les autres, il suffisait d’un regard de ma part pour que les autres me laissent en paix. Il était maintenant environ dix heures du soir et je me refusais à regagner mon lit pour aller dormir. Jaeden n’était pas venu, ou du moins pas encore. J’espérais au moins qu’il vienne me voir un peu. Mes yeux me brûlaient comme un signe précurseur du besoin de sommeil qui m’avait déjà fait cruellement défaut la nuit dernière. Il fallait que je me résigne et que j’aille dormir, Jaeden ne viendrait pas tout comme je n’écrirais pas une ligne ce soir. Refermant mon cahier, posant mon stylo, je me levai et après m’être étiré j’allai m’allonger dans mon lit, la peur au ventre. Je n’avais même pas le courage d’ouvrir un livre.

Alors que je m’apprêtais à éteindre la lumière, la porte de ma chambre s’ouvrit sur Jaeden. Me redressant en position assise, j’eus du mal à me retenir de l’accueillir avec un grand sourire.

–              Je viens juste te souhaiter bonne nuit avant de rentrer chez moi, dit-il en refermant la porte derrière lui. J’aurais bien aimé venir plus tôt pour passer plus de temps avec toi, mais j’ai travaillé sur le dossier de mon nouveau patient et je n’ai pas vu l’heure.

Mon sourire s’effaça presque aussitôt, ce qui fut loin de passer inaperçu.

–             Ilian… Dit-t-il en riant.

Sans un mot de plus, il s’assit sur mon lit et m’attira tout contre lui, son souffle chaud dans mon cou me faisant frissonner. Après un court instant, il chuchota à mon oreille :

–              Je ne pouvais pas partir sans avoir goûté à tes lèvres…

Malgré la légère colère que j’éprouvais contre lui et la jalousie qu’il ait préféré étudier un dossier plutôt que venir me voir, un faible sourire se dessina sur mon visage. Avec une tendresse inégalable, il m’écarta légèrement de lui, et tenant mon menton du bout des doigts, il finit par recouvrir mes lèvres des siennes, en un baiser si doux qu’il m’apaisa bien plus que je ne l’aurais pensé. Comment avais-je pu me passer de lui, de sa douceur et de son amour qu’il ne m’avait jamais dévoilé ?

Ce fut à contre cœur que notre baiser prit fin. Je me laissai aller dans ses bras, profitant de cette étreinte, sachant qu’elle ne durerait pas.

–              Je ne peux pas rester plus longtemps, souffla Jaeden  avec douceur, après quelques minutes.

Niant ce qu’il me disait, je raffermis mon étreinte, sachant pertinemment que c’était peine perdue. Je le sentis embrasser mon front, puis me repousser fermement mais avec délicatesse.

–              Crois-moi Ilian, si je pouvais rester, je le ferais…

Comprenant qu’il avait une situation tout aussi pénible que la mienne, je baissai les yeux et me résignai à le laisser partir. Il déposa un dernier baiser sur le coin de ma lèvre et se leva.

–              Bonne nuit Ilian, essaye de te reposer, tu sembles en avoir vraiment besoin.

Aurais-je pu le retenir en lui parlant de mes terreurs nocturnes qui recommençaient inlassablement au moment où je fermais les yeux ? Je n’en fis cependant rien. Il partit après un dernier regard, me laissant seul dans l’obscurité. Soumis, je m’allongeai dans mon lit tentant de faire ce qu’il m’avait conseillé, espérant avoir une nuit de paix. Je luttai malgré tout pour ne pas fermer les yeux. Ce combat dura longtemps, mais la fatigue finit par l’emporter après plusieurs heures. Mes yeux se fermèrent et je m’endormis sans même m’en rendre compte…

 

Coupable… Ce mot ne cessait de raisonner dans ma tête alors que le jury venait de prendre sa décision. Je les voyais tous, le regard figé sur moi, ne voyant en moi qu’un homme ayant perdu la raison. Ma mère avait enfoui son visage dans les bras de mon père qui lui chuchotait des mots que je ne pouvais entendre. J’allais être interné dès ce soir. Cet interminable procès était enfin fini, et je ne voyais que dans ce verdict l’occasion de me reposer enfin et de me faire oublier de tous ceux qui parcouraient le monde extérieur. Le tribunal commençait à se vider, seuls mes parents restaient assis sur leur banc, alors que l’on venait me chercher pour m’amener dans un lieu d’où je ne sortirais jamais. Soumis, je les suivis, passant devant mes parents et ma sœur sans oser poser les yeux sur eux. Comment avaient-ils pu supporter ce procès et le nouveau visage que je m’étais donné ?

Alors que nous allions sortir, j’entendis mon père crier mon nom avec une violence que je ne lui avais jamais connue. Je me retournai, surpris, pour voir son visage dont les larmes attestaient que sa colère contre moi le rongeait. Etonnamment, les gardes postés tout autour de moi le laissèrent arriver à mon niveau, comme pour offrir à un père le droit de dire au revoir à son fils. Savaient-il seulement que ce n’était pas réellement ce qu’il comptait faire ? Quoi de pire que de voir son père ainsi, juste devant soit, pleurer par ma faute…

Arrivé à ma hauteur, il inspira profondément avant de me cracher à la figure, les larmes aux yeux :

–              Comment as-tu pu nous faire ça ?!! Dis-moi comment Ilian ! Par ta faute je n’ose même plus regarder mon frère en face. Tu m’écœures Ilian ! J’ai toujours cru en toi, je t’ai toujours approuvé dans ton orientation. Mais le résultat… Tu as tué un homme, qui plus est ton propre cousin ! Tu me dégoûtes !

Il fit une pause, ne supportant pas le visage sans expression que je lui renvoyais, avant d’ajouter :

–              Je préfère ne jamais savoir pourquoi… Dit-il plus bas, avant de murmurer juste pour moi : Je ne veux plus jamais te revoir ! Tu ne mérites pas d’être mon fils ! Tu as détruit notre famille…

Si je ne laissais rien paraître à l’extérieur, mon cœur hurlait de douleur, priant que cela prenne fin. Sa main se leva dans les airs, s’apprêtant à me frapper, mais un des policiers l’intercepta, lui intimant de se calmer et me laisser. Mon père se contenta alors d’un regard haineux envers moi, avant de retourner vers sa famille, famille dont je ne faisais plus partie, prenant ma sœur et ma mère dans ses bras.

Agonisant sous cette vision et sous ces mots terriblement violents, je m’effondrai sur le sol inconscient dès que j’eus passé la porte du tribunal…

Mes yeux s’ouvrirent d’un coup. J’étais tremblant, les larmes inondaient mes yeux, mes ongles étaient plantés dans ma plaie à travers le pansement qui recommençait à saigner. Etait-ce cette douleur qui m’avait réveillé, m’empêchant de continuer à plonger dans mes souvenirs ? Replié sur moi-même, j’avais énormément de mal à respirer, épuisé par ce schéma qui ne cessait de se répéter. Prenant sur moi, j’inspirai profondément, non sans difficulté, tentant de ramener le calme en moi. Nerveusement, je finis par tendre le bras vers le livre que m’avait offert Jaeden et dans lequel j’avais glissé notre photo.  Jaeden n’était pas là, mais le souvenir de mon passé avec lui pourrait peut être le remplacer partiellement. Sans cela, je sentais que je ne parviendrais pas à me calmer. Les yeux embués, j’avais du mal à voir la photo, mais je la connaissais par cœur. Oublier les paroles de mon père et cette scène au tribunal. Un spasme me secoua lorsque l’image de mon père levant sa main sur moi s’imposa à mon esprit. C’est avec une force dont je ne me serais jamais cru capable que je me concentrai uniquement sur le souvenir que je désirais…

C’était le soir de mes 18 ans, et Jaeden avait organisé une grande fête avec plein d’amis en mon honneur. Il était maintenant pas loin de onze heures du soir, et j’étais allé m’asseoir sur un banc à l’extérieur, en ayant assez de faire semblant d’être ravi. Je n’osais pas le dire à Jaeden, mais j’aurais mille fois préféré une soirée en tête à tête. J’étais loin d’être à l’aise dans ce genre de fêtes, même si j’étais très touché par son geste. Allumant une cigarette, je me laissai aller contre le dossier, tentant de passer outre ma déception. Kain choisit ce moment là pour sortir me rejoindre sur la terrasse de leur appartement, s’asseyant à mes côtés.

–              Qu’est ce qui ne va pas Ilian ? Me demanda-t-il, se rendant compte que mon état enjoué que je m’étais efforcé à avoir m’avait quitté.
–              Je… Articulai-je, avant de me jeter à l’eau. Ce n’était pas le genre de soirée surprise à laquelle je m’attendais. Tout ce monde, c’est…
–              Tu aurais préféré être seul à seul avec lui petit vicieux, dit-il en se moquant de moi.

Je virai au rouge, tournant le regard, étant très loin d’être à l’aise sur ce genre de sujet. Kain posa sa main sur mon épaule et déclara plus sérieusement :

–              Tu sais Ilian, Jaeden a voulu te faire plaisir, mais il ne sait pas s’y prendre. Mais laisse moi te donner un conseil, tu devrais remettre ton jugement à plus tard car peut être que ce n’est pas la seule surprise qu’il t’a préparée, finit-il avec un petit sourire.

–              Comment ça ? Demandai-je intrigué.
–              Tu verras, déclara Kain. Bon je te laisse, Jaeden arrive.

En effet, celui-ci approchait de moi alors que j’écrasais ma cigarette dans un cendrier posé près du banc.

–              La fête te plait ? Me demanda-t-il arrivant à ma hauteur avant de me tendre les mains, m’invitant à me lever pour rejoindre l’espace de ses bras.

Sans me faire prier, j’acquiesçai avant de rejoindre ses lèvres pour éviter qu’il s’attarde sur mon piètre mensonge.

La fête termina vers deux heures du matin, me retrouvant dans l’appartement de Jaeden, assis sur le canapé avec lui. Kain était parti dormir chez sa petite amie, nous laissant l’appartement. J’étais impatient de découvrir l’autre surprise dont m’avait parlé Kain, même si je n’en avais pas décroché un mot à Jaeden. Après avoir déposé un baiser sur le coin de mes lèvres, Jaeden se sépara de mon étreinte, et déclara en se levant :

–              On rangera demain matin… J’ai d’autres choses de prévues pour finir la soirée… Dit-il d’une voix lourde de sous-entendus.

Ne pouvant m’empêcher de rougir, je saisis la main qu’il me tendait, le suivant ensuite jusqu’à sa chambre. Arrivé à la porte, il l’ouvrit et m’invita à passer le premier. Intrigué et curieux, je pénétrai dans la pièce, sursautant lorsqu’il alluma la lumière. J’eus la surprise de découvrir sur son lit une série de cadeaux consciencieusement empaquetés dans du papier décoré.

–              Jaeden, m’exclamai-je. Il ne fallait pas !

Placé juste derrière moi, les deux bras enlaçant ma taille, il me murmura à l’oreille me faisant frissonner de bien être :

–              Si tu allais les ouvrir au lieu de dire des bêtises.

Alors que je m’approchais du lit, Jaeden ajouta avec un sourire:

–              Juste une chose avant que tu commences, ces cadeaux sont en lien avec mon départ dans quelques semaines.

Mon cœur se serra. Dans trois semaines et ce pendant deux mois, Jaeden allait faire un stage d’été loin d’ici pour favoriser ses chances d’entrée dans l’école qu’il désirait. Ne désirant apparemment pas me voir triste, il s’assit sur le lit et me tendit le premier cadeau, un paquet de taille moyenne :

–              Tiens, commence par celui-ci, dit-il encore plus impatient que moi.

J’ouvris nerveusement le paquet, les mains fébriles. Quelle ne fut pas ma surprise de découvrir une webcam.

–              Pour qu’on puisse se voir et non pas simplement se parler sur MSN.

Ses derniers mots furent accueillis par un baiser accompagné d’un grand sourire. J’eus à peine le temps de le remercier qu’il m’en tendit un autre, une petite boîte cette fois-ci.

–              Jaeden, un seul cadeau aurait amplement suffi.
–              Chut ! Ouvre !

Docilement, j’ouvris le paquet pour découvrir une carte, quelques billets de train, son numéro de là-bas, et quelques autres documents sur la ville.

–              Je compte bien que tu viennes me voir, dit-il avec un sourire encore plus expressif.

Cette fois-ci je lui sautai au cou, le remerciant et lui murmurant combien je l’aimais. Il restait maintenant un paquet sur le lit, et il me força bien vite à l’ouvrir avec un ton autoritaire qui me fit rire. Quelle ne fut pas ma surprise de voir un appareil photo numérique. Je ne pus que m’exclamer :

–              Jaeden ! C’est… C’est bien trop… Il…
–              Tu voulais une photo de nous deux depuis longtemps et je te l’ai toujours refusé. Je me suis dit qu’elle t’aiderait à tenir.

Il ne m’en fallut pas plus pour me jeter aux lèvres de Jaeden, le remerciant comme je pouvais avec ce que je pouvais. Il venait de m’offrir bien plus que je ne l’avais jamais espéré. Après cet échange qui le laissa hagard, je m’empressai d’ouvrir l’appareil et de le mettre en marche. Jaeden me regardait, apparemment impatient de passer à autre chose de plus sérieux, l’appétit certainement aiguisé par mon baiser.

Je regardai cette photo que j’avais réussi à prendre de nous, malgré l’insistance de Jaeden pour passer à autre chose. Je me souvins le rouge aux joues de la nuit d’amour qu’il m’avait fait vivre cette nuit, et cette étreinte passionnée que je n’avais plus connue dans les bras d’Ewen. Serais-je seulement capable d’avoir assez confiance en lui pour revivre ce qu’il m’avait fait vivre tant de fois ?

Je ne dormis pas cette nuit là. Incapable de fermer l’œil, je me contentai de penser à Jaeden, son souvenir masquant d’autres plus récents.

L’infirmière me trouva dans cette position le matin, les ongles encore plantés dans ma plaie sanguinolente comme pour me permettre de rester éveillé.

–              Ilian, s’exclama-t-elle, apparemment en colère avant de refermer la porte. Tu commençais à réellement cicatriser ! A quoi ça te sert de te faire du mal comme ça, hein !?

Au regard d’animal effrayé et blessé que je lui envoyai alors, elle n’ajouta rien, se contentant de sortir le nécessaire pour me soigner. Elle le fit sans cacher son agacement et son exaspération. Une fois qu’elle eut terminé, elle m’ordonna, sans se soucier qu’elle m’annonçait une nouvelle qui me noua les entrailles :

–              Dépêche-toi de te préparer et de te faire présentable, ton père est venu tôt ce matin, il veut te voir.

Je dus devenir très pâle, mais l’infirmière s’en moqua, me laissant seul dans la chambre le temps que je m’habille dans ces éternels vêtements à manches courtes qui ne cachaient pas mon bandage et dont je devrais imposer la vue à mon père.

Mon père…Depuis combien de temps ne l’avais-je pas revu ? Je me souvenais parfaitement de ses quelques visites qui avaient été par le passé un vrai supplice. Abattu et terriblement anxieux, je finis par sortir de la chambre, sentant au plus profond de moi que cette visite ne présageait rien de bon.

Je fus rapidement installé dans la salle de visites, attendant très mal à l’aise que mon père soit autorisé à venir. J’attendis un moment qui me parut monstrueusement long. Mes doigts s’entortillaient tandis que mon cœur battait extrêmement vite. L’infirmière qui attendait avec moi commençait à s’impatienter, ce qui était loin d’être mon cas. Cette visite impromptue et inattendue me mettait dans un état de stress auquel je n’aurais jamais cru.

–              Bon je vais voir ce qui se passe, finit par dire l’infirmière en se dirigeant d’un pas décidé vers la porte d’entrée des visiteurs.

La vision qui s’offrit alors à mes yeux à l’entrée de cette porte me fit chuter de tellement haut que je ne parvins pas à me rattraper, me sentant irrémédiablement tomber dans un précipice vertigineux. En face de moi se tenait mon père, posant sur moi un regard furieux. A sa droite, se tenait Jaeden, et en face de celui-ci le directeur, dans un état semblable au père, regardant Jaeden avec une déception qui ne portait pas de nom caché sous sa colère. Cette histoire trouvait donc ici à sa fin… Je ne survivrais pas à cette séparation qui allait être inévitable. Mes yeux restèrent rivés sur l’homme que je ne verrais sûrement plus jamais, alors qu’il était le seul dont j’avais besoin. Ce que nous avions craint ensemble venait de se produire. Une larme coula sur ma joue, une larme annonciatrice de tant d’autres lorsque je serais seul. Ce petit souffle d’espoir que Jaeden avait réussi à m’insuffler me quittait pour le laisser dans une fatigue sans nom, fatigué de cette vie qui ne finirait jamais de me torturer, fatigué de ce cauchemar qu’était ma vie et qui n’en finissait pas…