Nothing to prove – Chapitre 7

Chapitre 7 écrit par Mai-Lynn

 

Mon corps me faisait mal. Et ma tête. Un soupir passa mes lèvres alors que ma main vint se poser sur mon visage. A chaque fois je me disais qu’il fallait que j’arrête, pourtant je recommençais. Pourquoi retournais-je toujours dans ces conneries ?!? Il ne fallait plus que je boive, je le savais pourtant. Mais j’avais mal au coeur, et je voulais oublier. Doucement, je me tournais pour me mettre sur le côté, mais brusquement je glissais, et tombait sur les fesses. Cette chute acheva de me réveiller.

Mon regard se posa alors sur le décor, qui n’était pas du tout celui de mon appartement. C’est alors que je le vis, là, recroquevillé sur lui même. Ilian se trouvait dans le coin de la pièce, allongé sur le sol. Je pouvais voir sa poitrine monter et descendre au rytme d’une respiration plus ou moi soutenue. Pourquoi étais-je venu ici ?

Je deplaçais alors mes pieds dans le but de me lever, mais ceux-ci firent tomber une bouteille de vodka. Au bruit que fit le verre sur le parquet, tout me revint en mémoire. Tout. Absolument tout.

Mais qu’est-ce qui m’avait pris ? Parler de ce que je ressentais à Ilian ?!? A mon patient ?!? Il fallait que je me ressaississe. Bien sûr que non je n’étais pas jaloux. C’était totalement absurde. J’étais juste…Perturbé. Je venais de quitter l’homme que j’aimais…En plus d’être pathétique, je n’étais qu’un menteur…

Un deuxieme soupir sortit de mes lèvres et je me relevais, posant la bouteille de vodka. Puis mon regard s’attarda une nouvelle fois sur Ilian, je ne pouvais le laisser ainsi. Il avait dormi toute la nuit sur le sol et je m’en voulais. Doucement, je passais derrière lui et le pris dans mes bras. Je constatais avec horreur que j’arrivais à le porter sans difficulter. Il était devenu bien trop maigre, et cela me faisait peur. Lentement, je le posais sur son lit, rabattant les couvertures sur lui. Je ne pus m’empécher de m’assoir à ses côtés, et ma main trouva bien vite sa place dans sa tignasse ébène. Comme avant. Lorsqu’il dormait, il ressemblait beaucoup plus à l’Ilian que j’avais connu. Ses traits étaient détendus, et il semblait paisible. Sans m’en rendre compte, mon autre main, se mit à caresser tendrement son visage. Sa peau était douce, comme avant. Un sourire étira mes lèvres alors que je me rapellais un jour où nous nous étions encore une fois disputé. Comme d’habitude, je n’en faisais qu’à ma tête, et je le blessais. Comme d’habitude, au bout d’une heure il me manquait, et j’allais le trouver chez Ewen, je lui offrais ses bonbons préférés, mais jamais je ne lui faisais d’excuses. Tout passait par les gestes. Je n’avais jamais de mal à le faire céder, il suffisait que je m’approche de lui, et que je frôle ses lèvres. Je ne l’embrassais pas, mais je le sentais immédiatement ouvrir les siennes…Comme maintenant.

Quoi ?!? Immédiatement, je me redressais, me gifflant mentalement pour m’être aussi égaré. Je ne devais pas encore être remis de ma cuite…Je me levais, mettant la bouteille de vodka dans ma veste afin que personne ne la voit. J’entrais en toute vitesse dans mon bureau et planquait la bouteille dans un des placards. C’est avec soulagement que je m’asseyais sur mon siege, mettant immédiatement mes pieds sur la table. Il ne m’en fallut pas bien longtemps pour me rendormir…

Je marchais dans la cour, seul. Je venais de finir ma journée et j’étais exténué. Je ne souhaitais qu’une seule chose, retrouver Ilian et rentrer chez moi. Je lui avais dis qu’il pouvait dormir chez moi, encore une fois je n’avais pas résisté à son regard de chien battu. Je savais que ça n’allait pas avec ses parents, même s’il n’aimait pas trop en parler. Je me dirigais vers la sortie, mais alors que je contournais un batiment, je me figeais immédiatement. Devant moi se trouvait Ilian. Il ne m’avait pas vu, et j’en profitais alors pour regarder la scène. Il était accompagné par un garçon que je n’avais jamais vu. Il était grand et roux, les cheveux mi-longs. Il portait l’uniforme du lycée, et je devais avouer qu’il était vraiment pas mal. J’aurais peut-être pu devenir ami avec lui, comme Ilian, mais pourtant, lorsque je le vis tendre le bras pour allumer la cigarette de mon amant, mon sang ne fit qu’un tour. Je sentis mes poings se serrer et mes sourcils se froncèrent. Je vis alors Ilian lui faire un petit sourire géné… Ce même sourire qu’il ne devait offrir qu’à moi…

Sans vraiment réfléchir, j’avançais à grand pas, vers eux, les poings toujours sérrés. Je m’efforçais de rester naturel, même si l’envie de botter ce rouquin me démangeait. Ilian m’aperçut alors et un sourire resplendissant illumina son visage. C’est dans ses moments là que je ne pouvais m’empécher de penser que je sortais avec un pur canon…Depuis un an maintenant. Un an dans une semaine. Cela me faisait bizarre, jamais je n’étais sortis autant de temps avec la même personne. Je savais pas vraiment ce qui m’arrivait, la seule chose que je savais, c’était qu’il était hors de question de le laisser à quelqu’un d’autre.

J’arrivais à leur hauteur, et je pris immédiatement Ilian part la taille. Je pus immédiatement remarquer les rougeurs qui commençaient à apparaître sur ses joues, et dans un sourire, je l’embrassais, montrant bien au rouquin qu’il était avec moi.

Je détestais lorsqu’il fumait, car je le trouvait trop jeune, et que ça n’a servait vraiment à rien, Pourtant, lorsqu’il fumait, et que je l’embrassais, j’adorais ses baisers. Ils étaient d’un autre goûts, et me poussaient toujours à en vouloir plus. J’avais remarqué qu’Ilian l’avait compris, il suffisait de voir les moments où nous n’étions que tous les deux. Je trouvais ça mignon car même après un an ensemble, il n’osait pas me dire qu’il avait envie de moi. Je voyais souvent, lorsque je sortais de la douche, son regard glisser sur moi. Je m’amusais alors à faire des gestes agichants, et je le voyais avaler difficilement sa salive et prendre son paquet de cigarettes et en allumer une. Je comprenais alors qu’il me voulait, et qu’il savait que le goût de sa cigarette m’exitait.

Je revenais à la réalité lorsqu’Ilian mit fin au baiser. Son visage était completement rouge, et je ne pus m’empecher de rigoler légèrement. Puis je me tournais vers son ami, retrouvant un visage froid.

– Jaeden c’est Ryan, il vient d’arriver dans ma classe. Me fit Ilian, regardant le roux. Ryan, c’est le garçon dont je t’ais parlé tout à l’heure, mon…

– Son petit ami ! M’exclamais-je, le coupant, tout en levant une main vers lui.

Le prénommé Ryan parut surpris mais ne dis rien et serra ma main. Il passa alors une main dans ses cheveux, à la façon play-boy, puis il remit son sac sur son dos.

– Bon je vous laisse, à demain Ilian. Nous dit-il, avant de se retourner pour sortir du lycée.

Je le regardais partir d’un mauvais oeil, mais la voix d’Ilian me surprit.

– Il est sympa hein ! Fit Ilian, un grand sourire aux lèvres.

– Ouais, si on veut. Fis-je, en haussant les épaules.

Je me retournais alors et commençais à marcher sans l’attendre. Je ne sais pas pourquoi mais j’étais enervé.

– Jaeden attends moi !! S’écria Ilian, ramassant son sac, et courant pour me suivre. T’es pas sympa…

Je me retournais alors le regard noir.

– Si t’es pas content tu n’as qu’à aller voir ton Ryan ! Si tu cours, tu pourras sûrement le rattraper ! Répliquais-je, la voix froide.

Mais alors que je pensais le voir les larmes aux yeux, un énorme sourire étira ses lèvres. Un sourire qui m’agaça.

– Pourquoi tu souris comme un con ? Fis-je , d’une voix dure

– T’es jaloux ?!? S’exclama-t’il, joyeux.

– N’importe quoi !

Ne supportant pas de voir ce sourire sur son visage, je me retournais et repris ma route. Je l’entendis alors éclater de rire, et me suivre en courant, attrapant ma main au passage. Je ne fis rien pour l’en empécher, pensant qu’il arrêterait là la discution. Mais il n’était pas décidé à lacher l’affaire.

– T’es mignon quand tu es jaloux…Murmura-t’il, m’embrassant sur la joue.

– Mais je suis pas jaloux ! Tu peux bien coucher avec n’importe qui, je m’en fous alors arrête maintenant ! M’écriais-je, lachant sa main.

Il me lança alors un regard blessé, un regard que je ne voulais pas reçevoir et qui me serra le coeur.

– T’es vraiment blessant… Soupira-t’il avant de reprendre sa marche, baissant la tête.

– Ilian attend ! Criais-je, déçu par ce que je venais de lui dire.

Mais il ne se retourna pas, et continua son chemin. Soupirant, m’en voulant atrocement, je le suivis jusqu’à mon arret de bus. Il s’installa contre la paroi en verre et mit ses mains dans ses poches. Immédiatement je me mis devant lui, le prenant dans mes bras. Mon visage vint se loger dans son cou. Je connaissais tous ses points sensibles et immédiatement je le sentis frissonner.

– Tu me fais la geule ? Demandais-je, embrassant son cou.

Il ne répondis rien, restant de marbre.

– Ok… Tu me fais la geule…  Mais tu viens quand même m’attendre sous mon abris bus… Dis-je, rigolant légèrement.

Il me repoussa alors vivement et voulut partir, mais je le retins, callant ma jambe entre les siennes. Il me lança un regard noir, et j’y répondis par un sourire en coin. Il ne le tint pas et détourna son regard.

– J’avoue, j’ai fais le con, t’es content ? Fis-je embrassant sa joue.

– T’es jaloux ou pas ? Me demanda-t’il, la voix tranchante.

– Ça change quoi ?

– Tout.

Je soupirais, lui montrant qu’il m’énervait. Je n’aimais pas lui montrer mes sentiments, surtout lui montrer que je n’aimais pas que les autres garçons s’approche de lui. Je me mis alors à côté de lui, le lachant.

– ok. Je suis jaloux. Mais c’est de ta faute ! Lui reprochais-je, mettant à mon tour mes mains dans mes poches.

Il vint alors se mettre sur moi, ce grand sourire qui m’agaçait tant, aux lèvres.

– J’en prend l’entière responsabilité ! S’exclama-t’il, amusé.

Je lui fis une grimace puis je passa ma main dans ses cheveux, rapprochant son visage du mien. Du bout des lèvres, je laissais mon souffle le caresser. Je le sentis sourire, puis essayer de m’embrasser, mais je reculais la tête, jouant avec lui. Il me tira la langue puis rapprocha plus vivement son visage, et il réussit à me prendre par surprise. Nos langues se mélangèrent immédiatement, et mes mains passaient sous sa veste. Je sentis le goût du tabac, ce goût que j’aimais tant chez lui. Dans un sourire, je mis fin au baiser, et me collais à lui, afin qu’il sente que j’avais envie de lui.

– Je suis sûr que tu as fait expres de fumer juste avant que j’arrive…Dis-je, avant de l’embrasser une nouvelle fois…

Je me réveillais alors en sursaut, me rendant compte qu’encore une fois mes pensées étaient tournées vers Ilian. Je me rasseyais sur mon siege et passais un main sur mon visage. J’étais las de ce que ma vie était devenu. Il y avait à peine un mois, j’avais la vie la plus parfaite qu’un homme puisse souhaiter, et maintenant…

Un soupir passa le barrage de mes lèvres et dépité, je pris le dossier d’Ilian, dossier que je n’avais toujours pas terminé. Je sentais la fatigue de cette cuite me prendre peu à peu, et je me demandais comment je pourrais bien finir la journée, surtout avec l’entretien d’Ilian qui allait se faire dans quelques minutes.

Alors que j’ouvrais mon tiroir pour y sortir une trousse pleine de crayons, mes doigts touchèrent une boite de DVD. Mon regard se voila alors que je me rapellais que c’était un film que voulait voir Hugo à tout prix. Il m’en avait tellement parlé, que j’avais fini par céder. Nous n’avions même pas pu le regarder ensemble.

Quelques coups à la porte me firent me replonger dans le dossier d’Ilian. Je relevais la tête alors que la personne entrait, et je découvrais Ilian, qui se trouvait devant moi. Immédiatement les souvenirs de la veille me revinrent en mémoire, et je tournais la tête, lui mumurant un simple « Bonjour » puis l’invitais à s’assoir. J’avais encore ce mal de tête atroce, et cela mélangé à tous ses souvenirs me donnaient des hauts le coeur violent.

Il n’arretait pas de me fixer, y prenant un malin plaisir sûrement. Je devais être affreux, avec un teint plus pâle que jamais. Son regard transperçant, me genait, même si j’essayais de le cacher. Aujourd’hui, je n’étais pas de taille à lutter, et je lui fis comprendre en refermant son dossier, un peu trop brusquement sûrement.

D’une voix mal assurée, je decidais maintenant de mettre un trait sur les évènements de la veille. J’espérais seulement que lui aussi serait d’accord :

– Je… Je m’excuse pour ce qui s’est passé hier soir… Ca… Cela ne se reproduira pas. Et… Je suis désolé… J’ai vraiment tout oublié, je ne me souviens de rien. Alors on oublie tous les deux d’accord ?

Je mentais. J’étais un pitoyable menteur, et j’étais sûr qu’Ilian avait deviné. Mais il ne laissa rien paraître, continuant de me regarder de la même façon. Même si tout ce que je lui avais dit était vrai, il ne fallait pas qu’il le sache. Je ne devais pas être jaloux, surtout pas. C’était mon patient. Rien que ça.

– Bon, poursuivais-je, ne tenant pas compte de son silence. Je suis vraiment trop fatigué, et je n’ai aucune envie de commencer ma journée par une dispute, alors… Je te propose de regarder un film. Nous faisons notre rendez-vous, il n’est pas spécifié ce que nous devons faire, alors je pense que ça ne dérange personne.

J’avais eu l’idée quelques secondes avant. Je ne savais pas si cela allait lui plaire mais je ne voulais vraiment pas me disputer avec lui, au risque que nous reparlions de ce qu’il s’était passé hier. Je sortis alors le DVD de mon tiroir et posais la boite sur la table, afin qu’il lise le résumé s’il le souhaitait.

Je n’attendais pas vraiment sa réponse, sachant pertinement que c’était peine perdu. Je mis le CD dans l’ordinateur, et tournait l’écran afin qu’il puisse le regarder avec moi. Après avoir mis en route le film, je m’installais confortablement sur mon fauteuil. Du coin de l’oeil, j’observais Ilian faire de même. Le film débuta, et je laissa mon esprit s’égarer dans le sénario. Cependant, plus je regardais ce film, plus la suite me semblait logique, comme si je l’avais déjà vu. Pourtant, je n’arrivais pas à me rappeler quand…Sans vraiment m’en rendre compte, je me mis à parler :

– J’ai l’impression d’avoir déjà vu ce film… Dis-je, me redressant sur mon fauteuil.

– Notre permière sortie au cinéma.

La voix d’Ilian avait été froide et tranchante, et ce fut alors une immense gène qui m’envahit. Comment avais-je pu oublier ce détail ? Moi qui voulait que nos relations restent strictement professionnelles, je ne cessais de faire boulettes sur boulettes.

– Ah oui… Excuse moi… Répondis-je, le regardant géné.

– Ce n’est pas la première chose que tu oublies.

Je ne répondis rien à cette phrase cinglante. Il avait raison, et je comprenais l’amertume qu’il ressentait pour moi. Je détournais alors le regard, et le reposais sur le film, dont je me rapellais tres clairement la fin. Le reste de l’heure se passa sans encombre, aucun de nous deux ne parlait. Le générique de fin fit son apparition, et je me redressais pour éteindre la video. C’est à ce moment que j’entendis la vois d’Ilian, et ce qu’il me dit me fit sursauter, ne m’y attendant pas du tout.

– Qu’est-ce que c’est que cette histoire avec Melvin ?

Je restais un moment à le regarder sans vraiment comprendre, puis le souvenir de mes dernières paroles me revint, et détournant les yeux je lui répondais.

– Je ne vois pas ce que tu veux dire ?

Son regard se fit alors plus foudroyant que d’habitude, et je compris qu’il ne me lacherait pas. Je me sentis alors soudainement triste. Je ne pouvais empêcher ce sentiment de me ronger. Je ne savais pas pourquoi, mais l’idée même qu’Ilian soit avec quelqu’un d’autre m’ennuyait.

– Excuse moi Ilian, je te reproche de te méler de ma vie alors que je fais la même chose. Dis-je d’une petite voix.

Mon portable se mit alors à sonner et immédiatement je le pris en main. Je pus lire le nom de Hugo sur l’écran et mon coeur se serra à nouveau. Dans un soupir je raccrochais immédiatement, ne souhaitant pas parler avec lui, d’autant que je travaillais. Ilian se mit alors à parler, et je relevais a tête vers lui.

– Tu crois vraiment que j’ai refais ma vie avec lui ? Tu ne me connais pas alors si bien que cela…

Je baissais la tête, sentant le rouge me monter aux joues. Pourquoi me sentais-je aussi géné ? L’image de Melvin me vint alors à l’esprit, je devais avouer, qu’il était très beau, bien qu’assez jeune et mesquin. Sans vraiment réfléchir une fois de plus, les mots sortirent de ma bouche.

– Il est plutôt pas mal…

Immédiatement je baissais la tête un peu plus, me maudissant de laisser échapper toutes mes pensées.

– C’était il y a quatre ans que tu aurais pû te montrer jaloux… Répliqua Ilian, assez froidement.

Cette phrase me fit l’effet d’une douche glacée, et je ne pus répondre qu’un vague « Je sais ». Je comprenais sa rancoeur, et je ne voulais pas vraiment en parler. Pas maintenant du moins. Mon portable sonna à nouveau et je mis immédiatement le répondeur.

– Tu ne réponds pas ? Me demanda Ilian, agacé.

– Pour lui dire quoi ? Répliquais-je, dans un soupir.

Il ne répondit rien et je me tournais vers la fenêtre. Ce paysage pourtant si magnifique ne faisait que me rendre nostalgique. Je sentais le regard d’Ilian posé sur moi, mais je ne dis rien. Quelques minutes passèrent ainsi, où un silence paisible s’était installé. Mais cela fut une nouvelle fois interrompu par la sonnerie de mon téléphone. Je sursautais alors qu’Ilian se levait et prenait mon téléphone en main. Sous mon regard surpris, il décrocha, le regard noir.

– Jaeden n’a aucune envie de te voir ! Fit-il la voix tranchante.

Il raccrocha alors immédiatement et prit soin d’éteindre mon téléphone avant de le reposer sur la table, puis de s’assoir. Je le regardais toujours étonné, ne sachant quoi dire. Puis, trouvant la situation comique, j’éclatais de rire. Je sentis alors une tension énorme se relacher dans mon estomac. Cela m’avait fait un bien fou.

– Merci Ilian…Soufflais-je

Je le vis alors sourire, et mon coeur se mit à battre. Cette fois-ci, je ne fis rien pour l’arréter, et lui souriais à mon tour. Il se leva alors, et se retourna, dans l’intention de partir. Je le suivais des yeux, comme si j’avais découvert un autre Ilian. Ou retrouvé un autre Ilian. Il stoppa sa marche et se retourna, croisant une nouvelle fois mon regard.

– Il n’ y a rien entre Melvin et moi. Courage jaeden. Me dit-il d’une seule traite, avant de sortir de mon bureau.

Je resta alors le regard fixé sur cette porte sans vraiment la voir. Pourquoi mon coeur battait-il à ce point ? Pourquoi me sentais-je heureux de cette nouvelle ? Je ne devais pas. Je n’avais pas le droit !

**

Le reste de la journée passa sans encombre, jusqu’à ce que le téléphone fixe de l’hôpital se mit à sonner. Immédiatement, je pris le combiné en main, craignant un cas d’urgence.

– Docteur Sadler ? Me fit la réceptioniste du hall, d’une voix ennuyée.

– Oui ? Répondis-je, vivement

– Un jeune homme vous demande à l’acceuil, votre petit ami, puis-je le faire monter ?

Je sentis ma main se crisper sur le combiné, et un soupir passa le barrage de mes lèvres. Décidement, il ne voulait pas me laisser seul.

– Non, je descend. Fis-je, la voix dure.

Le coeur lourd, je me levais, sortant de mon bureau. Je fis de mon mieux pour prendre un regard dur et froid. Je ne voulais pas lui montrer que j’avais mal au coeur. Je ne voulais surtout pas lui montrer qu’il me manquait.

Pourtant, lorsque je le vis assis sur les sièges de la salle d’attente, la mine défaite et les yeux rougis, mon coeur se serra horriblement. Il m’avait trompé. Je ne devais pas céder. Il avait ruiné toute la confiance que j’avais en lui, se donnant à un autre homme alors qu’il me rendait mes mots d’amour. Reprenant mon visage dur, je m’approcha de lui. Il m’entendit arriver, et se leva immédiatement, tournant vers moi un regard plein de larmes. Mais je ne lui laissa pas le temps de m’attendrir, immédiatement, je pris son bras et l’amenais avec moi dehors. Il ne disait rien alors que je le conduisais dans un endroit assez tranquil du parc, ne voulant surtout pas que des collègues écoutent nos discutions.

– Qu’est-ce que tu fous là ! Tu n’as pas le droit de venir, et tu le sais !?! M’écriais-je, énervé.

– Tu ne réponds pas à ton téléphone, tu n’es pas rentré hier soir et… C’est qui le mec qui a décroché le téléphone ! Me lança-t’il, sur le même ton.

– Je suis désolé mais ce n’est pas moi qui doit rendre des comptes.

Ma voix s’était faite tranchante et violente. Sans un mot, il baissa les yeux, et s’approcha de moi, posant sa main sur mon avant-bras.

– Comment tu as pu me faire ça ? Soufflais-je, alors que je sentais les larmes me monter aux yeux. Comment pouvais-tu me dire que tu m’aimais et coucher avec quelqu’un d’autre ? Comment osais-tu me demander d’avoir un enfant avec moi alors que tu te faisais un putain de gamin !

J’avais tellement mal au coeur, que je sentais toutes mes barrières voler en éclat. Devant moi se trouvait la personne que j’aimais sûrement le plus au monde. Pourquoi avait-il fallu qu’il me fasse ça ? Je le sentis alors se rapprocher un peu plus et poser sa tête contre mon épaule. Tellement absorbé par ma tristesse, je le laissais faire, appréciant cette étreinte. Mais il fallut que Hugo gâche tout une fois de plus.

– Je…Quand ça a commencé, entre moi et Joe, je… Enfin, tu postulais dans plein de centres de psychatrie, et tu… Tu ne t’occupais plus vraiment de moi… Je… Commença-t’il la voix enroué.

Je m’écartais alors subitement de lui, lui lançant un regard horrifié. Comment osait-il me dire une chose pareille ? Jamais je ne l’avais délaissé, au contraire, je passais beaucoup trop de temps avec lui au lieu de me préparer à mes entretiens.

– Non… Je… Je ne voulais pas dire ça… Se rattrapa Hugo, essayant de se rapprocher de moi.

– Tu me dégoutes, comment tu peux me dire ça ? C’est ma faute maintenant ? Criais-je, le regard noir.

– Non, bien sûr que non, s’il te plait mon amour, pardonne-moi…

– Ne m’appelle plus comme ça !

– Je suis désolé Jaeden… Reprit-il, les larmes coulant sur ses joues. S’il te plait… Allez reviens… Je n’aurais jamais dû, j’allais y mettre fin. Il n’y a rien entre lui et moi. Je… Je ne sais pas ce qui m’a pris. Je t’en supplie Jaeden, ne me fais pas ça.

– C’est terminé Hugo. Répliquais-je froid. Je te laisse quelques jours pour rassembler tes affaires et te trouver de quoi te loger, et tu quittes mon appartement.

J’étais peut-être dur avec lui. Peut-être aurais-je dû essayer de sauver mon couple. Mais j’avais le coeur brisé, piétiné. Je n’avais pas la force de lui donner une autre chance.

– Mais… Commença-t’il, ses larmes coulant sur ses joues essayant une nouvelle fois de se rapprocher de moi.

– Va t’épancher sur l’épaule de quelqu’un d’autre. Répliquais-je froidement. Sur celle de mon frère par exemple, puisque vous vous entendez si bien maintenant.

– Ne détruis pas tout Jaeden. Ensemble, tous les deux… On peut surmonter cela !

– C’est toi qui as tout détruit le jour où tu as cédé ! M’écriais-je furieux. Je ne veux plus te voir, tu m’entends ? Tu quittes mon appartement ! Tiens tu n’as qu’a plutôt allez voir ton Joe, si je ne suis pas assez bien pour toi.

Je me retournais sur ses mots, sentant que je n’arriverais pas plus longtemps à lui montrer autant de froideur. Dans ces moment là, je ne savais pas comment Ilian faisait. J’enviais cette particularité qu’il avait développé. Réussir à couper tout lien avec autrui. Pour ne plus être bléssé sûrement… Je me sentais fatigué. Las de ce qui venait de se passer. Hugo me manquait, et le voir pleurer me faisait mal au coeur. Mais je ne pouvais pas oublier ce qu’il m’avait fait. Je l’aimais encore, et cela me tuait le coeur. C’est sur ces pensées que je m’arrêtais sans m’en rendre compte devant une fenêtre. Je m’adossa contre le rebord, et comptempla l’immense prairie devant moi, laissant mes pensées s’évader. Je soignais un peu mon coeur…

Ce fut une main posée sur mon épaule qui me fit perdre le fil de mes pensées noires, et en sursautant, je me retournais, pour voir le regard triste du directeur.

– Ca fait deux jours que tu portes les mêmes affaires, que se passe-t’il ? Me demanda-t’il, inquiet.

– Rien… Je suis de nouveau célibataire ! M’esclamais-je, suivis d’un rire bien ironique.

– D’accord… Raconte-moi.

– Qu’est-ce que tu veux que je te dise ? Ça faisait quatre mois qu’il me trompait et moi comme un con je ne le voyais pas ! Et le pire c’est que lorsque je l’ai su, je n’ai rien ressenti mais que maintenant… J’ai envie d’un verre.

Sur cette derniere phrase, je m’étais assis sur le rebord de la fenêtres, les larmes aux yeux. Le directeur posa alors une main réconfortante sur mon épaule.

– Tu sais très bien que tu n’as plus le droit de faire ça… Je suppose que Hugo est toujours dans ton appartement ? Demanda-t’il, sérieux.

Je répondis par un hochement de tête, et je l’entendis soupirer.

– Je ne me mêlerais pas de vos affaires, mais ce soir, je veux que tu viennes dormir à la maison, un bon lit vaux mieux qu’un fauteuil de bureau, parce que je suis sûr que c’est là que tu as passé la nuit ! Fit-il, un petit sourire aux lèvres.

J’évitais alors son regard, ne voulant surtout pas lui dire la vérité. Comment aurais-je pu dire que je m’étais endormi dans le lit de mon patient ? Je me mis debout et partis dans mon bureau après l’avoir entendu me dire d’aller rejoindre sa femme à la maison si j’avais fini mon travail.

**

J’arrivais une heure plus tard devant la maison de Paul, où Anita m’attendait un petit sourire aux lèvres. Immédiatement je l’embrassais sur la joue, avant de rentrer dans leur maison.

– Paul, m’a un peu expliqué la situation… Je suis désolé Jaeden. Me fit-elle tristement.

– Tu n’as pas à l’être. Répondis-je en haussant les épaules.

Je me dirigeais ves le canapé et m’y installa, posant mon avant bras sur mes yeux.

– Ce n’est peut-être qu’une simple erreur de parcours, ça arrive à des tas de couples tu sais Jaeden. Je pense que Hugo t’aime vraiment… Souffla-t’elle, s’asseyant près de moi.

– Peut-être… Mais pour le moment, je n’ai pas envie de faire d’efforts.

J’entendis Anita soupirer, puis dire qu’elle allait préparer le repas. Je me mis alors à regarder la télé, attendant le retour de Paul. Je sentais l’odeur de la cuisine, et mon estomac se mit alors à crier famine. Heureusement, Paul arriva à ce moment, affichant un énorme sourire en me voyant. Il alla embrasser sa femme puis revint vers moi, me tendant une feuille blanche. Je le regardais alors étonné, et croisait un regard tourmenté.

– Qu’est-ce que c’est ? Demandais-je, prenant le papier en main.

– Le bilan de santé d’Ilian. Il a perdu beaucoup trop de poid, s’il ne continue pas à se nourrir, je me verrais dans l’obligation de le mettre sous perfusion… Souffla-t’il, s’asseyant à mes côtés.

Je scrutais alors le papier, buvant les moindres mots marqués dessus. Au fur et à mesure de ma lecture, je sentis mon ceur se serrer. Son mental était au plus bas, et son corps, commencait lui aussi à lacher.

– Tu as pensé à lui faire prendre ses repas seul ? Demandais-je, posant le papier sur sa table.

– Oui, mais il cachait la nourriture. Répondit-il, se frottant le visage.

– Alors je ne vois plus qu’une seule solution… Fis-je, en haussant les épaules.

– Laquelle ?

– Autorise le à sortir, juste une journée.

– Très drole Jaeden ! Lança Paul, de façon ironique.

– Je suis sérieux ! Ça fait quatre ans qu’il est enfermé dans cet hopital, et il n’en est jamais sorti, je suis certain que si tu lui offres cette sortie, il recommencera à manger.

– Si je fais ça, tu devras aller avec lui, il devra mettre un bracelet magnétique, être entouré de policier. Il devra eviter les endroits trop peuplés, c’est de la folie Jaeden. Fit Paul, se mettant debout, l’air ennuyé.

– Pour l’accompagner, je suis d’accord, pour le bracelet, les endroits trop peuplés aussi, mais pour les gardes non. Répondis-je sérieux.

– Te ne crois tout de même pas que je vais te laisser seul avec lui ! Retorqua Paul, sur le qui vive.

– C’est la seule façon d’avoir sa confiance. Laisse moi faire ça Paul, je te promet que si tu le laisse sortir une seule journée, il recommencera à manger.

Paul ne répondit rien. Il avait les mains sur les hanches et fixait un point immaginaire, semblant réfléchir à tout mes arguments. Je ne savais pas si c’était une bonne idée, mais j’étais persuadé que cela ferait du bien à Ilian. Nous retrouvez seul, vraiment seul, renforçerait peut-être quelque chose, et nous aiderait à avançer. La voix du directeur me sortit alors de mes pensée.

– C’est d’accord à une condition. Me dit-il, sérieux.

– Laquelle ? Demandais-je, curieux

– L’infirmière te donnera une dose de tranquillisant. S’il présente le moindre signe d’angoisse, ou s’il tente de s’échapper, je veux que tu lui injectes le produit.

– D’accord, mais je suis persuadé, que çela ne sera pas necessaire.

– J’espère bien…

 

C’est alors qu’arriva Anita, coupant cours à toutes nos discutions. Nous allâmes à table et je passais une agréable soirée. Je me sentais bien, en leur compagnie. Ce fut le sourire aux lèvres que j’allais me coucher, pensant que demain, j’allais faire une belle surprise à Ilian.

**

Je sortais de la maison du directeur aux aurores afin d’aller faire un tour en ville. J’avais promis au directeur de passer à son bureau plus tard, afin qu’il me remette le bracelet magnétique. Je pris alors ma voiture et conduisis sur la route déserte pour le moment.

J’arrivais bien vite devant le magasin de vêtement que je recherchais. Les vêtements de l’hopital n’étaient pas fait pour passer inaperçu, et je ne voulais pas qu’Ilian soit analysé par tous les gens que nous croiserons. J’entrais dans le magasin pour voir des vendeuses assez fatiguées, et surprises de me voir là de si bon matin. Je leur fis un sourire crispé et alla au rayon homme. Je trouvais alors un jean bleu, légèrement délavé. C’était le genre de pantalon qu’Ilian mettait souvent à l’époque, peut-être les aimait-il toujours… Je pris aussi un tee-shirt noir, préférant une couleur passe partout. Puis je pris une veste de saison, assez légère. Les achats en mains, je me dirigeais vers la caisse, où une vendeuse me lança un grand sourire avant de prendre les articles.

– Excusez moi, vous êtes sur que c’est votre taille ? Me dit-elle, génée.

– Ce n’est pas pour moi. Lui répondis-je, avant de lui tendre deux billets de vingt Dollars.

Elle me fit un sourire puis mit les vêtements dans un sac avant de me le tendre. Je le pris et sortis du magasin. Je partis alors en direction de l’hôpital, roulant peut-être un peu trop vite. J’étais exité, donner cette sortie à Ilian m’enchantait, j’espérais de tout coeur qu’il serait aussi enthousiaste que moi par la nouvelle. J’arrivais à l’hôpital puis montais dans le bureau du directeur, toquant à sa porte. Je l’entendis me dire d’entrer, et fis ce qu’il me demandait, fermant la porte après mon passage. Il se trouvait à son bureau, un gros bracelet noir entre les mains.

– Tiens Jaeden, regarde. Il faut que tu l’attaches à son bras. Ilian sera pisté et on sera où vous vous trouverez, au cas où ça se passe mal. Fit-il, lisant la notice.

– D’accord, fis-je, en prenant le bracelet.

– Fais tres attention Jaeden, même s’il paraît inofenssif, il a tout de même tué un homme…

Je sentis mon estomac se tordre à ce moment, et me rappelais d’Ewen. Je mourrais d’envie de savoir ce qu’il s’était passé, peut-être qu’il m’en parlerait… La sonnerie de mon portable me sortit de ma torpeur, et immédiatement je le sortis de ma poche. C’était un message venant de Hugo. Hésitant, j’ouvris le texto, et mon coeur se comprima dans ma poitrinne en lisant ces mots.

«  Tu te rappelles quel jour nous sommes ? S’il te plait mon amour, pardonne-moi. Reviens chez nous… »

– Quelque chose ne va pas Jaeden ? Me demanda Paul, le visage inquiet.

– Non, c’est bon… Fis-je en me levant. On sera de retour en fin d’après midi.

Je me retournais alors et sortis du bureau, montant directement dans les chambres. Je frappais quelques coups à la porte d’Ilian. J’attendis un peu, puis retentais, et c’est là que la porte s’ouvrit, dévoilant un Ilian fatigué.

– Ah ? Tu es enfin réveillé… M’exclamais-je joyeux.

– Il est quelle heure ? Me demanda-t’il, froid.

– Huit heures… Dis-je en regardant ma montre. Bon prépares toi à ce que je vais te dire Ilian, plus tôt on sera parti mieux…

– Jaeden ? Me coupa-t’il étonné. Tu as encore bu ?

Je fut pris de court par cette question, et tenta de calmer mon exitation.

– Mais non… C’est que… Ah

Je ne savais pas comment lui annoncer cela. Il ne me facilitait pas vraiment la tâche non plus. Je soupirais, un coup puis repris, plus calmement.

– Ilian, je viens d’obtenir la permission de te faire sortir d’ici pour la journée. Je me suis entretenu hier soir avec le directeur et…

– Qu’est-ce que tu racontes ? Me demanda-t’il vivement.

Il semblait complètement sur ses gardes et cela me genait fortement. Je devais le mettre au courant de la situation, même si je savais que cela restait encore tabou pour le moment.

– Tu… Tu maigris à vue d’oeil depuis ta tentative de… Enfin tu ne te nourris plus, et le directeur et moi avions pensé que… Une sortie te ferait du bien, enfin, tu devras juste porter un bracelet au cas où tu ne t’échappes, mais nous ne serons que tous les deux.

Je ne sus pas vraiment pourquoi, mais à ce moment là, m’entendre dire que nous ne serions qu’à deux me fit peur. Etais-je vraiment prêt à me retrouver seul avec lui ? Vraiment seul ? Maintenant je n’avais plus le choix, il faudrait que je garde la limite du professionnel bien en tête.

-Je… Murmura Ilian, tourmenté.

Il baissa alors le regard et je lui laissais le temps d’assimiler ce que je venais de lui dire. Je voulais qu’il vienne mais je ne voulais pas l’obliger non plus. Il allait sortir pour une seule journée après quatre ans d’enfermement, et je me doutais que cela lui faisait peur. Voulant lui laisser un peu de temps seul pour qu’il puisse réfléchir, je lui tendis le sac de vêtements

– Je te laisse le choix Ilian. Si tu veux cette sortie alors je te laisse te laver et t’habiller en civil avec ces vêtements que je suis allé t’acheter ce matin, et tu me rejoins au bureau. Dis-je, sérieux.

Il prit alors le sac sans rien dire, et je lui souris, avant de me retourner.

– J’espère qu’ils t’iront… Dis-je, partant dans le couloir.

J’espérais de tout coeur qu’il accepterait… Même si je ne me sentais pas prêt. Je me dirigeais d’un pas trainant jusqu’à mon bureau et m’y installa. Je decidais de commencer à lire le dossier du nouveau patient qui allait mettre affilé lundi. J’étais un peu enthousiaste à l’idée d’avoir un nouveau patient à aider, peut-être cela me permettera-t’il d’arrêter de penser à Ilian sans arrêt. J’ouvrais le dossier, lisant immédiatement sa fiche de renseignements, et mon regard se posa sur des photos de ses avant bras. Ceux-ci étaient pleins de cicatrices, dû à l’auto-mutilation qu’il s’infligeait. Je repris alors sa fiche de renseignements, cherchant un évènement qui aurait pu déclencher ce trouble.

Le trouble Borderline était un trouble de la personnalité, résultant d’un sentiment d’abandon. La mort d’une personne chère, ou la disparition. La personne souffrait d’un manque énorme de confiance en lui, se croyant transparent. Il utilisait alors la mutilation, ou le viol pour se rappeller qu’il existait. Pourtant, ce qui me perturbait, était que ce Cameron avait tué sa petite ami de longue date, et rare étaient les patients qui avaient eux des relations aussi longues.

Je comptais approfondir plus le sujet mais mon portable se mit à sonner, et je le pris en mains. C’était une nouvelle fois un message de Hugo. Soupirant, je l’ouvrais, et ses mots me firent une nouvelle fois souffrir.

« Nos un an Jaeden, s’il te plait, pardonne-moi. Viens ce soir, je te ferais un repas, et on discutera. Je t’en supplie, tu me manques. Je t’aime »

Je passais une main sur mon visage et decidais de lui répondre froidement. Je ne voulais pas qu’il me gâche la journée, et surtout pas penser à lui.

« Tu es censé déménagé aujourd’hui. Je ne veux plus te voir Hugo »

Immédiatement, j’éteignis mon téléphone, sachant que si le directeur voulait m’appeler il tomberait sur ma messagerie. Je l’appellerais à midi pour lui faire le topo, mais je ne voulais pas enlever cette bonne humeur de moi. C’est à ce moment qu’Ilian fit son entrée portant les vêtements que je lui avais acheté. Il semblait totalement différent de celui qu’il était tous les jours.

J’avais l’impression de revoir l’ancien Ilian et cela me perturbait. Me rendant compte que je le devisageais, je me mis à rougir et baissa la tête immédiatement, tout en déclarant :

– Tu es très bien comme ça…

J’étais mal à l’aise et je suis sûr qu’il s’amusait de la situation. Essayant de penser à autre chose, je relevais la tête, déclarant d’une voix mal assuré:

– Tu…Tu es donc d’accord ?

– Oui… Pourquoi pas. Répondit-il indifférent.

Je sentis alors mon coeur battre plus fort et lui décrocha un immense sourire avant de regarder sur la table et prendre le bracelet en main. J’évitais son regard en m’approchant de lui, sachant ce qu’il devait penser de cet outil. Je lui demandais de me tendre son bras, choississant celui qu’il n’avait pas endommagé, et verrouilla le bracelet à l’aide de la clé, que je mis dans ma poche. Immédiatement une petite lumière rouge clignota, signe qu’Ilian commençait dès à présent à être pisté. Je pris alors ma veste et me dirigeais vers la porte. Nous sortîmes ainsi de mon bureau, lui sur mes talons. Je sentais sa peur monter peu à peu en lui mais ne dis rien, ne voulant surtout pas le bruquer.

Le vent frais vint nous fouetter le visage alors que nous sortions de l’hôpital sous les yeux ronds de la réceptionniste. Nous marchâmes un moment, se dirigeant vers le portail. Je me retournais alors et remarquais qu’Ilian avait cessé de marcher. Un voile de tristesse s’était emparé de ses yeux et il regardait le sol, comme s’il s’apprétait à prendre la plus grosse décision de sa vie. Je fis alors demi-tour, m’inquiétant de le voir dans cet etat.

– Ca va Ilian ?…Tu es assez pâle… Tu ne veux plus ? Demandais-je avec appréhension.

Il leva alors la tête vers moi, et son regard azur me transperça. Je pouvais y lire toute la peur qu’il ressentait en lui, même s’il essayait de se forcer à me regarder méchament. Hésitant, je levais une main vers lui et la posa sur son épaule. J’essayais de l’apaiser comme je pouvais, me contentant des seules armes qu’il me laissait avoir.

– Qu’est-ce qui ne va pas Ilian ? Demandais-je, doucement.

Son regard fuya un moment, avant de se reposer sur moi. Une grimace étira ses lèvres et il balbutia :

– Je… J’ai…

Il s’arreta alors, baissant à nouveau le regard. Puis d’une voix froide qui ne collait pas du tout à ce qu’il voulait me dire, il continua.

– J’ai peur.

Je le regardais alors surpris, et mes lèvres s’étirèrent. Immédiatement, je lui tendis la main, afin qu’il la prenne. Je voulais qu’il se sente en sécurité à mes côtés.

– Viens… Fis-je, sérieux.

De manière hésitante, il me prit la main, et nous marchâmes en direction de ma voiture. Bien que j’essayais de garder la face, le fait de lui tenir la main me rapellait cette époque où Ilian voulait montrer à tout le monde que nous étions en couple. Il me tenait la main et ne me lachait plus. Au début cela me dérangeait, puis à la fin, c’était devenu une habitude, prenant moi même l’initiative. Nous arrivâmes à ma voiture, et je lui lachais la main géné. Nous montâmes en voiture et je mis la radio. Je ne savais pas vraiment quoi faire, alors je conduisais vers la ville la plus proche, celle où j’habitais. Ilian ne parlait pas, ce qui ne m’étonnait guère. J’allumais alors la radio (Il l’a déjà allumé deux lignes plutot) et roulais sur le même son pendant toute la durée du trajet.

Après un moment, j’arrivais sur le parking d’un petit bar restaurant, où j’vais l’habitude d’aller. Je sortis de la voiture et intima à Ilian à me suivre, ce qu’il fit, en restant tout de même assez proche de moi. Je trouvais la situation assez bizarre hors de l’hopital. Lui et moi, en pleine rue, comme avant. Chassant ses idées, je me tournais vers lui, un faux sourire aux lèvres.

– Que dis-tu d’un vrai petit déjeuner ? Demandais-je, géné.

Il acquiesça simplement, et nous rentrâmes dans le bar. Nous nous asseyâmes à une table et une serveuse s’approcha de nous rapidement. Je commandais alors un thé pour Ilian et un café pour moi, avec deux verres de jus d’orange et un pain au chocolat chacun. Je vis Ilian boire son jus d’orange, regardant autour de lui. Je voyais cette lueur briller au fond de ses yeux, comme s’il enregistrait mentalement les décors. Un léger sourire se dessina sur mes lèvres et j’entamais mon café, profitant de l’instant présent. Quelques minutes plus tard, je vis Ilian reposer son pain au chocolat sur la table, apparement callé. Pourtant, je pouvais remarquer qu’il n’avait pratiquement rien mangé. Je devais le forcer un peu, c’était le but de notre sortie…

– Tu ne peux pas faire un petit effort pour aujourd’hui ? Demandais-je, ayant peur de sa réaction.

Il me lança alors un regard froid avant de prendre son thé et de le boire. Un deuxieme sourire vint se loger sur mes lèvres. S’il pensait que je pourrais le lacher, il se mettait le doigt dans l’oeil. Avec le temps, son regard froid ne me génait plus. Peut-être commençais-je à m’y habituer. Il reprit son pain au chocolat et le continua. Mes yeux se posèrent alors sur le journal qui se trouvait près de moi et je le pris en main, le lisant. Je ne cessais de jetter des petits coups d’oeil à Ilian, ne pouvant m’empêcher de me rappeler que nous faisions souvent des petits déjeuners dehors il y a quatre ans… Chassant ses pensées, je me levais et allait payer. Ilian avait terminé tout son plateau et cela me comblait. Il se leva lorsque je revins, toujours ce regard sans aucune expression.

– Allez viens, maintenant nous allons dans un endroit qui te plaira surement. Déclarais-je, rangeant mon portefeuille dans ma poche.

Je me retournais alors et sortis, Ilian a mes côtés. Vu l’heure, la rue pietonne commençait à se peupler peu à peu, et je sentis Ilian se raprocher de moi. Je ne dis rien et continuais mon chemin, appréciant cette soudaine proximitée. Je le conduisis devant ma librairie préféré et m’arreta devant, un sourire au lèvres. J’ouvris la porte et Ilian se rua à l’interieur. J’avais eu une bonne idée. Je savais qu’il adorait lire, et j’en étais ravi. Je m’approcha alors de Lucie qui regardait Ilian étonné. Puis elle se tourna vers moi, surprise.

– Un nouveau petit ami ? Me fit-elle, dans un sourire.

– Un… Ami… Dis-je en haussant les épaules.

Je ne souhaitais pas l’informer qu’Ilian était un de mes patients. Il devait passer sa journée loin de l’hôpital et se concentrer sur le monde extérieur. Avoir le regard de Lucie posé sur lui, le destabiliserait sûrement.

– Comment as-tu trouvé le livre que je t’avais conseillé ? Demanda-t’elle, me montrant celui que j’avais acheté.

– Je ne l’ais pas encore fini, mais j’aime beaucoup. Tu sais que j’aime tout ce qui est fantastique. Répondis-je, dans un sourire.

Nous entrâmes alors dans une discution sur divers auteurs fantastiques. Je jettais quelques regards sur Ilian pour m’assurer qu’il restait bien dans la librairie. Je savais pertinement qu’il ne me ferait aucune fugues, mais ce n’était par précaution. Lucie se mit alors debout et me dit qu’elle devait se rendre en réserve. Je lui souriais puis allais voir Ilian, qui avait commençé la lecture d’un livre. Le voir ainsi, totalement plongé dans sa lecture fit battre mon coeur, et avec enthousiasme, je déclarais :

– Il te plait ? Tu le veux ? Je te laisse en choisir un alors prends celui qui te fera plaisir.

Il se tourna alors vers moi, et je sentis cet enthousiasme redescendre en flèche.

– Non merci. Je ne veux pas de cadeaux. Dit-il en rangeant le livre sur l’étagère.

– Tres bien. Retorquais-je énervé.

Pourquoi trouvait-il toujours le moyen de casser tout sentiment positif en moi ? Ne pouvait-il pas se contenter de ne rien dire, comme il savait si bien le faire ? Il se retourna et j’en profitais pour prendre le livre qu’il lisait, mais immédiatement, je l’entendis reparler.

– Je ne le veux pas !

– Qui te dis que je le prends pour toi…

Cette remarque le vexa et il se retourna, prit un livre et alla s’assoir sur les fauteuil. Son livre en main, j’alla faire de même et ensemble, sans vraiment l’être, nous partions dans des mondes totalement imaginaires, qui pourtant nous faisaient revivre.

Le temps tourna sans que je ne m’en rende compte. Ce ne fut que lorsque que le clocher de l’église sonna pour nous avertir qu’il était midi, que je levais mon regard du livre. Je l’avertis que nous devions partir et me levais pour aller payer ce livre. Je lui laissais un peu de temps pour terminer le sien, parlant une nouvelle fois avec Lucie. Je payais rapidement et retrouvait Ilian qui m’attendait à la sortie.

Nous marchâmes un moment dans la rue sans dire un mot. Je n’avais pas vraiment fait de programme pour la journée. Je voulais surtout qu’Ilian se sente bien pendant la seule journée de semi-liberté qu’il aurait. Alors que je me dirigeais vers un restaurant, afin de passer le temps de midi, je vis la silhouette de mon frère s’approcher de moi à grandes enjambées. Ses traits étaient tirés, et il avait mauvaise mine. Je ne voulais pas lui parler. Aujourd’hui je devais me consacrer entièrement à Ilian, et à personne d’autre. D’autant plus que ses mots me restaient en travers de la gorge. Lorsqu’il arriva à notre hauteur, Kain ne dis rien et regarda Ilian. Il tendit alors une main hésitante vers lui, et Ilian répondit à la poignée de la même manière. Kain lorgna alors sur le bracelet magnétique, mais il ne dit rien, regardant Ilian reposer maladroiteusement sa main dessus. Mon frère me regarda alors, et une grimace étira ses lèvres.

– Je suis désolé pour l’autre soir Jaeden souffla-t’il, en haussant les épaules.

Il était seulement désolé ? Agaçé, je le fusilla du regard avant de lui parler méchament.

– Je n’ai pas le temps maintenant, on en reparle une autre fois.

– Mais Jaeden… Tenta-t’il une nouvelle fois.

– Excuse moi, Bien que tu sois en désaccord avec ce que je fais, Ilian et moi allons déjeuner, et franchement, nous n’avons pas de temps à perdre.

Sans un mot de plus, j’attrapais la main d’Ilian et l’emmena avec moi dans les ruelles peuplées de monde. Je n’arrivais pas à me calmer, si bien qu’arrivé devant le restaurant, je remarquais que je n’avais toujours pas laché la main d’Ilian. Géné, je le fis et l’invita à entrer. Quelques minutes plus tard, nous nous asseyames à une table, la carte en main.

– J’espère que tu as faim, déclarais-je regardant le menu.

– Moui…Murmura-t’il en haussant les épaules.

Je plongeais alors mon regard sur la carte, lisant attentivement chaque menu.

– Ca fait bizarre de vous voir vous disputer toi et ton frère… Lança Ilian, d’une petite voix. En deux ans, je n’ai jamais vu une seule dispute entre vous.

– Hn…C’est vrai. Répondis-je en haussant les épaules.

Je n’avais pas du tout envie de revenir sur ce sujet, surtout que cela me forcerait à parler d’Hugo, et du fait que cela faisait un an que l’on était ensemble. Bizarement, je ne souhaitais pas qu’Ilian le sache, sûrement pas pur respect pour notre ancienne relation.

Je me rendis alors compte que c’était Ilian qui venait d’entamer la conversation, et surpris je relevais la tête pour voir qu’il regardait le menu, de légères rougeurs sur les joues. Je trouvais ça vraiment bien qu’il commence à se laisser aller en ma présence. Je gagnais peu à peu vraiment sa confiance. Il leva alors la tête et croisa mon regard, me lançant un petit sourire avant de regarder par la fenêtre. Un serveur vint prendre notre commande. Un sourire se dessina sur mes lèvres et je tournais à mon tour la tête vers la télé au fond de la salle qui diffusait une émission de patinage. Je me souvins alors qu’Ilian adorait en faire. Il m’y emmenait souvent lorsque nous étions plus jeune, même si je n’arrivais pas à tenir plus de deux secondes sur mes patins. Hugo aussi aimait en faire, si bien que j’avais un peu plus appris avec lui, même si je restais toujours empoté. Vivement, je le regardais, un grand sourire aux lèvres.

– Ca te dis la patinoire après manger ?

– Tu ne sais pas patiner. Retorqua-t’il, me regardant à son tour.

– Je me rappelle la dernière fois où on y est allé tous les deux…Soufflais-je, en m’adossant contre ma chaise, les souvenirs plein la tête.

– Oui, moi aussi. Fit-il, posant la carte sur la table. Je me rappelle surtout comment tu t’es foulé le poignet.

– Tu te moques encore ou je me fais des idées ? Demandais-je sur un ton véxé, sans vraiment l’être.

Il ne me répondit rien, mais le sourire moqueur qui restait accroché sur ses lèvres m’affirmait que j’avais raison.

– Puisque c’est comme ça, nous irons à la patinoire cet apres midi ! Je vais te montrer moi ! Retorquais-je, décidé.

Je savais très bien que je ne tiendrais pas le rytme, mais si cela pouvait lui faire garder ce sourire qui restait sur ses lèvres, alors j’allais tenir le plus longtemps possible. Le repas passa rapidement, trop à mon goût. Nous n’avions pas vraiment beaucoup parlé, mais je trouvais que l’ambiance était vraiment légère et apaisante. Tout voulait me faire revivre ses doux moments passés en sa compagnie, et cela me frustrait. Je ne cessais de me dire « Il y a quatre ans… », « Il ne disait pas ça il y a quatre ans ». Pourquoi ne pouvais-je pas m’empêcher de ramener tout au passé ?

Lorsque le repas se finit, nous sortîmes du restaurant et allèrent jusqu’à ma voiture. Je conduisis jusqu’à la patinoire et nous nous dirigâmes vers le guichet afin de prendre des patins. Ses yeux se mirent à briller en entrant sur la piste et je me mis à sourire bêtement. Il entra sur la piste de glace et alla directement au centre de la piste. Il n’y avait pratiquement personne, alors il n’était pas géné. Mais ce n’était pas mon cas. Doucement, je me mis sur la glace, tentant de me remémorer la façon dont je devais me tenir. Je n’eus pas trop de mal à me réhabituer à la glace,e t tout fier, je fis quelques tours, lançant des regards moqueurs à Ilian. Lorsque je pensais être assez prêt, je me dirigeais vers le centre de la piste pour le rejoindre. Mais je n’aurais pas dû.

Alors que je jouais au plus fort en patinant trop vite, j’accrochais le bout du patin sur la glace, et tombais lamentablement sur le sol froid. Le choc fut violent, mais ce fut la honte qui me submergea en premier. J’entendis alors Ilian éclater de rire et lui lançais un regard meurtrier.

– Te fous pas de moi ! Viens m’aider ! Fis-je, méchament.

Il n’arrêtait pas de rire, et cela m’énervait. Il me tendit alors la main et je la pris. Il suffit d’une poignée de main pour me desarçonner. Douce et chaude, sa main m’électrisa, et c’est à ce moment là que je me rendis compte qu’Ilian venait d’éclater de rire. Comme avant. Depuis combien de temps n’avait-il pas ri comme ça ? Cette douce mélodie ne cessait de me revenir en tête, et je ne pouvais décrocher mes yeux de ses lèvres. Des flashs de certains instants ensemble ne cessaient de me revenir en tête, m’amenant de plus en plus à perdre conscience sur le but de notre sortie, ainsi que sur le lien professionnel qui nous unissait. Je n’étais plus son docteur. J’étais déconnecté. Nous étions Jaeden et Ilian, comme avant… Grosse erreur.

Relevé, je patinais difficilement vers un banc et m’y asseilla. Je ressentais une légère douleur à la cheville mais elle n’était rien comparée à celle que étreignait mon coeur. Que m’arrivait-il ? Sans vraiment réfléchir, je repris, les yeux rivés sur la glace.

– Que dis-tu d’une petite ballade sur la terre ferme, dans un parc, à une demi-heure à pied d’ici ?

– Pourquoi pas…Souffla-t’il, simplement.

Nous allâmes alors ramener nos patins et partirent en direction du parc. Aucun mot ne fut échangés pendant la demi-heure. J’essayais de me calmer tant bien que mal. Ce fut la voix d’Ilian qui me remit sur terre.

– Ca va ? Tu ne veux pas t’asseoir ? Me demanda-t’il inquiet.

Je me rendis alors compte que j’avais de plus en plus mal à la cheville. Doucement je relevais la tête et lui souriais, content qu’il se fasse du soucis pour moi. Il tourna alors la tête, rouge de gène, avant de reprendre.

– Il y a un banc ici. Il faut regarder ta cheville. Dit-il d’une voix assez froide.

Il alla s’y asseoir, et je le suivis, me mettant sans m’en rendre compte bien trop près de lui. Mais je ne bougeais pas. Je me mis alors à regarder ma cheville, sans trop la bouger. Ce n’était qu’une simple foulure, un peu de repit, et tout irait mieux. Je relevais alors la tête et croisait le regard d’Ilian, mais bien vite il le baissa, les joues rouges.

Mon esprit se voila alors entièrement. Ma raison me quittait juste un instant et je me remémorais nos premiers baises. Ils étaient doux, et magnifiques. Jamais de simples effleurements ne m’avaient autant électrisés. Je me surpris à me demander si cela avait changé. Si la fin de notre histoire avait fait perdre le goût magique de nos baisers…

Sans vraiment m’en rendre compte, ma main se posa sur son menton, et je lui relevais la tête. Son regard croisa une nouvelle fois le mien, et je fus envouté, pour la troisième fois de ma vie. J’oubliais tout Hugo, Kain, le passé, mon statut. Nos visages se rapprochèrent machinalement, jusqu’à ce que nos souffles se touchent. Aussi doux que dans le passé. Une caresse infime sur mon visage qui me fit perdre la tête. Mon coeur reprit ses lourds battements, et j’amenuisais un peu plus la distance entre nous. J’entrais alors en contact avec ses lèvres, fermant les yeux au même instant. Le son extérieur se coupa, nous n’étions plus que deux sur cette terre.

Ses lèvres avaient toujours ce même goût, si unique et si indéchiffrable. Mon pouce caressait sa joue inlassablement, et je remarquais qu’elle aussi était toujours aussi douce. Pourquoi ne se dégageait-il pas de mon étreinte ? Pourquoi ne m’envoyait-il pas balader comme il savait si bien le faire ? Était-il aussi perturbé que moi ? Ma langue vint lécher ses lèvres, comme pour en avoir la réponse, et celle-ci ne tarda pas.

Avec surprise, je constatais qu’il entrouvrait ses lèvres, m’autorisant à l’embrasser. Je le fis sans tarder, et le contact de sa langue sur la mienne m’électrisa. A cet instant, tous nos souvenirs heureux défilèrent dans ma tête. Tous nos baisers, toutes nos nuits d’amour. Notre première fois, puis la seconde, puis la troisième. La première fois où il m’avait dis m’aimer. Mes crises de jalousie, et les siennes. Nos rires, nos discutions, nos réconciliations. Tout.

Ma main avait quitté sa joue pour prendre sa nuque et le maintenir contre moi. Peu à peu, il prenait lui même l’initiative du baiser, entremêlant sa langue à la mienne, dans une valse qui me submergeait. Pourtant trois mots me revinrent en tête alors qu’il se rapprochait un peu plus de moi. Trois mots qui m’avaient brisés le coeur il y a trois ans, et qui me le brisèrent une nouvelle fois. « Je te quitte ». Je me rappelais alors son regard empli de larmes alors qu’il me détruisait. Je me rappelais le voir courir et rentrer dans une voiture, me laissant là sur le trottoir, la pluie martellant mon corps et mon coeur. Je me rappelais vouloir lui dire que je l’aimais… Ce soir là. Je me reculais alors le regardant comme pour la première fois. Je ne pouvais m’empêcher de penser qu’il n’avait pas perdu sa beauté. Il était magnifique, tout simplement. La dure réalitée me revint alors en mémoire, et l’image d’Hugo arriva à mon esprit. Une vague de remord me submergea et immédiatement, j’évitais le regard d’Ilian, comme pris en faute.

– Je suis désolé Ilian… Je ne sais pas ce qui m’a pris…  Je…Oublions-ça, cela ne se reproduira plus. Balbutiais-je le coeur serré.

Je le vis aussitôt reprendre sa carapace, et sans un mot ses yeux se posèrent que le plan d’eau devant nous. Qu’avais-je espéré au juste ? Je venais sûrement de lui faire beaucoup de mal, ruinant par la même occasion tous mes efforts. Pourquoi m’étais-je autant égaré ? Me traitant de tous les noms, je me levais, et Ilian en fit de même.

Sans un regard, sans un mot, nous rentrâmes à l’hôpital. J’avais merveilleusement bien gaché la journée. J’avais cédé dans ce que je m’étais juré de ne jamais retomber. Revoir Ilian faisait ressortir tous mes démons. Tous mes vices. Je me sentais nul, incapable. J’étais son médecin et je n’étais pas capable de tenir une seule journée sans l’embrasser. D’ailleurs pourquoi l’avais-je embrassé ? Je ne ressentais plus rien pour lui. C’était lui qui m’avait quitté, pas le contraire. Alors que je conduisais, je me surpris encore une fois à penser que j’avais envie d’un verre. Pourquoi avais-je gardé cette bouteille de vodka dans mon armoire ? Peu à peu je me sentais retomber dans ce qui avait été ma dépendance, mon vice le plus dévastateur. Pourtant je n’en voyais pas la limite, ne cessant de me dire qu’un verre ne me ferait pas de mal.

Nous arrivâmes à l’hôpital en fin d’après midi et nous nous dirigeâmes d’un pas lourd vers mon bureau. Le voir ainsi, le visage froid alors que je l’avais entendu éclater de rire me brisait le coeur. Je lui enlevais son bracelet, et alors que je voulais m’excuser un nouveau, il ne m’en laissa pas le temps et partit dans le couloir, claquant la porte au passage. Ce fut la goutte de trop, et énervé par ma propre bétise, je me dirigeais vers mon armoire, l’ouvrant violement. Mais la bouteille n’était plus là.

– C’est ça que tu cherches ?

Immédiatement je me retournais pour croiser le regard noir de mon frère. Je lui rendis alors ce regard et posa mes yeux sur la bouteille.

– Elle est vide. M’exclamais-je, froid.

– J’ai jetté le reste, il n’en restait plus beaucoup de toute façon.

J’allais m’asseoir sur le fauteuil, évitant son regard.

– Je savais que tu retomberais là-dedans. Dit-il, mettant la bouteille dans son sac.

– Va te faire foutre ! Crachais-je énervé.

Il soupira et s’approcha de moi. Son regard se voila et une immense tristesse se lisait sur ses yeux.

– Je suis désolé Jaeden. Je n’aurais jamais dû te dire ces choses là. Mais comprend moi, tu en as bavé à cause de lui. Il t’a quitté et j’ai perdu mon frère. Je ne veux pas le perdre une seconde fois.

Ses mots me touchèrent plus que je ne le pensais, et je fuyais son regard, l’écoutant simplement.

– Je sais que tu te sens mal. Ce que t’as fait Hugo est sûrement impardonnable.. Mais si je vais de son côté c’est sûrement parce que j’ai pu voir à quel point il s’en voulait. Je t’ai jamais vu aussi heureux qu’à ses côtés Jaeden…Déclara-t’il, s’accroupissant

– Si… Avec Ilian… Murmurais-je, perdu.

– Oui, et regarde ce qu’il t’a fait. Rester paralyser pendant trois mois ne t’as pas suffit ?

– Kain…

– Ecoute-moi. Chez toi se trouve un homme qui t’aime sincèrement. Il a fait une connerie, mais je suis certain qu’il prefererait mourir plutôt que de te perdre. Et je sais que tu l’aimes encore. Rentre chez toi Jaeden. C’est mieux pour toi. Et pour Ilian.

Pour Ilian. Ces deux mots résonnèrent dans ma tête. Retrouverait-il ce sourire si je le laissais comme le disait Kain ? Je sentis mon frère se relever, et se diriger vers la porte.

– La semaine prochaine ont reprend les réunions. Fit-il, la main sur la poignée.

– Je n’ai pas besoin de ça ! Retorquais-je vivement.

– Tu n’as pas le choix. Tu retourneras aux alcooliques annonymes que tu le veuilles ou non.

Sans un mot de plus, il sortit du bureau, me laissant seul avec ce doute si pesant. Je pris alors mon téléphone et le rallumait. Je pouvais voir quelques appels du directeur, et beaucoup de messages d’Hugo. Il me manquait. Peut-être Kain avait-il raison, ma place était auprès de lui et non auprès d’Ilian. Lui et moi… C’était du passé.

Décidé, je me relevais, et remis ma veste. Je passais par le bureau du directeur mais l’infirmière m’informa qu’il était parti plus tôt afin d’assister à l’écographie de sa femme. Acquiesçant, je partis, pour me retrouver dans ma voiture. Vingt minutes plus tard, j’étais devant mon appartement, la peur au ventre et le coeur serré. La nuit était tombé, si bien que je me retrouvais dans le noir, hésitant à rentrer. Pourtant, je me décidais, et pénétrait alors dans une ambiance tout droit sortie d’un film de cinéma. Deux ou trois lampes étaient allumées, mais le reste de la luminosité se faisait à l’aide de bougies, dispersées un peu partout. La chaine stéréo diffusait une faible musique romantique, et un faible sourire étira mes lèvres.

Sans un mot, j’enlevais mes chaussures et ma veste, puis posais ma sacoche sur la table. Sans bruit, je m’approchais vers la cuisine, où je vis Hugo assis à table. Celle-ci était parfaitement dressée, des pétales de roses, un peu partout autour des couverts. Lui aussi s’était mis sur son trente un. Il portait une chemise blanche sur un pantalon noir, le tout le rendant magnifique. Il avait la tête baisée, et jouait avec ses mains, comme un petit enfant triste.

– Je suis rentré… Soufflais-je, baissant les bras.

Hugo releva immédiatement la tête et je pus voir ses yeux émeraudes plein de larmes. Celles-ci redoublèrent lorsqu’il me vit, et il se leva, entortillant un peu plus ses mains.

– Tu t’es surpassé… Dis-je, regardant un nouvelle fois autour de moi.

– Oui… Je… Je suis content que tu sois venu…. Fit-il d’une petite voix.

– Je suis un peu en retard… Répondis-je dans une grimace.

– Ca ne fait rien !Répliqua-t’il vivement. Tu as faim ?

Pour toute réponse je lui souris et alla m’asseoir. Il me rendit un petit sourire et je pus lire dans ses yeux qu’il appréhendait la moindre de mes réactions. Il amena alors sur la table un plat de lasagne qu’il avait lui même préparé. Hésitant, il me servit, me passant ensuite la salade. Sans un mot, je goutais, lui souriant pour lui faire comprendre que c’était délicieux.

– Tu… Tu as passé une bonne journée ? Me demanda-t’il, le regard brillant.

– Ça aurait pu mieux se passer, dis-je en haussant les épaules. Et toi ?

– J’ai passé ma journée ici… Je suis resté à l’appartement depuis… Depuis que tu es parti… Je ne voulais pas te rater…. Souffla-t’il géné.

– Tu n’es pas allez travailler ? Demandais-je étonné.

– Non… J’ai pris un congé…

– Tu n’aurais pas dû Hugo, je sais que ton travail est important pour t…

– Mais tu l’es encore plus !

Il avait crié cette phrase, laissant deux larmes rouler le long de ses joues. Il se leva et se mis à genou devant moi, posant son front contre ma cuisse.

– Tu comptes beaucoup plus que n’importe qui. Que tous mes élèves…Beaucoup plus que lui. Je t’aime Jaeden, je t’aime à en mourir…Je…Ces trois jours, j’ai cru que je t’avais perdu, et encore aujourd’hui j’ai toujours cette impression. Si tu savais comme je t’aime et comme je m’en veux. Je t’en supplie pardonne moi…J’en t’en supplie.

Je sentais ses larmes tacher mon pantalon et cela me fit mal au coeur. Doucement, je craquais et lui relevais la tête. Mes lèvres vinrent alors se poser sur les siennes. Je retrouvais cette douceur que j’aimais tant chez lui. Cette douceur que j’aimais. Je l’aimais lui et lui pardonnais instantanément. Je lui donnais un chaste baiser, et me reculais voulant lui dire que je lui pardonnais, mais il ne m’en laissa pas le temps et me pris par la nuque, m’embrassant plus férocement. Nos langues se retrouvèrent, étouffant le manque qu’elles ressentaient. Je passais mes mains sur son dos et il posa ses coudes sur mes épaules. Essouflé après quelques minutes, je posais mon front contre le sien, fermant les yeux. Mes pouces vinrent essuyer ses larmes, et j’embrassais son front.

– C’est vraiment fini entre toi et lui ? Demandais-je la peur au ventre.

– Biensûr que oui, je vais changer de lycée, je ferais tout ce que tu veux pour te rendre heureux…. Me dit-il, ressérant notre étreinte.

– Alors ne recommences plus jamais ça. Répliquais-je avant de happer une nouvelle fois ses lèvres.

Une douce étreinte. Sa langue cherchant la mienne comme si sa vie en dépendait. Je me sentais bien là, au creux de ses bras. Tellement bien, je me levais, l’entrainant dans la chambre. Ses mains ne cessaient de parcourirent mon corps, me faisant de plus en plus ressentir mon manque de lui. Son odeur, son goût, son toucher, tout m’avait manqué en lui. Je voulais croire à sa promesse. Peut-être allais-je tout droit dans un mur, mais à ce stade, je m’en fichais. Je voulais simplement le retrouver. Sans vraiment réfléchir, je me retrouvais sur le lit, ma chemise au sol. Hugo se trouvait au dessus de moi, ses jambes de chaque côté de mes hanches. Ses mains caressaient mon torse, ses lèvres agressaient mon cou. Je ne cessais de gémir, ne m’en empêchant pas un seul instant. Doucement, il revint capturer mes lèvres et mes mains défirent la braguette de mon pantalon. Dans un sourire, il descendit le long de mon torse, me goutant entièrement. Je me cambrais alors qu’il défaisait mon pantalon, et qu’il le glissait le long de mes jambes. Il suivit ma chemise au sol, et les lèvres d’Hugo se posèrent sur mes jambes, remontant sur mes genoux, puis sur la bosse serrée dans mon boxer. Mes mains vinrent se loger sur sa nuque, lui intimant par une simple pression ce que je desirais le plus à ce moment. Il sembla le comprendre et me libera de mon boxer. Immédiatement, il me prit en bouche, m’obligeant à lacher un petit cris. Il était excité et cela se sentait dans ses vas et viens rapides. Ses mains ne lachaient pas ses cuisses et les miennes ne quittaient pas sa tête, emmellant mes doigts dans sa tignasse noire de jais que j’aimais tant… Noire ?

Imméditament je relevais la tête et me degagea de l’étreinte le regard horrifié. Hugo se releva alors, penaud.

– Quelque chose ne vas pas Jaeden ? Me demanda-t’il, étonné.

– Je… Dis-je, me secouant la tête. Non…Rien…Excuses moi…

Déboussolé, je m’approchais de lui, passant mes bras autour de son cou. Non… Ses cheveux étaient blond… Cela devait être dû à la fatigue. Hugo me rallongea sur le lit, et se remit à faire sa fellation. Je retrouva immédiatement mon calme et fermais les yeux, ressentant uniquement le plaisir qu’il me prodiguait.

– Mais j’ai jamais fais ça ! C’est dégoutant !

– Pourtant tu ne dis pas ça quand c’est moi qui le fait !

Ilian se trouvait assis sur le lit, ses genoux remontés contre sa poitrine. Il fuyait mon regard, comme d’habitude lorsque nous parlions de sexe… Cela faisait un mois que nous avions fait notre premiere fois et encore aujourd’hui, il ne me montrait pas qu’il avait envie de moi, et cela me frustrait. Je voulais qu’il me touche… Aujourd’hui, je venais de lui demander de me sucer, mais encore une fois il refusait. Pourquoi sortions nous ensemble si je le dégoutais ?

– C’est bon, laisse tomber, j’me casse. Répliquais-je méchament.

– Je ne changerais pas d’avis, alors arrête de faire comme si tu allais partir… Souffla-t’il, me regardant.

– Je ne fais pas comme si Ilian ! Tu sais quoi ? J’en ai marre ! Combien de temps ça fait nous deux ? Cinq mois ? Tu ne te rends même pas compte que c’est la première fois que je dure aussi longtemps avec quelqu’un ! Tu veux que ça continue ? M’écriais-je énervé

– Mais bien sûr que oui ! S’exclama-t’il, les larmes aux yeux.

– Pourtant tu trouves ça dégoutant non ?!? Tu n’ais même pas foutu de faire ce que je TE fais ! Alors ça sert à quoi ? Je pensais que c’était toi qui voulait qu’on soit ensemble ! Mais apparement tu n’es pas encore assez mur pour avoir une relation homosexuelle !

Je le vis alors se figer sur place, tétanisé.

– Jaeden… Qu’est-ce que… Commença-t’il, étonné.

– J’me casse ! Retorquais-je tournant les talons.

Un soupir de soulagement et je me libérais dans la bouche de Hugo, qui m’acceuillit avec joie. Un bras sur mes yeux, je n’osais pas regarder Hugo. Pourquoi fallait-il toujours qu’Ilian réapparaisse dans les mauvais moments ? Je ne pouvais m’empêcher de penser à ce baiser que nous avions échangés dans le parc, si doux et si pur…

– Jaeden ?

J’enlevais mon bras au son de la voix et le regardais. Ses yeux verts m’hypnotisaient, et doucement je passais ma main sur sa joue, l’embrassant par la suite. J’étais avec Hugo, pas avec Ilian. Avec douceur, je le fis basculer sur le dos, ne cessant de l’embrasser. A mon tour, je le deshabillais, l’excitant plus qu’il ne le fallait. Mes mains se posèrent sur ses fesses, et tendrement, je commençais la préparation, ennivré par ses doux gémissements. Quelques minutes plus tard, j’entrais en lui dans un soupir de bien-être, posant ma tête dans le creux de son cou. Doucement, je commençais de long va-et viens, sentant le plaisir me faire perdre la tête… Encore une fois…

J’étais assis sur mon canapé, zappant sur différentes chaines, sans vraiment les regarder. Au loin, j’entendais Kain faire la vaiselle, et Ilian tambouriner contre la porte. Kain, une fois sa tache finit vint s’asseoir près de moi, un petit sourire aux lèvres.

– D’habitude ce n’est pas toi qui va frapper à sa porte ? Me demanda-t’il rigolant légèrement.

– On est plus ensemble. Répondis-je froid.

– Ce n’est pas vraiment l’impression que ça donne…

– Mêle toi de ce qui te regarde.

J’augmentais alors un peu le volume, essayant de cacher le son des poings d’Ilian sur la porte. Mais après quinze minutes de coups frénétiques, il abandonna et je l’entendis parler.

– S’il te plait Jaeden ouvre moi… Je… Je ne veux pas que ça finisse comme ça… Je suis désolé… Je ne trouve pas ça dégoutant, c’est juste, que je ne l’ais jamais fait moi et que je sais très bien que je vais mal m’y prendre… Lacha-t’il, dans un sanglot.

– De quoi il parle ? Me demanda Kain, les sourcils fronçés.

– Tais-toi ! Retorquais-je coupant le son de la télévision.

Ilian toqua une nouvelle fois, mais je ne vins pas lui ouvrir. Alors il continua, désespéré.

– Je ne veux pas que tu me quittes… Je… Je t’aime ! Je ferais tout ce que tu voudras, je te la ferais ta fella…

– OH ! OH ! OH , s’écria Kain, se levant immédiatement et se dirigeant vers la porte d’entrée.

– Kain qu’est-ce que tu fous ! M’exclamais-je alors qu’il defaisait le verrou.

Il ouvra alors à Ilian, le regardant une grimace sur les lèvres.

– Je n’ai vraiment pas besoin d’entendre les détails de vie sexuelle de mon petit frère Ilian…. Entre.

– Désolé… Fit Ilian, rouge de honte.

Furieux, je me rasseyais sur le canapé, zappant encore plus.

– Je vous laisse, soyez sage. Nous dit Kain, avant de refermer la porte derrière lui.

Enervé, je mis une chaine au hasard, diffusant des courses de moto. Je sentis Ilian s’asseoir à mes côtés, mais ne le regardais pas.

– Jaeden… Souffla-t’il, posant sa main sur mon épaule.

– Je n’ais pas été assez clair tout à l’heure ? Retorquai-je froid, mais ne bougeant pas, appréçiant sa main sur mon épaule.

J’avais mal au coeur de lui parler comme ça, mais j’étais à bout. Ses mots me faisaient mal, d’autant plus que cela m’énervait de ressentir ce sentiment. Ilian se rapprocha alors, et il me prit dans ses bras, plongeant sa tête dans mon cou. Je sentis immédiatement des larmes venirent le mouillé, et je fus pris de remord.

– Arrête de pleurer… Dis-je, en posant ma tête contre la sienne.

– Je ne veux pas que tu me quittes…

– Si ça te dégoute tellement autant arrêter tout de suite…Tu te trouveras une fille et…

– Mais c’est toi que je veux !

Il avait crié cette phrase, et cela m’avait surpris. Immédiatement il bassa la tête, géné.

– Ilian… Soupirais-je, moi aussi géné.

Mais avant que je ne puisse continuer. Ilian m’embrassa, s’accrochant agressivement à mon cou. Sous le choc, je le laissais faire, me demandant d’où lui venait cette soudaine once de courage. Je sentis alors ses mains s’aventurer sur mon entre-jambe, et cela me refroidit instantanément. Ce n’était pas du tout comme ça que je voulais que ça se passe. Immédiatement je l’éloignais de moi, sous son regard surpris.

– Je.. Je t’ai fait mal ? Je ne sais pas comment faire, attend, je vais m’apliquer ! Lacha-t’il, se rapprochant de moi.

– Hey ! Qu’est-ce qui se passe ? Où est mon petit ami ? Fis-je, étonné.

– Mais Ewen m’a dit… Commença-t’il

– Depuis quand tu demandes des conseils à Ewen en matiere de sexe ?!? Le coupais-je. Je… Je ne veux pas que tu me sautes dessus ! Enfin si, mais non…Argh !

Je n’arrivais pas à m’expliquer et cela m’énervait. Je me levais alors, faisant les cent pas, cherchant la meilleur façon de lui dire.

– Je veux que tu me sautes dessus, mais je veux que tu en ais envie avant tout… Pour la fellation c’est pareil… Dis-je, en le regardant droit dans les yeux. Quand je te le fais, c’est parce que j’ai envie de te faire ressentir du plaisir, j’ai envie que… Je sais pas j’en ai envie… Et toi tu détruis tout en me disant que ça te dégoute.

– Je… Je ne sais pas comment faire… Se justifia-t’il, baissant la tête.

– Quand on a couché pour la première fois ensemble, c’était pareil, tu ne savais pas, et pourtant c’était merveilleux, je n’ai jamais pris un tel pied ! Je suis là, c’est à moi qu’il faut demander des conseils, pas à ton cousin qui n’a pratiquement jamais touché quelqu’un de sa vie…

– Quoi ? Demanda Ilian, étonné.

– Quoi quoi ? Répétais-je, en m’asseyant sur le canapé.

– Ewen ne l’a toujours pas fait ?!?

– Non, il se réserve pour quelqu’un qu’il aime m’a-t’il dit…

Il éclata alors de rire et s’asseya bien au fond du canapé, callant son cou sur le dossier.

– J’arriverais pas à m’empêcher de rire demain matin en le voyant… Je… J’étais persuadé… Dit-il, un sourire amusé aux lèvres.

– Et oui, tu es beaucoup plus expérimenté que la coqueluche du lycée… Rétorquais-je sur le même ton.

Je me mis alors à le regarder. Sa peau laiteuse et ses beaux yeux verts m’électrisaient toujours autant… Sans vraiment m’en rendre compte, je cédais, me rapprochant de lui et l’embrasant. Il me rendit immédiatement mon baiser. Nos langues s’enroulèrent dans une douce valse, et mes mains passèrent derrière sa nuque, le faisant se coller à moi. A bout de souffle, il interrompit le baiser, me prenant dans ses bras.

– Je suis désolé… Je ferais des efforts, c’est promis… Me dit-il, d’une petite voix.

– Fais-en juste lorsque tu en auras envie… Je peux bien attendre encore un peu. Répondis-je en reprenant ses lèvres.

Mes mains vinrent alors se loger sous son pull, et doucement, je le fis glisser sur les coussins du canapé, lui embrasant le cou.

– Jaeden… Gémit-il… Ton frère…

– Il est parti. Dis-je, enlevant mon tee-shirt.

– Mais il a dit qu’on devait rester sage… Fit Ilian, dans un petit sourire.

Pourtant ses mains se posèrent sur mon torse, et il passa une jambe de l’autre côté de ma hanche… Il en avait autant envie que moi. Ravi, je m’allongeais sur lui, une main dans ses cheveux, et l’autre sur sa joue. Mon nez vint se frotter au sien et chastement je l’embrassais.

– Kain ne dit que des conneries… Murmurais-je, avant de reprendre ses lèvres fougeusement.

Je revins doucement à la réalité alors que je sentais que je ne tiendrais plus longtemps. Doucement, j’ouvris les yeux, m’attendant à retrouver Hugo les yeux fermés, mais au contraire, je vis celui qui n’arrêtait pas de troubler mes pensées. Je secouais vivement la tête mais rien ne changea, je perdais la tête jusqu’au bout.

– Tant pis… Soufflais-je, avant de l’embrasser goulement.

J’augmentais alors mes coups de reins, touchant sa prostate. Les ongles d’Ilian s’enfonçèrent sur mes épaules et ses jambes se resserèrent autour de mes hanches. Il ne pouvait s’empêcher de crier, galvanisé par le plaisir qu’il ressentait. Je ne lachais plus sa bouche, l’embrasant sans relache, jusqu’à ce que j’éjacule en lui, dans un soupir rauque. Ilian me suivit immédiatement, me serrant le plus fort possible entre ses bras. Essouflé, je me couchais sur lui, sentant sa main carresser mon dos.

– je t’aime… Souffla-t’il, embrassant ma joue.

Je relevais la tête et croisait son regard emeraude. Mon nez vint frotter le sien, comme j’adorais le faire il y a quatre ans, et un sourire vint étirer mes lèvres.

– Je t’aime aussi…

Mais à l’instant même où je disais ces quatre mots, Ilian disparu pour laisser place à un Hugo rayonnant. Les larmes aux yeux, il m’embrassa, me serrant assez fort. Perdu, je n’eus aucune réaction. C’est alors que la réalité m’assaillit, amenant avec elle une vague de remords. J’avais embrassé Ilian. J’avais… Plus ou moins couché avec Ilian. Et j’aimais toujours Ilian.

**

Le lendemain matin, je me reveillais difficilement. Je n’avais pas vraiment dormi, ne cessant de me tourner et retourner dans mon lit, essayant de comprendre ce qui m’arrivait. Alors que je croyais en tout ce que m’avait dis Kain. Alors que je pensais que ma vie était auprès de Hugo malgré son écart. Alors que j’avais si bien réussi jusqu’à présent, je me retrouvais au même point qu’il y a quatre ans. Des questions pleins la tête et le coeur serré.

Lentement, je me levais, passant ma main sur mon visage. Hugo devait sûrement être parti, ce qui me laissait un peu de temps afin de réfléchir. J’allais rapidement m’habiller dans la salle de bain, étant déjà en retard. En m’étirant, je me dirigais vers la cuisine, mais à peine y fus-je entré que je m’arrêtais, croisant ce regard émeraude que je redoutais tant…

– Tu avais oublié que j’avais pris un congé ? Me demanda-t’il, voyant mon visage étonné.

– Oui… Soufflais-je géné.

Il me sourit et se leva, me déposant un léger smack sur les lèvres.

– Tu pourrais prendre ta journée aussi, histoire de se faire une journée rien qu’à deux. Je t’ai fait un petit déjeuner complet…

Plus il parlait, plus je sentais mon estomac se comprimer violement. Je devais réfléchir, et je n’y arrivais pas? Je ne pouvais pas lui faire ça. Même s’il m’avait trompé, je lui avais pardonné hier, et dans la nuit, je l’avais plus ou moin trompé à mon tour. Il continuait de parler, ne se rendant pas compte de mon désarroi intérieur. Pourtant se fut lorsque je passais ma main sur mon visage qu’il s’arrêta, me regardant surpris.

– Quelque chose ne va pas ? Demanda-t’il, surpris.

– Je…

La vérité était que je ne savais pas quoi lui dire. Comment le lui avouer ? Son regard émeraude me paralysait, et géné, je détournait la tête.

– Je suis… Plus ou moins avec quelqu’un… Dis-je maladroitesement.

– Quoi ? Demanda-t’il, perdu.

– Pendant que l’on était plus ensemble… J’ai… J’ai embrassé quelqu’un d’autre.

Un voile de tristesse se posa sur ses yeux, et il laissa ses bras retomber le long de son corps.

– C’est du sérieux ? Fit-il, d’une petite voix

– J’en sais rien. Répondis-je, perdu.

– Et… Ce qu’il s’est passé cette nuit… Tu m’as dit que tu m’aimais !

– Je sais… Et c’est vrai mais… Je crois que je l’aime aussi…

Ses yeux s’embrumèrent à cet instant, et j’eus du mal à ne pas le prendre dans mes bras. Je venais de lui faire espérer quelque chose, et je m’en voulais.

– Qu’est-ce que ça veut dire Jaeden ? Souffla-t’il, perdu.

– Je pense… Fis-je hésitant, Je pense que tu devrais te trouver un autre appartement

– Alors Tu me quittes ? Comme ça ?

– J’ai besoin de réfléchir… Je ne sais plus où j’en suis.

Il ne répondit rien, se contentant de me regarder tristement. J’étouffais, il fallait que je sorte de cet appartement. Immédiatement, je me retournais et pris ma veste ainsi que ma sacoche, puis je partis. J’entendais au loin Hugo m’appeler, mais j’avais besoin d’être seul.

J’entrais dans ma voiture et je démarrais en trombe, voyant dans le retroviseur le visage dévasté de Hugo qui m’avait suivi. J’avais mal au coeur mais je ne m’arrêtais pas. Je conduisis beaucoup trop vite et arrivais rapidement à mon travail. Ne saluant personne, je montais à mon bureau, m’asseyant sur mon fauteuil et prenant ma tête entre mes mains. Trop de choses bouillonnaient en moi. Trop de questions auxquelles je n’avais pas encore de réponses. Qui aimais-je ? Hugo ou Ilian ? Tout se passait tellement bien avant que je n’accepte ce poste. Que je n’accepte ce dossier. Pourquoi avais-je voulu être aussi curieux ? Je ne regrettais rien de ce qui s’était passé entre moi et Ilian, mais tout était beaucoup moins compliqué avant…

Mais la sonnerie du téléphone me fit sursauter, et hésitant, je le pris.

– Docteur Sadler ? Le jeune homme de la dernière fois demande à vous voir, il dit que c’est urgent. Puis-je le faire monter ?

Un soupir passa le barrage de mes lèvres. Pourquoi m’avait-il suivi ? J’étais las de toute cette histoire. Je ne voulais pas le voir. Pas maintenant.

– Non… Inventez quelque chose mais ne le faites pas monter s’il vous plait.

– Bien monsieur Sadler.

La réceptioniste raccrocha et je repris ma tête entre mes mains, m’en voulant atrocement. Mais alors que je voulais appeler le directeur et prendre ma journée, quelqu’un tocqua à ma porte. Immédiatement, je sentis une boule dans mon ventre. Etais-ce Hugo ? Hésitant, je dis à la personne d’entrer, et me figeais alors que je découvrais Ilian, le visage furieux.

– Tu n’as pas changé ! Cracha-t’il, énervé. Tu… Comment peux tu encore me refaire cela ? Ces paroles quand tu étais bourré ? C’était quoi ? Du cinéma pour que je me dévoile enfin à toi ? Et ce baiser dans le parc…

Il pris une pause, semblant chercher ses mots. Peu à peu, je sentais un profonde tristesse en moi. Ce que j’avais ressenti il y a quatre. En dix fois pire.

– L’homme que tu as baisé hier soir t’attends. Reprit-il, froid. Il est en train de parler avec ton cher ami le directeur que tu veux tant éblouir. Oublie ma présence pour notre rendez-vous, il vaut mieux. Trouve une excuse, trouve quelque chose, mais ne me demande pas de te faire face aujourd’hui… Je… Je…

Il baissa la tête et se retourna, ne me laissant pas le temps de dire quelque chose.

– Je commençais à te faire confiance… Je… Tu n’as pas changé. Tu refais les mêmes erreurs. Je te détestes !

Ces trois derniers mots achevèrent de me briser, et alors qu’il claquait la porte, je me sentis attiré vers un puit sans fond. Je me revoyais quatre ans plus tôt, étendu sur le sol, sentant mon sang couler sur le ciment glacé. Je me revoyais pleurer en appelant celui que j’avais aimé. Encore une fois, il m’avait claqué la porte au nez. Il ne m’avait pas écouté. Il ne m’avait pas expliqué. Je me levais alors, complétement déconnecté. Si je refaisais les même erreurs qu’avant, autant les faire jusqu’au bout non ?

**

La nuit était tombé depuis quelques minutes et je me trouvais encore dans ce jardin. Près de cette maison abandonnée, dans cette ville que j’avais quitté il y a quatre ans. Les gamins l’appellaient la maison hanté maintenant. En y regardant de plus près, ils avaient raison. Dire qu’avant je passais toutes mes soirées ici. C’était la maison d’un de mes amis, encore un gars populaire qui entrait dans mon cercle d’ami tout ça parce que ça faisait « cool ». J’avais fais beaucoup de conneries ici. D’ailleurs ma première fois s’était faite, dans une des chambres de cette maison, mais je serais incapable de dire laquelle… C’était dans ce salon que j’avais vu que je ne laissais pas Ilian indifférent, et à cet endroit même où je l’avais embrassé pour la première fois.

Je portais une nouvelle fois la bouteille de wisky à mes lèvres et bu deux gorgées, avant de la reposer près des cadavres de bouteilles de bierre et de vodka qui jonchaient le sol. En une journée, j’avais détruit la deuxieme personne que j’avais aimé. Et la première m’avait achevée. Ilian avait raison, je refaisais les mêmes erreurs qu’avant. Mais s’il y a quatre ans, il m’avait laissé m’expliquer, s’il avait écouté ce que j’avais à lui dire, il aurait compris. La seule bétise que j’ai commis, a été de ne pas lui dire que je l’aimais. J’avais tellement peur de ce sentiment. Appartenir à quelqu’un, cela sonnait tellement faux dans ma tête il y a quatre ans. Mais avait-il vraiment espéré que je lui dise ? Il ne me l’avait jamais demandé et à peine m’avait-il quitté qu’il avait été se faire sauter par son cousin…

Son cousin. Dire que s’était lui qui nous avait présenté. Dire que s’était lui qui nous rabibochait lorsque nous nous disputions. Ma main se serra contre le goulot de la bouteille. Qu’est-ce que ce crétin avait de plus que moi ? C’était un meilleur coup… Voila ce que Ilian avait dit à l’avocat. C’était un meilleur coup. Moi je n’avais été que celui qui l’avait dépucelé. Je n’avais été que celui qui lui avait appris…Violement je jettais la bouteille de wisky contre la barrière du potager. La bouteille se cassa en mille morceaux et je sentis les larmes couler sur mes joues. Je ne devais pas pleurer. Pas pour lui. Je l’avais pleuré pendant si longtemps. Je me souviens encore du jour où il m’a dit qu’il me quittait. Du jour où j’ai cessé de l’appeler, cesser de venir frapper chez lui. Du jour où j’ai ramené un autre mec chez moi, pour l’oublier, mais ça n’a pas marcher, car j’ai pleurer. Plus que d’habitude. Je me souviens du jour où je l’ai rencontré, lui. Mauvaise rencontre, sûrement, mais j’en avais tellement besoin. Je commençais à oublier Ilian avec tout ce qu’il me donnait. Mais tout à basculer. Encore une fois. Je me souviens du visage de mon frère en larmes, me demandant d’arréter mes conneries. Qu’il n’en vallait pas la peine. Si j’avais su que je le reverrais quatre ans après, je n’aurais sûrement pas pris la peine de me ré-éduquer. Je n’aurais pas fait d’effort, et serais peut-être encore paralyser. Au moins, je n’aurais pas eu une deuxieme fois le coeur brisé.

J’avais laissé un homme qui m’aimait pour lui, même s’il ne savait pas. Je refusais de me remettre avec Hugo. S’était trop tard. Peut-être que s’il ne m’avait pas trompé… S’il n’y avait pas eu cette période où je refusais de le voir… Peut-être notre couple aurais réussi à survivre. Cette nuit m’avait montré que retrouver Ilian avait tout boulversé. Depuis le jour où j’avais vu son nom sur ce dossier, mon coeur s’était mis à battre fort. Beaucoup trop fort. Kain avait raison. Hugo ressemblait beaucoup trop à Ilian. Inconsciement, je l’avais fait exprès. Parce que j’étais…

– Je savais que je te trouverais ici.

Immédiatement je levais la tête, pour voir le regard triste de mon frère. Ce regard que je n’aimais pas voir sur lui. Je le déçevais encore une fois, mais je n’avais pas le choix.

– Rentre chez toi, j’ai besoin d’être seul. Articulais-je, faiblement.

Mais il ne m’écouta pas, et s’asseya près de moi, levant la tête vers le ciel étoilé.

– La dernière fois que je t’ai laissé seul, je ne t’ai plus revu pendant deux mois. Dit-il, sérieusement. C’est une infirmière qui m’a appelé, pour me dire que mon frère se trouvait dans un état critique, et qu’il lui fallait une transfusion. Alors excuse-moi, mais il est hors de question que je te laisse seul à nouveau.

– Comme tu veux. Répondis-je, en haussant les épaules.

Je me redressais et pris une bouteille de vodka, que j’ouvrais, avant d’en boire deux gorgées. Kain ne dit rien, à ma plus grande surprise. Sûrement pensait-il que le fait que je revienne à cet endroit montrait que j’en avais vraiment besoin.

– Elle a décidé de garder le bébé… Soupira-t’il, les yeux dans le vague.

– Chouette ! Je vais être tonton ! M’exclamais-je, sur le même ton.

– Non. Elle veut me faire signer un papier comme quoi je n’ai aucun droit sur l’enfant.

– Pourquoi ?

– Parce que je lui ai dit que ça ne faisait pas longtemps nous deux, et que je ne me sentais pas encore prêt pour en avoir un.

Je le regardais surpris, mais ne dis rien, et je repris la bouteille entre mes mains. Je lui tendis et il en but quelque gorgées avant de faire une grimace et de la reposer au sol.

– Les femmes, c’est trop compliqué, c’est pour ça que j’ai choisis les mecs ! Fis-je, en prenant une gorgée de vodka.

– Je ne sais pas, en te voyant dans cet état je me dis que je devrais me faire moine. Répliqua alors Kain, un petit sourire aux lèvres.

J’éclatais alors de rire, recrachant la gorgée que je venais de prendre, mon frère me suivit et un long fou rire nous prit, sûrement pour libérer toutes tensions. Quelques minutes plus tard, je reprennais doucement ma respiration. L’alcool me montait à la tête et j’avais de plus en plus envie de dormir. Alors que je me reposais contre le mur, je sentis Kain m’enlever des mains la bouteille de vodka, et la vider sur la pelouse. Je n’émis aucune résistance, complètement shooté.

– Le quelqu’un d’autre, c’est Ilian n’est-ce pas ? Finit-il par dire, me remettant debout.

Il évita alors mon regard et passa mon bras autour de son cou.

– Hugo est venu voir si tu n’étais pas chez moi.

Je ne répondis rien, ne sachant que répondre. Ma tête bascula dans son cou, et il m’aida à marcher jusqu’à sa voiture. Alors qu’il m’asseyait à ses côtés et qu’il attachait ma ceinture, je décidais de me laisser aller à mon sommeil, tout en lui confiant mes tourments.

– Kain ? Dis-je faiblement, les yeux fermés.

– Mmh ? Fit-il, essayant de m’attacher.

– Je crois que je suis toujours amoureux d’Ilian…

**

Les rayons du soleil chauds et gênants vinrent troublés mon sommeil. Dans un effort surhumain, je changeais de côtés et me mettais sur le ventre, callant ma tête sur mon bras. J’avais un mal de crâne énorme et mon corps me faisait souffrir, comme si j’avais couru un marathon. Mais en plus de ça, je me sentais triste. Je n’avais pas envie de me lever. Pas envie d’aller dehors et de profiter de ce beau soleil. J’avais envie de rester là, dans ce canapé défonçé, et essayer de dormir. Penser que toute ma vie n’est qu’un cauchemar et que je vais bientôt me réveiller…

Alors que j’essayais de me rendormir, la porte d’entrée de l’appartement de mon frère se mit à claquer, achevant de me réveiller. Mes mains se posèrent sur ma tête, et je me levais, regardant tristement mon frère.

– J’ai un mal de crâne épouvantable, tu pourrais pas faire attention ? Demandais-je, passant ma main sur mon visage.

– Désolé. Répondit-il dans une grimace.

Je me rallongeais sur le canapé, allumant la télévision, zappant sur différentes chaines afin de trouver une qui me convienne.

– Ton directeur a appelé, je lui ai dit que tu étais malade, et que tu iras travailler demain. Fit Kain, s’asseillant sur le fauteuil.

– Ok, merci.

– Et…Hugo a aussi appelé.

Mes mains se crispèrent sur la télécommande et je regardais Kain attendant qu’il continue.

– Il veut te voir. Fit-il, sérieusement.

– Je sais. Répondis-je, m’asseyant.

– Qu’est-ce qui va se passer Jaeden ?

– Je vais le quitter.

– Jaeden…Soupira Kain, se levant.

– Ce n’est pas pour Ilian, je sais très bien qu’il ne se passera jamais rien, mais je ne peux pas continuer avec Hugo alors que j’ai des sentiments pour quelqu’un d’autre.

– Ça c’est sûr il ne se passera rien maintenant.

Cette phrase me surprit, et je levais la tête vers lui, étonné. Il sembla se rendre compte de la boulette qu’il venait de faire car il fuya mon regard.

– Non , mais Ilian est dans un hôpital psychiatrique, alors c’est sûr…

Je le regardais bizarement. Kain ne savait pas mentir. Encore moins que moi. Mais je n’avais pas la tête à chercher ce qu’il me cachait. Je me levais et dirigeais vers la douche. Sous le jet d’eau, j’entendis Kain me dire qu’il allait travailler, et lui répondais par un simple « Bonne Journée ».

La mienne se passa lentement, je fis pratiquement rien, me contentant de regarder la télévision. Ce fut vers Cinq heures que je décidais de rentrer chez moi. Je pensais voir Hugo encore en train de pleurer, mais ce fut tout le contraire, et cela me soulagea.

Il se tenait assis sur le canapé, deux grosses valises bien remplies près de lui. A peine fus-je entré qu’il se leva, me regardant tristement. Ses yeux rougis me firent comprendre qu’il avait eu du mal à faire ses bagages. J’enlevais ma veste et posais ma sacoche, m’approchant de lui. Il s’asseya et j’en fis de même. Il fut le premier à rompre le silence.

– Qui c’est ? Me demanda-t’il, d’une petite voix.

– Tu ne le connais pas. Répondis-je sur le même ton.

– C’est du sérieux ?

– Je ne sais pas. Je suis presque sûr qu’il ne se passera rien entre lui et moi mais…

– Si je…Si je ne t’avais pas trompé, tu n’aurais pas cédé hein ? Tu ne l’aurais pas embrassé.

Cette phrase me déchira le coeur et je plantais mon regard dans le sien. Je ne lui répondis rien, ça ne servait à rien. Mais alors que j’allais m’excuser, je sentis ses lèvres venirent se poser sur les miennes. Encore une fois, je le laissais faire. Mais cette fois, ce n’était rien d’autre qu’un baiser d’adieu, cela se ressentait. Après un temps assez long, nos lèvres se relachèrent et nous nous levâmes. Hugo prit ses deux valises et sortit de l’appartement.

– Prends soin de toi Hugo. Dis-je, faiblement.

Il se retourna, et m’embrassa encore une fois. Un simple effleurement qui me brisa le coeur.

– Je suis sûr qu’il est aussi nul que moi. Je t’aime !

Il partit aussitôt, ne regardant pas le sourire amusé qui tronnait sur mes lèvres. Il descendit les marches de l’escalier et je ne le vis plus. Ainsi s’achevait notre histoire. Avec un pincement au coeur, je fermais la porte, posant mon front dessus. J’avais mal au coeur. Décidement, je ne me comprenais pas. Je me retournais alors pour voir mon appartement, comme il était avant. Je n’y voyais plus la présence d’Hugo, même si son odeur restait présente.

Je m’approchais alors de mon bureau pour découvrir un cadre contenant une photo de nous deux. Doucement je passais mes doigts sur le visage souriant d’Hugo. Un sourire triste et j’abaissa le cadre, me retournant par la suite. Ma soirée se passa tout aussi lentement que la journée. Hugo me laissait un vide énorme. Je me sentais seul. C’est sur ce même sentiment que j’espérais que demain serait un jour meilleur…

**

Le lendemain, j’arrivais à mon travail, allant directement mon bureau. Je savais que Paul ne serait au sien car il avait décidé de passer le week end avec sa femme. Je fus surpris de découvrir que celui-ci était ouvert, et doucement, j’entrais, découvrant alors Melvin, assit sur un fauteuil.

– Je peux savoir ce que vous faites là ? Demandais-je, étonné.

– Il fallait que je te parles.

Sa voix était froide, mais ce qui me surprit le plus fus qu’il me tutoyait. Je n’avais aucune envie d’avoir ce genre de rapprochement avec lui.

– Il fallait prendre rendez-vous alors. Dis-je, tout en m’asseyant.

Il ne répondit rien et me fixa. Je fis de même, mais alors que j’allais lui demander le but de sa visite, je vis qu’il avait dans ses mains le même cahier que j’avais donné à Ilian. Pourquoi l’avait-il avec lui ?

– C’est son cahier. Dit-il, avant de le poser devant moi.

– Ce n’est pas à vous de me le donner. Répondis-je sérieusement.

– Comment as-tu pu lui faire ça ?

Sa voix était hargneuse. Que voulait-il dire par ça ? Qu’avait marqué Ilian dans son cahier pour qu’il me jette ces mots à la figure.

– Je ne vois pas de quoi vous parler ! M’exclamais-je, énervé.

Il se leva alors, fou de rage. Je vis au même instant Ilian apparaître dans l’embrasure de la porte, étonné de voir Melvin là. Mais je le vis se décomposer lorsqu’il entendit Melvin prononcer cette phrase :

– Tu es infecte ! Tu as laché Ilian alors qu’il se faisait violer ! Il a vécu un enfer à cause de toi !

Je sentis mon coeur loupé un battement. Mon cerveau avait cessé de fonctionner. Je ne voyais qu’Ilian, dont les yeux s’était rempli de larmes. Etait-ce vrai ? Je m’approchais alors de lui. Mes mains tremblèrent alors que j’arrivais à sa hauteur.

– Est-ce que c’est vrai Ilian ? Demandais-je, d’une petite voix.

– Tu crois ce que les fous te racontent maintenant ?

Sa voix n’avait jamais été aussi froide et tranchante. Pourtant, il ne pouvait s’empêcher d’avoir les larmes aux yeux. Et cela me fit comprendre qu’il s’était bien passé quelque chose. Il me tourna alors le dos et s’enfonça dans le couloir, mais je le rattrapais. Il ne pouvait pas me laisser comme ça. Toutes mes certitudes volaient en éclats. Je lui attrapais le bras et le retournais violement, pour voir un Ilian en pleur. Il craquait. Et cela me faisait peur.

C’était vrai, et je n’avais rien vu. Je voulu alors le prendre dans mes bras. Je n’avais aucune réaction. Je sentais mon coeur se briser mais mon cerveau ne voulait pas se remettre en marche. Mais il se débatit, et finit par s’enfuir. Je le suivis, et le vis prendre n’importe quel chemin, mais il se cogna contre un coin, et les points de sa tentative de suicide cedèrent sous le coup.

– Ilian ! M’écriais-je aussitôt

Mais il continua, courant bien trop vite pour moi. Je le perdis au tournant d’un couloir. Mais un cri me parvint aux oreilles et immédiatement je suivis le son. Mon coeur battait si fort qu’il me faisait mal à la poitrine. J’avais du mal à respirer et les larmes me venaient aux yeux. La réalité me prennait doucement de haut. Pour me piétiner une nouvelle fois. Alors que je dérivais dans un autre couloir, je vis Ilian collé dos au mur, son poing replié contre son torse, regardant avec crainte l’infirmière devant lui. Celle-ci s’approchait vers Ilian, une seringue de tranquilisant à la main.

– Tu ne me laisses pas le choix Ilian ! Tu n’as pas le droit d’être ici sans aucune permission ! Dit-elle avant de se jetter sur Ilian.

Il poussa un cri et se débattit, mais il était trop faible face à cette infirmière.

– Non ! Criais-je, courant le plus vite possible.

Mais ce fut trop tard. L’infirmière planta la seringue dans le bras d’ilian, et ce dernier croisa mon regard. Ses yeux papillonèrent, et il perdit connaissance. Satisfaite, l’infirmière se recula alors que je me jettais sur Ilian, l’empêchant de tomber par terre.

– Docteur Sadler ? Je…Je ne savais pas ! S’exclama-t’elle perdu.

– Je vous ai crié de ne pas le faire pourtant ! Criais-je, méchamment.

Mes yeux se posèrent alors sur la seringue qui gisait au sol. Je la pris en main et constatait avec colère qu’elle était vide. Il n’avait pas besoin de la dose entière ! M’écriais-je effaré.

– Je ne savais pas, il se débattait…

Je pris alors Ilian bien au creux de mes bras et le levais. Je n’avais encore aucune difficulté à le porter, mais cette fois je n’y fis pas attention. Je me mis à marcher vite, en direction de l’infirmerie et appela une infirière qui vint tout de suite. J’attendais alors dehors pendant qu’elle stoppait l’hémoragie. Mon coeur ne voulait pas freiner son rythme. Des images me revenaient, des images auxquelles je n’avais pas fait attention… Pourquoi n’y avais-je pas fait attention ?

– Docteur Sadler ?

Je relevais la tête pour voir l’infirmière d’Ilian. Elle s’approcha de moi et me tendit son dossier.

– J’ai reussis à stopper l’hémoragie et à le recoudre, mais la piqure l’a vraiment sonné, il ne se réveillera pas avant quelques jours.

– Est-il possible de le faire retourner dans sa chambre ? Demandais-je, ouvrant immédiatement le dossier.

– Oui bien sûr.

– Et peut-on l’alimenter par transfusion ?

– Oui, je vais m’occuper de çela

Elle retourna dans la chambre d’Ilian et quelques minutes plus tard, des brancardiers rentrèrent dans la chambre afin d’amener Ilian dans la sienne. Elle sortit peu après avec les perfusions en mains..

Ils installèrent Ilian dans son lit, et l’infirmière le brancha sous perfusion, me laissant alors seul avec lui. Timidement, je m’asseyais sur le rebord de son lit et le regardais sans vraiment le voir. J’avais mal au coeur, mais ma douleur ne pouvait pas être comparable à la sienne. Melvin avait raison, je l’avais laché. Au bout de deux semaines j’avais cessé de venir vers lui, alors qu’il avait besoin de mon aide. Je l’avais abandonné. Tout simplement.

Il était là, endormi paisiblement dans ses draps blancs. Comment avait-on pu toucher à Ilian ? Il était tellement innocent, tellement pur. Une question ne cessait de me trotter dans la tête. Etais-ce Ewen qui lui avait ça ? Il l’avait tué. Ilian était-il vraiment atteint de folie où jouait-il un jeu pour ne jamais sortir d’ici. Pour ne plus jamais souffrir ? Je ne cessais d’angoisser à l’idée qu’il m’ait demandé de l’aide et que je ne l’ai pas écouté. Mais je ne me souvenais pas. Si j’avais su… J’aurais tué moi-même cette personne pour éviter à Ilian de devoir le faire. Il ne méritait pas tout ce qu’il vivait. Et moi je ne faisais qu’en rajouter en l’embrassant, en ne faisant que rouvrir une plaie.

Je décidais de le veiller, ne souhaitant pas qu’il se réveille seul. Toutes ces questions devaient restés de côtés pour le moment. Tout ce que je voulais, c’était qu’il me raconte de lui même. Encore plus maintenant. J’approchais la chaise du bureau près du lit, et m’y asseya dessus, croisant mes bras contre ma poitrinne. Je ne cessais de fixer Ilian, espérant qu’il se réveille. Mais rien ne se produisait, alors je continuais d’attendre.

La nuit venait de tomber sans que je ne m’en rend vraiment compte. J’entendis quelqu’un frapper à la porte et levait la tête pour voir avec surprise Paul dans l’embrasure.

– L’infirmière en chef m’a téléphoné, je suis venu voir comment il allait. Me dit-il, entrant dans la pièce.

– Son état est stable, mais j’ai préféré le mettre sous perfusion, il ne doit pas manquer un repas.

– Tu as eu raison.

Je lui souriais tristement et regardant le visage si angélique d’Ilian. Je sentis alors la main du directeur contre mon épaule et un faible sourire étira mes lèvres.

– C’est votre sortie qui l’a mis dans cet état ? Tu ne m’as pas raconté…Souffla le directeur, s’asseyant sur le rebord de la fenêtre.

Je le regardais alors. Que devais-je faire ? Lui dire la vérité ? Lui dire tout ce que je savais ? Biensûr que non. Comment pouvais-je raconter à quelqu’un ce qu’Ilian n’était toujours pas près à me dire…

– Non… La sortie s’est bien passé. Dis-je, passant une main sur mon visage.

– Alors qu’est-ce qu’il s’est passé ? Demanda-t’il, croisant ses bras.

– Il s’est disputé avec Melvin, je pense que c’est ça qui l’a chamboulé.

J’avais évité son regard en disant cette phrase. Je le vis alors regarder à son tour Ilian, puis se lever. A l’embrasure de la porte, il se tourna vers moi.

– Tu te rappelles toujours que ton nouveau patient arrive lundi ? Demanda-t’il la main sur la poignée

– Oui, ne t’inquiete pas. Répondis-je sérieux.

Il acquiesça de la tête et je reposais mon regard sur Ilian, mais sa voix me parvint une nouvelle fois.

– Jaeden ?

– Mmh ?

– Tu ne sais pas mentir.

Il partit aussitôt ne me laissant pas le loisir de me justifier. Cela voulait-il dire qu’il me laissait carte blanche ? Je ne souhaitais pas vraiment me poser la question. Je voulais simplement aider Ilian à ma façon. Même si j’avais quitté Hugo pour lui, il était hors de question qu’il l’apprenne. Je voulais devenir son ami. Juste son ami. Je voulais qu’il me raconte. Qu’il se soulage, même si çela me briserait sûrement le coeur. J’aurais dû avoir des doutes. J’aurais dû continuer à essayer de le convaincre de me dire ce qui n’allait pas. J’aurais dû faire quelque chose.

Deux jours passèrent sans que je ne laisse Ilian seul. Je ne le quittais des yeux juste pour aller au toilette ou pour dormir un peu. Je voulais être le premier qu’il voit à son réveil. Qu’il se dise que malgré le fait que je savais maintenant, je ne le laisserais pas seul.

Pourtant, ce jour là, une infimière vint m’appeller pour venir signer des papiers concernant le transfert de mon nouveau patient. Je me levais, peu décidé, et marcha d’un pas rapide vers l’administration. Toutes les lumières étaient allumées signe que la nuit était tombée. Dans la chambre, je ne cessais de penser au couple que nous formions Ilian et moi avant, cherchant dans les paroles d’Ewen une quelquonque remarque ou mauvaise intention. Mais je ne trouvais rien. Je signais les papiers rapidement puis saluais les infirmières. Je revins rapidement dans la chambre d’Ilian, croisant quelques patients au passage qui me parlèrent. Je finis par arriver vers la piece, et mon coeur se mit à battre rapidement lorsque je reconnu la voix d’Ilian.

– Ca fait longtemps que tu es ici ?

– Deux jours. Depuis qu’ils t’ont fait cette piqure je suis resté à ton chevet.

Mes mains se crispèrent alors que je reconnaissais la voix de Melvin. Comment cet enflure pouvait-il dire des choses pareilles ? Je m’avançais alors pour apparaître dans la chambre mais me stoppait alors qu’Ilian reprennait la parole.

– Je t’avais interdit de lire ce journal ! Tu m’as trahi, tu n’avais aucun droit d’en parler à Ja…Au docteur Sadler ! S’exclama-t’il, vivement.

– Mais il t’a fait soufrir, ce n’est pas lui qui devrait être ton psychiatre ! Répondit Melvin, d’une voix plaintive.

– Mon psy et le garçon de mon journal ne sont pas les mêmes, ils ont peut-être les même noms mais ils n’ont rien en commun !

– Je ne te crois pas…Souffla Melvin décontenancé.

– Et bien ne me crois pas, mais ne fous pas sa carrière en l’air tout ça parce que tu as lu des choses idiotes dans un simple journal !

– Depuis quand tu t’inquiète de la carrière de quelqu’un ?!? Il n’est pas venu te voir de tout le week end, ça ne te fais rien ?!?

Melvin était un sacré menteur, et j’étais persuadé qu’Ilian le croyait.

– De toute façon il n’est que mon medecin, pourquoi viendrait-il me veiller ? Répliqua Ilian.

– Pourtant je trouve que tu parles souvent de lui. Dit tout à coup Melvin, sur une pointe de jalousie.

Ilian éclata alors de rire, un rire froid, ironique.

– C’est mon psy, rien que ça ! Non mais tu l’as regardé ? Qui pourrait l’apprécier. Ce type me tappe sur les nerfs et ce n’est qu’un idiot. A cause de toi, je vais devoir rattraper ce que tu as dis ! Tu n’avais pas le droit de le dire !

– Je sais, je suis désolé Ilian…Je me suis emporté…

Peu à peu, ma haine se tranforma en tristesse. Ma main retomba le long de mon corps, et je me retournais. Je n’étais que ça à ses yeux alors ? Pourquoi avait-il répondu au baiser dans ce cas ? J’avais mal au coeur. Je n’avais même pas envie de pleurer, même pas envie de boire. Je le savais sans vouloir me l’avouer. Ilian avait tiré un trait sur moi depuis bien longtemps…

Peut-être que c’était mieux finalement ? J’étais son docteur et je ne pouvais jamais envisager un possible nous.Tout cela était interdit. Pourtant, je sentais mon coeur se serrer à chacun de mes pas. Melvin avait gagné. Oui, c’était sûrement mieux, chacun revenait à sa place. Je n’étais plus en rage, non j’étais las. Je voulais retrouver la tranquilité que j’avais avant, celle que j’avais avec Hugo. Mais ça je ne le pouvais plus…

**

Je rentrais alors chez moi, retrouvant la solitude de mon appartement. Ennuyé, j’en levais ma veste et mes chaussures puis marchais en direction de la cuisine, où j’ouvrais le frigo. Je sortis le restant de lasagne qu’Hugo avait préparé, et le mis dans le four, avant d’aller prendre une douche bien mérité. L’eau chaude glissait sur moi et sous celle-ci je me sentais bien. Je ne pensais plus à rien et cela m’apaisait. Pourtant, la sonnerie de mon téléphone retentit. Je laissais sonner une fois ne voulant pas quitter l’eau chaude. Mais la sonnerie rettentissante m’y força finalement. Après un juron , je coupais l’eau et sortais de la cabine. Je m’enroulais dans une serviette et me dirigeais vers le téléphone qui sonnait une nouvelle fois.

– Oui ?!? Dis-je, sans ménagement.

– Jaeden ? C’est Paul, excuse moi de te déranger si tard, mais j’ai un problème…Fit-il, sérieusement.

– Lequel ?

– Ilian…Il refait une crise… Comment se fait-il qu’il ne savait pas que tu l’avais veillé ? Bref, il a refais une crise et je n’ais réussi à le calmer qu’en lui promettant que je t’appellerai…

– D’accord j’arrive.

Je ne laissais même pas le temps à Paul de me remercier que je racrochais. Mon coeur battait à un rythme effreiné et je n’arrivais pas à enlever ce sourire qui m’énervait. J’entrais dans ma chambre et attrapais un boxer, jean et pull propre avant de me sécher rapidement les cheveux. Je passais ensuite dans la cuisine et éteignit le four, et puis je m’habillais et sortais.

Je conduis encore une fois bien trop vite, mais je ne pouvais pas m’en empêcher. Alors que j’avais fait une croix sur Ilian, ce dernier m’appellait une nouvelle fois à l’aide. Je me garais n’importe où et rentrais dans l’hopital à vive allure. Je pris l’ascenseur et arrivais à l’étage des chambres. Immédiatement j’entendis la voix d’Ilian, plus qu’énervé.

– Je veux le voir ! Vous m’entendez ! Allez le chercher vous avez promis ! Cria-t’il, la voix enrouée.

Je me mis à courir et arrivais essouflé devant la porte de la chambre d’Ilian, croisant son regard plein de larmes.

– Je suis là… Soufflais-je doucement.

Je rentrais alors dans la chambre et m’accroupissant à son niveau. Il ne me lacha pas du regard, comme s’il voyait un mirage.

– Alors tu te fais encore remarquer…Dis-je, dans un petit sourire.

Je le vis alors esquisser un faible sourire et regarder le directeur, puis reposer son regard sur moi. Je compris alors qu’il voulait être seul avec moi.

– Peux-tu nous laisser s’il te plait ? Demandais-je, regardant le directeur à mon tour.

– Tu es sûr ? Me fit-il, indécis.

– Oui. Bonne soirée.

Il acquiesça et sortit de la pièce refermant la porte derrière lui. Immédiatement, je me sentis poussé vers le sol, tombant sur les fesses. Ilian venait de se jetter dans mes bras, callant sa tête dans mon cou. Je le sentis sangloter, et me serrer encore plus contre lui.

– Pourquoi tu n’es pas revenu ? Murmura-t’il, la voix pleine de larme.

– Revenu d’où ? Demadais-je, faiblement.

– Melvin m’a dit que c’était lui qui était resté à mes côtés, mais c’est toi n’est-ce pas ?

A ce moment, je pouvais lui dire la vérité. Remonter dans son estime et gagner sa confiance. Pourtant, je ne pouvais pas, je ne devais pas oublier ma place…

– Non… Je suis désolé, je n’ai pas eu le temps. Soufflais-je, en fermant les yeux.

– Menteur. Répliqua-t’il, refermant un peu plus sa prise. Tu as laissé ton livre sur le bureau, ton parfum sur la chaise et… Et je sentais ta présence… Quand je dormais… Pourquoi est-ce que tu mens ?

Je plongeais alors ma tête dans son cou, respirant son odeur. Cette odeur qui m’avait tant manquée.

– Parce qu’on ne peut pas… Articulais-je, passant mes bras autour de sa taille.

Aucun de nous deux ne bougèrent. J’étais bien, incroyablement bien. Je retrouvais une sérennité que je n’avais plus connu depuis un moment…

– J’aimerais revenir quatre ans avant… Avoua Ilian, se remettant droit.

– Moi aussi…  Murmurais-je croisant son regard.

Sa main vint alors se poser sur ma joue. Une douce caresse légère qui fit battre mon coeur. Ce n’était plus professionnel, mais je n’avais plus envie de m’en empêcher. Ses lèvres se rapprochèrent, jusqu’à toucher les miennes. Un effleurement. Un effleurement qui me laissa sur ma fin. Immédiatement je mis ma main sur sa nuque et le rapprochait. Ses lèvres retouchèrent une nouvelle fois les miennes, plus violement cette fois.

Vivement, il mis ses bras autour de mon cou et se leva sur ses genoux, laissant son torse toucher le mien. Il avait besoin de ce baiser autant que moi. Sa langue fut la première à vouloir intensifier le baiser, et immédiatement je lui donnais l’accès, les entremellant frénétiquement. Mes mains se posèrent sur ses hanches alors que je me laissais totalement glavaniser par ce baiser. Après un temps assez long, nous nous séparâmes, Ilian posant son front contre le mien. Essouflé, Ilian reposa ses deux mains sur mes joues, et ses lèvres vinrent se reposer sur les miennes dans un chaste baiser. Il se rasseya et me prit une nouvelle fois dans ses bras. Je me callais alors contre le mur et le serra contre moi. Ma main vint se poser sur ses cheveux, le caressant. Je le sentais peu à peu s’endormir et me sentait moi même fatigué. Dans un dernier effort, Ilian mit sa tête dans mon cou et m’ensserra la taille avec ses bras.

– Tu m’as manqué…Souffla Ilian, avant de s’endormir.

J’attendis un peu, sentant mon coeur battre de plus en plus fort. Ma tête se posa contre la sienne et j’embrassais son front delicatement.

– Tu m’as manqué aussi Ilian…

**

Je me réveillais alors dans la nuit et regardais ma montre. Il était deux heures du matin. Je ne pouvais laisser Ilian là sur le sol, alors soigneusement, je le pris entre mes bras, et me levais. Je l’allongeais sur son lit rabattant les couvertures. Mais alors que j’allais me lever, il m’aggripa, me regardant avec des yeux larmoyants.

– Reste…Supplia-t’il, d’une petite voix.

– Je vais sur la chaise. Répondis-je

Je le vis alors se décaler, me laissant une place dans le lit. Touché, je lui souriais.

– Je ne peux pas, si quelqu’un rentre…Je suis désolé. Répondis-je géné.

Il ne me répondit rien, mais je sentis qu’il était déçu. Il se rallongea alors dans son lit, mais ne lacha pas ma main pour autant. Souriant, je passais ma main dans ses cheveux. Mais alors que je le regardais, je ne cessais de me demander si je pouvais lui poser la question. Mon regard se posa alors sur le cahier que Melvin avait ramené. Ilian le vit car il se redressa immédiatement et prit le cahier entre ses mains le ramenant contre sa poitrine.

– J’aimerais que tu me racontes… Dis-je, me rapprochant un peu de lui.

– Non ! Fit-il, craintif. Il ne s’est rien passé, Melvin t’a raconté des sautises !

– Alors tu n’aurais pas de mal à me le faire lire non ? Je ne veux pas te juger je veux juste…

Ma voix mourrut et je détournais le regard.

– J’aimerais juste comprendre. C’est pour cette raison que tu m’as quitté ? Si tu me l’avais dis Ilian, je… Je l’aurais tué de mes propres mains pour que tu n’es pas à le faire. Il n’avait pas le droit de te toucher ! Tu étais à moi… Il n’avait pas le droit.

Je baissais la tête sentant mon coeur se serrer. Une profonde tristesse vint se loger dans mon coeur et je ne dis plus rien. Mais je sentis Ilian me prendre dans ses bras.

– Laisses moi le lire… Murmurais-je, le regard triste. Je crois… Je crois que j’en ai besoin Ilian…

Une larme coula sur sa joue et il baissa la tête. Ses mains se posèrent sur le cahier et sans un mot, il me le tendit. Il se calla ensuite contre le mur et posa sa tête contre ses genoux. La peur au ventre je l’ouvrais.

Les premières lignes qui dechirèrent mon coeur. Ce fut finalement la plus grosse erreur que je faisais de ma vie. Ces mots si blessant et pourtant je les avais pensé aussi, lorsqu’il m’avait quitté. Je vivais la scène qu’il écrivait, retrouvant l’attitude d’Ewen. Pourquoi l’avait-il enmené dans ce bar ?. Je remontais dans mes souvenirs, à la recherche de cette soirée. Et mon coeur se serra encore plus lorsque je devina la scène à laquelle Ilian avait assisté. Le baiser. Mes mains se crispèrent sur le cahier, et je relevais la tête pour regarder Ilian. Il n’avait pas bougé, la tête toujours entre ses bras. Je repris alors ma lecture, revivant cette soirée, mais d’un autre point de vue. Je revis le soir où il m’annonça qu’il me quittait, ne pouvant pas m’empêcher de lui en vouloir. S’il m’avait expliqué. S’il m’avait dit, hurler dessus, je lui aurais alors tout expliqué. Expliquer que tout cela n’était qu’un coup monté.

Les mots défilaient sous mes yeux, enmenant avec eux une vague de dégout. Dégout pour l’homme que j’avais cru être mon ami.

Alors que j’allais me laisser aller à fermer les yeux pour quitter ce monde un instant, je me sentis attirer vers le haut. Tout se passa si vite. A peine eus-je entendu « Tu vas voir, je vais réussir à te le faire oublier », que déjà ses lèvres non désirées se posaient sur les miennes, en un contact qui me révulsa.

Nerveux, voulant tenir jusqu’au bout, Je ne dis rien, empêchant la colère de trop monter en moi. Je ne cessais de me demander ce qui avait pu se passer dans la tête d’Ewen. J’entrais dans celle d’Ilian, et plus je lisais, plus je comprenais la rancoeur qu’il avait envers moi. Je sentis mon ventre se tordre atrocement lorsqu’il parla de la soirée où j’avais ramené un homme chez moi. Mais encore une fois il était parti bien trop tôt.

Malgé le fait que je me sente mal, ce qui suivis acheva de me détruire, et je sentis les larmes couler sur mes joues. A cause de moi, par ma faute, il s’était fait violer. Le cahier me glissa des main avant que je ne finisse ma lecture. J’avais mal au coeur et à l’âme. Comment avais-je pu ne rien voir ? Pourquoi a-t’il fallu que cela se passe ? C’est alors que je me rendis compte que toute cette histoire n’avait été qu’un malentendu. Si Ilian avait su ce qui s’était vraiment passé… Mes mains se posèrent sur mes yeux et j’étouffais avec peine un sanglot. Mon coeur hurlait. Je ne pouvais même plus regarder Ilian, j’avais trop honte de ce que j’avais commis. Tout était ma faute.

– Je… Je ne t’ais jamais trompé… Soufflais-je la voix tremblante.

Je sentis Ilian relever la tête et me regarder, mais j’étais incapable d’en faire de même. Il se leva alors, et sortit du lit, apparement énervé.

– Arrêtes tes conneries ! Je t’ai vu ! Cracha-t’il les points serrés.

– Non… Je l’ai laissé m’embrasser mais… Je ne t’ai pas trompé. Pendant deux ans, il n’y a eu que toi, c’est justement pour ça que je l’ai laissé m’embrasser…

Je n’y arrivais pas. Cela était impossible pour moi. Comment pouvais-je croiser son regard alors que tout ce qui lui était arrivé était de ma faute. Inconsciement je l’avais tué. Tout ça parce que j’étais égoiste et que je n’osais pas m’avouer que je lui appartenais à l’époque.

– Casse-toi… Souffla-t’il dans un murmure avant de reprendre plus fort. CASSE-TOI t’entends ! Je ne veux plus te voir ! Tu n’existes plus ! Je… J’en ai assez, laisse moi tranquil !

Je sentais sa voix se briser de plus en plus. J’étais aussi détruit que lui, mais il ne le comprenait pas parce qu’il ne savait pas. Sans rien dire je me levais, et sortis de sa chambre. Mon cerveau avait cessé de fonctionner et je sursautais alors que j’entendais le bruit caractéristique d’un livre qu’on jette sur une porte. Ilian m’en voulait. Et il avait totalement raison. Totalement inconscient, mes pas me menèrent à mon bureau, où je m’affalais dans mon fauteuil. Les larmes se remirent à couler le long de mes joues et je laissais le temps passer.

Ce ne fut qu’une heure plus tard que je me ressaisissais, voyant poser sur le bureau le livre que j’avais acheté pour Ilian. Je ne lui avais pas encore donné… Soupirant, je posais ma tête sur le dossier de ma chaise, regardant le plafond. S’il avait su ce qu’il s’était réellement passé…j’aurais pu lui éviter toutes ces souffrances. Je posais alors mon regard sur le bloc note près de moi. Et s’il savait ? Je ne savais pas si cela l’aiderais, tout ce que je savais, c’est que je voulais qu’il sache la vérité. Tremblant, je pris un crayon et me redressais. Je ne savais pas vraiment quoi écrire, et je n’avais pas vraiment la plume d’Ilian. Alors j’allais laissé mon coeur me dicter mes mots…

«  Je me souviens de cette soirée. Celle où tu m’as vu me faire embrasser par un autre homme. Je ne t’ai pas trompé, j’en étais incapable. Avant toi, je n’avais jamais eu de relation aussi longue, et l’idée d’appartenir à quelqu’un me semblait totalement absurde. Puis je t’ais rencontré. Je trouvais vraiment beau et ta timidité m’amusait. Je me souviens la première fois que je t’ais vu, dans un de ses fameux cours d’informatique que je détestais. Il a suffit que je te vois pour ne plus m’empêcher de penser à toi. Je suis revenu souvent dans ce même cour, mais jamais je n’arrivais à te parler. Tu semblais si éloigné de moi. Je me souviens de tout ce que je faisais pour que tu me remarques,et tu as mis un temps fou avant de vraiment me voir. Puis j’ai appris que tu avais un cousin et je suis devenu son ami pour essayer de t’approcher. Et j’ai réussi à le convaincre de t’amener à une soirée. Et ce fut là qu tu m’as remarqué. Je pensais qu’au bout d’un mois, tout finirais, que je me lasserais de toi, comme de tous les autres, pourtant, tous les jours je ne faisais que penser à toi et cela m’énervait. Mes amis ne m’interessaient plus et j’étais passé au simple mec casé. J’ai passé deux superbes années avec toi. Deux années sans te dire une seule fois ce que tu me répétais sans cesse. J’étais tellement anxieux de savoir ce que tout le monde pensait que je te faisais du mal.

Ce soir là, je voulais être seul, pour réfléchir. J’avais besoin d’être seul. Le fait d’entendre tout le monde parler de moi m’étouffait. Mais même si je voulais être seul, je n’ais pas pu m’empêcher d’aller dans ce bar où nous allions souvent, dans l’espoir sûrement de te voir. Mais tu n’étais pas là. J’ai vu un de mes amis et me suis installé à ses côtés. Je m’en souviens comme si c’était hier. De ses paroles qui m’étouffaient. Qui faisait remonter en moi toutes mes angoisses.

– J’arrive pas à croire que tu es casé…Et pas qu’un peu…Deux ans maintenant…Me dit-il, un sourire aux lèvres.

– Ce n’est pas comme si on était mariés non plus alors arrête ! Répliquais-je légèrement énervé.

– Sans tromperies, ruptures, pauses… Je trouve ça plutôt surprenant.

– Je suis bien avec lui, c’est tout.

– Serais-tu amoureux ?

Ces trois mots m’avaient glaçés le sang et immédiatement je le regardais méchament.

– Bien sûr que non, tu sais très que je ne m’investis pas dans une relation.

– Ce n’est pas ce que je dirais ça fait deux ans entre vous Jaeden.

– Va te faire foutre !

Il me regarda alors avec un petit sourire en coin. Doucement il s’approcha de moi et posa sa main sur ma hanche.

– Si tu t’en fiche tellement, pourquoi es-tu toujours avec ?

Je ne répondis rien. Je n’avais tout simplement aucune réponse. Pour moi, je t’aimais juste bien. Ce fut lorsque je sentis ses lèvres se poser sur les miennes que je compris que je me mentais à moi même. J’aimais ta façon de me parler, ta façon de me prendre dans tes bras. J’aimais le fait que tu rougisses à chaque fois que je t’embrassais sur la joue, j’aimais être avec toi, ta présence, ton humour. J’aimais ton visage lorsque tu prenais du plaisir. J’aimais quand tu m’embrassais. C’était tellement magique à chaque fois… Ce n’étais pas le même baiser que j’échangeais avec lui. C’était quelconque. C’est alors que je compris. Je ne t’aimais pas juste bien. Je t’aimais tout court. Je le repoussais sous cette constatation, lui lançant un regard surpris.

– Ca fait un moment que je voulais t’embrasser. Me dit-il en hausant les épaules.

– Je suis avec Ilian ! Répondis-je, méchament.

– Je croyais que tu t’en fichaiss…

– Il faut croire que non !

Immédiatement, je sortis du bar voulant rentrer à mon appartement. J’avais envie de te le dire , mais au vue de l’heure, j’ai préféré attendre, et la dernière fois que je suis venue dormir en douce chez toi, tes parents te sont encore tombé dessus. En soupirant, je pris le dernier bus et rentrais à mon appartement. La route ne fut pas bien longue et j’arrivais devant mon immeuble. Je montais les marches, les mains dans les poches. Mon frère devait être à l’appartement et j’espérais vraiment qu’il n’avait pas ramené une fille. J’arrivais devant ma porte, mais brusquement celle-ci s’ouvrit, te dévoilant. A ma vue, tu te figeas immédiatement, laissant tomber le sac que tu portais par terre.

– Ilian ! Dis-je ravi, Tu venais me voir ?

Tu ne dis rien et me laissa m’approcher. J’aimais effleurer tes lèvres, sentir que tu voulais ce baiser plus que moi. Tes lèvres avaient l’odeur du tabac, une odeur qui avait le don de me rendre fou même si je te disais de ne pas fumer. Pourtant alors que je voulais approfondir ce baiser, tu me repoussa, un air de colère sur le visage.

– Tu me dégoutes Jaeden ! Eloigne toi de moi, tu me dégoutes ! Crachas-tu, violement.

Mon coeur fit un bon dans sa poitrinne alors que tu me lançais ces mots que je n’aurais jamais voulu entendre de ta part. Combien de fois l’avais-je entendu de la part de ma mère, et de mon père ? Je ne voulais pas que tu les dises. Moi qui ne savais pas pourquoi je ne te disais pas je t’aime, j’en avais la raison. Je ne voulais pas tomber amoureux de toi Ilian. Je ne voulais pas souffrir lorsque tu partirais, lorsque tu en aurais assez de moi. Mais je me suis laissé prendre au piège…

– Je te quitte !

Ces trois mots me détruirent le coeur plus que je ne l’aurais immaginé. Pourquoi ? Cette question ne cessait de venir me hanter alors que je te voyais reprendre ton sac et partir. Je relevais la tête pour voir la mine déconfite de mon frère et immédiatement je tournais les talons pour te retrouver. Je ne pouvais pas te laisser me quitter ! Je me mis alors à ta poursuite, criant ton nom à en perdre haleine. Pourtant tu ne te retournas pas et entra dans la voiture de ton cousin sans un regard pour moi. Mon coeur se brisa à cet instant. Cet instant où je vis la voiture démarrer en trombe. Tu t’éloignais de moi. Je sentis la main de mon frère se poser sur mon épaule, et il me prit dans ses bras. Je ne dis rien encore choqué par ce que tu venais de faire.

– Je suis désolé… Souffla Kain, passant sa main dans ses cheveux.

– Je… J’ai quand même le droit d’avoir mon mot à dire ! Balbutiais-je les larmes aux yeux.

Il me serra encore plus fort et nous montâmes en haut. Je me sentais mal, atrocement mal. J’essayais de comprendre ce que j’avais beau faire, mais je tournais en rond.

– Tu veux manger quelque chose ? Me demanda Kain, inquiet.

– Non… Je vais dans ma chambre.

D’un pas las je marchais jusqu’à ma chambre avant de m’affaler dans mon lit. Les yeux fixés au plafond, je pris mon portable entre mes mains et composait ton numéro. Bien sur tu ne décrochas pas.

– C’est moi… Rappelle moi s’il te plait….

Je trouvais rien d’autre à dire à son répondeur. Alors que dehors les réverbères s’éteignaient me laissant dans le noir complet, j’évacuais ma peine, pleurant pour la première fois depuis deux ans.

Deux semaines passèrent sans que je ne te vois. J’allais tous les jours en cour espérant de croiser, toi ou ton cousin, mais je ne voyais aucun de vous. Je ne cessais de t’appeller, te laissant divers messages, mais jamais tu ne me répondais. J’avais essayé de t’appeller chez toi, mais là encore, ça sonnait dans le néant. Ce fut ce jour là que je décidais de passer te voir. Au lieu de rentrer chez moi apès les cours, je pris la direction de la maison de tes parents, et la peur au ventre, je frappais à la porte. Personne ne vint, alors je pris mon téléphone et envoyais un message à Ilian. Un simple « Tu me manques » qui résumait bien tout. Peu de temps après, la porte s’ouvrit, dévoilant Ewen, surpris. Il regarda alors derrière lui et sortit, fermant la porte.

– Laisse moi voir Ilian s’il te plait ! Dis-je faiblement.

– Je suis désolé Jaeden, lui ne le souhaite pas. Me répondit-il une grimace sur les lèvres.

– Je m’en fiche, il a décidé tout seul de rompre, il me doit une explication !

Ewen soupira et haussa les épaules, le regard triste.

– Je ne sais pas ce qui lui prend… J’ai essayé de le résonner mais il ne veut rien entendre.

– Qu’est-ce que tu racontes ? Demandais-je méfiant.

– Ça fait un moment que je le voyais discuter avec quelqu’un sur le net, mais je ne pensais pas que ça prendrait de telle proportion…

– Ewen ! Je comprend rien là !

– Il sort avec quelqu’un d’autre.

Immédiatement, je me reculais les larmes aux yeux. Mon énervement retomba tout de suite et je baissais les bras. Il avait quelqu’un d’autre. Il n’avait pas perdu de temps.

– Ok… Murmurais-je avant de me retourner et de partir.

Les mains dans les poches, je regardais cette maison, et plus précisement la fenêtre de ta chambre. J’avais été bête de croire que tu resterais à moi indéfiniment. La pluie se mit à tomber, et je repris mon chemin. Je ne voulais pas rentrer chez moi, je voulais juste t’oublier. Alors j’allais redevenir celui d’avant, celui que plus rien ne touche.

J’entrais dans un bar et croisait le regard du garçon qui m’avait embrassé la dernière fois. Il s’approcha immédiatement de moi et m’offrit un verre. Un verre, puis un deuxieme, puis un troisième. Tout se passa tellement vite, que je n’eus pas le temps de réagir. Mon cerveau avait cessé de fonctionner, je voulais t’oublier par tous les moyens. Complètement ivre, je le conduisais chez moi. La suite, tu l’as connais. J’ai couché avec lui, sous ton nez. Si j’avais su… J’aurais du regarder dans le salon, j’aurais dû… J’ai abandonné. Je t’ai abandonné au moment où tu avais le plus besoin de moi. J’ai cru ton cousin alors qu’il avait tout mis en oeuvre pour nous séparer… Je ne cesse de me demander si nous serions encore ensemble si rien ne s’était produit… Je suis certain que oui.

Le soir où tout à basculer, je voulais te dire que je t’aimais… Le soir où j’ai coucher avec lui, j’ai compris que plus jamais tu ne me reviendrais. Si tu étais resté, ce soir là… Tu l’aurais entendu partir. Et tu m’aurais entendu pleurer…

Ne dis jamais que je ne t’aimais pas… »

Je posais alors le stylo sur la table. Mon regard se posa sur le lac, et un soupire s’échappa de mes lèvres. Tout était beaucoup plus simple avant… Des images ne cessaient de défiler dans ma tête, des images d’Ewen faisant du mal à Ilian. Mon coeur martellait ma poitrine… Il fallait qu’il sache la vérité. Je ne souhaitais pas me donner le bon rôle… Seulement lui dire que j’étais sincèrement désolé.

La peur au ventre, je pris la lettre et la pliait en deux, puis la posais dans le livre. Je me levais et montait jusqu’à l’étage des chambres. En peu de temps je me retrouvais devant la porte de la chambre d’Ilian. Je frappais, mais il ne me répondit rien. Doucement, j’entrais, et découvrit avec surprise qu’il dormait dans son lit. Il était roulé en boule de son lit, tenant quelque chose dans sa main. Curieux, je pris ce quelque chose et découvris une photo de nous. Pas n’importe laquelle, celle que j’avais moi aussi. Le coeur serré, je posais le livre sur la table de nuit, et la photo dessus. Je lui faisais plus de mal que de bien, et cela m’énervait. Sans bruit, je mis sa couette sur lui, et passait ma main sur dans ses cheveux. Je m’en voulais de lui avoir fait subir ça… Le coeur en miette, je sortis de la chambre, prenant soin de ne pas faire de bruit. Peut-être qu’un jour, il pourrait me pardonner…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *