Nothing to prove – Chapitre 5

Chapitre écrit par Mai-Lynn

 

J’étais une enflure, un idiot. J’étais impardonnable car je ne pensais qu’à ma renommée dans un moment pareil. Je profitais de sa détresse, profitais d’un homme qui avait voulu se faire mourir. Je voyais ses larmes couler le long de ses joues, et plus elles poursuivaient leur chemin, plus je sentais mon cœur se déchirer. Depuis combien de temps n’avais-tu pas pleurer Ilian ? J’espérais, au fond de moi, que ses larmes étaient à cause de moi. Je suis devenu égoïste, sûrement par sa faute. Il m’avait quitté et j’avais changé, mais j’étais là à le regarder pleurer, alors qu’il y a quelques années, c’était moi qui me trouvait dans un lit d’hôpital, incapable de bouger, pleurant toutes les larmes de mon corps pour l’avoir perdu.

Un soupire passa le barrage de mes lèvres, depuis combien de temps n’avais-je pas pensé à cette nuit ? Cette nuit où tout a basculé, où j’ai compris que je devais tourner la page, fuir loin. Loin de cette ville où notre amour était né.

Doucement, je me retournais, ne voulant pas me rappeler. C’était trop dur. Les mains dans les poches, la tête baissée, je marchais sans trop savoir où aller. Alors que je voulais l’aider, je me retrouvai aussi perdu que lui.

– Rentre chez toi.

La voix du directeur me parvint aux oreilles. Si douce et lointaine. Elle ressemblait à la voix d’un père rassurant son enfant. Je levais mes yeux vers cet homme, mon mentor, et un sourire triste se peint sur mes lèvres. Il semblait embêté, comme s’il voulait me dire quelque chose mais n’osait pas.

Je ne voulais pas chercher à comprendre. D’un coup je me sentais faible et pitoyable, qui étais-je devenu pour profiter de la faiblesse de quelqu’un ?

– Je te donne ta journée, rentre chez toi, tu as l’air crevé, me dit-il, calme.
– Je vais aller faire un tour, je repasserai ce soir, répondis-je, reprenant ma marche.

Il fallait que je sorte, que je m’aère l’esprit et les idées. Cet hôpital me faisait tourner la tête, Ilian me faisait tourner la tête, mais pas dans le bon sens. Mais la voix du directeur me fit stopper tout mouvement.

– Tu t’impliques trop Jaeden. Aurais-tu quelque chose à me dire ? Me demanda-t-il, posant une main sur mon épaule

Mes sourcils se froncèrent immédiatement sous cette question, non moins suspecte. Pourquoi me disait-il cela ? Etait-il au courant de quelque chose ? Non, il ne pouvait pas l’être. Mon nom n’était mentionné dans aucun document.

– Non, rien, répondis-je doucement

Sans rien ajouter de plus, je marchais en direction de la sortie, prenant l’ascenseur, passant devant l’accueil et rencontrant l’air frais. Mais un détail m’interpella. Je n’avais pas pris mon manteau. Le froid me prenait de plein fouet, faisant grelotter mon corps. J’allais choper un rhume. Je courus alors vers la voiture, l’ouvrant et m’engouffrant dedans. J’allumais immédiatement le chauffage, frottant mes mains vigoureusement. J’avais envie d’aller en ville. M’évader un peu de cet endroit où la folie et la tristesse régnaient en maître. Je savais pertinemment où je voulais aller. Dans cette petite librairie, assez vieille, où des montagnes de livres attendaient d’être achetés.

 

Je pris la route l’esprit embrumé par des souvenirs du passé. Il fallait à tout prix que je m’évade, ne serait-ce que quelques minutes, que je pense à autre chose. Je conduisis pendant un quart d’heure, m’arrêtant sur le parking de la librairie. L’endroit était petit, mais ravissant. C’était une vieille bâtisse en pierre, le devant tout recouvert de lierre. De vieux volets de couleur bordeaux donnaient à la maison un charme fou. J’entrai immédiatement dedans, ne me laissant pas atteindre par le froid, et m’engouffrai dans la chaleur que m’offrait l’habitation. Devant moi, une bonne dizaine d’étagères en vieux bois, soutenant le poids de livres tous plus intéressants les uns que les autres. Sur le côté droit se trouvaient quelques fauteuils et canapés permettant au lecteur de lire et d’avoir un avant goût avant d’acheter. De l’autre côté se trouvait le comptoir, où une dame d’un certain âge me regardait, un sourire aux lèvres.

– Je me demandais quand tu allais revenir, Jaeden, me dit-elle chaleureusement.
– J’avais envie de m’évader, alors je suis venu ici. Quel est l’endroit le plus calme à part ta librairie, Lucie ? Demandais-je, un sourire amusé aux lèvres.
– Flatteur. J’ai reçu de nouveaux livres sur la médecine, tu veux les voir ?
– Non, je vais juste faire un tour. Merci.

Elle ne me répondit rien, se contentant de sourire. Je m’avançais, touchant du bout des doigts la couverture des livres sur mon passage. La douce odeur des vieilles pages, m’enivrait, me transportait. J’avais trouver le soutien dans les livres avec cet accident, ce jour maudit. Lire ses histoires fictives me permettait d’échapper un instant à la douleur réelle qui parcourait mon corps jour après jour. Puis j’avais rencontré Hugo, et j’avais laissé cette douleur s’évaporer peu à peu, ne me concentrant que sur lui. Cette pensée me fit alors revenir dans la réalité, brusquement. J’avais honte, mais je l’avais totalement oublié, trop ancré dans mes souvenirs. Je mis ma main à ma poche et constatais avec horreur que j’avais laissé mon téléphone dans le bureau. Il allait me tuer. Un soupir sortit de ma bouche, pourquoi étais-je parti ? Si j’étais resté passer la nuit avec lui, notre dispute aurait sûrement été oubliée, et je n’aurais pas à m’en faire. Dépité, je pris le premier livre qui me passait par la main, et m’assis sur un canapé, l’ouvrant. Je ne savais pas vraiment de quoi il parlait, mais le voir dans la section fantastique me convenait parfaitement. Je laissai alors mes pensées vagabonder dans un univers où la magie était la reine du monde.

Tellement pris dans cette vie fictive, je ne vis pas l’heure tourner, si bien que ce fut Lucie qui me sortit de ma bulle. Elle posa une main douce sur ma joue et je relevai la tête, surpris.

– Il est 18 heures, je dois fermer le magasin, je suis désolée, dit-elle, un sourire sincère aux lèvres.
– Ce n’est rien, je dois retourner au travail de toute façon, répondis-je en me levant.
– Tu n’as pas un petit ami à retrouver ?
– Disons que je préfère attendre encore un peu.

Elle me sourit et prit le livre entre ses mains. Ses doigts effleurèrent la couverture dorée, alors qu’elle se retournait vers le comptoir.

– Tu le prends ? Me demanda-t-elle, sérieusement.
– Oui, Je…

Mais je fus incapable de continuer, mes yeux s’étaient posés sur un livre en présentation. Je reconnaîtrais ce livre entre mille, l’ayant vu le lire je ne sais combien de fois. Ma main droite vint se poser sur les lettres rouges en relief de la couverture, m’enveloppant immédiatement dans des souvenirs du passé.

– La mélodie de Briséïs, tu connais ? Me demanda Lucie, me regardant, souriante
– Vaguement…Répondis-je, perdu
– C’est l’histoire d’un chevalier qui doit trouver celui qui se fait appeler l’élu. Son roi lui ordonne de le trouver et de le ramener, mais il va tomber amoureux.
– Un roman homosexuel ?
– Oui, je te le fais à moitié prix si tu veux.

J’hésitais, pourtant, peut-être que ce livre pourrait l’aider. Je me souvenais que lorsque nous nous disputions, il se jetait sur ce livre, pour ne plus le lâcher, même si je venais lui présenter mes excuses. Il lisait à n’en plus finir et c’était impossible de lui faire arrêter s’il n’était pas arrivé à la fin d’un chapitre. Je me souvenais de son personnage préféré, un dénommé Mael, qui luttait entre son envie et son devoir. Un sourire triste étira mes lèvres et je le pris en main.

– Je le prends, dis-je, le tendant à Lucie.

Elle le prit en main et le mit dans un petit sac en carton. Je réglais en liquide puis sortis, après avoir discuté encore quelque instants avec la vieille femme. Je rentrais rapidement dans mon véhicule et repris la route. Si je faisais vite, j’allais arriver à l’hôpital, la cantinière n’ayant pas encore mis les repas dans les assiettes. Je savais que la nourriture n’était pas des plus meilleures, mais elle restait nourrissante, et au vu de l’état d’Ilian, il fallait à tout prix qu’il mange.

Vingt minutes plus tard, je me trouvais dans l’hôpital, dans les cuisines plus précisément. Je m’activais à lui préparer un petit repas. Ce n’était pas grand chose mais j’espérais qu’il apprécie. Je sortis quelques minutes plus tard, un plateau recouvert d’un globe qui permettait au repas de garder toute sa chaleur. J’arrivai devant la porte de la chambre d’Ilian, et y entrais, le voyant en train de dormir. Sans faire de bruit, je posai le plateau sur la petite table roulante près de lui et m’arrêtai quelques secondes. Ses cheveux noirs de jais étaient emmêlés et quelques mèches recouvraient son visage pâle. Sans vraiment réfléchir, je les lui retirais, laissant mes yeux passer sur ses traits doux, dûs à son sommeil. Il n’avait pas perdu sa beauté, celle qui m’avait tant marqué lors d’un cours auquel je n’avais assisté qu’une fois, lorsque nous étions plus jeunes. Un sourire triste étira mais lèvres et je sortis le livre du sac en carton, m’asseyant sur le fauteuil. Je voulais attendre. Je voulais le voir se réveiller, et rester encore un peu avec lui. J’ouvris son livre à la première page et entrai dans un monde fantastique. Mais bien vite, mes pensées s’envolèrent, encore une fois dans des souvenirs que je tentais de refermer, des souvenirs qui ne m’apportaient rien à part un mal de coeur…

**

J’étais allongé sur un lit aux draps vert clair, légèrement relevé par deux coussins superposés. Mes mains tenaient un magazine people racontant des tas de choses qui ne m’intéressaient guère. Ilian se trouvait près de moi, allongé sur le ventre, la tête au pied du lit. Il lisait pour la énième fois son livre préféré, m’oubliant par la même occasion. Cela faisait quatre mois que nous étions ensemble.

Quatre mois que je lui avais donné son premier baiser. Il m’aimait et j’en étais fier. Au moins une personne éprouvait ce sentiment envers moi. Mais moi, je ne lui disais pas. Je ne pensais pas l’aimer, j’étais juste vraiment attiré par lui. Mon regard dériva sur lui. Sur son jean clair moulant ses petites fesses à la perfection, sur ce tee-shirt rouge, légèrement relevé, laissant entrapercevoir son bas de dos. Ilian était magnifique, une véritable tentation. Boudant légèrement par le fait qu’il m’oublie pour un livre qu’il relisait sans cesse, je jetais mon magazine par terre, et m’allongeais près de lui, mettant ma main sur sa peau nue. Immédiatement, je le sentis frissonner, mais ses yeux ne quittèrent pas son maudit livre. Je me collais alors près de lui, et posais mes lèvres sur sa joue, tout en remontant ma main le long de son dos.

– Arrête de lire ! Lui ordonnai-je gentiment, mon souffle caressant son oreille.
– Encore un peu, je suis au moment ou Mael rencontre Argan…Dit-il, tournant la tête et posant furtivement ses lèvres sur les miennes, pour mieux reprendre sa lecture.

Mes sourcils se froncèrent…Alors il pensait qu’avec un simple baiser il pourrait m’avoir ?

– Tu le connais par cœur ! Fis-je, glissant ma main le long de sa hanche.
– S’il te plait ! Me supplia-t-il, les yeux concentrés sur les lignes.
– Bon, bah si c’est comme ça, je vais voir Ewen !

Je me levais, rompant tout contact, mais un sourire de victoire étira mes lèvres lorsque j’entendis le bruit caractéristique d’un livre tomber au sol, et la voix déçue d’Ilian me dire « C’est bon, j’arrête… ». Je me retournais et le vis s’allonger sur le dos, les bras au dessus de la tête, prenant une cigarette et un briquet. Gagnant, je m’allongeais près de lui et lui retirais sa cigarette allumée de la bouche.

– T’es trop jeune pour fumer ! Dis-je, portant la cigarette à ma bouche.

Je tirais dessus, le regard défiant puis la jetais par la fenêtre, retenant la fumée dans ma gorge. Je vis ses yeux s’écarquiller, il détestait quand je faisais ça.

– Non mais arrête ! Tu sais le prix que c’est un paquet ?!? Me cria-t-il, énervé.

J’éclatais alors de rire, mais fus pris à mon propre piège lorsque la fumée m’étouffa. Je me mis à tousser brusquement, me pliant en deux, la main devant la bouche. Je sentis la petite main d’Ilian venir frapper doucement mon dos, m’aidant à m’en remettre.

– En plus, tu ne sais même pas fumer ! Me dit-il, un sourire amusé aux lèvres.
– Te moque pas ! Fis-je, le regard vexé.

Il sourit de plus belle et d’un coup je me jetais sur lui, le chatouillant. Il éclata de rire en se tordant, tentant d’échapper à mes mains, mais rapidement, je passais mes jambes de chaque côté de son corps, le tenant à ma merci. Son regard rieur s’ancra dans le mien et je ne pus le lâcher. Mes mains se stoppèrent, et sa bouche arrêta de rire, la laissant entrouverte. J’étais envoûté.

Doucement, je posais mes coudes de chaque côté de sa tête et posais mes lèvres sur les siennes. Nos langues se retrouvèrent immédiatement, et un baiser tendre nous envoya dans un monde où il n’y avait que nous. A chaque fois, je ressentais ce même sentiment. Un sentiment d’euphorie, de bien-être, un sentiment inconnu, jamais encore ressenti. Mon bassin sembla se chauffer à cet instant. J’avais envie de lui… Ma bouche lâcha la sienne, et mon regard brûlant s’ancra une nouvelle fois dans le sien. Mes lèvres caressaient ses deux bouts de chairs, mon souffle les effleurant, et tendrement, je lui murmurais deux mots qui, je le savais, le firent se raidir.

Faisons le…

**

Le bruit des draps me sortit de ma léthargie et immédiatement, mon regard se posa sur Ilian, qui se relevait doucement. Il s’assit, il semblait être soucieux au vu de son visage crispé et de la façon dont il avait remué la tête comme pour enlever une idée saugrenue de celle-ci. Comme je le pensais, il me lança immédiatement un regard froid tout en redevenant impassible. Je choisis ce moment pour parler.

– Bien reposé ? Ça va un peu mieux ? Demandai-je gentiment.

Mais bien sûr, il ne me répondit rien, et j’enchaînais. J’étais à présent habitué…

– Je t’ai amené ton dîner il y a un petit quart d’heure, il ne devrait pas avoir trop refroidi. Si ce n’est pas assez chaud, tu me le diras et j’irai le réchauffer.

Je le vis tourner la tête et regarder le plateau. Toujours le visage sans expression, il avança la petite table et enleva le petit globe pour regarder son repas avec un air de dégoût. Je me redressai un peu, voulant trouver une position plus confortable. Il entama son repas, sans un regard pour moi. Je savais qu’il se forçait parce que j’étais là, mais s’il fallait que je sois là à chacun de ses repas pour qu’il mange ne serait-ce que quelques bouchées, alors je le ferais. Il mangea la moitié du repas puis repoussa le plateau, avant de se rallonger sur son lit. Je compris qu’il avait besoin d’être seul et choisis ce moment pour me lever.

– Repose toi Ilian, tu en as besoin. A demain, dis-je, d’une voix douce.

Je sentis son regard posé sur moi, mais n’y fis pas attention. Je pris le plateau en main et posais son livre préféré sur la petite table. Je me retournai alors puis sortis, veillant à bien refermer la porte derrière moi. Je ne me retournai pas cette fois pour l’espionner, je savais quelle réaction il allait avoir. Je redescendis aux cuisines puis reposais le plateau. Je remontais par la suite afin de prendre ma veste, ma sacoche et mon portable. Mon regard se posa alors sur ce dernier et j’ouvris le clapet.

Je vis alors six appels manqués d’Hugo et un message enregistré sur ma boîte vocale. Mais je n’avais pas envie de l’écouter. Dans quelques minutes, j’allais avoir une confrontation et cela me suffisait. Dix minutes plus tard, je me retrouvais au volant de ma voiture, roulant sur la voix express. Il pleuvait fort et la nuit tombait déjà. Vingt minutes plus tard, j’entrais dans mon appartement, complètement trempé. Je sentis directement une bonne odeur de poulet flotter dans l’air, et un fin sourire étira mes lèvres. J’enlevais mes chaussures et ma veste, puis marchais vers la cuisine. Je vis directement Hugo assis sur le plan de travail, la tête baissée. Sur la table se trouvaient toute la jolie vaisselle ainsi que des bougies, donnant un aspect vraiment romantique à notre appartement. Je m’approchais de lui et passais mes bras autour de son corps fin, posant mon front dans son cou. Il ne me repoussa pas, bien au contraire, il m’enlaça à son tour.

 

– Excuse moi…Soufflai-je, embrassant tendrement sa joue.
– Moi aussi je suis désolé, je n’aurais pas dû m’énerver comme ça, mais je t’attendais et je ne te voyais toujours pas arriver alors…

Il ne put terminer car j’emprisonnais ses lèvres. Il m’ouvrit immédiatement sa bouche et nous nous embrassâmes tendrement. Je savais qu’il m’en voulait un peu, mais ce soir je ne voulais pas d’une énième dispute. Je passais tendrement ma main dans ses cheveux et embrassais le bout de son nez, avant de me détacher de lui. J’ouvris la porte du frigo et constatais avec envie qu’il m’avait préparé mon repas favori.

– Du poulet sauce caramel avec des pommes de terre ! Dis-je, lui adressant un magnifique sourire.
– Je te dois bien ça, tu as du dormir sur le canap’ de ton frère… Me répondit-il, en haussant les épaules, un petit sourire aux lèvres.

Je m’asseyais à table et ouvris la bouteille de vin blanc. Un sourire aux lèvres, je nous servis, puis reposais la bouteille. Je regardai Hugo en train de sortir le repas du four, puis l’apporter sur la table. Il s’assit, me lançant le plus beau des sourires, puis commença à couper le poulet. J’entendis alors la sonnerie de son portable se mettre en marche et nous tournâmes la tête vers le combiné.

– Tu peux décrocher, j’ai les mains prises…Me dit-il, l’air penaud.

J’acquiesçais et me levais, attrapant le téléphone. Mes yeux se posèrent alors sur le nom de l’interlocuteur. Un certain « Joe ». Les sourcils froncés, je décrochais.

– Allo ?
– Hugo ? Me demanda une voix grave.
– Non, son compagnon, il est occupé, je peux transmettre un message ? Fis-je, aimablement.
– Passez le moi, répondit-il, énervé.
– Il est occupé, je viens de vous dire…
– A quoi ? A te faire une pipe ?!? Passe le moi tout de suite t’entends, sinon…
– Sinon quoi ? Lançai-je sur un ton de défit.

Cette dernière question fit relever la tête d’Hugo et son regard chargé d’incompréhension se posa dans le mien. Je lui tendis alors le téléphone tout en haussant les épaules.

– Un certain Joe, assez connard, souhaite te parler, dis-je, indifférent.

Je le vis alors blêmir d’un coup et me regarder l’air incrédule. Il me prit vivement le téléphone des mains et bredouilla un « je reviens » avant de disparaître dans notre chambre. Perdu, je le regardais refermer brusquement la porte. Qui était ce Joe ? J’avais envie d’aller écouter à la porte, je le sais, j’étais curieux. Mais il ne fallait pas que je m’en fasse, Hugo avait beaucoup d’amis masculins, et puis…J’avais une totale confiance en lui. Je me levais, ne voulant pas commencer ce dîner aux chandelles sans lui puis me dirigeai dans le salon, allumant la radio. Je réglais la fréquence sur une chaîne de musique qui ne diffusait que des chansons romantiques puis m’installais sur le canapé, un magazine à la main.

Il revint quelques minutes plus tard, le visage inquiet. Mes sourcils se froncèrent alors que je le vis s’asseoir près de moi, sa main grattant sa nuque. Ca, c’était le signe qu’ Hugo ressentait un bon coup de stress. Doucement, je passais mon bras derrière son dos et l’embrassais sur la joue.

– Quelque chose ne vas pas ? Demandai-je, posant ma main sur sa cuisse.
– Je…Euh, c’était le père d’un élève, son…Son fils a été viré…et…Bredouilla Hugo, fuyant mon regard
– Il a pas apprécié ?
– Non…Pas vraiment.

Une grimace étira alors mes lèvres. Je savais qu’ Hugo attachait une grande importance au regard des autres, si bien qu’un désaccord avec l’un des parents de ses élèves faisait remonter son anxiété.

– Vu la façon dont il m’a parlé, tu devrais faire attention…Dis-je, calmement.
– Il…Il t’a dis quoi ? Me fit Hugo, tournant son visage vers moi.
– Rien de spécial, il voulait que je te passe le téléphone…Ah, et si tu me faisais une pipe, fis-je rigolant légèrement.

Lui ne rigola pas, et tourna la tête, regardant le sol. Je choisis ce moment pour porter mes lèvres à son cou, et laisser ma langue chatouiller sa peau tendre. Mais il me repoussa gentiment, mal à l’aise.

– Jaeden…Souffla-t-il, tristement.
– Tu ne veux pas ? Demandai-je, lui faisant une petite moue boudeuse.

Je le vis hésiter, puis un petit sourire triste étira ses lèvres. Sans que je ne comprenne, je me retrouvais allongé sur le canapé, me faisant embrasser sauvagement par Hugo. Ses mains partaient une nouvelle fois à la découverte de mon corps, m’arrachant des gémissements de plus en plus bruyants. Oublié, le dîner. Oubliée, la petite soirée romantique. Oublié, le pardon. Il n’y avait que lui et moi.

**

Je me réveillais le lendemain, le corps endolori par nos ébats de la nuit. Je me trouvais encore sur le canapé, complètement nu, une couverture verte posée sur moi et mes vêtements posés au sol. Je me levais doucement pour voir sur la petite table basse un mot, écrit par Hugo.

« J’avais cours à huit heures, tu dormais si bien que je n’ai pas voulu te réveiller. Après tout, tu as beaucoup donné de ta personne hier. J’ai mis le repas dans le frigo, et je te le réchaufferai ce soir. Je te promets de rentrer tôt…Aujourd’hui et tous les autres jours aussi. Je te le promets. Je t’aime plus que tout. »

 

Mes sourcils se froncèrent. Pourquoi me promettait-il une telle chose ? Je comprenais que son travail lui tienne à cœur, tout comme le mien. Même si parfois son absence s’insupportait, il le faisait parce qu’il aimait ça, parce que c’était son métier, sa passion, alors pourquoi cette promesse ?

Hugo était vraiment quelqu’un de mystérieux. Je ne savais jamais à quoi il pensait, ni ce que voulaient dire certaines de ses phrases, mais je crois que c’est cet aspect de lui, ce côté si mystérieux qui me faisait craquer. Un petit sourire aux lèvres, je me levais, ramassant mes affaires. Je les mis dans la corbeille à linge dans la salle de bain, puis rentrais dans la douche, soulageant mes muscles endoloris par la chaleur de l’eau. Mes yeux se posèrent sur la petite horloge sur le meuble, indiquant 10 heures du matin, et je me dépêchais de me nettoyer. J’arrivais dans la chambre et m’habillais rapidement, je voulais aller voir Ilian, lui remettre un peu de cette fameuse pommade « miracle » et peut-être discuter un peu avec lui. Je sortis de l’appartement, veillant à bien refermer derrière moi, puis rentrais dans ma voiture. Vingt minutes plus tard, je me retrouvais dans le hall de l’hôpital, appuyant sur le bouton de l’ascenseur. Une voix grave, que je connaissais par cœur, m’accosta.

– Bien dormi ?

Je me retournai pour croiser le regard de mon directeur. Il avait un sourire radieux aux lèvres, rendant son visage magnifique.

– Oui, assez, mais je vois que toi aussi…Dis-je, le sourire aux lèvres.
– Anita est enceinte…Me souffla-t-il, le regard brillant.

Un énorme sourire déforma mon visage alors que je le prenais dans mes bras. Cela ne faisait peut-être pas professionnel, mais je m’en fichais. Il était mon mentor, mais aussi l’un de mes plus grands amis. Lui et sa femme, mariés depuis 10 ans, essayaient sans relâche de concevoir un enfant, sans jamais y parvenir, jusqu’à maintenant. Ils avaient tout testé, mais rien n’avait marché. Ils avaient finalement entamé une procédure d’adoption, relâchant ainsi la pression. C’en était sûrement la cause, on dit souvent que les choses arrivent lorsque l’on si attend le moins. Ce couple en était la preuve vivante.

– Félicitations, Paul ! M’exclamai-je, le tenant dans mes bras.
– Il faudra que vous veniez manger à la maison, toi et Hugo, histoire de fêter ça ! Me lança-t-il, heureux.
– Mais sans alcool cette fois, fis-je, amusé.

Il rigola légèrement, puis nous rentrâmes dans l’ascenseur. Nous étions seul, lui rayonnant et moi me posant la question : Ilian dormait-il encore ? Le directeur sembla lire en moi car il parla de lui.

–  Sa sœur devait venir lui rendre visite ce matin…Vous n’avez pas rendez-vous avant demain non ? Me demanda-t-il, étonné.
– Je… Je voulais juste savoir comment il allait…Me justifiai-je, tournant la tête car je sentais mes joues s’échauffer.
– Jaeden, tu es trop dans…Commença-t-il, las
– Mon patient vient de faire une tentative de suicide, Paul, s’il veut parler je veux être là, le coupai-je
– Et s’il te parle, je veux être au courant. Les moindres mots qu’il prononce, je veux les connaître…Compris, Jaeden ?
– Compris.

Je mentais. Je savais indéniablement qu’Ilian et moi finirions par parler du passé. Une rancœur encore énorme nous séparait, et plus nous nous voyons, plus elle se faisait présente. Mais je savais aussi une chose. Plus je ne le voyais pas, plus je pensais à lui. Sauf quand j’étais avec Hugo. Je soupirais puis je lançais un simple « Au revoir », avant de sortir de l’ascenseur, prenant le chemin de l’infirmerie. Le pot de pommade dans ma poche, je m’approchais de la chambre d’Ilian. Mais une voix féminine m’arrêta. Une voix qui appartenait à une jeune femme que j’avais souvent détestée par le passé.

– As-tu seulement pensé un court instant à nous ? Si tu tiens à rester ici sans faire d’effort, c’est ton problème, pas le nôtre ! Tu sais quoi Ilian ? J’aurais préféré milles fois être fille unique, la vie aurait été bien meilleure pour papa et maman.

Comment pouvait-elle dire ça à son propre frère ? Le venin qui coulait dans ses veines était immonde. Elle n’avait pas changé, toujours aussi hautaine et idiote. Je décidais d’entrer, mais aucun des deux ne m’avait remarqué. Ilian se tenait dans son lit, assis, regardant droit devant lui. Son visage était inexpressif, alors que son regard était aussi froid que de la glace. La sœur d’Ilian se trouvait près de lui, debout. Elle portait une robe noire stricte, surmontée d’une petite veste de la même couleur. Ses longs cheveux bruns avaient été ramassés par une barrette. Ses yeux verts semblaient vouloir tuer Ilian du regard. Je suis sûr qu’elle aurait aimé le faire. Je priais intérieurement pour qu’elle ne me reconnaisse pas. De toute évidence, elle ne m’avait pas beaucoup apprécié, ni vu pendant les deux années où j’avais été avec Ilian.

– Pff, et tu ne réponds rien…Tu ne cherches même pas à te défendre, reprit-elle, resserrant sa prise autour de son sac.

Je choisis ce moment pour manifester ma présence, pensant qu’ Ilian avait suffisamment encaissé pour le moment. Je ne comprenais pas que les infirmières aient laissé entrer un membre de la famille, alors que du repos était conseillé à mon patient.

– Qu’est-ce que vous faites là ? Vous allez me faire le plaisir de sortir d’ici et de ne plus jamais revenir le voir, fis-je, la voix froide.

Je la vis se retourner et écarquiller grand les yeux. Et moi qui pensais passer inaperçu… Mais elle ne dit rien, se contentant de me fixer un moment. Vexée, elle regarda son frère furtivement puis reposa son regard sur moi, aussi hautaine qu’elle le pouvait.

– De toute façon, j’avais fini, répliqua-t-elle, elle aussi froide.

Elle me contourna, sans un regard, puis sortit de la pièce. Je me retournais à mon tour et refermais la porte, regardant sa fine silhouette prendre le chemin de la sortie.

– Décidément, son idiotie a pris le dessus sur le peu d’intelligence qu’elle avait… Soupirai-je, la voyant rentrer dans l’ascenseur.

Je me retournai pour croiser le regard inexpressif d’Ilian. Je n’y fis pas attention, devenant habitué.

– J’espère que tu as bien dormi et que ta nuit a été plus reposante que la mienne, dis-je, calmement.

Mes yeux se posèrent alors sur son plateau, à peine entamé, et une grimace étira mes lèvres.

– Ilian…Il faut que tu…

Je me surpris alors à trouver cette phrase complètement débile. Ce n’est sûrement pas moi qui le ferais changer d’avis sur la nourriture. Il fallait que je trouve un moyen, pour lui donner envie de manger, aussi mauvaise que soit la nourriture de l’hôpital.

– Bon, repris-je rapidement, passons pour cette fois.

Je m’approchais alors de lui, sentant son regard posé sur moi. Mais je ne dis rien, préférant le silence. Au moins, nous ne nous disputions pas… Je décidais de m’asseoir près de lui, sur le matelas.

– Je peux ? Demandai-je, fixant son bras bandé.

Il ne me répondit pas mais je le vis me le tendre. Précautionneusement, je le posais sur mes genoux, sortant la crème de mon frère de ma poche. Aucun mot ne fut échangé alors que je défaisais le bandage et posais mes doigts enduis de substance verte sur sa peau. Doucement, je me mis à masser sa plaie encore vive, m’appliquant à la tâche.

L’atmosphère devint alors légère, paisible. Un coup d’œil à Ilian m’indiquait qu’il avait fermé les yeux. Il était détendu et j’en étais ravi, car je doutais qu’il soit aussi insensible à ce que lui avait dit sa sœur. Je regardai devant moi, mes yeux se posèrent sur le livre préféré d’Ilian. Encore une fois, la vue de ce livre fit bouger mes pensées. Les yeux dans le vague, je les laissai me submerger, bercé par la peau douce d’Ilian.

**

J’étais encore au dessus d’Ilian, mes mains passant dans ses cheveux et ma bouche embrassant son cou pâle. Il ne m’avait pas encore répondu, mais j’avais senti ses mains se crisper sur mes hanches, signe de son angoisse intérieure. Peut-être y étais-je allé un peu trop vite ? A certains moments, j’oubliais qu’Ilian était un grand timide. Alors j’attendais, patiemment. J’avais une envie folle de lui, mais je ne voulais pas le brusquer.

– Ca fait mal ?

Je relevais alors la tête, surpris de l’entendre parler. Il ne m’avait pas dit oui, mais il ne m’avait pas dit non non plus. Je souris à cette question vraiment innocente, et remarquais immédiatement les rougeurs qui s’installaient peu à peu sur ses joues. Ma main se posa sur son front et glissa vers le haut, afin de lui remettre une mèche rebelle, qui cachait ses yeux magnifiques.

– Un peu au début, mais je ferais tout pour que la douleur passe vite, répondis-je, frottant tendrement mon nez contre le sien.
– Il…Il y a Ewen pas loin…Dit-il, hésitant.
– Non il est parti à son entraînement de foot, il me l’a dit quand je suis arrivé…Répondis-je en haussant les épaules.
– Mais je croyais que tu voulais aller le voir ?
– Je savais que tu me retiendrais…Fis-je, rigolant légèrement.

Lui ne rigola pas et regarda un instant dans le vide, semblant chercher une nouvelle excuse. Déçu, j’arrêtais de sourire, abandonnant. Il n’était pas prêt.

– C’est bon, c’est pas grave si tu n’en as pas envie, on attendra, m’exclamais-je, essayant de ne pas montrer ma déception.

Je basculais sur le côté, me mettant sur le ventre pour ne pas lui montrer que j’étais vraiment excité. Rapidement, je ramassais le magazine par terre et repris ma lecture, il fallait que je pense à autre chose.

Cela faisait quelques minutes que l’on ne s’était pas parlé. Il n’avait pas bougé, les yeux fixant le plafond. Je le sentis alors se coller à moi, passant timidement son bras autour de ma hanche et sa tête vint se cacher dans le creux de mon cou.

– Ok…Souffla-t-il, resserrant sa prise autour de moi.

Mes mains se raidirent à ce simple mot. Mais ma déception ne me quittait pas. Il ne le voulait pas.

– Arrête Ilian, si tu n’en a pas envie, ne te force pas, dis-je, légèrement sur un ton de reproche.
– Je me force pas…j’ai simplement…peur… C’est ma première fois moi, toi je sais très bien que tu as connu plein d’expériences. Moi, je suis nul… Je t’aime moi, et… Je saurai pas comment faire, je serai nul alors j’ai peur… Fit-il, les yeux brillants.

Je me retournais, surpris par ses propos. Mes mains se posèrent sur ses hanches, et doucement, je me retrouvais au dessus de lui. De fines gouttes perlaient le long de ses joues, et tendrement, je les embrassais. Je ne sais pas ce qui me prenait. Ilian m’attirait comme un aimant, depuis pas mal de temps déjà. Je l’avais vu dans un cours, jamais je n’avais pu le tirer de mes pensées. J’avais beau passer devant lui, m’asseoir à côté de lui à la bibliothèque, le croiser dans les couloirs, rien n’y faisait, il ne me voyait pas. Puis un soir, je l’avais vu rentrer avec Ewen. J’avais d’abord cru que c’était son petit ami, puis mon frère m’avait appris que c’était son cousin. Un espoir immense s’était installé en moi, et pour avoir Ilian, je m’étais lié d’amitié avec Ewen. Je n’étais pas le genre de mec à être en couple. Avant Ilian, un mois était mon maximum. Mais je n’arrivais pas à le quitter, il m’attirait trop. J’avais sans cesse envie de l’embrasser, de le toucher, et s’il savait toutes les pensées qui me traversaient l’esprit, c’est lui qui aurait fichu le camp depuis belle lurette.

– Tu as peur que je te quitte ? Demandai-je, caressant sa joue du bout de mon pouce.

Il hocha la tête de haut en bas, et évita mon regard. Un sourire amusé étira mes lèvres. Il ressemblait à un gamin, tellement innocent…

– Je ne te quitterai pas, je crois que j’en suis incapable de toute façon, avouais-je, posant mes lèvres sur les siennes.

Je n’en revenais toujours pas de la douceur de ses lèvres. Ce fut lui qui m’entraîna dans une valse, douce et passionnante à la fois, faisant bouger ma langue. Il embrassait à merveille. Ses mains hésitantes vinrent se loger sous mon tee-shirt, caressant ma peau. Je ressentis un frisson me faire trembler, et j’intensifiais le baiser, le rendant plus endiablé. Ses mains descendirent peu à peu à l’intérieur de mon jean, se posant sur mes fesses, enfin sur le tissu de mon boxer. Étonné par son assurance, je mis fin à notre baiser, le regardant, surpris.

– Tu es sûr ? Demandais-je
– Après ce que tu viens de me dire…mais… Vas-y doucement…Me répondit-il, rougissant.

Un énorme sourire étira mes lèvres, et d’un bond, je me mis sur les genoux, envoyant valser mon tee-shirt blanc. Le torse nu, je me collais à son corps, passant mes mains sous son tee-shirt.

– Alors je vais te montrer à quoi ressemble le septième ciel ! Déclarai-je, déjà enivré par le désir.

 

– Il n’y a plus de pommade.

La voix froide d’Ilian me fit alors revenir sur terre, et violemment, je sursautais, me levant précipitamment. Perdu, je regardais autour de moi, pour constater que ce souvenir avait été plus vrai que nature. Le rouge me prit aux joues, il ne fallait absolument pas qu’Ilian me voie dans cet état. Je me sentais excité, et cela devait être sûrement visible. Immédiatement, je pris son plateau et le mis au niveau de mon entrejambes.

– Je reviens plus tard, déclarai-je, m’éloignant déjà vers la porte d’entrée.

Rapidement, je me trouvais hors de la chambre, toujours le plateau en main. Je me dirigeai à toute allure vers la cuisine, posant le plateau n’importe où, puis me dirigeais vers les toilettes de l’étage. Immédiatement, je me plongeais dans une cabine, fermant le loquet derrière moi. Je m’assis sur la cuvette, après avoir rabaissé le dessus, puis mis ma tête entre mes mains. Pourquoi repensais-je sans cesse à ces instants ? Pourquoi me mettais-je dans un état pareil ? J’avais fait une croix sur Ilian le jour où j’avais rencontré Hugo. Mais maintenant qu’il était revenu…Que je l’avais retrouvé dans de graves circonstances…. J’étais vraiment perdu. Et mon état actuel n’arrangeait pas du tout les choses.

Dépité, et ne voyant que cette solution, j’ouvris ma braguette, libérant mon sexe durci. Je me mis à penser à la nuit dernière, sauvage et passionnée. Un sourire se dessina sur mes lèvres alors que je posais ma main sur mon sexe. Je commençais par des vas et viens lents et soutenus, me procurant tout de même une vague de plaisir intense. Cependant, plus je me forçais à penser à Hugo, plus ce souvenir disparaissait, pour laisser place à un autre. Mon coup de main devint plus rapide, et mes gémissements s’étouffaient dans ma gorge. J’allais plus ou moins tromper Hugo. Juste pour une fois.

**

Mes mains caressaient ses tétons durcis. Je n’avais pas encore retiré son tee-shirt que je sentais déjà son excitation grandissante. J’étais ravi, on allait le faire, et il allait m’offrir sa première fois. Mes lèvres quittèrent les siennes et partirent une nouvelle fois à la recherche de son cou, que je mordillais sans relâche. Je descendis mes mains, lui arrachant un gémissement de frustration. Un sourire sadique se dessinait sur mes lèvres. Lentement, pour ne pas le brusquer, je dégrafais les boutons du jean d’Ilian, mettant ma main à l’intérieur de son boxer, caressant son sexe. Il ne me dit rien, mais je sentis la prise de ses bras se resserrer autour de mon cou. Mon autre main descendit et atterrit le long de sa hanche et doucement, je commençais à lui retirer son pantalon. Après un petit moment il se retrouva au sol, et je choisis ce moment pour revenir l’embrasser. Sa peau était brûlante. De gène mais aussi de désir. Mes mains se posèrent sur sa virilité, que je massais sans gêne. Pour la première fois je la touchais. J’avais envie de lui. Le goûter sous tous les angles…Tendrement, je mis fin à notre baiser et descendis le long de son corps. Il ne me regardait pas, et cela m’énervait. Je me relevais, le forçant à croiser mon regard.

 

– Regarde-moi…Soufflai-je, excité.
– Qu’est-ce…Qu’est-ce que tu vas faire ? Me demanda-t-il, hésitant.
– Te décrocher le paradis….

Je descendis alors, mes mains effleurant sa peau à demi découverte. Mes lèvres venaient embrasser son bas ventre. Il avait la chair de poule. Je remarquais que ses bras étaient le long de son corps, alors vivement je les pris et les posai sur ma tête. Il exerça alors immédiatement une pression, m’avertissant qu’il aimait ce que je lui faisais. Sa gorge ne cessait de gémir, me rendant fou. Mes lèvres descendirent un peu plus, allant jusqu’à se poser sur sa verge. Au contact, je sentis Ilian se cambrer, lançant un gémissement fort.

Un nouveau sourire étira mes lèvres, et je le pris immédiatement en bouche, l’entourant de ma langue. Je sentis une de ses mains quitter ma tête et le vis la poser sur ses yeux. Sa bouche était entrouverte et son tee-shirt commençait à lui coller à la peau. D’un coup, je fis un mouvement de succions qui lui arracha un petit cri. Grisé, je recommençais, le caressant de part et d’autre. Mes vas et viens devinrent de plus en plus rapides, enhardis par le son de sa voix, et sa main se crispant sur mes cheveux. Une succion un peu plus forte, et il se répandit dans ma gorge, lâchant un cri terriblement excitant. Son bras sur ses yeux, je le voyais lutter pour reprendre une respiration normale. Mais je ne voulais pas lui laisser de répit. Je me relevai, avalant son sperme avec délice. Mes mains se posèrent sur mon pantalon, que j’enlevais à la va vite. Je me retrouvais nu en face de lui. Je souris en remarquant qu’il n’osait pas me regarder, alors que moi, je le « matais » sans aucune pudeur. Doucement, je lui pris ses mains et le fis s’asseoir. Mes lèvres vinrent embrasser son cou alors qu’il penchait la tête pour m’en donner l’accès. Ses mains passaient autour de mes hanches, touchant fébrilement le bas de mon dos. Les miennes vinrent se poser sur le bord de son tee-shirt, et délicatement, je lui enlevais. Il leva les bras, rougissant encore plus lorsque mes yeux se posèrent sur son torse pâle, finement musclé. Je ne résistais pas bien longtemps et me mis à lécher avidement ses muscles, l’entendant gémir.

Après quelques minutes, je remontais son corps afin de happer ses lèvres dans un baiser brûlant qu’il me rendit. Ses mains restaient sur mon corps, le caressant encore timidement. Ses caresses me faisaient vibrer de plaisir. Doucement, je mis fin à notre baiser, plongeant mon regard dans ses yeux verts si rieurs, si magnifiques.

– Tu es prêt ? Dis-je, l’embrassant furtivement.

Il ne me répondit pas, mais hocha la tête de haut en bas, en signe d’accord. Doucement, j’amenais un doigt à ma bouche et me mis à le lécher. Je sentais, en dessous de moi, la virilité d’Ilian se gorger à nouveau de plaisir, mais alors que je continuais ma tâche, une chose invraisemblable se produisit.

Ilian s’était relevé et avait pris ma main, l’amenant à sa bouche. Complètement surpris, je ne fis aucun mouvement, me contentant de le regarder faire. Il mit timidement deux doigts dans sa bouche, et enroula sa langue autour, mimant la fellation. Mon cœur cognait si fort dans ma poitrine que j’avais du mal à ne pas lui sauter dessus. Il fuyait mon regard, mais l’acte qu’il était en train de faire attisait mon désir, à un point inimaginable.

Je ne pus résister bien longtemps, et brusquement je retirais mes doigts de sa bouche, et y plaçai mes lèvres, prenant d’assaut sa langue. Ma main tenait ses cheveux, l’obligeant à se coller à moi. Mon autre main descendait lentement le long de sa hanche pour terminer sa course sur ses fesses. Lentement, je laissais un doigt commencer à entrer en lui, mais je le sentis se raidir et mettre fin à notre baiser. Il ne fallait pas qu’il commence à réfléchir. Surtout pas. Je repris d’assaut ses lèvres, l’entraînant dans un baiser tendre. Je lui faisais comprendre tout dans ce baiser, que jamais je ne lui ferais de mal, qu’il me satisfaisait, que tout se passerait bien. Et il s’embla le comprendre car ses mains vinrent se poser sur mon dos et sur ma tête, approfondissant notre échange. Mon doigt entra entièrement en lui, et lentement, je commençais à le mouvoir, arrachant quelques gémissements de douleur. Mais je ne lâchais pas sa bouche. Lorsqu’il fut habitué, j’enfonçais un deuxième doigt qui fut cette fois accueilli avec un cri de douleur.

– Détends toi Ilian…Soufflai-je, le sentant trembler sous moi.
– Facile à dire ! Répondit-il, les yeux fermés.

Un sourire amusé étira mes lèvres alors que je le sentis me reprendre dans ses bras, m’embrassant le cou. Il était prêt à aller jusqu’au bout, malgré la douleur et j’en étais ravi. Ce fut lorsque sa langue vint me lécher mon lobe d’oreille que mon désir prit le contrôle de ma personne et immédiatement, je mouvais mes deux doigts. La douleur fut brève et le plaisir se mit à déformer ses traits, le rendant irrésistible. Il se déhanchait lui même sur les doigts, sûrement inconsciemment, et m’embrassait avec un tel besoin, qu’il était difficile pour moi de ne pas le prendre sur le champ. Mais je continuais la préparation un moment.

Après de longues minutes, j’écartais ses cuisses, les posant sur mes hanches. Je dirigeais mon pénis prés de son orifice et y entrais doucement. Je le sentis se raidir à nouveau et attendis. Puis je bougeai à nouveau, m’enfonçant un peu plus. Il nous fallut un long moment avant que mon pénis soit en lui, et doucement, je commençais à me mouvoir en lui, lui arrachant encore des gémissements de douleur. Mais ceux-ci furent bien vite transformés en cris de plaisir, rythmant notre danse. Nos corps s’unissaient pour la première fois, et ce fut une sensation merveilleuse qui me transperçait à chaque coup de rein. Je sentais Ilian me griffer les omoplates, me prendre mes lèvres dans des baisers tous plus violents et passionnés que les autres. Lui qui se disait nul, s’avérait être le meilleur de tous mes partenaires. Magnifique fut le mot de notre première fois. C’est dans un cri mutuel de soulagement que nous nous libérâmes, moi au creux de son corps, et lui sur nos bas-ventres. Haletant, nous restâmes dans cette même position un long moment, savourant l’orgasme fulgurant qui venait de nous transpercer.

**

Un dernier va et viens, et j’éjaculais dans ma main, le corps secoué par ce souvenir. Mon cœur ne cessait de battre à un rythme démentiel, refusant de me donner une respiration calme. Les yeux fermés, je me maudissais d’avoir pensé à Ilian. Comment pouvais-je avoir ce genre de pensée alors que j’étais en couple et qu’Ilian se trouvait dans un lit d’hôpital ?

Il fallait que je me reprenne, et vite. Dégoûté, je me levais, refermant mon pantalon. Je sortis de la cabine et allais directement au lavabo, où je passais mes mains sous l’eau. Me nettoyant, je levais la tête, pour constater avec horreur le reflet de Kain dans le miroir. Il se trouvait adossé à une cabine adjacente et me regardait un sourire sadique étirant ses lèvres.

– Soulagé ? Me lança-t-il, narquois.

– Je rougis immédiatement devant cette phrase, enfouissant ma tête dans mes épaules.

– Ca… ça fait longtemps que tu es là ? Demandai-je, penaud.
– Une minute, mais assez pour comprendre que mon frère se paluche durant ses heures de boulot… Répliqua-t-il, rigolant légèrement.

Je ne lui répondis rien. De toute façon, que pouvais-je bien lui rétorquer ? Je venais de me faire prendre sur le fait, par mon frère, le plus grand moqueur de la terre. Une gêne immense se propageait en moi. Penaud, je me retournais devant lui, m’accoudant sur le lavabo, baissant la tête. Je sentis alors qu’il s’approchait de moi, et posait une main réconfortante sur mon épaule.

– Allez, petit frère, pour une fois que je te trouve un défaut, tu vas pas faire la tête…

Je souris devant cette petite phrase hypocrite et levais mes yeux sur lui, pour remarquer qu’il tenait à la main un sac de chez McDonalds.

– Je voulais déjeuner avec toi, dans ton grand bureau, mais l’hôpital vient de m’appeler, il y a eu un accident de la route, ils ont besoin de personnel… ça s’est arrangé avec l’autre ? Me demanda-t-il, tout en me tendant le sac de nourriture.
– Hugo, le repris-je, lui lançant un regard mauvais. Oui, ça s’est arrangé.
– Dommage…
– Arrête Kain !
– Je suis désolé, mais je ne l’aime pas, je suis persuadé qu’il y a quelqu’un de beaucoup mieux pour toi que lui.
– Tu me saoules…Hugo est le petit ami idéal, je n’ai jamais été aussi heureux qu’avec lui !

Il haussa les épaules et ouvrit la porte, mais alors que je pensais qu’il allait partir, je le vis se retourner et me regarder sérieusement.

– Menteur, fit-il, un sourire ironique au visage
– Pourquoi ? Répliquai-je, sur la défensive.
– Tu as déjà été aussi heureux, avec Ilian.
– Tu n’es pas le premier à me dire qu’il faut que j’oublie Ilian ?

Il ne me répondit pas, et leva les yeux au ciel semblant chercher une réplique cinglante.

– Tu trouves pas ça ironique que depuis que tu travailles sur le dossier d’Ilian, tu t’engueules autant avec Hugo ? Je pense que tu t’es servi d’Hugo, en attendant qu’Ilian revienne vers toi…Et maintenant qu’il est là, je suis sûr…
– Excuse moi, mais qui de nous deux est le psy ?

J’étais en colère, comment Kain pouvait-il dire cela ? Jamais je ne me servirais d’Hugo pour combler un manque. J’aimais Hugo, plus que tout, plus que ma famille, plus que Kain, plus qu’Ilian. J’en étais certain.

– Comme tu veux, répondit-il, visiblement déçu.

Sans un mot, il sortit de la pièce, me laissant seul avec le paquet de McDonalds. Ce qu’il m’avait dit me perturbait. Je n’avais jamais vraiment remarqué que le nombre de nos disputes augmentait, depuis l’arrivée d’Ilian. On se disputait souvent, je l’avoue, mais elles n’étaient pas aussi nombreuses, et aussi violentes. Il fallait que je me reprenne, et vite.

Je posais une main sur le papier et constatais que le repas était encore chaud. Une idée me vint alors à l’esprit. Peut-être que de manger autre chose que de la nourriture d’hôpital changerait un peu. Décidé, je sortis des toilettes, me dirigeant vers les cuisines. Je pris un plateau et une assiette et y déposai un hamburger, avec plein de frites autour. Je recouvris l’assiette par le couvercle, et le pris en main. Un sourire aux lèvres, je me dirigeais vers la chambre d’Ilian. Mais ce que j’y vis me fit immédiatement perdre le sourire.

Assis sur le lit d’Ilian, se trouvait Melvin. Il avait un sourire affiché aux lèvres et semblait parler de beaucoup de choses avec mon patient. Je sentis un agacement énorme me prendre alors que je voyais le regard d’Ilian si compréhensif avec lui. Pourquoi était-il aussi calme avec lui ? Un adulte à peine sorti de l’adolescence. On pouvait encore voir les marques que lui avait données son acné.

– Je te laisse, fit Melvin, regardant a nouveau Ilian. Repose toi bien et j’espère te revoir vite.

Il se leva et posa le livre. Mon livre. Quel ingrat, il touchait ce qui ne lui appartenait pas. Je le vis alors prendre un cahier. Je savais très bien ce que c’était puisque qu’un bon nombre de psychiatres avait subtilisé ces cahiers. C’était les écrits d’Ilian. Le directeur m’avait dit qu’il refusait de les faire lire, et que ces cahiers n’étaient que de petites histoires, extérieures à Ilian. Moi, je pensais le contraire. Et je voulais les lire. Mais je ne voulais pas détruire le peu de confiance qu’il y avait entre nous. Et voir cet avorton prendre délibérément ce cahier m’énervait. Ilian lui en avait-il donné l’accord ? Certainement que oui, vu qu’il n’y avait aucune trace de dispute. Melvin était quoi pour Ilian ?

Il passa à côté de moi, m’ignorant superbement. Décidément, je pense que c’était le patient que j’aimais le moins. A peine fut-il sorti que je refermais la porte. Je m’approchais d’Ilian, et posais le plateau sur la table. Je savais qu’il n’avait pas faim, mais je voulais le forcer à manger, un peu. Il s’assit dans son lit, et je fis rouler le plateau, vers lui. Puis je partis m’asseoir dans mon fauteuil, le regardant manger.

Je le vis alors lever le couvercle, après un temps. Je pus voir ses pupilles se dilater sous la surprise, et il me regarda, incrédule. Je souris intérieurement, sans lui en faire part, voulant voir la suite des événements. Une chose alors incroyable se produisit. Ce fut bref, mais au son de sa voix, mon cœur se mit à battre vite…Trop vite.

– Merci…Murmura-t-il, calme.

Il gardait son visage impassible, comme s’il se moquait complètement de ce que je venais de lui offrir. Comment arrivait-il à se forger un visage aussi indifférent ? Lui qui était incapable de me cacher quelque chose lorsque nous étions plus jeunes. Pourtant, je le voyais avaler ses frites. Je savais qu’il aimait. Je le vis alors attraper son hamburger et croquer à pleines dents dedans. Un petit sourire étira mes lèvres. J’étais sûr de moi, il ne voulait pas le montrer, mais ce cadeau lui faisait plaisir. Merci Kain.

Je décidais de me lever. Je ne savais pas si j’avais pu atteindre sa confiance, mais je voulais essayer. Je voulais revenir à la place de Melvin, et voir si Ilian me repousserait. Je m’assis près de lui, juste au bord du lit. Il ne fit aucune objection et je sentis un élan de bonheur s’emparer de moi. Petit à petit, nous avancions. D’un geste rapide, je lui volai une frite, n’ayant rien mangé non plus.

– Content que ça te plaise…

Ma voix était douce, un brin amusée. Je ne pouvais m’empêcher de le dévisager. Il semblait plus mûr, plus adulte. Le Ilian dont j’étais tombé amoureux n’existait plus. Le Ilian si timide et réservé. Le Ilian qui n’osait pas m’embrasser dans la rue, de peur que les gens le voient. Le Ilian que j’avais aimé plus que tout, sans jamais lui avouer.

Je me levais alors, le laissant continuer son repas tranquillement. Il mangeait et cela me faisait chaud au cœur. J’attrapais le livre que j’avais acheté et m’assis sur le fauteuil, reprenant ma lecture. Lorsque je relevais les yeux, une bonne demi-heure plus tard, j’eus la surprise de voir Ilian allongé dans son lit, dormant paisiblement. Un sourire en coin étira mes lèvres et je me levais, reposant le bouquin sur la petite table. Je pris le plateau en main, et après un dernier regard, je sortis de la pièce.

Je déposais le plateau dans la cuisine, puis me dirigeais vers la salle des infirmières. Je voulais lire le dossier d’Ilian, depuis son entrée à l’infirmerie. Voir ce qu’il avait mangé, quels soins il avait eu. J’entrais alors dans une petite pièce carrée, dans laquelle quelques jolies infirmières se trouvaient, assises, sirotant un café. Je leur rendis leur sourire puis m’approchais du thermos de café, m’en prenant une tasse. Puis je m’avançais vers l’armoire, d’où je sortis le dossier de mon patient. Je m’assis sur une table libre et commençai ma lecture, scrutant les moindres détails.

– Docteur Sadler ?

Surpris, je levais mes yeux vers mon interlocutrice. Je la reconnus immédiatement car c’était la réceptionniste d’accueil, tout en bas de l’hôpital. Elle souriait à pleines dents, tout en me tendant un paquet de bonbons. Étonné, je le pris en main, lui montrant bien mon incompréhension.

– L’hôpital a reçu un gros investissement, d’un de ses fabricants de bonbons, et ils nous ont envoyé par la même occasion plusieurs boîtes, elles sont offertes aux employés, me dit-elle, souriante.
Merci Violaine, répondis-je, amusé.

Elle se retourna alors vivement et repartit s’asseoir avec toutes les infirmières. J’entendis alors plusieurs chuchotements et refrénais une grande envie de rire. Si ces demoiselles étaient au courant de mon homosexualité…Mes yeux se posèrent alors sur la boîte et ils s’agrandirent de surprise. La boîte était assez petite, toute blanche. Je savais très bien ce qu’il y avait dedans. De petits oursons, remplis de guimauve, le tout enrobé de chocolat blanc. Le destin devait s’acharner sur moi car c’était les préférés d’Ilian.

Je reposais la boite prés de moi puis repris ma lecture. Quelques minutes plus tard, beaucoup d’infirmières quittèrent la salle. Il n’en restait plus que deux qui discutaient vivement. D’un sujet qui m’intéressait grandement. Je fis alors semblant de lire, écoutant attentivement.

– Celui qui s’est cassé une jambe ?
– Non, la tentative de suicide.
– Celui qui a tué son cousin
– Oui. Il paraîtrait qu’il sortirait avec le petit nouveau.
– Melvin ?
– Oui.
– Depuis quand ?
– Je ne sais pas, mais il a eu l’autorisation d’aller le voir à l’infirmerie, alors…

Je sentis mon cœur faire un bon dans ma poitrine et un malaise me submerger. Alors ils sortaient ensemble. Pourquoi étais-je si surpris et…écœuré ? Voilà la raison pour laquelle Ilian était si détendu envers Melvin. Ils avaient….Une relation. Ce mot sonnait faux à mes oreilles. Melvin n’avait rien, et ne correspondait certainement pas au type d’homme que recherchait Ilian. Il devait y avoir une erreur. Et puis les rumeurs sont toujours fausses…Enfin pour la plupart…

Je décidais de me lever et d’aller voir Ilian. Si je voulais en être sûr, autant lui demander maintenant. J’entrais alors dans sa chambre, et le retrouvai encore endormi. Il était sur le ventre, sa tête sur le côté et son bras collé à son nez. Il était tout simplement magnifique. Son tee-shirt remontait légèrement, me laissant apercevoir un bas de dos, et une peau très pâle. Ses joues étaient légèrement rosées, lui donnant ce même air enfantin qu’il abordait quatre ans plus tôt. Un pincement au cœur, je posais la boîte de bonbons sur la table. J’avais refait ma vie. Avec Hugo. Je n’avais pas le droit d’éprouver ce genre de sentiment. Il ne m’appartenait plus. Décontenancé, je sortis de la pièce, veillant à bien refermer la porte derrière moi.

Je décidais de rentrer chez moi, n’ayant rien d’autre à faire. Une demi-heure plus tard, je me retrouvais assis sur le canapé, regardant un film qui venait tout juste de commencer. C’était un navet, et je finis par m’endormir.

Je me fis réveiller tendrement par les lèvres d’Hugo, m’embrassant le visage de par et d’autre. Dans un petit sourire, j’agrippais sa nuque pour rejoindre ses lèvres. J’adorais l’embrasser. Ses lèvres si sucrées et si douces. Mes yeux s’ouvrirent, et je me redressais, me frottant les yeux.

– J’ai dormi longtemps ? Demandai-je, encore fatigué.
– Je ne sais pas, il est 18 heures, me répondit-il, s’allongeant près de moi.
– Tu rentres tôt…Dis-je, passant mes bras autour de son corps.
– Je te l’avais promis…

Je m’abaissai alors à son niveau, plongeant mon visage dans son cou. Il portait un parfum que j’aimais plus que tout.

– Tu sais, je t’ai jamais dit de rentrer plus tôt pour moi. Oui, ne pas te voir rentrer à cause de tes réunions m’énerve, mais c’est ton travail et je sais que tu l’aimes plus que tout…Ne vas pas mettre ta carrière en danger pour moi, dis-je, croisant son regard, sérieux.
– Jaeden… Je… Me fit-il, étonné.
– Alors à la prochaine réunion, je veux que tu y ailles.

Je ne lui laissai pas le temps de répondre que je me levais. J’entrai dans la cuisine afin de préparer le dîner. Nous allions enfin avoir notre soirée en amoureux.

**

Le lendemain, je me retrouvais une nouvelle fois dans mon bureau, une tasse de café à la main, le dossier d’Ilian dans l’autre. Je ne cessais de relire le procès, voulant y déceler le moindre indice. Mais plus je m’acharnais, plus je ne trouvais pas. Des petits coups à ma porte me firent lâcher tout. La personne entra. C’était une petite infirmière, je crois même que c’était l’infirmière en chef.

– Je vais aller faire le soin de votre patient, puis il arrivera dans votre bureau, me lança-t-elle timidement.
– Je vous accompagne.

Elle hocha la tête et se retourna. Je la suivis sans un mot, zigzaguant entre les couloirs. Elle entra dans la chambre d’Ilian sans frapper et le réveilla assez brutalement. J’étais étonné, mais ne dis rien. Ilian se redressa, s’habituant peu à peu à la luminosité.

– J’espère que tu t’es bien reposé, et que cela t’aura remis les idées en place. Je vais refaire ton pansement, et tu iras faire une séance avec ton psychiatre avant de regagner ta chambre, dit-elle, assez froide.

L’infirmière s’approcha de lui, tirant tout de même assez brutalement sur son bras mutilé. Je vis Ilian tourner vivement la tête dans l’autre sens alors qu’elle mettait la plaie à l’air libre. La honte devait l’assaillir. Elle lui fit son soin rapidement, sûrement ne lui avait-elle donné que le strict nécessaire. Nous sortîmes de la chambre, le laissant se laver et se rhabiller. Il me rejoignit quelques minutes plus tard, puis, sans un mot, nous parcourûmes les couloirs. Nous croisâmes plusieurs personnes, qui dévisageaient Ilian. Que pouvais-je bien dire ? Je n’étais pas le maître de leurs pensées, et même dans un hôpital psychiatrique, les rumeurs allaient bon train. J’en avais eu la preuve il n’y a pas longtemps.

Nous arrivâmes devant ma porte et je le laissais entrer le premier, lui renvoyant un petit sourire de courtoisie. Il y pénétra rapidement, s’asseyant assez lascivement sur le fauteuil en face de mon bureau. Il ne semblait pas perturbé par cet entretien. Moi, je l’étais. Trop peut-être, encore une fois. Avec tous les événements qui se produisaient entre lui et moi, les souvenirs qui n’arrêtaient pas de ressurgir, je ne faisais qu’espérer que cet entretien se passe au mieux. Que je puisse vraiment avancer avec lui. Aussi professionnellement que possible.

Je m’assis donc sur mon fauteuil, et posais mes mains sur le bureau. Je pris une profonde respiration et commençais, une idée bien précise du sujet que nous allions entamer.

– Bien, ne t’inquiète pas, nous n’allons pas parler de ce que tu as fait ces derniers jours, non, j’aimerais te parler aujourd’hui de ton loisir ici, depuis que tu es arrivé : L’écriture.

Cette idée me trottait déjà depuis un long moment dans la tête. C’était le système simple de tous les grands écrivains. Confier ses plus grandes peurs, ses plus grandes espérances à du papier. Écrire, pour soi, et uniquement pour soi. Je le vis relever la tête, et croiser mon regard. Il semblait attentif à ce que je lui disais. Je venais de toucher un point sensible. Je pris dans mon tiroir un cahier et le lui tendis. Résigné, il le prit en main, sans quitter mon regard.

– J’ai appris que tu écrivais beaucoup, alors je me suis dis que tu pourrais écrire ce que tu ressens sur celui-ci, tu sais, une sorte de journal intime, déclarai-je, sérieusement.

Il ne me répondit rien, continuant de me fixer sans la moindre émotion, ce qui m’énervait grandement.

– Bon… Finis-je par souffler, déjà lassé de son petit jeu. Je prends ta non-réponse pour un acquiescement à ce que je viens de dire. Et puis, ce n’est qu’une proposition, si tu n’en as pas envie, tu fais comme tu le souhaites.

J’attendis un petit moment avant de lui révéler ma première motivation. Je savais que ma demande aurait du mal à passer.

– Maintenant, j’aimerais te demander une faveur, poursuivis-je, calme. Je sais que tu l’as refusé à tous les autres psy, mais j’aimerais vraiment que tu me fasses lire une de tes histoires.
– Je ne vois pas en quoi ton statut serait différent des autres, lâcha-t-il, d’une voix froide.
– Je ne demande pas de statut particulier, juste que tu me fasses confiance, répliquai-je, pas vraiment étonné de sa réplique cinglante. J’aimerais les lire, parce que je suis persuadé que les lire m’amènera à te connaître.
– Non !

Je sursautais légèrement au son de sa voix froide et tranchante. Son regard était aussi noir qu’un corbeau, prêt à me tuer sur place. Pourquoi n’avais-je pas le droit de les lire ? Alors qu’un simple petit emmerdeur pouvait le faire ? La rumeur était-elle vraie ?

– Pourquoi ? Demandais-je, haussant le ton malgré moi.
– Parce que c’est toi ! Cria-t-il, avant de se lever, et de partir telle une furie.

Il ne me laissa pas le temps de répondre, j’entendis la porte claquer violemment. Las, je m’assis sur mon fauteuil, passant une main sur ma figure. J’étais persuadé que ses écrits représentaient la clé au crime qu’il avait commis. La clé pour ouvrir la carapace qu’il s’était formé.

Je restais quelques minutes assis dans mon fauteuil à regarder le lac derrière ma fenêtre. Des cygnes majestueux se pavanaient fièrement devant de petits canards. Je secouais vivement la tête lorsque je me rendis compte de mes pensées complètement absurdes. Je me levais d’un bond, voulant me rendre au réfectoire. Je pris un repas simple, des lasagnes, que je mangeais rapidement, après avoir discuté rapidement avec certains collègues. Je reprenais alors le chemin de mon bureau lorsque je croisai Ilian en compagnie de Melvin. Agacé, je me stoppai près d’eux, mais Ilian ne fit rien, évitant mon regard comme la peste. Il passa devant moi, Melvin sur les talons. Irrité, je posais mon regard sur ce petit con et réprimais une forte envie de lui refaire le portrait lorsque je le vis me regarder d’un air moqueur, un petit sourire narquois aux lèvres. Dégoûté, je repris mon chemin, essayant de penser à autre chose. J’étais hors de moi, et il fallait vraiment que je me calme.

Je passais tout l’après midi a relire le procès d’Ilian, ressassant dans ma tête l’entretien encore une fois désastreux. La sonnerie de mon portable me fit relever la tête du dossier, prenant le mobile en main. Le nom de mon amant y figurait et une grimace étira mes lèvres lorsque je constatais l’heure tardive. La nuit était tombée, enroulant le lac dans son doux manteau. Anxieux de sa réaction, j’appuyai sur une touche pour prendre l’appel. Mais alors que je pensais recevoir des insultes à l’oreille pour l’avoir une nouvelle fois oublié, ce fut une voix douce et amoureuse qui me parvint.

– Chéri… Je… Qu’est-ce que tu fais ? Me demanda-t-il, perdu
– Excuse-moi mon amour, j’ai le dossier de mon patient en main et je n’ai pas pu en décrocher mon regard… Je ne vais pas tarder, répondis-je, passant ma main sur mes yeux fatigués.
– D’accord, je mets le repas à réchauffer, dans combien de temps tu seras à l’appart ?
– Dans une demi heure.
– Ok, a tout à l’heure alors.

Il raccrocha et je me levais, remettant ma veste et mon écharpe. Je mis le dossier dans ma sacoche et sortis de mon bureau, éteignant les lumières. Mais alors que j’appuyais sur le bouton de l’ascenseur, l’image d’Ilian vint retrouver mon esprit. Je me sentais coupable de l’avoir laissé partir furieux. Et le fait de me faire ignorer de cette façon n’avait fait qu’augmenter ce sentiment. Sans vraiment réfléchir, j’appuyais sur le bouton menant à l’étage des chambres. Il ne me fallut que quelques minutes avant d’arriver devant la porte de la chambre d’Ilian. La main suspendue dans les airs, j’hésitais. Pourquoi étais-je toujours attiré vers lui ? Pourquoi voulais-je autant regagner sa confiance ? Je voulais le mérite et le prestige, j’en étais sûr. Je voulais aussi l’aider pour son bien. Mais je sentais aussi autre chose croître en moi. Et je ne le voulais pas.

Pourtant, c’est poussé par ce je ne sais quoi que j’abaissais mon poing et frappai doucement à cette porte close. J’attendis quelques secondes mais la voix d’Ilian ne me parvint pas. Sûrement dormait-il. J’entrais doucement, ne voulant pas le réveiller, mais la lumière vive de la chambre me surprit. Étonné, je le vis assis dans son lit, le regard froid. Je décidais de laisser mes interrogations de côté pour le moment.

– Je n’ai pas attendu que tu me dises d’entrer…Lançai-je, ironique.

Je jetais un coup d’œil à l’entièreté de sa chambre, que je n’avais jamais eu le loisir de visiter. Elle n’était pas vraiment grande ni décorée, ce qui ne m’étonnait guère. Mais pris dans ma contemplation, je me rendis compte de l’état du bras d’Ilian, recouvert de sang. Une vague de peur me submergea, et je m’avançai immédiatement.

– Tu t’es… Tu as recom… Commençai-je, sentant l’inquiétude me gagner.
– Ça c’est juste rouvert en bougeant pendant la nuit, me coupa-t-il, tranchant.

Je ne répondis rien à sa voix froide, sûrement habitué. Je me sentis allégé d’un poids, et me retournai, calme.

– Je vais chercher de quoi te soigner, ne bouge pas.

Je sortis de la pièce assez vite, passant par l’infirmerie de l’étage. J’y pris quelques compresses et désinfectant. Tout en revenant vers la chambre de mon patient, je sortis ma crème cicatrisante de ma sacoche.

Je m’assis sur son lit, assez proche de lui. Il me tendit immédiatement son bras, près à recevoir le soin que j’allais lui prodiguer. J’étais concentré dans ma tâche, désinfectant la plaie et enlevant le sang séché. Mais je le sentis crispé. Je savais que montrer cette plaie devait être une épreuve. Surtout le montrer à moi, son plus grand ennemi. Je ne m’éternisais pas, cette fois, veillant à ne pas divaguer dans mes pensées. Je refis le bandage et mon regard se posa sur le cahier que je lui avais donné, jeté sur le sol. Je lançais un regard furtif à Ilian puis me levais, prenant le cahier en main.

Sans un mot, je le posais sur le bureau. Je regardais Ilian un moment, puis m’apprêtais à sortir.

– Tu devrais aller manger un peu, déclarai-je, refermant doucement la porte sur moi.

Je repartis, ce même sentiment inconnu compressant mon estomac.

 

Vingt minutes plus tard, j’entrais dans mon appartement, enlevant ma veste et la posant sur mon bureau. J’enlevais mes chaussures lorsque je sentis deux bras m’encercler et l’odeur d’Hugo se répandre dans l’air. Je me retournais vers lui, le prenant dans mes bras. Sa petite tête blonde vint se loger dans mon cou alors que je passais mes mains dans sa chevelure dorée. Il n’en fallut pas plus pour que nos lèvres se scellent dans un doux baiser. Enivré, je le poussais doucement contre la porte, passant mes mains sur ses hanches. Les siennes vinrent se poser sur ma nuque, m’ordonnant par une simple pression de continuer.

Ravi par cet accueil, mes mains passèrent sous son jean, touchant ses fesses bien musclées. Je l’entendis gémir doucement et recommençais ma caresse. Une de ses jambes vint se poser sur ma hanche et je décidais de lui enlever son pantalon ainsi que son boxer. Sensuellement, je fis descendre ces bouts de tissu, me baissant en même temps. Mes lèvres se posèrent sur ses genoux que je sentais trembler sous le plaisir. Il leva les pieds alors que je balançais les affaires, et lentement, laissant mon souffle caresser sa peau, je remontais. Mes genoux vinrent toucher le sol et j’embrassais ses hanches, sentant l’envie tirailler mon bas ventre.

Mais des coups violents frappés contre la porte sur laquelle était adossé Hugo nous firent stopper tout mouvement. Immédiatement, je me redressais, pestant contre l’inconnu qui osait nous interrompre dans un moment pareil. Rageusement, j’entrouvris la porte, ne laissant voir que ma tête.

– Hey, frangin ! J’viens de faire une grosse connerie !

Kain se trouvait devant la porte, accoudé à l’embrasure. Je voyais très bien à ses yeux et à sa manière de parler qu’il était complètement ivre. Je lâchais un profond soupir et jetais un coup d’œil à Hugo, qui se rhabilla, l’air mécontent.

– Attends deux secondes Kain, dis-je, refermant la porte immédiatement.

Je m’approchais de mon amant et le pris dans mes bras.

– Je suis désolé, je ne peux pas le laisser à la porte…Fis-je, ennuyé
– Je sais ! Lâcha-t-il, énervé.
– Hugo… C’est mon frère et tu l’as entendu, il a fait une connerie…
– Je m’en contrefous !

Sans un mot, il se libéra de mon étreinte et partit dans la salle de bain, claquant la porte. Je passais une main sur mon visage et ouvris la porte à Kain. Celui-ci entra en titubant, jetant sa veste à même le sol. Il s’assit sur un fauteuil, posant une main sur ses yeux. Gêné, je m’assis sur le canapé, lui laissant quelques minutes pour se ressaisir. Lorsqu’il buvait, Kain pouvait tout vous dire. Et même parfois révéler des choses qu’il devrait garder pour lui. Le mieux, c’était de lui laisser le temps de mettre ses idées en ordre.

– Elle est enceinte…Soupira Kain, me regardant tristement.
– Oh….Murmurai-je, choqué
– Je sais….
– Et la capote, tu connais pas !

La voix d’Hugo me fit sursauter, et vivement, je me retournais, croisant le regard irrité de mon amant. Kain releva aussi la tête, et une grimace étira ses lèvres.

– Tu es encore là toi…Désolé, c’est à mon frère que je parle là, répondit-il, agacé.
– J’habite ici aussi, rétorqua Hugo, les poings serrés.
– Pas pour longtemps, je sens qu’il va pas tarder à te larguer…
– Ah oui, et qu’est-ce qui te fait dire ça ?!?
– Oh, juste qu’il a retrouvé son premier amour.

Ces deux derniers mots me glacèrent le sang et mes yeux s’agrandirent sous la surprise. Je lançais un regard désespéré à Kain, lui montrant qu’Hugo n’était pas au courant, mais un sourire ironique étira ses lèvres. Hugo n’avait rien répondu, mais je sentais son regard me brûler.

– Oh… Tu n’étais pas au courant Hugo… Souffla mon frère, ravi.

Je me retournais doucement vers mon amant, croisant son regard furieux.

– C’est pas vraiment ce que tu crois…Dis-je en me levant.
– Non, ils sont pas encore amants, ils travaillent juste ensemble en attendant, répliqua Kain, narcissique.
– La ferme Kain ! Criai-je, énervé.

Je vis alors Hugo tourner les talons et rentrer dans notre chambre, en claquant bien évidement la porte.

– Tu fais vraiment chier ! Lançais-je à mon frère avant de suivre mon amant dans la chambre.

Il se tenait devant la fenêtre, les bras croisés. Il se retourna vers moi lorsqu’il entendit la porte de la chambre se refermer sur moi.

– Tu comptais me le dire quand ?!? Pesta-t-il, le regard noir.
– J’en sais rien, Hugo, Personne n’est au courant… Soufflai-je, las
– Si ! Kain ! Ton crétin de frère le sait avant moi.
– Il… Il est tombé par hasard dessus, je ne voulais rien lui dire non plus, et on aurait eu la même dispute si je t’en avais parlé avant.
– Je veux qu’il parte ! Hurla Hugo, en colère.
– Tu as entendu ce qu’il a dit, je peux pas le foutre à la porte comme ça !
– Je m’en fous, t’as qu’à partir avec lui si t’es pas content !

Je ne répondis rien, et me retournai, ouvrant la porte.

– J’en ai marre Hugo. On arrête pas de se disputer. C’est ma famille, si tu la détestes, c’est que tu me détestes aussi…. Murmurais-je, ayant mal au cœur.
– Jaeden… Je ne te… Commença-t-il, d’une voix plus douce.

Mais je n’écoutais pas la fin de sa phrase et refermais la porte, m’approchant de mon frère. Il était à moitié endormi sur le fauteuil. Je le secouais sans ménagement. Il ne méritait pas de répit après ce qu’il venait de dire.

– Debout, je te ramène chez toi, fis-je d’une voix froide.

Il semblait honteux, mais je ne dis rien et remis ma veste. Sans un mot, nous descendîmes les marches, et nous engouffrâmes dans ma voiture. Le bruit de la radio fut le seul son qui parvint à nos oreilles alors que je roulais. Dix minutes plus tard, nous entrâmes dans son appartement. Il s’allongea directement dans son canapé, alors que je m’asseyais sur sa table basse.

– Après le coup que tu viens de me faire, tu dois me raconter en détail ce qu’il s’est passé, dis-je, froid.
– Jaeden, je suis…Commença-t-il, penaud.
– Raconte moi !

Il soupira puis s’assit, baissant la tête, et joignant ses mains.

– Ca fait trois mois que je suis avec Savannah, tu le sais, et enfin, voilà, quelques fois, dans le feu de l’action, on a oublié, tu peux comprendre non ?!? Me dit-il, anxieux.
– Oui, mais moi, je suis persuadé qu’Hugo ne tombera jamais enceinte…Fis-je, souriant légèrement.

Il rigola à son tour puis regarda autour de lui.

– Elle est arrivée, on devait aller au resto. Je voyais bien que quelque chose n’allait pas, alors je lui ai tiré les vers du nez, et elle m’a annoncé qu’elle attendait un enfant de moi, s’expliqua-t-il, triturant ses mains.
– Et comment tu as réagi ? Demandai-je, m’asseyant prés de lui.
– J’ai eu aucune réaction. Je me suis assis, elle m’a parlé mais je n’ai rien entendu, puis elle est partie en larmes, et j’ai commencé à picoler…
– Et tu comptes faire quoi maintenant ?
– J’en sais rien, je suis totalement largué, frérot…

Je lui souris, puis le pris dans mes bras. Il me faisait de la peine. Je ne savais pas vraiment que dire, ni que faire, car ce cas ne m’arriverait jamais.

– Si jamais tu dis à maman pour Ilian, je lui avouerais que tu as mis une fille en cloque… Je te préviens… Dis-je, le sourire aux lèvres.

Il éclata de rire, en me serrant un peu plus fort contre lui.

– Je pense, repris-je, réconfortant, que tu devrais aller voir Savannah, et discuter avec elle. Je crois que tu l’aimes, non ?
– J’en suis fou.
– Alors accueillir un petit monstre ne devrait pas poser de problème.
– Mais c’est trop tôt.
– Il y a certaines choses que l’on ne peut éviter. Voyez ce que vous allez faire ensemble.

Je relâchais mon étreinte et me levais, enfilant ma veste.

– Des fois je me demande qui est l’aîné…Soupira Kain, un sourire aux lèvres.
– Je sais, et maintenant je dois aller réparer tes conneries…Dis-je, le regard faussement en colère.
**

Je rentrais chez moi, retrouvant Hugo assis sur le canapé, en pyjama. Il regardait la télévision, mais lorsqu’il m’entendit rentrer, il se leva immédiatement, me regardant tristement.

– Je vais me coucher, je suis crevé, dis-je, enlevant mes chaussures.
– Jaeden, je suis désolé, je ne voulais pas…Je t’aime, plus que tout même, mais Kain, j’y arrive pas, et lui non plus ! Me lança-t-il, les larmes aux yeux.
– Je ne vous demande pas de vous aimer, juste de faire un effort. Quand on va voir ta mère, je dois bien me tenir, même si elle me hait parce que j’ai rendu son fils soit disant gay. Je fais des efforts pas possibles pour qu’elle m’accepte alors que je sais qu’elle ne le fera jamais. Et toi, jamais tu ne reconnaîtras ces efforts, jamais tu ne feras le centième de ce que je fais vis à vis de Kain, m’écriais-je, énervé.
– Je suis désolé… Souffla-t-il, les larmes roulant sur ses joues.

Je ne répondis rien et me retournais pour aller dans notre chambre, mais je fus bien vite stoppé par les bras d’Hugo, qui me retenait sur place.

– Ne m’en veux pas, je suis désolé, moi aussi j’en ai marre que l’on se dispute. Je t’aime Jaeden, je te promets que je ferai un effort. S’il te plait, ne m’en veux pas… Me supplia-t-il, désemparé.

Doucement, je me retournais, le prenant dans mes bras. A chaque fois qu’il pleurait, je ne pouvais résister, et lui pardonnais aussitôt. Mes lèvres vinrent se poser sur son front, d’une douce emprise.

– Allez, arrête de pleurer, tu sais bien que je ne supporte pas ça…Murmurais-je, embrassant ses joues pleines de larmes.

Nous restâmes quelques minutes dans les bras l’un de l’autre avant de se mettre au lit. L’estomac vide, mais fatigué par tous ces événements. Hugo avait la tête enfouie sur mon torse, passant son doigt sur mes abdos, alors que moi je tenais mon livre entre les mains, me perdant dans ce monde imaginaire que j’aimais tant. Mais la voix d’Hugo me fit revenir à la réalité.

– Je dois me faire du souci ? Me dit-il tristement
– Quoi ? Fis-je, surpris.
– Tu m’as dit que tu avais eu beaucoup d’aventures, mais seulement deux grands amours, moi et un dénommé Ilian. C’est lui ? Avec qui tu travailles ?
– Oui…
– Je dois me faire du souci ? Est-ce que je dois être jaloux ?
– Non.
– Pourquoi ?
– Parce que je t’aime, répondis-je, me positionnant au dessus de lui.
– Mais tu l’as aimé aussi, me dit-il, caressant ma joue.
– Oui, dans le passé. Mais maintenant, c’est toi que j’aime.

J’approchais mes lèvres des siennes, et d’un tendre baiser, je fis taire ses interrogations. Interrogations qui ne faisaient que m’assaillir ces temps-ci.

**

Je me réveillais le lendemain matin, seul dans mon lit. Mes yeux se posèrent sur le réveil qui affichait 9 heures du matin. Mon amant devait commencer plus tôt. Je me levais difficilement, encore fatigué par cette nuit. Je ne pris pas de petit-déjeuner, étant déjà en retard et pris une douche rapide. A peine 10 minutes plus tard, je me retrouvais dans la voiture, conduisant sur la voie express.

A peine avais-je posé ma main sur la portière de la voiture, dans le but de sortir, que je vis la silhouette du directeur se diriger vers moi, d’une démarche rapide. Je sortis alors, prenant en main ma sacoche, et un petit sourire s’afficha sur mon visage.

– Tu vas bien ? Demandai-je, gentiment.
– Bien, et toi ? Me répondit-il, desserrant un peu sa cravate.
– Ça va, fis-je en haussant les épaules.

Je vis directement à sa mine qu’il voulait me poser une question. Ou qu’il cherchait à me parler de quelque chose. Je commençai à marcher, le sentant me suivre sur mes pas. Nous arrivâmes dans l’ascenseur et il appuya sur l’étage des chambres. Curieux, je le regardais.

– Tu veux toujours ses cahiers ? Me demanda-t-il, sérieux
– Oui, mais pas sans son accord, m’offusquai-je, ne comprenant pas son geste.
– Il ne voudra jamais te les donner, même si un jour tu arriveras à obtenir sa confiance.
– Je ne peux pas les lui prendre comme ça !

L’ascenseur s’ouvrit, dévoilant les couloirs blancs et lumineux remplis de patients. Le directeur sortit et s’arrêta devant, sa main empêchant la porte de se refermer. Le peu de confiance qu’il avait placée en moi se retrouverait réduit en cendre si jamais je lui prenais ses cahiers. Pourtant, c’était la clé, et j’en étais persuadé. Je pourrais savoir ce qu’il s’était passé. Comprendre pourquoi il avait commis ce meurtre. Par cette simple constatation, j’avançais, l’air incertain. Ilian m’en voudrait.

Nous marchâmes sans un mot dans de couloir, slalomant entre les patients qui partaient en direction du réfectoire. Le directeur entra en premier dans la chambre de mon patient et chercha directement du regard les cahiers. Ceux-ci étaient disposés négligemment sur le bureau d’Ilian. Mon regard se posa sur le cahier que j’avais donné à Ilian la veille. Il était ouvert sur le bureau, et je pouvais voir l’écriture fine et penchée d’Ilian. Un sourire s’afficha sur mon visage lorsque je compris qu’il avait suivi mon conseil, malgré tout ce qu’il avait dit.

Le directeur les prit en main, ne me lançant aucun regard. Je sentais un profond malaise m’envahir peu à peu, et la voix d’Ilian me fit perdre pied.

– Qu’est-ce que vous êtes en train de faire ? Vous n’avez pas le droit d’y toucher !!

Paul me donna alors tous les cahiers et s’avança vers Ilian, le regardant sérieusement. Je pouvais sentir tout le désarroi de mon patient, et mon coeur se serra immédiatement.

– Calme-toi, Ilian. Jaeden a de bons arguments pour les avoir. Il a besoin de les lire pour t’aider.

Ilian me lança un regard froid et empli de haine, qui me glaça le sang comme il savait si bien le faire. Il reporta bien vite son attention sur le directeur, le toisant de toute sa hauteur.

– Vous n’avez pas le droit, déclara-t-il froidement
– Bien sûr que si, si cela peut t’aider à…Commença le directeur en haussant les épaules
– Mais foutez moi la paix ! Et si je ne voulais pas qu’on m’aide ? Ça ne sert à rien ! Hurla-t-il, les poings sérés.
– Ilian ! Calme toi. Tu entends ce que tu es en train de dire ?

Je ne disais pas un mot, trop ancré dans les remords qui m’assaillaient. J’aurais du refuser, et maintenant c’était trop tard. Si je reposais ses cahiers, toute mon autorité et mon assurance de psychiatre seraient remises en question. Ilian même jouerait avec ça. Ce dernier baissa les bras, et alla se fondre dans le décor, laissant au directeur le loisir de prendre ses cahiers. Son visage était sans expression, mais ses yeux me dévoilaient la crainte qui le chamboulait. Et je vis des larmes venir faire larmoyer ses yeux lorsque le directeur prit le cahier que je lui avais donné. Pour celui-là, je voulais vraiment son accord.

– Non, je ne veux pas celui-ci, déclarai-je, évitant les regards du directeur et d’Ilian.

Je rabattis tous les cahiers contre ma poitrine et sortis de la pièce sans un regard pour mon patient. J’entendis le directeur rappeler à Ilian que nous avions rendez-vous cette après midi. M’enveloppant d’un nuage de remord, je remontais à mon bureau, où je m’installais sur ma chaise en cuir. Je posais un à un les cahiers sur la table, les regardant tour à tour. Mes doigts venaient effleurer la couverture quelques fois. Mais à aucun moment, je n’arrivais à les ouvrir.

Avez-vous déjà ressenti ce sentiment d’impuissance ? Ce sentiment si fort qu’il vous paralyse complètement. Je les avais voulus, et maintenant qu’ils se retrouvaient devant moi, je n’arrivais pas à les ouvrir. J’avais en quelque sorte violé son âme, sa conscience. Je saccageais son antre, l’endroit où il pouvait s’évader. Comment vivrais-je si on m’interdisait de lire mes livres ?

Pourtant, je ne pouvais me résoudre à les lui rendre, du moins pour le moment. Je devais les lire, coûte que coûte. Mais ce n’était pas le moment pour moi. Je soupirais puis rangeais les livres dans un tiroir de ma commode, puis me rassis sur mon fauteuil, mes yeux se perdant dans le doux paysage du lac.

Je ne vis pas vraiment le temps passer, si bien que je sursautais lorsque j’entendis la porte de mon bureau s’ouvrir brusquement. Je me redressais immédiatement sur mon ciel, posant mes yeux sur un Ilian plus froid que jamais. Il s’assit sans un mot sur le fauteuil en face de moi et évita mon regard. Un sourire se dessina sur mes lèvres alors que je me rappelais les moments où, dans le passé, il m’en voulait. Il adoptait exactement la même attitude, celle du « Je m’en fous, crève ! ».

– Bonjour, dis-je, ne le lâchant pas des yeux.

Il releva son regard vers moi. Un regard virulent, plein d’animosité. Il ne me fallut que quelques secondes pour dévier mon regard du sien. Je savais comment cet entretien allait finir, alors je pris la décision d’attendre. Attendre qu’il parle de lui même. Je ne voulais plus faire d’efforts, car comme il l’avait dit plus tôt, il ne voulait pas qu’on l’aide. Nous restâmes de longues minutes ainsi, et je pouvais sentir son regard me brûler.

– Qu’est-ce que tu veux ? Finit-il par me demander, froidement.
– Je n’ai pas envie de te forcer à parler, alors je vais attendre…Dis-je, retrouvant son regard.
– Et bien tu peux attendre, me répliqua-t-il immédiatement, croisant les bras contre sa poitrine.

Je sentis mes lèvres s’étirer à nouveau alors que je voyais sa réaction, digne de celle qu’il avait étant ado.

– Peut-être, mais tu viens de dire deux phrases…Fis-je, calme.

Il ne me répondit rien, laissant un ange passer dans la pièce. Alors que je pensais que notre entretien se finirait dans un silence olympique, je le vis se redresser, et serrer les poings.

– Pourquoi tu m’as fait ça, Jaeden ? Cracha-t-il, énervé

Je compris immédiatement qu’il parlait du vol de ses cahiers, et de la pseudo trahison qui allait avec. Pourtant, je vis dans ses yeux une profonde tristesse, ancrée trop profondément pour n’être là que depuis ce matin.

– Peut-être aurais-tu fait la même chose pour moi… Fis-je en haussant les épaules.
– Non, je t’aurais laissé crever dans ta peine, répliqua-t-il sèchement.

Je sentis mon cœur se serrer malgré moi. Alors il me détestait à ce point. Je ne pouvais croire que sa rancœur envers moi n’était due qu’au vol, ses yeux le trahissaient.

– Mais qu’est-ce que je t’ai fait pour que tu me détestes ainsi ?!? M’écriai-je, énervé.
– Tu oses me poser la question ? Rétorqua-t-il, ses yeux me foudroyant sur place.
– C’est toi qui m’as quitté, je te signale. Depuis le début, j’essaye de t’aider, et je ravale tout sans rien dire !

Je me doutais que notre passé était lié à la haine qu’il éprouvait envers moi. Mais je ne savais pas pourquoi. Il ne m’avait donné aucune raison ce soir là. Je le vis se lever, les poings plus serrés que jamais.

– Va te faire foutre ! Je ne t’ai rien demandé !

Je sentis mon cœur louper un battement à cette dernière réplique, et une profonde tristesse s’installa en moi. Je savais que je ne devais pas la ressentir, car tout cela résultait de notre ancienne histoire. Je ne cessais de me demander ce que j’avais fait par le passé pour le retrouver dans cet état. Mais il ne voulait pas me le dire, et je n’arriverais jamais à le pousser. Las, je me rassis sur ma chaise, prenant un regard froid, il fallait que je redevienne son psychiatre, tout de suite.

– La séance est terminée. Tu peux partir, articulai-je en regardant le parc.
– Ca y’est, tu abandonnes enfin ! Me dit-il, en se levant
– Non, je n’ai juste plus envie de te voir pour l’instant, soupirais-je, le regardant sérieusement

Il se posta bien devant moi et redevint calme.

– Au fait, juste avant de partir, je veux mes cahiers, me fit-il, méchamment.
– Je te les rendrai quand j’aurai terminé, répliquai-je sur le même ton.

Agacé, je reposais mon regard sur lui et celui-ci me glaça le sang. Une lueur meurtrière dansait au plus profond de ses prunelles. Une colère sourde s’installa en moi alors que je comprenais que quoi que je fasse, je n’obtiendrais rien de lui. Rageusement, j’ouvris le tiroir où j’avais rangé les cahiers, et les pris. Ma fureur les envoya valser sur le sol, faisant bien comprendre à Ilian qu’il pouvait les reprendre, mais que je ne voulais plus le voir pour le moment.

– Pourquoi tu m’as demandé si tu pouvais les lire, pour les prendre quand même ? Demanda-t-il, serrant les poings.
– Parce que je suis sûr que la réponse se trouve là dedans, répondis-je en haussant les épaules.

Je vis alors les jointures de ses mains devenir blanches, et ses yeux devenir plus noirs que jamais.

– Tu es vraiment prêt à tout pour ta renommée, tu n’as pas changé… Prends les, je me contrefous de ce que tu penses.

Il me tourna le dos et sortit de la pièce, sans oublier de claquer la porte. Mes yeux se posèrent alors sur les feuilles volant dans la pièce, et un voile de tristesse les obscurcit. Je n’arriverais jamais à faire quoi que ce soit avec Ilian. Et il fallait que j’en parle avec le directeur. Pour la première fois depuis quatre ans, j’allais abandonner.

**

Je rentrais chez moi, les bras chargés de cahier. Je n’avais pas voulu les laisser dans mon bureau, pourquoi ? Je ne le savais même pas moi-même. J’eus la surprise de ne découvrir personne à l’appartement, et un coup d’œil à mon portable m’affirma que j’avais un message de mon amant.

« Je rentrerai plus tard, un parent voulait s’entretenir avec moi. A plus tard. Je t’aime »

Je balançai mon portable sur le canapé et enlevais ma veste. Je décidai d’aller prendre un bain, cela me détendrait peut-être. Rapidement, je fis couler l’eau chaude, puis me glissai dedans. Mes yeux se fermèrent alors que mon anxiété et ma déception diminuaient peu à peu.

Une main caressant mes cheveux, et deux lèvres se posant sur les miennes me sortirent de ma torpeur, et je découvris avec surprise le visage d’Hugo au dessus du mien.

– Tu ne devais pas rentrer plus tard ? Demandai-je, regardant l’horloge.
– Ça s’est terminé plus tôt que prévu, me répondit-il en haussant les épaules.

Content, je repris doucement ses lèvres pour un tendre baiser. Mais il le termina bien trop tôt à mon goût.

– J’ai vraiment trop faim, tu veux manger quelque chose de spécial ? Déclara-t-il, un sourire rieur aux lèvres.
– Non, pizza ? Fis-je, me rallongeant dans la baignoire.
– Pizza !

Il se leva immédiatement et sortit de la pièce. Je l’entendis téléphoner, et décidais de rester un peu plus dans mon bain.

Quelques minutes plus tard, je me levais, et pris mon pyjama, pour revenir dans le salon. Mais la vision que j’eus me coupa net. Hugo se trouvait assis sur le canapé, un des cahiers d’Ilian entre les mains. Je ne sus dire ce qui me transperça en premier, la rage de voir Hugo fouiner encore une fois dans mes dossiers, ou la peur que le nom d’Ilian soit noté quelque part. Il tourna alors la tête vers moi et ses yeux s’ouvrirent de surprise, il lâcha alors le cahier et se releva immédiatement, pris en faute.

– Attends, c’est pas ce que tu crois…Me dit-il, désolé.
– Tu n’as pas le droit de regarder mon travail, fis-je, légèrement énervé.
– Je ne voulais pas le faire, j’ai vu ces cahiers et je ne pensais pas que c’était ton boulot ! J’ai lu juste une ligne, mais après, j’ai pas pu m’arrêter, le gars qui les a écrites a vraiment du talent…S’exclama-t-il, tout en reposant le cahier sur la pile.
– De quoi parle cette histoire ?

Je m’étais assis sur un fauteuil et avais posé mes yeux dans le vide. Hugo s’assit prés de moi et me pris la main, perdu.

– D’une femme amoureuse d’un homme, mais l’homme rejette ses sentiments. C’est… C’est ton patient qui…Commença-t-il, doucement.
– Je n’ai pas le droit de t’en parler Hugo, s’il te plaît.

Il acquiesça, mais je vis tout de suite qu’il était déçu. Lorsque la sonnerie retentit, il se leva et alla payer la pizza, puis il revint, et nous passâmes à table. Le reste de la soirée fut calme, rythmé par le simple bruit de la télévision.

**

Le lendemain, je retournais au travail, et je passais ma journée à lire le dossier d’Ilian, même si j’avais pris ma décision. Je n’avais pas ouvert les livres, me contentant de les reposer dans leur tiroir.

Vers 14 heures, je me levais, et partis en direction du bureau du directeur. Je frappais et entrais, le trouvant le nez dans des comptes.

– Je te dérange ? Demandai-je, laissant la porte ouverte.
– Non, tu peux entrer, me fit-il, retirant ses lunettes de son nez.

Je fermais la porte puis m’assis en face de lui, posant le dossier d’Ilian sur la table.

– Pourquoi me donnes-tu ce dossier ? Me demanda-t-il, étonné.
– Ça ne sert à rien, je n’arriverai jamais à le comprendre, répondis-je, un air déçu au visage.

Je le vis soupirer, puis se lever, mettant ses bras dans son dos. Ses yeux se posèrent sur le lac étincelant sous le reflet du soleil.

– Tu sais, beaucoup de psychanalystes sont passés avant toi, et n’ont pas su tirer une seule autre information que celles qu’ils savaient déjà. Ilian ne faisait que répéter ce que nous voulions entendre, s’enfermant dans sa carapace un peu plus. Je t’ai donné son cas, parce que je voulais que tu te dises que tout ne t’était pas acquis facilement…Me dit-il sérieusement.
– Et je l’ai compris, c’est pour ça que je voudrais que tu me donnes un autre patient, le courant ne passe pas entre Ilian et moi, nous ne faisons que nous disputer et …
– Justement ! Vous vous disputez, reprit-il se retournant vers moi. Tu arrives à faire des choses que personne d’autre n’a jamais réussies. Il te parle, même si c’est pour t’insulter, il s’ouvre à toi, il te dit ce qu’il ressent, et je suis certain qu’il ne s’en rend même pas compte. Depuis que tu t’occupes de lui…Regarde les commentaires de l’infirmière en chef, « Ilian est calme et posé, aucune remarque à faire sur son hospitalisation ». Jamais encore je n’avais vu ce genre de remarque sur son cahier.

Je levais les yeux vers lui, surpris par ce qu’il venait de me dire. Je n’avais jamais pris conscience de cela, trop perturbé par nos disputes incessantes. Mais j’étais las. Ilian et moi ne pouvions continuer ainsi.

– Je ne peux pas poursuivre comme ça…Déclarai-je, fatigué.
– Tu n’as pas le choix, fit-il, s’asseyant sur sa chaise.
– Quoi ?
– Il est hors de question que je donne le cas d’Ilian à quelqu’un d’autre, Jaeden. Il faudra que tu trouves un moyen pour que vous vous calmiez.

Je soupirais bruyamment puis me levai, lsui tournant le dos. J’avais ouvert la porte, alors que j’entendais encore une fois sa voix grave.

– J’ai appelé chez toi, et j’ai eu Hugo, vous venez manger à la maison ce soir, me dit-il, un sourire amusé aux lèvres.
– Ok, fis-je en haussant les épaules.
– Et il m’a dit de te dire qu’il te rejoindra ici vers 15 heures.
– Merci.

Je sortis sans un mot de plus et repartis dans mon bureau. Je ne pouvais en vouloir au directeur. Il voyait l’intérêt d’Ilian avant tout, et je devais me plier à sa volonté. J’attrapais mon téléphone et appelais mon amant afin de savoir où il était. Celui-ci décrocha au bout de deux sonneries.

– Oui ? Fit-il, à l’appareil.
– C’est moi, Paul m’a dis pour ce soir, tu es arrivé ?
– Oui, je suis là.
– Ça va ?
– Oui.

Mes sourcils se froncèrent alors que je remarquais son attitude assez distante, mais je n’y fis pas plus que ça attention.

– Tu es à l’entrée ? Demandai-je en prenant ma sacoche.
– Non, devant le parc.
– Ok, j’arrive.
– Oui, à tout de suite.

Je sortis immédiatement, et il ne me fallut que quelques minutes pour l’apercevoir, assis sur un banc, devant le lac. Il se trouvait près d’un homme que je ne reconnus pas immédiatement, et fumait encore ses maudites cigarettes. Il ne les fumait pas beaucoup, surtout lorsqu’il était inquiet.

– Désolé, j’ai fait au plus vite, dis-je, arrivant à sa hauteur.

Je n’eus pas le temps de jeter un coup d’œil à son voisin, que déjà mon amant se levait et prenait mes lèvres fougueusement. Ravi par cet accueil, je lui rendis son étreinte amoureusement. Ce baiser était totalement différent de son attitude, mais il fallait être fou pour y renoncer. Pourtant, j’aurais dû.

Alors que nous nous séparions, mon regard croisa celui du voisin, qui n’était autre qu’Ilian. Mon cœur faillit s’arrêter, alors que je vis ses yeux verts emplis de fureur et de tristesse. Mais il reprit bien vite une attitude « Je m’en foutiste » qui me fit plonger dans une gêne inimaginable. Il se tourna vers Hugo, et le toisant de toute sa hauteur, il sortit une phrase qui me glaça le sang.

– Depuis quand tu le trompes ? Demanda-t-il, s’adressant à Hugo.

Il n’attendit même pas de réponse et passa devant nous, nous ignorant magnifiquement. Un malaise immense s’installa en moi alors que je sentais Hugo plus crispé que jamais.

– C’est… Je… C’est faux, Jaeden, pour… Pourquoi il dit ça ? Me demanda Hugo, se retournant vers moi.
– Tu lui as dit quelque chose ? Fis-je, regardant Ilian s’engouffrer dans l’hôpital.
– Bien sûr que non ! Jaeden, regarde moi, tu ne crois tout de même pas qu’il a raison ?

Je croisais son regard et un malaise immense s’installa en moi. Pourquoi son regard était si affolé ? Pourquoi avait-il si peur que je crois Ilian ? Pourquoi une part de moi cherchait dans ma mémoire les indices d’une tromperie ?

– Jaeden !
– Non, bien sûr que non…Viens, il faut qu’on y aille, répondis-je en me retournant immédiatement.

Alors que je commençais à avancer, je sentis la main d’Hugo prendre la mienne et son corps se rapprocher du mien, me collant presque. Je sentais son regard se poser plusieurs fois sur mon visage impassible, mais pas une seule fois je ne tournais la tête. La dernière phrase d’Ilian me faisait atrocement mal, même si je savais qu’elle était totalement fausse. Hugo ne me tromperait jamais. Ça se voyait, il m’aimait plus que tout, et moi aussi ! Ilian devait être simplement jaloux. Et il n’avait pas le droit de l’être. Lui aussi avait refait sa vie à ce que je sache !

Nous rentrâmes chez nous après s’être arrêtés dans une petite épicerie afin de prendre une bouteille de vin pour le repas de ce soir. Le trajet s’était fait sans un mot, et l’arrivée à la maison dans ce même calme. Je sentais bien la peur d’Hugo grandir de plus en plus, mais ne dis rien pour le calmer. Je ne croyais pas Ilian. Et je ne voulais pas reparler de ça…Pourtant…Lorsque mon amant me dit qu’il partait prendre une douche, mes yeux se posèrent sur son téléphone portable. Une immense curiosité m’envahit. Je me haïssais de vouloir fouiner, mais ce désir devenait de plus en plus ardant. Mon regard dériva sur la porte de la salle de bain, légèrement ouverte, d’où j’entendais l’eau couler, puis il se reposa sur le téléphone. Je ne tenais plus et rapidement, je l’attrapais dans mes mains. Je jetai un autre coup d’œil à la porte, puis arrivai dans le menu des messages. Je ne voyais que des messages que je lui avais envoyés, et aucune trace d’un quelconque amant. J’entrai alors dans les messages qu’il avait envoyés. Là encore, aucune trace. Un soupire de soulagement passa le barrage de mes lèvres et j’entrai dans le journal des appels. Il n’y avait aucun numéro affiché et mes sourcils se froncèrent à cette constatation. Mais la voix d’Hugo me fit sursauter.

– Je ne te trompe pas ! Fit-il, la voix calme.

Je me retournai pour le voir à l’embrasure de la porte, une serviette nouée autour des hanches.

– Je sais…Articulai-je, pris sur le fait.
– Tu travailles avec ton ex, et je ne te dis rien, je te fais confiance Jaeden, s’il te plait, fais-en de même.
– Désolé… Je ne sais pas ce qui m’a pris… Dis-je, reposant le téléphone sur le bureau.

La mine triste, Hugo s’approcha de moi, m’entourant de ses bras. Je lui rendis immédiatement son étreinte, posant ma tête dans son cou.

– Je t’aime. Je suis fou de toi. Je devrais être fou pour avoir ne serait-ce que l’idée de te tromper. Parce que je sais que tu me quitterais si je le faisais ! Et ça, il en est hors de question…Murmura-t-il, la voix enrouée.
– Ne pleure pas Hugo, je suis désolé, je te crois, bien sûr que je te crois ! Fis-je, paniqué.

Il resserra son étreinte, comme s’il se trouvait en pleine détresse.

– Excuse moi…Soupira-t-il, prenant mes lèvres fougueusement.

Je ne compris pas cette soudaine excuse, mais ne dis rien, préférant arrêter là cette explication. Hugo avait raison, je ne devais pas me poser de questions. Ilian était tout simplement déçu. Je me surpris à ressentir un soulagement en moi. Au moins, je n’étais pas le seul à éprouver ce sentiment. J’avais ressenti la même chose en apprenant pour lui et ce Melvin, et m’en voulais déjà assez.

Une heure plus tard, nous nous retrouvions devant la porte de la maison de Paul et de sa femme. Celle-ci vint immédiatement nous ouvrir, un sourire immense trônant sur ses lèvres.

– Comment ça va Tatiana ? Demandai-je, la prenant dans mes bras.
– Bien, très bien même, entrez ! Me répondit-elle, prenant la bouteille de vin entre ses mains.

C’était une Femme de 35 ans, ravissante à souhait. Elle avait de longs cheveux blonds, souvent maintenus par une barrette. Elle portait une longue robe mauve, légèrement décolletée. Elle se retourna, et entra dans le salon. Nous restâmes quelques minutes dans le hall, retirant nos vestes. Nous entrâmes par la suite dans la pièce où était servi l’apéritif. Paul se leva immédiatement en nous voyant, et tendit une main chaleureuse à mon amant.

La suite de la soirée se passa calmement, dans une joie débordante. Nous fêtions en quelque sorte la future venue d’un petit être, qui ravissait ses parents. J’en étais ravi, car voir leurs visages heureux faisait vibrer mon coeur. Ce ne fut que lorsque je sentis la tête d’Hugo devenir de plus en plus lourde sur mon épaule que je compris qu’il était temps de partir. Mon amant devait sûrement se lever tôt, comme d’habitude.

Nous partîmes après un au revoir très chaleureux, puis rentrâmes dans notre appartement. Allongés dans notre lit, je lisais mon bouquin avec envie. Hugo, quant à lui, faisait un sudoku sur le magazine TV. Mais une de ses questions me fit arrêter net ma lecture.

– Nous aussi, on aura un bébé un jour ? Me demanda-t-il, tournant la tête vers moi.

Mes mains se crispèrent à l’entente de cette phrase. Je n’avais pas vraiment émis l’hypothèse d’avoir un jour des enfants, même si au plus profond de moi, je souhaitais être un jour appelé papa.

– Tu sais… ça m’étonnerait que tu puisses tomber un jour enceinte…Fis-je, un sourire amusé sur les lèvres.
– T’es con ! S’exclama-t-il, en rigolant légèrement.

Je posais mon livre sur la table de chevet, puis m’allongeai sur le ventre.

– Si un jour on décide d’avoir un enfant, ça sera après notre mariage…Dis-je, les yeux fermés.

Je le sentis s’allonger près de moi et éteindre la lumière. Il m’enlaça d’un bras et posa ses lèvres sur mon épaule.

– Et ce sera le plus beau des mariages…Si c’est avec toi, me fit-il, se collant à moi.

**

J’arrivais à l’hôpital en retard, Hugo n’ayant pas voulu me lâcher ce matin. Mon estomac ne cessait de se comprimer alors que je marchais en direction de mon bureau, où Ilian m’attendait. Je n’avais pas envie de lui parler, car je savais que j’en viendrais à lui demander des explications. J’ouvris la porte et le vis assis sur mon fauteuil, ses yeux fixant mon diplôme accroché au mur. Je retirais ma veste et m’assis dans mon fauteuil, le visage impassible.

– Désolé pour le retard, m’excusais-je, retirant son dossier de ma sacoche.

Il ne me répondit pas, se contentant de me fixer froidement. J’ouvris alors le tiroir où j’avais rangé ses cahiers et les sortis, son regard se posa sur eux. Doucement, je les approchais de lui. Je savais que je venais de perdre une occasion en or de pouvoir en savoir plus sur mon patient, mais je voulais d’abord gagner sa confiance, même si pour cela il me fallait tout recommencer à zéro.

– Tu peux les reprendre. Je ne les ais pas lus. Un jour, j’espère, tu me feras assez confiance pour me les redonner par toi-même, dis-je calmement.

Il me lança un regard méchant puis reprit immédiatement ses cahiers, les tenant contre sa poitrine, comme si, dans ses mains, se tenait l’objet le plus précieux de son existence.

– Je ne l’ai pas lu, mais… Mon petit ami l’a fait, sans que je m’en aperçoive. Je suis désolé, fis-je, soutenant son regard.

Il ne répondit rien, gardant son regard noir au plus profond de mes yeux. Soudain, le téléphone sonna et je décrochais immédiatement, coupant court à la tension qu’Ilian mettait à l’ouvrage.

– Oui ? Fis-je, regardant dans le vague.
– Docteur Sadler, le directeur souhaiterait vous voir dans son bureau après votre entretien avec votre patient, déclara une secrétaire à la voix aguichante.
– Bien, je serais là.
– Au revoir.

Je raccrochais le combiné pour retrouver le regard d’Ilian, qui n’avait toujours pas changé d’intensité.

– Hier, j’ai été voir le directeur, pour lui demander de me changer de patient, mais il n’a pas voulu. Tu vois, ce n’est pas moi qui veux à tout prix t’aider. Nous sommes coincés ensemble pendant un bon bout de temps, alors fais un effort ! M’exclamais-je, le ton dur.

Je ne voulais pas en arriver là, mais son regard méchant presque tueur posé sur moi s’insupportait.

– Qu’est-ce que ça fait d’apprendre qu’on est trompé ? Me demanda-t-il, un sourire malsain accroché aux lèvres.
– Je ne suis pas trompé, répondis-je, sur le même ton.

Il ne me répondit rien et garda son sourire immonde sur son visage. Dans un élan de nervosité, je laissai tomber son dossier sur la table, provoquant un bruit lourd.

– Tu as refait ta vie avec Melvin, alors laisse-moi tranquille, dis-je, évitant son regard.

Je m’abaissais pour reprendre une feuille qui était tombée, puis me relevais et découvris avec surprise qu’Ilian s’était mis debout.

– Je n’ai pas dis que l’entretien était terminé, dis-je, la voix autoritaire.
– Et pourtant, il l’est, répliqua-t-il, se retournant.

Il avança jusqu’à la porte, et posa sa main sur la poignée, mais ne l’abaissa pas.

– Je suis certain qu’en ce moment même, il a ramené son mec et qu’il est en train de se faire baiser dans votre lit. Et j’espère que lorsque tu le découvriras, tu auras tellement mal que tu voudras crever. J’ai hâte de voir ça, Jaeden.

Sans un mot de plus, il sortit de la pièce, laissant une ambiance sinistre dans mon bureau. Mon regard ne quitta pas cette porte en bois verni, comme si j’attendais qu’Ilian revienne, et s’excuse de ses paroles. Mais c’était trop lui demander. Peut-être l’avais-je mérité, mais je ne savais pas pourquoi. D’une certaine façon, je ne voulais pas le savoir, tout comme je ne voulais pas savoir la raison de notre rupture. Même si cela me trottait dans la tête, j’avais pris la décision de croire que je n’étais pas assez bien pour Ilian, et cela m’avait aidé à devenir celui que j’étais.

Soupirant, je me levais de ma chaise et pris ma veste et ma sacoche. Je sortis de mon bureau en le fermant à clé et me dirigeant vers celui du directeur. Je frappais doucement puis entrai, le trouvant le nez dans ses dossiers, encore une fois.

– Ton entretien s’est terminé ? Me demanda-t-il, surpris.
– Avec quelqu’un qui ne vous aime pas, c’est toujours du rapide tu sais ! Fis-je, un sourire ironique au visage.

Il ne répondit rien, se contentant de lever les yeux au ciel. Une fois que je fus assis, il sortit un dossier jaune, comme ceux des patients, et me le tendit. Je le pris le regard incrédule, et l’ouvris.

– Cameron Murton, âgé de 21 ans. Il a été condamné pour le meurtre de sa petite amie de longue date, une certaine Angela. Le médecin ayant examiné cet homme nous a appelé car il semblerait qu’il souffre du trouble Borderline, fit le directeur, joignant ses mains.
– Ce serait ce trouble qui l’aurait conduit à ce crime ? Demandai-je, lisant le résumé du procès.
– Tout a fait. Il a été jugé coupable, mais devra être interné dans cet hôpital.
– Combien de temps ?
– Jusqu’à ce qu’il aille mieux.
– Et il ira en prison après ? Tu ne penses pas que la prison lui fera rouvrir ses plaies ?
– Ce n’est pas moi qui décide, Jaeden.

Je relevais alors mon regard vers lui, pour découvrir un regard vide et triste. Mais il ne me laissa pas le temps de poser plus de questions.

– Il arrive lundi. Et je veux que tu prennes son cas… En plus d’Ilian, bien entendu, rajouta-t-il, un sourire narquois aux lèvres.
– Bien entendu, répétai-je en me levant

La main sur la poignée, je m’arrêtais pour me retourner vers lui, une question soudaine me trottant dans la tête.

– Les patients atteints de folie ne sortent jamais d’ici n’est-ce pas ? Demandai-je, le regard dans le vague.
– Tu parles d’Ilian ? Me demanda-t-il, sérieux.
– Qui d’autre…

Il soupira puis reporta son attention sur le lac. D’une voix calme, il reprit.

– Je pense qu’il joue un jeu, fit-il, croisant les bras.
– Ilian se moque de nous ? Demandai-je, étonné.
– A toi de le découvrir.

Un sourire sur ses lèvres me montra qu’il ne m’en dirait pas plus, et frustré, je sortis de son bureau. Je sus pas pourquoi, mais apprendre qu’Ilian resterait ici sûrement pour le reste de sa vie me fendit le cœur. Si c’était le cas, que faisais-je là, à me tourner les méninges pour lui ? Pour un homme qui ne voulait faire aucun effort. Peut-être qu’avec mon nouveau patient, tout irait mieux. Du moins, c’est ce que j’espérais au plus profond de moi.

Je sortis mon portable de ma poche, regardais l’heure. Je décidais d’aller faire une surprise à Hugo et d’aller le chercher à son travail, lui qui devait se coltiner les transports en commun…

Je sortis de l’hôpital et pris ma voiture. Vingt minutes plus tard, je me retrouvais devant l’enceinte du lycée prestigieux. Un petit sourire amusé aux lèvres, je passais devant les jeunes étudiantes qui ne me lâchaient pas du regard, chuchotant entre elles. Lorsqu’elles me verraient sortir avec mon amant, elles allaient faire une autre tête. J’arrivais devant le secrétariat, où une jeune femme s’activait à remettre en ordre des dossiers. Je n’avais aucune idée d’où se trouvait la classe de mon amant.

– Je peux vous aider ? Demanda-t-elle, s’approchant de moi.
– Oui, je cherche le professeur Stevenson, s’il vous plaît, répondis-je, aimablement.
– Je suis désolé, Monsieur Stevenson donne un cours particulier…
– Pourrais-je savoir où se trouve sa classe, j’attendrai la fin de son cours.

Elle me sourit puis sortit un gros classeur, passant en revue différents emplois du temps.

– Voyons, dit-elle, plaçant un doigt sous son menton, Joe finissait en salle 328, donc Monsieur Stevenson devrait faire ce cours dans cette salle.
– Joe ?!? Fis-je, surpris.
– Oui, c’est le nom de l’élève dont s’occupe Monsieur Stevenson.

Mon estomac se tordit à cet instant. Mes pensées ne cessaient de fuser à toute vitesse, se remémorant l’appel téléphonique d’il y a quelques jours. Hugo m’avait dit que c’était un parent d’élève… Je tournais immédiatement ma tête de droite à gauche, chassant ces pensées. C’était Ilian et ses foutus paroles qui commençaient à me rendre paranoïaque. Je remerciais la secrétaire puis partis dans les couloirs à la recherche de cette salle.

Je la trouvais rapidement et m’installais contre le mur d’en face, attendant la sortie de mon amant. Mais bien vite, je fus poussé par la curiosité. Je voulais entendre la voix de ce Joe et voir s’il s’agissait de la même. Avec un peu de chance, je me trompais. Doucement, je collais mon oreille contre la porte. Mais ce ne furent pas les paroles d’un professeur à son élève que j’entendis…

– Joe..Ahh… Arrête, je ne peux pas.
– Tu me dis toujours ça et tu finis toujours par céder.
– Je t’ai dit que …Ahhh… C’est fini Joe !
– Je t’aime…
– Mais je l’aime lui. Je suis avec lui !
– Je sais. Pourtant, ça fait quatre mois que tu couches avec moi. Cède encore, une dernière fois.

Mon cœur se brisa à cet instant et, la main sur la bouche, je me reculais de cette maudite porte. Mes larmes vinrent s’écraser sur mes joues alors que je retenais avec peine un haut le cœur puissant. J’avais mal. Terriblement mal. Je priais le ciel pour que cela ne soit qu’une farce. Désespéré, je portais ma main à la poignée, le cœur en lambeaux. Comme au ralenti, la porte s’ouvrit, me laissant voir une vision que j’aurais préféré éviter.

Hugo se tenait assis sur son bureau, le pantalon sur les chevilles. Devant lui, un jeune homme brun, les cheveux mi-longs. Il était assez beau et devait sûrement être la coqueluche de tout le lycée. Sa main se tenait sur la joue de mon amant, prêt à l’embrasser, tandis que l’autre caressait sans aucune pudeur son entrejambes.

Je sentis mon cœur saigner et mes larmes redoublèrent d’intensité. Le brun tourna la tête vers moi, suivi du regard de mon amant. Au premier abord désireux, ses yeux s’agrandirent sous la surprise, et il poussa immédiatement le prénommé Joe, remettant son pantalon en place. Ses yeux commencèrent à s’embuer alors qu’il comprenait la connerie qu’il venait de faire.

– Jaeden… Murmura-t-il, s’approchant de moi.

Rageusement, j’essuyais mes larmes et me retournais, marchant d’un pas dynamique. Je n’avais pas envie de crier, je n’avais même pas envie de frapper cet avorton. Je voulais simplement disparaître. Alors, je n’étais pas assez bien pour lui non plus…

J’entendais Hugo courir derrière moi, criant mon nom, la voix totalement enrouée par ses larmes. Mais pour une fois, celle-ci ne me fit pas le moindre mal. Cet homme me répugnait plus qu’autre chose. Mon cœur agonisant, je ne pensais plus qu’à une chose. La même chose qui m’avait tant attiré il y a quatre ans. Je savais qu’elle me ferait oublier, et c’était parfait.

Mon allure se stabilisa alors que j’approchais de la voiture. Hugo en profita pour me rattraper, et se jeter sur moi. Sans réaction, je ne bougeais pas, attendant de voir ce qu’il allait dire.

– Je suis désolé ! S’il te plaît, laisse moi m’expliquer ! Je t’en supplie…C’est…C’est pas ce que tu crois…Me supplia t-il, ses larmes inondant ma veste.

Brutalement, j’avançais, le faisant trébucher. Il se retrouva assis au sol, complètement étonné par ma réaction. Les jeunes filles que j’avais vues il y a peu vinrent l’aider à se relever, me lançant un regard noir. Celui de mon amant devint vide et empli de tristesse.

– Jaeden…Je t’en prie… Murmura-t-il, faisant un pas vers moi.
– Je ne veux plus te voir, répliquai-je, la voix froide.

Je rentrais alors dans la voiture, le voyant tomber à genoux. J’avais mal. Atrocement mal. Je démarrais dans un bruit d’accélérateur déchirant, et partis sans un mot pour l’homme que j’aimais et qui me trompais sous mes yeux depuis quatre mois.

**

Je marchais dans les rues, la démarche traînante. Je savais où je voulais aller, je savais aussi que j’avais beaucoup trop bu. Je portai à mes lèvres le joint que je venais de rouler, m’appuyant contre le mur afin d’éviter de tomber. Je sentais l’effet de cette drogue se répandre en moi, ce n’était pas le premier. J’entendis alors une musique assez forte, venant de l’autre bout de la rue, et immédiatement je marchai dans cette direction.

Je connaissais très bien ce bar, et un sourire inonda mon visage alors que je poussais la porte. Je m’assis sur un tabouret et commandai un whisky coca, cherchant autour de moi un homme pour passer la nuit. J’étais plus ou moins célibataire après tout. Je ne mis pas longtemps avant de trouver un homme à mon goût. De toute façon, qu’il soit beau ou pas, je m’en fichais royalement. Il était plus petit que moi, les cheveux bruns, presque noirs, avec des yeux verts étincelants. Je ne le lâchais pas du regard, le détaillant de haut en bas. Il sembla le remarquer et un sourire naquit sur ses lèvres. La démarche féline, il s’approcha de moi et posa ses bras contre le bar, m’entourant.

– Tu es venu accompagné ? Me demanda-t-il, alors que je sentais son regard envieux se poser sur moi.

Mais je n’eus pas le temps de lui répondre, une voix grave que je connaissais bien l’interpella.

– Dégage !

Près de moi se trouvait Kain, le regard noir. Il semblait fatigué et de mauvaise humeur.

– Je suis arrivé le premier, fit le brun, regardant mon frère de la même façon.
– Mon petit frère ne cherche pas une partie de jambes en l’air…
– Bien sûr que si ! Répliquais-je en me levant.

Je pris alors la main de l’inconnu et sortit du bar. Mais je ne pouvais échapper à Kain de cette façon… Violemment, je sentis l’inconnu tomber par terre et me retournais, constatant qu’il partait en courant devant le regard meurtrier de mon frère. Ce dernier se tourna vers moi, avant de poser sa main sur mon épaule. Mais je la rejetais bien vite, et sortit un autre joint de ma poche.

– Tu fais chier ! Fis-je en allumant la cigarette.
– Depuis quand tu recommences à te droguer ? Demanda Kain, dégoûté.
– Un joint ne me fera pas de mal.

Sans un mot de plus, je me retournais, titubant. Je faillis trébucher et Kain me rattrapa, me calant contre le mur d’une maison. Rapidement, il me serra dans ses bras, augmentant son étreinte alors que je me débattais. Mais en vain. Je sentis bien vite mon mal-être refaire son apparition et ma gorge se serra. Les larmes me vinrent aux yeux, et je ne pus me débattre, restant stoïque.

– Je suis désolé… Murmura-t-il, plongeant sa tête dans mon cou.
– Pourquoi ? C’est toi qui avais raison depuis le début, dis-je, sur le même ton.
– Mais je ne voulais pas que ça arrive.
– Je ne répondis rien et mes larmes sortirent, s’écrasant contre mes joues. J’avais terriblement mal. L’alcool et la drogue me tapaient la tête, et avec difficulté, je luttais pour ne pas perdre pied sous les visions du passé qui me revenaient. Pourquoi pensais-je à Ilian dans un moment pareil ? Au regard moqueur que m’avait lancé son petit ami. Quel crétin celui-là. L’esprit engourdi, je ne me rendis pas compte que je parlais à Kain.

– Tu sais qu’il a refait sa vie… Soufflai-je, alors qu’il portait un de mes bras à son cou pour m’aider a marcher.
– Mais non, il a juste fait une connerie, répliqua Kain, commençant à marcher.
– Non, il lui parle à lui… Alors que moi… On fait que se disputer.
– J’ai plutôt l’impression que c’était juste une histoire de cul. Je l’ai vu, Jaeden, il était désespéré, il est même venu à mon appartement pour te chercher. Je sais que j’devrais pas le défendre, mais il m’a fait de la peine.
– Il est venu à ton appartement ?!? Fis-je, m’arrêtant de marcher, complètement ahuri.
– Bah…Oui, je pense que c’est normal… Il a l’air de s’en vouloir, répondit Kain, les yeux remplis d’incompréhension.
– Mais de qui tu me parles ?!!! M’emportais-je, énervé.
– De Hugo ! Celui pour qui tu t’es bourré la gueule parce qu’il t’avait trompé, de qui veux tu que je parle ?!?

Je tombais alors de haut, me rendant compte de l’absurdité de mes paroles précédentes. Je ne devais pas penser à Ilian dans un moment pareil. Bougonnant, je repris ma marche, m’appuyant contre le mur.

– J’en étais sûr ! S’écria mon frère, me plaquant contre les briques.
– Quoi ?!? Répliquai-je, méchamment.
– Je trouvais que le mec avec qui tu voulais baiser ressemblait à Ilian, déjà qu’Hugo lui ressemblait assez fortement… T’exagères Jaeden, pourquoi tu retombes là dedans !?
– Je retombe dans rien du tout !
– Je vais peut-être le répéter, mais je préfère que tu retournes avec Hugo. Il t’a peut-être trompé, mais il s’en veut à mort. Et puis Ilian est interné, donc ça réduit toutes tes chances de…

Mais je ne le laissais pas continuer. Violemment, je le poussai, et il tomba au sol, une grimace de douleur aux lèvres. Je murmurais un « Pauvre con » et repris ma marche, n’écoutant pas ses appels. Je hélais un taxi et pris la direction de mon bureau. Je savais qu’Hugo se trouvait dans notre appartement. Et je ne pouvais plus dormir chez Kain.

Je m’arrêtais en chemin pour acheter une bouteille de vodka, dont je bus la moitié sur le trajet. J’entrais dans l’hôpital en titubant légèrement, mais le vigile ne dit rien, et me laissa passer. Je ne savais pas vraiment où je voulais aller, je savais juste que je ne voulais pas me coucher, même si la fatigue se répandait en moi. Je montais à l’étage des chambres en buvant ma bouteille. Je m’arrêtais alors devant la porte de la chambre et constatais que de la lumière filtrait dans le bas. Un sourire étira mes lèvres alors que je pensais trouver Ilian dans les bras de Melvin. Je me voyais déjà en train de foutre cet avorton dehors et prévenir le directeur. Pourtant, lorsque j’ouvris la porte, je ne vis qu’Ilian, assis devant la fenêtre de sa chambre, son livre préféré entre ses mains.

T’es tout seul ? Demandai-je, regardant dans tous les recoins.

Il ne me répondit rien, me regardant froidement. Je haussais les épaules et murmurais « C’est trop nul », avant de marcher et de fermer la porte sans bruit, mais je ne réussis qu’à renverser la lampe de chevet sur la petite table. Immédiatement, je me baissais pour la ramasser, mais ma tête percuta le meuble, et je m’écroulais sur les fesses, mort de rire.

– Depuis quand tu utilises les objets pour essayer de me tuer ! Dis-je, approchant la bouteille de mes lèvres.

Je vis alors un sourire amusé étirer ses lèvres, mais bien vite troqué pour son visage habituel. Sans un mot, je me relevais, et m’écroulais sur son lit, posant la bouteille sur le sol. Les yeux fixés sur le plafond, je dis rien pendant un moment. Mes yeux se fermèrent, et la fatigue m’enveloppa doucement.

– Tu voulais me voir détruit ? Et bien profite. Je refais exactement la même chose qu’il y a quatre ans. Je me bourre la gueule et je fume joint sur joint. J’ai même voulu baiser, mais Kain m’en a empêché, tout ça parce qu’il te ressemblait.

J’entendis le livre tomber au sol, mais ne réagis pas. J’étais trop mort de toute façon.

– Je suis pitoyable. Je l’ai vu ! T’avais raison, ce mec me trompait depuis quatre mois. Alors qu’on était ensemble depuis un an, même pas… Et le pire, c’est que je m’en fous. Je l’ai vu, l’autre, lui mettre la main dans le boxer, j’ai tout vu. Et je m’en fous !

La fatigue m’enveloppa complètement, et je cessais de lutter, la laissant m’emporter. Dans un dernier effort, je prononçais ces mots, que j’allais sûrement regretter le lendemain.

– Je m’en fous… Parce que tout ce qui trotte dans ma tête… C’est que tu sors avec ce gamin moche que je déteste plus que tout…

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