Nothing to prove – Chapitre 4

Chapitre 4 écrit par Lybertys

 

A partir de ce moment, tout se précipita. L’infirmière qui venait de me découvrir avait accouru vers moi après avoir alerté d’un autre cri les autres. Elle arracha le bout de verre que je tenais dans la main et attrapa mon drap afin de faire un garrot pour stopper l’hémorragie. Tel l’effet d’une drogue, je sentais ma tête tournait à cause du manque de sang que mon corps commençait à ressentir. Une foule de personne me toucha, étant leur unique centre de préoccupation.

Je pus cependant entendre certains commentaires du personnel qui émit quelques commentaires à propos de ce que je venais de me faire. Ils  auraient pu être blessants, mais je n’y prêtais même pas attention. Quel jugement pouvaient-ils porter sur moi qui puisse m’atteindre car l’être que j’étais de puis quatre ans n’était plus moi depuis bien longtemps. Il ne faisait que juger la personne que j’avais créée. Seulement, l’acte que je venais de faire maintenant n’était pas de l’apparence.

Avoir d’avoir réprimé en moi toutes mes souffrances passée, je venais d’avoir un aperçu très bref de la quantité emmagasinée et j’avais était très proche de la totale destruction. Mes murs s’étaient fissurés et je savais que je ne m’en sortirais pas indemne. J’avais joué avec la mort, l’approchant de plus près que je ne me l’étais imaginé.

Sans trop m’en rendre compte, j’étais maintenant sur un lit qui déambulé dans les couloirs, sous le regard des patients curieux. Je pu croiser le regard de Melvin, avant de sentir mes paupières s’alourdir. Je ne possédais plus d’énergie, bien que ma plaie était maintenant sous leur contrôle, je me sentais partir. Les yeux maintenant clos, sans avoir su les retenir, je me concentrais sur les bribes de phrases que je pouvais entendre : « vous seriez arrivé dix minutes plus tard, il y serait passé… Les tendons n’ont pas l’air d’être touchés… Appelez le directeur ! Il faut aussi prévenir son psychiatre… »

Le monde grouillant autour de moi finit par s’amenuiser, laissant seulement une infirmière, un médecin et le directeur qui venait d’arriver dans la salle de soin. Je frémis de douleur, lorsque le médecin saisit mon bras, me forçant alors à ouvrir les yeux. Je fus heurté par la tristesse, l’inquiétude et la colère qui se lisait sur les yeux de la première personne qui entra dans mon champ de vision : le directeur.

Sans me défaire de mon sang froid, je repris en un rien de temps le visage impassible qui me protégeait. Il fallait que je cesse cela tout de suite. J’étais en train de déraper dangereusement. Me reprendre et ne surtout pas me laisser aller à ce début de faiblesse était la seule solution et la plus urgente. Etant au bord de la falaise, il était très facile pour moi de faire un faux pas. La voix faible du directeur n’était pas là pour m’y aider :

–               Est-ce que ça va Ilian… Reste avec nous…

Je vis alors l’homme qui était en train de finir de soigner ma plaie faire une grimace tant celle-ci représentait l’intensité de ma souffrance et encore, cela n’était qu’un aperçut. Moi je venais de voir, et cela me terrifiait. Je n’étais peut être pas aussi fort que je le pensais…

Je devais à tout prix me couper de ce monde un instant, et ce fut un sommeil important suite à une piqure qui m’y aida. Sans même avoir vraiment le temps de m’en rendre compte, je m’endormis m’éloignant un instant bien trop court de l’horreur de cette vie.

***

 

J’eus droit à un réveil des plus désagréables ayant la cruelle impression de ne pas être seul. Ma tête me lançait douloureusement et il me fallut du temps avant de me souvenir de ce qui venait de se passer. Je secouais légèrement la tête comme pour revenir pleinement à moi. Je ne pus réprimer une grimace de douleur lorsque je remuai mon poigné, gardant en moi l’expression de celle-ci. Maintenant je me souvenais… Je me rappelais de ce que je venais de faire, et de ma raison dans cette pièce blanche qui n’était autre que l’infirmerie.

Doucement, je m’asseyais sur le lit prenant soin de ne pas me faire plus mal que je ne l’avais déjà. Je ne pouvais nier que j’aimais quelque part cette douleur vive qui me masquer celle gravée en profondeur. Cela faisait longtemps que je ne m’étais pas senti aussi minable. Surpris, je vis alors que la présence que j’avais ressentie auparavant n’était autre que Jeaden. J’étais surpris de sa présence ici, et dans mon état, affaibli, il me fallut quelques minutes pour retrouver mon regard froid. C’était bien la dernière personne que j’avais envie de voir maintenant. Cet air triste, ce jugement que je pouvais lire et qui transparaissait malgré lui à travers ses yeux.

Ne semblant pas tenir compte de mon envie de le voir ici à mes côtés, il vin s’asseoir sur un côté de mon lit, posant son regard dans le vague, droit devant lui. Que cherchait-il ? A racheter l’erreur qu’il croyait avoir commis ? Se sentait-il responsable de l’état de mon bras qui était d’une douleur insupportable ? Si je me trouvais minable, et honteux de mon état, je n’en laissais surtout rien paraitre, je venais de leur montrer à tous déjà bien trop. Il restait pour le moment silencieux, rendant de plus en plus désagréable notre promiscuité. Pour l’heure j’avais besoin d’être seul. Je ne voulais pas des discours et des grandes théories de tous ces psychiatres sur mon état et sur ce que je venais de commettre.

J’étais las de cet endroit, las de tout, survivre était finalement bien trop épuisant pour y réussir… Pourquoi Jeaden avait accepté mon dossier ? Pourquoi tenait-il tant à m’aider ? Au vu de ce qu’il m’avait fait par le passé, je trouvais cela d’une hypocrisie monstre et j’avais du mal à croire que tout ce qu’il faisait n’était pas uniquement pour le mérite qu’il tirerait peut être de mon cas. Il venait déjà de réussir quelque chose sur moi, me faire réaliser à quel point j’allais mal… Mais… Etait-ce une bonne chose ?
Sa petite voix résonna soudain dans la pièce :

–               Excuses moi Ilian. Je suis un piètre psychiatre. Trop aveuglé par mon envie de savoir ce qu’il t’était arrivé, je n’ais même pas remarqué que tu allais mal. Dit-il, faiblement.

Son regard ne s’était pas encore posé sur moi. Il était particulièrement douloureux de le voir ainsi, touché par mon état. Le ton qu’il employait le trahissait, et pourtant cela ne collait pas avec le passé. Voulait-il finalement seulement se racheter, ou était-il à dix mille lieux de ce qui s’était passé entre nous ?
Il finit par tourner sa tête vers moi, croisant un instant mon regard qui ne lui offrait aucune réponse. Sans un mot de plus, il abaissa ses yeux sur mon bras mutilé, et le pris en main. Choqué par ce geste et par ce contact, ne m’y attendant pas du tout, je l’enlevais en moins de temps qu’il ne fallut pour le dire afin de le rabattre contre ma poitrine.

Je ne voulais pas qu’il voit, je ne voulais pas qu’il reste. Pourquoi ne se contentait-il pas de faire comme tous les autres ? C’était bien de la honte que je ressentais en plus de cela, je ne pouvais pas le nier. Mais ce qui m’avait le plus troublait était le contact que j’avais eu un court instant. Cette douceur et cette façon de toucher, la chaleur de sa peau qui me revenait en mémoire comme si notre dernier contact remontait à hier. Cela faisait si longtemps que je n’avais pas ressentit ce genre de chose suite à même un simple effleurement avec tout les autres. Pour moi, le contact avec un autre être humain était depuis trop longtemps vécu comme une agression. Soudain, sa voix me sortie de ma torpeur qu’il n’avait pas remarqué car il lui avait été camouflé par mes soins :

–               Et après tu veux me dire que tu ne ressens plus rien…dit-il, légèrement moqueur.

Je n’aimais pas du tout ce qu’il cherchait à faire et surtout ce qu’il venait de me dire. Ma colère pour lui revint aussi vite qu’elle était partit un court instant. A cause de lui, j’étais tombé bien trop bas, encore une fois maintenant.

Alors qu’il se levait, je tendis immédiatement mon bras vers lui. Puisqu’il tenait tant à le voir, je n’allais pas chercher à le lui cacher. Ce geste avait tout d’un geste de pure provocation. Mon regard froid ne faisait qu’affirmait cela, voulant à tout pris lui montrer par la même occasion que ce qu’il venait de dire était faux. Je le vis alors venir s’asseoir de nouveau à côté de moi, posant mon bras sur ses genoux. La douceur infinie qu’il dégageait me heurtait par l’absence d’habitude de ce genre d’attention pour moi ces dernières années. Je me rappelais vaguement, ne voulant pas me forcer à repenser au moi d’avant, mais j’avais été quelqu’un d’extrêmement timide et quémandant toujours de la douceur et de l’affection. J’avais été d’une fragilité et d’une vulnérabilité qui m’écœurait à présent.

Jeaden commença à défaire le pansement, et mon regard se posa sur lui. Je voulais voir sa réaction, mais je l’appréhendais quelque part tellement que lorsqu’il arriva au dernier tour, je virai immédiatement la tête à gauche, ne pouvant supporter qu’il voit cette plaie et surtout la voir moi-même. Montrer à quiconque cette plaie et en particulier à Jeaden, c’était faire voir une partie de ma douleur que j’avais toujours caché.

Jeaden avait pour la première fois depuis que nous nous étions revu un aperçut de ce ma sombre descente en enfer. J’étais pris d’un vertige, car à travers ses réactions, j’étais de nouveau plongé en moi à regarder ce que j’étais devenu. A voir la plaie que je m’étais cruellement infligé, il devait ressentir un élan de dégout monstre, mais il n’en laissa rien paraître. D’un bref regard jeté discrètement, je le vis sortir un petit pot de sa poche, qui semblait être de la crème. Comptait-il me soigner ? Je pouvais déjà sentir sur mon bras meurtris la chaleur de sa cuisse et de ses doigts se déplaçant avec délicatesse sur ma peau. Je me sentais encore un peu dans le vague, cela était certainement dû aux injections de médicaments qu’ils m’avaient faits. Je gardais obstinément la tête tournée vers la gauche, ne voulant pas en voir plus, me coupant de lui, lui offrant simplement le désastreux spectacle de mon bras.

C’était bien de la crème qu’il y avait dans ce petit pot, car il commença à l’appliquer délicatement sur mon bras. Je frémis au premier contact… Si ce fut désagréable au premier abord, bien vite, je fus envahi de cette douce chaleur dont je n’avais pas eu l’habitude depuis très longtemps… Cette douceur, cette façon de poser sa main sur moi… Le gout de ses lèvres…

Je m’en souvenais comme si c’était hier, notre premier baiser… Trop timide, je l’avais laissé prendre l’initiative et lentement afin de ne surtout pas me heurter, il avait déposes ses lèvres chaudes sur les miennes provoquant chez moi un violent frisson. Sa langue était venue progressivement quémander l’ouverture de mes lèvres afin de rejoindre la mienne, caressant mes lèvres d’une façon chaude et sensuelle.

Je me rappelais de tout ce que cela avait fait naître en moi, l’impression de vivre dans un autre monde un court instant, un monde qui m’avait cruellement manqué toute ces années. L’amour que j’avais éprouvait pour lui, et l’affection que nous nous étions porté… Ses mains effleurant ma nuque et le bas de mon dos afin de m’attirer bien plus près pour approfondir notre contact grandissant… La délicatesse dont il avait toujours fait preuve avec moi, l’attention… L’impression d’être important pour quelqu’un, l’impression de vivre enfin depuis ma naissance…

Mais maintenant tout cela était fini… Tout cela m’était interdit. Pourtant je le sentais de nouveau, ce cœur en moi, palpité à la recherche d’un semblant de vie. Pourquoi devais-je tomber sur lui ? Pourquoi s’acharnait-il à m’aider ? Ressentait-il encore quelque chose pour moi ? Et moi ? Ne ressentais-je pas encore mon cœur vibrer au plus profond de moi à sa vue ? Peu m’importait, je lui laissais mon bras, fermant les yeux afin de profiter pleinement de ce qu’il était en train de me faire. Peu importe qui était en train de me procurer cette sensation qui me faisait tant de bien, comme s’il pansait un peu mon cœur. Cela me faisait oublier un instant ce que mon cousin m’avait fait, me touchant comme plus jamais je ne voulais être touché. Je savais que cela devait être difficile de voir mon bras, mais quelque part, je voyais cela comme une vengeance face à ce qu’il m’avait fait par le passé. Voyait-il ou cela m’avait mené ?

Plus le contact durait et plus ma volonté de lui en vouloir et d’éprouver de la rancœur pour lui s’effilochait. Sans trop savoir pourquoi, je sentis les larmes me monter aux yeux… J’avais besoin de pleurer, mais jamais je ne le ferais devant lui. Ces larmes que j’avais si souvent repoussé, et qui maintenant venaient en masse afin de me faire céder… Il fallait qu’il sorte, que je me reprenne, qu’il me laisse seul comme j’avais maintenant l’habitude de l’être. J’étais effrayé par le pouvoir qu’il était en train de prendre sur moi. Combien je donnerais pour revenir plusieurs années en arrière…

D’une voix faible et pleine de tristesse, ne parvenant malheureusement pas à me reprendre, je dis sans pour autant le regarder :

–               Sors… S’il te plait…

Je le sentis alors me regarder timidement, mais je n’aurais pu croiser son regard triste une fois de plus sans m’effondrer littéralement.

–               Je reviendrais ce soir, t’apporter ton diner, me dit-il en refaisant le pansement.

Je ne lui répondis rien, sentant que de toute façon aucun n’autre mot ne passerait le barrage de mes lèvres. Il m’était de plus en plus dur de me retenir, je savais que ce n’était plus qu’une question de seconde. Il reposa mon bras soigné doucement sur le lit, se levant en même temps. Je le rabattis immédiatement contre ma poitrine, comme pour me replier un peu plus sur moi-même. Lorsqu’il sortit enfin de la pièce et qu’il ferma la porte, je pus enfin me laisser aller comme je ne l’avais pas fait depuis si longtemps… Je tenais mon bras avec mon autre main, comme si celui-ci réclamait encore les caresses de Jeaden. Je baissais alors la tête et lâchais le premier sanglot, suivit de près par les larmes que je laissais enfin couler. Cela était bien plus douloureux que quiconque pouvait le penser. J’avais l’impression de ne plus parvenir à me maîtriser, de ne plus être la personne dure et froide que je m’étais créé. Je craquais…

Je ne sus combien de temps je restais là, à pleurer, laissant couler les larmes intarissables, sentant saigner mon cœur à grand flots. Depuis ma séparation avec Jaeden, je n’avais plus connu un seul de ces contacts doux. Juste des regards posé sur moi lors du procès, des regards de dégout et de mépris. Ma propre famille m’avait rejeté, et j’avais fini ici, pris pour un fou… Ce qui était encore plus douloureux, c’était le fait que cette douceur venait de m’être redonnée par le même homme. Lorsque plus une seule larme n’était présente dans mon corps, je me sentais totalement vidé. Je n’avais même pas la force de bouger. Seule la douleur lancinante de mon poigné me rappelait que j’étais en vie. Mes yeux finirent par se fermer totalement, j’étais toujours dans la même position. Le sommeil ne tarda pas lui non plus, et bientôt je parti rejoindre les bras de Morphée.

 

*

 

J’étais assis sur le côté passager dans la voiture, conduite par Ewen mon cousin qui avait à tout prix tenu que je vienne à la petite soirée qu’un ami à lui avait organisé. Je venais tout juste d’avoir 17 ans et mon cousin avait réussi à convaincre mes parents de me laisser sortir avec lui. A vrai dire, je n’en avais pas vraiment envie, de nature très timide, je ne parvenais jamais à trouver ma place dans ce genre de lieu et d’ambiance.

–               Allez cousin, tu va voir, il y a un mec que je tiens vraiment à te présenter. Et puis ça ne te fera pas de mal, ça te décoincera un peu !
–               Mouais, répondis-je en faisant la moue.

Ewen éclata de rire, mais cela m’agaça plus que ne m’amusa. Pour qui se prenait-il à vouloir soudain régenter ma vie. Cela ne faisait qu’une petite année qu’il semblait me porter de l’intérêt. Plus âgé que moi, il prenait la place de l’entraineur et décider de la plupart de choses que nous faisions ensemble. Nous arrivâmes bien trop vite sur le parking, et après s’être garé, nous nous dirigeâmes chez l’ami de mon cousin qui organisait la fête dans sa maison. Au vu de sa grandeur, il était indéniable que ses parents devaient avoir les moyens.

Je marchais un peu derrière Ewen, peu sur de la suite des évènements, cherchant déjà une excuse pour m’éclipser et partir au plus vite. Malheureusement rien ne vint à mon esprit, et nous nous retrouvâmes tous deux devant la porte à sonner afin que quelqu’un vienne nous ouvrir. On ne tarda pas à venir nous faire entrer, et tous saluaient Ewen prouvant qu’ils le connaissaient déjà très bien.

Je me sentais déjà extrêmement mal à l’aise, si bien que je laissais rapidement Ewen avec ses amis et me dirigeait vers le bar, sachant que l’alcool me désinhiberait un peu. Alors que j’étais en train de me servir un verre de je ne sais quoi alcoolisé, je sentis un regard insistant posé sur moi. Par pur reflexe, je tournais la tête vers l’homme qui se tenait à côté de moi. Nos regards se croisèrent un court instant, et gênait le mien alla très vite dans une contemplation muette du sol. J

e sentais mes joues chauffer, signifiant très clairement, et à mon plus grand damne que j’étais en train de rougir. Il émit un petit rire avant de me laisser seul et légèrement tremblant, mort de honte de ma réaction. Cette timidité me bouffait. Je mis du temps avant de relevé la tête, il avait disparut de mon champs de vision. Je refermais l’étreinte de ma main sur mon verre, avant d’avaler une grosse gorgée. Cette homme était assez grand par rapport à moi, bien plus fort, et avait bien plus d’assurance que moi. Ce qui m’avait surtout marqué suite à mon bref coup d’œil, s’était la profondeur que reflétaient ses yeux. Leur couleur, je l’avais retenu toute suite de part leur beauté : châtaigne avec quelques touches de vert. 

Si jamais je n’avais pas été comme j’étais actuellement, si jamais je n’avais pas été atteint d’une timidité maladive, je serais partit à sa recherche. Au lieu de cela, je parcourais rapidement la pièce d’un coup d’œil à la recherche d’un petit coin tranquille.

Une fois celui-ci repéré, je m’y rendis mon verre à la main. Personne ne semblait s’apercevoir de ma présence, et cela ma convenait parfaitement. Je me retrouvais donc assis dans mon coin, à siroter mon verre d’alcool à attendre que le temps passe. Les doigts d’une de mes mains s’entortillés les uns avec les autres, ayant beaucoup de mal à cacher mon état de stress. Finalement, après une bonne demi-heure à attendre dans mon coin, je décider de me lever et d’aller prendre l’air. Une bonne cigarette me permettrait peut être de me calmer et de faire baisser mon angoisse.

Arrivé dans le jardin, je savourais le calme qui y régnait. Certes il ne faisait pas très chaud, mais au moins, il y avait moins de monde. J’attrapais une cigarette et mon briquet, puis me mettait encore un peu à l’écart afin d’avoir véritablement la paix. Après ma première bouffée, j’expirais la fumée, regardant le nuage qui se dissipait dans l’air. Je laissais ensuite mon regard partir dans le vague, qui s’arrêta immédiatement sur l’homme qui approchait dans ma direction, le même homme que j’avais croisé à côté du bar. Je pris sur moi pour garder mon calme, et me retenais de ne pas baisser la tête.

Arrivé à ma hauteur, je pu voir un petit sourire se dépeindre sur ses lèvres, ce qui lui donnait un charme fou. Ses cheveux indisciplinés lui donnaient un style qui était loin de me laisser indifférent ? Bien sur, jamais je ne lui aurait dit ou jamais je n’aurais tenté quoi que ce soit avec lui. Faire le premier pas n’était vraiment pas dans mes capacités. Machinalement, je reportais la cigarette à ma bouche, tirant une autre bouffée.

Ce fut lui qui engagea la conversation :

–              Tu n’as pas l’air d’apprécié particulièrement ce genre de fête je me trompe ?! Au fait je m’appelle Jaeden et toi ?

–              Euh… Je… Ilian, répondis-je en ayant du mal à réprimé un rougissement.

Je bénissais pour cela la peine ombre qui régnait.

–              Enchanté Ilian.

Jaeden tenait un verre à la main, et semblait bien plus à l’aise que je ne l’étais actuellement.

–              Il me semble t’avoir déjà vu quelque part, tu n’es pas dans mon cours d’informatique le mardi après-midi ?
–              Euh… Si, mais je ne me souviens pas t’avoir vu, me décidais-je enfin à m’exprimer.

Jaeden éclata alors de rire, je ne savais pas trop comment me tenir face à cette réaction, et heureusement il expliqua :

–              J’ai du y aller seulement une fois, mais je t’avais remarqué dans le fond.

Mes joues s’empourprèrent de nouveau, il était bien rare que quelqu’un me remarque, surtout une personne qui avait été dans la même classe que moi pendant une petite heure seulement.

–              Tu es venu avec quelqu’un ? me demanda-t-il.
–              Euh, oui… Avec mon cousin. Il tenait… Enfin, il m’a proposé de venir avec lui.
–              Pourtant tu n’as pas l’air d’être ravi. Moi non plus pour tout te dire, mais finalement la soirée est en train de prendre une toute autre tournure.

Il commença alors à se rapprocher de moi dangereusement et ajouta bien plus bas afin que je sois le seul à entendre:

–              Une bien meilleure tournure…

Maintenant le visage très proche du mien, je pouvais sentir son souffle chaud se déposer sur mes lèvres. Mes yeux avaient croisés les siens pour ne plus les quitter, j’étais comme envouté. Voyant que je n’opposais aucune résistance, il parcourut les derniers centimètres qui séparaient nos lèvres. A ce contact, je fus tellement bouleversé que je ne pu réprimer un frisson de bien être. Ma cigarette s’échappa de mes doigts, tombant sur le sol en continuant de se consumer, mais déjà elle avait quitté notre monde.

Alors que sa langue venait sensuellement caresser mes lèvres, je sentais mon cœur battre terriblement vite. Inconsciemment, je me rapprochais de lui, amenuisant la distance qui séparait nos deux corps. Lentement j’entrouvrais mes lèvres afin que nos langues se rencontrent enfin. Je me sentais déjà transporter dans un autre monde, oubliant qui j’étais pour ne formé plus qu’un à travers ce baiser échangé. Je le laissais venir à ma rencontre, n’ayant en aucun cas le courage de prendre les initiatives.

Jamais je n’avais connu pareil douceur. Tout était fait pour ne pas me heurter, prenant en compte et étant particulièrement attentif à la moindre de mes réactions. Lentement ses mains vinrent se poser sur ma nuque et sur le bas de mon dos afin de m’attirer plus près et d’approfondir l’échange, tout en le laissant sensuel et débordant de douceur. Un très petit gémissement silencieux s’échappa de mes lèvres, tant le plaisir qu’il m’apportait était puissant. Cet homme embrassait comme un dieu, entraînant ma langue dans un ballet langoureux. Malheureusement et bien trop vite à mon gout, ce baiser prit fin et Jaeden s’écarta de moi, me laissant pantelant. Un petit sourire que j’appréciais déjà tout particulièrement étira ses lèvres, avant de me déclarer d’une vois étonnamment douce et séductrice :

–              Tu ne veux pas sortir avec moi ?

*

J’ouvris les yeux, mettant du temps avant de me rappeler où je me trouvais. La douleur de mon poigné suffit à me remémorer la totalité des évènements. Après le rêve que je venais de faire, je me sentais encore plus mal. Mélancolique du temps passé ensemble, je me redressais, secouant légèrement la tête, voulant oublier ce rêve trop douloureux dans ma mémoire. Seulement à peine étais-je assis sur le lit que je croisais le regard de Jaeden assis sur le fauteuil de ma chambre tenant un livre à la main. Aussitôt et non sans difficulté, je lui renvoyais ce même regard froid, montrant que rien n’avait changé entre nous. Je lui montrais très clairement que sa présence ici n’était pas demandé.

–               Bien reposé ? Ca va un peu mieux ? me demanda-t-il.

Face à non-réponse, il poursuivit :

–               Je t’ai amené ton diner il y a un petit quart d’heure, il ne devrait pas avoir trop refroidit, si ce n’est pas assez chaud tu me le diras, j’irais le faire réchauffer.

Je tournais la tête pour voir le petit plateau posé sur la table à roulette, contenant cette même nourriture infecte dont je me nourrissais depuis quatre années. Pour être franc, je n’avais pas faim du tout, mais souhaitant éviter toute question, je décidais de me forcer. J’attirais à moi le plateau, tendis que je pouvais voir Jaeden se redresser afin de pouvoir être un peu plus à ma hauteur. S’il attendait un merci de ma part, il pouvait attendre encore longtemps.

Avec lenteur, à cause de mon poigné blessé, j’entamais mon repas, me forçant à chaque bouchée. J’avais déjà beaucoup de mal à me nourrir chaque jour, n’avalant que le strict nécessaire, mais aujourd’hui, c’était pire que tout. Le regard de Jaeden posé sur moi ne faisait rien pour arranger la chose. Je détestais me sentir ainsi observé et scruté. Je ne réussi qu’à avalé la moitié, puis je repoussé mon plateau, avant de me recoucher, et sans un mot ni même un regard pour Jaeden, fermer les yeux. Je n’avais plus sommeil, mais je voulais être seul.

–               Repose-toi Ilian, tu en a besoin. A demain.

J’ouvris les yeux et le vis se relevé puis attraper mon plateau en laissant son livre à la place. Sans un mot de plus, il sortit, me laissant enfin seul. Ce fut la curiosité qui prit le dessus, et je me redressé légèrement afin de voir quel lecture il était en train de faire. Mon cœur se serra aussitôt à la vue de la couverture. Faisait-il exprès ? C’était un livre que je pouvais lire et relire à l’époque ou nous sortions ensemble. Plusieurs fois il avait du user de tout ses charmes pour me faire quitter mes lecture afin que je porte mon attention sur lui.

Ce livre je ne l’avais plus touché depuis plus de quatre ans… Fébrilement, je le saisi, grimaçant de douleur à cause de mon bras blessé. Je connaissais encore des pages entières par cœur. C’était un des auteurs préféré, mon modèle encore aujourd’hui… Tremblant, j’ouvris la première page, et laissai glisser mes yeux sur les premiers mots, les premières phrases, commençant à le lire une fois de plus sans trop m’en rendre compte. Je dus lire une bonne moitié, jusqu’à ce que je sente la fatigue prendre trop d’emprise sur moi. Je reposais le livre sur la table, tel que je l’avais trouvé, ne voulant surtout pas montrer que je l’avais touché.

Ce livre avait toujours le même effet sur moi… Il me donnait presque le sourire alors que c’était une histoire assez triste. J’aimais par-dessus tout là façon dont l’auteur nous entraînait avec une facilité déconcertante dans ce monde qui n’appartenait qu’à lui.
Il me donnait vraiment envie de poursuivre mon histoire, mais ce n’étais pas le moment. Je m’allongeais le plus confortablement possible, pas du tout près à affronter la journée de demain.

Le lendemain, je fus réveillé par une infirmière qui venait changer mon pansement et m’amener mon petit déjeuner. Elle me prévint que je passerais encore deux nuits ici avant de rejoindre ma chambre. Je ne l’écoutais qu’à moitié, faisant tout pour ne pas voir mon bras. Je n’étais pas encore près à voir l’étendu des dégâts.

–               Vous avez de la chance, déclara-t-elle soudain, la cicatrisation de votre plaie est déjà entamée.  Au fait, votre sœur va venir vous rendre visite dans une petite heure. Etant donné les circonstances, nous autorisons ce genre de visite.

Je tournais la tête vers elle, surprit, mais n’en montrant évidemment rien. S’il y avait une personne que je n’avais pas envie de revoir, c’était bien elle. L’infirmière finit par me laisser, me donnant le plateau contenant mon petit déjeuner. Seulement cette fois-ci, je ne pus pas avaler plus d’une petite bouchée, finissant par repousser le plateau loin de moi. Je soupirais, las de cette journée qui commençait très mal.

Les cachets que m’avait fait avaler cette infirmière commençaient déjà à me faire tourner la tête, me faisant perdre une partie de la maîtrise que je pouvais avoir de moi-même. Je me surpris à fixer la pendule, trouvant que le temps passait bien trop vite. Dans une petite demi-heure, si l’infirmière avait vu juste, je devrais affronter ma sœur que je n’avais pas vue depuis longtemps. Malheureusement, ma sœur arriva un peu en avance, et je pus déjà entendre sa voix dans le couloir, en pleine discussion avec le psychiatre. Elle venait d’avoir vingt ans et respiré la réussite et l’assurance, au contraire de ma personne.

Elle entra seule dans la chambre, et à sa vue, je me redressais un peu afin de ne pas être dans une position de totale infériorité. Elle vint directement droit vers moi, d’un pas ferme et décidé. Je ne vis pas le coup venir. A peine fut elle arrivé à ma hauteur, que j’eus le droit à une gifle monumentale qui me fit tourner la tête sous la violence du choc. A peine eut elle finit que je pouvais déjà sentir la douleur et ma joue chauffer sous le choc. Je la regardai de nouveaux, ayant tout juste la force de garder mon regard impassible. Ne me laissant aucun répit, elle commença à cracher son venin :

–               Tu ne crois pas que tu nous as causé assez de problèmes comme ça ?!!! Non, il fallait que tu te fasses encore remarquer. Maman allait mieux, elle était prête à tourner la page. Nous allions nous éloigné de toi et de ton attirance pour les problèmes et tu choisis de faire la pire des choses qui soit. As-tu seulement un court instant pensé à nous ? Si tu tiens à rester ici sans faire d’effort, c’est ton problème pas le notre !! Tu sais quoi Ilian ?! J’aurais mille fois préféré être fille unique, la vie aurait été bien meilleure pour papa et maman.

Plus elle parlait, plus je sentais la fissure que mon cœur avait connu se refermer, me repliant de nouveau au plus profond de moi-même afin de ne pas être atteint par son venin qui me tuait à petit feu. Je sentais que j’avais de plus en plus de mal à respirer, totalement étouffé par toute la haine qu’elle déversait sur moi.

–               Pff, et tu ne réponds rien… Tu ne cherches même pas à te défendre… poursuivit-elle.

Soudain, une voix que je ne connaissais que trop bien retentie dans la pièce :

–               Qu’est ce que vous faites là ? Vous allez me faire le plaisir de sortir d’ici et de ne plus jamais revenir le voir.

Ma sœur se retourna immédiatement, et reconnu aussitôt Jaeden, plus que surprise de le voir ici. Vexée d’être surprise ainsi, elle déclara très froidement, fixant Jaeden de toute sa hauteur, dans un regard empli d’insolence :

–               De toute façon, j’avais finis.

Sans un mot de plus, elle sortie, me laissant seule avec celui qui venait de me venir en aide. Celui dit alors tout bas, une phrase que je parvins à entendre :

–               Décidemment, son idiotie a pris le dessus sur le peu d’intelligence qu’elle avait.

Je me surpris à sourire à cette phrase, cachant bien vite mon sourire en coin lorsqu’il tourna la tête vers moi.

–               J’espère que tu as bien dormi et que ta nuit a été plus reposante que la mienne, commença-t-il avant de poser les yeux sur mon plateau repas à peine touché. Ilian, il faut que tu… Bon, se reprit-il, passons pour cette fois.

Il vint alors s’asseoir tout naturellement à côté de moi.

–               Je peux ? me demanda-il en montrant mon bras mutilé d’un regard et en sortant son petit pot de crème miracle.

N’ayant pas la tête à résister ou même l’envie d’ouvrir la bouche, je lui tendis simplement mon bras. Il émit un petit sourire satisfait, avant de poser délicatement mon bras sur ses genoux. Lentement, de la même manière que la dernière fois, il entreprit de défaire mon bandage avec douceur, voulant éviter à tout prix de me faire mal. Une fois mon bras dévoilé, je détournais le regard, ne voulant rien voir de tout cela. Je repensais à ce que venait de me dire ma sœur… Et si elle avait raison ? Est-ce que tout ne serait pas allé mieux si je n’avais pas exister ?

Je frémis lorsque je sentis ses doigts enduits de crème se poser sur ma peau meurtrie. Bien vite je fus envahis des mêmes sensations que la dernière fois, qui me firent oublier un instant ces questions destructrices. Je me laissais de nouveau aller à fermer les yeux, me concentrant uniquement sur ce que je ressentais. Le massage durait bien plus longtemps que la dernière fois. C’était comme s’il pansait un instant mon cœur, m’offrant un peu de chaleur. Plus le temps passait et plus je me laissais aller. Ses doigts passaient habillement sur ma peau, ne me faisait aucun mal. Seulement, cela commençait à prendre un peu trop de temps. En effet, cela faisait un moment que la crème était totalement pénétrée dans ma peau. Intrigué, j’ouvris les yeux et tournait la tête vers Jaeden. Il était en train de me masser, les yeux perdus dans le vide.

Amusé, je déclarais, sans me départir de ma voix froide :

–               Il n’y a plus de pommade…

Jaeden sursauta et se redressa comme s’il venait de se réveiller. A ma plus grande surprise, je le vis alors rougir violemment et fuir mon regard. Il finit par se lever, attrapa mon plateau presque plein et déclara un peu précipitamment :

–               Je reviens plus tard.

En moins de temps qu’il ne fallut pour le dire, il était déjà hors de la chambre, me laissant quelque peu abasourdit. Pourquoi avait-il eu cette réaction ? A quoi avait-il pu bien penser pour qu’il soit dans cet état ?
Je m’enfonçais dans on oreiller, me sentant encore terriblement fatigué. Je n’aimais vraiment pas être ainsi. Alors que j’allais de nouveau me laisser aller à fermer les yeux, j’entendis quelques coups frapper à la porte. Comme à mon habitude, je ne pris pas la peine de dire entrer, sachant que la personne le ferait de toute manière. La porte s’entrouvrit alors, et je jetais un léger coup d’œil pour découvrir Melvin à l’entrée de cette chambre. Il s’approcha de moi avec un sourire. C’était fou comme il pouvait respirer l’innocence. C’était à se demander s’il avait sa place ici…

–               On m’a donné l’autorisation de venir te voir commença-il. Ta présence m’a vraiment manqué ces deux jours.

Il s’approcha encore un peu plus, finissant par s’asseoir sur mon lit. Je vis qu’il tenait dans la main un de mes nombreux cahiers. Je me redressais un peu afin d’être à sa hauteur. Je n’avais rien à craindre de lui, après tout il était dans la même situation que moi, et un peu de sa présence me ferais oublier un court instant mes problèmes. Cependant, ce n’est pas pour autant que j’engageais la conversation, lui laissant tout le loisir de s’exprimer.

–               Je viens de finir cette histoire, dit-il en plongeant ses yeux bleus dans les miens. Je te l’avais emprunté avant que tu … Enfin…

Un léger silence s’installa entre nous, avant qu’il reprenne de plus belle.

–               Je pourrais aller dans ta chambre tout à l’heure pour prendre un autre cahier.
–               Oui, tu peux, lui répondis-je en m’étonnant moi-même lorsque j’ajoutais : celle-ci t’a plu ?
–               Elle est vraiment très sombre. Enfin, pas en apparence, mais la fin fait ressortir toute la noirceur du personnage. Autant dire que je ne m’y attendais vraiment pas.

Malgré moi engagé dans la conversation, je répliquais :

–               Tu ne t’en étais pas aperçût avant ?
–               Ah non, pas du tout.
–               Heureux qu’elle t’ait plu répondis-je.
–               Sincèrement, merci de me laisser lire tes écrits.

J’esquissais un très léger sourire, emprunt de mélancolie. Cela faisait finalement beaucoup de bien de pouvoir parler de quelque chose qui n’était pas lié à ma présence ici. Avec Melvin, je n’étais pas obligé de rendre des comptes, j’avais seulement à échanger avec lui sur mes écrits.

–               Non mais franchement s’exclama-t-il, la façon dont ton personnage dérape à la fin. Tellement amoureux de cet homme qu’il craque sous l’attirance physique qu’il éprouve pour lui. Tu finis cette histoire juste à la fin du viol, cela fait vraiment un choc. Tu décris cela d’une telle façon… On ressent vraiment l’envie non maitrisable qu’il éprouve. Elle est presque bestiale. C’est fou comme tu te mets à la place du violeur, on finit par croire qu’il n’y aucune autre solution. Plus je te lis et plus je remarque que tu parviens à te glisser dans chacun des rôles avec une facilité et un réalisme déconcertant.

Il finit par se taire, à mon plus grand soulagement, car je commençais à me sentir mal à l’aise. Je le vis faire un tour de la pièce d’un bref regard qui s’arrêta soudain sur le livre de Jaeden.

–               Oh ! C’est toi qui lis ça ?
–               Euh, non, c’est mon psy…
–               Il a bon goût, j’ai du lire ce livre je ne sais combien de fois.

Il alla le prendre, posant sur le lit mon cahier qu’il avait encore.  Aussitôt il l’ouvrit en venant s’asseoir de nouveau à mes côtés, comme je l’avais fait hier soir. Il se mit alors à feuilleter les pages, avec le regard d’un enfant qui s’émerveille devant son nouveau jouet. Soudain, je le vis s’arrêter, le regard plongé dans le vague. Inquiet, je demandais, me surprenant de plus en plus de ma sociabilité :

–               Melvin ? Quelque chose ne va pas ?

Après un temps, il tourna la tête vers moi, plongeant son regard dans le mien, et me demanda :

–               Dis Ilian, tu veux que je te raconte pourquoi je suis ici ? Tu as envie de savoir ?
–               Ca ne me concerne pas Melvin. Tu es tel que tu es, et cela m’est égal de connaitre ce que tu as commis par le passé.
–               Tu as raison, me dit-il en souriant, apparemment soulagé de la tournure qu’avait prit notre discussion.

C’est à ce moment là que la porte s’ouvrit, laissant apparaître Jaeden avec mon plateau repas à la main. Il s’arrêta immédiatement en voyant Melvin assit sur mon lit, en train de parler avec moi un sourire affiché sur ses lèvres. Je repris très vite mon air impassible et silencieux. Je me rendais aussitôt compte que je m’étais bien trop laissé aller. Cela devait être du à mon état de faiblesse et aux tonnes de cachets auxquels j’avais le droit chaque jour.

–               Je te laisse, déclara alors Melvin, repose toi bien et j’espère te revoir vite.

Sans un mot de plus, il reposa le livre de Jaeden, attrapa mon cahier et sortit sous le regard froid de Jaeden qui fixait mes écrit entre les mains de ce jeune homme.

Jaeden s’écarta légèrement pour le laisser passer, puis finit par venir poser le plateau sur ma petite table.  Je le regardais à peine, ne m’attendant pas à quelque chose de merveilleux. Le plat était caché par un couvercle qui devait sans doute garder la chaleur. Je me redressais, peu convaincu par mon envie de manger. Il fit rouler le plateau vers moi, puis alla s’asseoir sur la chaise juste à côté de mon lit.

Las je soulevais le plateau pour y découvrir à ma plus grande surprise des frites et un hamburger fraichement acheté. Je relevais la tête vers Jaeden sans pour autant trahir un quelconque sentiment, avant de regarder de nouveau mon assiette. Cela faisait des années que je n’avais pas eu droit à ce genre de nourriture, et déjà l’odeur m’emplissait les narines, faisant presque gargouiller mon ventre.  Alors que j’allais tendre la main pour entamer mon repas, l’appétit m’étant très vite revenu, je murmurai, sans relever la tête :

–               Merci…

Puis, sans plus de cérémonie, j’entamais mon repas, commençant par attraper une frite, et la portant avec lenteur à ma bouche. A peine l’aliment eut-il touché ma langue, que je me sentais envahie de bonheur. Ces petits riens que l’on m’avait interdit m’avait finalement manqué. Il ne me fallut pas bien longtemps pour prendre une dernière fritte et attraper mon hamburger sans pour autant trahir le bonheur et l’empressement qui me saisissait. Je n’allais pas offrir cette satisfaction à cet homme. C’est ainsi que je me retrouvais à savourer cette nourriture pour la première fois depuis plus de quatre ans, sous le regard amusé et irritant de Jaeden. Celui-ci finit d’ailleurs par se lever et vint s’asseoir au bord du lit. D’un geste rapide, il me piqua une frite qu’il mangea aussitôt après m’avoir dit d’un air grincheux :

–               Content que ça te plaise…

Je ne répondis rien, posant sur lui mon regard qui semblait le glaçait de l’intérieur. Est-ce que j’avais à ce point changé pour qu’il me dévisage de la sorte à chaque fois, comme s’il semblait ne pas me reconnaitre.
Je finis de manger dans le silence, Jaeden attrapant son livre et retournant s’asseoir sur la chaise à côté du lit. Lorsque j’eus fini, je repoussais le plateau, me sentant déjà épuisé de cette matinée. Sans prévenir Jaeden, je m’enfonçais dans mon lit, posant ma tête dans l’oreiller, m’installant près à m’endormir, fermant les yeux après un dernier regard discret jeté à Jaeden. Je n’entendis pas Jaeden partir, plongeant déjà dans un profond sommeil.

Je ne me réveillais assez tard le soir. Mon repas avait été déposé à côté de moi, et après un rapide coup d’œil dans la pièce, je compris que j’étais seul. A peine un regard jeté au plateau repas, et je m’en détournais aussitôt, je n’avais pas particulièrement faim. C’est à ce moment là que je vis posé sur ma table une petite boite de bonbon, mes préférés, encore un coup de Jaeden. Agacé de ce genre d’attention, je n’y touchais pas, bien que l’envie soit très forte. Je n’allais pas m’abaisser ainsi. Ce n’était pas avec des bonbons qu’il allait acheter ma confiance. D’ailleurs, il l’avait déjà trahi par le passé, plus jamais je ne la lui donnerais. J’attrapais cependant son livre, je l’avais déjà bien entamé, et n’ayant pas particulièrement sommeil et n’ayant rien d’autre à faire, je décidais de poursuivre ma lecture.
Ceci dura jusqu’à très tard la nuit, jusqu’à ce que je m’endorme sans m’en rendre compte, le livre entre les mains.

Le lendemain, j’eus la désagréable surpris de me faire réveiller par une infirmière accompagné de Jaeden Au vue de la luminosité qui régnait dans la pièce, je sus qu’il n’était pas tôt. Il me fallut un centième de seconde pour redevenir celui que j’étais à leurs yeux. Je sentis quelque chose dans mes mains,  et m’aperçus que c’était le livre de Jaeden. Je le posais sur la table, agacé que l’on m’est surpris avec.

–               J’espère que tu t’es bien reposé et que cela t’aura remis les idées en place, commença l’infirmière. Je vais refaire ton pansement et tu iras faire une séance avec ton psychiatre avant de regagner ta chambre.

Je ne répondis rien, me contentant de jeter un coup d’œil à Jaeden. Comme à chaque fois, je tournais ma tête ne voulant surtout pas voir mon bras. L’infirmière fit son soin très rapidement, et ils me laissèrent dans ma chambre, afin que j’aille me laver et mettre les mêmes habits propres qu’ils m’avaient apportés.

C’est ainsi que je me retrouvais dans le couloir, à marcher à la suite de Jaeden afin de nous rendre dans son bureau. Nous croisâmes quelques personnes qui me jetèrent un regard désagréable que je calmais bien vite du mien. Arrivé devant la porte, il m’ouvrit, m’invitant à entrer en premier avec un petit sourire. Sans un regard pour lui, je me dirigeais directement jusqu’à ma chaise et m’y assit lascivement. Jaeden, légèrement nerveux, vint s’asseoir en face de moi. Une fois installé, il prit une profonde inspiration avant de commencer directement :

–               Bien, ne t’inquiète pas, nous n’allons pas parler de ce que tu as fait ces derniers jours, non j’aimerais te parler aujourd’hui de ton loisir ici depuis que tu es arrivé : l’écriture.

Je relevais les yeux vers lui, attentif à ce qui allait suivre. Il ouvrit alors un de ses tiroirs et en sortit un cahier apparemment tout neuf. Sans que j’eus le temps de comprendre pourquoi, il me tendit le cahier, m’invitant à le saisir. Par pur curiosité et sachant que les explications viendrait seulement après, je le pris dans mes mains, sans pour autant quitter le regard de mon psychiatre.

–               J’ai appris que tu écrivais beaucoup, alors je me suis dit que tu pourrais écrire ce que tu ressens sur celui-ci, tu sais une sorte de journal intime.

Je ne répondis rien, sachant pertinemment que cela avait le don de l’énerver.

–               Bon, soupira-t-il, je prends ta non-réponse pour un acquiescement à ce que je viens de dire. Et puis ce n’est qu’une proposition, si tu n’en as pas envie, tu fais bien comme tu le souhaites.

Surpris de cette idée venant de sa part, je le laissais poursuivre, il n’avait apparemment pas terminé.

–               Maintenant, j’aimerais te demander une faveur, poursuivit-il. Je sais que tu l’as refusé à tous les psys, mais j’aimerais vraiment que tu me fasses lire au moins une de tes histoires.
–               Je ne vois pas en quoi ton statut serait différent des autres, laissais-je échapper d’un ton monocorde.

–               Je ne demande pas de statut particulier, juste que tu me fasses confiance. J’aimerais les lire parce que je suis persuadé que les lire mon conduira à te connaitre.
–               Non ! Déclarais-je, d’une voix glaciale.

Il en était hors de question !! Que de mots plus blessants et heurtant les uns que les autres dans ces quelques phrases. Lui faire confiance ? Croyait-il seulement en avoir le droit ! Et si je n’avais justement pas envie qu’il me connaisse, car lui seul à travers mes écrits saurait me percer à jour. Chaque histoire possédait une partie de moi, un lambeau de ma vie… Lui seul ne pourrait pas passer à travers, il me connaissait mieux que quiconque, justement le problème était qu’il me connaissait que trop bien.
–               Pourquoi ? me demanda Jaeden, visiblement extrêmement vexé.
–               Parce que c’est toi ! Répondis-je en haussant le ton et en me levant avec le cahier dans les mains. Je sortis de la pièce, l’entendant déjà tenter de me rappeler.

D’un pas rapide et énergique, je me rendis jusqu’à ma chambre, claquant la porte derrière moi. Je m’assis sur mon lit, me recroquevillant dans mon coin. Ma chambre avait été nettoyée et vidée de tout objet coupant ou dangereux pour ma vie. Je regardais alors le cahier que j’avais dans les mains, celui que m’avait donné Jaeden. Qu’attendait-il ? Que je raconte tout, que je me confesse et qu’il puisse découvrir qui j’étais vraiment, en faisait comme tous les autres et en me volant par la suite ce cahier ? De toute façon étais-je prêt à raconter ce que je ressentais au plus profond de moi ? Le savais-je seulement ? Arriverais-je de nouveau à me glisser dans la peau de celui que j’avais été ? A force d’être celui que je n’étais pas, je m’étais presque perdu moi-même. Trop enfoui, j’étais peut être disparut à jamais… De plus, avais-je seulement envie de me rappeler de tout cela : ce qui m’avait irrémédiablement amené ici. Et puis, pour qui ferais-je cela ?

Rageusement, je jetais le cahier loin de moi. Que cherchait-il ? Il voulait me connaître ? Qui mieux que lui me connaissaient justement ? C’était cela qui m’effrayait ! A cause de lui, je n’aurais plus la paix. Je me rendais compte que je n’avais pas envie d’aller de l’avant. Pour faire quoi ? Quel futur me serait offert, autre que celui qui m’étais déjà promis…

Je sentis alors ma gorge se serrer, je ressentais de nouveau cette envie de pleurer. Pourquoi étais-je soudain aussi faible ? Etait-ce l’effet que Jaeden avait sur moi ? Je me dégoutais, sentant mon envie de survivre s’amenuiser de plus en plus. Je me retins, il fallait que je me ressaisisse.
C’est à ce moment là que j’entendis frapper à ma porte. Agacé, je me repris, et tournais la tête vers la porte qui s’entrouvrit, me décrispant lorsque je vis Melvin. Il entra avec le sourire, et vint prendre place à côté de moi, s’asseyant sur le rebord du lit, sans juger mon état actuel, et en déclarant :

–               J’ai appris que tu étais de retour, ça te dis de venir manger avec moi ? J’étais sur le chemin du réfectoire et je me suis dis  que je pouvais passer te chercher.

Sortir de ma chambre et aller manger étaient finalement là meilleurs chose que j’avais à faire. Pour toute réponse, je me redressais, me mettant debout, l’invitant ainsi à me suivre. Nous nous rendîmes donc au réfectoire, dans un silence monastique, croisant sur le chemin Jaeden. Encore agacé de notre dernière entrevue, je ne pris même pas la peine de le regarder. Durant le repas, Melvin me parla un peu, mais ne semblait cette fois-ci pas de cette même humeur enjouée habituelle. Cependant, je ne cherchais pas à en connaître la cause, j’avais assez de problèmes personnels pour me mêler de ceux des autres. Je mangeais à peine, ayan beaucoup de mal à trouver un quelconque appétit. Cela m’était déjà plus ou moins arrivé, mais pas à ce point…

Après le repas, Melvin me demanda s’il pouvait lire à côté de moi dans ma chambre, et j’acquiesçais simplement ; l’idée de ne pas être seul dans ma chambre pour l’instant me plaisait finalement. Cela me permettrait de reprendre des forces. Nous nous assîmes à une table un peu à l’écart avec nos plateaux. Melvin ne parla pas beaucoup, semblant accepter et comprendre mon envie de calme et de silence. A la fin du repas, j’avais à peine touché à mon assiette et Melvin le remarquant, me demanda :

–               Tu n’as pas très faim ? Tu sais, ce n’est pas bon de…
–               Je vais me reposer un peu, je suis fatigué, dis-je en me levant, n’ayant aucune envie de parler de cela.

Après tout mon appétit ne le regardait pas. Melvin me regarda surpris, avant d’acquiesçait et de me laisser partir. Sans un mot de plus, j’allais vider mon plateau avant de rejoindre ma chambre, ayant envie de solitude et étant surtout épuisé. Je ne savais pas à quoi cette soudaine fatigue était due ? Au fait que je me sois vidé d’une bonne partie de mon sang , à cause des cachets, du fait que je ne mange pas assez, ou tout simplement d’un trop plein de tout insurmontable cette fois-ci…

Je m’étendais sur mon lit, sans prendre la peine de me glisser dans les draps. Je voulais juste être ainsi, allongé, me reposer un peu, être seul sans penser à rien. Je finis par me laisser à fermes les yeux, inspirant profondément afin de calmer le rythme délirant des mes ressentis et de mes réflexions. Et si Jaeden avait raison ? Devais-je écrire ce que je ressentais, pire encore ce que j’avais vécu. Etais-je prêt quatre années après à y faire face de nouveau ?

Je me redressais afin de m’enfouir sous les couvertures, saisi d’un violent frisson qui je le savais n’étais pas dû au froid. Je rabattis la couverture au dessus de ma tête, fermant les yeux afin d’accélérer mon endormissement. Je finis heureusement par sombrer, préférant mille fois pour l’instant me couper de ce monde qui était trop oppressant et dangereux.

 

 

Lorsque j’ouvris de nouveau les yeux, il faisait presque nuit et j’étais tout en sueur comme paniqué. Cependant il m’était impossible de me souvenir de ce à quoi j’avais rêvé.  J’allumais la lumière, regardant ce qui était si douloureux. J’avais du avoir un sommeil trop agité, le pansement imbibé de sang. A peine avais-je posé mes yeux sur mon avant bras, qu’il m’était impossible de le quitter. Je pouvais sentir mon cœur battre très fort dans ma poitrine, sans que je sache vraiment pourquoi. Il fallait que je vois, il fallait que je me penche sur ce que je m’étais fait subir. Lentement, la main tremblante, j’entrepris de défaire avec la même délicatesse que Jaeden mon bandage. Je grimaçais plusieurs fois de douleur, jusqu’à ce que je n’ais plus qu’un seul tour à faire. Eté-ai-je vraiment prêt ? Je savais que jamais je ne le serais, alors je pris une grande inspiration, et défit le dernier tour. Le spectacle qui s’offrit à moi me glaça d’horreur. Je fermais les yeux un instant, ne pouvais supporter cette vue, lâchant un cri muet.

Les larmes n’étaient vraiment pas loin, je ne savais même plus quoi faire, ni comment le faire…
C’est à ce moment là que j’entendis frapper à la porte. J’eus juste le temps de me ressaisir, que je vis apparaître Jaeden dans l’embrasure de la porte.

–               Je n’ai pas attendu que tu me dises d’entrer…

Il jeta un bref coup d’œil à la pièce et s’arrêta sur le cahier qu’il m’avait offert, posé sur le sol. Puis comme s’il venait de réaliser quelque chose, il reposa son regard sur moi et vis l’état de mon bras ensanglanté.

–               Tu t’es ?.. Tu as recom..

Agacé et rentant de reprendre du poil de la bête, je déclarais d’une vois très froide le coupant :

–               Ca c’est juste réouvert en bougeant pendant que je dormais.

Je vis le stress et l’angoisse de Jaeden baisser d’un coup. Puis, prenant acte de la situation, il déclara :

–               Je vais chercher de quoi te soigner ne bouge pas.

Il revint très vite, ayant attrapé de quoi refaire mon pansement à l’infirmerie, du désinfectant et sa fameuse crème.

Il vint s’asseoir à côté de moi sur le lit, créant une ambiance bien plus intime que celle de la chambre de l’hôpital. Sans perdre de temps, je lui tendis mon bras, attendant le soin, tentant de me remettre de la vue de ma plaie, prenant garde à ne plus y poser les yeux. Il s’installa le plus confortablement possible, posant le matériel pour les soins à porté de main. Mon bras était posé sur ses genoux, cette fois-ci, je ne me laissais pas aller à ce contact.  Je m’en voulais d’avoir autant faibli, d’avoir pensé à ce qu’il s’était passé avant entre nous et même s’y avoir éprouvé du regret. Jaeden dût s’en rendre compte, car il ne s’éternisa pas à me passer de la crème. Cette fois-ci je ne voyais en lui que l’homme qui venait me soigner.

Cependant je ne pouvais m’empêchait de penser à ce cahier et l’envie d’y toucher et d’écrire devenait de plus en plus tentante. Après tout peut être que cela me permettrait de tirer définitivement une page là-dessus et de pouvoir poursuivre ma vie ici avec ce poids en moins. Lorsque Jaeden eut finit, il se leva et alla justement ramasser ce cahier qu’il posa sur ma table. Il jeta un dernier regard dans ma direction, et déclara avant de sortir :

–               Tu devrais aller manger un peu Ilian…

Je regardais l’heure, tous devaient être en train de manger. Ce ne fut pas pour autant que je suivis son conseil. J’avais envie d’écrire, mais je n’avais pas encore choisit quoi. Je me levais, allant m’asseoir au bureau, et attrapant mon stylo. Soupirant à la vu du cahier, je finis par le saisir et ouvrir la première page.  Je débouchais le capuchon, la main déjà tremblante. Il fallait que je me replonge dans le passé, avant que tout cela ne se produise. Ma main était déjà tremblante. Même se rappeler du bonheur que j’avais connu à aimer Jaeden était difficile. Si je voulais retrouver cette force, je devais exorcisais cela, et me confesser pour la première fois au papier, n’étant pas capable de le faire à un homme. Je savais qu’à l’ instant où je poserais mon stylo sur le papier, je ne pourrais m’arrêter, les mots se présentant d’eux même à mon esprit. C’est ce que je fis et c’est ainsi que je commençais :

Cela faisait deux ans que je sortais avec Jaeden. J’allais très souvent chez lui, nous ne vivions pas ensemble, mais c’était tout comme. J’étais encore jeune et nous avions la vie devant nous, seulement, je ne l’envisageais qu’avec Jaeden. Le futur sans lui, c’était pour moi un futur sans amour…

J’aimais cet homme comme jamais je n’avais aimé personne, me risquant à y investir toute mon âme et mon cœur. Mais n’étais-ce pas une erreur que je faisais là ? A l’époque,  j’étais convaincu que le jeu en valait la chandelle.

Je posais le stylo sur la table. Je me trouvais tellement ridicule décrire ce genre de chose ! Celui que j’avais été à l’époque était tellement naïf que j’en avais mal au cœur. Il fallut que je prenne énormément sur moi pour poursuivre, prenant de nouveau le stylo avant de le faire glisser sur le papier.

Ce fut finalement la plus grosse erreur que je faisais de ma vie, celle qui la ferait irrémédiablement tournée au cauchemar, mais cela à l’époque, je ne le savais pas encore. Je lui avais offert ma confiance et il l’avait piétiné sans la moindre douceur.

A cette époque, j’étais quelqu’un de très timide et très influençable. Me rebeller ou m’affirmer était quelque chose d’inconcevable. Mon cousin était venu me voir, je m’entendais bien avec lui, mais il avait une sorte d’emprise sur moi qui me mettait mal à l’aise dès qu’il posait ses yeux dans les miens. Nous étions chez mes parents qui s’étaient absentés pour quelques jours… Jaeden n’était pas là ce soir, prétextant l’envie de me laisser seul avec mon cousin.

J’étais un peu triste car le vendredi soir était normalement une soirée qui nous était réservé et que j’allais passer chez lui. Mais je me rattraperais demain. Cependant, chaque seconde passée loin de lui, était comme vivre loin de mon cœur, loin de mon élan vital. C’était fou comme j’étais devenu dépendant de lui, et mon cousin n’arrêtait pas de me répéter que cela allait finir par me jouer des tours. J’avais beaucoup de mal à le croire, pour moi c’était uniquement une démonstration de mon amour débordant pour lui. J’étais assis sur le canapé, me lamentant sur mon propre sort, celui de ne pas être dans les bras de mon amoureux. Mon cousin, Ewen, venait de sortir de la douche, fraichement habillé. Il s’assit à côté de moi, et déclara avec un grand sourire :

–               On sort ?

N’ayant pas vraiment le cœur à cela, je répondis en faisant la une moue dubitative :

–               Bof, je n’ai pas vraiment envie.
–               Allez, j’aimerais te montrer quelque chose.
–               Et moi j’aimerais bien juste passer une soirée tranquille ici. Je n’ai pas la tête à cela.

Mais Ewen ne l’entendais pas de cette oreille. Il se redressa, puis vint se placer devant moi avant de me tirer par le bras afin que je me lève. De nature assez soumise, je lui cédais, sachant qu’il ne me laisserait tranquille que lorsqu’il aurait obtenu ce qu’il souhaitait.

–               Et ou va-t-on ? Demandais-je, d’un ton emplie de lassitude.
–               Tu verras. Met ta veste et on y va.

C’est ainsi que nous nous retrouvâmes dans la voiture, sans que je sache où nous nous rendions.

Je reposais un instant mon crayon sur la table. Ce qui allait suivre allait être très dur à écrire, et surtout à décrire. Je commençais à me demander si j’avais bien fait de commencer ce cahier, si cela n’était finalement pas une erreur. Chassant ses hésitations de mon esprit, et comme j’avais déjà commencé, je poursuivis mon récit.

Y serais-je allé si j’avais su ce que cela allait entraîner ? Aurais-je vécu différemment  si je n’avais pas vu ce que j’avais vu cette nuit là ? La question ne se posait pas, c’était fait maintenant…

Ewen se gara près d’un bar au centre ville, et sortit un peu trop précipitamment à mon gout. Il était en train de me cacher quelque chose… Mais quoi ?

–               Bon, maintenant tu me dis ou on va ?! lui dis-je un peu énervé.
–               Un peu de patience. On va dans ce bar, dit-il en me le pointant du doigt.
–               Tu le fais exprès Ewen, dis-je en le reconnaissant immédiatement, c’est le bar où nous allons souvent le soir avec Jaeden.
–               Chut, allez viens, dit-il comme pressé.

Je n’avais aucune envie d’aller dans cet endroit sans mon amant. C’était notre lieu à tout les deux, ou nous avions passé un bon nombre de soirées.

Mon cœur se serrait à l’idée de devoir écrire la suite. Pourtant je ravalai ma douleur et continuai d’écrire.

Ewen marchait un peu devant moi, et je fus derrière lui une fois que nous fûmes à l’entrée du bar. Il poussa la porte. IL y avait beaucoup de fumé dans la salle, la musique était assez forte, mais ce n’était pas désagréable. Je fis quelques pas à côtés de Ewen, jusqu’à ce qu’il s’arrête et se retourne vers moi extrêmement gêné.
–               Excuse-moi, c’était une mauvaise idée.
–               Qu’est ce que tu racontes, dis-je, alors qu’il s’écarter un peu, me laissant voir le bar en entier.
–               Viens on va ailleurs, me dit-il.

C’est à ce moment là que je le vis. Là, au fond du bar, en train d’embrasser un autre homme, me trompant sous mes yeux. Tout s’effondra autour de moi. C’était comme si le temps s’arrêtait. Jaeden était là, à quelques mètres en train d’embrasser un autre homme.

Les larmes revinrent comme elles étaient venues dans mes yeux ce jour là. Rageusement,  je fermais le cahier. Pourquoi avais-je écrit cela, pourquoi m’étais-je rappelais cet instant en y mettant des mots afin de le coucher sur papier ? Pourquoi… pourquoi m’avait-il fait ça. La même rage et la même rancœur me prenait à la gorge. C’était trop dur. Je ne pouvais écrire un mot de plus. Je me levais, allant me rouler en boule dans mon lit, m’éloignant de ce maudit cahier. Je fermais les yeux, voulant me coupais de ce monde, mais l’image qui me venait alors en tête était celle de Jaeden embrassant cet autre homme et dieu sait ce qu’il avait fait lors de la suite de cette soirée… Je finis par me lever de nouveau et quitter cette chambre, j’avais besoin de prendre l’air. J’attrapais au passage des vêtements propre et une serviette. Mes pas me menèrent directement jusqu’à la salle de bain commune. Une douche me ferait le plus grand bien.

Je réglais l’eau très chaude avant de me déshabiller et de me glisser dessous. Je m’adossais au mur froid, frissonnant à ce contact glaçais. Je me laissais tomber, ne tentant même plus sur mes jambes. Les larmes étaient toujours là, se mêlant à l’eau de la douche et brouillant ma vue. Pourquoi cela était-il toujours douloureux à ce point. J’aurais du l’oublier, tirer un trait sur tout cela. Et dire que je m’étais laissé aller à ses caresses sur mon bras, dire que je m’étais détendu à son contact, il ne le méritait pas. Je le haïssais encore pour m’avoir fait cela.

Je restais je ne sais combien de temps sous cette douche, laissant l’eau coulé sur mes épaules, roulé en position fœtale.

Je ne sortis qu’à une heure tardive de cette douche, me dirigeant tel un zombie jusqu’à ma chambre, manquant de croiser un infirmier qui ne me vis pas. Une fois rentré dans ma chambre, je me glissais sous les couvertures, étant maintenant glacé. Je ne dormis pas beaucoup cette nuit là, m’épuisant et m’usant encore un peu plus que je ne l’étais. Je me levais cependant à une heure raisonnable, je devais passer à l’infirmerie comme me l’avait demandé l’infirmière le jour d’avant. J’avais des cernes énormes et une tête à faire peur, si bien que j’allais me passer un peu d’eau sur le visage avant de m’y rendre.

Elle me fit le soin assez rapidement, m’augmentant un peu la dose de cachets au vue de la baisse de tension inquiétante que j’étais en train de faire. Une fois soigné, je ne me rendis pas au réfectoire, je voulais retourner m’enfermer dans ma chambre. J’avais l’impression d’avoir été roué de coups toute la nuit. Courbaturé, chaque pas que je faisais était douloureux.

Je pensais pouvoir passer une journée tranquille, seulement le destin n’en avait pas décidé ainsi. Lorsque j’ouvris la porte de ma chambre, j’eus la surprise de trouver Jaeden et le directeur dans celle-ci. Le directeur tenait dans ses bras la plupart de mes cahiers et étaient en train de les tendre à Jaeden. Abasourdit, mais retrouvant du poil de la bête, je déclarais furieux :

–               Qu’est ce que vous êtes en train de faire ? Vous n’avez pas le droit d’y toucher !!

Le directeur laissa les cahiers à Jaeden et s’approcha de moi, avant de dire :

–               Calme toi Ilian. Jaeden a donné de bons arguments pour les avoir. Il a besoin de les lire pour t’aider.

Perdu, je jetais un regard froid et empli de haine à Jaeden avant de retournais mon attention sur le directeur et de lui déclarer :

–               Vous n’avez pas le droit !
–               Bien sur que si Ilian. Si cela peut t’aider à…
–               Mais foutez moi là paix ! Et si je ne voulais pas qu’on m’aide ! Ca ne sert à rien ! Hurlais-je presque en le coupant.
–               Ilian calme toi. Tu écoutes ce que tu es en train de dire ?

Je me sentais totalement trahis. Ces écrits étaient à moi… Je ne voulais pas que Jaeden les lise, surtout lui… Seulement, je baissais les bras. J’allais dans un coin de la pièce, croisant les bras, et assistant impuissant masqué par mon regard froid, le spectacle du pillage de mon âme devant mes yeux. Mon cœur s’emballa lorsque je vis le directeur saisir le cahier que m’avait donné Jaeden. Mais quel idiot d’y avoir écrit ! Alors c’était cela qu’il attendait, que j’écrive et qu’il n’ai plus qu’à lire. Le sentiment de trahison se renforçait doublement, se mêlant subtilement à la haine que j’étais en train de nourrir pour lui.

–              Non, je ne veux pas celui-ci, déclara soudain Jaeden.

Je masquais mal mon soulagement, seulement aucun des deux ne sembla s’en apercevoir. Une fois tout mes cahiers, toutes mes années d’écriture dans les bras de Jaeden, les deux hommes sortir de la chambre, me rappelant que cet après-midi, je devais aller voir Jaeden dans son bureau. C’était vraiment la dernière chose que j’avais envie de faire.

Que croyait-il, que nous allions progresser et aller de l’avant en agissant ainsi. Je lui avais entrouvert une porte, même si cela n’avait pas était visible. Je l’avais écouté, j’avais commencé ce cahier… Comment avait-il pu me faire cela ? Une chose était sûre, il allait amèrement le regretter. Je serais pire avec lui que je l’avais été avec tous les autres.  Cela devenait une affaire personnelle. J’en tremblais presque de rage, j’attrapais le cahier où j’avais écris quelques page hier soir et le jetais dans un tiroir, n’en supportant plus la vue. Je sortis de ma chambre, me rendant directement dans un lieu plus serein qui m’apaiserait sachant maintenant ce que je pouvais me faire une fois seul.

Une fois arrivé à la bibliothèque, je pris un livre au hasard dans un rayon que je connaissais bien et allait me mettre dans un coin ou personne n’était. Je m’y plongeais assez rapidement, me concentrant uniquement sur l’histoire que je découvrais. Je pouvais sentir encore les battements de mon cœur battre à un rythme effréné. Peu à peu je me calmai, finissant par être totalement absorbé par l’histoire joyeuse et insouciante de ce narrateur. Je ne vis pas le temps passé, et j’avais presque fini mon livre lorsque le directeur vint me chercher.

–              Ilian, Jaeden t’attends dans son bureau.
–              Hn, répondis-je en fermant mon livre.
–              Ce soir tu iras manger, ça ne peut pas continuer comme cela Ilian. Je veux bien te laisser des libertés, mais…

Le directeur soupira en me voyant l’écouter d’une oreille distraite. Je me levais et sortis avec lui de cet endroit, marchant d’un pas décidé, mais peu convaincu vers le bureau de celui que je haïssais.  J’ouvrais la porte, pénétrant dans la pièce, avec une expression encore plus froide et plus vide que d’habitude. Je vins directement m’asseoir en face de lui, sans même prendre la peine de poser le regard sur lui, croisant mes bras et m’enfonçant dans le siège, mettant le plus de distance possible entre nous.

–              Bonjour, me dit-il.

Je relevais alors les yeux vers lui, le transperçant, sans prendre la peine de lui dire un seul mot. Jaeden détourna le regard. Il se tut, semblant attendre qu’il se passe quelque chose. Je ne le quittais pas des yeux pour autant, attendant moi aussi qu’il se décide à faire quelque chose de cette séance. Je bouillais d’envie de lui hurlait combien je lui en voulais, mais jamais je ne me serrais abaissé à le faire. Je préférais l’ajouter à ma rancœur à son égard qui sommeillée en moi. Nous restâmes de longues minutes ainsi, sans qu’il ne se passe rien, mais j’étais trop énervé pour être patient si bien que je finis malgré moi par craquer :

–              Qu’est ce que tu veux ? Lui demandais-je sur un ton glacial.

Il reporta alors son attention sur moi et me répondis :

–              Je n’ai pas envie de te forcer à parler, alors je vais attendre…
–              Et bien tu peux attendre, dis-je du tac au tac, encore plus agacé par le fait qu’il fasse comme si de rien était.

Jaeden rétorqua alors avec un sourire amusé qui eut le don de me faire bouillir de rage :

–               Peut être, mais tu viens de dire deux phrases…

Ne voulant pas continuer sur ce terrain, et voulant amener le réel sujet qui me travaillait depuis hier soir, je lui demandais après un temps de silence :

–               Pourquoi tu m’as fait ça Jaeden ?

Je me rendis compte au moment ou je prononcé ma phrase que cette question correspondait aussi bien au vol des cahiers qu’à ce qu’il m’avait fait plus de quatre ans auparavant.

–               Peut-être aurais-tu fais la même chose pour moi.

Agacé de cette réponse, je répliquais très sèchement :

–               Non, je t’aurais laissé crevé dans ta peine.

Avoir écris mon passé avait finalement fait ressortir de plus belle la rancœur que j’éprouvais à son égard, la haine froide qui m’avait saisi et détruit lorsque je l’avait vu embrasser un autre homme que moi. Sans cacher que je l’avais blessé, il s’exclama :

–               Mais qu’est ce que je t’ai fait pour que tu me détestes ainsi ??!!
–               Tu oses me poser la question ! M’exclamais-je à mon tour.
–               C’est toi qui m’a quitté je te signale. Depuis le début j’essaye de t’aider et je ravale tout sans rien dire !

Comment pouvait-il dire cela ! Sortant de mes gons, je me redressais et criais presque :

–               Va te faire foutre, je ne t’ai rien demandé !

Jaeden s’enfonça dans sa chaise et me dis très froidement, sans reposer les yeux sur moi :

–               La séance est terminée. Tu peux partir.
–               Ca y est ! Tu abandonnes enfin… dis-je, en me levant.

Pourtant une chose m’avait surprise. A ma réplique précédente, j’avais pu la voir, la tristesse dans ses yeux, et cela m’avait malgré moi serrer le cœur. Jaeden me dit alors en soupirant :

–               Non, je n’ai juste plus envie de te voir pour l’instant.

C’était tellement facile… Mais je n’en avais pas terminé. Debout le toisant de toute ma hauteur, très calme, je déclarais :

–               Au fait, juste avant de partir, je veux mes cahiers.

Jaeden posa son regard dans le mien et répondit sur me le même ton :

–               Je te les rendrais quand j’aurais terminé.

Puis il reposa son regard sur moi, et ouvrit rageusement son tiroir, prenant tous mes cahiers et les jetant sur la table. Je n’aimais pas sa manière de faire. Jamais je ne me serais abaissé à les prendre ainsi. Une question qui me brûlait les lèvres sortit alors de ma bouche :

–               Pourquoi tu m’as demandé si tu pouvais les lire, pour les prendre quand même ?
–               Parce que je suis sur que la réponse se trouve là-dedans.

C’était donc cela. Dépité, je lui balançais à la figure ce que je pensais :

–               Tu es vraiment prêt à tout pour ta renommée, tu n’as pas changé… Prends-les, je me contrefous de ce que tu penses.

Je lui tournais le dos et ajoutait tout bas pour moi-même avant de quitter la pièce : « Comme tu t’es toujours contrefichu de moi… »

Je sortis en quittant son bureau, me dirigeant directement dans ma chambre. A peine eus-je ouvert la porte que je vis Melvin assit sur mon lit, en train de lire le cahier que je lui avais prêté. Toujours en colère et sans aucune patiente, je lui dis très sèchement alors qu’il était en train de me sourire :

–               J’aimerais que tu ne rentres pas dans ma chambre quand je ne suis pas là. J’ai envie d’être seul, peut être à plus tard.

Le visage triste, il se leva et quitta ma chambre, murmurant un « pardon » gêné. J’y avais été un peu fort avec lui, mais je n’aurais pu faire autrement. Je passais une bonne partie de l’après midi à ruminer dans ma chambre, pour finir de nouveau à la bibliothèque jusqu’à l’heure du repas ou je fis uniquement acte de présence avant d’aller me coucher.

 

 

La journée du lendemain se passa tranquillement. Je n’avais pas de rendez vous prévu avec Jaeden, et j’avais juste à aller faire changer mes bandes et prendre mes cachets. Je passais le plus clair de mon temps à la bibliothèque, ayant perdu momentanément le gout à l’écriture.

En fin d’après-midi, je finis par demander l’autorisation d’aller dans le parc, chose qui me fut accordée à mon plus grand bonheur. Cela faisait bien trop longtemps que je n’avais pas mis le nez dehors et un peu de soleil me ferait le plus grand bien. Il faisait un temps agréable, une brise légère passait sur mon visage.

Après une profonde inspiration qui me permit de prendre un grand bol d’air frais, j’allais m’asseoir sur un banc un peu à l’écart, sous l’œil d’un gardien et d’une infirmière qui avait à charge de me surveiller de loin.
Après une bonne petite demi-heure, je vis apparaître un homme que je n’avais jamais vu ici auparavant, certainement un visiteur, ou le copain d’une des infirmières. Il tourna quelques minutes avant de me voir et de ses dirigeait vers moi, prenant place sur le seul banc à côté de moi. Il me dit simplement  un « bonjour » auquel je ne répondis pas, et détourna totalement son attention de moi lorsqu’il entendit son portable sonner. Il lu son message assez rapidement, et après un petit sourire qui en disait long, il laissa pianoter rapidement ses doigts afin de lui répondre. Je n’avais pas du tout de mal à comprendre le sujet de leur échange, au vu du petit air pervers qu’il prenait en lui répondant. Lorsqu’il eut fini d’envoyer son message, il attrapa dans sa poche un paquet de cigarette, puis s’en alluma une. Mes yeux durent rester trop longtemps sur le paquet, car il me demanda :

–               Tu en veux une ? Je ne pense pas que tu es le droit.

Je fis simplement non de la tête. Depuis combien de temps n’y avais-je pas touché. Le pire était qu’il fumait les mêmes cigarettes que moi à l’époque. Son portable sonna de nouveau, apparemment cela ne devait pas être la même personne, car il décrocha et répondit assez sèchement :

–               Oui ?… Oui je suis là. Oui… Non devant dans le parc…. Oui à tout de suite.

Il raccrocha sans plus de cérémonie. J’étais étonné vraiment étonné par la différence de comportement, notamment lorsqu’il reçut de nouveau un message. Cette fois-ci, la curiosité l’emportant, je jetais discrètement un coup d’œil afin de voir d’en savoir un peu plus. Il ne s’aperçut de rien, et j’eus tout loisir de lire l’entièreté du message, confortant mes suppositions : « Je ne peux pas ce soir, mais demain je tenterais d’inventer autre chose, une réunion… Ton corps me manque… ».

Ce petit manège dura une bonne dizaine de minutes, jusqu’à ce que j’entende une voix que je ne connaissais que trop bien dans mon dos : celle de Jaeden.

–               Désolée j’ai fait au plus vite.

De dos, il ne semblait pas m’avoir reconnu, et n’en eut de toute façon pas le temps car l’homme assis à côté de moi se leva et se jeta à son cou. Je crois que ce baiser me fit tout aussi mal que là fois ou je l’avais vu, plus de quatre ans auparavant dans ce bar. Mon cœur se comprima douloureusement et je du détourner le regard.

J’aurais du pourtant tourner la page depuis le temps, mais je constatais que j’en étais tout bonnement incapable. Voir Jaeden ainsi, dans les bras d’un autre homme serait toujours insoutenable, rouvrant à la hache d’anciennes cicatrices déjà loin d’être cicatrisées. Leurs langues se mêlaient, leurs mains parcouraient leurs corps sans la moindre pudeur.

Tout cela me dégoutait. Maintenant je savais qui était l’homme trompé : Jaeden. Je failli presque en rire d’ironie. Comme le dit le proverbe : tel est pris qui croyait prendre, Jaeden se retrouvait maintenant dans ma position. Je me surpris à souhaiter que Jaeden aime cet homme comme moi je l’avais aimé et qu’il en souffre tout autant que moi, mais je me repris assez rapidement, cette souffrance n’était à souhaiter à personne, même pas à l’homme qui me l’avait fait vivre.

N’ayant aucune envie de les voir s’embrasser une seconde de plus, je me levais au moment ou Jaeden et son amant s’écartait un peu. Je vis alors je regard de Jaeden se poser directement sur moi, réalisant ma présente, et devenant extrêmement gêné. Je fis celui qui n’avait rien remarqué et maintenant en face de l’amant de Jaeden, le toisant de toute ma hauteur, je lui dis de la voix la plus impersonnelle que je possédais :

–               Depuis quand tu le trompes ?

Sans un mot de plus, je passais entre eux deux, ne savourant même pas le trouble que j’avais jeté en lui et en Jaeden. Je marchais tentant de calmer la colère et la peine se mêlant douloureusement dans mon cœur. Ainsi il avait refait sa vie… quoi de plus normal, après quatre ans. Pourtant, en marchant je ne pouvais m’empêcher de sentir mon cœur se serrer douloureusement. Je sentais malgré moi les larmes commencer à venir brouiller ma vue.

Rageusement, je passais mon bras sur mes yeux afin d’effacés celles-ci. Je ne devais pas pleurer. C’était la dernière des choses à faire. Refermer mon cœur à jamais était la dernière chose à faire, bruler ce cahier ne plus jamais replonger dans ce passé, oublier et continuer comme avant : à être le meurtrier de sang froid de mon cousin…

C’était fini, plus jamais je n’espérais quoi que ce soit, je laisserais les autres croire à ma place. Je n’en avais plus la force, les dernières étant utilisées depuis le début pour ma survie. Je n’avais strictement rien à prouver à qui que ce soit, juste me contenter de survivre jusqu’à ce qu’enfin la mort vienne chercher son du…

Etre l’homme froid, meurtrier et fou, cela était bien moins usant, cela me convenait parfaitement après tout.

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