Nothing to prove – Chapitre 3

Chapitre 3 écrit par Mai-Lynn

 

« On change ». Ces deux mots résonnaient dans ma tête comme une sirène d’ambulance, m’écorchant à vif les oreilles. Je m’y étais mal pris. Non pire que ça. J’avais été lamentable. J’avais eu beau me répéter que j’étais prêt, j’aurais mieux fait d’attendre. Bien sûr que non je ne l’étais pas. Une entrevue avec mon passé, me renvoyant l’être que j’avais été, l’être qu’il avait aimé. Tout en lui avait changé, même sa voix. Il n’y avait plus l’éclat rieur dans ses yeux, cet éclat que j’avais tant aimé, non, au contraire son regard était meurtrier.

 

Dépité par cet entretien, je le laissais s’en aller, n’ayant pas le coeur à le retenir. De toute façon, qu’aurais-je pû lui dire ? Son silence avait parlé pour lui. Même appartenir à son passé ne servait à rien. Je l’avais peut-être chamboulé au premier coup d’oeil, mais par la suite, j’avais été réduit au même rang que les autres. Et cela me laissait un arrière goût d’amertume. Une question me vint alors à l’esprit : Voulait-il vraiment qu’on l’aide ?

 

Je tournais la tête vers le directeur et constatais son état d’étonnement. Mes sourcils se froncèrent. N’étais-ce pas lui qui m’avait certifié que tout se passerait mal ? Je ne cherchais pas vraiment à comprendre son état, voulant qu’une seule chose rentrer chez moi. Allais-je continuer par la suite ? Je n’en savais rien, tout ce que je sais c’est que je voulais partir loin d’ici. Loin de cette salle immonde. Mais alors que je marchais en direction de la porte, la voix grave du directeur m’interpella.

– Jaeden, tu auras un nouvel entretien demain à 14 heures. Me dit-il, sérieux.

– Pardon ? Il ne t’a pas dis qu’il voulait changer ? Demandais-je, n’en revenant pas

– Justement.

 

Sans me laisser le temps de dire quoi que ce soit, le directeur sortit de la pièce, m’obligeant à continuer avec un patient qui ne voulait pas de moi. Un soupire d’exaspération franchit mes lèvres. La chance commençait-elle à tourner ? Si c’était le cas, je ferais mieux de tout laisser tomber pendant qu’il était encore temps pourtant…Pourtant mes yeux se posèrent sur ce dossier jaune. Ce dossier où le nom de mon patient était inscrit. J’étais curieux. Je voulais savoir. Pourquoi lui ? Son cousin qu’il aimait tant, qu’il adulait même. Pourquoi avait-il commencé cette liaison ? Mais surtout quand avait-elle commencé ?

 

Le vibreur de mon portable me coupa de toutes pensées, m’obligeant à sortir aussi vite que possible de l’hopital. Discrètement je regardais l’écran, voyant que j’avais un message sur sur ma boite vocale. Je marchais rapidement dans les couloirs, laissant derrière moi mes interrogations et mes doutes. J’allais quitter le travail alors toutes mes pensées professionnelles n’avaient pas lieu d’être. Je pris l’ascenseur du personnel et me retrouvais bien vite à l’accueil de l’hôpital. Je fis un petit sourire à la jolie réceptionniste rousse et sortit du bâtiment, rencontrant l’air frais de ce mois de février.

Bientôt la neige allait tomber, recouvrant le paysage de son doux manteau. Bientôt aussi, ce serait l’anniversaire de nos un an ensemble. Et je savais qu’ Hugo attendait qu’une seule chose, que je ne l’oubli pas. Un petit sourire étira mes lèvres lorsque je me mis à penser que dans quelques minutes j’allais le retrouver chez nous. Une petite soirée tranquille comme j’aimais les passer avec lui. Je pris mon portable en main et composa le numéro de ma boite vocale. Une voix féminine enregistrée me parvint à l’oreille, m’informant que mon amant m’avait laissé un message, il y a quelque minute. La voix se coupa, laissant place à celle magnifique d’Hugo.

– Jaeden, c’est moi, j’ai une réunion disciplinaire exceptionnelle ce soir, un ado qui a fait des conneries encore. Je risque de rentrer tard, je suis désolé mon amour. J’espère que ton premier entretien avec ton patient c’est bien passé. A ce soir. Je t’aime.

 

Déçu, je rangeais mon portable dans ma poche. Bien que le métier de professeur était un métier plutôt tranquille, mon amant se voyait toujours coller les réunions de dernière minutes, ce qui m’agaçait profondément. Il était professeur d’Histoire géographie dans un lycée réputé de la ville. Un bon vieux lycée fait pour les gosses de riches, qui se croyaient tout permis. Ma soirée en amoureux tombait donc à l’eau. Après cet entretien je n’avais vraiment pas envie d’être seul. Car l’être m’amènerait obligatoirement à penser à Ilian. A son cas, à son histoire, et je n’en avais pas envie, du moins pour le moment. Je repris mon téléphone en main et appelais mon frère. Le mardi était son jour de congé, alors ce soir j’allais un peu en profiter.

– Allo ?
– Kain ? C’est Jaeden. Dis-je marchant en direction de ma voiture
– Ah petit frère, qu’est-ce qui t’arrive ? Me demanda-t-il la voix ensommeillé
– Hugo n’est pas là ce soir, ça te dirais qu’on se fasse une soirée ? J’ai pas vraiment envie d’être seul…
– Pourquoi ?
– Des ennuis au boulot…Alors ?
– Ouais ok, tu as qu’à venir dès que tu veux.
– Je passe prendre une douche chez moi, et j’arrive, a plus.

 

Un sourire étira mes lèvres. Si je n’avais pas Hugo, j’allais tout de même passer une agréable soirée. Je rentrais dans ma voiture, mettant le chauffage à fond. La radio s’alluma, envahissant ma voiture de rock, mon style de musique préféré. L’esprit léger, je rentrais chez moi. Un quart d’heure plus tard, je posais ma veste sur le sofa du salon, allumant pas la même occasion la télé, qui diffusait des clips musicaux. Je posais ma sacoche sur le bureau un peu trop précipitamment car elle se renversa, déversant le contenu sur la surface plate. Alors que je m’avançais pour tout ranger, je vis ce maudit dossier. Décidément, tout arrivait pour me le rappeler. Sans l’ouvrir je le pris en main, regardant la photo de mon patient. Qu’est-ce qu’il avait changé…Lui qui ne supportait pas les cheveux longs… Tellement pris dans mes pensées, je posai mes doigts sur la photo, retraçant la courbe de son visage ovale. Mes souvenirs remontèrent malgré moi, essayant de me rappeler son apparence lorsqu’il avait 19 ans. Mais j’avais créer un barrage entre moi et mes souvenirs, et il ne voulait pas céder, rendant floue son apparence. Je me souvins alors d’une boite. Une boîte qui malgré tout ce que je m’évertuais à dire, me rattachais au passé. Cette boite, je ne l’avais jamais montré à Hugo. Pourquoi ? Parce qu’il était jaloux, et m’aurais forcé à tout jeter. J’avais voulu le faire, mainte et mainte fois. Bruler le contenu, et tirer un trait dessus, mais jamais je n’y étais parvenu.

 

Je lâchais soudainement le dossier. Mon envie de revoir Ilian a 19 ans était vraiment importante. Rapidement je me retrouvais dans le placard de notre chambre, dégageant toutes les vielles boites de chaussures qui s’entassaient. C’est alors que je la vis, cachée tout au fond, pleine de poussière. C’était une boite rouge, en velours. Elle appartenait à ma grand mère, lorsqu’elle était plus jeune. Lentement, je la pris en mains et m’assaillais sur mon lit. Mes doigts appuyèrent sur le mini cadenas et le couvercle s’ouvrit, laissant la petite fille en tutu dansé au rythme d’une musique classique qui n’était plus, certainement rouillée. Je soulevais le petit tissus rouge, endroit de ma cachette, pour y découvrir toute sorte de chose, notamment ce que je recherchais. Mes doigts se posèrent sur la gourmette en argent, avec mon nom dessus, ainsi qu’à l’arrière un petit cœur avec dedans un i. Je la regardais attentivement, sentant mon coeur se serrer malgré moi. Mais ce n’est pas ce que je cherchais. Lestement, je la posais près de la boite et pris en main la photo, celle que je voulais. J’allais avoir 20 ans et je ressemblais à un ado de 16. Mes cheveux étaient coiffés en pagaille, rien à voir avec la coiffure d’adulte que j’abordais maintenant. Un petit sourire triste étirait mes lèvres lorsque mes yeux regardaient ce qui était notre couple. Ilian, ressemblait à un enfant, ayant grandit trop vite. Ses cheveux courts bruns tombaient légèrement sur ses yeux accentuant son regard rieur. De légères rougeurs apparaissaient sur ses joues, comme bien souvent à l’époque, car il était d’une timidité maladive à l’époque, rien à voir avec maintenant. Nous étions assis sur un banc à nous embrassez alors que mon bras tendu prenait la photo. Il avait l’air heureux pourtant….Alors pourquoi…Pourquoi m’avait-il quitté trois jours après ?

 

Voilà…Voila que je me remettais à penser à notre histoire. Mais je l’avais cherché. Rouvrir cette boite était finalement une mauvaise idée. Je recommençais à avoir mal au cœur, comme il y a quatre ans où il m’avait jeté ses mots à la figure. Pourquoi repensais-je à ça ? Rageusement, je jetais la photo et la gourmette dans la boite, la fermant d’un coup sec. Je rangeais la boite là ou je l’avais trouvé, replaçant les boites de chaussures à côté. D’un mouvement brusque, je refermais la porte du placard, comme pour fermer la porte de mes souvenirs. Mais c’était trop tard…J’avais mal.

 

La douleur vive qui m’avait transpercée pendant trois ans refaisait peu à peu son apparition en moi. Je me maudissais d’avoir ouvert cette stupide boite juste par curiosité. J’avais l’impression que mon cœur se pressait contre la poitrine, comme un appel à l’aide. Il voulait que je rouvre cette porte ? Pourquoi ? J’avais mis tellement de temps, tellement de larmes à la fermer. J’avais refais ma vie, c’était trop tard maintenant, je ne devais plus ressentir ce mal. Un soupire de résignation sortit de mes lèvres. Oui. Il était bien trop tard.

 

Rapidement je sortis de ma chambre, m’avançant vers la salle de bain. Elle n’était pas vraiment grande mais me suffisais à moi, aux grands damnes d’ Hugo, qui voulait changer d’appartement. Lestement, j’envoyais valser mes affaires, les laissant s’éparpiller sur le sol. J’enclenchais le robinet à chaude température, laissant la buée prendre d’assaut la paroi de la douche et le miroir. Le bien être ressentit sous la chaleur de l’eau. J’aurais pu, à cet instant dire que j’en était drogué. Jamais je ne me sentais aussi détendu…Aucune pensées, aucun mal être ne fit son apparition, me laissant savourer cet instant de pure bonheur.

 

Mais quelques minutes plus tard, je crus mourir de peur lorsque j’entendis quelqu’un frapper violemment contre la porte de la salle de bain. Sentant mon cœur battre à un rythme démentiel, je sortis précipitamment de la douche, entourant mes hanches d’une serviette. Le corps encore ruisselant, j’ouvris la porte d’un coup, pour croiser le regard énervé de mon frère.

– Mais ça va pas de me faire une trouille pareil ?!? Me cria-t-il, visiblement en colère
– Hey ! C’est qui qui tambourine sur ma porte comme un malade ! Crachais-je, me remettant tant bien que mal de ma frayeur.
– Quand on me dis « j’arrive je passe prendre une douche » et qu’au bout de deux heures et demi on est toujours pas revenu ! Bordel Jaeden, j’ai cru que t’avais eu un accident !

 

Fronçant les sourcils, je regardais la petite horloge sur la commode blanche de la salle de bain qui affichait 20 heures 30. un sentiment de gène vis à vis de mon frère me submergea, et je lui fis le plus beau de mes sourires d’excuses, comprenant sa colère.

– Désolé grand frère…Je…J’avais pas vu l’heure tourner…dis-je, l’air grave.
– Ouais…Deux heures et demi dans ta douche… J’en connais un qui va en prendre une froide ce soir ! Répliqua-t-il se retournant dans le salon.

 

Je n’eus pas le cœur de lui dire que ça ne faisait à peine 10 minutes que j’étais dedans…Je sentais déjà les questions arriver, et je n’avais pas vraiment le cœur à les éviter pour ce soir. Je sortis de la salle de bain et rentrai dans ma chambre, prenant des affaires de rechange.

 

Lorsque je revins dans le salon, je trouvais mon frère assis sur le divan, une bière à la main, regardant un match de hockey. Décidément, il faisait comme chez lui. Je m’avançais dans la cuisine et pris une bière, puis m’affalais à ces côtés. Un silence pesant régnait. Je sentais que quelque chose n’allait pas chez lui…Pourtant au téléphone, tout allait bien…

– Qu’est-ce qui se passe ? Demandais-je perturbé
– C’est à toi que je devrais posé cette question Jaeden… Soupira-t-il, me regardant sérieusement.

 

Mes sourcils se froncèrent. Le voir prendre ce petit air sérieux ne me plaisait guère. Rares étaient les fois où nous avions une vraie discussion « d’Homme à Homme ».

– Écoutes, si c’est pour tout à l’heure, excuses…Commençais-je gêné
– Non c’est pas ça, qu’est-ce qui ne vas pas ? Me coupa-t-il, posant sa bière sur la table
– Mais rien ! Je vais bien ! Me justifiais-je, tant bien que mal.
– Des ennuis au boulot ? Depuis quand tu en as toi des ennuis au boulot ? Fit-il, irrité.

 

Je savais que nos parcours professionnels étaient un sujet épineux. Lui qui avait finis par abandonner la médecine pour rester infirmier, ayant échoué mainte et mainte fois au concours, alors que moi je l’avais eu haut la main et du premier coup. Ajoutez à ça une préférence plus que démontrée par des parents pratiquement absents. J’étais habitué pourtant. Mais ce soir, je n’avais pas envie d’essayer de « limiter les dégâts ».

– Y’a un début à tout. Répondis-je, boudant légèrement.

J’entendis mon frère soupirer, puis se retourner un peu plus vers moi. Son air sérieux m’énervait. Depuis quand n’avait-il pas repris son statut de grand frère ?

– Ok, excuses moi. Allez, racontes moi…Dit-il, me secouant légèrement.

 

J’avais envie de capituler…Et si…Et si je lui racontais, sans vraiment lui raconter ? Je n’y voyais plus claire dans cette situation, et mes souvenirs ressurgissant ne faisait rien pour atténuer le coup. Kain pourrait peut-être m’aider, sans comprendre…

– Tu as déjà revu quelque chose qui appartenait à ton passé et que tu ne voulais plus vraiment revoir ? Demandais-je, essayant d’être le plus éloigné du véritable sujet.
– Oui des tas de fois. Dit-il, fronçant légèrement les sourcils.
– Et qu’est-ce que tu ressent ? A chaque fois ?
– J’ai mal au cœur.

 

Un soupire passa le barrage de mes lèvres. Alors ma réaction était tout à fait normale. Ce mal-être persistant en moi était une réaction naturelle. Mais alors que je me réjouissait, mon frère glaça l’atmosphère.

– Depuis quand revois-tu Ilian ?

 

Immédiatement, mes yeux s’écarquillèrent, rencontrant le regard pénétrant de mon frère. J’avais été tellement loin du sujet…Pour moi…Alors comment avait-il su ? Il sembla entendre ma question muette car il enchaina tout de suite.

– Un quelque chose qui appartenait à ton passé et que tu ne voulais plus revoir…
– Oui, mais je t’ai pas dis lui ! M’offusquais-je troublé
– Quelque chose. Ta vie d’avant. Ta vie d’avant. Ilian. C’est aussi simple que ça. Me dit-il, comme si cela était une évidence

 

Excusez moi l’expression…Mais je trouvais cela vraiment chiant. Le fait qu’il me connaisse aussi bien m’exaspérais. Décidément, moi qui voulais une soirée tranquille, c’était foutu.

– Et puis…Reprit-il, gêné. Il y a un dossier sur le bureau avec son nom…

 

Non…Avais-je été aussi bête pour laisser le dossier poser comme ça à la vue de tous ? Brusquement, je me remis debout, rangeant ce foutu dossier dans ma sacoche. Je lançais un regard irrité à mon frère, espérant qu’il ne l’ai pas ouvert.

– Pourquoi a-t-il un dossier avec son nom ? Me demanda Kain, mal à l’aise
– Secret professionnel tu connais ? Répliquais-je méchamment.
– Professionnel ? Il…Il est dans ton centre ?
– Kain ! Je ne dois pas t’en parler !

 

J’étais hors de moi. J’avais honte de mon manque d’attention mais aussi de ma réaction avec mon frère. Il avait vu le nom d’Ilian, alors que je ne voulais que personne ne soit au courant de cela. Je savais très bien ce qui allait se passer, et je ne voulais pas entendre de sermon.

– Jaeden, je suis à des kilomètres de toute cette histoire. Tu me connais jamais je n’irais dire que tu m’as tout raconté. Enchaina mon frère, soudainement énervé.
– Je n’en ai pas le droit, tu le sais. Dis-je, reprenant ma place près de lui, l’air las.
– C’est lui qui te met dans cet état ? Jaeden rappelle toi comment tu étais lorsqu’il t’a quitté, ne recommences pas les mêmes conneries. Quoi qu’il est fait sépare-toi de ce dossier. Fit mon frère soucieux.
– Je ne peux pas…Soupirais-je, accusant les mots de mon frère.
– Bien sûr que si…
– Non ! Tu ne l’as pas vu. Je ne savais pas à quoi je m’attendais quand j’ai entendu son nom. Tu ne peux même pas imaginer l’ampleur des dégâts Kain. Je vais surement me prendre un mur, et crois moi j’en suis conscient, mais si cela peut lui retirer deux minutes cette haine qu’il a au fond de lui alors je continuerais ! M’exclamais-je sentant mon sang ne faire qu’un tour.
– Tu ne vas tout de même pas me dire que c’est un meurtrier parano ou quelque chose du genre ! Ironisa Kain, heureux de sa plaisanterie.

 

Dégouté, je me levais. Mon frère m’énervait, alors que je pensais qu’il me comprendrais… Décidément, aujourd’hui n’était pas ma journée… Le regard froid, je me dirigeais vers ma porte d’entrée, et l’ouvrais, lui lançant un regard glacial.

– Si tu es venu pour me dire tes conneries tu peux dégager tout de suite. C’est mon choix, ma carrière, ma vie ! Dis-je plus froid qu’un iceberg.
– Jaeden…Souffla-t-il, surpris.

 

Mais mon regard noir lui conseilla de ne pas l’ouvrir.

– Comme tu veux, murmura-t-il, se levant

 

Il rassembla ses affaires et partit, non sans me jeter un dernier coup d’oeil désespéré. Mais j’étais furieux, et brusquement je lui claquais la porte au nez. J’étais las, et je ne pensais qu’à une chose, me retrouver dans les bras de mon amant. Mes yeux se posèrent sur l’horloge mural qui affichait 21 h 45. Un soupire d’exaspération sortit de mes lèvres, comme d’habitude, il rentrerait assez tard. Si je n’avais pas la chaleur de son corps, je me contenterais de celle de notre lit. Rapidement, répriment non sans mal un bâillement, je me dirigeais vers ma chambre, et me déshabillais. J’enfilais un bas de pyjama vert kaki et me glissais dans notre lit, respirant l’odeur imprégnée de mon amant. Un sourire aux lèvres, je m’endormis.

 

Deux heures plus tard, j’entendis la porte de l’entrée se refermer, émergeant difficilement. Je l’entendis pousser un juron lorsqu’il fit tomber la chaise du bureau, et je ne pus m’empêcher de rire légèrement.

– Hugo ? L’appelais-je heureux.

Je l’entendis se dépêcher d’arriver à l’embrasure de la porte. Il semblait exténué. Encore une fois je maudissais ce boulot qui lui bouffait tout son temps.

– Je vais prendre une douche mon amour. Me dit-il, me lançant le plus beau de ses sourires.
– ça c’est bien passé ? Demandais-je le voyant se précipiter vers la salle de bain
– Interminable. Répliqua-t-il, fermant la porte de la salle.

 

Souriant, je m’allongeais sur le dos, regardant le plafond. Les minutes passèrent et je le vis sortirent de la pièce, le corps humide, enroulé dans une serviette bleue. Dans un sourire, il se jeta sur le lit, tombant à genoux et m’embrassa tendrement.

– Bonjour…Murmura-t-il son souffle caressant mes lèvres.
– Bonjour…Répondis-je grisé.

 

Sans un mot, je le pris dans mes bras, posant ma tête contre son torse. Ses doigts vinrent caresser mon épaule, m’apaisant. Il était enfin là.

– Journée éprouvante ? Demanda-t-il, son autre main, caressant mes cheveux.
– Plus que tu ne l’imagines. Je suis content que tu sois rentré. Soupirais-je, me sentant enfin rassurée.

 

Soudain, je le sentis se crisper, et me rallonger sur le dos. Sans que je puisse réfléchir, il me prit mes lèvres, nouant nos langues dans un baiser passionné. Ses mains venaient caresser mes hanches, dans un mouvement très significatifs. Finalement, il n’était pas si fatigué que ça.

– Je t’aime…Pardonnes moi. Murmura-t-il, contre mes lèvres.
– Hugo ? Dis-je étonné
– Je t’aime.

 

Je ne cherchais pas plus loin, aveuglé par le désir qu’il provoquait en moins. Je l’aimais à m’en crever le cœur. J’étais fou de sa bouche sur moi, descendant de plus en plus bas. Oui je l’aimais et cette nuit là, je lui fis l’amour autant que je pus, lui déclarant ces trois mots qui n’avait su dépasser le barrage de mes lèvres il y a quatre ans…

 

**

 

Le lendemain je me réveillais seul dans ce grand lit. Une odeur de café flottait dans l’air, m’indiquant qu’ Hugo prenait son petit déjeuné. Me retournant dans le lit, mes yeux se posèrent sur le réveil qui affichait 8 heures. Un soupire sortit de ma bouche, je devais finir de lire le dossier d’Ilian si je voulais lui faire oublier le dernier lamentable. Rapidement, je me levais, enfilant mon bas de pyjama tombé au sol. Je suivis l’odeur du café, retrouvant mon amant dans la cuisine, assis sur une chaise, près de la table, corrigeant des copies. Doucement, je m’approchais de lui, encerclant son cou de mes bras. Mes lèvres vinrent se poser sur sa joue.

– Bien dormis ? Dis-je, dans un petit sourire évocateur
– J’ai mal aux fesses…Souffla-t-il, faisant une légère grimace

 

Je ne pus m’empêcher de rire devant cette réplique digne d’un enfant, et pris avidement ses lèvres.

– C’est toi qui l’a cherché…Répliquais-je, amusé.

 

Il éclata de rire et je défis notre étreinte, le laissant retourner à sa paperasse. Je m’avançais vers la machine à café et m’en servis une tasse, prenant au passage un croissant tout frais qu’ Hugo avait l’habitude d’aller chercher tous les matins dans la boulangerie juste en bas. Je m’asseillais à ses côtés, prenant le journal.

 

Quelques minutes passèrent où aucun de nous ne parlèrent, laissant le bruit des pages se tournant comme musique. Puis, mes yeux se posèrent sur le calendrier, juste en face de moi, où une énorme croix rouge entourait le jour d’aujourd’hui. Une grimace tordit mes lèvres lorsque je me rappelais quel événement il y avait ce soir.

– On doit pas aller chez ta mère ce soir ? Demandais-je, prenant un air triste.
– Arrête de faire cette tête, elle va pas te manger…Répondit Hugo, plongé dans ses copies.
– Ça c’est toi qui le dis…Soupirais-je ennuyé.
– Ça fait deux semaines que c’est prévu, t’es chiant à tout le temps oublier
– Dit-il alors qu’il fait la même chose lorsqu’il s’agit de ma famille.

 

Je me levais précipitamment, évitant le regard noir qu’il me jetait, et me dirigea vers la salle de bain, me douchant rapidement. Je revins dans la chambre en peignoir, choisissant dans mon armoire mes affaires. Un jean délavé, surmonté d’une chemise marron avec un polo de la même couleur conviendrais. Alors que je m’habillais, la porte s’ouvrit, dévoilant Hugo, tout sourire.

– J’y vais, tu passeras me prendre ce soir ou je prends ma voiture ? Me demanda-t-il, les bras chargés de copies.
– A quel heure on doit y être ? Soupirais-je, malgré moi
– 19 heures.
– Je passerais te prendre alors.

 

Il me fit un grand sourire puis sortit de la pièce. J’entendis quelques minutes plus tard la porte claquer, signe que mon amant venait de partir pour une nouvelle journée de boulot. Habillé, je me dirigeais vers le salon, passant mes yeux sur l’horloge murale. 9 heures 15. Je décidais alors d’aller étudier plus en profondeur le dossier d’Ilian dans le nouveau bureau que l’on venait de m’attribuer. J’enfilais mes converses noires, mon manteau gris et une grosse écharpe noire puis sortis, fermant à clé derrière moi.

 

20 minutes plus tard, je me retrouvais devant l’immense hôpital, rentrant dans l’accueil.

Immédiatement, j’accrochais mon badge sur le côté droit de ma poitrine, montrant aux gardes que je faisais partie de l’équipe. Je pris l’ascenseur, et montais au 3eme étage, endroit où se trouvait mon bureau. Je bifurquais dans quelques couloirs avant de voir apparaître, devant moi, une porte, portant mon nom « Docteur J. Sadler ». Fier, j’entrais, me retrouvant dans un bureau, encore vide de vie, mais pas pour longtemps. Les murs étaient beige, s’accordant parfaitement avec les meubles en pin foncés. Mon bureau n’était pas vraiment grand, mais comme étant le premier, je ne pouvais décrocher ce petit sourire de mes lèvres. Tout en face de la porte d’entrée, une immense fenêtre, donnant sur le jardin et le lac de l’hôpital. Un paysage magnifique, même en cette saison. Tout près, un grand bureau avec un chaises derrière, et deux devant. Des étagères attendaient patiemment que je leur donne des livres ou des dossiers quelconque. Rapidement, je posais ma sacoche sur le bureau et enlevais ma veste et mon écharpe. Je m’asseyais sur le fauteuil, touchant fébrilement tout ce qui se trouvait dessus. Un téléphone noir, une sorte de tasse avec des crayons dedans et une plaque, couleur or, où mon nom y était inscrit dessus.

 

Après un dernier petit sourire, je sortis de ma sacoche mon unique dossier et l’ouvrit, voulant travailler dessus. Je pris directement les pages parlant du procès, car c’est elle qui m’en apprenait le plus. Une grimace de dégout marquait mes lèvres alors que je lisais les paroles de mon ancien amant. Mais alors que j’allais arrêter de lire, et m’avancer plus dans le dossier, mes yeux se posèrent sur des mots…Des mots qui firent monter un sentiment violent de jalousie.

 

«  – Monsieur Crose, Aviez-vous une relation fixe avec une autre personne avant votre cousin?
– Oui.
– Et quel était son nom je vous prie ?
– Vous n’avez pas besoin de le savoir, ce n’est pas lui que j’ai tué à ce que je sache.
– Non, biensûr… Étiez vous toujours ensemble lorsque votre cousin et vous aviez commencé votre relation ?
– Objection, votre honneur, cette question se porte sur des faits extérieurs à l’affaire en cour.
– Objection retenue, maître veuillez vous en tenir à l’affaire.
– Bien. Monsieur crose, Aviez-vous des sentiments pour votre cousin ?
– Non
– Alors pourquoi avez vous commencez une relation avec lui ?
– Il était bien meilleur que mon petit ami.
– Flirtiez vous déjà avec lui avant ?
– Non.
– Combien de temps a duré la relation avec votre cousin ?
– Elle a commencé une semaine après la rupture avec mon petit ami pour se terminer le jour où je lui ais enfoncé ce bout de verre dans le cœur. »

 

Sans vraiment que je comprenne, mes mains se crispèrent sur ce bout de papier et mes yeux se posèrent dans le vague. Alors j’étais médiocre comparé à lui… Un sentiment de haine et de colère bouillait dans mes veines. J’avais mal au cœur et cette douleur s’insupportait. Pourquoi n’arrivais-je donc pas à rester extérieur à cette affaire ? A chaque fois que je pensais à lui, que je lisais son dossier, que je le voyais, j’avais l’impression de tromper Hugo. Je voulais l’aider. Recevoir qu’un peu de résultat allègerait cette culpabilité qui me rongeait. Et pourtant, il fallait se rendre à l’évidence. Combien de psychiatre avait essayer avant moi… Combien ? Sa feuille était remplit de nom. Surement des personnes bien plus qualifiées que moi. Alors qu’hier je me sentais mal parce qu’il m’avait quitté, aujourd’hui je comprenais la raison de son rejet.

Alors c’était ça. Son cousin était un meilleur coup que moi. Rageusement je jetais ce dossier jaune par terre et les feuilles blanches se mirent à voler dans la pièce. Etais-je vraiment celui qui pourrait l’aider ? Être avec lui, remuer sans cesse ses souvenirs douloureux, me faisait en quelque sorte plonger avec lui. Pourtant, je ne voyais d’autre solution. Une fois le dossier ouvert et entièrement lu, je ne pouvais l’oublier, oublier sa détresse sans avoir fait un geste pour l’aider, au risque de me casser le nez. J’étais peut-être vaniteux et ne supportais pas l’échec, je prenais le risque avec Ilian. Je ne savais pas pourquoi, mais il le fallait.

 

Tellement pris dans mes pensées, je ne vis pas arriver le directeur, qui regardait les feuilles sur le sol.

– Tu n’as pas l’air de bonne humeur Jaeden…Dit-il, un sourire en coin.
– Désolé, un petit pique de colère. Me justifiais-je, me levant rapidement.

 

Je le vis alors s’abaisser et ramasser les feuilles blanches. Une grimace tordit sa bouche lorsqu’il comprit de quoi il s’agissait.

– Jaeden, il faut que tu attendes un peu avant d’avoir des résultats. Me dit-il, tendant le paquet de feuilles.
– Je sais, ce n’est pas pour ça que j’ai balancer les feuilles. Mentis-je, évitant son regard.

 

Il ne répondit rien. Sans doute savait-il que je mentais et peut-être même savait-il qu’Ilian et moi nous nous connaissions. Mais s’il ne le disais pas, peut-être pensait-il la même chose que moi.

– Tu as mangé ? Demanda-t-il, regardant sa montre
– Non, pas encore. Répondis-je en haussant les épaules
– Et bien tu vas devoir attendre la fin de ton entretien, il commence dans 10 minutes.

 

Surpris, je posais mes yeux sur ma montre que affichait 13 h50. Je n’avais pas vu le temps défiler, trop pris dans ma lecture du dossier et dans ma colère. Je la ressentais encore, et ce n’était vraiment pas bon pour cet entretien qui approchait. Je lançais un petit sourire au directeur puis sortit de la pièce, emportant avec moi le dossier d’Ilian. Je pris de nouveau l’ascenseur et monta au cinquième étage où se trouvait les salles d’entretien. J’entrais rapidement dans la mienne, m’asseillant sur la chaise, en face de l’ordinateur, un nœud à l’estomac.

 

Plus les minutes passaient et plus je ressentais ce stress en moi grandirent au maximum. J’étais un piètre débutant en psychiatrie finalement. Fébrilement je pris un stylo et m’amusais à le passer entre mes doigts. Je luttais avec cette colère toujours persistante, essayant de faire le vide en moi au maximum. J’entendis la porte s’ouvrir puis se refermer. Ilian venait d’entrer dans la pièce. Pourtant je ne me retournais pas. Lorsque je le vis arriver dans mon champs de vision, la colère qui s’agitait en moi augmenta d’un cran. Je mourrais d’envie de le traiter de tous les noms mais… J’étais son psychiatre en premier.

– Bonjour Ilian. Assieds toi, je t’en prie. Dis-je nerveusement, essayant de rester le plus calme possible.

Bien sûr, il ne me répondit pas, continuant son petit jeu de l’homme vide de toute expression. Il s’asseya, ne me regardant même pas. Visiblement il attendait que ce soit moi qui « mène la danse »

– J’espère que cet entretien se passera mieux que la dernière fois. Dis-je, souriant rapidement.

Je pris mon stylo en main et rassemblais mes feuilles blanches. Notre relation ne serait que professionnelle et elle commençait aujourd’hui, immédiatement. Il n’avait pas l’air d’être du même avis que moi car il s’enfonça dans la chaise, mettant ses bras croisé contre son torse, en signe de protection. Visiblement, une fois de plus, il ne me rendrait pas la tâche facile.

– Bien. Aujourd’hui nous allons commencer par le tout début. Dis-je, prenant le dossier jaune, et l’ouvrant à la première page.

Mes yeux passèrent rapidement dessus alors que je le connaissais surement par cœur. Je savais qu’il m’écoutait, et peut-être s’en foutait-il, mais au moins il m’écoutait.

– Alors, nous allons donc parler de ta présence ici. Cela te convient ? Demandais-je, essayant de le faire intervenir.

Biensûr, il ne me répondit rien. Mais ses yeux parlaient pour lui. Une légère curiosité les animait, comme s’il attendait impatiemment la suite des évènements. Ce jeu m’énervait, mais j’essayais de ne rien laisser paraitre.

– Tu es donc ici pour le meurtre de ton cousin, Ewen Abbay. C’est bien cela ? Arrêtes moi si tu veux parler, n’hésites pas. Dis-je, ressentant une poussé de colère à l’entente de ce nom qui me dégoutait maintenant.

Il ne répondit rien mais je pu voir son regard sciller légèrement à l’entente du prénom de son cousin. Mes sourcils se froncèrent. Commençais-je à le toucher avec mes mots ?

– En tout cas, c’est ce qui est écrit ici, et tu n’as jamais démenti la version du procès, allant même jusqu’à l’affirmer. Il y a quelque chose qui cloche pourtant. Tu acceptes tout ce que l’on t’as dit, et tu continues à faire cela depuis le procès. Est-ce que aujourd’hui,tu pourrais me raconter ta version des faits ? Déclarais-je, lui faisant comprendre que je n’abandonnerais pas tout de suite.

Mais alors que je commençais tout juste à me débarrasser de cette colère et à retrouver mon assurance, il posa son regard sur moi. Ce même regard qu’il m’avait lancé lors de notre première entrevu. Un regard qui me fit frissonner tant il était vide de toute expression. Je me sentais mal à l’aise, il avait appris l’art de déstabiliser les gens après tout ce temps passé ici. Je sentis ma colère reprendre peu à peu place en moi. Il voulait jouer à ça, alors j’allais y participer.

– Ilian, je t’offre l’occasion de parler, de t’exprimer toi personnellement. Je suis là pour t’aider, et ce n’est pas en restant silencieux que ça va pouvoir marcher ! A quoi ça sert que des personnes viennent te voir dans l’optique de t’apporter quelque chose, et de les rejeter ainsi. Notre travail est de t’écouter, pas que tu nous écoutes parler. Dis-je, essayant de soutenir son regard.

Oui. Je perdais patience. Le bout de procès que j’avais lu et sa manière de me faire comprendre qu’il n’en avait rien à faire de me voir ici m’énervait au plus au point. Peut-être cette réaction n’était pas professionnelle mais à ce stade là, je n’en n’avais plus rien à faire, exaspéré par son visage vide.

– Alors j’attends, sinon je vais le faire à ta place, je te préviens. Le menaçais-je

Encore une fois, il ne répondit pas, me regardant le plus froidement possible. Très bien. La première idée qui me vint en tête fut le mensonge. Je me rappelais les crises qu’il me faisait lorsqu’il m’arrivait de lui mentir sur quelque chose. Peut-être étais-ce cela…

– Bon et bien je me lance…Je me rappelle comment tu n’aimais pas qu’on te mente. Tu avais une parfaite aversion pour le mensonge. C’est ce qu’il t’as fait, n’est-ce pas ? Il t’a mentit, et tu n’as pas pu le supporter ?

Il ne fut pas troublé, rien, gardant un parfait contrôle de soi, alors que moi, je bouillais de l’intérieur. Je pris son silence pour un non, continuant sur ma lancée, même si je me sentais de plus en plus mal à l’aise.

– Ou alors, tu as eu tout bonnement assez de lui, et tu l’as tué sous un coup de folie apres une dispute.

Cette hypothèse était peut-être pathétique mais pas moins invraisemblable. Il garda cet air, me scrutant sans me lâcher des yeux. Je perdais pieds, laissant la colère prendre le contrôle de ma parole.

– Tu étais bourré ? Tu avais consommé des produits illicites ?

Aucun son ne sortit de sa bouche, et cette dernière constatation acheva de me faire tomber. La dernière limite brula par le feu de ma colère qui maintenant prenait le contrôle total de mon corps, et de ma raison.

– Ilian, tu pourrais me répondre quand même ! M’écriais-je, serrant les poings.

A cet instant, plus aucune pensées n’étaient retenues, et je sortis la plus déroutante et inimaginable qui me passa par la tête.

– Alors tu vas me dire que ton cousin, que j’appréciais énormément, t’as violé et que tu t’es vengé ? Sors moi n’importe quoi, mais dis moi quelque chose.

Alors que j’allais enchainer, je vis son visage se décomposer, et ses yeux s’agrandirent sous la surprise. Je me calmais aussitôt pensant que quelque chose n’allait pas. S’en doute y étais-je aller trop fort et cette hypothèse l’avait blessé. Mais alors que j’allais m’excuser, je le vis reprendre son air impassible, son visage sans expression, et ses yeux d’un froid glacial. J’abandonnais. Comment pouvais-je l’aider s’il ne le voulais pas lui même ? Dégouté, je laissais échapper mes pensées, sans m’en rendre compte.

– Je trouve quand même bizarre que tu ais commencé à coucher avec ton cousin juste après notre rupture…

Mais pour la deuxième fois depuis notre entretien, je vis son visage changer d’expression, tremblant sous la colère. Le regard noir, il était terrifiant.

– Qu’est-ce que ça peux te foutre ?!? Cria-t-il, hors de lui.

Avant que je n’ai pu le retenir, il sortit de la pièce claquant la porte au passage. J’y avais été trop fort. Un sentiment de culpabilité m’envahit et je voulus le rattraper, mais alors que j’ouvrais la porte le regard surpris du directeur regardant dans la direction d’où était partit Ilian, m’arrêta.

– Je ne comprends pas ses réactions…Comment tu fais ? Demanda-t-il, sérieux.
– Je…Je ne sais pas…Soufflais-je troublé.

Il ne me répondit rien, le visage impassible, puis me tendit une feuille. Surpris, je la pris en main.

– L’emploi du temps d’Ilian. Avec les heures de vos entretiens. Tu devrais rentrer chez toi, tu es pâle…Lança-t-il partant.

Mes yeux se posèrent sur ce bout de papier, plus précisément sur la date de demain.

– Attends ! M’écriais-je, le faisant stopper. J’aimerais assisté à la visite de sa mère.
– Tu n’en as pas le droit. Dit-il, sur un ton professionnel
– Mais…
– Jaeden, tu ne peux pas y assister…

Je soufflais légèrement déçu de ne pouvoir y assister. Je voulais savoir s’il parlerait à sa mère. Je voulais la revoir. Et je voulais savoir sa réaction. Mais alors que je me retournais, dans l’intention de regagner mon bureau, j’entendis la voix du directeur, retentir une nouvelle fois.

– Mais tu peux aller faire un tour à cette heure là, afin de surveiller s’il n’y a aucun dérapage.

Je le vis me lancer un petit sourire en coin et se retourner, surement pour retourner dans son bureau. Moi, je me sentais vibrer. Décidément, j’admirais cette personne. Demain, j’allais détourner certaine règles pour me mettre en avantage. La discussion entre Ilian et sa mère pourrait peut-être m’apporter quelque chose. Rien qu’un tout petit quelque chose. Inconsciemment, je suppliais le destin qu’il soit en ma faveur, comme il l’avait si souvent été depuis quatre ans.

Lentement, je me dirigeais vers le réfectoire, afin de prendre un petit quelque chose car je sentais mon estomac crier famine. Je descendis au deuxième étage et rentra directement dans les cuisines. A cette heure-ci, plus personne ne servait. Je m’approchais du frigidaire et y sortit de quoi me faire un sandwich. Quelques minutes plus tard, je me trouvais sur mon bureau, mordant à pleine dents dans cet américain fait maison. Mes bien vite, trop à mon goût, mes pensées se dirigèrent une nouvelle fois sur Ilian.

J’avais merdé. Et en beauté même. Je ressentais toujours cette colère en moi, mais beaucoup moins vive. Pendant trois ans je n’avais cesser de me torturer les méninges, cherchant chez moi quelque chose qui clochait. J’avais finis par croire que tout était de ma faute, m’enfonçant un peu plus dans ma dépression. Mais la vérité éclatait aujourd’hui, il avait craqué. D’un côté, je le remerciais de m’avoir quitté avant, car j’aurais eu le coeur deux fois plus brisé.

Une fois le sandwich terminé, je me mis à finir la lecture de ce dossier. Bien enfoncé dans le fauteuil en cuir marron, les pieds sur le bureau, je lisais chaque mots de ce procès, qui au fil du temps, m’arrachait des frissons d’horreur. L’être représenté sur le papier était un horrible meurtrier et cette vision me glaçait le sang. Mais je continuais, lisant chaque mots, chaque remarques. Je passais aux avis laissés par ses anciens psychiatres, tous disant plus ou moins que le cas d’Ilian, était en quelque sorte désespéré, inéchangeable.

Je ne vis pas vraiment l’heure tourner, lisant, analysant chaque détail qui pourrait peut-être m’aider. Mais rien de ce qui était écris ne pouvait m’aider, car tous ne trouvait aucune issues. La palissade à franchir était énorme et personne n’était encore arriver au sommet. Un soupire passa le barrage de mes lèvres et doucement, je posais mes pieds au sol, et le dossier sur la table. Ma tête contre le dossier, je laissais mon regard parcourir ce paysage froid entouré du manteau noir de la nuit. La lune se reflétait dans le lac, rendant cet endroit magnifique de nuit…La lune ?

Soudainement je me relevais, regardant ma montre. Un juron franchit mes lèvres lorsque je m’aperçus qu’il était 22 heures passé. A trop penser à Ilian j’en avais totalement oublié Hugo. Affolé, je remis rapidement ma veste sur mon dos, rangeant en même temps tout le dossier dans ma sacoche. J’éteignis toutes les lumières et fermais la porte à clé. Fonçant vers l’ascenseur, je pris mon téléphone en main, composant un numéro que je connaissais par cœur. Mais personne ne décrocha. Deux hypothèses possible. Ou bien Hugo était rentré et m’attendait patiemment pour une engueulade spectaculaire, ou il était chez sa mère, et bouillonnait de l’intérieur, acquiesçant aux dires de sa mère, déversant son venin derrière mon dos. Alors que je sortais de l’ascenseur, je réesseyais une nouvelle fois, mais encore cette tonalité incessante. Ce fut au bout de la troisième fois qu’ Hugo décrocha.

– Vas te faire foutre ! Cracha-t-il, me raccrochant au nez.

Dépité, je me dirigeais vers ma voiture et rentrais dedans. Assis sur le côté conducteur et laissais mes mains crispées au volant.

– Et merde ! Soupirais-je, alors que je démarrais, avec une mauvaise volonté.

Plus les kilomètres me séparant de notre appartement diminuaient, plus je redoutais la confrontation. Il était en colère, et lorsqu’il l’était, ce n’était vraiment pas bon. Désespéré, je sortis de la voiture et montais les marches qui me conduisait à mon appartement. Je déverrouillais l’appartement rentrant dans celui-ci plongé dans le noir. Visiblement, il avait opté pour la deuxième hypothèse. Alors il allait rentrer plus énervé que d’habitude. Soupirant, j’enlevais ma veste et mes chaussures, partit dans la chambre prendre un pyjama, que j’enfilais à la va vite. Puis, je m’asseillais dans le canapé, prêt à attendre le retour de mon amant.

Celui-ci ne tarda pas, se faisant entendre même par les voisins, tellement la porte avait claquée fortement. Sans un regard pour moi, il partit mettre le restant du gâteau habituel de sa mère dans le frigidaire. Je choisis cette occasion, non sans appréhension, pour aller l’affronter.

– Excuses moi Hugo…Fis-je essayant de faire mes yeux de chien battus
– J’ai pas envie de te parler. Cracha-t-il, fermant violemment la porte du frigo.

Il voulu me contourner, mais bien vite je lui pris un bras, le forçant gentillement à rester à mon niveau.

– Je suis désolé, j’ai pas vu l’heure tourner…Me justifiais-je tant bien que mal

Mais il se défit bien vite de mon emprise, me regardant aussi froidement que le faisait Ilian.

– Trois heures de retard ! Une demi heure je veux bien, une heure ça passe ! Mais Trois heures ! T’es qu’un connard Jaeden ! T’es un beau salaud. Quand il s’agit de ton petit monde tout est parfait, et il faut se conformer a TES règles, mais lorsqu’il s’agit de moi, de MA famille, t’es même pas foutu de foutre ton égoïsme de côté ! Lança-t-il serrant les poings.

Sous le choc, je ne fis rien pour l’arrêter, entendant la porte de notre chambre claquer violemment. Alors c’est ça qu’il pensait de moi… Ok. Sans un mot, me moquant de mon apparence et de mes vêtements, j’enfilais ma veste, et pris ma sacoche, puis je sortis, non sans claquer la porte à mon tour. J’avais peut-être merdé avec lui aussi, mais ses paroles m’avaient vraiment blessé, surtout après tout ce qu’il représentait pour moi. J’entrais dans ma voiture et me dirigeais vers la seule personne en qui j’avais confiance en dehors d’ Hugo, même si je ne l’avais plus reparlé depuis notre dernière altercation.

10 minutes plus tard, je me retrouvais devant la porte de Kain, frappant timidement. Il m’ouvrit, visiblement surpris d’avoir de la visite à cette heure-ci. Ses cheveux châtains étaient en bataille, et il portait toujours son uniforme d’infirmier. Ses yeux verts était cernés…Visiblement je venais de le réveiller.

– Jaeden ? Qu’est-ce que tu fais là ? Demanda-t-il, essayant de rabattre ses cheveux.
– Je me suis engueulé avec Hugo…Tu m’accueilles chez toi ? Fis-je, géné.

Il acquiesça et me laissa entrer. Sans un mot j’enlevais ma veste et mes chaussures puis m’affalais dans le canapé, plongeant ma tête dans un coussin.

– C’est à cause d’Ilian ? Demanda-t-il ,l’air de rien.
– Fous moi la paix avec lui…Soupirais-je las.

Je l’entendis émettre un petit rire, puis reprendre son sérieux. Le canapé s’affaissa et je sentis sa main se poser sur mon épaule.

– Qu’est-ce qui s’est passé ? Dit-il, sérieux.
– J’ai oublié un diner chez sa mère. Répondis-je, la voix étouffée par le coussin.
– Ah…à cause d’Ilian ?
– T’es chiant Kain ! J’étais perdu dans un dossoier…
– Et le seul dossier que tu as es celui d’Ilian, quand je te disais que le revoir t’apporterais des ennuis.
– T’es pas ma mère.
– Oui c’est vrai, tiens et si je la mettais au courant ?

Brusquement, je me retournais, le surprenant. Mon regard noir se posa dans le sien, lui faisant bien comprendre qu’il en était hors de question.

– Ok…Je dirais rien, mais fais pas de conneries…Dit-il, battant en retraite.

Rapidement, je me rallongeais dans ce canapé, réprimant un bâillement.

– Et pourquoi c’est l’autre qui est dans ton appart ? Repris-t-il, faisant une légère grimace.
– C’est Hugo et il est dans notre appart. C’est moi qui est fait le con non ?
– Ouais, si tu le dis…
– Arrête, il t’as rien fait…Dis-je, crevé.

J’étais las de cette rancœur qu’avait mon frère pour Hugo. Ces deux là ne se supportaient pas, impossible de les mettre dans la même pièce sans qu’ils ne se bouffent le nez. Et je n’avais jamais compris pourquoi. Mais Hugo me disait que c’était physique…

Sans un mot, il se leva et éteignit la lumière. Je l’entendis se déshabiller et rentrer dans son lit. Je l’entendis me dire bonne nuit, mais je ne lui répondis pas, le sommeil me prenant par surprise.

**

Le lendemain, je me réveillais brusquement, sursautant lorsqu’une casserole tomba sur le sol. Un juron fut poussé, et je me redressais regardant mon frère, un œil fermé à cause de la lumière.

– Mais qu’est-ce que tu fous ! M’écriais-je, passant une main sur mon visage.
– Je range un peu, ce soir Savanah vient dormir ici, et je finis mon service juste avant qu’elle arrive. Se justifia-t-il en haussant les épaules.
– Ça à l’air sérieux entre vous, combien de temps, trois mois ?
– Ouais c’est ça, trois mois, je suis bien avec elle.

Je lui fis un sourire puis me recoucha, mais bien vite le bruit assourdissant d’un aspirateur mis en marche, acheva de me décider, et je me levais, me dirigeant vers la salle de bain. Je pris un douche rapide, sortant de la salle de bain en serviette.

– Kain ! Criais-je, afin de me faire entendre par mon frère.
– Quoi ? Répondit-il, dérangé.
– Je peux t’emprunter des fringues ?
– Oui oui, sers toi.

Il remis l’aspirateur en route puis je m’approchais de sa commode et y sortit un jean kaki avec une chemise noire. Je les enfilais rapidement, voyant l’heure. Dans moins d’une heure, la mère d’Ilian se rendrait à l’hôpital pour parler à son fils, et je ne voulais surtout pas manquer ça.

Je partis quelque minutes plus tard, faisant un bref salut à mon frère, trop absorbé dans son ménage. Vingt minutes plus tard, je me trouvais devant l’hôpital, faisant l’habituel trajet jusqu’à mon bureau. J’y laissa rapidement mes affaires et m’asseya sur mon fauteuil. Sans réfléchir je pris le combiné, mais alors que j’allais composer son numéro, je m’avisais. Un petit sourire étira mes lèvres. J’allais lui faire une surprise et aller le chercher voir à son boulot, et s’il me pardonne, aller déjeuner avec lui. Même si ces mots me faisaient toujours mal, la nuit m’avait calmé et je les avait mérité…

Mes yeux se posèrent sur ma montre et je me levais, il était temps. Je pris l’ascenseur et monta à l’étage des salle d’entretiens. Je pris la direction des salles de visites. Silencieusement j’entrais, regardant autour de moi. La salle était assez grande. Les murs peints en orange essayait de donner un peu de vie à l’endroit. Des tables rondes en plastiques blanches étaient disposé sur une ligne rectiligne ou une vitre en verre séparait le coin visiteur de patient. Je vis Ilian assis devant sa mère. Celle-ci je ne l’a vis pas, étant de dos à moi. Je me rapprochais doucement, veillant à ne pas me faire remarquer de mon patient. J’entendis alors la voix de sa mère. Celle que je connaissais douce et tendre était aujourd’hui l’opposé parfait.

  • Avec le regard de tous les voisins sur nous depuis le procès, le voisinage est devenu de plus en plus hostile. Enfin mets-toi à ma place, moi, la mère d’un meurtrier. Nous avons était dans l’obligation de déménager, ton père, ta sœur et moi, afin de retrouver un peu la paix. Ce qui fait que je vais pouvoir venir moins souvent au vu de la distance. Tu ne peux t’en prendre qu’à toi-même à ne faire strictement aucun effort. Franchement qu’est ce que tu es venu foutre ici ? Finalement, la prison t’aurais peut être fait beaucoup plus d’effet. Tu n’en serais certainement pas là. Au revoir Ilian, à dans quelques mois, j’aurais peu de temps pour toi avec le déménagement. Réfléchi à ta manière de faire, et au désordre que tu as causé dans notre famille. Tout cela tu le mérites finalement.

Ces mots me glacèrent le sang, et je ressentis toute la fureur qu’Ilian essayait de cacher en lui. Si cela avait été moi, je lui aurais sauté à la gorge, lui faisant ravaler cette langue de vipère. Comment pouvait-elle dire des choses aussi horribles à son unique fils ? Le voir aussi renfermé ne m’étonnait plus du tout, et un sentiment de tristesse m’envahit. Je vis alors la mère d’Ilian se lever d’un coup, mais je n’eus le temps de me cacher, que le regard froid d’Ilian se posa sur moi. Je le soutins malgré moi, voulant me montrer réconfortant, lui donner un peu de mon aide.

Je le vis alors se lever, mais un peu trop précipitamment car la chaise tomba au sol. Ses poings serrés me montraient que je n’étais pas le bienvenu ici. Il marcha d’un pas rapide vers la sortit, achevant de me faire comprendre qu’il me détestait plus que tout. Dans un soupire, je sortis moi aussi de la pièce. Je ne voulais pas croiser sa mère, et j’avais besoin d’être seul.

Je marchais dans les couloirs dans le seul but de mettre en ordre mes pensées. Trop de choses avaient changés depuis mon départ, trop de choses et cela me faisait tourner la tête. Alors que pour moi tout allait bien, pour lui, tout allait mal. Cette histoire était un cercle vicieux, dont je ne trouvais pas la sortie. J’étais engrené dans son système, attendant un signe, n’importe quel signe. Je ne sais pas combien de temps je restais là à tourner en rond dans ses couloirs, mais l’agitation qui y régnait me fit arrêter toutes ces pensées noires.

Beaucoup d’infirmières, de médecins courraient dans tous les sens comme si un incendie faisait ravage. Prenant peur, j’attrapais le bras d’une infirmière. Celle-ci me regarda d’abord furieusement, puis en voyant mon air d’incompréhension, elle se radoucit.

– Un patient a fait une tentative de suicide. Déclara-t-elle sérieuse.
– Quel patient ? Demandais-je fronçant les sourcils
– Celui qui a tué son cousin.

Ces six mots me firent lâcher prise, et l’infirmière se retourna pour s’engouffrer dans le vaste ascenseur. Un sentiment de culpabilité énorme m’aseilla et je dus me tenir a la rambarde près de moi pour ne pas que mes jambes me lâche. Son état de fureur était tel qu’il m’avait donné la frousse lorsqu’il était partit. Est-ce à cause de moi ? Je ne vois pas d’autre cause. Lui aussi luttait avec ses souvenirs du passé, je n’étais pas le seul à trouver cela dure, mais je ne l’avais pas remarqué, trop plongé dans mes sentiments à moi. Hugo avait raison, je n’étais qu’un sale égoïste.

Mes pas me reconduisirent directement à mon bureau. En plus d’être égoïste, j’étais lâche. Je ne voulais pas aller le voir, en tout cas pas maintenant. Je voulais un peu de calme, même cinq minutes me suffirait, mais je n’eus même pas ce petit délai, que la porte s’ouvrit violemment, me faisant sursauter. Je vis le directeur,les traits tirés, et le visage appartement furieux.

– Lorsque je te dis qu’il faut découvrir ce qu’il cache, je ne te demande pas de le pousser au suicide ! Dit-il, calmement, mes ses yeux trahissaient sa colère.

Sans un mot, je m’assaillais dans mon fauteuil et prit ma tête entre mes mains. Toute cette histoire me donnait mal au cœur, et mal au crane. Ilian avait faillit perdre la vie, et je ressentais toute mon âme entière hurler de tristesse.

– Tu as surement trop forcé sur les mots Jaeden. Je sais bien que c’est un cas difficile mais ne perd pas patience.

Je sentis sa main réconfortante sur mon épaule, et un soulagement réconforta mon âme. Mais je savais qu’il fallait que je le vois, que je lui parle, que je m’excuse.

– Dans quelle salle est-il ? Demandais-je la tête toujours entre mes mains.
– Dans la deuxième salle de l’infirmerie. Nous avons stabilisé son état. Dit-il, se dirigeant vers la porte.
– Il dort ?
– Oui, mais tu devrais aller le veiller.

Il sortit de la pièce, me laissant seul à mes réflexions. Il avait raison, et le moment était venu. Je devais me montrer à lui, en étant moi-même et non son psychiatre. Doucement, je me levais et ouvrit un tiroir d’une petite commode. Kain me l’avait donné « au cas où un patient sauvage ne veuille ma peau ». Je pris le peau et l’ouvrit. Une crème verte, assez visqueuse était à l’intérieur. Cette crème accélérait le processus de cicatrisation, et atténuait la douleur. Peut-être l’aiderais-je, physiquement.

Je sortis à mon tour de la salle. 10 minutes plus tard, je me retrouvais devant cette salle, où je pouvais voir mon patient complètement endormis, à travers les stores. D’un côté, cela me soulageait, je ne sais pas comment il aurait réagit en me voyant débarquer, la peur au ventre.

Fébrilement, j’abaissais la poignée, et m’engouffrais dans l’atmosphère pesante de la salle. Son bras bandé gisait près de lui. Je ressentais un pincement au cœur, lorsque mes yeux rencontrèrent son doux visage. Là, il ressemblait à celui que j’avais aimé, et cette constatation me troublait. Sans le lâcher des yeux, je m’assaillais dans un fauteuil, et attendis, patiemment.

Ce n’est qu’une heure plus tard qu’il se réveilla, secouant légèrement sa tête. Un grimace de douleur étira ses lèvres lorsqu’il remua son poignet, mais aucun son ne sortit de sa bouche. Doucement, il s’assailla sur le lit, et son regard froid se posa sur moi. Je pu voir quelques minutes une lueur d’étonnement briller dans ses yeux, mais comme d’habitude, elle était remplacé par un regard froid, presque tueur. N’en tenant pas compte, je me levais, et m’assaillais sur un côté de son lit, posant mon regard dans le vague, droit devant moi. Je ne savais pas vraiment quoi lui dire, n’y même s’il allait m’écouter. Mais pour une fois, je laissais mon cœur parler, allégeant le poids qui pesait sur mon âme.

– Excuses moi Ilian. Je suis un piètre psychiatre. Trop aveuglé par mon envie de savoir ce qu’il t’étais arrivé, je n’ai même pas remarqué que tu allais mal. Dis-je, faiblement.

Il ne répondit rien, continuant de me regarder, stoïquement. Doucement, je tournais ma tête vers lui, croisant son regard. Sans un mot, j’abaissais mes yeux sur son bras mutilé, et le pris en main, mais il me fut bien vite enlever pour être rabattu contre sa poitrine. Il ne voulait pas ma le montrer, sans doute avait-il honte. Un sourire intérieur étirait mes lèvres, j’arrivais au moins a percer un autre sentiment que la rage chez lui.

  • Et après tu veux me dire que tu ne ressens plus rien…Dis-je, légèrement moqueur.

Je jouais avec le feu, mais si c’était le seul moyen pour acquérir sa confiance, alors je le ferais tout le temps. Alors que je me levais, je le vis tendre immédiatement son bras vers moi, sans doute par pure provocation. Son regard froid, me montrait, en apparence, qu’il se fichait totalement de ça, mais sa réaction précédente entrait en contradiction. Sans un mot, je me rasseillais, et posais son bras sur mes genoux, dans une douceur infinie. Je me mit à défaire le pansement, sentant le regard d’Ilian posé sur moi. Lorsque le dernier fut défait, il vira immédiatement la tête à gauche, ne pouvant supporter que je vois cette plaie. C’était une réaction prévisible. Délicatement, je sortis de ma poche le pot de crème, et l’ouvrit. La plaie était profonde et énorme. Un élan de dégout me submergea, mais je ne laissais rien paraitre. Sans faire de mouvements brusques, je pris un peu de crème et l’appliqua sur la plaie, aussi doucement que possible. Je le sentis frémir, mais encore un fois n’en tenais pas compte. Alors que je continuais à masser son bras, voulant imprégner la crème dans la peau, je tournais légèrement ma tête vers lui et vis qu’il avait fermé les yeux. Un sourire en coin étira mes lèvres, et je recommençais à le masser.

Plus le temps passait, plus je le sentais lâcher des barrières. J’avais mal au cœur,et c’était une torture sans pareille que de rester là à regarder cette plaie béante. J’entendis alors sa voix. Elle était faible et pleine de tristesse.

– Sors…S’il te plait…

Je le regardais alors timidement, et comprit qu’il voulait être seul. Sa demande n’avait pas été agressive, bien au contraire. J’avais réussis à le toucher.

– Je reviendrais ce soir, t’apporter ton diner. Dis-je, refaisant le pansement.

Il ne me répondit rien, et doucement je reposais son bras sur le lit, me levant en même temps. Je marchais vers la porte puis lançais un dernier coup d’oeil, pour le voir tenir son bras replié contre sa poitrine. Je sortis de la pièce et fermais la porte, mais restais devant. Je vis alors quelque chose qui me surpris grandement. Ilian baissa la tête et lâcha un sanglot, laissant couler ses larmes. Il tenait son bras avec son autre main, la pressant contre sa poitrine. Je sentis alors mon cœur se serrer violemment alors qu’un petit sourire triste étirait mes lèvres. Finalement, j’allais peut-être parvenir à cette renommé plus vite que je ne l’avais prévu…

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