Archives quotidiennes : 26 décembre 2017

Nothing to prove – Chapitre 7

Chapitre 7 écrit par Mai-Lynn

 

Mon corps me faisait mal. Et ma tête. Un soupir passa mes lèvres alors que ma main vint se poser sur mon visage. A chaque fois je me disais qu’il fallait que j’arrête, pourtant je recommençais. Pourquoi retournais-je toujours dans ces conneries ?!? Il ne fallait plus que je boive, je le savais pourtant. Mais j’avais mal au coeur, et je voulais oublier. Doucement, je me tournais pour me mettre sur le côté, mais brusquement je glissais, et tombait sur les fesses. Cette chute acheva de me réveiller.

Mon regard se posa alors sur le décor, qui n’était pas du tout celui de mon appartement. C’est alors que je le vis, là, recroquevillé sur lui même. Ilian se trouvait dans le coin de la pièce, allongé sur le sol. Je pouvais voir sa poitrine monter et descendre au rytme d’une respiration plus ou moi soutenue. Pourquoi étais-je venu ici ?

Je deplaçais alors mes pieds dans le but de me lever, mais ceux-ci firent tomber une bouteille de vodka. Au bruit que fit le verre sur le parquet, tout me revint en mémoire. Tout. Absolument tout.

Mais qu’est-ce qui m’avait pris ? Parler de ce que je ressentais à Ilian ?!? A mon patient ?!? Il fallait que je me ressaississe. Bien sûr que non je n’étais pas jaloux. C’était totalement absurde. J’étais juste…Perturbé. Je venais de quitter l’homme que j’aimais…En plus d’être pathétique, je n’étais qu’un menteur…

Un deuxieme soupir sortit de mes lèvres et je me relevais, posant la bouteille de vodka. Puis mon regard s’attarda une nouvelle fois sur Ilian, je ne pouvais le laisser ainsi. Il avait dormi toute la nuit sur le sol et je m’en voulais. Doucement, je passais derrière lui et le pris dans mes bras. Je constatais avec horreur que j’arrivais à le porter sans difficulter. Il était devenu bien trop maigre, et cela me faisait peur. Lentement, je le posais sur son lit, rabattant les couvertures sur lui. Je ne pus m’empécher de m’assoir à ses côtés, et ma main trouva bien vite sa place dans sa tignasse ébène. Comme avant. Lorsqu’il dormait, il ressemblait beaucoup plus à l’Ilian que j’avais connu. Ses traits étaient détendus, et il semblait paisible. Sans m’en rendre compte, mon autre main, se mit à caresser tendrement son visage. Sa peau était douce, comme avant. Un sourire étira mes lèvres alors que je me rapellais un jour où nous nous étions encore une fois disputé. Comme d’habitude, je n’en faisais qu’à ma tête, et je le blessais. Comme d’habitude, au bout d’une heure il me manquait, et j’allais le trouver chez Ewen, je lui offrais ses bonbons préférés, mais jamais je ne lui faisais d’excuses. Tout passait par les gestes. Je n’avais jamais de mal à le faire céder, il suffisait que je m’approche de lui, et que je frôle ses lèvres. Je ne l’embrassais pas, mais je le sentais immédiatement ouvrir les siennes…Comme maintenant.

Quoi ?!? Immédiatement, je me redressais, me gifflant mentalement pour m’être aussi égaré. Je ne devais pas encore être remis de ma cuite…Je me levais, mettant la bouteille de vodka dans ma veste afin que personne ne la voit. J’entrais en toute vitesse dans mon bureau et planquait la bouteille dans un des placards. C’est avec soulagement que je m’asseyais sur mon siege, mettant immédiatement mes pieds sur la table. Il ne m’en fallut pas bien longtemps pour me rendormir…

Je marchais dans la cour, seul. Je venais de finir ma journée et j’étais exténué. Je ne souhaitais qu’une seule chose, retrouver Ilian et rentrer chez moi. Je lui avais dis qu’il pouvait dormir chez moi, encore une fois je n’avais pas résisté à son regard de chien battu. Je savais que ça n’allait pas avec ses parents, même s’il n’aimait pas trop en parler. Je me dirigais vers la sortie, mais alors que je contournais un batiment, je me figeais immédiatement. Devant moi se trouvait Ilian. Il ne m’avait pas vu, et j’en profitais alors pour regarder la scène. Il était accompagné par un garçon que je n’avais jamais vu. Il était grand et roux, les cheveux mi-longs. Il portait l’uniforme du lycée, et je devais avouer qu’il était vraiment pas mal. J’aurais peut-être pu devenir ami avec lui, comme Ilian, mais pourtant, lorsque je le vis tendre le bras pour allumer la cigarette de mon amant, mon sang ne fit qu’un tour. Je sentis mes poings se serrer et mes sourcils se froncèrent. Je vis alors Ilian lui faire un petit sourire géné… Ce même sourire qu’il ne devait offrir qu’à moi…

Sans vraiment réfléchir, j’avançais à grand pas, vers eux, les poings toujours sérrés. Je m’efforçais de rester naturel, même si l’envie de botter ce rouquin me démangeait. Ilian m’aperçut alors et un sourire resplendissant illumina son visage. C’est dans ses moments là que je ne pouvais m’empécher de penser que je sortais avec un pur canon…Depuis un an maintenant. Un an dans une semaine. Cela me faisait bizarre, jamais je n’étais sortis autant de temps avec la même personne. Je savais pas vraiment ce qui m’arrivait, la seule chose que je savais, c’était qu’il était hors de question de le laisser à quelqu’un d’autre.

J’arrivais à leur hauteur, et je pris immédiatement Ilian part la taille. Je pus immédiatement remarquer les rougeurs qui commençaient à apparaître sur ses joues, et dans un sourire, je l’embrassais, montrant bien au rouquin qu’il était avec moi.

Je détestais lorsqu’il fumait, car je le trouvait trop jeune, et que ça n’a servait vraiment à rien, Pourtant, lorsqu’il fumait, et que je l’embrassais, j’adorais ses baisers. Ils étaient d’un autre goûts, et me poussaient toujours à en vouloir plus. J’avais remarqué qu’Ilian l’avait compris, il suffisait de voir les moments où nous n’étions que tous les deux. Je trouvais ça mignon car même après un an ensemble, il n’osait pas me dire qu’il avait envie de moi. Je voyais souvent, lorsque je sortais de la douche, son regard glisser sur moi. Je m’amusais alors à faire des gestes agichants, et je le voyais avaler difficilement sa salive et prendre son paquet de cigarettes et en allumer une. Je comprenais alors qu’il me voulait, et qu’il savait que le goût de sa cigarette m’exitait.

Je revenais à la réalité lorsqu’Ilian mit fin au baiser. Son visage était completement rouge, et je ne pus m’empecher de rigoler légèrement. Puis je me tournais vers son ami, retrouvant un visage froid.

– Jaeden c’est Ryan, il vient d’arriver dans ma classe. Me fit Ilian, regardant le roux. Ryan, c’est le garçon dont je t’ais parlé tout à l’heure, mon…

– Son petit ami ! M’exclamais-je, le coupant, tout en levant une main vers lui.

Le prénommé Ryan parut surpris mais ne dis rien et serra ma main. Il passa alors une main dans ses cheveux, à la façon play-boy, puis il remit son sac sur son dos.

– Bon je vous laisse, à demain Ilian. Nous dit-il, avant de se retourner pour sortir du lycée.

Je le regardais partir d’un mauvais oeil, mais la voix d’Ilian me surprit.

– Il est sympa hein ! Fit Ilian, un grand sourire aux lèvres.

– Ouais, si on veut. Fis-je, en haussant les épaules.

Je me retournais alors et commençais à marcher sans l’attendre. Je ne sais pas pourquoi mais j’étais enervé.

– Jaeden attends moi !! S’écria Ilian, ramassant son sac, et courant pour me suivre. T’es pas sympa…

Je me retournais alors le regard noir.

– Si t’es pas content tu n’as qu’à aller voir ton Ryan ! Si tu cours, tu pourras sûrement le rattraper ! Répliquais-je, la voix froide.

Mais alors que je pensais le voir les larmes aux yeux, un énorme sourire étira ses lèvres. Un sourire qui m’agaça.

– Pourquoi tu souris comme un con ? Fis-je , d’une voix dure

– T’es jaloux ?!? S’exclama-t’il, joyeux.

– N’importe quoi !

Ne supportant pas de voir ce sourire sur son visage, je me retournais et repris ma route. Je l’entendis alors éclater de rire, et me suivre en courant, attrapant ma main au passage. Je ne fis rien pour l’en empécher, pensant qu’il arrêterait là la discution. Mais il n’était pas décidé à lacher l’affaire.

– T’es mignon quand tu es jaloux…Murmura-t’il, m’embrassant sur la joue.

– Mais je suis pas jaloux ! Tu peux bien coucher avec n’importe qui, je m’en fous alors arrête maintenant ! M’écriais-je, lachant sa main.

Il me lança alors un regard blessé, un regard que je ne voulais pas reçevoir et qui me serra le coeur.

– T’es vraiment blessant… Soupira-t’il avant de reprendre sa marche, baissant la tête.

– Ilian attend ! Criais-je, déçu par ce que je venais de lui dire.

Mais il ne se retourna pas, et continua son chemin. Soupirant, m’en voulant atrocement, je le suivis jusqu’à mon arret de bus. Il s’installa contre la paroi en verre et mit ses mains dans ses poches. Immédiatement je me mis devant lui, le prenant dans mes bras. Mon visage vint se loger dans son cou. Je connaissais tous ses points sensibles et immédiatement je le sentis frissonner.

– Tu me fais la geule ? Demandais-je, embrassant son cou.

Il ne répondis rien, restant de marbre.

– Ok… Tu me fais la geule…  Mais tu viens quand même m’attendre sous mon abris bus… Dis-je, rigolant légèrement.

Il me repoussa alors vivement et voulut partir, mais je le retins, callant ma jambe entre les siennes. Il me lança un regard noir, et j’y répondis par un sourire en coin. Il ne le tint pas et détourna son regard.

– J’avoue, j’ai fais le con, t’es content ? Fis-je embrassant sa joue.

– T’es jaloux ou pas ? Me demanda-t’il, la voix tranchante.

– Ça change quoi ?

– Tout.

Je soupirais, lui montrant qu’il m’énervait. Je n’aimais pas lui montrer mes sentiments, surtout lui montrer que je n’aimais pas que les autres garçons s’approche de lui. Je me mis alors à côté de lui, le lachant.

– ok. Je suis jaloux. Mais c’est de ta faute ! Lui reprochais-je, mettant à mon tour mes mains dans mes poches.

Il vint alors se mettre sur moi, ce grand sourire qui m’agaçait tant, aux lèvres.

– J’en prend l’entière responsabilité ! S’exclama-t’il, amusé.

Je lui fis une grimace puis je passa ma main dans ses cheveux, rapprochant son visage du mien. Du bout des lèvres, je laissais mon souffle le caresser. Je le sentis sourire, puis essayer de m’embrasser, mais je reculais la tête, jouant avec lui. Il me tira la langue puis rapprocha plus vivement son visage, et il réussit à me prendre par surprise. Nos langues se mélangèrent immédiatement, et mes mains passaient sous sa veste. Je sentis le goût du tabac, ce goût que j’aimais tant chez lui. Dans un sourire, je mis fin au baiser, et me collais à lui, afin qu’il sente que j’avais envie de lui.

– Je suis sûr que tu as fait expres de fumer juste avant que j’arrive…Dis-je, avant de l’embrasser une nouvelle fois…

Je me réveillais alors en sursaut, me rendant compte qu’encore une fois mes pensées étaient tournées vers Ilian. Je me rasseyais sur mon siege et passais un main sur mon visage. J’étais las de ce que ma vie était devenu. Il y avait à peine un mois, j’avais la vie la plus parfaite qu’un homme puisse souhaiter, et maintenant…

Un soupir passa le barrage de mes lèvres et dépité, je pris le dossier d’Ilian, dossier que je n’avais toujours pas terminé. Je sentais la fatigue de cette cuite me prendre peu à peu, et je me demandais comment je pourrais bien finir la journée, surtout avec l’entretien d’Ilian qui allait se faire dans quelques minutes.

Alors que j’ouvrais mon tiroir pour y sortir une trousse pleine de crayons, mes doigts touchèrent une boite de DVD. Mon regard se voila alors que je me rapellais que c’était un film que voulait voir Hugo à tout prix. Il m’en avait tellement parlé, que j’avais fini par céder. Nous n’avions même pas pu le regarder ensemble.

Quelques coups à la porte me firent me replonger dans le dossier d’Ilian. Je relevais la tête alors que la personne entrait, et je découvrais Ilian, qui se trouvait devant moi. Immédiatement les souvenirs de la veille me revinrent en mémoire, et je tournais la tête, lui mumurant un simple « Bonjour » puis l’invitais à s’assoir. J’avais encore ce mal de tête atroce, et cela mélangé à tous ses souvenirs me donnaient des hauts le coeur violent.

Il n’arretait pas de me fixer, y prenant un malin plaisir sûrement. Je devais être affreux, avec un teint plus pâle que jamais. Son regard transperçant, me genait, même si j’essayais de le cacher. Aujourd’hui, je n’étais pas de taille à lutter, et je lui fis comprendre en refermant son dossier, un peu trop brusquement sûrement.

D’une voix mal assurée, je decidais maintenant de mettre un trait sur les évènements de la veille. J’espérais seulement que lui aussi serait d’accord :

– Je… Je m’excuse pour ce qui s’est passé hier soir… Ca… Cela ne se reproduira pas. Et… Je suis désolé… J’ai vraiment tout oublié, je ne me souviens de rien. Alors on oublie tous les deux d’accord ?

Je mentais. J’étais un pitoyable menteur, et j’étais sûr qu’Ilian avait deviné. Mais il ne laissa rien paraître, continuant de me regarder de la même façon. Même si tout ce que je lui avais dit était vrai, il ne fallait pas qu’il le sache. Je ne devais pas être jaloux, surtout pas. C’était mon patient. Rien que ça.

– Bon, poursuivais-je, ne tenant pas compte de son silence. Je suis vraiment trop fatigué, et je n’ai aucune envie de commencer ma journée par une dispute, alors… Je te propose de regarder un film. Nous faisons notre rendez-vous, il n’est pas spécifié ce que nous devons faire, alors je pense que ça ne dérange personne.

J’avais eu l’idée quelques secondes avant. Je ne savais pas si cela allait lui plaire mais je ne voulais vraiment pas me disputer avec lui, au risque que nous reparlions de ce qu’il s’était passé hier. Je sortis alors le DVD de mon tiroir et posais la boite sur la table, afin qu’il lise le résumé s’il le souhaitait.

Je n’attendais pas vraiment sa réponse, sachant pertinement que c’était peine perdu. Je mis le CD dans l’ordinateur, et tournait l’écran afin qu’il puisse le regarder avec moi. Après avoir mis en route le film, je m’installais confortablement sur mon fauteuil. Du coin de l’oeil, j’observais Ilian faire de même. Le film débuta, et je laissa mon esprit s’égarer dans le sénario. Cependant, plus je regardais ce film, plus la suite me semblait logique, comme si je l’avais déjà vu. Pourtant, je n’arrivais pas à me rappeler quand…Sans vraiment m’en rendre compte, je me mis à parler :

– J’ai l’impression d’avoir déjà vu ce film… Dis-je, me redressant sur mon fauteuil.

– Notre permière sortie au cinéma.

La voix d’Ilian avait été froide et tranchante, et ce fut alors une immense gène qui m’envahit. Comment avais-je pu oublier ce détail ? Moi qui voulait que nos relations restent strictement professionnelles, je ne cessais de faire boulettes sur boulettes.

– Ah oui… Excuse moi… Répondis-je, le regardant géné.

– Ce n’est pas la première chose que tu oublies.

Je ne répondis rien à cette phrase cinglante. Il avait raison, et je comprenais l’amertume qu’il ressentait pour moi. Je détournais alors le regard, et le reposais sur le film, dont je me rapellais tres clairement la fin. Le reste de l’heure se passa sans encombre, aucun de nous deux ne parlait. Le générique de fin fit son apparition, et je me redressais pour éteindre la video. C’est à ce moment que j’entendis la vois d’Ilian, et ce qu’il me dit me fit sursauter, ne m’y attendant pas du tout.

– Qu’est-ce que c’est que cette histoire avec Melvin ?

Je restais un moment à le regarder sans vraiment comprendre, puis le souvenir de mes dernières paroles me revint, et détournant les yeux je lui répondais.

– Je ne vois pas ce que tu veux dire ?

Son regard se fit alors plus foudroyant que d’habitude, et je compris qu’il ne me lacherait pas. Je me sentis alors soudainement triste. Je ne pouvais empêcher ce sentiment de me ronger. Je ne savais pas pourquoi, mais l’idée même qu’Ilian soit avec quelqu’un d’autre m’ennuyait.

– Excuse moi Ilian, je te reproche de te méler de ma vie alors que je fais la même chose. Dis-je d’une petite voix.

Mon portable se mit alors à sonner et immédiatement je le pris en main. Je pus lire le nom de Hugo sur l’écran et mon coeur se serra à nouveau. Dans un soupir je raccrochais immédiatement, ne souhaitant pas parler avec lui, d’autant que je travaillais. Ilian se mit alors à parler, et je relevais a tête vers lui.

– Tu crois vraiment que j’ai refais ma vie avec lui ? Tu ne me connais pas alors si bien que cela…

Je baissais la tête, sentant le rouge me monter aux joues. Pourquoi me sentais-je aussi géné ? L’image de Melvin me vint alors à l’esprit, je devais avouer, qu’il était très beau, bien qu’assez jeune et mesquin. Sans vraiment réfléchir une fois de plus, les mots sortirent de ma bouche.

– Il est plutôt pas mal…

Immédiatement je baissais la tête un peu plus, me maudissant de laisser échapper toutes mes pensées.

– C’était il y a quatre ans que tu aurais pû te montrer jaloux… Répliqua Ilian, assez froidement.

Cette phrase me fit l’effet d’une douche glacée, et je ne pus répondre qu’un vague « Je sais ». Je comprenais sa rancoeur, et je ne voulais pas vraiment en parler. Pas maintenant du moins. Mon portable sonna à nouveau et je mis immédiatement le répondeur.

– Tu ne réponds pas ? Me demanda Ilian, agacé.

– Pour lui dire quoi ? Répliquais-je, dans un soupir.

Il ne répondit rien et je me tournais vers la fenêtre. Ce paysage pourtant si magnifique ne faisait que me rendre nostalgique. Je sentais le regard d’Ilian posé sur moi, mais je ne dis rien. Quelques minutes passèrent ainsi, où un silence paisible s’était installé. Mais cela fut une nouvelle fois interrompu par la sonnerie de mon téléphone. Je sursautais alors qu’Ilian se levait et prenait mon téléphone en main. Sous mon regard surpris, il décrocha, le regard noir.

– Jaeden n’a aucune envie de te voir ! Fit-il la voix tranchante.

Il raccrocha alors immédiatement et prit soin d’éteindre mon téléphone avant de le reposer sur la table, puis de s’assoir. Je le regardais toujours étonné, ne sachant quoi dire. Puis, trouvant la situation comique, j’éclatais de rire. Je sentis alors une tension énorme se relacher dans mon estomac. Cela m’avait fait un bien fou.

– Merci Ilian…Soufflais-je

Je le vis alors sourire, et mon coeur se mit à battre. Cette fois-ci, je ne fis rien pour l’arréter, et lui souriais à mon tour. Il se leva alors, et se retourna, dans l’intention de partir. Je le suivais des yeux, comme si j’avais découvert un autre Ilian. Ou retrouvé un autre Ilian. Il stoppa sa marche et se retourna, croisant une nouvelle fois mon regard.

– Il n’ y a rien entre Melvin et moi. Courage jaeden. Me dit-il d’une seule traite, avant de sortir de mon bureau.

Je resta alors le regard fixé sur cette porte sans vraiment la voir. Pourquoi mon coeur battait-il à ce point ? Pourquoi me sentais-je heureux de cette nouvelle ? Je ne devais pas. Je n’avais pas le droit !

**

Le reste de la journée passa sans encombre, jusqu’à ce que le téléphone fixe de l’hôpital se mit à sonner. Immédiatement, je pris le combiné en main, craignant un cas d’urgence.

– Docteur Sadler ? Me fit la réceptioniste du hall, d’une voix ennuyée.

– Oui ? Répondis-je, vivement

– Un jeune homme vous demande à l’acceuil, votre petit ami, puis-je le faire monter ?

Je sentis ma main se crisper sur le combiné, et un soupir passa le barrage de mes lèvres. Décidement, il ne voulait pas me laisser seul.

– Non, je descend. Fis-je, la voix dure.

Le coeur lourd, je me levais, sortant de mon bureau. Je fis de mon mieux pour prendre un regard dur et froid. Je ne voulais pas lui montrer que j’avais mal au coeur. Je ne voulais surtout pas lui montrer qu’il me manquait.

Pourtant, lorsque je le vis assis sur les sièges de la salle d’attente, la mine défaite et les yeux rougis, mon coeur se serra horriblement. Il m’avait trompé. Je ne devais pas céder. Il avait ruiné toute la confiance que j’avais en lui, se donnant à un autre homme alors qu’il me rendait mes mots d’amour. Reprenant mon visage dur, je m’approcha de lui. Il m’entendit arriver, et se leva immédiatement, tournant vers moi un regard plein de larmes. Mais je ne lui laissa pas le temps de m’attendrir, immédiatement, je pris son bras et l’amenais avec moi dehors. Il ne disait rien alors que je le conduisais dans un endroit assez tranquil du parc, ne voulant surtout pas que des collègues écoutent nos discutions.

– Qu’est-ce que tu fous là ! Tu n’as pas le droit de venir, et tu le sais !?! M’écriais-je, énervé.

– Tu ne réponds pas à ton téléphone, tu n’es pas rentré hier soir et… C’est qui le mec qui a décroché le téléphone ! Me lança-t’il, sur le même ton.

– Je suis désolé mais ce n’est pas moi qui doit rendre des comptes.

Ma voix s’était faite tranchante et violente. Sans un mot, il baissa les yeux, et s’approcha de moi, posant sa main sur mon avant-bras.

– Comment tu as pu me faire ça ? Soufflais-je, alors que je sentais les larmes me monter aux yeux. Comment pouvais-tu me dire que tu m’aimais et coucher avec quelqu’un d’autre ? Comment osais-tu me demander d’avoir un enfant avec moi alors que tu te faisais un putain de gamin !

J’avais tellement mal au coeur, que je sentais toutes mes barrières voler en éclat. Devant moi se trouvait la personne que j’aimais sûrement le plus au monde. Pourquoi avait-il fallu qu’il me fasse ça ? Je le sentis alors se rapprocher un peu plus et poser sa tête contre mon épaule. Tellement absorbé par ma tristesse, je le laissais faire, appréciant cette étreinte. Mais il fallut que Hugo gâche tout une fois de plus.

– Je…Quand ça a commencé, entre moi et Joe, je… Enfin, tu postulais dans plein de centres de psychatrie, et tu… Tu ne t’occupais plus vraiment de moi… Je… Commença-t’il la voix enroué.

Je m’écartais alors subitement de lui, lui lançant un regard horrifié. Comment osait-il me dire une chose pareille ? Jamais je ne l’avais délaissé, au contraire, je passais beaucoup trop de temps avec lui au lieu de me préparer à mes entretiens.

– Non… Je… Je ne voulais pas dire ça… Se rattrapa Hugo, essayant de se rapprocher de moi.

– Tu me dégoutes, comment tu peux me dire ça ? C’est ma faute maintenant ? Criais-je, le regard noir.

– Non, bien sûr que non, s’il te plait mon amour, pardonne-moi…

– Ne m’appelle plus comme ça !

– Je suis désolé Jaeden… Reprit-il, les larmes coulant sur ses joues. S’il te plait… Allez reviens… Je n’aurais jamais dû, j’allais y mettre fin. Il n’y a rien entre lui et moi. Je… Je ne sais pas ce qui m’a pris. Je t’en supplie Jaeden, ne me fais pas ça.

– C’est terminé Hugo. Répliquais-je froid. Je te laisse quelques jours pour rassembler tes affaires et te trouver de quoi te loger, et tu quittes mon appartement.

J’étais peut-être dur avec lui. Peut-être aurais-je dû essayer de sauver mon couple. Mais j’avais le coeur brisé, piétiné. Je n’avais pas la force de lui donner une autre chance.

– Mais… Commença-t’il, ses larmes coulant sur ses joues essayant une nouvelle fois de se rapprocher de moi.

– Va t’épancher sur l’épaule de quelqu’un d’autre. Répliquais-je froidement. Sur celle de mon frère par exemple, puisque vous vous entendez si bien maintenant.

– Ne détruis pas tout Jaeden. Ensemble, tous les deux… On peut surmonter cela !

– C’est toi qui as tout détruit le jour où tu as cédé ! M’écriais-je furieux. Je ne veux plus te voir, tu m’entends ? Tu quittes mon appartement ! Tiens tu n’as qu’a plutôt allez voir ton Joe, si je ne suis pas assez bien pour toi.

Je me retournais sur ses mots, sentant que je n’arriverais pas plus longtemps à lui montrer autant de froideur. Dans ces moment là, je ne savais pas comment Ilian faisait. J’enviais cette particularité qu’il avait développé. Réussir à couper tout lien avec autrui. Pour ne plus être bléssé sûrement… Je me sentais fatigué. Las de ce qui venait de se passer. Hugo me manquait, et le voir pleurer me faisait mal au coeur. Mais je ne pouvais pas oublier ce qu’il m’avait fait. Je l’aimais encore, et cela me tuait le coeur. C’est sur ces pensées que je m’arrêtais sans m’en rendre compte devant une fenêtre. Je m’adossa contre le rebord, et comptempla l’immense prairie devant moi, laissant mes pensées s’évader. Je soignais un peu mon coeur…

Ce fut une main posée sur mon épaule qui me fit perdre le fil de mes pensées noires, et en sursautant, je me retournais, pour voir le regard triste du directeur.

– Ca fait deux jours que tu portes les mêmes affaires, que se passe-t’il ? Me demanda-t’il, inquiet.

– Rien… Je suis de nouveau célibataire ! M’esclamais-je, suivis d’un rire bien ironique.

– D’accord… Raconte-moi.

– Qu’est-ce que tu veux que je te dise ? Ça faisait quatre mois qu’il me trompait et moi comme un con je ne le voyais pas ! Et le pire c’est que lorsque je l’ai su, je n’ai rien ressenti mais que maintenant… J’ai envie d’un verre.

Sur cette derniere phrase, je m’étais assis sur le rebord de la fenêtres, les larmes aux yeux. Le directeur posa alors une main réconfortante sur mon épaule.

– Tu sais très bien que tu n’as plus le droit de faire ça… Je suppose que Hugo est toujours dans ton appartement ? Demanda-t’il, sérieux.

Je répondis par un hochement de tête, et je l’entendis soupirer.

– Je ne me mêlerais pas de vos affaires, mais ce soir, je veux que tu viennes dormir à la maison, un bon lit vaux mieux qu’un fauteuil de bureau, parce que je suis sûr que c’est là que tu as passé la nuit ! Fit-il, un petit sourire aux lèvres.

J’évitais alors son regard, ne voulant surtout pas lui dire la vérité. Comment aurais-je pu dire que je m’étais endormi dans le lit de mon patient ? Je me mis debout et partis dans mon bureau après l’avoir entendu me dire d’aller rejoindre sa femme à la maison si j’avais fini mon travail.

**

J’arrivais une heure plus tard devant la maison de Paul, où Anita m’attendait un petit sourire aux lèvres. Immédiatement je l’embrassais sur la joue, avant de rentrer dans leur maison.

– Paul, m’a un peu expliqué la situation… Je suis désolé Jaeden. Me fit-elle tristement.

– Tu n’as pas à l’être. Répondis-je en haussant les épaules.

Je me dirigeais ves le canapé et m’y installa, posant mon avant bras sur mes yeux.

– Ce n’est peut-être qu’une simple erreur de parcours, ça arrive à des tas de couples tu sais Jaeden. Je pense que Hugo t’aime vraiment… Souffla-t’elle, s’asseyant près de moi.

– Peut-être… Mais pour le moment, je n’ai pas envie de faire d’efforts.

J’entendis Anita soupirer, puis dire qu’elle allait préparer le repas. Je me mis alors à regarder la télé, attendant le retour de Paul. Je sentais l’odeur de la cuisine, et mon estomac se mit alors à crier famine. Heureusement, Paul arriva à ce moment, affichant un énorme sourire en me voyant. Il alla embrasser sa femme puis revint vers moi, me tendant une feuille blanche. Je le regardais alors étonné, et croisait un regard tourmenté.

– Qu’est-ce que c’est ? Demandais-je, prenant le papier en main.

– Le bilan de santé d’Ilian. Il a perdu beaucoup trop de poid, s’il ne continue pas à se nourrir, je me verrais dans l’obligation de le mettre sous perfusion… Souffla-t’il, s’asseyant à mes côtés.

Je scrutais alors le papier, buvant les moindres mots marqués dessus. Au fur et à mesure de ma lecture, je sentis mon ceur se serrer. Son mental était au plus bas, et son corps, commencait lui aussi à lacher.

– Tu as pensé à lui faire prendre ses repas seul ? Demandais-je, posant le papier sur sa table.

– Oui, mais il cachait la nourriture. Répondit-il, se frottant le visage.

– Alors je ne vois plus qu’une seule solution… Fis-je, en haussant les épaules.

– Laquelle ?

– Autorise le à sortir, juste une journée.

– Très drole Jaeden ! Lança Paul, de façon ironique.

– Je suis sérieux ! Ça fait quatre ans qu’il est enfermé dans cet hopital, et il n’en est jamais sorti, je suis certain que si tu lui offres cette sortie, il recommencera à manger.

– Si je fais ça, tu devras aller avec lui, il devra mettre un bracelet magnétique, être entouré de policier. Il devra eviter les endroits trop peuplés, c’est de la folie Jaeden. Fit Paul, se mettant debout, l’air ennuyé.

– Pour l’accompagner, je suis d’accord, pour le bracelet, les endroits trop peuplés aussi, mais pour les gardes non. Répondis-je sérieux.

– Te ne crois tout de même pas que je vais te laisser seul avec lui ! Retorqua Paul, sur le qui vive.

– C’est la seule façon d’avoir sa confiance. Laisse moi faire ça Paul, je te promet que si tu le laisse sortir une seule journée, il recommencera à manger.

Paul ne répondit rien. Il avait les mains sur les hanches et fixait un point immaginaire, semblant réfléchir à tout mes arguments. Je ne savais pas si c’était une bonne idée, mais j’étais persuadé que cela ferait du bien à Ilian. Nous retrouvez seul, vraiment seul, renforçerait peut-être quelque chose, et nous aiderait à avançer. La voix du directeur me sortit alors de mes pensée.

– C’est d’accord à une condition. Me dit-il, sérieux.

– Laquelle ? Demandais-je, curieux

– L’infirmière te donnera une dose de tranquillisant. S’il présente le moindre signe d’angoisse, ou s’il tente de s’échapper, je veux que tu lui injectes le produit.

– D’accord, mais je suis persuadé, que çela ne sera pas necessaire.

– J’espère bien…

 

C’est alors qu’arriva Anita, coupant cours à toutes nos discutions. Nous allâmes à table et je passais une agréable soirée. Je me sentais bien, en leur compagnie. Ce fut le sourire aux lèvres que j’allais me coucher, pensant que demain, j’allais faire une belle surprise à Ilian.

**

Je sortais de la maison du directeur aux aurores afin d’aller faire un tour en ville. J’avais promis au directeur de passer à son bureau plus tard, afin qu’il me remette le bracelet magnétique. Je pris alors ma voiture et conduisis sur la route déserte pour le moment.

J’arrivais bien vite devant le magasin de vêtement que je recherchais. Les vêtements de l’hopital n’étaient pas fait pour passer inaperçu, et je ne voulais pas qu’Ilian soit analysé par tous les gens que nous croiserons. J’entrais dans le magasin pour voir des vendeuses assez fatiguées, et surprises de me voir là de si bon matin. Je leur fis un sourire crispé et alla au rayon homme. Je trouvais alors un jean bleu, légèrement délavé. C’était le genre de pantalon qu’Ilian mettait souvent à l’époque, peut-être les aimait-il toujours… Je pris aussi un tee-shirt noir, préférant une couleur passe partout. Puis je pris une veste de saison, assez légère. Les achats en mains, je me dirigeais vers la caisse, où une vendeuse me lança un grand sourire avant de prendre les articles.

– Excusez moi, vous êtes sur que c’est votre taille ? Me dit-elle, génée.

– Ce n’est pas pour moi. Lui répondis-je, avant de lui tendre deux billets de vingt Dollars.

Elle me fit un sourire puis mit les vêtements dans un sac avant de me le tendre. Je le pris et sortis du magasin. Je partis alors en direction de l’hôpital, roulant peut-être un peu trop vite. J’étais exité, donner cette sortie à Ilian m’enchantait, j’espérais de tout coeur qu’il serait aussi enthousiaste que moi par la nouvelle. J’arrivais à l’hôpital puis montais dans le bureau du directeur, toquant à sa porte. Je l’entendis me dire d’entrer, et fis ce qu’il me demandait, fermant la porte après mon passage. Il se trouvait à son bureau, un gros bracelet noir entre les mains.

– Tiens Jaeden, regarde. Il faut que tu l’attaches à son bras. Ilian sera pisté et on sera où vous vous trouverez, au cas où ça se passe mal. Fit-il, lisant la notice.

– D’accord, fis-je, en prenant le bracelet.

– Fais tres attention Jaeden, même s’il paraît inofenssif, il a tout de même tué un homme…

Je sentis mon estomac se tordre à ce moment, et me rappelais d’Ewen. Je mourrais d’envie de savoir ce qu’il s’était passé, peut-être qu’il m’en parlerait… La sonnerie de mon portable me sortit de ma torpeur, et immédiatement je le sortis de ma poche. C’était un message venant de Hugo. Hésitant, j’ouvris le texto, et mon coeur se comprima dans ma poitrinne en lisant ces mots.

«  Tu te rappelles quel jour nous sommes ? S’il te plait mon amour, pardonne-moi. Reviens chez nous… »

– Quelque chose ne va pas Jaeden ? Me demanda Paul, le visage inquiet.

– Non, c’est bon… Fis-je en me levant. On sera de retour en fin d’après midi.

Je me retournais alors et sortis du bureau, montant directement dans les chambres. Je frappais quelques coups à la porte d’Ilian. J’attendis un peu, puis retentais, et c’est là que la porte s’ouvrit, dévoilant un Ilian fatigué.

– Ah ? Tu es enfin réveillé… M’exclamais-je joyeux.

– Il est quelle heure ? Me demanda-t’il, froid.

– Huit heures… Dis-je en regardant ma montre. Bon prépares toi à ce que je vais te dire Ilian, plus tôt on sera parti mieux…

– Jaeden ? Me coupa-t’il étonné. Tu as encore bu ?

Je fut pris de court par cette question, et tenta de calmer mon exitation.

– Mais non… C’est que… Ah

Je ne savais pas comment lui annoncer cela. Il ne me facilitait pas vraiment la tâche non plus. Je soupirais, un coup puis repris, plus calmement.

– Ilian, je viens d’obtenir la permission de te faire sortir d’ici pour la journée. Je me suis entretenu hier soir avec le directeur et…

– Qu’est-ce que tu racontes ? Me demanda-t’il vivement.

Il semblait complètement sur ses gardes et cela me genait fortement. Je devais le mettre au courant de la situation, même si je savais que cela restait encore tabou pour le moment.

– Tu… Tu maigris à vue d’oeil depuis ta tentative de… Enfin tu ne te nourris plus, et le directeur et moi avions pensé que… Une sortie te ferait du bien, enfin, tu devras juste porter un bracelet au cas où tu ne t’échappes, mais nous ne serons que tous les deux.

Je ne sus pas vraiment pourquoi, mais à ce moment là, m’entendre dire que nous ne serions qu’à deux me fit peur. Etais-je vraiment prêt à me retrouver seul avec lui ? Vraiment seul ? Maintenant je n’avais plus le choix, il faudrait que je garde la limite du professionnel bien en tête.

-Je… Murmura Ilian, tourmenté.

Il baissa alors le regard et je lui laissais le temps d’assimiler ce que je venais de lui dire. Je voulais qu’il vienne mais je ne voulais pas l’obliger non plus. Il allait sortir pour une seule journée après quatre ans d’enfermement, et je me doutais que cela lui faisait peur. Voulant lui laisser un peu de temps seul pour qu’il puisse réfléchir, je lui tendis le sac de vêtements

– Je te laisse le choix Ilian. Si tu veux cette sortie alors je te laisse te laver et t’habiller en civil avec ces vêtements que je suis allé t’acheter ce matin, et tu me rejoins au bureau. Dis-je, sérieux.

Il prit alors le sac sans rien dire, et je lui souris, avant de me retourner.

– J’espère qu’ils t’iront… Dis-je, partant dans le couloir.

J’espérais de tout coeur qu’il accepterait… Même si je ne me sentais pas prêt. Je me dirigeais d’un pas trainant jusqu’à mon bureau et m’y installa. Je decidais de commencer à lire le dossier du nouveau patient qui allait mettre affilé lundi. J’étais un peu enthousiaste à l’idée d’avoir un nouveau patient à aider, peut-être cela me permettera-t’il d’arrêter de penser à Ilian sans arrêt. J’ouvrais le dossier, lisant immédiatement sa fiche de renseignements, et mon regard se posa sur des photos de ses avant bras. Ceux-ci étaient pleins de cicatrices, dû à l’auto-mutilation qu’il s’infligeait. Je repris alors sa fiche de renseignements, cherchant un évènement qui aurait pu déclencher ce trouble.

Le trouble Borderline était un trouble de la personnalité, résultant d’un sentiment d’abandon. La mort d’une personne chère, ou la disparition. La personne souffrait d’un manque énorme de confiance en lui, se croyant transparent. Il utilisait alors la mutilation, ou le viol pour se rappeller qu’il existait. Pourtant, ce qui me perturbait, était que ce Cameron avait tué sa petite ami de longue date, et rare étaient les patients qui avaient eux des relations aussi longues.

Je comptais approfondir plus le sujet mais mon portable se mit à sonner, et je le pris en mains. C’était une nouvelle fois un message de Hugo. Soupirant, je l’ouvrais, et ses mots me firent une nouvelle fois souffrir.

« Nos un an Jaeden, s’il te plait, pardonne-moi. Viens ce soir, je te ferais un repas, et on discutera. Je t’en supplie, tu me manques. Je t’aime »

Je passais une main sur mon visage et decidais de lui répondre froidement. Je ne voulais pas qu’il me gâche la journée, et surtout pas penser à lui.

« Tu es censé déménagé aujourd’hui. Je ne veux plus te voir Hugo »

Immédiatement, j’éteignis mon téléphone, sachant que si le directeur voulait m’appeler il tomberait sur ma messagerie. Je l’appellerais à midi pour lui faire le topo, mais je ne voulais pas enlever cette bonne humeur de moi. C’est à ce moment qu’Ilian fit son entrée portant les vêtements que je lui avais acheté. Il semblait totalement différent de celui qu’il était tous les jours.

J’avais l’impression de revoir l’ancien Ilian et cela me perturbait. Me rendant compte que je le devisageais, je me mis à rougir et baissa la tête immédiatement, tout en déclarant :

– Tu es très bien comme ça…

J’étais mal à l’aise et je suis sûr qu’il s’amusait de la situation. Essayant de penser à autre chose, je relevais la tête, déclarant d’une voix mal assuré:

– Tu…Tu es donc d’accord ?

– Oui… Pourquoi pas. Répondit-il indifférent.

Je sentis alors mon coeur battre plus fort et lui décrocha un immense sourire avant de regarder sur la table et prendre le bracelet en main. J’évitais son regard en m’approchant de lui, sachant ce qu’il devait penser de cet outil. Je lui demandais de me tendre son bras, choississant celui qu’il n’avait pas endommagé, et verrouilla le bracelet à l’aide de la clé, que je mis dans ma poche. Immédiatement une petite lumière rouge clignota, signe qu’Ilian commençait dès à présent à être pisté. Je pris alors ma veste et me dirigeais vers la porte. Nous sortîmes ainsi de mon bureau, lui sur mes talons. Je sentais sa peur monter peu à peu en lui mais ne dis rien, ne voulant surtout pas le bruquer.

Le vent frais vint nous fouetter le visage alors que nous sortions de l’hôpital sous les yeux ronds de la réceptionniste. Nous marchâmes un moment, se dirigeant vers le portail. Je me retournais alors et remarquais qu’Ilian avait cessé de marcher. Un voile de tristesse s’était emparé de ses yeux et il regardait le sol, comme s’il s’apprétait à prendre la plus grosse décision de sa vie. Je fis alors demi-tour, m’inquiétant de le voir dans cet etat.

– Ca va Ilian ?…Tu es assez pâle… Tu ne veux plus ? Demandais-je avec appréhension.

Il leva alors la tête vers moi, et son regard azur me transperça. Je pouvais y lire toute la peur qu’il ressentait en lui, même s’il essayait de se forcer à me regarder méchament. Hésitant, je levais une main vers lui et la posa sur son épaule. J’essayais de l’apaiser comme je pouvais, me contentant des seules armes qu’il me laissait avoir.

– Qu’est-ce qui ne va pas Ilian ? Demandais-je, doucement.

Son regard fuya un moment, avant de se reposer sur moi. Une grimace étira ses lèvres et il balbutia :

– Je… J’ai…

Il s’arreta alors, baissant à nouveau le regard. Puis d’une voix froide qui ne collait pas du tout à ce qu’il voulait me dire, il continua.

– J’ai peur.

Je le regardais alors surpris, et mes lèvres s’étirèrent. Immédiatement, je lui tendis la main, afin qu’il la prenne. Je voulais qu’il se sente en sécurité à mes côtés.

– Viens… Fis-je, sérieux.

De manière hésitante, il me prit la main, et nous marchâmes en direction de ma voiture. Bien que j’essayais de garder la face, le fait de lui tenir la main me rapellait cette époque où Ilian voulait montrer à tout le monde que nous étions en couple. Il me tenait la main et ne me lachait plus. Au début cela me dérangeait, puis à la fin, c’était devenu une habitude, prenant moi même l’initiative. Nous arrivâmes à ma voiture, et je lui lachais la main géné. Nous montâmes en voiture et je mis la radio. Je ne savais pas vraiment quoi faire, alors je conduisais vers la ville la plus proche, celle où j’habitais. Ilian ne parlait pas, ce qui ne m’étonnait guère. J’allumais alors la radio (Il l’a déjà allumé deux lignes plutot) et roulais sur le même son pendant toute la durée du trajet.

Après un moment, j’arrivais sur le parking d’un petit bar restaurant, où j’vais l’habitude d’aller. Je sortis de la voiture et intima à Ilian à me suivre, ce qu’il fit, en restant tout de même assez proche de moi. Je trouvais la situation assez bizarre hors de l’hopital. Lui et moi, en pleine rue, comme avant. Chassant ses idées, je me tournais vers lui, un faux sourire aux lèvres.

– Que dis-tu d’un vrai petit déjeuner ? Demandais-je, géné.

Il acquiesça simplement, et nous rentrâmes dans le bar. Nous nous asseyâmes à une table et une serveuse s’approcha de nous rapidement. Je commandais alors un thé pour Ilian et un café pour moi, avec deux verres de jus d’orange et un pain au chocolat chacun. Je vis Ilian boire son jus d’orange, regardant autour de lui. Je voyais cette lueur briller au fond de ses yeux, comme s’il enregistrait mentalement les décors. Un léger sourire se dessina sur mes lèvres et j’entamais mon café, profitant de l’instant présent. Quelques minutes plus tard, je vis Ilian reposer son pain au chocolat sur la table, apparement callé. Pourtant, je pouvais remarquer qu’il n’avait pratiquement rien mangé. Je devais le forcer un peu, c’était le but de notre sortie…

– Tu ne peux pas faire un petit effort pour aujourd’hui ? Demandais-je, ayant peur de sa réaction.

Il me lança alors un regard froid avant de prendre son thé et de le boire. Un deuxieme sourire vint se loger sur mes lèvres. S’il pensait que je pourrais le lacher, il se mettait le doigt dans l’oeil. Avec le temps, son regard froid ne me génait plus. Peut-être commençais-je à m’y habituer. Il reprit son pain au chocolat et le continua. Mes yeux se posèrent alors sur le journal qui se trouvait près de moi et je le pris en main, le lisant. Je ne cessais de jetter des petits coups d’oeil à Ilian, ne pouvant m’empêcher de me rappeler que nous faisions souvent des petits déjeuners dehors il y a quatre ans… Chassant ses pensées, je me levais et allait payer. Ilian avait terminé tout son plateau et cela me comblait. Il se leva lorsque je revins, toujours ce regard sans aucune expression.

– Allez viens, maintenant nous allons dans un endroit qui te plaira surement. Déclarais-je, rangeant mon portefeuille dans ma poche.

Je me retournais alors et sortis, Ilian a mes côtés. Vu l’heure, la rue pietonne commençait à se peupler peu à peu, et je sentis Ilian se raprocher de moi. Je ne dis rien et continuais mon chemin, appréciant cette soudaine proximitée. Je le conduisis devant ma librairie préféré et m’arreta devant, un sourire au lèvres. J’ouvris la porte et Ilian se rua à l’interieur. J’avais eu une bonne idée. Je savais qu’il adorait lire, et j’en étais ravi. Je m’approcha alors de Lucie qui regardait Ilian étonné. Puis elle se tourna vers moi, surprise.

– Un nouveau petit ami ? Me fit-elle, dans un sourire.

– Un… Ami… Dis-je en haussant les épaules.

Je ne souhaitais pas l’informer qu’Ilian était un de mes patients. Il devait passer sa journée loin de l’hôpital et se concentrer sur le monde extérieur. Avoir le regard de Lucie posé sur lui, le destabiliserait sûrement.

– Comment as-tu trouvé le livre que je t’avais conseillé ? Demanda-t’elle, me montrant celui que j’avais acheté.

– Je ne l’ais pas encore fini, mais j’aime beaucoup. Tu sais que j’aime tout ce qui est fantastique. Répondis-je, dans un sourire.

Nous entrâmes alors dans une discution sur divers auteurs fantastiques. Je jettais quelques regards sur Ilian pour m’assurer qu’il restait bien dans la librairie. Je savais pertinement qu’il ne me ferait aucune fugues, mais ce n’était par précaution. Lucie se mit alors debout et me dit qu’elle devait se rendre en réserve. Je lui souriais puis allais voir Ilian, qui avait commençé la lecture d’un livre. Le voir ainsi, totalement plongé dans sa lecture fit battre mon coeur, et avec enthousiasme, je déclarais :

– Il te plait ? Tu le veux ? Je te laisse en choisir un alors prends celui qui te fera plaisir.

Il se tourna alors vers moi, et je sentis cet enthousiasme redescendre en flèche.

– Non merci. Je ne veux pas de cadeaux. Dit-il en rangeant le livre sur l’étagère.

– Tres bien. Retorquais-je énervé.

Pourquoi trouvait-il toujours le moyen de casser tout sentiment positif en moi ? Ne pouvait-il pas se contenter de ne rien dire, comme il savait si bien le faire ? Il se retourna et j’en profitais pour prendre le livre qu’il lisait, mais immédiatement, je l’entendis reparler.

– Je ne le veux pas !

– Qui te dis que je le prends pour toi…

Cette remarque le vexa et il se retourna, prit un livre et alla s’assoir sur les fauteuil. Son livre en main, j’alla faire de même et ensemble, sans vraiment l’être, nous partions dans des mondes totalement imaginaires, qui pourtant nous faisaient revivre.

Le temps tourna sans que je ne m’en rende compte. Ce ne fut que lorsque que le clocher de l’église sonna pour nous avertir qu’il était midi, que je levais mon regard du livre. Je l’avertis que nous devions partir et me levais pour aller payer ce livre. Je lui laissais un peu de temps pour terminer le sien, parlant une nouvelle fois avec Lucie. Je payais rapidement et retrouvait Ilian qui m’attendait à la sortie.

Nous marchâmes un moment dans la rue sans dire un mot. Je n’avais pas vraiment fait de programme pour la journée. Je voulais surtout qu’Ilian se sente bien pendant la seule journée de semi-liberté qu’il aurait. Alors que je me dirigeais vers un restaurant, afin de passer le temps de midi, je vis la silhouette de mon frère s’approcher de moi à grandes enjambées. Ses traits étaient tirés, et il avait mauvaise mine. Je ne voulais pas lui parler. Aujourd’hui je devais me consacrer entièrement à Ilian, et à personne d’autre. D’autant plus que ses mots me restaient en travers de la gorge. Lorsqu’il arriva à notre hauteur, Kain ne dis rien et regarda Ilian. Il tendit alors une main hésitante vers lui, et Ilian répondit à la poignée de la même manière. Kain lorgna alors sur le bracelet magnétique, mais il ne dit rien, regardant Ilian reposer maladroiteusement sa main dessus. Mon frère me regarda alors, et une grimace étira ses lèvres.

– Je suis désolé pour l’autre soir Jaeden souffla-t’il, en haussant les épaules.

Il était seulement désolé ? Agaçé, je le fusilla du regard avant de lui parler méchament.

– Je n’ai pas le temps maintenant, on en reparle une autre fois.

– Mais Jaeden… Tenta-t’il une nouvelle fois.

– Excuse moi, Bien que tu sois en désaccord avec ce que je fais, Ilian et moi allons déjeuner, et franchement, nous n’avons pas de temps à perdre.

Sans un mot de plus, j’attrapais la main d’Ilian et l’emmena avec moi dans les ruelles peuplées de monde. Je n’arrivais pas à me calmer, si bien qu’arrivé devant le restaurant, je remarquais que je n’avais toujours pas laché la main d’Ilian. Géné, je le fis et l’invita à entrer. Quelques minutes plus tard, nous nous asseyames à une table, la carte en main.

– J’espère que tu as faim, déclarais-je regardant le menu.

– Moui…Murmura-t’il en haussant les épaules.

Je plongeais alors mon regard sur la carte, lisant attentivement chaque menu.

– Ca fait bizarre de vous voir vous disputer toi et ton frère… Lança Ilian, d’une petite voix. En deux ans, je n’ai jamais vu une seule dispute entre vous.

– Hn…C’est vrai. Répondis-je en haussant les épaules.

Je n’avais pas du tout envie de revenir sur ce sujet, surtout que cela me forcerait à parler d’Hugo, et du fait que cela faisait un an que l’on était ensemble. Bizarement, je ne souhaitais pas qu’Ilian le sache, sûrement pas pur respect pour notre ancienne relation.

Je me rendis alors compte que c’était Ilian qui venait d’entamer la conversation, et surpris je relevais la tête pour voir qu’il regardait le menu, de légères rougeurs sur les joues. Je trouvais ça vraiment bien qu’il commence à se laisser aller en ma présence. Je gagnais peu à peu vraiment sa confiance. Il leva alors la tête et croisa mon regard, me lançant un petit sourire avant de regarder par la fenêtre. Un serveur vint prendre notre commande. Un sourire se dessina sur mes lèvres et je tournais à mon tour la tête vers la télé au fond de la salle qui diffusait une émission de patinage. Je me souvins alors qu’Ilian adorait en faire. Il m’y emmenait souvent lorsque nous étions plus jeune, même si je n’arrivais pas à tenir plus de deux secondes sur mes patins. Hugo aussi aimait en faire, si bien que j’avais un peu plus appris avec lui, même si je restais toujours empoté. Vivement, je le regardais, un grand sourire aux lèvres.

– Ca te dis la patinoire après manger ?

– Tu ne sais pas patiner. Retorqua-t’il, me regardant à son tour.

– Je me rappelle la dernière fois où on y est allé tous les deux…Soufflais-je, en m’adossant contre ma chaise, les souvenirs plein la tête.

– Oui, moi aussi. Fit-il, posant la carte sur la table. Je me rappelle surtout comment tu t’es foulé le poignet.

– Tu te moques encore ou je me fais des idées ? Demandais-je sur un ton véxé, sans vraiment l’être.

Il ne me répondit rien, mais le sourire moqueur qui restait accroché sur ses lèvres m’affirmait que j’avais raison.

– Puisque c’est comme ça, nous irons à la patinoire cet apres midi ! Je vais te montrer moi ! Retorquais-je, décidé.

Je savais très bien que je ne tiendrais pas le rytme, mais si cela pouvait lui faire garder ce sourire qui restait sur ses lèvres, alors j’allais tenir le plus longtemps possible. Le repas passa rapidement, trop à mon goût. Nous n’avions pas vraiment beaucoup parlé, mais je trouvais que l’ambiance était vraiment légère et apaisante. Tout voulait me faire revivre ses doux moments passés en sa compagnie, et cela me frustrait. Je ne cessais de me dire « Il y a quatre ans… », « Il ne disait pas ça il y a quatre ans ». Pourquoi ne pouvais-je pas m’empêcher de ramener tout au passé ?

Lorsque le repas se finit, nous sortîmes du restaurant et allèrent jusqu’à ma voiture. Je conduisis jusqu’à la patinoire et nous nous dirigâmes vers le guichet afin de prendre des patins. Ses yeux se mirent à briller en entrant sur la piste et je me mis à sourire bêtement. Il entra sur la piste de glace et alla directement au centre de la piste. Il n’y avait pratiquement personne, alors il n’était pas géné. Mais ce n’était pas mon cas. Doucement, je me mis sur la glace, tentant de me remémorer la façon dont je devais me tenir. Je n’eus pas trop de mal à me réhabituer à la glace,e t tout fier, je fis quelques tours, lançant des regards moqueurs à Ilian. Lorsque je pensais être assez prêt, je me dirigeais vers le centre de la piste pour le rejoindre. Mais je n’aurais pas dû.

Alors que je jouais au plus fort en patinant trop vite, j’accrochais le bout du patin sur la glace, et tombais lamentablement sur le sol froid. Le choc fut violent, mais ce fut la honte qui me submergea en premier. J’entendis alors Ilian éclater de rire et lui lançais un regard meurtrier.

– Te fous pas de moi ! Viens m’aider ! Fis-je, méchament.

Il n’arrêtait pas de rire, et cela m’énervait. Il me tendit alors la main et je la pris. Il suffit d’une poignée de main pour me desarçonner. Douce et chaude, sa main m’électrisa, et c’est à ce moment là que je me rendis compte qu’Ilian venait d’éclater de rire. Comme avant. Depuis combien de temps n’avait-il pas ri comme ça ? Cette douce mélodie ne cessait de me revenir en tête, et je ne pouvais décrocher mes yeux de ses lèvres. Des flashs de certains instants ensemble ne cessaient de me revenir en tête, m’amenant de plus en plus à perdre conscience sur le but de notre sortie, ainsi que sur le lien professionnel qui nous unissait. Je n’étais plus son docteur. J’étais déconnecté. Nous étions Jaeden et Ilian, comme avant… Grosse erreur.

Relevé, je patinais difficilement vers un banc et m’y asseilla. Je ressentais une légère douleur à la cheville mais elle n’était rien comparée à celle que étreignait mon coeur. Que m’arrivait-il ? Sans vraiment réfléchir, je repris, les yeux rivés sur la glace.

– Que dis-tu d’une petite ballade sur la terre ferme, dans un parc, à une demi-heure à pied d’ici ?

– Pourquoi pas…Souffla-t’il, simplement.

Nous allâmes alors ramener nos patins et partirent en direction du parc. Aucun mot ne fut échangés pendant la demi-heure. J’essayais de me calmer tant bien que mal. Ce fut la voix d’Ilian qui me remit sur terre.

– Ca va ? Tu ne veux pas t’asseoir ? Me demanda-t’il inquiet.

Je me rendis alors compte que j’avais de plus en plus mal à la cheville. Doucement je relevais la tête et lui souriais, content qu’il se fasse du soucis pour moi. Il tourna alors la tête, rouge de gène, avant de reprendre.

– Il y a un banc ici. Il faut regarder ta cheville. Dit-il d’une voix assez froide.

Il alla s’y asseoir, et je le suivis, me mettant sans m’en rendre compte bien trop près de lui. Mais je ne bougeais pas. Je me mis alors à regarder ma cheville, sans trop la bouger. Ce n’était qu’une simple foulure, un peu de repit, et tout irait mieux. Je relevais alors la tête et croisait le regard d’Ilian, mais bien vite il le baissa, les joues rouges.

Mon esprit se voila alors entièrement. Ma raison me quittait juste un instant et je me remémorais nos premiers baises. Ils étaient doux, et magnifiques. Jamais de simples effleurements ne m’avaient autant électrisés. Je me surpris à me demander si cela avait changé. Si la fin de notre histoire avait fait perdre le goût magique de nos baisers…

Sans vraiment m’en rendre compte, ma main se posa sur son menton, et je lui relevais la tête. Son regard croisa une nouvelle fois le mien, et je fus envouté, pour la troisième fois de ma vie. J’oubliais tout Hugo, Kain, le passé, mon statut. Nos visages se rapprochèrent machinalement, jusqu’à ce que nos souffles se touchent. Aussi doux que dans le passé. Une caresse infime sur mon visage qui me fit perdre la tête. Mon coeur reprit ses lourds battements, et j’amenuisais un peu plus la distance entre nous. J’entrais alors en contact avec ses lèvres, fermant les yeux au même instant. Le son extérieur se coupa, nous n’étions plus que deux sur cette terre.

Ses lèvres avaient toujours ce même goût, si unique et si indéchiffrable. Mon pouce caressait sa joue inlassablement, et je remarquais qu’elle aussi était toujours aussi douce. Pourquoi ne se dégageait-il pas de mon étreinte ? Pourquoi ne m’envoyait-il pas balader comme il savait si bien le faire ? Était-il aussi perturbé que moi ? Ma langue vint lécher ses lèvres, comme pour en avoir la réponse, et celle-ci ne tarda pas.

Avec surprise, je constatais qu’il entrouvrait ses lèvres, m’autorisant à l’embrasser. Je le fis sans tarder, et le contact de sa langue sur la mienne m’électrisa. A cet instant, tous nos souvenirs heureux défilèrent dans ma tête. Tous nos baisers, toutes nos nuits d’amour. Notre première fois, puis la seconde, puis la troisième. La première fois où il m’avait dis m’aimer. Mes crises de jalousie, et les siennes. Nos rires, nos discutions, nos réconciliations. Tout.

Ma main avait quitté sa joue pour prendre sa nuque et le maintenir contre moi. Peu à peu, il prenait lui même l’initiative du baiser, entremêlant sa langue à la mienne, dans une valse qui me submergeait. Pourtant trois mots me revinrent en tête alors qu’il se rapprochait un peu plus de moi. Trois mots qui m’avaient brisés le coeur il y a trois ans, et qui me le brisèrent une nouvelle fois. « Je te quitte ». Je me rappelais alors son regard empli de larmes alors qu’il me détruisait. Je me rappelais le voir courir et rentrer dans une voiture, me laissant là sur le trottoir, la pluie martellant mon corps et mon coeur. Je me rappelais vouloir lui dire que je l’aimais… Ce soir là. Je me reculais alors le regardant comme pour la première fois. Je ne pouvais m’empêcher de penser qu’il n’avait pas perdu sa beauté. Il était magnifique, tout simplement. La dure réalitée me revint alors en mémoire, et l’image d’Hugo arriva à mon esprit. Une vague de remord me submergea et immédiatement, j’évitais le regard d’Ilian, comme pris en faute.

– Je suis désolé Ilian… Je ne sais pas ce qui m’a pris…  Je…Oublions-ça, cela ne se reproduira plus. Balbutiais-je le coeur serré.

Je le vis aussitôt reprendre sa carapace, et sans un mot ses yeux se posèrent que le plan d’eau devant nous. Qu’avais-je espéré au juste ? Je venais sûrement de lui faire beaucoup de mal, ruinant par la même occasion tous mes efforts. Pourquoi m’étais-je autant égaré ? Me traitant de tous les noms, je me levais, et Ilian en fit de même.

Sans un regard, sans un mot, nous rentrâmes à l’hôpital. J’avais merveilleusement bien gaché la journée. J’avais cédé dans ce que je m’étais juré de ne jamais retomber. Revoir Ilian faisait ressortir tous mes démons. Tous mes vices. Je me sentais nul, incapable. J’étais son médecin et je n’étais pas capable de tenir une seule journée sans l’embrasser. D’ailleurs pourquoi l’avais-je embrassé ? Je ne ressentais plus rien pour lui. C’était lui qui m’avait quitté, pas le contraire. Alors que je conduisais, je me surpris encore une fois à penser que j’avais envie d’un verre. Pourquoi avais-je gardé cette bouteille de vodka dans mon armoire ? Peu à peu je me sentais retomber dans ce qui avait été ma dépendance, mon vice le plus dévastateur. Pourtant je n’en voyais pas la limite, ne cessant de me dire qu’un verre ne me ferait pas de mal.

Nous arrivâmes à l’hôpital en fin d’après midi et nous nous dirigeâmes d’un pas lourd vers mon bureau. Le voir ainsi, le visage froid alors que je l’avais entendu éclater de rire me brisait le coeur. Je lui enlevais son bracelet, et alors que je voulais m’excuser un nouveau, il ne m’en laissa pas le temps et partit dans le couloir, claquant la porte au passage. Ce fut la goutte de trop, et énervé par ma propre bétise, je me dirigeais vers mon armoire, l’ouvrant violement. Mais la bouteille n’était plus là.

– C’est ça que tu cherches ?

Immédiatement je me retournais pour croiser le regard noir de mon frère. Je lui rendis alors ce regard et posa mes yeux sur la bouteille.

– Elle est vide. M’exclamais-je, froid.

– J’ai jetté le reste, il n’en restait plus beaucoup de toute façon.

J’allais m’asseoir sur le fauteuil, évitant son regard.

– Je savais que tu retomberais là-dedans. Dit-il, mettant la bouteille dans son sac.

– Va te faire foutre ! Crachais-je énervé.

Il soupira et s’approcha de moi. Son regard se voila et une immense tristesse se lisait sur ses yeux.

– Je suis désolé Jaeden. Je n’aurais jamais dû te dire ces choses là. Mais comprend moi, tu en as bavé à cause de lui. Il t’a quitté et j’ai perdu mon frère. Je ne veux pas le perdre une seconde fois.

Ses mots me touchèrent plus que je ne le pensais, et je fuyais son regard, l’écoutant simplement.

– Je sais que tu te sens mal. Ce que t’as fait Hugo est sûrement impardonnable.. Mais si je vais de son côté c’est sûrement parce que j’ai pu voir à quel point il s’en voulait. Je t’ai jamais vu aussi heureux qu’à ses côtés Jaeden…Déclara-t’il, s’accroupissant

– Si… Avec Ilian… Murmurais-je, perdu.

– Oui, et regarde ce qu’il t’a fait. Rester paralyser pendant trois mois ne t’as pas suffit ?

– Kain…

– Ecoute-moi. Chez toi se trouve un homme qui t’aime sincèrement. Il a fait une connerie, mais je suis certain qu’il prefererait mourir plutôt que de te perdre. Et je sais que tu l’aimes encore. Rentre chez toi Jaeden. C’est mieux pour toi. Et pour Ilian.

Pour Ilian. Ces deux mots résonnèrent dans ma tête. Retrouverait-il ce sourire si je le laissais comme le disait Kain ? Je sentis mon frère se relever, et se diriger vers la porte.

– La semaine prochaine ont reprend les réunions. Fit-il, la main sur la poignée.

– Je n’ai pas besoin de ça ! Retorquais-je vivement.

– Tu n’as pas le choix. Tu retourneras aux alcooliques annonymes que tu le veuilles ou non.

Sans un mot de plus, il sortit du bureau, me laissant seul avec ce doute si pesant. Je pris alors mon téléphone et le rallumait. Je pouvais voir quelques appels du directeur, et beaucoup de messages d’Hugo. Il me manquait. Peut-être Kain avait-il raison, ma place était auprès de lui et non auprès d’Ilian. Lui et moi… C’était du passé.

Décidé, je me relevais, et remis ma veste. Je passais par le bureau du directeur mais l’infirmière m’informa qu’il était parti plus tôt afin d’assister à l’écographie de sa femme. Acquiesçant, je partis, pour me retrouver dans ma voiture. Vingt minutes plus tard, j’étais devant mon appartement, la peur au ventre et le coeur serré. La nuit était tombé, si bien que je me retrouvais dans le noir, hésitant à rentrer. Pourtant, je me décidais, et pénétrait alors dans une ambiance tout droit sortie d’un film de cinéma. Deux ou trois lampes étaient allumées, mais le reste de la luminosité se faisait à l’aide de bougies, dispersées un peu partout. La chaine stéréo diffusait une faible musique romantique, et un faible sourire étira mes lèvres.

Sans un mot, j’enlevais mes chaussures et ma veste, puis posais ma sacoche sur la table. Sans bruit, je m’approchais vers la cuisine, où je vis Hugo assis à table. Celle-ci était parfaitement dressée, des pétales de roses, un peu partout autour des couverts. Lui aussi s’était mis sur son trente un. Il portait une chemise blanche sur un pantalon noir, le tout le rendant magnifique. Il avait la tête baisée, et jouait avec ses mains, comme un petit enfant triste.

– Je suis rentré… Soufflais-je, baissant les bras.

Hugo releva immédiatement la tête et je pus voir ses yeux émeraudes plein de larmes. Celles-ci redoublèrent lorsqu’il me vit, et il se leva, entortillant un peu plus ses mains.

– Tu t’es surpassé… Dis-je, regardant un nouvelle fois autour de moi.

– Oui… Je… Je suis content que tu sois venu…. Fit-il d’une petite voix.

– Je suis un peu en retard… Répondis-je dans une grimace.

– Ca ne fait rien !Répliqua-t’il vivement. Tu as faim ?

Pour toute réponse je lui souris et alla m’asseoir. Il me rendit un petit sourire et je pus lire dans ses yeux qu’il appréhendait la moindre de mes réactions. Il amena alors sur la table un plat de lasagne qu’il avait lui même préparé. Hésitant, il me servit, me passant ensuite la salade. Sans un mot, je goutais, lui souriant pour lui faire comprendre que c’était délicieux.

– Tu… Tu as passé une bonne journée ? Me demanda-t’il, le regard brillant.

– Ça aurait pu mieux se passer, dis-je en haussant les épaules. Et toi ?

– J’ai passé ma journée ici… Je suis resté à l’appartement depuis… Depuis que tu es parti… Je ne voulais pas te rater…. Souffla-t’il géné.

– Tu n’es pas allez travailler ? Demandais-je étonné.

– Non… J’ai pris un congé…

– Tu n’aurais pas dû Hugo, je sais que ton travail est important pour t…

– Mais tu l’es encore plus !

Il avait crié cette phrase, laissant deux larmes rouler le long de ses joues. Il se leva et se mis à genou devant moi, posant son front contre ma cuisse.

– Tu comptes beaucoup plus que n’importe qui. Que tous mes élèves…Beaucoup plus que lui. Je t’aime Jaeden, je t’aime à en mourir…Je…Ces trois jours, j’ai cru que je t’avais perdu, et encore aujourd’hui j’ai toujours cette impression. Si tu savais comme je t’aime et comme je m’en veux. Je t’en supplie pardonne moi…J’en t’en supplie.

Je sentais ses larmes tacher mon pantalon et cela me fit mal au coeur. Doucement, je craquais et lui relevais la tête. Mes lèvres vinrent alors se poser sur les siennes. Je retrouvais cette douceur que j’aimais tant chez lui. Cette douceur que j’aimais. Je l’aimais lui et lui pardonnais instantanément. Je lui donnais un chaste baiser, et me reculais voulant lui dire que je lui pardonnais, mais il ne m’en laissa pas le temps et me pris par la nuque, m’embrassant plus férocement. Nos langues se retrouvèrent, étouffant le manque qu’elles ressentaient. Je passais mes mains sur son dos et il posa ses coudes sur mes épaules. Essouflé après quelques minutes, je posais mon front contre le sien, fermant les yeux. Mes pouces vinrent essuyer ses larmes, et j’embrassais son front.

– C’est vraiment fini entre toi et lui ? Demandais-je la peur au ventre.

– Biensûr que oui, je vais changer de lycée, je ferais tout ce que tu veux pour te rendre heureux…. Me dit-il, ressérant notre étreinte.

– Alors ne recommences plus jamais ça. Répliquais-je avant de happer une nouvelle fois ses lèvres.

Une douce étreinte. Sa langue cherchant la mienne comme si sa vie en dépendait. Je me sentais bien là, au creux de ses bras. Tellement bien, je me levais, l’entrainant dans la chambre. Ses mains ne cessaient de parcourirent mon corps, me faisant de plus en plus ressentir mon manque de lui. Son odeur, son goût, son toucher, tout m’avait manqué en lui. Je voulais croire à sa promesse. Peut-être allais-je tout droit dans un mur, mais à ce stade, je m’en fichais. Je voulais simplement le retrouver. Sans vraiment réfléchir, je me retrouvais sur le lit, ma chemise au sol. Hugo se trouvait au dessus de moi, ses jambes de chaque côté de mes hanches. Ses mains caressaient mon torse, ses lèvres agressaient mon cou. Je ne cessais de gémir, ne m’en empêchant pas un seul instant. Doucement, il revint capturer mes lèvres et mes mains défirent la braguette de mon pantalon. Dans un sourire, il descendit le long de mon torse, me goutant entièrement. Je me cambrais alors qu’il défaisait mon pantalon, et qu’il le glissait le long de mes jambes. Il suivit ma chemise au sol, et les lèvres d’Hugo se posèrent sur mes jambes, remontant sur mes genoux, puis sur la bosse serrée dans mon boxer. Mes mains vinrent se loger sur sa nuque, lui intimant par une simple pression ce que je desirais le plus à ce moment. Il sembla le comprendre et me libera de mon boxer. Immédiatement, il me prit en bouche, m’obligeant à lacher un petit cris. Il était excité et cela se sentait dans ses vas et viens rapides. Ses mains ne lachaient pas ses cuisses et les miennes ne quittaient pas sa tête, emmellant mes doigts dans sa tignasse noire de jais que j’aimais tant… Noire ?

Imméditament je relevais la tête et me degagea de l’étreinte le regard horrifié. Hugo se releva alors, penaud.

– Quelque chose ne vas pas Jaeden ? Me demanda-t’il, étonné.

– Je… Dis-je, me secouant la tête. Non…Rien…Excuses moi…

Déboussolé, je m’approchais de lui, passant mes bras autour de son cou. Non… Ses cheveux étaient blond… Cela devait être dû à la fatigue. Hugo me rallongea sur le lit, et se remit à faire sa fellation. Je retrouva immédiatement mon calme et fermais les yeux, ressentant uniquement le plaisir qu’il me prodiguait.

– Mais j’ai jamais fais ça ! C’est dégoutant !

– Pourtant tu ne dis pas ça quand c’est moi qui le fait !

Ilian se trouvait assis sur le lit, ses genoux remontés contre sa poitrine. Il fuyait mon regard, comme d’habitude lorsque nous parlions de sexe… Cela faisait un mois que nous avions fait notre premiere fois et encore aujourd’hui, il ne me montrait pas qu’il avait envie de moi, et cela me frustrait. Je voulais qu’il me touche… Aujourd’hui, je venais de lui demander de me sucer, mais encore une fois il refusait. Pourquoi sortions nous ensemble si je le dégoutais ?

– C’est bon, laisse tomber, j’me casse. Répliquais-je méchament.

– Je ne changerais pas d’avis, alors arrête de faire comme si tu allais partir… Souffla-t’il, me regardant.

– Je ne fais pas comme si Ilian ! Tu sais quoi ? J’en ai marre ! Combien de temps ça fait nous deux ? Cinq mois ? Tu ne te rends même pas compte que c’est la première fois que je dure aussi longtemps avec quelqu’un ! Tu veux que ça continue ? M’écriais-je énervé

– Mais bien sûr que oui ! S’exclama-t’il, les larmes aux yeux.

– Pourtant tu trouves ça dégoutant non ?!? Tu n’ais même pas foutu de faire ce que je TE fais ! Alors ça sert à quoi ? Je pensais que c’était toi qui voulait qu’on soit ensemble ! Mais apparement tu n’es pas encore assez mur pour avoir une relation homosexuelle !

Je le vis alors se figer sur place, tétanisé.

– Jaeden… Qu’est-ce que… Commença-t’il, étonné.

– J’me casse ! Retorquais-je tournant les talons.

Un soupir de soulagement et je me libérais dans la bouche de Hugo, qui m’acceuillit avec joie. Un bras sur mes yeux, je n’osais pas regarder Hugo. Pourquoi fallait-il toujours qu’Ilian réapparaisse dans les mauvais moments ? Je ne pouvais m’empêcher de penser à ce baiser que nous avions échangés dans le parc, si doux et si pur…

– Jaeden ?

J’enlevais mon bras au son de la voix et le regardais. Ses yeux verts m’hypnotisaient, et doucement je passais ma main sur sa joue, l’embrassant par la suite. J’étais avec Hugo, pas avec Ilian. Avec douceur, je le fis basculer sur le dos, ne cessant de l’embrasser. A mon tour, je le deshabillais, l’excitant plus qu’il ne le fallait. Mes mains se posèrent sur ses fesses, et tendrement, je commençais la préparation, ennivré par ses doux gémissements. Quelques minutes plus tard, j’entrais en lui dans un soupir de bien-être, posant ma tête dans le creux de son cou. Doucement, je commençais de long va-et viens, sentant le plaisir me faire perdre la tête… Encore une fois…

J’étais assis sur mon canapé, zappant sur différentes chaines, sans vraiment les regarder. Au loin, j’entendais Kain faire la vaiselle, et Ilian tambouriner contre la porte. Kain, une fois sa tache finit vint s’asseoir près de moi, un petit sourire aux lèvres.

– D’habitude ce n’est pas toi qui va frapper à sa porte ? Me demanda-t’il rigolant légèrement.

– On est plus ensemble. Répondis-je froid.

– Ce n’est pas vraiment l’impression que ça donne…

– Mêle toi de ce qui te regarde.

J’augmentais alors un peu le volume, essayant de cacher le son des poings d’Ilian sur la porte. Mais après quinze minutes de coups frénétiques, il abandonna et je l’entendis parler.

– S’il te plait Jaeden ouvre moi… Je… Je ne veux pas que ça finisse comme ça… Je suis désolé… Je ne trouve pas ça dégoutant, c’est juste, que je ne l’ais jamais fait moi et que je sais très bien que je vais mal m’y prendre… Lacha-t’il, dans un sanglot.

– De quoi il parle ? Me demanda Kain, les sourcils fronçés.

– Tais-toi ! Retorquais-je coupant le son de la télévision.

Ilian toqua une nouvelle fois, mais je ne vins pas lui ouvrir. Alors il continua, désespéré.

– Je ne veux pas que tu me quittes… Je… Je t’aime ! Je ferais tout ce que tu voudras, je te la ferais ta fella…

– OH ! OH ! OH , s’écria Kain, se levant immédiatement et se dirigeant vers la porte d’entrée.

– Kain qu’est-ce que tu fous ! M’exclamais-je alors qu’il defaisait le verrou.

Il ouvra alors à Ilian, le regardant une grimace sur les lèvres.

– Je n’ai vraiment pas besoin d’entendre les détails de vie sexuelle de mon petit frère Ilian…. Entre.

– Désolé… Fit Ilian, rouge de honte.

Furieux, je me rasseyais sur le canapé, zappant encore plus.

– Je vous laisse, soyez sage. Nous dit Kain, avant de refermer la porte derrière lui.

Enervé, je mis une chaine au hasard, diffusant des courses de moto. Je sentis Ilian s’asseoir à mes côtés, mais ne le regardais pas.

– Jaeden… Souffla-t’il, posant sa main sur mon épaule.

– Je n’ais pas été assez clair tout à l’heure ? Retorquai-je froid, mais ne bougeant pas, appréçiant sa main sur mon épaule.

J’avais mal au coeur de lui parler comme ça, mais j’étais à bout. Ses mots me faisaient mal, d’autant plus que cela m’énervait de ressentir ce sentiment. Ilian se rapprocha alors, et il me prit dans ses bras, plongeant sa tête dans mon cou. Je sentis immédiatement des larmes venirent le mouillé, et je fus pris de remord.

– Arrête de pleurer… Dis-je, en posant ma tête contre la sienne.

– Je ne veux pas que tu me quittes…

– Si ça te dégoute tellement autant arrêter tout de suite…Tu te trouveras une fille et…

– Mais c’est toi que je veux !

Il avait crié cette phrase, et cela m’avait surpris. Immédiatement il bassa la tête, géné.

– Ilian… Soupirais-je, moi aussi géné.

Mais avant que je ne puisse continuer. Ilian m’embrassa, s’accrochant agressivement à mon cou. Sous le choc, je le laissais faire, me demandant d’où lui venait cette soudaine once de courage. Je sentis alors ses mains s’aventurer sur mon entre-jambe, et cela me refroidit instantanément. Ce n’était pas du tout comme ça que je voulais que ça se passe. Immédiatement je l’éloignais de moi, sous son regard surpris.

– Je.. Je t’ai fait mal ? Je ne sais pas comment faire, attend, je vais m’apliquer ! Lacha-t’il, se rapprochant de moi.

– Hey ! Qu’est-ce qui se passe ? Où est mon petit ami ? Fis-je, étonné.

– Mais Ewen m’a dit… Commença-t’il

– Depuis quand tu demandes des conseils à Ewen en matiere de sexe ?!? Le coupais-je. Je… Je ne veux pas que tu me sautes dessus ! Enfin si, mais non…Argh !

Je n’arrivais pas à m’expliquer et cela m’énervait. Je me levais alors, faisant les cent pas, cherchant la meilleur façon de lui dire.

– Je veux que tu me sautes dessus, mais je veux que tu en ais envie avant tout… Pour la fellation c’est pareil… Dis-je, en le regardant droit dans les yeux. Quand je te le fais, c’est parce que j’ai envie de te faire ressentir du plaisir, j’ai envie que… Je sais pas j’en ai envie… Et toi tu détruis tout en me disant que ça te dégoute.

– Je… Je ne sais pas comment faire… Se justifia-t’il, baissant la tête.

– Quand on a couché pour la première fois ensemble, c’était pareil, tu ne savais pas, et pourtant c’était merveilleux, je n’ai jamais pris un tel pied ! Je suis là, c’est à moi qu’il faut demander des conseils, pas à ton cousin qui n’a pratiquement jamais touché quelqu’un de sa vie…

– Quoi ? Demanda Ilian, étonné.

– Quoi quoi ? Répétais-je, en m’asseyant sur le canapé.

– Ewen ne l’a toujours pas fait ?!?

– Non, il se réserve pour quelqu’un qu’il aime m’a-t’il dit…

Il éclata alors de rire et s’asseya bien au fond du canapé, callant son cou sur le dossier.

– J’arriverais pas à m’empêcher de rire demain matin en le voyant… Je… J’étais persuadé… Dit-il, un sourire amusé aux lèvres.

– Et oui, tu es beaucoup plus expérimenté que la coqueluche du lycée… Rétorquais-je sur le même ton.

Je me mis alors à le regarder. Sa peau laiteuse et ses beaux yeux verts m’électrisaient toujours autant… Sans vraiment m’en rendre compte, je cédais, me rapprochant de lui et l’embrasant. Il me rendit immédiatement mon baiser. Nos langues s’enroulèrent dans une douce valse, et mes mains passèrent derrière sa nuque, le faisant se coller à moi. A bout de souffle, il interrompit le baiser, me prenant dans ses bras.

– Je suis désolé… Je ferais des efforts, c’est promis… Me dit-il, d’une petite voix.

– Fais-en juste lorsque tu en auras envie… Je peux bien attendre encore un peu. Répondis-je en reprenant ses lèvres.

Mes mains vinrent alors se loger sous son pull, et doucement, je le fis glisser sur les coussins du canapé, lui embrasant le cou.

– Jaeden… Gémit-il… Ton frère…

– Il est parti. Dis-je, enlevant mon tee-shirt.

– Mais il a dit qu’on devait rester sage… Fit Ilian, dans un petit sourire.

Pourtant ses mains se posèrent sur mon torse, et il passa une jambe de l’autre côté de ma hanche… Il en avait autant envie que moi. Ravi, je m’allongeais sur lui, une main dans ses cheveux, et l’autre sur sa joue. Mon nez vint se frotter au sien et chastement je l’embrassais.

– Kain ne dit que des conneries… Murmurais-je, avant de reprendre ses lèvres fougeusement.

Je revins doucement à la réalité alors que je sentais que je ne tiendrais plus longtemps. Doucement, j’ouvris les yeux, m’attendant à retrouver Hugo les yeux fermés, mais au contraire, je vis celui qui n’arrêtait pas de troubler mes pensées. Je secouais vivement la tête mais rien ne changea, je perdais la tête jusqu’au bout.

– Tant pis… Soufflais-je, avant de l’embrasser goulement.

J’augmentais alors mes coups de reins, touchant sa prostate. Les ongles d’Ilian s’enfonçèrent sur mes épaules et ses jambes se resserèrent autour de mes hanches. Il ne pouvait s’empêcher de crier, galvanisé par le plaisir qu’il ressentait. Je ne lachais plus sa bouche, l’embrasant sans relache, jusqu’à ce que j’éjacule en lui, dans un soupir rauque. Ilian me suivit immédiatement, me serrant le plus fort possible entre ses bras. Essouflé, je me couchais sur lui, sentant sa main carresser mon dos.

– je t’aime… Souffla-t’il, embrassant ma joue.

Je relevais la tête et croisait son regard emeraude. Mon nez vint frotter le sien, comme j’adorais le faire il y a quatre ans, et un sourire vint étirer mes lèvres.

– Je t’aime aussi…

Mais à l’instant même où je disais ces quatre mots, Ilian disparu pour laisser place à un Hugo rayonnant. Les larmes aux yeux, il m’embrassa, me serrant assez fort. Perdu, je n’eus aucune réaction. C’est alors que la réalité m’assaillit, amenant avec elle une vague de remords. J’avais embrassé Ilian. J’avais… Plus ou moins couché avec Ilian. Et j’aimais toujours Ilian.

**

Le lendemain matin, je me reveillais difficilement. Je n’avais pas vraiment dormi, ne cessant de me tourner et retourner dans mon lit, essayant de comprendre ce qui m’arrivait. Alors que je croyais en tout ce que m’avait dis Kain. Alors que je pensais que ma vie était auprès de Hugo malgré son écart. Alors que j’avais si bien réussi jusqu’à présent, je me retrouvais au même point qu’il y a quatre ans. Des questions pleins la tête et le coeur serré.

Lentement, je me levais, passant ma main sur mon visage. Hugo devait sûrement être parti, ce qui me laissait un peu de temps afin de réfléchir. J’allais rapidement m’habiller dans la salle de bain, étant déjà en retard. En m’étirant, je me dirigais vers la cuisine, mais à peine y fus-je entré que je m’arrêtais, croisant ce regard émeraude que je redoutais tant…

– Tu avais oublié que j’avais pris un congé ? Me demanda-t’il, voyant mon visage étonné.

– Oui… Soufflais-je géné.

Il me sourit et se leva, me déposant un léger smack sur les lèvres.

– Tu pourrais prendre ta journée aussi, histoire de se faire une journée rien qu’à deux. Je t’ai fait un petit déjeuner complet…

Plus il parlait, plus je sentais mon estomac se comprimer violement. Je devais réfléchir, et je n’y arrivais pas? Je ne pouvais pas lui faire ça. Même s’il m’avait trompé, je lui avais pardonné hier, et dans la nuit, je l’avais plus ou moin trompé à mon tour. Il continuait de parler, ne se rendant pas compte de mon désarroi intérieur. Pourtant se fut lorsque je passais ma main sur mon visage qu’il s’arrêta, me regardant surpris.

– Quelque chose ne va pas ? Demanda-t’il, surpris.

– Je…

La vérité était que je ne savais pas quoi lui dire. Comment le lui avouer ? Son regard émeraude me paralysait, et géné, je détournait la tête.

– Je suis… Plus ou moins avec quelqu’un… Dis-je maladroitesement.

– Quoi ? Demanda-t’il, perdu.

– Pendant que l’on était plus ensemble… J’ai… J’ai embrassé quelqu’un d’autre.

Un voile de tristesse se posa sur ses yeux, et il laissa ses bras retomber le long de son corps.

– C’est du sérieux ? Fit-il, d’une petite voix

– J’en sais rien. Répondis-je, perdu.

– Et… Ce qu’il s’est passé cette nuit… Tu m’as dit que tu m’aimais !

– Je sais… Et c’est vrai mais… Je crois que je l’aime aussi…

Ses yeux s’embrumèrent à cet instant, et j’eus du mal à ne pas le prendre dans mes bras. Je venais de lui faire espérer quelque chose, et je m’en voulais.

– Qu’est-ce que ça veut dire Jaeden ? Souffla-t’il, perdu.

– Je pense… Fis-je hésitant, Je pense que tu devrais te trouver un autre appartement

– Alors Tu me quittes ? Comme ça ?

– J’ai besoin de réfléchir… Je ne sais plus où j’en suis.

Il ne répondit rien, se contentant de me regarder tristement. J’étouffais, il fallait que je sorte de cet appartement. Immédiatement, je me retournais et pris ma veste ainsi que ma sacoche, puis je partis. J’entendais au loin Hugo m’appeler, mais j’avais besoin d’être seul.

J’entrais dans ma voiture et je démarrais en trombe, voyant dans le retroviseur le visage dévasté de Hugo qui m’avait suivi. J’avais mal au coeur mais je ne m’arrêtais pas. Je conduisis beaucoup trop vite et arrivais rapidement à mon travail. Ne saluant personne, je montais à mon bureau, m’asseyant sur mon fauteuil et prenant ma tête entre mes mains. Trop de choses bouillonnaient en moi. Trop de questions auxquelles je n’avais pas encore de réponses. Qui aimais-je ? Hugo ou Ilian ? Tout se passait tellement bien avant que je n’accepte ce poste. Que je n’accepte ce dossier. Pourquoi avais-je voulu être aussi curieux ? Je ne regrettais rien de ce qui s’était passé entre moi et Ilian, mais tout était beaucoup moins compliqué avant…

Mais la sonnerie du téléphone me fit sursauter, et hésitant, je le pris.

– Docteur Sadler ? Le jeune homme de la dernière fois demande à vous voir, il dit que c’est urgent. Puis-je le faire monter ?

Un soupir passa le barrage de mes lèvres. Pourquoi m’avait-il suivi ? J’étais las de toute cette histoire. Je ne voulais pas le voir. Pas maintenant.

– Non… Inventez quelque chose mais ne le faites pas monter s’il vous plait.

– Bien monsieur Sadler.

La réceptioniste raccrocha et je repris ma tête entre mes mains, m’en voulant atrocement. Mais alors que je voulais appeler le directeur et prendre ma journée, quelqu’un tocqua à ma porte. Immédiatement, je sentis une boule dans mon ventre. Etais-ce Hugo ? Hésitant, je dis à la personne d’entrer, et me figeais alors que je découvrais Ilian, le visage furieux.

– Tu n’as pas changé ! Cracha-t’il, énervé. Tu… Comment peux tu encore me refaire cela ? Ces paroles quand tu étais bourré ? C’était quoi ? Du cinéma pour que je me dévoile enfin à toi ? Et ce baiser dans le parc…

Il pris une pause, semblant chercher ses mots. Peu à peu, je sentais un profonde tristesse en moi. Ce que j’avais ressenti il y a quatre. En dix fois pire.

– L’homme que tu as baisé hier soir t’attends. Reprit-il, froid. Il est en train de parler avec ton cher ami le directeur que tu veux tant éblouir. Oublie ma présence pour notre rendez-vous, il vaut mieux. Trouve une excuse, trouve quelque chose, mais ne me demande pas de te faire face aujourd’hui… Je… Je…

Il baissa la tête et se retourna, ne me laissant pas le temps de dire quelque chose.

– Je commençais à te faire confiance… Je… Tu n’as pas changé. Tu refais les mêmes erreurs. Je te détestes !

Ces trois derniers mots achevèrent de me briser, et alors qu’il claquait la porte, je me sentis attiré vers un puit sans fond. Je me revoyais quatre ans plus tôt, étendu sur le sol, sentant mon sang couler sur le ciment glacé. Je me revoyais pleurer en appelant celui que j’avais aimé. Encore une fois, il m’avait claqué la porte au nez. Il ne m’avait pas écouté. Il ne m’avait pas expliqué. Je me levais alors, complétement déconnecté. Si je refaisais les même erreurs qu’avant, autant les faire jusqu’au bout non ?

**

La nuit était tombé depuis quelques minutes et je me trouvais encore dans ce jardin. Près de cette maison abandonnée, dans cette ville que j’avais quitté il y a quatre ans. Les gamins l’appellaient la maison hanté maintenant. En y regardant de plus près, ils avaient raison. Dire qu’avant je passais toutes mes soirées ici. C’était la maison d’un de mes amis, encore un gars populaire qui entrait dans mon cercle d’ami tout ça parce que ça faisait « cool ». J’avais fais beaucoup de conneries ici. D’ailleurs ma première fois s’était faite, dans une des chambres de cette maison, mais je serais incapable de dire laquelle… C’était dans ce salon que j’avais vu que je ne laissais pas Ilian indifférent, et à cet endroit même où je l’avais embrassé pour la première fois.

Je portais une nouvelle fois la bouteille de wisky à mes lèvres et bu deux gorgées, avant de la reposer près des cadavres de bouteilles de bierre et de vodka qui jonchaient le sol. En une journée, j’avais détruit la deuxieme personne que j’avais aimé. Et la première m’avait achevée. Ilian avait raison, je refaisais les mêmes erreurs qu’avant. Mais s’il y a quatre ans, il m’avait laissé m’expliquer, s’il avait écouté ce que j’avais à lui dire, il aurait compris. La seule bétise que j’ai commis, a été de ne pas lui dire que je l’aimais. J’avais tellement peur de ce sentiment. Appartenir à quelqu’un, cela sonnait tellement faux dans ma tête il y a quatre ans. Mais avait-il vraiment espéré que je lui dise ? Il ne me l’avait jamais demandé et à peine m’avait-il quitté qu’il avait été se faire sauter par son cousin…

Son cousin. Dire que s’était lui qui nous avait présenté. Dire que s’était lui qui nous rabibochait lorsque nous nous disputions. Ma main se serra contre le goulot de la bouteille. Qu’est-ce que ce crétin avait de plus que moi ? C’était un meilleur coup… Voila ce que Ilian avait dit à l’avocat. C’était un meilleur coup. Moi je n’avais été que celui qui l’avait dépucelé. Je n’avais été que celui qui lui avait appris…Violement je jettais la bouteille de wisky contre la barrière du potager. La bouteille se cassa en mille morceaux et je sentis les larmes couler sur mes joues. Je ne devais pas pleurer. Pas pour lui. Je l’avais pleuré pendant si longtemps. Je me souviens encore du jour où il m’a dit qu’il me quittait. Du jour où j’ai cessé de l’appeler, cesser de venir frapper chez lui. Du jour où j’ai ramené un autre mec chez moi, pour l’oublier, mais ça n’a pas marcher, car j’ai pleurer. Plus que d’habitude. Je me souviens du jour où je l’ai rencontré, lui. Mauvaise rencontre, sûrement, mais j’en avais tellement besoin. Je commençais à oublier Ilian avec tout ce qu’il me donnait. Mais tout à basculer. Encore une fois. Je me souviens du visage de mon frère en larmes, me demandant d’arréter mes conneries. Qu’il n’en vallait pas la peine. Si j’avais su que je le reverrais quatre ans après, je n’aurais sûrement pas pris la peine de me ré-éduquer. Je n’aurais pas fait d’effort, et serais peut-être encore paralyser. Au moins, je n’aurais pas eu une deuxieme fois le coeur brisé.

J’avais laissé un homme qui m’aimait pour lui, même s’il ne savait pas. Je refusais de me remettre avec Hugo. S’était trop tard. Peut-être que s’il ne m’avait pas trompé… S’il n’y avait pas eu cette période où je refusais de le voir… Peut-être notre couple aurais réussi à survivre. Cette nuit m’avait montré que retrouver Ilian avait tout boulversé. Depuis le jour où j’avais vu son nom sur ce dossier, mon coeur s’était mis à battre fort. Beaucoup trop fort. Kain avait raison. Hugo ressemblait beaucoup trop à Ilian. Inconsciement, je l’avais fait exprès. Parce que j’étais…

– Je savais que je te trouverais ici.

Immédiatement je levais la tête, pour voir le regard triste de mon frère. Ce regard que je n’aimais pas voir sur lui. Je le déçevais encore une fois, mais je n’avais pas le choix.

– Rentre chez toi, j’ai besoin d’être seul. Articulais-je, faiblement.

Mais il ne m’écouta pas, et s’asseya près de moi, levant la tête vers le ciel étoilé.

– La dernière fois que je t’ai laissé seul, je ne t’ai plus revu pendant deux mois. Dit-il, sérieusement. C’est une infirmière qui m’a appelé, pour me dire que mon frère se trouvait dans un état critique, et qu’il lui fallait une transfusion. Alors excuse-moi, mais il est hors de question que je te laisse seul à nouveau.

– Comme tu veux. Répondis-je, en haussant les épaules.

Je me redressais et pris une bouteille de vodka, que j’ouvrais, avant d’en boire deux gorgées. Kain ne dit rien, à ma plus grande surprise. Sûrement pensait-il que le fait que je revienne à cet endroit montrait que j’en avais vraiment besoin.

– Elle a décidé de garder le bébé… Soupira-t’il, les yeux dans le vague.

– Chouette ! Je vais être tonton ! M’exclamais-je, sur le même ton.

– Non. Elle veut me faire signer un papier comme quoi je n’ai aucun droit sur l’enfant.

– Pourquoi ?

– Parce que je lui ai dit que ça ne faisait pas longtemps nous deux, et que je ne me sentais pas encore prêt pour en avoir un.

Je le regardais surpris, mais ne dis rien, et je repris la bouteille entre mes mains. Je lui tendis et il en but quelque gorgées avant de faire une grimace et de la reposer au sol.

– Les femmes, c’est trop compliqué, c’est pour ça que j’ai choisis les mecs ! Fis-je, en prenant une gorgée de vodka.

– Je ne sais pas, en te voyant dans cet état je me dis que je devrais me faire moine. Répliqua alors Kain, un petit sourire aux lèvres.

J’éclatais alors de rire, recrachant la gorgée que je venais de prendre, mon frère me suivit et un long fou rire nous prit, sûrement pour libérer toutes tensions. Quelques minutes plus tard, je reprennais doucement ma respiration. L’alcool me montait à la tête et j’avais de plus en plus envie de dormir. Alors que je me reposais contre le mur, je sentis Kain m’enlever des mains la bouteille de vodka, et la vider sur la pelouse. Je n’émis aucune résistance, complètement shooté.

– Le quelqu’un d’autre, c’est Ilian n’est-ce pas ? Finit-il par dire, me remettant debout.

Il évita alors mon regard et passa mon bras autour de son cou.

– Hugo est venu voir si tu n’étais pas chez moi.

Je ne répondis rien, ne sachant que répondre. Ma tête bascula dans son cou, et il m’aida à marcher jusqu’à sa voiture. Alors qu’il m’asseyait à ses côtés et qu’il attachait ma ceinture, je décidais de me laisser aller à mon sommeil, tout en lui confiant mes tourments.

– Kain ? Dis-je faiblement, les yeux fermés.

– Mmh ? Fit-il, essayant de m’attacher.

– Je crois que je suis toujours amoureux d’Ilian…

**

Les rayons du soleil chauds et gênants vinrent troublés mon sommeil. Dans un effort surhumain, je changeais de côtés et me mettais sur le ventre, callant ma tête sur mon bras. J’avais un mal de crâne énorme et mon corps me faisait souffrir, comme si j’avais couru un marathon. Mais en plus de ça, je me sentais triste. Je n’avais pas envie de me lever. Pas envie d’aller dehors et de profiter de ce beau soleil. J’avais envie de rester là, dans ce canapé défonçé, et essayer de dormir. Penser que toute ma vie n’est qu’un cauchemar et que je vais bientôt me réveiller…

Alors que j’essayais de me rendormir, la porte d’entrée de l’appartement de mon frère se mit à claquer, achevant de me réveiller. Mes mains se posèrent sur ma tête, et je me levais, regardant tristement mon frère.

– J’ai un mal de crâne épouvantable, tu pourrais pas faire attention ? Demandais-je, passant ma main sur mon visage.

– Désolé. Répondit-il dans une grimace.

Je me rallongeais sur le canapé, allumant la télévision, zappant sur différentes chaines afin de trouver une qui me convienne.

– Ton directeur a appelé, je lui ai dit que tu étais malade, et que tu iras travailler demain. Fit Kain, s’asseillant sur le fauteuil.

– Ok, merci.

– Et…Hugo a aussi appelé.

Mes mains se crispèrent sur la télécommande et je regardais Kain attendant qu’il continue.

– Il veut te voir. Fit-il, sérieusement.

– Je sais. Répondis-je, m’asseyant.

– Qu’est-ce qui va se passer Jaeden ?

– Je vais le quitter.

– Jaeden…Soupira Kain, se levant.

– Ce n’est pas pour Ilian, je sais très bien qu’il ne se passera jamais rien, mais je ne peux pas continuer avec Hugo alors que j’ai des sentiments pour quelqu’un d’autre.

– Ça c’est sûr il ne se passera rien maintenant.

Cette phrase me surprit, et je levais la tête vers lui, étonné. Il sembla se rendre compte de la boulette qu’il venait de faire car il fuya mon regard.

– Non , mais Ilian est dans un hôpital psychiatrique, alors c’est sûr…

Je le regardais bizarement. Kain ne savait pas mentir. Encore moins que moi. Mais je n’avais pas la tête à chercher ce qu’il me cachait. Je me levais et dirigeais vers la douche. Sous le jet d’eau, j’entendis Kain me dire qu’il allait travailler, et lui répondais par un simple « Bonne Journée ».

La mienne se passa lentement, je fis pratiquement rien, me contentant de regarder la télévision. Ce fut vers Cinq heures que je décidais de rentrer chez moi. Je pensais voir Hugo encore en train de pleurer, mais ce fut tout le contraire, et cela me soulagea.

Il se tenait assis sur le canapé, deux grosses valises bien remplies près de lui. A peine fus-je entré qu’il se leva, me regardant tristement. Ses yeux rougis me firent comprendre qu’il avait eu du mal à faire ses bagages. J’enlevais ma veste et posais ma sacoche, m’approchant de lui. Il s’asseya et j’en fis de même. Il fut le premier à rompre le silence.

– Qui c’est ? Me demanda-t’il, d’une petite voix.

– Tu ne le connais pas. Répondis-je sur le même ton.

– C’est du sérieux ?

– Je ne sais pas. Je suis presque sûr qu’il ne se passera rien entre lui et moi mais…

– Si je…Si je ne t’avais pas trompé, tu n’aurais pas cédé hein ? Tu ne l’aurais pas embrassé.

Cette phrase me déchira le coeur et je plantais mon regard dans le sien. Je ne lui répondis rien, ça ne servait à rien. Mais alors que j’allais m’excuser, je sentis ses lèvres venirent se poser sur les miennes. Encore une fois, je le laissais faire. Mais cette fois, ce n’était rien d’autre qu’un baiser d’adieu, cela se ressentait. Après un temps assez long, nos lèvres se relachèrent et nous nous levâmes. Hugo prit ses deux valises et sortit de l’appartement.

– Prends soin de toi Hugo. Dis-je, faiblement.

Il se retourna, et m’embrassa encore une fois. Un simple effleurement qui me brisa le coeur.

– Je suis sûr qu’il est aussi nul que moi. Je t’aime !

Il partit aussitôt, ne regardant pas le sourire amusé qui tronnait sur mes lèvres. Il descendit les marches de l’escalier et je ne le vis plus. Ainsi s’achevait notre histoire. Avec un pincement au coeur, je fermais la porte, posant mon front dessus. J’avais mal au coeur. Décidement, je ne me comprenais pas. Je me retournais alors pour voir mon appartement, comme il était avant. Je n’y voyais plus la présence d’Hugo, même si son odeur restait présente.

Je m’approchais alors de mon bureau pour découvrir un cadre contenant une photo de nous deux. Doucement je passais mes doigts sur le visage souriant d’Hugo. Un sourire triste et j’abaissa le cadre, me retournant par la suite. Ma soirée se passa tout aussi lentement que la journée. Hugo me laissait un vide énorme. Je me sentais seul. C’est sur ce même sentiment que j’espérais que demain serait un jour meilleur…

**

Le lendemain, j’arrivais à mon travail, allant directement mon bureau. Je savais que Paul ne serait au sien car il avait décidé de passer le week end avec sa femme. Je fus surpris de découvrir que celui-ci était ouvert, et doucement, j’entrais, découvrant alors Melvin, assit sur un fauteuil.

– Je peux savoir ce que vous faites là ? Demandais-je, étonné.

– Il fallait que je te parles.

Sa voix était froide, mais ce qui me surprit le plus fus qu’il me tutoyait. Je n’avais aucune envie d’avoir ce genre de rapprochement avec lui.

– Il fallait prendre rendez-vous alors. Dis-je, tout en m’asseyant.

Il ne répondit rien et me fixa. Je fis de même, mais alors que j’allais lui demander le but de sa visite, je vis qu’il avait dans ses mains le même cahier que j’avais donné à Ilian. Pourquoi l’avait-il avec lui ?

– C’est son cahier. Dit-il, avant de le poser devant moi.

– Ce n’est pas à vous de me le donner. Répondis-je sérieusement.

– Comment as-tu pu lui faire ça ?

Sa voix était hargneuse. Que voulait-il dire par ça ? Qu’avait marqué Ilian dans son cahier pour qu’il me jette ces mots à la figure.

– Je ne vois pas de quoi vous parler ! M’exclamais-je, énervé.

Il se leva alors, fou de rage. Je vis au même instant Ilian apparaître dans l’embrasure de la porte, étonné de voir Melvin là. Mais je le vis se décomposer lorsqu’il entendit Melvin prononcer cette phrase :

– Tu es infecte ! Tu as laché Ilian alors qu’il se faisait violer ! Il a vécu un enfer à cause de toi !

Je sentis mon coeur loupé un battement. Mon cerveau avait cessé de fonctionner. Je ne voyais qu’Ilian, dont les yeux s’était rempli de larmes. Etait-ce vrai ? Je m’approchais alors de lui. Mes mains tremblèrent alors que j’arrivais à sa hauteur.

– Est-ce que c’est vrai Ilian ? Demandais-je, d’une petite voix.

– Tu crois ce que les fous te racontent maintenant ?

Sa voix n’avait jamais été aussi froide et tranchante. Pourtant, il ne pouvait s’empêcher d’avoir les larmes aux yeux. Et cela me fit comprendre qu’il s’était bien passé quelque chose. Il me tourna alors le dos et s’enfonça dans le couloir, mais je le rattrapais. Il ne pouvait pas me laisser comme ça. Toutes mes certitudes volaient en éclats. Je lui attrapais le bras et le retournais violement, pour voir un Ilian en pleur. Il craquait. Et cela me faisait peur.

C’était vrai, et je n’avais rien vu. Je voulu alors le prendre dans mes bras. Je n’avais aucune réaction. Je sentais mon coeur se briser mais mon cerveau ne voulait pas se remettre en marche. Mais il se débatit, et finit par s’enfuir. Je le suivis, et le vis prendre n’importe quel chemin, mais il se cogna contre un coin, et les points de sa tentative de suicide cedèrent sous le coup.

– Ilian ! M’écriais-je aussitôt

Mais il continua, courant bien trop vite pour moi. Je le perdis au tournant d’un couloir. Mais un cri me parvint aux oreilles et immédiatement je suivis le son. Mon coeur battait si fort qu’il me faisait mal à la poitrine. J’avais du mal à respirer et les larmes me venaient aux yeux. La réalité me prennait doucement de haut. Pour me piétiner une nouvelle fois. Alors que je dérivais dans un autre couloir, je vis Ilian collé dos au mur, son poing replié contre son torse, regardant avec crainte l’infirmière devant lui. Celle-ci s’approchait vers Ilian, une seringue de tranquilisant à la main.

– Tu ne me laisses pas le choix Ilian ! Tu n’as pas le droit d’être ici sans aucune permission ! Dit-elle avant de se jetter sur Ilian.

Il poussa un cri et se débattit, mais il était trop faible face à cette infirmière.

– Non ! Criais-je, courant le plus vite possible.

Mais ce fut trop tard. L’infirmière planta la seringue dans le bras d’ilian, et ce dernier croisa mon regard. Ses yeux papillonèrent, et il perdit connaissance. Satisfaite, l’infirmière se recula alors que je me jettais sur Ilian, l’empêchant de tomber par terre.

– Docteur Sadler ? Je…Je ne savais pas ! S’exclama-t’elle perdu.

– Je vous ai crié de ne pas le faire pourtant ! Criais-je, méchamment.

Mes yeux se posèrent alors sur la seringue qui gisait au sol. Je la pris en main et constatait avec colère qu’elle était vide. Il n’avait pas besoin de la dose entière ! M’écriais-je effaré.

– Je ne savais pas, il se débattait…

Je pris alors Ilian bien au creux de mes bras et le levais. Je n’avais encore aucune difficulté à le porter, mais cette fois je n’y fis pas attention. Je me mis à marcher vite, en direction de l’infirmerie et appela une infirière qui vint tout de suite. J’attendais alors dehors pendant qu’elle stoppait l’hémoragie. Mon coeur ne voulait pas freiner son rythme. Des images me revenaient, des images auxquelles je n’avais pas fait attention… Pourquoi n’y avais-je pas fait attention ?

– Docteur Sadler ?

Je relevais la tête pour voir l’infirmière d’Ilian. Elle s’approcha de moi et me tendit son dossier.

– J’ai reussis à stopper l’hémoragie et à le recoudre, mais la piqure l’a vraiment sonné, il ne se réveillera pas avant quelques jours.

– Est-il possible de le faire retourner dans sa chambre ? Demandais-je, ouvrant immédiatement le dossier.

– Oui bien sûr.

– Et peut-on l’alimenter par transfusion ?

– Oui, je vais m’occuper de çela

Elle retourna dans la chambre d’Ilian et quelques minutes plus tard, des brancardiers rentrèrent dans la chambre afin d’amener Ilian dans la sienne. Elle sortit peu après avec les perfusions en mains..

Ils installèrent Ilian dans son lit, et l’infirmière le brancha sous perfusion, me laissant alors seul avec lui. Timidement, je m’asseyais sur le rebord de son lit et le regardais sans vraiment le voir. J’avais mal au coeur, mais ma douleur ne pouvait pas être comparable à la sienne. Melvin avait raison, je l’avais laché. Au bout de deux semaines j’avais cessé de venir vers lui, alors qu’il avait besoin de mon aide. Je l’avais abandonné. Tout simplement.

Il était là, endormi paisiblement dans ses draps blancs. Comment avait-on pu toucher à Ilian ? Il était tellement innocent, tellement pur. Une question ne cessait de me trotter dans la tête. Etais-ce Ewen qui lui avait ça ? Il l’avait tué. Ilian était-il vraiment atteint de folie où jouait-il un jeu pour ne jamais sortir d’ici. Pour ne plus jamais souffrir ? Je ne cessais d’angoisser à l’idée qu’il m’ait demandé de l’aide et que je ne l’ai pas écouté. Mais je ne me souvenais pas. Si j’avais su… J’aurais tué moi-même cette personne pour éviter à Ilian de devoir le faire. Il ne méritait pas tout ce qu’il vivait. Et moi je ne faisais qu’en rajouter en l’embrassant, en ne faisant que rouvrir une plaie.

Je décidais de le veiller, ne souhaitant pas qu’il se réveille seul. Toutes ces questions devaient restés de côtés pour le moment. Tout ce que je voulais, c’était qu’il me raconte de lui même. Encore plus maintenant. J’approchais la chaise du bureau près du lit, et m’y asseya dessus, croisant mes bras contre ma poitrinne. Je ne cessais de fixer Ilian, espérant qu’il se réveille. Mais rien ne se produisait, alors je continuais d’attendre.

La nuit venait de tomber sans que je ne m’en rend vraiment compte. J’entendis quelqu’un frapper à la porte et levait la tête pour voir avec surprise Paul dans l’embrasure.

– L’infirmière en chef m’a téléphoné, je suis venu voir comment il allait. Me dit-il, entrant dans la pièce.

– Son état est stable, mais j’ai préféré le mettre sous perfusion, il ne doit pas manquer un repas.

– Tu as eu raison.

Je lui souriais tristement et regardant le visage si angélique d’Ilian. Je sentis alors la main du directeur contre mon épaule et un faible sourire étira mes lèvres.

– C’est votre sortie qui l’a mis dans cet état ? Tu ne m’as pas raconté…Souffla le directeur, s’asseyant sur le rebord de la fenêtre.

Je le regardais alors. Que devais-je faire ? Lui dire la vérité ? Lui dire tout ce que je savais ? Biensûr que non. Comment pouvais-je raconter à quelqu’un ce qu’Ilian n’était toujours pas près à me dire…

– Non… La sortie s’est bien passé. Dis-je, passant une main sur mon visage.

– Alors qu’est-ce qu’il s’est passé ? Demanda-t’il, croisant ses bras.

– Il s’est disputé avec Melvin, je pense que c’est ça qui l’a chamboulé.

J’avais évité son regard en disant cette phrase. Je le vis alors regarder à son tour Ilian, puis se lever. A l’embrasure de la porte, il se tourna vers moi.

– Tu te rappelles toujours que ton nouveau patient arrive lundi ? Demanda-t’il la main sur la poignée

– Oui, ne t’inquiete pas. Répondis-je sérieux.

Il acquiesça de la tête et je reposais mon regard sur Ilian, mais sa voix me parvint une nouvelle fois.

– Jaeden ?

– Mmh ?

– Tu ne sais pas mentir.

Il partit aussitôt ne me laissant pas le loisir de me justifier. Cela voulait-il dire qu’il me laissait carte blanche ? Je ne souhaitais pas vraiment me poser la question. Je voulais simplement aider Ilian à ma façon. Même si j’avais quitté Hugo pour lui, il était hors de question qu’il l’apprenne. Je voulais devenir son ami. Juste son ami. Je voulais qu’il me raconte. Qu’il se soulage, même si çela me briserait sûrement le coeur. J’aurais dû avoir des doutes. J’aurais dû continuer à essayer de le convaincre de me dire ce qui n’allait pas. J’aurais dû faire quelque chose.

Deux jours passèrent sans que je ne laisse Ilian seul. Je ne le quittais des yeux juste pour aller au toilette ou pour dormir un peu. Je voulais être le premier qu’il voit à son réveil. Qu’il se dise que malgré le fait que je savais maintenant, je ne le laisserais pas seul.

Pourtant, ce jour là, une infimière vint m’appeller pour venir signer des papiers concernant le transfert de mon nouveau patient. Je me levais, peu décidé, et marcha d’un pas rapide vers l’administration. Toutes les lumières étaient allumées signe que la nuit était tombée. Dans la chambre, je ne cessais de penser au couple que nous formions Ilian et moi avant, cherchant dans les paroles d’Ewen une quelquonque remarque ou mauvaise intention. Mais je ne trouvais rien. Je signais les papiers rapidement puis saluais les infirmières. Je revins rapidement dans la chambre d’Ilian, croisant quelques patients au passage qui me parlèrent. Je finis par arriver vers la piece, et mon coeur se mit à battre rapidement lorsque je reconnu la voix d’Ilian.

– Ca fait longtemps que tu es ici ?

– Deux jours. Depuis qu’ils t’ont fait cette piqure je suis resté à ton chevet.

Mes mains se crispèrent alors que je reconnaissais la voix de Melvin. Comment cet enflure pouvait-il dire des choses pareilles ? Je m’avançais alors pour apparaître dans la chambre mais me stoppait alors qu’Ilian reprennait la parole.

– Je t’avais interdit de lire ce journal ! Tu m’as trahi, tu n’avais aucun droit d’en parler à Ja…Au docteur Sadler ! S’exclama-t’il, vivement.

– Mais il t’a fait soufrir, ce n’est pas lui qui devrait être ton psychiatre ! Répondit Melvin, d’une voix plaintive.

– Mon psy et le garçon de mon journal ne sont pas les mêmes, ils ont peut-être les même noms mais ils n’ont rien en commun !

– Je ne te crois pas…Souffla Melvin décontenancé.

– Et bien ne me crois pas, mais ne fous pas sa carrière en l’air tout ça parce que tu as lu des choses idiotes dans un simple journal !

– Depuis quand tu t’inquiète de la carrière de quelqu’un ?!? Il n’est pas venu te voir de tout le week end, ça ne te fais rien ?!?

Melvin était un sacré menteur, et j’étais persuadé qu’Ilian le croyait.

– De toute façon il n’est que mon medecin, pourquoi viendrait-il me veiller ? Répliqua Ilian.

– Pourtant je trouve que tu parles souvent de lui. Dit tout à coup Melvin, sur une pointe de jalousie.

Ilian éclata alors de rire, un rire froid, ironique.

– C’est mon psy, rien que ça ! Non mais tu l’as regardé ? Qui pourrait l’apprécier. Ce type me tappe sur les nerfs et ce n’est qu’un idiot. A cause de toi, je vais devoir rattraper ce que tu as dis ! Tu n’avais pas le droit de le dire !

– Je sais, je suis désolé Ilian…Je me suis emporté…

Peu à peu, ma haine se tranforma en tristesse. Ma main retomba le long de mon corps, et je me retournais. Je n’étais que ça à ses yeux alors ? Pourquoi avait-il répondu au baiser dans ce cas ? J’avais mal au coeur. Je n’avais même pas envie de pleurer, même pas envie de boire. Je le savais sans vouloir me l’avouer. Ilian avait tiré un trait sur moi depuis bien longtemps…

Peut-être que c’était mieux finalement ? J’étais son docteur et je ne pouvais jamais envisager un possible nous.Tout cela était interdit. Pourtant, je sentais mon coeur se serrer à chacun de mes pas. Melvin avait gagné. Oui, c’était sûrement mieux, chacun revenait à sa place. Je n’étais plus en rage, non j’étais las. Je voulais retrouver la tranquilité que j’avais avant, celle que j’avais avec Hugo. Mais ça je ne le pouvais plus…

**

Je rentrais alors chez moi, retrouvant la solitude de mon appartement. Ennuyé, j’en levais ma veste et mes chaussures puis marchais en direction de la cuisine, où j’ouvrais le frigo. Je sortis le restant de lasagne qu’Hugo avait préparé, et le mis dans le four, avant d’aller prendre une douche bien mérité. L’eau chaude glissait sur moi et sous celle-ci je me sentais bien. Je ne pensais plus à rien et cela m’apaisait. Pourtant, la sonnerie de mon téléphone retentit. Je laissais sonner une fois ne voulant pas quitter l’eau chaude. Mais la sonnerie rettentissante m’y força finalement. Après un juron , je coupais l’eau et sortais de la cabine. Je m’enroulais dans une serviette et me dirigeais vers le téléphone qui sonnait une nouvelle fois.

– Oui ?!? Dis-je, sans ménagement.

– Jaeden ? C’est Paul, excuse moi de te déranger si tard, mais j’ai un problème…Fit-il, sérieusement.

– Lequel ?

– Ilian…Il refait une crise… Comment se fait-il qu’il ne savait pas que tu l’avais veillé ? Bref, il a refais une crise et je n’ais réussi à le calmer qu’en lui promettant que je t’appellerai…

– D’accord j’arrive.

Je ne laissais même pas le temps à Paul de me remercier que je racrochais. Mon coeur battait à un rythme effreiné et je n’arrivais pas à enlever ce sourire qui m’énervait. J’entrais dans ma chambre et attrapais un boxer, jean et pull propre avant de me sécher rapidement les cheveux. Je passais ensuite dans la cuisine et éteignit le four, et puis je m’habillais et sortais.

Je conduis encore une fois bien trop vite, mais je ne pouvais pas m’en empêcher. Alors que j’avais fait une croix sur Ilian, ce dernier m’appellait une nouvelle fois à l’aide. Je me garais n’importe où et rentrais dans l’hopital à vive allure. Je pris l’ascenseur et arrivais à l’étage des chambres. Immédiatement j’entendis la voix d’Ilian, plus qu’énervé.

– Je veux le voir ! Vous m’entendez ! Allez le chercher vous avez promis ! Cria-t’il, la voix enrouée.

Je me mis à courir et arrivais essouflé devant la porte de la chambre d’Ilian, croisant son regard plein de larmes.

– Je suis là… Soufflais-je doucement.

Je rentrais alors dans la chambre et m’accroupissant à son niveau. Il ne me lacha pas du regard, comme s’il voyait un mirage.

– Alors tu te fais encore remarquer…Dis-je, dans un petit sourire.

Je le vis alors esquisser un faible sourire et regarder le directeur, puis reposer son regard sur moi. Je compris alors qu’il voulait être seul avec moi.

– Peux-tu nous laisser s’il te plait ? Demandais-je, regardant le directeur à mon tour.

– Tu es sûr ? Me fit-il, indécis.

– Oui. Bonne soirée.

Il acquiesça et sortit de la pièce refermant la porte derrière lui. Immédiatement, je me sentis poussé vers le sol, tombant sur les fesses. Ilian venait de se jetter dans mes bras, callant sa tête dans mon cou. Je le sentis sangloter, et me serrer encore plus contre lui.

– Pourquoi tu n’es pas revenu ? Murmura-t’il, la voix pleine de larme.

– Revenu d’où ? Demadais-je, faiblement.

– Melvin m’a dit que c’était lui qui était resté à mes côtés, mais c’est toi n’est-ce pas ?

A ce moment, je pouvais lui dire la vérité. Remonter dans son estime et gagner sa confiance. Pourtant, je ne pouvais pas, je ne devais pas oublier ma place…

– Non… Je suis désolé, je n’ai pas eu le temps. Soufflais-je, en fermant les yeux.

– Menteur. Répliqua-t’il, refermant un peu plus sa prise. Tu as laissé ton livre sur le bureau, ton parfum sur la chaise et… Et je sentais ta présence… Quand je dormais… Pourquoi est-ce que tu mens ?

Je plongeais alors ma tête dans son cou, respirant son odeur. Cette odeur qui m’avait tant manquée.

– Parce qu’on ne peut pas… Articulais-je, passant mes bras autour de sa taille.

Aucun de nous deux ne bougèrent. J’étais bien, incroyablement bien. Je retrouvais une sérennité que je n’avais plus connu depuis un moment…

– J’aimerais revenir quatre ans avant… Avoua Ilian, se remettant droit.

– Moi aussi…  Murmurais-je croisant son regard.

Sa main vint alors se poser sur ma joue. Une douce caresse légère qui fit battre mon coeur. Ce n’était plus professionnel, mais je n’avais plus envie de m’en empêcher. Ses lèvres se rapprochèrent, jusqu’à toucher les miennes. Un effleurement. Un effleurement qui me laissa sur ma fin. Immédiatement je mis ma main sur sa nuque et le rapprochait. Ses lèvres retouchèrent une nouvelle fois les miennes, plus violement cette fois.

Vivement, il mis ses bras autour de mon cou et se leva sur ses genoux, laissant son torse toucher le mien. Il avait besoin de ce baiser autant que moi. Sa langue fut la première à vouloir intensifier le baiser, et immédiatement je lui donnais l’accès, les entremellant frénétiquement. Mes mains se posèrent sur ses hanches alors que je me laissais totalement glavaniser par ce baiser. Après un temps assez long, nous nous séparâmes, Ilian posant son front contre le mien. Essouflé, Ilian reposa ses deux mains sur mes joues, et ses lèvres vinrent se reposer sur les miennes dans un chaste baiser. Il se rasseya et me prit une nouvelle fois dans ses bras. Je me callais alors contre le mur et le serra contre moi. Ma main vint se poser sur ses cheveux, le caressant. Je le sentais peu à peu s’endormir et me sentait moi même fatigué. Dans un dernier effort, Ilian mit sa tête dans mon cou et m’ensserra la taille avec ses bras.

– Tu m’as manqué…Souffla Ilian, avant de s’endormir.

J’attendis un peu, sentant mon coeur battre de plus en plus fort. Ma tête se posa contre la sienne et j’embrassais son front delicatement.

– Tu m’as manqué aussi Ilian…

**

Je me réveillais alors dans la nuit et regardais ma montre. Il était deux heures du matin. Je ne pouvais laisser Ilian là sur le sol, alors soigneusement, je le pris entre mes bras, et me levais. Je l’allongeais sur son lit rabattant les couvertures. Mais alors que j’allais me lever, il m’aggripa, me regardant avec des yeux larmoyants.

– Reste…Supplia-t’il, d’une petite voix.

– Je vais sur la chaise. Répondis-je

Je le vis alors se décaler, me laissant une place dans le lit. Touché, je lui souriais.

– Je ne peux pas, si quelqu’un rentre…Je suis désolé. Répondis-je géné.

Il ne me répondit rien, mais je sentis qu’il était déçu. Il se rallongea alors dans son lit, mais ne lacha pas ma main pour autant. Souriant, je passais ma main dans ses cheveux. Mais alors que je le regardais, je ne cessais de me demander si je pouvais lui poser la question. Mon regard se posa alors sur le cahier que Melvin avait ramené. Ilian le vit car il se redressa immédiatement et prit le cahier entre ses mains le ramenant contre sa poitrine.

– J’aimerais que tu me racontes… Dis-je, me rapprochant un peu de lui.

– Non ! Fit-il, craintif. Il ne s’est rien passé, Melvin t’a raconté des sautises !

– Alors tu n’aurais pas de mal à me le faire lire non ? Je ne veux pas te juger je veux juste…

Ma voix mourrut et je détournais le regard.

– J’aimerais juste comprendre. C’est pour cette raison que tu m’as quitté ? Si tu me l’avais dis Ilian, je… Je l’aurais tué de mes propres mains pour que tu n’es pas à le faire. Il n’avait pas le droit de te toucher ! Tu étais à moi… Il n’avait pas le droit.

Je baissais la tête sentant mon coeur se serrer. Une profonde tristesse vint se loger dans mon coeur et je ne dis plus rien. Mais je sentis Ilian me prendre dans ses bras.

– Laisses moi le lire… Murmurais-je, le regard triste. Je crois… Je crois que j’en ai besoin Ilian…

Une larme coula sur sa joue et il baissa la tête. Ses mains se posèrent sur le cahier et sans un mot, il me le tendit. Il se calla ensuite contre le mur et posa sa tête contre ses genoux. La peur au ventre je l’ouvrais.

Les premières lignes qui dechirèrent mon coeur. Ce fut finalement la plus grosse erreur que je faisais de ma vie. Ces mots si blessant et pourtant je les avais pensé aussi, lorsqu’il m’avait quitté. Je vivais la scène qu’il écrivait, retrouvant l’attitude d’Ewen. Pourquoi l’avait-il enmené dans ce bar ?. Je remontais dans mes souvenirs, à la recherche de cette soirée. Et mon coeur se serra encore plus lorsque je devina la scène à laquelle Ilian avait assisté. Le baiser. Mes mains se crispèrent sur le cahier, et je relevais la tête pour regarder Ilian. Il n’avait pas bougé, la tête toujours entre ses bras. Je repris alors ma lecture, revivant cette soirée, mais d’un autre point de vue. Je revis le soir où il m’annonça qu’il me quittait, ne pouvant pas m’empêcher de lui en vouloir. S’il m’avait expliqué. S’il m’avait dit, hurler dessus, je lui aurais alors tout expliqué. Expliquer que tout cela n’était qu’un coup monté.

Les mots défilaient sous mes yeux, enmenant avec eux une vague de dégout. Dégout pour l’homme que j’avais cru être mon ami.

Alors que j’allais me laisser aller à fermer les yeux pour quitter ce monde un instant, je me sentis attirer vers le haut. Tout se passa si vite. A peine eus-je entendu « Tu vas voir, je vais réussir à te le faire oublier », que déjà ses lèvres non désirées se posaient sur les miennes, en un contact qui me révulsa.

Nerveux, voulant tenir jusqu’au bout, Je ne dis rien, empêchant la colère de trop monter en moi. Je ne cessais de me demander ce qui avait pu se passer dans la tête d’Ewen. J’entrais dans celle d’Ilian, et plus je lisais, plus je comprenais la rancoeur qu’il avait envers moi. Je sentis mon ventre se tordre atrocement lorsqu’il parla de la soirée où j’avais ramené un homme chez moi. Mais encore une fois il était parti bien trop tôt.

Malgé le fait que je me sente mal, ce qui suivis acheva de me détruire, et je sentis les larmes couler sur mes joues. A cause de moi, par ma faute, il s’était fait violer. Le cahier me glissa des main avant que je ne finisse ma lecture. J’avais mal au coeur et à l’âme. Comment avais-je pu ne rien voir ? Pourquoi a-t’il fallu que cela se passe ? C’est alors que je me rendis compte que toute cette histoire n’avait été qu’un malentendu. Si Ilian avait su ce qui s’était vraiment passé… Mes mains se posèrent sur mes yeux et j’étouffais avec peine un sanglot. Mon coeur hurlait. Je ne pouvais même plus regarder Ilian, j’avais trop honte de ce que j’avais commis. Tout était ma faute.

– Je… Je ne t’ais jamais trompé… Soufflais-je la voix tremblante.

Je sentis Ilian relever la tête et me regarder, mais j’étais incapable d’en faire de même. Il se leva alors, et sortit du lit, apparement énervé.

– Arrêtes tes conneries ! Je t’ai vu ! Cracha-t’il les points serrés.

– Non… Je l’ai laissé m’embrasser mais… Je ne t’ai pas trompé. Pendant deux ans, il n’y a eu que toi, c’est justement pour ça que je l’ai laissé m’embrasser…

Je n’y arrivais pas. Cela était impossible pour moi. Comment pouvais-je croiser son regard alors que tout ce qui lui était arrivé était de ma faute. Inconsciement je l’avais tué. Tout ça parce que j’étais égoiste et que je n’osais pas m’avouer que je lui appartenais à l’époque.

– Casse-toi… Souffla-t’il dans un murmure avant de reprendre plus fort. CASSE-TOI t’entends ! Je ne veux plus te voir ! Tu n’existes plus ! Je… J’en ai assez, laisse moi tranquil !

Je sentais sa voix se briser de plus en plus. J’étais aussi détruit que lui, mais il ne le comprenait pas parce qu’il ne savait pas. Sans rien dire je me levais, et sortis de sa chambre. Mon cerveau avait cessé de fonctionner et je sursautais alors que j’entendais le bruit caractéristique d’un livre qu’on jette sur une porte. Ilian m’en voulait. Et il avait totalement raison. Totalement inconscient, mes pas me menèrent à mon bureau, où je m’affalais dans mon fauteuil. Les larmes se remirent à couler le long de mes joues et je laissais le temps passer.

Ce ne fut qu’une heure plus tard que je me ressaisissais, voyant poser sur le bureau le livre que j’avais acheté pour Ilian. Je ne lui avais pas encore donné… Soupirant, je posais ma tête sur le dossier de ma chaise, regardant le plafond. S’il avait su ce qu’il s’était réellement passé…j’aurais pu lui éviter toutes ces souffrances. Je posais alors mon regard sur le bloc note près de moi. Et s’il savait ? Je ne savais pas si cela l’aiderais, tout ce que je savais, c’est que je voulais qu’il sache la vérité. Tremblant, je pris un crayon et me redressais. Je ne savais pas vraiment quoi écrire, et je n’avais pas vraiment la plume d’Ilian. Alors j’allais laissé mon coeur me dicter mes mots…

«  Je me souviens de cette soirée. Celle où tu m’as vu me faire embrasser par un autre homme. Je ne t’ai pas trompé, j’en étais incapable. Avant toi, je n’avais jamais eu de relation aussi longue, et l’idée d’appartenir à quelqu’un me semblait totalement absurde. Puis je t’ais rencontré. Je trouvais vraiment beau et ta timidité m’amusait. Je me souviens la première fois que je t’ais vu, dans un de ses fameux cours d’informatique que je détestais. Il a suffit que je te vois pour ne plus m’empêcher de penser à toi. Je suis revenu souvent dans ce même cour, mais jamais je n’arrivais à te parler. Tu semblais si éloigné de moi. Je me souviens de tout ce que je faisais pour que tu me remarques,et tu as mis un temps fou avant de vraiment me voir. Puis j’ai appris que tu avais un cousin et je suis devenu son ami pour essayer de t’approcher. Et j’ai réussi à le convaincre de t’amener à une soirée. Et ce fut là qu tu m’as remarqué. Je pensais qu’au bout d’un mois, tout finirais, que je me lasserais de toi, comme de tous les autres, pourtant, tous les jours je ne faisais que penser à toi et cela m’énervait. Mes amis ne m’interessaient plus et j’étais passé au simple mec casé. J’ai passé deux superbes années avec toi. Deux années sans te dire une seule fois ce que tu me répétais sans cesse. J’étais tellement anxieux de savoir ce que tout le monde pensait que je te faisais du mal.

Ce soir là, je voulais être seul, pour réfléchir. J’avais besoin d’être seul. Le fait d’entendre tout le monde parler de moi m’étouffait. Mais même si je voulais être seul, je n’ais pas pu m’empêcher d’aller dans ce bar où nous allions souvent, dans l’espoir sûrement de te voir. Mais tu n’étais pas là. J’ai vu un de mes amis et me suis installé à ses côtés. Je m’en souviens comme si c’était hier. De ses paroles qui m’étouffaient. Qui faisait remonter en moi toutes mes angoisses.

– J’arrive pas à croire que tu es casé…Et pas qu’un peu…Deux ans maintenant…Me dit-il, un sourire aux lèvres.

– Ce n’est pas comme si on était mariés non plus alors arrête ! Répliquais-je légèrement énervé.

– Sans tromperies, ruptures, pauses… Je trouve ça plutôt surprenant.

– Je suis bien avec lui, c’est tout.

– Serais-tu amoureux ?

Ces trois mots m’avaient glaçés le sang et immédiatement je le regardais méchament.

– Bien sûr que non, tu sais très que je ne m’investis pas dans une relation.

– Ce n’est pas ce que je dirais ça fait deux ans entre vous Jaeden.

– Va te faire foutre !

Il me regarda alors avec un petit sourire en coin. Doucement il s’approcha de moi et posa sa main sur ma hanche.

– Si tu t’en fiche tellement, pourquoi es-tu toujours avec ?

Je ne répondis rien. Je n’avais tout simplement aucune réponse. Pour moi, je t’aimais juste bien. Ce fut lorsque je sentis ses lèvres se poser sur les miennes que je compris que je me mentais à moi même. J’aimais ta façon de me parler, ta façon de me prendre dans tes bras. J’aimais le fait que tu rougisses à chaque fois que je t’embrassais sur la joue, j’aimais être avec toi, ta présence, ton humour. J’aimais ton visage lorsque tu prenais du plaisir. J’aimais quand tu m’embrassais. C’était tellement magique à chaque fois… Ce n’étais pas le même baiser que j’échangeais avec lui. C’était quelconque. C’est alors que je compris. Je ne t’aimais pas juste bien. Je t’aimais tout court. Je le repoussais sous cette constatation, lui lançant un regard surpris.

– Ca fait un moment que je voulais t’embrasser. Me dit-il en hausant les épaules.

– Je suis avec Ilian ! Répondis-je, méchament.

– Je croyais que tu t’en fichaiss…

– Il faut croire que non !

Immédiatement, je sortis du bar voulant rentrer à mon appartement. J’avais envie de te le dire , mais au vue de l’heure, j’ai préféré attendre, et la dernière fois que je suis venue dormir en douce chez toi, tes parents te sont encore tombé dessus. En soupirant, je pris le dernier bus et rentrais à mon appartement. La route ne fut pas bien longue et j’arrivais devant mon immeuble. Je montais les marches, les mains dans les poches. Mon frère devait être à l’appartement et j’espérais vraiment qu’il n’avait pas ramené une fille. J’arrivais devant ma porte, mais brusquement celle-ci s’ouvrit, te dévoilant. A ma vue, tu te figeas immédiatement, laissant tomber le sac que tu portais par terre.

– Ilian ! Dis-je ravi, Tu venais me voir ?

Tu ne dis rien et me laissa m’approcher. J’aimais effleurer tes lèvres, sentir que tu voulais ce baiser plus que moi. Tes lèvres avaient l’odeur du tabac, une odeur qui avait le don de me rendre fou même si je te disais de ne pas fumer. Pourtant alors que je voulais approfondir ce baiser, tu me repoussa, un air de colère sur le visage.

– Tu me dégoutes Jaeden ! Eloigne toi de moi, tu me dégoutes ! Crachas-tu, violement.

Mon coeur fit un bon dans sa poitrinne alors que tu me lançais ces mots que je n’aurais jamais voulu entendre de ta part. Combien de fois l’avais-je entendu de la part de ma mère, et de mon père ? Je ne voulais pas que tu les dises. Moi qui ne savais pas pourquoi je ne te disais pas je t’aime, j’en avais la raison. Je ne voulais pas tomber amoureux de toi Ilian. Je ne voulais pas souffrir lorsque tu partirais, lorsque tu en aurais assez de moi. Mais je me suis laissé prendre au piège…

– Je te quitte !

Ces trois mots me détruirent le coeur plus que je ne l’aurais immaginé. Pourquoi ? Cette question ne cessait de venir me hanter alors que je te voyais reprendre ton sac et partir. Je relevais la tête pour voir la mine déconfite de mon frère et immédiatement je tournais les talons pour te retrouver. Je ne pouvais pas te laisser me quitter ! Je me mis alors à ta poursuite, criant ton nom à en perdre haleine. Pourtant tu ne te retournas pas et entra dans la voiture de ton cousin sans un regard pour moi. Mon coeur se brisa à cet instant. Cet instant où je vis la voiture démarrer en trombe. Tu t’éloignais de moi. Je sentis la main de mon frère se poser sur mon épaule, et il me prit dans ses bras. Je ne dis rien encore choqué par ce que tu venais de faire.

– Je suis désolé… Souffla Kain, passant sa main dans ses cheveux.

– Je… J’ai quand même le droit d’avoir mon mot à dire ! Balbutiais-je les larmes aux yeux.

Il me serra encore plus fort et nous montâmes en haut. Je me sentais mal, atrocement mal. J’essayais de comprendre ce que j’avais beau faire, mais je tournais en rond.

– Tu veux manger quelque chose ? Me demanda Kain, inquiet.

– Non… Je vais dans ma chambre.

D’un pas las je marchais jusqu’à ma chambre avant de m’affaler dans mon lit. Les yeux fixés au plafond, je pris mon portable entre mes mains et composait ton numéro. Bien sur tu ne décrochas pas.

– C’est moi… Rappelle moi s’il te plait….

Je trouvais rien d’autre à dire à son répondeur. Alors que dehors les réverbères s’éteignaient me laissant dans le noir complet, j’évacuais ma peine, pleurant pour la première fois depuis deux ans.

Deux semaines passèrent sans que je ne te vois. J’allais tous les jours en cour espérant de croiser, toi ou ton cousin, mais je ne voyais aucun de vous. Je ne cessais de t’appeller, te laissant divers messages, mais jamais tu ne me répondais. J’avais essayé de t’appeller chez toi, mais là encore, ça sonnait dans le néant. Ce fut ce jour là que je décidais de passer te voir. Au lieu de rentrer chez moi apès les cours, je pris la direction de la maison de tes parents, et la peur au ventre, je frappais à la porte. Personne ne vint, alors je pris mon téléphone et envoyais un message à Ilian. Un simple « Tu me manques » qui résumait bien tout. Peu de temps après, la porte s’ouvrit, dévoilant Ewen, surpris. Il regarda alors derrière lui et sortit, fermant la porte.

– Laisse moi voir Ilian s’il te plait ! Dis-je faiblement.

– Je suis désolé Jaeden, lui ne le souhaite pas. Me répondit-il une grimace sur les lèvres.

– Je m’en fiche, il a décidé tout seul de rompre, il me doit une explication !

Ewen soupira et haussa les épaules, le regard triste.

– Je ne sais pas ce qui lui prend… J’ai essayé de le résonner mais il ne veut rien entendre.

– Qu’est-ce que tu racontes ? Demandais-je méfiant.

– Ça fait un moment que je le voyais discuter avec quelqu’un sur le net, mais je ne pensais pas que ça prendrait de telle proportion…

– Ewen ! Je comprend rien là !

– Il sort avec quelqu’un d’autre.

Immédiatement, je me reculais les larmes aux yeux. Mon énervement retomba tout de suite et je baissais les bras. Il avait quelqu’un d’autre. Il n’avait pas perdu de temps.

– Ok… Murmurais-je avant de me retourner et de partir.

Les mains dans les poches, je regardais cette maison, et plus précisement la fenêtre de ta chambre. J’avais été bête de croire que tu resterais à moi indéfiniment. La pluie se mit à tomber, et je repris mon chemin. Je ne voulais pas rentrer chez moi, je voulais juste t’oublier. Alors j’allais redevenir celui d’avant, celui que plus rien ne touche.

J’entrais dans un bar et croisait le regard du garçon qui m’avait embrassé la dernière fois. Il s’approcha immédiatement de moi et m’offrit un verre. Un verre, puis un deuxieme, puis un troisième. Tout se passa tellement vite, que je n’eus pas le temps de réagir. Mon cerveau avait cessé de fonctionner, je voulais t’oublier par tous les moyens. Complètement ivre, je le conduisais chez moi. La suite, tu l’as connais. J’ai couché avec lui, sous ton nez. Si j’avais su… J’aurais du regarder dans le salon, j’aurais dû… J’ai abandonné. Je t’ai abandonné au moment où tu avais le plus besoin de moi. J’ai cru ton cousin alors qu’il avait tout mis en oeuvre pour nous séparer… Je ne cesse de me demander si nous serions encore ensemble si rien ne s’était produit… Je suis certain que oui.

Le soir où tout à basculer, je voulais te dire que je t’aimais… Le soir où j’ai coucher avec lui, j’ai compris que plus jamais tu ne me reviendrais. Si tu étais resté, ce soir là… Tu l’aurais entendu partir. Et tu m’aurais entendu pleurer…

Ne dis jamais que je ne t’aimais pas… »

Je posais alors le stylo sur la table. Mon regard se posa sur le lac, et un soupire s’échappa de mes lèvres. Tout était beaucoup plus simple avant… Des images ne cessaient de défiler dans ma tête, des images d’Ewen faisant du mal à Ilian. Mon coeur martellait ma poitrine… Il fallait qu’il sache la vérité. Je ne souhaitais pas me donner le bon rôle… Seulement lui dire que j’étais sincèrement désolé.

La peur au ventre, je pris la lettre et la pliait en deux, puis la posais dans le livre. Je me levais et montait jusqu’à l’étage des chambres. En peu de temps je me retrouvais devant la porte de la chambre d’Ilian. Je frappais, mais il ne me répondit rien. Doucement, j’entrais, et découvrit avec surprise qu’il dormait dans son lit. Il était roulé en boule de son lit, tenant quelque chose dans sa main. Curieux, je pris ce quelque chose et découvris une photo de nous. Pas n’importe laquelle, celle que j’avais moi aussi. Le coeur serré, je posais le livre sur la table de nuit, et la photo dessus. Je lui faisais plus de mal que de bien, et cela m’énervait. Sans bruit, je mis sa couette sur lui, et passait ma main sur dans ses cheveux. Je m’en voulais de lui avoir fait subir ça… Le coeur en miette, je sortis de la chambre, prenant soin de ne pas faire de bruit. Peut-être qu’un jour, il pourrait me pardonner…

Nothing to prove – Chapitre 6

Chapitre 6 écrit par Lybertys

Je marchais d’un pas assez rapide jusqu’à ma chambre, n’ayant envie que d’une chose à cet instant précis : me retrouver totalement seul avec moi-même. Il fallait que je cesse de faire trembler douloureusement en moi ce cœur qui se réveillait pour la première fois depuis longtemps. J’avais beau me dire qu’il fallait que j’oublie tout cela, que je redevienne celui que j’étais depuis mon procès, je ne pouvais que constater qu’il me fallait beaucoup plus de temps qu’à l’accoutumée. Je le savais maintenant et j’en étais sûr, la vue de Jaeden embrassant un autre homme m’était impossible à soutenir. Cela faisait ressortir de bien trop sombres souvenirs, faisant ressurgir ce sentiment en moi que je m’efforçais d’oublier depuis plus de quatre ans.

Arrivé dans ma chambre, je claquais presque la porte, allant directement jusqu’à mon lit, m’asseyant dessus en m’adossant contre le mur. Il fallait que je me ressaisisse et vite. Mon regard se posa directement sur le cahier que Jaeden m’avait donné et sur lequel j’avais commencé à décrire une partie minime du passé qui m’avait amené ici. Une envie de le prendre et de m’en débarrasser au plus vite me nouait les tripes et pourtant je n’esquissais aucun geste pour mettre à exécution ce désir. J’étais comme paralysé, bloqué à regarder ce pauvre cahier qui ne faisait finalement que m’entraîner un peu plus loin dans ma chute. Tel un vieux fantôme, il me narguait sur mon bureau, hors de mon atteinte. Fallait-il que je le finisse pour m’en sentir enfin détaché ? Cela me permettrait-il d’exprimer une dernière fois ce que j’avais été et tirer une croix définitive sur cet être qui n’avait plus sa place ici depuis longtemps et qui pourtant continuait de sommeiller en moi ?

Je rabattis mes genoux contre ma poitrine, me mettant dans une position fœtale, une position où je me sentais bien. Mon cœur battait à une allure extrêmement rapide, ne sachant pas se calmer ou rester sur un rythme régulier. Je choisis de prendre une profonde inspiration, avant d’expirer, réitérant le même geste plusieurs fois afin de m’apaiser. En parallèle, je me raisonnais en me disant qu’il était tout à fait normal que Jaeden ait refait sa vie, et qu’il l’avait de toute façon refait alors que nous étions encore en couple.

Jamais plus je ne voulais être exposé à cette vision. Mes pensées finirent par dévier de nouveau sur le fait que son amant le trompe. Je ne savais même pas pourquoi j’avais réagis comme cela, peut être sous le coup de la colère. Pourtant, je sentais aussi que Jaeden ne me croirais pas. On fait toujours confiance à ceux qu’on aime, peut être justement un peu trop… Mais je le sentais, j’avais installé le doute en lui, et il suffisait que je le conforte dans cette idée quand le moment serait propice. Je ne lui souhaitais pas ma douleur et pourtant un désir de vengeance s’insinuait en moi. Après tout je n’étais pas le fautif, ce n’était pas moi qui le trompait, j’essayais juste de lui ouvrir les yeux. C’était un crime qui avait pris trop d’importance dans ma vie, un crime qui l’avait fait basculer et que je tenais pour responsable de ma chute vertigineuse.

Peu à peu, je retrouvais mon calme, me noyant dans la rancœur qui m’avait fait tenir jusqu’à aujourd’hui. Alors que j’allais me redresser un peu, j’entendis que l’on frappait à ma porte. Je ne pris bien évidemment pas la peine de répondre quoi que ce soit, ni de regarder quel était l’intrus qui venait me déranger.

–              Ca va Ilian ? me demanda alors Melvin qui venait de pénétrer dans la pièce.

Je redressais lentement la tête vers lui, et il ajouta :

–              Je peux venir ? Me demanda-t-il en pointant une place libre sur mon lit.

J’acquiesçais simplement, n’ayant pas vraiment envie de me mettre à parler.
Melvin vint prendre place à côté de moi, peut être un peu trop près car je pris un peu mes distances une fois qu’il fut installé. Le silence s’installa entre nous, créant une ambiance assez spéciale. Finalement, ce fut après un temps qu’il finit par prendre de nouveau la parole :

–              Tu as rangé tes cahier ? Je peux en lire un autre ? Enfin, tu peux m’en prêter un autre…
–              Je ne les ai plus pour le moment, répondis-je assez sèchement.
–              Ah bon ? Pourquoi ?

Je choisis de ne pas répondre, après tout, il n’avait pas à savoir, et je n’avais surtout pas envie de lui en parler. J’étais de plus en plus froid avec lui et je ne savais même pas pourquoi. Alors qu’il était le seul que je supportais jusqu’à maintenant, sa présence maintenant à mes côtés avait quelque chose d’irritant. Melvin se leva, et se dirigea jusqu’à mon bureau, s’arrêtant sur  le cahier que m’avait donné Jaeden.

–              Je peux le lire lui ?
–              Non ! M’exclamais-je un peu trop brusquement, faisant sursauter Melvin.

Il tourna alors son visage blessé vers moi, n’étant pas habitué à ce que je lui parle ainsi. D’une voix penaude, il déclara :

–              Je viendrais te chercher pour manger dans une heure, enfin… Si tu veux manger avec moi…

Il se dirigea la tête baissée jusqu’à ma porte, et au moment où il eut la main sur la poignée, je pris une profonde inspiration et lui dis avant qu’il ne sorte :

–              Je suis désolé Melvin… Je… A tout à l’heure.

Melvin tourna alors sa tête vers moi et m’offrit un petit sourire, avant de me laisser seul comme je le désirais depuis le début. Je restais un temps assis sur mon lit à ressasser tout ce passé et ce présent, ne cessant de jeter plusieurs coups d’œil à ce cahier posé sur mon bureau. Peut être que si je finissais, peut être que si je l’écrivais une bonne fois pour toute, je pourrais définitivement tirer un trait là-dessus, abandonnant mes états d’âmes et ce qui faisait encore vibrer mon cœur de douleur, le fragilisant indéniablement. Je pourrais alors, même face à Jaeden, devenir réellement la personne que je m’efforçais à être depuis maintenant quatre ans.

Alors que je me redressais pour aller m’asseoir à mon bureau, ne voulant pas laisser filer cette envie, j’entendis quelques coups frapper à ma porte, et Melvin entrer en disant :

–              Tu viens Ilian, on va manger ?

Je m’étais tellement enfermé dans ma bulle que je ne m’étais même pas rendu compte du temps qui passait, et que l’heure de solitude qu’il m’avait offerte prenait maintenant fin. Je jetais un coup d’œil sur ce fameux cahier, me promettant que je finirais cette histoire dès ce soir, y passant toute la nuit s’il le faudrait pour me séparer définitivement de ce personnage. J’appréhendais tout autant que je désirais cet instant.

C’est ainsi décidé que je partis à la suite de Melvin en direction du réfectoire. Rapidement, nous nous retrouvâmes assis à une table un peu à l’écart des autres. Je subissais toujours le regard des autres patients face à ce que j’avais commis, mais n’y prêtait pas attention. Voilà longtemps maintenant que le regard des autres ne m’intéressait plus, moi qui y portait tellement d’importance quatre ans auparavant, timide comme jamais. Si certaines remarques fusaient, Melvin les faisait taire du regard ou d’une remarque acerbe, me protégeant malgré moi. Je le laissais faire, ne voyant aucun argument pour le faire cesser.
Alors que nous mangions en silence, j’entendis soudain Melvin me proposer :

–              Il y a un film sympas qui passe ce soir à la salle de télévision, si ça te dis de venir avec moi…
–              Je tu sais… Je n’aime pas trop regarder la télé ici avec tous les autres, répondis-je en pensant à mon projet de ce soir.
–              Mais je ne te demande pas d’aller le voir avec tous les autres… Juste avec moi, on s’en moque des autres…

Je parus surpris par sa dernière réplique, mais je n’en laissais rien paraitre. Après tout un film ne me ferait pas de mal, cela me viderait la tête avant de me mettre à écrire. Et puis peut être que cela pardonnerait mon attitude un peu froide avec lui en ce moment.

–              Ok… Déclarais-je simplement, faisant illuminer le visage de Melvin d’un sourire.
–              Merci Ilian…

Nous finîmes le repas dans le même silence qu’au début, puis nous nous rendîmes lentement jusqu’à la salle de télévision, le film n’allant pas tarder à commencer. Nous étions arrivés les premiers et nous eûmes tout loisir de choisir la meilleure place, nous installant confortablement.

Le film était assez simple, mais se regardait très agréablement. Heureusement, peu de monde était venu le regarder, et nous fûmes assez tranquilles. Lorsqu’il fut terminé, je remerciais Melvin pour cette soirée, et après lui avoir souhaité bonne nuit, je regagnais ma chambre, ayant quelque chose qui m’attendait depuis trop longtemps maintenant. Arrivé dans ma chambre, j’attrapais de quoi me laver et me rendis à la douche.

Une fois propre, j’enfilais un pyjama et me rendis directement à mon bureau, m’asseyant non sans précipitation sur ma chaise. Fébrilement, je saisis mon stylo et ouvris mon cahier à la page où je m’étais arrêté. Je n’eus pas besoin de relire ma dernière phrase, m’en rappelant parfaitement. J’avais juste à poser mon stylo sur le papier et le laisser glisser. Je pris une profonde inspiration, sachant que ce qui allait suivre n’allait vraiment pas être facile. Puis sans perdre une minute de plus, je me lançais…

Alors que je croyais le temps arrêté, j’entendis la voix d’Ewen m’appeler plusieurs fois, mais je ne parvins pas à lui répondre, ni à avoir la moindre réaction. Même les larmes ne coulaient pas. Je… Je ne savais plus quoi faire, et encore moins comment réagir et le pire dans tout cela, c’était que je ne parvenais pas à détacher mon regard de la scène atroce de traitrise qui se déroulait sous mes yeux. Le baiser n’en finissait pas, et le temps s’allongeait indéfiniment. Je voyais les mains de l’autre homme, certainement plus à son goût que moi, passer et repasser sur le corps de mon amant, l’attirant toujours plus près. Quel idiot d’avoir cru qu’il m’aimait alors même qu’il ne me l’avait jamais soufflé à l’oreille. Il se contentait de se satisfaire de mon corps, violant mon amour sans la moindre pitié. Ces deux années prenaient le goût amer du mensonge. Ce fut finalement le bras de mon cousin qui me tira fermement en arrière, me forçant à me retourner, m’arrachant à cette vue qui me tuait à petit feu. Sans que je n’ai le temps de réagir, Ewen m’entraîna à l’extérieur du bar. Une fois dehors, j’allais directement m’adosser au mur, ne sentant plus mes jambes me soutenir. Ewen vint tout de suite à côté de moi et me murmura pour tenter de me faire avoir une quelconque réaction, alors que je restais là, adossé au mur, les bras ballants, sous le choc :

–              Je suis désolé Ilian… Je suis vraiment désolé que tu ais dû assister à cela… J’aurais dû te le dire depuis longtemps, mais tu semblais tellement amoureux que…
–              Tais toi Ewen, déclarais-je la voix vide de tout, s’il te plait, tais toi.

Ma voix mourut dans un silence, silence que lui seul je pouvais supporter. J’allais même jusqu’à fermer les yeux, mettant la main sur mon visage, tentant de faire le vide et de me couper de tout. Alors que je me sentais chuter, je sentis Ewen me prendre dans ses bras, m’enlaçant dans une étreinte qui se voulait réconfortante. Je me laissais aller dans ses bras, ne cherchant plus à faire quoi que ce soit. Pourtant il fallait que je réagisse, que je fasse quelque chose et vite. Après un temps indéfini qu’il me fallut pour me reprendre, je murmurais à l’oreille d’Ewen avant de m’écarter de lui :

–              Amène-moi chez Jaeden.

Ewen me regarda surpris, ne comprenant pas la raison de ma demande. Ne voulant pas m’exprimer plus longtemps, je déclarais simplement :

–              Je veux récupérer mes affaires…

–              Tu es sur que ? Enfin… Tu… Commença-t-il à bégayer

Je ne répondis rien, mais à mon regard il comprit. Nous nous dirigeâmes jusqu’à sa voiture et en un rien de temps nous prenions la direction du studio de Jaeden. Je n’arrivais toujours pas à réaliser. Peut être étais-ce la raison de mon absence de larmes… Pourtant je ne cessais de le revoir…Lui… Embrassant cet homme à pleine bouche. Est-ce qu’il y prenait plus de plaisir qu’avec moi ? Est-ce que je ne le satisfaisais pas ? Pourquoi allait-il voir ailleurs ? Pourquoi m’avait il laissé lui dire autant de fois « Je t’aime » ? Comment avait-il pu bafouer mes sentiments avec autant de facilité ?

Je stoppais un instant mon écriture. Tant de questions auxquelles je n’avais pas trouvé de réponses et qu’il m’était arrivé de me poser plus d’une fois pendant toutes ces années. Je me revoyais il y a quatre ans. Ne voulant pas me couper plus longtemps dans le fils de mon écriture, je poursuivis.

 

Bien trop vite, nous arrivâmes à destination et mon cousin se gara dans la rue. Jaeden habitait avec son frère et j’espérais sincèrement qu’il ne serait pas là. Je n’avais aucune envie de lui faire face. A vrai dire je n’avais envie de voir personne. Je voulais enfin être seul pour réfléchir, tout en ayant bien trop peur de vraiment réaliser la chose.

–              Attends moi ici s’il te plait, je n’en ai pas pour longtemps, lui demandais-je.
–              Mais… Ilian… Tu crois vraiment que… Me répondit-il décontenancé.
–              S’il te plait… Suppliais-je.
–              Bon… Je t’attends… Dit-il résigné avant de poser sa main ma cuisse et d’ajouter : Je suis avec toi Ilian…

Vacillant, je sortis de la voiture, me dirigeant d’un pas peu sur jusqu’à chez Jaeden. Arrivé devant son studio, je cherchais fébrilement le double de la clef qu’il m’avait donné et pénétrait dans l’appartement. Etonnamment, au lieu de me débarrasser de celle-ci, je la remettais dans ma poche, trouvant ce geste totalement ridicule car je ne comptais jamais revenir chez lui.  Contenant un sanglot qui avait failli m’échapper, je pénétrais dans le salon pour y découvrir Kain devant la télévision. Aussitôt il se tourna vers moi, puis, me reconnaissant, il déclara :

–              Tiens c’est toi ! Comment ça va ?

–              Ca va… Me contentais-je de répondre, n’ayant surtout pas envie de m’étendre sur mon état, ne sachant de toute façon pas dans lequel j’étais.
–              Tu es sûr ? T’es tout pâle… Assied toi. Si tu cherches Jaeden, il n’est pas encore rentré, tu peux l’attendre si tu veux…
–              Je… Oui, je sais… Répondis-je plus pour moi-même que pour lui.

Puis j’ajoutais :

–              Je ne vais pas rester Kain, je viens juste chercher mes affaires.
–              Tes affaires ? Pourquoi ? Me demanda-t-il plus intrigué qu’inquiet.
–              Je… Nous deux c’est…

Je tournais les talons, me dirigeant dans la chambre de Jaeden. Je n’avais pas pu le prononcer… Je n’avais pas pu le dire à son frère et pourtant, il semblait avoir compris. Arrivé dans la chambre, je récupérais une à une toutes mes affaires, me dépêchant, voulant en finir au plus vite. Alors que j’allais sortir de sa chambre afin de récupérer les quelques affaires qui traînaient dans le salon, je tombais nez à nez avec Kain.

–              Tu peux me dire ce que tu fais et surtout ce qu’il se passe.
–              Je… Je…. Commençais-je à bégayer, n’en pouvant plus.

–              Tu ? Me demanda-t-il de plus en plus perdu.
–              Il n’y a rien à expliquer, dis-je en me reprenant. Laisse-moi passer.

Abasourdi, Kain me laissa passer, mais ne me laissa pas m’en sortir comme ça. Alors que je récupérais mes derniers effets personnels dans le salon, il renchérit :

–              Que s’est-il passé Ilian ? Jaeden est au courant ?

Puis devant mon mutisme il haussa un peu le ton et ajouta :

–              Bordel Ilian, tu vas parler oui ?

Je m’arrêtai, ayant maintenant toutes mes affaires dans le sac que j’avais laissé, et plantant mes yeux dans les siens, je déclarais d’une voix froide que je ne me connaissais pas :

–              C’est fini…

Puis, sans plus attendre, je quittais l’appartement, claquant la porte et me dirigeant d’un pas rapide jusqu’à la sortie de l’immeuble.  Seulement, le destin s’acharnant contre moi, je me retrouvais face à Jaeden dès que la porte menant à l’extérieur fut franchie. Sans trop savoir quoi faire, je laissais tomber mon sac sur le sol.

–              Ilian, murmura-t-il avec un sourire, tu venais me voir…

Il s’approcha lentement de moi, avec la ferme intention de ravir mes lèvres. Il y avait moins de deux heures, mon cœur se serait emballé à ce moment précis, maintenant, s’en était tout autre. Mon cœur se serra douloureusement  à l’idée que ce serait notre dernier baiser. Mais alors que ses lèvres effleuraient les miennes, l’image de Jaeden dans les bras d’un autre s’imposa violemment à mon esprit. Pris d’un violent haut le cœur, je le repoussais écœuré avant de déclarer sans cacher ma haine :

–              Tu me dégoutes Jaeden ! Éloigne-toi de moi, tu me dégoutes !

Puis, n’en supportant pas d’avantage et ne voulant plus le voir en face de moi, j’ajoutais froidement :

–              Je te quitte !

Sans un mot de plus, je le laissais, sans prendre la peine d’analyser les expressions qui se dépeignaient sur son visage. Je n’avais que faire de ses sentiments. Ces trois mots avaient été les plus durs à prononcer de toute ma vie. Jamais je ne m’en serais cru capable. C’était en courant les bras chargé de mon sac que j’avais ramassé avant de partir que j’arrivais dans la voiture, m’y engouffrant en un rien de temps, sans que Jaeden n’ait eu le temps de me rattraper.

Ewen démarra en trombe. Les larmes coulaient enfin de mes yeux, et jamais je ne me sentis le courage de tourner la tête pour voir l’état de Jaeden sur le trottoir. Enfin, il était débarrassé de moi.

Je laissais tomber mon stylo, j’avais besoin d’une pause. Lentement, je me levais et allais chercher un verre d’eau, en profitant pour me passer de l’eau sur le visage. Je n’avais aucune idée de l’heure, mais j’avais fermement l’intention d’aller jusqu’au bout. Cependant, je n’en ressortais pour le moment pas indemne, ma poitrine était douloureusement comprimé et j’avais du mal à respirer. Je retournais rapidement à mon bureau, plus vite j’aurais fini et plus vite je serais débarrassé.

La voix de mon cousin raisonna à mes oreilles après un temps :

–              Tu viens chez moi… Je ne vais pas te laisser comme ça…

Les yeux embués, je tournais la tête vers lui, et ne répondit rien. Je n’étais d’ailleurs plus en état de rien. Sans trop savoir comment, nous nous retrouvâmes devant chez lui. Il se gara et sortit de la voiture avant d’ouvrir ma porte. Des larmes silencieuses perlées sur mes joues, j’étais immobile incapable de bouger.

Patiemment, il m’aida à sortir de la voiture, et me soutint pour marcher jusqu’à chez lui. A peine rentrés dans l’appartement, j’allais m’asseoir dans le canapé, ne tenant plus debout. Je laissais tomber mon sac sur le sol, après avoir coupé mon téléphone portable, ne voulant plus aucun contact avec personne. C’était les vacances, mes parents me croyaient chez Ewen ou chez Jaeden et ne s’inquièteraient pas. Seul Jaeden pouvait me contacter et c’était la dernière personne à qui je désirais parler. Plus jamais je ne voulais de contact avec lui.

Ewen vint s’asseoir à côté de moi, et prononça simplement mon nom, d’un ton très attristé. Ne tenant plus et craquant pour de vrai, je me jetais dans ses bras et éclatais en sanglot, déversant ma douleur que j’avais trop longtemps contenu. Je ne sus combien de temps je restais ainsi dans ses bras à pleurer, me vidant de toutes les larmes de mon corps. Ce fut quelques coups frappés à la porte qui nous forcèrent à nous séparer. Ewen alla voir pendant que perdu et agar je m’allongeais sur le canapé, me recroquevillant en position fœtale. Mon cousin revint après un temps, s’asseyant à côté de moi. Je ne pris pas la peine de lui demander ce que c’était, m’en moquant ouvertement.
Après un temps, me calmant peu à peu, j’entendis la voix posée et rassurante d’Ewen me dire :

–              Tu trouveras quelqu’un de mieux Ilian… Peut être même qu’il est déjà là…

Trop meurtri, je répondis, m’enfonçant un peu plus :

–              Je veux Jaeden, mais apparemment, je ne suis pas à son goût.
De nouveau, une crise de sanglots brisa ma voix  et j’ajoutais la voix saccadée :

–              Pourquoi… Pourquoi Ewen… Pourquoi il m’a fait cela…

Tendrement, il m’invita à poser ma tête sur ses cuisses et caressa ma joue et mes cheveux avec douceur, tentant de me consoler.

–              Il ne te méritait pas Ilian…

Nous restâmes ainsi, tous deux, lui me consolant et moi pleurant, perdant peu à peu toute force et toute volonté. J’étais tombé dans un état pitoyable, qui dura plus de deux semaines.

Pendant deux semaines, je me déplaçais simplement du lit à la salle de bain, ne prenant jamais la peine de mettre le nez dehors. Il m’était impossible d’énumérer le nombre de larmes que je versais et encore moins de décrire mon abattement. Jaeden avait toujours été ma raison de me lever le matin, celui vers qui j’avais une pensée chaque matin, et il était maintenant devenu le résidant de mes cauchemars et de mes pensées les plus sombres. Jamais je n’aurais pensé que tout cela arrive comme cela, de cette manière cruelle. J’aurais préféré qu’il mette fin à cette relation de lui-même et ne jamais apprendre de mes propres yeux ce crime de la tromperie. Alors que j’étais assis une énième fois à regarder la télévision sans faire vraiment attention à ce que je  voyais, étendu sur le lit, à ressasser indéfiniment la même chose, j’entendis Ewen rentrer. Je ne me rappelais même plus lorsqu’il était sorti, et encore moins quel moment de la journée ou de la nuit on était. Peu de temps après, il rentra dans la chambre après avoir frappé plusieurs coups.

–              Ilian ? Tu ne veux pas manger un petit quelque chose, j’vais commander une pizza…
–              Pas faim… Articulais-je péniblement.

Aussitôt il vint près de moi, ne cachant pas son inquiétude.
–              Ilian… Tu vas rester encore combien de temps comme ça…. Il faut redresser la tête maintenant, trouver quelqu’un d’autre qui te mérite.

Assis à côté de moi, il passa lentement sa main sur mon visage pour enlever une mèche de cheveux, me regardant d’une manière étrange. Je n’aimais d’ailleurs pas du tout son attitude qui ne me laissait présager rien de bon. Après deux semaines, il avait plusieurs fois eu ce genre d’attitude, mais jamais de manière aussi explicite. Je jetais un simple coup d’œil vers lui, pour voir dépeint sur son visage, un désir qui seul dans le regard de Jaeden me faisait rougir. J’oubliais son désir sans trop m’en rendre compte pour me souvenir encore une fois de ce qui avait été notre histoire. Les larmes étaient très proche de revenir, et c’est la voix d’Ewen qui me sortit de cet état :

–              Ilian… Lève-toi… Tu vas finir par en crever…

–              Je préfèrerais crever que ressentir ce que je ressens. Déclarais-je, la voix enrouée d’émotion.
Aux yeux de tous je devais paraître ridicule… Se laisser mourir d’amour pour un homme qui n’avait jamais partagé mes sentiments. Pourtant, j’étais tombé de trop haut, et l’amour que je lui portais était plus fort que tout. Même après ce que j’avais vu, je pouvais jurer que je l’aimais encore. C’était peut être pour cela que j’avais si mal. La pire des ignominies ne parvenait pas à détruire ce que je ressentais pour lui, et je me savais capable d’en supporter plus. Cependant à l’époque, j’étais loin de m’attendre à la suite…

Alors que j’allais me laisser aller à fermer les yeux pour quitter ce monde un instant, je me sentis attirer vers le haut. Tout se passa si vite. A peine eus-je entendu « Tu vas voir, je vais réussir à te le faire oublier », que déjà ses lèvres non désirées se posaient sur les miennes, en un contact qui me révulsa. Ce fut pourtant lorsque sa main se glissa sous mon pull que je réagis enfin. Brusquement, je le repoussais, n’ayant aucune envie de ce genre de relation avec lui, et encore moins maintenant dans mon état. Le regard qu’il me lança avant, me laissais paraître que je n’avais qu’une seule issue possible et qu’il n’aurait que faire de ce que je pouvais lui dire. Faible mais tenu par la peur, je m’extirpais du lit, avant de me diriger en courant vers l’extérieur. Heureusement, j’avais pris Ewen par surprise, et ne s’attendant pas à une fuite de ma part, il restait là, figé sur place. Je saisis rapidement un pull et de quoi m’habiller, avant de filer m’enfermer dans la salle de bain. A peine eus-je fermé le verrou, que j’entendais déjà Ewen toquer à la porte.

–              Ilian, sors de là s’il te plait… Ilian… Aller, ce n’est qu’un petit baiser…

Sans faire attention à ce qu’il me disait, je m’habillais en vitesse. Puis, me passant de l’eau sur le visage, je constatais combien j’avais perdu du poids en si peu de temps. Mais je n’en avais que faire. L’homme à qui je voulais plaire n’en avait plus rien à faire de moi.

Une fois habillé, je sortis de la salle de bain, non sans une certaine appréhension. Mon cœur battait à une allure folle et me laissait présager le pire. A peine fus-je sorti, que je le vis avec la ferme intention de se jeter sur moi afin de me prendre dans ses bras. Je ne pus retenir les larmes à la pensée que finalement, j’étais seul comme jamais. En un instant, je vis mon sac, et couru vers lui avant de courir vers la sortie. Ewen n’eut pas le temps de m’attraper, j’étais déjà dans les escaliers de son immeuble, les dévalant à une vitesse incroyable. Une fois dehors, je courus encore plus vite, voulant m’éloigner un instant de ce cauchemar. Au bout d’un moment, je vis qu’il ne me suivait pas ou alors qu’il avait perdu ma trace. Je m’adossais au mur d’une petite ruelle, complètement essoufflé. Il n’y avait personne. Lentement, pour me remettre, je me laissais glisser le long du mur, me retrouvant assis avec mon sac à côté de moi.

Après un temps, une idée me vint alors. Fébrilement, je cherchais mon téléphone portable et l’allumait. Il était resté éteint pendant ces deux semaines volontairement. Voulant affronter la réalité, j’appuyais non sans appréhension sur le bouton d’allumage. Peu de temps après, je recevais deux sms. Le premier me disait que j’avais une vingtaine d’appel en absence provenant du même numéro que je connaissais par cœur : celui de Jaeden. Mon cœur s’emballa, plus que tout en cet instant j’avais besoin de lui, mais je savais que je ne devais pas craquer. Seulement, lorsque j’ouvris le deuxième message, un flot de larmes s’échappa de mes yeux. Il avait tout simplement écrit « Tu me manques… ».

Un élan de je ne sais quoi me saisis, et je me tournais rapidement sur le côté pour vomir, pris d’un haut le cœur puissant. N’ayant presque rien dans l’estomac, ce fut particulièrement douloureux, mais cette souffrance n’était rien par rapport à celle qui saisissait mon cœur. Je me rendais compte combien lui aussi me manquait terriblement, et qu’à cet instant précis plus que tout autre, j’avais besoin de lui. Sans trop savoir pourquoi, mu par une force inconnue, je me redressais sur mes deux jambes, m’appuyant en même temps sur le mur pour m’aider. M’essuyant la bouche à l’aide d’un mouchoir, ce fut les jambes tremblantes que je me mis en marche jusqu’à celui que j’aimais encore malgré tout, à qui j’étais prêt à pardonner, prenant sur moi pour faire vivre son amour pour de vrai. Une petite flamme d’espoir se rallumait dans mon cœur.

 

Je posais un instant le stylo. Je savais que ce serait la dernière pause que j’allais faire. Pour le reste, il ne faudrait surtout pas que je m’arrête. J’avais encore le plus dur à écrire… La scène qui allait suivre était ce qui nourrissait ma haine envers Jaeden à l’heure actuelle. Qu’aurais-je fais si je n’avais pas reçu ce maudit sms… Ne souhaitant pas me dégonfler et désirant aller jusqu’au bout, je repris mon récit.

Mes pas me menèrent d’eux même jusqu’à la porte de son studio. Je n’avais aucune idée du jour que nous étions, juste que la nuit n’allait pas tarder à tomber. Je cherchais rapidement les clefs de son studio, me demandant si je ne les avais pas gardés inconsciemment en sachant que j’aurais à m’en resservir. La porte était fermée à clef, ni Kain ni Jaeden ne devaient être là. Je pénétrais dans l’appartement, ne prenant pas la peine d’allumer la lumière. Dans un état hagard, j’allais m’asseoir sur le canapé sans rien faire, attendant simplement que Jaeden ne daigne rentrer. J’avais beau me sentir ridicule à revenir ici après tout ce temps, je m’en moquais, je voulais revoir Jaeden et trouver du réconfort au creux de ses bras. Oui… Lui aussi m’avait manqué…

Je restais un long moment assis dans le noir, dans son salon, attendant un homme qui ne viendrait peut être pas cette nuit. Mais je m’en moquais, j’étais prêt à attendre plusieurs jours s’il le fallait. Soudain, alors que je n’attendais plus, j’entendis la clef tourner dans la serrure. Mon cœur s’emballa, reconnaissant entre mille le bruit des pas de Jaeden. Il était de retour, mais pas seul… La porte se ferma, et je pus entendre des chuchotements.
Sans prendre la peine d’allumer la lumière, je le vis soudain débouler dans le salon, dans les bras d’un autre homme l’embrassant et le touchant sans la moindre pudeur. Ils traversèrent tous deux le salon sans même me voir, prenant lentement la direction de la chambre de Jaeden. Un à un, leurs vêtements tombèrent sur le sol. Je pouvais entendre le son de leur baiser et voir Jaeden  offrir à cet inconnu ce qu’il m’avait tant de fois donné. J’aurais voulu me crever les yeux et percer mes tympans, hurler ma souffrance et insulter Jaeden… Mais au lieu de cela, je restais assis dans le fauteuil, en tant que simple spectateur de ma défaite. J’avais définitivement perdu Jaeden… Il s’était moqué de moi depuis le début. Pourquoi avais-je cru à son sms ? Pourquoi m’avait-il envoyé cela ? Pourquoi…
Alors qu’ils disparaissaient tous deux dans la chambre de Jaeden, laissant la porte ouverte, des larmes silencieuses perlèrent sur mes yeux, les dernières que j’étais capable de verser…

Les bruits de plaisirs qui parvinrent peu de temps à mes oreilles furent pire que tout ; autant ceux qu’il faisait pousser à son nouvel amant, que ceux qu’il poussait lui-même. Je tentais tant bien que mal de boucher mes oreilles, voulant plus que tout faire cesser cela, mais étant pour le moment incapable de me lever. Si je n’avais pas vomi tout à l’heure, je l’aurais fait à l’instant. Plus le temps passais et plus je me sentais mal. Mes forces m’abandonnaient les unes après les autres, me laissant comme presque mort. Il fallait pourtant que je parte. Il poursuivait très bien sa vie sans moi et jamais je ne voulais qu’il voit l’état dans lequel j’étais sans lui. Non, je ne voulais pas lui offrir ce présent. J’étais à présent déjà bien trop humilié et profondément blessé. Quel idiot d’avoir pensé qu’il me portait encore un quelconque intérêt. Ce fut le cri de leurs jouissances qui me fit me résigner. Rassemblant mes dernières forces, je me levais marchant en titubant jusqu’à la porte d’entrée. Sans un bruit, je me retrouvais dehors, me dirigeant jusqu’à chez mon cousin. Lui seul avait été là pour moi jusqu’à maintenant et je n’avais aucun autre endroit où aller.

Après un temps qui me parut indéfini, j’arrivais devant sa porte, et sonnais plusieurs fois. Ewen finit par venir m’ouvrir et commença à déblatérer sans prendre la peine de me regarder :

–              Je suis désolé pour tout à l’heure, je ne sais pas ce qui m’a pris… Je…

Puis semblant réaliser mon état qui s’était dégradé, il changea tout de suite de ton et déclara :

–             Ilian ? Qu’est ce que ? Qu’est ce qui t’es arrivé ? Tu es…

J’étais dans un état pitoyable. Sans prendre la peine de lui répondre, je me dirigeais jusqu’à la salle de bain et fermais la porte à clef. Je voulais être seul et seul un bon bain m’offrirait cette solitude.

Je fis couler l’eau et sans plus attendre je me dévêtis et m’y plongeais dedans. L’eau était peut être un peu trop chaude, mais je m’en moquais. Une fois dans mon bain, je me retrouvais à regarder dans le vide, ne sachant plus quoi penser. J’entendais encore les cris de plaisirs qu’ils poussaient, je revoyais encore leurs corps enlacés et leurs bouches se dévorer. Je réalisais peu à peu que je venais de gâcher deux ans de ma vie. Mon cœur se comprima douloureusement. En deux ans, j’avais tout perdu, jusqu’à perdre le plus important. J’en vins alors à penser que si Jaeden m’avait trompé, c’était peut être parce que je n’étais qu’un bon à rien.

A cette réflexion, je finis par me lever, sortant du bain. Je ne m’y sentais pas bien, et je savais que je ne me sentirais bien nulle part. Il fallait que je fasse taire cette douleur en moi, l’étouffant s’il la fallait, la cachant par une douleur bien plus grande mais qui ne serait pas liée à Jaeden. Simplement vêtu d’une serviette sur les hanches, je sortis de la salle de bain et me dirigeais directement jusqu’à la chambre de Ewen. Celui-ci était étendu sur son lit, et me lança un regard intrigué. Détournant mon regard du sien, je contournais le lit pour m’allonger à côté de lui. J’allais lui donné ce qu’il voulait depuis le début. Je le savais avant ce baiser, mais j’avais tout fait pour ne pas le voir. S’il avait la solution pour me faire oublier alors…

Dans un état second, je m’étendis sur le lit, à côté de lui, puis alors qu’il se redressait afin de me dominer, je soufflais les mots qu’il attendait :

–             Fais ce que tu veux…

Tournant la tête de l’autre côté, je m’abandonnais, m’enfonçant un peu plus, me repliant au plus profond de moi-même. Ewen ne se fit malheureusement pas prier. En un rien de temps, il s’était penché au dessus de moi, et sans faire attention à mon état actuel, il fit  Ce qu’il voulait de moi depuis le début. D’une main, il fit tourner ma tête vers la sienne et approcha sa tête vers la mienne dans le but de me voler un baiser. Je n’eus même pas le courage de détourner une nouvelle fois la tête, alors que je n’avais aucune envie de ce baiser, ni de ce qui allait suivre. Pourquoi j’étais en train de faire cela ? Je n’en avais pas la moindre idée… Pour oublier… Oublier ce que je venais de voir et qui faisait saigner mon cœur inlassablement, le vidant de tout. Alors qu’il posait ses lèvres sur les miennes, je sentais déjà ses mains parcourir sans aucune pudeur mon corps. Ce contact me répugnait et pourtant je le désirais, mais pour une mauvaise chose. Il ne chercha pas à forcer le barrage de mes lèvres et dériva dans mon cou, sans cacher son excitation qui prenait très vite possession de son être. Il me souffla à l’oreille quelques mots :

–             Tu vas voir Ilian… Tu ne vas vraiment rien regretter… Tu vas enfin pouvoir l’oublier…

Si seulement ce qu’il pouvait dire était vrai… En un rien de temps, je fus débarrassé de la serviette qui était encore nouée à ma taille et de son t-shirt, collant la peau de son torse nu sur la mienne. Ses mains passaient et repassaient le long de mon corps, et son souffle chaud  dans mon cou me laissait cette sensation désagréable. Le contact de sa langue sur des zones normalement érogènes, n’avait pour effet que de m’écœurer. Cela n’avait rien à voir avec ce que me faisait Jaeden… Pourquoi pensais-je encore à lui ? Je ne devais plus jamais penser à lui, il devait disparaitre de ma vie, tout comme il m’avait si facilement fait disparaître de la sienne. Ses mains s’aventuraient déjà tout près de mon intimité. Tout allait trop vite, ou peut être que cela me permettait de réaliser ce que j’étais en train de faire dans le plus grand désespoir. Alors que ses lèvres regagnaient les miennes avec une intention plus ferme de les ravir, il tenta cette fois-ci de passer le barrage de mes lèvres. Brusquement, je tournais la tête, laissant échapper un « non je ne peux pas ». Mais cela ne l’arrêta pas, et il me força à tourner la tête vers lui, me bloquant d’un baiser et pénétrant dans ma bouche sous le coup de la surprise. Des frisons d’écœurement me saisirent. Non je ne pouvais pas faire cela ! Il fallait que cela cesse. Alors que j’essayais de nouveau de me débattre, tentant vainement de m’arracher à son étreinte, gémissant une dernière fois un « non », ne voulant pas de ce rapport non consenti, Ewen devint bien plus brusque. Me serrant fermement et se redressant, me dominant de toute sa hauteur, il déclara, ne cachant pas son envie malsaine de mon corps :

–             C’est trop tard maintenant Ilian…

Une larme roula alors sur ma joue, trop faible pour continuer à me débattre et Ewen en profita pour attaquer de nouveau :

–             Pense à Jaeden… Pense à ce qu’il t’a fait…

Il avait du choisir ses paroles avec soin, car ce fut les derniers mots qu’il prononça pour le moment, me laissant totalement détruit. Résigné, anéanti, je fermais les yeux, laissant mes larmes silencieuses attester de mon état, abandonnant toute possibilité d’échappatoire. J’étais bien trop affaibli mentalement et physiquement pour tenter quoi que ce soit. Ewen m’avait enfin à sa merci et allait en profiter comme il se devait. Peut être que je méritais cela…

Alors qu’une main quitta mon corps, je sentis après quelque temps, un doigt humidifié pénétrer en moi. Un cri muet de douleur m’envahit, me crispant totalement. Trop excité et impatient, il n’attendit même pas que je m’habitue à sa présence commença à mouvoir son doigt en moi sans la moindre douceur. On eut dit qu’il le faisait plus par obligation que par envie. Cependant, même si c’était douloureux, cela ne l’était pas encore assez pour effacer celle d’avoir perdu Jaeden. A la place de cela, une peur sourde me saisissait. Mais je restais là, immobile, sans chercher à me débattre ou à me débarrasser de lui. J’étais là, immobile, mon corps totalement tendu et crispé sur cette seule douleur que je ressentais en moi.
Bien trop vite un second doigt suivit le premier, et après seulement quelques va-et-vient, il se retira, ne prenant pas la peine de se servir d’un troisième. Mon cœur se serra encore une fois à l’idée que c’était seulement le deuxième homme à me posséder après Jaeden alors que Jaeden en avait et en possèderait encore des tas d’autres.

Pressé, Ewen finit de se dévêtir. J’avais toujours les yeux clos, mais je pouvais entendre le bruit de ses vêtements jeter négligemment sur le sol. Il se plaça au dessus de moi, prenant le chemin de l’inévitable. Mon cœur battait extrêmement vite et je me demandais comment il faisait pour ne pas lâcher. J’étais maintenant totalement terrifié par ce qui allait suivre.

D’un ample et violent coup de bassin, Ewen fut en moi, m’arrachant cette fois-ci un cri de douleur, m’arquant de tout mon long. Alors que je tournais de nouveau la tête sur le côté, me larmes redoublèrent. Sans attendre plus longtemps, Ewen commença à se mouvoir en moi, faisant bouger mon corps sous le rythme de ses déhanchements. Alors que ses gémissements arrachaient mes oreilles, j’avais l’impression qu’il déchirait ma peau la mettant à vif. Jamais je n’aurais pensé qu’un acte non consentit puisse être aussi douloureux. Peu à peu, ses gémissements gagnèrent en intensité, et ce fut bientôt des cris qui s’échappèrent de ses lèvres. A aucun moment je n’ouvris les yeux, en subissant déjà largement assez. Tout ceci dura un temps que je jugeais interminable. Plus celui-ci avançait et plus la douleur était importante. Il m’est impossible de décrire tout avec précision, ni la foule de choses que je ressentis, je pense qu’il n’y a d’ailleurs pas de mots pour l’expliquer. Anéanti, ce fus sans le moindre soulagement que je le sentis se rependre en moi après un cri de plaisir, me marquant à jamais, me salissant pour toujours.
Il mit un temps avant de se retirer et de s’allonger à côté de moi. Sans perdre un instant, je me roulais en boule, complètement nu, lui tournant le dos. Je tremblais d’émotion, mais ce fut silencieusement que je versais les premières larmes d’une longue série. Je venais de perdre quelque chose, certainement la seule chose qui faisait encore de moi celui qu’on nommait : Ilian.

Sans plus attendre, réalisant que je ne pouvais écrire plus et que la dernière ligne était maintenant couchée sur papier, je fermais mon cahier et me levais, voulant m’en éloigner le plus possible. J’allais m’asseoir sur mon lit en titubant et ce fut seulement une fois adossé contre le mur, les genoux repliés contre moi-même que je me laissais aller. Un sanglot éclata, je l’avais contenu jusqu’à maintenant, et ce n’était plus possible. Finalement, cela ne m’avait pas aidé à oublier, au contraire, cela était bien plus douloureux. Pris d’un violent frisson, je me glissais sous les couvertures, tremblant d’un froid qui jamais ne pourrait disparaître. Ca y était… Je l’avais fait… Je l’avais couché sur papier et je n’en sortais que plus détruit. Il ne me restait que très peu d’heures pour dormir, mais je savais que cette nuit, je ne fermerais pas un œil. Pendant un temps long et indéfini, je pleurais, tremblant de tout mon être, priant pour que personne ne me découvre ainsi. Demain matin, j’aurais retrouvé le masque de l’homme froid et arrogant qui était tellement plus plaisant…

*

 

Je me trouvais dans le bureau de Jaeden, à attendre qu’il daigne enfin arriver. Nous avions rendez vous tôt ce matin, et l’absence de sommeil que j’avais eu cette nuit me rendait impatient et de mauvais poil. Je fixais son diplôme, sans trop savoir pourquoi. Lorsqu’il finit enfin par arrivé, il retira sa veste et s’assis dans son fauteuil avant de s’excuser, retirant mon dossier de sa sacoche me rappelant indéniablement le lien que nous avions maintenant :

–             Désolé pour le retard.

Comme à mon habitude, je ne pris pas la peine de répondre, me contentant de le fixer froidement. Il ouvrit alors son tiroir et sortit mes cahiers. Mon regard se posa sur eux, en même temps que la rancœur que je nourrissais pour lui se ravivait. Doucement, il les approcha de moi, et déclara l’air déterminé :

–             Tu peux les reprendre. Je ne les ais pas lus. Un jour, j’espère, tu me feras assez confiance pour me les donner par toi-même, finit-il calmement.

Je lui lançais un regard méchant. J’étais loin de lui avoir pardonné. Cependant, je repris immédiatement mes cahiers, les tenants contre ma poitrine. C’était la seule chose que j’avais fait de bien en quatre ans, la seule chose qui m’avait permis de m’évader un peu. Je les tenais comme si c’était pour moi l’objet le plus précieux de mon existence.

–             Je ne les ai pas lu, mais… Mon petit ami l’a fait, sans que je m’en aperçoive. Je suis désolé, fit-il, soutenant mon regard.

Je ne répondis rien, gardant mon regard noir au plus profond de ses yeux. C’était bien l’un des seul à pouvoir le soutenir aussi longtemps. Soudain le téléphone sonna et il décrocha immédiatement, coupant cours à la tension que je mettais à l’ouvrage.

–             Oui ? Fit-il, regardant dans le vague… Bien je serai là.

Il raccrocha le combiné, plantant son regard dans le mien qui n’avait toujours pas changé d’intensité. Malgré moi je le revoyais, plus de quatre ans en arrière, traversant le salon avec cet homme… Il finit par reprendre la parole :

–             Hier j’ai été voir le directeur, pour lui demander de me changer de patient, mais il n’a pas voulu. Tu vois, ce n’est pas moi qui veut à tout prix t’aider. Nous sommes coincés ensemble pendant un bon bout de temps, alors fais un effort ! S’exclama-t-il, sur un ton dur qui ne me plut pas du tout.

Si je ne laissais rien paraître, j’étais malgré moi profondément blessé qu’il ait fait la demande d’abandonner mon cas. J’avais donc si peu d’importance à ses yeux. Sentant que je divaguais et en colère contre moi-même plus que contre lui, je ne pus que lui lancer un regard méchant, presque tueur. Une envie sourde de lui faire mal, encore sous l’emprise de la rancœur que j’avais accumulée la nuit dernière, je lui demandais soudain, un sourire malsain accroché aux lèvres :

–             Qu’est ce que ça fait d’apprendre qu’on est trompé ?

–             Je ne suis pas trompé, me répondit-il sur le même ton.

Je ne répondis rien et gardait mon sourire qui l’écœurait. Se persuader du contraire, cela marcherait un temps, mais pas éternellement… Soudain, dans un élan de nervosité, il laissa tomber son dossier sur la table, provoquant un bruit sourd.

–             Tu as refais ta vie avec Melvin, alors laisse-moi tranquille, dit-il en évitant mon regard.

Il s’abaissa pour reprendre une feuille qui était tombée et lorsqu’il se releva, il eut la surprise de me retrouver debout. S’en était trop. Il était sérieusement en train de se foutre de ma gueule. Croyait-il vraiment que j’avais inventé toute cette histoire par pure jalousie ? Je regrettais maintenant de l’avoir mis au courant.

–             Je n’ai pas dis que l’entretien était terminé, dit-il, la voix autoritaire.
–             Et pourtant il l’est, répliquais-je, me retournant.

Je ne pouvais supporter une minute de plus en sa présence. J’avançais jusqu’à la porte, et posais la main sur la poignée, mais ne l’abaissa pas. Il avait voulu jouer à ce petit jeu avec moi, et bien il ne serait pas déçu. Plein de haine, je déclarais :

–             Je suis certain qu’en ce moment même, il a ramené son mec et qu’il est en train de se faire baiser dans votre lit. Et j’espère que lorsque tu le découvriras, tu auras tellement mal que tu voudras crever. J’ai hâte de voir ça, Jaeden.

Sans un mot de plus, je sortis de la pièce, le laissant seul avec cette ambiance sinistre. J’allais directement dans ma chambre, au moins pour y reposer mes cahiers. J’eus la surprise de découvrir Melvin devant ma porte, qui déclara avec un sourire :

–             Oh ! Tu as récupéré tes cahiers.

Sans prendre la peine de lui répondre ou de lui porter une quelconque attention, j’en saisis un au hasard et le lui tendit, avant de rentrer dans ma chambre et de m’enfermer. Alors que j’allais m’asseoir à mon bureau, j’entendis frapper à ma porte. Melvin entra dans ma chambre peu de temps après et bredouilla :

–             Je voulais juste te dire merci Ilian. Je…
–             Tu l’as fais, alors maintenant laisse moi seul. Je n’ai pas été assez clair peut être ?

Melvin sortit sans un mot. J’avais était dur avec Jaeden et Melvin, mais cela ne me faisait ni chaud ni froid. Je rangeais un à un mes cahiers, prenant soin de mettre sous la pile le livre que j’avais écris cette nuit. N’ayant pas la tête à l’écriture, j’attrapais un de mes livres et m’assit sur le lit, me plongeant dans ce monde qui ne m’appartenait pas et qui m’apaisait.

*

 

Il devait être assez tard dans la nuit, et bien qu’épuisé, je ne parvenais toujours pas à trouver le sommeil. J’avais entamé un autre livre, n’ayant rien d’autre à faire de la journée et ayant plus que tout besoin de solitude. J’étais tranquillement assis devant la fenêtre de ma chambre, profitant du peu d’air frais qu’elle pouvait m’offrir. Soudain, alors que je ne m’y attendais pas du tout, quelqu’un ouvrit la porte. Tournant la tête vers l’intrus, j’y découvris avec surprise Jaeden, un air épuisé et pathétique affiché sur le visage.

–             T’es tout seul ? Demanda-t-il en regardant dans tous les recoins.

Je ne répondis rien, le regardant froidement. Plusieurs questions venaient à mon esprit, notamment sur la raison de sa présence ici, mais je n’y laissais rien paraître. Il était saoul, c’était une évidence. Il haussa les épaules, murmurant « C’est trop nul », avant de marcher et de fermer la porte. Seulement, il ne réussit qu’à renverser ma lampe de chevet sur la petite table. Immédiatement, il se baissa pour la ramasser, mais sa tête percuta le meuble, et il s’écroula sur ses fesses mort de rire. Je l’avais déjà vu saoul, mais jamais dans un aussi sale état. Il en était presque ridicule.

–             Depuis quand tu utilises des objets pour essayer de me tuer ! Dit-il, approchant de ses lèvres la bouteille de vodka qu’il tenait dans la main.

Un sourire amusé étira mes lèvres, et le réalisant, je retrouvais bien vite mon visage habituel. Sans un mot, il se releva et s’écroula sur mon lit sans la moindre gêne, posant la bouteille sur le sol.
Les yeux fixés sur le plafond, il ne dit rien pendant un moment, me laissant avec mes interrogations. Il finit par fermer les yeux, et alors que je crus qu’il allait s’endormir, il se mit à parler.

–             Tu voulais me voir détruit ? Et bien profite. Je refais exactement la même chose qu’il ya quatre ans. Je me bourre la gueule et je fume joint sur joint. J’ai même voulu baiser, mais Kain m’en a empêché, tout ça parce qu’il te ressemblait.

Si j’étais déjà sous le choc du début de sa réplique, la fin m’acheva et mon livre m’échappa des mains pour tomber sur le sol. Je ne comprenais plus rien. Perdu, je ne dis rien, figé sur place, ne pouvant qu’écouter la suite.

–             Je suis pitoyable. Je l’ai vu ! T’avais raison, ce mec me trompait depuis quatre mois. Alors qu’on était ensemble depuis un an, même pas… Et le pire c’est que je m’en fous. Je l’ai vu, l’autre, lui mettre la main dans le boxer, j’ai tout vu. Et je m’en fous !

Si j’avais pu rester insensible jusque là, c’était maintenant impossible. Et si Jaeden aurait ouvert les yeux et tourné la tête vers moi, il aurait vu de la peine affichée sur mon visage, un sentiment que je n’avais pas ressenti depuis longtemps. Il était saoul et disait plus qu’il ne devrait. Demain il ne s’en souviendrait peut être plus et le regretterait. Il fallait qu’il se taise, qu’il s’endorme… Il en avait déjà dit suffisamment. Je serrais les poings, voulant faire cesser ce tremblement qui commençait à me saisir. Cette souffrance, j’en étais maintenant sûr, je ne la souhaitais à personne et encore moins à celui qui me l’avait fait connaitre. J’avais tord en disant que je le laisserai crever dans sa peine… J’avais du mal à saisir tout ce qu’il disait et c’est alors que dans un dernier effort, il prononça ces derniers mots avant de s’endormir :

–             Je m’en fous… Parce que tout ce qui trotte dans ma tête… C’est que tu sors avec ce gamin moche que je déteste plus que tout…

J’encaissais difficilement ce qu’il venait de me dire et n’y tenant plus je marchais vers lui. Même si c’était sous l’emprise de l’alcool il venait de me dire plus que je n’avais espéré pendant nos deux ans de relation. Certes, c’était loin d’être une parfaite déclaration, mais c’était ce qui s’en rapprochait le plus. Alors que j’arrivais à sa hauteur, les larmes aux yeux, je m’assis sur le lit. Ce fut seulement au moment où je tendais un bras vers lui que je réalisais ce que j’étais en train de faire. Qu’était-il pour moi, si ce n’est mon médecin. Nous avions tous deux tourné la page plus ou moins difficilement il y quatre ans. Je sentais bouillir en moi cette rancœur, se battant douloureusement avec mon envie de l’aider et de tendre la main vers lui. Ce fut finalement ma souffrance qui prit le dessus et me poussa à faire demi-tour, m’asseyant dans un coin de la pièce, à l’opposé de Jaeden, recroquevillé sur moi-même. Cette fois-ci, je pleurais vraiment, et je n’arrivais même pas à en saisir la raison. J’avais mal… Si seulement il avait parlé quatre ans auparavant… Si seulement je ne l’avais pas vu dans ce bar… Si seulement, il ne m’avait pas envoyé ce texto… Et enfin, si seulement je n’étais pas allé chez lui ce soir là… Ou aurait été ma place, que serions-nous devenu ? Qu’avais-je espéré de ses mots prononcés sous un état d’ébriété ? Pourquoi continuais-je malgré tout à m’accrocher ? Je ne devais pas.

Epuisé par ma nuit blanche et mon état fébrile, je finis par m’endormir au milieu de mes pleures.

Encore une dispute avec Jaeden… Je m’étais démené pour faire une soirée en amoureux, cuisinant une bonne partie de la soirée. Je voulais simplement profiter un peu de lui et venait juste de lui demander s’il pouvait, au moins, une soirée ne pas sortir avec ses amis. Je lui laissais beaucoup de liberté, mais il ne me respectait pas et était loin de m’offrir le temps que je souhaitais.

–              S’il te plaît Jaeden… Juste cette soirée…
–              Fallait m’en parler avant. J’ai prévu un truc avec mes potes.

–              Mais c’était pour te faire une surprise…

Jaeden soupira, et ne répondit rien, j’en profitais pour ajouter :

–              On en fait assez rarement. Tu pourrais au moins…
–              On n’est pas marié je te signale ! Cria-t-il presque en me coupant la parole.

Il partit en claquant la porte, sans un regard pour moi. J’encaissais avec difficulté sa dernière phrase. En ce moment, notre couple n’allait pas bien fort. Que dis-je un couple, ce n’était peut être pas ce que nous étions. J’en avais assez de me faire traiter ainsi, avec tous les efforts que je faisais. Bêtement, je me mis à pleurer alors que je rentrais dans la cuisine en voyant le repas que j’avais préparé. Sans prendre le temps de ranger, je décidais d’aller chez mon cousin. Je n’avais de toute façon plus rien à faire ici. J’attrapais simplement ma veste et mon écharpe, il faisait froid à cette période de l’année. Une fois à l’extérieur, je marchais d’un pas rapide jusqu’à chez mon cousin. Mes larmes s’étaient taries, mais je savais que ce n’était qu’une question de minutes avant que cela ne recommence. Je me trouvais tellement idiot de pleurer ainsi. Après tout c’était vrai nous n’étions pas mariés, mais je l’aimais.
Arrivé devant chez mon cousin, je sonnais plusieurs fois jusqu’à ce qu’il vienne m’ouvrir. A peine eut-il entrouvert la porte que j’éclatais de nouveau en pleurs et j’entendis Ewen me dire avant de me prendre dans ses bras :

–              Qu’est ce qu’il t’a encore fait ?

Il m’attira à l’intérieur et me fis m’asseoir dans le salon pendant qu’il allait me préparer un bon chocolat. Ce n’était pas la première fois que je venais chercher du réconfort chez lui. Alors qu’il revenait, posant ma tasse sur la table et s’asseyant à côté de moi, je prononçais tout haut ce que je pensais tout bas :

–              Je suis trop exigeant c’est tout…

Ewen ne fit aucun commentaire, se contentant d’allumer la télévision, me permettant de me changer les idées.  Nous regardâmes un film, durant lequel je me calmais peu à peu. Quelques heures plus tard, alors que j’étais en train de m’endormir et qu’Ewen était allé se coucher dans son lit, j’entendis quelques coups discrets frapper à la porte. Curieux, je me levais et allais ouvrir pour découvrir Jaeden, me tendant directement un paquet de mes bonbons préférés.

Je ne le pris évidement pas et rétorquais méchamment :

–              Je croyais qu’on n‘était pas mariés !

Jaeden soupira et haussa les épaules, avant de se rapprocher subitement de moi. Après un simple effleurement de lèvres qui m’offrit des frissons comme il avait l’art de me les donner, il me murmura :

–              Faut croire que tu me manquais…

Sans hésiter un instant de plus, lui pardonnant instantanément, j’entrouvris mes lèvres, et recouvrit les siennes, lui offrant après un sourire le baiser désiré…

 

Mes yeux papillonnèrent revenant difficilement à la réalité. Je me rappelais vaguement d’un rêve du passé, mais n’y prêtait aucune attention. Il ne fallut pas longtemps pour me souvenir de ce qui s’était passé cette nuit. Je me rappelais cependant m’être endormi sur le sol, alors que j’étais maintenant allongé dans mon lit. A la façon dont la couverture était repliée sur moi, je sus que c’était l’œuvre de Jaeden. Je regardais l’heure. Dans moins d’une heure, nous avions un rendez vous de prévu. Je soupirais, pensant que celui-ci serait un des plus pénibles. Je me levais difficilement, légèrement courbaturé de ma nuit passée sur le sol, puis ramassant mon livre, je partis en direction de la douche. Une fois propre et habillé, je fis un détour par l’infirmerie afin qu’elle change mon pansement. Je détournais le regard pendant tout le temps de son soin. Puis alors que j’étais en train de partir, elle déclara froidement que je maigrissais trop et qu’il valait mieux pour moi que je m’alimente sérieusement si je ne voulais pas qu’elle se mêle de mon cas. Avec le peu de temps qu’il me restait, je me rendis au réfectoire, pour y découvrir Melvin, qui me parla pendant tout le temps du repas de mon histoire. Je ne l’écoutais que d’une oreille distraite, sentant peu à peu une boule au ventre prendre possession de moi. Comment allait-il réagir, et quelle excuse allait-il utiliser.

L’heure arriva bien trop vite, et je me rendis à contrecœur jusqu’à son bureau, reprenant mon visage impassible cachant avec savoir faire mon appréhension. Je frappais quelques coups à la porte, et finis par entrer. Jaeden était assis à son bureau, le nez plongé dans mon dossier. Lorsqu’il redressa la tête, il me dit simplement « bonjour » avant de m’inviter à m’asseoir. Il avait une mine affreuse, certainement une gueule de bois dû à sa consommation excessive de la veille. Je m’assis en face de lui, tout en continuant de le fixer, le détaillant afin de trouver la moindre faille. Jaeden ferma nerveusement son dossier, et sans parvenir à cacher sa gêne, il commença à parler, disant ce qu’il n’aurait jamais dû :

–              Je… Je m’excuse pour ce qui s’est passé hier soir… Ca… Cela ne se reproduira pas. t… Je suis désolé, j’ai vraiment tout oublié, je ne me souviens de rien. Alors on oublie tous les deux d’accord ?

Une foule de différents ressentis vinrent se mêler en moi, mais je ne laissais rien paraître. Il m’avait fait sa première déclaration détournée après quatre ans et ne s’en souvenait même plus. Dire que j’avais esquissé un geste vers lui… Dire que j’avais encore pleuré à cause de lui… Qu’espérais-je après tout ? Je le détestais pour ce qu’il m’avait fait, je ne lui devais rien. Je gardais le silence, n’ayant rien à y répondre, même si une question me brûlait les lèvres.

–              Bon, poursuivit-il, ayant l’habitude de parler seul maintenant. Je suis vraiment trop fatigué et je n’ai aucune envie de commencer ma journée par une dispute, alors… Je te propose de regarder un film. Nous faisons notre rendez vous, il n’est pas spécifié ce que nous devons y faire, alors je pense que ça ne gêne personne.

Il sortit de son tiroir le boitier d’un dvd, sortit le cd, et posa la boite bien en évidence sur la table. Se rappelait-il que c’était le premier film que nous étions allé voir au cinéma ensemble. S’en était-il seulement rendu compte ?

Une fois le dvd mis dans son ordinateur, il tourna l’écran afin que je puisse voir, et après avoir lancé le film, il s’enfonça dans son fauteuil. Je me tournais légèrement, sans un mot, n’ayant rien d’autre à faire que regarder ce film et chassé ce souvenir qui venait me hanter : nous deux, côte à côte, sa main sur ma cuisse et ma main caressant tendrement la sienne…

J’eus beaucoup de mal à me concentrer sur le film. La même question qui me trottait dans la tête depuis le début de l’entretient me brûlait les lèvres et pourtant je trouvais idiot de la lui poser. S’il ne se souvenait plus de rien alors…. Cependant, j’avais du mal à croire à cette excuse. J’étais presque certain qu’il me mentait afin d’éviter toute discussion gênante. De toute façon, avais-je vraiment envie d’aborder cela ? Ce fut Jaeden qui en parlant me sortit de mes réflexions :

–              J’ai l’impression d’avoir déjà vu ce film…

Avait-il donc si peu de mémoire ? J’avais donc pensé juste, il n’avait jamais porté d’importance à notre relation. J’étais uniquement l’homme avec qui il baisait régulièrement. Pourtant ce qu’il me disait maintenant ne correspondait pas avec ce qu’il m’avait dit hier soir… Je commençais à me perdre…
D’un ton froid, je choisis de lui répondre après un temps :

–              Notre première sortie au cinéma…

–              Ah oui… Excuse moi…Répondit-il, encore plus gêné.

–              Ce n’est pas la première chose que tu oublies. Répliquais-je.

Si ma phrase cinglante l’agaça, il n’en laissa rien paraître et détourna le regard. Nous continuâmes silencieusement à regarder le film. Pas un mot ne sortit de nos bouches jusqu’à la fin, alors que cette même question me brûlait toujours les lèvres. Ce fut finalement lorsque Jaeden coupa le générique, que je craquais :

–              Qu’est ce que c’est que cette histoire avec Melvin ?

Jaeden sursauta presque de surprise à ma question. Autant dire qu’il ne s’y attendait pas du tout. Il reprit ses esprits et me répondit :

–              Je ne vois pas ce que tu veux dire ?

Il me suffit d’un regard pour qu’il comprenne ce que je voulais dire. Il avait très bien saisit ma question. Un voile de tristesse passa dans son regard et il finit par ajouter :

–              Excuse-moi Ilian… Je te reproche de te mêler de ma vie, alors que je fais la même chose…

C’est alors que son portable sonna. Jaeden le prit en main, regarda qui l’appelait, appuya sur un bouton pour raccrocher après un léger soupir, et reporta son attention sur moi. A la tête qu’il faisait, je n’avais pas besoin de me questionner plus avant sur l’identité de son interlocuteur qui ne pouvait être que l’homme qui l’avait trompé. Je choisis ce moment pour parler à mon tour, cette fois-ci sur un ton un peu moins dur qui ne voulait amener aucune dispute :

–              Tu crois vraiment que j’ai refais ma vie avec lui ? Tu ne me connais alors pas si bien que cela…

Jaeden baissa la tête en rougissant, puis haussa les épaules. Son portable sonna encore une fois et il réitéra l’opération avant de déclarer :

–              Il est plutôt pas mal…

Ravalant ma rancœur, je répondis :

–              C’était il y a quatre ans que tu aurais pu te montrer jaloux Jaeden.

Jaeden laissa échapper un « je sais », avant que son portable ne sonne de nouveau. Agacé je demandais :

–              Tu ne réponds pas ?
–              Pour lui dire quoi…

Un silence s’installa entre nous, et Jaeden se tourna vers la fenêtre, regardant le parc tristement. Je ne pouvais nier que je détestais le voir dans cet état. Sans la moindre gêne, je l’observais. En quatre ans, il avait gagné en beauté. J’aimais énormément son regard et en particulier lorsqu’il se déposait sur moi avec cette lueur si particulière quatre ans auparavant. Je ne pouvais que jalouser les autres hommes qui avaient partagé son lit avant et après moi. Mais tout était maintenant terminé et je ne pouvais qu’éprouver des ressentiments et de la rancune pour lui. Simplement, j’avais malgré tout envie de lui venir en aide, car qui mieux que moi connaissait sa situation.

Alors que son portable sonna de nouveau, sans la moindre réflexion, je me levais et saisit son téléphone avant de décrocher. J’entendis la voix pathétique de son amant dire :

–              Jaeden? Je…

Je ne lui laissais pas le temps de déblatérer ses minables excuses, et sous le regard stupéfait de Jaeden je déclarais :

–              Jaeden n’a aucune envie de te voir !

Sans plus de cérémonies, je raccrochais, prenant le soin d’éteindre même son téléphone avant de le reposer sur la table et de m’asseoir dans mon fauteuil. Ca y était, je l’avais fait… Je l’avais aidé un peu. Certes ce n’était pas grand-chose, mais c’était déjà beaucoup de ma part.
Jaeden me regardait toujours étonné, jusqu’à ce qu’il finisse par éclater de rire. Je préférais mille fois le voir ainsi, et un sourire vint étirer mes lèvres, un sourire que je ne cherchais pas à cacher. Jaeden me rendit mon sourire, jusqu’à murmurer un simple « Merci Ilian ». Je décidais alors de me lever, sentant qu’il était en train d’ouvrir une faille en moi et que j’avançais sur un terrain dangereux et glissant. Jaeden ne fit rien pour me retenir mais alors que j’arrivais à la porte, je me retournais et déclarais d’une traite :

–              Il n’y a rien entre Melvin et moi. Courage Jaeden.

Puis, j’ouvris la porte et alla directement jusqu’à ma chambre. J’avais cette cruelle envie de pleurer sans savoir pourquoi, et je la réprimais avec violence. Alors que j’arrivais devant la porte de ma chambre, Melvin était encore à côté. Je lui avais demandé de ne pas y entrer sans que je ne sois là et il respectait ma décision.

–              Je… J’ai fini ton histoire et j’aimerais en lire une autre. Et si tu as le temps pour que je te dise ce que je pense de celle-ci… je…

–              Allez entre, répondis-je simplement, l’invitant à me suivre…

*

 

L’après-midi était maintenant bien avancée, et j’avais eu l’autorisation de me rendre dans le parc. Alors que je prenais la direction de mon banc, j’entendis deux personnes se disputer. Une des voix ne m’était pas inconnue. Curieux, je m’approchais, et me glissant derrière des arbres, j’écoutais Jaeden et Hugo se disputer. Au moins, jamais Jaeden et moi n’avions connu ce genre de dispute. J’avais préféré m’éloigner que de connaître cela. Je n’aurais jamais supporté de voir Jaeden à la place d’Hugo en pleur en train de supplier un pardon.

–              Je suis désolée Jaeden…. S’il te plait… Allez reviens… C’était une erreur… Je n’aurais jamais dû… J’allais y mettre fin. Il n’y a rien entre lui et moi. Je… Je ne sais pas ce qui m’a pris.  Je t’en supplie Jaeden, ne me fait pas ça !

–              C’est terminé Hugo. Je te laisse quelques jours pour rassembler tes affaires et trouver de quoi te loger et tu quittes mon appartement.

–              Mais…

Hugo tenta de s’approcher de Jaeden, mais celui-ci s’écarta et dit froidement :

–              Va t’épancher sur l’épaule de quelqu’un d’autre. Sur celle de mon frère par exemple, puisque vous vous entendez si bien maintenant.

–              Ne détruit pas tout Jaeden, je t’en supplie. Ensemble, tous les deux… On peut surmonter cela.

–              C’est toi qui as tout détruit le jour où tu as cédé ! Je ne veux plus te voir, tu m’entends ! Tu quittes mon appartement. Tiens tu n’as qu’à plutôt aller voir ton Joe, si je ne suis pas assez bien pour toi !
Sur ces derniers mots, Jaeden tourna le dos à Hugo, reprenant le chemin de l’hôpital. Hugo alla s’asseoir sur le banc et pris sa tête entre ses mains, le corps secoué de sanglots.
Sans cacher mes mauvaises intentions, j’approchais de lui, me dévoilant avec un grand sourire aux lèvres. Sans qu’il n’ait le temps de remarquer ma présence, je déclarais brusquement sans cacher ma haine que je détournais malgré moi :

–              C’est de ta faute ! Ca ne sert à rien de pleurer.
Alors qu’il levait son visage vers moi emplie de larmes et d’incompréhension, je poursuivis :

–              Ce n’est pas toi qui devrait être là à te morfondre sur ton sors. Tu as fait une connerie, la pire de toute, lève toi et assume. Et surtout arrête d’insister avec Jaeden, tu ne fais que le blesser et il n’a vraiment pas besoin de cela.
En colère, il se leva, me faisant face et me dit en haussant le ton :

–              Tout est de ta faute ! Tu n’avais pas le droit d’ouvrir ta gueule ! S’il souffre c’est parce que tu lui as dit, tu lui as mis le doute !

–              Il avait le droit de savoir ! Rétorquais-je. Ce n’est pas moi qui l’est trompé, ne rejette pas la faute.
–              Tais-toi ! Hurla-t-il. J’aime Jaeden plus que tout et tout est détruit par ta faute…

Soudain il s’arrêta, puis planta ses yeux dans les miens et comme illuminé il m’envoya un sourire haineux et déclara :

–              Ah je sais ! Tu as fait exprès ? Tu comptes le récupérer c’est ça ? Crois-tu qu’il en a vraiment quelque chose à faire d’un timbré dans ton genre ? De toute façon t’es pas son genre !
Je rétorquais simplement en lui envoyant mon sourire mauvais comme j’avais l’art de les faire, puis déclarais avant de partir :

–              Qui sait…

Rapidement je lui tournais le dos et pris la direction du bâtiment. J’avais suffisamment pris l’air. J’allais jusqu’à ma chambre, n’ayant aucun autre endroit où aller. Alors que je marchais dans le couloir, sous l’œil avisé des infirmières et des surveillants, je vis Jaeden, accoudé à une fenêtre, fixant l’extérieur tristement. Je m’approchais de lui, arrivant presque à son niveau. J’avais beau ne pas le vouloir, je ne pouvais pas ne pas être indifférent à sa souffrance. Il me l’avait déjà fait vivre et je savais ce qu’elle représentait. Je passais devant lui, marchant directement jusqu’à ma chambre. Je ne devais pas lui parler. Secrètement je me demandais s’il avait été dans le même état lorsque je l’avais quitté. Pessimiste, la réponse qui suivait était négative. Les circonstances étaient différentes et à l’époque, il se moquait totalement de moi. Mon cœur se serra une fois de plus, cela arrivait bien trop souvent en ce moment. J’arrivais dans ma chambre, et m’assis à mon tour près de la fenêtre, regardant le parc. Un sourire finit par se dessiner sur mes lèvres au souvenir de ma toute récente entrevue avec Hugo. Je m’étais venger en quelque sorte à travers lui, et sans que Jaeden soit au courant, je l’avais protégé.
Ce même sourire fut sur mes lèvres au moment où je fermais les yeux lorsque je fus couché bien plus tard, m’emportant au pays des songes.

**

Le lendemain, je fus réveillé très désagréablement par quelqu’un frappant à la porte. Il semblait attendre que je lui dise d’entrée car il insistait sans pour autant entrer. Je finis par me lever, et allait directement à la porte pour ouvrir d’un coup sec. C’était Jaeden.

–              Ah ? Tu es enfin réveillé, s’exclama-t-il avec le sourire.

Il respirait la bonne humeur et je trouvais sérieusement cela étrange. Seulement, je venais de me réveiller et je n’avais aucune envie de m’appesantir sur la question.

–              Il est quelle heure… Demandais-je à moitié endormi, mais parvenant tout de même à être assez froid.
–              Huit heure… Bon prépare toi à ce que je vais te dire Ilian. Plus tôt on sera parti et mieux.
–              Jaeden ? Tu as encore bu ?

Il semblait complètement euphorique, et je ne l’avais jamais vu dans cet état. Autant dire qu’à mes yeux en cet instant, il semblait complètement fou. Et puis partir où ? De quoi parlait-il ?
Ah ma question il soupira et déclara :

–              Mais non… C’est que… Ah…

Il semblait avoir quelque difficulté à parler. De plus en plus sceptique, je me contentais de le regarder, attendant qu’il se décide enfin à faire quelque chose.

–              Ilian, je viens d’obtenir la permission de te faire sortir d’ici pour la journée. Je me suis entretenu hier soir avec le directeur et…

–              Qu’est ce que tu racontes ? Dis-je cette fois-ci parfaitement réveillé.
Jaeden sembla soudain un peu gêné et d’un ton moins enjoué, il m’expliqua :

–              Tu… Tu maigris à vu d’œil depuis ta tentative de… Enfin tu ne te nourris plus, et le directeur et moi avions pensé que… Une sortie te ferait du bien. Enfin… Tu devras juste porter un bracelet au cas où tu t’échappes, mais nous ne serons que tous les deux.

–              Je…

Ce fut à mon tour de ne plus savoir quoi dire, réalisant à peine ce qu’il venait de me dire. Sortir d’ici, pendant toute une journée… Je n’y avais même jamais songé. Pour moi, ma vie était déjà toute tracée : voir défiler les psychiatres les uns après les autres sur mon cas, jusqu’à ce que finisse par mourir dans ce lieu sans jamais l’avoir quitté. Sortir ne serait-ce qu’une journée… Je ne l’avais même jamais espéré. Jaeden avait un sac en plastic d’une boutique de vêtements dans sa main gauche, et il me le tendit brusquement.

–              Je te laisse le choix Ilian. Si tu veux cette sortie alors je te laisse te laver et t’habiller en civil avec ces vêtements que je suis allé t’acheter ce matin tu me rejoins dans mon bureau.

J’attrapais fébrilement le sac, j’avais même du mal à garder mon visage impassible. Jaeden m’offrit une nouvelle fois un sourire qui fit battre mon cœur comme jamais, sans que je sache pourquoi. Avant de me tourner le dos et de prendre ma décision seul, il déclara :

–              J’espère qu’ils t’iront…

Je regardais sa silhouette s’éloigner, jusqu’à ne plus la voir du tout. Je tenais fermement ce sac dans mes mains, et je n’osais pas faire un seul geste…Je finis par me reprendre et fermer la porte. Je m’assis sur le bord du lit, puis hésitant mais la curiosité prenant le dessus, j’ouvris le sac et regardait ce qu’il contenait. J’en sortis un jean assez simple, comme j’en portais souvent lorsque nous sortions ensemble, et un t-shirt noir assez sobre. S’ajoutant à cela un pull de la même couleur assez large, sûrement pour cacher le fait que j’avais maigri un peu trop. Le dernier des achats était une veste assez légère, convenant parfaitement à la saison. Je regardais maintenant tous ces vêtements étalés sur mon lit…

J’avais une décision à prendre, et pour la première fois depuis longtemps je ne savais pas quoi faire. Alors qu’en ouvrant les yeux je m’attendais à une journée habituelle et ordinaire, Jaeden venait et me proposait de sortir. Je réfléchissais à ce qui me retenait, pesant le pour et le contre. Je prenais peu à peu conscience que j’avais en réalité terriblement peur de sortir. Cela faisait quatre ans que je n’avais pas été plus loin que les grilles du parc de cet établissement. Je finis par me lever, reprenant le sac et mettant tous les vêtements dedans, ajoutant en plus les vêtements que je portais ici chaque jour. Je ferais mon choix après m’être lavé, resté ici planté dans cette chambre ne me ferait pas avancé.

Très vite, je me trouvais sous l’eau de la douche, prenant garde à ne pas mouiller mon pansement. Sa chaleur avait un effet bien faisant. Je ne pensais à rien, ne cherchant pas forcément une réponse. Elle viendrait d’elle-même lorsque je m’habillerais. Après dix bonnes minutes, je me décidais enfin à sortir. Alors que j’attrapais ma serviette, mon regard s’accrocha dans le miroir. Jaeden avait raison, à force de ne pas m’alimenter, j’avais sérieusement maigrir. N’étant déjà pas très épais de nature, j’avais un teint et un aspect maladif. J’étais sûr que dans cet état je ne devais attirer aucun regard, j’étais bien trop maigre pour plaire à qui que ce soit… Même Jaeden ne me trouverait plus à son goût. Je me secouais soudain la tête en réalisant ce à quoi je venais de penser. Pourquoi Jaeden se trouverait dans ce genre de situation avec moi, c’était mon psychiatre, et de plus mon ancien amant qui m’avait trompé. La seule chose que je pouvais faire était de le détester. C’était finalement ce qui me permettait de tenir. Dans ce cas, pourquoi refuser une sortie avec lui, une occasion en or de découvrir le monde extérieur.

Attrapant vivement le sac avant de changer d’avis, j’attrapais mes sous vêtements et les vêtements que Jaeden avait choisi pour moi. Il ne s’était pas trompé sur la taille. Peut être que le jean était un peu trop grand. Le tout m’allait parfaitement bien et j’eus un choc lorsque je me vis dans le miroir. Cela faisait tant d’années que je ne m’étais pas vu dans des vêtements normaux. Mon cœur se mit à battre et fébrile, je sortis de la salle de bain commune avant d’aller déposer mes vêtements dans ma chambre. Une fois fait, j’enfilais ma veste, et d’un pas décidé, je me rendis jusqu’au bureau de Jaeden. Arrivé devant sa porte, ce fut non sans une certaine appréhension que je frappais à celle-ci. Je pus entendre qu’il m’invitait à entrer. Hésitant, je poussais la porte, avant de rentrer dans la pièce. Aussitôt le regard de Jaeden se posa sur moi. Habillé ainsi, dans de telles circonstances, je ne savais pas trop comment être celui que j’étais depuis quatre ans. Je gardais cet air froid et distant, mais il sonnait étrangement faux, peut être parce que je ne portais pas les vêtements de l’homme atteint de folie depuis plusieurs années. Cependant, ne me préoccupant pas de mon état, je gardais mes yeux fixés sur Jaeden, voulant voir sa réaction. Cela n’y manqua pas, je le vis me fixer avant de rougir et de dire assez rapidement :

–              Tu es très bien comme ça…

Je ne répondis rien, touché malgré moi par ce léger compliment. Cela faisait si longtemps que l’on ne m’en avait pas fait, ne serait ce qu’une esquisse. J’étais juste un phénomène à observer à la loupe, tentant de trouver une faille et une explication toute faite.

–              Tu… Tu es donc d’accord. Ajouta-t-il après un temps, tentant de se reprendre.

Je répondis simplement, n’ayant pas envie de donner des explications :

–              Oui… Pourquoi pas.

Jaeden m’offrit alors un sourire qui fit battre mon cœur. Il fallait vraiment que je me reprenne, j’avais de plus en plus de mal à être maître de mes réactions. C’est à ce moment là qu’il regarda sur sa table, puis se levant il saisit un gros bracelet, surement celui que je devais mettre pour sortir d’ici, et aussi me rappeler ma place et ce que j’étais devenu. Finalement tous ces beaux vêtements n’étaient qu’un costume pour masquer le fou qui sommeillait en moi. Jaeden sembla extrêmement gêné de me mettre ce bracelet et ce fut non sans appréhension qu’il me demanda de lui tendre son bras, prenant garde à choisir le valide. Il le verrouilla et garda la clef dans sa poche. Il s’éloigna de moi, saisit sa veste, et m’invita à la suivre à l’extérieur.

Je marchais derrière lui sans dire un seul mot alors que la peur me nouait les boyaux. Peut être que je commençais à sérieusement penser à ce qui m’attendait dehors. Je n’étais déjà pas bien à l’aise dans ce monde avant mon arrivée ici, alors maintenant qu’en serait-il. Nous étions maintenant dans le parc à, à peine dix mètres du portail. Je m’arrêtais assez soudainement, ne parvenant pas à faire un pas de plus. J’étais soudain comme paralysé. Franchir ces portes, s’était pour moi marcher vers l’inconnu, alors que je ne m’y étais même pas préparé. Jaeden fit quelques pas, puis s’apercevant que je ne le suivais plus, il se retourna pour remarquer que je m’étais arrêté. Inquiet, il fit demi-tour, marchant jusqu’à moi, avant de me demander :

–              Ca va Ilian ? Tu es assez pâle… Tu ne veux plus ?

Je plongeais alors mon regard dans le sien, et alors que j’aurais voulu le faire paraître le plus froid possible, et je pus lui cacher ma peur. Je n’arrivais même pas à lui répondre. J’étais comme un enfant perdu, complètement terrorisé.

Jaeden posa non sans hésitation sa main sur mon épaule, avec une telle douceur que j’en fus profondément bouleversé et n’eus pas la force de le repousser. Avec la même douceur dans le fond de sa voix, il me demanda de nouveau :

–              Qu’est ce qui ne va pas Ilian ?

J’avais beau avoir mes yeux plongés dans les siens, je me sentais défaillir. Finissant par prendre sur moi-même, je me confessais pour la première fois depuis quatre ans sur mon état :

–              Je… J’ai…

Je me sentais de plus en plus ridicule, je bégayais lamentablement. Jaeden avait ce pouvoir de m’affaiblir et c’était dangereux. Prenant soudain une voix froide qui ne collait pas avec ce que j’allais dire, je déclarais :

–              J’ai peur…

Jaeden m’offrit un sourire que je lui avait rarement vu. Il s’écarta  un peu de moi, puis il me tendit la main et dis simplement d’une voix douce :

–              Viens…

Fébrilement, j’attrapais sa main, répondant à son invitation sans trop savoir pourquoi. C’est ainsi que nous sortîmes de ce lieu. Il me tint la main jusqu’à sa voiture, puis me la lâcha assez gêné.
Le trajet se fit en silence. Je ne savais pas où il m’emmenait. La tête tournée vers la fenêtre, je regardais le paysage défiler devant mes yeux. Cela semblait presque irréel. Au bout d’un moment, nous arrivâmes dans une petite ville dont j’avais simplement un vague souvenir d’y être allé une fois ou deux. Jaeden se gara dans un parking, puis nous sortîmes de la voiture. J’avais assez de mal à cacher mon trac. Il m’invita à la suivre, ce que je fis sans un mot. Nous arpentions quelques rues, en silence. Je n’avais rien à lui dire, et Jaeden semblait tout aussi gêné que moi de la situation. Il finit par s’arrêter devant un bar, puis se tournant vers moi, il déclara :

–              Que dis-tu d’un vrai petit déjeuner ?

J’acquiesçais simplement, sans être particulièrement froid ou chaleureux. Une fois dans le bar, Jaeden commanda ce qu’il jugeait bon pour moi. Nous nous assîmes à une table et on ne tarda pas à venir nous servir. Notre petit déjeuner contenant un thé pour moi, une tasse de café pour Jaeden, deux verres de jus d’orange et un pain au chocolat chacun. Je n’avais pas fin du tout, et pour moi, cela paraissait énorme. Après avoir fini mon jus de fruit, j’attaquais lentement mon pain au chocolat, le grignotant par petit bout sans un bruit. Plusieurs fois je jetais des regards à droite et à gauche, ayant cette cruelle impression d’être observé et surtout d’être trop différent des autres personnes présentes ici. Je devais dire que je stressais de plus en plus, et mon angoisse était de plus en plus voyante. Je finis par poser mon pain au chocolat à peine manger, sous le regard inquisiteur de Jaeden.

–              Tu ne peux pas faire un petit effort pour aujourd’hui.

Sans vraiment le contrôler, je repris mon air froid, celui qui me protégeait, avant de le regarder droit dans les yeux. Il comprit que ce n’était pas la peine d’insister. Je finis par attraper mon thé, le buvant lentement. Cela faisait longtemps que je n’avais pas bu et manger des choses aussi simple ayant un gout normal. Puis au fur et à mesure que le temps passait cédant malgré moi, je finis mon pain au chocolat, n’ayant de toute façon rien d’autre à faire. La tension était en train de monter entre nous. Je me mis à repenser à ce que nous aurions fait quatre ans auparavant dans ce genre de situation. Jaeden serait venu sur ma banquette, se coller à moi, après avoir parlé de tout et de n’importe quoi. Mon regard se posa alors sur lui…. Tout était bien différent maintenant…
Constatant que j’avais fini mon petit déjeuner, Jaeden se leva et alla payer. Une fois revenu à notre table, il déclara :

–              Allez viens, maintenant nous allons aller dans un endroit qui te plaira sûrement.

Sceptique je me levais et partis à sa suite. Nous marchâmes un temps dans la ville qui commençait à connaître de plus en plus d’agitation. Instinctivement, je m’approchais un plus de Jaeden, priant pour qu’il ne le remarque pas. Après une petite marche, tout aussi silencieuse, Jaeden s’arrêta devant une petite boutique qui n’était autre qu’une librairie. Il ouvrit la porte, m’invitant à y entrer. A peine fus-je rentré que je fonçais droit sur les livres, sans un bonjour à la femme assise derrière les caisses. Jaeden s’arrêta pour parler un peu avec elle mais je n’y prêtais pas attention. Une mine d’or était devant moi, j’avais peu de temps et je comptais bien en profiter. J’aimais la taille de cette librairie, qui assez petite était moins impressionnante. De plus à part deux ou trois clients, il n’y avait pas grand monde. Je ne tardais pas à trouver mon rayon préféré, et je sortis un à un les livres, les rangeant précautionneusement après les avoir feuilletés. Après un temps indéterminé, mon regard se posa sur un livre particulier. Il était écrit par l’auteur de mon livre préféré et avait certainement dû sortir pendant mes quatre années d’enfermement. Le cœur battant, je le pris dans les mains, prenant mon temps cette fois-ci de détailler la couverture. Je le tournais ensuite pour lire le résumé, chose que je n’aurais pas du faire tant il me donnait maintenant envie de le lire. La voix de Jaeden dans mon dos me fit soudain sursauter :

–              Il te plait ? Tu le veux ? Je te laisse en choisir un alors prends celui qui te fait plaisir.

Je me tournais vers lui et retrouvant mon air assez froid, je déclarais en le rangeant :

–              Non merci, je ne veux pas de cadeau.
–              Très bien, fit Jaeden, apparemment vexé.

Alors que j’allais tourner le dos pour prendre la direction de la sortie, je le vis prendre le dernier livre que j’avais en main.

–              Je ne le veux pas ! M’exclamais-je.
–              Qui te dis que je le prends pour toi… Répliqua-t-il amusé.

 

J’allais un peu plus loin attrapant un livre qui m’avait tenté un peu auparavant, puis m’installais pour lire n’ayant aucune envie de partir tout de suite. En un instant, je me plongeais dans ma lecture, ne quitta plus le livre des yeux. Ce ne fut qu’après un temps que je redressais la tête, constatant que Jaeden lisait lui aussi. Jamais je ne l’avais vu lire vraiment en deux ans, et voilà qu’après quatre ans, je le surprenais à lire assez régulièrement. Je ne pouvais m’empêcher de penser orgueilleusement que c’était un peu grâce à moi. Je ne sais combien de temps nous restâmes dans cette librairie, m’en moquant ouvertement, trop plongé dans la lecture de mon petit livre, assez peu volumineux pour que je l’ai presque terminé lorsque Jaeden, me prévint que nous n’allions pas tarder à y aller. Je pris cependant le temps de terminer la lecture, et une fois que j’eus fini, je reposais avec précaution le livre à sa place avant de chercher Jaeden des yeux. Il était à la caisse entrain d’acheter son livre. Il parla quelques instant avec la femme qu’il semblait connaître, pendant que je l’attendais vers la sortie.

 

Il ne devait pas être loin de midi, et cela ne m’étonna pas vu le temps que nous y avions passé. Alors que nous marchions tranquillement, un homme que je ne connaissais que trop bien, ressemblant un peu à Jaeden s’approcha de nous.  Kain, arriva à notre hauteur et je sentis son frère se tendre imperceptiblement à côté de moi. Kain me fixa et tendis la main vers moi. J’y répondis à contre cœur, retrouvant mon air impassible avec une facilité déconcertante. Cependant, alors qu’il serrait ma main, son regard glissa sur mon bracelet. N’aimant pas cela et gêné de ma position je lâchais sa main et la cachais derrière mon dos d’une manière discrète. Sans un mot pour moi, il reporta toute son attention vers Jaeden.

–              Je suis désolé pour l’autre soir Jaeden…

Jaeden, apparemment agacé, déclara :

–              Je n’ai pas le temps maintenant, on en reparle une autre fois.
–              Mais Jaeden… Tenta Kain de nouveau.
–              Excuse-moi, bien que tu sois en désaccord avec ce que je fais, Ilian et moi allons déjeuner, et franchement, nous n’avons pas de temps à prendre.

Jaeden m’attrapa par le bras et nous partîmes, laissant Kain sans un mot de plus. Ce ne fut qu’une fois que nous fûmes hors de sa portée, qu’il consentit à me lâcher la main.

Cela m’avait fait bizarre de revoir son frère. En quatre ans, il avait un peu vieilli, prenant un air sérieux qui ne lui collait pas. Je repensais à toutes les âneries que nous avions pu faire dans leur studio il y a quatre ans. Finalement, Jaeden s’arrêta devant un restaurant, ne parvenant pas à retrouver son calme. Il m’invita à entrer avant lui, chose que je détestais.

Une fois à l’intérieur, le serveur nous installa à une table, et nous amena la carte.

–              J’espère que tu as faim. Me dit-il une fois que le serveur était parti.
–              Moui, répondis-je simplement.

Rapidement, nous passâmes commande et je devais avouer que j’étais de plus en plus gêné que Jaeden m’offre tout cela. Cependant, je ne faisais aucun commentaire. Je repensais à la scène que je venais de voir entre lui et son frère et c’est sans trop réfléchir que je lâchais :

–              Ca fait bizarre de vous voir vous disputer toi et ton frère.

Puis je rajoutais en rougissant :

–              En deux ans, je n’ai jamais vu une seule dispute entre vous.
–              Hn… C’est vrai, me répondit-il simplement, n’ayant apparemment pas envie d’approfondir le sujet.

Je réalisais en même temps, qu’à l’extérieur de ce centre, j’avais de plus en plus de mal à rester le Ilian jugé malade et fou. Je maitrisais de moins en moins bien ma timidité et mes ressentis, et Jaeden devait très certainement le remarquer.

A manger ainsi, en face de lui, sur cette petite table, j’avais cette cruelle impression d’être revenu des années auparavant, lorsque nous formions ce que nous pouvions appeler un couple. Je me rendais compte que j’avais finalement envie pour cette journée d’oublier ce qui nous avait séparé. Ce soir, je retournerais au centre et tout se passerait comme avant, alors j’avais peut être le droit d’en profiter un peu. Timidement, je redressais la tête vers Jaeden qui me regardait depuis un petit moment déjà, et je lui adressais simplement un petit sourire avant de détourner les yeux et de fixer la fenêtre, observant des paysages auxquels je n’aurais peut être plus jamais droit.

Les plats finirent par arriver et Jaeden tourna soudain la tête vers la petite télévision près du serveur. Je tournais la tête vers celle-ci et vit qu’une émission de patinage était en train de passer. Jaeden s’exclama alors :

–              Oh, ça te dit d’aller à la patinoire après manger ?
–              Tu ne sais pas patiner, rétorquais-je.
–              Je me rappelle la dernière fois où on y est allé tous les deux…
–              Oui, moi aussi, dis-je avec un sourire moqueur, je me rappelle surtout comme tu t’es foulé le poignet.
–              Tu te moques encore ou je me fais des idées ? Me demanda-t-il faussement vexé.

Un sourire continuait d’être accroché sur mon visage, ne pouvant m’empêcher de me souvenir de cet après-midi là.

–              Puisque c’est comme ça, ajouta-t-il, nous irons à la patinoire cet après midi ! Je vais te montrer moi !

Nous finîmes de manger sur une ambiance légère que je n’avais pas connu depuis longtemps. J’avais de plus en plus de mal à ne pas croire que nous étions quatre ans auparavant. Tout semblait si irréel… Une fois que nous eûmes terminé, ayant convaincu Jaeden que je ne prendrais pas de dessert, nous retournâmes à sa voiture et nous prîmes la direction de la patinoire. Je me débrouillais plutôt pas mal, mais je me rappelais tout à fait du niveau de Jaeden. Il n’était pas mauvais, mais voulait toujours en faire trop.

C’est ainsi que nous nous retrouvâmes sur la glace. Je n’eus pas trop de difficulté à m’y refaire, et je patinais tranquillement pendant que Jaeden commençait à faire ce qu’il ne fallait pas. Il n’avait finalement pas tant changé que cela, et cherchait toujours à impressionner et à se faire remarquer. N’étant pas d’un très bon niveau, il tentait déjà de prendre trop de vitesse. Je le regardais faire, attendant que l’inévitable se produise. Et cela n’y manqua pas. Arrivant vers moi, il manqua un geste de coordination, et s’étala magistralement sur la glace juste devant mes pieds. Je ne pus m’empêcher d’éclater de rire, réalisant seulement après l’avoir fait que cela ne m’était pas arrivé depuis des lustres. Jaeden redressa la tête vers moi, honteux, et finit par déclarer :

–              Te fous pas de moi ! Viens m’aider.

Plié en deux, j’eus du mal à me baisser pour lui tendre la main. Ce ne fut que lorsque ma main rentra en contact avec la sienne que je retrouvais mon calme. Une simple poignée de main, un simple contact avec lui, me faisait toujours le même effet, et je ne savais le contrôler. Alors qu’il parvenait à se lever et à patiner difficilement vers la sortie de la glace, je retrouvais peu à peu mon air impassible. J’avais beau tenter de me dire qu’il fallait que je profite de cette journée, je ne savais plus sur quel pied danser. Nous nous assîmes sur un banc, et Jaeden se reposa quelques minutes avant de déclarer :

–              Que dis-tu d’une petite ballade sur la terre ferme, dans un parc à une petite demi-heure de marche à pied d’ici ?
–              Pourquoi pas… Répondis-je simplement.

Après nous être changé, nous sortîmes de la patinoire. Nous marchions côte à côte et je suivais Jaeden, le laissant me guider. Nous marchâmes une petite demi-heure dans un silence qui cachait une tension assez particulière. Arrivé au parc, je remarquais quelque chose, Jaeden boitait un peu. Cet idiot s’était-il fait réellement mal ? Prenant sur moi, je lui demandais, en regardant sa cheville :

–              Ca va ? Tu ne veux pas t’asseoir ?

Jaeden me sourit, surpris du ton que je venais de prendre, et surtout que je m’inquiète pour lui. Agacé qu’il se moque ainsi de moi, je poursuivis, non sans une gêne que je ne n’avais pas ressentis depuis longtemps :

–              Il y a un banc ici. Il faut regarder ta cheville.

Je n’aimais pas vraiment la pente glissante que nous étions en train d’engager. Jaeden s’assit à côté de moi, et commença à ausculter son pied. Je restais à une distance qui n’était pas celle que j’aurais dû, j’étais beaucoup trop près de lui. Cependant, je n’avais aucune envie de m’éloigner, et Jaeden ne semblait pas l’avoir non plus. Il finit par redresser la tête, la tournant vers moi. Son regard croisa le mien, et gêné, je baissais le mien. Je n’aurais su dire pourquoi, mais j’étais de nouveau plongé dans le passé. Je n’arrivais plus à retrouver mon assurance, j’étais de nouveau le garçon timide d’avant. Je sentis sa main se poser sous mon menton, me faisant frissonner. Avec la même lenteur et la même délicatesse dont il avait fait preuve la première fois, il redressa mon visage afin que nos deux regards se croisent de nouveau. Je ne pus empêcher mes joues de rougir, me sentant fébrile. Nous nous regardâmes ainsi un moment que je ressentis à la fois comme extrêmement long et extrêmement court. C’est alors qu’il commença à s’approcher de moi, sans cacher ses intentions, comme dans un état second. Je ne reculais pas, lui laissant inconsciemment la possibilité de faire ce qu’il voulait de moi. Ses lèvres étaient maintenant à deux centimètres des miennes et je sentais mon cœur commencer à s’emballer. Comme avant… Oui… Juste un instant je m’autorisais à cela, j’oubliais ces quatre ans pour quelques instants de plaisir que je ne connaîtrais certainement plus jamais. Je pouvais sentir son souffle effleurer mon visage, et sa main, toujours  posée délicatement sur mon menton, me caressait tendrement la joue du pouce.

Lorsque ses lèvres rencontrèrent enfin les miennes, une décharge électrique me saisie, s’irradiant dans mon corps. Sa peau avait toujours la même douceur, ses lèvres toujours ce même goût qui m’avait fait défaut pendant si longtemps. Alors que sa langue caressait mes lèvres avec volupté, je les entrouvrais après un temps, en une invitation explicite à aller plus loin. Je ne me contrôlais plus, je baissais toutes mes barrière un seul instant, juste pour ce baiser, juste pour prendre un peu de plaisir… Les battements de mon cœur allaient toujours à un rythme effréné lorsque sa langue effleura la mienne.

Timidement, je redécouvrais la sienne, ravivant en moi, un brasier que je croyais éteint. Nos langues finirent par se lier langoureusement, alors que la main de Jaeden passait lentement sur ma nuque pour m’attirer un peu plus près de lui. Je me laissais faire, le laissant me guider, pour mieux me perdre en lui. Je n’avais pas vraiment conscience de ce que j’étais en train de faire, mais je me doutais que la chute serait lourde et difficile.

Pourtant, je répondais à son baiser, goutant à ce qui m’avait été offert par le passé. Je ne voulais pas que cela finisse et pourtant, je savais que la fin était proche. En effet, Jaeden finit par se reculer, quittant mes lèvres, mais me regarda l’espace d’un instant avec ce regard que j’avais oublié, avant de devenir nerveux et gêné. Il ne m’en fallut pas plus pour comprendre qu’il regrettait, et pourtant, il se crut obligé de dire :

–              Je suis désolé Ilian… Je ne sais pas ce qui m’a pris… Je… Oublions-ça, cela ne se reproduira plus.

Je ne répondis rien, retrouvant en un instant mon air froid et glacial, reprenant ma place comme il venait de retrouver la sienne. Je n’étais pas blessé par ce qu’il venait de me dire, ou plutôt, je m’attendais tellement à une telle chose de sa part, que la chute en fut moins rude. J’avais vécu bien pire, je m’étais laissé aller à un peu d’espoir, rien de plus. Nous rentrâmes en silence. Je ne lui prêtais plus la moindre attention, retrouvant  mon caractère exécrable. Malgré tout, je ne pouvais m’empêcher de lui en vouloir, et encore plus de m’en vouloir. Je regardais pas la fenêtre de sa voiture le paysage que je n’aurais plus jamais l’occasion de laisser s’offrir à mes yeux. Enfermer de nouveau dans cet hôpital jusqu’à la fin de ma vie, voilà ce qui m’attendait.

Nous arrivâmes en fin d’après midi, il me reconduit jusqu’à son bureau et sans un mot il m’ôta mon bracelet. Alors qu’il allait me parler, je tournais les talons, ne souhaitant qu’une chose : me débarrasser de ses vêtements que je ne pourrais et ne voudrais plus jamais porter. Une fois propre, je remis mes vêtements de tous les jours. J’allais jusqu’au réfectoire, plus pour faire acte de présence que pour manger. Melvin vint s’asseoir à côté de moi, nous n’échangeâmes que quelques mots et je retournais dans ma chambre. Sans envie de rien, je me couchais directement. Ce ne fut qu’après de longues heures que je finis par m’endormir avec toujours cette même question qui me paralysait : qu’avions nous fait ?

***

Le lendemain fut assez morose, j’arpentais les couloirs, évitant le plus possible les autres fous dans le même cas que moi. Leur présence m’usait plus que d’habitude et je ne cherchais pas particulièrement à savoir pourquoi. Je n’avais toujours pas croisé Jaeden et je l’en remerciais. Je n’avais vraiment pas envie de le revoir. Pourtant je le savais, en fin d’après-midi, nous avions un rendez-vous, rendez-vous que je devais appréhender tout autant que lui.

C’est alors que je tombais sur Hugo et le directeur en train de parler. Surpris, je m’approchais un peu, sans chercher à me faire voir. C’est alors que Hugo, les larmes aux yeux déclara en pleurnichant :

–              S’il vous plait, laisser moi aller à son bureau…
–              Je regrette, mais il m’a dit qu’il ne souhaitait pas vous voir … Tenta le directeur.
–              S’il vous plait, tenta une nouvelle fois Hugo, d’une voix qui m’électrisa.
–              Ecoutez, hier soir il m’a fait l’amour, et aujourd’hui il me dit qu’il a quelqu’un d’autre que voulez-vous que je comprenne.

Je n’en écoutais pas plus, me tournant pour aller directement à son bureau. La rage était en train de bouillir dans mes veines, et je savais que j’aurais du mal à me contenir. Pourtant, je frappais à sa porte une fois devant son bureau, attendant qu’il me donne l’autorisation de rentrer. Celle-ci me fut heureusement donnée et sans plus attendre, je débarquais dans son bureau, prenant une grande inspiration, je déclarais d’une voix froide qui trahissait ma haine :

–              Tu n’as pas changé ! Tu… Comment peux-tu encore me refaire cela… Ces paroles quand tu étais bourré ? C’était quoi ? Du cinéma pour que je me dévoile enfin à toi ? Et ce baiser dans le parc…

Je pris un temps, tout était en train de se brouiller je perdais le contrôle. Jaeden restait là, en face de moi, sans rien dire.

–              L’homme que tu as baisé hier soir, t’attends. Il est en train de parler dans le couloir avec ton cher ami le directeur que tu veux tant éblouir. Oublie ma présence pour notre rendez vous, il vaut mieux. Trouve une excuse, trouve quelque chose, mais ne me demande pas de te faire face aujourd’hui… Je…Je…

Alors que je réprimais les larmes qui me montaient aux yeux, je finis par dire avant de sortir ne souhaitant surtout pas l’entendre me parler :

–              Je commençais à te faire confiance… Je… Tu n’as vraiment pas changé, tu refais les mêmes erreurs. Je te déteste !

Je partis en claquant la porte, et ne l’entendis pas me suivre. J’avais besoin d’être seul et cette solitude ne me serait accordée que dans ma chambre. Jaeden ne vint jamais me chercher et je finis ma journée à écrire dans ma chambre. Il m’avait écouté et abdiquait, et finalement cela me mettais encore plus en rogne. La fin de journée passa assez vite, après un léger repas, j’allais encore une fois me coucher tôt.

**

Le lendemain matin, je me trouvais à mon bureau, alors que j’entendis quelqu’un frapper à ma porte. Las, je ne pris pas la peine de dire quoi que ce soit, comme à mon habitude. Cependant, la personne insistant et ne semblant pas se décider à entrer, je me levais rageusement et allais ouvrir. Je fus surpris de tomber nez à nez avec Kain. Aussitôt, je déclarais :

–              Qu’est ce que tu fous là ? Comment tu as fait pour entrer.
–              J’ai dragué une infirmière, me dit-il avec un léger sourire, avant de reprendre son sérieux et d’ajouter : Mais je ne suis pas venu pour te parler de la manière dont je suis arrivé jusqu’à toi, je suis venu te parler de Jaeden.

Je ne répondis rien, me contentant de le regarder droit dans les yeux.

–              Tu as vraiment changé Ilian, me dit-il, en rentrant dans ma chambre.
–              Qu’est ce que tu veux ? Lui demandais-je à bout de patience.
–              Ce que je veux ? Je veux que tu laisses Jaeden tranquille. Il a assez souffert quand tu l’as plaqué par le passé. Je ne vais pas m’amuser à citer toutes les conneries qu’il a faites. Il a déjà eu assez de mal à s’en remettre alors maintenant fous lui la paix. Je ne veux plus jamais le revoir dans cet état. Tu es nocif pour lui.

Kain s’arrêta, les larmes aux yeux, se tournant vers moi, il souffla :

–              Je t’en supplie, prend tes distances, mais ne le fait surtout pas redescendre.

Après un temps maintenant devant la porte, il finit par me dire :

–              Tu sais, tout le monde voyait, tout le monde savait que Jaeden t’aimait, mais tu as été incapable de le voir. Tout ce qui s’est passé entre vous, c’est de ta faute. Si tu tiens, ne serais-ce qu’un peu encore à lui, laisse-le.

Sans un regard pour moi, Kain ouvrir la porte et sortit de la chambre, me laissant seul, abasourdi et blessé. Si tout le monde savait ce que j’avais vécu moi aussi, si Kain savait, m’aurait-il tenu le même refrain ? Et puis, s’il m’aimait tant que cela, pourquoi allait-il voir d’autres hommes ? Pourquoi par le passé, ne m’avait-il jamais dévoilé ses sentiments ? Je ne m’accrochais qu’à des rêves, des espoirs, des hypothèses et des suppositions, mais je n’avais jamais eu quelque chose de concret. Perdu, j’allais m’asseoir à mon bureau, avant que le directeur n’entre dans ma chambre pour me prévenir que Jaeden repoussait notre entrevu à demain car il était aujourd’hui souffrant.

Pour la première fois depuis notre dernière entrevu avec Jaeden, je regrettais ce que je lui avais dit, ou plutôt la manière dont je lui avais parlé. J’attrapais finalement mon stylo et mon cahier, il fallait que j’écrive… Il fallait que j’oublie… Kain avait raison, mieux valait que je le laisse, mieux valait que je reste à ma place. Sa vie était maintenant sans moi et je devais m’y faire.

 

**

 

Une journée encore à errer dans les couloirs, tout comme la précédente. Depuis mon entrevue avec Kain hier, je me sentais comme mélancolique et fébrile. Cependant, je la voyais comme une journée banale, une journée comme toutes les autres. Des cris attirèrent soudain mon attention. C’était la voix de Melvin, j’aurais pu la reconnaitre entre mille. Je marchais assez rapidement jusqu’à la pièce d’où provenait ces hurlements qui ressemblaient à une dispute. A peine fus-je devant la porte que je vis Melvin et Jaeden. Jaeden en face de moi, me vit, mais il n’eut pas le temps de réagir. Je vis Melvin brandir sur lui le seul cahier que je lui avais  interdit et déclarer d’une voix mauvaise :

–              Tu es infect, tu as lâché Ilian alors qu’il se faisait violer ! Il a vécu un enfer à cause de toi !

A l’instant même où j’entendis ces paroles, je crus que le monde entier était en train de s’écrouler sous mes pieds. Le pire fut de voir les yeux de Jaeden posés sur moi, et son expression se décomposer. Non, je ne voulais pas qu’ils sachent, je souhaitais que personne ne sache et encore moins Jaeden. Celui s’approcha de moi, qui restait sans aucune réaction, et me demanda une fois à hauteur, extrêmement inquiet :

–              Est-ce que c’est vrai Ilian ?

D’un ton extrêmement froid, glacial comme il ne l’avait jamais été, je déclarais assez vite, sachant que je n’allais pas tenir longtemps face à son regard peiné :

–              Tu crois ce que les fous te racontent maintenant ?

Sans plus attendre, je lui tournais le dos, ne pouvant plus être là en face de lui. Mais alors que je voulais m’éloigner le plus loin possible, il me retint par le bras, me forçant à me retourner. Ce n’était plus le visage glacial qui s’offrait à lui, non c’était celui de Ilian en train de pleurer, parce pour la première fois, je ne pouvais contenir ma douleur.

Jaeden voulut alors me prendre dans ses bras, mais ce contact était au dessus de mes forces. Je l’aurais voulu il y a bien trop longtemps. J’étais sale maintenant et je voulais être seul. Je voulais en finir avec tout cela. Violemment je me débâtis pour finalement m’arracher à son étreinte. La vue brouillait, je pris le premier chemin qui s’offrit à moi, courant le plus loin possible. Dans ma course, je cognais violemment mon poignet qui se mit à saigner, les points éclatant sous le choc.

 

Loin très loin… Si je l’avais pu, je serais parti si loin que l’on ne m’aurait jamais retrouvé, loin de tout pour pouvoir enfin me reposer…

Nothing to prove – Chapitre 5

Chapitre écrit par Mai-Lynn

 

J’étais une enflure, un idiot. J’étais impardonnable car je ne pensais qu’à ma renommée dans un moment pareil. Je profitais de sa détresse, profitais d’un homme qui avait voulu se faire mourir. Je voyais ses larmes couler le long de ses joues, et plus elles poursuivaient leur chemin, plus je sentais mon cœur se déchirer. Depuis combien de temps n’avais-tu pas pleurer Ilian ? J’espérais, au fond de moi, que ses larmes étaient à cause de moi. Je suis devenu égoïste, sûrement par sa faute. Il m’avait quitté et j’avais changé, mais j’étais là à le regarder pleurer, alors qu’il y a quelques années, c’était moi qui me trouvait dans un lit d’hôpital, incapable de bouger, pleurant toutes les larmes de mon corps pour l’avoir perdu.

Un soupire passa le barrage de mes lèvres, depuis combien de temps n’avais-je pas pensé à cette nuit ? Cette nuit où tout a basculé, où j’ai compris que je devais tourner la page, fuir loin. Loin de cette ville où notre amour était né.

Doucement, je me retournais, ne voulant pas me rappeler. C’était trop dur. Les mains dans les poches, la tête baissée, je marchais sans trop savoir où aller. Alors que je voulais l’aider, je me retrouvai aussi perdu que lui.

– Rentre chez toi.

La voix du directeur me parvint aux oreilles. Si douce et lointaine. Elle ressemblait à la voix d’un père rassurant son enfant. Je levais mes yeux vers cet homme, mon mentor, et un sourire triste se peint sur mes lèvres. Il semblait embêté, comme s’il voulait me dire quelque chose mais n’osait pas.

Je ne voulais pas chercher à comprendre. D’un coup je me sentais faible et pitoyable, qui étais-je devenu pour profiter de la faiblesse de quelqu’un ?

– Je te donne ta journée, rentre chez toi, tu as l’air crevé, me dit-il, calme.
– Je vais aller faire un tour, je repasserai ce soir, répondis-je, reprenant ma marche.

Il fallait que je sorte, que je m’aère l’esprit et les idées. Cet hôpital me faisait tourner la tête, Ilian me faisait tourner la tête, mais pas dans le bon sens. Mais la voix du directeur me fit stopper tout mouvement.

– Tu t’impliques trop Jaeden. Aurais-tu quelque chose à me dire ? Me demanda-t-il, posant une main sur mon épaule

Mes sourcils se froncèrent immédiatement sous cette question, non moins suspecte. Pourquoi me disait-il cela ? Etait-il au courant de quelque chose ? Non, il ne pouvait pas l’être. Mon nom n’était mentionné dans aucun document.

– Non, rien, répondis-je doucement

Sans rien ajouter de plus, je marchais en direction de la sortie, prenant l’ascenseur, passant devant l’accueil et rencontrant l’air frais. Mais un détail m’interpella. Je n’avais pas pris mon manteau. Le froid me prenait de plein fouet, faisant grelotter mon corps. J’allais choper un rhume. Je courus alors vers la voiture, l’ouvrant et m’engouffrant dedans. J’allumais immédiatement le chauffage, frottant mes mains vigoureusement. J’avais envie d’aller en ville. M’évader un peu de cet endroit où la folie et la tristesse régnaient en maître. Je savais pertinemment où je voulais aller. Dans cette petite librairie, assez vieille, où des montagnes de livres attendaient d’être achetés.

 

Je pris la route l’esprit embrumé par des souvenirs du passé. Il fallait à tout prix que je m’évade, ne serait-ce que quelques minutes, que je pense à autre chose. Je conduisis pendant un quart d’heure, m’arrêtant sur le parking de la librairie. L’endroit était petit, mais ravissant. C’était une vieille bâtisse en pierre, le devant tout recouvert de lierre. De vieux volets de couleur bordeaux donnaient à la maison un charme fou. J’entrai immédiatement dedans, ne me laissant pas atteindre par le froid, et m’engouffrai dans la chaleur que m’offrait l’habitation. Devant moi, une bonne dizaine d’étagères en vieux bois, soutenant le poids de livres tous plus intéressants les uns que les autres. Sur le côté droit se trouvaient quelques fauteuils et canapés permettant au lecteur de lire et d’avoir un avant goût avant d’acheter. De l’autre côté se trouvait le comptoir, où une dame d’un certain âge me regardait, un sourire aux lèvres.

– Je me demandais quand tu allais revenir, Jaeden, me dit-elle chaleureusement.
– J’avais envie de m’évader, alors je suis venu ici. Quel est l’endroit le plus calme à part ta librairie, Lucie ? Demandais-je, un sourire amusé aux lèvres.
– Flatteur. J’ai reçu de nouveaux livres sur la médecine, tu veux les voir ?
– Non, je vais juste faire un tour. Merci.

Elle ne me répondit rien, se contentant de sourire. Je m’avançais, touchant du bout des doigts la couverture des livres sur mon passage. La douce odeur des vieilles pages, m’enivrait, me transportait. J’avais trouver le soutien dans les livres avec cet accident, ce jour maudit. Lire ses histoires fictives me permettait d’échapper un instant à la douleur réelle qui parcourait mon corps jour après jour. Puis j’avais rencontré Hugo, et j’avais laissé cette douleur s’évaporer peu à peu, ne me concentrant que sur lui. Cette pensée me fit alors revenir dans la réalité, brusquement. J’avais honte, mais je l’avais totalement oublié, trop ancré dans mes souvenirs. Je mis ma main à ma poche et constatais avec horreur que j’avais laissé mon téléphone dans le bureau. Il allait me tuer. Un soupir sortit de ma bouche, pourquoi étais-je parti ? Si j’étais resté passer la nuit avec lui, notre dispute aurait sûrement été oubliée, et je n’aurais pas à m’en faire. Dépité, je pris le premier livre qui me passait par la main, et m’assis sur un canapé, l’ouvrant. Je ne savais pas vraiment de quoi il parlait, mais le voir dans la section fantastique me convenait parfaitement. Je laissai alors mes pensées vagabonder dans un univers où la magie était la reine du monde.

Tellement pris dans cette vie fictive, je ne vis pas l’heure tourner, si bien que ce fut Lucie qui me sortit de ma bulle. Elle posa une main douce sur ma joue et je relevai la tête, surpris.

– Il est 18 heures, je dois fermer le magasin, je suis désolée, dit-elle, un sourire sincère aux lèvres.
– Ce n’est rien, je dois retourner au travail de toute façon, répondis-je en me levant.
– Tu n’as pas un petit ami à retrouver ?
– Disons que je préfère attendre encore un peu.

Elle me sourit et prit le livre entre ses mains. Ses doigts effleurèrent la couverture dorée, alors qu’elle se retournait vers le comptoir.

– Tu le prends ? Me demanda-t-elle, sérieusement.
– Oui, Je…

Mais je fus incapable de continuer, mes yeux s’étaient posés sur un livre en présentation. Je reconnaîtrais ce livre entre mille, l’ayant vu le lire je ne sais combien de fois. Ma main droite vint se poser sur les lettres rouges en relief de la couverture, m’enveloppant immédiatement dans des souvenirs du passé.

– La mélodie de Briséïs, tu connais ? Me demanda Lucie, me regardant, souriante
– Vaguement…Répondis-je, perdu
– C’est l’histoire d’un chevalier qui doit trouver celui qui se fait appeler l’élu. Son roi lui ordonne de le trouver et de le ramener, mais il va tomber amoureux.
– Un roman homosexuel ?
– Oui, je te le fais à moitié prix si tu veux.

J’hésitais, pourtant, peut-être que ce livre pourrait l’aider. Je me souvenais que lorsque nous nous disputions, il se jetait sur ce livre, pour ne plus le lâcher, même si je venais lui présenter mes excuses. Il lisait à n’en plus finir et c’était impossible de lui faire arrêter s’il n’était pas arrivé à la fin d’un chapitre. Je me souvenais de son personnage préféré, un dénommé Mael, qui luttait entre son envie et son devoir. Un sourire triste étira mes lèvres et je le pris en main.

– Je le prends, dis-je, le tendant à Lucie.

Elle le prit en main et le mit dans un petit sac en carton. Je réglais en liquide puis sortis, après avoir discuté encore quelque instants avec la vieille femme. Je rentrais rapidement dans mon véhicule et repris la route. Si je faisais vite, j’allais arriver à l’hôpital, la cantinière n’ayant pas encore mis les repas dans les assiettes. Je savais que la nourriture n’était pas des plus meilleures, mais elle restait nourrissante, et au vu de l’état d’Ilian, il fallait à tout prix qu’il mange.

Vingt minutes plus tard, je me trouvais dans l’hôpital, dans les cuisines plus précisément. Je m’activais à lui préparer un petit repas. Ce n’était pas grand chose mais j’espérais qu’il apprécie. Je sortis quelques minutes plus tard, un plateau recouvert d’un globe qui permettait au repas de garder toute sa chaleur. J’arrivai devant la porte de la chambre d’Ilian, et y entrais, le voyant en train de dormir. Sans faire de bruit, je posai le plateau sur la petite table roulante près de lui et m’arrêtai quelques secondes. Ses cheveux noirs de jais étaient emmêlés et quelques mèches recouvraient son visage pâle. Sans vraiment réfléchir, je les lui retirais, laissant mes yeux passer sur ses traits doux, dûs à son sommeil. Il n’avait pas perdu sa beauté, celle qui m’avait tant marqué lors d’un cours auquel je n’avais assisté qu’une fois, lorsque nous étions plus jeunes. Un sourire triste étira mais lèvres et je sortis le livre du sac en carton, m’asseyant sur le fauteuil. Je voulais attendre. Je voulais le voir se réveiller, et rester encore un peu avec lui. J’ouvris son livre à la première page et entrai dans un monde fantastique. Mais bien vite, mes pensées s’envolèrent, encore une fois dans des souvenirs que je tentais de refermer, des souvenirs qui ne m’apportaient rien à part un mal de coeur…

**

J’étais allongé sur un lit aux draps vert clair, légèrement relevé par deux coussins superposés. Mes mains tenaient un magazine people racontant des tas de choses qui ne m’intéressaient guère. Ilian se trouvait près de moi, allongé sur le ventre, la tête au pied du lit. Il lisait pour la énième fois son livre préféré, m’oubliant par la même occasion. Cela faisait quatre mois que nous étions ensemble.

Quatre mois que je lui avais donné son premier baiser. Il m’aimait et j’en étais fier. Au moins une personne éprouvait ce sentiment envers moi. Mais moi, je ne lui disais pas. Je ne pensais pas l’aimer, j’étais juste vraiment attiré par lui. Mon regard dériva sur lui. Sur son jean clair moulant ses petites fesses à la perfection, sur ce tee-shirt rouge, légèrement relevé, laissant entrapercevoir son bas de dos. Ilian était magnifique, une véritable tentation. Boudant légèrement par le fait qu’il m’oublie pour un livre qu’il relisait sans cesse, je jetais mon magazine par terre, et m’allongeais près de lui, mettant ma main sur sa peau nue. Immédiatement, je le sentis frissonner, mais ses yeux ne quittèrent pas son maudit livre. Je me collais alors près de lui, et posais mes lèvres sur sa joue, tout en remontant ma main le long de son dos.

– Arrête de lire ! Lui ordonnai-je gentiment, mon souffle caressant son oreille.
– Encore un peu, je suis au moment ou Mael rencontre Argan…Dit-il, tournant la tête et posant furtivement ses lèvres sur les miennes, pour mieux reprendre sa lecture.

Mes sourcils se froncèrent…Alors il pensait qu’avec un simple baiser il pourrait m’avoir ?

– Tu le connais par cœur ! Fis-je, glissant ma main le long de sa hanche.
– S’il te plait ! Me supplia-t-il, les yeux concentrés sur les lignes.
– Bon, bah si c’est comme ça, je vais voir Ewen !

Je me levais, rompant tout contact, mais un sourire de victoire étira mes lèvres lorsque j’entendis le bruit caractéristique d’un livre tomber au sol, et la voix déçue d’Ilian me dire « C’est bon, j’arrête… ». Je me retournais et le vis s’allonger sur le dos, les bras au dessus de la tête, prenant une cigarette et un briquet. Gagnant, je m’allongeais près de lui et lui retirais sa cigarette allumée de la bouche.

– T’es trop jeune pour fumer ! Dis-je, portant la cigarette à ma bouche.

Je tirais dessus, le regard défiant puis la jetais par la fenêtre, retenant la fumée dans ma gorge. Je vis ses yeux s’écarquiller, il détestait quand je faisais ça.

– Non mais arrête ! Tu sais le prix que c’est un paquet ?!? Me cria-t-il, énervé.

J’éclatais alors de rire, mais fus pris à mon propre piège lorsque la fumée m’étouffa. Je me mis à tousser brusquement, me pliant en deux, la main devant la bouche. Je sentis la petite main d’Ilian venir frapper doucement mon dos, m’aidant à m’en remettre.

– En plus, tu ne sais même pas fumer ! Me dit-il, un sourire amusé aux lèvres.
– Te moque pas ! Fis-je, le regard vexé.

Il sourit de plus belle et d’un coup je me jetais sur lui, le chatouillant. Il éclata de rire en se tordant, tentant d’échapper à mes mains, mais rapidement, je passais mes jambes de chaque côté de son corps, le tenant à ma merci. Son regard rieur s’ancra dans le mien et je ne pus le lâcher. Mes mains se stoppèrent, et sa bouche arrêta de rire, la laissant entrouverte. J’étais envoûté.

Doucement, je posais mes coudes de chaque côté de sa tête et posais mes lèvres sur les siennes. Nos langues se retrouvèrent immédiatement, et un baiser tendre nous envoya dans un monde où il n’y avait que nous. A chaque fois, je ressentais ce même sentiment. Un sentiment d’euphorie, de bien-être, un sentiment inconnu, jamais encore ressenti. Mon bassin sembla se chauffer à cet instant. J’avais envie de lui… Ma bouche lâcha la sienne, et mon regard brûlant s’ancra une nouvelle fois dans le sien. Mes lèvres caressaient ses deux bouts de chairs, mon souffle les effleurant, et tendrement, je lui murmurais deux mots qui, je le savais, le firent se raidir.

Faisons le…

**

Le bruit des draps me sortit de ma léthargie et immédiatement, mon regard se posa sur Ilian, qui se relevait doucement. Il s’assit, il semblait être soucieux au vu de son visage crispé et de la façon dont il avait remué la tête comme pour enlever une idée saugrenue de celle-ci. Comme je le pensais, il me lança immédiatement un regard froid tout en redevenant impassible. Je choisis ce moment pour parler.

– Bien reposé ? Ça va un peu mieux ? Demandai-je gentiment.

Mais bien sûr, il ne me répondit rien, et j’enchaînais. J’étais à présent habitué…

– Je t’ai amené ton dîner il y a un petit quart d’heure, il ne devrait pas avoir trop refroidi. Si ce n’est pas assez chaud, tu me le diras et j’irai le réchauffer.

Je le vis tourner la tête et regarder le plateau. Toujours le visage sans expression, il avança la petite table et enleva le petit globe pour regarder son repas avec un air de dégoût. Je me redressai un peu, voulant trouver une position plus confortable. Il entama son repas, sans un regard pour moi. Je savais qu’il se forçait parce que j’étais là, mais s’il fallait que je sois là à chacun de ses repas pour qu’il mange ne serait-ce que quelques bouchées, alors je le ferais. Il mangea la moitié du repas puis repoussa le plateau, avant de se rallonger sur son lit. Je compris qu’il avait besoin d’être seul et choisis ce moment pour me lever.

– Repose toi Ilian, tu en as besoin. A demain, dis-je, d’une voix douce.

Je sentis son regard posé sur moi, mais n’y fis pas attention. Je pris le plateau en main et posais son livre préféré sur la petite table. Je me retournai alors puis sortis, veillant à bien refermer la porte derrière moi. Je ne me retournai pas cette fois pour l’espionner, je savais quelle réaction il allait avoir. Je redescendis aux cuisines puis reposais le plateau. Je remontais par la suite afin de prendre ma veste, ma sacoche et mon portable. Mon regard se posa alors sur ce dernier et j’ouvris le clapet.

Je vis alors six appels manqués d’Hugo et un message enregistré sur ma boîte vocale. Mais je n’avais pas envie de l’écouter. Dans quelques minutes, j’allais avoir une confrontation et cela me suffisait. Dix minutes plus tard, je me retrouvais au volant de ma voiture, roulant sur la voix express. Il pleuvait fort et la nuit tombait déjà. Vingt minutes plus tard, j’entrais dans mon appartement, complètement trempé. Je sentis directement une bonne odeur de poulet flotter dans l’air, et un fin sourire étira mes lèvres. J’enlevais mes chaussures et ma veste, puis marchais vers la cuisine. Je vis directement Hugo assis sur le plan de travail, la tête baissée. Sur la table se trouvaient toute la jolie vaisselle ainsi que des bougies, donnant un aspect vraiment romantique à notre appartement. Je m’approchais de lui et passais mes bras autour de son corps fin, posant mon front dans son cou. Il ne me repoussa pas, bien au contraire, il m’enlaça à son tour.

 

– Excuse moi…Soufflai-je, embrassant tendrement sa joue.
– Moi aussi je suis désolé, je n’aurais pas dû m’énerver comme ça, mais je t’attendais et je ne te voyais toujours pas arriver alors…

Il ne put terminer car j’emprisonnais ses lèvres. Il m’ouvrit immédiatement sa bouche et nous nous embrassâmes tendrement. Je savais qu’il m’en voulait un peu, mais ce soir je ne voulais pas d’une énième dispute. Je passais tendrement ma main dans ses cheveux et embrassais le bout de son nez, avant de me détacher de lui. J’ouvris la porte du frigo et constatais avec envie qu’il m’avait préparé mon repas favori.

– Du poulet sauce caramel avec des pommes de terre ! Dis-je, lui adressant un magnifique sourire.
– Je te dois bien ça, tu as du dormir sur le canap’ de ton frère… Me répondit-il, en haussant les épaules, un petit sourire aux lèvres.

Je m’asseyais à table et ouvris la bouteille de vin blanc. Un sourire aux lèvres, je nous servis, puis reposais la bouteille. Je regardai Hugo en train de sortir le repas du four, puis l’apporter sur la table. Il s’assit, me lançant le plus beau des sourires, puis commença à couper le poulet. J’entendis alors la sonnerie de son portable se mettre en marche et nous tournâmes la tête vers le combiné.

– Tu peux décrocher, j’ai les mains prises…Me dit-il, l’air penaud.

J’acquiesçais et me levais, attrapant le téléphone. Mes yeux se posèrent alors sur le nom de l’interlocuteur. Un certain « Joe ». Les sourcils froncés, je décrochais.

– Allo ?
– Hugo ? Me demanda une voix grave.
– Non, son compagnon, il est occupé, je peux transmettre un message ? Fis-je, aimablement.
– Passez le moi, répondit-il, énervé.
– Il est occupé, je viens de vous dire…
– A quoi ? A te faire une pipe ?!? Passe le moi tout de suite t’entends, sinon…
– Sinon quoi ? Lançai-je sur un ton de défit.

Cette dernière question fit relever la tête d’Hugo et son regard chargé d’incompréhension se posa dans le mien. Je lui tendis alors le téléphone tout en haussant les épaules.

– Un certain Joe, assez connard, souhaite te parler, dis-je, indifférent.

Je le vis alors blêmir d’un coup et me regarder l’air incrédule. Il me prit vivement le téléphone des mains et bredouilla un « je reviens » avant de disparaître dans notre chambre. Perdu, je le regardais refermer brusquement la porte. Qui était ce Joe ? J’avais envie d’aller écouter à la porte, je le sais, j’étais curieux. Mais il ne fallait pas que je m’en fasse, Hugo avait beaucoup d’amis masculins, et puis…J’avais une totale confiance en lui. Je me levais, ne voulant pas commencer ce dîner aux chandelles sans lui puis me dirigeai dans le salon, allumant la radio. Je réglais la fréquence sur une chaîne de musique qui ne diffusait que des chansons romantiques puis m’installais sur le canapé, un magazine à la main.

Il revint quelques minutes plus tard, le visage inquiet. Mes sourcils se froncèrent alors que je le vis s’asseoir près de moi, sa main grattant sa nuque. Ca, c’était le signe qu’ Hugo ressentait un bon coup de stress. Doucement, je passais mon bras derrière son dos et l’embrassais sur la joue.

– Quelque chose ne vas pas ? Demandai-je, posant ma main sur sa cuisse.
– Je…Euh, c’était le père d’un élève, son…Son fils a été viré…et…Bredouilla Hugo, fuyant mon regard
– Il a pas apprécié ?
– Non…Pas vraiment.

Une grimace étira alors mes lèvres. Je savais qu’ Hugo attachait une grande importance au regard des autres, si bien qu’un désaccord avec l’un des parents de ses élèves faisait remonter son anxiété.

– Vu la façon dont il m’a parlé, tu devrais faire attention…Dis-je, calmement.
– Il…Il t’a dis quoi ? Me fit Hugo, tournant son visage vers moi.
– Rien de spécial, il voulait que je te passe le téléphone…Ah, et si tu me faisais une pipe, fis-je rigolant légèrement.

Lui ne rigola pas, et tourna la tête, regardant le sol. Je choisis ce moment pour porter mes lèvres à son cou, et laisser ma langue chatouiller sa peau tendre. Mais il me repoussa gentiment, mal à l’aise.

– Jaeden…Souffla-t-il, tristement.
– Tu ne veux pas ? Demandai-je, lui faisant une petite moue boudeuse.

Je le vis hésiter, puis un petit sourire triste étira ses lèvres. Sans que je ne comprenne, je me retrouvais allongé sur le canapé, me faisant embrasser sauvagement par Hugo. Ses mains partaient une nouvelle fois à la découverte de mon corps, m’arrachant des gémissements de plus en plus bruyants. Oublié, le dîner. Oubliée, la petite soirée romantique. Oublié, le pardon. Il n’y avait que lui et moi.

**

Je me réveillais le lendemain, le corps endolori par nos ébats de la nuit. Je me trouvais encore sur le canapé, complètement nu, une couverture verte posée sur moi et mes vêtements posés au sol. Je me levais doucement pour voir sur la petite table basse un mot, écrit par Hugo.

« J’avais cours à huit heures, tu dormais si bien que je n’ai pas voulu te réveiller. Après tout, tu as beaucoup donné de ta personne hier. J’ai mis le repas dans le frigo, et je te le réchaufferai ce soir. Je te promets de rentrer tôt…Aujourd’hui et tous les autres jours aussi. Je te le promets. Je t’aime plus que tout. »

 

Mes sourcils se froncèrent. Pourquoi me promettait-il une telle chose ? Je comprenais que son travail lui tienne à cœur, tout comme le mien. Même si parfois son absence s’insupportait, il le faisait parce qu’il aimait ça, parce que c’était son métier, sa passion, alors pourquoi cette promesse ?

Hugo était vraiment quelqu’un de mystérieux. Je ne savais jamais à quoi il pensait, ni ce que voulaient dire certaines de ses phrases, mais je crois que c’est cet aspect de lui, ce côté si mystérieux qui me faisait craquer. Un petit sourire aux lèvres, je me levais, ramassant mes affaires. Je les mis dans la corbeille à linge dans la salle de bain, puis rentrais dans la douche, soulageant mes muscles endoloris par la chaleur de l’eau. Mes yeux se posèrent sur la petite horloge sur le meuble, indiquant 10 heures du matin, et je me dépêchais de me nettoyer. J’arrivais dans la chambre et m’habillais rapidement, je voulais aller voir Ilian, lui remettre un peu de cette fameuse pommade « miracle » et peut-être discuter un peu avec lui. Je sortis de l’appartement, veillant à bien refermer derrière moi, puis rentrais dans ma voiture. Vingt minutes plus tard, je me retrouvais dans le hall de l’hôpital, appuyant sur le bouton de l’ascenseur. Une voix grave, que je connaissais par cœur, m’accosta.

– Bien dormi ?

Je me retournai pour croiser le regard de mon directeur. Il avait un sourire radieux aux lèvres, rendant son visage magnifique.

– Oui, assez, mais je vois que toi aussi…Dis-je, le sourire aux lèvres.
– Anita est enceinte…Me souffla-t-il, le regard brillant.

Un énorme sourire déforma mon visage alors que je le prenais dans mes bras. Cela ne faisait peut-être pas professionnel, mais je m’en fichais. Il était mon mentor, mais aussi l’un de mes plus grands amis. Lui et sa femme, mariés depuis 10 ans, essayaient sans relâche de concevoir un enfant, sans jamais y parvenir, jusqu’à maintenant. Ils avaient tout testé, mais rien n’avait marché. Ils avaient finalement entamé une procédure d’adoption, relâchant ainsi la pression. C’en était sûrement la cause, on dit souvent que les choses arrivent lorsque l’on si attend le moins. Ce couple en était la preuve vivante.

– Félicitations, Paul ! M’exclamai-je, le tenant dans mes bras.
– Il faudra que vous veniez manger à la maison, toi et Hugo, histoire de fêter ça ! Me lança-t-il, heureux.
– Mais sans alcool cette fois, fis-je, amusé.

Il rigola légèrement, puis nous rentrâmes dans l’ascenseur. Nous étions seul, lui rayonnant et moi me posant la question : Ilian dormait-il encore ? Le directeur sembla lire en moi car il parla de lui.

–  Sa sœur devait venir lui rendre visite ce matin…Vous n’avez pas rendez-vous avant demain non ? Me demanda-t-il, étonné.
– Je… Je voulais juste savoir comment il allait…Me justifiai-je, tournant la tête car je sentais mes joues s’échauffer.
– Jaeden, tu es trop dans…Commença-t-il, las
– Mon patient vient de faire une tentative de suicide, Paul, s’il veut parler je veux être là, le coupai-je
– Et s’il te parle, je veux être au courant. Les moindres mots qu’il prononce, je veux les connaître…Compris, Jaeden ?
– Compris.

Je mentais. Je savais indéniablement qu’Ilian et moi finirions par parler du passé. Une rancœur encore énorme nous séparait, et plus nous nous voyons, plus elle se faisait présente. Mais je savais aussi une chose. Plus je ne le voyais pas, plus je pensais à lui. Sauf quand j’étais avec Hugo. Je soupirais puis je lançais un simple « Au revoir », avant de sortir de l’ascenseur, prenant le chemin de l’infirmerie. Le pot de pommade dans ma poche, je m’approchais de la chambre d’Ilian. Mais une voix féminine m’arrêta. Une voix qui appartenait à une jeune femme que j’avais souvent détestée par le passé.

– As-tu seulement pensé un court instant à nous ? Si tu tiens à rester ici sans faire d’effort, c’est ton problème, pas le nôtre ! Tu sais quoi Ilian ? J’aurais préféré milles fois être fille unique, la vie aurait été bien meilleure pour papa et maman.

Comment pouvait-elle dire ça à son propre frère ? Le venin qui coulait dans ses veines était immonde. Elle n’avait pas changé, toujours aussi hautaine et idiote. Je décidais d’entrer, mais aucun des deux ne m’avait remarqué. Ilian se tenait dans son lit, assis, regardant droit devant lui. Son visage était inexpressif, alors que son regard était aussi froid que de la glace. La sœur d’Ilian se trouvait près de lui, debout. Elle portait une robe noire stricte, surmontée d’une petite veste de la même couleur. Ses longs cheveux bruns avaient été ramassés par une barrette. Ses yeux verts semblaient vouloir tuer Ilian du regard. Je suis sûr qu’elle aurait aimé le faire. Je priais intérieurement pour qu’elle ne me reconnaisse pas. De toute évidence, elle ne m’avait pas beaucoup apprécié, ni vu pendant les deux années où j’avais été avec Ilian.

– Pff, et tu ne réponds rien…Tu ne cherches même pas à te défendre, reprit-elle, resserrant sa prise autour de son sac.

Je choisis ce moment pour manifester ma présence, pensant qu’ Ilian avait suffisamment encaissé pour le moment. Je ne comprenais pas que les infirmières aient laissé entrer un membre de la famille, alors que du repos était conseillé à mon patient.

– Qu’est-ce que vous faites là ? Vous allez me faire le plaisir de sortir d’ici et de ne plus jamais revenir le voir, fis-je, la voix froide.

Je la vis se retourner et écarquiller grand les yeux. Et moi qui pensais passer inaperçu… Mais elle ne dit rien, se contentant de me fixer un moment. Vexée, elle regarda son frère furtivement puis reposa son regard sur moi, aussi hautaine qu’elle le pouvait.

– De toute façon, j’avais fini, répliqua-t-elle, elle aussi froide.

Elle me contourna, sans un regard, puis sortit de la pièce. Je me retournais à mon tour et refermais la porte, regardant sa fine silhouette prendre le chemin de la sortie.

– Décidément, son idiotie a pris le dessus sur le peu d’intelligence qu’elle avait… Soupirai-je, la voyant rentrer dans l’ascenseur.

Je me retournai pour croiser le regard inexpressif d’Ilian. Je n’y fis pas attention, devenant habitué.

– J’espère que tu as bien dormi et que ta nuit a été plus reposante que la mienne, dis-je, calmement.

Mes yeux se posèrent alors sur son plateau, à peine entamé, et une grimace étira mes lèvres.

– Ilian…Il faut que tu…

Je me surpris alors à trouver cette phrase complètement débile. Ce n’est sûrement pas moi qui le ferais changer d’avis sur la nourriture. Il fallait que je trouve un moyen, pour lui donner envie de manger, aussi mauvaise que soit la nourriture de l’hôpital.

– Bon, repris-je rapidement, passons pour cette fois.

Je m’approchais alors de lui, sentant son regard posé sur moi. Mais je ne dis rien, préférant le silence. Au moins, nous ne nous disputions pas… Je décidais de m’asseoir près de lui, sur le matelas.

– Je peux ? Demandai-je, fixant son bras bandé.

Il ne me répondit pas mais je le vis me le tendre. Précautionneusement, je le posais sur mes genoux, sortant la crème de mon frère de ma poche. Aucun mot ne fut échangé alors que je défaisais le bandage et posais mes doigts enduis de substance verte sur sa peau. Doucement, je me mis à masser sa plaie encore vive, m’appliquant à la tâche.

L’atmosphère devint alors légère, paisible. Un coup d’œil à Ilian m’indiquait qu’il avait fermé les yeux. Il était détendu et j’en étais ravi, car je doutais qu’il soit aussi insensible à ce que lui avait dit sa sœur. Je regardai devant moi, mes yeux se posèrent sur le livre préféré d’Ilian. Encore une fois, la vue de ce livre fit bouger mes pensées. Les yeux dans le vague, je les laissai me submerger, bercé par la peau douce d’Ilian.

**

J’étais encore au dessus d’Ilian, mes mains passant dans ses cheveux et ma bouche embrassant son cou pâle. Il ne m’avait pas encore répondu, mais j’avais senti ses mains se crisper sur mes hanches, signe de son angoisse intérieure. Peut-être y étais-je allé un peu trop vite ? A certains moments, j’oubliais qu’Ilian était un grand timide. Alors j’attendais, patiemment. J’avais une envie folle de lui, mais je ne voulais pas le brusquer.

– Ca fait mal ?

Je relevais alors la tête, surpris de l’entendre parler. Il ne m’avait pas dit oui, mais il ne m’avait pas dit non non plus. Je souris à cette question vraiment innocente, et remarquais immédiatement les rougeurs qui s’installaient peu à peu sur ses joues. Ma main se posa sur son front et glissa vers le haut, afin de lui remettre une mèche rebelle, qui cachait ses yeux magnifiques.

– Un peu au début, mais je ferais tout pour que la douleur passe vite, répondis-je, frottant tendrement mon nez contre le sien.
– Il…Il y a Ewen pas loin…Dit-il, hésitant.
– Non il est parti à son entraînement de foot, il me l’a dit quand je suis arrivé…Répondis-je en haussant les épaules.
– Mais je croyais que tu voulais aller le voir ?
– Je savais que tu me retiendrais…Fis-je, rigolant légèrement.

Lui ne rigola pas et regarda un instant dans le vide, semblant chercher une nouvelle excuse. Déçu, j’arrêtais de sourire, abandonnant. Il n’était pas prêt.

– C’est bon, c’est pas grave si tu n’en as pas envie, on attendra, m’exclamais-je, essayant de ne pas montrer ma déception.

Je basculais sur le côté, me mettant sur le ventre pour ne pas lui montrer que j’étais vraiment excité. Rapidement, je ramassais le magazine par terre et repris ma lecture, il fallait que je pense à autre chose.

Cela faisait quelques minutes que l’on ne s’était pas parlé. Il n’avait pas bougé, les yeux fixant le plafond. Je le sentis alors se coller à moi, passant timidement son bras autour de ma hanche et sa tête vint se cacher dans le creux de mon cou.

– Ok…Souffla-t-il, resserrant sa prise autour de moi.

Mes mains se raidirent à ce simple mot. Mais ma déception ne me quittait pas. Il ne le voulait pas.

– Arrête Ilian, si tu n’en a pas envie, ne te force pas, dis-je, légèrement sur un ton de reproche.
– Je me force pas…j’ai simplement…peur… C’est ma première fois moi, toi je sais très bien que tu as connu plein d’expériences. Moi, je suis nul… Je t’aime moi, et… Je saurai pas comment faire, je serai nul alors j’ai peur… Fit-il, les yeux brillants.

Je me retournais, surpris par ses propos. Mes mains se posèrent sur ses hanches, et doucement, je me retrouvais au dessus de lui. De fines gouttes perlaient le long de ses joues, et tendrement, je les embrassais. Je ne sais pas ce qui me prenait. Ilian m’attirait comme un aimant, depuis pas mal de temps déjà. Je l’avais vu dans un cours, jamais je n’avais pu le tirer de mes pensées. J’avais beau passer devant lui, m’asseoir à côté de lui à la bibliothèque, le croiser dans les couloirs, rien n’y faisait, il ne me voyait pas. Puis un soir, je l’avais vu rentrer avec Ewen. J’avais d’abord cru que c’était son petit ami, puis mon frère m’avait appris que c’était son cousin. Un espoir immense s’était installé en moi, et pour avoir Ilian, je m’étais lié d’amitié avec Ewen. Je n’étais pas le genre de mec à être en couple. Avant Ilian, un mois était mon maximum. Mais je n’arrivais pas à le quitter, il m’attirait trop. J’avais sans cesse envie de l’embrasser, de le toucher, et s’il savait toutes les pensées qui me traversaient l’esprit, c’est lui qui aurait fichu le camp depuis belle lurette.

– Tu as peur que je te quitte ? Demandai-je, caressant sa joue du bout de mon pouce.

Il hocha la tête de haut en bas, et évita mon regard. Un sourire amusé étira mes lèvres. Il ressemblait à un gamin, tellement innocent…

– Je ne te quitterai pas, je crois que j’en suis incapable de toute façon, avouais-je, posant mes lèvres sur les siennes.

Je n’en revenais toujours pas de la douceur de ses lèvres. Ce fut lui qui m’entraîna dans une valse, douce et passionnante à la fois, faisant bouger ma langue. Il embrassait à merveille. Ses mains hésitantes vinrent se loger sous mon tee-shirt, caressant ma peau. Je ressentis un frisson me faire trembler, et j’intensifiais le baiser, le rendant plus endiablé. Ses mains descendirent peu à peu à l’intérieur de mon jean, se posant sur mes fesses, enfin sur le tissu de mon boxer. Étonné par son assurance, je mis fin à notre baiser, le regardant, surpris.

– Tu es sûr ? Demandais-je
– Après ce que tu viens de me dire…mais… Vas-y doucement…Me répondit-il, rougissant.

Un énorme sourire étira mes lèvres, et d’un bond, je me mis sur les genoux, envoyant valser mon tee-shirt blanc. Le torse nu, je me collais à son corps, passant mes mains sous son tee-shirt.

– Alors je vais te montrer à quoi ressemble le septième ciel ! Déclarai-je, déjà enivré par le désir.

 

– Il n’y a plus de pommade.

La voix froide d’Ilian me fit alors revenir sur terre, et violemment, je sursautais, me levant précipitamment. Perdu, je regardais autour de moi, pour constater que ce souvenir avait été plus vrai que nature. Le rouge me prit aux joues, il ne fallait absolument pas qu’Ilian me voie dans cet état. Je me sentais excité, et cela devait être sûrement visible. Immédiatement, je pris son plateau et le mis au niveau de mon entrejambes.

– Je reviens plus tard, déclarai-je, m’éloignant déjà vers la porte d’entrée.

Rapidement, je me trouvais hors de la chambre, toujours le plateau en main. Je me dirigeai à toute allure vers la cuisine, posant le plateau n’importe où, puis me dirigeais vers les toilettes de l’étage. Immédiatement, je me plongeais dans une cabine, fermant le loquet derrière moi. Je m’assis sur la cuvette, après avoir rabaissé le dessus, puis mis ma tête entre mes mains. Pourquoi repensais-je sans cesse à ces instants ? Pourquoi me mettais-je dans un état pareil ? J’avais fait une croix sur Ilian le jour où j’avais rencontré Hugo. Mais maintenant qu’il était revenu…Que je l’avais retrouvé dans de graves circonstances…. J’étais vraiment perdu. Et mon état actuel n’arrangeait pas du tout les choses.

Dépité, et ne voyant que cette solution, j’ouvris ma braguette, libérant mon sexe durci. Je me mis à penser à la nuit dernière, sauvage et passionnée. Un sourire se dessina sur mes lèvres alors que je posais ma main sur mon sexe. Je commençais par des vas et viens lents et soutenus, me procurant tout de même une vague de plaisir intense. Cependant, plus je me forçais à penser à Hugo, plus ce souvenir disparaissait, pour laisser place à un autre. Mon coup de main devint plus rapide, et mes gémissements s’étouffaient dans ma gorge. J’allais plus ou moins tromper Hugo. Juste pour une fois.

**

Mes mains caressaient ses tétons durcis. Je n’avais pas encore retiré son tee-shirt que je sentais déjà son excitation grandissante. J’étais ravi, on allait le faire, et il allait m’offrir sa première fois. Mes lèvres quittèrent les siennes et partirent une nouvelle fois à la recherche de son cou, que je mordillais sans relâche. Je descendis mes mains, lui arrachant un gémissement de frustration. Un sourire sadique se dessinait sur mes lèvres. Lentement, pour ne pas le brusquer, je dégrafais les boutons du jean d’Ilian, mettant ma main à l’intérieur de son boxer, caressant son sexe. Il ne me dit rien, mais je sentis la prise de ses bras se resserrer autour de mon cou. Mon autre main descendit et atterrit le long de sa hanche et doucement, je commençais à lui retirer son pantalon. Après un petit moment il se retrouva au sol, et je choisis ce moment pour revenir l’embrasser. Sa peau était brûlante. De gène mais aussi de désir. Mes mains se posèrent sur sa virilité, que je massais sans gêne. Pour la première fois je la touchais. J’avais envie de lui. Le goûter sous tous les angles…Tendrement, je mis fin à notre baiser et descendis le long de son corps. Il ne me regardait pas, et cela m’énervait. Je me relevais, le forçant à croiser mon regard.

 

– Regarde-moi…Soufflai-je, excité.
– Qu’est-ce…Qu’est-ce que tu vas faire ? Me demanda-t-il, hésitant.
– Te décrocher le paradis….

Je descendis alors, mes mains effleurant sa peau à demi découverte. Mes lèvres venaient embrasser son bas ventre. Il avait la chair de poule. Je remarquais que ses bras étaient le long de son corps, alors vivement je les pris et les posai sur ma tête. Il exerça alors immédiatement une pression, m’avertissant qu’il aimait ce que je lui faisais. Sa gorge ne cessait de gémir, me rendant fou. Mes lèvres descendirent un peu plus, allant jusqu’à se poser sur sa verge. Au contact, je sentis Ilian se cambrer, lançant un gémissement fort.

Un nouveau sourire étira mes lèvres, et je le pris immédiatement en bouche, l’entourant de ma langue. Je sentis une de ses mains quitter ma tête et le vis la poser sur ses yeux. Sa bouche était entrouverte et son tee-shirt commençait à lui coller à la peau. D’un coup, je fis un mouvement de succions qui lui arracha un petit cri. Grisé, je recommençais, le caressant de part et d’autre. Mes vas et viens devinrent de plus en plus rapides, enhardis par le son de sa voix, et sa main se crispant sur mes cheveux. Une succion un peu plus forte, et il se répandit dans ma gorge, lâchant un cri terriblement excitant. Son bras sur ses yeux, je le voyais lutter pour reprendre une respiration normale. Mais je ne voulais pas lui laisser de répit. Je me relevai, avalant son sperme avec délice. Mes mains se posèrent sur mon pantalon, que j’enlevais à la va vite. Je me retrouvais nu en face de lui. Je souris en remarquant qu’il n’osait pas me regarder, alors que moi, je le « matais » sans aucune pudeur. Doucement, je lui pris ses mains et le fis s’asseoir. Mes lèvres vinrent embrasser son cou alors qu’il penchait la tête pour m’en donner l’accès. Ses mains passaient autour de mes hanches, touchant fébrilement le bas de mon dos. Les miennes vinrent se poser sur le bord de son tee-shirt, et délicatement, je lui enlevais. Il leva les bras, rougissant encore plus lorsque mes yeux se posèrent sur son torse pâle, finement musclé. Je ne résistais pas bien longtemps et me mis à lécher avidement ses muscles, l’entendant gémir.

Après quelques minutes, je remontais son corps afin de happer ses lèvres dans un baiser brûlant qu’il me rendit. Ses mains restaient sur mon corps, le caressant encore timidement. Ses caresses me faisaient vibrer de plaisir. Doucement, je mis fin à notre baiser, plongeant mon regard dans ses yeux verts si rieurs, si magnifiques.

– Tu es prêt ? Dis-je, l’embrassant furtivement.

Il ne me répondit pas, mais hocha la tête de haut en bas, en signe d’accord. Doucement, j’amenais un doigt à ma bouche et me mis à le lécher. Je sentais, en dessous de moi, la virilité d’Ilian se gorger à nouveau de plaisir, mais alors que je continuais ma tâche, une chose invraisemblable se produisit.

Ilian s’était relevé et avait pris ma main, l’amenant à sa bouche. Complètement surpris, je ne fis aucun mouvement, me contentant de le regarder faire. Il mit timidement deux doigts dans sa bouche, et enroula sa langue autour, mimant la fellation. Mon cœur cognait si fort dans ma poitrine que j’avais du mal à ne pas lui sauter dessus. Il fuyait mon regard, mais l’acte qu’il était en train de faire attisait mon désir, à un point inimaginable.

Je ne pus résister bien longtemps, et brusquement je retirais mes doigts de sa bouche, et y plaçai mes lèvres, prenant d’assaut sa langue. Ma main tenait ses cheveux, l’obligeant à se coller à moi. Mon autre main descendait lentement le long de sa hanche pour terminer sa course sur ses fesses. Lentement, je laissais un doigt commencer à entrer en lui, mais je le sentis se raidir et mettre fin à notre baiser. Il ne fallait pas qu’il commence à réfléchir. Surtout pas. Je repris d’assaut ses lèvres, l’entraînant dans un baiser tendre. Je lui faisais comprendre tout dans ce baiser, que jamais je ne lui ferais de mal, qu’il me satisfaisait, que tout se passerait bien. Et il s’embla le comprendre car ses mains vinrent se poser sur mon dos et sur ma tête, approfondissant notre échange. Mon doigt entra entièrement en lui, et lentement, je commençais à le mouvoir, arrachant quelques gémissements de douleur. Mais je ne lâchais pas sa bouche. Lorsqu’il fut habitué, j’enfonçais un deuxième doigt qui fut cette fois accueilli avec un cri de douleur.

– Détends toi Ilian…Soufflai-je, le sentant trembler sous moi.
– Facile à dire ! Répondit-il, les yeux fermés.

Un sourire amusé étira mes lèvres alors que je le sentis me reprendre dans ses bras, m’embrassant le cou. Il était prêt à aller jusqu’au bout, malgré la douleur et j’en étais ravi. Ce fut lorsque sa langue vint me lécher mon lobe d’oreille que mon désir prit le contrôle de ma personne et immédiatement, je mouvais mes deux doigts. La douleur fut brève et le plaisir se mit à déformer ses traits, le rendant irrésistible. Il se déhanchait lui même sur les doigts, sûrement inconsciemment, et m’embrassait avec un tel besoin, qu’il était difficile pour moi de ne pas le prendre sur le champ. Mais je continuais la préparation un moment.

Après de longues minutes, j’écartais ses cuisses, les posant sur mes hanches. Je dirigeais mon pénis prés de son orifice et y entrais doucement. Je le sentis se raidir à nouveau et attendis. Puis je bougeai à nouveau, m’enfonçant un peu plus. Il nous fallut un long moment avant que mon pénis soit en lui, et doucement, je commençais à me mouvoir en lui, lui arrachant encore des gémissements de douleur. Mais ceux-ci furent bien vite transformés en cris de plaisir, rythmant notre danse. Nos corps s’unissaient pour la première fois, et ce fut une sensation merveilleuse qui me transperçait à chaque coup de rein. Je sentais Ilian me griffer les omoplates, me prendre mes lèvres dans des baisers tous plus violents et passionnés que les autres. Lui qui se disait nul, s’avérait être le meilleur de tous mes partenaires. Magnifique fut le mot de notre première fois. C’est dans un cri mutuel de soulagement que nous nous libérâmes, moi au creux de son corps, et lui sur nos bas-ventres. Haletant, nous restâmes dans cette même position un long moment, savourant l’orgasme fulgurant qui venait de nous transpercer.

**

Un dernier va et viens, et j’éjaculais dans ma main, le corps secoué par ce souvenir. Mon cœur ne cessait de battre à un rythme démentiel, refusant de me donner une respiration calme. Les yeux fermés, je me maudissais d’avoir pensé à Ilian. Comment pouvais-je avoir ce genre de pensée alors que j’étais en couple et qu’Ilian se trouvait dans un lit d’hôpital ?

Il fallait que je me reprenne, et vite. Dégoûté, je me levais, refermant mon pantalon. Je sortis de la cabine et allais directement au lavabo, où je passais mes mains sous l’eau. Me nettoyant, je levais la tête, pour constater avec horreur le reflet de Kain dans le miroir. Il se trouvait adossé à une cabine adjacente et me regardait un sourire sadique étirant ses lèvres.

– Soulagé ? Me lança-t-il, narquois.

– Je rougis immédiatement devant cette phrase, enfouissant ma tête dans mes épaules.

– Ca… ça fait longtemps que tu es là ? Demandai-je, penaud.
– Une minute, mais assez pour comprendre que mon frère se paluche durant ses heures de boulot… Répliqua-t-il, rigolant légèrement.

Je ne lui répondis rien. De toute façon, que pouvais-je bien lui rétorquer ? Je venais de me faire prendre sur le fait, par mon frère, le plus grand moqueur de la terre. Une gêne immense se propageait en moi. Penaud, je me retournais devant lui, m’accoudant sur le lavabo, baissant la tête. Je sentis alors qu’il s’approchait de moi, et posait une main réconfortante sur mon épaule.

– Allez, petit frère, pour une fois que je te trouve un défaut, tu vas pas faire la tête…

Je souris devant cette petite phrase hypocrite et levais mes yeux sur lui, pour remarquer qu’il tenait à la main un sac de chez McDonalds.

– Je voulais déjeuner avec toi, dans ton grand bureau, mais l’hôpital vient de m’appeler, il y a eu un accident de la route, ils ont besoin de personnel… ça s’est arrangé avec l’autre ? Me demanda-t-il, tout en me tendant le sac de nourriture.
– Hugo, le repris-je, lui lançant un regard mauvais. Oui, ça s’est arrangé.
– Dommage…
– Arrête Kain !
– Je suis désolé, mais je ne l’aime pas, je suis persuadé qu’il y a quelqu’un de beaucoup mieux pour toi que lui.
– Tu me saoules…Hugo est le petit ami idéal, je n’ai jamais été aussi heureux qu’avec lui !

Il haussa les épaules et ouvrit la porte, mais alors que je pensais qu’il allait partir, je le vis se retourner et me regarder sérieusement.

– Menteur, fit-il, un sourire ironique au visage
– Pourquoi ? Répliquai-je, sur la défensive.
– Tu as déjà été aussi heureux, avec Ilian.
– Tu n’es pas le premier à me dire qu’il faut que j’oublie Ilian ?

Il ne me répondit pas, et leva les yeux au ciel semblant chercher une réplique cinglante.

– Tu trouves pas ça ironique que depuis que tu travailles sur le dossier d’Ilian, tu t’engueules autant avec Hugo ? Je pense que tu t’es servi d’Hugo, en attendant qu’Ilian revienne vers toi…Et maintenant qu’il est là, je suis sûr…
– Excuse moi, mais qui de nous deux est le psy ?

J’étais en colère, comment Kain pouvait-il dire cela ? Jamais je ne me servirais d’Hugo pour combler un manque. J’aimais Hugo, plus que tout, plus que ma famille, plus que Kain, plus qu’Ilian. J’en étais certain.

– Comme tu veux, répondit-il, visiblement déçu.

Sans un mot, il sortit de la pièce, me laissant seul avec le paquet de McDonalds. Ce qu’il m’avait dit me perturbait. Je n’avais jamais vraiment remarqué que le nombre de nos disputes augmentait, depuis l’arrivée d’Ilian. On se disputait souvent, je l’avoue, mais elles n’étaient pas aussi nombreuses, et aussi violentes. Il fallait que je me reprenne, et vite.

Je posais une main sur le papier et constatais que le repas était encore chaud. Une idée me vint alors à l’esprit. Peut-être que de manger autre chose que de la nourriture d’hôpital changerait un peu. Décidé, je sortis des toilettes, me dirigeant vers les cuisines. Je pris un plateau et une assiette et y déposai un hamburger, avec plein de frites autour. Je recouvris l’assiette par le couvercle, et le pris en main. Un sourire aux lèvres, je me dirigeais vers la chambre d’Ilian. Mais ce que j’y vis me fit immédiatement perdre le sourire.

Assis sur le lit d’Ilian, se trouvait Melvin. Il avait un sourire affiché aux lèvres et semblait parler de beaucoup de choses avec mon patient. Je sentis un agacement énorme me prendre alors que je voyais le regard d’Ilian si compréhensif avec lui. Pourquoi était-il aussi calme avec lui ? Un adulte à peine sorti de l’adolescence. On pouvait encore voir les marques que lui avait données son acné.

– Je te laisse, fit Melvin, regardant a nouveau Ilian. Repose toi bien et j’espère te revoir vite.

Il se leva et posa le livre. Mon livre. Quel ingrat, il touchait ce qui ne lui appartenait pas. Je le vis alors prendre un cahier. Je savais très bien ce que c’était puisque qu’un bon nombre de psychiatres avait subtilisé ces cahiers. C’était les écrits d’Ilian. Le directeur m’avait dit qu’il refusait de les faire lire, et que ces cahiers n’étaient que de petites histoires, extérieures à Ilian. Moi, je pensais le contraire. Et je voulais les lire. Mais je ne voulais pas détruire le peu de confiance qu’il y avait entre nous. Et voir cet avorton prendre délibérément ce cahier m’énervait. Ilian lui en avait-il donné l’accord ? Certainement que oui, vu qu’il n’y avait aucune trace de dispute. Melvin était quoi pour Ilian ?

Il passa à côté de moi, m’ignorant superbement. Décidément, je pense que c’était le patient que j’aimais le moins. A peine fut-il sorti que je refermais la porte. Je m’approchais d’Ilian, et posais le plateau sur la table. Je savais qu’il n’avait pas faim, mais je voulais le forcer à manger, un peu. Il s’assit dans son lit, et je fis rouler le plateau, vers lui. Puis je partis m’asseoir dans mon fauteuil, le regardant manger.

Je le vis alors lever le couvercle, après un temps. Je pus voir ses pupilles se dilater sous la surprise, et il me regarda, incrédule. Je souris intérieurement, sans lui en faire part, voulant voir la suite des événements. Une chose alors incroyable se produisit. Ce fut bref, mais au son de sa voix, mon cœur se mit à battre vite…Trop vite.

– Merci…Murmura-t-il, calme.

Il gardait son visage impassible, comme s’il se moquait complètement de ce que je venais de lui offrir. Comment arrivait-il à se forger un visage aussi indifférent ? Lui qui était incapable de me cacher quelque chose lorsque nous étions plus jeunes. Pourtant, je le voyais avaler ses frites. Je savais qu’il aimait. Je le vis alors attraper son hamburger et croquer à pleines dents dedans. Un petit sourire étira mes lèvres. J’étais sûr de moi, il ne voulait pas le montrer, mais ce cadeau lui faisait plaisir. Merci Kain.

Je décidais de me lever. Je ne savais pas si j’avais pu atteindre sa confiance, mais je voulais essayer. Je voulais revenir à la place de Melvin, et voir si Ilian me repousserait. Je m’assis près de lui, juste au bord du lit. Il ne fit aucune objection et je sentis un élan de bonheur s’emparer de moi. Petit à petit, nous avancions. D’un geste rapide, je lui volai une frite, n’ayant rien mangé non plus.

– Content que ça te plaise…

Ma voix était douce, un brin amusée. Je ne pouvais m’empêcher de le dévisager. Il semblait plus mûr, plus adulte. Le Ilian dont j’étais tombé amoureux n’existait plus. Le Ilian si timide et réservé. Le Ilian qui n’osait pas m’embrasser dans la rue, de peur que les gens le voient. Le Ilian que j’avais aimé plus que tout, sans jamais lui avouer.

Je me levais alors, le laissant continuer son repas tranquillement. Il mangeait et cela me faisait chaud au cœur. J’attrapais le livre que j’avais acheté et m’assis sur le fauteuil, reprenant ma lecture. Lorsque je relevais les yeux, une bonne demi-heure plus tard, j’eus la surprise de voir Ilian allongé dans son lit, dormant paisiblement. Un sourire en coin étira mes lèvres et je me levais, reposant le bouquin sur la petite table. Je pris le plateau en main, et après un dernier regard, je sortis de la pièce.

Je déposais le plateau dans la cuisine, puis me dirigeais vers la salle des infirmières. Je voulais lire le dossier d’Ilian, depuis son entrée à l’infirmerie. Voir ce qu’il avait mangé, quels soins il avait eu. J’entrais alors dans une petite pièce carrée, dans laquelle quelques jolies infirmières se trouvaient, assises, sirotant un café. Je leur rendis leur sourire puis m’approchais du thermos de café, m’en prenant une tasse. Puis je m’avançais vers l’armoire, d’où je sortis le dossier de mon patient. Je m’assis sur une table libre et commençai ma lecture, scrutant les moindres détails.

– Docteur Sadler ?

Surpris, je levais mes yeux vers mon interlocutrice. Je la reconnus immédiatement car c’était la réceptionniste d’accueil, tout en bas de l’hôpital. Elle souriait à pleines dents, tout en me tendant un paquet de bonbons. Étonné, je le pris en main, lui montrant bien mon incompréhension.

– L’hôpital a reçu un gros investissement, d’un de ses fabricants de bonbons, et ils nous ont envoyé par la même occasion plusieurs boîtes, elles sont offertes aux employés, me dit-elle, souriante.
Merci Violaine, répondis-je, amusé.

Elle se retourna alors vivement et repartit s’asseoir avec toutes les infirmières. J’entendis alors plusieurs chuchotements et refrénais une grande envie de rire. Si ces demoiselles étaient au courant de mon homosexualité…Mes yeux se posèrent alors sur la boîte et ils s’agrandirent de surprise. La boîte était assez petite, toute blanche. Je savais très bien ce qu’il y avait dedans. De petits oursons, remplis de guimauve, le tout enrobé de chocolat blanc. Le destin devait s’acharner sur moi car c’était les préférés d’Ilian.

Je reposais la boite prés de moi puis repris ma lecture. Quelques minutes plus tard, beaucoup d’infirmières quittèrent la salle. Il n’en restait plus que deux qui discutaient vivement. D’un sujet qui m’intéressait grandement. Je fis alors semblant de lire, écoutant attentivement.

– Celui qui s’est cassé une jambe ?
– Non, la tentative de suicide.
– Celui qui a tué son cousin
– Oui. Il paraîtrait qu’il sortirait avec le petit nouveau.
– Melvin ?
– Oui.
– Depuis quand ?
– Je ne sais pas, mais il a eu l’autorisation d’aller le voir à l’infirmerie, alors…

Je sentis mon cœur faire un bon dans ma poitrine et un malaise me submerger. Alors ils sortaient ensemble. Pourquoi étais-je si surpris et…écœuré ? Voilà la raison pour laquelle Ilian était si détendu envers Melvin. Ils avaient….Une relation. Ce mot sonnait faux à mes oreilles. Melvin n’avait rien, et ne correspondait certainement pas au type d’homme que recherchait Ilian. Il devait y avoir une erreur. Et puis les rumeurs sont toujours fausses…Enfin pour la plupart…

Je décidais de me lever et d’aller voir Ilian. Si je voulais en être sûr, autant lui demander maintenant. J’entrais alors dans sa chambre, et le retrouvai encore endormi. Il était sur le ventre, sa tête sur le côté et son bras collé à son nez. Il était tout simplement magnifique. Son tee-shirt remontait légèrement, me laissant apercevoir un bas de dos, et une peau très pâle. Ses joues étaient légèrement rosées, lui donnant ce même air enfantin qu’il abordait quatre ans plus tôt. Un pincement au cœur, je posais la boîte de bonbons sur la table. J’avais refait ma vie. Avec Hugo. Je n’avais pas le droit d’éprouver ce genre de sentiment. Il ne m’appartenait plus. Décontenancé, je sortis de la pièce, veillant à bien refermer la porte derrière moi.

Je décidais de rentrer chez moi, n’ayant rien d’autre à faire. Une demi-heure plus tard, je me retrouvais assis sur le canapé, regardant un film qui venait tout juste de commencer. C’était un navet, et je finis par m’endormir.

Je me fis réveiller tendrement par les lèvres d’Hugo, m’embrassant le visage de par et d’autre. Dans un petit sourire, j’agrippais sa nuque pour rejoindre ses lèvres. J’adorais l’embrasser. Ses lèvres si sucrées et si douces. Mes yeux s’ouvrirent, et je me redressais, me frottant les yeux.

– J’ai dormi longtemps ? Demandai-je, encore fatigué.
– Je ne sais pas, il est 18 heures, me répondit-il, s’allongeant près de moi.
– Tu rentres tôt…Dis-je, passant mes bras autour de son corps.
– Je te l’avais promis…

Je m’abaissai alors à son niveau, plongeant mon visage dans son cou. Il portait un parfum que j’aimais plus que tout.

– Tu sais, je t’ai jamais dit de rentrer plus tôt pour moi. Oui, ne pas te voir rentrer à cause de tes réunions m’énerve, mais c’est ton travail et je sais que tu l’aimes plus que tout…Ne vas pas mettre ta carrière en danger pour moi, dis-je, croisant son regard, sérieux.
– Jaeden… Je… Me fit-il, étonné.
– Alors à la prochaine réunion, je veux que tu y ailles.

Je ne lui laissai pas le temps de répondre que je me levais. J’entrai dans la cuisine afin de préparer le dîner. Nous allions enfin avoir notre soirée en amoureux.

**

Le lendemain, je me retrouvais une nouvelle fois dans mon bureau, une tasse de café à la main, le dossier d’Ilian dans l’autre. Je ne cessais de relire le procès, voulant y déceler le moindre indice. Mais plus je m’acharnais, plus je ne trouvais pas. Des petits coups à ma porte me firent lâcher tout. La personne entra. C’était une petite infirmière, je crois même que c’était l’infirmière en chef.

– Je vais aller faire le soin de votre patient, puis il arrivera dans votre bureau, me lança-t-elle timidement.
– Je vous accompagne.

Elle hocha la tête et se retourna. Je la suivis sans un mot, zigzaguant entre les couloirs. Elle entra dans la chambre d’Ilian sans frapper et le réveilla assez brutalement. J’étais étonné, mais ne dis rien. Ilian se redressa, s’habituant peu à peu à la luminosité.

– J’espère que tu t’es bien reposé, et que cela t’aura remis les idées en place. Je vais refaire ton pansement, et tu iras faire une séance avec ton psychiatre avant de regagner ta chambre, dit-elle, assez froide.

L’infirmière s’approcha de lui, tirant tout de même assez brutalement sur son bras mutilé. Je vis Ilian tourner vivement la tête dans l’autre sens alors qu’elle mettait la plaie à l’air libre. La honte devait l’assaillir. Elle lui fit son soin rapidement, sûrement ne lui avait-elle donné que le strict nécessaire. Nous sortîmes de la chambre, le laissant se laver et se rhabiller. Il me rejoignit quelques minutes plus tard, puis, sans un mot, nous parcourûmes les couloirs. Nous croisâmes plusieurs personnes, qui dévisageaient Ilian. Que pouvais-je bien dire ? Je n’étais pas le maître de leurs pensées, et même dans un hôpital psychiatrique, les rumeurs allaient bon train. J’en avais eu la preuve il n’y a pas longtemps.

Nous arrivâmes devant ma porte et je le laissais entrer le premier, lui renvoyant un petit sourire de courtoisie. Il y pénétra rapidement, s’asseyant assez lascivement sur le fauteuil en face de mon bureau. Il ne semblait pas perturbé par cet entretien. Moi, je l’étais. Trop peut-être, encore une fois. Avec tous les événements qui se produisaient entre lui et moi, les souvenirs qui n’arrêtaient pas de ressurgir, je ne faisais qu’espérer que cet entretien se passe au mieux. Que je puisse vraiment avancer avec lui. Aussi professionnellement que possible.

Je m’assis donc sur mon fauteuil, et posais mes mains sur le bureau. Je pris une profonde respiration et commençais, une idée bien précise du sujet que nous allions entamer.

– Bien, ne t’inquiète pas, nous n’allons pas parler de ce que tu as fait ces derniers jours, non, j’aimerais te parler aujourd’hui de ton loisir ici, depuis que tu es arrivé : L’écriture.

Cette idée me trottait déjà depuis un long moment dans la tête. C’était le système simple de tous les grands écrivains. Confier ses plus grandes peurs, ses plus grandes espérances à du papier. Écrire, pour soi, et uniquement pour soi. Je le vis relever la tête, et croiser mon regard. Il semblait attentif à ce que je lui disais. Je venais de toucher un point sensible. Je pris dans mon tiroir un cahier et le lui tendis. Résigné, il le prit en main, sans quitter mon regard.

– J’ai appris que tu écrivais beaucoup, alors je me suis dis que tu pourrais écrire ce que tu ressens sur celui-ci, tu sais, une sorte de journal intime, déclarai-je, sérieusement.

Il ne me répondit rien, continuant de me fixer sans la moindre émotion, ce qui m’énervait grandement.

– Bon… Finis-je par souffler, déjà lassé de son petit jeu. Je prends ta non-réponse pour un acquiescement à ce que je viens de dire. Et puis, ce n’est qu’une proposition, si tu n’en as pas envie, tu fais comme tu le souhaites.

J’attendis un petit moment avant de lui révéler ma première motivation. Je savais que ma demande aurait du mal à passer.

– Maintenant, j’aimerais te demander une faveur, poursuivis-je, calme. Je sais que tu l’as refusé à tous les autres psy, mais j’aimerais vraiment que tu me fasses lire une de tes histoires.
– Je ne vois pas en quoi ton statut serait différent des autres, lâcha-t-il, d’une voix froide.
– Je ne demande pas de statut particulier, juste que tu me fasses confiance, répliquai-je, pas vraiment étonné de sa réplique cinglante. J’aimerais les lire, parce que je suis persuadé que les lire m’amènera à te connaître.
– Non !

Je sursautais légèrement au son de sa voix froide et tranchante. Son regard était aussi noir qu’un corbeau, prêt à me tuer sur place. Pourquoi n’avais-je pas le droit de les lire ? Alors qu’un simple petit emmerdeur pouvait le faire ? La rumeur était-elle vraie ?

– Pourquoi ? Demandais-je, haussant le ton malgré moi.
– Parce que c’est toi ! Cria-t-il, avant de se lever, et de partir telle une furie.

Il ne me laissa pas le temps de répondre, j’entendis la porte claquer violemment. Las, je m’assis sur mon fauteuil, passant une main sur ma figure. J’étais persuadé que ses écrits représentaient la clé au crime qu’il avait commis. La clé pour ouvrir la carapace qu’il s’était formé.

Je restais quelques minutes assis dans mon fauteuil à regarder le lac derrière ma fenêtre. Des cygnes majestueux se pavanaient fièrement devant de petits canards. Je secouais vivement la tête lorsque je me rendis compte de mes pensées complètement absurdes. Je me levais d’un bond, voulant me rendre au réfectoire. Je pris un repas simple, des lasagnes, que je mangeais rapidement, après avoir discuté rapidement avec certains collègues. Je reprenais alors le chemin de mon bureau lorsque je croisai Ilian en compagnie de Melvin. Agacé, je me stoppai près d’eux, mais Ilian ne fit rien, évitant mon regard comme la peste. Il passa devant moi, Melvin sur les talons. Irrité, je posais mon regard sur ce petit con et réprimais une forte envie de lui refaire le portrait lorsque je le vis me regarder d’un air moqueur, un petit sourire narquois aux lèvres. Dégoûté, je repris mon chemin, essayant de penser à autre chose. J’étais hors de moi, et il fallait vraiment que je me calme.

Je passais tout l’après midi a relire le procès d’Ilian, ressassant dans ma tête l’entretien encore une fois désastreux. La sonnerie de mon portable me fit relever la tête du dossier, prenant le mobile en main. Le nom de mon amant y figurait et une grimace étira mes lèvres lorsque je constatais l’heure tardive. La nuit était tombée, enroulant le lac dans son doux manteau. Anxieux de sa réaction, j’appuyai sur une touche pour prendre l’appel. Mais alors que je pensais recevoir des insultes à l’oreille pour l’avoir une nouvelle fois oublié, ce fut une voix douce et amoureuse qui me parvint.

– Chéri… Je… Qu’est-ce que tu fais ? Me demanda-t-il, perdu
– Excuse-moi mon amour, j’ai le dossier de mon patient en main et je n’ai pas pu en décrocher mon regard… Je ne vais pas tarder, répondis-je, passant ma main sur mes yeux fatigués.
– D’accord, je mets le repas à réchauffer, dans combien de temps tu seras à l’appart ?
– Dans une demi heure.
– Ok, a tout à l’heure alors.

Il raccrocha et je me levais, remettant ma veste et mon écharpe. Je mis le dossier dans ma sacoche et sortis de mon bureau, éteignant les lumières. Mais alors que j’appuyais sur le bouton de l’ascenseur, l’image d’Ilian vint retrouver mon esprit. Je me sentais coupable de l’avoir laissé partir furieux. Et le fait de me faire ignorer de cette façon n’avait fait qu’augmenter ce sentiment. Sans vraiment réfléchir, j’appuyais sur le bouton menant à l’étage des chambres. Il ne me fallut que quelques minutes avant d’arriver devant la porte de la chambre d’Ilian. La main suspendue dans les airs, j’hésitais. Pourquoi étais-je toujours attiré vers lui ? Pourquoi voulais-je autant regagner sa confiance ? Je voulais le mérite et le prestige, j’en étais sûr. Je voulais aussi l’aider pour son bien. Mais je sentais aussi autre chose croître en moi. Et je ne le voulais pas.

Pourtant, c’est poussé par ce je ne sais quoi que j’abaissais mon poing et frappai doucement à cette porte close. J’attendis quelques secondes mais la voix d’Ilian ne me parvint pas. Sûrement dormait-il. J’entrais doucement, ne voulant pas le réveiller, mais la lumière vive de la chambre me surprit. Étonné, je le vis assis dans son lit, le regard froid. Je décidais de laisser mes interrogations de côté pour le moment.

– Je n’ai pas attendu que tu me dises d’entrer…Lançai-je, ironique.

Je jetais un coup d’œil à l’entièreté de sa chambre, que je n’avais jamais eu le loisir de visiter. Elle n’était pas vraiment grande ni décorée, ce qui ne m’étonnait guère. Mais pris dans ma contemplation, je me rendis compte de l’état du bras d’Ilian, recouvert de sang. Une vague de peur me submergea, et je m’avançai immédiatement.

– Tu t’es… Tu as recom… Commençai-je, sentant l’inquiétude me gagner.
– Ça c’est juste rouvert en bougeant pendant la nuit, me coupa-t-il, tranchant.

Je ne répondis rien à sa voix froide, sûrement habitué. Je me sentis allégé d’un poids, et me retournai, calme.

– Je vais chercher de quoi te soigner, ne bouge pas.

Je sortis de la pièce assez vite, passant par l’infirmerie de l’étage. J’y pris quelques compresses et désinfectant. Tout en revenant vers la chambre de mon patient, je sortis ma crème cicatrisante de ma sacoche.

Je m’assis sur son lit, assez proche de lui. Il me tendit immédiatement son bras, près à recevoir le soin que j’allais lui prodiguer. J’étais concentré dans ma tâche, désinfectant la plaie et enlevant le sang séché. Mais je le sentis crispé. Je savais que montrer cette plaie devait être une épreuve. Surtout le montrer à moi, son plus grand ennemi. Je ne m’éternisais pas, cette fois, veillant à ne pas divaguer dans mes pensées. Je refis le bandage et mon regard se posa sur le cahier que je lui avais donné, jeté sur le sol. Je lançais un regard furtif à Ilian puis me levais, prenant le cahier en main.

Sans un mot, je le posais sur le bureau. Je regardais Ilian un moment, puis m’apprêtais à sortir.

– Tu devrais aller manger un peu, déclarai-je, refermant doucement la porte sur moi.

Je repartis, ce même sentiment inconnu compressant mon estomac.

 

Vingt minutes plus tard, j’entrais dans mon appartement, enlevant ma veste et la posant sur mon bureau. J’enlevais mes chaussures lorsque je sentis deux bras m’encercler et l’odeur d’Hugo se répandre dans l’air. Je me retournais vers lui, le prenant dans mes bras. Sa petite tête blonde vint se loger dans mon cou alors que je passais mes mains dans sa chevelure dorée. Il n’en fallut pas plus pour que nos lèvres se scellent dans un doux baiser. Enivré, je le poussais doucement contre la porte, passant mes mains sur ses hanches. Les siennes vinrent se poser sur ma nuque, m’ordonnant par une simple pression de continuer.

Ravi par cet accueil, mes mains passèrent sous son jean, touchant ses fesses bien musclées. Je l’entendis gémir doucement et recommençais ma caresse. Une de ses jambes vint se poser sur ma hanche et je décidais de lui enlever son pantalon ainsi que son boxer. Sensuellement, je fis descendre ces bouts de tissu, me baissant en même temps. Mes lèvres se posèrent sur ses genoux que je sentais trembler sous le plaisir. Il leva les pieds alors que je balançais les affaires, et lentement, laissant mon souffle caresser sa peau, je remontais. Mes genoux vinrent toucher le sol et j’embrassais ses hanches, sentant l’envie tirailler mon bas ventre.

Mais des coups violents frappés contre la porte sur laquelle était adossé Hugo nous firent stopper tout mouvement. Immédiatement, je me redressais, pestant contre l’inconnu qui osait nous interrompre dans un moment pareil. Rageusement, j’entrouvris la porte, ne laissant voir que ma tête.

– Hey, frangin ! J’viens de faire une grosse connerie !

Kain se trouvait devant la porte, accoudé à l’embrasure. Je voyais très bien à ses yeux et à sa manière de parler qu’il était complètement ivre. Je lâchais un profond soupir et jetais un coup d’œil à Hugo, qui se rhabilla, l’air mécontent.

– Attends deux secondes Kain, dis-je, refermant la porte immédiatement.

Je m’approchais de mon amant et le pris dans mes bras.

– Je suis désolé, je ne peux pas le laisser à la porte…Fis-je, ennuyé
– Je sais ! Lâcha-t-il, énervé.
– Hugo… C’est mon frère et tu l’as entendu, il a fait une connerie…
– Je m’en contrefous !

Sans un mot, il se libéra de mon étreinte et partit dans la salle de bain, claquant la porte. Je passais une main sur mon visage et ouvris la porte à Kain. Celui-ci entra en titubant, jetant sa veste à même le sol. Il s’assit sur un fauteuil, posant une main sur ses yeux. Gêné, je m’assis sur le canapé, lui laissant quelques minutes pour se ressaisir. Lorsqu’il buvait, Kain pouvait tout vous dire. Et même parfois révéler des choses qu’il devrait garder pour lui. Le mieux, c’était de lui laisser le temps de mettre ses idées en ordre.

– Elle est enceinte…Soupira Kain, me regardant tristement.
– Oh….Murmurai-je, choqué
– Je sais….
– Et la capote, tu connais pas !

La voix d’Hugo me fit sursauter, et vivement, je me retournais, croisant le regard irrité de mon amant. Kain releva aussi la tête, et une grimace étira ses lèvres.

– Tu es encore là toi…Désolé, c’est à mon frère que je parle là, répondit-il, agacé.
– J’habite ici aussi, rétorqua Hugo, les poings serrés.
– Pas pour longtemps, je sens qu’il va pas tarder à te larguer…
– Ah oui, et qu’est-ce qui te fait dire ça ?!?
– Oh, juste qu’il a retrouvé son premier amour.

Ces deux derniers mots me glacèrent le sang et mes yeux s’agrandirent sous la surprise. Je lançais un regard désespéré à Kain, lui montrant qu’Hugo n’était pas au courant, mais un sourire ironique étira ses lèvres. Hugo n’avait rien répondu, mais je sentais son regard me brûler.

– Oh… Tu n’étais pas au courant Hugo… Souffla mon frère, ravi.

Je me retournais doucement vers mon amant, croisant son regard furieux.

– C’est pas vraiment ce que tu crois…Dis-je en me levant.
– Non, ils sont pas encore amants, ils travaillent juste ensemble en attendant, répliqua Kain, narcissique.
– La ferme Kain ! Criai-je, énervé.

Je vis alors Hugo tourner les talons et rentrer dans notre chambre, en claquant bien évidement la porte.

– Tu fais vraiment chier ! Lançais-je à mon frère avant de suivre mon amant dans la chambre.

Il se tenait devant la fenêtre, les bras croisés. Il se retourna vers moi lorsqu’il entendit la porte de la chambre se refermer sur moi.

– Tu comptais me le dire quand ?!? Pesta-t-il, le regard noir.
– J’en sais rien, Hugo, Personne n’est au courant… Soufflai-je, las
– Si ! Kain ! Ton crétin de frère le sait avant moi.
– Il… Il est tombé par hasard dessus, je ne voulais rien lui dire non plus, et on aurait eu la même dispute si je t’en avais parlé avant.
– Je veux qu’il parte ! Hurla Hugo, en colère.
– Tu as entendu ce qu’il a dit, je peux pas le foutre à la porte comme ça !
– Je m’en fous, t’as qu’à partir avec lui si t’es pas content !

Je ne répondis rien, et me retournai, ouvrant la porte.

– J’en ai marre Hugo. On arrête pas de se disputer. C’est ma famille, si tu la détestes, c’est que tu me détestes aussi…. Murmurais-je, ayant mal au cœur.
– Jaeden… Je ne te… Commença-t-il, d’une voix plus douce.

Mais je n’écoutais pas la fin de sa phrase et refermais la porte, m’approchant de mon frère. Il était à moitié endormi sur le fauteuil. Je le secouais sans ménagement. Il ne méritait pas de répit après ce qu’il venait de dire.

– Debout, je te ramène chez toi, fis-je d’une voix froide.

Il semblait honteux, mais je ne dis rien et remis ma veste. Sans un mot, nous descendîmes les marches, et nous engouffrâmes dans ma voiture. Le bruit de la radio fut le seul son qui parvint à nos oreilles alors que je roulais. Dix minutes plus tard, nous entrâmes dans son appartement. Il s’allongea directement dans son canapé, alors que je m’asseyais sur sa table basse.

– Après le coup que tu viens de me faire, tu dois me raconter en détail ce qu’il s’est passé, dis-je, froid.
– Jaeden, je suis…Commença-t-il, penaud.
– Raconte moi !

Il soupira puis s’assit, baissant la tête, et joignant ses mains.

– Ca fait trois mois que je suis avec Savannah, tu le sais, et enfin, voilà, quelques fois, dans le feu de l’action, on a oublié, tu peux comprendre non ?!? Me dit-il, anxieux.
– Oui, mais moi, je suis persuadé qu’Hugo ne tombera jamais enceinte…Fis-je, souriant légèrement.

Il rigola à son tour puis regarda autour de lui.

– Elle est arrivée, on devait aller au resto. Je voyais bien que quelque chose n’allait pas, alors je lui ai tiré les vers du nez, et elle m’a annoncé qu’elle attendait un enfant de moi, s’expliqua-t-il, triturant ses mains.
– Et comment tu as réagi ? Demandai-je, m’asseyant prés de lui.
– J’ai eu aucune réaction. Je me suis assis, elle m’a parlé mais je n’ai rien entendu, puis elle est partie en larmes, et j’ai commencé à picoler…
– Et tu comptes faire quoi maintenant ?
– J’en sais rien, je suis totalement largué, frérot…

Je lui souris, puis le pris dans mes bras. Il me faisait de la peine. Je ne savais pas vraiment que dire, ni que faire, car ce cas ne m’arriverait jamais.

– Si jamais tu dis à maman pour Ilian, je lui avouerais que tu as mis une fille en cloque… Je te préviens… Dis-je, le sourire aux lèvres.

Il éclata de rire, en me serrant un peu plus fort contre lui.

– Je pense, repris-je, réconfortant, que tu devrais aller voir Savannah, et discuter avec elle. Je crois que tu l’aimes, non ?
– J’en suis fou.
– Alors accueillir un petit monstre ne devrait pas poser de problème.
– Mais c’est trop tôt.
– Il y a certaines choses que l’on ne peut éviter. Voyez ce que vous allez faire ensemble.

Je relâchais mon étreinte et me levais, enfilant ma veste.

– Des fois je me demande qui est l’aîné…Soupira Kain, un sourire aux lèvres.
– Je sais, et maintenant je dois aller réparer tes conneries…Dis-je, le regard faussement en colère.
**

Je rentrais chez moi, retrouvant Hugo assis sur le canapé, en pyjama. Il regardait la télévision, mais lorsqu’il m’entendit rentrer, il se leva immédiatement, me regardant tristement.

– Je vais me coucher, je suis crevé, dis-je, enlevant mes chaussures.
– Jaeden, je suis désolé, je ne voulais pas…Je t’aime, plus que tout même, mais Kain, j’y arrive pas, et lui non plus ! Me lança-t-il, les larmes aux yeux.
– Je ne vous demande pas de vous aimer, juste de faire un effort. Quand on va voir ta mère, je dois bien me tenir, même si elle me hait parce que j’ai rendu son fils soit disant gay. Je fais des efforts pas possibles pour qu’elle m’accepte alors que je sais qu’elle ne le fera jamais. Et toi, jamais tu ne reconnaîtras ces efforts, jamais tu ne feras le centième de ce que je fais vis à vis de Kain, m’écriais-je, énervé.
– Je suis désolé… Souffla-t-il, les larmes roulant sur ses joues.

Je ne répondis rien et me retournais pour aller dans notre chambre, mais je fus bien vite stoppé par les bras d’Hugo, qui me retenait sur place.

– Ne m’en veux pas, je suis désolé, moi aussi j’en ai marre que l’on se dispute. Je t’aime Jaeden, je te promets que je ferai un effort. S’il te plait, ne m’en veux pas… Me supplia-t-il, désemparé.

Doucement, je me retournais, le prenant dans mes bras. A chaque fois qu’il pleurait, je ne pouvais résister, et lui pardonnais aussitôt. Mes lèvres vinrent se poser sur son front, d’une douce emprise.

– Allez, arrête de pleurer, tu sais bien que je ne supporte pas ça…Murmurais-je, embrassant ses joues pleines de larmes.

Nous restâmes quelques minutes dans les bras l’un de l’autre avant de se mettre au lit. L’estomac vide, mais fatigué par tous ces événements. Hugo avait la tête enfouie sur mon torse, passant son doigt sur mes abdos, alors que moi je tenais mon livre entre les mains, me perdant dans ce monde imaginaire que j’aimais tant. Mais la voix d’Hugo me fit revenir à la réalité.

– Je dois me faire du souci ? Me dit-il tristement
– Quoi ? Fis-je, surpris.
– Tu m’as dit que tu avais eu beaucoup d’aventures, mais seulement deux grands amours, moi et un dénommé Ilian. C’est lui ? Avec qui tu travailles ?
– Oui…
– Je dois me faire du souci ? Est-ce que je dois être jaloux ?
– Non.
– Pourquoi ?
– Parce que je t’aime, répondis-je, me positionnant au dessus de lui.
– Mais tu l’as aimé aussi, me dit-il, caressant ma joue.
– Oui, dans le passé. Mais maintenant, c’est toi que j’aime.

J’approchais mes lèvres des siennes, et d’un tendre baiser, je fis taire ses interrogations. Interrogations qui ne faisaient que m’assaillir ces temps-ci.

**

Je me réveillais le lendemain matin, seul dans mon lit. Mes yeux se posèrent sur le réveil qui affichait 9 heures du matin. Mon amant devait commencer plus tôt. Je me levais difficilement, encore fatigué par cette nuit. Je ne pris pas de petit-déjeuner, étant déjà en retard et pris une douche rapide. A peine 10 minutes plus tard, je me retrouvais dans la voiture, conduisant sur la voie express.

A peine avais-je posé ma main sur la portière de la voiture, dans le but de sortir, que je vis la silhouette du directeur se diriger vers moi, d’une démarche rapide. Je sortis alors, prenant en main ma sacoche, et un petit sourire s’afficha sur mon visage.

– Tu vas bien ? Demandai-je, gentiment.
– Bien, et toi ? Me répondit-il, desserrant un peu sa cravate.
– Ça va, fis-je en haussant les épaules.

Je vis directement à sa mine qu’il voulait me poser une question. Ou qu’il cherchait à me parler de quelque chose. Je commençai à marcher, le sentant me suivre sur mes pas. Nous arrivâmes dans l’ascenseur et il appuya sur l’étage des chambres. Curieux, je le regardais.

– Tu veux toujours ses cahiers ? Me demanda-t-il, sérieux
– Oui, mais pas sans son accord, m’offusquai-je, ne comprenant pas son geste.
– Il ne voudra jamais te les donner, même si un jour tu arriveras à obtenir sa confiance.
– Je ne peux pas les lui prendre comme ça !

L’ascenseur s’ouvrit, dévoilant les couloirs blancs et lumineux remplis de patients. Le directeur sortit et s’arrêta devant, sa main empêchant la porte de se refermer. Le peu de confiance qu’il avait placée en moi se retrouverait réduit en cendre si jamais je lui prenais ses cahiers. Pourtant, c’était la clé, et j’en étais persuadé. Je pourrais savoir ce qu’il s’était passé. Comprendre pourquoi il avait commis ce meurtre. Par cette simple constatation, j’avançais, l’air incertain. Ilian m’en voudrait.

Nous marchâmes sans un mot dans de couloir, slalomant entre les patients qui partaient en direction du réfectoire. Le directeur entra en premier dans la chambre de mon patient et chercha directement du regard les cahiers. Ceux-ci étaient disposés négligemment sur le bureau d’Ilian. Mon regard se posa sur le cahier que j’avais donné à Ilian la veille. Il était ouvert sur le bureau, et je pouvais voir l’écriture fine et penchée d’Ilian. Un sourire s’afficha sur mon visage lorsque je compris qu’il avait suivi mon conseil, malgré tout ce qu’il avait dit.

Le directeur les prit en main, ne me lançant aucun regard. Je sentais un profond malaise m’envahir peu à peu, et la voix d’Ilian me fit perdre pied.

– Qu’est-ce que vous êtes en train de faire ? Vous n’avez pas le droit d’y toucher !!

Paul me donna alors tous les cahiers et s’avança vers Ilian, le regardant sérieusement. Je pouvais sentir tout le désarroi de mon patient, et mon coeur se serra immédiatement.

– Calme-toi, Ilian. Jaeden a de bons arguments pour les avoir. Il a besoin de les lire pour t’aider.

Ilian me lança un regard froid et empli de haine, qui me glaça le sang comme il savait si bien le faire. Il reporta bien vite son attention sur le directeur, le toisant de toute sa hauteur.

– Vous n’avez pas le droit, déclara-t-il froidement
– Bien sûr que si, si cela peut t’aider à…Commença le directeur en haussant les épaules
– Mais foutez moi la paix ! Et si je ne voulais pas qu’on m’aide ? Ça ne sert à rien ! Hurla-t-il, les poings sérés.
– Ilian ! Calme toi. Tu entends ce que tu es en train de dire ?

Je ne disais pas un mot, trop ancré dans les remords qui m’assaillaient. J’aurais du refuser, et maintenant c’était trop tard. Si je reposais ses cahiers, toute mon autorité et mon assurance de psychiatre seraient remises en question. Ilian même jouerait avec ça. Ce dernier baissa les bras, et alla se fondre dans le décor, laissant au directeur le loisir de prendre ses cahiers. Son visage était sans expression, mais ses yeux me dévoilaient la crainte qui le chamboulait. Et je vis des larmes venir faire larmoyer ses yeux lorsque le directeur prit le cahier que je lui avais donné. Pour celui-là, je voulais vraiment son accord.

– Non, je ne veux pas celui-ci, déclarai-je, évitant les regards du directeur et d’Ilian.

Je rabattis tous les cahiers contre ma poitrine et sortis de la pièce sans un regard pour mon patient. J’entendis le directeur rappeler à Ilian que nous avions rendez-vous cette après midi. M’enveloppant d’un nuage de remord, je remontais à mon bureau, où je m’installais sur ma chaise en cuir. Je posais un à un les cahiers sur la table, les regardant tour à tour. Mes doigts venaient effleurer la couverture quelques fois. Mais à aucun moment, je n’arrivais à les ouvrir.

Avez-vous déjà ressenti ce sentiment d’impuissance ? Ce sentiment si fort qu’il vous paralyse complètement. Je les avais voulus, et maintenant qu’ils se retrouvaient devant moi, je n’arrivais pas à les ouvrir. J’avais en quelque sorte violé son âme, sa conscience. Je saccageais son antre, l’endroit où il pouvait s’évader. Comment vivrais-je si on m’interdisait de lire mes livres ?

Pourtant, je ne pouvais me résoudre à les lui rendre, du moins pour le moment. Je devais les lire, coûte que coûte. Mais ce n’était pas le moment pour moi. Je soupirais puis rangeais les livres dans un tiroir de ma commode, puis me rassis sur mon fauteuil, mes yeux se perdant dans le doux paysage du lac.

Je ne vis pas vraiment le temps passer, si bien que je sursautais lorsque j’entendis la porte de mon bureau s’ouvrir brusquement. Je me redressais immédiatement sur mon ciel, posant mes yeux sur un Ilian plus froid que jamais. Il s’assit sans un mot sur le fauteuil en face de moi et évita mon regard. Un sourire se dessina sur mes lèvres alors que je me rappelais les moments où, dans le passé, il m’en voulait. Il adoptait exactement la même attitude, celle du « Je m’en fous, crève ! ».

– Bonjour, dis-je, ne le lâchant pas des yeux.

Il releva son regard vers moi. Un regard virulent, plein d’animosité. Il ne me fallut que quelques secondes pour dévier mon regard du sien. Je savais comment cet entretien allait finir, alors je pris la décision d’attendre. Attendre qu’il parle de lui même. Je ne voulais plus faire d’efforts, car comme il l’avait dit plus tôt, il ne voulait pas qu’on l’aide. Nous restâmes de longues minutes ainsi, et je pouvais sentir son regard me brûler.

– Qu’est-ce que tu veux ? Finit-il par me demander, froidement.
– Je n’ai pas envie de te forcer à parler, alors je vais attendre…Dis-je, retrouvant son regard.
– Et bien tu peux attendre, me répliqua-t-il immédiatement, croisant les bras contre sa poitrine.

Je sentis mes lèvres s’étirer à nouveau alors que je voyais sa réaction, digne de celle qu’il avait étant ado.

– Peut-être, mais tu viens de dire deux phrases…Fis-je, calme.

Il ne me répondit rien, laissant un ange passer dans la pièce. Alors que je pensais que notre entretien se finirait dans un silence olympique, je le vis se redresser, et serrer les poings.

– Pourquoi tu m’as fait ça, Jaeden ? Cracha-t-il, énervé

Je compris immédiatement qu’il parlait du vol de ses cahiers, et de la pseudo trahison qui allait avec. Pourtant, je vis dans ses yeux une profonde tristesse, ancrée trop profondément pour n’être là que depuis ce matin.

– Peut-être aurais-tu fait la même chose pour moi… Fis-je en haussant les épaules.
– Non, je t’aurais laissé crever dans ta peine, répliqua-t-il sèchement.

Je sentis mon cœur se serrer malgré moi. Alors il me détestait à ce point. Je ne pouvais croire que sa rancœur envers moi n’était due qu’au vol, ses yeux le trahissaient.

– Mais qu’est-ce que je t’ai fait pour que tu me détestes ainsi ?!? M’écriai-je, énervé.
– Tu oses me poser la question ? Rétorqua-t-il, ses yeux me foudroyant sur place.
– C’est toi qui m’as quitté, je te signale. Depuis le début, j’essaye de t’aider, et je ravale tout sans rien dire !

Je me doutais que notre passé était lié à la haine qu’il éprouvait envers moi. Mais je ne savais pas pourquoi. Il ne m’avait donné aucune raison ce soir là. Je le vis se lever, les poings plus serrés que jamais.

– Va te faire foutre ! Je ne t’ai rien demandé !

Je sentis mon cœur louper un battement à cette dernière réplique, et une profonde tristesse s’installa en moi. Je savais que je ne devais pas la ressentir, car tout cela résultait de notre ancienne histoire. Je ne cessais de me demander ce que j’avais fait par le passé pour le retrouver dans cet état. Mais il ne voulait pas me le dire, et je n’arriverais jamais à le pousser. Las, je me rassis sur ma chaise, prenant un regard froid, il fallait que je redevienne son psychiatre, tout de suite.

– La séance est terminée. Tu peux partir, articulai-je en regardant le parc.
– Ca y’est, tu abandonnes enfin ! Me dit-il, en se levant
– Non, je n’ai juste plus envie de te voir pour l’instant, soupirais-je, le regardant sérieusement

Il se posta bien devant moi et redevint calme.

– Au fait, juste avant de partir, je veux mes cahiers, me fit-il, méchamment.
– Je te les rendrai quand j’aurai terminé, répliquai-je sur le même ton.

Agacé, je reposais mon regard sur lui et celui-ci me glaça le sang. Une lueur meurtrière dansait au plus profond de ses prunelles. Une colère sourde s’installa en moi alors que je comprenais que quoi que je fasse, je n’obtiendrais rien de lui. Rageusement, j’ouvris le tiroir où j’avais rangé les cahiers, et les pris. Ma fureur les envoya valser sur le sol, faisant bien comprendre à Ilian qu’il pouvait les reprendre, mais que je ne voulais plus le voir pour le moment.

– Pourquoi tu m’as demandé si tu pouvais les lire, pour les prendre quand même ? Demanda-t-il, serrant les poings.
– Parce que je suis sûr que la réponse se trouve là dedans, répondis-je en haussant les épaules.

Je vis alors les jointures de ses mains devenir blanches, et ses yeux devenir plus noirs que jamais.

– Tu es vraiment prêt à tout pour ta renommée, tu n’as pas changé… Prends les, je me contrefous de ce que tu penses.

Il me tourna le dos et sortit de la pièce, sans oublier de claquer la porte. Mes yeux se posèrent alors sur les feuilles volant dans la pièce, et un voile de tristesse les obscurcit. Je n’arriverais jamais à faire quoi que ce soit avec Ilian. Et il fallait que j’en parle avec le directeur. Pour la première fois depuis quatre ans, j’allais abandonner.

**

Je rentrais chez moi, les bras chargés de cahier. Je n’avais pas voulu les laisser dans mon bureau, pourquoi ? Je ne le savais même pas moi-même. J’eus la surprise de ne découvrir personne à l’appartement, et un coup d’œil à mon portable m’affirma que j’avais un message de mon amant.

« Je rentrerai plus tard, un parent voulait s’entretenir avec moi. A plus tard. Je t’aime »

Je balançai mon portable sur le canapé et enlevais ma veste. Je décidai d’aller prendre un bain, cela me détendrait peut-être. Rapidement, je fis couler l’eau chaude, puis me glissai dedans. Mes yeux se fermèrent alors que mon anxiété et ma déception diminuaient peu à peu.

Une main caressant mes cheveux, et deux lèvres se posant sur les miennes me sortirent de ma torpeur, et je découvris avec surprise le visage d’Hugo au dessus du mien.

– Tu ne devais pas rentrer plus tard ? Demandai-je, regardant l’horloge.
– Ça s’est terminé plus tôt que prévu, me répondit-il en haussant les épaules.

Content, je repris doucement ses lèvres pour un tendre baiser. Mais il le termina bien trop tôt à mon goût.

– J’ai vraiment trop faim, tu veux manger quelque chose de spécial ? Déclara-t-il, un sourire rieur aux lèvres.
– Non, pizza ? Fis-je, me rallongeant dans la baignoire.
– Pizza !

Il se leva immédiatement et sortit de la pièce. Je l’entendis téléphoner, et décidais de rester un peu plus dans mon bain.

Quelques minutes plus tard, je me levais, et pris mon pyjama, pour revenir dans le salon. Mais la vision que j’eus me coupa net. Hugo se trouvait assis sur le canapé, un des cahiers d’Ilian entre les mains. Je ne sus dire ce qui me transperça en premier, la rage de voir Hugo fouiner encore une fois dans mes dossiers, ou la peur que le nom d’Ilian soit noté quelque part. Il tourna alors la tête vers moi et ses yeux s’ouvrirent de surprise, il lâcha alors le cahier et se releva immédiatement, pris en faute.

– Attends, c’est pas ce que tu crois…Me dit-il, désolé.
– Tu n’as pas le droit de regarder mon travail, fis-je, légèrement énervé.
– Je ne voulais pas le faire, j’ai vu ces cahiers et je ne pensais pas que c’était ton boulot ! J’ai lu juste une ligne, mais après, j’ai pas pu m’arrêter, le gars qui les a écrites a vraiment du talent…S’exclama-t-il, tout en reposant le cahier sur la pile.
– De quoi parle cette histoire ?

Je m’étais assis sur un fauteuil et avais posé mes yeux dans le vide. Hugo s’assit prés de moi et me pris la main, perdu.

– D’une femme amoureuse d’un homme, mais l’homme rejette ses sentiments. C’est… C’est ton patient qui…Commença-t-il, doucement.
– Je n’ai pas le droit de t’en parler Hugo, s’il te plaît.

Il acquiesça, mais je vis tout de suite qu’il était déçu. Lorsque la sonnerie retentit, il se leva et alla payer la pizza, puis il revint, et nous passâmes à table. Le reste de la soirée fut calme, rythmé par le simple bruit de la télévision.

**

Le lendemain, je retournais au travail, et je passais ma journée à lire le dossier d’Ilian, même si j’avais pris ma décision. Je n’avais pas ouvert les livres, me contentant de les reposer dans leur tiroir.

Vers 14 heures, je me levais, et partis en direction du bureau du directeur. Je frappais et entrais, le trouvant le nez dans des comptes.

– Je te dérange ? Demandai-je, laissant la porte ouverte.
– Non, tu peux entrer, me fit-il, retirant ses lunettes de son nez.

Je fermais la porte puis m’assis en face de lui, posant le dossier d’Ilian sur la table.

– Pourquoi me donnes-tu ce dossier ? Me demanda-t-il, étonné.
– Ça ne sert à rien, je n’arriverai jamais à le comprendre, répondis-je, un air déçu au visage.

Je le vis soupirer, puis se lever, mettant ses bras dans son dos. Ses yeux se posèrent sur le lac étincelant sous le reflet du soleil.

– Tu sais, beaucoup de psychanalystes sont passés avant toi, et n’ont pas su tirer une seule autre information que celles qu’ils savaient déjà. Ilian ne faisait que répéter ce que nous voulions entendre, s’enfermant dans sa carapace un peu plus. Je t’ai donné son cas, parce que je voulais que tu te dises que tout ne t’était pas acquis facilement…Me dit-il sérieusement.
– Et je l’ai compris, c’est pour ça que je voudrais que tu me donnes un autre patient, le courant ne passe pas entre Ilian et moi, nous ne faisons que nous disputer et …
– Justement ! Vous vous disputez, reprit-il se retournant vers moi. Tu arrives à faire des choses que personne d’autre n’a jamais réussies. Il te parle, même si c’est pour t’insulter, il s’ouvre à toi, il te dit ce qu’il ressent, et je suis certain qu’il ne s’en rend même pas compte. Depuis que tu t’occupes de lui…Regarde les commentaires de l’infirmière en chef, « Ilian est calme et posé, aucune remarque à faire sur son hospitalisation ». Jamais encore je n’avais vu ce genre de remarque sur son cahier.

Je levais les yeux vers lui, surpris par ce qu’il venait de me dire. Je n’avais jamais pris conscience de cela, trop perturbé par nos disputes incessantes. Mais j’étais las. Ilian et moi ne pouvions continuer ainsi.

– Je ne peux pas poursuivre comme ça…Déclarai-je, fatigué.
– Tu n’as pas le choix, fit-il, s’asseyant sur sa chaise.
– Quoi ?
– Il est hors de question que je donne le cas d’Ilian à quelqu’un d’autre, Jaeden. Il faudra que tu trouves un moyen pour que vous vous calmiez.

Je soupirais bruyamment puis me levai, lsui tournant le dos. J’avais ouvert la porte, alors que j’entendais encore une fois sa voix grave.

– J’ai appelé chez toi, et j’ai eu Hugo, vous venez manger à la maison ce soir, me dit-il, un sourire amusé aux lèvres.
– Ok, fis-je en haussant les épaules.
– Et il m’a dit de te dire qu’il te rejoindra ici vers 15 heures.
– Merci.

Je sortis sans un mot de plus et repartis dans mon bureau. Je ne pouvais en vouloir au directeur. Il voyait l’intérêt d’Ilian avant tout, et je devais me plier à sa volonté. J’attrapais mon téléphone et appelais mon amant afin de savoir où il était. Celui-ci décrocha au bout de deux sonneries.

– Oui ? Fit-il, à l’appareil.
– C’est moi, Paul m’a dis pour ce soir, tu es arrivé ?
– Oui, je suis là.
– Ça va ?
– Oui.

Mes sourcils se froncèrent alors que je remarquais son attitude assez distante, mais je n’y fis pas plus que ça attention.

– Tu es à l’entrée ? Demandai-je en prenant ma sacoche.
– Non, devant le parc.
– Ok, j’arrive.
– Oui, à tout de suite.

Je sortis immédiatement, et il ne me fallut que quelques minutes pour l’apercevoir, assis sur un banc, devant le lac. Il se trouvait près d’un homme que je ne reconnus pas immédiatement, et fumait encore ses maudites cigarettes. Il ne les fumait pas beaucoup, surtout lorsqu’il était inquiet.

– Désolé, j’ai fait au plus vite, dis-je, arrivant à sa hauteur.

Je n’eus pas le temps de jeter un coup d’œil à son voisin, que déjà mon amant se levait et prenait mes lèvres fougueusement. Ravi par cet accueil, je lui rendis son étreinte amoureusement. Ce baiser était totalement différent de son attitude, mais il fallait être fou pour y renoncer. Pourtant, j’aurais dû.

Alors que nous nous séparions, mon regard croisa celui du voisin, qui n’était autre qu’Ilian. Mon cœur faillit s’arrêter, alors que je vis ses yeux verts emplis de fureur et de tristesse. Mais il reprit bien vite une attitude « Je m’en foutiste » qui me fit plonger dans une gêne inimaginable. Il se tourna vers Hugo, et le toisant de toute sa hauteur, il sortit une phrase qui me glaça le sang.

– Depuis quand tu le trompes ? Demanda-t-il, s’adressant à Hugo.

Il n’attendit même pas de réponse et passa devant nous, nous ignorant magnifiquement. Un malaise immense s’installa en moi alors que je sentais Hugo plus crispé que jamais.

– C’est… Je… C’est faux, Jaeden, pour… Pourquoi il dit ça ? Me demanda Hugo, se retournant vers moi.
– Tu lui as dit quelque chose ? Fis-je, regardant Ilian s’engouffrer dans l’hôpital.
– Bien sûr que non ! Jaeden, regarde moi, tu ne crois tout de même pas qu’il a raison ?

Je croisais son regard et un malaise immense s’installa en moi. Pourquoi son regard était si affolé ? Pourquoi avait-il si peur que je crois Ilian ? Pourquoi une part de moi cherchait dans ma mémoire les indices d’une tromperie ?

– Jaeden !
– Non, bien sûr que non…Viens, il faut qu’on y aille, répondis-je en me retournant immédiatement.

Alors que je commençais à avancer, je sentis la main d’Hugo prendre la mienne et son corps se rapprocher du mien, me collant presque. Je sentais son regard se poser plusieurs fois sur mon visage impassible, mais pas une seule fois je ne tournais la tête. La dernière phrase d’Ilian me faisait atrocement mal, même si je savais qu’elle était totalement fausse. Hugo ne me tromperait jamais. Ça se voyait, il m’aimait plus que tout, et moi aussi ! Ilian devait être simplement jaloux. Et il n’avait pas le droit de l’être. Lui aussi avait refait sa vie à ce que je sache !

Nous rentrâmes chez nous après s’être arrêtés dans une petite épicerie afin de prendre une bouteille de vin pour le repas de ce soir. Le trajet s’était fait sans un mot, et l’arrivée à la maison dans ce même calme. Je sentais bien la peur d’Hugo grandir de plus en plus, mais ne dis rien pour le calmer. Je ne croyais pas Ilian. Et je ne voulais pas reparler de ça…Pourtant…Lorsque mon amant me dit qu’il partait prendre une douche, mes yeux se posèrent sur son téléphone portable. Une immense curiosité m’envahit. Je me haïssais de vouloir fouiner, mais ce désir devenait de plus en plus ardant. Mon regard dériva sur la porte de la salle de bain, légèrement ouverte, d’où j’entendais l’eau couler, puis il se reposa sur le téléphone. Je ne tenais plus et rapidement, je l’attrapais dans mes mains. Je jetai un autre coup d’œil à la porte, puis arrivai dans le menu des messages. Je ne voyais que des messages que je lui avais envoyés, et aucune trace d’un quelconque amant. J’entrai alors dans les messages qu’il avait envoyés. Là encore, aucune trace. Un soupire de soulagement passa le barrage de mes lèvres et j’entrai dans le journal des appels. Il n’y avait aucun numéro affiché et mes sourcils se froncèrent à cette constatation. Mais la voix d’Hugo me fit sursauter.

– Je ne te trompe pas ! Fit-il, la voix calme.

Je me retournai pour le voir à l’embrasure de la porte, une serviette nouée autour des hanches.

– Je sais…Articulai-je, pris sur le fait.
– Tu travailles avec ton ex, et je ne te dis rien, je te fais confiance Jaeden, s’il te plait, fais-en de même.
– Désolé… Je ne sais pas ce qui m’a pris… Dis-je, reposant le téléphone sur le bureau.

La mine triste, Hugo s’approcha de moi, m’entourant de ses bras. Je lui rendis immédiatement son étreinte, posant ma tête dans son cou.

– Je t’aime. Je suis fou de toi. Je devrais être fou pour avoir ne serait-ce que l’idée de te tromper. Parce que je sais que tu me quitterais si je le faisais ! Et ça, il en est hors de question…Murmura-t-il, la voix enrouée.
– Ne pleure pas Hugo, je suis désolé, je te crois, bien sûr que je te crois ! Fis-je, paniqué.

Il resserra son étreinte, comme s’il se trouvait en pleine détresse.

– Excuse moi…Soupira-t-il, prenant mes lèvres fougueusement.

Je ne compris pas cette soudaine excuse, mais ne dis rien, préférant arrêter là cette explication. Hugo avait raison, je ne devais pas me poser de questions. Ilian était tout simplement déçu. Je me surpris à ressentir un soulagement en moi. Au moins, je n’étais pas le seul à éprouver ce sentiment. J’avais ressenti la même chose en apprenant pour lui et ce Melvin, et m’en voulais déjà assez.

Une heure plus tard, nous nous retrouvions devant la porte de la maison de Paul et de sa femme. Celle-ci vint immédiatement nous ouvrir, un sourire immense trônant sur ses lèvres.

– Comment ça va Tatiana ? Demandai-je, la prenant dans mes bras.
– Bien, très bien même, entrez ! Me répondit-elle, prenant la bouteille de vin entre ses mains.

C’était une Femme de 35 ans, ravissante à souhait. Elle avait de longs cheveux blonds, souvent maintenus par une barrette. Elle portait une longue robe mauve, légèrement décolletée. Elle se retourna, et entra dans le salon. Nous restâmes quelques minutes dans le hall, retirant nos vestes. Nous entrâmes par la suite dans la pièce où était servi l’apéritif. Paul se leva immédiatement en nous voyant, et tendit une main chaleureuse à mon amant.

La suite de la soirée se passa calmement, dans une joie débordante. Nous fêtions en quelque sorte la future venue d’un petit être, qui ravissait ses parents. J’en étais ravi, car voir leurs visages heureux faisait vibrer mon coeur. Ce ne fut que lorsque je sentis la tête d’Hugo devenir de plus en plus lourde sur mon épaule que je compris qu’il était temps de partir. Mon amant devait sûrement se lever tôt, comme d’habitude.

Nous partîmes après un au revoir très chaleureux, puis rentrâmes dans notre appartement. Allongés dans notre lit, je lisais mon bouquin avec envie. Hugo, quant à lui, faisait un sudoku sur le magazine TV. Mais une de ses questions me fit arrêter net ma lecture.

– Nous aussi, on aura un bébé un jour ? Me demanda-t-il, tournant la tête vers moi.

Mes mains se crispèrent à l’entente de cette phrase. Je n’avais pas vraiment émis l’hypothèse d’avoir un jour des enfants, même si au plus profond de moi, je souhaitais être un jour appelé papa.

– Tu sais… ça m’étonnerait que tu puisses tomber un jour enceinte…Fis-je, un sourire amusé sur les lèvres.
– T’es con ! S’exclama-t-il, en rigolant légèrement.

Je posais mon livre sur la table de chevet, puis m’allongeai sur le ventre.

– Si un jour on décide d’avoir un enfant, ça sera après notre mariage…Dis-je, les yeux fermés.

Je le sentis s’allonger près de moi et éteindre la lumière. Il m’enlaça d’un bras et posa ses lèvres sur mon épaule.

– Et ce sera le plus beau des mariages…Si c’est avec toi, me fit-il, se collant à moi.

**

J’arrivais à l’hôpital en retard, Hugo n’ayant pas voulu me lâcher ce matin. Mon estomac ne cessait de se comprimer alors que je marchais en direction de mon bureau, où Ilian m’attendait. Je n’avais pas envie de lui parler, car je savais que j’en viendrais à lui demander des explications. J’ouvris la porte et le vis assis sur mon fauteuil, ses yeux fixant mon diplôme accroché au mur. Je retirais ma veste et m’assis dans mon fauteuil, le visage impassible.

– Désolé pour le retard, m’excusais-je, retirant son dossier de ma sacoche.

Il ne me répondit pas, se contentant de me fixer froidement. J’ouvris alors le tiroir où j’avais rangé ses cahiers et les sortis, son regard se posa sur eux. Doucement, je les approchais de lui. Je savais que je venais de perdre une occasion en or de pouvoir en savoir plus sur mon patient, mais je voulais d’abord gagner sa confiance, même si pour cela il me fallait tout recommencer à zéro.

– Tu peux les reprendre. Je ne les ais pas lus. Un jour, j’espère, tu me feras assez confiance pour me les redonner par toi-même, dis-je calmement.

Il me lança un regard méchant puis reprit immédiatement ses cahiers, les tenant contre sa poitrine, comme si, dans ses mains, se tenait l’objet le plus précieux de son existence.

– Je ne l’ai pas lu, mais… Mon petit ami l’a fait, sans que je m’en aperçoive. Je suis désolé, fis-je, soutenant son regard.

Il ne répondit rien, gardant son regard noir au plus profond de mes yeux. Soudain, le téléphone sonna et je décrochais immédiatement, coupant court à la tension qu’Ilian mettait à l’ouvrage.

– Oui ? Fis-je, regardant dans le vague.
– Docteur Sadler, le directeur souhaiterait vous voir dans son bureau après votre entretien avec votre patient, déclara une secrétaire à la voix aguichante.
– Bien, je serais là.
– Au revoir.

Je raccrochais le combiné pour retrouver le regard d’Ilian, qui n’avait toujours pas changé d’intensité.

– Hier, j’ai été voir le directeur, pour lui demander de me changer de patient, mais il n’a pas voulu. Tu vois, ce n’est pas moi qui veux à tout prix t’aider. Nous sommes coincés ensemble pendant un bon bout de temps, alors fais un effort ! M’exclamais-je, le ton dur.

Je ne voulais pas en arriver là, mais son regard méchant presque tueur posé sur moi s’insupportait.

– Qu’est-ce que ça fait d’apprendre qu’on est trompé ? Me demanda-t-il, un sourire malsain accroché aux lèvres.
– Je ne suis pas trompé, répondis-je, sur le même ton.

Il ne me répondit rien et garda son sourire immonde sur son visage. Dans un élan de nervosité, je laissai tomber son dossier sur la table, provoquant un bruit lourd.

– Tu as refait ta vie avec Melvin, alors laisse-moi tranquille, dis-je, évitant son regard.

Je m’abaissais pour reprendre une feuille qui était tombée, puis me relevais et découvris avec surprise qu’Ilian s’était mis debout.

– Je n’ai pas dis que l’entretien était terminé, dis-je, la voix autoritaire.
– Et pourtant, il l’est, répliqua-t-il, se retournant.

Il avança jusqu’à la porte, et posa sa main sur la poignée, mais ne l’abaissa pas.

– Je suis certain qu’en ce moment même, il a ramené son mec et qu’il est en train de se faire baiser dans votre lit. Et j’espère que lorsque tu le découvriras, tu auras tellement mal que tu voudras crever. J’ai hâte de voir ça, Jaeden.

Sans un mot de plus, il sortit de la pièce, laissant une ambiance sinistre dans mon bureau. Mon regard ne quitta pas cette porte en bois verni, comme si j’attendais qu’Ilian revienne, et s’excuse de ses paroles. Mais c’était trop lui demander. Peut-être l’avais-je mérité, mais je ne savais pas pourquoi. D’une certaine façon, je ne voulais pas le savoir, tout comme je ne voulais pas savoir la raison de notre rupture. Même si cela me trottait dans la tête, j’avais pris la décision de croire que je n’étais pas assez bien pour Ilian, et cela m’avait aidé à devenir celui que j’étais.

Soupirant, je me levais de ma chaise et pris ma veste et ma sacoche. Je sortis de mon bureau en le fermant à clé et me dirigeant vers celui du directeur. Je frappais doucement puis entrai, le trouvant le nez dans ses dossiers, encore une fois.

– Ton entretien s’est terminé ? Me demanda-t-il, surpris.
– Avec quelqu’un qui ne vous aime pas, c’est toujours du rapide tu sais ! Fis-je, un sourire ironique au visage.

Il ne répondit rien, se contentant de lever les yeux au ciel. Une fois que je fus assis, il sortit un dossier jaune, comme ceux des patients, et me le tendit. Je le pris le regard incrédule, et l’ouvris.

– Cameron Murton, âgé de 21 ans. Il a été condamné pour le meurtre de sa petite amie de longue date, une certaine Angela. Le médecin ayant examiné cet homme nous a appelé car il semblerait qu’il souffre du trouble Borderline, fit le directeur, joignant ses mains.
– Ce serait ce trouble qui l’aurait conduit à ce crime ? Demandai-je, lisant le résumé du procès.
– Tout a fait. Il a été jugé coupable, mais devra être interné dans cet hôpital.
– Combien de temps ?
– Jusqu’à ce qu’il aille mieux.
– Et il ira en prison après ? Tu ne penses pas que la prison lui fera rouvrir ses plaies ?
– Ce n’est pas moi qui décide, Jaeden.

Je relevais alors mon regard vers lui, pour découvrir un regard vide et triste. Mais il ne me laissa pas le temps de poser plus de questions.

– Il arrive lundi. Et je veux que tu prennes son cas… En plus d’Ilian, bien entendu, rajouta-t-il, un sourire narquois aux lèvres.
– Bien entendu, répétai-je en me levant

La main sur la poignée, je m’arrêtais pour me retourner vers lui, une question soudaine me trottant dans la tête.

– Les patients atteints de folie ne sortent jamais d’ici n’est-ce pas ? Demandai-je, le regard dans le vague.
– Tu parles d’Ilian ? Me demanda-t-il, sérieux.
– Qui d’autre…

Il soupira puis reporta son attention sur le lac. D’une voix calme, il reprit.

– Je pense qu’il joue un jeu, fit-il, croisant les bras.
– Ilian se moque de nous ? Demandai-je, étonné.
– A toi de le découvrir.

Un sourire sur ses lèvres me montra qu’il ne m’en dirait pas plus, et frustré, je sortis de son bureau. Je sus pas pourquoi, mais apprendre qu’Ilian resterait ici sûrement pour le reste de sa vie me fendit le cœur. Si c’était le cas, que faisais-je là, à me tourner les méninges pour lui ? Pour un homme qui ne voulait faire aucun effort. Peut-être qu’avec mon nouveau patient, tout irait mieux. Du moins, c’est ce que j’espérais au plus profond de moi.

Je sortis mon portable de ma poche, regardais l’heure. Je décidais d’aller faire une surprise à Hugo et d’aller le chercher à son travail, lui qui devait se coltiner les transports en commun…

Je sortis de l’hôpital et pris ma voiture. Vingt minutes plus tard, je me retrouvais devant l’enceinte du lycée prestigieux. Un petit sourire amusé aux lèvres, je passais devant les jeunes étudiantes qui ne me lâchaient pas du regard, chuchotant entre elles. Lorsqu’elles me verraient sortir avec mon amant, elles allaient faire une autre tête. J’arrivais devant le secrétariat, où une jeune femme s’activait à remettre en ordre des dossiers. Je n’avais aucune idée d’où se trouvait la classe de mon amant.

– Je peux vous aider ? Demanda-t-elle, s’approchant de moi.
– Oui, je cherche le professeur Stevenson, s’il vous plaît, répondis-je, aimablement.
– Je suis désolé, Monsieur Stevenson donne un cours particulier…
– Pourrais-je savoir où se trouve sa classe, j’attendrai la fin de son cours.

Elle me sourit puis sortit un gros classeur, passant en revue différents emplois du temps.

– Voyons, dit-elle, plaçant un doigt sous son menton, Joe finissait en salle 328, donc Monsieur Stevenson devrait faire ce cours dans cette salle.
– Joe ?!? Fis-je, surpris.
– Oui, c’est le nom de l’élève dont s’occupe Monsieur Stevenson.

Mon estomac se tordit à cet instant. Mes pensées ne cessaient de fuser à toute vitesse, se remémorant l’appel téléphonique d’il y a quelques jours. Hugo m’avait dit que c’était un parent d’élève… Je tournais immédiatement ma tête de droite à gauche, chassant ces pensées. C’était Ilian et ses foutus paroles qui commençaient à me rendre paranoïaque. Je remerciais la secrétaire puis partis dans les couloirs à la recherche de cette salle.

Je la trouvais rapidement et m’installais contre le mur d’en face, attendant la sortie de mon amant. Mais bien vite, je fus poussé par la curiosité. Je voulais entendre la voix de ce Joe et voir s’il s’agissait de la même. Avec un peu de chance, je me trompais. Doucement, je collais mon oreille contre la porte. Mais ce ne furent pas les paroles d’un professeur à son élève que j’entendis…

– Joe..Ahh… Arrête, je ne peux pas.
– Tu me dis toujours ça et tu finis toujours par céder.
– Je t’ai dit que …Ahhh… C’est fini Joe !
– Je t’aime…
– Mais je l’aime lui. Je suis avec lui !
– Je sais. Pourtant, ça fait quatre mois que tu couches avec moi. Cède encore, une dernière fois.

Mon cœur se brisa à cet instant et, la main sur la bouche, je me reculais de cette maudite porte. Mes larmes vinrent s’écraser sur mes joues alors que je retenais avec peine un haut le cœur puissant. J’avais mal. Terriblement mal. Je priais le ciel pour que cela ne soit qu’une farce. Désespéré, je portais ma main à la poignée, le cœur en lambeaux. Comme au ralenti, la porte s’ouvrit, me laissant voir une vision que j’aurais préféré éviter.

Hugo se tenait assis sur son bureau, le pantalon sur les chevilles. Devant lui, un jeune homme brun, les cheveux mi-longs. Il était assez beau et devait sûrement être la coqueluche de tout le lycée. Sa main se tenait sur la joue de mon amant, prêt à l’embrasser, tandis que l’autre caressait sans aucune pudeur son entrejambes.

Je sentis mon cœur saigner et mes larmes redoublèrent d’intensité. Le brun tourna la tête vers moi, suivi du regard de mon amant. Au premier abord désireux, ses yeux s’agrandirent sous la surprise, et il poussa immédiatement le prénommé Joe, remettant son pantalon en place. Ses yeux commencèrent à s’embuer alors qu’il comprenait la connerie qu’il venait de faire.

– Jaeden… Murmura-t-il, s’approchant de moi.

Rageusement, j’essuyais mes larmes et me retournais, marchant d’un pas dynamique. Je n’avais pas envie de crier, je n’avais même pas envie de frapper cet avorton. Je voulais simplement disparaître. Alors, je n’étais pas assez bien pour lui non plus…

J’entendais Hugo courir derrière moi, criant mon nom, la voix totalement enrouée par ses larmes. Mais pour une fois, celle-ci ne me fit pas le moindre mal. Cet homme me répugnait plus qu’autre chose. Mon cœur agonisant, je ne pensais plus qu’à une chose. La même chose qui m’avait tant attiré il y a quatre ans. Je savais qu’elle me ferait oublier, et c’était parfait.

Mon allure se stabilisa alors que j’approchais de la voiture. Hugo en profita pour me rattraper, et se jeter sur moi. Sans réaction, je ne bougeais pas, attendant de voir ce qu’il allait dire.

– Je suis désolé ! S’il te plaît, laisse moi m’expliquer ! Je t’en supplie…C’est…C’est pas ce que tu crois…Me supplia t-il, ses larmes inondant ma veste.

Brutalement, j’avançais, le faisant trébucher. Il se retrouva assis au sol, complètement étonné par ma réaction. Les jeunes filles que j’avais vues il y a peu vinrent l’aider à se relever, me lançant un regard noir. Celui de mon amant devint vide et empli de tristesse.

– Jaeden…Je t’en prie… Murmura-t-il, faisant un pas vers moi.
– Je ne veux plus te voir, répliquai-je, la voix froide.

Je rentrais alors dans la voiture, le voyant tomber à genoux. J’avais mal. Atrocement mal. Je démarrais dans un bruit d’accélérateur déchirant, et partis sans un mot pour l’homme que j’aimais et qui me trompais sous mes yeux depuis quatre mois.

**

Je marchais dans les rues, la démarche traînante. Je savais où je voulais aller, je savais aussi que j’avais beaucoup trop bu. Je portai à mes lèvres le joint que je venais de rouler, m’appuyant contre le mur afin d’éviter de tomber. Je sentais l’effet de cette drogue se répandre en moi, ce n’était pas le premier. J’entendis alors une musique assez forte, venant de l’autre bout de la rue, et immédiatement je marchai dans cette direction.

Je connaissais très bien ce bar, et un sourire inonda mon visage alors que je poussais la porte. Je m’assis sur un tabouret et commandai un whisky coca, cherchant autour de moi un homme pour passer la nuit. J’étais plus ou moins célibataire après tout. Je ne mis pas longtemps avant de trouver un homme à mon goût. De toute façon, qu’il soit beau ou pas, je m’en fichais royalement. Il était plus petit que moi, les cheveux bruns, presque noirs, avec des yeux verts étincelants. Je ne le lâchais pas du regard, le détaillant de haut en bas. Il sembla le remarquer et un sourire naquit sur ses lèvres. La démarche féline, il s’approcha de moi et posa ses bras contre le bar, m’entourant.

– Tu es venu accompagné ? Me demanda-t-il, alors que je sentais son regard envieux se poser sur moi.

Mais je n’eus pas le temps de lui répondre, une voix grave que je connaissais bien l’interpella.

– Dégage !

Près de moi se trouvait Kain, le regard noir. Il semblait fatigué et de mauvaise humeur.

– Je suis arrivé le premier, fit le brun, regardant mon frère de la même façon.
– Mon petit frère ne cherche pas une partie de jambes en l’air…
– Bien sûr que si ! Répliquais-je en me levant.

Je pris alors la main de l’inconnu et sortit du bar. Mais je ne pouvais échapper à Kain de cette façon… Violemment, je sentis l’inconnu tomber par terre et me retournais, constatant qu’il partait en courant devant le regard meurtrier de mon frère. Ce dernier se tourna vers moi, avant de poser sa main sur mon épaule. Mais je la rejetais bien vite, et sortit un autre joint de ma poche.

– Tu fais chier ! Fis-je en allumant la cigarette.
– Depuis quand tu recommences à te droguer ? Demanda Kain, dégoûté.
– Un joint ne me fera pas de mal.

Sans un mot de plus, je me retournais, titubant. Je faillis trébucher et Kain me rattrapa, me calant contre le mur d’une maison. Rapidement, il me serra dans ses bras, augmentant son étreinte alors que je me débattais. Mais en vain. Je sentis bien vite mon mal-être refaire son apparition et ma gorge se serra. Les larmes me vinrent aux yeux, et je ne pus me débattre, restant stoïque.

– Je suis désolé… Murmura-t-il, plongeant sa tête dans mon cou.
– Pourquoi ? C’est toi qui avais raison depuis le début, dis-je, sur le même ton.
– Mais je ne voulais pas que ça arrive.
– Je ne répondis rien et mes larmes sortirent, s’écrasant contre mes joues. J’avais terriblement mal. L’alcool et la drogue me tapaient la tête, et avec difficulté, je luttais pour ne pas perdre pied sous les visions du passé qui me revenaient. Pourquoi pensais-je à Ilian dans un moment pareil ? Au regard moqueur que m’avait lancé son petit ami. Quel crétin celui-là. L’esprit engourdi, je ne me rendis pas compte que je parlais à Kain.

– Tu sais qu’il a refait sa vie… Soufflai-je, alors qu’il portait un de mes bras à son cou pour m’aider a marcher.
– Mais non, il a juste fait une connerie, répliqua Kain, commençant à marcher.
– Non, il lui parle à lui… Alors que moi… On fait que se disputer.
– J’ai plutôt l’impression que c’était juste une histoire de cul. Je l’ai vu, Jaeden, il était désespéré, il est même venu à mon appartement pour te chercher. Je sais que j’devrais pas le défendre, mais il m’a fait de la peine.
– Il est venu à ton appartement ?!? Fis-je, m’arrêtant de marcher, complètement ahuri.
– Bah…Oui, je pense que c’est normal… Il a l’air de s’en vouloir, répondit Kain, les yeux remplis d’incompréhension.
– Mais de qui tu me parles ?!!! M’emportais-je, énervé.
– De Hugo ! Celui pour qui tu t’es bourré la gueule parce qu’il t’avait trompé, de qui veux tu que je parle ?!?

Je tombais alors de haut, me rendant compte de l’absurdité de mes paroles précédentes. Je ne devais pas penser à Ilian dans un moment pareil. Bougonnant, je repris ma marche, m’appuyant contre le mur.

– J’en étais sûr ! S’écria mon frère, me plaquant contre les briques.
– Quoi ?!? Répliquai-je, méchamment.
– Je trouvais que le mec avec qui tu voulais baiser ressemblait à Ilian, déjà qu’Hugo lui ressemblait assez fortement… T’exagères Jaeden, pourquoi tu retombes là dedans !?
– Je retombe dans rien du tout !
– Je vais peut-être le répéter, mais je préfère que tu retournes avec Hugo. Il t’a peut-être trompé, mais il s’en veut à mort. Et puis Ilian est interné, donc ça réduit toutes tes chances de…

Mais je ne le laissais pas continuer. Violemment, je le poussai, et il tomba au sol, une grimace de douleur aux lèvres. Je murmurais un « Pauvre con » et repris ma marche, n’écoutant pas ses appels. Je hélais un taxi et pris la direction de mon bureau. Je savais qu’Hugo se trouvait dans notre appartement. Et je ne pouvais plus dormir chez Kain.

Je m’arrêtais en chemin pour acheter une bouteille de vodka, dont je bus la moitié sur le trajet. J’entrais dans l’hôpital en titubant légèrement, mais le vigile ne dit rien, et me laissa passer. Je ne savais pas vraiment où je voulais aller, je savais juste que je ne voulais pas me coucher, même si la fatigue se répandait en moi. Je montais à l’étage des chambres en buvant ma bouteille. Je m’arrêtais alors devant la porte de la chambre et constatais que de la lumière filtrait dans le bas. Un sourire étira mes lèvres alors que je pensais trouver Ilian dans les bras de Melvin. Je me voyais déjà en train de foutre cet avorton dehors et prévenir le directeur. Pourtant, lorsque j’ouvris la porte, je ne vis qu’Ilian, assis devant la fenêtre de sa chambre, son livre préféré entre ses mains.

T’es tout seul ? Demandai-je, regardant dans tous les recoins.

Il ne me répondit rien, me regardant froidement. Je haussais les épaules et murmurais « C’est trop nul », avant de marcher et de fermer la porte sans bruit, mais je ne réussis qu’à renverser la lampe de chevet sur la petite table. Immédiatement, je me baissais pour la ramasser, mais ma tête percuta le meuble, et je m’écroulais sur les fesses, mort de rire.

– Depuis quand tu utilises les objets pour essayer de me tuer ! Dis-je, approchant la bouteille de mes lèvres.

Je vis alors un sourire amusé étirer ses lèvres, mais bien vite troqué pour son visage habituel. Sans un mot, je me relevais, et m’écroulais sur son lit, posant la bouteille sur le sol. Les yeux fixés sur le plafond, je dis rien pendant un moment. Mes yeux se fermèrent, et la fatigue m’enveloppa doucement.

– Tu voulais me voir détruit ? Et bien profite. Je refais exactement la même chose qu’il y a quatre ans. Je me bourre la gueule et je fume joint sur joint. J’ai même voulu baiser, mais Kain m’en a empêché, tout ça parce qu’il te ressemblait.

J’entendis le livre tomber au sol, mais ne réagis pas. J’étais trop mort de toute façon.

– Je suis pitoyable. Je l’ai vu ! T’avais raison, ce mec me trompait depuis quatre mois. Alors qu’on était ensemble depuis un an, même pas… Et le pire, c’est que je m’en fous. Je l’ai vu, l’autre, lui mettre la main dans le boxer, j’ai tout vu. Et je m’en fous !

La fatigue m’enveloppa complètement, et je cessais de lutter, la laissant m’emporter. Dans un dernier effort, je prononçais ces mots, que j’allais sûrement regretter le lendemain.

– Je m’en fous… Parce que tout ce qui trotte dans ma tête… C’est que tu sors avec ce gamin moche que je déteste plus que tout…

Nothing to prove – Chapitre 4

Chapitre 4 écrit par Lybertys

 

A partir de ce moment, tout se précipita. L’infirmière qui venait de me découvrir avait accouru vers moi après avoir alerté d’un autre cri les autres. Elle arracha le bout de verre que je tenais dans la main et attrapa mon drap afin de faire un garrot pour stopper l’hémorragie. Tel l’effet d’une drogue, je sentais ma tête tournait à cause du manque de sang que mon corps commençait à ressentir. Une foule de personne me toucha, étant leur unique centre de préoccupation.

Je pus cependant entendre certains commentaires du personnel qui émit quelques commentaires à propos de ce que je venais de me faire. Ils  auraient pu être blessants, mais je n’y prêtais même pas attention. Quel jugement pouvaient-ils porter sur moi qui puisse m’atteindre car l’être que j’étais de puis quatre ans n’était plus moi depuis bien longtemps. Il ne faisait que juger la personne que j’avais créée. Seulement, l’acte que je venais de faire maintenant n’était pas de l’apparence.

Avoir d’avoir réprimé en moi toutes mes souffrances passée, je venais d’avoir un aperçu très bref de la quantité emmagasinée et j’avais était très proche de la totale destruction. Mes murs s’étaient fissurés et je savais que je ne m’en sortirais pas indemne. J’avais joué avec la mort, l’approchant de plus près que je ne me l’étais imaginé.

Sans trop m’en rendre compte, j’étais maintenant sur un lit qui déambulé dans les couloirs, sous le regard des patients curieux. Je pu croiser le regard de Melvin, avant de sentir mes paupières s’alourdir. Je ne possédais plus d’énergie, bien que ma plaie était maintenant sous leur contrôle, je me sentais partir. Les yeux maintenant clos, sans avoir su les retenir, je me concentrais sur les bribes de phrases que je pouvais entendre : « vous seriez arrivé dix minutes plus tard, il y serait passé… Les tendons n’ont pas l’air d’être touchés… Appelez le directeur ! Il faut aussi prévenir son psychiatre… »

Le monde grouillant autour de moi finit par s’amenuiser, laissant seulement une infirmière, un médecin et le directeur qui venait d’arriver dans la salle de soin. Je frémis de douleur, lorsque le médecin saisit mon bras, me forçant alors à ouvrir les yeux. Je fus heurté par la tristesse, l’inquiétude et la colère qui se lisait sur les yeux de la première personne qui entra dans mon champ de vision : le directeur.

Sans me défaire de mon sang froid, je repris en un rien de temps le visage impassible qui me protégeait. Il fallait que je cesse cela tout de suite. J’étais en train de déraper dangereusement. Me reprendre et ne surtout pas me laisser aller à ce début de faiblesse était la seule solution et la plus urgente. Etant au bord de la falaise, il était très facile pour moi de faire un faux pas. La voix faible du directeur n’était pas là pour m’y aider :

–               Est-ce que ça va Ilian… Reste avec nous…

Je vis alors l’homme qui était en train de finir de soigner ma plaie faire une grimace tant celle-ci représentait l’intensité de ma souffrance et encore, cela n’était qu’un aperçut. Moi je venais de voir, et cela me terrifiait. Je n’étais peut être pas aussi fort que je le pensais…

Je devais à tout prix me couper de ce monde un instant, et ce fut un sommeil important suite à une piqure qui m’y aida. Sans même avoir vraiment le temps de m’en rendre compte, je m’endormis m’éloignant un instant bien trop court de l’horreur de cette vie.

***

 

J’eus droit à un réveil des plus désagréables ayant la cruelle impression de ne pas être seul. Ma tête me lançait douloureusement et il me fallut du temps avant de me souvenir de ce qui venait de se passer. Je secouais légèrement la tête comme pour revenir pleinement à moi. Je ne pus réprimer une grimace de douleur lorsque je remuai mon poigné, gardant en moi l’expression de celle-ci. Maintenant je me souvenais… Je me rappelais de ce que je venais de faire, et de ma raison dans cette pièce blanche qui n’était autre que l’infirmerie.

Doucement, je m’asseyais sur le lit prenant soin de ne pas me faire plus mal que je ne l’avais déjà. Je ne pouvais nier que j’aimais quelque part cette douleur vive qui me masquer celle gravée en profondeur. Cela faisait longtemps que je ne m’étais pas senti aussi minable. Surpris, je vis alors que la présence que j’avais ressentie auparavant n’était autre que Jeaden. J’étais surpris de sa présence ici, et dans mon état, affaibli, il me fallut quelques minutes pour retrouver mon regard froid. C’était bien la dernière personne que j’avais envie de voir maintenant. Cet air triste, ce jugement que je pouvais lire et qui transparaissait malgré lui à travers ses yeux.

Ne semblant pas tenir compte de mon envie de le voir ici à mes côtés, il vin s’asseoir sur un côté de mon lit, posant son regard dans le vague, droit devant lui. Que cherchait-il ? A racheter l’erreur qu’il croyait avoir commis ? Se sentait-il responsable de l’état de mon bras qui était d’une douleur insupportable ? Si je me trouvais minable, et honteux de mon état, je n’en laissais surtout rien paraitre, je venais de leur montrer à tous déjà bien trop. Il restait pour le moment silencieux, rendant de plus en plus désagréable notre promiscuité. Pour l’heure j’avais besoin d’être seul. Je ne voulais pas des discours et des grandes théories de tous ces psychiatres sur mon état et sur ce que je venais de commettre.

J’étais las de cet endroit, las de tout, survivre était finalement bien trop épuisant pour y réussir… Pourquoi Jeaden avait accepté mon dossier ? Pourquoi tenait-il tant à m’aider ? Au vu de ce qu’il m’avait fait par le passé, je trouvais cela d’une hypocrisie monstre et j’avais du mal à croire que tout ce qu’il faisait n’était pas uniquement pour le mérite qu’il tirerait peut être de mon cas. Il venait déjà de réussir quelque chose sur moi, me faire réaliser à quel point j’allais mal… Mais… Etait-ce une bonne chose ?
Sa petite voix résonna soudain dans la pièce :

–               Excuses moi Ilian. Je suis un piètre psychiatre. Trop aveuglé par mon envie de savoir ce qu’il t’était arrivé, je n’ais même pas remarqué que tu allais mal. Dit-il, faiblement.

Son regard ne s’était pas encore posé sur moi. Il était particulièrement douloureux de le voir ainsi, touché par mon état. Le ton qu’il employait le trahissait, et pourtant cela ne collait pas avec le passé. Voulait-il finalement seulement se racheter, ou était-il à dix mille lieux de ce qui s’était passé entre nous ?
Il finit par tourner sa tête vers moi, croisant un instant mon regard qui ne lui offrait aucune réponse. Sans un mot de plus, il abaissa ses yeux sur mon bras mutilé, et le pris en main. Choqué par ce geste et par ce contact, ne m’y attendant pas du tout, je l’enlevais en moins de temps qu’il ne fallut pour le dire afin de le rabattre contre ma poitrine.

Je ne voulais pas qu’il voit, je ne voulais pas qu’il reste. Pourquoi ne se contentait-il pas de faire comme tous les autres ? C’était bien de la honte que je ressentais en plus de cela, je ne pouvais pas le nier. Mais ce qui m’avait le plus troublait était le contact que j’avais eu un court instant. Cette douceur et cette façon de toucher, la chaleur de sa peau qui me revenait en mémoire comme si notre dernier contact remontait à hier. Cela faisait si longtemps que je n’avais pas ressentit ce genre de chose suite à même un simple effleurement avec tout les autres. Pour moi, le contact avec un autre être humain était depuis trop longtemps vécu comme une agression. Soudain, sa voix me sortie de ma torpeur qu’il n’avait pas remarqué car il lui avait été camouflé par mes soins :

–               Et après tu veux me dire que tu ne ressens plus rien…dit-il, légèrement moqueur.

Je n’aimais pas du tout ce qu’il cherchait à faire et surtout ce qu’il venait de me dire. Ma colère pour lui revint aussi vite qu’elle était partit un court instant. A cause de lui, j’étais tombé bien trop bas, encore une fois maintenant.

Alors qu’il se levait, je tendis immédiatement mon bras vers lui. Puisqu’il tenait tant à le voir, je n’allais pas chercher à le lui cacher. Ce geste avait tout d’un geste de pure provocation. Mon regard froid ne faisait qu’affirmait cela, voulant à tout pris lui montrer par la même occasion que ce qu’il venait de dire était faux. Je le vis alors venir s’asseoir de nouveau à côté de moi, posant mon bras sur ses genoux. La douceur infinie qu’il dégageait me heurtait par l’absence d’habitude de ce genre d’attention pour moi ces dernières années. Je me rappelais vaguement, ne voulant pas me forcer à repenser au moi d’avant, mais j’avais été quelqu’un d’extrêmement timide et quémandant toujours de la douceur et de l’affection. J’avais été d’une fragilité et d’une vulnérabilité qui m’écœurait à présent.

Jeaden commença à défaire le pansement, et mon regard se posa sur lui. Je voulais voir sa réaction, mais je l’appréhendais quelque part tellement que lorsqu’il arriva au dernier tour, je virai immédiatement la tête à gauche, ne pouvant supporter qu’il voit cette plaie et surtout la voir moi-même. Montrer à quiconque cette plaie et en particulier à Jeaden, c’était faire voir une partie de ma douleur que j’avais toujours caché.

Jeaden avait pour la première fois depuis que nous nous étions revu un aperçut de ce ma sombre descente en enfer. J’étais pris d’un vertige, car à travers ses réactions, j’étais de nouveau plongé en moi à regarder ce que j’étais devenu. A voir la plaie que je m’étais cruellement infligé, il devait ressentir un élan de dégout monstre, mais il n’en laissa rien paraître. D’un bref regard jeté discrètement, je le vis sortir un petit pot de sa poche, qui semblait être de la crème. Comptait-il me soigner ? Je pouvais déjà sentir sur mon bras meurtris la chaleur de sa cuisse et de ses doigts se déplaçant avec délicatesse sur ma peau. Je me sentais encore un peu dans le vague, cela était certainement dû aux injections de médicaments qu’ils m’avaient faits. Je gardais obstinément la tête tournée vers la gauche, ne voulant pas en voir plus, me coupant de lui, lui offrant simplement le désastreux spectacle de mon bras.

C’était bien de la crème qu’il y avait dans ce petit pot, car il commença à l’appliquer délicatement sur mon bras. Je frémis au premier contact… Si ce fut désagréable au premier abord, bien vite, je fus envahi de cette douce chaleur dont je n’avais pas eu l’habitude depuis très longtemps… Cette douceur, cette façon de poser sa main sur moi… Le gout de ses lèvres…

Je m’en souvenais comme si c’était hier, notre premier baiser… Trop timide, je l’avais laissé prendre l’initiative et lentement afin de ne surtout pas me heurter, il avait déposes ses lèvres chaudes sur les miennes provoquant chez moi un violent frisson. Sa langue était venue progressivement quémander l’ouverture de mes lèvres afin de rejoindre la mienne, caressant mes lèvres d’une façon chaude et sensuelle.

Je me rappelais de tout ce que cela avait fait naître en moi, l’impression de vivre dans un autre monde un court instant, un monde qui m’avait cruellement manqué toute ces années. L’amour que j’avais éprouvait pour lui, et l’affection que nous nous étions porté… Ses mains effleurant ma nuque et le bas de mon dos afin de m’attirer bien plus près pour approfondir notre contact grandissant… La délicatesse dont il avait toujours fait preuve avec moi, l’attention… L’impression d’être important pour quelqu’un, l’impression de vivre enfin depuis ma naissance…

Mais maintenant tout cela était fini… Tout cela m’était interdit. Pourtant je le sentais de nouveau, ce cœur en moi, palpité à la recherche d’un semblant de vie. Pourquoi devais-je tomber sur lui ? Pourquoi s’acharnait-il à m’aider ? Ressentait-il encore quelque chose pour moi ? Et moi ? Ne ressentais-je pas encore mon cœur vibrer au plus profond de moi à sa vue ? Peu m’importait, je lui laissais mon bras, fermant les yeux afin de profiter pleinement de ce qu’il était en train de me faire. Peu importe qui était en train de me procurer cette sensation qui me faisait tant de bien, comme s’il pansait un peu mon cœur. Cela me faisait oublier un instant ce que mon cousin m’avait fait, me touchant comme plus jamais je ne voulais être touché. Je savais que cela devait être difficile de voir mon bras, mais quelque part, je voyais cela comme une vengeance face à ce qu’il m’avait fait par le passé. Voyait-il ou cela m’avait mené ?

Plus le contact durait et plus ma volonté de lui en vouloir et d’éprouver de la rancœur pour lui s’effilochait. Sans trop savoir pourquoi, je sentis les larmes me monter aux yeux… J’avais besoin de pleurer, mais jamais je ne le ferais devant lui. Ces larmes que j’avais si souvent repoussé, et qui maintenant venaient en masse afin de me faire céder… Il fallait qu’il sorte, que je me reprenne, qu’il me laisse seul comme j’avais maintenant l’habitude de l’être. J’étais effrayé par le pouvoir qu’il était en train de prendre sur moi. Combien je donnerais pour revenir plusieurs années en arrière…

D’une voix faible et pleine de tristesse, ne parvenant malheureusement pas à me reprendre, je dis sans pour autant le regarder :

–               Sors… S’il te plait…

Je le sentis alors me regarder timidement, mais je n’aurais pu croiser son regard triste une fois de plus sans m’effondrer littéralement.

–               Je reviendrais ce soir, t’apporter ton diner, me dit-il en refaisant le pansement.

Je ne lui répondis rien, sentant que de toute façon aucun n’autre mot ne passerait le barrage de mes lèvres. Il m’était de plus en plus dur de me retenir, je savais que ce n’était plus qu’une question de seconde. Il reposa mon bras soigné doucement sur le lit, se levant en même temps. Je le rabattis immédiatement contre ma poitrine, comme pour me replier un peu plus sur moi-même. Lorsqu’il sortit enfin de la pièce et qu’il ferma la porte, je pus enfin me laisser aller comme je ne l’avais pas fait depuis si longtemps… Je tenais mon bras avec mon autre main, comme si celui-ci réclamait encore les caresses de Jeaden. Je baissais alors la tête et lâchais le premier sanglot, suivit de près par les larmes que je laissais enfin couler. Cela était bien plus douloureux que quiconque pouvait le penser. J’avais l’impression de ne plus parvenir à me maîtriser, de ne plus être la personne dure et froide que je m’étais créé. Je craquais…

Je ne sus combien de temps je restais là, à pleurer, laissant couler les larmes intarissables, sentant saigner mon cœur à grand flots. Depuis ma séparation avec Jaeden, je n’avais plus connu un seul de ces contacts doux. Juste des regards posé sur moi lors du procès, des regards de dégout et de mépris. Ma propre famille m’avait rejeté, et j’avais fini ici, pris pour un fou… Ce qui était encore plus douloureux, c’était le fait que cette douceur venait de m’être redonnée par le même homme. Lorsque plus une seule larme n’était présente dans mon corps, je me sentais totalement vidé. Je n’avais même pas la force de bouger. Seule la douleur lancinante de mon poigné me rappelait que j’étais en vie. Mes yeux finirent par se fermer totalement, j’étais toujours dans la même position. Le sommeil ne tarda pas lui non plus, et bientôt je parti rejoindre les bras de Morphée.

 

*

 

J’étais assis sur le côté passager dans la voiture, conduite par Ewen mon cousin qui avait à tout prix tenu que je vienne à la petite soirée qu’un ami à lui avait organisé. Je venais tout juste d’avoir 17 ans et mon cousin avait réussi à convaincre mes parents de me laisser sortir avec lui. A vrai dire, je n’en avais pas vraiment envie, de nature très timide, je ne parvenais jamais à trouver ma place dans ce genre de lieu et d’ambiance.

–               Allez cousin, tu va voir, il y a un mec que je tiens vraiment à te présenter. Et puis ça ne te fera pas de mal, ça te décoincera un peu !
–               Mouais, répondis-je en faisant la moue.

Ewen éclata de rire, mais cela m’agaça plus que ne m’amusa. Pour qui se prenait-il à vouloir soudain régenter ma vie. Cela ne faisait qu’une petite année qu’il semblait me porter de l’intérêt. Plus âgé que moi, il prenait la place de l’entraineur et décider de la plupart de choses que nous faisions ensemble. Nous arrivâmes bien trop vite sur le parking, et après s’être garé, nous nous dirigeâmes chez l’ami de mon cousin qui organisait la fête dans sa maison. Au vu de sa grandeur, il était indéniable que ses parents devaient avoir les moyens.

Je marchais un peu derrière Ewen, peu sur de la suite des évènements, cherchant déjà une excuse pour m’éclipser et partir au plus vite. Malheureusement rien ne vint à mon esprit, et nous nous retrouvâmes tous deux devant la porte à sonner afin que quelqu’un vienne nous ouvrir. On ne tarda pas à venir nous faire entrer, et tous saluaient Ewen prouvant qu’ils le connaissaient déjà très bien.

Je me sentais déjà extrêmement mal à l’aise, si bien que je laissais rapidement Ewen avec ses amis et me dirigeait vers le bar, sachant que l’alcool me désinhiberait un peu. Alors que j’étais en train de me servir un verre de je ne sais quoi alcoolisé, je sentis un regard insistant posé sur moi. Par pur reflexe, je tournais la tête vers l’homme qui se tenait à côté de moi. Nos regards se croisèrent un court instant, et gênait le mien alla très vite dans une contemplation muette du sol. J

e sentais mes joues chauffer, signifiant très clairement, et à mon plus grand damne que j’étais en train de rougir. Il émit un petit rire avant de me laisser seul et légèrement tremblant, mort de honte de ma réaction. Cette timidité me bouffait. Je mis du temps avant de relevé la tête, il avait disparut de mon champs de vision. Je refermais l’étreinte de ma main sur mon verre, avant d’avaler une grosse gorgée. Cette homme était assez grand par rapport à moi, bien plus fort, et avait bien plus d’assurance que moi. Ce qui m’avait surtout marqué suite à mon bref coup d’œil, s’était la profondeur que reflétaient ses yeux. Leur couleur, je l’avais retenu toute suite de part leur beauté : châtaigne avec quelques touches de vert. 

Si jamais je n’avais pas été comme j’étais actuellement, si jamais je n’avais pas été atteint d’une timidité maladive, je serais partit à sa recherche. Au lieu de cela, je parcourais rapidement la pièce d’un coup d’œil à la recherche d’un petit coin tranquille.

Une fois celui-ci repéré, je m’y rendis mon verre à la main. Personne ne semblait s’apercevoir de ma présence, et cela ma convenait parfaitement. Je me retrouvais donc assis dans mon coin, à siroter mon verre d’alcool à attendre que le temps passe. Les doigts d’une de mes mains s’entortillés les uns avec les autres, ayant beaucoup de mal à cacher mon état de stress. Finalement, après une bonne demi-heure à attendre dans mon coin, je décider de me lever et d’aller prendre l’air. Une bonne cigarette me permettrait peut être de me calmer et de faire baisser mon angoisse.

Arrivé dans le jardin, je savourais le calme qui y régnait. Certes il ne faisait pas très chaud, mais au moins, il y avait moins de monde. J’attrapais une cigarette et mon briquet, puis me mettait encore un peu à l’écart afin d’avoir véritablement la paix. Après ma première bouffée, j’expirais la fumée, regardant le nuage qui se dissipait dans l’air. Je laissais ensuite mon regard partir dans le vague, qui s’arrêta immédiatement sur l’homme qui approchait dans ma direction, le même homme que j’avais croisé à côté du bar. Je pris sur moi pour garder mon calme, et me retenais de ne pas baisser la tête.

Arrivé à ma hauteur, je pu voir un petit sourire se dépeindre sur ses lèvres, ce qui lui donnait un charme fou. Ses cheveux indisciplinés lui donnaient un style qui était loin de me laisser indifférent ? Bien sur, jamais je ne lui aurait dit ou jamais je n’aurais tenté quoi que ce soit avec lui. Faire le premier pas n’était vraiment pas dans mes capacités. Machinalement, je reportais la cigarette à ma bouche, tirant une autre bouffée.

Ce fut lui qui engagea la conversation :

–              Tu n’as pas l’air d’apprécié particulièrement ce genre de fête je me trompe ?! Au fait je m’appelle Jaeden et toi ?

–              Euh… Je… Ilian, répondis-je en ayant du mal à réprimé un rougissement.

Je bénissais pour cela la peine ombre qui régnait.

–              Enchanté Ilian.

Jaeden tenait un verre à la main, et semblait bien plus à l’aise que je ne l’étais actuellement.

–              Il me semble t’avoir déjà vu quelque part, tu n’es pas dans mon cours d’informatique le mardi après-midi ?
–              Euh… Si, mais je ne me souviens pas t’avoir vu, me décidais-je enfin à m’exprimer.

Jaeden éclata alors de rire, je ne savais pas trop comment me tenir face à cette réaction, et heureusement il expliqua :

–              J’ai du y aller seulement une fois, mais je t’avais remarqué dans le fond.

Mes joues s’empourprèrent de nouveau, il était bien rare que quelqu’un me remarque, surtout une personne qui avait été dans la même classe que moi pendant une petite heure seulement.

–              Tu es venu avec quelqu’un ? me demanda-t-il.
–              Euh, oui… Avec mon cousin. Il tenait… Enfin, il m’a proposé de venir avec lui.
–              Pourtant tu n’as pas l’air d’être ravi. Moi non plus pour tout te dire, mais finalement la soirée est en train de prendre une toute autre tournure.

Il commença alors à se rapprocher de moi dangereusement et ajouta bien plus bas afin que je sois le seul à entendre:

–              Une bien meilleure tournure…

Maintenant le visage très proche du mien, je pouvais sentir son souffle chaud se déposer sur mes lèvres. Mes yeux avaient croisés les siens pour ne plus les quitter, j’étais comme envouté. Voyant que je n’opposais aucune résistance, il parcourut les derniers centimètres qui séparaient nos lèvres. A ce contact, je fus tellement bouleversé que je ne pu réprimer un frisson de bien être. Ma cigarette s’échappa de mes doigts, tombant sur le sol en continuant de se consumer, mais déjà elle avait quitté notre monde.

Alors que sa langue venait sensuellement caresser mes lèvres, je sentais mon cœur battre terriblement vite. Inconsciemment, je me rapprochais de lui, amenuisant la distance qui séparait nos deux corps. Lentement j’entrouvrais mes lèvres afin que nos langues se rencontrent enfin. Je me sentais déjà transporter dans un autre monde, oubliant qui j’étais pour ne formé plus qu’un à travers ce baiser échangé. Je le laissais venir à ma rencontre, n’ayant en aucun cas le courage de prendre les initiatives.

Jamais je n’avais connu pareil douceur. Tout était fait pour ne pas me heurter, prenant en compte et étant particulièrement attentif à la moindre de mes réactions. Lentement ses mains vinrent se poser sur ma nuque et sur le bas de mon dos afin de m’attirer plus près et d’approfondir l’échange, tout en le laissant sensuel et débordant de douceur. Un très petit gémissement silencieux s’échappa de mes lèvres, tant le plaisir qu’il m’apportait était puissant. Cet homme embrassait comme un dieu, entraînant ma langue dans un ballet langoureux. Malheureusement et bien trop vite à mon gout, ce baiser prit fin et Jaeden s’écarta de moi, me laissant pantelant. Un petit sourire que j’appréciais déjà tout particulièrement étira ses lèvres, avant de me déclarer d’une vois étonnamment douce et séductrice :

–              Tu ne veux pas sortir avec moi ?

*

J’ouvris les yeux, mettant du temps avant de me rappeler où je me trouvais. La douleur de mon poigné suffit à me remémorer la totalité des évènements. Après le rêve que je venais de faire, je me sentais encore plus mal. Mélancolique du temps passé ensemble, je me redressais, secouant légèrement la tête, voulant oublier ce rêve trop douloureux dans ma mémoire. Seulement à peine étais-je assis sur le lit que je croisais le regard de Jaeden assis sur le fauteuil de ma chambre tenant un livre à la main. Aussitôt et non sans difficulté, je lui renvoyais ce même regard froid, montrant que rien n’avait changé entre nous. Je lui montrais très clairement que sa présence ici n’était pas demandé.

–               Bien reposé ? Ca va un peu mieux ? me demanda-t-il.

Face à non-réponse, il poursuivit :

–               Je t’ai amené ton diner il y a un petit quart d’heure, il ne devrait pas avoir trop refroidit, si ce n’est pas assez chaud tu me le diras, j’irais le faire réchauffer.

Je tournais la tête pour voir le petit plateau posé sur la table à roulette, contenant cette même nourriture infecte dont je me nourrissais depuis quatre années. Pour être franc, je n’avais pas faim du tout, mais souhaitant éviter toute question, je décidais de me forcer. J’attirais à moi le plateau, tendis que je pouvais voir Jaeden se redresser afin de pouvoir être un peu plus à ma hauteur. S’il attendait un merci de ma part, il pouvait attendre encore longtemps.

Avec lenteur, à cause de mon poigné blessé, j’entamais mon repas, me forçant à chaque bouchée. J’avais déjà beaucoup de mal à me nourrir chaque jour, n’avalant que le strict nécessaire, mais aujourd’hui, c’était pire que tout. Le regard de Jaeden posé sur moi ne faisait rien pour arranger la chose. Je détestais me sentir ainsi observé et scruté. Je ne réussi qu’à avalé la moitié, puis je repoussé mon plateau, avant de me recoucher, et sans un mot ni même un regard pour Jaeden, fermer les yeux. Je n’avais plus sommeil, mais je voulais être seul.

–               Repose-toi Ilian, tu en a besoin. A demain.

J’ouvris les yeux et le vis se relevé puis attraper mon plateau en laissant son livre à la place. Sans un mot de plus, il sortit, me laissant enfin seul. Ce fut la curiosité qui prit le dessus, et je me redressé légèrement afin de voir quel lecture il était en train de faire. Mon cœur se serra aussitôt à la vue de la couverture. Faisait-il exprès ? C’était un livre que je pouvais lire et relire à l’époque ou nous sortions ensemble. Plusieurs fois il avait du user de tout ses charmes pour me faire quitter mes lecture afin que je porte mon attention sur lui.

Ce livre je ne l’avais plus touché depuis plus de quatre ans… Fébrilement, je le saisi, grimaçant de douleur à cause de mon bras blessé. Je connaissais encore des pages entières par cœur. C’était un des auteurs préféré, mon modèle encore aujourd’hui… Tremblant, j’ouvris la première page, et laissai glisser mes yeux sur les premiers mots, les premières phrases, commençant à le lire une fois de plus sans trop m’en rendre compte. Je dus lire une bonne moitié, jusqu’à ce que je sente la fatigue prendre trop d’emprise sur moi. Je reposais le livre sur la table, tel que je l’avais trouvé, ne voulant surtout pas montrer que je l’avais touché.

Ce livre avait toujours le même effet sur moi… Il me donnait presque le sourire alors que c’était une histoire assez triste. J’aimais par-dessus tout là façon dont l’auteur nous entraînait avec une facilité déconcertante dans ce monde qui n’appartenait qu’à lui.
Il me donnait vraiment envie de poursuivre mon histoire, mais ce n’étais pas le moment. Je m’allongeais le plus confortablement possible, pas du tout près à affronter la journée de demain.

Le lendemain, je fus réveillé par une infirmière qui venait changer mon pansement et m’amener mon petit déjeuner. Elle me prévint que je passerais encore deux nuits ici avant de rejoindre ma chambre. Je ne l’écoutais qu’à moitié, faisant tout pour ne pas voir mon bras. Je n’étais pas encore près à voir l’étendu des dégâts.

–               Vous avez de la chance, déclara-t-elle soudain, la cicatrisation de votre plaie est déjà entamée.  Au fait, votre sœur va venir vous rendre visite dans une petite heure. Etant donné les circonstances, nous autorisons ce genre de visite.

Je tournais la tête vers elle, surprit, mais n’en montrant évidemment rien. S’il y avait une personne que je n’avais pas envie de revoir, c’était bien elle. L’infirmière finit par me laisser, me donnant le plateau contenant mon petit déjeuner. Seulement cette fois-ci, je ne pus pas avaler plus d’une petite bouchée, finissant par repousser le plateau loin de moi. Je soupirais, las de cette journée qui commençait très mal.

Les cachets que m’avait fait avaler cette infirmière commençaient déjà à me faire tourner la tête, me faisant perdre une partie de la maîtrise que je pouvais avoir de moi-même. Je me surpris à fixer la pendule, trouvant que le temps passait bien trop vite. Dans une petite demi-heure, si l’infirmière avait vu juste, je devrais affronter ma sœur que je n’avais pas vue depuis longtemps. Malheureusement, ma sœur arriva un peu en avance, et je pus déjà entendre sa voix dans le couloir, en pleine discussion avec le psychiatre. Elle venait d’avoir vingt ans et respiré la réussite et l’assurance, au contraire de ma personne.

Elle entra seule dans la chambre, et à sa vue, je me redressais un peu afin de ne pas être dans une position de totale infériorité. Elle vint directement droit vers moi, d’un pas ferme et décidé. Je ne vis pas le coup venir. A peine fut elle arrivé à ma hauteur, que j’eus le droit à une gifle monumentale qui me fit tourner la tête sous la violence du choc. A peine eut elle finit que je pouvais déjà sentir la douleur et ma joue chauffer sous le choc. Je la regardai de nouveaux, ayant tout juste la force de garder mon regard impassible. Ne me laissant aucun répit, elle commença à cracher son venin :

–               Tu ne crois pas que tu nous as causé assez de problèmes comme ça ?!!! Non, il fallait que tu te fasses encore remarquer. Maman allait mieux, elle était prête à tourner la page. Nous allions nous éloigné de toi et de ton attirance pour les problèmes et tu choisis de faire la pire des choses qui soit. As-tu seulement un court instant pensé à nous ? Si tu tiens à rester ici sans faire d’effort, c’est ton problème pas le notre !! Tu sais quoi Ilian ?! J’aurais mille fois préféré être fille unique, la vie aurait été bien meilleure pour papa et maman.

Plus elle parlait, plus je sentais la fissure que mon cœur avait connu se refermer, me repliant de nouveau au plus profond de moi-même afin de ne pas être atteint par son venin qui me tuait à petit feu. Je sentais que j’avais de plus en plus de mal à respirer, totalement étouffé par toute la haine qu’elle déversait sur moi.

–               Pff, et tu ne réponds rien… Tu ne cherches même pas à te défendre… poursuivit-elle.

Soudain, une voix que je ne connaissais que trop bien retentie dans la pièce :

–               Qu’est ce que vous faites là ? Vous allez me faire le plaisir de sortir d’ici et de ne plus jamais revenir le voir.

Ma sœur se retourna immédiatement, et reconnu aussitôt Jaeden, plus que surprise de le voir ici. Vexée d’être surprise ainsi, elle déclara très froidement, fixant Jaeden de toute sa hauteur, dans un regard empli d’insolence :

–               De toute façon, j’avais finis.

Sans un mot de plus, elle sortie, me laissant seule avec celui qui venait de me venir en aide. Celui dit alors tout bas, une phrase que je parvins à entendre :

–               Décidemment, son idiotie a pris le dessus sur le peu d’intelligence qu’elle avait.

Je me surpris à sourire à cette phrase, cachant bien vite mon sourire en coin lorsqu’il tourna la tête vers moi.

–               J’espère que tu as bien dormi et que ta nuit a été plus reposante que la mienne, commença-t-il avant de poser les yeux sur mon plateau repas à peine touché. Ilian, il faut que tu… Bon, se reprit-il, passons pour cette fois.

Il vint alors s’asseoir tout naturellement à côté de moi.

–               Je peux ? me demanda-il en montrant mon bras mutilé d’un regard et en sortant son petit pot de crème miracle.

N’ayant pas la tête à résister ou même l’envie d’ouvrir la bouche, je lui tendis simplement mon bras. Il émit un petit sourire satisfait, avant de poser délicatement mon bras sur ses genoux. Lentement, de la même manière que la dernière fois, il entreprit de défaire mon bandage avec douceur, voulant éviter à tout prix de me faire mal. Une fois mon bras dévoilé, je détournais le regard, ne voulant rien voir de tout cela. Je repensais à ce que venait de me dire ma sœur… Et si elle avait raison ? Est-ce que tout ne serait pas allé mieux si je n’avais pas exister ?

Je frémis lorsque je sentis ses doigts enduits de crème se poser sur ma peau meurtrie. Bien vite je fus envahis des mêmes sensations que la dernière fois, qui me firent oublier un instant ces questions destructrices. Je me laissais de nouveau aller à fermer les yeux, me concentrant uniquement sur ce que je ressentais. Le massage durait bien plus longtemps que la dernière fois. C’était comme s’il pansait un instant mon cœur, m’offrant un peu de chaleur. Plus le temps passait et plus je me laissais aller. Ses doigts passaient habillement sur ma peau, ne me faisait aucun mal. Seulement, cela commençait à prendre un peu trop de temps. En effet, cela faisait un moment que la crème était totalement pénétrée dans ma peau. Intrigué, j’ouvris les yeux et tournait la tête vers Jaeden. Il était en train de me masser, les yeux perdus dans le vide.

Amusé, je déclarais, sans me départir de ma voix froide :

–               Il n’y a plus de pommade…

Jaeden sursauta et se redressa comme s’il venait de se réveiller. A ma plus grande surprise, je le vis alors rougir violemment et fuir mon regard. Il finit par se lever, attrapa mon plateau presque plein et déclara un peu précipitamment :

–               Je reviens plus tard.

En moins de temps qu’il ne fallut pour le dire, il était déjà hors de la chambre, me laissant quelque peu abasourdit. Pourquoi avait-il eu cette réaction ? A quoi avait-il pu bien penser pour qu’il soit dans cet état ?
Je m’enfonçais dans on oreiller, me sentant encore terriblement fatigué. Je n’aimais vraiment pas être ainsi. Alors que j’allais de nouveau me laisser aller à fermer les yeux, j’entendis quelques coups frapper à la porte. Comme à mon habitude, je ne pris pas la peine de dire entrer, sachant que la personne le ferait de toute manière. La porte s’entrouvrit alors, et je jetais un léger coup d’œil pour découvrir Melvin à l’entrée de cette chambre. Il s’approcha de moi avec un sourire. C’était fou comme il pouvait respirer l’innocence. C’était à se demander s’il avait sa place ici…

–               On m’a donné l’autorisation de venir te voir commença-il. Ta présence m’a vraiment manqué ces deux jours.

Il s’approcha encore un peu plus, finissant par s’asseoir sur mon lit. Je vis qu’il tenait dans la main un de mes nombreux cahiers. Je me redressais un peu afin d’être à sa hauteur. Je n’avais rien à craindre de lui, après tout il était dans la même situation que moi, et un peu de sa présence me ferais oublier un court instant mes problèmes. Cependant, ce n’est pas pour autant que j’engageais la conversation, lui laissant tout le loisir de s’exprimer.

–               Je viens de finir cette histoire, dit-il en plongeant ses yeux bleus dans les miens. Je te l’avais emprunté avant que tu … Enfin…

Un léger silence s’installa entre nous, avant qu’il reprenne de plus belle.

–               Je pourrais aller dans ta chambre tout à l’heure pour prendre un autre cahier.
–               Oui, tu peux, lui répondis-je en m’étonnant moi-même lorsque j’ajoutais : celle-ci t’a plu ?
–               Elle est vraiment très sombre. Enfin, pas en apparence, mais la fin fait ressortir toute la noirceur du personnage. Autant dire que je ne m’y attendais vraiment pas.

Malgré moi engagé dans la conversation, je répliquais :

–               Tu ne t’en étais pas aperçût avant ?
–               Ah non, pas du tout.
–               Heureux qu’elle t’ait plu répondis-je.
–               Sincèrement, merci de me laisser lire tes écrits.

J’esquissais un très léger sourire, emprunt de mélancolie. Cela faisait finalement beaucoup de bien de pouvoir parler de quelque chose qui n’était pas lié à ma présence ici. Avec Melvin, je n’étais pas obligé de rendre des comptes, j’avais seulement à échanger avec lui sur mes écrits.

–               Non mais franchement s’exclama-t-il, la façon dont ton personnage dérape à la fin. Tellement amoureux de cet homme qu’il craque sous l’attirance physique qu’il éprouve pour lui. Tu finis cette histoire juste à la fin du viol, cela fait vraiment un choc. Tu décris cela d’une telle façon… On ressent vraiment l’envie non maitrisable qu’il éprouve. Elle est presque bestiale. C’est fou comme tu te mets à la place du violeur, on finit par croire qu’il n’y aucune autre solution. Plus je te lis et plus je remarque que tu parviens à te glisser dans chacun des rôles avec une facilité et un réalisme déconcertant.

Il finit par se taire, à mon plus grand soulagement, car je commençais à me sentir mal à l’aise. Je le vis faire un tour de la pièce d’un bref regard qui s’arrêta soudain sur le livre de Jaeden.

–               Oh ! C’est toi qui lis ça ?
–               Euh, non, c’est mon psy…
–               Il a bon goût, j’ai du lire ce livre je ne sais combien de fois.

Il alla le prendre, posant sur le lit mon cahier qu’il avait encore.  Aussitôt il l’ouvrit en venant s’asseoir de nouveau à mes côtés, comme je l’avais fait hier soir. Il se mit alors à feuilleter les pages, avec le regard d’un enfant qui s’émerveille devant son nouveau jouet. Soudain, je le vis s’arrêter, le regard plongé dans le vague. Inquiet, je demandais, me surprenant de plus en plus de ma sociabilité :

–               Melvin ? Quelque chose ne va pas ?

Après un temps, il tourna la tête vers moi, plongeant son regard dans le mien, et me demanda :

–               Dis Ilian, tu veux que je te raconte pourquoi je suis ici ? Tu as envie de savoir ?
–               Ca ne me concerne pas Melvin. Tu es tel que tu es, et cela m’est égal de connaitre ce que tu as commis par le passé.
–               Tu as raison, me dit-il en souriant, apparemment soulagé de la tournure qu’avait prit notre discussion.

C’est à ce moment là que la porte s’ouvrit, laissant apparaître Jaeden avec mon plateau repas à la main. Il s’arrêta immédiatement en voyant Melvin assit sur mon lit, en train de parler avec moi un sourire affiché sur ses lèvres. Je repris très vite mon air impassible et silencieux. Je me rendais aussitôt compte que je m’étais bien trop laissé aller. Cela devait être du à mon état de faiblesse et aux tonnes de cachets auxquels j’avais le droit chaque jour.

–               Je te laisse, déclara alors Melvin, repose toi bien et j’espère te revoir vite.

Sans un mot de plus, il reposa le livre de Jaeden, attrapa mon cahier et sortit sous le regard froid de Jaeden qui fixait mes écrit entre les mains de ce jeune homme.

Jaeden s’écarta légèrement pour le laisser passer, puis finit par venir poser le plateau sur ma petite table.  Je le regardais à peine, ne m’attendant pas à quelque chose de merveilleux. Le plat était caché par un couvercle qui devait sans doute garder la chaleur. Je me redressais, peu convaincu par mon envie de manger. Il fit rouler le plateau vers moi, puis alla s’asseoir sur la chaise juste à côté de mon lit.

Las je soulevais le plateau pour y découvrir à ma plus grande surprise des frites et un hamburger fraichement acheté. Je relevais la tête vers Jaeden sans pour autant trahir un quelconque sentiment, avant de regarder de nouveau mon assiette. Cela faisait des années que je n’avais pas eu droit à ce genre de nourriture, et déjà l’odeur m’emplissait les narines, faisant presque gargouiller mon ventre.  Alors que j’allais tendre la main pour entamer mon repas, l’appétit m’étant très vite revenu, je murmurai, sans relever la tête :

–               Merci…

Puis, sans plus de cérémonie, j’entamais mon repas, commençant par attraper une frite, et la portant avec lenteur à ma bouche. A peine l’aliment eut-il touché ma langue, que je me sentais envahie de bonheur. Ces petits riens que l’on m’avait interdit m’avait finalement manqué. Il ne me fallut pas bien longtemps pour prendre une dernière fritte et attraper mon hamburger sans pour autant trahir le bonheur et l’empressement qui me saisissait. Je n’allais pas offrir cette satisfaction à cet homme. C’est ainsi que je me retrouvais à savourer cette nourriture pour la première fois depuis plus de quatre ans, sous le regard amusé et irritant de Jaeden. Celui-ci finit d’ailleurs par se lever et vint s’asseoir au bord du lit. D’un geste rapide, il me piqua une frite qu’il mangea aussitôt après m’avoir dit d’un air grincheux :

–               Content que ça te plaise…

Je ne répondis rien, posant sur lui mon regard qui semblait le glaçait de l’intérieur. Est-ce que j’avais à ce point changé pour qu’il me dévisage de la sorte à chaque fois, comme s’il semblait ne pas me reconnaitre.
Je finis de manger dans le silence, Jaeden attrapant son livre et retournant s’asseoir sur la chaise à côté du lit. Lorsque j’eus fini, je repoussais le plateau, me sentant déjà épuisé de cette matinée. Sans prévenir Jaeden, je m’enfonçais dans mon lit, posant ma tête dans l’oreiller, m’installant près à m’endormir, fermant les yeux après un dernier regard discret jeté à Jaeden. Je n’entendis pas Jaeden partir, plongeant déjà dans un profond sommeil.

Je ne me réveillais assez tard le soir. Mon repas avait été déposé à côté de moi, et après un rapide coup d’œil dans la pièce, je compris que j’étais seul. A peine un regard jeté au plateau repas, et je m’en détournais aussitôt, je n’avais pas particulièrement faim. C’est à ce moment là que je vis posé sur ma table une petite boite de bonbon, mes préférés, encore un coup de Jaeden. Agacé de ce genre d’attention, je n’y touchais pas, bien que l’envie soit très forte. Je n’allais pas m’abaisser ainsi. Ce n’était pas avec des bonbons qu’il allait acheter ma confiance. D’ailleurs, il l’avait déjà trahi par le passé, plus jamais je ne la lui donnerais. J’attrapais cependant son livre, je l’avais déjà bien entamé, et n’ayant pas particulièrement sommeil et n’ayant rien d’autre à faire, je décidais de poursuivre ma lecture.
Ceci dura jusqu’à très tard la nuit, jusqu’à ce que je m’endorme sans m’en rendre compte, le livre entre les mains.

Le lendemain, j’eus la désagréable surpris de me faire réveiller par une infirmière accompagné de Jaeden Au vue de la luminosité qui régnait dans la pièce, je sus qu’il n’était pas tôt. Il me fallut un centième de seconde pour redevenir celui que j’étais à leurs yeux. Je sentis quelque chose dans mes mains,  et m’aperçus que c’était le livre de Jaeden. Je le posais sur la table, agacé que l’on m’est surpris avec.

–               J’espère que tu t’es bien reposé et que cela t’aura remis les idées en place, commença l’infirmière. Je vais refaire ton pansement et tu iras faire une séance avec ton psychiatre avant de regagner ta chambre.

Je ne répondis rien, me contentant de jeter un coup d’œil à Jaeden. Comme à chaque fois, je tournais ma tête ne voulant surtout pas voir mon bras. L’infirmière fit son soin très rapidement, et ils me laissèrent dans ma chambre, afin que j’aille me laver et mettre les mêmes habits propres qu’ils m’avaient apportés.

C’est ainsi que je me retrouvais dans le couloir, à marcher à la suite de Jaeden afin de nous rendre dans son bureau. Nous croisâmes quelques personnes qui me jetèrent un regard désagréable que je calmais bien vite du mien. Arrivé devant la porte, il m’ouvrit, m’invitant à entrer en premier avec un petit sourire. Sans un regard pour lui, je me dirigeais directement jusqu’à ma chaise et m’y assit lascivement. Jaeden, légèrement nerveux, vint s’asseoir en face de moi. Une fois installé, il prit une profonde inspiration avant de commencer directement :

–               Bien, ne t’inquiète pas, nous n’allons pas parler de ce que tu as fait ces derniers jours, non j’aimerais te parler aujourd’hui de ton loisir ici depuis que tu es arrivé : l’écriture.

Je relevais les yeux vers lui, attentif à ce qui allait suivre. Il ouvrit alors un de ses tiroirs et en sortit un cahier apparemment tout neuf. Sans que j’eus le temps de comprendre pourquoi, il me tendit le cahier, m’invitant à le saisir. Par pur curiosité et sachant que les explications viendrait seulement après, je le pris dans mes mains, sans pour autant quitter le regard de mon psychiatre.

–               J’ai appris que tu écrivais beaucoup, alors je me suis dit que tu pourrais écrire ce que tu ressens sur celui-ci, tu sais une sorte de journal intime.

Je ne répondis rien, sachant pertinemment que cela avait le don de l’énerver.

–               Bon, soupira-t-il, je prends ta non-réponse pour un acquiescement à ce que je viens de dire. Et puis ce n’est qu’une proposition, si tu n’en as pas envie, tu fais bien comme tu le souhaites.

Surpris de cette idée venant de sa part, je le laissais poursuivre, il n’avait apparemment pas terminé.

–               Maintenant, j’aimerais te demander une faveur, poursuivit-il. Je sais que tu l’as refusé à tous les psys, mais j’aimerais vraiment que tu me fasses lire au moins une de tes histoires.
–               Je ne vois pas en quoi ton statut serait différent des autres, laissais-je échapper d’un ton monocorde.

–               Je ne demande pas de statut particulier, juste que tu me fasses confiance. J’aimerais les lire parce que je suis persuadé que les lire mon conduira à te connaitre.
–               Non ! Déclarais-je, d’une voix glaciale.

Il en était hors de question !! Que de mots plus blessants et heurtant les uns que les autres dans ces quelques phrases. Lui faire confiance ? Croyait-il seulement en avoir le droit ! Et si je n’avais justement pas envie qu’il me connaisse, car lui seul à travers mes écrits saurait me percer à jour. Chaque histoire possédait une partie de moi, un lambeau de ma vie… Lui seul ne pourrait pas passer à travers, il me connaissait mieux que quiconque, justement le problème était qu’il me connaissait que trop bien.
–               Pourquoi ? me demanda Jaeden, visiblement extrêmement vexé.
–               Parce que c’est toi ! Répondis-je en haussant le ton et en me levant avec le cahier dans les mains. Je sortis de la pièce, l’entendant déjà tenter de me rappeler.

D’un pas rapide et énergique, je me rendis jusqu’à ma chambre, claquant la porte derrière moi. Je m’assis sur mon lit, me recroquevillant dans mon coin. Ma chambre avait été nettoyée et vidée de tout objet coupant ou dangereux pour ma vie. Je regardais alors le cahier que j’avais dans les mains, celui que m’avait donné Jaeden. Qu’attendait-il ? Que je raconte tout, que je me confesse et qu’il puisse découvrir qui j’étais vraiment, en faisait comme tous les autres et en me volant par la suite ce cahier ? De toute façon étais-je prêt à raconter ce que je ressentais au plus profond de moi ? Le savais-je seulement ? Arriverais-je de nouveau à me glisser dans la peau de celui que j’avais été ? A force d’être celui que je n’étais pas, je m’étais presque perdu moi-même. Trop enfoui, j’étais peut être disparut à jamais… De plus, avais-je seulement envie de me rappeler de tout cela : ce qui m’avait irrémédiablement amené ici. Et puis, pour qui ferais-je cela ?

Rageusement, je jetais le cahier loin de moi. Que cherchait-il ? Il voulait me connaître ? Qui mieux que lui me connaissaient justement ? C’était cela qui m’effrayait ! A cause de lui, je n’aurais plus la paix. Je me rendais compte que je n’avais pas envie d’aller de l’avant. Pour faire quoi ? Quel futur me serait offert, autre que celui qui m’étais déjà promis…

Je sentis alors ma gorge se serrer, je ressentais de nouveau cette envie de pleurer. Pourquoi étais-je soudain aussi faible ? Etait-ce l’effet que Jaeden avait sur moi ? Je me dégoutais, sentant mon envie de survivre s’amenuiser de plus en plus. Je me retins, il fallait que je me ressaisisse.
C’est à ce moment là que j’entendis frapper à ma porte. Agacé, je me repris, et tournais la tête vers la porte qui s’entrouvrit, me décrispant lorsque je vis Melvin. Il entra avec le sourire, et vint prendre place à côté de moi, s’asseyant sur le rebord du lit, sans juger mon état actuel, et en déclarant :

–               J’ai appris que tu étais de retour, ça te dis de venir manger avec moi ? J’étais sur le chemin du réfectoire et je me suis dis  que je pouvais passer te chercher.

Sortir de ma chambre et aller manger étaient finalement là meilleurs chose que j’avais à faire. Pour toute réponse, je me redressais, me mettant debout, l’invitant ainsi à me suivre. Nous nous rendîmes donc au réfectoire, dans un silence monastique, croisant sur le chemin Jaeden. Encore agacé de notre dernière entrevue, je ne pris même pas la peine de le regarder. Durant le repas, Melvin me parla un peu, mais ne semblait cette fois-ci pas de cette même humeur enjouée habituelle. Cependant, je ne cherchais pas à en connaître la cause, j’avais assez de problèmes personnels pour me mêler de ceux des autres. Je mangeais à peine, ayan beaucoup de mal à trouver un quelconque appétit. Cela m’était déjà plus ou moins arrivé, mais pas à ce point…

Après le repas, Melvin me demanda s’il pouvait lire à côté de moi dans ma chambre, et j’acquiesçais simplement ; l’idée de ne pas être seul dans ma chambre pour l’instant me plaisait finalement. Cela me permettrait de reprendre des forces. Nous nous assîmes à une table un peu à l’écart avec nos plateaux. Melvin ne parla pas beaucoup, semblant accepter et comprendre mon envie de calme et de silence. A la fin du repas, j’avais à peine touché à mon assiette et Melvin le remarquant, me demanda :

–               Tu n’as pas très faim ? Tu sais, ce n’est pas bon de…
–               Je vais me reposer un peu, je suis fatigué, dis-je en me levant, n’ayant aucune envie de parler de cela.

Après tout mon appétit ne le regardait pas. Melvin me regarda surpris, avant d’acquiesçait et de me laisser partir. Sans un mot de plus, j’allais vider mon plateau avant de rejoindre ma chambre, ayant envie de solitude et étant surtout épuisé. Je ne savais pas à quoi cette soudaine fatigue était due ? Au fait que je me sois vidé d’une bonne partie de mon sang , à cause des cachets, du fait que je ne mange pas assez, ou tout simplement d’un trop plein de tout insurmontable cette fois-ci…

Je m’étendais sur mon lit, sans prendre la peine de me glisser dans les draps. Je voulais juste être ainsi, allongé, me reposer un peu, être seul sans penser à rien. Je finis par me laisser à fermes les yeux, inspirant profondément afin de calmer le rythme délirant des mes ressentis et de mes réflexions. Et si Jaeden avait raison ? Devais-je écrire ce que je ressentais, pire encore ce que j’avais vécu. Etais-je prêt quatre années après à y faire face de nouveau ?

Je me redressais afin de m’enfouir sous les couvertures, saisi d’un violent frisson qui je le savais n’étais pas dû au froid. Je rabattis la couverture au dessus de ma tête, fermant les yeux afin d’accélérer mon endormissement. Je finis heureusement par sombrer, préférant mille fois pour l’instant me couper de ce monde qui était trop oppressant et dangereux.

 

 

Lorsque j’ouvris de nouveau les yeux, il faisait presque nuit et j’étais tout en sueur comme paniqué. Cependant il m’était impossible de me souvenir de ce à quoi j’avais rêvé.  J’allumais la lumière, regardant ce qui était si douloureux. J’avais du avoir un sommeil trop agité, le pansement imbibé de sang. A peine avais-je posé mes yeux sur mon avant bras, qu’il m’était impossible de le quitter. Je pouvais sentir mon cœur battre très fort dans ma poitrine, sans que je sache vraiment pourquoi. Il fallait que je vois, il fallait que je me penche sur ce que je m’étais fait subir. Lentement, la main tremblante, j’entrepris de défaire avec la même délicatesse que Jaeden mon bandage. Je grimaçais plusieurs fois de douleur, jusqu’à ce que je n’ais plus qu’un seul tour à faire. Eté-ai-je vraiment prêt ? Je savais que jamais je ne le serais, alors je pris une grande inspiration, et défit le dernier tour. Le spectacle qui s’offrit à moi me glaça d’horreur. Je fermais les yeux un instant, ne pouvais supporter cette vue, lâchant un cri muet.

Les larmes n’étaient vraiment pas loin, je ne savais même plus quoi faire, ni comment le faire…
C’est à ce moment là que j’entendis frapper à la porte. J’eus juste le temps de me ressaisir, que je vis apparaître Jaeden dans l’embrasure de la porte.

–               Je n’ai pas attendu que tu me dises d’entrer…

Il jeta un bref coup d’œil à la pièce et s’arrêta sur le cahier qu’il m’avait offert, posé sur le sol. Puis comme s’il venait de réaliser quelque chose, il reposa son regard sur moi et vis l’état de mon bras ensanglanté.

–               Tu t’es ?.. Tu as recom..

Agacé et rentant de reprendre du poil de la bête, je déclarais d’une vois très froide le coupant :

–               Ca c’est juste réouvert en bougeant pendant que je dormais.

Je vis le stress et l’angoisse de Jaeden baisser d’un coup. Puis, prenant acte de la situation, il déclara :

–               Je vais chercher de quoi te soigner ne bouge pas.

Il revint très vite, ayant attrapé de quoi refaire mon pansement à l’infirmerie, du désinfectant et sa fameuse crème.

Il vint s’asseoir à côté de moi sur le lit, créant une ambiance bien plus intime que celle de la chambre de l’hôpital. Sans perdre de temps, je lui tendis mon bras, attendant le soin, tentant de me remettre de la vue de ma plaie, prenant garde à ne plus y poser les yeux. Il s’installa le plus confortablement possible, posant le matériel pour les soins à porté de main. Mon bras était posé sur ses genoux, cette fois-ci, je ne me laissais pas aller à ce contact.  Je m’en voulais d’avoir autant faibli, d’avoir pensé à ce qu’il s’était passé avant entre nous et même s’y avoir éprouvé du regret. Jaeden dût s’en rendre compte, car il ne s’éternisa pas à me passer de la crème. Cette fois-ci je ne voyais en lui que l’homme qui venait me soigner.

Cependant je ne pouvais m’empêchait de penser à ce cahier et l’envie d’y toucher et d’écrire devenait de plus en plus tentante. Après tout peut être que cela me permettrait de tirer définitivement une page là-dessus et de pouvoir poursuivre ma vie ici avec ce poids en moins. Lorsque Jaeden eut finit, il se leva et alla justement ramasser ce cahier qu’il posa sur ma table. Il jeta un dernier regard dans ma direction, et déclara avant de sortir :

–               Tu devrais aller manger un peu Ilian…

Je regardais l’heure, tous devaient être en train de manger. Ce ne fut pas pour autant que je suivis son conseil. J’avais envie d’écrire, mais je n’avais pas encore choisit quoi. Je me levais, allant m’asseoir au bureau, et attrapant mon stylo. Soupirant à la vu du cahier, je finis par le saisir et ouvrir la première page.  Je débouchais le capuchon, la main déjà tremblante. Il fallait que je me replonge dans le passé, avant que tout cela ne se produise. Ma main était déjà tremblante. Même se rappeler du bonheur que j’avais connu à aimer Jaeden était difficile. Si je voulais retrouver cette force, je devais exorcisais cela, et me confesser pour la première fois au papier, n’étant pas capable de le faire à un homme. Je savais qu’à l’ instant où je poserais mon stylo sur le papier, je ne pourrais m’arrêter, les mots se présentant d’eux même à mon esprit. C’est ce que je fis et c’est ainsi que je commençais :

Cela faisait deux ans que je sortais avec Jaeden. J’allais très souvent chez lui, nous ne vivions pas ensemble, mais c’était tout comme. J’étais encore jeune et nous avions la vie devant nous, seulement, je ne l’envisageais qu’avec Jaeden. Le futur sans lui, c’était pour moi un futur sans amour…

J’aimais cet homme comme jamais je n’avais aimé personne, me risquant à y investir toute mon âme et mon cœur. Mais n’étais-ce pas une erreur que je faisais là ? A l’époque,  j’étais convaincu que le jeu en valait la chandelle.

Je posais le stylo sur la table. Je me trouvais tellement ridicule décrire ce genre de chose ! Celui que j’avais été à l’époque était tellement naïf que j’en avais mal au cœur. Il fallut que je prenne énormément sur moi pour poursuivre, prenant de nouveau le stylo avant de le faire glisser sur le papier.

Ce fut finalement la plus grosse erreur que je faisais de ma vie, celle qui la ferait irrémédiablement tournée au cauchemar, mais cela à l’époque, je ne le savais pas encore. Je lui avais offert ma confiance et il l’avait piétiné sans la moindre douceur.

A cette époque, j’étais quelqu’un de très timide et très influençable. Me rebeller ou m’affirmer était quelque chose d’inconcevable. Mon cousin était venu me voir, je m’entendais bien avec lui, mais il avait une sorte d’emprise sur moi qui me mettait mal à l’aise dès qu’il posait ses yeux dans les miens. Nous étions chez mes parents qui s’étaient absentés pour quelques jours… Jaeden n’était pas là ce soir, prétextant l’envie de me laisser seul avec mon cousin.

J’étais un peu triste car le vendredi soir était normalement une soirée qui nous était réservé et que j’allais passer chez lui. Mais je me rattraperais demain. Cependant, chaque seconde passée loin de lui, était comme vivre loin de mon cœur, loin de mon élan vital. C’était fou comme j’étais devenu dépendant de lui, et mon cousin n’arrêtait pas de me répéter que cela allait finir par me jouer des tours. J’avais beaucoup de mal à le croire, pour moi c’était uniquement une démonstration de mon amour débordant pour lui. J’étais assis sur le canapé, me lamentant sur mon propre sort, celui de ne pas être dans les bras de mon amoureux. Mon cousin, Ewen, venait de sortir de la douche, fraichement habillé. Il s’assit à côté de moi, et déclara avec un grand sourire :

–               On sort ?

N’ayant pas vraiment le cœur à cela, je répondis en faisant la une moue dubitative :

–               Bof, je n’ai pas vraiment envie.
–               Allez, j’aimerais te montrer quelque chose.
–               Et moi j’aimerais bien juste passer une soirée tranquille ici. Je n’ai pas la tête à cela.

Mais Ewen ne l’entendais pas de cette oreille. Il se redressa, puis vint se placer devant moi avant de me tirer par le bras afin que je me lève. De nature assez soumise, je lui cédais, sachant qu’il ne me laisserait tranquille que lorsqu’il aurait obtenu ce qu’il souhaitait.

–               Et ou va-t-on ? Demandais-je, d’un ton emplie de lassitude.
–               Tu verras. Met ta veste et on y va.

C’est ainsi que nous nous retrouvâmes dans la voiture, sans que je sache où nous nous rendions.

Je reposais un instant mon crayon sur la table. Ce qui allait suivre allait être très dur à écrire, et surtout à décrire. Je commençais à me demander si j’avais bien fait de commencer ce cahier, si cela n’était finalement pas une erreur. Chassant ses hésitations de mon esprit, et comme j’avais déjà commencé, je poursuivis mon récit.

Y serais-je allé si j’avais su ce que cela allait entraîner ? Aurais-je vécu différemment  si je n’avais pas vu ce que j’avais vu cette nuit là ? La question ne se posait pas, c’était fait maintenant…

Ewen se gara près d’un bar au centre ville, et sortit un peu trop précipitamment à mon gout. Il était en train de me cacher quelque chose… Mais quoi ?

–               Bon, maintenant tu me dis ou on va ?! lui dis-je un peu énervé.
–               Un peu de patience. On va dans ce bar, dit-il en me le pointant du doigt.
–               Tu le fais exprès Ewen, dis-je en le reconnaissant immédiatement, c’est le bar où nous allons souvent le soir avec Jaeden.
–               Chut, allez viens, dit-il comme pressé.

Je n’avais aucune envie d’aller dans cet endroit sans mon amant. C’était notre lieu à tout les deux, ou nous avions passé un bon nombre de soirées.

Mon cœur se serrait à l’idée de devoir écrire la suite. Pourtant je ravalai ma douleur et continuai d’écrire.

Ewen marchait un peu devant moi, et je fus derrière lui une fois que nous fûmes à l’entrée du bar. Il poussa la porte. IL y avait beaucoup de fumé dans la salle, la musique était assez forte, mais ce n’était pas désagréable. Je fis quelques pas à côtés de Ewen, jusqu’à ce qu’il s’arrête et se retourne vers moi extrêmement gêné.
–               Excuse-moi, c’était une mauvaise idée.
–               Qu’est ce que tu racontes, dis-je, alors qu’il s’écarter un peu, me laissant voir le bar en entier.
–               Viens on va ailleurs, me dit-il.

C’est à ce moment là que je le vis. Là, au fond du bar, en train d’embrasser un autre homme, me trompant sous mes yeux. Tout s’effondra autour de moi. C’était comme si le temps s’arrêtait. Jaeden était là, à quelques mètres en train d’embrasser un autre homme.

Les larmes revinrent comme elles étaient venues dans mes yeux ce jour là. Rageusement,  je fermais le cahier. Pourquoi avais-je écrit cela, pourquoi m’étais-je rappelais cet instant en y mettant des mots afin de le coucher sur papier ? Pourquoi… pourquoi m’avait-il fait ça. La même rage et la même rancœur me prenait à la gorge. C’était trop dur. Je ne pouvais écrire un mot de plus. Je me levais, allant me rouler en boule dans mon lit, m’éloignant de ce maudit cahier. Je fermais les yeux, voulant me coupais de ce monde, mais l’image qui me venait alors en tête était celle de Jaeden embrassant cet autre homme et dieu sait ce qu’il avait fait lors de la suite de cette soirée… Je finis par me lever de nouveau et quitter cette chambre, j’avais besoin de prendre l’air. J’attrapais au passage des vêtements propre et une serviette. Mes pas me menèrent directement jusqu’à la salle de bain commune. Une douche me ferait le plus grand bien.

Je réglais l’eau très chaude avant de me déshabiller et de me glisser dessous. Je m’adossais au mur froid, frissonnant à ce contact glaçais. Je me laissais tomber, ne tentant même plus sur mes jambes. Les larmes étaient toujours là, se mêlant à l’eau de la douche et brouillant ma vue. Pourquoi cela était-il toujours douloureux à ce point. J’aurais du l’oublier, tirer un trait sur tout cela. Et dire que je m’étais laissé aller à ses caresses sur mon bras, dire que je m’étais détendu à son contact, il ne le méritait pas. Je le haïssais encore pour m’avoir fait cela.

Je restais je ne sais combien de temps sous cette douche, laissant l’eau coulé sur mes épaules, roulé en position fœtale.

Je ne sortis qu’à une heure tardive de cette douche, me dirigeant tel un zombie jusqu’à ma chambre, manquant de croiser un infirmier qui ne me vis pas. Une fois rentré dans ma chambre, je me glissais sous les couvertures, étant maintenant glacé. Je ne dormis pas beaucoup cette nuit là, m’épuisant et m’usant encore un peu plus que je ne l’étais. Je me levais cependant à une heure raisonnable, je devais passer à l’infirmerie comme me l’avait demandé l’infirmière le jour d’avant. J’avais des cernes énormes et une tête à faire peur, si bien que j’allais me passer un peu d’eau sur le visage avant de m’y rendre.

Elle me fit le soin assez rapidement, m’augmentant un peu la dose de cachets au vue de la baisse de tension inquiétante que j’étais en train de faire. Une fois soigné, je ne me rendis pas au réfectoire, je voulais retourner m’enfermer dans ma chambre. J’avais l’impression d’avoir été roué de coups toute la nuit. Courbaturé, chaque pas que je faisais était douloureux.

Je pensais pouvoir passer une journée tranquille, seulement le destin n’en avait pas décidé ainsi. Lorsque j’ouvris la porte de ma chambre, j’eus la surprise de trouver Jaeden et le directeur dans celle-ci. Le directeur tenait dans ses bras la plupart de mes cahiers et étaient en train de les tendre à Jaeden. Abasourdit, mais retrouvant du poil de la bête, je déclarais furieux :

–               Qu’est ce que vous êtes en train de faire ? Vous n’avez pas le droit d’y toucher !!

Le directeur laissa les cahiers à Jaeden et s’approcha de moi, avant de dire :

–               Calme toi Ilian. Jaeden a donné de bons arguments pour les avoir. Il a besoin de les lire pour t’aider.

Perdu, je jetais un regard froid et empli de haine à Jaeden avant de retournais mon attention sur le directeur et de lui déclarer :

–               Vous n’avez pas le droit !
–               Bien sur que si Ilian. Si cela peut t’aider à…
–               Mais foutez moi là paix ! Et si je ne voulais pas qu’on m’aide ! Ca ne sert à rien ! Hurlais-je presque en le coupant.
–               Ilian calme toi. Tu écoutes ce que tu es en train de dire ?

Je me sentais totalement trahis. Ces écrits étaient à moi… Je ne voulais pas que Jaeden les lise, surtout lui… Seulement, je baissais les bras. J’allais dans un coin de la pièce, croisant les bras, et assistant impuissant masqué par mon regard froid, le spectacle du pillage de mon âme devant mes yeux. Mon cœur s’emballa lorsque je vis le directeur saisir le cahier que m’avait donné Jaeden. Mais quel idiot d’y avoir écrit ! Alors c’était cela qu’il attendait, que j’écrive et qu’il n’ai plus qu’à lire. Le sentiment de trahison se renforçait doublement, se mêlant subtilement à la haine que j’étais en train de nourrir pour lui.

–              Non, je ne veux pas celui-ci, déclara soudain Jaeden.

Je masquais mal mon soulagement, seulement aucun des deux ne sembla s’en apercevoir. Une fois tout mes cahiers, toutes mes années d’écriture dans les bras de Jaeden, les deux hommes sortir de la chambre, me rappelant que cet après-midi, je devais aller voir Jaeden dans son bureau. C’était vraiment la dernière chose que j’avais envie de faire.

Que croyait-il, que nous allions progresser et aller de l’avant en agissant ainsi. Je lui avais entrouvert une porte, même si cela n’avait pas était visible. Je l’avais écouté, j’avais commencé ce cahier… Comment avait-il pu me faire cela ? Une chose était sûre, il allait amèrement le regretter. Je serais pire avec lui que je l’avais été avec tous les autres.  Cela devenait une affaire personnelle. J’en tremblais presque de rage, j’attrapais le cahier où j’avais écris quelques page hier soir et le jetais dans un tiroir, n’en supportant plus la vue. Je sortis de ma chambre, me rendant directement dans un lieu plus serein qui m’apaiserait sachant maintenant ce que je pouvais me faire une fois seul.

Une fois arrivé à la bibliothèque, je pris un livre au hasard dans un rayon que je connaissais bien et allait me mettre dans un coin ou personne n’était. Je m’y plongeais assez rapidement, me concentrant uniquement sur l’histoire que je découvrais. Je pouvais sentir encore les battements de mon cœur battre à un rythme effréné. Peu à peu je me calmai, finissant par être totalement absorbé par l’histoire joyeuse et insouciante de ce narrateur. Je ne vis pas le temps passé, et j’avais presque fini mon livre lorsque le directeur vint me chercher.

–              Ilian, Jaeden t’attends dans son bureau.
–              Hn, répondis-je en fermant mon livre.
–              Ce soir tu iras manger, ça ne peut pas continuer comme cela Ilian. Je veux bien te laisser des libertés, mais…

Le directeur soupira en me voyant l’écouter d’une oreille distraite. Je me levais et sortis avec lui de cet endroit, marchant d’un pas décidé, mais peu convaincu vers le bureau de celui que je haïssais.  J’ouvrais la porte, pénétrant dans la pièce, avec une expression encore plus froide et plus vide que d’habitude. Je vins directement m’asseoir en face de lui, sans même prendre la peine de poser le regard sur lui, croisant mes bras et m’enfonçant dans le siège, mettant le plus de distance possible entre nous.

–              Bonjour, me dit-il.

Je relevais alors les yeux vers lui, le transperçant, sans prendre la peine de lui dire un seul mot. Jaeden détourna le regard. Il se tut, semblant attendre qu’il se passe quelque chose. Je ne le quittais pas des yeux pour autant, attendant moi aussi qu’il se décide à faire quelque chose de cette séance. Je bouillais d’envie de lui hurlait combien je lui en voulais, mais jamais je ne me serrais abaissé à le faire. Je préférais l’ajouter à ma rancœur à son égard qui sommeillée en moi. Nous restâmes de longues minutes ainsi, sans qu’il ne se passe rien, mais j’étais trop énervé pour être patient si bien que je finis malgré moi par craquer :

–              Qu’est ce que tu veux ? Lui demandais-je sur un ton glacial.

Il reporta alors son attention sur moi et me répondis :

–              Je n’ai pas envie de te forcer à parler, alors je vais attendre…
–              Et bien tu peux attendre, dis-je du tac au tac, encore plus agacé par le fait qu’il fasse comme si de rien était.

Jaeden rétorqua alors avec un sourire amusé qui eut le don de me faire bouillir de rage :

–               Peut être, mais tu viens de dire deux phrases…

Ne voulant pas continuer sur ce terrain, et voulant amener le réel sujet qui me travaillait depuis hier soir, je lui demandais après un temps de silence :

–               Pourquoi tu m’as fait ça Jaeden ?

Je me rendis compte au moment ou je prononcé ma phrase que cette question correspondait aussi bien au vol des cahiers qu’à ce qu’il m’avait fait plus de quatre ans auparavant.

–               Peut-être aurais-tu fais la même chose pour moi.

Agacé de cette réponse, je répliquais très sèchement :

–               Non, je t’aurais laissé crevé dans ta peine.

Avoir écris mon passé avait finalement fait ressortir de plus belle la rancœur que j’éprouvais à son égard, la haine froide qui m’avait saisi et détruit lorsque je l’avait vu embrasser un autre homme que moi. Sans cacher que je l’avais blessé, il s’exclama :

–               Mais qu’est ce que je t’ai fait pour que tu me détestes ainsi ??!!
–               Tu oses me poser la question ! M’exclamais-je à mon tour.
–               C’est toi qui m’a quitté je te signale. Depuis le début j’essaye de t’aider et je ravale tout sans rien dire !

Comment pouvait-il dire cela ! Sortant de mes gons, je me redressais et criais presque :

–               Va te faire foutre, je ne t’ai rien demandé !

Jaeden s’enfonça dans sa chaise et me dis très froidement, sans reposer les yeux sur moi :

–               La séance est terminée. Tu peux partir.
–               Ca y est ! Tu abandonnes enfin… dis-je, en me levant.

Pourtant une chose m’avait surprise. A ma réplique précédente, j’avais pu la voir, la tristesse dans ses yeux, et cela m’avait malgré moi serrer le cœur. Jaeden me dit alors en soupirant :

–               Non, je n’ai juste plus envie de te voir pour l’instant.

C’était tellement facile… Mais je n’en avais pas terminé. Debout le toisant de toute ma hauteur, très calme, je déclarais :

–               Au fait, juste avant de partir, je veux mes cahiers.

Jaeden posa son regard dans le mien et répondit sur me le même ton :

–               Je te les rendrais quand j’aurais terminé.

Puis il reposa son regard sur moi, et ouvrit rageusement son tiroir, prenant tous mes cahiers et les jetant sur la table. Je n’aimais pas sa manière de faire. Jamais je ne me serais abaissé à les prendre ainsi. Une question qui me brûlait les lèvres sortit alors de ma bouche :

–               Pourquoi tu m’as demandé si tu pouvais les lire, pour les prendre quand même ?
–               Parce que je suis sur que la réponse se trouve là-dedans.

C’était donc cela. Dépité, je lui balançais à la figure ce que je pensais :

–               Tu es vraiment prêt à tout pour ta renommée, tu n’as pas changé… Prends-les, je me contrefous de ce que tu penses.

Je lui tournais le dos et ajoutait tout bas pour moi-même avant de quitter la pièce : « Comme tu t’es toujours contrefichu de moi… »

Je sortis en quittant son bureau, me dirigeant directement dans ma chambre. A peine eus-je ouvert la porte que je vis Melvin assit sur mon lit, en train de lire le cahier que je lui avais prêté. Toujours en colère et sans aucune patiente, je lui dis très sèchement alors qu’il était en train de me sourire :

–               J’aimerais que tu ne rentres pas dans ma chambre quand je ne suis pas là. J’ai envie d’être seul, peut être à plus tard.

Le visage triste, il se leva et quitta ma chambre, murmurant un « pardon » gêné. J’y avais été un peu fort avec lui, mais je n’aurais pu faire autrement. Je passais une bonne partie de l’après midi à ruminer dans ma chambre, pour finir de nouveau à la bibliothèque jusqu’à l’heure du repas ou je fis uniquement acte de présence avant d’aller me coucher.

 

 

La journée du lendemain se passa tranquillement. Je n’avais pas de rendez vous prévu avec Jaeden, et j’avais juste à aller faire changer mes bandes et prendre mes cachets. Je passais le plus clair de mon temps à la bibliothèque, ayant perdu momentanément le gout à l’écriture.

En fin d’après-midi, je finis par demander l’autorisation d’aller dans le parc, chose qui me fut accordée à mon plus grand bonheur. Cela faisait bien trop longtemps que je n’avais pas mis le nez dehors et un peu de soleil me ferait le plus grand bien. Il faisait un temps agréable, une brise légère passait sur mon visage.

Après une profonde inspiration qui me permit de prendre un grand bol d’air frais, j’allais m’asseoir sur un banc un peu à l’écart, sous l’œil d’un gardien et d’une infirmière qui avait à charge de me surveiller de loin.
Après une bonne petite demi-heure, je vis apparaître un homme que je n’avais jamais vu ici auparavant, certainement un visiteur, ou le copain d’une des infirmières. Il tourna quelques minutes avant de me voir et de ses dirigeait vers moi, prenant place sur le seul banc à côté de moi. Il me dit simplement  un « bonjour » auquel je ne répondis pas, et détourna totalement son attention de moi lorsqu’il entendit son portable sonner. Il lu son message assez rapidement, et après un petit sourire qui en disait long, il laissa pianoter rapidement ses doigts afin de lui répondre. Je n’avais pas du tout de mal à comprendre le sujet de leur échange, au vu du petit air pervers qu’il prenait en lui répondant. Lorsqu’il eut fini d’envoyer son message, il attrapa dans sa poche un paquet de cigarette, puis s’en alluma une. Mes yeux durent rester trop longtemps sur le paquet, car il me demanda :

–               Tu en veux une ? Je ne pense pas que tu es le droit.

Je fis simplement non de la tête. Depuis combien de temps n’y avais-je pas touché. Le pire était qu’il fumait les mêmes cigarettes que moi à l’époque. Son portable sonna de nouveau, apparemment cela ne devait pas être la même personne, car il décrocha et répondit assez sèchement :

–               Oui ?… Oui je suis là. Oui… Non devant dans le parc…. Oui à tout de suite.

Il raccrocha sans plus de cérémonie. J’étais étonné vraiment étonné par la différence de comportement, notamment lorsqu’il reçut de nouveau un message. Cette fois-ci, la curiosité l’emportant, je jetais discrètement un coup d’œil afin de voir d’en savoir un peu plus. Il ne s’aperçut de rien, et j’eus tout loisir de lire l’entièreté du message, confortant mes suppositions : « Je ne peux pas ce soir, mais demain je tenterais d’inventer autre chose, une réunion… Ton corps me manque… ».

Ce petit manège dura une bonne dizaine de minutes, jusqu’à ce que j’entende une voix que je ne connaissais que trop bien dans mon dos : celle de Jaeden.

–               Désolée j’ai fait au plus vite.

De dos, il ne semblait pas m’avoir reconnu, et n’en eut de toute façon pas le temps car l’homme assis à côté de moi se leva et se jeta à son cou. Je crois que ce baiser me fit tout aussi mal que là fois ou je l’avais vu, plus de quatre ans auparavant dans ce bar. Mon cœur se comprima douloureusement et je du détourner le regard.

J’aurais du pourtant tourner la page depuis le temps, mais je constatais que j’en étais tout bonnement incapable. Voir Jaeden ainsi, dans les bras d’un autre homme serait toujours insoutenable, rouvrant à la hache d’anciennes cicatrices déjà loin d’être cicatrisées. Leurs langues se mêlaient, leurs mains parcouraient leurs corps sans la moindre pudeur.

Tout cela me dégoutait. Maintenant je savais qui était l’homme trompé : Jaeden. Je failli presque en rire d’ironie. Comme le dit le proverbe : tel est pris qui croyait prendre, Jaeden se retrouvait maintenant dans ma position. Je me surpris à souhaiter que Jaeden aime cet homme comme moi je l’avais aimé et qu’il en souffre tout autant que moi, mais je me repris assez rapidement, cette souffrance n’était à souhaiter à personne, même pas à l’homme qui me l’avait fait vivre.

N’ayant aucune envie de les voir s’embrasser une seconde de plus, je me levais au moment ou Jaeden et son amant s’écartait un peu. Je vis alors je regard de Jaeden se poser directement sur moi, réalisant ma présente, et devenant extrêmement gêné. Je fis celui qui n’avait rien remarqué et maintenant en face de l’amant de Jaeden, le toisant de toute ma hauteur, je lui dis de la voix la plus impersonnelle que je possédais :

–               Depuis quand tu le trompes ?

Sans un mot de plus, je passais entre eux deux, ne savourant même pas le trouble que j’avais jeté en lui et en Jaeden. Je marchais tentant de calmer la colère et la peine se mêlant douloureusement dans mon cœur. Ainsi il avait refait sa vie… quoi de plus normal, après quatre ans. Pourtant, en marchant je ne pouvais m’empêcher de sentir mon cœur se serrer douloureusement. Je sentais malgré moi les larmes commencer à venir brouiller ma vue.

Rageusement, je passais mon bras sur mes yeux afin d’effacés celles-ci. Je ne devais pas pleurer. C’était la dernière des choses à faire. Refermer mon cœur à jamais était la dernière chose à faire, bruler ce cahier ne plus jamais replonger dans ce passé, oublier et continuer comme avant : à être le meurtrier de sang froid de mon cousin…

C’était fini, plus jamais je n’espérais quoi que ce soit, je laisserais les autres croire à ma place. Je n’en avais plus la force, les dernières étant utilisées depuis le début pour ma survie. Je n’avais strictement rien à prouver à qui que ce soit, juste me contenter de survivre jusqu’à ce qu’enfin la mort vienne chercher son du…

Etre l’homme froid, meurtrier et fou, cela était bien moins usant, cela me convenait parfaitement après tout.

Nothing to prove – Chapitre 3

Chapitre 3 écrit par Mai-Lynn

 

« On change ». Ces deux mots résonnaient dans ma tête comme une sirène d’ambulance, m’écorchant à vif les oreilles. Je m’y étais mal pris. Non pire que ça. J’avais été lamentable. J’avais eu beau me répéter que j’étais prêt, j’aurais mieux fait d’attendre. Bien sûr que non je ne l’étais pas. Une entrevue avec mon passé, me renvoyant l’être que j’avais été, l’être qu’il avait aimé. Tout en lui avait changé, même sa voix. Il n’y avait plus l’éclat rieur dans ses yeux, cet éclat que j’avais tant aimé, non, au contraire son regard était meurtrier.

 

Dépité par cet entretien, je le laissais s’en aller, n’ayant pas le coeur à le retenir. De toute façon, qu’aurais-je pû lui dire ? Son silence avait parlé pour lui. Même appartenir à son passé ne servait à rien. Je l’avais peut-être chamboulé au premier coup d’oeil, mais par la suite, j’avais été réduit au même rang que les autres. Et cela me laissait un arrière goût d’amertume. Une question me vint alors à l’esprit : Voulait-il vraiment qu’on l’aide ?

 

Je tournais la tête vers le directeur et constatais son état d’étonnement. Mes sourcils se froncèrent. N’étais-ce pas lui qui m’avait certifié que tout se passerait mal ? Je ne cherchais pas vraiment à comprendre son état, voulant qu’une seule chose rentrer chez moi. Allais-je continuer par la suite ? Je n’en savais rien, tout ce que je sais c’est que je voulais partir loin d’ici. Loin de cette salle immonde. Mais alors que je marchais en direction de la porte, la voix grave du directeur m’interpella.

– Jaeden, tu auras un nouvel entretien demain à 14 heures. Me dit-il, sérieux.

– Pardon ? Il ne t’a pas dis qu’il voulait changer ? Demandais-je, n’en revenant pas

– Justement.

 

Sans me laisser le temps de dire quoi que ce soit, le directeur sortit de la pièce, m’obligeant à continuer avec un patient qui ne voulait pas de moi. Un soupire d’exaspération franchit mes lèvres. La chance commençait-elle à tourner ? Si c’était le cas, je ferais mieux de tout laisser tomber pendant qu’il était encore temps pourtant…Pourtant mes yeux se posèrent sur ce dossier jaune. Ce dossier où le nom de mon patient était inscrit. J’étais curieux. Je voulais savoir. Pourquoi lui ? Son cousin qu’il aimait tant, qu’il adulait même. Pourquoi avait-il commencé cette liaison ? Mais surtout quand avait-elle commencé ?

 

Le vibreur de mon portable me coupa de toutes pensées, m’obligeant à sortir aussi vite que possible de l’hopital. Discrètement je regardais l’écran, voyant que j’avais un message sur sur ma boite vocale. Je marchais rapidement dans les couloirs, laissant derrière moi mes interrogations et mes doutes. J’allais quitter le travail alors toutes mes pensées professionnelles n’avaient pas lieu d’être. Je pris l’ascenseur du personnel et me retrouvais bien vite à l’accueil de l’hôpital. Je fis un petit sourire à la jolie réceptionniste rousse et sortit du bâtiment, rencontrant l’air frais de ce mois de février.

Bientôt la neige allait tomber, recouvrant le paysage de son doux manteau. Bientôt aussi, ce serait l’anniversaire de nos un an ensemble. Et je savais qu’ Hugo attendait qu’une seule chose, que je ne l’oubli pas. Un petit sourire étira mes lèvres lorsque je me mis à penser que dans quelques minutes j’allais le retrouver chez nous. Une petite soirée tranquille comme j’aimais les passer avec lui. Je pris mon portable en main et composa le numéro de ma boite vocale. Une voix féminine enregistrée me parvint à l’oreille, m’informant que mon amant m’avait laissé un message, il y a quelque minute. La voix se coupa, laissant place à celle magnifique d’Hugo.

– Jaeden, c’est moi, j’ai une réunion disciplinaire exceptionnelle ce soir, un ado qui a fait des conneries encore. Je risque de rentrer tard, je suis désolé mon amour. J’espère que ton premier entretien avec ton patient c’est bien passé. A ce soir. Je t’aime.

 

Déçu, je rangeais mon portable dans ma poche. Bien que le métier de professeur était un métier plutôt tranquille, mon amant se voyait toujours coller les réunions de dernière minutes, ce qui m’agaçait profondément. Il était professeur d’Histoire géographie dans un lycée réputé de la ville. Un bon vieux lycée fait pour les gosses de riches, qui se croyaient tout permis. Ma soirée en amoureux tombait donc à l’eau. Après cet entretien je n’avais vraiment pas envie d’être seul. Car l’être m’amènerait obligatoirement à penser à Ilian. A son cas, à son histoire, et je n’en avais pas envie, du moins pour le moment. Je repris mon téléphone en main et appelais mon frère. Le mardi était son jour de congé, alors ce soir j’allais un peu en profiter.

– Allo ?
– Kain ? C’est Jaeden. Dis-je marchant en direction de ma voiture
– Ah petit frère, qu’est-ce qui t’arrive ? Me demanda-t-il la voix ensommeillé
– Hugo n’est pas là ce soir, ça te dirais qu’on se fasse une soirée ? J’ai pas vraiment envie d’être seul…
– Pourquoi ?
– Des ennuis au boulot…Alors ?
– Ouais ok, tu as qu’à venir dès que tu veux.
– Je passe prendre une douche chez moi, et j’arrive, a plus.

 

Un sourire étira mes lèvres. Si je n’avais pas Hugo, j’allais tout de même passer une agréable soirée. Je rentrais dans ma voiture, mettant le chauffage à fond. La radio s’alluma, envahissant ma voiture de rock, mon style de musique préféré. L’esprit léger, je rentrais chez moi. Un quart d’heure plus tard, je posais ma veste sur le sofa du salon, allumant pas la même occasion la télé, qui diffusait des clips musicaux. Je posais ma sacoche sur le bureau un peu trop précipitamment car elle se renversa, déversant le contenu sur la surface plate. Alors que je m’avançais pour tout ranger, je vis ce maudit dossier. Décidément, tout arrivait pour me le rappeler. Sans l’ouvrir je le pris en main, regardant la photo de mon patient. Qu’est-ce qu’il avait changé…Lui qui ne supportait pas les cheveux longs… Tellement pris dans mes pensées, je posai mes doigts sur la photo, retraçant la courbe de son visage ovale. Mes souvenirs remontèrent malgré moi, essayant de me rappeler son apparence lorsqu’il avait 19 ans. Mais j’avais créer un barrage entre moi et mes souvenirs, et il ne voulait pas céder, rendant floue son apparence. Je me souvins alors d’une boite. Une boîte qui malgré tout ce que je m’évertuais à dire, me rattachais au passé. Cette boite, je ne l’avais jamais montré à Hugo. Pourquoi ? Parce qu’il était jaloux, et m’aurais forcé à tout jeter. J’avais voulu le faire, mainte et mainte fois. Bruler le contenu, et tirer un trait dessus, mais jamais je n’y étais parvenu.

 

Je lâchais soudainement le dossier. Mon envie de revoir Ilian a 19 ans était vraiment importante. Rapidement je me retrouvais dans le placard de notre chambre, dégageant toutes les vielles boites de chaussures qui s’entassaient. C’est alors que je la vis, cachée tout au fond, pleine de poussière. C’était une boite rouge, en velours. Elle appartenait à ma grand mère, lorsqu’elle était plus jeune. Lentement, je la pris en mains et m’assaillais sur mon lit. Mes doigts appuyèrent sur le mini cadenas et le couvercle s’ouvrit, laissant la petite fille en tutu dansé au rythme d’une musique classique qui n’était plus, certainement rouillée. Je soulevais le petit tissus rouge, endroit de ma cachette, pour y découvrir toute sorte de chose, notamment ce que je recherchais. Mes doigts se posèrent sur la gourmette en argent, avec mon nom dessus, ainsi qu’à l’arrière un petit cœur avec dedans un i. Je la regardais attentivement, sentant mon coeur se serrer malgré moi. Mais ce n’est pas ce que je cherchais. Lestement, je la posais près de la boite et pris en main la photo, celle que je voulais. J’allais avoir 20 ans et je ressemblais à un ado de 16. Mes cheveux étaient coiffés en pagaille, rien à voir avec la coiffure d’adulte que j’abordais maintenant. Un petit sourire triste étirait mes lèvres lorsque mes yeux regardaient ce qui était notre couple. Ilian, ressemblait à un enfant, ayant grandit trop vite. Ses cheveux courts bruns tombaient légèrement sur ses yeux accentuant son regard rieur. De légères rougeurs apparaissaient sur ses joues, comme bien souvent à l’époque, car il était d’une timidité maladive à l’époque, rien à voir avec maintenant. Nous étions assis sur un banc à nous embrassez alors que mon bras tendu prenait la photo. Il avait l’air heureux pourtant….Alors pourquoi…Pourquoi m’avait-il quitté trois jours après ?

 

Voilà…Voila que je me remettais à penser à notre histoire. Mais je l’avais cherché. Rouvrir cette boite était finalement une mauvaise idée. Je recommençais à avoir mal au cœur, comme il y a quatre ans où il m’avait jeté ses mots à la figure. Pourquoi repensais-je à ça ? Rageusement, je jetais la photo et la gourmette dans la boite, la fermant d’un coup sec. Je rangeais la boite là ou je l’avais trouvé, replaçant les boites de chaussures à côté. D’un mouvement brusque, je refermais la porte du placard, comme pour fermer la porte de mes souvenirs. Mais c’était trop tard…J’avais mal.

 

La douleur vive qui m’avait transpercée pendant trois ans refaisait peu à peu son apparition en moi. Je me maudissais d’avoir ouvert cette stupide boite juste par curiosité. J’avais l’impression que mon cœur se pressait contre la poitrine, comme un appel à l’aide. Il voulait que je rouvre cette porte ? Pourquoi ? J’avais mis tellement de temps, tellement de larmes à la fermer. J’avais refais ma vie, c’était trop tard maintenant, je ne devais plus ressentir ce mal. Un soupire de résignation sortit de mes lèvres. Oui. Il était bien trop tard.

 

Rapidement je sortis de ma chambre, m’avançant vers la salle de bain. Elle n’était pas vraiment grande mais me suffisais à moi, aux grands damnes d’ Hugo, qui voulait changer d’appartement. Lestement, j’envoyais valser mes affaires, les laissant s’éparpiller sur le sol. J’enclenchais le robinet à chaude température, laissant la buée prendre d’assaut la paroi de la douche et le miroir. Le bien être ressentit sous la chaleur de l’eau. J’aurais pu, à cet instant dire que j’en était drogué. Jamais je ne me sentais aussi détendu…Aucune pensées, aucun mal être ne fit son apparition, me laissant savourer cet instant de pure bonheur.

 

Mais quelques minutes plus tard, je crus mourir de peur lorsque j’entendis quelqu’un frapper violemment contre la porte de la salle de bain. Sentant mon cœur battre à un rythme démentiel, je sortis précipitamment de la douche, entourant mes hanches d’une serviette. Le corps encore ruisselant, j’ouvris la porte d’un coup, pour croiser le regard énervé de mon frère.

– Mais ça va pas de me faire une trouille pareil ?!? Me cria-t-il, visiblement en colère
– Hey ! C’est qui qui tambourine sur ma porte comme un malade ! Crachais-je, me remettant tant bien que mal de ma frayeur.
– Quand on me dis « j’arrive je passe prendre une douche » et qu’au bout de deux heures et demi on est toujours pas revenu ! Bordel Jaeden, j’ai cru que t’avais eu un accident !

 

Fronçant les sourcils, je regardais la petite horloge sur la commode blanche de la salle de bain qui affichait 20 heures 30. un sentiment de gène vis à vis de mon frère me submergea, et je lui fis le plus beau de mes sourires d’excuses, comprenant sa colère.

– Désolé grand frère…Je…J’avais pas vu l’heure tourner…dis-je, l’air grave.
– Ouais…Deux heures et demi dans ta douche… J’en connais un qui va en prendre une froide ce soir ! Répliqua-t-il se retournant dans le salon.

 

Je n’eus pas le cœur de lui dire que ça ne faisait à peine 10 minutes que j’étais dedans…Je sentais déjà les questions arriver, et je n’avais pas vraiment le cœur à les éviter pour ce soir. Je sortis de la salle de bain et rentrai dans ma chambre, prenant des affaires de rechange.

 

Lorsque je revins dans le salon, je trouvais mon frère assis sur le divan, une bière à la main, regardant un match de hockey. Décidément, il faisait comme chez lui. Je m’avançais dans la cuisine et pris une bière, puis m’affalais à ces côtés. Un silence pesant régnait. Je sentais que quelque chose n’allait pas chez lui…Pourtant au téléphone, tout allait bien…

– Qu’est-ce qui se passe ? Demandais-je perturbé
– C’est à toi que je devrais posé cette question Jaeden… Soupira-t-il, me regardant sérieusement.

 

Mes sourcils se froncèrent. Le voir prendre ce petit air sérieux ne me plaisait guère. Rares étaient les fois où nous avions une vraie discussion « d’Homme à Homme ».

– Écoutes, si c’est pour tout à l’heure, excuses…Commençais-je gêné
– Non c’est pas ça, qu’est-ce qui ne vas pas ? Me coupa-t-il, posant sa bière sur la table
– Mais rien ! Je vais bien ! Me justifiais-je, tant bien que mal.
– Des ennuis au boulot ? Depuis quand tu en as toi des ennuis au boulot ? Fit-il, irrité.

 

Je savais que nos parcours professionnels étaient un sujet épineux. Lui qui avait finis par abandonner la médecine pour rester infirmier, ayant échoué mainte et mainte fois au concours, alors que moi je l’avais eu haut la main et du premier coup. Ajoutez à ça une préférence plus que démontrée par des parents pratiquement absents. J’étais habitué pourtant. Mais ce soir, je n’avais pas envie d’essayer de « limiter les dégâts ».

– Y’a un début à tout. Répondis-je, boudant légèrement.

J’entendis mon frère soupirer, puis se retourner un peu plus vers moi. Son air sérieux m’énervait. Depuis quand n’avait-il pas repris son statut de grand frère ?

– Ok, excuses moi. Allez, racontes moi…Dit-il, me secouant légèrement.

 

J’avais envie de capituler…Et si…Et si je lui racontais, sans vraiment lui raconter ? Je n’y voyais plus claire dans cette situation, et mes souvenirs ressurgissant ne faisait rien pour atténuer le coup. Kain pourrait peut-être m’aider, sans comprendre…

– Tu as déjà revu quelque chose qui appartenait à ton passé et que tu ne voulais plus vraiment revoir ? Demandais-je, essayant d’être le plus éloigné du véritable sujet.
– Oui des tas de fois. Dit-il, fronçant légèrement les sourcils.
– Et qu’est-ce que tu ressent ? A chaque fois ?
– J’ai mal au cœur.

 

Un soupire passa le barrage de mes lèvres. Alors ma réaction était tout à fait normale. Ce mal-être persistant en moi était une réaction naturelle. Mais alors que je me réjouissait, mon frère glaça l’atmosphère.

– Depuis quand revois-tu Ilian ?

 

Immédiatement, mes yeux s’écarquillèrent, rencontrant le regard pénétrant de mon frère. J’avais été tellement loin du sujet…Pour moi…Alors comment avait-il su ? Il sembla entendre ma question muette car il enchaina tout de suite.

– Un quelque chose qui appartenait à ton passé et que tu ne voulais plus revoir…
– Oui, mais je t’ai pas dis lui ! M’offusquais-je troublé
– Quelque chose. Ta vie d’avant. Ta vie d’avant. Ilian. C’est aussi simple que ça. Me dit-il, comme si cela était une évidence

 

Excusez moi l’expression…Mais je trouvais cela vraiment chiant. Le fait qu’il me connaisse aussi bien m’exaspérais. Décidément, moi qui voulais une soirée tranquille, c’était foutu.

– Et puis…Reprit-il, gêné. Il y a un dossier sur le bureau avec son nom…

 

Non…Avais-je été aussi bête pour laisser le dossier poser comme ça à la vue de tous ? Brusquement, je me remis debout, rangeant ce foutu dossier dans ma sacoche. Je lançais un regard irrité à mon frère, espérant qu’il ne l’ai pas ouvert.

– Pourquoi a-t-il un dossier avec son nom ? Me demanda Kain, mal à l’aise
– Secret professionnel tu connais ? Répliquais-je méchamment.
– Professionnel ? Il…Il est dans ton centre ?
– Kain ! Je ne dois pas t’en parler !

 

J’étais hors de moi. J’avais honte de mon manque d’attention mais aussi de ma réaction avec mon frère. Il avait vu le nom d’Ilian, alors que je ne voulais que personne ne soit au courant de cela. Je savais très bien ce qui allait se passer, et je ne voulais pas entendre de sermon.

– Jaeden, je suis à des kilomètres de toute cette histoire. Tu me connais jamais je n’irais dire que tu m’as tout raconté. Enchaina mon frère, soudainement énervé.
– Je n’en ai pas le droit, tu le sais. Dis-je, reprenant ma place près de lui, l’air las.
– C’est lui qui te met dans cet état ? Jaeden rappelle toi comment tu étais lorsqu’il t’a quitté, ne recommences pas les mêmes conneries. Quoi qu’il est fait sépare-toi de ce dossier. Fit mon frère soucieux.
– Je ne peux pas…Soupirais-je, accusant les mots de mon frère.
– Bien sûr que si…
– Non ! Tu ne l’as pas vu. Je ne savais pas à quoi je m’attendais quand j’ai entendu son nom. Tu ne peux même pas imaginer l’ampleur des dégâts Kain. Je vais surement me prendre un mur, et crois moi j’en suis conscient, mais si cela peut lui retirer deux minutes cette haine qu’il a au fond de lui alors je continuerais ! M’exclamais-je sentant mon sang ne faire qu’un tour.
– Tu ne vas tout de même pas me dire que c’est un meurtrier parano ou quelque chose du genre ! Ironisa Kain, heureux de sa plaisanterie.

 

Dégouté, je me levais. Mon frère m’énervait, alors que je pensais qu’il me comprendrais… Décidément, aujourd’hui n’était pas ma journée… Le regard froid, je me dirigeais vers ma porte d’entrée, et l’ouvrais, lui lançant un regard glacial.

– Si tu es venu pour me dire tes conneries tu peux dégager tout de suite. C’est mon choix, ma carrière, ma vie ! Dis-je plus froid qu’un iceberg.
– Jaeden…Souffla-t-il, surpris.

 

Mais mon regard noir lui conseilla de ne pas l’ouvrir.

– Comme tu veux, murmura-t-il, se levant

 

Il rassembla ses affaires et partit, non sans me jeter un dernier coup d’oeil désespéré. Mais j’étais furieux, et brusquement je lui claquais la porte au nez. J’étais las, et je ne pensais qu’à une chose, me retrouver dans les bras de mon amant. Mes yeux se posèrent sur l’horloge mural qui affichait 21 h 45. Un soupire d’exaspération sortit de mes lèvres, comme d’habitude, il rentrerait assez tard. Si je n’avais pas la chaleur de son corps, je me contenterais de celle de notre lit. Rapidement, répriment non sans mal un bâillement, je me dirigeais vers ma chambre, et me déshabillais. J’enfilais un bas de pyjama vert kaki et me glissais dans notre lit, respirant l’odeur imprégnée de mon amant. Un sourire aux lèvres, je m’endormis.

 

Deux heures plus tard, j’entendis la porte de l’entrée se refermer, émergeant difficilement. Je l’entendis pousser un juron lorsqu’il fit tomber la chaise du bureau, et je ne pus m’empêcher de rire légèrement.

– Hugo ? L’appelais-je heureux.

Je l’entendis se dépêcher d’arriver à l’embrasure de la porte. Il semblait exténué. Encore une fois je maudissais ce boulot qui lui bouffait tout son temps.

– Je vais prendre une douche mon amour. Me dit-il, me lançant le plus beau de ses sourires.
– ça c’est bien passé ? Demandais-je le voyant se précipiter vers la salle de bain
– Interminable. Répliqua-t-il, fermant la porte de la salle.

 

Souriant, je m’allongeais sur le dos, regardant le plafond. Les minutes passèrent et je le vis sortirent de la pièce, le corps humide, enroulé dans une serviette bleue. Dans un sourire, il se jeta sur le lit, tombant à genoux et m’embrassa tendrement.

– Bonjour…Murmura-t-il son souffle caressant mes lèvres.
– Bonjour…Répondis-je grisé.

 

Sans un mot, je le pris dans mes bras, posant ma tête contre son torse. Ses doigts vinrent caresser mon épaule, m’apaisant. Il était enfin là.

– Journée éprouvante ? Demanda-t-il, son autre main, caressant mes cheveux.
– Plus que tu ne l’imagines. Je suis content que tu sois rentré. Soupirais-je, me sentant enfin rassurée.

 

Soudain, je le sentis se crisper, et me rallonger sur le dos. Sans que je puisse réfléchir, il me prit mes lèvres, nouant nos langues dans un baiser passionné. Ses mains venaient caresser mes hanches, dans un mouvement très significatifs. Finalement, il n’était pas si fatigué que ça.

– Je t’aime…Pardonnes moi. Murmura-t-il, contre mes lèvres.
– Hugo ? Dis-je étonné
– Je t’aime.

 

Je ne cherchais pas plus loin, aveuglé par le désir qu’il provoquait en moins. Je l’aimais à m’en crever le cœur. J’étais fou de sa bouche sur moi, descendant de plus en plus bas. Oui je l’aimais et cette nuit là, je lui fis l’amour autant que je pus, lui déclarant ces trois mots qui n’avait su dépasser le barrage de mes lèvres il y a quatre ans…

 

**

 

Le lendemain je me réveillais seul dans ce grand lit. Une odeur de café flottait dans l’air, m’indiquant qu’ Hugo prenait son petit déjeuné. Me retournant dans le lit, mes yeux se posèrent sur le réveil qui affichait 8 heures. Un soupire sortit de ma bouche, je devais finir de lire le dossier d’Ilian si je voulais lui faire oublier le dernier lamentable. Rapidement, je me levais, enfilant mon bas de pyjama tombé au sol. Je suivis l’odeur du café, retrouvant mon amant dans la cuisine, assis sur une chaise, près de la table, corrigeant des copies. Doucement, je m’approchais de lui, encerclant son cou de mes bras. Mes lèvres vinrent se poser sur sa joue.

– Bien dormis ? Dis-je, dans un petit sourire évocateur
– J’ai mal aux fesses…Souffla-t-il, faisant une légère grimace

 

Je ne pus m’empêcher de rire devant cette réplique digne d’un enfant, et pris avidement ses lèvres.

– C’est toi qui l’a cherché…Répliquais-je, amusé.

 

Il éclata de rire et je défis notre étreinte, le laissant retourner à sa paperasse. Je m’avançais vers la machine à café et m’en servis une tasse, prenant au passage un croissant tout frais qu’ Hugo avait l’habitude d’aller chercher tous les matins dans la boulangerie juste en bas. Je m’asseillais à ses côtés, prenant le journal.

 

Quelques minutes passèrent où aucun de nous ne parlèrent, laissant le bruit des pages se tournant comme musique. Puis, mes yeux se posèrent sur le calendrier, juste en face de moi, où une énorme croix rouge entourait le jour d’aujourd’hui. Une grimace tordit mes lèvres lorsque je me rappelais quel événement il y avait ce soir.

– On doit pas aller chez ta mère ce soir ? Demandais-je, prenant un air triste.
– Arrête de faire cette tête, elle va pas te manger…Répondit Hugo, plongé dans ses copies.
– Ça c’est toi qui le dis…Soupirais-je ennuyé.
– Ça fait deux semaines que c’est prévu, t’es chiant à tout le temps oublier
– Dit-il alors qu’il fait la même chose lorsqu’il s’agit de ma famille.

 

Je me levais précipitamment, évitant le regard noir qu’il me jetait, et me dirigea vers la salle de bain, me douchant rapidement. Je revins dans la chambre en peignoir, choisissant dans mon armoire mes affaires. Un jean délavé, surmonté d’une chemise marron avec un polo de la même couleur conviendrais. Alors que je m’habillais, la porte s’ouvrit, dévoilant Hugo, tout sourire.

– J’y vais, tu passeras me prendre ce soir ou je prends ma voiture ? Me demanda-t-il, les bras chargés de copies.
– A quel heure on doit y être ? Soupirais-je, malgré moi
– 19 heures.
– Je passerais te prendre alors.

 

Il me fit un grand sourire puis sortit de la pièce. J’entendis quelques minutes plus tard la porte claquer, signe que mon amant venait de partir pour une nouvelle journée de boulot. Habillé, je me dirigeais vers le salon, passant mes yeux sur l’horloge murale. 9 heures 15. Je décidais alors d’aller étudier plus en profondeur le dossier d’Ilian dans le nouveau bureau que l’on venait de m’attribuer. J’enfilais mes converses noires, mon manteau gris et une grosse écharpe noire puis sortis, fermant à clé derrière moi.

 

20 minutes plus tard, je me retrouvais devant l’immense hôpital, rentrant dans l’accueil.

Immédiatement, j’accrochais mon badge sur le côté droit de ma poitrine, montrant aux gardes que je faisais partie de l’équipe. Je pris l’ascenseur, et montais au 3eme étage, endroit où se trouvait mon bureau. Je bifurquais dans quelques couloirs avant de voir apparaître, devant moi, une porte, portant mon nom « Docteur J. Sadler ». Fier, j’entrais, me retrouvant dans un bureau, encore vide de vie, mais pas pour longtemps. Les murs étaient beige, s’accordant parfaitement avec les meubles en pin foncés. Mon bureau n’était pas vraiment grand, mais comme étant le premier, je ne pouvais décrocher ce petit sourire de mes lèvres. Tout en face de la porte d’entrée, une immense fenêtre, donnant sur le jardin et le lac de l’hôpital. Un paysage magnifique, même en cette saison. Tout près, un grand bureau avec un chaises derrière, et deux devant. Des étagères attendaient patiemment que je leur donne des livres ou des dossiers quelconque. Rapidement, je posais ma sacoche sur le bureau et enlevais ma veste et mon écharpe. Je m’asseyais sur le fauteuil, touchant fébrilement tout ce qui se trouvait dessus. Un téléphone noir, une sorte de tasse avec des crayons dedans et une plaque, couleur or, où mon nom y était inscrit dessus.

 

Après un dernier petit sourire, je sortis de ma sacoche mon unique dossier et l’ouvrit, voulant travailler dessus. Je pris directement les pages parlant du procès, car c’est elle qui m’en apprenait le plus. Une grimace de dégout marquait mes lèvres alors que je lisais les paroles de mon ancien amant. Mais alors que j’allais arrêter de lire, et m’avancer plus dans le dossier, mes yeux se posèrent sur des mots…Des mots qui firent monter un sentiment violent de jalousie.

 

«  – Monsieur Crose, Aviez-vous une relation fixe avec une autre personne avant votre cousin?
– Oui.
– Et quel était son nom je vous prie ?
– Vous n’avez pas besoin de le savoir, ce n’est pas lui que j’ai tué à ce que je sache.
– Non, biensûr… Étiez vous toujours ensemble lorsque votre cousin et vous aviez commencé votre relation ?
– Objection, votre honneur, cette question se porte sur des faits extérieurs à l’affaire en cour.
– Objection retenue, maître veuillez vous en tenir à l’affaire.
– Bien. Monsieur crose, Aviez-vous des sentiments pour votre cousin ?
– Non
– Alors pourquoi avez vous commencez une relation avec lui ?
– Il était bien meilleur que mon petit ami.
– Flirtiez vous déjà avec lui avant ?
– Non.
– Combien de temps a duré la relation avec votre cousin ?
– Elle a commencé une semaine après la rupture avec mon petit ami pour se terminer le jour où je lui ais enfoncé ce bout de verre dans le cœur. »

 

Sans vraiment que je comprenne, mes mains se crispèrent sur ce bout de papier et mes yeux se posèrent dans le vague. Alors j’étais médiocre comparé à lui… Un sentiment de haine et de colère bouillait dans mes veines. J’avais mal au cœur et cette douleur s’insupportait. Pourquoi n’arrivais-je donc pas à rester extérieur à cette affaire ? A chaque fois que je pensais à lui, que je lisais son dossier, que je le voyais, j’avais l’impression de tromper Hugo. Je voulais l’aider. Recevoir qu’un peu de résultat allègerait cette culpabilité qui me rongeait. Et pourtant, il fallait se rendre à l’évidence. Combien de psychiatre avait essayer avant moi… Combien ? Sa feuille était remplit de nom. Surement des personnes bien plus qualifiées que moi. Alors qu’hier je me sentais mal parce qu’il m’avait quitté, aujourd’hui je comprenais la raison de son rejet.

Alors c’était ça. Son cousin était un meilleur coup que moi. Rageusement je jetais ce dossier jaune par terre et les feuilles blanches se mirent à voler dans la pièce. Etais-je vraiment celui qui pourrait l’aider ? Être avec lui, remuer sans cesse ses souvenirs douloureux, me faisait en quelque sorte plonger avec lui. Pourtant, je ne voyais d’autre solution. Une fois le dossier ouvert et entièrement lu, je ne pouvais l’oublier, oublier sa détresse sans avoir fait un geste pour l’aider, au risque de me casser le nez. J’étais peut-être vaniteux et ne supportais pas l’échec, je prenais le risque avec Ilian. Je ne savais pas pourquoi, mais il le fallait.

 

Tellement pris dans mes pensées, je ne vis pas arriver le directeur, qui regardait les feuilles sur le sol.

– Tu n’as pas l’air de bonne humeur Jaeden…Dit-il, un sourire en coin.
– Désolé, un petit pique de colère. Me justifiais-je, me levant rapidement.

 

Je le vis alors s’abaisser et ramasser les feuilles blanches. Une grimace tordit sa bouche lorsqu’il comprit de quoi il s’agissait.

– Jaeden, il faut que tu attendes un peu avant d’avoir des résultats. Me dit-il, tendant le paquet de feuilles.
– Je sais, ce n’est pas pour ça que j’ai balancer les feuilles. Mentis-je, évitant son regard.

 

Il ne répondit rien. Sans doute savait-il que je mentais et peut-être même savait-il qu’Ilian et moi nous nous connaissions. Mais s’il ne le disais pas, peut-être pensait-il la même chose que moi.

– Tu as mangé ? Demanda-t-il, regardant sa montre
– Non, pas encore. Répondis-je en haussant les épaules
– Et bien tu vas devoir attendre la fin de ton entretien, il commence dans 10 minutes.

 

Surpris, je posais mes yeux sur ma montre que affichait 13 h50. Je n’avais pas vu le temps défiler, trop pris dans ma lecture du dossier et dans ma colère. Je la ressentais encore, et ce n’était vraiment pas bon pour cet entretien qui approchait. Je lançais un petit sourire au directeur puis sortit de la pièce, emportant avec moi le dossier d’Ilian. Je pris de nouveau l’ascenseur et monta au cinquième étage où se trouvait les salles d’entretien. J’entrais rapidement dans la mienne, m’asseillant sur la chaise, en face de l’ordinateur, un nœud à l’estomac.

 

Plus les minutes passaient et plus je ressentais ce stress en moi grandirent au maximum. J’étais un piètre débutant en psychiatrie finalement. Fébrilement je pris un stylo et m’amusais à le passer entre mes doigts. Je luttais avec cette colère toujours persistante, essayant de faire le vide en moi au maximum. J’entendis la porte s’ouvrir puis se refermer. Ilian venait d’entrer dans la pièce. Pourtant je ne me retournais pas. Lorsque je le vis arriver dans mon champs de vision, la colère qui s’agitait en moi augmenta d’un cran. Je mourrais d’envie de le traiter de tous les noms mais… J’étais son psychiatre en premier.

– Bonjour Ilian. Assieds toi, je t’en prie. Dis-je nerveusement, essayant de rester le plus calme possible.

Bien sûr, il ne me répondit pas, continuant son petit jeu de l’homme vide de toute expression. Il s’asseya, ne me regardant même pas. Visiblement il attendait que ce soit moi qui « mène la danse »

– J’espère que cet entretien se passera mieux que la dernière fois. Dis-je, souriant rapidement.

Je pris mon stylo en main et rassemblais mes feuilles blanches. Notre relation ne serait que professionnelle et elle commençait aujourd’hui, immédiatement. Il n’avait pas l’air d’être du même avis que moi car il s’enfonça dans la chaise, mettant ses bras croisé contre son torse, en signe de protection. Visiblement, une fois de plus, il ne me rendrait pas la tâche facile.

– Bien. Aujourd’hui nous allons commencer par le tout début. Dis-je, prenant le dossier jaune, et l’ouvrant à la première page.

Mes yeux passèrent rapidement dessus alors que je le connaissais surement par cœur. Je savais qu’il m’écoutait, et peut-être s’en foutait-il, mais au moins il m’écoutait.

– Alors, nous allons donc parler de ta présence ici. Cela te convient ? Demandais-je, essayant de le faire intervenir.

Biensûr, il ne me répondit rien. Mais ses yeux parlaient pour lui. Une légère curiosité les animait, comme s’il attendait impatiemment la suite des évènements. Ce jeu m’énervait, mais j’essayais de ne rien laisser paraitre.

– Tu es donc ici pour le meurtre de ton cousin, Ewen Abbay. C’est bien cela ? Arrêtes moi si tu veux parler, n’hésites pas. Dis-je, ressentant une poussé de colère à l’entente de ce nom qui me dégoutait maintenant.

Il ne répondit rien mais je pu voir son regard sciller légèrement à l’entente du prénom de son cousin. Mes sourcils se froncèrent. Commençais-je à le toucher avec mes mots ?

– En tout cas, c’est ce qui est écrit ici, et tu n’as jamais démenti la version du procès, allant même jusqu’à l’affirmer. Il y a quelque chose qui cloche pourtant. Tu acceptes tout ce que l’on t’as dit, et tu continues à faire cela depuis le procès. Est-ce que aujourd’hui,tu pourrais me raconter ta version des faits ? Déclarais-je, lui faisant comprendre que je n’abandonnerais pas tout de suite.

Mais alors que je commençais tout juste à me débarrasser de cette colère et à retrouver mon assurance, il posa son regard sur moi. Ce même regard qu’il m’avait lancé lors de notre première entrevu. Un regard qui me fit frissonner tant il était vide de toute expression. Je me sentais mal à l’aise, il avait appris l’art de déstabiliser les gens après tout ce temps passé ici. Je sentis ma colère reprendre peu à peu place en moi. Il voulait jouer à ça, alors j’allais y participer.

– Ilian, je t’offre l’occasion de parler, de t’exprimer toi personnellement. Je suis là pour t’aider, et ce n’est pas en restant silencieux que ça va pouvoir marcher ! A quoi ça sert que des personnes viennent te voir dans l’optique de t’apporter quelque chose, et de les rejeter ainsi. Notre travail est de t’écouter, pas que tu nous écoutes parler. Dis-je, essayant de soutenir son regard.

Oui. Je perdais patience. Le bout de procès que j’avais lu et sa manière de me faire comprendre qu’il n’en avait rien à faire de me voir ici m’énervait au plus au point. Peut-être cette réaction n’était pas professionnelle mais à ce stade là, je n’en n’avais plus rien à faire, exaspéré par son visage vide.

– Alors j’attends, sinon je vais le faire à ta place, je te préviens. Le menaçais-je

Encore une fois, il ne répondit pas, me regardant le plus froidement possible. Très bien. La première idée qui me vint en tête fut le mensonge. Je me rappelais les crises qu’il me faisait lorsqu’il m’arrivait de lui mentir sur quelque chose. Peut-être étais-ce cela…

– Bon et bien je me lance…Je me rappelle comment tu n’aimais pas qu’on te mente. Tu avais une parfaite aversion pour le mensonge. C’est ce qu’il t’as fait, n’est-ce pas ? Il t’a mentit, et tu n’as pas pu le supporter ?

Il ne fut pas troublé, rien, gardant un parfait contrôle de soi, alors que moi, je bouillais de l’intérieur. Je pris son silence pour un non, continuant sur ma lancée, même si je me sentais de plus en plus mal à l’aise.

– Ou alors, tu as eu tout bonnement assez de lui, et tu l’as tué sous un coup de folie apres une dispute.

Cette hypothèse était peut-être pathétique mais pas moins invraisemblable. Il garda cet air, me scrutant sans me lâcher des yeux. Je perdais pieds, laissant la colère prendre le contrôle de ma parole.

– Tu étais bourré ? Tu avais consommé des produits illicites ?

Aucun son ne sortit de sa bouche, et cette dernière constatation acheva de me faire tomber. La dernière limite brula par le feu de ma colère qui maintenant prenait le contrôle total de mon corps, et de ma raison.

– Ilian, tu pourrais me répondre quand même ! M’écriais-je, serrant les poings.

A cet instant, plus aucune pensées n’étaient retenues, et je sortis la plus déroutante et inimaginable qui me passa par la tête.

– Alors tu vas me dire que ton cousin, que j’appréciais énormément, t’as violé et que tu t’es vengé ? Sors moi n’importe quoi, mais dis moi quelque chose.

Alors que j’allais enchainer, je vis son visage se décomposer, et ses yeux s’agrandirent sous la surprise. Je me calmais aussitôt pensant que quelque chose n’allait pas. S’en doute y étais-je aller trop fort et cette hypothèse l’avait blessé. Mais alors que j’allais m’excuser, je le vis reprendre son air impassible, son visage sans expression, et ses yeux d’un froid glacial. J’abandonnais. Comment pouvais-je l’aider s’il ne le voulais pas lui même ? Dégouté, je laissais échapper mes pensées, sans m’en rendre compte.

– Je trouve quand même bizarre que tu ais commencé à coucher avec ton cousin juste après notre rupture…

Mais pour la deuxième fois depuis notre entretien, je vis son visage changer d’expression, tremblant sous la colère. Le regard noir, il était terrifiant.

– Qu’est-ce que ça peux te foutre ?!? Cria-t-il, hors de lui.

Avant que je n’ai pu le retenir, il sortit de la pièce claquant la porte au passage. J’y avais été trop fort. Un sentiment de culpabilité m’envahit et je voulus le rattraper, mais alors que j’ouvrais la porte le regard surpris du directeur regardant dans la direction d’où était partit Ilian, m’arrêta.

– Je ne comprends pas ses réactions…Comment tu fais ? Demanda-t-il, sérieux.
– Je…Je ne sais pas…Soufflais-je troublé.

Il ne me répondit rien, le visage impassible, puis me tendit une feuille. Surpris, je la pris en main.

– L’emploi du temps d’Ilian. Avec les heures de vos entretiens. Tu devrais rentrer chez toi, tu es pâle…Lança-t-il partant.

Mes yeux se posèrent sur ce bout de papier, plus précisément sur la date de demain.

– Attends ! M’écriais-je, le faisant stopper. J’aimerais assisté à la visite de sa mère.
– Tu n’en as pas le droit. Dit-il, sur un ton professionnel
– Mais…
– Jaeden, tu ne peux pas y assister…

Je soufflais légèrement déçu de ne pouvoir y assister. Je voulais savoir s’il parlerait à sa mère. Je voulais la revoir. Et je voulais savoir sa réaction. Mais alors que je me retournais, dans l’intention de regagner mon bureau, j’entendis la voix du directeur, retentir une nouvelle fois.

– Mais tu peux aller faire un tour à cette heure là, afin de surveiller s’il n’y a aucun dérapage.

Je le vis me lancer un petit sourire en coin et se retourner, surement pour retourner dans son bureau. Moi, je me sentais vibrer. Décidément, j’admirais cette personne. Demain, j’allais détourner certaine règles pour me mettre en avantage. La discussion entre Ilian et sa mère pourrait peut-être m’apporter quelque chose. Rien qu’un tout petit quelque chose. Inconsciemment, je suppliais le destin qu’il soit en ma faveur, comme il l’avait si souvent été depuis quatre ans.

Lentement, je me dirigeais vers le réfectoire, afin de prendre un petit quelque chose car je sentais mon estomac crier famine. Je descendis au deuxième étage et rentra directement dans les cuisines. A cette heure-ci, plus personne ne servait. Je m’approchais du frigidaire et y sortit de quoi me faire un sandwich. Quelques minutes plus tard, je me trouvais sur mon bureau, mordant à pleine dents dans cet américain fait maison. Mes bien vite, trop à mon goût, mes pensées se dirigèrent une nouvelle fois sur Ilian.

J’avais merdé. Et en beauté même. Je ressentais toujours cette colère en moi, mais beaucoup moins vive. Pendant trois ans je n’avais cesser de me torturer les méninges, cherchant chez moi quelque chose qui clochait. J’avais finis par croire que tout était de ma faute, m’enfonçant un peu plus dans ma dépression. Mais la vérité éclatait aujourd’hui, il avait craqué. D’un côté, je le remerciais de m’avoir quitté avant, car j’aurais eu le coeur deux fois plus brisé.

Une fois le sandwich terminé, je me mis à finir la lecture de ce dossier. Bien enfoncé dans le fauteuil en cuir marron, les pieds sur le bureau, je lisais chaque mots de ce procès, qui au fil du temps, m’arrachait des frissons d’horreur. L’être représenté sur le papier était un horrible meurtrier et cette vision me glaçait le sang. Mais je continuais, lisant chaque mots, chaque remarques. Je passais aux avis laissés par ses anciens psychiatres, tous disant plus ou moins que le cas d’Ilian, était en quelque sorte désespéré, inéchangeable.

Je ne vis pas vraiment l’heure tourner, lisant, analysant chaque détail qui pourrait peut-être m’aider. Mais rien de ce qui était écris ne pouvait m’aider, car tous ne trouvait aucune issues. La palissade à franchir était énorme et personne n’était encore arriver au sommet. Un soupire passa le barrage de mes lèvres et doucement, je posais mes pieds au sol, et le dossier sur la table. Ma tête contre le dossier, je laissais mon regard parcourir ce paysage froid entouré du manteau noir de la nuit. La lune se reflétait dans le lac, rendant cet endroit magnifique de nuit…La lune ?

Soudainement je me relevais, regardant ma montre. Un juron franchit mes lèvres lorsque je m’aperçus qu’il était 22 heures passé. A trop penser à Ilian j’en avais totalement oublié Hugo. Affolé, je remis rapidement ma veste sur mon dos, rangeant en même temps tout le dossier dans ma sacoche. J’éteignis toutes les lumières et fermais la porte à clé. Fonçant vers l’ascenseur, je pris mon téléphone en main, composant un numéro que je connaissais par cœur. Mais personne ne décrocha. Deux hypothèses possible. Ou bien Hugo était rentré et m’attendait patiemment pour une engueulade spectaculaire, ou il était chez sa mère, et bouillonnait de l’intérieur, acquiesçant aux dires de sa mère, déversant son venin derrière mon dos. Alors que je sortais de l’ascenseur, je réesseyais une nouvelle fois, mais encore cette tonalité incessante. Ce fut au bout de la troisième fois qu’ Hugo décrocha.

– Vas te faire foutre ! Cracha-t-il, me raccrochant au nez.

Dépité, je me dirigeais vers ma voiture et rentrais dedans. Assis sur le côté conducteur et laissais mes mains crispées au volant.

– Et merde ! Soupirais-je, alors que je démarrais, avec une mauvaise volonté.

Plus les kilomètres me séparant de notre appartement diminuaient, plus je redoutais la confrontation. Il était en colère, et lorsqu’il l’était, ce n’était vraiment pas bon. Désespéré, je sortis de la voiture et montais les marches qui me conduisait à mon appartement. Je déverrouillais l’appartement rentrant dans celui-ci plongé dans le noir. Visiblement, il avait opté pour la deuxième hypothèse. Alors il allait rentrer plus énervé que d’habitude. Soupirant, j’enlevais ma veste et mes chaussures, partit dans la chambre prendre un pyjama, que j’enfilais à la va vite. Puis, je m’asseillais dans le canapé, prêt à attendre le retour de mon amant.

Celui-ci ne tarda pas, se faisant entendre même par les voisins, tellement la porte avait claquée fortement. Sans un regard pour moi, il partit mettre le restant du gâteau habituel de sa mère dans le frigidaire. Je choisis cette occasion, non sans appréhension, pour aller l’affronter.

– Excuses moi Hugo…Fis-je essayant de faire mes yeux de chien battus
– J’ai pas envie de te parler. Cracha-t-il, fermant violemment la porte du frigo.

Il voulu me contourner, mais bien vite je lui pris un bras, le forçant gentillement à rester à mon niveau.

– Je suis désolé, j’ai pas vu l’heure tourner…Me justifiais-je tant bien que mal

Mais il se défit bien vite de mon emprise, me regardant aussi froidement que le faisait Ilian.

– Trois heures de retard ! Une demi heure je veux bien, une heure ça passe ! Mais Trois heures ! T’es qu’un connard Jaeden ! T’es un beau salaud. Quand il s’agit de ton petit monde tout est parfait, et il faut se conformer a TES règles, mais lorsqu’il s’agit de moi, de MA famille, t’es même pas foutu de foutre ton égoïsme de côté ! Lança-t-il serrant les poings.

Sous le choc, je ne fis rien pour l’arrêter, entendant la porte de notre chambre claquer violemment. Alors c’est ça qu’il pensait de moi… Ok. Sans un mot, me moquant de mon apparence et de mes vêtements, j’enfilais ma veste, et pris ma sacoche, puis je sortis, non sans claquer la porte à mon tour. J’avais peut-être merdé avec lui aussi, mais ses paroles m’avaient vraiment blessé, surtout après tout ce qu’il représentait pour moi. J’entrais dans ma voiture et me dirigeais vers la seule personne en qui j’avais confiance en dehors d’ Hugo, même si je ne l’avais plus reparlé depuis notre dernière altercation.

10 minutes plus tard, je me retrouvais devant la porte de Kain, frappant timidement. Il m’ouvrit, visiblement surpris d’avoir de la visite à cette heure-ci. Ses cheveux châtains étaient en bataille, et il portait toujours son uniforme d’infirmier. Ses yeux verts était cernés…Visiblement je venais de le réveiller.

– Jaeden ? Qu’est-ce que tu fais là ? Demanda-t-il, essayant de rabattre ses cheveux.
– Je me suis engueulé avec Hugo…Tu m’accueilles chez toi ? Fis-je, géné.

Il acquiesça et me laissa entrer. Sans un mot j’enlevais ma veste et mes chaussures puis m’affalais dans le canapé, plongeant ma tête dans un coussin.

– C’est à cause d’Ilian ? Demanda-t-il ,l’air de rien.
– Fous moi la paix avec lui…Soupirais-je las.

Je l’entendis émettre un petit rire, puis reprendre son sérieux. Le canapé s’affaissa et je sentis sa main se poser sur mon épaule.

– Qu’est-ce qui s’est passé ? Dit-il, sérieux.
– J’ai oublié un diner chez sa mère. Répondis-je, la voix étouffée par le coussin.
– Ah…à cause d’Ilian ?
– T’es chiant Kain ! J’étais perdu dans un dossoier…
– Et le seul dossier que tu as es celui d’Ilian, quand je te disais que le revoir t’apporterais des ennuis.
– T’es pas ma mère.
– Oui c’est vrai, tiens et si je la mettais au courant ?

Brusquement, je me retournais, le surprenant. Mon regard noir se posa dans le sien, lui faisant bien comprendre qu’il en était hors de question.

– Ok…Je dirais rien, mais fais pas de conneries…Dit-il, battant en retraite.

Rapidement, je me rallongeais dans ce canapé, réprimant un bâillement.

– Et pourquoi c’est l’autre qui est dans ton appart ? Repris-t-il, faisant une légère grimace.
– C’est Hugo et il est dans notre appart. C’est moi qui est fait le con non ?
– Ouais, si tu le dis…
– Arrête, il t’as rien fait…Dis-je, crevé.

J’étais las de cette rancœur qu’avait mon frère pour Hugo. Ces deux là ne se supportaient pas, impossible de les mettre dans la même pièce sans qu’ils ne se bouffent le nez. Et je n’avais jamais compris pourquoi. Mais Hugo me disait que c’était physique…

Sans un mot, il se leva et éteignit la lumière. Je l’entendis se déshabiller et rentrer dans son lit. Je l’entendis me dire bonne nuit, mais je ne lui répondis pas, le sommeil me prenant par surprise.

**

Le lendemain, je me réveillais brusquement, sursautant lorsqu’une casserole tomba sur le sol. Un juron fut poussé, et je me redressais regardant mon frère, un œil fermé à cause de la lumière.

– Mais qu’est-ce que tu fous ! M’écriais-je, passant une main sur mon visage.
– Je range un peu, ce soir Savanah vient dormir ici, et je finis mon service juste avant qu’elle arrive. Se justifia-t-il en haussant les épaules.
– Ça à l’air sérieux entre vous, combien de temps, trois mois ?
– Ouais c’est ça, trois mois, je suis bien avec elle.

Je lui fis un sourire puis me recoucha, mais bien vite le bruit assourdissant d’un aspirateur mis en marche, acheva de me décider, et je me levais, me dirigeant vers la salle de bain. Je pris un douche rapide, sortant de la salle de bain en serviette.

– Kain ! Criais-je, afin de me faire entendre par mon frère.
– Quoi ? Répondit-il, dérangé.
– Je peux t’emprunter des fringues ?
– Oui oui, sers toi.

Il remis l’aspirateur en route puis je m’approchais de sa commode et y sortit un jean kaki avec une chemise noire. Je les enfilais rapidement, voyant l’heure. Dans moins d’une heure, la mère d’Ilian se rendrait à l’hôpital pour parler à son fils, et je ne voulais surtout pas manquer ça.

Je partis quelque minutes plus tard, faisant un bref salut à mon frère, trop absorbé dans son ménage. Vingt minutes plus tard, je me trouvais devant l’hôpital, faisant l’habituel trajet jusqu’à mon bureau. J’y laissa rapidement mes affaires et m’asseya sur mon fauteuil. Sans réfléchir je pris le combiné, mais alors que j’allais composer son numéro, je m’avisais. Un petit sourire étira mes lèvres. J’allais lui faire une surprise et aller le chercher voir à son boulot, et s’il me pardonne, aller déjeuner avec lui. Même si ces mots me faisaient toujours mal, la nuit m’avait calmé et je les avait mérité…

Mes yeux se posèrent sur ma montre et je me levais, il était temps. Je pris l’ascenseur et monta à l’étage des salle d’entretiens. Je pris la direction des salles de visites. Silencieusement j’entrais, regardant autour de moi. La salle était assez grande. Les murs peints en orange essayait de donner un peu de vie à l’endroit. Des tables rondes en plastiques blanches étaient disposé sur une ligne rectiligne ou une vitre en verre séparait le coin visiteur de patient. Je vis Ilian assis devant sa mère. Celle-ci je ne l’a vis pas, étant de dos à moi. Je me rapprochais doucement, veillant à ne pas me faire remarquer de mon patient. J’entendis alors la voix de sa mère. Celle que je connaissais douce et tendre était aujourd’hui l’opposé parfait.

  • Avec le regard de tous les voisins sur nous depuis le procès, le voisinage est devenu de plus en plus hostile. Enfin mets-toi à ma place, moi, la mère d’un meurtrier. Nous avons était dans l’obligation de déménager, ton père, ta sœur et moi, afin de retrouver un peu la paix. Ce qui fait que je vais pouvoir venir moins souvent au vu de la distance. Tu ne peux t’en prendre qu’à toi-même à ne faire strictement aucun effort. Franchement qu’est ce que tu es venu foutre ici ? Finalement, la prison t’aurais peut être fait beaucoup plus d’effet. Tu n’en serais certainement pas là. Au revoir Ilian, à dans quelques mois, j’aurais peu de temps pour toi avec le déménagement. Réfléchi à ta manière de faire, et au désordre que tu as causé dans notre famille. Tout cela tu le mérites finalement.

Ces mots me glacèrent le sang, et je ressentis toute la fureur qu’Ilian essayait de cacher en lui. Si cela avait été moi, je lui aurais sauté à la gorge, lui faisant ravaler cette langue de vipère. Comment pouvait-elle dire des choses aussi horribles à son unique fils ? Le voir aussi renfermé ne m’étonnait plus du tout, et un sentiment de tristesse m’envahit. Je vis alors la mère d’Ilian se lever d’un coup, mais je n’eus le temps de me cacher, que le regard froid d’Ilian se posa sur moi. Je le soutins malgré moi, voulant me montrer réconfortant, lui donner un peu de mon aide.

Je le vis alors se lever, mais un peu trop précipitamment car la chaise tomba au sol. Ses poings serrés me montraient que je n’étais pas le bienvenu ici. Il marcha d’un pas rapide vers la sortit, achevant de me faire comprendre qu’il me détestait plus que tout. Dans un soupire, je sortis moi aussi de la pièce. Je ne voulais pas croiser sa mère, et j’avais besoin d’être seul.

Je marchais dans les couloirs dans le seul but de mettre en ordre mes pensées. Trop de choses avaient changés depuis mon départ, trop de choses et cela me faisait tourner la tête. Alors que pour moi tout allait bien, pour lui, tout allait mal. Cette histoire était un cercle vicieux, dont je ne trouvais pas la sortie. J’étais engrené dans son système, attendant un signe, n’importe quel signe. Je ne sais pas combien de temps je restais là à tourner en rond dans ses couloirs, mais l’agitation qui y régnait me fit arrêter toutes ces pensées noires.

Beaucoup d’infirmières, de médecins courraient dans tous les sens comme si un incendie faisait ravage. Prenant peur, j’attrapais le bras d’une infirmière. Celle-ci me regarda d’abord furieusement, puis en voyant mon air d’incompréhension, elle se radoucit.

– Un patient a fait une tentative de suicide. Déclara-t-elle sérieuse.
– Quel patient ? Demandais-je fronçant les sourcils
– Celui qui a tué son cousin.

Ces six mots me firent lâcher prise, et l’infirmière se retourna pour s’engouffrer dans le vaste ascenseur. Un sentiment de culpabilité énorme m’aseilla et je dus me tenir a la rambarde près de moi pour ne pas que mes jambes me lâche. Son état de fureur était tel qu’il m’avait donné la frousse lorsqu’il était partit. Est-ce à cause de moi ? Je ne vois pas d’autre cause. Lui aussi luttait avec ses souvenirs du passé, je n’étais pas le seul à trouver cela dure, mais je ne l’avais pas remarqué, trop plongé dans mes sentiments à moi. Hugo avait raison, je n’étais qu’un sale égoïste.

Mes pas me reconduisirent directement à mon bureau. En plus d’être égoïste, j’étais lâche. Je ne voulais pas aller le voir, en tout cas pas maintenant. Je voulais un peu de calme, même cinq minutes me suffirait, mais je n’eus même pas ce petit délai, que la porte s’ouvrit violemment, me faisant sursauter. Je vis le directeur,les traits tirés, et le visage appartement furieux.

– Lorsque je te dis qu’il faut découvrir ce qu’il cache, je ne te demande pas de le pousser au suicide ! Dit-il, calmement, mes ses yeux trahissaient sa colère.

Sans un mot, je m’assaillais dans mon fauteuil et prit ma tête entre mes mains. Toute cette histoire me donnait mal au cœur, et mal au crane. Ilian avait faillit perdre la vie, et je ressentais toute mon âme entière hurler de tristesse.

– Tu as surement trop forcé sur les mots Jaeden. Je sais bien que c’est un cas difficile mais ne perd pas patience.

Je sentis sa main réconfortante sur mon épaule, et un soulagement réconforta mon âme. Mais je savais qu’il fallait que je le vois, que je lui parle, que je m’excuse.

– Dans quelle salle est-il ? Demandais-je la tête toujours entre mes mains.
– Dans la deuxième salle de l’infirmerie. Nous avons stabilisé son état. Dit-il, se dirigeant vers la porte.
– Il dort ?
– Oui, mais tu devrais aller le veiller.

Il sortit de la pièce, me laissant seul à mes réflexions. Il avait raison, et le moment était venu. Je devais me montrer à lui, en étant moi-même et non son psychiatre. Doucement, je me levais et ouvrit un tiroir d’une petite commode. Kain me l’avait donné « au cas où un patient sauvage ne veuille ma peau ». Je pris le peau et l’ouvrit. Une crème verte, assez visqueuse était à l’intérieur. Cette crème accélérait le processus de cicatrisation, et atténuait la douleur. Peut-être l’aiderais-je, physiquement.

Je sortis à mon tour de la salle. 10 minutes plus tard, je me retrouvais devant cette salle, où je pouvais voir mon patient complètement endormis, à travers les stores. D’un côté, cela me soulageait, je ne sais pas comment il aurait réagit en me voyant débarquer, la peur au ventre.

Fébrilement, j’abaissais la poignée, et m’engouffrais dans l’atmosphère pesante de la salle. Son bras bandé gisait près de lui. Je ressentais un pincement au cœur, lorsque mes yeux rencontrèrent son doux visage. Là, il ressemblait à celui que j’avais aimé, et cette constatation me troublait. Sans le lâcher des yeux, je m’assaillais dans un fauteuil, et attendis, patiemment.

Ce n’est qu’une heure plus tard qu’il se réveilla, secouant légèrement sa tête. Un grimace de douleur étira ses lèvres lorsqu’il remua son poignet, mais aucun son ne sortit de sa bouche. Doucement, il s’assailla sur le lit, et son regard froid se posa sur moi. Je pu voir quelques minutes une lueur d’étonnement briller dans ses yeux, mais comme d’habitude, elle était remplacé par un regard froid, presque tueur. N’en tenant pas compte, je me levais, et m’assaillais sur un côté de son lit, posant mon regard dans le vague, droit devant moi. Je ne savais pas vraiment quoi lui dire, n’y même s’il allait m’écouter. Mais pour une fois, je laissais mon cœur parler, allégeant le poids qui pesait sur mon âme.

– Excuses moi Ilian. Je suis un piètre psychiatre. Trop aveuglé par mon envie de savoir ce qu’il t’étais arrivé, je n’ai même pas remarqué que tu allais mal. Dis-je, faiblement.

Il ne répondit rien, continuant de me regarder, stoïquement. Doucement, je tournais ma tête vers lui, croisant son regard. Sans un mot, j’abaissais mes yeux sur son bras mutilé, et le pris en main, mais il me fut bien vite enlever pour être rabattu contre sa poitrine. Il ne voulait pas ma le montrer, sans doute avait-il honte. Un sourire intérieur étirait mes lèvres, j’arrivais au moins a percer un autre sentiment que la rage chez lui.

  • Et après tu veux me dire que tu ne ressens plus rien…Dis-je, légèrement moqueur.

Je jouais avec le feu, mais si c’était le seul moyen pour acquérir sa confiance, alors je le ferais tout le temps. Alors que je me levais, je le vis tendre immédiatement son bras vers moi, sans doute par pure provocation. Son regard froid, me montrait, en apparence, qu’il se fichait totalement de ça, mais sa réaction précédente entrait en contradiction. Sans un mot, je me rasseillais, et posais son bras sur mes genoux, dans une douceur infinie. Je me mit à défaire le pansement, sentant le regard d’Ilian posé sur moi. Lorsque le dernier fut défait, il vira immédiatement la tête à gauche, ne pouvant supporter que je vois cette plaie. C’était une réaction prévisible. Délicatement, je sortis de ma poche le pot de crème, et l’ouvrit. La plaie était profonde et énorme. Un élan de dégout me submergea, mais je ne laissais rien paraitre. Sans faire de mouvements brusques, je pris un peu de crème et l’appliqua sur la plaie, aussi doucement que possible. Je le sentis frémir, mais encore un fois n’en tenais pas compte. Alors que je continuais à masser son bras, voulant imprégner la crème dans la peau, je tournais légèrement ma tête vers lui et vis qu’il avait fermé les yeux. Un sourire en coin étira mes lèvres, et je recommençais à le masser.

Plus le temps passait, plus je le sentais lâcher des barrières. J’avais mal au cœur,et c’était une torture sans pareille que de rester là à regarder cette plaie béante. J’entendis alors sa voix. Elle était faible et pleine de tristesse.

– Sors…S’il te plait…

Je le regardais alors timidement, et comprit qu’il voulait être seul. Sa demande n’avait pas été agressive, bien au contraire. J’avais réussis à le toucher.

– Je reviendrais ce soir, t’apporter ton diner. Dis-je, refaisant le pansement.

Il ne me répondit rien, et doucement je reposais son bras sur le lit, me levant en même temps. Je marchais vers la porte puis lançais un dernier coup d’oeil, pour le voir tenir son bras replié contre sa poitrine. Je sortis de la pièce et fermais la porte, mais restais devant. Je vis alors quelque chose qui me surpris grandement. Ilian baissa la tête et lâcha un sanglot, laissant couler ses larmes. Il tenait son bras avec son autre main, la pressant contre sa poitrine. Je sentis alors mon cœur se serrer violemment alors qu’un petit sourire triste étirait mes lèvres. Finalement, j’allais peut-être parvenir à cette renommé plus vite que je ne l’avais prévu…