Nothing to prove – Chapitre 1

Chapitre écrit par Mai-Lynn

 

Avez-vous déjà ressentit ce sentiment ? Devenir un être puissant par le simple fait de réussir tout ce que l’on accomplit. Je me sentais fort. Je n’avais que 24 ans et voilà que je décrochais un poste dans le centre Candwelln.

La psychanalyse avait toujours été mon rêve. Pouvoir comprendre une personne, lire à travers elle, comprendre ses pensées. Pouvoir l’aider. J’étais jeune, mais toutes mes réussites m’avait donné une envie, celle d’accomplir toujours plus. Je n’étais plus le même gamin qui vivait dans ce tout petit village pourrit. Non. Il avait grandi, surement un peu trop rapidement.

Les faits du passé avait forgé une carapace, une sorte d’autre personnalité. Toujours plus haut, tel était ma devise. Je devenais ce que mes parents avaient toujours voulu de moi. Leur fils prodigue. Certains diront que ce n’est pas moi, et alors ? J’aime ce que je suis devenu. Jaeden, celui qui réussit tout. Je suis peut-être égoïste, et très certainement vaniteux, mais qu’importe, puisque je me conviens à moi même.

C’est avec une grande fierté que je retrouvais devant cet homme autoritaire. Cet homme que j’admirais par sa force de caractère. Cet homme qui m’avait donné ma première place en temps que psychanalyste. Il avait été mon professeur, mon mentor, m’aidant, par tous les moyens à atteindre mon but. J’intégrais son équipe tellement connue et adulée. Je devenais psychiatre dans le grand centre Candwelln, hôpital pour personnes ayant des problèmes psychologiques.

⁃ Jaeden Sadler ! Pourrais-tu arrêter de rêver quand je te parle !

La voix de mon mentor me fit sursauter et mon regard surpris croisa le sien. Ses cheveux assez courts et son visage carré lui donnait un air sévère, qui allait en contradiction avec ses beaux yeux bleus. Il ne faisait pas vraiment ses 42 ans, mais les nombreux diplômes affichés sur les murs derrière lui me le rappelait.

⁃ Excuses moi, j’ai vraiment hâte de commencer à travailler avec toi. Dis-je, plus hypocrite que jamais

Le directeur, après m’avoir lancé un sourire, repris son long monologue sur les règles à suivre au sein de son centre et de son équipe. Je savais que le travail allait être considérable, mais la renommée qui allait suivre me ravissait. J’avais hâte. Vraiment hâte. Depuis 4 ans j’espérais ce moment, et voilà que dans quelques minutes on allait m’attitrer ce que l’on appelle un « cas ». Une personne ayant besoin de mon aide. Une personne perdue, dont mon rôle serait de l’aider à retrouver son chemin. Mes yeux étaient obnubilés par ce dossier jaune qui cachait le nom et la vie de mon futur patient. Une excitation sans pareille me prenait et plus mon chef parlait plus je commençais à m’impatienter. Je le vis alors prendre ce fameux dossier en main et l’ouvrir. Un soupire sortit de ses lèvres alors qu’il me lançait un regard triste.

⁃ Je sais que pour un premier dossier, je ne t’ai pas choisi le meilleur patient, mais pour l’instant, c’est le seul qui était libre. Me dit-il, l’air désolé.

⁃ Pourquoi ? De quoi souffre-t-il ? Demandais-je intrigué.

⁃ De folie. C’est un meurtrier Jaeden.

Ces mots résonnaient en moi comme un écho. Ce n’était plus de l’excitation que je ressentais. Non. C’était beaucoup plus. Alors que d’autre se voyait refilé de petits névrosés ou suicidaires, je me retrouvais avec un meurtrier. L’idée de me retrouver avec quelqu’un qui avait tué de ses propres mains ne m’effrayait même pas, bien au contraire. Vous savez, la sensation dont je parlais au tout début…Je la ressens encore une fois. Encore une fois je réussissais. J’allais être jalousé, et cette idée m’enchantait.

⁃ Qui a-t-il tué ? Demandais-je, toujours dans mes pensées.

⁃ Son cousin. Ils avaient une relation. Meurtre avec préméditation. Répondit mon chef, lisant le dossier.

⁃ Avec préméditation ? Fis-je étonné.

⁃ Oui, C’est ce que le jury a décidé.

⁃ Alors pourquoi se retrouve-t-il en hôpital psychiatrique ?

⁃ C’est sa famille, en appel qui a plaidé la folie. Mais même s’il ne montre aucun signe, c’est un cas vraiment difficile.

⁃ Comment-ça ?

⁃ Beaucoup de psychiatre ont eu son dossier, et tous sont partis bredouille ou avec des révélations inexactes. Il ne parle plus, et s’est forgé une seconde personnalité. Me fis le chef, sérieux.

⁃ Comme bien d’autre ici non ? Répliquais-je en haussant les épaules.

⁃ Non Jaeden, lui est…Comment dire…Il est ce qu’il n’est pas. Il aime s’amuser avec ses médecins et se fait craindre de tous. Ce n’est pas le petit patient dont tu auras à t’occuper, c’est quelqu’un de vraiment complexe. J’ai lu et relu son dossier. Lu les témoignages, parcouru l’intégralité du procès et je pense que quelque chose cloche.

Ses paroles me semblaient bien profondes pour un directeur. S’il parlait comme ça, c’est que ce patient lui tenait à cœur. D’une certaine façon, cela ne faisait qu’augmenter mon orgueil. Encore une fois, j’allais allez loin.

⁃ Il faut que je découvre ce quelque chose. Dis-je sûr de moi.

⁃ Ne te sens pas obliger de prendre ce dossier Jaeden, lis le et dans deux jours, si tu veux toujours t’occuper de lui, je te le présenterais, sinon, je te trouverais un autre patient.

Je lui fis le plus beau de mes sourires, lui faisant bien comprendre que de toute façon, j’allais prendre ce dossier. Si tout me réussissait, alors pourquoi pas ce « cas » ? Cela serait le début de ma gloire, une énorme avancé dans mon parcours de psychiatre. Je serais celui qui a réussit là où tant d’autres ont échoués. Encore une fois je serais le meilleur.

⁃ Comment s’appelle-t-il ? Demandais-je perdus dans mes pensées.

⁃ Ilian Crose. Répondit-il, refermant le dossier

Alors que je pensais rester avec cette chance qui tournait en ma faveur depuis plusieurs années, je me sentit perdre pied lorsqu’il me dit le nom de mon futur patient. Je ne fus plus moi-même pendant quelques instant, sentant quelques choses se briser en moi, laissant les débris marteler mon âme.

Des souvenirs du passé refirent surface dans ma mémoire. Des souvenirs dont jamais je n’aurais voulu me rappeler. Des souvenirs de l’être méprisable que j’avais été et que j’avais cherché a fuir.

⁃ Jaeden, Quelque chose ne va pas ? Me demanda le chef, soudainement inquiet.

Mon visage était devenu très pâle à l’entente de ce nom. Tous mes efforts venaient de disparaître en une volée, en une parole. Tous les efforts que j’avais fait, pour oublier cet homme qui n’avait pas quitté mon esprit pendant plusieurs années. Cet homme que j’avais manipulé par envie et par amusement. Cet homme qui était mon futur patient.

**

⁃ Tu vas rester encore combien de temps devant ce dossier ?

La voix de mon petit ami me fit sursauter. Depuis que j’étais revenu de l’hôpital, je fixais ce dossier sans jamais l’ouvrir. Assis dans ce canapé, je posais le pour et le contre. Soit je l’ouvrais et me replongeais irrémédiablement dans celui que j’étais autrefois, soit je le laissais fermé, et perdais le mérite et la gloire.

⁃ Hey ! Tu vas encore rester combien de temps a faire semblant de m’écouter ! Fit mon petit ami, visiblement en colère.

Je levais alors des yeux exaspérés sur l’homme qui occupait ma vie depuis maintenant un an. Je l’aimais. Je dois dire que j’étais même fou amoureux de lui. De ses yeux verts malicieux, de ses cheveux mis long blonds cendrés, de ses lèvres pulpeuses et de ce corps presque androgyne. Oui je l’aimais. Il avait réussis à me conquérir après beaucoup d’efforts, me laissant succomber dans ce que je croyais impossible depuis qu’il m’avait quitté.

⁃ Excuse-moi Hugo, mais j’ai du boulot. Lui répondis-je reposant mes yeux sur ce maudit dossier.

Je l’entendis alors soupirer fortement. Il était blessé, vexé, mais ce soir je n’avais pas envie de le réconforter. Je devais faire quelque chose de beaucoup plus important. Fuir mon passé, ou le prendre de plein fouet ? Je mourrais d’envie de l’ouvrir. Meurtre avec préméditation, comment en était-il arrivé là ?

D’un coup, je vis le dossier sortir de mon champs de vision, et une angoisse violente me prit. Paniqué, je posais les yeux sur Hugo, qui s’apprêtait à ouvrir ce dossier. Une colère noire commença à se propager en moi, telle une tempête. Sans vraiment m’en rendre compte, je lui arrachais ce dossier jaune des mains, lui faisant perdre l’équilibre sous la surprise. Mais il tomba sur le fauteuil, me regardant, les yeux grands ouvert.

Je lui lança alors un regard agacé limite méchant et serra contre moi le fameux dossier. Si quelqu’un devait l’ouvrir, c’était moi et personne d’autre.

⁃ Combien de fois t’ai-je répété ce qu’était le secret médical ! Dis-je d’une voix dure, le visage sans expressions.

Il ne me répondis pas, continuant à me fixer avec ses yeux étonnés. Il fallait que je sorte, je ne pouvais ouvrir la porte de mon passé si l’homme qui appartenait à mon présent et surement à mon avenir se trouvait en face de moi. Je me levais et me dirigeais vers l’entrée, enfilant ma veste et mes chaussures.

⁃ Jaeden, où vas-tu ? Me demanda-t-il, le regard peiné.

⁃ Faire un tour, je ne sais pas a quelle heure je rentrerais, ne m’attends pas. Répondis-je, fermant la porte sur moi.

J’étais peut-être dur, mais c’était ma manière de me protéger. L’entente de ce nom venait de me plongé dans un état de stress, de fragilité. Il fallait à tout prix que je sois seul, que je réfléchisse, mais une chose m’étais à présent certaine, je ne pouvais plus ne pas ouvrir ce dossier.

**

Je regardais l’horloge mural qui se trouvait en face de moi, et un soupire sortit de mes lèvres. 2 heures du matin et je n’avais toujours pas ouvert ce dossier. Pourtant j’avais décidé de le faire, tout simplement pour satisfaire une curiosité grandissante. Mais que se passerait-il si je l’ouvrais ?

Meurtre avec préméditation. Jamais je n’avais connu une once de méchanceté en lui. Le portrait que m’avait fait mon chef ne lui ressemblait en rien.

Je me mis à détailler ce qui m’entourait, dans cet appartement qui appartenait à mon frère. Il travaillait de nuit, étant infirmier, et m’avait offert un double lors d’une énième dispute avec Hugo. L’appartement n’était pas des plus stylé, mais lui convenait parfaitement. Les murs blanc laissait apercevoir des posters de groupes de rock comme les red hot chili pepers ou les sex pistols et son meublier en bois clair, donnait à cet endroit un aspect de chambre d’étudiant. Mais mon frère était un éternel étudiant. Bien qu’il soit mon ainé, j’avais toujours été le plus mûr, enfin depuis quelques années.

Las, je passais une main sur mon visage et reposais mes yeux sur le dossier. Je savais ce que je risquais à l’ouvrir, mais je le regretterais si je ne le faisais pas. Quelque chose clochait. Oui, j’en étais certain.

Fébrilement, je posais mes mains sur ce dossier et ouvrit la couverture en carton, laissant apercevoir une fiche médicale. Mes yeux ne pouvaient se détacher de ses mots grattés sur le papier, s’attachant à chaque faits, chaque paroles inscrites, chaque minutes de ce procès. Je lisais toute son histoire depuis que j’étais partis. Plus les mots défilaient plus je sentais ce sentiment de malaise tirailler peu à peu mon âme.

Je ne connaissais pas cet homme. Cet Ilian Crose m’était inconnu. Je ne pouvais croire en ces mots, pourtant…Pourtant c’était bien lui. C’était bien son nom, son prénom, sa photo. Comment avait-il pu en arriver là ? Meurtre avec préméditation…Ces trois mots ne cessaient de résonner dans ma tête. Je savais pas pourquoi mais je me sentais mal. Cela faisait quatre ans que je ne l’avais pas vu pourtant le voir dans cet asile provoquait en moi un sentiment de colère. Comment avait-il pu en arriver là ? Lui si doux, comment était-il tombé dans une noirceur aussi profonde. Tout prouvait qu’il avait commis ce crime. Lui même le disait. Il avait avoué avoir tué son cousin. Il était même entré dans les détails. Pourquoi Ilian ?

Un mal de tête lancinant compressa mon crâne, me forçant à achever ma lecture à la moitié du dossier. J’en avais bien assez lu pour comprendre que lui aussi avait changé, et en bien pire. Je voulais le voir. Voir de mes propres yeux cet être qui semblait si méprisable sur le papier. Se souvenait-il encore de moi ?

Trop de questions se bousculaient dans ma tête. Trop de questions qui n’aurait surement pas de réponses, du moins pas tout de suite. Voulais-je l’aider ? La question ne se posait même pas, je sentais en moi une envie incroyable de pouvoir lui venir en aide, augmentée par une curiosité impressionnante. Mais étais-je prêts ? Depuis quatre ans je fuyais mon passé et revoir Ilian m’amènerait inévitablement devant lui. Je reverrais à coups sûr le garçon minable que j’étais, celui qui ne réussissait rien. La preuve, même lui m’avait quitté…

Un dernier soupire passa entre mes lèvres et je me levais, décidant tout de même de regagner mon chez moi. Rapidement, je remis ma veste et pris le dossier entre mes mains. L’air frais frappait mon visage et je ne souhaitais qu’une chose, retrouver mon confort. A cette heure-ci, Hugo devait surement dormir. En y repensant, j’avais agit comme un véritable con. Après un quart d’heure de marche, je me retrouvais chez moi, appréciant la chaleur de mon cocon. J’enlevais ma veste et mes chaussures, posant le dossier sur le petit meuble à l’entrée. L’appartement était plongé dans la pénombre, mais le clair de lune me laissait deviner les quelques meubles qui se trouvait dans mon passage. J’atteignis notre chambre sans faire trop de bruit, et commença à me déshabiller. J’enfilais rapidement un bas de pyjama, et un sourire étira mes lèvres lorsque je vis le regard triste de mon compagnon. Sans un mot, j’entrais dans le lit et posa ma main sur sa joue, puis mes lèvres embrassèrent les siennes.

⁃ Excuses moi…Murmurais-je frottant mon nez au sien.

Je sentis alors deux bras m’encercler, me forçant à me rapprocher encore un peu plus. Un petit sourire franchit ses lèvres, faisant battre mon cœur.

⁃ Non c’est moi, c’est ton boulot, et je n’en ai pas à m’en mêler, me dit-il, passant sa main dans mes cheveux châtains.

Ne résistant plus, je l’embrasais une seconde fois, mais cette fois nos langues s’enroulèrent. Hugo était la douceur incarné, et c’est surement pour cela que je l’aimais autant. D’une certaine façon, il me rappelait Ilian. Ces yeux verts pétillants, cette douceur incarnée…Mais…A quoi pensais-je ?

Brusquement, je mis fin à notre baiser et me secoua la tête, chassant toutes ses pensées. Je ne pouvais pas penser à lui dans les bras d’Hugo…

⁃ Qu’est-ce qui se passe ? Me demanda Hugo, surpris.

⁃ Rien…Répondis-je reprenant ses lèvres avec fougue.

Cela sembla le satisfaire car il ne me repoussa pas, au contraire, sa main glissa sous mon bas de pyjama, caressant mes fesses…Ce soir, je me ferais pardonner…

***

⁃ Tu es sûr que c’est ce que tu veux ?

Je regardais mon mentor avec une lueur de résignation dans les yeux. En ouvrant ce dossier, j’avais déjà fait mon choix. Je pensais à ma carrière, mais aussi à lui. On dit souvent que la curiosité est un vilain défaut…Je dois dire que c’était mon essence actuelle. Il fallait que je le voie.

⁃ Ce dossier m’intéresse. Répondis-je, hochant la tête.

Un petit sourire en coin étira sa bouche, visiblement ma réponse lui plaisait. Rapidement il se leva, prenant le dossier en main, et par un signe de la main, il m’indiqua de le suivre. Nous sortîmes de son bureau, parcourant d’interminables couloirs blanc. Parfois nous tombions sur des pensionnaires, venant saluer le directeur. Ils se mettaient à parler, comme si cet homme autoritaire était leur père, et le directeur les écoutaient, d’une oreille attentive. Plus je passais de temps avec lui, plus je le plaçais haut dans mon estime. Cet homme…Je voulais être exactement comme lui.

Quelques minutes plus tard, nous nous retrouvions devant une porte beige avec dessus une petite enseigne « Salle d’entretien ». Le directeur m’arrêta, son visage, bien que confiant, reflétait une certaine inquiétude face à ma future entrevue.

– Ne te décourage pas Jaeden. Il ne te connaît pas, alors il ne va surement pas te parler, comme avec

les précédents. Il a toujours posé une seule et unique question : « Que voulez vous entendre ? ». Et s’il te la pose, ce sera surement la seule chose que tu obtiendras de lui, du moins pour le moment.

Un sourire serein étira mes lèvres. Peut-être était-t-il comme cela avec les autres, mais avec moi…Il me connaissait. Peut-être pourrais-je utiliser notre histoire pour réussir à avoir sa confiance ? Je vis le directeur me tendre le dossier puis ouvrir la porte. Je me sentis alors, pour la première fois depuis longtemps, nerveux. Le directeur entra, me laissant dans le couloir. Tout se jouait à cet instant.

Prenant une grande inspiration, j’entrais, apercevant immédiatement dans mon champ de vision, mon futur patient. Un violent frisson me pris lorsque je croisais son regard. Je pense que je ne fus pas le seul à être dérouté, car j’aperçus dans ces prunelles verte un légère surprise, bien vite dissimulé par un regard dur, et un visage sans expressions. Il avait changé…Vraiment changé. Ses cheveux bruns avaient poussés, lui arrivant aux épaules. Ses yeux vert n’étaient plus aussi rieurs, mais presque menaçants. Il avait maigri, peut-être un peu trop mais gardait toujours cet apparence androgyne qui lui allait si bien. Ses fines mains étaient posées sur la table, avec, sous l’une d’entre elle, un petite balle. Il m’avait reconnus, j’en étais sûr, pourtant, alors que je me retrouvais complètement surpris, lui me regardait, dans les yeux. Son regard vide posé sur moi me laissait une désagréable impression, comme s’il essayait de lire en moi. Peut-être avais-je eu tord…Peut-être aurais-je dû attendre encore un peu.

Mais la voix du directeur me fit revenir sur terre…Il était trop tard maintenant.

⁃ Ilian, voici, le docteur Jaeden Sadler, ton nouveau psychiatre. Dit-il, souriant à Ilian.

Mais celui-ci ne lui apporta aucun regard, se contentant de me fixer, encore et toujours. Plus les minutes passaient et plus je me sentais mal à l’aise, détaillé de la sorte.

⁃ Je vais vous laissez seul à présent, faites connaissances.

Il me lança un regard compatissant puis sortit de la pièce, me laissant seul avec lui. J’avalais difficilement ma salive, sentant ce stress grandir de plus en plus en moi. Fébrilement, je posais le dossier sur le clavier de l’ordinateur qui était sur le bureau, et m’assis sur la chaise, évitant son regard. Pour aujourd’hui, je ne voulais pas parler du meurtre, ni de son cousin. Je relevais la tête, croisant une nouvelle fois son regard vide, et un sourire étira mes lèvres. Je masquais le désarroi intérieur qui s’animait en moi.

⁃ Ca fait longtemps…Dis-je, dans un souffle.

Je sais…J’aurais pu trouver mieux…Portant mon cerveau refusait de marcher correctement. J’étais fasciné par ce visage qui n’affichait aucune expression.

Quatre années que je ne l’avais pas vu. Lui par contre, ne semblait pas touché. Son regard toujours posé sur moi me gênait fortement, mais le directeur m’avait prévenu.

⁃ J’ai été engagé il y a peu…j’ai enfin réussis à devenir psychiatre, même si tu ne m’en croyais pas capable…Dis-je, lui lançant un sourire amusé.

Mais rien n’y fit aucun son ne sortait de sa bouche.

⁃ Normalement je devrais me présenter, mais dans notre cas…Tu veux me poser une question ? Demandais-je vainement, essayant de capter une expression.

Encore une fois il ne me répondit pas, ne cessant de me fixer. Pour une première rencontre, je dois dire que celle-ci tournait plutôt mal. Mais à quoi m’attendais-je ? Le directeur m’avait prévenu, il n’allait pas me sauter dans les bras si tôt la porte ouverte. Je décidais d’entrer dans son jeu. Peut-être arriverais-je à quelque chose. Doucement, j’ancrais mon regard dans le sien, essayant de le faire aussi pesant. Il n’avait pas perdue sa beauté. Cet air angélique qui m’avait attiré il y a quelques années. Quelques minutes passaient, quelques minutes pendant lesquelles nous n’avions cessé de nous jauger, pourtant, il semblait être le plus fort à ce jeu, car je rompis le contact n’en pouvant plus de cette sensation désagréable qui m’envahissait peu à peu.

Alors que je baissais mon regard pour prendre le dossier, je le vis bouger ses mains, et je stoppai net mon action. Ses yeux regardaient cette petite balle jaune, tandis que ses mains commençaient à la faire bouger. Je l’ennuyais. Un soupire sortit de mes lèvres. Pour aujourd’hui je n’obtiendrais rien de sa part, comme l’avais prévu le directeur. Pourtant je m’autorisais une dernière petite remarque, tout droit sortie de mon cœur.

⁃ Cette coupe te va…Commençais-je voulant le complimenter, mais à mon plus grand étonnement, il me coupa la parole, me regardant dans les yeux.

⁃ Que voulez-vous entendre ?

Surpris, je fronçais les sourcils. Alors c’était donc cette question qui déstabilisait tous les autres. Ils avaient raison. Moi même je ne savais que répondre. Son regard était toujours vide et semblait attendre quelque chose de ma part. Mais que pouvais-je lui demander ? Alors que j’allais ouvrir la bouche pour parler, j’entendis la porte s’ouvrir, et laisser entrer le directeur, toujours ce même sourire compatissant au visage.

⁃ Alors cette première entrevue ? Nous demanda-t-il, me regardant.

J’entendis alors la chaise d’Ilian bouger, et je tournais la tête, le regardant se lever. Il portait l’uniforme blanc de l’hôpital, un pantalon blanc avec un tee shirt à manche longues de la même couleur. Sans un regard pour ma personne, il contourna la table et passa devant le directeur. Juste avant de sortir de la pièce, il se retourna, plantant son regard dans le plus profond de mes yeux. Je me sentis alors frissonner, comme lorsque j’étais entré dans la pièce. D’une voix froide, deux mots sortirent de sa bouche. Deux mots qui me firent bien comprendre que la gloire et le mérite n’était pas pour demain.

⁃ On change.

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