Ne pars pas – Chapitre 7

Chapitre 7 écrit par Lybertys

Cette douleur si vive, ce sentiment d’abandon, Éden les atténuait étrangement par son baiser. Jamais personne à part Joshua ne m’avait consolé. Cette tendresse qu’il m’offrait à travers ce baiser… Je n’avais jamais connu ça et mon cœur s’emballa à la seconde. Jamais Éden ne m’avait embrassé ainsi. Nos langues se caressaient traduisant ce que les mots ne pouvaient traduire. J’avais l’impression qu’il comprenait mon état, qu’il savait ce que j’étais en train de vivre. Il n’y avait que cette raison qui pouvait expliquer l’intensité de cet échange. Éden cachait un sombre passé, un passé que je ne me sentais pas prêt à interroger…

Je me collais un peu plus à lui, partageant, intensifiant ce baiser qui me faisait du bien, surpris par l’attitude d’Éden.

Lorsque l’air vint à nous manquer et que nos regards se croisèrent, j’eus l’impression que quelque chose se passa entre nous et mon cœur s’emballa. Doucement, son nez vint frotter le mien et ce fut moi qui vins ravir ses lèvres, fébrilement, ayant besoin de ce contact plus que jamais. Sa main quitta alors ma joue pour descendre jusqu’à mes hanches et tendrement, il me rallongea sur le lit, gardant mes lèvres emprisonnées. J’étais à sa merci, et il pouvait faire ce qu’il voulait de moi. J’espérais qu’il me rattrape, qu’il m’empêche de sombrer comme cela m’arrivait à chaque fois que je rêvais ce souvenir.

Mes mains remontèrent pour se poser sur sa tête, entrelaçant ses cheveux entre mes doigts fins. Ses lèvres quittèrent les miennes pour déposer de doux baiser papillons le long de ma mâchoire et dans mon cou. Ses mains sur mes hanches descendirent sur mes jambes et il les écarta, venant se placer entre elles. Un gémissement s’échappa de mes lèvres alors qu’il posait l’une de ses mains sur mon sexe déjà dressé, dans le même état qu’Éden.

Jamais personne n’avait été aussi doux avec moi. Mon cœur battait extrêmement vite. J’avais besoin de cet échange plus que tout. Tendrement, il recouvrit mes lèvres et je ne pus retenir mon corps qui se cambra tout entier, provoquant un frisson chez mon vis à vis au contact de mon intimité contre la sienne. Dans une caresse, il attrapa mes jambes et les plaça sur ses hanches. Je voulais le sentir en moi. Je voulais qu’il me possède et me fasse oublier cette douleur. Je voulais perdre pied, même un court instant pour m’éloigner de cette vie qui me torturait. Là, contre lui, je ne me sentais plus seul. Un bref instant, j’avais l’impression que ma solitude s’envolait.

Dans un regard, il me pénétra le plus doucement possible. Une grimace que je ne cherchais plus à lui cacher étira mes lèvres. Mais tout ce qu’on avait fait avant m’avait préparé et bien vite, je me redressais légèrement pour l’embrasser. Lorsqu’il constata que toute douleur s’était évanouie, il commença des déhanchés aussi doux que tendres. Ce n’était pas l’envie ou la pulsion qui nous animait, non, c’était bien plus. C’était le besoin de l’autre. J’avais l’impression d’être aimé, ne serait-ce qu’un peu, pour la première fois depuis si longtemps.

Je fus incapable de tenir le baiser et dans un gémissement plus prononcé que les autres, je balançais ma tête en arrière. Dans une caresse, ses mains virent rejoindre les miennes, entrelaçant nos doigts. Son front se posa sur mon torse alors que je me cambrais à chaque coups de rein. Un plaisir insoutenable, un plaisir fulgurant que je n’avais jamais connu, qui dévastait tout sur son passage, m’envahissait.

Un coup de rein plus profond que les autres eu raison de nous et je le sentis éjaculer en moi dans un gémissement rauque, tandis qu’un cri franchissait mes lèvres, la tête toujours en arrière, me répandant sur mon bas ventre. Mon cœur faisait écho au rythme endiablé de celui d’Éden. J’avais l’impression de découvrir une nouvelle facette de cet homme, une facette qui me faisait fondre, une facette dont je tombais éperdument amoureux. C’était un sentiment que je n’étais pas capable de contrôler et qui je le savais, allait devoir rester secret…

***

Je me réveillais pour la première fois depuis des années, serein et heureux. Éden dormait toujours paisiblement et nous avions encore le temps avant d’aller travailler. Je n’eus pas le cœur à quitter le lit tout de suite. Je repensais à ce qui venait de se dérouler et malgré moi, j’appréhendais la réaction d’Éden ce matin. D’autant plus que je me sentais honteux d’avoir ainsi pleuré devant lui. Il était rare que je me laisse aller devant les autres. Mais il y avait ce sentiment de confiance et de protection que je ressentais avec lui qui me faisait lâcher prise.

Je laissais distraitement mes doigts passer sur son tatouage, m’amusant à repasser les lettres du groupe, perdu dans mes pensées. Ce contact du sûrement le réveiller car je l’entendis me dire :

– Tu me chatouilles, souffla-t-il en se retournant vers moi et en s’allongeant sur mon torse alors que sa tête plongeait dans mon cou.

Je rigolais légèrement et mes mains se posèrent sur son dos, le caressant du bout des doigts, trop heureux de pouvoir me livrer à ce genre de tendresse avec lui. Je n’irais jamais plus loin que les limites qu’il me fixait. Je n’étais pas du genre à m’imposer et je me contentais de ce qu’on me donnait. Mais Éden acceptait cette tendresse et je me faisais un plaisir de la lui offrir. Je le sentais se laisser aller, allant même jusqu’à fermer les yeux. Ce fut à cet instant, que je réalisais ce que je venais de faire la veille. Je le connaissais à peine et nous partagions beaucoup.

– Désolé… Finis-je par souffler.

– De quoi ? Demanda-t-il sans bouger.

– D’avoir pleurer, cette nuit… Dis-je, mal à l’aise.

Contre toute attente, Éden éclata de rire. Il releva la tête, se mettant sur le côté, calant sa tête sur sa main. Incroyablement gêné, je fus incapable de croiser son regard et je sentis sa main attraper mon menton. Il me força à tourner la tête vers lui.

– Si un jour je me réveille en pleurant, tu te moqueras de moi ? Demanda-t-il dans un sourire, alors que c’était ce qu’il semblait faire.

– Non, bien sûr que non ! M’offusquais-je, surpris par sa question.

– Alors tu n’as pas besoin de t’excuser.

Et comme pour donner plus de poids à ses dires, il posa ses lèvres sur les miennes pour un chaste baiser. Mais sentant qu’il allait se reculer, je posais ma main sur sa tête et l’en empêcher. Bientôt, ma langue vint lécher ses lèvres et il entrouvrit les siennes. Nos langues se mirent à danser dans un doux ballet, semblable à celui de cette nuit. La main d’Éden glissa le long de mon torse, grisé tout comme je l’étais par ce baiser. Lorsque l’air vint à nous manquer, il se recula, un sourire moqueur étirant ses lèvres.

– Idiot, souffla-t-il amusé, ne m’embrasse pas comme ça, sinon je vais sécher une autre répétition… Et toi aussi…

Un sourire illumina mon visage. Éden ne repoussait donc pas ces échanges et cela lui faisait tout autant d’effet. Alors que je replaçais une mèche de cheveux derrière son oreille, Éden commença à me dire, sérieux :

– Écoute Morgan, je ne voudrais pas…

Je posais ma main sur ses lèvres, l’empêchant de continuer. Je savais très bien ce qu’il allait me dire et je ne voulais surtout pas qu’il prenne peur après ce qui s’était passé. Je savais garder ma place.

– Juste du sexe, et rien d’autre, continuais-je pour lui.

Éden acquiesça, ravi qu’on soit sur la même longueur d’onde. Mais alors qu’il voulait m’embrasser à nouveau, je me levais, m’assaillant sur le lit pour remettre mes affaires. Je savais très bien que je devais partir maintenant, sinon je ne le ferais jamais. Immédiatement, Éden vint se coller dans mon dos, embrassant ma nuque.

– Tu vas où ?

– Je dois aller me changer… Et je n’avais pas prévenu Joshua que je dormais chez toi. Répondis-je en me disant que je devais déjà avoir plusieurs messages de lui sur mon téléphone.

– Ce soir, tu fais quelque chose ?

Je fus surpris par sa question, et des rougeurs parsemèrent mes joues. Je n’aurais pas pensé qu’il partagerait la même envie de se revoir au plus vite que moi.

– On donne une conférence de presse près de chez toi. Dit-il en se rallongeant, calant ses bras derrière sa tête, je pourrais venir te rendre visite, et te réconforter si tu fais un nouveau cauchemar.

Je lâchais un rire gêné face à cette pique, avant de me lever, reboutonnant mon pantalon. J’enfilais mon pull avant de me tourner vers lui, dans un petit sourire.

– Je laisserais la porte ouverte…

***

J’avais effectivement eut plusieurs appels de Joshua et il m’attendait assis à la table de la cuisine en train de prendre son petit déjeuner. Il n’eut pas besoin de me demander où j’étais, mais me demanda d’au moins le prévenir la prochaine fois. Je me risquais tout de même à le prévenir qu’il ne devait pas être là ce soir car Éden venait me voir. Il n’approuva pas l’idée, mais céda dans un soupire, tenant tout de même à me voir avant pour le repas du soir. Il n’avait pas particulièrement envie de nous entendre, et je voulais être seul à seul avec Éden. J’attendais cette soirée avec impatience, mais jamais je ne trahis ce que je ressentais.

Il était 18 heures lorsque nous terminâmes la répétition et ce fut dans un bâillement qu’Éden se leva, s’étirant de tout son long. Je pus voir son tee-shirt se soulever légèrement dévoilant sa peau. Des rougeurs tintèrent mes joues alors que je repensais à mes mains et mes lèvres qui avaient effleurées cet endroit. Un petit sourire moqueur étira ses lèvres alors qu’il me voyait faire et il me lança un clin d’œil.

– T’as l’air crevé Éden ! S’exclama Félix, dos à lui, il faudrait peut être que tu penses à dormir la nuit.

– Si je n’étais pas le seul à travailler dans ce groupe aussi ! Lança-t-il dans un sourire en se retournant.

Félix rigola tout en rangeant la basse dans son étui alors que je rassemblais distraitement mes notes.

– On va se boire une bière avant la conférence, vous venez ?

– Je dois rejoindre Liz, répondit Laura en se levant à son tour.

– Morgan ? Demanda Félix en me regardant.

– Et moi, je passe la soirée avec mon frère.

Éden me lança alors un regard brûlant, me faisant comprendre que je devais envoyer mon frère loin de chez moi. Ce regard me fit à nouveau rougir.

– Éden, Baptiste ? Demanda Kelly en les regardant.

– On doit finir un truc tous les deux, s’exclama Éden, en se tournant vers Baptiste, on vous rejoint après.

Ils acquiescèrent de concert et quittèrent la salle, suivis de Laura. Je fis de même et pris la direction de mon domicile, tâchant de repousser toutes les images de Baptiste et Éden couchant ensemble qui venaient envahir mon esprit.

***

Joshua était partit assez tôt, juste après mangé, et s’il n’avait pas fait de commentaire sur ce que je faisais avec Éden, le regard qu’il avait posé sur moi en partant parlait pour lui. Il n’approuvait définitivement pas cette relation. Ce ne fut que lorsqu’il fut partit que je réalisais que je ne savais même pas où il allait dormir.

J’avais laissé la porte ouverte, comme je lui avais promis et je m’étais installé sur le canapé pour patienter après avoir pris une bonne douche.

Seulement, le temps passa, minuit approcha et la conférence devait être terminée depuis longtemps, mais Éden n’était toujours pas là. Il avait du finir par aller chez Baptiste, changeant d’avis sans juger bon de me prévenir. Je me levais brusquement, me giflant mentalement. Pourquoi espérais-je autant de lui ? Nous nous l’étions dit ce matin-même : « juste du sexe ». Je ne devais rien espérer de lui et il ne devait rien espérer de moi. J’avais mal au cœur et je ne devais pas. J’ouvris mon tiroir et en sortit un paquet de cigarette neuf.

J’avais arrêté pendant un moment, mais ce soir, j’avais besoin d’en fumer une pour me calmer. Tout allait beaucoup trop vite, cette relation été dangereuse et ma raison partageait le même avis que Joshua. Mais lorsqu’Eden était près de moi, je n’écoutais plus ma raison. Ce que nous avions vécu la veille n’avait fait que m’accrocher à lui.

Après cette cigarette fumée sur ma terrasse et qui me faisait un peu tourner la tête, j’allais me brosser les dents et allais me coucher, me faisant une raison : Éden ne viendrait pas.

***

Ce fut vers une heure du matin que je fus tiré de mon sommeil par le bruit de ma porte d’entrée qui s’ouvrait. J’avais oublié d’aller la refermer. J’entendis soudain le bruit d’un objet qui tombe sur le sol dans mon salon et ce fut stressé que je me levais.

Lorsque j’allumais la lumière, je découvrais Éden, complètement ivre, accroupit sur le sol qui redressa la tête vers moi. Un sourire étira ses lèvres alors qu’il me voyait. Je portais un bas de pyjama bleu et un tee-shirt blanc.

– T’es mignon habillé comme ça… Souffla-t-il en m’adressant un sourire.

Je souris à mon tour, de légères rougeurs sur les joues. Même s’il était dans un piteux état, il était venu, comme il me l’avait dit ce matin. Il ne me l’avait pas promis, mais il s’était tenu à ce qu’il avait dit, et rien que cela me rendait heureux.

– Mais bon, dit-il en se relevant, je te préfère à poil…

Il rigola de sa propre remarque mais il du avoir un vertige car ses jambes fléchirent. Il du se tenir au bar pour ne pas tomber. Je vins me mettre près de lui pour l’aider.

– Tu sens l’alcool à plein nez… Soufflais-je, légèrement amusé par son état.

– C’est la faute de Liz… Elle n’éprouve aucune honte à me saouler… Répondit-il en posant sa tête contre mon torse.

Je passais ma main autour de lui et l’aidais à marcher jusqu’à ma chambre.

– Ton frère n’est pas là ? Dit-il en regardant autour de lui.

– Non, il est partit passer la nuit chez un ami, répondis-je en l’asseyant sur le lit, n’ayant aucune envie de parler de lui.

– Super… Je vais pouvoir te faire crier autant que j’en ai envie.

J’éclatais de rire alors que je lui enlevais ses chaussures et ses chaussettes.

– Je pense que notre nuit de folie est plutôt compromise vu ton état, non ? Fis-je en déboutonnant son pantalon.

Je n’étais même pas déçu à l’idée que nous ne couchions pas ensemble. J’étais simplement soulagé qu’il soit venu chez moi.

– Pas du tout ! Dit-il en enlevant son pull et son tee-shirt, je peux tout à fait te faire grimper aux rideaux.

Il attrapa alors mon tee-shirt et m’obligea à m’approcher de lui, avant de ravir mes lèvres dans un baiser fougueux qui éveilla mon désir à la seconde. J’entrouvris immédiatement mes lèvres et sa langue vint caresser la mienne alors que ses mains passaient sous mon haut. Alors que je me laissais aller, Éden se recula soudainement, un sourire moqueur sur ses lèvres alors que je fronçais les sourcils, déçu de le voir arrêter.

– Il me faut juste un peu d’eau et je démarre au quart de tour ! Lança-t-il en passant un doigt sous l’élastique de mon pyjama.

Un sourire étira mes lèvres et je me dressais, prenant la direction du salon. Mais le temps que je remplisse un grand verre et le lui ramène, suffit à Éden pour sombrer dans un sommeil si profond que je n’eus pas le cœur à le réveiller. Mon regard passa sur son corps nu et exposé, lâchant un soupire de regret. Non sans difficulté, je le recouvris de la couette et sans perdre de temps, je vins me lover tout contre lui en quête de chaleur, heureux de finir ma nuit avec quelqu’un à mes côtés.

***

J’ouvris les yeux bien avant Éden. Mais le voir dormir aussi paisiblement dans mon lit ne me donna pas le cœur de le réveiller. Il semblait particulièrement fatigué ces derniers temps et je me sentais un peu coupable. De plus nous étions samedi et nous n’avions pas à travailler. Je me fis un petit déjeuner avant de me mettre devant la télé, mettant le volume le plus bas possible. Je ne comprenais plus vraiment ce qui se passait entre nous et je commençais à être complètement perdu. Je finis par me faire une autre tasse de café et en constatant le grand soleil qui brillait déjà dehors, j’allais le prendre sur ma terrasse, me promettant que même si je me remettais à fumer, j’irais doucement.

Cette tendresse et cette affection qu’Éden me donnait et qu’il acceptait de ma part ne pouvaient pas être uniquement du sexe. Où alors, le faisait-il uniquement par pitié… Cette pensée me serra le cœur et je tentais de l’effacer au plus vite.

Je tournais la tête en entendant la baie s’ouvrir. Éden était là, tenant une tasse de café fumante à la main. Un sourire étira mes lèvres en repensant à son état de la veille.

– Bien dormi ? Lui dis-je alors que je glissais mes jambes de chaque côté de la chaise longue pour le laisser prendre de la place.

– Plus que tu ne l’imagines, répondit-il en s’asseyant, je crois que je vais venir chasser tes cauchemars tous les soirs.

Je rigolais légèrement, charmé par l’idée avant de tirer une longue bouffée de cigarette et de l’écraser dans un cendrier.

– Je ne savais pas que tu fumais, dit-il en buvant une gorgée de son café.

– Oh… Ça c’est la faute de Joshua, fis-je en haussant les épaules et en passant machinalement mes doigts sur son tatouage, il m’a fait essayé un jour quand on était plus jeunes… Lui a arrêté et moi je n’ai jamais pu, enfin, je le fais de temps en temps… Avouais-je.

– Tu devrais pourtant, ce truc aura ta peau.

– Parce que tu n’as jamais fumé toi, Monsieur la star alcoolique dépravée, lui lançais-je dans un sourire.

Il rigola légèrement et secoua négativement de la tête.

– Pas une seule fois ! Souffla-t-il amusé de me voir étonné, je ne voulais pas ruiner ma voix… Puis ma mère nous aurait tué si elle avait su.

Un petit sourire étira mes lèvres et je posais ma main sur sa cuisse. C’était dingue comme je pouvais avoir envie de lui aussi souvent. Doucement, il attrapa mon menton et se rapprocha légèrement de moi, déposant ses lèvres sur les miennes. Sa main quitta alors mon menton pour passer dans mes cheveux, entortillant ses doigts dans mes mèches. Lorsque l’air vint à nous manquer, son nez vint frotter le mien alors qu’il avait réussi à faire monter la température de mon corps d’un degré.

– D’abord le travail, ensuite le sexe, dit-il en se levant, coupant brusquement court à notre échange.

– Le travail ? Répondis-je, surpris, on est samedi…

– Tu voulais me faire écouter une mélodie la dernière fois non ?

Je compris alors de quoi il voulait parler, et me levais à mon tour, ravi qu’il s’en soit souvenu.

– Je vais m’habiller et on va au label, dis-je en passant près de lui.

Mais il attrapa ma main au passage, semblant surpris.

– Pourquoi le label, tu as un piano ici…

Je posais aussitôt mon regard sur ma salle, nerveux. Cette pièce était uniquement à moi. Comment lui dire que j’étais le seul à y avoir accès et que personne, ni même Joshua ne pouvait y entrer. C’était mon sanctuaire, l’endroit où personne ne pouvait m’atteindre, l’endroit où je me sentais protégé. Éden se rapprocha de moi et posa ses lèvres sur mes épaules, pour me faire céder.

– Je te promets que je ne me moquerais pas ! Dit-il dans un sourire.

– Ce n’est pas ça, mais…

Une grimace étira mes lèvres et je posais mon regard sur lui avant de répondre à son sourire. Je me surprenais moi-même. Au fond de moi, j’étais prêt à le faire entrer, mais cela me faisait peur. Je m’ouvrais trop à lui, je me laissais trop aller dans ce qu’il me donnait.

– Tu ne touches à rien ! M’écriais-je ne me retournant et en ouvrant la porte.

– Promis, souffla-t-il en levant les mains.

Je le fis entrer et un sourire étira ses lèvres alors qu’il voyait une nouvelle fois les posters de lui, accrochés aux murs. Mais comme il me l’avait promis, il ne fit aucun commentaire et alla s’asseoir sur le petit banc, devant mon piano. D’une certaine manière, il était pour moi, déjà rentré dans cette pièce. Sa voix y avait résonné tant de fois… Je ne fus pas aussi perturbé que ce que je l’aurais cru. Éden attrapa un crayon et une page blanche qui traînait, avant de me montrait qu’il était prêt. Je vins m’asseoir près de lui et nous commençâmes à travailler, ne tenant plus compte des heures qui défilaient.

Ce fut au bout d’un moment, alors que nous entendîmes son ventre gargouiller, que j’éclatais de rire et me levais, mettant fin à notre séance de travail. C’était toujours aussi agréable de travailler avec lui.

– Et si on allait manger un morceau ? Dis-je en ramassant les feuilles avec la nouvelle partition que j’avais écrite.

– Oui, j’espère que ton frigo est plein, parce que j’ai une faim de loup ! S’exclama-t-il en attrapant les paroles de la chanson qu’il venait d’écrire et en les mettant dans la poche de son jean.

Je pris la direction de la cuisine en rigolant mais je me figeais aussitôt à l’entrée de ma pièce, regardant dans le salon.

– Depuis quand tu es rentré ? Demandais-je à Joshua, installé sur le canapé en face de moi.

– Assez pour savoir qu’il a faim, dit-il en tournant la tête vers Éden qui se tenait près de moi, légèrement agacé.

Je n’aimais pas du tout la manière dont il se comportait avec lui. Éden poussa un soupire avant de passer près de moi et vint se placer devant lui, la main tendue.

– T’en as pas marre de m’en vouloir alors que tu ne me connais pas ? Demanda-t-il alors que Joshua était étonné de le voir ainsi venir à lui, je suis Éden, je travaille avec ton frère.

– Je sais qui tu es, souffla-t-il en se levant, ignorant sa main tendue, ton portrait est accroché partout dans sa pièce.

Joshua marcha vers moi avant de se retourner et de le détailler du regard.

_ Et vu que tu es à moitié à poil et mon frère dans le même état, travailler n’est pas vraiment le mot à employer.

Je me crispais aussitôt, ayant vraiment peur de la tournure que prenait la situation. Éden lâcha un « ok », avant de se retourner et de rentrer dans la chambre pour prendre le reste de ses affaires. Devant l’hostilité de Joshua, il partait et je pouvais le comprendre.

– Tu es obligé d’agir comme ça avec lui ! Soufflais-je en colère.

– Qu’est ce qui t’arrive Morgan ! Qu’est ce que tu cherches avec lui ?

– Rien, c’est juste un coup, rétorquais-je. Je n’espère rien de plus de…

– Tu fait chier Morgan.

Il serra les poings avant d’ajouter :

– Et de toute façon ! S’écria-t-il, si ce n’est qu’un coup, pourquoi est-ce qu’il était dans ta pièce alors que même moi je n’ai pas le droit d’y aller.

Mon regard se posa soudain sur Éden qui avait entendu la dernière réplique de Joshua. Mes yeux s’écarquillèrent. Comment allait-il réagir en comprenant que nous étions en fait allés bien plus loin qu’il ne le pensait. Son visage se referma et je fus envahi d’une peur que je voulais oublier, la peur de le perdre, la peur d’être abandonné.

– Je vais vous laisser, dit-il en prenant la direction de la sortie.

– Éden, attends ! M’écriais-je en courant jusqu’à lui.

J’attrapais mon bras alors qu’il avait la main sur la poignée, et le forçais à se retourner. Mes gestes étaient incontrôlables.

– On peut se voir ? Demandais-je vivement, chez toi ?

Son regard s’ancra dans le mien, et j’étais incapable de cacher ce que je ressentais. J’étais affolé à l’idée qu’il parte. Je ne voulais pas que tout finisse maintenant. Je le voulais encore un peu, juste un peu… Je me sentais minable.

– Je crois qu’on devrait prendre un peu de distance, souffla-t-il sérieux.

Ma main lâcha son bras avant de revenir le long de mon corps. Il tourna la tête pour éviter de croiser mon regard voilé de tristesse et de détresse. Sans attendre, il sortit de chez moi, brisant mon cœur à chaque pas qui l’éloignait de moi.

J’eus une brusque envie de pleurer, mais je ne voulais pas donner ce plaisir à Joshua. J’avais l’impression d’étouffer, je voulais être seul et pourtant, je sentis le corps de Joshua se coller dans mon dos et ses deux bras m’enlacer par derrière dans l’unique but de me réconforter. Il me serra fort avant de s’écarter légèrement.

Avec fermeté, mais non sans douceur, il me tourna pour que je sois face à lui.

– Morgan, il faut que tu arrêtes cette histoire avant que tu n’en tombes amoureux…

Je baissais la tête, incapable de soutenir son regard ;

– A moins que ça ne soit déjà fait… Morgan, souffla-t-il en voulant me reprendre dans ses bras.

Ne pouvant pas pleurer, je remplaçais cette peine par une colère sourdre contre mon frère qui avait gâché ce semblant de relation que je construisais avec Éden. Mais Joshua me devança et alors que j’allais me mettre à parler, il déclara en replaçant une mèche de cheveux rebelle derrière mon oreille :

– Tu devrais écouter Éden… Prendre tes distance et même le quitter, dit-il d’un ton dur.

Je me braquais aussitôt, le fusillant du regard.

– Tu n’es pas fait pour les plans culs fixes comme ça… Ni même pour les plans culs tout courts. Ajouta-t-il.

– Et toi ?! Tu passes ton temps à te taper des nanas sans cervelles et je ne dis rien ! M’écriais-je ;

– Tu veux plus Morgan ! Ce n’est pas pareil. Ce mode de vie me convient. Mais pas toi ! Ces gars que tu te tapes en boite, ils veulent uniquement te sauter, rien de plus. Ce n’est pas pour toi Morgan, je te connais suffisamment. Et ce que tu fais avec Éden est encore pire ! Ça va te briser Morgan… Dit-il plus bas, soudain peiné et en se rapprochant de moi.

– C’est à moi de décider ce que je veux faire de ma vie ! Criais-je en me reculant. J’ai passé ma vie à rechercher une relation stable, mais… Mais je n’ai jamais eu autant d’affection et de tendresse qu’avec Éden.

Joshua fronça les sourcils et répondit aussitôt :

– Mais ça c’est uniquement pour pouvoir continuer à te sauter et à t’avoir sous son emprise.

Je ne répondis rien. Blessé par ses termes. Il savait appuyer là où ça faisait mal et mettait des mots sur ce que je craignais le plus.

– Au moins Jules t’aimait, souffla soudain Joshua.

Mon corps entier se tendit. Et ce n’était plus avec colère que je regardais Joshua, mais avec fureur et surtout une profonde tristesse.

– M’aimait ? M’écriais-je hors de moi. Je ne savais pas qu’on aimait quelqu’un en l’abandonnant une semaine avant le mariage. Et ce, sans une seule putain d’explication.

– Vous étiez trop jeunes Morgan. Et ça fait longtemps maintenant. Jules est plus mature. Je te jure qu’il a changé. Tu devrais le revoir et vous devriez parler… Tenta-t-il sur un ton bien plus bas que moi.

– Où est-ce que tu as passé la nuit ! M’exclamais-je aussitôt.

J’avais peur de le savoir et mon cœur battait extrêmement vite. Joshua se tendit à ma question, légèrement surpris. Mais cette surprise disparut lorsqu’il me comprit et me donna sa réponse.

– Chez lui.

Mon sang ne fit qu’un tour. Je savais qu’il était toujours en contact avec lui, mais la simple idée qu’il l’ait vu cette nuit et ce matin me donnait presque des hauts le cœur. Mais au lieu de m’effondrer, au lieu de me sentir vulnérable, je relevais le regard vers Joshua qui me fixait inquiet.

– Tu es partit pendant un an, dis-je la voix terriblement froide. Pour faire ton voyage. Tu ne m’as donné aucune nouvelle, tu es partit et à aucun moment tu ne t’es préoccupé de ma vie. Et… Et tu viens la régenter maintenant, comme si rien ne s’était passé. Je ne veux pas de ça.

Le visage de Joshua se décomposa, il s’approcha de moi aussitôt et posa une main sur son épaule.

– Morgan ! Je ne t’ai pas abandonné. J’aurais été là pour toi si tu en avais eu besoin.

Mon cœur se glaça par ce terme d’abandon. Je réalisais que Joshua venait de mettre des mots sur ce que j’avais ressentis depuis qu’il était partit. Il aurait été là pour moi… Et comment ? Je n’avais même pas eu un numéro pour le joindre. Et du jour au lendemain, sans mon frère qui avait toujours vadrouillé mais qui n’était jamais partit aussi longtemps, il avait disparut de ma vie. Il avait été si présent par le passé. Son départ avait provoqué un grand vide dans ma vie. Un vide avec lequel j’avais finit par apprendre à vivre.

Je repoussais la main de Joshua d’un geste ferme avant de faire demi-tour et de me diriger vers la salle de bain. Joshua ne chercha pas à me retenir et j’entendis ma porte d’entrée s’ouvrir et se fermer alors que j’entrais dans la cabine de douche. Ce ne fut qu’en cet instant, étant certain d’être seul, que je laissais couler quelques larmes… Mon cœur se serra encore plus, en repensant à l’étreinte réconfortante d’Éden que je ne connaîtrais peut être plus.

***

Après m’être lavé et habillé, je m’étais rendu chez Éden, allant contre sa demande de distance. Je voulais mettre les choses au clair et le rassurer. Je n’attendais rien de plus, il ne devait pas avoir peur… Et pourtant, ma réaction de venir jusqu’à chez lui était paradoxale. Mais je ne voulais pas le perdre…

J’avais été surpris de voir Liz m’ouvrir la porte d’entrée et après m’avoir expliqué qu’Éden dormait et avait besoin d’être seul, elle me proposa d’aller boire un café en bas, sur le trottoir d’en face.

Nous étions maintenant installés dans un petit coin tranquille du café et elle me demanda dans un petit sourire inquiet :

– Bon, qu’est-ce que tu as fait à mon frère pour qu’il rentre dans cet état ?

– Comment ça ? Demandais-je en fronçant les sourcils.

– Je ne vais pas m’étaler dessus, répondit Liz en faisant la grimace. Mais s’il te plaît raconte moi ce qui vient de se passer…

Je reposais ma tasse de café, sans en avoir bu une seule gorgée.

– Je ne te connais pas assez… Dis-je gêné.

Liz soupira avant de dire :

– Il faut que tu fasses attention avec Éden.

– Oui, je sais, il ne veut pas d’attache, répondis-je agacé à la simple idée de revenir sur ce sujet.

– Non, ce n’est pas. Rétorqua la sœur d’Éden, un air sérieux sur le visage. Éden est fragile, même s’il ne le montre pas…

Elle fit une pause, remuant nerveusement son café. Je ne voulais pas l’interrompre, sentant qu’elle avait plus à me dire et qu’elle hésitait sur les mots à choisir.

– Il est tombé amoureux une seule fois, poursuivit-elle. Et ça s’est très mal fini… Et maintenant, même après toutes ces années, dit-elle d’un air profondément triste, il a du mal à refaire surface.

Elle fit une autre pause, posant sa cuillère à côté de sa tasse.

– Il est rentré dans un sale état, et je pense que c’est à cause de ce qu’il ressent pour toi.

Mon cœur s’emballa aussitôt, ayant beaucoup de mal à croire qu’Éden puisse ressentir quelque chose pour moi.

– Mais il s’est forgé une carapace telle qu’il ne l’avouera jamais…

Elle but son café d’une traite. Elle s’inquiétait énormément pour son frère. Était-ce comme ça ? D’avoir une famille ? Cela était assez proche de ce que Joshua et moi faisions l’un pou l’autre. Liz regarda sa montre et je compris qu’elle voulait aller rejoindre Éden. Elle se leva en me disant :

– Laisse le souffler un peu. Ne le colle surtout pas comme le fait Baptiste. Et je suis sûre que c’est lui qui reviendra vers toi.

Elle contourna la table et vint se mettre devant moi et ajouta dans un petit sourire :

– Je suis contente que tu te sois trouvé sur son chemin. Ce que tu arrives à faire avec lui… Je me bats pour le faire depuis des années. S’il te plaît sois patient avec lui… Si jamais tu as besoin de parler, n’hésite pas à me contacter, dit-elle en sortant une petite carte de son sac avec son numéro dessus.

– Merci, soufflais-je en prenant la carte de ses mains.

– A bientôt Morgan, répondit-elle dans un sourire franc.

***

Le soir même, toujours en froid avec Joshua, j’avais choisi de sortir en boite seul et de me taper un inconnu. Je voulais faire une pause, me couper pour l’instant de ce désordre que devenait ma vie. J’avais pris mon pied, je m’étais vidé la tête, j’en été ressortit avec quelques courbatures, mais Éden n’avait pas quitté mon esprit un seul instant. J’avais évité Joshua toute la journée du lendemain et n’avait échangé avec lui que quelques politesses. Je lui en voulais et je n’étais pas prêt à faire un pas vers lui.

Nous étions maintenant lundi et il était environs 15 heures. Cela faisait une heure que nous étions en répétition. J’avais écouté avec soin les conseils de sa sœur et ce qu’Éden m’avait lui même demandé. J’avais gardé mes distances, me fichant de ce que cela me coûtait. Éden travaillait seul, revoyant les accords de certaines chansons avec sa guitare, tandis que je discutais avec Kelly d’une amélioration possible de sa partition. Mon regard se posait sur Éden de temps en temps, mais pas une seule fois il ne releva la tête. Il semblait être d’une humeur massacrante et tout le monde l’avait bien compris, car personne ne venait lui adresser la parole.

Il semblait tellement perdu dans ses pensées qu’il fit soudain une fausse note et toutes les têtes se tournèrent vers lui.

– Quoi, ça vous arrive jamais de louper un accord ? Souffla-t-il hargneux.

– Ok… Fit Laura, je crois qu’il est temps d’aller te chercher un café…

Elle quitta alors son synthétiseur et sortit, allant très certainement à la cafétéria. Tout le monde reprit son affaire, et je continuais ma discussion avec Kelly. Je surveillais cependant d’un œil, Baptiste qui posait sa guitare et marchait vers lui, avant de s’asseoir sur la chaise à côté de lui.

Je ne pouvais pas entendre ce qu’ils se disaient et je devais de toute façon, un tant soit peu me concentrer sur ce que Kelly me disait. Éden semblait tout de même dur et distant avec Baptiste. Comme s’il était en colère contre lui. Ce fut à ce moment qu’Éden croisa mon regard. Je lui fis un petit sourire timide et à ma plus grande surprise, Éden y répondit à son tour. Je compris que ce que m’avait confié Liz était juste alors qu’il m’offrit un petit sourire. Je lui avais laissé la distance nécessaire et il revenait vers moi. Ce sourire me rassurait. Tout n’était pas terminé entre nous. Je devais juste être patient.

Ce sourire sembla énervé Baptiste qui cracha haineux à Éden une chose que je ne pus entendre. Éden se tourna aussitôt vers lui, furieux.

– Cette quoi ! Cria brusquement Éden, hors de lui.

– C’est tout ce qu’il est ! S’exclama virulent Baptiste. Et toi tu…

Mais il ne pus terminé sa phrase que le poing d’Éden s’écrasait sur son visage, le faisant tomber par terre.

– Arrêtez ! Bon dieu qu’est-ce que vous foutez ! Éden ! Cria Kelly.

Mais Éden ne l’écoutait pas, trop prisonnier de sa fureur. En quelques secondes, Baptiste se remit debout et son poing atterrit sur ses lèvres, faisant saigner l’une d’elles. Mais alors qu’il allait répliquer et que j’assistais à cette scène complètement affolé mais immobile, Félix le tira en arrière et Kelly se mit entre eux deux.

– Qu’est ce qu’il se passe sous les deux ? Cria-t-elle surprise.

– Lâche-moi ! Lâche-moi tout de suite ! Dit-il à Félix.

– Calmes-toi et c’est ce que je ferais.

Le regard froid d’Éden se posa sur Baptiste qui le regardait de la même façon et il leva les bras, montrant qu’il s’était calmé. Félix desserra son étreinte et il s’éloigna de lui. Il prit la direction de la sortie, mais avant de sortir, il se retourna, croisant une dernière fois le regard de Baptiste.

– C’est terminé, dit-il d’une voix impersonnelle qui me fit froid dans le dos.

Éden sortit en claquant la porte et je mourrais d’envie d’aller le rejoindre pour l’apaiser. Mais je ne le pouvais pas. Je tentais surtout de me faire le plus petit possible et de ne pas attirer l’attention sur moi.

– Qu’est-ce qui est fini Baptiste ? Demanda Kelly en se tournant vers celui-ci.

Baptiste passa une main sur son visage, des larmes commencèrent à dévaler de ses yeux. J’eus presque de la peine pour lui. Il se dirigea vers la porte, certainement pour le rattraper, mais Félix le rattrapa.

– Baptiste, il faut que tu laisses Éden se calmer. Mais putain, tu as intérêt à nous dire ce qui se passe.

– Ça ne te regarde pas Félix, déclara soudain Laura, un café dans sa main, se tenant à l’entrée de la porte.

Puis elle se tourna vers Baptiste.

– Je vais t’accompagner à la cafétéria. Ils auront sûrement de la glace pour ton œil.

Elle l’attrapa délicatement par le bras et ils sortirent tous les deux. Laura semblait en savoir plus qu’elle ne le laissait croire sur la relation entre Baptiste et Éden. Je me retrouvais bientôt seul avec les deux derniers membres du groupe, toujours assis à mon piano. Je ne pouvais m’empêcher de penser que j’avais ma part de responsabilité dans ce qui venait de se passer. Je risquais gros si je semais une telle zizanie dans le groupe. J’étais vraiment mal… Et je n’avais pas la moindre idée de ce qui s’était passé entre eux… Heureusement, Kelly et Felix ne furent pas d’humeur à travailler trop longtemps. Et après avoir revu une dernière fois la partition, nous jugeâmes que le travail pour la journée était terminé.

Mes pensées se portèrent aussitôt sur Éden. Je ne savais pas dans quel état il se trouvait et il avait sûrement du rentrer chez lui. Je savais que je devais prendre mes distances et que me rendre chez lui n’était peut-être pas la meilleure idée qui soit. Mais le sourire qu’il m’avait offert tout à l’heure, suffit à me donner assez de courage.

***

Et c’est ainsi que je me retrouvais devant de chez lui, un petit paquet de la pharmacie pour le soigner dans les mains. J’hésitais de longues minutes avant d’oser sonner à sa porte. J’avais visé juste, Éden était bien chez lui et il ne tarda pas à venir m’ouvrir. Il sembla surpris de me voir ici, et mon regard se posa aussitôt sur sa lèvre inférieur qui comme je le pensais n’avait pas été soignée.

– Je voulais juste te donner ça, dis-je en lui tendant le sachet de la pharmacie. Pour ta lèvre… Et maintenant je m’en vais, tu as sûrement envie d’être seul. Ajoutais-je mal à l’aise en tentant de lui sourire.

Éden regarda le paquet avant de soupirer.

– Non c’est bon tu peux venir, dit-il sans pour autant prendre le sac de mes mains.

Il fit demi-tour et alla dans sa cuisine. Un petit sourire étira mes lèvres alors qu’il me laissait finalement l’approcher. J’entrais et pris soin de refermer la porte derrière moi. Je rejoignis Éden dans la cuisine qui venait de se décapsuler une bière. Mais à peine eut-il but une première gorgée qu’il grimaça et se retourna pour cracher l’alcool dans l’évier. L’alcool et sa plaie non soignée ne faisaient pas bon ménage.

Je m’approchais alors de lui et lui attrapais la main, le forçant à s’asseoir sur une chaise. Il s’exécuta, docile. Je n’avais pas besoin de le regarder pour savoir qu’il n’allait pas bien. Je posais le sac de la pharmacie sur la table et sortis ce dont j’avais besoin. Je pris une compresse et mis du désinfectant dessus, dans un geste le plus assuré possible alors que le regard d’Éden posé sur moi me troublait.

J’attrapais ensuite une chaise et vint m’asseoir en face de lui. Mais alors que j’allais le désinfecter, le téléphone fixe d’Éden sonna. Il poussa un soupire avant de se lever pour aller répondre.

– Allo, dit-il d’une voix froide.

Je n’entendis pas qui était à l’appareil mais je vis aussitôt tout le corps d’Éden se tendre avant qu’il ne réplique :

– Je te l’ai déjà dit ! C’est terminé ! Et je ne reviendrais pas là-dessus.

– …

– Fous-moi-là paix, j’ai besoin d’être seul.

Éden raccrocha brutalement, sans laisser à son interlocuteur le temps de répondre. Ce devait être Baptiste. Il voulait être seul… Je me levais soudainement, la compresse toujours entre les doigts.

– Je peux partir si tu veux. Je ne veux pas m’imposer, dis-je mal à l’aise sans oser croiser son regard.

Je sentis Éden se rapprocher de moi avant qu’il ne réponde :

– C’est bon, j’ai juste dit ça pour qu’il me laisse tranquille.

Je croisais son regard très brièvement, surpris, alors qu’il s’installait à nouveau sur sa chaise pour que je reprenne mes soins.

Avec douceur, j’appliquais la compresse imbibée de désinfectant sur sa lèvre. Éden grimaça légèrement. N’osant toujours pas le regarder, je finis pas demander dans un souffle :

– Qu’est ce qui s’est passé tout à l’heure ?

Je croisais à nouveau très brièvement son regard, alors qu’il se tendait. Il n’avait pas envie de m’en parler. D’ailleurs, il ne me répondit même pas. Voulant mettre fin à ce supplice, je cessais un court instant de tamponner sa lèvre pour enlever le sang séché, avant de lui dire :

– Merci… Je ne sais pas ce qui s’est passé, mais je me doute que c’est par rapport à moi… Donc merci…

J’avais du mal à trouver mes mots et à exprimer ce que je ressentais. D’autant plus que je ne savais jamais sur quel pied danser avec Éden. Pourtant, nos regards se croisèrent cette fois-ci pour ne plus se lâcher. Mon cœur s’emballa à la seconde, alors qu’il rapprochait ses lèvres des miennes. Je parcourus sans la moindre résistance les quelques centimètres qui restaient avant que nos lèvres ne s’effleurent dans un contact aérien. Ce chaste baiser, si simple, me grisa, mais je m’écartais non sans difficulté, ne voulant pas lui faire mal. Je voulais d’abord finir de le soigner.

Éden me sourit légèrement, alors que j’attrapais une nouvelle compresse et recommençais mon manège. C’était avec douceur, de peur de lui faire mal que je terminais de désinfecter sa lèvre.

Alors que j’attrapais de la crème, Éden me souffla peut-être plus pour lui même que pour moi, peut-être simplement pour le réaliser :

– C’est terminé avec Baptiste…

Je fus incapable de m’empêcher de sourire à l’entente de ces mots. La simple idée qu’il ne fasse plus rien avec lui me rendait fou de joie.

– Tu pourrais jouer un peu la comédie et ne pas montrer que tu es si content, me dit Éden, alors que je dévissais le tube de crème.

Je rougis aussitôt.

– Je suis désolé… Soufflais-je, gêné.

Pourtant, cela ne m’empêcha pas de poser une question qui me brûla soudain les lèvres, rongé par l’inquiétude qui m’avait possédé tout le week-end.

– Éden, dis-je en tenant toujours le tube ouvert dans mes mains. Avec moi… C’est fini aussi ? Dis-je dans un souffle à peine audible.

Je n’osais pas croiser son regard, me concentrant sur la quantité de crème que je mettais sur mon doigt. Le silence qui régnait entre nous me tuait, et je tentais de ne pas le montrer.

– Est-ce que tu ressens quelque chose pour moi ? Finit par me demander Éden.

– Je ne sais pas… Avouais-je.

J’aurais été incapable de lui dire oui, cela lui aurait fait peur. Mais lui dire non était lui mentir. J’osais redresser la tête, fixant plus ses lèvres que son regard. Mais contre toute attente, Éden me répliqua en baissant la tête :

– Moi non plus…

Mon cœur s’emballa à la seconde. Lui aussi ressentait vraiment quelque chose pour moi ? Liz ne s’était pas trompé ? Il n’était pas tendre avec moi, uniquement pour coucher avec moi… Il y avait peut-être plus. Doucement, de ma main libre, j’attrapais son menton et redressais son visage. Très lentement, comme par peur de l’effrayer, j’appliquais la crème sur sa lèvre. Je suspendis cependant mon geste lorsqu’Eden me souffla :

– Il ne faut pas que tu tombes amoureux de moi Morgan…

– Je sais, répondis-je douloureusement en attrapant une compresse pour enlever l’excédant de crème.

Fébrilement, je tamponnais une dernière fois sa lèvre. Mais lorsque j’allais éloigner ma main pour me mettre à ranger, Éden l’attrapa et ses océans pénétrèrent les miens. J’avais du mal à décrypter son regard.

– Je suis sérieux Morgan.

Soudain, il me semblait être complètement perdu. J’avais l’impression d’entrapercevoir toute sa fragilité. Il était là devant moi et pour la première fois, j’avais l’impression qu’il était totalement vulnérable. N’en supportant pas d’avantage, je me penchais vers lui doucement, et déposais avec tendresse mes lèvres sur les siennes… Ce baiser était volontairement doux, ne voulant surtout pas lui faire de mal. Et pourtant ce simple baiser suffit à nous faire vibrer. Et nous allâmes plus loin… Bien plus loin…

Il ne fallait pas que je tombe amoureux de lui, et je savais pertinemment combien il avait raison. Mais je devais à tout prix, garder secret le fait que c’était bien trop tard…

***

Il était encore assez tôt dans la soirée, et nous nous étions dans son lit, nous remettant doucement de ce que nous venions de faire. J’étais littéralement vidé, et je me sentais bien, comme rarement cela m’arrivait. Je me sentais vivant…

J’étais étendu sur le dos, ma respiration redevenait plus calme. Éden avait sa tête posée sur mon épaule et ses doigts passaient et repassaient sur mon torse, tandis que la mienne glissait dans son dos. Cette façon qu’il avait de rester près de moi, juste après le sexe, me comblait. Un sourire de bien-être restait collé à mes lèvres.

Ce fut à ce moment là qu’Eden prit la parole :

– Morgan… Je ne comprends pas, dit-il dans un soupire, sans pour autant redresser la tête. Pourquoi est-ce que tu couches avec tous ces mecs en boite ?

Je me tendis très légèrement. Je n’aimais pas beaucoup parlé de ma vie privée, et Éden en connaissait déjà beaucoup sur moi. Éden du sentir mon malaise car il se redressa, et se mit sur le côté calant sa tête sur sa main.

– Je veux dire, reprit-il. Ce n’est pourtant pas ce que tu donnes l’impression de chercher…

Je croisais son regard un bref instant, et je sus que je ne pouvais pas garder le silence. Ce fut au prix d’un grand effort que je me confessais un peu.

– Je… Avec eux, j’ai… J’ai l’impression qu’on s’intéresse à moi. C’est le seul moyen que j’ai trouvé pour me sentir vivre.

Contre toute attente, Éden soupira et se redressa pour attraper mon téléphone portable qui se trouvait sur sa table basse. Je le regardais intrigué, ne sachant pas du tout ce qu’il était en train de faire. Puis il finit par me le tendre.

– Voilà, dit-il dans un petit sourire. Tu peux m’appeler si tu as besoin. Et je me chargerais de te faire vivre autant de fois que tu veux.

Mon cœur loupa un battement et sans plus attendre, je fondis sur lui et l’embrassais avec passion. Là, en cet instant, je me moquais de sa lèvre blessée. Je voulais juste le remercier, lui faire comprendre combien cette simple attention me touchait. Ce baiser fit aussitôt monter la température d’un cran, et je m’écartais de lui le souffle coupé. Éden m’offrit l’un de ses plus beaux sourires. Et en un rien de temps, je me retrouvais sous lui, à sa merci.

– Prends ton temps Morgan, souffla-t-il. Prend ton temps avant de le trouver…

Mes sourcils se froncèrent ne comprenant pas où il voulait en venir. Mais je n’eus pas le temps de répondre. Ses lèvres reprenaient les miennes avec fougue. Il avait à nouveau envie de moi. Cette possessivité qu’il mit dans son baiser me troubla. Et c’est à cet instant que je compris. Éden ne voulait pas que je trouve quelqu’un d’autre. Il voulait me garder pour lui encore un peu. Et je serais à lui… Jusqu’à ce qu’il se lasse, jusqu’à ce qu’il m’abandonne à son tour…

***

Le temps passa extrêmement vite. Nous étions déjà samedi matin et je me trouvais dans le lit d’Éden. Chaque nuit, j’avais terminé chez lui et je n’avais vraiment pas l’impression de m’imposer. Il le voulait autant que moi. Cette avidité et ce manque de l’autre ne trouvaient jamais satiété.

Et nous ne faisions pas que coucher ensemble. Lorsque nous n’étions pas en répétition, Éden passait me voir dans ma salle de travail et m’écoutait jouer un peu avant de me proposer de travailler sur les deux nouvelles chansons que nous avions créées. Parfois, nous jouions aussi simplement pour le plaisir. Il lui arrivait de me prêter sa guitare, mais je l’accompagnais le plus souvent au piano, repoussant ses limites. En cette simple semaine, une complicité commençait à nous lier. Il était maintenant indéniable que nous nous entendions particulièrement, que ce soit au niveau musical et sexuel.

Nous trouvions toujours un sujet de discussion mais il était rare que l’on parle de ce que nous étions en train de faire ou de nos vies privées. Parfois, il nous arrivait aussi de simplement être enlacé dans son lit, profitant du silence qui nous entourait. Ce silence ne me dérangeait pas, ni ne me mettait mal à l’aise. Non, au contraire, il avait quelque chose d’apaisant.

Sa relation avec Baptiste était froide, distante et uniquement consacré au travail. Pour ma part, Baptiste n’avait de cesse de m’envoyer des regards noirs, que je tentais d’ignorer.

Ce matin-là, c’était un moment câlin que nous partagions. J’étais étendu sur le ventre, complètement nu, alors qu’Éden était à quatre pattes au dessus de moi. Ses lèvres passaient tout le long de ma colonne vertébrale avec lenteur, déposant des baisers ou me caressant d’un simple souffle. Des frissons n’avaient de cesse de parcourir mon corps, mais je restais immobile, laissant échapper seulement des soupires de satisfaction. Cependant alors qu’il arriva au creux de mes reins, il ne descendit jamais plus bas et cessa brusquement tout contact en se levant. Je poussais un grognement de frustration avant de croiser son regard. Il était en train d’attraper mon pantalon et amusé par ma réaction, il me lança un sourire provoquant.

Affolé qu’il me laisse dans cet état, car j’étais maintenant excité, je me tournais et tentais de prendre la position la plus lascive possible pour le faire revenir vers moi, alors que son regard ne m’avait pas quitté. Je me surpris soudain moi même à faire courir ma main sur mon corps et à dire sans oser croiser son regard, trop gêné de mes actes :

– Bon, il ne reste plus qu’à me soulager tout seul…

Cette phrase qui se voulait séduisante sonna abominablement faux dans ma bouche. Mes joues rougissaient alors que ma main était proche de mon intimité.

Éden éclata de rire face à cette vision, mais lorsque je croisais son regard, celui-ci me grisa. Il était gorgé de désir pour moi. Rien que cela me donnait une certaine fierté malgré ma timidité. En un rien de temps, il fondait déjà sur moi, ravissant mes lèvres d’un baiser fougueux. Sa lèvre allait beaucoup mieux suite à mes soins quotidiens et je pouvais maintenant me laisser aller sans risquer de lui faire mal.

J’avais beau coucher encore et encore avec lui, je voulais toujours plus. C’était un plaisir à chaque fois renouvelé, et j’avais l’impression à chaque ébat de m’approcher un peu plus de lui…

***

J’avais tout de même finit par rentrer chez moi. Joshua m’avait envoyé un message en fin de matinée me demandant si on pouvait parler. Éden avait quant à lui dit qu’il en profiterait pour voir sa sœur. Nous n’avions parlé de la prochaine fois où nous nous verrons. Je savais que j’avais son numéro de téléphone si je voulais le joindre pour le voir, mais je savais aussi que je n’oserais pas.

J’étais passé faire les courses avant de me décider à rentrer chez moi, appréhendant de voir Joshua et ce que nous avions à nous dire. Je poussais la porte, les bras chargés et je tombais nez à nez avec Joshua, assis sur le canapé du salon, un livre à la main. Je lui soufflais un bonjour avant de prendre la direction de la cuisine pour ranger mes paquets.

Alors que je m’exécutais, mal à l’aise, je l’entendis arriver dans la cuisine. Je jetais un bref coup d’œil dans sa direction, et je le vis, adossé sur le mur, les bras croisés. Mal à l’aise, je repris le rangement de mes courses. Joshua, continua de m’observer, attendant que je finisse. Ce ne fut que lorsque je fermais la porte des placard que Joshua souffla :

– Je ne t’ai pas beaucoup vu cette semaine.

Je me tournais enfin vers lui, arrêtant d’ignorer sa présence.

– C’est à cause de moi ? Ajouta-t-il hésitant alors que je croisais son regard.

– Non, j’étais avec Éden, répondis-je.

Joshua grimaça, mais ne dit rien. Je mentais, car j’avais aussi cherché à l’éviter, toujours en colère et blessé.

– J’ai trouvé un boulot hier.

Il ouvrit la porte du frigo, attrapa une bouteille de jus de fruit et remplit les deux verres. Ses gestes étaient nerveux. Il se tourna vers moi

– Je commence lundi ! Dit-il en me tendant un verre.

– Félicitation, dis-je en souriant faussement.

Je n’arrivais même pas à être heureux pour lui. J’attrapais le verre et passais devant lui pour aller m’asseoir dans le salon. Comme je le pensais, Joshua me suivit et vint s’installer à côté de moi sur le canapé.

– Tu ne me demandes même pas ce que c’est ? Tenta-t-il.

Je ne répondis pas, n’ayant pas le cœur à jouer cette comédie plus longtemps. Ce fut à ce moment que j’entendis Joshua soupirer avant de dire d’une voix sérieuse :

– Je suis désolé… Morgan, tu as raison sur toute la ligne, c’est ta vie et tu as le droit de la mener comme tu veux. Je… Je ferais la même chose.

Je ne voulais toujours pas croiser son regard. Et Joshua ajouta d’une voix plus triste :

– Je sais que ce n’est pas que pour cela que tu m’en veux.

Joshua attrapa le verre de mes mains et le posa sur la table basse avec le sien. Sans que je n’ai le temps de rien dire, il m’attira brusquement vers lui et m’enveloppa de ses deux bras puissants et protecteurs. Il me serra fort contre lui, déposant un baiser dans mes cheveux.

– Je suis désolé Morgan… J’aurais du te donner des nouvelles. Je n’ai pensé qu’à moi et… Et j’aurais du te dire que je revoyais vraiment Jules.

Ce fut seulement après ces paroles que je lui cédais. Mes bras vinrent l’enlacer. J’avais l’impression de retrouver mon ami, ami avec lequel il m’était impossible d’être rancunier.

***

Nous étions au bar décidé de mettre de côté cette histoire et de nous retrouver. Et nous fêtions surtout le nouvel emploi d’infographiste pour une boite de pub que Joshua avait obtenu. Nous fîmes tinter nos verres dans un sourire avant de boire chacune gorgée.

– Il va peut-être falloir que je pense à louer un appart, souffla Joshua. Maintenant que je vais avoir un salaire.

Un petit sourire étira mes lèvres.

– Sinon tu pourrais prendre le bureau. Je peux le débarrasser.

Joshua sourit aussitôt, semblant enchanté par l’idée.

– Mais à une condition, dit-je en fronçant les sourcils. Quand Éden viendra, pas question d’avoir la même attitude que la dernière fois !

Joshua me fit un clin d’œil.

– Du moment que vous ne vous mettez pas à crier comme des bêtes ça me va.

Un regard conclut notre affaire, Joshua allait s’installait chez moi.

– D’ailleurs, dit-il en se redressant. Que se passe-t-il ? Tu ne le vois pas ce soir ?

– Non, ce soir je fête l’embauche de mon frère.

– Ton frère, souffla-t-il amusé. C’est ce que Éden croit vraiment n’est-ce pas ?

– On a grandit ensemble, répondis-je dans une grimace, lui montrant que ce sujet était toujours sensible chez moi.

Joshua soupira. Je croisais son regard. Il était un mélange étrange de colère et de tristesse.

– Tu n’as pas à avoir honte de ton passé Morgan.

– Depuis quand est-ce que tu revois Jules ? Demandais-je en changeant brusquement de sujet, choisissant l’attaque pour me défendre.

– Depuis que je suis rentré, répondit Joshua dans une grimace. Et la semaine dernière j’ai passé la nuit chez lui.

Mon regard se plongea sur mon verre. Je venais d’aborder un sujet encore pire, un sujet dont je n’avais finalement plus envie de parler. Mais Joshua ne semblait pas le comprendre.

– Il m’a beaucoup parlé de toi et il n’arrête pas de me demander de tes nouvelles… Tu sais, il aimerait vraiment te revoir… Pour discuter et s’excuser.

– Je ne veux ni parler de lui, et encore moins de le voir, dis-je alors que j’avais du mal à respirer.

Une simple pensée tournée vers cet homme suffisait à me faire suffoquer. Joshua acquiesça.

– On n’en parlera plus, promis…

Il finit son verre et se leva.

– Je vais payer, après on va en boîte ! Dit-il dans un sourire.

Je l’attendis assis à la table et sortis mon téléphone portable. Je laissais défiler le répertoire pour trouver le nom d’Éden. J’avais brusquement envie de le voir. Je ne l’avais quitté que ce matin, et il me manquait déjà. Cette dépendance m’effrayait, mais ne suffisait pas à me convaincre de l’appeler. Brusquement, mon téléphone me fut arraché des mains.

– Tu as le numéro d’Éden ? Me demanda-t-il surpris en regardant mon écran.

– Il me l’a donné, dis-je dans un haussement d’épaule.

– Ça doit être un faux, j’en suis sur, dit-il en appuyant sur le petit téléphone vert.

Je me levais brusquement voulant l’en empêcher, mais Joshua avait vu le coup venir et m’esquiva. Je n’entendis pas ce qu’Éden lui dit au téléphone, étant au fond de moi certain que ce n’était pas un faux numéro. Mais le visage de Joshua se décomposa avant qu’il ne dise en riant :

– Merde ! Tu lui as vraiment donné ton numéro. Et ta proposition très peu pour moi. C’est Joshua.

– …

– Écoute tant que je t’ai au téléphone, je voudrais m’excuser pour mon comportement la dernière fois.

– …

– Tiens pour me faire pardonner j’ai une idée ! Pourquoi tu ne nous rejoindrais pas, on va en boîte avec Morgan. On y sera dans un quart d’heure.

Éden sembla répondre quelque chose à Joshua avant qu’il ne raccroche.

– Qu’est-ce qu’il t’a dit ? Dis-je en fronçant les sourcils.

– Il m’a demandé si j’avais déjà envie de sa bouche sur mon corps. Dit-il dans une grimace écœurée.

Je virais aussitôt à l’écarlate.

– Non, après, dis-je boudeur.

– Tu as à ce point envie de le voir ? Me demanda Joshua, surpris.

– Ça ne va pas recommencer, dis-je en soupirant.

– Il vient, et c’est mon jour de chance ! S’exclama-t-il. Il vient avec sa sœur !

Un sourire étira mes lèvres jusqu’à ce que j’entende sa deuxième phrase.

– Joshua, ne fais pas le con avec elle… D’accord ?

Joshua me fit un clin d’œil qui ne me rassura pas, et c’est ainsi que nous prîmes le chemin de la boite, pour y retrouver Éden et Liz. Mon cœur battait déjà extrêmement vite.

***

Nous étions déjà installé à une table de quatre dans la boite attendant que Liz et Éden viennent nous rejoindre. Je sirotais un autre verre et je commençais à le sentir, le cerveau légèrement embrumé. J’étais assis à côté de Joshua qui laissaient déjà glisser ses yeux sur les filles de la soirée.

Éden et Liz arrivèrent une petite demi-heure après nous. Éden portait un t-shirt beige avec une veste de costume noir et un jean de marque. Mon regard brilla un bref instant de désir pour lui alors qu’il prenait place en face de moi, Liz à côté de lui. Éden esquissa un petit sourire lorsqu’il croisa mon regard, sourire charmeur auquel je répondis timidement. Nous fîmes les présentations et il ne fallut pas longtemps avant de briser la glace et de se détendre. Joshua se comportait complètement différemment avec Éden, étant cette fois poli et courtois. Ce que je remarquais surtout, c’était le regard de Joshua posé sur Liz.

Liz leva son verre dans un sourire :

– Alors on fête quoi ?

– Notre rencontre, répondit Joshua en lui faisant un sourire charmeur.

Éden le fusilla aussitôt du regard aussitôt, ce qui attira l’attention de Joshua.

– Pas touche à ma sœur, grogna-t-il.

– Si je te dis la même chose pour mon frère, tu m’écouteras ? Rétorqua aussitôt Joshua avec un sourire arrogant.

Liz rigola alors qu’Éden ne répondit rien, boudeur.

– Allez, sérieusement qu’est-ce qu’on fête vraiment ? Insista Liz.

– Mon nouveau boulot ! S’exclama Joshua dans un sourire.

Et c’est ainsi que la discussion dévia sur son nouveau travail, bombardé de question par Liz. Si je tentais de m’intéresser à cet échange, Éden semblait s’ennuyer ferme. Je sentais son regard se poser sur moi mais j’étais gêné à l’idée de le croiser. Je savais ce que cela éveillerait chez moi. Mais Éden n’était pas décidé à s’arrêter là, et je sursautais presque en sentant son pied effleurer le mien. Il avait du enlever une chaussure, car bientôt, je sentis son pied remonter tout le long de mon mollet.

Ce simple contact, malgré ses chaussettes et le tissu réussissait à faire monter la température de mon corps de plusieurs degrés. J’étais assez mal à l’aise de la situation, même si elle m’excitait. J’avais envie d’Éden, et je faisais tout pour ne pas le montrer alors que son pied continuait de me toucher. Éden faisait comme si de rien n’était et lorsque nos regards se croisaient, je pouvais voir ce petit sourire en coin qui me rendait fou.

Alors qu’il montait de plus en plus haut. Joshua vint à ma rescousse en se levant et en déclarant :

– C’est ma tournée ! Qu’est-ce que vous voulez ?

Éden lui demanda une bière et je fis de même alors que Liz se levait à son tour pour l’aider à porter la commande. Lorsqu’ils furent partit, un grand sourire étira les lèvres d’Éden qui se leva et fut à côté de moi en un rien de temps. Il fit glisser sa main sur ma cuisse et je fus pris d’un élan de désir pour lui.

Sans attendre mes lèvres se posèrent sur les siennes, comme si ce baiser nous était vital. Je les avais quitté juste ce matin, et j’avais l’impression de ne plus les avoir touché depuis des années. Son baiser me transmettait la frustration qu’il ressentait et mes mains glissaient déjà sur sa nuque. Soudain un raclement de gorge et le bruit de verre posés brusquement sur la table, nous fîmes nous séparer.

– On vous dérange peut-être, souffla Joshua mi en colère, mi amusé en prenant place en face de moi, Liz se glissant à côté de lui.

J’attrapais mon verre, légèrement gêné. La main d’Éden n’avait toujours pas quitter ma cuisse et je pouvais sentir ses doigts commencer à bouger très délicatement, avant que sa main ne me caresse petit à petit. J’eus cette fois-ci énormément de mal à me concentrer sur la conversation tandis qu’Éden y participait, faisant comme si de rien n’était. J’avais de plus en plus chaud et j’étais presque agacé de me retrouver seul dans cet état pendant qu’Éden devait se moquer de moi. Je choisis alors de le prendre à son propre jeu, et alors que sa main remontait dangereusement vers mon intimité, je glissais à mon tour ma main sur sa cuisse.

Éden manqua de s’étouffer avec sa boisson, ne s’attendant apparemment pas un tel revirement de situation.

– Ça va Éden ? S’inquiéta Liz en interrompant sa discussion.

– Je… J’ai avalé de travers, éluda-t-il alors que ma main continuait de le caresser en recopiant ses mouvements.

Éden me lança un regard surpris et amusé alors que Liz et Joshua ne remarquait rien, trop plongé dans leur conversation qui tournait maintenant autour du métier de la sœur d’Éden. Lorsque je fus sûr qu’ils ne remarqueraient rien, je me penchais alors lentement vers Éden et lui soufflais, surpris par mon audace alors que ma main effleurait son intimité coincée sous son jean :

– Pour répondre à ta question, oui. Ta bouche sur mon corps me manquait.

Je sentis Éden se tendre et mon cœur se gonfla en pensant que c’était de désir pour moi. Ma timidité était légèrement désinhibé par l’alcool alors que mes doigts continuaient leurs caresses. J’avais peut-être un peu trop bu…

J’enlevais soudain ma main de son intimité, mettant fin à mes caresses et me levais les joues rouges, Éden me fixant avec un sourire qui en disait long sur ce qu’il voulait me faire. J’attrapais ensuite la sienne, me soustrayant avec beaucoup de mal à cet attouchement avant de me lever.

– Je vais danser ! Dis-je dans un sourire.

– On te rejoint dans un moment, répondirent Joshua et Liz en cœur.

J’eus à peine le temps d’arriver sur la piste de danse que déjà je sentis Éden se coller à moi dans mon dos, passant ses deux bras autour de ma taille, de manière étonnamment possessive. Sa bouche passa aussitôt près de mon oreille et son souffle chaud me fit frissonner.

– J’aimerais bien te faire danser d’une autre manière, murmura-t-il tout bas.

Amusé, je me tournais vers lui, les joues rouges.

– Tu vas devoir attendre, répondis-je assez bas pour que personne d’autre n’entende. Car je préfère un lit au toilettes…

Éden soupira, montrant qu’il aurait bien aimé cette idée. Je lui résistais et cela commençait peut à l’agacer. Je ne voulais surtout pas qu’il mésinterprète mes intentions. Je voulais qu’il comprenne que je le désirais toujours autant, si ce n’est plus que lui même. Un petit sourire étira mes lèvres alors que je passais mes deux bras autour de sa nuque avec douceur. Mes lèvres se posèrent sur les siennes, et mon corps se pressa contre le sien. Un violent frison nous saisit alors que nos intimités dans le même état se touchaient. A travers ce baiser, je lui transmis toute l’envie que j’éprouvais pour lui. C’était un baiser à la fois doux et farouche, un baiser qui nous fit tourner la tête. Nos lèvres se séparèrent uniquement lorsque l’air vint à nous manquer. Éden colla son front contre le mien, comme s’il ne voulait pas rompre le contact.

– On va chez toi, murmura Éden. Tu habites tout près.

Je jetais un rapide regard vers Joshua et Liz, toujours en train de parler.

– J’avais prévu de rester à les surveiller avant mais… Je ne peux plus attendre… Ton frère n’a pas intérêt de faire le con.

***

Et c’est ainsi que sans perdre une seconde de plus, après avoir dit très brièvement au revoir à Liz et Joshua, nous nous étions retrouvé chez moi. Le désir nous avait consumé une bonne partie de la nuit et ce matin, en ouvrant les yeux, j’avais encore l’impression de sentir sa bouche se promener sur l’entièreté de mon corps. Éden dormait encore profondément, et je n’avais pas le cœur à le réveiller. Il était si beau, si détendu, collé tout contre moi, que j’eus toutes les peines du monde à me décider à le quitter. Après avoir enfilé un pantalon, j’étais sortit de la chambre discrètement.

Il n’y avait pas la moindre trace de Joshua et j’espérais de tout cœur qu’il n’avait pas merdé avec Liz. Après avoir bu un café et fumé une cigarette, je m’étais rendu dans ma petite pièce que j’avais délaissée cette semaine. A vrai dire, je n’y étais pas retourné depuis que j’y avais joué avec Éden. Et ce fut avec un plaisir non fin que je me retrouvais à mon piano, jouant simplement pour le plaisir.

C’est avec surprise que je découvris après un moment Éden accoudé à l’embrasure de la porte que je n’avais pas fermée.

– Tu es là depuis longtemps ? Dis-je en laissant glisser mon regard sur son torse nu.

– Un petit moment, souffla-t-il en souriant. Je peux entrer ? Me demanda-t-il.

– Je… Oui… Dis-je hésitant.

Éden entra et cette fois-ci, ses yeux ne dérivèrent pas sur le poster, et aucun sourire moqueur ne vint sur son visage.

Il s’installa sur le petit banc du piano, juste contre moi.

– Continue, ne t’arrête pas… Dit-il alors que je continuais de le regarder.

Je me concentrais à nouveau, non sans difficulté à l’avoir si proche de moi. Mes doigts se posèrent sur les touches et je repris du début le morceau que je jouais. Mais alors que je finissais l’introduction, ses lèvres se posèrent sur ma mâchoire, tandis que ses doigts glissaient dans mon dos nu. Je fis une fausse note sous la surprise et m’arrêtais, ivre de ses tendresses.

– Continue, insista Éden avant de mordiller le lobe de mon oreille, provoquant chez moi milles sensations.

Ce fut avec beaucoup de difficulté que je me remis à jouer faisant tout pour ne pas faire une fausse note alors qu’Éden, sans pitié, continuait son petit manège. Ce fut le morceau le plus long et le plus périlleux que j’eus à jouer.

– Alors comme ça, susurra-t-il alors que j’arrivais au milieu du morceau, ma bouche sur ton corps te manquait…

Ses lèvres se déposèrent dans mon cou, avant de dévier sur mes épaules. Ses mains ne restaient pas inactives, caressant mon corps dans la moindre pudeur. L’une était posée sur ma cuisse, l’autre continuait de dériver au creux de mes reins, glissant parfois derrière le tissu de mon pantalon.

Ce fut non sans fierté que j’arrivais tout de même à finir mon morceau. Mais mon corps était en feu et j’étais incapable de poursuivre. Sans plus attendre, je m’écartais de lui et l’attrapais par le bras :

– Où est-ce qu’on va ? Me demanda Éden surpris alors que je le tirais hors de ma pièce.

– Sous la douche ! M’exclamais-je. Pour calmer tes ardeurs…

Éden rigola avant de me suivre sans la moindre résistance. Si mon corps était épuisé de la veille, j’en voulais encore… Encore jusqu’à plus soif…

***

Nous étions en train de prendre notre déjeuner, cette fois-ci propres et habillés, lorsque nous entendîmes la porte d’entrée s’ouvrir et se refermer. Joshua ne tarda pas à arriver dans la cuisine.

– Où est-ce que tu étais ? Demandais-je, surpris de le voir rentrer aussi tard.

Joshua ne répondit pas, un sourire béat accroché aux lèvres. Il s’installa sur la chaise libre.

– Ne me dis pas que tu as passé la nuit avec ma sœur ! S’exclama Éden.

– Si et c’était une belle soirée, répondit-il bien plus bas qu’Éden.

Éden fusilla Joshua du regard en se levant, furieux. Il me lança un bref « à plus tard Morgan », avant de rassembler ses affaires et de partir en claquant violemment la porte.

Je lâchais un soupire.

– Ne t’inquiète pas Morgan. Dit Joshua en rigolant. On a fait que discuter.

– Toute la nuit ? Lui demandais-je sceptique.

– Toute la nuit, répéta-t-il en hochant la tête, rêveur. Et je suis épuisé.

Je le regardais cette fois amusée. J’avais rarement vu Joshua comme ça, dans cet état.

– Et on a rendez-vous ce soir. Continua-t-il.

– Toi ? Un rendez-vous ? Dis-je surpris. Raconte moi tout !

Et il n’en fallut pas plus à Joshua pour se confier. Il parlait de Liz comme jamais je ne l’avais vu parlé de personne. Il avait ce petit quelque chose dans le regard qui me rendait heureux pour lui. Peut-être réussirait-il un jour à construire une véritable relation avec une fille…

L’après-midi, nous fîmes de la place dans le bureau pour que Joshua puisse s’y installer. Il partagerait une petite partie du loyer avec moi, une fois qu’il toucherait son salaire. J’étais heureux qu’il vienne vivre avec moi. Bien que je ne puisse plus jouir de mon espace en toute liberté, j’allais sûrement me sentir moins seul. Nous avions grandis ensemble, dans des dortoirs, toujours fourrés l’un avec l’autre. Il y aurait peu de chance que cette collocation se passe mal. Nous irions acheter des meubles dans la semaine, pour qu’il s’y installe véritablement.

Le soir, alors que je fumais une cigarette sur mon balcon, je réalisais à quel point je m’étais senti bien cette semaine. Éden avait ce pouvoir sur moi. Avec lui, je me sentais bien comme jamais je ne l’avais été depuis très longtemps.

Et notre bonheur continua encore pendant trois mois… Trois mois avant que tout ne dérape et que ce que je craignais le plus finisse par se produire…

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