Ne pars Pas – Chapitre 3

Chapitre 3 écrit par Lybertys

Cela faisait des jours et des jours, des semaines et des semaines que je m’entraînais, mais cette maudite pièce pour piano de Bach me posait toujours des problèmes. Ce n’était pas que je n’y arrivais pas, c’est juste que ce n’était pas encore parfait à mon oreille. Ce pouvait être mieux, je pouvais faire mieux !

Je devais me présenter pour un concours du conservatoire que le directeur du label pour lequel je travaillais avait à tout prix tenu que je passe pour l’ajouter à mon cv. Si je ne me préoccupais pas de mon prestige et de ma renommée comme je l’aurais du, le directeur s’en chargeait pour moi.

Je pris une profonde inspiration tentant de faire le vide en moi avant de reprendre le morceau en entier une énième fois. Mais arrivé à la partie qui me posait problème, je ratais une fois de plus.

Frustré, je jetais mes partitions qui s’envolèrent avant de tomber sur le sol et je me levais. Je pris énervé la direction de la cuisine et mis ma bouilloire en marche pour me faire un thé. Il fallait que je fasse une pause. Je le savais pourtant.

Le temps que l’eau chauffe, je posais mon regard à l’extérieur. Il pleuvait, et les nuages bas dans le ciel rendait cette journée encore plus maussade qu’à l’accoutumée.

J’allumais machinalement mon petit poste de radio qui grésilla avant de tomber sur une bande commerciale. Je n’avais pas le cœur à chercher une autre station, et le bruit caractéristique du « cloc » de la bouilloire m’indiquait que l’eau était chaude.

Je pris un sachet et une tasse avant de verser de l’eau. J’infusais mon thé jusqu’à ce que l’eau ait la température voulue et ce fut au moment où je m’asseyais à ma petite table que je l’entendis.

Je n’avais pas fait attention au nom du groupe que l’animateur radio avait forcément donné au début, mais ce fut la voix du chanteur qui attira mon attention.

Mon cœur vibra à la seconde. Je connaissais beaucoup de chanteurs, beaucoup de styles de musiques, certains m’avaient remués, d’autres émus ; mais la voix de ce chanteur, si masculine, transpirant à la fois de force et de fragilité me transporta à la seconde.

Jamais je n’avais connu cela. Jamais je n’aurais cru qu’une voix pourrait un jour me faire cet effet.

***

J’avais cette cruelle impression que tout ceci n’était qu’un rêve. Pourtant, c’était bien ses lèvres que je sentais sur les miennes et ses mains qui caressaient mon corps. Il me désirait, tout autant que je le désirais. Il ne m’avait pas fallut beaucoup de temps pour le ramener chez moi. C’était avec fougue qu’il avait repris mes lèvres, me planquant contre la porte d’entrée. À bout de souffle, il se recula, tirant légèrement sur ma lèvre. Ce fut à cet instant seulement que j’osais ancrer mon regard dans le sien. Ses yeux bleus, si proches, m’ensorcelaient, et c’est avec surprise que je le vis frémir sous mon propre regard. J’étais à sa merci, il pouvait faire ce qu’il voulait de moi, me demander n’importe quoi, plus encore qu’aucun autre. Lentement, sans perdre le contact visuel, il entrepris de déboutonner ma chemise, avant de passer ses mains sur mes épaules, la faisant tomber sur le sol. Un sourire étira ses lèvres, alors que je ne pouvais m’empêcher de rougir, ainsi, à moitié nu devant lui.

Du bout des doigts, Eden laissa descendre ses mains sur mon corps et déboutonna les boutons de mon pantalon. Là, devant lui, je sentais mon corps entier brûler de désir pour cet homme, et je me rendais compte à présent que cela dépassait de loin le fait que j’aimais sa voix. Mon corps parlait pour moi, Eden m’attirait, bien plus que les autres hommes. Doucement, il s’abaissa pour poser un baiser su mon torse. Et bien d’autres suivirent avant que sa langue ne prenne la relève et qu’il ne tombe à genou devant moi.

Tout cela semblait complètement irréel. Normalement, c’était moi qui me retrouvais à genoux devant les autres et je n’aurais jamais pensé qu’Eden s’apprête à me faire une fellation. Celles que j’avais reçues pouvaient presque se compter sur les doigts de la main. J’étais normalement celui qui se pliait aux désirs des autres et qui tentait de les satisfaire au mieux… Un gémissement que je fus incapable de retenir, franchi la barrière de mes lèvres alors qu’il rentrait sa langue dans mon nombril et passait ses mains à l’intérieur de mon boxer, touchant mes fesses. Je ne pus que me cambrer à ce contact, posant l’une de mes mains sur le bar de l’entrée et l’autre sur sa tête, osant lui montrer d’une légère pression que j’avais envie de plus.

Vivement, il enleva mon jean et mon boxer qui tombèrent à mes pieds, pour découvrir une intimité douloureuse et dressée de désir pour lui. Un sourire étira ses lèvres et il s’approcha, laissant son souffle me caresser.

– Eden… Murmurais-je, le regard voilé par l’envie.

Un léger rire s’échappa de sa gorge et il me prit en bouche. Peu habitué à ce genre de sensation, je me cambrais brusquement en lâchant un cri de surprise. Je n’aurais jamais imaginé qu’il aille aussi loin et surtout qu’il soit aussi attentionné avec moi, Morgan, son coup d’une nuit… Ma main se posa sur sa tête, et j’ondulais des hanches sans avoir me contrôler. Sa langue enserrait mon sexe et il commençait à me sucer rapidement, ne cherchant plus à me faire attendre. Le plaisir que je ressentais était indescriptible et j’avais du mal à réaliser qui était en train de me le prodiguer. Je perdis toute retenu, nu, le corps déjà transpirant, ma bouche légèrement entrouverte, je lâchais des gémissements de plus en plus rauque. Mon corps entier se consumait de cette luxure. Je voulais que cela ne cesse jamais… Je perdais pieds…

Pourtant, une succion un peu plus forte que les autres eu raison de moi et dans un cri enroué, je me libérais dans sa bouche, sans savoir me retenir, posant mon bras sur mes yeux. J’entendis un léger rire s’échapper de sa gorge, alors qu’il se relevait.

– J’arrive pas à le croire… Soufflais-je en pensant tout haut en ancrant mon regard dans le sien.

– Croire quoi ? Demanda-t-il surpris.

Mais je ne lui laissais pas le temps de réfléchir plus, me jetant sur ses lèvres. Mes mains passèrent sur sa veste que j’enlevais, pour ensuite passer mes mains sur sa peau. Je voulais lui rendre la pareille, mais je n’en eu pas l’occasion. Un frisson le secoua avant qu’il ne me repousse, un léger sourire étirant ses lèvres.

– Ta chambre ? Demanda-t-il en passant ses mains dans son tee-shirt pour l’enlever.

Mon regard se posa furtivement sur la porte de ma chambre, dans le salon, avant de se poser sur son torse. Mon cœur s’emballa à la seconde. Eden était plus beau que jamais, plus beau encore que je ne l’étais imaginé. Déjà, mon intimité reprenait de la vigueur, ce qui eu pour effet de faire rire Eden, attrapant ma nuque pour un nouveau baiser enfiévré dont j’étais déjà dépendant. Je me reculais sous la surprise, mais il me guida, ne lâchant pas mes lèvres. Nous finîmes par arriver dans ma chambre et sans me laisser le choix, il m’assit sur le lit. Ses mains se posèrent sur sa ceinture qu’il débouclais lendemain. Mon regard s’enflamma alors qu’il glissait ses mains sur son pantalon et l’enlevais. Sans me laisser le temps d’admirer son corps, il vint happer mes lèvres vivement, passant ses mains dans ma chevelure. Un baiser langoureux fut changé et lorsque l’air vint à nous manquer, il posa son front contre le mien.

– Tourne-toi… M’ordonna-t-il doucement.

Si j’étais excité, cette excitation se décupla à l’entente de cet ordre donné par sa voix. Je lui obéis immédiatement, me retrouvant à quatre pattes devant lui. Je le sentis prendre place derrière moi, et cru mourir de désir lorsque son inimité se colla sur mes fesses. Lentement, il se baissa et je sentis plusieurs fois ses lèvres embrasser ma colonne vertébrale, cherchant à me détendre. J’étais de plus en plus surpris face à tant d’attention de sa part à mon égard. Je n’avais jamais été particulièrement habitué… Lorsque je sentis un premier doigt en moi, tandis qu’il continuait ses attentions sur mon dos, je ne ressenti qu’une légère douleur. Mais j’avais l’habitude de la cacher, sachant que mes différents partenaires n’aimaient pas la voir. Mais sa préparation était faite avec une telle douceur qu’il pu rapidement en augmenter le rythme. Bientôt, je sentis un deuxième doigt et je tournais ma tête vers lui, incapable de tenir plus longtemps.

– Eden… Je n’en peux plus… Gémis-je, ivre de désir.

Ses sourcils se froncèrent. Mais je ne pouvais plus tenir à son rythme, pas dans ces circonstances. Je le voulais maintenant en moi, sans attendre une seconde de plus. Je m’étonnais moi-même, n’étant pas d’une nature aussi empressée. Mais le fait qu’il ait été aussi attentionné avec moi avait décuplé mon désir de le sentir en moi. Cédant à ma demande, il attrapa mes hanches et d’un ample mouvement, il me pénétra. Mes poings se serrèrent sous la douleur, mais je retins tout cri ou gémissement de douleur, plus par habitude que par envie. Je tentais de me détendre, alors qu’il commençait ses vas-et-viens lents qui eurent raison de moi. Bientôt, ne tenant plus, je commençais à me mouvoir contre lui. Comprenant le message, Eden intensifia ses mouvements. Des gémissement rauques et terriblement sensuelles m’indiquaient qu’il prenait tout autant de plaisir que moi, alors que je criais presque de plaisir. Enivré par le son de sa voix, je lui appartenais entièrement.

Brusquement, il me dit me redresser, collant mon dos contre son torse, et attrapa mes lèvres fiévreusement. Ses coups de reins se firent plus violent et je ne réussis malheureusement pas à garder son baiser, me cambrant contre lui.

J’étais aux anges. J’avais partagé mon lit avec de nombreux hommes, mais jamais cela n’avait été aussi intense, aussi transcendant. La sensation d’être possédé par cet homme, lui laissant les rênes de notre plaisir commun, me donnait l’impression d’être protégé. Je lâchais un gémissement de protestation alors qu’il me repoussait soudainement. Mais il me fit taire immédiatement en me faisant me remettre à quatre pattes devant lui. Je le vis attraper la tête du lit et vivement, il me pénétra une nouvelle fois, me donnant l’impression d’être entier à nouveau. Un hurlement de plaisir s’échappa de ma gorge, avant qu’il ne se déhanche en moi, se donnant comme jamais personne ne s’était donné avec moi.

Mais bien vite, la folie qui nous consumait eu raison de nous et dans un cri aigu, je me libérais alors que je le sentais faire de même en moi. Epuisé, je m’allongeais sur le ventre, la respiration saccadée, tentant de me remettre de l’orgasme démentiel qu’il venait de nous offrir.

Cependant, il ne fut pas prêt à me laisser tranquille. Il en voulait plus. Encore et encore. Et ce n’était pas moi qui allais l’interrompre.

***

J’avais acquis l’étrange capacité de me réveiller à chaque fois que l’un de mes amants s’échappait à n’importe quelle heure de la nuit. Je savais aussi feindre le sommeil, pour ne jamais avoir à croiser leur regard. Si Eden avait été un amant hors pair, il ne changeait pas sur ce point. Il était comme tous les autres. Je le sentis remonter la couverture sur mon corps à moitié découvert. Je sentis aussi sa main remonter le long de mon dos avant de passer dans mes cheveux.

Et mon cœur se serra d’autant plus lorsque je l’entendis quitter le lit et se lever. Je le savais pourtant. Je savais que ce ne serait que l’histoire d’une nuit et je devais me juger flatter qu’il ait voulu de moi toute la nuit. Mais surmonter son départ était bien plus dur encore. Lorsque le son caractéristique de ma porte d’entrée qui se fermait se fit entendre, je ne pus retenir des larmes silencieuses. Ce départ avait un gout amer. J’avais pu profiter de lui une nuit, et ce plaisir se retournait contre moi. Je ne regrettais pas, mais j’avais mal.

Jamais je n’avais connu un tel amant, aussi attentionné, et j’avais pris mon pied comme jamais. Mais aujourd’hui, je devais en payer le prix.

Sachant qu’il me serait impossible de dormir une seconde de plus dans ce lit imprégnait de son parfum, je me levais et pris la direction de la salle de bain. Après une bonne douche je poursuivis mon le rituel de mon thé et de mon petit moment de piano, dans ma pièce à moi.

Mais pour la première fois, jouer du piano, ne réussit pas à me faire oublier ma solitude.

Aujourd’hui, plus que jamais, c’était bien cela, je me sentais terriblement seul…

***

J’étais arrivé en avance dans la salle qui nous était allouée pour ma rencontre avec les membres du groupe. Un piano avait été installé à ma demande. Je les entendis arriver avant de les voir, et la discussion qu’ils avaient à mon sujet me glaça le sang.

– Je ne comprend toujours pas pourquoi ce n’est pas Marianne qui s’occupe de nous, déclara une voix masculine.

– A la place on se tape ce Morgan, tout juste sortit de l’école primaire, dont je n’avais jamais entendu parlé avant. Répliqua une voix féminine.

– J’ai demandé à mes amis, et personne n’a entendu parlé de lui.

– Le directeur ne nous prend pas au sérieux, je savais qu’on ne devait pas signer ce contrat.

Ils entrèrent tous en même temps dans la salle et s’il aurait pu paraître gêné de parler de moi ainsi alors que je les avais entendu, je n’eus droit qu’à des regards dédaigneux, mis à part peut être Laura qui semblait gênée.

Ce fut mon regard furieux qu’ils croisèrent. Je ne supportais plus leurs commentaires mesquins, et j’avais envie de les remettre à leur place une bonne fois pour toute. Grâce à l’assurance que seule la musique m’offrait, j’attendis debout, en face d’eux, les bras croisés, qu’ils daignent s’asseoir. Si je fus surpris de ne pas voir Eden, je n’en laissais rien paraitre. Le travail était le travail, et je devais mettre mes émotions de côté.

Ce ne fut que lorsque tout le monde fut enfin installé, que je regardais chacun d’eux avant de lancer :

– Peut-être qu’un jour, lorsque vous serez moins bouffi d’orgueil et que vous descendrez de votre petit nuage, vous réaliserez que la renommée n’a aucun rapport avec le talent.

Et sans attendre, sans faire un plus long discours, je m’installais sur le petit banc du piano, alors qu’ils me fixaient avec surprise et mépris. Après une grande inspiration, je détendis mes doigts en serrant les poings et en les desserrant, fermais les yeux et me lançait.

S’il y avait eu quelques chuchotements de protestations, ceux-ci cessèrent aussitôt lorsque mes premières notes de musiques vinrent résonner à leurs oreilles.

S’il n’y avait qu’une chose dans laquelle j’avais confiance, c’était en la musique, en ma musique. J’oubliais bientôt pour qui je jouais, l’auditoire que j’avais. Les yeux fermés, je me coupais de ce monde pour me plonger intégralement dans celui de la musique. Plus rien ne comptait à part chacune des notes que j’enveloppais de ma passion, de mon amour, les effleurant seulement pour les faire plier selon mes désirs.

Ce ne fut que lorsque je fus satisfait de mon effet, que je coupais cours au mini concert improvisé et un sourire fier étira mes lèvres.

– J’espère que j’ai été assez convaincant, lâchais-je d’une voix dure. Vous faîtes de la musique depuis vos 15 ans, moi j’en fais depuis que je suis né et je savais parfaitement reproduire les grands musiciens alors que vous ne portiez que des couches. Je ne suis pas un débutant… Mais comparé à moi, c’est vous qui l’êtes.

J’eus à peine terminé ma déclaration que Laura me fit remarqué la présence d’Eden à l’embrasure de la porte en s’écriant :

– Tu as vu l’heure Eden ?

Eden sursauta, comme pris en faute.

– Désolé, souffla-t-il en entrant dans la salle et en s’assaillant près d’elle, je n’ai pas entendu le réveil.

– Tu as une sale tête, lança Kelly, les sourcils froncés.

– Ca c’est parce que je n’ai pas beaucoup dormi cette nuit ! S’exclama-t-il en lui lançant un clin d’œil.

Un sourire en coin étira ses lèvres et il tourna la tête vers moi. J’étais toujours installé derrière mon piano et lorsque son regard croisa le mien, je m’en détournais immédiatement. Je ne devais pas me laisser distraire et pourtant, à la pensée de cette nuit que nous avions partagée, de légères rougeurs vinrent tinter mes joues. Je rangeais mes partitions, gêné de la situation.

– Tu sais peut-être jouer du piano parfaitement, mais ici on joue de la guitare, de la batterie, de la basse et du synthé, sans parler de la voix d’Eden, râla tout à coup Baptiste qui ne semblait définitivement pas m’apprécier. Marianne sait jouer de tous ces instruments et bien d’autres, c’est pour ça qu’on la…

– Lui aussi, s’écria soudain Eden.

Je regardais Eden, tout aussi surpris que Baptiste. Comment savait-il cela ? Et surtout, il venait de prendre ma défense… Mon cœur s’emballa malgré moi alors qu’il poursuivait :

– Il sait jouer de pleins d’instrument, pas seulement du piano… Il doit être savoir jouer de la guitare mieux que toi ! S’exclama-t-il sérieux.

– Ca ce n’est pas difficile, souffla Felix, pour le charrier.

Mais Baptiste ne voulait apparemment pas plaisanter, et j’assistais en spectateur au regard furieux qu’il posa sur Eden.

– Et comment tu sais tout ça toi ? Lui demanda-t-il, étonné.

– J’ai cherché sur internet, répondit-il simplement, en haussant les épaules.

Alors que je digérais avec difficulté l’information, Laura se leva tout à coup, mettant ses mains sur ses hanches. Son regard noir se figea immédiatement.

– Il me semble que Morgan est assez grand pour parler tout seul, lâcha-t-elle en se tournant ensuite vers moi. Tu as l’air gentil, et compétent même plus que ça d’après ce que raconte Eden, mais si tu ne t’imposes pas, tu vas finir par te faire bouffer… Surtout par ces trois là ! Ajouta-t-elle en montrant Eden, Baptiste et Félix.

Je lui fis un sourire professionnel, avant d’acquiescer. Il fallait qu’on parte sur de bonne base, et je devais mettre les choses au clair. Je me levais, les regardant ensuite sérieusement.

– Je ne suis pas là pour montrer de quoi je suis capable ou pour aller contre vous, au contraire, je suis là pour vous, pour vous aider. Je vais travailler avec vous et m’adapter à votre musique, pour qu’à nous six, nous sortions un album extraordinaire.

J’avais confiance en eux, en leurs capacités, même si leur orgueil était démesuré. Il était nécessaire dans ce milieu. Mais il fallait le temporiser. Un sourire étira les lèvres d’Eden, un sourire qui me fit frissonner.

Nous passâmes le reste du temps à parler de leur musique avant que je leur demande de jouer tous ensemble pour constater par mes propres yeux leur capacité. Bien vite, Eden s’était retrouvé derrière le micro à chanter tout en jouant de la guitare, alors que les autres l’accompagnait. Professionnel, à aucun moment je ne leur montrais, combien la voix de mon amant d’une nuit continuait à me chambouler…

***

Je profitais de ma pause de midi pour me reposer dans le foyer de la compagnie. Je n’avais pas beaucoup dormi cette nuit là, et l’altercation de cette réunion matinale m’avait épuisé.

Je tentais tout de même d’avaler quelque chose pour reprendre des forces et ce fut à cet instant là que qu’Andrew arriva, un grand sourire accroché aux lèvres.

– Alors ? Me demanda-t-il en s’asseyant en face de moi. Comment s’est passé cette réunion.

– Bonjour Andrew, répondis-je sarcastique.

Nous ne nous étions même pas encore croisé aujourd’hui.

– Pas le temps pour les politesses, répondit-il en riant. Il y a plus urgent ! Raconte moi.

– Malgré un début difficile, ils ont finit par se mettre au travail, résumais-je.

– Je suis sur qu’ils vont t’adorer !

Je rougis malgré moi, en pensant à la manière dont Eden m’avait adoré la nuit dernière.

– Et avec Eden ? Me demanda-t-il comme s’il lisait dans mes pensées.

– Je le vois tout à l’heure pour les rencontres individuelles, répondis-je, d’un ton monocorde.

– Je l’ai vu te regarder l’autre jour, il te dévorais du regard, souffla-t-il assez bas pour que personne n’entende.

– Je sais, répondis-je, assez mal à l’aise.

Je n’avais pas envie d’ébruiter cette affaire sur tout les toits. Oui j’avais couché avec lui, mais cela devait rester entre nous. Je n’avais pas la moindre idée de comment le directeur le prendrait si cela arrivait jusqu’à ses oreilles. Je parvins heureusement à détourner le sujet, en demandant des conseils techniques à Andrew. Andrew était un ingénieur du son très qualifié et il serait souvent là pour les enregistrements. Après avoir écouté le groupe, je me dis à discuter avec Andrew des possibilités que nous avions pour améliorer leur son.

Il dus ensuite retourner au travail et, voyant le monde arrivé je m’éclipsais du foyer, pour me réfugier dans la salle où je devais avoir une réunion avec Eden. Là bas, en l’attendant, je pourrais être tranquille et personne ne viendrait m’embêter.

***

Croire que j’allais pouvoir me reposer était mal me connaître. Le piano avait attiré mon attention et je me retrouvais à travailler sur la composition de la dernière scène du film avec les partitions que j’avais gardé dans mon sac. Je n’avais pas beaucoup d’inspiration aujourd’hui, mais je tentais de faire aux mieux, reprenant les anciennes pour les améliorer lorsque je bloquais.

J’étais tellement concentré, que je n’entendis pas Eden arriver à l’heure de notre rendez-vous.

– Tu ne t’arrêtes jamais ? Me demanda-t-il en entrant, sans avoir pris la peine de frapper.

Je sursautais, lâchant le crayon que j’avais dans la bouche et qui tomba sur le sol.

– Décidément, je te fais à chaque fois peur, souffla-t-il en s’abaissant pour le ramasser.

Mes joues prirent à nouveau leurs teintes rosées alors qu’il se relevait ce qui eut pour effet de le faire sourire. Je repensais à tout ce qui c’était passé la nuit dernière et mon cœur s’emballait à nouveau. C’était une des meilleures nuits que j’avais passé dans toute ma vie… Et pourtant, j’avais connu beaucoup d’autres hommes…

– On fait quoi aujourd’hui ? Demanda-t-il, l’air de rien.

Mes sourcils se froncèrent un instant, tentant de comprendre sur quel pied il était en train de danser. Mais voyant qu’il n’allait pas aborder le sujet de la veille, je détournais le regard, ramassant mes partitions.

– Je me suis dit qu’on pourrait voir ce que tu recherches dans ce nouvel album, lâchais-je après un moment, en haussant les épaules.

Eden esquissa une grimace avant de dire :

– Je pensais que tu allais jouer et que j’allais chanter, répondit-il en s’asseyant sur le banc du piano, trop près de moi, on s’accorde bien je trouve.

Sa dernière phrase était évidemment pleine de sous entendus, et aussitôt, je rougis violemment, incapable de me maîtriser. Cette réunion serait loin d’être simple. Rien que l’avoir aussi près de moi me chamboulait.

– Ok, souffla-t-il amusé. Je veux un album qui sorte de l’ordinaire, pas quelque chose de trop boum boum comme maintenant… Je veux qu’on sente la différence, mais je ne veux pas non plus qu’elle se ressente de trop.

Il passa la main dans ses cheveux, ayant du mal à trouver ses mots.

– Il faudrait vous essayer à d’autres styles de musique, lâchais-je, les yeux dans le vide.

– D’autres styles ? Demanda-t-il surpris.

– Ca pourrait t’aider à savoir ce que tu veux, et apporter la touche d’originalité qui fait que votre album sera le meilleur…

Nous passâmes le reste du temps à parler de cela. Je l’écoutais avec attention, notant chacune de ses remarques pour faire des recherches par la suite. Lorsqu’il ne trouvais pas ses mots, je m’occupais de les trouver à sa place. J’avais travaillé avec beaucoup d’artistes, et j’avais une grande capacité d’adaptation. Mais avec Eden, je n’avais pas à faire d’effort, nous étions sur la même longueur d’onde. Le temps passa très vite à ses côtés et je fus surpris lorsqu’il s’exclama :

– Waw ! Ca fait trois heures qu’on est là.

– Oh… Soufflais-je, tout aussi étonné que lui. Baptiste ne devrait pas tarder, ajoutais-je en pensant au second rendez-vous de la journée.

J’allais rencontrer les autres membres du groupe le lendemain. Je ramassais alors mes notes, mettant des feuilles vierges devant moi. Je pouvais sentir le regard d’Eden posé sur moi, mais je fis tout pour ne pas le croiser. Je me relevais légèrement pour attraper mon sac à l’autre bout du piano, et mon tee-shirt du se soulever un peu, dévoilant ma peau nu ; car à peine quelques seconde plus tard, je sentis sa main se poser sur la peau de mon dos. Je me figeai à la seconde face à ce contact qui fit monter à la seconde un désir en moi que je ne savais maîtriser. Rougissant, je finis par me rassoir. Constatant que je ne le repoussais pas, il posa son autre main sur ma cuisse, remontant légèrement jusqu’à mon entre jambes. Ses lèvres expertes vinrent se poser sur ma mâchoire et au contact de ses lèvres brûlantes sur ma peau, je fermais les yeux un court instant..

– C’était bien cette nuit… Murmura-t-il en croisant mon regard.

Un faible sourire étira mes lèvres, repoussant ce que j’avais ressentis lorsqu’il avait quitté mon appartement. Avait-il apprécié autant que moi ce qui c’était passé la nuit dernière ? Sa main jusqu’alors posée sur ma cuisse remonta le long de mon corps pour se poser sur ma joue. Doucement, il tourna ma tête et happa mes lèvres pour un baiser langoureux qui me grisa à la seconde. Je lui cédais facilement, ouvrant légèrement la bouche. Au contact de sa langue sur la mienne, un frisson le parcouru et il intensifia notre échange, se collant un peu plus à moi. Sa main dans mon dos remontant, me caressant du bout des doigts. Il avait sur le moi, le même effet que la musique. Il me coupait du monde, et avec ce simple contact, il me faisait me sentir profondément bien.

Mais soudain, Baptiste arriva, claquant la porte pour bien nous faire remarquer qu’il était là.

– Je vous dérange peut être ? Dit-il le regard noir.

– Oui, souffla Eden, son regard ancré dans le mien, revient demain.

Mais je ne pouvais pas faire cela. Même si tout mon corps me hurler de rester avec Eden, le travail devait passer avant, sans parler que j’étais incroyablement gêné de m’être ainsi fait prendre par un autre membre du groupe. Vivement, je m’éloignais de lui, me levant du banc.

– Non c’est bon ! M’écriais-je, le rouge aux joues. On avait finit.

Eden écarquilla les yeux, surpris, mais il croisa mon regard déterminé. Soufflant un « comme tu veux », surpris, il se leva, lançant un regard énervé à Baptiste. Sans un regard pour nous, il sortit de la salle. J’étais extrêmement mal à l’aise de la situation, mais je n’avais pas pu faire autrement. Je tenterais de m’expliquer avec lui par la suite, car si cela n’avait tenu qu’à moi, nous serions déjà en route pour mon appartement.

Baptiste était toujours debout au milieu de la pièce, me fusillant du regard. Tentant de ne pas m’en formaliser, je tentais de reprendre une certaine constance, me cachant derrière une façade professionnelle avant de dire :

– Baptiste, j’aimerais bien commencer par t’entendre jouer et…

Mais il me coupa brusquement :

– Tu te leurres si tu crois que Eden veut du sérieux.

– Ca ne te regarde pas, claquais-je à mon tour, n’ayant aucune envie d’aborder le sujet avec lui.

– Eden a le pouvoir d’ensorceler tous les hommes avec qui il couche parce qu’il est doux et attentionné, dit-il les dents serrées. On aime tellement ça qu’on croit qu’il va rester.

Il fit une pause, me toisant avec ce qui ressemblait à de la haine. Je n’étais pas spécial pour Eden, je le savais. Sa douceur, il la donnait à beaucoup d’autre et surement à Baptiste…

– Mais il a aussi le pouvoir de briser les cœurs, parce que jamais il n’acceptera de se laisser aller.

Je ne psu m’empêcher de me mettre à repenser à ce qui s’était passé ce matin. Je savais que Baptiste avait raison, mais pour me dire cela, il devait y avoir bien plus entre Eden et lui. Je ne répondis rien et Baptiste sembla avoir terminé, car il attrapa sa guitare, l’accorda et se mit à jouer devant moi, comme si de rien n’était.

En couchant avec Eden, je m’étais engagé sur une pente glissante, mais si j’avais la possibilité de revenir en arrière et de changer ce qui c’était passé, pour rien au monde je ne changerais la décision que j’avais prise…

***

Ce soir là, pour me changer les idées, j’avais décidé de sortir en boite. C’était la plus branchée de la ville et comme je m’y rendais souvent, je n’avais aucun problème pour rentrer malgré le monde qui s’y rendait. Je devais oublier ce qui c’était passé pendant ces dernières 48 heures. Trop de choses étaient venues chambouler ma petite vie qui avait été jusqu’à maintenant simple.

Après avoir pris un verre, j’attendis vers le bar, sachant pertinemment que quelqu’un viendrait me draguer et que je n’avais pas vraiment d’effort à faire de mon côté.

Mais comme pour m’empêcher de cesse de penser à lui, une de leur chanson passa dans la boîte, agitant tout le monde. Et ce fut au milieu de cette chanson que je le vis. Il était en train de parler avec une jeune homme, blond, la vingtaine, habillé sobrement. Il lui faisait le même sourire qu’il avait utilisé avec moi. Ils échangèrent quelques mots et c’est à ce moment là qu’Eden croisa mon regard, s’apercevant de ma présence. Il se figea immédiatement, alors qu’un petit sourire étira mes lèvres. Mais il ne semblait pas se remettre de mon rejet d’il y a quelques heures car il détourna vivement le regard pour adresser un sourire à l’homme près de lui. Blessé malgré moi, je détournais le regard à mon tour pour quelques instants.

Comme je l’avais prédit, un homme, qui avait à peu près le même âge que moi, brun, assez séduisant, s’approcha de moi et commença sa drague. Mais je n’arrivais pas à faire l’effort de me concentrer sur ce qu’il était en train de me dire, mon regard s’était à nouveau posé sur Eden qui continuait de parler avec le blond. Lorsque son regard croisé le mien, il sembla agacé et après avoir soufflé quelque chose au jeune homme qui était à côté de lui, il prit la direction des toilettes. Je m’excusais auprès du brun, pour aller rejoindre Eden. Je lui devais une explication pour tout à l’heure et c’était le meilleur moment.

Je me figeai immédiatement, surpris de le voir m’attendre dans les toilettes, les bras croisés.

– Tu as été clair tout à l’heure, souffla-t-il sérieux, mais terriblement séduisant.

– Je travaillais, dis-je tout aussi sérieux, et s’il y a une chose que tu dois savoir sur moi, c’est que lorsque je travaille, il n’y a que cela qui compte.

Je m’étonnais de mon assurance face à lui.

– Je l’ai très bien compris, ne t’en fait pas.

– Ne le prends pas comme un rejet… Soufflais-je, mal à l’aise.

– Alors comment je dois le prendre ?

Une grimace étira mes lèvres, et je soupirais, agacé qu’il n’arrive pas à me comprendre.

– La musique réclame de la discipline, lâchais-je, tentant de lui faire comprendre mon point de vu.

– Est-ce que tu es en train de me juger là ? Demanda-t-il étonné.

– Non, attends, non ! Soufflais-je, surpris.

Un soupire s’échappa de ses lèvres et il passa près de moi, voulant sortir de la pièce. Ne voulant surtout pas qu’il mésinterprète mes agissements, je me mis entre la porte et lui, posant ma main sur son torse.

– Je n’ai pas dit ça ! M’écriais-je, légèrement énervé. Et je ne le pense même pas, vous n’en seriez jamais arrivé là si tu n’avais pas travaillé… Je disais juste que lorsque je travaille, j’y suis vraiment à fond et je ne m’arrêterais pas tant que je n’ai pas fini.

Ma main remonta se poser sur sa joue, osant ancrer mon regard dans le sien.

– Mais là, je ne travaille pas, tentais-je dans un petit sourire.

Je m’étonnais de l’assurance que j’avais. Un sourire en coin étira ses lèvres et il posa sa main sur la mienne. Je mourrais d’envie qu’il se jette sur moi, mais il était apparemment trop orgueilleux pour me céder et je ne savais pas quoi faire de plus pour le retenir. Ses sourcils se froncèrent alors qu’il enlevait sa main de ma joue.

– Mais moi, je ne suis plus disponible, dit-il avant d’ouvrir la porte et de sortir.

***

Je me moquais de l’homme avec qui je dansais sensuellement sur la piste. Pour oublier le rejet d’Eden, j’avais enchaîner les verres, et accepté les avances de cet homme dont je ne connaissais pas le nom, mais qui lui, voulait bien de moi. Ses mains se promenaient sur mon corps, sans la moindre pudeur, mais cela m’était bien égal.

Sans douceur, il attrapa mon menton, et posa ses lèvres sur les miennes. C’était un baiser brutal, mais il prouvait son désir pour moi. Je n’avais qu’une envie, m’envoyer en l’air et oublier la douceur et les attentions d’Eden, que je n’avais jamais connu jusqu’à maintenant.

Ce fut pourquoi, lorsqu’il m’attrapa la main dans le but de sortir, je ne lui refusais pas et partit à sa suite. Mais brusquement, je me sentis tiré en arrière par une autre main, une main chaude, la main d’Eden… Pourquoi venait-il maintenant ? Qu’est-ce qu’il me voulait ?

– Qu’est-ce que tu fous ! S’écria l’homme qui m’accompagnait.

– Il est avec moi ! Répliqua Eden, le regard noir.

– Je te connais non ?

Il sembla qu’un éclair passa dans son regard et il le reconnu. Levant les mains pour s’excuser, il lui fit un petit sourire avant de se retourner et de rejoindre la piste de danse. Mais alors que je sentais qu’Eden allait parler, je perdis pied et laissait toutes mes questions s’envoler. Je me jetais sur ses lèvres. Sous le coup de la surprise, il se recula de quelques pas, avant de m’encercler et de me serrer contre lui. Mais je me reculais aussi vivement que je m’étais collé à lui. Nous avions trop attendu, et je ne voulais plus prendre le risque de le laisser m’échapper. J’attrapais sa main et le forçais à me suivre, nous dirigeant vers la sortie. Je me moquais de l’idée que tout ceci n’était qu’une fois de plus, le coup d’une nuit. Eden ne s’attacherait jamais à moi. Mais je voulais profiter, au moins une fois de plus, de sa douceur…

– Où est-ce qu’on va ? Me demanda-t-il amusé.

– Je te ramène chez moi ! Répliquais-je, déterminé.

***

Il ne devait pas être loin de 3 heures du matin, lorsque j’entendis Eden se lever, enfiler un vêtement et sortir de ma chambre.

La même vague de tristesse qui m’avait saisit la veille me frappa de plein fouet. Je n’entendis pas la porte d’entrée s’ouvrir et se fermer, mais j’étais trop perdu dans ma douleur pour m’en rendre compte. Je m’assis sur mon lit, les genoux repliés sur ma poitrine après avoir allumé la lumière. Même si j’avais vraiment envie de pleurer, je savais que cette nuit, aucune larme ne viendrait. Je devais m’y faire. Cette douceur et ce semblant d’affection créaient un manque que je n’avais jamais ressenti aussi fortement que maintenant. Cette solitude commençait à me peser de plus en plus, me rappelant de mauvais souvenirs…

Jules n’était toujours pas rentré de son travail et j’avais rongé mon frein toute la soirée pour ne pas l’appeler. Moi qui d’habitude me plongeais à corps perdu dans le travail, je n’avais pas eu le cœur à le faire aujourd’hui après notre dispute du matin. Au lieu d’avancer, j’avais la cruelle impression d’avoir stagné ou pire encore reculé. Il était maintenant près de minuit et c’était très inhabituel qu’il ne soit toujours pas là. Ne tenant plus, j’attrapais mon téléphone et composais son numéro de portable. Après quelques sonneries, il décrocha.

– Morgan ? Un problème ? Me demanda-t-il sans que je n’aie le temps de parler.

Il y avait beaucoup de bruits autour de lui, des sons qui ressemblaient à ceux caractéristique d’un bar.

– Je… Non… Mais vu l’heure, je me demandais si tout allait bien pour toi, me risquais-je à demander.

Je l’entendis soupirer aussitôt, avant qu’il ne me réponde sèchement.

– Tu me fliques maintenant ?

– Non, mais je… Il est tard et je…

– Et quoi ? Je n’ai plus le droit de boire un verre avec mes amis ! S’exclama-t-il, apparemment en colère.

– Tu aurais juste pu me prévenir, je ne me serais pas inquiété pour toi… Risquais-je en pensant tout haut malgré moi.

– Te prévenir… Evidemment. Morgan, soupira-t-il une fois de plus. Ce n’est pas parce qu’on est ensemble qu’on doit tout faire ensemble. Tu ne te rends pas compte, mais tu es vraiment collant ! J’étouffe et c’est chiant !

Et sans que je n’aie le temps de répondre quoi que ce soit, il me raccrocha au nez. Ravalant mes larmes, je montais me coucher seul dans notre lit bien trop grand et bien trop vide. Est-ce que j’en demandais trop à Jules, de l’avoir quelques soirées avec moi ? Et d’être prévenu quand il ne rentrait pas. Mal dans ma peau, je fus incapable de rester longtemps allongé dans ces draps qui ne voulaient pas se réchauffer.

J’allais retrouver la compagnie de mon piano et de mes partitions, mais mon cœur n’était toujours pas à la musique.

J’étais allé me coucher quelques heures plus tard, mais le sommeil ne venait toujours pas, pas plus que Jules qui ne m’avait donné aucune nouvelle.

Ce fut très tôt le matin qu’il arriva, une forte odeur d’alcool le précédent. Je fis semblant de dormir, ne voulant pas l’affronter tout de suite. Mais j’entendis ses vêtements tomber un à un sur le sol. Le lit finit par s’affaisser et une de ses mains glissa directement dans mon boxer, me touchant les fesses sans la moindre pudeur.

Sa bouche se rapprocha de mon oreille alors qu’il murmurait un « j’ai envie de toi Morgan, maintenant ». J’ouvris les yeux, me tournant vers lui. Jules n’était pas un homme à qui l’on pouvait dire non. Ses lèvres recouvrir les miennes dans un baiser féroce. C’était peut être parce qu’il était le seul à toujours revenir vers moi, que je lui pardonnais son côté brusque et égoïste. Jusqu’à maintenant, il était le seul à ne jamais m’avoir abandonné. Je savais qu’il n’allait pas être très doux, à la lueur de désir caractéristique qui éclairait ses prunelles. Mais pour lui, pour qu’il revienne encore une fois, j’étais prêt à tout…

Alors que je me perdais dans ces souvenirs amers, je ne vis pas la porte de ma chambre s’ouvrir.

– Ca ne va pas ? Demanda Eden, surpris de me voir dans cet état.

Je relevais immédiatement la tête, pensant que j’étais en train de rêver. Mes yeux s’écarquillèrent en le voyant. Il n’était pas partit comme tous les autres. Il était encore là et sa présence chassa ma tristesse pour laisser place à une immense joie. Voulant le remercier à ma manière, sans lui répondre, je me levais et plaquais mes lèvres sur les sienne pour un baiser langoureux comme je les aimais. J’entendis un objet tomber sur le sol, mais je m’en moquais. J’étais déjà en train de l’allonger sur lit, me retrouvant au dessus de lui, embrassant son torse.

– Il va falloir que tu m’expliques un jour qui tu es, souffla-t-il alors que le désir s’emparait de lui. Parce que j’ai beau essayé, je n’arrive pas à te cerner.

Je rigolais légèrement, mais n’interrompis pas pour autant ce que j’avais prévu de lui offrir, embrassant son bas ventre. Je ne lui avais pas encore fait de fellation, alors qu’il m’en avait fait par deux fois. Mes mains se posèrent sur son boxer et le lui enlevais avant de poser des baisers papillons sur ses cuisses. Je voulais qu’il n’oubli jamais ce moment et comptait bien me donner à fond, pour lui et uniquement pour lui…

Sa main passait déjà dans mes cheveux, et lorsque ma langue lécha son sexe durci, un de ses gémissements vint ravir mes oreilles. Grisé par ce son, je réitérais mon mouvement, le léchant de tout son long, sans jamais le prendre en bouche. Mes mains caressaient ses cuisses du bout des doigts, attisant son désir.

Je lui faisais de l’effet, et le voir ainsi fébrile sous mes attentions ne faisait que m’encourager. Je voulais lui montrer de quoi j’étais capable. Je voulais ne serait-ce qu’il se rappelle de moi : Morgan, le compositeur qu’il s’était envoyé en l’air, au milieu de tout les autres hommes qui avaient croisés son chemin et qui le croiseraient encore.

Un gémissement plus suppliant que les autres s’échappa de ses lèvres et je décidais d’arrêter de jouer avec lui, le prenant entre mes lèvres. Un cri sortit de sa gorge, Encouragé, ma langue s’enroula autour de son sexe, commençant des vas et viens vigoureux. J’étais plus que satisfait de voir Eden prendre son pied.

Face à toutes ces attentions Eden ne pu tenir bien longtemps, et dans un cri, il se déversa dans ma bouche, haletant.

Je remontais lentement au dessus de moi, satisfait, alors que mon nez vint frotter le sien. Son regard croisa alors le mien et il posa sa main sur ma joue, inversant nos positions.

– Tu es un véritable démon Morgan… Murmura-t-il, avant de reprendre mes lèvres avec fougue.

***

Pour la première fois, j’avais dormis d’un sommeil lourd et profond, sentant la chaleur d’Eden contre moi. Ce fut lorsqu’il s’écarta de moi, me faisant m’allonger sur le dos, s’arrachant à mon étreinte, que je me réveillais à moitié. Grognon, j’attrapais la couverture pour la mettre au dessus de ma tête. Le manque de sommeils des deux nuits d’affilées commençait à se faire sentir.

– Il est quelle heure ? Demandais-je après un moment.

– Huit heures, tu peux encore dormir un peu, où est ta salle de bain ? Souffla-t-il.

– La deuxième porte dans le salon.

Eden rigola légèrement, semblant amusé de me voir ainsi le matin. Vivement, il enleva la couverture et je protestais. Mais je n’eus pas le temps de le faire longtemps, car immédiatement, il me fit taire d’un baiser des plus langoureux. Cet homme allait vraiment réussir à me faire chavirer…

– Quand tu seras décidé à te lever, tu n’auras qu’à me rejoindre… Murmura-t-il, tout contre mes lèvres.

Je rougis, face à cette invitation alléchante, alors qu’il se levait. Mon regard se posa sur son corps nu et ce fut à cet instant seulement que je réalisais qu’une fine cicatrice que je n’avais jamais vu jusqu’à présent lui zébrait le dos. Intrigué, je ne fis aucun commentaire. Ne voulant pas manquer son invitation, je finis par me lever, et allait le rejoindre. Mais mon sang ne fit qu’un tour lorsque je vis qu’il avait ouvert la première porte de mon salon, la porte de ma pièce, dans laquelle se trouvaient mon piano et toutes mes affaires de Light Shade.

– Ce n’est pas ce que tu crois ! M’écriais-je en le découvrant en train d’ouvrir mon petit lecteur cédé.

Il sursauta, et me regarda, totalement surpris. Jamais je ne m’étais senti aussi mal à l’aise. Un sourire amusé étira ses lèvres et il se redressa vers moi, moqueur. J’aurais voulu disparaître dans un trou de souris si cela avait été possible…

– Alors, ça fait quoi de coucher avec son idole ?

Je restais figeais, incapable de sortir un mot. J’étais littéralement en train de mourir de honte et cela amusait énormément Eden, qui continuait d’afficher un sourire moqueur. Il s’approcha de moi et s’arrêta à mon niveau alors que je n’avais pas eu la moindre réaction, détournant le regard.

– Si tu veux, ajouta-t-il en passant ses doigts sensuellement le long de ma mâchoire, on peut le faire en écoutant l’album, je sais que ça excite mes fans.

Il était si près de moi, que je pouvais sentir son souffle sur mon visage. J’étais toujours muet et je rougissais de plus en plus.

– Et à ce que je vois, souffla-t-il, tu es un de mes tous premiers fans…

– J’aime bien votre musique… Finis-je par répondre, d’une toute petite voix.

Eden rigola alors que sa main avait maintenant atteint mon épaule dénudée. Le fait d’être nu devant lui ne m’aidait pas à prendre une certaine consistance.

– Il n’y a que des porters de moi, alors tu dois aimer plus que « bien », murmura-t-il.

Ses lèvres se posèrent sur mon épaule et sous la douceur de ce contact, je fermais les yeux. Un frisson me parcourut alors que ses lèvres remontaient dans mon cou, et sa main se posait sur ma hanche.

– Qu’est-ce que tu préfères dans mon groupe ? Souffla-t-il à mon oreille.

– Ta voix, finis-je par céder dans un murmure, plus fébrile que jamais.

Réalisant seulement après l’avoir dit ce que je venais de lui avouer, j’ouvris brusquement les yeux et m’arrachait à son étreinte, sous son air surpris. Il ne me fallut que très peu de temps pour me retrouver sous la douche, et j’espérais de tout cœur que cet instant prenne fin.

Mais Eden était loin de vouloir me laisser tranquille et ce fut bientôt sa voix que j’entendis avant de le voir, chantant une de ses toutes premières chansons. Mes yeux se fermèrent alors que j’allumais l’eau pour tenter de me soustraire à ce son qui m’enivrait malgré moi. Mais c’était sans compter la ténacité d’Eden qui tira la porte de la douche et se retrouva bientôt si prêt de moi, que sa peau effleurait la mienne, et son chant caressaient mes oreilles pour mieux me torturer. Je fermais à nouveau les yeux, tentant de me contrôler. J’étais dos à lui, et je me refusais à lui faire face.

Cela n’empêcha pas Eden de continuer à se moquer de moi, constatant que sa voix me faisait réellement de l’effet. Et lorsqu’il cessa enfin, dans un petit rire, ses lèvres se posèrent sur ma nuque, et ses mains sur mon bas-ventre. Je pouvais sentir son intimité gonflée se frotter contre mes fesses alors que tout son corps se collait contre moi.

Qu’est ce qu’Eden me trouvait ? Avoir découvert que je n’étais qu’un fan parmi tant d’autre n’avait rien changé à son désir pour moi… Mais combien de temps cela durerait-il ? Combien de temps encore aurait-il envie de moi ? Qu’avais-je de si particulier pour qu’il reste avec moi toute la nuit ? Je n’étais surement qu’un amusement, un passe temps agréable pour lui… Mais pour rien au monde, je n’aurais voulu interrompre cet instant. Même s’il durait quelques nuits, même si ce n’était que pour un temps avec une échéance proche ou lointaine, je garderais toujours, gravé en mon esprit, la sensation d’être possédé par cet homme insaisissable, cet homme qui m’avait fait connaître la douceur sans amour…

***

Ce que nous venions de faire dans la douche me laissait encore pantelant. Eden était à côté de moi, une simple serviette enroulée autour de la taille. Ses cheveux encore trempés, laissaient s’échapper quelques gouttes d’eau qui ruisselaient entre ses omoplates. Mais je n’osais trop le regarder. Cette cicatrice dans son dos m’intriguait mais je ne voulais pas que mon regard insistant amène de questions.

– Est-ce que tu as une brosse à dents à me donner ?

J’ouvris mon petit placard avec précipitation et lui sortit une brosse à dent neuve, encore dans son emballage. Je la lui tendis alors qu’il me regardait amusé.

– Je peux la laisser ici ? Pour les prochaines fois, ajouta-t-il en voyant mon air surpris. Enfin, si tu veux bien.

Je ne pus m’empêcher d’acquiescer avec un sourire et peut être un peu trop d’empressement. Alors, il y aurait des prochaines fois. Mon cœur battait si vite que j’espérais qu’il ne l’entende pas. S’apercevant de ce qu’il venait de provoquer chez moi, Eden reprit la parole.

– Par contre, je tiens juste à être clair avec toi Morgan, dit-il. Je ne veux rien de sérieux, pas d’attachement rien… Juste qu’on prenne du bon temps ensemble, de temps en temps. Et si tu trouves un jour quelqu’un qui te plait, tu ne dois pas hésiter, conclut-il.

J’acquiesçai, n’ayant pas mon mot à dire de toute façon. Je préférais partager, ne serait-ce qu’un peu de temps avec lui, que de ne plus rien partager avec lui. Cependant, alors qu’il mettait du dentifrice sur sa brosse à dent, je me risquais à demander, le regard fuyant.

– Eden, qu’est-ce que tu me trouves… Je veux dire, tu peux avoir n’importe qui et…

Un sourire étira ses lèvres avant qu’il ne réponde.

– Est-ce que tu n’aurais pas l’Alzheimer, parce que les deux dernières nuit que nous venons de passer étaient hallucinantes ! Enfin, je ne sais pas pour toi, mais moi, je prends un pied démentiel.

– Mieux qu’avec Baptiste ? Demandais-je, sans réaliser ce que j’étais en train de dire alors que mon cœur battait la chamade.

Les sourcils d’Eden se froncèrent, et je me giflais intérieurement d’avoir demander cela. J’aurais mieux fait de me taire et de me contenter d’être heureux de sa dernière réplique.

– Comment tu sais pour moi et Baptiste ? Demanda-t-il.

Je ne répondis rien. S’il y a une chose que je ne voulais pas, c’était embrouiller le groupe. Eden soupira face à mon silence, avant de dire :

– Je vois qu’il a fait son Baptiste. Avec toi, c’est moins prise de tête, avoua-t-il.

Il commença à se brosser les dents et je choisis ce moment là pour m’éclipser de la salle de bain, m’avisant de l’heure :

– On devrait se dépêcher, sinon on va être en retard, soufflais-je avant de disparaître de la salle de bain.

***

J’étais tranquillement installé à la cafétéria, profitant du calme qui y régnait avant que tout le monde n’arrive. J’avais rencontré Laura et tout c’était très bien passé, c’était de loin la plus agréable du groupe. J’avais deux réunions prévues avec les deux autres membres du groupe cette après-midi.

Alors que j’étais en train de finir mon assiette, une jeune femme que j’avais déjà vu lors de la célébration de la signature du contrat s’approcha vers moi avec un sourire.

– Bonjour, souffla-telle. Tu dois être Morgan, c’est bien ça ? Me demanda-t-elle avec un petit sourire. Je peux m’asseoir ? Demanda-t-elle avec un petit sourire, pointant la chaise vide en face de moi.

– Bien sur ! Répondis-je avec un petit sourire.

– Je me présente, dit-elle en posant son manteau sur le dossier avant de prendre place. Je suis Liz, la sœur d’Eden.

– Enchanté Liz. Je…

– Je sais qui tu es Morgan, me coupa-telle. Eden m’a déjà parlé de toi, ajouta-t-elle dans un sourire.

– Oh… Soufflais-je, soudain mal à l’aise.

– Ne t’inquiète pas, répondit-elle. Je ne trahirais pas vos petits secrets.

Je rougissais malgré moi, gêné que quelqu’un sache ce que je faisais avec Eden et encore plus sa sœur. J’aurais du m’en rendre compte l’autre jour, elle lui ressemblait beaucoup, il n’y avait aucun doute à ce sujet. C’était une très belle femme.

– En fait, je voulais surtout te prévenir… Fait attention à Baptiste. Il ne te laissera pas prendre son Eden comme ça.

– Je… Je ne veux pas lui prendre, soufflais-je encore plus mal à l’aise.

Elle émit un petit claquement de langue désapprobateur.

– Entre toi et moi Morgan. Tu as l’air de quelqu’un de profondément gentil, alors s’il te plait, fait attention à toi… J’espère que tu sais bien à quoi tu t’engages avec mon frère…

Elle fut interrompu par son téléphone portable qui sonna. Elle regarda brièvement qui l’appelait, mais ne décrocha pas.

– Je suis désolée, souffla-t-elle, je dois y aller. J’espère avoir l’occasion de te parler plus longtemps la prochaine fois !

Et aussi vite qu’elle était venue, elle disparut précipitamment de la cafétéria, me laissant perplexe.

Je savais que cette relation n’était pas sans risque. Je savais que ce n’était pas ce que je voulais. Je voulais d’un vrai couple, pas d’une simple histoire de sexe.

Mais j’aurais été incapable de repousser Eden. Il prenait son pied autant que moi, et il avait couché avec moi par deux fois, en passant une nuit entière chez moi. Alors que ma raison me criait de fuir, mon cœur m’en empêchait, déjà prisonnier sans le savoir des mains d’Eden…

***

J’avais finis mes rendez-vous avec tout les membres du groupe et je devais maintenant établir un planning de travail et leur proposer plusieurs direction. Autant dire que j’avais une montagne de travail à faire. Mais je fus brusquement interrompu par le son de sa voix, au détour d’un couloir. Je glissais timidement ma tête dans l’embrassure de la porte qui était restée ouverte. Entendre Eden chanter en direct, avec sa guitare était encore plus grisant que d’écouter un de ses cd. Je ne l’avais pas revu depuis ce matin, où nous nous étions séparés à l’entrée de la compagnie, ayant chacun des emplois du temps différents. Alors que je pouvais voir danser ses doigts sur les cordes, j’avais du mal à croire ce qui s’était passé entre nous.

Je restais ainsi un moment, sans qu’il ne me remarque, adossé à l’encadrement de la porte, bercé par son chant. Je me laissais même aller à fermer les yeux lorsqu’il cessa brusquement.

J’ouvris les yeux, surpris, pour croiser son regard. Il souriait, amusé de me voir ainsi. J’allais faire demi-tour mais il m’arrêta :

– Et si tu m’accompagnais au piano, dit-il, en me montrant du regard le piano à côté de lui.

Hésitant au premier abord, un sourire illumina mon visage et je me précipitais presque jusqu’au piano. Une fois installé, sous le regard amusé d’Eden, je lui fis un signe de tête pour lui montrer que j’étais prêt.

– Tu veux reprendre le morceau que tu as interrompu ? Lui demandais-je.

– D’accord, me répondit-il avec un sourire en posant sa guitare à côté de lui.

Je pris une grande inspiration avant de me lancer. Je pris quelques libertés sur l’introduction, espérant que cela ne vexerait pas Eden. Je fis tout dans ma musique pour qu’il comprenne à quel moment il devait commencer. Son chant commença et je lui laissais les rênes à ce moment là, jouant mon rôle d’accompagnateur. Je fis tout pour mettre en valeur sa voix, j’avais joué de si nombreuses fois en même temps que leurs albums, que c’était pour moi d’une facilité qui m’étonna. Accompagner sa voix au piano était comme réaliser un rêve et au sourire qu’il me donnait à chaque fois qu’il faisait une pause, je compris qu’il appréciait tout autant que moi.

Nous ne nous interrompions que pour décider du prochain morceau et nous allâmes même jusqu’à enchaîner sans avoir besoin de se concerter. Je savais ce qu’il voulait avant qu’il ne me le demande. Jamais je n’avais pris autant de plaisir à jouer pour quelqu’un.

S’il faisait une erreur, je la rattrapais avec mon piano, s’il n’était pas sur, je le guidais. Cette fois-ci, mes yeux n’étaient pas fermés, non… Ils se perdaient dans le regard azur, d’Eden.

Parfois, je me surprenais à le pousser au delà de ses limites.

Je ne sus combien de temps nous jouâmes, enchaînant les morceaux. Et lorsque nous fîmes une pause, Eden souriait, apparemment ravi de ce que nous venions de faire.

– Il n’y a pas qu’au pieu qu’on est doué ! S’exclama-t-il en m’offrant l’un de ses sourires charmeurs.

Au lieu de détourner le regard gêné, bien que je rougissais, je lui répondis avec un petit sourire.

Eden se pencha et attrapa sa guitare.

– Si tu n’es pas trop fatigué, j’aimerais bien voir comment tu joues de la guitare, dit-il en me la tendant.

– Ca fait longtemps que je n’en ai pas jouer, mais je veux bien essayer, dis-je en l’attrapant.

Nos doigts s’effleurèrent et je frissonnais aussitôt, frisson qui ne passa pas inaperçu aux yeux rieurs d’Eden.

– Tu saurais jouer un de mes tous premiers morceaux ? Ton préféré, par exemple. Me demanda-t-il alors que je prenais mes marques sur sa guitare.

– Laisse-moi juste une minute, dis-je, en cherchant aussitôt les accords.

Cela faisait plusieurs mois que je n’avais pas jouer de la guitare, et j’espérais être au niveau de ce qu’il attendait de moi. Après avoir repéré ce dont j’avais besoin, je lui fis un petit sourire. Puis, je me concentrais, pour ne surtout pas me tromper. Et mes doigts jouèrent avec les cordes, avec la même aisance qu’au piano. Certes, je ne jouais pas aussi bien de la guitare que je jouais du piano, mais je maîtrisais cet instrument après avoir passé des heures et des heures d’entraînements. Sous ses apparences de simplicités, je m’étais rendu compte à l’époque, que c’était loin d’être simple.

Après l’introduction, je me laissais aller à lancer un regard à Eden qui continuait de sourire. Lorsqu’il commença à chanter ma chanson préférée, j’eus l’impression de voler sur un petit nuage. Tout comme lorsque je jouais du piano, nous enchainâmes sur d’autres morceaux, et je me laissais peu à peu aller, à laisser mon cœur jouer de la guitare.

Cependant, lorsque nous arrivâmes à la fin d’une chanson, nous fûmes interrompu par un raclement de gorge. Aussitôt, je me retournais pour croiser le regard mauvais de Baptiste.

– Tu aurais pu me dire que tu cherchais à me remplacer ! Claqua-t-il à l’intention d’Eden.

Eden soupira avant de dire d’un ton bien plus bas :

– Ne dis pas de connerie Baptiste.

De mon côté, je posais la guitare, mal à l’aise de me retrouver au milieu d’une dispute qui allait éclater vu la façon dont Eden et Baptiste se toisait.

– Pourtant ça y ressemble, rétorqua-t-il au quart de tour.

– Crois ce que tu veux, mais laisse nous, répondit Eden, intraitable.

N’en supportant pas plus, je me levais.

– Vous devriez répéter tous les deux, dis-je d’une petite voix.

Leurs regards se tournèrent vers moi, surpris.

– Je ne voudrais pas être à l’origine d’une dispute dans votre groupe.

– Tu n’y es pour rien, souffla Eden, les sourcils froncés.

– Je pense que vous avez des choses à régler tous les deux, et je n’ai pas mal place ici. J’ai du travail à faire alors… Je vous laisse travailler ensemble.

Et sans un mot de plus, ne croisant ni le regard d’Eden et encore moins celui de Baptiste, je quittais cette pièce. Je pris la direction de ma petite salle, mais je n’avais pas vraiment envie de jouer du piano. Eden et moi étions en train de jouer avec le feu. Le fait que nous nous accordions aussi bien dans un lit ou au niveau de la musique était déjà en train de nuire au groupe et c’était à tout prix ce que je devais éviter.

Pourtant, tout comme Eden, j’aurais voulu continuer de jouer avec lui. Je m’accoudais à la petite fenêtre qui donnait sur l’extérieur de la compagnie. Un soupire passa le barrage de mes lèvres. Dans quoi étais-je en train de m’embarquer ?

Je restais ainsi un petit moment, profitant de la fraîcheur de l’extérieur pour me remettre de tout ce qui venait de se passer.

Et alors que j’allais fermer la fenêtre, j’aperçu Eden et Baptiste, se précipitant jusqu’à une voiture. Arrivé devant celle-ci, Baptiste essayait d’ouvrir sa portière, mais il fut brusquement interrompu par Eden qui le plaqua contre la voiture et l’embrassa. A la façon dont se serra mon cœur, je pris peur. Je ne devais pas ressentir ce sentiment. Je ne devais pas être jaloux. Pourtant, c’était bien ce que je ressentais. Je détournais le regard et fermais la fenêtre. Je ne voulais pas voir Eden embrasser un autre homme… Parce que mon cœur battait pour lui, parce que j’aurais du faire attention le début, parce que je commençais déjà à avoir des sentiments pour lui.

Ma raison, Eden, Baptiste et Liz avaient tenté à leur manière de me prévenir. Mais je l’avais déjà trop laissé s’approcher de moi… Je devais m’éloigner de lui. Je devais mettre fin à cette relation. Je ne devais plus céder. Un plan cul régulier n’était pas fait pour moi. Et pourtant, cette simple idée me semblait insurmontable. Serais-je capable de lui dire non ?

Je devais l’oublier, je devais effacer de ma mémoire ces dernières 48 heures. Nous étions trop différents, et nous étions très loin de vouloir la même chose. Eden n’était pas fait pour moi, et je n’étais pas fait pour lui…

***

J’étais allé en boîte cette nuit-là et j’avais cédé au premier inconnu, plus vieux que moi. Il était rare que je passe la nuit chez mes coups d’un soir, mais ce soir là, je ne m’étais pas sentis de le ramener chez moi. Je n’avais pas envie d’y aller. Ma chambre était encore empruntes de souvenirs que je ne parvenais pas à oublier.

J’avais couché avec cet homme, exigeant et un peu trop brutal. J’avais cédé à ses vices, sans sourciller. Mais je ne pouvais le nier, cela n’avait rien à voir avec le plaisir que j’avais pris avec Eden. Ce que j’avais vécu avec lui m’avait trop marqué.

Je me sentais même plutôt mal de ce que je venais de faire. Mon amant d’une nuit dormait à poing fermé à côté de moi. Ce rythme de vie que je menais n’était pas sain et ne menais à rien. Mais le pire dans tout cela, c’était que toute la soirée, mon esprit avait été envahi d’images d’Eden et Baptiste ensemble.

Je chassais ses pensées, sortant du lit, surpris de le quitter pour la première fois et de faire la même chose que tous les autres hommes avaient fait avec moi.

Je ramassais toutes mes affaires et pris la liberté d’aller prendre une douche. Mais alors que je sortais de l’eau brûlante, j’entendis mon téléphone portable sonner. Me séchant le plus vite possible, j’attrapais mon téléphone, priant pour que la sonnerie n’ait pas réveillé l’homme chez qui j’étais.

– Morgan ! Dieu merci tu réponds ! Je ne te réveille pas j’espère.

– Non ! M’exclamais-je, trop heureux d’entendre la voix de mon meilleur ami. Qu’est-ce qui se passe ? Demandais-je inquiet.

– Je suis rentré ! Mais… J’aurais un service à te demander. Il y a une grève de bus et les taxis sont pris d’assaut. En gros, je suis coincé à l’aéroport… Tu saurais venir me chercher ?

– Tu es de retour ! M’exclamais-je.

– Oui et pour un moment ! Répondit-il.

– Ne t’inquiète pas, je viens. Laisse moi juste le temps d’arriver.

– Tu me sauves Morgan ! Je t’attends devant le dépose-minute.

– A tout de suite, soufflais-je, un sourire étirant mes lèvres.

Après avoir raccroché, je me précipitais pour enfiler mes vêtements. Je devais encore courrir chez moi pour prendre ma voiture.

Joshua, mon meilleur ami, celui qui me connaissait depuis des années, était de retour de son voyage à travers le monde. J’oubliais aussitôt tous mes soucis, j’allais le retrouver. Et nous avions tellement de choses à nous raconter…

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