Ne pars pas – Chapitre 15

Chapitre 15 écrit par Lybertys

Jules m’embrassait toujours passionnément lorsque j’entendis des pas dans le couloir. J’ouvris les yeux et je croisais le regard de Baptiste qui nous regardait surpris. Mal à l’aise, je repoussais Jules, mettant fin au baiser et attrapais sa main, le guidant hors du label. Mon cœur se serra en voyant qu’il entrait dans la pièce où quelques instants plus tôt je me trouvais avec Éden.

Je chassais cette jalousie qui n’avait pas sa place, surtout au vu de la situation dans laquelle je me trouvais. J’étais avec mon petit ami, et je devais me consacrer exclusivement à lui. Éden n’y avait pas sa place. Alors pourquoi tout mon être me criait de lâcher la main de Jules et d’aller le rejoindre ?

Parce que j’étais terrifié par tout ce que représentait Éden… Avec Jules, je retrouvais une certaine sécurité. Il était prêt à m’offrir tout ce qu’Éden me refusait. Avec Jules, nous pouvions véritablement construire quelque chose à deux. J’étais le seul qui y mettait un frein.

Éden avait été clair, il ne pourrait me rendre mon amour. Il en aimait un autre, il ne voulait pas entendre parler de couple. Et lorsque j’avais osé lui demander de ne pas aller voir ailleurs et de mettre un nom sur ce que nous faisions, je n’avais réussi qu’à l’éloigner. Avec lui, je n’avais pas la moindre certitude. J’avançais vers l’inconnu et je vivais chaque moments avec lui en craignant toujours que ce soit le dernier. Mais il était le seul qui arrivait à me faire vibrer ainsi, et je me perdais dans cette tendresse qu’il m’offrait. Je l’aimais. J’aimais sa douceur, son esprit libre et insaisissable. J’aimais la manière dont il couchait avec moi. Même si cela n’avait commencé que comme une histoire de sexe, j’avais toujours eu l’impression qu’il me faisait l’amour. Jamais il ne m’avait fait souffrir physiquement et durant ce week-end passé avec lui, il n’avait jamais cherché à me forcer, même si j’avais pu lire dans ses yeux combien il avait désiré aller plus loin.

Mon regard se posa sur Jules qui marchait à côté de moi, sa main toujours accrochée à la mienne. Jules n’aurait jamais prit tant d’égard. Jules était un de ceux qui profitait de mon caractère docile.

J’étais perdu. Je savais que cette situation ne pourrait pas durer éternellement.

***

La porte venait de claquer. Il avait du partir pour une urgence à l’hôpital, mais j’étais certain que cela n’aurait rien changé. Jules m’avait offert un parfait début de soirée. Il m’avait amené dans un restaurant romantique et avait été aux petits soins avec moi. Il n’avait rien à voir avec l’homme froid et autoritaire qu’il avait été dans la salle de répétition. Je l’avais ramené chez moi et lui avait proposé d’y passé la nuit. Jules avait accepté et après avoir regardé un film tous les deux, nous étions allés dans la chambre et nous avions couchés ensemble. Cette fois-ci, je l’avais forcé à ralentir et surtout à me préparer un minimum. Certes, il prenait beaucoup moins de précaution que Éden, mais je n’avais pas souffert plus que ce dont j’avais été habitué.

Mais le naturel de Jules était vite devenu au galop et s’il avait pris son plaisir, je n’avais pas pu jouir et il ne semblait même pas l’avoir réalisé. Il s’était allongé à côté de moi en se collant contre mon corps et avait lâché un soupire de satisfaction.

Avant, je m’en serais contenté. J’aurais simplement été heureux d’avoir fait l’amour à cet homme. Mais depuis que j’avais connu Éden, je n’arrivais plus à m’en satisfaire. J’avais déjà pris mon pied avec Jules, mais ces fois se faisaient trop rares…

J’avais aussi pris du plaisir avec tous les autres hommes que j’avais ramené chez moi. Après Jules, j’étais devenu dépendant de ces sensations. Mais cette petite chose en plus que m’avait apporté Éden, cette alchimie physique que je ne ressentais qu’avec lui et sur laquelle je ne savais donné de nom rendait tout le reste fade et incomplet.

Je finis par me lever dans un soupire et allais prendre une douche. L’avoir vu partir sans se rendre compte de mon état m’avait coupé l’envie.

J’allais ensuite m’installer devant la télé dans un soupire. Josh était sorti avec Liz. Je n’osais pas contacter Éden, surtout après ce qui venait de se passer. J’avais trop honte. Et je n’avais pas le goût à aller jouer de la musique. Je me laissais finalement captiver par une série, me laissant porter par l’intrigue.

Ce fut une petite heure plus tard que j’entendis mon téléphone portable sonner. Surpris, je fronçais les sourcils, me demandant qui pouvait m’envoyer un message à une heure pareille. Mon cœur fit un bond dans ma poitrine lorsque je vis qu’il s’agissait d’Éden. Fébrilement, j’ouvris le message pour y lire un simple « Tu fais quoi ? ». Je choisis de répondre d’un simple mot « Rien… ».

Immédiatement, il me répondit :

« Tu n’es plus avec ton petit ami ? »

J’avais envie de le voir, envie de lui dire de venir ou d’aller chez lui, mais je n’osais pas.

« Non, il est parti et toi, tu fais quoi ? »

J’espérais qu’il comprenne mon invitation. J’avais envie de le voir. Et je me moquais qu’il soit tard. Il lui fallut moins d’une minute pour répondre :

« Joshua dort chez Liz, chez toi dans 15 minutes ? »

Je répondis un simple « Ok », mais qui traduisait très mal le bonheur qui m’envahit. Cette nuit, il voulait la passer avec moi… Tout comme la veille et la nuit d’avant. Il avait l’air de le vouloir, autant que moi. D’un bon je me levais pour ranger un peu mon appartement, changer mes draps et troquer mon pyjama pour une chemise et un pantalon simple. J’eus à peine le temps de finir que j’entendis Éden tambouriner bruyamment à la porte.

J’allais lui ouvrir le sourire aux lèvres et sans attendre Éden plaqua ses lèvres sur les miennes, me faisant reculer de quelques pas. Surpris, je ne fis rien pendant un temps, avant de passer mes bras autour de son cou et de le serrer contre moi. Sa langue avait un goût d’alcool et il ne semblait pas avoir bu qu’un seul verre. Mais je n’eus pas le temps d’y penser. Vivement, il referma la porte et me plaqua dessus avant de descendre ses lèvres dans mon cou, suçant ma peau avec fièvre. Un cambrement violent secoua mon corps tandis qu’il passait ses mains sur mes fesses. Comment pouvait-il me rendre fou aussi rapidement.

– Tu es complètement saoul… Soufflais-je sans un gémissement.

– Et alors ? Demanda-t-il en posant l’une de ses mains sur mon sexe qui commençait déjà à se durcir.

Un nouveau gémissement s’échappa de mes lèvres et je dus caler ma tête dans son cou alors qu’il commençait à me masturber. Mes mains se posèrent sur ses épaules, se crispant à chaque vas et viens plus insistants.

– Je t’interdis de t’endormir après m’avoir chauffé comme ça… Gémis-je en me cambrant de tout mon long.

Éden éclata de rire et augmenta le rythme. Je fus incapable de tenir bien longtemps et je me libérais dans sa main en gémissant.

D’un air provocateur, Éden ramena sa main à sa bouche et commença à lécher ma semence. Il n’en fallut pas plus pour éveiller à nouveau mon désir. Se rendait-il compte du pouvoir qu’il avait sur moi. Sans perdre de temps, je repris ses lèvres avec fougue avant de le plaquer contre le mur. Sous le choc, plusieurs cadres tombèrent au sol, le verre se cassant en milles morceaux, nous faisant sursauter. Nous regardâmes dans la même direction avant d’éclater de rire tous les deux.

Mais bien vite, nos regards se croisèrent et nos lèvres ne tardèrent pas à se retrouver avec fièvre.

Enivré, Éden me fit reculer de quelques pas, avant de me plaquer contre la commode. Là encore, plusieurs objets tombèrent sur le sol, mais nous ne nous en préoccupions pas. Ses mains passèrent sur le col de ma chemise blanche et vivement, il l’ouvrit, faisant tomber les boutons sur le sol. Jamais je ne l’avais vu aussi désireux. Était-ce à cause de cette forme d’abstinence forcée de ce week-end ? Dans tous les cas, j’étais tout aussi en feu que lui par le simple regard qu’il posait sur mon corps. Ses mains se posèrent sur mon torse, mordillant légèrement mes tétons durcis de plaisir. Mes mains passèrent dans son dos et je balançais la tête en arrière, ne pouvant me retenir de gémir.

_ J’espère que ton petit ami ne t’a pas épuisé parce que je ne suis pas prêt à te laisser dormir cette nuit, souffla-t-il, avant de passer sa langue dans mon nombril.

Et sans attendre, il referma ses bras autour de mon corps et m’emmena dans ma chambre. Mais après tout ce qu’il venait déjà de m’offrir, je choisis alors de mener la danse. Il était le seul qui avait réussi à me donner cette impression de confiance et d’oser agir tout autant que lui. Après tout ce qu’il avait fait pour moi ce week-end et la patience qu’il avait eu, accompagné de toutes ses attentions, je voulais le remercier à ma manière. Le regard décidé, je le fis tomber sur le bord du lit avant de me mettre à genoux devant lui. Il ne tarda pas à se tenir nu devant moi alors que je regardais son intimité gorgée de désir. De la manière la plus sensuelle possible, je m’abaissais pour déposer de légers baisers dessus. Mes mains remontèrent le long de ses cuisses et je pus entendre sa respiration s’accélérer de plus en plus alors que mon cœur battait la chamade. Lorsque je posais un énième baiser sur son gland, un gémissement s’échappa de ses lèvres et je le vis fermer les yeux sous le plaisir ressenti. Ne tenant plus, je le pris alors en bouche, si profondément que le corps entier d’Éden se crispa. C’était la première fois que je le prenais ainsi, et il me semblait que cela provoquait l’effet escompté. Des gémissements aigus, que je n’avais jamais entendu de sa part, s’échappaient de ses lèvres. J’étais décidé à lui faire prendre son pied, et égoïstement à ce qu’il s’accroche à moi.

– Morgan, c’est trop bon, souffla-t-il dans un gémissement en posant sa main sur ma tête.

Au de son sa voix, grisé, j’intensifiais le mouvement, rendant mes vas et viens tellement rapides qu’il ne pus tenir et éjacula dans ma bouche dans un râle à la limite du cri.

Éden se laissa tomber sur lit, tentant de se remettre de l’orgasme que je venais de lui donner. Je ne pus m’empêcher de rigoler, amusé de le voir dans cet état. Sans attendre, j’enlevais mon jean et mon boxer et vivement, je vins me mettre à califourchon au dessus, envahi d’une audace que je n’avais jamais connu chez moi. Ses yeux étaient toujours fermés.

– Hey ! M’écriais-je en passant ma main dans ses cheveux, interdiction de t’endormir je t’ai dit !

Éden rigola et ouvrit les yeux. Sa main remonta le long de mon dos alors qu’il se redressait en même temps pour happer mes lèvres. Mes bras entourèrent son cou et je fis un mouvement du bassin, touchant son intimité avec la mienne.

– J’ai l’impression que je me suis trompé d’appart… Souffla-t-il tout aussi étonné que moi de me voir si séducteur.

J’éclatais de rire, évacuant ma gêne et Éden inversa nos positions. Il se retrouva au dessus de moi, mes jambes encerclèrent ses hanches. Je ne tenais plus, je le voulais en moi, maintenant. Mais Éden avança deux doigts à sa bouche et je l’arrêtais alors, de légères rougeurs sur les joues.

– Éden… Il n’y a pas besoin…

Éden fronça les sourcils et il lui fallut de longues secondes pour comprendre enfin. J’avais couché avec Jules et j’étais suffisamment détendu pour me passer d’une préparation. J’étais de toute façon incapable d’attendre une minute de plus. Je voulais qu’il me possède, qu’il me fasse me sentir vivre comme il avait l’art de le faire.

– Tu… Tu es capable de… Fit-il hésitant, où c’est comme hier…

Touché comme jamais par tant de précaution et d’attention, mon cœur s’emballa.

– Non… Vas-y, soufflais-je en passant ma main sur son torse.

Et pour l’aider à se décider, je me relevais et pris fougueusement ses lèvres. J’en avais envie autant que lui et lorsque je me rallongeais sur le lit, je sus qu’il me cédait. Ses mains attrapèrent mes hanches brusquement et il me rapprocha de lui, soulevant mon bassin à l’aide de ses genoux. L’une de ses mains alla se caler dans le creux de mon dos, tandis que l’autre était posée près de ma tête pour me soutenir. Un dernier baiser et il me pénétra, avec cette même douceur qui le caractérisait tant.

Cela n’avait rien à voir avec Jules, rien à voir avec tous les autres hommes qui étaient passé dans mon lit. Je grimaçais, m’habituant à sa présence, mais je ne souffrais pas. Sans attendre, Éden démarra ses coups de rein, mais je sentais qu’il restait attentif à toute apparition de douleur. Mais je ne pus que me cambrer de plaisir, lâchant un gémissement, ivre de ce feu qu’il allumait en moi.

Ce fut à cet instant précis qu’Éden débrida son propre désir. Alors que je me perdais dans toutes ces sensations, il intensifia ses coups de reins et je lâchais alors mon premier vrai cri. Mon corps s’arquait et se tordait et je n’en n’étais plus maître. Mes jambes enserraient sa taille fortement et il posa sa tête sur mon torse, gémissement à son tour.

Les vagues de plaisir déferlaient en moi, terriblement dévastatrices. Mes mains serraient les draps tandis que nos corps commençaient à perler de transpiration. L’orgasme vint bientôt prendre place entre nous et ce fut dans un déhanché plus fougueux que les autres que nous éjaculions dans le même cri.

La respiration saccadée, il se retira avant de s’écrouler près de moi, gardant le contact en posant sa main sur mon torse. Je me tournais vers lui dans un sourire après quelques instant, tentant de m’en remettre, mais un rire s’échappa de mes lèvres en réalisant qu’il dormait d’un profond sommeil…

***

Je me réveillais un peu avant Éden, appréciant toujours autant la chaleur de son corps contre le mien. A ses côtés je me sentais serein.

Je me redressais légèrement et mon regard glissa sur son dos nu. La couverture remontait jusqu’à ses reins. Mon cœur s’emballa comme à chaque fois que je posais mon regard sur lui. Lorsqu’il dormait ainsi, son visage si paisible avait presque un air enfantin et naïf. Mais ce qui attira mon attention fut cette cicatrice qui zébrait son dos et sans trop réfléchir, ma main se posa dessus en une douce caresse. Est-ce que cette cicatrice dont il n’aimait pas parler avait un rapport avec Lucas ? Ce geste du réveiller Éden et sentant aussitôt son trouble, je retirais ma main en soufflant un « désolé » surpris.

– C’est rien, répondit-il en se relevant sur ses coudes, passant ses mains sur son visage, j’ai un de ces mal de crâne…

– Tu es sorti avec Liz et Joshua hier ? Demandais-je en me rallongeant sur le dos.

– Au départ, j’étais avec Baptiste puis ils nous ont rejoins oui… Et ton frère s’est même excusé… S’il savait ce que je suis venu te faire juste après…

Je restais jaloux à l’idée qu’il soit sorti avec Baptiste, mais cette jalousie était vite remplacée par le fait qu’il soit venu me rejoindre après. Lentement, il vint se rallonger sur moi, calant sa tête dans mon cou, comme il aimait si souvent le faire. Je l’enlaçais presque immédiatement avant de déposer un baiser sur son épaule.

– De toute façon, si je lui dis, il me tue et si je ne lui dis pas, il me tuera aussi donc… Soufflais en haussant les épaules.

– Je n’arrive pas à comprendre comment il peut te laisser avec un crétin pareil et me détester à ce point, dit-il.

– Ce n’est pas un crétin… Répondis-je mal à l’aise.

– Excuse-moi, mais te prendre aussi violemment à tel point que ça te fait des bleus et t’humilier de la sorte sur ton lieu de travail… Si ce n’est pas un crétin c’est quoi ? Dit-il plus durement en relevant la tête pour croiser mon regard.

Je le fusillais du regard, mais ce n’était pas uniquement parce qu’il critiquait Jules, mais aussi parce qu’en le faisant, il me jugeait et j’avais honte de ce trait de caractère faible que j’avais. Un soupire s’échappa de ses lèvres.

– Ok, on ne parle pas de lui, concéda-t-il en retrouvant sa place dans mon cou.

Plusieurs minutes passèrent sans que nous ne parlâmes. J’étais assez mal à l’aise parce que nous venions d’aborder, mais Éden finit par reprendre la parole.

– Si tu ramènes ton copain ici, et qu’il tombe sur un de mes messages, ça ne va pas le faire… Dit-il amusé.

– C’est pour ça que dorénavant on le fera chez toi, et plus de messages… Répondis-je en glissant mes doigts sur son tatouage.

– Ou on pourrait parler en langage codé.

Il releva la tête, semblant amusé par cette idée.

– Voyons voir… Si je te dis « La répétition est décalée d’une heure », ça voudra dire qu’il faut qu’on se voit.

– N’importe quoi ! M’exclamais-je en riant.

– Mmmh « Rendez-vous au Label », ça sera pour aller chez moi, et « Rendez-vous à la salle », pour aller chez toi.

– Et si un jour la répétition est vraiment décalée ? Dis-je en souriant.

– Et bien attends-toi à me voir débarquer excité.

J’éclatais de rire en imaginant la situation, avant de me relever, mettant fin à notre étreinte.

– Allez, vient déjeuner, avant d’aller à la salle parce que la répétition est avancée, soufflais-je en attrapant mon boxer.

Il éclata à nouveau de rire avant de se lever à son tour.

– Ok pour le déjeuner, mais le reste, je ne peux pas, je dois aller chercher mon neveu à l’école, je lui dois une leçon de guitare.

J’acquiesçais et lui tendis son pull, me souvenant de ce Noël que nous avions passé dans sa famille. Nous nous habillâmes vivement puis sortîmes de la chambre. Mais alors que nous allions aller dans la cuisine, nous entendîmes la porte d’entrée s’ouvrir. Aussitôt, sans réfléchir, je fis vivement entrer Éden dans la petite salle, fermant la porte. Deux secondes plus tard, Joshua débarquait dans le salon.

– Putain Morgan, c’est quoi ce bordel ! S’écria Joshua énervé en découvrant l’étant dans lequel nous avions laissé le salon cette nuit.

– Je… Désolé.. Dis-je en priant pour que rien ne nous trahisse.

– Et bien, ça y est, toi et Jules c’est repartit comme avant à ce que je vois.

– Oui, oui… Répondis-je gêné en me baissant pour ramasser les objets tombés de la commode. Tu as dormis chez Liz ? Demandais-je en changeant volontairement de sujet.

– Oui, dit-il dans un petit sourire.

Il regarda sa montre avant d’ajouter :

– J’ai encore quelques heures avant d’aller au boulot. On mange ensemble ? Me demanda-t-il.

– Avec plaisir, répondis-je enjoué.

– Je vais prendre une douche, pendant ce temps, si tu pouvais remettre un peu d’ordre dans le salon…

J’attendis d’être certain qu’il soit bien sous sa douche pour aller chercher Éden. J’ouvris la porte de ma pièce.

– C’est bon Éden, tu peux…

Mais je ne terminais pas ma phrase. Éden se tourna vers moi, et je compris à la seconde ce qui se passait. Mes yeux passèrent du mur vide autrefois recouvert de posters à Éden qui semblait très mal prendre la chose. Je voulus faire un pas vers lui, mais immédiatement, il passa près de moi.

– J’y vais, à plus tard.

Et sans attendre, il sortit de l’appartement.

***

Après avoir remis le salon en ordre, j’avais partagé un repas avec Joshua et je m’étais rendu au label ou j’avais pu avancer mon travail en retard. Cependant, mes pensées étaient une fois de plus tournées vers Éden et la réaction qu’il avait eut en découvrant mes murs vidés de tous ces posters. J’avais tout jeté, même leurs albums. J’avais voulu qu’il disparaisse de ma vie. Mais malgré tout cela, j’avais été incapable de l’oublier. Il en avait pourtant eu la preuve en revenant ici…

Je m’étais ensuite rendu à notre séance de travail avec le groupe la boule au ventre, ne sachant pas vraiment comment il allait agir avec moi. Comme à son habitude il était en retard, ce qui valu des moqueries du groupe. Il ne tarda cependant pas à arriver, nous retrouvant en train de répéter un des morceaux du nouvel album. Il était accompagné de son neveu, Théo.

– Sérieux Éden, souffla Laura dans une grimace, tu penses qu’un jour tu pourras être à l’heure.

– C’est la faute du petit ! S’écria-t-il vivement.

– C’est même pas vrai ! S’insurgea Théo en lui donnant un coup.

Éden rigola légèrement et alla saluer les membres du groupe. C’est à ce moment-là seulement qu’il croisa mon regard. Immédiatement son sourire disparu et il alla s’asseoir près de Baptiste, tentant de faire comme si rien ne clochait. Je pris assez mal cette attitude, mais je ne fis aucun commentaire.

– Alors… Souffla-t-il dans un sourire… Comment s’est passée ta nuit ?

Sans attendre, les joues du roux devinrent rouges et il évita son regard. Pour ma part, la jalousie revint au galop, mais je n’étais pas en position de me permettre de tels sentiments.

– Ah je le savais ! S’écria-t-il avant d’éclater de rire, tu caches bien ton jeu Monsieur « Non, je ne suis pas venu là pour draguer » !

– Draguer qui ? Demanda Kelly, en levant immédiatement la tête.

– Un blondinet, hier en boite. Il était vraiment pas mal.

– Tu ne peux pas la fermer ! Râla Baptiste en lui donnant un coup d’épaule.

Mais vivement, il passa un bras autour de son cou, amusé.

– Avec tout ce que j’ai fait pour que tu lui parles, j’espère qu’il valait le coup ! S’écria-t-il dans un large sourire.

Baptiste lâcha un soupire, vaincu.

– Oui, j’ai pris mon pied…

– Surveille ton langage, il y a un enfant ! Répliqua-t-il en passant sa main dans ses cheveux.

Je détournais le regard, ne supportant pas de les voir aussi proches. Éden m’ignorait parfaitement et je n’aimais pas cette attitude. En réalité j’étais perdu et j’avais finalement du mal à gérer toute cette situation.

– Dis Éden ! S’exclama soudain Théo, pourquoi tu vas pas embrasser Morgan vu que c’est ton copain ?

Je me crispais aussitôt. Autour de nous, tout le monde ricana, mais je n’osais pas croiser le regard d’Éden. Ainsi donc, j’avais ma confirmation, tout le monde était au courant de ce qu’il s’était passé entre nous. Par chance, leur manager entra dans la salle, coupant court à notre gêne.

– Excuse-moi Morgan, je peux te les emprunter deux secondes ?

– Euh… Oui, vas-y, répondis-je, ayant du mal à cacher mon trouble.

***

Je me retrouvais à travailler seul dans la salle du groupe. Tout le monde était partit, même Éden qui devait raccompagner son neveu chez ses parents. J’étais installé au piano en train de jouer ce dernier morceau que Liz m’avait subtilisé pour le donner à Éden. Le directeur avait adoré ce qu’il en avait fait et l’avait rajouté à l’album, voulant en faire aussi l’un des singles.

Ce fut concentré au milieu de cette mélodie, que j’entendis quelqu’un frapper à la porte. Je fus surpris de voir Liz ouvrir la porte quelques secondes plus tard.

– Salut Morgan, souffla-elle en rentrant et en parcourant la salle du regard.

– Si tu cherches Éden, il est parti, répondis-je.

– Non, c’est toi que je suis venu voir, dit-elle dans un sourire avant de prendre une chaise et de venir s’asseoir à côté de moi.

Je la regardais, surpris, mais n’osais pas faire de commentaire.

– Ne t’arrête pas, termine ce morceau. Je crois que je ne me lasserais jamais de l’écouter, souffla-telle dans un petit sourire.

Je cédais, reprenant le morceau depuis le début et Liz m’écouta en fermant les yeux, ne bougeant pas d’un pouce jusqu’à ce que je termine.

Je refermais mon cahier de partition avant de croiser son regard.

– Je… Merci de nous avoir couverts hier soir, soufflais-je. Je suis désolé de te mettre dans une telle position avec Joshua…

J’entendis Liz soupirer avant qu’elle ne me répondre.

– Morgan… Combien de temps va durer cette situation ? Parce que tu sais tout comme moi que Joshua va finir par l’apprendre et Jules…

– Je sais tout ça. Je… Dis-je hésitant.

– Tu quoi ? Insista-t-elle.

Je me passais une main sur mon visage avant de répondre le regard fuyant :

– Je suis perdu Liz… Je… Je n’arrive pas à en vouloir à Éden, mais j’ai peur, j’ai peur qu’il parte à nouveau et que… Mais je n’arrive pas à m’arrêter avec lui et je m’en veux de ce que je fais à Jules alors que…

J’avais beaucoup de mal à trouver mes mots. Liz me regardait, sérieuse.

– Et si tu avais un choix à faire Morgan ? Tu choisirais Jules ou mon frère ?

Aussitôt, Éden s’imposa à mon esprit. Ce n’était pas ma raison qui parlait mais mon cœur.

– Si je me séparais de Jules, ça ferait fuir Éden.

– Quoi ? S’exclama Liz. Mais enfin qu’est-ce que tu racontes !

– Si je lui révélais vraiment ce que je ressens pour lui, il partirait en courant comme la dernière fois Liz. Et je… Je ne le supporterais pas une deuxième fois… Avouais-je en sentant mon cœur se serrer.

Liz se mordit la lèvre inférieure, avant de répondre :

– Tu sais, même si Éden a fuit, au final il est revenu… Il est revenu vers toi Morgan, chose qu’il n’a jamais fait depuis Lucas.

Elle fit une pause avant de poursuivre dans un petit sourire :

– Je connais mon frère Morgan, et tout ce qu’il veut, c’est que tout redevienne comme avant. Quand tu étais amoureux de lui

Je la regardais surpris. Même si je voulais y croire j’avais du mal à m’en convaincre.

– Je sais que c’est assez paradoxal, dit Liz amusée. Il clame haut et fort à qui veut l’entendre qu’il ne veut pas d’attache. Mais il s’est attaché à toi Morgan…

Je détournais le regard, assimilant toutes ses paroles.

– Tu as déjà fait ton choix…

– Qu’est-ce que tu veux dire ? Dis-je en fronçant les sourcils.

– Si on y regarde de plus près, c’est avec Éden que tu as une relation de couple et pas avec Jules.

– Un « couple » ? Dis-je alors que ce mot sonnait amèrement dans ma bouche. Est-ce que tu crois qu’un jour il sera capable de mettre ce mot sur notre relation ?

Liz se leva, et attrapa son sac qu’elle avait posé à côté de mon piano.

– Les mots ne sont pas si importants Morgan. Je sais qu’il faut être patient avec lui mais… Mais ce que je te demande c’est juste d’essayer de lui faire confiance encore une fois…

***

J’avais une nouvelle fois craqué. Et je savais que même si Jules était disponible ce soir-là j’aurais agis exactement de la même manière. J’avais envie de voir Éden mais aussi de m’expliquer avec lui concernant les posters. Je savais que cela l’avait affecté et je voulais mettre les choses au clair.

Sans vraiment réfléchir, j’étais allé louer plusieurs dvd et j’avais acheté un paquet de pop-corn. Ce n’était qu’après que j’avais osé envoyer un simple texto.

« La répétition est avancée… »

Le cœur battant, j’attendis sa réponse qui ne tarda pas :

« Rendez-vous à la salle »

Un sourire étira mes lèvres et il ne me fallut que quelques minutes pour arriver devant sa porte et frapper timidement. Éden m’ouvrit avec un sourire mais il se figea en me voyant, les bras chargés de DVD et de Pop-Corn.

– Je me suis dit qu’on pourrait les regarder, dis-je en lui tendant les boîtiers.

– Pour… Une soirée DVD ? Demanda-t-il surpris.

– Euh… Oui…

Une grimace étira ses lèvres et il se cala dans l’embrasure de sa porte.

– Je crois que tu n’as pas très bien compris, souffla-t-il moqueur, je suis censé être ton amant. Tu as ton copain pour faire ce genre de chose…

Je pris très mal cette remarque et immédiatement mon regard se durcit. Liz avait tord. Éden ne serait jamais prêt et je commençais à me demander combien de temps je serais capable d’attendre.

– Tu sais quoi, tu as raison ! Dis-je en me retournant, je vais aller le retrouver.

J’entendis un soupire s’échapper de ses lèvres. Liz avait tort. Éden ne voudrait jamais la même chose que moi. Et ce qui l’intéressait était finalement plus nos parties de jambes en l’air. Il ne voulait pas que tout redevienne comme avant.

Mais alors que j’allais m’engager dans les escaliers, Éden me rattrapa en passant ses bras autour de ma taille.

– Attends, dit-il en calant sa tête dans mon cou, tu peux rester ce soir.

– Ne t’oblige surtout pas ! Répliquais-je agacé.

– Reste.

Et sans attendre, il embrassa ma joue. Ce simple baiser rompit mes barrières et je ne pus résister longtemps, tournant la tête. Nos lèvres se retrouvèrent, enlacés dans un de ces moments de douceur qui ne faisait que me rendre encore plus dépendant de lui. Sa prise autour de ma taille se resserra tandis que nos langues se rencontraient, savourant ce même frisson qui me secouait lorsque nous nous donnions ce genre de baiser…

Lorsque l’air vint à nous manquer, il laissa son nez frotter tendrement le sien. Lorsqu’il agissait ainsi avec moi, Éden pouvait faire ce qu’il voulait de moi…

– Tu boudes toujours par rapport à ce matin ? Lui demandais-je d’une petite voix, cherchant les raisons d’un tel rejet.

Mais il était décidé à ne pas parler de cela. Il attrapa un autre DVD et se recula, retournant vers son appartement.

– Tu as choisi mes deux préférés… Souffla-t-il en changeant de sujet, je crois qu’on va les regarder tous les deux…

Il rentra dans l’appartement, prenant la direction de la cuisine, sûrement pour préparer le pop-corn. Un sourire étira mes lèvres et je le suivis, fermant la porte d’entrée et enlevant mes chaussures. Lorsque j’allais le rejoindre, je ne fis aucune remarque…

***

Nous avions fini par regarder les deux films qu’il avait choisit avant de faire l’amour passionnément. Chaque nouvelle fois avec lui était des plus magiques et j’avais du mal à saisir l’emprise qu’il avait sur moi. Comme à mon habitude, je cherchais à le combler, à le mener au summum de son plaisir et je le faisais avec d’autant plus d’envie, qu’il cherchait à faire la même chose pour moi…

Il était allongé sur moi, sa tête reposant son mon ventre, embrassant mon nombril. Ma main passait et repassait dans ses cheveux tandis que, le regard perdu dans le vide, les paroles de Liz venaient et revenaient dans mon esprit. Est-ce que je pouvais réellement lui faire confiance à nouveau ? Il me l’avait pourtant dit lui-même, il ne pourrait jamais me retourner mes sentiments. Il refusait l’idée de couple. Et paradoxalement, il s’attachait à moi. Ce qui s’était passé lorsque j’étais arrivé chez lui me le prouvait, dévoilant son combat intérieur. Et quelle place avait Jules dans tout cela ?

– Laisse-moi deviner, souffla-t-il amusé, tu te demandes pourquoi tu restes avec ton crétin de petit-ami, alors que tu prends ton pied comme jamais avec moi…

Je ne pus m’empêcher de rire, et mon regard croisa le sien.

– Tu te mets sur un piédestal… Dis-je dans un sourire.

– Les cris que tu pousses me force à l’admettre…

Il embrassa une nouvelle fois ma peau, et ce fut à cet instant là que je lui posais à nouveau cette question qui me brûlait les lèvres depuis ce matin.

– Ça t’a vraiment dérangé de voir que j’avais enlevé les posters ?

Éden se crispa légèrement, et un soupire s’échappa de ses lèvres, vaincu.

– Ce n’est pas que ça me dérange… Dit-il sans me regarder. Tu fais ce que tu veux… C’est normal que tu ais voulu les jeter… Je suis parti sans te donner de nouvelles…

– Ce n’était que des posters…

– Et des CD, compléta-t-il vivement.

Je fis une légère pause, ne pouvant m’empêcher de sourire, amusé par cette attitude presque enfantine. Il n’y avait que dans ces moments de tendresse qu’il me laissait entrapercevoir cette facette de sa personnalité.

– Oui… Les CD aussi… Dis-je en laissant ma main caresser son dos.

Je faisais très attention à ce que je lui disais, choisissant mes mots avec grand soin.

_ Mais même si j’ai jeté tout ça… Je n’ai pas réussi à t’oublier… Lui avouais-je. Et il y a même certaines choses, comme les photos que tu as faites de nous deux… Que je n’ai pas réussi à effacer…

Vivement, il redressa la tête.

– Sérieux ? Tu les as toujours ?

– Oui, répondis-je en acquiesçant.

Éden se leva et sortit du lit.

– Qu’est ce que tu fais ? Demandais-je surpris.

– Pendant la tournée, j’ai… Cassé mon téléphone… Et je ne les ai plus… Dit-il en fouillant autour de lui, tu peux me les renvoyer.

– Comment tu l’as cassé ?

– Il est… Tombé… Fit-il hésitant.

Je sentais qu’il ne me racontait pas tout, mais je n’insistais pas. Après avoir trouvé nos téléphones, il commença à pianoter sur le mien. Mais bientôt, une grimace étira ses lèvres.

– Tu as un message de ton crétin, dit-il en me lançant le téléphone.

– Arrête de l’appeler comme ça ! Répondis-je en le regardant.

Il haussa les épaules et retourna s’allonger près de moi. Je lu rapidement le message de Jules qui disait que je lui manquais et qui me demandait ce que je faisais. Mais je n’avais pas envie de lui répondre. Cette nuit, je voulais simplement vivre dans cette illusion d’une relation exclusive avec Éden. Je fis demi-tour et je commençais à envoyer les fameuses photos à Éden. Bientôt son téléphone se mit à vibrer.

– Tu ne lui réponds pas ? Fit-il surpris que je lui envoie les photos.

– Je le ferais demain… Soufflais-je concentré dans ma tâche, n’ayant pas envie de m’appesantir à ce sujet.

Plusieurs minutes passèrent sans que nous parlions. Mais ce n’était pas un silence gênant, au contraire. Mes doigts ne tardèrent pas à retrouver son dos, et j’embrassais son épaule, regardant les photos avec lui. J’éclatais de rire en voyant une photo où ses parents posaient avec un tee-shirt des Light Shade. Sa famille semblait enfin avoir changé d’avis sur le talent d’Éden.

– Ça me fait penser qu’ils ne font que me demander quand est-ce que tu reviendras dîner chez eux… Dit-il en me regardant.

– Quoi ? Soufflais-je étonné. Tu ne leur as pas dit que…

Éden haussa les épaules une nouvelle fois.

– Je suis parti en tournée et je n’ai pas vraiment pensé à leur dire… Tu verrais comment ils parlent de toi… Tu leur as vraiment plu, plus que Joshua même, répondit-il en rigolant.

Je ne répondis pas, le regardant en écarquillant les yeux, ayant beaucoup de mal à réaliser ce qu’il était en train de me dire.

– D’ailleurs, si tu veux venir le week-end prochain, c’est l’anniversaire de mon père, dit-il en se retournant sur le dos, passant ses doigts sur mon torse. Josh part en formation en plus, donc il ne sera pas là…

Un petit sourire étira mes lèvres et je posais ma main sur sa joue, touché. Savait-il l’effet qu’une telle proposition provoquait chez moi ?

– Enfin, tu fais comme tu veux, conclut-il en détournant le regard, légèrement gêné.

Mon cœur battait la chamade. Est-ce que Liz avait raison ? Est-ce que je devais me laisser aller à lui faire confiance. Là, tout contre lui, alors qu’il me proposait bien plus que ce que des amants feraient, je savais que je ne ressentirais jamais la même chose avec Jules. Se rendait-il compte de ce qu’il me proposait ?

Un sourire étira mes lèvres, un sourire sincère, avant que je ne réponde :

– J’adorerai…

Éden croisa mon regard et un petit sourire étira ses lèvres. Sans résister, ma main glissa derrière sa nuque et je l’attirais vers moi pour un baiser qui trahissait mon envie de lui. Comment faisait-il ? Comment pouvait-il se montrer froid et distant, me rappelant ce que devait être notre relation et quelques heures plus tard aussi tendre et m’inviter en tant que son petit ami chez ses parents. Je n’osais pas lui en parler, et encore moins lui poser des questions à ce sujet. Car avec lui, j’avais l’impression de marcher au bord d’un précipice. La situation pouvait se retourner si facilement, que je devais faire preuve de précaution. Alors cette nuit là, je comptais le remercier à ma manière, faisant parler nos corps à défaut d’affronter notre situation…

***

Le lendemain soir, je devais retrouver Jules pour une soirée avec Joshua. Liz voulait retrouver son frère et Joshua n’avait pas envie d’être seul.

Jules se comportait complètement différemment lorsque nous étions avec Joshua. Nous étions installés dans le salon, Joshua en face de nous sur le petit fauteuil et Jules assis à côté de moi sur le canapé, m’enlaçant. Nous faisions très souvent ce genre de soirée dans le passé et en regardant le sourire accroché aux lèvres de Joshua me prouvait à quel point cela lui avait manqué.

– On sort après ? Dit-il après avoir bu une gorgée de sa bière.

– Je serais bien resté là, dit Jules en passant sa main sur mon bras dans une douce caresse.

– N’oubliez pas que je dors ici les gars alors évitez faire comme la dernière fois ! Dis Josh en rigolant alors que son regard se posait sur le mur où les cadres n’étaient plus accrochés.

Mon cœur s’emballa. La situation était fragile et tout pouvait déraper très facilement.

– De quoi tu parles ? Demanda Jules, intrigué.

J’implorais Joshua du regard pour qu’il se taise, et il fronça les sourcils un bref instant.

– De rien… Souffla-t-il. Bref, j’aimerais vraiment sortir, comme au bon vieux temps. Dit-il en se levant et en prenant la direction de la salle de bain.

Je me retrouvais seul avec Jules qui soupira et céda en se levant. Il se tourna vers moi et me tendit la main.

– Au fait, j’aurais un peu de retard vendredi, mais je devrais passer te chercher vers 19h, tu auras finis de travailler ?

– Vendredi ? Dis-je surpris. Pour aller où ?

– Ça fait un mois que c’est prévu et tu as déjà oublié ! J’ai réservé une auberge pour le week-end ! Et je me suis arrangé pour être certain que l’hôpital ne me contactera pas.

J’attrapais sa main, et me levais. Il m’attira tout contre lui, refermant ses deux bras puissants autour de moi.

– Un week-end rien que pour nous deux, souffla-t-il au creux de mon oreille avant de poser ses lèvres sur les miennes.

Je mis du temps à véritablement répondre au baiser. Mon cœur se serrait en pensant à Éden et à l’invitation que j’avais acceptée. Je me surpris à réaliser qu’au fond de moi, je préférais passer le week-end avec Éden et sa famille que ce week-end romantique.

Jules lâcha mes lèvres et passa sa main sur ma joue, me regardant de ce regard amoureux qui me mettait terriblement mal à l’aise.

– Morgan, cria Joshua de la salle de bain, tu peux venir s’il te plaît, j’ai besoin de ton aide.

Je sautais sur l’occasion de m’échapper à cette étreinte et au trouble dans lequel Jules venait de me plonger. Ce fut non sans difficulté qu’il consentit à me lâcher pour que j’aille rejoindre Joshua.

J’eus à peine le temps de rentrer dans la salle de bain qu’il referma la porte derrière nous. Il se tourna vers moi, croisant les bras et me fixait durement.

– Je ne sais pas ce que tu es en train de faire Morgan, dit-il assez durement. Et je crois que je préfère ne pas le savoir. Mais…

Il fit une pause, alors que je détournais le regard.

– Tu connais Jules… Et il fait beaucoup d’effort. Il… Il tient vraiment à toi Morgan, alors s’il te plaît, ne fais pas le con avec lui.

Sans un mot de plus, il me contourna et sortit de la salle de bain, me laissant seul avec ma culpabilité.

Je ne pouvais pas annuler ce week-end avec Jules, même si j’étais profondément déçu à l’idée de devoir l’annoncer à Éden. Du peu de temps que j’avais pu passé avec la famille d’Éden, je regrettais vraiment de ne pas pouvoir les revoir. Mais le pire était que j’allais devoir lui annoncer, et je ne savais pas comment le faire… Et encore moins, comment Éden allait le prendre.

***

Le lendemain en fin d’après-midi, je me retrouvais avec Éden après la répétition comme à nos habitudes. Mais cette fois-ci, celui qui avait le plus de mal à se concentrer, c’était moi. Je faisais quelques erreurs d’accords ou d’enchaînements que j’étais incapable de rattraper, mais qui était quelque chose de très rare chez moi. Éden sembla finir par s’en rendre compte car il s’arrêta de chanter et me regarda en fronçant les sourcils.

– Quelque chose ne va pas ?

– Je… Non… Dis-je en fixant les touches de mon clavier.

En réalité, depuis que nous nous étions retrouvés seuls dans cette salle, je tentais de lui dire que je ne pourrais pas venir chez ses parents ce week-end, mais je n’y arrivais pas.

Je tentais de me concentrer à nouveau sur la musique reposant mes mains sur le piano, mais Éden intercepta mon poignet et me força à me tourner vers lui.

– Morgan… Dit-il un peu plus dur. Qu’est-ce qu’il y a ?

Mais je n’avais pas envie de lui dire. Je n’avais pas envie de gâcher l’équilibre que nous étions en train de trouver. Je ne voulais pas le perdre et qu’il s’éloigne de moi…

– Rien… Tentais-je de dire dans un sourire qui sonnait faux.

Je voulu me pencher pour l’embrasser, mais Éden tourna la tête. Je le regardais surpris et blessé et Éden ancra son regard océan dans le mien.

– Morgan… Dis-moi !

– Je ne vais pas pouvoir venir ce week-end, j’avais oublié que Jules m’avait invité… Lâchais-je d’une seule traite en détournant le regard.

Les doigts d’Éden lâchèrent mon poignet.

– Ah ok… Souffla-t-il.

– Je suis désolé, il me l’a rappelé hier et… Si j’avais su je ne t’aurais pas dit que…

– Arrête ! Me coupa Éden. Pas besoin de te justifier. C’est moi l’amant non ?

Ses paroles me firent mal, mais pourtant, c’était ce que devait être notre situation. Alors pourquoi avais-je autant de mal à l’accepter.

– J’aurais vraiment voulu aller voir ta famille avec toi… Lâchais-je en pensant tout haut.

Éden se leva et attrapa sa veste posée près du piano.

– Je… Je suis ton amant, tu n’as pas à vouloir voir ma famille. Souffla-t-il assez sèchement.

– Arrête de dire ça, détestant pour la première fois le terme d’amant qu’il avait collé sur notre relation.

Éden enfila sa veste sans me répondre. Je le regardais, incapable d’ajouter un mot.

– Je dois y aller, dit-il en se retournant vers la porte. Passe un bon week-end avec ton crétin.

Je n’eus pas le temps de répondre quoi que ce soit. La porte se fermait déjà derrière lui. J’avais très bien compris son sous-entendu. Même si nous allions nous revoir pour les répétitions, Éden ne voulait pas me voir avant la semaine prochaine.

Éden était déçu… Peut-être autant que moi. Et cela me faisait paradoxalement tout autant de bien que de mal.

***

Et comme je l’avais pensé, Éden m’ignora, se contentant du minimum lorsque nous étions en répétition. Le lendemain soir, j’avais tenté de lui envoyer un message, en lui disant que « la répétition était avancée », mais il n’avait pas tardé à me répondre qu’elle était « annulée ».

J’avais du me faire une raison, et les dernières paroles de Joshua me confortait dans cette idée. J’étais en couple avec Jules et avec tous les efforts qu’ils faisaient, je devais lui donner une chance.

Pourtant, ne pas voir Éden durant toute la semaine, avait été tout aussi dur que ces deux mois et demi de séparation. Il me manquait et mon cœur continuait de battre pour lui…

Je n’avais de cesse de me demander ce qu’il faisait chaque soir. Est-ce qu’il retournait dans les bars ? Est-ce qu’il allait finalement trouver quelqu’un de mieux que moi ? Et si cette situation ne lui convenait plus, alors est-ce qu’il était possible de construire quelque chose avec lui ? J’avais du mal à y répondre à l’affirmative. Et pourtant, sa réaction vis à vis de l’annulation de ma venue à ce week-end tendait à me prouver qu’il ressentait plus que l’envie d’être simplement mon amant…

Il n’avait qu’à me le demander. S’il me demandait franchement de quitter Jules, je savais que je n’hésiterais pas. Mais reporter ce choix sur ses épaules n’était pas juste. Ce choix là devait venir de moi… Je devais donner une chance à Jules, et cesser de rester accroché à Éden. Ce pouvoir qu’il avait sur moi m’effrayait tout autant qu’il me séduisait.

Le vendredi soir était arrivé assez lentement, et Jules n’allait pas tarder à arriver pour venir me chercher. Nous regardions la télévision avec Joshua qui avait lui aussi préparé son sac, partant en formation pour le week-end. Nous devions le déposer à la gare.

– Tu pourrais montrer un peu plus d’enthousiasme ! Souffla Joshua amusé. Tu vas passer un super week-end romantique.

Je voulus lui répondre, mais ce fut à cet instant là que Jules sonna à la porte. Je me levais en tentant de me convaincre d’être enjoué et allais lui ouvrir. Le sac de Jules tomba sur le sol et il me prit dans ses bras, m’embrassant avec fougue.

– J’ai tellement attendu ce week-end, souffla-t-il d’une voix désireuse.

Je souris avant de reprendre ses lèvres. Nous nous séparâmes lorsque l’air vint à nous manquer. Je devais cesser de regretter ce week-end avec Éden. Je devais me consacrer exclusivement à Jules. Après ces trois mois, il m’avait prouvé qu’il voulait changé et racheté ses erreurs.

Joshua et Jules se saluèrent amicalement et Jules vint prendre place à côté de lui sur le canapé. Le train de Joshua était dans trois quart d’heure et nous avions le temps de boire un verre avant de partir. J’amenais des bières du frigo et vins m’installer à côté d’eux. Jules passa son bras autour de mon cou, posant sa main sur mon épaule. C’est à ce moment là que je vis un prospectus dépasser de la poche de sa veste et curieux, je le pris.

C’était la prospectus de l’auberge où il m’amenait. Ce lieu avait l’air particulièrement chaleureux, mais il était aussi perdu dans la montagne.

– Il n’y a pas l’air d’avoir de boites aux alentours, dis-je amusé. Ça changera d’ici.

Je sentis aussitôt la main de Jules se crisper sur mon épaule.

– Pourquoi ça te pose problème ? Lâcha-t-il assez froidement.

Je tournais la tête vers lui, surpris de sa réaction.

– Je… Non… Je n’ai pas dit ça, dis-je étonné.

– C’est vrai que tu y as passé tellement de temps que tu dois y être accro.

– Jules arrête ! Dis assez sèchement Joshua, prenant ma défense.

– Que j’arrête quoi ! S’exclama Jules en se levant. C’est toi qui m’a raconté tout ça. Je te signale que tu tenais le même discours, si ce n’est pire.

Je tournais la tête vers Joshua qui foudroyait du regard son ami.

– Jules, calme-toi… Soufflais-je en me levant à mon tour, craignant que la situation ne dérape.

– Que je me calme ! Tu t’es fait sauté par toute la ville ! Hurla-t-il en serrant les poings. Et qui me dit que tu n’es pas en train de continuer.

– Arrête ! Criais-je à mon tour.

– De toute façon, ajouta-t-il très froidement et plus bas, tu ne vaux pas mieux qu’une pute !

Une colère sourde monta au plus profond de mon être. Ainsi, c’était ainsi qu’il me voyait ! Jules n’avait pas changé. Il ne pensait qu’à lui même et peu importe s’il me faisait du mal.

– Si c’est comme ça, pourquoi tu voudrais la compagnie d’une pute ?!

Hors de moi, blessé plus que je ne l’aurais cru par ses propos, je leur tournais le dos, attrapais ma veste et sortis en claquant la porte.

Le vent froid qui soufflait dehors me fit réaliser que je pleurais. Ce jugement qu’il portait sur moi… N’était finalement pas tout ce que j’étais… Je quémandais l’affection des autres et j’offrais mon corps à celui qui acceptait de m’en donner, ne serait-ce qu’un peu… C’était comme ça que j’avais commencé à m’attacher à Éden. Mais il y avait eu plus… Il y avait plus.

Je marchais d’un pas rapide, je ne savais pas ou j’allais. Je ne voulais pas rester seul. Je ne voulais pas me réfugier dans un bar, car cela aurait donné raison à Jules. Je voulais voir Éden, je voulais passer le week-end avec sa famille. Je voulais vivre dans cette illusion d’être vraiment son petit copain. Il me manquait… Il m’avait cruellement manqué et c’était presque en courant que j’arrivais en bas de son immeuble.

Je gravis les marches quatre par quatre, ne voulant pas réfléchir à ce que je faisais, mais simplement suivre un instinct, un besoin…

Je frappais à sa porte, anxieux, sachant qu’une simple hésitation me serait fatale. Éden ne tarda pas à m’ouvrir et posa sur moi un regard surpris.

– Morgan ? Dit-il étonné.

Je croisais son regard, alors qu’il ajoutait :

– Tu ne devrais pas être dans un chalet avec ton crétin ? Lâcha-t-il légèrement acerbe.

Sans savoir le retenir, j’éclatais en sanglot. Les mots de Jules m’avaient fait bien plus mal que je ne l’aurais cru. Et à ce que j’avais compris, Joshua ne s’était pas gêné pour me juger avec lui. Je me sentais humilié. Et c’était vers Éden que j’allais chercher du réconfort, lui qui me rendait si instable. J’avais pardonné son rejet et son abandon de deux mois et demi si facilement. Et je continuais d’en vouloir à Jules, malgré tous les efforts qu’il faisait pour se racheter.

J’aimais Éden. Je voulais de sa douceur, de sa tendresse. Paradoxalement, à ses côtés je me sentais rassuré. Je me sentis brusquement tiré vers lui. La porte d’entrée se referma derrière nous et ses bras m’enlacèrent pour m’attirer tout contre lui. Ma tête plongea dans son cou et un plus gros sanglot me secoua.

J’étais complètement perdu et la chaleur qu’il m’offrit au travers de cette étreinte me fit un bien fou. Son bras passait dans mon dos dans une caresse réconfortante. Je m’agrippais à lui sans le réaliser, par peur qu’il ne m’échappe. Malgré toute l’instabilité qu’il m’apportait, ainsi, au creux de ses bras, je me sentais en sécurité. J’avais l’impression de me sentir aimé…

Je ne sus combien de temps je restais là à pleurer dans les bras d’Éden. Peut-être que j’évacuais enfin toute cette tension accumulée ces derniers mois. Éden ne me posait pas de question, il se contentait de m’offrir cette étreinte. Nous étions plus que simplement des amants. Si l’on regardait la situation, j’avais plus l’impression d’être en couple avec Éden et que Jules n’était qu’un plan cul. J’avais aimé Jules, mais je l’avais toujours craint…

Je tentais de me ressaisir et lorsque je m’écartais d’Éden, son regard inquiet posé sur moi me gêna. J’avais honte d’avoir ainsi craqué devant lui… Et d’avoir débarqué sans prévenir.

– Je… J’espère que je ne te gêne pas… Dis-je en baissant les yeux.

La main d’Éden se posa sur mon visage. J’étais encore tout contre lui et pour rien au monde je ne me serais écarté de cette chaleur. Je croisais à nouveau son regard alors que son pouce caressait ma joue. Ce simple geste fit battre mon cœur.

– Je ne savais pas que la répétition était avancée, souffla-t-il.

Je ne pus m’empêcher de rire un peu, évacuant tout ce que j’avais ressenti.

– Je suis désolé… Dis-je en essuyant mes larmes.

– Désolé ? De quoi ? Demanda Éden en desserrant un peu son étreinte.

– De venir pleurer comme ça chez toi… Dis-je à nouveau mal à l’aise.

– Je pense que c’est mon rôle, puisque je suis ton amant câlin…

Et sans attendre, ses lèvres vinrent se poser sur les miennes. J’acceptais sans la moindre résistance ce baiser d’une tendresse infinie. Sa langue vint chercher la mienne avec douceur. Ce n’était pas un baiser guidé par le désir de plus. C’était l’un de ces baisers que nous échangions de temps en temps et qui me faisait presque penser à un baiser amoureux, un baiser que même Jules ne m’avait jamais offert.

Ce fut presque à contrecœur que nous mîmes fin au baiser et lorsqu’il s’écarta de moi, Éden me souffla :

– Ça va mieux ?

Je lui offris un petit sourire timide avant d’acquiescer.

– Tu as mangé ? Me demanda-t-il alors.

– Non…

Éden m’invita à le suivre dans le salon et attrapa son téléphone portable.

– Je vais commander quelque chose, tu préfères quoi ? Chinois ?

– Je n’ai pas très faim…

– Ce n’est pas la question que j’ai posé… Dit-il amusé. Alors ça sera chinois.

Et sans attendre, il composa le numéro et passa commande. Il savait ce que j’aimais et ne me demandait plus mon avis. Pendant ce temps, je me débarrassais de ma veste et Éden m’invita d’un geste de la tête alors qu’il était en ligne de m’installer sur le canapé.

La livraison ne tarda pas à arriver et nous mangeâmes dans le salon. Mon téléphone n’arrêtait pas de vibrer dans la poche de mon jean, mais je n’avais pas envie de répondre, sachant très bien que ce devait être Jules ou Joshua.

Je finis par l’attraper dans un soupire et choisis de l’éteindre pour ne plus être embêter. Je sentais le regard d’Éden posé sur moi, pourtant, il ne me posa aucune question.

– Tu veux qu’on sorte ce soir ? Me demanda-t-il alors que je débarrassais la table.

– Je préférais rester ici… Dis-je hésitant.

– Ok, souffla Éden songeur. Alors je sais ! S’exclama-t-il.

Il se leva et disparu quelques instants avant de revenir avec sa guitare qu’il me tendit.

– On peut jouer un peu, proposa-t-il.

J’attrapais sa guitare dans un sourire. Je savais que cette offre n’était pas innocente. Éden me connaissait suffisamment pour savoir que jouer de la musique me faisait du bien.

– Quel morceau ? Demandais-je en prenant mes marques sur sa guitare.

– Surprends-moi, dit-il avec un petit sourire en coin.

Je me surpris à le regarder avec un air espiègle, avant de me lancer dans un morceau que j’aimais beaucoup, mais qui n’était pas des Ligth Shade. Il était assez complexe pour le chanteur, mais je savais qu’Éden en était capable. Celui-ci me regarda surpris, avant de se prendre au jeu.

Et il chanta parfaitement bien. Il avait fait d’énormes progrès. Et sa voix avait toujours le même effet sur moi.

Nous jouâmes d’autres morceaux dont certains qui seraient dans le nouvel album. Nous jouions pour le simple plaisir de la musique et comme à chaque fois, nous ne voyions pas le temps passer. Cette harmonie qui nous liait pendant que nous jouions, je ne l’avais jamais connu avec aucun autre, même si c’était la guitare d’Éden que j’avais dans les mains. Il avait réussi à me faire oublier, l’espace d’un instant, toutes les pensées qui troublaient mon esprit. Et je choisis de simplement profiter du moment présent que je partageais avec lui.

***

Nous étions allés nous coucher et c’était surpris que je voyais Éden ne rien tenter. Pourtant, lorsqu’il avait du me prêter un pyjama et que je l’avais volontairement mit devant lui, son regard posé sur moi avait été désireux.

J’étais venu volontairement me coller à lui et Éden m’avait simplement prit dans ses bras. Ma main posée sur son torse nu qui se soulevait au rythme de sa respiration régulière se mit alors en mouvement, tentant d’attiser son désir. Mes caresses aériennes se firent de plus en plus osée, descendant vers son bas ventre et je sentis la respiration d’Éden s’accélérer un peu.

De plus en plus audacieux, je finis par me redresser légèrement et, dans un petit sourire, je déposais mes lèvres sur les siennes. Éden ne tarda pas à répondre au baiser et l’une de ses mains finit par passer derrière ma nuque pour m’attirer plus près de lui. Ma main continuait son exploration mais au moment où j’osais effleurer son intimité commençant à s’éveiller, Éden mit fin au baiser et attrapa ma main.

Surpris, je m’écartais légèrement pour croiser son regard sérieux.

– Tu es sûr ?

J’aurais pensé pouvoir lui répondre affirmativement et pourtant, la réponse ne sortit pas de ma bouche. Les paroles dures de Jules me revinrent aussitôt à l’esprit et je m’écartais d’Éden avant de m’allonger sur le dos. Éden se redressa sur son coude, s’allongeant sur le côté. Je croisais son regard alors qu’il scrutait la moindre de mes réactions. Si ce que m’avait dit Jules me touchait autant, c’était qu’il devait y avoir une part de vérité.

– Est-ce que tu trouves que… Enfin… Est-ce que… Dis-je en bredouillant, incapable d’oser lui demander.

– Est-ce que quoi ? Me demanda Éden intrigué.

– Est ce que tu me vois comme une pute.

– Quoi !? S’exclama Éden en éclatant de rire. Tu me poses de ces questions bizarres…

Mais je n’étais pas d’humeur à rire avec lui. Je m’assis sur le lit, ramenant mes genoux contre ma poitrine entre mes bras.

– Je n’ai pas mis longtemps à te résister… Et c’est pareil avec tous les types que je rencontre… Dis-je d’une petite voix en baissant la tête.

Éden se redressa à son tour et s’assit à côté de moi. Il attrapa mon menton doucement avant de me forcer à relever la tête pour le regarder.

– Moi je me suis tapé la moitié de la ville, alors je dois être encore plus « pute » que toi, dit-il dans un sourire.

Cette fois-ci, je ne pus m’empêcher de rire, ne m’attendant pas du tout à une telle répartie. Et pourtant, je me sentis soulagé instantanément.

– Alors on était fait pour se rencontrer, répondis-je.

– Sûrement, souffla Éden avant de prendre mes lèvres.

Je répondis à son baiser avant de le pousser et qu’il se retrouve allongé sous moi surpris. Un petit sourire charmeur étira mes lèvres. Le cœur battant, j’avais envie de faire l’amour avec lui, encore une fois…

***

J’étais allongé sur le dos, littéralement épuisé. Éden était contre moi, la tête posée sur mon ventre, alors que je laissais mes doigts danser sur son épaule. Je me sentais apaisé et engourdi par cette chaleur qu’il m’apportait. Là contre lui, j’avais l’impression d’être dans une petite bulle de bonheur.

– Je peux te poser une question ? Me demanda Éden en brisant le silence qui régnait entre nous.

– Je… Oui, répondis-je, sans trop savoir ce qu’il allait me demander.

– Qui est-ce qui t’a dit ça ? Dit-il en posant son menton sur mon ventre et en croisant mon regard.

Je compris très bien à quelle allusion le « ça » faisait. Je détournais le regard avant de souffler :

– A ton avis.

Éden se crispa et il lâcha les dents serrées :

– Ce n’est pas un crétin, c’est un vrai connard ! Pourquoi tu restes avec ce type ?

– Je… C’est compliqué, répondis-je en croisant à nouveau son regard maintenant furieux.

– Pourquoi ? Insista Éden, ne semblant pas prêt à vouloir lâcher le morceau.

– Je suis quelqu’un de faible Éden, je me sers de Jules.

– Tu te sers de Jules ? A voir la manière dont il te traite, je pencherais plutôt pour l’inverse. Trancha Éden.

Mes mains se crispèrent sur ses épaules. C’était un sujet délicat. Et ce n’était même pas clair dans ma tête…

– Je… J’ai besoin de ce que m’apporte Jules… Avouais-je ayant du mal à trouver mes mots.

– Ah ? Et qu’est ce qu’il t’apporte ? Répondit aussitôt Éden.

Je ne répondis pas, détournant cette fois-ci le regard pour de bon. Qu’est-ce que m’apportait Jules. L’idée de couple, le côté rassurant de ce le couple refermé. Et comme si Éden semblait lire dans mes pensées, il me demanda en posant sa tête sur mon ventre de façon à éviter lui aussi mon regard :

– Si tu as peur que je m’enfuis comme la dernière fois, ce n’est pas la peine. Je ne le referais plus. J’ai été idiot.

Il fit une pause avant d’ajouter alors que mon cœur commençait à s’emballer :

– Même si je ne peux pas tomber amoureux de toi, je… Je tiens à toi Morgan.

Mon cœur battait si fort que j’étais presque sûr qu’Éden pouvait l’entendre. Il redressa la tête et osa croiser mon regard.

– Est-ce que tu es heureux là maintenant ? Me demanda-t-il.

– Oui… Dis-je dans un souffle, touché comme jamais par ses paroles.

– Alors pourquoi est-ce que tu cherches à te compliquer la vie avec un gars qui au final te fait plus de mal que de bien ?

Je ne tiens plus. Je l’attirais brusquement vers moi pour ravir ses lèvres d’un baiser passionné. Éden venait de m’offrir la plus belle déclaration qu’il ne m’avait jamais faite. J’aimais cet homme. J’aimais cet homme et rien, ni même la peur que je ressentais à me lancer vers cet inconnu ne pouvait être un frein à ce que je ressentais pour lui en cet instant.

Nous refîmes l’amour presque toute la nuit, oubliant le temps qui défilait, ayant tous deux besoin de cette extase que nous atteignons toujours à deux. Jules et toute cette histoire n’y avaient plus leur place. Éden tenait à moi, bien plus que je ne le croyais et j’étais heureux comme jamais uniquement lorsque j’étais avec lui. Je pardonnais son abandon de plusieurs mois. Je voulais simplement que cette nuit ne prenne jamais fin…

***

Le lendemain matin, c’est avec beaucoup de difficulté que je tentais de me réveiller. J’étais courbaturé et épuisé, et Éden semblait être dans le même état. Allongé sur le dos, un bras passé sur son visage pour lui cacher la lumière qui filtrait à travers les volets, il soupira :

– Je ne savais pas que ça allait être aussi épuisant d’être un amant câlin…

Je ne pus m’empêcher de rire et je vins aussitôt me coller contre lui, calant ma tête contre son épaule et posant ma main sur son torse. La main d’Éden vint se poser sur la mienne. Le silence envahi à nouveau la pièce alors que nous étions tous les deux incapables de sortir de ce lit.

– Dis… Éden, est-ce que… Est-ce que je peux toujours venir chez tes parents ?

Éden tourna la tête vers moi avec un petit sourire en coin.

– Depuis que je leur ai dit que tu venais, ils n’arrêtent pas de parler de toi. Alors je pense que tu n’as pas bien le choix.

– Tu ne leur as pas dit que… Enfin… Dis-je mal à l’aise.

– Non… Souffla-t-il.

Éden tourna sa tête vers le réveil.

– Liz ne va pas tarder à arriver, soupira-t-il, et prépare toi à l’ouragan. On devrait se lever… Tu veux passer chez toi prendre des affaires.

Mon cœur se serra à cette idée. Je n’avais pas envie de retourner là-bas. Même s’il n’y avait aucune raison que Jules ou Joshua y soient, je ne voulais pas prendre ce risque. Éden semblant le comprendre à ma réaction, car il me dit alors :

– Bon, je te prêterais des vêtements.

Il me fallut encore quelques minutes avant de me convaincre à me lever. Une bonne douche chaude dénouerait mes muscles endoloris. Éden quant à lui, ne bougea pas d’un poil.

Je fis couler l’eau et me déshabillais en attendant que celle ci se réchauffe. Je ne pus m’empêcher de sourire en voyant mon reflet dans le miroir, les cheveux en bataille et des cernes qui seraient difficiles à faire partir. J’avais perdu un peu de poids dernièrement, mais je n’étais pas maigre non plus. Mon teint restait assez pâle à cause de la fatigue, mais cela ne changeait pas beaucoup plus que d’habitude. Je me demandais ce qu’Éden et tout les autres hommes me trouvaient, car à mes yeux, j’étais plutôt quelconque… Je finis par me glisser sous l’eau brûlante, appréciant instantanément sa caresse. Et alors que je me mouillais les cheveux, je sursautais en sentant un corps nu se coller contre moi.

Je tournais la tête vers lui, surpris, avant de croiser son regard.

– Ne t’inquiète pas, je viens juste me laver, dit-il avec un petit sourire, affichant un air innocent.

– Est-ce qu’une fois seulement on a fait que se laver dans la douche ? Dis-je amusé.

– Il faut bien une première fois à tout, dit-il dans un haussement d’épaule avant de rire.

Il se pencha vers moi et attrapa le gel douche. L’habitacle était assez grand pour ne pas avoir à se coller et pourtant, sa peau toucha la mienne volontairement, se collant tout contre mon dos.

– Ne bouge pas, souffla-t-il près de mon oreille.

Un violent frisson parcourut tout le long de ma colonne vertébrale. Il s’écarta légèrement de moi et bientôt, je sentis ses mains savonneuses passer dans mon dos. Lui qui disait ne pas vouloir prendre plus qu’une douche, il était en train de se contredire. La caresse de ses mains se fit de plus en plus sensuelle, passant sur mon torse, m’enlaçant de ses deux bras et je ne tardais pas à sentir son intimité éveillée contre mes fesses. Cependant, il ne fit pour le moment rien de plus que des caresses, passant sur chaque parcelle de mon corps. J’avais fermé les yeux, savourant ses attentions, mais alors qu’il massait mes fesses dans un geste on ne peut plus évocateur, je me tournais vers lui pour lui faire face et ravir ses lèvres pour un baiser farouche.

Éden perdit pieds et me plaqua contre le carrelage glacé de la douche qui me fit presque échapper un cri sous la surprise. Ses mains continuaient leur course, rapprochant mon bassin contre le sien, faisant se toucher nos deux intimités à égalité. Malgré la fatigue de la veille, malgré le nombre de fois où nous l’avions fait, nous nous retrouvions en quelques minutes dans le même état. Nous étions insatiable l’un de l’autre, incapable d’y mettre un terme. Comment pouvions-nous ressentir cela encore et encore…

Loin de rester passif, ma main glissa entre nos corps pour caresser son intimité, et Éden ne tarda à faire de même, laissant ses lèvres embrasser la peau de mon cou. Mon autre main s’agrippa à son épaule, alors que quelques gémissements s’échappaient de nos lèvres.

La tension monta rapidement entre nous et Éden ne tarda pas à me murmurer de me retourner, ce que je fis sans attendre. Au même instant où la main d’Éden retrouva sa place sur mon sexe, un premier doigt me pénétra, me laissant échapper un petit cri de surprise. C’était légèrement douloureux, mais cela était plutôt du à tout ce que nous avions fait la veille. Mais cette douleur était tout à fait supportable et bientôt un deuxième doigt vint rejoindre le premier.

Malgré tout le désir et l’envie que je pouvais sentir dans les gestes d’Éden, j’avais confiance en lui et je savais qu’il n’aurait pas un seul geste déplacé. Bientôt l’impatience le gagna et mes gémissements ne semblaient pas l’aider. Ses doigts furent lentement remplacés par son sexe bien éveillé. Un cri de douleur et de plaisir mêlé s’échappa de mes lèvres. Éden ralentit jusqu’à s’arrêter, me laissant me réhabituer à sa présence. Il ne fallut cependant pas beaucoup de temps pour je me mette à me déhancher lui donnant le feu vert.

L’eau qui coulait sur nos deux corps ne faisait qu’attiser mes sens, rendant le tout bien plus intense. Les gémissements de plaisir d’Éden résonnaient à mes oreilles comme une mélodie. Ses deux mains étaient crispées sur mes hanches, comme pour se maintenir à la réalité. Ses lèvres posées sur mes épaules m’embrassaient avant que je ne sente son front se poser contre ma nuque.

Bientôt, un orgasme dévastateur vint nous secouer et Éden se rependit en moi alors que j’éjaculais à mon tour.

Il nous fallut beaucoup de temps avant de pouvoir reprendre notre souffle et lorsqu’Éden se retira de moi, je me retournais pour échanger un doux baiser. Nos lèvres se séparèrent lorsque l’air vint à nous manquer. Je croisais le regard d’Éden tout aussi amusé que moi de la façon dont avait finalement tourné la situation. Alors qu’il allait me parler, nous entendîmes une voix féminine crier de l’autre côté de la porte de la salle de bain.

– C’est bon ? Vous avez fini ? Il serait peut être temps de se préparer pour partir !

Au ton qu’employait Liz je savais qu’elle était amusée de la situation alors que pour ma part, je sentais la gêne m’envahir.

– Il faut vraiment que je récupère mes clefs, soupira Éden, quant à lui agacé.

Il attrapa le gel de douche et s’en servit avant de me le tendre. Rapidement, nous fîmes ce que nous aurions du faire depuis le début. Je ne savais pas comment j’allais pouvoir faire face à Liz, et j’imaginais déjà les moqueries que nous aurions en sortant d’ici. Éden était maintenant assez distant avec moi, et je fus incapable de résister. Quelques minutes plus tard, alors qu’il allait sortir de la salle de bain, je l’attrapais par le bras et déposais un baiser sur ses lèvres, surpris tout autant qu’Éden par mon geste.

C’était un baiser simple et doux. Un simple baiser de remerciement pour tout ce qu’Éden avait fait pour moi depuis hier soir. Grâce à lui, je me sentais plus léger aujourd’hui. Éden avait raison. A ses côtés, je me sentais heureux…

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