Ne pars pas – Chapitre 13

Chapitre 13 écrit par Lybertys

 

J’étais rentré directement chez moi. Je vis Joshua dans le salon, mais je ne lui portais pas la moindre attention. Je n’avais pas oublié ce qu’il avait fait, et je lui en voulais. Et pourtant, je sentais au fond de moi, que même sans son intervention, cela n’aurait pas changé grand chose. Je venais de recoucher avec lui, j’avais cédé à cette pulsion parce que j’en avais eu envie, parce que je l’aimais toujours. Mais cela ne changeait pas l’état des choses. Je lui en voulais et je ne savais pas comment gérer cette douleur à chaque fois que je repensais à ces deux mois et demi près de lui.

Malgré sa fougue, Éden avait été particulièrement tendre cette nuit. Sa chaleur avait éveillé en moi une chose que j’avais cru détruite et enterrée. Il n’y avait qu’avec lui que je ressentais cela… Mon téléphone sonna à nouveau alors que j’allais rentrer dans la douche. Je l’attrapais et fis une grimace en découvrant que c’était encore Jules. Je venais de le tromper, et pourtant, je n’arrivais pas à culpabiliser. A lui aussi, je lui en voulais, mais ce que j’avais offert à Éden cette nuit, Jules ne l’avait pas encore eu depuis l’accident.

J’aimais Jules, je l’aimais sincèrement. J’avais vraiment cru que c’était l’homme de ma vie… Jusqu’à ce qu’il s’en aille, sans nouvelles, du jour au lendemain. Je n’avais pas envie de lui parler. Je le laissais tomber sur mon répondeur avant de poser mon téléphone et de me glisser sous la douche.

Je sortis propre et habillé de la salle de bain et j’allais dans le salon pour récupérer des affaires de travail. Ce fut à ce moment là que je posais véritablement mon regard sur Joshua. Il était cerné et ses yeux rougis indiquaient qu’il avait beaucoup pleuré. J’oubliais aussitôt ma colère vis à vis de ce qu’il avait fait, et celle-ci fut remplacée par de l’inquiétude.

– Joshua ? Dis-je tout bas. Qu’est-ce qui se passe ?

Joshua releva doucement la tête vers moi et croisa mon regard.

– Liz m’a quitté, articula-t-il difficilement avant que ses yeux ne se gorge de larmes.

Il souffrait et je crois que c’était la première fois que je le voyais pleurer pour une fille. Il s’était vraiment attaché à elle. Je ne savais pas quoi lui dire. Alors je vins simplement m’asseoir à côté de lui. Il ne tarda pas à se retrouver dans mes bras en étouffant un sanglot bruyant avec difficulté. Je me sentais malgré moi responsable. Je ne savais plus quoi faire. J’étais définitivement perdu…

***

J’avais finalement du partir au travail et Joshua avait du faire de même.

La réunion de travail avec le groupe avait commencé, mais Éden n’était toujours pas arrivé. Alex, leur manager était là et m’avait expressément demandé à mon arrivé, de leur laisser un peu de temps pour les préparer à la conférence qu’ils auraient le lendemain.

Nous attentions donc tous Éden et mon regard allait constamment vers la porte d’entrée, attendant qu’elle s’ouvre sur cet homme que je voulais voir autant que je ne le voulais pas.

Ce fut peu de temps après qu’Éden arriva dans la salle alors que je me trouvais à côté de la porte. Nous nous retrouvions nez à nez et il sursauta en croisant mon regard. Je ne savais pas comment me comporter avec lui.

– Désolé, je suis en retard, souffla-t-il le souffle coupé.

Je ne répondis rien, me contentant d’acquiescer et j’allais m’asseoir devant mon piano. J’étais heureux qu’il soit finalement venu. J’étais heureux de le voir. Sa présence dans la même pièce faisait remonter en moi des souvenirs de la nuit que nous avions passée. Cette nuit-là, je l’avais espérée chaque jour, mais ma rancœur était toujours là. Il avait perdu ma confiance, et je n’arrivais pas à faire comme si rien ne s’était passé. Et que voulait dire cette nuit pour lui ? Est-ce qu’il était juste heureux d’avoir pu tirer son coup encore une fois avec moi ? Mais cette façon dont il m’avait regardé, et ces mots qu’il m’avait murmuré juste avant de me posséder. Et la tendresse qu’il mettait dans chacun de ses actes. Il disait qu’il ne m’aimait pas et pourtant… Cette nuit là je ne m’étais senti aimé, j’avais l’impression de compter pour lui, bien plus que lorsque je me retrouvais dans les bras de Jules…

Éden alla rejoindre ses amis qui l’attendaient. Je sentais qu’ils étaient au courant de ce qu’il se passait entre Éden et moi, mais ils faisaient comme si de rien n’était et j’étais soulagé de leur choix. Il mit du temps à remarquer la présence d’Alex, assis sur la petite scène de répétition.

– Qu’est-ce que tu fais là ? Demanda Éden en fronçant les sourcils.

– Je suis venu pour vous parler un peu de la conférence de presse de demain, vu que le directeur tient à ce que vous ayez votre après-midi de libre pour vous reposer à cause de demain, Morgan a accepté que j’empiète un peu sur vos répétitions.

– Dis plutôt que tu ne lui as pas vraiment laissé le choix, souffla Kelly en rigolant légèrement.

Alex la fusilla du regard avant de se lever, ses documents à la main.

– Ce que je constate c’est que tu es beaucoup moins assidu que pendant la tournée ! S’écria-t-il à Eden dans un large sourire.

Il lui tendit alors les feuilles et Éden les prit sans broncher, mais il se figea en entendant la suite de sa plaisanterie.

– J’espère que c’était un bon coup parce que vu les deux mois et demi d’abstinence que tu viens de passer à te frustrer, il a intérêt à tenir le rythme.

Je levais aussitôt la tête vers Alex, surpris, tandis que tous les membres du groupe se crispaient, attendant sa réaction, ne faisant que confirmer les dires du manager. Mais Éden ne réagit pas. Il baissa la tête et se cala dans son siège.

– Je croyais que tu venais ici pour travailler, pas pour tenir un compte sur ma vie sexuelle, maugréa-t-il les dents serrées.

Alex écarquilla les yeux avant de tousser, légèrement décontenancé par sa réplique. Il se mit à parler de la conférence de presse et Éden l’écoutait assidûment, comme s’il refusait de croiser mon regard insistant posé sur lui…

***

Depuis la révélation d’Alex, mon cœur n’arrêtait pas de battre à un rythme endiablé. Je n’arrivais pas à croire qu’Eden n’ait pas eu un seul autre homme dans son lit après moi. Avait-il finalement souffert de notre séparation ? Mais cela n’expliquait pas pourquoi il ne m’avait jamais donné de nouvelles. Pourtant, je n’arrivais plus à retourner dans ma rancœur et mes pensées négatives. Le simple fait de savoir qu’il n’avait couché avec personne d’autre, jusqu’à céder avec moi m’emplissait la tête de milliers de questions que je n’osais pas lui poser.

J’avais tenté de me mettre à travailler après la réunion, alors qu’Eden était parti très rapidement, sans me laisser le temps de lui parler. Mais j’avais été incapable de me concentrer. Je voulais le voir. Je voulais le voir maintenant. Cette nuit passée ensemble et la révélation de ce matin avait provoqué en moi quelque chose que je ne pouvais contrôler.

Et je me retrouvais maintenant devant chez lui, hésitant à sonner à sa porte. Je ne savais pas ce que j’allais lui dire. Mais nous avions besoin de parler. Fébrilement mon doigt se posa sur la sonnette et Éden ne tarda pas à venir ouvrir vivement la porte un grand sourire aux lèvres pour se figer aussitôt.

L’avoir devant moi ne m’aidait pas à trouver mes mots, et des rougeurs parsemaient mes joues alors que mon regard se posait sur lui. J’étais toujours désespérément amoureux de lui et savoir que j’avais compté pour lui au point qu’il ne couche avec personne d’autre me fit perdre la tête.

– Morgan ? Souffla-t-il surpris, qu’est-ce que tu…

J’étais venu pour parler, mais je pris peur. Je ne voulais pas briser ce que je ressentais en cet instant. Je ne lui laissais pas le temps de continuer. Mes lèvres prirent d’assaut les siennes. J’étais en manque de lui… En manque de tout ce qu’il représentait pour moi… Mes mains passèrent directement dans ses cheveux alors que je mordais légèrement ses lèvres entrouvertes. D’un mouvement, je le forçais à reculer, et surpris par ma propre audace, je fermais la porte d’un geste avant de le plaquer contre le mur. Éden ne fit pas un seul geste alors que je reprenais ses lèvres avec avidité. Je n’étais plus maître de rien. Je n’arrivais pas à m’arrêter.

Alors que je descendais mes lèvres dans son cou, Éden sembla se tendre légèrement et il ne tarda pas à me demander agacé :

– Tu n’as pas un petit ami à rejoindre pour ça ?

Je me tendis légèrement à mon tour et levais la tête pour croiser son regard dur. Se pouvait-il que… Se pouvait-il qu’il soit jaloux ? Incapable de m’arrêter, je tombais à genoux devant lui et mes mains se posèrent sur sa ceinture, frôlant son intimité gonflée. Un petit sourire en coin étira mes lèvres et je relevais la tête vers lui, amusé de l’effet que je pouvais lui faire en si peu de temps.

– Deux mois et demi sans sexe, dis-je d’une voix charmeuse, tu dois être en manque.

Ma voix avait été volontairement terriblement sensuelle et le lit frissonner. Normalement, je n’avais pas autant d’audace, mais Éden me rendait comme ça. Il déglutit péniblement avant de souffler vexé :

– Ne t’inquiète pas pour ça, je m’apprêtais à sortir pour m’en occuper.

Mon regard se fit dur, encaissant difficilement ses mots. Mais je n’étais pas prêt à reculer. Tout mon être me hurlait que ma place était ici, avec lui. Je glissais ma main dans son boxer, lui arrachant un cambrement des plus violents.

Il dut se tenir à la commode près de lui alors que de mon autre main je fis tomber son boxer et son pantalon au sol. Il aurait pu me repousser, me dire de partir. Mais il n’en fit rien et son corps parlait pour lui. Il me désirait et cela me suffisait pour rester.

Ma langue lécha le bout de son sexe et il balança la tête en arrière, abandonnant toute résistance. Mes mains se posèrent sur ses fesses, le caressant sans la moindre pudeur. Ma langue finit par s’enrouler autour de son pénis et j’entendis enfin des gémissements rauques s’échapper des ses lèvres. Sa main se posa sur ma tête, m’accompagnant dans mes mouvements alors que je le prenais véritablement en bouche. J’aimais l’effet que j’avais sur lui. J’aimais cette impression de compter pour quelqu’un, même si cela devait passer par le sexe. C’était après tout comme cela que notre histoire avait réellement commencée. Une succion plus prononcée que les autres balaya toute résistance et il se laissa complètement aller, savourant mes caresses, s’offrant à moi.

Ma bouche sur son sexe tendu lui fit bientôt voir les étoiles et dans un gémissement à la limite du râle, il éjacula en moi, se cambrant de tout son long. J’avalais sa semence, et relevais la tête, un sourire fier ornant mes lèvres ;

– Tu veux encore me faire partir ? Demandais-je non sans ironie.

– Je te déteste, murmura-t-il avant de tomber à genoux devant moi et de me faire basculer sur le sol, emprisonnant mes lèvres dans un baiser des plus sauvages, pour me faire l’amour à même le sol…

***

Je n’arrivais pas à fermer l’œil alors qu’Éden dormait profondément à côté de moi dans son lit. Nous l’avions fait une bonne partie de l’après-midi et bien que je sois épuisé, les questions qui défilaient dans ma tête me tenaient réveillé. Qu’allait-il réellement se passer avec Éden ? Qu’étais-je en train d’espérer de lui ? N’étais-je pas en train de me jeter à nouveau dans la gueule du loup ?

J’avais envie de partir, de rentrer chez moi et de prendre de la distance avec lui. Mais je voulais partir sans un affrontement avec lui. Nous aurions le temps plus tard. Je me levais le plus discrètement possible, attrapant mon pantalon et mon boxer sur le sol. Je lui laisserais un mot… Pour lui expliquer. Je me détestais de lui faire ce que j’avais hais chez beaucoup d’homme, mais je n’étais pas prêt à lui faire face. Et puis… Il y avait Joshua qui avait besoin de moi. Sans compter Jules… Cet homme que j’oubliais complètement lorsque j’étais avec Éden.

Cependant alors que j’enfilais mon pantalon, quelqu’un sonna à la porte d’entrée, réveillant Éden en sursaut. Il leva la tête pour me voir, figé, mon pantalon à moitié enfilé. Ses sourcils se froncèrent immédiatement en comprenant ce que j’étais en train de faire.

– Tu allais vraiment te barrer pendant que je dormais ? S’écria-t-il agacé de me voir prendre la fuite.

Je voulus lui répondre mais je fus coupé par la sonnette qui retentit une nouvelle fois. Dans un soupire, il se leva et attrapa un boxer pour l’enfiler.

– Reste-là, dit-il en ne me laissant pas le temps de répondre, sortant de la pièce.

Je me retrouvais seul dans sa chambre et sans perdre de temps je finis de m’habiller. Je pu bientôt entendre la voix de Liz dans le salon. Mais je ne pouvais pas comprendre ce qu’elle disait. Je sortis de la chambre, fuyant Éden, fuyant la discussion et ses aboutissants que je redoutais. Je sortais de la chambre et ce fut à ce moment là que Liz s’écria en colère :

– Mais ça ne sera jamais le bon moment si je te laisse faire les choses ! J’ai fait une bêtise, j’aurais du te parler de lui, je suis…

Mais elle s’arrêta net en me voyant. Sans perdre de temps, je passais près d’eux, la tête baissée.

– Je dois y aller, désolé… Soufflais-je en voulant sortir.

Mais Éden me retint par le bras le regard noir.

– Morgan ! Répliqua-t-il durement.

– Je dois y aller, tranchais-je en défaisant sa prise sur mon poignet.

Je partis. J’entendis Éden claquer rageusement la porte avant de lâcher un « putain » furieux que j’entendis malgré la porte close.

Le cœur battant, je pris la fuite, fuyant ce que je ressentais au plus profond de moi. Plus qu’être perdu, j’avais peur… Peur de m’attacher à lui plus que je ne l’étais déjà et de pâtir des conséquences de son bon vouloir. Après tout c’était lui qui m’avait abandonné, mais alors… Pourquoi me sentais-je si mal à l’idée de partir ainsi de chez lui ?

***

Trois jours passèrent depuis qu’Éden et moi avions recouchés ensemble et depuis cet instant, nous ne nous étions pas adressé la parole. Il restait dans son coin furieux et je restais dans le mien m’occupant du reste du groupe. Je comprenais qu’il puisse m’en vouloir d’être parti ainsi, mais il avait fait pire… C’était à moi d’être en colère.

Éden avait terminé d’enregistrer les chansons et après avoir écouté la chanson qu’Éden et moi avions créée, le directeur avait tout de suite souhaité la rajouter à leur album.

Ce soir là, Joshua m’avait appelé pour me dire qu’il rentrait assez tard, ayant beaucoup de travail. Mais je savais que cela était surtout un prétexte pour ne pas rester à la maison à s’apitoyer sur sa rupture avec Liz. Il ne voulait pas en parler et je n’étais pas du genre à le forcer à le faire.

Je n’avais pas vraiment donné de nouvelles à Jules dernièrement et j’avais évité de le voir. Je voulais m’éloigner de lui pour faire le point. J’avais toujours trouvé une excuse, prétextant le travail ou la fatigue. Mais ce soir il semblait en avoir décidé autrement.

Lorsque j’entendis quelqu’un frapper à la porte, je me surpris à espérer que ce soit Éden et je fus presque déçu de voir Jules. Qu’étais-je en train de lui faire… Lui qui avait été si patient avec moi pendant deux mois et demi, tentant de se racheter. Je le trompais.

– Tu me laisses entrer… Souffla-t-il en me sortant de mes pensées.

– Je… Oui…

Jules s’approcha de moi et je sentis qu’il voulait m’embrasser, mais je n’en avais pas envie. Je tournais la tête et pris la direction du salon. Là, j’ouvris une fenêtre et m’allumais une cigarette. J’avais recommencé après l’hôpital, une fois que mes fractures de côtes s’étaient resoudées. Je n’en fumais pas plus de trois ou cinq par jour.

Jules vint s’asseoir silencieusement à côté de moi dans le canapé.

– J’avais réussi à te faire arrêter, souffla-t-il agacé en me voyant fumer.

– Et j’ai recommencé, dis-je, en expirant ma fumée.

Jules se passa une main sur le visage dans un soupire.

– Ok… Si j’ai fais quelque chose qui ne t’as pas plu, alors dis le moi au lieu d’être distant comme ça. Tu es en train de me rendre fou Morgan, dit-il assez énervé.

– Je ne vois pas de quoi tu parles, dis-je froid.

– Tu sais très bien de quoi je parle Morgan. Tu m’évites depuis plusieurs jours et tes excuses sont de plus en plus bidons.

– Je ne te dois rien, répondis-je après une autre bouffée de cigarette.

Jules sera les poings et se leva, comme pour se calmer. Il fit un tour du salon avant de se planter devant moi, me regardant droit dans les yeux.

– Qu’est-ce qu’il faut que je fasse Morgan ! J’ai été patient. Je sais que j’ai merdé. Que j’ai fait une terrible erreur, mais tu vas continuer à me le reprocher combien de temps ?

Il fit une pause, et devant mon absence de réponse, il ajouta :

– Je t’aime Morgan ! Et il n’y a pas un seul jour où je ne regrette pas ce que je t’ai fait. Mais tu ne peux pas m’en vouloir comme ça.

Je me levais à mon tour, écrasant ma cigarette alors que la colère commençait à monter en moi.

– Tu es parti sans même me laisser un mot ou une explication, une semaine avant qu’on se marie ! Et tu penses que je peux te pardonner comme ça !

– J’ai pris peur Morgan ! Tu… Tu avais ce regard qui me demandait tellement. Et cet amour que tu éprouvais pour moi… J’avais peur…Peur de ne pas être à la hauteur. Tu m’étouffais Morgan.

– Je t’étouffais ! Parce qu’en plus tu vas maintenant me dire que c’est de ma faute ! Dis-je alors que des larmes de colère me brûlaient les yeux.

– Tu ne m’as pas compris Morgan. C’est juste que…

– Juste que quoi ? Dis-je alors qu’il ne finissait pas sa phrase.

– Tu… Tu ne te rendais pas compte Morgan mais… Tu… Tu m’aimais tellement que quoi que je puisse faire, tu finissais toujours par me pardonner. Tu es passé outre le fait que je t’ai trompé. Tu es passé outre mes coups de colère, ma distance et le nombre de fois où je ne t’ai manqué de respect. J’étais dur avec toi Morgan. Mais tu me cédais toujours. Tu finissais toujours par m’accueillir dans tes bras et tu m’enveloppais de ton amour. Et j’aimais ça ! J’aimais tellement ça que je n’arrivais pas à m’arrêter. Jusqu’au jour où… Jusqu’au jour où je me suis regardé dans un miroir et que je ne me suis plus supporté. Je n’étais pas à ta hauteur Morgan. Je ne pouvais pas te laisser m’épouser.

Durant tout son monologue, j’étais resté silencieux, laissant les larmes couler sur mes joues. Je savais qu’il y avait une part de vérité dans ce qu’il me disait.

– Et qu’est-ce qui a changé aujourd’hui ? Finis-je par dire d’une petite voix alors que mon cœur se serrait durement.

– Moi… J’ai changé Morgan… Et toi aussi tu as changé… Je… J’ai perdu ta confiance, et je te promets que je vais tout faire pour la regagner… Mais s’il te plaît, me supplia-t-il en tombant à genoux devant moi. S’il te plaît, laisse moi ne serait-ce qu’une chance d’y arriver…

Je restais sans voix, regardant l’homme qui m’avait détruit. L’homme qui m’avait changé, qui m’avait fait me replier sur moi-même plus que je ne l’étais déjà, l’homme qui m’avait fait perdre la confiance en l’autre. Si je lui laissais, une chance, une petite ouverture. Peut-être serait-il capable de me guérir. Peut-être qu’il était le seul à le pouvoir…

Je m’assis sur le canapé en face de lui, pour être à sa hauteur. J’ancrais mon regard dans le sien et posais ma main sur sa joue avant de lui souffler :

– J’essaye… Je te promets que j’essaye Jules… Mais laisse-moi du temps.

Jules posa sa main sur la mienne. Et ses lèvres s’approchèrent des miennes pour un baiser tendre et amoureux. Mais bientôt, ce baiser se fit plus exigent et désireux. Mais je ne voulais pas aller plus loin. Je ne voulais pas lui céder comme ça. Je mis fin au baiser et je tentais dans un petit sourire :

– Tu veux manger quelque chose ?

– Oui… Mais je ne pense pas qu’on parler de la même chose, dit-il charmeur.

Je me levais en me dégageant de son étreinte.

– Je vais faire à manger… Dis-je pour toute réponse.

Jules soupira mais n’insista pas. Alors que j’allais dans la cuisine, il prit place sur le canapé et alluma la télévision.

***

J’avais fait ce que j’avais pu avec les restes du frigo. Mais Jules avait mangé avec appétit, complimentant ma cuisine qui lui avait manqué. Nous avions fini par nous installer sur le canapé et cela faisait plusieurs fois que je repoussais ses avances.

Joshua était collé contre moi, et je me laissais aller à son étreinte. Rares étaient les fois ou il était aussi tendre, et je profitais de cet instant, ne voulant pas qu’il cesse. Mais sa main posée sur ma cuisse commençait à remonter peu à peu, et alors qu’elle arrivait près de mon intimité, je l’attrapais, l’empêchant d’aller plus loin. Ce dernier rejet fut de trop pour Jules qui s’écarta brusquement de moi.

– Joshua m’a raconté ce que tu as fait pendant deux ans. C’est ce que t’as fait pas vrai ! Tu es allé dans ces foutus bars et tu m’as trompé.

Mon sang se glaça dans mes veines alors qu’il venait de toucher si près du but. Oui je l’avais trompé, mais pas avec celui qu’il croyait. Son regard se teinta soudain de douleur alors qu’il ajouta :

– Et tu ne démens même pas…

– Et alors ? Si je l’avais fait, tu me pardonnerais comme je l’ai déjà fait non ? Répliquais-je sur la défensive.

De la douleur le regard de Jules devint furieux. Il m’attira brusquement à lui, sans un mot et m’embrassa de force. J’étais beaucoup plus fin et moins musclé que lui, si bien qu’il m’était cette fois impossible de le repousser. Son baiser était exigeant et sa main serrée autour de mon bras me faisait mal.

– Tu aimes ça, baiser des inconnus, dit-il amèrement en rompant le baiser. Tu aimes le sexe sans amour, le sexe sans lendemain… Ajouta-t-il en rogne.

Brusquement, il me força à me retourner et je me retrouvais à genoux sur le sol, le ventre appuyé contre le canapé.

– Et bien il suffisait de le demander Morgan ! S’exclama-t-il

Il baissa mon pantalon sans ménagement alors que je le suppliais trop faiblement d’arrêter. Après tout, je méritais ce qui m’arrivait. Je l’avais trompé. Je n’avais pas cherché à le nier. Mais j’avais fait pire. Je l’avais trompé avec quelqu’un pour qui j’éprouvais des sentiments tout aussi fort voir plus que ceux que j’éprouvais pour lui. Ce fut pourquoi, je n’eus pas la force de l’arrêter. Même si un gémissement de douleur franchit le barrage de mes lèvres alors qu’il me prenait durement, sans la moindre préparation. J’encaissais sans rien dire, chacun de ses coups de butoir. Il évacuait sa colère sur moi, mais j’en étais responsable.

La seule échappatoire que je trouvais fut de m’enfuir dans mes pensées. Je pensais à Éden et à sa douceur. Jamais il ne m’aurait pris ainsi…

Je finis par prendre un peu de plaisir… Mais ce par quoi j’avais pu passé laisserait des marques sur mon corps. Mais je savais que ce qui guidait les gestes de Jules étaient uniquement induit par l’amour qu’il éprouvait pour moi et la colère à l’idée que je lui échappe…

***

Jules était parti au petit matin, après avoir durement profité de mon corps et même une longue douche chaude n’avait pas réussi à détendre mes muscles.

J’avais fait mon minimum de travail avant de rentrer chez moi, n’ayant envie de voir personne. Joshua était là lui aussi, assis sur le canapé en train de regarder la télé. Il n’était pas très bavard, voir presque dépressif depuis que Liz l’avait quitté, mais il n’avait pas l’air de vouloir m’en parler et je respectais son choix. J’étais en train de m’entraîner sur un morceau lorsque quelqu’un frappa sans ménagement à la porte d’entrée. Surpris, j’allais ouvrir et je tombais nez à nez avec Éden qui tenait Liz dans ses bras. Mes yeux s’écarquillèrent en les voyant.

– Qu’est-ce que… Commençais-je sous le choc.

– Ne t’inquiète pas ! Lâcha Éden le regard noir, je ne suis pas venu te faire la même chose que tu m’as fait la dernière fois !

Et sans attendre, il entra dans l’appartement et son regard croisa le regard surpris de Joshua, assis sur le canapé. Éden posa alors Liz devant lui et celle-ci baissa la tête rouge de gêne.

– Tu ne m’aimes pas, très bien ! S’exclama-t-il en le regardant, mais tu l’aimes elle, et elle t’aime aussi ! On est soudés tous les deux mais tu n’as pas le droit de la laisser te quitter à cause de moi.

Il se tourna vers Liz, la forçant à relever la tête.

– Comme tu n’as pas le droit de le quitter à cause de moi ! Je ne suis pas une excuse valable.

Son regard se durci et il croisa une nouvelle fois le regard de Joshua.

– Ton frère et moi, on est assez grand pour prendre nos décisions tout seul, même si ces décisions nous conduisent droit dans le mur. Vous n’avez pas votre mot à dire alors arrêtez de fourrer vos nez là-dedans. Il me semble que je ne cherche pas à régenter votre histoire !

Et sur ce, il se retourna pour sortir.

– Tu ferais mieux de les laisser seuls, me dit-il avant de fermer la porter derrière lui.

Un silence monacal suivit son départ. Liz et Joshua se regardaient en chien de fusil. Je sentis que j’étais de trop et j’attrapais ma veste, enfilais mes chaussures et sortis sans un mot. Éden avait raison, je devais les laisser seuls…

***

Je m’étais retrouvé dehors et je n’avais finalement eu qu’un endroit où aller. Je n’avais pas envie d’aller chez Jules, car il était de garde. Et au vu de mon état physique, je n’étais pas prêt à recoucher tout de suite avec lui. Je souffrais.

Je m’étais alors rendu au label, voulant continuer de travailler sur un morceau pour me vider la tête après avoir errer un petit moment dehors.

Mais alors que je marchais dans les couloirs déserts, j’entendis encore une fois la mélodie que j’avais écrite.

J’ouvris la porte, non sans hésitation et une grimace étira immédiatement les lèvres d’Éden lorsqu’il me vit. Il se redressa, remettant sa guitare dans son étui.

– Ne t’inquiète pas, je te laisse la salle, dit-il en posant sa guitare dans le vestiaire.

Nous ne pouvions plus faire marche arrière. Tout comme Liz et Joshua, il fallait que nous parlions. Je refermais la porte, et me calais dessus, le regard noir.

– Pourquoi est-ce que tu es en colère ? Demandais-je furieux, c’est plutôt moi qui devrai l’être ! Tu m’as plaqué et tu t’es enfui et tu voulais quoi ? Que je t’accueille les bras ouverts ? Ajoutais-je, disant ce que j’avais sur le cœur.

– Le message passerait sûrement mieux si tu arrêtais de venir me voir pour coucher avec moi ! Rétorqua-t-il sur le même ton.

– J’essaye mais tu fais tout pour me faire céder !

– Ah bon et quand est-ce que je t’ai dragué ou charmé depuis que je suis revenu ?

Brusquement il se retourna, donnant un coup dans la table près de lui avant de poser les mains dessus et de soupirer. Plusieurs minutes passèrent sans qu’aucun de nous deux ne parle… Puis ce fut Éden qui céda.

– Tu as tout ce que tu veux non ? Demanda-t-il sans se retourner. Un petit ami qui t’aime, qui t’apporte tout ce que tu veux et qui va même jusqu’à te faire des putains de soirées romantiques. Alors pourquoi tu le trompes avec moi ?

– Je ne sais pas… Avouais-je dans un souffle.

Et c’était vrai. Avec Éden, je perdais tous mes moyens. Je n’arrivais pas à être raisonnable, et cela avait commencé depuis le début… Un léger rire s’échappa de ses lèvres. Lentement, il se retourna pour me faire face.

– Ton frère a raison, je ne suis pas bon pour toi… Tu vas souffrir et même… Même si j’essaye de me laisser aller avec toi, je ne pourrais jamais tomber amoureux de toi Morgan… Dit-il calmement.

– Pourquoi ? Demandais-je, les yeux bruyants, accusant durement ses paroles qui semblaient irrévocables.

– Parce que je suis amoureux de Lucas.

Si mon cœur s’était serré de tristesse, celle-ci fut remplacée par de la colère à l’entente de ces mots.

– Comment tu peux être amoureux d’un homme qui t’a plaqué ! Criais-je, les poings serrés.

– Il ne m’a pas plaqué, il est mort ! Hurla-t-il à son tour, le regard tout aussi noir.

Je me figeais aussitôt. Mon visage se décomposa en repensant à tout ce qu’il m’avait dit, tout ce que Liz avait tenté de me faire comprendre et tout ce j’avais vu dans sa famille. Lucas était mort. Il ne l’avait pas plaqué. Il l’avait abandonné et de la manière la plus cruelle qui soit. Je n’avais jamais vécu ce par quoi il était passé. Du moins, ce que j’avais vécu plusieurs fois dans ma vie n’était pas comparable. Mais pourtant, cela m’aidait à comprendre ne serait-ce qu’un peu ce qu’il devait ressentir. Maintenant que j’apprenais cela sur lui, tout un pan de sa personnalité s’expliquait. Éden était écorché vif. Il souffrait et je ne pouvais pas l’en blâmer. J’aurais voulu être capable de soulager ne serait-ce qu’un peu la douleur qui éclairait maintenant ses prunelles.

Des larmes lui brouillèrent la vue et vivement, il se retourna, reposant ses mains sur le bureau. Alors que ses mots auraient du me faire fuir, alors que je découvrais que jamais il ne serait capable de partager mes sentiments, je restais à ses côtés. Parce que je l’aimais, et que je ne voulais pas le laisser seul… Parce que si j’étais capable de soulager, ne serait-ce qu’un peu la douleur qu’il devait ressentir, alors je m’en contenterais. Je m’approchais de lui et mes mains se posèrent sur son dos mais il me repoussa vivement, s’écartant de moi.

– Tu m’aurais rencontré il y a cinq ans, j’aurais compris… Dit-il, essuyant ses larmes. J’aurais compris que tu sois tomber amoureux de moi, j’étais… J’étais heureux… J’étais plein de vie, j’étais rayonnant et j’étais désespérément amoureux. Tu sais ce que c’est l’amour Morgan ? C’est une putain de connerie ! Ça nous fait devenir dépendant de quelqu’un et quand tout est fini… Quand tout est fini, tu es juste détruit…

– Éden… Murmurais-je touché, découvrant à quel point la plaie de son cœur était toujours béante et profonde.

– Quatre ans… J’ai été amoureux de lui pendant quatre ans et tout s’est fini du jour au lendemain… C’était mon premier, on habitait ensemble et je pensais même me marier un jour avec lui, tu ne vois pas comment tout ça est ironique ?

Je me redressais voulant m’approcher une nouvelle fois, mais il s’écarta, se retrouvant dos à moi.

– Tu dis être amoureux de moi… Mais tu ne sais pas ce que c’est… Souffla-t-il. Tu ne sais pas qui je suis… Et je ne pourrais jamais tomber amoureux de toi Morgan…

J’avais mal… J’avais mal pour lui et là, à côté de moi, il me semblait si vulnérable que j’étais incapable de m’en écarter. Il se trompait. Plus que tout il avait besoin de l’amour de quelqu’un, ne serait-ce que pour soulager un peu son fardeau. Et si je pouvais l’aider, ne serait-ce qu’un peu, même si cela se faisait à mes dépends, alors j’étais prêt à le faire. Pour lui… Parce que même malgré cet aveu, je n’arrivais pas à cesser de l’aimer…

Ma main se posa sur son épaule et sans qu’il ne puisse le repousser, je le pris dans mes bras. Il tenta de s’y soustraire, mais bien vite, mes bras se serrèrent autour de lui.

– Je suis désolé Éden… Murmurais-je en enfouissant ma tête dans son cou.

– Tu devrais rejoindre ton petit ami, dit-il la voix tremblante.

– Non.

Il était hors de question que je le laisse seul dans cet état.

– Je ne t’offrirais jamais ce que tu veux…

Je relevais alors la tête et nos regard se croisèrent. Mes mains passèrent dans ses cheveux et mon nez vint se frotter au sien avant que nos lèvres ne se retrouvent. Ce baiser n’avait rien à voir avec nos précédents baisers. Dans ce baiser, je me laissais aller pour la première fois à lui transmettre tout l’amour que j’éprouvais pour lui. Je voulais lui montrer à quel point je tenais à lui, à quel point je n’étais pas prêt à le laisser sortir de ma vie. Lorsque l’air vint à nous manquer, je posais mon front contre le sien, et nos regards se croisèrent à nouveau.

– Je ne veux pas prendre la place de Lucas… Soufflais-je d’une petite voix.

– Qu’est-ce que tu veux alors ? Demandais-je sur le même ton.

Ce que j’avais vécu pendant ces trois mois avec lui m’aurait suffit. Toute la tendresse qu’il m’apportait, suffisait à me faire me sentir vivant et aimé, ne serais-ce qu’un peu.

– Est-ce que tu tiens à moi ? Lui demandais-je en appréhendant déjà sa réponse.

Son regard fixé dans le mien le faisait tressaillir. Est-ce qu’il tenait à moi ? Ne serait-ce qu’un peu…

– Tu sais bien que oui… Dit-il dans un murmure.

– Alors c’est tout ce que je veux, répondis-je dans un sourire, heureux comme jamais.

Mes lèvres prirent une nouvelle fois d’assaut les siennes. Alors c’était vrai, il tentait à moi. L’amour se transforma peu à peu en désir et ses mains se posèrent sur mes fesses avant qu’il ne me fasse reculer contre le bureau. Nous cédions une nouvelle fois. Mais c’était trop tard pour reculer. Éden tenait à moi et je n’étais pas prêt à m’arrêter. Même si mon corps me faisait souffrir, je ne voulais pas le repousser. Je voulais de sa tendresse, je voulais qu’il me regarde avec ce même regard qu’il m’avait offert sur la photo de mon téléphone…

– Ramène-moi chez toi… Soufflais-je avant de reprendre ses lèvres dans un baiser fiévreux.

***

Et c’est ce qu’il avait fait. Il m’avait accepté après m’avoir avoué ce qui le détruisait. Il m’avait fait suffisamment confiance pour m’avouer son passé et me dire qu’il tenait à moi. Même s’il ne pouvait pas m’aimer comme je l’aimais, je comptais pour lui et cela me suffisait. Je pouvais l’aimer pour deux.

Ma bouche attrapait son sexe dressé entre mes lèvres et il se cambrait de tout son long. Mais vivement, il se redressa, coupant court aux caresses que je lui prodiguais. Un sourire charmeur étira ses lèvres et il me força à m’allonger sur son lit. Il changea de position et goba mon sexe. Le plaisir fut intense, et je ne mis pas longtemps avant de reprendre ma fellation, voulant lui rendre la pareille. Je passais mes mains sur ses cuisses, me concentrant sur ma tâche pour lui offrir une de ces fellations qu’il ne serait pas prêt d’oublier. Éden quant à lui n’était pas en reste. Ses mains passaient sur mes testicules, les malaxant pour me donner plus de plaisir. Mais bientôt il ne pu plus tenir, et il éjacula dans ma bouche dans un râle. Je fis de même quelques minutes plus tard, me cambrant de tout mon long.

Dans un sourire, il se retourna, reprenant mes lèvres avec fougue.

– Tournes-toi… Souffla-t-il en mordant légèrement ma lèvre inférieure.

Je soufrais toujours terriblement et ce fut ce qui me fit hésiter. Mais je n’avais jamais dit non… Ce n’était pas dans ma nature. Je finis par acquiescer et me retournais, appréhendant la suite. Mais Jules avait du y laisser des marques, car Éden se releva immédiatement.

– Qu’est-ce qu’il s’est passé ? Souffla-t-il en me forçant à me retourner.

Je m’assis sur le lit dans une grimace et baissais la tête. J’avais honte. Vivement, sa main se posa dans mes cheveux et il caressa ma tête.

– Morgan… Dis-moi… M’ordonna-t-il semblant inquiet.

– Il… Il ne pense pas à mal… Il pense que j’aime ça et c’est vrai que j’aime ça, enfin…

Je ne trouvais pas mes mots. Je remontais mes jambes jusqu’à ma poitrine, regardant dans le vide. Ce n’était pas vrai… Je n’aimais pas ça. J’aimais la façon dont Éden me faisait l’amour, je détestais lorsque Jules voulait simplement me baiser.

– Ces derniers jours, j’ai été distant avec lui… Et il… Avec lui, c’est différent et…

– Tu le laisses te prendre sans préparation ! Me coupa-t-il ahuri.

– Je…

Mon regard je gorgeais de larmes et je baissais la tête, appuyant mon front contre mes genoux relevés. Je ne voulais pas qu’Éden me juge. Alors que j’en avais appris beaucoup sur Éden, ne serait-ce qu’aujourd’hui, Éden ne connaissait qu’une facette de ma personnalité. Le peu de chose qu’il avait appris sur moi venait de la bouche des autres. Je ne savais pas me confier, et j’avais toujours été mal à l’aise avec l’idée. Si Éden savait que Jules et moi avions été fiancés, et ce qu’il m’avait fait par la suite… Je ne voulais pas qu’il sache à quel point j’étais faible et désespéré d’avoir près de moi quelqu’un pour qui je comptais, ne serait-ce qu’un peu et qui m’offrait un peu de sa chaleur.

Un soupire s’échappa de ses lèvres et je n’osais pas bouger de ma position.

– Et j’imagine que tu as un mal de chien, non ? Fit il, en se rapprochant de moi.

Pour toute réponse, je haussais les épaules. Éden s’abaissa pour relever mon visage et prendre mes lèvres avec douceur. Avec une tendresse qui le caractérisait si bien, il me dit m’allonger sur le lit, laissant ses mains parcourir une nouvelle fois ma peau. Lorsque l’air vint à nous manquer, il laissa ses lèvres descendre dans mon cou. Et bien que l’envie que j’éprouvais était belle et bien présente, celle-ci était teintée de la peur de souffrir.

– Éden… Osais-je souffler d’une petite voix, je… Je ne sais pas si je pourrais.

Éden se redressa, calant ses coudes de chaque côtés de mon visage me donnant l’impression d’être protéger dans son cocon de tendresse. Dans un sourire, il passa ses mains dans mes cheveux, avant de venir frotter son nez contre le mien.

– Ne t’inquiète pas, je suis sûr que je peux arriver à te faire avoir un orgasme sans même te pénétrer…

***

La nuit était tombée depuis bien longtemps et la lune éclairait nos deux corps. Éden était allongé sur moi, la tête posée sur mon torse. Ma main passait et repassait dans ses cheveux, dans une caresse des plus apaisantes. Un bâillement s’échappa de ses lèvres et je ne pus m’empêcher de rigoler légèrement.

– Tu devrais dormir, tu as assez donné de ta personne aujourd’hui, dis-je amusé.

– J’ai peur que tu essayes de t’enfuir si je le fais, répliqua-t-il en posant son menton sur ma peau.

– Je ne le ferais pas, dis-je sincère, cette idée ne m’ayant même pas effleuré l’esprit.

– Promis ?

– Promis.

Un sourire étira ses lèvres et je fus touchée par cette réaction. Il embrassa ma peau avant de croiser nos regards. Ma main vint replacer une mèche de cheveux derrière son oreille.

– Si tu restes avec ton copain… Souffla-t-il au bout d’un moment, ça fait de moi ta maîtresse ?

– Éden… je… Dis-je en me crispant légèrement, n’ayant pas envie de gâcher cet instant.

– Non ça me va…

Il embrassa une nouvelle fois ma peau avant d’ancrer son regard dans le mien. J’étais d’autant plus surpris qu’il semblait sincère. Mon cœur s’emballa à la seconde alors qu’il ajoutait :

– Je serais ton amant… Jusqu’à ce que tu te lasses de moi.

Et doucement, il se dressa pour capturer mes lèvres dans un doux baiser…

***

Le soleil filtrait à travers les rideaux lorsque j’ouvris les yeux le lendemain matin. Je pouvais sentir les doigts d’Éden courir dans mon dos en un geste aérien. Je tournais la tête vers lui, un petit sourire étira mes lèvres. J’avais l’impression de vivre un rêve éveillé. Combien de fois pendant ces deux mois et demi avais-je espéré me retrouver à partager à nouveau ces moments de tendresse.

Éden était allongé contre moi, légèrement redressé, la tête posée sur sa main.

– Je t’ai rarement vu dormir aussi profondément, souffla-t-il amusé.

Je souris et je voulus me lever, mais Éden m’en empêcha. Je me retrouvais sur le dos, Éden penché au dessus de moi. Un sourire malicieux étira mes lèvres alors que je passais mes doigts sur sa nuque. Je l’attirais à moi et il ne tarda pas à recouvrir mes lèvres d’un baiser tendre auquel je répondis avec douceur. Ma main glissa le long de sa colonne vertébrale, provoquant un frisson chez mon vis-à-vis. Nos lèvres se séparèrent et Éden s’écarta légèrement, mais resta si proche que son nez frôlait le mien.

– Pourquoi tu veux te lever, dit-il avec un petit sourire charmeur. Tu as quelque chose à faire ?

– Je… Non…

– Aujourd’hui c’est dimanche, une journée à ne rien faire alors tu devrais rester allongé ici.

Ses lèvres embrassèrent à nouveau les miennes, achevant de me convaincre. Cependant, jamais il n’eut un geste déplacé, jamais il ne me demanda d’aller plus loin. Il savait que je souffrais et il semblait refuser de me faire du mal. La nuit que nous avions partagée avait été magique, et Éden nous avait fait voir les étoiles plus d’une fois… Pourquoi tenait-il à ce que je reste ? Je doutais encore malgré moi… Est-ce qu’il s’accrochait à moi uniquement parce qu’il aimait coucher avec moi ? Non… Il me l’avait dit hier… Il tenait à moi. Éden dut sentir que j’étais en train de m’égarer dans mes pensées, car il ajouta, comme s’il lisait en moi comme dans un livre :

– Et puis… Il faudrait mieux laisser à Liz et Joshua un peu d’intimité.

Je rigolais avant de l’embrasser à nouveau furtivement. Sa tête ne tarda pas à s’enfouir dans mon cou, déposant de petits baisers humides qui suffisaient à réchauffer mon corps de l’intérieur. Même si tous ces gestes n’étaient pas dictés par de l’amour, même s’il continuait d’aimer un mort ; là, maintenant, en cet instant, je m’en moquais.

– C’est vraiment bien, ce que tu as fait hier. Pour Liz et Joshua, dis-je en passant distraitement ma main dans ses cheveux.

– Je ne supportais plus de voir ma sœur aussi déprimée.

– Joshua était dans le même état, même s’il ne voulait pas en parler. Il l’aime vraiment tu sais. Je… Je suis désolé pour ce qu’il a fait à l’hôpital.

Mon cœur se serra en repensant à tout ce qui m’avait reconduit dans ce lit. Ma relation avec Éden était fragile. Je ne savais pas pourquoi je me mettais à parler de ça. Éden resta silencieux pendant quelques minutes avant de dire :

– J’ai fait le con Morgan…

Je tournais la tête vers lui, surpris alors qu’il se redressait pour croiser brièvement mon regard.

– Je ne sais pas si j’aurais pu rentrer dans ta chambre…

Son regard se voila de tristesse et se détourna du mien.

– Ça me rappelait trop…

Éden se mit sur le dos, sans finir sa phrase. Mais je savais de qui il voulait parler. Mon cœur se serra en imaginant ce par quoi il avait du passé.

– Bref, dit-il en se ressaisissant, si j’avais été à la place de ton frère, j’aurais réagi de la même manière.

Ce fut à mon tour de m’approcher de lui et d’enfouir ma tête dans son cou. Mon bras passa sur son torse pour une étreinte, alors que je me blottissais tout contre lui. J’avais enfin une raison pour son rejet brutal. Venir me voir à l’hôpital, c’était revivre son traumatisme. Éden accepta mon étreinte. Il m’acceptait dans son monde, et j’espérais maintenant pouvoir l’aider à se tirer de cette tristesse que je ne faisais qu’entrapercevoir.

***

Nous étions tranquillement installé dans le canapé, en train de regarder un dvd. Éden était allongé, sa tête posée sur mes cuisses et ma main passait dans ses cheveux. C’était déjà le milieu de l’après-midi et je n’avais pas vu le temps passer.

Nous étions plongés dans ce deuxième film que nous regardions lorsque je sentis mon téléphone vibrer dans ma poche. Éden du le sentir, car il se redressa pour me laisser le prendre.

– Allo, dis-je sans prendre le temps de regarder qui était mon interlocuteur.

– Morgan, me répondit Jules enjoué. Comment vas-tu ?

Je me tendis, et mon regard se posa sur Éden. Il était en train de mettre le film sur pause et se leva en se dirigeant vers la cuisine.

– Je… Euh ça va… Soufflais-je gêné de la situation dans laquelle je me trouvais.

Éden ouvrit le frigo et en sortit une bière qu’il me montra, me demandant silencieusement si j’en voulais une. J’acquiesçais alors que Jules continuait.

– Ça te dis de venir au resto avec moi ce soir ? Je finis ma garde à 18 heures, je peux passer te prendre chez toi vers 18 h 30, on pourrait aller boire un coup avant.

Éden revint vers moi avec deux bières décapsulées. Il posa la mienne devant moi et s’assit à côté de moi pour boire la sienne. Mon regard ne l’avait pas quitté. C’était avec lui que j’avais envie de rester…

– Je suis désolé, mais je ne peux pas, j’ai déjà prévu de passer la soirée avec Andrew.

– Tu ne peux pas repousser ? Insista-t-il.

– Non, c’était prévu depuis longtemps.

– Bon… Je dois y aller là, il y a une urgence.

Je n’eus pas le temps de lui répondre quoi que ce soit, que déjà il raccrochait. J’attrapais ma bière mal à l’aise avant qu’Éden ne dise en riant :

– Je n’ai jamais été l’amant de quelqu’un…

Je souris à mon tour avant de boire une gorgée de ma bière.

– Tu ne peux même pas vraiment coucher avec moi… Dis-je dans une grimace alors que j’avais toujours mal.

Éden me sourit, mais cette fois avec beaucoup de tendresse. Il garda sa bière à la main et vint se coller contre moi, posant sa tête sur mon épaule.

– Alors je suis ton amant câlin.

Un petit rire s’échappa de mes lèvres, plus que séduit par l’idée. Il redressa la tête surpris de ma réaction. Mais je le rassurais ancrant mon regard amoureux dans le sien.

– « Amant câlin », dis-je en reprenant ces mots. C’est plus que je n’aurais pu espéré, ajoutais-je avant de prendre ses lèvres le cœur battant.

Éden se détendit aussitôt, avant de ravir mes lèvres pour un autre baiser tendre, confirmant ses dires. Nous nous séparâmes après un petit moment de douceur et lorsqu’Eden attrapa la télécommande pour remettre le film en route, je me risquais à lui demander :

– Ça ne te déranges pas que je reste… Enfin j’aimerai bien mais… Mais si tu as quelques chose de prévu, je ne veux pas m’imposer, soufflais-je hésitant et gêné.

– Je n’ai rien à faire, tu peux rester, répondit-il avec un petit sourire charmeur, se moquant un peu de moi. Mais attends-toi à voir Liz débarquer pour m’engueuler dans peu de temps.

***

Et ce fut ce qu’elle fit. Le film venait de terminer et Éden avait envie de passer à une toute autre activité. J’étais assis à cheval sur lui, savourant la caresse des ses doigts sous mon tee-shirt alors que mes lèvres partaient à l’exploration de la peau de son cou.

Je n’eus même pas le temps de m’écarter de lui que Liz débarqua en trombe dans le salon, ayant apparemment les clefs de chez lui.

Elle se figea sur place lorsqu’elle nous découvrit tous les deux dans cette position plus que suggestive. Je me retirais aussitôt des genoux d’Éden, tentant nerveusement de remettre mes vêtements en ordre.

– Tu pourrais au moins frapper, soupira Éden.

J’osais à peine croiser le regard de Liz, particulièrement gêné par la situation. Après tout, elle savait que j’étais avec Jules depuis le début…

– Quand Joshua saura ce que vous faites derrière le dos de son ami, il va vraiment faire une crise. Souffla-t-elle dans une grimace.

– C’est pour ça que tu ne diras rien et que tu feras comme si tu ne savais rien, répondit Éden étonnamment amusé de la situation.

– Ça… Ça risque d’être difficile vu que je suis à nouveau avec lui, dit-elle avec un grand sourire avant de prendre place sur le canapé à côté de son frère. Mais je ferais ce que je pourrais…

Pour ma part, j’allais m’installer dans le fauteuil d’en face, toujours embarrassé par la situation dans laquelle je me trouvais.

– Alors vous avez remis le couvert ! Enfin, je n’aurais plus à supporter tes larmoiements, dit Éden en déviant le sujet.

Liz attrapa un coussin qu’elle jeta au visage d’Éden.

– Même si c’est grâce ou à cause de toi, ne recommence plus jamais ça ! S’exclama-t-elle en se jetant sur lui.

Je les regardais chahuter avec amusement. Éden et Liz étaient vraiment très proches, bien plus proches que je ne l’étais avec Joshua. Même si nous avions grandit ensemble avec Joshua, même s’il me connaissait mieux que personne, nous gardions une certaine distance. Mais peut-être que cela était caractéristique à notre passé commun. Je fus brusquement tiré de mes pensées par Éden qui se levait pour prendre le téléphone.

– Je vais commander des pizzas, dit-il en s’adressant à Liz.

Mais alors que je commençais à me sentir de trop, il composa le numéro et se tourna enfin vers moi, me demandant :

– Une quatre fromages, comme avant ?

J’acquiesçais dans un sourire. En une soirée, tout avait basculé… J’avais l’impression que tout se passait comme s’il n’y avait pas eu cette séparation de deux mois. Mais pourtant… Beaucoup avait changé.

***

Nous avions passé une très bonne soirée tous les trois. Une soirée simple, et agréable qui suffisait à me rendre heureux. Éden ne cherchait pas à cacher quoi que ce soit à Liz et il avait la même attitude tendre et affectueuse avec moi que ce matin.

Il était maintenant assez tard, et nous étions en plein milieu d’un film que Liz avait aperçu sur la table basse et elle avait à tout prix tenu à le regarder malgré l’heure déjà avancée de la nuit. Au milieu du film ne tenant plus, j’avais fini par m’allonger à moitié sur Éden qui était resté assis. Sa main passant dans mes cheveux m’apaisa plus que je ne l’aurais cru et peu à peu, mes yeux s’étaient fermés et je m’étais sûrement endormi.

Pourtant, lorsque je revins à moi, il me sembla entendre mon nom. Feignant de dormir profondément, je ne bougeais pas, désirant entendre la suite de la conversation.

– Je veux dire… Est-ce que cette situation te convient avec Morgan ? Demanda Liz d’une petite voix.

La main d’Éden cessa de caresser mes cheveux et il répondit :

– Oui, on ne se prend pas la tête.

– Tu disais ça aussi la dernière fois et trois mois plus tard, ça été l’explosion.

Je dus faire appel à tout mon self control pour ne pas montrer que j’étais réveillé et c’était le cœur battant que j’attendais la suite de la conversation.

– Ce n’est pas pareil. Je lui ai dit pour Lucas. Il sait que je ne lui rendrais pas son amour, tout est clair entre nous, dit-il avant de reprendre ses caresses dans mes cheveux, glissant ses doigts près de ma nuque.

– Éden… Répondit Liz. Tu lui rends déjà son amour… Et si tu essayais de vraiment lui ouvrir ton cœur, je suis sûre que tu pourrais oublier Lu…

– Arrête ça ! S’exclama Éden froidement.

Plus aucun mot ne fut ajouté. Mon cœur continuait de battre terriblement vite. Au fond de moi, je savais que j’avais le même espoir que Liz. J’espérais qu’un jour, lorsqu’il serait prêt, Éden ferait le deuil de Lucas. Mais ce que j’espérais par dessus tout, c’était que je sois encore dans sa vie, lorsque cela se produirait…

Mais il y avait toujours cette crainte qui persistait. Cette crainte qu’il trouve quelqu’un d’autre, et qu’il me tourne le dos. La peur aussi qu’il ne passe jamais outre Lucas et que je me retrouve désespérément à essayer de rivaliser avec un mort… Même si je ne voulais pas prendre la place de Lucas, j’espérais un jour avoir ne serait qu’une toute petite place dans son cœur.

***

Le lendemain matin, après m’être difficilement arraché à l’étreinte d’Éden, j’étais finalement rentré chez moi pour récupérer mes affaires et me changer avant de retourner à la compagnie. J’avais espéré ne pas y croiser Joshua, mais il était malheureusement dans la cuisine en train de déjeuner lorsque je rentrais.

– Où est-ce que tu étais ? Me demanda-t-il aussitôt, les sourcils froncés.

– Avec Andrew, je me suis endormi sur son canapé… Dis-je dans une grimace.

Et alors que je tentais de fuir cette conversation, me dirigeant vers ma chambre, Joshua m’arrêta en me disant :

– Jules est passé hier soir. Il te cherchait.

– Je lui avais pourtant dit que j’étais avec Andrew… Dis-je mal à l’aise.

– A quoi est-ce que tu joues avec lui Morgan ? Tu vas le laisser combien de temps te courir après ?

– Ça ne te regarde pas, répondis-je les dents serrées.

– Bien sur que si ! Vous comptez tous les deux pour moi et… Il a changé Morgan, je suis sûr que tu devrais lui laisser sa chance. Vous formiez un beau couple tous les deux…

Je ne répondis rien, allant directement dans ma chambre. Je ne savais pas à quoi je jouais. Joshua aurait du me comprendre. Mais je le voyais maintenant, il se rangeait du côté de Jules. Il ne devait surtout pas savoir ce que je faisais avec Éden. Car il ne comprendrait pas…

Lorsque je sortis de la douche propre et habillé, je trouvais Joshua dans le salon en train de rassembler ses affaires.

– J’y vais… Dis-je brièvement en attrapant ma veste.

Mais Joshua se dirigea vers moi et me dit avec un petit sourire :

– Au fait, si tu vois Éden… Enfin je… Avec Liz… Tu pourras le remercier pour ce qu’il a fait hier.

– Vous êtes de nouveau ensemble ? Demandais-je en jouant la surprise.

Il acquiesça et un grand sourire étira ses lèvres, un sourire qui l’avait quitté depuis mon accident.

***

C’était déjà la fin de l’après-midi et je continuais de vivre sur un petit nuage aux côtés d’Éden. Le groupe était déjà parti depuis plus d’une heure mais je continuais à travailler avec Éden, l’aidant à améliorer sa voix, l’accompagnant au piano du mieux que je le pouvais. Ce que nous faisions n’était pas nécessaire, mais j’appréciais plus que tout ces moments simples qui m’avaient manqués.

Nous venions de finir un morceau lorsque je sentis la main d’Éden glisser lentement dans mon dos pour s’arrêter juste au dessus de mon jean. A ce simple contact, un frisson de désir me saisit, un frisson auquel je ne voulais pas céder tout de suite. Ses lèvres ne tardèrent à s’approcher de mon oreille et il me murmura :

– Est-ce tu as toujours mal ? Parce que j’ai une toute autre proposition à te faire pour ce soir…

Je rougis alors qu’un sourire amusé se dessina sur mes lèvres.

– Il faut qu’on finisse de travailler ce morceau, je suis sûr que tu peux faire beaucoup mieux sur le dernier enchaînement…

Loin de s’arrêter, les doigts d’Éden glissèrent sous mon jean, effleurant la peau de mes fesses. Je dus faire appel à tout mon self contrôle alors que ses lèvres se posaient sur ma mâchoire, comme il le faisait à chaque fois pour me faire céder.

Ma main se posa alors sur sa cuisse et ce fut à mon tour de lui souffler, charmeur :

– On le répète encore une fois, et sérieusement… Et je te promets que tu ne regretteras pas d’avoir attendu, dit-je en remontant ma main jusqu’à son sexe, mais en m’arrêtant et en ôtant ma main avant de le toucher.

Un éclair de désir passa dans le regard de mon amant qui retira sa main de mon dos. Il poussa un petit soupire avant de me dire :

– Allez, joue… Mais tu n’as pas intérêt à te défiler après…

– Ça ne tient qu’à toi, répliquais-je amusé.

Éden ferma les yeux pour se concentrer alors que je jouais les premières notes. Mais il n’eut pas le temps de se mettre à chanter. Quelqu’un frappa à la porte, nous interrompant. J’eus à peine le temps de lui dire d’entrer, que Jules se trouvait devant moi.

Un sourire étira ses lèvres lorsqu’il me vit, mais il regarda froidement Éden.

– Je te trouve enfin, souffla-t-il.

J’étais affreusement mal à l’aise. Me retrouver avec mon petit ami officiel et mon amant, enfermés dans la même pièce, je ne pouvais pas rêver pire. Mon cœur battait à cent à l’heure et pourtant je ne tentais de ne rien montrer.

– Je t’invite, dit-il en s’approchant de moi. Et je viens en personne te le dire pour que tu ne te défiles pas comme hier…

Je lançais un bref regard à Éden qui fixait Jules, le détaillant de la tête aux pieds.

– Je… D’accord, dis-je hésitant. Tu peux m’attendre dehors, je finis d’abord de travailler sur cette chanson et j’arrive.

J’aurais espéré qu’il m’écoute mais au lieu de ça, ses poings se serrèrent et il posa sur moi un regard froid et autoritaire, un de ces regards qui aujourd’hui encore m’effrayait. Et j’étais encore plus mal à l’aise que tout ça se passe devant Éden. Je ne voulais pas qu’il voit comment j’étais avec Jules et quelle emprise il pouvait toujours avoir sur moi.

– J’en ai marre, s’exclama-t-il. Tu peux bien laissé ton boulot de côté. Il est tard. C’est l’heure d’aller manger.

– Laisse moi juste finir ça, insistais-je.

Je le défiais du regard avant de reprendre le début du morceau au piano. Mais Jules ne l’entendait pas de cette oreille. En un éclair, il fut à côté de moi et m’attrapa par le bras un peu trop durement, me faisant grimacer.

– Ça suffit Morgan. Viens, il faut qu’on parle et surtout que tu arrêtes de me prendre pour un con ! S’exclama-t-il sans desserrer sa prise.

Ce fut à ce moment là qu’Éden, qui était resté simple spectateur jusqu’à présent, décida d’intervenir, se levant à son tour pour faire face à Jules. Je me retrouvais assis sur le banc, entre ces deux hommes.

– Lâchez-le ! S’exclama-t-il, sur un ton glacial. Il me semble que vous ne travaillez pas ici, vous n’avez pas à être là ! S’il le faut, je pourrais contacter la sécurité.

A la façon dont Jules regarda Éden, je pris peur. Je ne voulais pas que ça dégénère plus. Je connaissais le tempérament de Jules et je savais qu’il n’appréciait pas qu’Éden s’adresse à lui ainsi.

Je me levais à mon tour, m’arrachant dans un geste brusque de l’étreinte de la main de Jules. Je repliais mon carnet posé devant moi et le mis dans ma sacoche.

– C’est bon tu as gagné, je viens… Dis-je dans un soupire en me tournant vers Jules.

Les deux hommes qui se toisaient jusque là posèrent leur regard surpris sur moi. Éden en savait déjà beaucoup trop sur ma relation avec Jules. Je venais de me faire humilier devant lui, et j’avais honte.

Jules eut un petit sourire satisfait et je fus soulagé qu’il n’aille pas plus loin avec Éden. Il prit la direction de la sortie et je le suivis.

Arrivé à la porte, je m’arrêtais cependant.

– On reprendra demain… Je… Je suis désolé. Soufflais-je d’une voix morne à l’intention d’Éden.

J’osais à peine lui lancer un dernier regard avant de refermer la porte derrière moi. Joshua était-il aveugle ? Jules n’avait pas changé… Et l’emprise qu’il continuait d’avoir sur moi était toujours présente.

J’eus à peine le temps de fermer la porte, que Jules se jeta pour moi pour un baiser exigeant.

– Ne me refais plus jamais ce coup là, souffla-t-il tout contre mes lèvres avant de m’attraper par la main et de m’inviter à la suivre.

Mais cette fois-ci, c’était la culpabilité qui me faisait le suivre. Parce que je le trompais, parce que pas un seul jour depuis mon accident il ne m’avait lâché, parce qu’il s’était excusé, et parce que j’avais honte de n’avoir maintenant qu’une seule envie : rejoindre Éden…

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