Ne pars pas – Chapitre 11

Chapitre 11 écrit par Lybertys

Quelques images et des sons difficiles à définir…

Des visages inconnus en blouse blanche au-dessus de moi qui apparaissaient et disparaissaient lorsque mes paupières se refermaient. La lumière violente du camion dans lequel on me transportait.

Le tintement désagréable de la sirène de l’ambulance… J’avais froid, terriblement froid… Chaque respiration était un supplice. Elle était sifflante et périlleuse. J’avais mal… Terriblement mal… Mais même cela ne réussissait pas à masquer la douleur que je ressentais en ce moment même. Je voulais retourner dans cette inconscience. Je voulais fuir cette réalité. Mais les personnes autour de moi m’en empêchaient. Elles n’arrêtaient pas de me parler, me demandant de rester avec elles. Mais je n’y arrivais pas, je ne voulais plus. Ma vision se troubla sous les larmes que je ne pouvais revenir. Éden m’avait quitté. J’étais seul et je voulais fuir cette réalité.

***

Il me sembla entendre une voix que je connaissais bien en train de m’appeler, affolée. Lorsque j’ouvris faiblement les yeux dans une grimace, ce fut pour croiser le regard terriblement triste, effrayé et en colère. On avait du me donner des cachets, car mon corps était comme engourdi. J’avais l’impression que ma peau était en feu, écorchée vive… Et chaque respiration était difficile.

– Morgan… Mais à quoi tu as pensé ! Je… Morgan, dit-il alors que les larmes lui montaient aux yeux.

– Je ne veux pas que… Que tu… Que tu me donnes une leçon… J’ai vraiment pas besoin de ça maintenant… Dis-je d’une voix dangereusement faible et basse que je ne me connaissais pas.

Sa main se posa sur ma joue, et cela me fit aussitôt grimacer de douleur. Il l’enleva aussitôt affolé.

– Qu’est-ce qui s’est passé Morgan… Pourquoi…

– Je…

Éden m’avait quitté, voilà ce qui s’était passé. Je ressentis aussitôt ma poitrine se comprimer plus qu’elle ne l’était déjà. Je voulais fuir cette douleur.

– Morgan… Me supplia Joshua dans une plainte.

Mais je ne l’écoutais plus. Mes yeux se fermaient tout seul alors que je prononçais tout haut la vérité qui me détruisait, les derniers mots qu’Éden avait prononcés…

– C’est fini… Gémis-je.

– Quoi ? Qu’est-ce que est fini ?

Les larmes me montèrent aux yeux. Je ne voulais pas l’accepter.

– Avec Éden… Répondis-je plus pour moi-même que pour lui. C’est fini…

Puis plus rien, à nouveau ce néant. Sans sentiments, sans douleur… Un cocon où j’allais me réfugier, loin de tout.

***

Lorsque j’ouvris à nouveau les yeux, je fus ébloui par une lumière vive. Mes yeux papillonnèrent et je ne tardais pas à entendre Joshua m’appeler par mon prénom.

– Comment tu te sens ? Demanda-t-il en posant sa main sur la mienne.

Je voulus tourner la tête vers lui, mais je dus le faire certainement trop vite car celle-ci se mit à tourner.

– J’ai connu mieux, dis-je dans une grimace de douleur. J’ai mal.

– Le médecin ne va pas tarder, tu auras sûrement d’autres cachets après.

Je tentais de sourire à Joshua pour le rassurer. Je ne l’avais jamais vu aussi anxieux.

– J’ai eu si peur Morgan…

Des larmes lui montèrent aux yeux et je ne pouvais rien faire. Chaque respiration était toujours périlleuse et je sentais que le moindre mouvement me serait difficile.

– Ce n’est pas bien ce que tu as fait… J’ai toujours fermé les yeux parce que je pensais que tu savais ce que tu faisais et que tu étais prudent… Mais Morgan ! Tu n’aurais jamais du monter dans la voiture de ce gars alors qu’il était saoul.

Le visage de Joshua se durcit aussitôt alors qu’il ajoutait :

– Tout ça pour oublier cet enfoiré !

Je fermais les yeux un bref instant. Éden me manquait déjà… Et plus jamais je ne connaîtrais la douceur de ses baisers.

– Je n’ai pas envie de parler de lui, dis-je en croisant à nouveau son regard dur.

Joshua voulu insister, mais je fus sauver par l’arrivée du médecin qui entra directement dans ma chambre d’hôpital.

– Morgan ? C’est bien ça, dit-il en s’approchant du lit, un carnet à la main.

J’acquiesçais d’un très léger mouvement de tête qui me coûtait déjà beaucoup.

– Bon et bien… Ce qu’on peut dire c’est que vous ne vous êtes pas raté. Une fracture du péroné, deux fractures ouvertes des côtes qui vous ont causé un épanchement plural, ce qui veut dire du sang dans vos poumons que nous avons ponctionné à votre admission dans nos services. De multiples contusions, plaies, quelques brûlures et j’en passe.

Il fit une pause, cessant de lire ses notes, pour croiser mon regard.

– Mais au vu de votre place dans la voiture et de la collision, on peut considérer que vous avez beaucoup de chance. Il s’en est vraiment fallu de peu…

– Et comment va-t-il ? Articulais-je difficilement en repensant à l’homme avec j’avais failli couché.

– Qui ça ? Me demanda le médecin en fronçant les sourcils.

– L’homme qui… Le conducteur… Dis-je, ne connaissant pas son prénom.

Je sentis aussitôt le regard plein de jugements de mon frère posé sur moi. Mais je tentais de l’ignorer.

– Son cas est encore plus impressionnant, dit le médecin dans un sourire. Il n’a strictement rien, à par quelques bleus !

Je fus soulagé de l’apprendre et je me détendis un peu.

– Pour l’instant, vous en faites le moins possible et vous ne cherchez pas à bouger sans l’aide d’une infirmière. Tout mauvais mouvement pourrait vous être fatal au niveau de vos côtes. Avec vos fractures vous ne pouvez de toute façon pas être autonome. Vous allez resté chez nous pour un moment.

Le médecin posa à nouveau son regard sur son carnet et y nota quelque chose.

– Une infirmière viendra pour changer vos pansements et vous donner vos cachets. La seule chose que vous pouvez faire maintenant, c’est de vous reposer. N’hésitez pas à faire appel aux infirmières si vous avez besoin de quoi que ce soit, conclut-il.

Il quitta la pièce après m’avoir lancé un dernier regard, me laissant à nouveau seul avec Joshua.

Celui-ci me fixait avec un air désapprobateur que je n’aimais pas et ce fut un silence gênant qui s’installa entre nous. Une vague de fatigue commençait à déferler sur moi. Je m’en voulais… Je m’en voulais de me retrouver dans cet état pour lui. Et si j’avais pu tenir un peu plus longtemps… Est-ce que ma relation avec Éden aurait pris un autre tournant ? Je devais arrêter d’y penser.

Ce fut à ce moment là que j’entendis quelqu’un entrer dans la chambre. J’ouvris les yeux que je n’avais pas eu conscience de fermer, pour tomber nez à nez avec Liz, qui se tenait à côté de mon lit.

– Comment tu vas Morgan ? Me demanda-t-elle inquiète. Tu nous a fait peur tu sais…

A son regard, je compris qui se cachait derrière le nous. Est-ce qu’Éden s’était inquiété pour moi ? Est-ce qu’il viendrait tout de même me voir ?

– Je suis désolé… Soufflais-je, honteux d’avoir à faire face au regard des autres sur ce que je venais de faire.

C’est alors que Liz posa son regard sur Joshua. Et à l’échange silencieux qu’ils partagèrent, je compris que quelque chose n’allait pas. Mais je ne pu pas me poser plus de question. Le sommeil m’engourdit brusquement, et je sombrais…

***

Trois jours passèrent, trois jours où j’eus le droit à une foule de visite, mais celui que j’espérais voir plus que tout n’arrivait pas…

Cloué au lit, je ne faisais que penser à lui. J’avais eu le droit à la visite de tous les membres du groupe, excepté Éden. Liz venait me voir tous les jours et Joshua ne s’absentait que lorsqu’il devait travailler ou prendre un peu de sommeil. Le groupe avait voulu repoussé la tournée pour s’assurer que j’allais bien, mais je les avais empêché. Ils devaient profiter de la chance qui leur était accordé de faire ces dates et annuler ou repousser au stade où ils en étaient était dangereux. Le directeur du label était aussi venu me rendre visite, ainsi que quelques collègues, comme Andrew…

Mais il y avait une personne que je ne m’attendais vraiment pas à voir, une personne que j’avais voulu oublié et qui pourtant, avait fait déraper cette maudite journée. Il frappa quelques coups avant d’oser rentrer et lorsque je le vis, mon cœur se comprima aussi durement que quelques jours auparavant.

– Qu’est-ce que tu fiches ici… Dis-je d’une voix froide mais qui restait faible.

Mais Jules ne me répondit. Il me regardait avec cet air peiné. Je ne voulais pas qu’il soit ici, et je ne pouvais rien faire pour le mettre dehors. J’étais coincé dans mon lit et le moindre mouvement était douloureux.

– Dégage ! Dis-je alors qu’il s’approchait de moi.

Mais Jules ne m’écouta pas. Au contraire, il s’installa simplement à côté de moi, comme si je n’avais rien dit, comme si je ne l’avais pas rejeté. Et lorsqu’il voulu attraper ma main, je la retirais aussitôt, retenant un cri de douleur avec grand peine.

– Tu es sourd ou quoi ! Je ne veux pas te voir ! Je ne veux plus jamais te voir ! Dis-je en entrecoupant mes mots par une respiration difficile.

Je connaissais le tempérament de Jules. Il aurait normalement du prendre la mouche et partir en claquant la porte. Mais il n’en fit rien. Alors que je le rejetais, il restait à côté de moi, me regardant avec cette tristesse qui me mettait mal à l’aise.

– Je suis désolé Morgan, souffla-t-il. Je suis désolé d’être parti comme ça… Chaque jour je le regrette. Chaque jour, j’ai pensé à toi…

Pitoyablement, j’aurais aimé entendre ces mots de sa bouche, et je les avais attendu… J’aurais peut-être oublié ma rancœur face à la peine qu’il m’avait causé. Mais aujourd’hui je n’en voulais pas. Je n’en voulais plus depuis que j’avais rencontré Éden. Ce n’était pas Jules que je voulais voir revenir vers moi… Mais c’était Éden…

– C’est bon, j’ai entendu tes excuses, maintenant tu peux partir, finis-je par répondre dans une énième tentative de le voir quitter ma chambre.

– Non ! Répliqua aussitôt Jules. Maintenant que j’ai réussi à te revoir, je ne veux plus te laisser. Je ne veux plus refaire la même erreur.

Je voulu me retourner, pour ne plus avoir à le regarder ou à lui faire face, mais je ne pus que tourner la tête sur le côté opposé. Même si je ne voulais plus le voir, j’étais malgré tout, au plus profond de mon être, touché par ses paroles…

– Joshua m’a dit que tu sortais avec un gars… Continua Jules. Il est venu te voir ?

Je ne répondis rien. Mais des larmes roulèrent silencieusement sur mes joues. Était-il venu ici pour me torturer ?

– Au moins il y a plus con que moi… Finit par dire Jules en voyant mon état.

Il tenta une nouvelle fois de prendre ma main, mais cette fois-ci, je ne le repoussais pas. Peut-être parce que la chaleur de celle-ci m’apaisa, ne serait-ce qu’un peu.

– Je reviendrais ici tous les jours Morgan. Jusqu’à ce que tu me pardonnes… Souffla-t-il dans un murmure qui fit avec surprise, battre mon cœur.

***

Et c’est ce qu’il fit le lendemain et le surlendemain et le jour d’après… Il était médecin à l’hôpital et m’apprit qu’il en profitait pour suivre mon cas médical, même si ce n’était pas sa spécialisation. Je n’étais pas spécialement loquace, tentant plusieurs fois de l’envoyer promener, mais il restait, tenace.

Joshua se débrouillait pour ne jamais être là en même temps que lui. Liz continuait de venir me rendre visite quotidiennement, et étrangement, ce n’était jamais en même temps que Joshua. La seule fois où Joshua était arrivé alors que Liz était là, elle avait voulu l’éviter et Joshua l’avait rattrapé pour lui dire de venir lui parler seul à seul. Lorsque j’avais voulu aborder le sujet avec Joshua, il avait refusé.

C’était avec surprise que je vis venir en début de soirée, Baptiste. Le groupe, excepté Éden et Baptiste, était venu me dire au revoir ce matin, car ils partaient en tournée le lendemain. Notre relation s’était vraiment améliorée si l’on repensait à nos débuts. Nous avions parlé de tout et de rien, même si au vu de mon état, c’était Baptiste qui tenait le plus gros de la conversation.

Puis le silence s’installa entre nous et ce fut à ce moment que j’osais lui demander :

– Est-ce que tu as connu Lucas ?

Baptiste se tendit aussitôt et son regard se fit fuyant. Qu’avait fait cet homme à Éden pour le mettre ainsi mal à l’aise…

– Oui… C’est mon cousin, souffla-t-il.

Je me rappelais alors de la photo que j’avais vu chez Éden. Il était vrai que Lucas et Baptiste se ressemblaient…

– Comment il était avec Éden.

Baptiste croisa mon regard un bref instant, surpris de mes questions. Je crus qu’il allait me rembarrer, mais au contraire, il prit une profonde inspiration avant de répondre :

– Ils étaient très amoureux Morgan. J’ai rarement vu un couple aussi soudé…

– Mais s’ils étaient tellement amoureux, qu’est-ce qui les a séparés ?

– La vie… Souffla Baptiste avant de se lever.

Je fronçais les sourcils, ne comprenant pas sa réponse.

– Ce n’est pas à moi de t’en parler Morgan…

Baptiste attrapa sa veste qu’il enfila avec un léger empressement.

– Je suis désolé, mais je dois y aller. Je n’ai pas encore fait mes valises. Prends soin de toi Morgan… Tu…

Il fit une pause, se passant la main sur le visage comme pour se donner une certaine contenance.

– Tu sais… Enfin, ce que je veux dire, c’est que je suis content qu’on puisse travailler avec toi. Le directeur avait raison ! Dit-il dans un clin d’œil avec un petit sourire.

Puis son sourire disparu et c’était presque triste qu’il ajouta :

– Malgré nos désaccords au départ… Et ce qui s’est passé avec Éden… Tu ne méritais pas ça.

Et sans un mot de plus, il quitta ma chambre d’hôpital. Une douleur sourdre comprimait toujours ma poitrine… Il me manquait toujours autant. Je tendis péniblement la main pour attraper mon téléphone. Il ne m’avait pas appelé… Il n’était pas venu me rendre visite. Il l’avait pourtant dit… Ce que nous faisions était terminé. Mais j’aurais voulu le voir… Ne serait-ce qu’entendre sa voix. J’aurais voulu savoir que je comptais, ne serait-ce qu’un peu pour lui… Et que je n’étais pas simplement réduit à un bon coup qu’il rejetait et qu’il ne voulait plus voir.

***

Un mois s’était passé depuis cette discussion avec Baptiste, un mois où chaque jour, Jules venait passer une petite heure avec moi. J’avais fini par accepter sa présence, et au et à mesure cette présence avait eu, avec surprise, un effet apaisant sur la douleur que je ressentais toujours en moi après le rejet d’Éden.

Éden ne m’avait pas appelé, n’avait jamais cherché à me contacter. Même si chaque jour j’espérais. Il m’arrivait de passer des heures à fixer mon téléphone avec les photos qu’il m’avait envoyé, incapable de me résoudre à les effacer.

Je prenais régulièrement des nouvelles de la tournée, et aidais du mieux que je le pouvais depuis mon lit d’hôpital à planifier leur retour dans le label. Comment serais-je capable de faire face à Éden à nouveau ? Comment serais-je capable de travailler face à lui sans ressentir cette douleur. J’avais l’impression d’être abandonné à nouveau. Même s’il ne m’avait pas promis quoi que ce soit… Il avait laissé son empreinte en moi et son absence créait un vide terrible. Liz venait souvent me voir, mais c’était rarement en même temps que Joshua. Aucun des deux ne semblait vouloir en parler ;

Mon état physique s’était nettement amélioré, et je ne garderais qu’une petite cicatrice dans le dos. Les autres allaient disparaître progressivement. J’étais presque remis et je devrais continuer de la kiné intensive pour être pleinement sur pied.

Ce soir-là, j’avais enfin eu le droit ce sortir de l’hôpital et Joshua m’avait ramené chez nous. C’était à contre cœur qu’il m’avait laissé, ayant du travail à finir suite au retard qu’il avait prit par ma faute.

Je ne pouvais nier que j’appréhendais de me retrouver seul ici, dans ce lieu qui ne faisait que me le rappeler. Je n’osais pas aller dans ma chambre. Je ne voulais pas connaître à nouveau le froid de ce lit. Pourquoi avait-il été aussi tendre avec moi. N’avais-je été qu’un substitut de ce Lucas ? Un substitut qui avait finit par lui en demander trop.

Mes pas me guidèrent naturellement dans ma petite pièce, l’endroit où j’allais toujours me réfugier. Je n’avais pas touché à un piano depuis un mois, et cela me manquait. Mais alors que je passais le pas de la porte, je réalisais à quel point je l’avais laissé entrer dans ma vie… Mon regard se posa sur mon piano. Je m’en approchais et m’assis sur mon petit banc où Éden avait prit l’habitude de me rejoindre régulièrement. Mes doigts se posèrent délicatement sur les touches du piano. Mais rien ne vint. Je redressais la tête et mon regard se posa sur son visage.

Nous étions samedi, un de ces samedis qu’Éden venait passer chez moi et où nous nous retrouvions dans cette petite pièce à travailler sur la composition d’un morceau ou à simplement jouer et chanter pour le plaisir. Parfois, nous nous installions simplement pour y écouter de la musique, sur le tapis et les coussins à côté du piano. C’était bien moins confortable que mon salon, mais j’avais l’impression qu’Éden se sentait aussi bien que moi dans cet espace. Depuis le jour où je l’avais autorisé à franchir le pas de cette porte, il y avait pris sa place. Des brouillons de paroles qu’il avait écrite alors que je jouais se trouvaient éparpillées à côté du piano.

J’étais en train de jouer un morceau que nous avions composés ensemble et je tentais de l’améliorer. Éden était affalé sur le piano avec un crayon et un papier. Il écrivait les paroles et s’énervait de ne pas trouver le mot qu’il voulait. Je le regardais rayer ses mots et se concentrer à sa tache, avec un petit sourire. Savait-il à quel point il était séduisant ainsi ? A quel point il avait réussit à m’envoûter.

Soudain, il s’arrêta posant son crayon le piano et repoussant sa feuille, un sourire de satisfaction étirant ses lèvres.

– J’ai l’impression que c’est le meilleur album que nous allons faire ! Dit-il heureux.

Il se redressa et s’approcha de moi, faisant glisser ses doigts le long de ma joue pour arriver au niveau de mon menton.

– Et je crois qu’on peut te remercier pour ça, dit-il avec sincérité.

Sa main quitta mon visage et afficha un sourire cette fois-ci charmeur et amusé, un de ses sourire qui me faisait perdre mes moyens.

– Dis, tu as déjà fait l’amour sur ton piano ?

Je ne pus m’empêcher d’éclater de rire face à cette question. Je me redressais pour ravir ses lèvres. Comment pouvait-on désirer quelqu’un à ce point ? Sa chaleur m’envahit aussitôt. Là, contre lui, je me sentais vivre.

Je me levais rageusement alors que des larmes me brouillaient la vue. Il me manquait, il me manquait atrocement et je m’en voulais de toujours ressentir cela après plus d’un mois.

J’étais pathétique. Je l’attendais encore alors que cela faisait plus d’un mois qu’il ne m’avait pas donné un seul signe de vie. Mon regard se posa sur mes murs. Je ne pouvais plus supporter de voir ce visage me narguer. Rageusement, j’arrachais le premier poster à ma droite, puis le suivant. Ils finissaient sur le sol et perdaient leurs intérêts car je m’attaquais déjà à un autre. Les larmes dévalaient sur mes joues et rien ne parvenait à me calmer.

J’avais l’impression que j’étouffais et que je ne pourrais reprendre mon souffle que lorsque son visage ne serait plus affiché sur tous les murs. Je déchirais les posters un à un, tremblant de rage et de douleur. Je ne voulais plus de cette douleur, je ne voulais plus de cet amour que je continuais de ressentir pour lui. Il ne le méritait pas, j’étais pitoyable de continuer de m’accrocher à ce que je n’avais jamais eu de sa part…

Je me retrouvais assis, au milieu de cette pièce qui ne ressemblait plus qu’à un paysage dévasté. Le sol était jonché de posters déchirés en plusieurs morceaux et froissés. Sur les murs, il restait encore les traces des posters qui avaient pendant des années décorés mes murs. Ces murs étaient maintenant vides et froids et cela ne me soulageait pas…

Lorsque je sentis mon portable vibrer dans ma poche, je m’empressais de le regarder, espérant comme à chaque fois. Mais c’était un message de Jules qui me demandait si tout allait bien et si j’avais besoin d’aide. Je n’eus pas envie de lui répondre. Pourquoi s’accrochait-il ainsi à moi ? Est-ce qu’il avait vraiment des sentiments pour moi ? Est-ce que ses regrets étaient sincères ? Le simple fait d’être venu me voir chaque jour, malgré mon rejet constant était remarquable, le connaissant…

Mais c’était Éden qui continuait d’occuper mes pensées et bientôt, je me retrouvais encore une fois à regarder ces photos. Celles-ci, je n’étais pas capable de les effacer. La façon dont il me regardait sur ces images, ses baisers, le souvenir de la tendresse des gestes qu’il avait eut envers moi… Il m’avait fait tombé irrémédiablement amoureux de lui, et j’avais véritablement cru que tous ces gestes n’étaient pas feints. Je me souvins des paroles de Baptiste qui m’avait mis en garde au départ. Avait-il raison ? Éden avait uniquement usé de sa tendresse pour me garder auprès de lui. Et Joshua avait enfoncé le couteau dans la plaie en me soutenant que tout ceci était feint. Mais je ne voulais pas le croire, j’en étais incapable. Et pourtant, son rejet brutal me prouvait les dires de Joshua et Baptiste. Il ne voulait plus de moi. Je n’avais été qu’un bon coup et rien de plus…

Mes doigts continuèrent de faire défiler les photos alors que les larmes revenaient de plus belle. Je devais abandonner cette histoire, je devais relever la tête, je ne pouvais pas continuer ainsi ou j’allais véritablement me détruire. Je devais à mon tour lui dire adieu…

Fébrilement, je composais son numéro de téléphone, et portais le téléphone à mon oreille. Je ne savais pas ce que j’allais lui dire. Je ne savais pas ce qui se passerait s’il décrochait. Mais je ne pouvais plus rester dans cet état.

Après plusieurs sonneries qui me parurent durer des heures, ce fut cependant sans surprise que je tombais sur sa messagerie. Je du faire appel à tout mon courage pour lui laisser un message, mais je devais le faire…

– Éden… C’est moi… Soufflais d’une petite voix, c’est Morgan.

Je pris une inspiration pour poursuivre, laissant les mots venir à moi..

– Je ne sais pas si tu as fait exprès d’éviter cet appel ou si tu n’as pas entendu sonner je… Je voulais juste te dire que je suis désolé. Je suis désolé de m’être attaché à toi. D’être tombé amoureux de toi… Et je suis désolé d’avoir cru que c’était réciproque. Lâchais-je d’une seule traite en repensant au dernier échange que nous avions eu.

Un sanglot me secoua alors que je prononçais tout haut ce que je n’arrivais pas à accepter.

– Tu me manques, avouais-je malgré moi, je suis pathétique. Je suis pathétique de croire que tu viendrais me voir, que mon accident te toucherait… Je… Je croyais que tu tenais un peu à moi… Il faut croire que je me suis bien trompé.

Je soupirais et fit une légère pause, tentant de ne plus pleurer, avant de reprendre. C’était le but de mon appel et je me devais de le faire. Pour lui… Pour moi… Pour ce nous qui n’avait existé que dans mon regard…

– C’est fini… Je… Je ne veux plus t’aimer… Je veux t’oublier… Je… Je vais demander à être retiré de la composition de vos albums… Je ne viendrais plus te déranger Éden…

Et je raccrochais avant qu’il ne puisse entendre le sanglot bruyant qui me secoua. Je venais de lui faire mes adieux et je savais que c’était nécessaire. Mais cela n’enlevait en rien ma souffrance, cela ne faisait que l’accentuer. J’irais voir le directeur pour lui dire de trouver quelqu’un d’autre. Je ne me voyais pas travailler avec lui. Je ne me voyais plus lui faire face. Même si j’adorais travailler avec le groupe, même si je n’avais jamais ressenti autant de joie qu’en composant pour eux et qu’en les aidant… Recroquevillé sur le sol, je me maudissais d’en être arrivé là.

Ce fut à ce moment là que j’entendis sa voix m’appeler. Redressant la tête, je vis Jules à l’entrée de ma petite pièce, qui me regardait avec beaucoup de tristesse.

– Morgan… Je… Joshua était inquiet pour toi et… Il m’a laissé ses clefs pour que je vienne te voir…

Sans mon autorisation, il rentra dans cet espace qui ne représentait plus rien pour moi. Cet espace où je ne me sentais plus en sécurité.

En un rien de temps, il fut à genoux à côté de moi et il me prit dans ses bras. Je ne le repoussais pas. Je n’en étais pas capable. Je me laissais aller dans les bras puissants et protecteur de l’homme que j’avais aimé et qui m’avait trahi. J’acceptais ce contact qui me permettait de ne pas tout lâcher. Et ce fut lorsqu’il me murmura ses quelques mots que tout bascula :

– Je suis désolé Morgan… Plus jamais tu m’entends… Plus jamais je ne t’abandonnerai…

Mon cœur fit un bond dans ma poitrine. Je m’écartais légèrement de lui et sans réfléchir je l’embrassais… J’avais envie de me ressentir autre chose que cette douleur. Je baissais ma garde, je voulais le croire. Je voulais qu’il me fasse me sentir vivre comme je ne l’avais plus fait depuis un mois. Je voulais sa douceur, je voulais lui appartenir. Je voulais qu’il me possède et que cela me permettre peut être d’oublier cet homme, d’oublier Éden…

***

Jules avait été doux, particulièrement doux, comme il ne l’avait jamais été avec moi. Mais malgré le plaisir que j’avais pris avec lui, cela n’avait rien à voir avec Éden. J’aurais du être heureux, j’aurais du sentir la solitude qui pesait sur moi s’amoindrir. Mais je ne ressentais rien de tout cela. J’avais toujours mal. Sa main passait sur mon corps perlé de sueur du à l’ébat que nous venions de partager.

Mon regard se posa sur lui alors qu’il regardait ma pièce de musique et l’état dans laquelle je venais de la mettre. Il ne faisait pas le moindre commentaire.

Qu’est-ce que je venais de faire avec lui ? Est-ce que je lui ouvrais vraiment une porte dans ma vie ? Je l’avais aimé… Je l’avais sincèrement aimé. Mais étais-ce le cas aujourd’hui ? Je ne pus pas apporter de réponse à cette question et ceci me mit mal à l’aise vis à vis de Jules. J’avais besoin d’espace pour réaliser ce que je venais de faire. Lentement je m’écartais de lui et tentais de lui offrir un petit sourire pour ne pas le vexer.

– Je vais prendre une douche, soufflais-je d’une petite voix.

Jules me regarda surpris mais ne fit aucun commentaire. Et sans attendre plus longtemps je me levais et partis dans la salle de bain. Je m’arrêtais au niveau du lavabo et mon regard se posa sur mon reflet. Je me dégoûtais. Je continuais de penser à Éden, je continuais d’aimer Éden, même après un mois, même après mon message. Je n’arrivais pas à me débarrasser ce de sentiment. C’était dans ses bras que j’aurais voulu être, pas dans ceux de Jules que j’avais pris à défaut.

J’entendis et vis Jules entrer dans la salle de bain. Il s’approcha de moi et m’enlaça par derrière posant sa tête sur mes cheveux. Il était plus grand que moi et m’avait toujours donné l’impression d’être protégé lorsque je me retrouvais dans ses bras. Ses cheveux blonds mi-longs se mariaient parfaitement avec ses magnifiques yeux noirs, qui m’avaient transpercé au premier regard. Sa peau bronzée me donnait cette impression de chaleur lorsque j’étais contre lui, et son odeur de m’envoûtait. J’avais aimé cet homme, malgré le mal qu’il m’avait fait pendant longtemps, avant même d’être parti. Il n’avait jamais été particulièrement tendre et doux. Il m’avait donné l’impression que je ne comptais pas autant pour lui que ce qu’il comptait pour moi. Et pourtant, depuis que je l’avais retrouvé, il s’était montré sous un nouveau jour…

Mais est-ce que j’étais capable de recommencer véritablement quelque chose avec lui ? C’était encore trop tôt pour apporter une réponse à cette question…

***

J’étais allé voir le directeur le lendemain en profitant pour aller chercher mes dossiers et continuer à travailler sur la musique du film. Les délais étaient maintenant serrés. Je marchais d’un pas énervé dans les couloirs pour rentrer chez moi. Le directeur n’avait pas accepté que j’arrête de travailler avec le groupe. Je n’avais selon lui aucune raison valable et j’avais presque réussi à le mettre tout autant en colère que moi. J’allais être forcé de le revoir, de travailler avec lui. Mais je savais que j’aurais beaucoup de mal à donner le meilleur de moi-même. La tournée continuait de bien se passer et même si j’avais tenté de cesser de travailler avec eux, je me retrouvais avec un dossier de partitions à retravailler pour finir l’enregistrement. Ce n’était pas parce que je ne me sentais pas capable de continuer que je comptais laisser tomber le travail. Je voulais leur donner toutes leurs chances pour réussir cet album et conquérir le cœur de nombreuses personnes. Je voulais que chacun reconnaisse le talent du groupe et surtout le talent d’Éden… Car, malgré tout ce qui s’était passé entre nous, cela ne mettrait jamais en doute l’estime que j’avais pour leur travail et leur musique…

***

Le directeur avait demandé à me voir quelques jours après. Je savais qu’il était allé voir un de leur concert et il m’avait proposé de l’accompagner, mais j’avais décliné. Je n’étais pas prêt à le revoir, du moins, pas comme ça. Même si je prenais quotidiennement des nouvelles de la tournée, je ne voulais pas faire face à Éden. Parce que j’avais peur de ce que j’allais ressentir.

J’étais assis en face de lui dans son bureau et il me regardait avec un sourire chaleureux. Il venait de me raconter au combien il était satisfait du concert et du potentiel des Light Shade. Puis il redevint plus sérieux, lorsqu’il me dit :

– Je suis vraiment surpris que tu m’aies demandé d’arrêter de travailler avec eux. Ils t’adorent et n’ont pas la moindre envie de se séparer de toi.

Il fit une pause en refermant son dossier.

– Quand on pense aux débuts que vous avez eu, je pense que tu as su faire tes preuves.

Le directeur soupira face à mon absence de réponse. Il se leva et regarda par la fenêtre. Ce ne fut qu’après ce long moment de silence qu’il se mit enfin à parler.

– Tu sais Morgan… Ce n’est pas pour rien que j’ai fais le choix de te faire travailler avec eux. Je… Je trouvais que tu avais besoin d’autre chose, d’un peu plus de stimulation. Et je me suis dis que cette place, qui te permettait de continuer à te garder dans l’ombre, serait d’aider personnellement un groupe. Tu as beaucoup de talent Morgan et je trouve dommage que tu ne veuilles pas en faire quelque chose de plus… Finit-il assez durement.

– J’aime ça ! La renommé, je m’en moque ! Tout ce que je veux, c’est composer.

Le directeur soupira. Nous divergions sur ce point de vue depuis des années.

– L’un n’empêche pas l’autre.

Je me retins de répondre quoi que ce soit, je ne voulais pas me disputer avec lui. Le directeur revint s’asseoir en face de moi.

– J’ai entendu tes dernières musiques pour le film. Elles sont très belles, mais je trouve que la dernière est étonnamment triste… Est-ce qu’il s’est passé quelque chose avec Éden ? Étrangement, il savait déjà que tu voulais partir, à la surprise générale du reste du groupe.

– Je… Je n’ai pas envie d’en parler, soufflais-je en détournant le regard.

– Tu connais nos règles Morgan. Nos vies privées ne doivent jamais interférer dans notre travail.

Je me relevais, n’aimant pas du tout le chemin que prenait la conversation. Le directeur en savait plus qu’il ne me le montrait et je risquais ma place s’il découvrait tout ce qui c’était réellement passé.

– Oubliez ma demande, je continuerais à travailler avec eux. Et j’espère que vous continuerez d’être satisfait. Dis-je en utilisant le vouvoiement volontairement pour mettre de la distance entre nous et appliquer ses règles.

Je rassemblais mes affaires et me dirigeais pour attraper ma veste.

– Morgan… Je vois bien que ça ne va pas en ce moment… Tu sais… Tu devrais en profiter pour composer un morceau qui traduit ce que tu ressens. Un morceau pour toi, que tu ne montres à personne, que tu gardes précieusement. Je pense que ça pourrait être libérateur, surtout avec ce lien si particulier que tu as avec la musique, ajouta-t-il dans un petit sourire.

Je le regardais surpris, avant de tenter de répondre à son sourire.

– Je te remercie pour tout ce que tu as déjà fait pour moi… Soufflais-je avant de sortir.

***

Les semaines passèrent et je continuais de voir Jules, n’ayant pu me résoudre à l’éloigner de moi. Nous couchions ensemble, mais bien plus rarement que je l’avais fait avec Éden. Il continuait de venir me voir chaque jour mais je n’étais encore jamais allé chez lui. Nous ne pouvions pas dire que nous étions un couple. Je le laissais juste prendre une place dans ma vie, comme s’il m’ apprivoisait peu à peu. J’étais loin de lui avoir pardonné et il n’était pas près de gagner ma confiance. Ce qu’il avait fait resterait à jamais dans mon esprit.

Liz ne semblait pas beaucoup apprécier Jules et Joshua allait plus souvent la voir qu’elle ne venait ici. Joshua avait beaucoup de travail et je le voyais assez peu.

Je profitais de ce temps libre pour appliquer l’idée que le directeur m’avait soufflée. J’avais travaillé dessus chaque jour, améliorant les accords, les transitions, peaufinant chaque détail. Souvent, les larmes me montaient aux yeux, et mes partitions finissaient par en pâtir. Parfois, lorsque je me réveillais au milieu de la nuit, en sueur suite à un cauchemar, ou lorsque ce lit me semblait à la fois entaché de souvenirs et trop vide, j’allais me réfugier dans ma pièce et je continuais de composer ce morceau.

Joshua et Liz étaient dans le salon, alors que j’apportais les dernières modifications à ce morceau. J’avais tenté d’exorciser la douleur que je ressentais à chaque fois que je pensais à lui. J’y avais mis beaucoup de moi, de ce que j’avais ressentis ces deux derniers mois.

Mais je sentais maintenant que ce morceau était terminé. Je n’avais plus qu’à le jouer entièrement une dernière fois. Je fermais les yeux et me laisser aller à jouer cette mélodie en pensant une dernière fois à Éden et à ce que je ressentais pour lui. Après cela je devais à tout prix évacuer cet amour que je ressentais toujours pour lui. Je devais me redresser et tourner la page. Je laissais couler mes dernières larmes, je devais l’oublier. Cela faisait deux mois, je ne pouvais plus être ainsi accroché à lui.

Ce ne fut que lorsque j’eus terminé mon morceau que je remarquais la présence de Liz à l’embrasure de la porte. Je séchais brusquement mes larmes, ne voulant plus que l’on me surprenne dans cet état, surtout sa sœur…

– C’est vraiment une très belle mélodie Morgan… Souffla-t-elle touchée par ma musique.

Elle fit une pause, avant de reprendre, plus triste :

– Est-ce que tu l’as composé en pensant à lui ?

Je savais très bien de qui elle parlait. Mais je ne voulais pas lui dire. Cette partition était personnelle et elle avait maintenant trouvée sa fin de vie, de même que mes sentiments pour Éden.

Devant mon silence qui lui donnait raison, Liz poursuivit :

– Tu sais… Il m’appelle tous les jours pour savoir comment tu vas…

Mes poings se serrèrent et je me relevais. S’il appelait sa sœur alors pourquoi est-ce qu’il ne m’appelait pas moi ? Il avait eu mon message et il n’avait rien trouvé à y redire.

Ce fut à ce moment là que Jules fit son interruption.

– Morgan, il faut qu’on parte, on va être en retard au restaurant.

Mon regard se posa sur Liz alors que mes mains chiffonnaient la partition avant de la jeter dans la corbeille. Je ne voulais plus d’Éden dans ma vie, tout comme il ne me voulait plus dans la sienne. Et je n’étais pas prêt à en parler à qui que ce soit, et encore moins à Liz, la personne la plus proche d’Éden.

Sans un mot, je passais devant elle et partis à la suite de Jules. Avec lui, même si j’étais toujours indécis, j’arriverais peut-être à tourner la page…

***

Il était vingt et une heure passée. Éden et son groupe devaient rentrer de tournée ce soir. Et j’allais devoir leur faire face dans deux jours. J’avais beau essayer de l’oublier, malgré toute mes belles résolutions, il ne s’était pas passé un seul jour sans que mon cœur ne se serre au moins une fois. Mais j’étais déterminé à l’oublier.

Jules nous avait préparé une soirée romantique, chose qu’il n’avait jamais fait pour moi. J’étais de plus en plus surpris de découvrir une facette chez cet homme que je n’avais jamais connu. Joshua et Liz avaient eu aussi prévu une soirée de leur côté, mais après avoir été allé chercher Éden…

Nous avions l’appartement pour nous deux jusqu’à demain. Je n’étais pas encore allé chez Jules. Je le laissais venir chez moi.

Nous avions terminé le dessert et nous étions installés dans le salon. Il n’avait pas fallut longtemps avant que Jules s’approche de moi et ne m’embrasse. Séduis par ses attentions tout le long de la soirée, je m’étais laissé faire. Mes mains avaient déjà déboutonnées sa chemise et mes doigts couraient sur sa peau bronzée et brûlante alors que ses lèvres se perdaient dans mon cou. Ce fut à ce moment là que j’entendis quelqu’un frapper à la porte. Je m’écartais de Jules en fronçant les sourcils, surpris. Je n’attendais pas de visiteur. Dans un soupire, Jules me laissa me relever, montrant clairement qu’il n’avait aucune envie d’être interrompu maintenant.

– Je reviens, soufflais-je dans un petit sourire d’excuse, en me dirigeant vers la porte d’entrée.

Je me figeais brusquement en croisant aussitôt son regard, écarquillant les yeux.

Éden était devant moi, sa main posée sur l’embrasure de la porte.

– Alors, je t’ai manqué ? Souffla-t-il dans un sourire.

Je ne lui répondis pas, ayant beaucoup de mal à réaliser que tout cela était belle et bien réel. Ce sourire charmeur me faisait fondre, comme il l’avait toujours fait… Mon cœur s’emballa. Je n’avais pas cessé de l’aimer… Non, ce que je ressentais pour lui était toujours là, mais aujourd’hui il s’accompagnait de la douleur de l’abandon. Oui il m’avait manqué, mais je me refusais à lui dire. Qu’attendait-il ? Que je lui saute dans les bras ? Que j’oublie ? Avait-il si peu d’estime pour moi ?

Je sentis Jules arriver derrière moi en même temps que le regard d’Éden se posait sur lui. Son regard parcouru la pièce du regard. Alors que la main de Jules attrapa la mienne en me demandant si ça allait, Éden comprit. Mais qu’était-il venu chercher ? Récupérer son bon coup parce qu’il n’avait rien à se mettre sous la dent ce soir ? Était-il simplement venu pour coucher avec moi ? Et s’il faisait vraiment un pas vers moi… Pourquoi maintenant ? Pourquoi si tard…

Un léger rire ironique s’échappa de ses lèvres alors qu’il baissait la tête.

– Je suis con… Murmura-t-il.

Il releva alors la tête, tentant d’afficher un sourire qui sonnait terriblement faux.

– Désolé, je me suis trompé d’adresse… Dit-il en se remettant droit.

Son regard croisa une dernière fois le mien et il se retourna. Quelques secondes plus tard, alors que j’étais prêt à lui courir après, Jules me ramena à la réalité en fermant la porte.

– Qui c’était ? Me demanda Jules en me forçant à me tourner vers lui.

Mon regard s’ancra dans le sien. Ce n’était pas le même bleu que ceux d’Éden. Ses cheveux blonds n’étaient ceux d’Éden. Il n’était pas Éden. Il n’était pas celui avec lequel je voulais me retrouver maintenant. Le cœur oppressé par l’amour que j’éprouvais toujours pour lui, je voulu l’oublier. Un sourire sans émotion étira mes lèvres, comme pour rassurer Jules. J’en était maintenant sûr, j’avais besoin de lui pour l’oublier… Je ne faisais que me servir de lui, alors que mon cœur ne cessait de battre pour Éden, souffrant de ne plus sentir sa chaleur et sa tendresse…

Sans plus attendre je l’embrassais, cherchant encore désespérément à retrouver ce qui m’avait fait me sentir vivre… Ce que je n’avais connu jusqu’à aujourd’hui, qu’avec Éden…

***

J’appréhendais ce jour et il était pourtant arrivé. J’avais rendez-vous avec les Light Shade ce matin pour planifier le retour de tournée et leur annoncer tout le travail qui nous restait à faire. J’avais eu beaucoup de mal à dormir la veille. Je n’avais fait que penser à lui et à sa venue chez moi… Je n’arrivais pas à trouver de réponse à mes questions, je ne le comprenais plus.

Tout le groupe était arrivé en même temps et les retrouvailles avaient été étonnamment chaleureuses. Ils étaient ravis de me voir sur pieds. Kelly et Laura n’arrêtaient pas de me décrire leur tournée et les deux autres garçons y rajoutaient des précisions. Mais cet enjouement n’était pas partagé. Éden était dans son coin, en train de jouer des accords. Il ne m’avait pas lancé un seul regard depuis qu’il était entré et n’avait pas décroché un seul mot.

J’avais du repousser l’invitation d’Éden a passer la nuit ensemble car j’avais beaucoup trop de travail en retard que j’avais mis de côté ces derniers temps. Éden avait paru vexé de ce rejet, mais il n’avait pas trop insisté. J’étais encore dans le label, travaillant au piano, rayant ce qui n’allait pas sur mes partitions. Il était assez tard et je savais que j’allais passer une bonne partie de la nuit ici. Un soupire franchit le barrage de mes lèvres en pensant à la nuit que j’aurais pu passer à la place de me retrouver à travailler ici. Jamais ce genre de regret n’avait traversé mon esprit avant. Je voulais le voir… Je voulais le sentir contre moi… J’avais envie de passer du temps avec lui, mais le travail devait passer avant. Mon cœur se serrait en pensant qu’il irait sûrement voir ailleurs… Et j’avais du mal à l’imaginer avec un autre homme.

Je chassais ces pensées de mon esprit, tentant de me concentrer à la tâche… Mais ce fut à ce moment là que j’entendis frapper à la porte et quelques secondes plus tard, alors que je tournais la tête, je vis Éden entrer presque timidement.

Je savais que je ne tiendrais pas longtemps s’il revenait à la charge, mais je n’avais pas le cœur à lui dire de partir. Un petit sourire étira mes lèvres alors qu’il m’offrait ce même et éternel sourire charmeur.

– Je ne te dérange pas, souffla-t-il amusé, je viens juste surveiller que tu travailles bien et que tu rattrapes ce maudit retard, ajouta-t-il dans une grimace.

Il fit une pause et me montra le paquet qu’il avait dans la main droite.

– Ça ne te dérange pas si je mange ?

– Je… Non… Fis-je troublé.

Et c’est ce qu’il fit, il s’installa au bureau à côté de moi et déballa ses boîtes de nourriture chinoise. Pour ma part, je tentais de me concentrer à nouveau sur mon travail. J’avais trop de retard… L’odeur de la nourriture fumante me fit réaliser à quel point j’avais faim et mon ventre se mit à gargouiller, ce qui eut pour effet de faire rire Éden.

Il sortit une autre boite de son sachet, juste en face de moi et me la montra.

– Je sais que c’est ton préféré, souffla-t-il. Tu travailleras mieux le ventre plein, ajouta-t-il amusé.

Malgré moi je fus particulièrement touché par ce genre d’attention. Moi qui m’attendais à ce qu’il aille voir ailleurs, il était simplement venu me voir. Et il connaissait mes goûts… Un sourire étira mes lèvres et je me levais pour aller le rejoindre à la table. J’attrapais la boîte qu’il me tendait et la posait sur le bureau. Mon regard s’ancra dans le sien et il ne fallut pas longtemps avant que mes lèvres rencontrent les siennes. C’était un de ces baisers terriblement tendre et doux, un de ces baiser qui fit définitivement voler en éclat toutes mes résolutions. Lorsque j’étais à ses côtés, je ne répondais plus de rien. Je ne voulais pas que cela cesse…

Je devais faire appel à toute ma concentration pour écouter ce que me disaient les membres du groupe. Mes pensées étaient toutes entières tournées vers lui. Je lui jetais des regards furtifs et mon cœur s’emballait comme à chaque fois. Et je tentais de renflouer ces sentiments, je n’en avais pas le droit.

C’est alors qu’il se leva brusquement, posant sa guitare dans son étui.

– Je reviens, je dois prendre l’air… Souffla-t-il.

Et sans attendre une seconde de plus, il sortit de la salle, sans un regard pour nous. Le silence s’installa dans la salle et je me sentis mal à l’aise. Je voulais aller le rejoindre tout autant que je savais que je ne devais pas. Être dans la même pièce était une épreuve, j’avais du mal à imaginer un face à face. Le reste du groupe me lança un regard presque inquiet, mais je tentais de me redonner une certaine contenance. Je me masquais derrière ma carapace et le travail et les invitais à s’y mettre. Chacun acquiesça et jamais Éden ne revint travailler avec nous…

***

La réunion avec le groupe était maintenant terminée depuis une petite heure et je revenais du réfectoire après avoir tenté d’avaler quelques bouchées. Mais je n’avais pas d’appétit. Je ne faisais encore une fois que penser à lui. Je me rendais dans ma salle de travail lorsque j’entendis un morceau dans une pièce voisine, un morceau que je croyais avoir détruit. Furieux, j’ouvris la porte sans frapper, voulant voir qui avait volé ma musique et surtout comment il l’avait fait. Mais je me figeais en découvrant Éden avec sa guitare. Comment l’avait-il trouvé, je l’avais pourtant jeté. Et surtout, comment osait-il jouer un de mes morceaux sans ma permission.

Son regard croisa le mien, furieux.

– Qui te l’a donné ?! M’exclamais-je incapable de me calmer.

Ce morceau était bien trop personnel et l’entendre jouer par la personne qui en était le plus concerné me rendait fou. Éden ne répondit pas, se contentant de me fixer.

– Tu n’as pas le droit de le jouer, dit-je en sentant des larmes de colère me monter aux yeux.

Mon regard se posa sur mes partitions froissées à côté de lui. Ce ne fut qu’à ce moment là qu’Éden m’adressa la parole.

– Cette musique a été écrite pour moi ? Me demanda-t-il.

Je me figeai aussitôt, ne m’attendant pas à cette question. Rien que par cette attitude, je venais de lui donner ma réponse et pourtant je tentais de lui mentir.

– Non… Dis-je plus bas.

– Tu mens, répliqua Éden en ricanant.

Il se redressa et commença à ranger sa guitare alors que je le regardais immobile, incapable de maîtriser la foule d’émotions qui se battaient en moi. J’aimais cet homme, je l’aimais encore terriblement, et je me haïssais d’avoir à refréner l’envie d’être simplement dans ses bras, encore une fois…

– Tu l’as jeté, dit-il dans un haussement d’épaule en se redressant, prenant sa guitare à bout de bras, alors maintenant cette chanson m’appartient.

Ce fut trop pour moi. Un élan de colère vis à vis de cet homme me submergea. Alors qu’il passait devant moi pour sortir, j’explosais :

– Tu prends un malin plaisir à faire ce que tu veux comme d’habitude, sans penser aux conséquences ! M’exclamais-je d’une voix glaciale.

Éden s’immobilisa et me répliqua, sans se retourner :

– Ça vaut pour la musique ou pour nous ?

Je ne répondis pas, car nous savions très bien tous les deux la réponse à cette question. Après un silence, Éden toujours dos à moi finit par dire :

– Tu as un nouveau petit ami, alors tu n’as pas eu trop de mal à supporter les dernières conséquences…

Il voulu partir, mais je ne le laissais pas faire, je l’attrapais pas le bras et le forçais à se retourner.

– C’est facile de croire ça, dis-je en osant affronter son regard bleu terriblement froid et dur. Tu m’as fait tombé amoureux de toi et tu m’as plaqué !

Éden dégagea son bras de ma prise et me répondit, tout aussi durement que moi :

– Je t’avais dis de ne pas tomber amoureux de moi !

Mon cœur se serra amèrement. Alors, ce que j’avais eu peur de penser était vrai. Éden n’avait vu en moi qu’un coup au lit dont il pouvait profiter régulièrement. Et pour ce faire, il avait usé de la pire manipulation qui soit.

– Tu n’es qu’un connard ! M’exclamais-je, hors de moi. Si tu ne voulais pas de sentiments, tu n’avais qu’à pas m’en donner. Parce que c’est ce que tu as fait pendant tout ces mois ! Tu n’as pas arrêté de me faire croire que tu ressentais quelque chose pour moi…

Les larmes me montaient aux yeux, mais je faisais tout pour ne pas y céder. Éden avait le regard fuyant et il voulu se retourner pour sortir. Mais de la même manière que la première fois, je le forçais à se retourner.

– Comme d’habitude, tu prends la fuite ! Criais-je. Tu… Tu aurais pu. Tu aurais pu venir me voir, ou m’appeler ne serait-ce qu’une fois… Dis-je plus bas et plus douloureusement.

– Je n’ai rien à voir avec ton accident ! Et notre aventure était terminée. Dit-il sur la défensive.

– A ton avis, dis-je alors que les mots dépassaient ma pensée. Pourquoi j’étais avec ce type…

Ma main lâcha son bras. Les larmes devenaient trop dures à retenir. Je savais très bien qu’il n’était pas responsable de cet accident. Je ne pouvais m’en prendre qu’à moi-même. Je lui en voulais juste de m’avoir fait croire à de l’amour, de m’avoir laissé plonger dedans, avant de d’avoir tout fait voler en éclat. Je lâchais soudain un petit rire ironique alors que des larmes commençaient à dévaler sur mes jours. J’étais pitoyable et pathétique, voilà ce que j’étais.

– Tu n’es pas responsable de cet accident, soufflais-je en me contredisant. Mais tu n’as pas fait mieux. Tu m’as détruit Éden… De la pire manière qui soit.

Je le contournais, ne volant plus le voir, ne voulant plus ressentir cette douleur.

– Je regrette… Chaque jour, je regrette de t’avoir connu…

Et sans un mot de plus, je quittais la salle le cœur en miette, m’éloignant de l’homme que je haïssais mais que je continuais d’aimer.

***

J’avais ramené du travail chez moi. J’avais fuis le label, n’ayant pas le cœur à croire une nouvelle fois Éden. Je m’étais plongé dans la musique, tentant de chasser mes pensées envers lui. Mais je m’interrompis brusquement de jouer lorsque j’entendis la porte d’entrée s’ouvrir violemment avant d’être claqué avec la même force. Les cris de Liz et de Joshua ne tardèrent pas à me révéler leur identité.

– Comment tu peux dire que je suis responsable ! Cria-t-il. C’est ton frère qui n’est qu’une ordure ! Tu as bien vu dans quel état il a mis Morgan ! Il l’a fait tout seul, sans mon aide !

– Tu n’as jamais eu confiance en lui, alors qu’Éden a apporté beaucoup à Morgan, cria Liz avec la même virulence. Tu n’as pas idée de ce par quoi il est passé.

– Et quel bien il a apporté à Morgan ? Répliqua Joshua, hors de lui.

– Quand il sortait avec Éden, il était beaucoup plus enjoué, heureux, et Éden était dans le même état. J’ai cru un instant avoir retrouvé mon frère et je me souviens que tu avais dit la même chose à propos de Morgan. Jules est peut-être ton ami, mais il n’est pas fait pour Morgan. Enfin Joshua, tu ne vois pas qu’il le prend par dépit, pour oublier Éden !

Mon cœur se serra. Liz me connaissait mieux que Joshua et cela m’effrayait. J’avais fini par me lever pour m’approcher le plus silencieusement possible de la porte entrouverte de ma petite pièce. Je pouvais les voir debout dans le salon, face à face, furieux. J’étais littéralement stupéfait de ce que j’entendais.

– Si tu ouvrais un peu les yeux, au lieu de te cantonner sur tes a priori, tu verrais que même si leur relation était bancale, elle était aussi belle que la nôtre, si ce n’est plus.

– Mais il a fini par jeter Morgan, de la façon la plus abjecte qui soit.

– Et c’est toi qui as empêché toute réconciliation ! C’est toi qui as interdit à Éden de venir le voir…

Je ne tins plus, je poussais la porte révélant ma présence et le visage de Joshua se décomposa en me voyant.

– Est-ce que c’est vrai ? Demandais-je d’une voix faible.

– Bien sûr que c’est vrai, répliqua aussitôt Liz en regardant tour à tour Joshua et moi. Il est venu la nuit même de ton accident. Mais Joshua l’a intercepté et lui a interdit de t’approcher ! Il lui a dit de t’oublier.

Mon regard se posa sur Joshua. Comment avait-il pu faire cela ? Il répondit à ma question muette.

– C’était uniquement pour te protéger Morgan…

– Depuis quand est-ce que tu prends ce genre de décision pour moi, tu n’avais pas le droit ! Criais-je furieux.

– Et depuis quand Éden fait ce que je lui dis ? S’il n’est pas venu te voir, s’il ne t’a jamais appelé, c’est bien que j’avais raison non ?

Ne se rendait-il pas compte à quel point il me faisait du mal. Liz me lança un regard peiné. Je ne savais plus où j’en étais. J’avais besoin d’air.

– Ce n’était pas à toi de décider pour moi, lâchais-je plus faiblement.

Je passais devant lui sans un regard de plus, attrapais ma veste et sortis, n’ayant pas la moindre envie de rester avec lui.

***

Je n’avais pas réalisé que nous étions en début de soirée lorsque je m’étais retrouvé dehors. N’ayant pas d’autre endroit où aller, j’étais retourné au label, me disant qu’il y avait peu de chance que je le croiser. Je me retrouvais donc à déambuler dans les couloirs déserts, me demandant ce que j’allais pouvoir faire, ayant laissé dans ma précipitation pour sortir, mes dossiers. Je n’avais pas envie d’aller chez Jules. Je n’avais pas envie de le voir. A vrai dire je ne voulais voir personne.

Les paroles de Liz me revenaient en tête, et j’avais du mal à réaliser qu’il était venu. Mon cœur s’emballait à l’idée que je m’étais peut-être trompé, mais les dernières paroles de Joshua revenaient balayer cet espoir. Mais que ce serait-il passé si Joshua n’était pas intervenu ?

C’est alors que perdu dans mes pensées, j’entendis cette même musique, venant de la pièce réservée aux Light Shade à l’autre bout du couloir. Je fronçais les sourcils et parcourus rapidement la distance qui m’en séparait. Il ne me fallut pas longtemps pour entendre sa voix, se mêlant si parfaitement à la mélodie que je m’arrêtais à l’embrasure de la porte entrouverte.

Je me surpris à vouloir écouter sa chanson. Cette voix si particulière celle qui m’avait fait chavirer à la première écoute me transperça une fois de plus. Mais ce qui m’étonna le plus furent les paroles. Si j’avais composé ce morceau en pensant uniquement à lui, j’avais l’impression qu’elles m’étaient adressées…

Mes yeux ne pouvaient le quitter, alors que je poussais doucement la porte, mais il était tellement concentré, les yeux fermés dans sa musique qu’il ne remarqua pas ma présence. Ce ne fut qu’à ce moment là que je remarquais ses traits tirés. La tournée avait du le fatiguer, et tel que je le connaissais, il avait du y mettre toute son énergie. Mais il avait aussi perdu un peu de poids. Je me surpris à m’inquiéter pour lui. Je me surpris à avoir envie de sentir sa chaleur contre moi, son parfum si particulier. Je voulais encore sentir la douceur de sa peau. Grisé par sa voix et ses paroles, je perdais pied. Cette solitude que je ressentais semblait amoindrie rien que par le fait de me retrouver dans la même pièce que lui.

– Tu m’as manqué, soufflais-je tout haut, sans m’en rendre compte.

Ce fut le fait qu’Éden s’arrête de jouer et ouvre les yeux surpris qui me fit le réaliser. Mon cœur se mit à battre terriblement vite alors que je me perdais dans l’océan de son regard.

– Et cette musique, je l’ai composé à cause de ça, ajoutais-je incapable de m’arrêter.

Je détournais le regard, en repensant à tout ce par quoi j’étais passé ces derniers mois. Je lui en voulais, je lui en voulais énormément mais je l’aimais.

– Ta chanson… Ce que tu en as fait… C’est magnifique, soufflais-je. Si tu la veux vraiment alors, prends-là…

Je voulu faire demi-tour et partir m’insoler, ayant peur de ce qui allait suivre, mais je fus retenu par le bras alors que j’arrivais devant la porte. Il me força à me retourner et je me retrouvais en face de lui, bien trop près.

Je pouvais sentir son souffle caresser mon visage. Je ne sus qui de l’un ou l’autre fit réellement le premier pas, mais je sentis ses lèvres se poser sur les miennes. Aussitôt, toute la foule de sentiments que je n’arrivais pas à dompter s’envolèrent, chassée par ce baiser. J’oubliais tout, je ne faisais que savourer ce simple contact qui m’avait fait défaut ces derniers mois. Un violent frisson me parcourut alors que sa langue se mêla doucement à la mienne. Une de ses mains se posa derrière ma nuque, tandis que mes bras l’encerclèrent, voulant le sentir plus près de moi. Le baiser gagna vite en intensité et pourtant, il y avait toujours cette tendresse si particulière que seul Éden savait m’offrir. Une de ses mains passa bientôt sous mon tee-shirt alors que nos lèvres se séparaient un bref instant pour reprendre notre souffle avant de se retrouver aussitôt. Collés l’un à l’autre, je suivis Éden qui me faisait marcher à reculons, me plaquant contre la porte qui se referma sous la pression. Sa main glissa sur le verrou qu’il tourna et très rapidement, son attention entièrement focalisée sur moi.

Ses lèvres glissèrent le long de ma mâchoire, me faisant frissonner, avant de dévier dans mon cou où elles se déposèrent comme des caresses. Son odeur m’enivrait, ce parfum si particulier qui le caractérisait tellement. Il reprit rapidement possession de mes lèvres pour un baiser langoureux et terriblement excitant. Lorsque nos lèvres se séparèrent, après ce baiser qui me laissait pantelant, Éden s’écarta légèrement de moi. Son regard voilé de désir croisa le mien, pour ne plus le quitter.

Ses mains remontèrent sur mes épaules pour faire tomber ma veste et lui laisser plus de liberté. Sans jamais lâcher mon regard, après un dernier baiser semblable à un effleurement, il se baissa et me mis à genoux devant moi. Sans attendre, ses mains se posèrent sur ma braguette, qu’il déboutonna avec lenteur. Mon pantalon ne tarda pas à tomber sur mes chevilles, suivit de près par mon boxer. Je ne pouvais pas nier mon envie de lui. Mon intimité éveillée par ses attentions parlait pour moi. Un sourire étira ses lèvres et sans jamais lâcher mon regard, il prit mon intimité entre ses doigts et sa langue passa sur tout le long dans un effleurement qui me rendit fou.

Je remerciais la porte qui me maintenait debout alors que je sentais mes jambes fléchir. Jamais Jules ne me faisait de fellation ou seulement en de rares exceptions qui se comptaient sur les doigts de la main. Je chassais cette pensée, ne voulant pas de Jules dans cet échange. Je ne devais pas penser, simplement me laisser aller à ce qui était en train de me faire me sentir bien, comme cela ne m’était pas arrivé depuis qu’Éden m’avait quitté. Ma main alla se poser dans sa chevelure si douce, l’incitant à aller plus loin alors qu’il prenait enfin mon sexe en bouche. Un gémissement franchit aussitôt le barrage de mes lèvres alors que je fermais les yeux, rompant le contact visuel face au plaisir que j’en retirais.

Je sentis Éden commencer des mouvements de succions, parfois rapides, parfois terriblement lents, devenant maître de mon plaisir. Je du plusieurs fois mordre ma lèvre inférieur pour ne pas crier et je retins à grand peine des gémissements. Les mains d’Éden ne restaient pas inactives, caressant ma peau en glissant sur mes fesses, mes jambes et mon bas ventre. Mais bientôt, il m’amena jusqu’au point de non retour. Dans un gémissement de pur plaisir, je ne pus que me libérer dans sa bouche, le souffle entrecoupé, foudroyé par l’orgasme qu’il venait de me donner à l’aide de cette simple fellation. J’ouvris les yeux pour croiser son regard. Éden était debout devant moi, en train d’enlever ses vêtements, me dévoilant son corps si parfait. Il s’approcha à nouveau de moi, ne gardant que son boxer et ses doigts s’activèrent sur les boutons de ma chemise, qu’il déboutonna un à un, un petit sourire étirant ses lèvres.

Bientôt, ma chemise alla rejoindre le reste de mes vêtements sur le sol. Son regard jusqu’alors gorgé de désir se fit brusquement plus douloureux. Ses doigts effleurèrent une partie de ma peau plus sensible, l’une de mes cicatrices qui finiraient je l’espère, par disparaître. Ne voulant pas le voir ainsi, ne voulant pas que cet instant cesse, j’attrapais sa main et m’emparais de ses lèvres. Dans ce baiser, je ne cherchais pas à lui cacher quoi que soit. C’était un baiser qui malgré tout ce qui s’était passé entre nous, était empli de l’amour que je continuais de ressentir pour lui. Un baiser où je lui traduisais l’étendue de ma vulnérabilité lorsque je me retrouvais à côté de lui. Un baiser qui lui prouvait au combien je le désirais, tout autant qu’il me désirait. En cet instant, je me moquais des conséquences passées et de celles qui pourraient se produire. Je voulais juste qu’il me possède entièrement encore une fois…

Éden me guida jusqu’au canapé, et je me laissais faire, restant collé à lui, ne voulant pour rien au monde rompre ce contact qui me faisait me sentir vivre à nouveau. Il me fit me mettre le ventre sur le canapé, à genoux sur le sol, et je cédais, sans résistance. Ses lèvres ne tardèrent pas à venir mordiller ma nuque, déposant en alternance des baisers papillons. Un violent frisson me saisit alors que je sentais son intimité éveillée se presser contre mes fesses, malgré le tissus du boxer. Lentement, ses lèvres descendirent le long de ma colonne vertébrale maintenant balafrée d’une cicatrice.

Bientôt ce fut avec surprise que je sentis sa langue glisser dans mon endroit le plus intimite provoquant chez moi mille sensations. Je portais ma main à ma bouche pour masquer un gémissement, même si peu de personne devait encore se trouver au label. Son doigt ne tarda pas à rejoindre sa langue et ce fut presque sans douleur que je le sentis s’insinuer en moi. Avec une patience déconcertante, il me prépara à sa venue. Éden avait cette particularité de se soucier du bien de l’autre et jamais il n’avait fait l’impasse avec moi. Bientôt, mon intimité reprit de la vigueur alors qu’un deuxième doigt me pénétrait. Sa langue était parti rejoindre mon dos, avant de déposer de nombreux baiser sur ma nuque et sur mes épaules. Au troisième doigt, je me crispais sous la douleur, et Éden redoubla de douceur.

Mon cœur brûlaient d’amour pour lui tandis que ma respiration s’accélérait sous le plaisir ressenti.

Lorsque les doigts d’Éden quittèrent mes fesses, et que ses deux mains se posèrent sur mes hanches, je regrettais presque de ne pas pouvoir croiser son regard. Son torse brûlant se colla contre moi et, comme s’il venait de lire dans mes pensées, il murmura de me retourner. Sans attendre, je fis ce qu’il attendait de moi.

Bien vite, je me retrouvais bientôt allongé sur le canapé, Éden au dessus de moi, ses deux bras posés de chaque côté de ma tête, me donnant cette impression d’être protégé. Mes jambes entouraient ses hanches comme pour l’empêcher de s’échapper. Ses lèvres recouvraient les miennes comme pour attiser un désir plus que présent. Son sexe dressé tout contre mes fesses me donnait envie de bien plus. Nos lèvres se séparèrent, et son regard s’ancra à nouveau dans le mien, le même regard que j’avais vu sur les photos de mon téléphone, ce regard qui me donnait l’impression qu’il était amoureux de moi. Peu à peu, je sentis son sexe entrer en moi, le plus doucement possible. Son regard ne me quittait pas, malgré le plaisir qu’il semblait prendre.

– Tu m’as manqué aussi, Morgan, dit-il dans un souffle qui fit battre mon cœur encore plus vite.

Et bientôt, alors qu’il continuait de s’insinuer au plus profond de mon être, ses lèvres recouvrèrent mes lèvres amoureusement. Éden avait passé tellement de temps à sa préparation que je ressentis presque aucune douleur. Et le peu que je ressentis avait été chassé par ses paroles et son baiser si doux et si tendre.

Progressivement, nos baisers gagnèrent en intensité et Éden commença à se mouvoir en moi, lâchant son premier gémissement de plaisir. Sa main se glissa entre nos deux corps et il commença à me masturber, toujours soucieux du plaisir que je pouvais prendre, comme jamais Jules ne l’avait été…

Dans ses bras, alors qu’il me possédait entièrement, alors que ses lèvres déposaient des baisers dans mon cou, j’eus brusquement l’impression de marcher au bord d’une falaise. Malgré tout ce qui s’était passé, je jouais encore à ce jeu dangereux pour moi. Éden sembla sentir mon trouble car ses lèvres recouvrèrent à nouveau les miennes pour un baiser fougue. Ses déhanchés plus amples et énergiques me ramenèrent uniquement à l’instant présent.

Nous nous étions manqués… Je lui avais manqué. Mon cœur battait diablement vite. J’avais l’impression d’être heureux, d’être moi, d’être là où je devais être. Nos corps parlaient pour nous, dominés pas cette soif insatiable l’un de l’autre. Je ne voulais pas que cet instant cesse, je voulais m’être réveillé d’un cauchemar.

Bientôt, je sentis le corps d’Éden se tendre, et ne tenant plus de mon côté, je bougeais le bassin à sa rencontre ce qui eut pour effet de s’enfoncer en moi encore plus profondément. Ceci eut raison de nous et nous fit voir les étoiles alors que nos lèvres se séparaient pour lâcher un cri de plaisir. Le corps d’Éden s’effondra sur moi et je le réceptionnais au creux de mes bras. Nos corps luisant de sueur, la respiration saccadée, nous avions du mal à nous remettre. Et pourtant, quelque chose attira mon attention. Je connaissais suffisamment le corps d’Éden pour le remarquer. Éden avait vraiment perdu du poids. Ce fut de l’inquiétude que je ressentis alors pour lui. Mais je n’eus pas le temps d’y penser plus longtemps. Déjà, les lèvres Éden posée près de mon cou se glissèrent sur mon cou, et je pouvais sentir son sexe en moi s’éveiller à nouveau.

Mes mains coururent le long de sa colonne vertébrale avant de se poser sur ses fesses. Nos lèvres se retrouvèrent une fois de plus. Avec plus d’impatience cette fois-ci.

Jamais je n’aurais pensé ce matin finir ici cette nuit, et pourtant, pour rien au monde je ne voulais que cela cesse…

***

Ce fut dans cette chaleur que j’aimais tant que j’ouvris les yeux. Mon corps courbaturé et le peu d’espace que nous avions dans ce canapé me ramenèrent brusquement à la réalité. Mon regard se posa sur Éden dont la tête était posée sur mon torse. Ses jambes étaient entrelacées aux miennes et sa main était posée sur mon ventre. Mon corps courbaturé par nos ébats me firent sourire en repensant à tout ce que nous avions fait.

Alors que je me laissais aller à passer lentement ma main dans son dos dans une caresse aérienne, mon geste fut interrompu par la sonnerie de mon téléphone qui réveilla Éden. Je m’extirpais alors de son étreinte, pour aller répondre. Mon cœur se serra aussitôt en voyant que c’était Jules.

– Morgan, je sais que je te réveille mais tu ne le regretteras pas. J’ai finis ma garde… Ajouta-t-il enjoué, est-ce que je peux te rejoindre chez toi.

Mon regard croisa celui d’Éden. Qu’est-ce que je venais de faire ?

– Morgan ? Tu es toujours là ?

– Je… Non… Soufflais-je me sentant de plus en plus perdu. Désolé mais je ne suis pas chez moi. J’avais du travail en retard alors je suis allé tôt ce matin au label.

– Il faut que tu lâches le boulot Morgan… Viens me rejoindre…

– Non, une prochaine fois, dit-je avant de raccrocher n’étant plus capable de lui parler alors qu’Éden s’était redressé, la tête posée sur son bras et me fixait.

Je m’en voulais mais je ne pouvais pas revenir sur ce que je venais de faire. Mon regard se posa sur l’heure de mon téléphone et comme je le craignais, il était six heures du matin, et nous avions une réunion dans cette pièce même dans trois petites heures. Sans perdre de temps, je m’habillais pour tenter de m’occuper et de pas céder à la panique. Je ne regrettais pas ce qui venait de se passer, mais cela venait de bouleverser mes résolutions. Et même si j’avais couché avec lui, je ne lui pardonnais pas. Et que pensait-il de son côté ? Plus que tout j’avais peur d’un nouveau rejet et je voulais m’en protéger. Alors que je finissais de m’habiller, enfilant mes chaussures, je levais la tête vers Éden qui me regardait toujours, n’ayant pas bougé du canapé.

– Tu devrais t’habiller, dis-je assez distant, ne sachant sur quel pied danser. Il ne reste que trois heures avant la réunion.

Éden s’assit sur le canapé lentement. Pour ma part, presque paniqué, je ramassais ma veste sur le sol et lui tendis ses vêtements. Mais au lieu de les attraper, sa main se ferma sur mon poignet qui tenait les vêtements.

– Morgan, dit-il en me forçant à le regarder. Qu’est ce que ça veut dire ? Cette nuit…

– Je ne sais pas, avouais-je sans un souffle.

Sa main relâcha mon bras, et son regard me sondait comme s’il cherchait ma véritable réponse. Mais je n’en avais aucune. C’était vrai. Je ne savais pas.

– Je… Je suis perdu Éden… Dis-je en posant ses vêtements sur le canapé à côté de lui.

Je voulu fuir et j’ajoutais toujours aussi déboussolé :

– A tout à l’heure… Pour la réunion… Soufflais-je en lui tournant le dos.

J’entendis Éden rire nerveusement dernièrement moi alors que je sortais, répétant mes derniers mots. Mais je n’eus pas le courage de me retourner. Je choisis de fuir. J’aurais aimé lui poser la même question, mais la réponse m’effrayait. Je lui avais manqué… Avec ces quelques mots, il m’avait fait espéré à nouveau. Par sa simple présence, il m’avait fait plonger à nouveau.

 

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