Nothing to prove – Prologue

Chapitre 1 écrit par Lybertys

La survie…Est ce qu’il vous est déjà arrivé de ressentir ce genre d’instinct ? Bien plus fort que tous les autres, si fort qu’il l’emporte sur votre raison. Connaissez-vous les dégâts que cela peut faire, aussi bien vis-à-vis du monde qui nous entoure que sur nous même. Survivre, se battre pour sa vie si fort que plus rien d’autre n’a d’importance. La frontière avec la folie est si fine qu’il est si facile de la franchir… Pourquoi cet instinct s’est réveillé maintenant chez moi. Je ne pensais plus qu’à une chose, éliminer les obstacles qui menaçaient ma vie. Je ne pouvais pas continuer ainsi, ou alors, cela entrainerait irrémédiablement ma propre mort.

La seule chose que je savais à ce moment là, c’était que je voulais rester en vie. Pourquoi ? Je n’en avais même pas la moindre idée, mais cet instinct était si fort qu’il occupait presque la totalité de mon esprit. Penser, réfléchir, analyser la situation n’étaient pas dans mes capacités à cet instant présent. Je tenais dans ma main l’objet de la libération, et à côté de moi l’obstacle à ma survie. Dans quelques secondes, je me sentirais libre, totalement libéré de cette impression qui oppressait mon corps si fort qu’il en était douloureux. Tout était si confus. Il me semblait voir trouble à cause des larmes qui ne cessaient de couler de mes yeux sans que je ne puisse les retenir. Un seul geste et je serais libre.

Continuer comme cela avec lui, c’était me condamner pour de bon. C’était comme si l’on m’offrait une chance de m’en sortir et je m’étais empressé de la saisir. Il était là, immobile à côté de moi, et je tenais dans ma main une bouteille brisée pour je ne sais quelle raison. Ce qui s’était passé, ce qui se passera, je m’en moquais éperdument, seul comptait pour moi le présent. Oui c’était bien cela, ramené à mon propre instinct de survie, je me retrouvais emprisonné dans l’instant présent, sans pouvoir analyser pourquoi j’en étais arrivé là, ni ce que cela allait entrainer.

J’étais brisé depuis bien trop longtemps pour avoir ne serait-ce qu’une once de résistance. J’avais trop longtemps subi sans rien faire, je ne voyais plus que cette solution. Je sentais mon cœur battre à une allure folle. J’étais parfaitement immobile, comme si chacun de mes gestes m’étaient douloureux, ou bien auraient réveillé le futur cadavre allongé à côté de moi, paisiblement endormi. Ses yeux clos donnaient à son visage quelque chose d’angélique, bien qu’il avait l’aspect d’un monstre à mes yeux, celui de la pire espèce. Fatigué, las, à bout de nerf, meurtri au plus profond de mon cœur, je ne voyais plus aucun moyen de me battre. Je n’avais plus rien à donner, je voulais que cela se termine. Le tuer, ce serait aussi tuer quelque chose en moi, pour sauver celle qui voulait survivre. Je laissais cette partie de moi prendre pied sur l’autre, je m’abandonnais à moi-même, à ma folie.

J’étais là, immobile, comme figé dans le temps avant que tout cela n’arrive, avant que ma vie prenne un tout autre tournant irrémédiable. Personne ne pourrait me sauver, je l’avais maintenant bien compris. La seule personne qui pouvait m’aider, n’était autre que moi même. Je ne pouvais compter que sur moi. Plus jamais je ne m’attacherai, plus jamais je n’offrirai ma confiance, plus jamais je ne donnerai à l’autre… Trop souvent on m’avait bafoué, méprisé, piétiné mon corps comme mon âme et mes sentiments. Je ne ferai plus que vivre… Vivre parce que quelque chose au fond de moi me forçait à le faire. L’espoir me direz-vous, l’espoir que quelque chose serait meilleur plus tard ? Voilà bien longtemps que la dernière flamme s’était éteinte en moi, ce jour où je l’avais vu me trahir… Ma main se resserra sur le bout de bouteille brisée, entaillant ma peau et faisant couler quelques goutes de sang sur le drap blanc. Je ne ressentais même pas la douleur, je ne ressentais plus rien.

Un seul geste et tout prendrait fin. Ma vie changerait radicalement, je ne vivrais plus que pour moi, me repliant au plus profond de moi, protégé de l’extérieur, en paix ; un repos qu’il me fallait prendre au plus vite. Le sang continuait de s’écouler de ma nouvelle plaie, mais je ne desserrais pas pour autant la main de ce bout de verre, car ma vie en dépendait. Les battements de mon cœur étaient loin de se stabiliser, une pression intenable m’étreignait la poitrine. J’avais l’impression que le temps s’était presque arrêté et que mes mouvements en étaient ralentis. Plus aucun regard à supporter de peur d’y lire quelque chose, plus aucun espoir à attendre de l’autre, j’en étais maintenant convaincu.

L’autre ne pense qu’à lui-même : à son propre bonheur et à assouvir ses propres désirs écrasant l’autre s’il le fallait. Désillusionné, j’allais maintenant être comme tous les autres, seulement je ne chercherais pas à le cacher. Pourquoi ne faisais-je rien ? Pourquoi restais-je parfaitement immobile à fixer la poitrine de cet homme se lever sous le rythme de sa respiration ? Chaque souffle pouvait être le dernier, ou du moins s’en rapprochait irrémédiablement. Il était condamné à mourir sans même le savoir, et j’endossais le rôle de sa faucheuse. Mais je n’avais pas vraiment conscience de mon geste, la seule chose qui flottait dans mon esprit était : éliminer cette entrave à ma survie. Jamais je ne voulais subir une fois de plus ce que j’avais déjà enduré. Je devais l’éliminer. Littéralement fou de désespoir, je levais ma main, prêt à frapper. Mon propre sang coula le long de mon bras, traçant un sillon couleur vermeille. Bientôt un autre sang viendrait s’y mêler… C’est à ce moment là, qu’il le vit ouvrir les yeux. Tous se passa à la fois très vite et si lentement. Un sourire vint se dépeindre sur le visage de cet homme qui semblait avoir les yeux dans le vague et qui ne voyait que le visage de son assassin, étant à mille lieu de se douter de ce que j’allais lui faire. Ce sourire était de trop pour moi. Il me renvoyait à trop de choses.

Comment pouvait-il me sourire après tout ça ? Je n’y voyait que le mal incarné. Mon bras entama sa chute, il savait où frapper, cet homme n’aurait aucune chance de s’en sortir. C’est avec une violence que je ne me connaissais pas que le verre frappa cet homme en plein cœur, qui eut à peine le temps de réaliser ce qui lui arrivait. Par réflexe, il porta sa main au bout de verre qui était planté dans son cœur, mais ma main était déjà loin. Je ne semblais pas vraiment réaliser ce que je venais de faire. Je me levais précipitamment du lit, m’éloignant le plus possible de ce corps bientôt inerte, se vidant de sa vie. Recroquevillé dans un coin de la pièce, je me laissais glisser contre le mur. L’homme tourna alors sa tête vers moi, et me murmura quelque chose dans son dernier souffle, quelque chose que je ne parvins ni à comprendre ni à entendre. Des tremblements violents vinrent aussitôt prendre possession de moi, suivi de violents spasmes qui me tordaient le ventre si fort que j’étais obligé de me plier en deux. Ca y est… Je l’avais fait, ma vie était sauve… Mon rythme cardiaque était loin de se calmer. Je me mis à hurler, hurler ma souffrance aussi bien intérieure qu’extérieure. Sans trop savoir ce que je faisais et un haut le cœur me prit, j’étais presque affalé sur le sol. En un rien de temps, j’étais dans un état minable. Tout mon corps semblait vouloir me rejeter pour ce que je venais de le forcer à faire. Plus je réalisais ce que je venais de faire et plus je devenais fou : je venais de tuer un homme…

– Monsieur Ilian Crose, depuis combien de temps aviez-vous des relations sexuelles avec votre cousin ?

Cet homme ne cessait de me poser des questions, auxquelles je devais donner des réponses. Seulement, que répondre à cela ? Ce fut l’homme qui me servait d’avocat commis d’office qui tenta de répondre à la question. Mais l’avocat de la famille du défunt réattaqua :

– Je pose la question à l’accusé et non à son avocat cher monsieur. Nous avons des preuves, veuillez répondre à ma question.

– Je… Depuis… bafouillai-je.

Je n’arrivais pas à répondre. Je ne pouvais répondre à cette question que par un mensonge… S’ils savaient… S’ils savaient qu’ils étaient en train de défendre un monstre. Trop focalisé sur moi et sur le meurtre que j’avais commis, ils ne chercheraient jamais à voir plus loin, ils ne découvriraient jamais la vérité, et jamais je n’irais les y éclairer. Tous ces yeux qui me fixaient… Ils voulaient tous me voir condamné, ne voyant en moi qu’un assassin de sang froid ayant tué son propre cousin avec qui il avait couché. Ils étaient tous là, comme s’ils regardaient un film dont j’incarnais le rôle du méchant. Même mon avocat semblait être de leur côté. Que faire face à cela, sinon entrer dans leur petit jeu, leur faire croire qu’il existe des gens affreux comme celui que j’étais devenu. Jamais ils ne sauraient ce que j’avais vécu, jamais personne n’aurait connaissance de la vérité. Je m’offrais à eux et à leur avidité d’histoires plus sombres les unes que les autres. Je n’avais plus rien à prouver, du moment qu’on me laissait vivre. Un monstre, c’était bien le rôle que j’incarnais maintenant. J’avais perdu foi en l’homme et en la possibilité qu’il offre quelque chose de meilleur. J’avais vu bien trop de choses sombres et j’avais connu une bien trop grande déception pour avoir l’espoir de croire en lui.

– Monsieur Crose, cette réponse, c’est pour aujourd’hui ou pour demain ?!

Si j’avais paru totalement déstabilisé par la question, mon visage affichait maintenant une expression totalement froide, celle qui pouvait s’apparenter à l’assassin que j’étais. Plantant mon regard dans le sien, ce genre de regard empli d’arrogance qui lui fit presque baisser les yeux, je déclarais le début d’une longue suite de mensonges, mensonges que tous rêvaient d’entendre :

– Depuis plusieurs mois…

C’était aussi une solution assez lâche, car j’avais parfaitement conscience qu’il aurait été bien plus difficile pour moi d’avouer la vérité. M’enfoncer dans le mensonge, les laisser croire, les laisser me foutre la paix. Je devenais l’être qu’ils espéraient tous voir en moi. Je n’existais que grâce à leur regard.

Jugé coupable du meurtre de mon cousin à dix neuf ans, je me laissais plongé dans la noirceur de mes pensées, tintant de cette couleur si sombre ma personnalité, effaçant l’être innocent et capable d’amour qui avait existé un temps en moi. Je devenais uniquement ce que les gens voulait que je sois, et ce que lui avait finalement fait de moi. Totalement replié sur moi-même, jamais les autres ne sauraient, jamais personne ne parviendrait à me faire avouer. Personne ne tirerait la moindre information à mon sujet. Chaque fois que quelqu’un s’intéressera à moi, même pendant quelques secondes, par envie ou par obligation, il se retrouvera confronté à un mur bien trop épais et sombre pour être traversé. Ce fut ce jour là que tout bascula, je me repliais sur moi-même, laissant les années défiler…

Voilà maintenant quatre ans que j’étais enfermé dans cet hôpital psychiatrique, quatre ans que ce juge m’avait envoyé ici, quatre ans durant lesquels personne n’avait pu me soutirer plus de trois mots à la suite. Je parlais uniquement pour ce qui était nécessaire et vital. Mon seul moyen d’expression était l’écrit. Je pouvais passer des heures entières à écrire, mais rien ne transparaissait dans ce que j’écrivais, rien de personnel qui aurait pu raconter quoi que ce soit sur moi. J’étais passé maître dans l’art du silence et du secret. Je laissais les psychiatres établir toutes sortes d’hypothèses sur moi, me découvrant à chaque fois un nouveau visage, une nouvelle pathologie. J’avais presque oublié ce que j’étais avant, avant que tout cela ne se produise, avant que ma vie ne bascule. Mais était-ce vraiment important ?

J’étais assis à une table, dans une pièce attendant qu’un nouveau psychiatre arrive, le dernier avait fini comme tant d’autres à désespérer sur mon cas. Les murs de cette salle étaient maculés de blanc, comme l’était mon esprit à chaque nouvelle rencontre jusqu’à ce que ce médecin arrive et décide de commencer à y peindre quelque chose de noir, de bien sombre comme ils adoraient tous. Aucun n’avait vraiment cherché un moyen de m’aider, bien que je ne cherchais pas cela, mais tous s’appliquaient à m’observer et à décrire celui que je n’étais pas. Sur le bureau, il n’y avait qu’une petite balle, un ordinateur, un crayon et une feuille. Je pris la petite balle et m’amusais à la faire rouler d’une main à une autre pour m’occuper un peu. Le psy allait bientôt arrivé, avec mon dossier à la main établit par tous ses prédécesseurs. Il l’aura longuement étudié, et m’aura déjà jugé avant même de m’avoir rencontré. La seule chose qui n’avait pas changé après tout ce temps était mon nom : Ilian Crose, ma seule identité.

Plus le temps passait et plus j’étais devenu agressif. Mais cela n’était pas sans raison, car je pouvais ainsi être seul et avoir la paix. Les autres me fuyaient presque et les infirmières faisaient tout pour ne pas passer trop de temps avec moi pendant les soins. J’inspirais la crainte et non le respect. Je m’éloignais des autres, si j’avais pu je me serais totalement isolé. Parler était pour moi de plus en plus difficile et communiquer était devenu impossible. Je n’en voyais pas l’intérêt. A quoi bon ?

Le nouveau psychiatre mettait longtemps avant d’arriver. Je ne m’impatientais pas, je n’attendais rien de précis. J’étais là tout simplement. Encore un qui allait perdre son temps avec moi.

Au moment où j’entendis la porte s’ouvrir, je levais lascivement mon regard vers celle-ci. Je n’étais même pas curieux de voir cette nouvelle tête, je faisais plus cela par réflexe. Combien de temps cet homme allait-il tenir ? Allait-il renoncer à mon cas comme tous les autres ? Il valait mieux pour lui… Pleins d’autres avaient réellement besoin d’aide. Une silhouette se dégagea de la porte. L’afflux de lumière ne me permettait pas de le voir vraiment. C’était reparti pour un tour…

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