Archives quotidiennes : 16 décembre 2017

Ne pars pas – Chapitre 2

Chapitre 2 – Ecrit par Mai-Lynn

La nuit était tombée depuis un moment déjà, mais cela ne perturbait pas les deux jeunes hommes qui étaient allongés sur le capot de la voiture, le dos posé sur le pare-brise, à regarder les étoiles. L’un était grand et brun, bien coiffé, la peau bronzée. Il semblait tout juste sorti de l’adolescence. Son regard émeraude était ensorcelant et lui donnait un charme fou. Charme qui avait piégé le garçon près de lui. Ce jeune homme, plus jeune, était châtain, les yeux bleus teintés de gris. De légères tâches de rousseurs sur son nez et ses joues lui donnaient un air espiègle. Son air angélique lui permettait d’avoir tout ce qu’il voulait, même s’il ne le méritait pas la plupart du temps.

Une étoile filante perça le ciel étoilé et le brun leva la main pour la montrer à son ami. Dans un sourire, le plus jeune attrapa sa main, entrelaçant leurs doigts.

⁃ Tu dois faire un vœu Éden, souffla le brun, en tournant la tête vers lui.

⁃ Pourquoi est-ce que je ferais un vœu ? J’ai déjà tout ce que je souhaite… Répondit l’intéressé, en croisant le regard émeraude de son petit-ami.

⁃ Même pas devenir un rock star ?

⁃ Je n’ai pas besoin de le souhaiter, les Light Shade seront des rock-stars.

Le brun rigola légèrement et Éden se mit sur le côté, calant sa tête sur l’épaule du plus jeune. Doucement, sa main se posa sur la joue du brun, attirant son visage jusqu’à ses lèvres. Ils échangèrent un doux baiser, amoureux, et Éden sentit son cœur s’endiabler.

⁃ Je t’aime Lucas… Murmura Éden, en calant son tête dans le cou du brun.

⁃ Tu parles, quand tu seras célèbre, tu ne te souviendras même plus de mon prénom, S’exclama Lucas, dans un petit sourire.

⁃ Sûrement, répondit Éden en haussant les épaules, mais pour l’instant je t’aime.

Un sourire étira les lèvres de Lucas et il resserra son étreinte autour du châtain, inversant leur position. Son regard s’ancra alors dans celui de son petit-ami et il frotta amoureusement son nez contre celui d’Éden.

⁃ Je t’aime aussi Éden…

***

Je me réveillais en sursaut, dans la pénombre de mon appartement, le corps couvert de sueur. Une grimace étira mes lèvres alors que ma vue était brouillée de larmes.

⁃ Fais chier ! Râlais-je en passant rageusement ma main sur mes yeux.

Énervé, je me levais et allais dans la salle de bain pour me passer un coup d’eau sur le visage. Mon regard se posa alors sur mon reflet dans le miroir. j’avais vieilli. Je n’étais plus ce gamin de seize ans. J’avais changé. Les choses avaient fait en sorte que je change. Que je grandisse plus vite que tous les autres. Je n’avais peut-être que 24 ans, mais parfois j’avais l’impression d’en avoir 100 de plus. Surtout lorsque je repensais à lui. Je n’ai plus le droit. Je n’en ai plus envie. Mais guider mes rêves était une chose impossible. Lucas était mon premier amour et je m’en souviendrais toute ma vie. Malheureusement.

Mon regard se posa alors sur mon bras gauche et un sourire étire mes lèvres. Pressé, j’enlevais le pansement qui entourait mon biceps et mon sourire s’élargit en voyant le résultat. Sur ma peau bronzée, deux magnifiques initiales « L. S. » que je venais tout juste de me faire tatouer. C’était mon premier tatouage et je devais dire que j’en était assez fier.

⁃ Classe !

Immédiatement, je me retournais pour croiser le regard de Baptiste.

⁃ Je croyais que tu étais parti, soufflais-je, surpris.

⁃ Non, je suis juste descendu pour acheter des croissants… Tu dois avoir faim après cette nuit, répondit-il dans un sourire en coin.

Je rigolais légèrement avant d’allumer le jet d’eau de la douche.

⁃ Et qui te dit qu’elle est finie ? Répliquais-je en enlevant mon boxer pour aller dans la douche.

Un sourire étira mes lèvres alors que j’entendais les bruits caractéristiques de vêtements qu’on jette au sol et bien vite, je sentis la peau brûlante de Baptiste se coller à la mienne. Ses lèvres descendirent dans mon cou et ses mains caressèrent mon torse. Vivement je me retournais, attrapant ses lèvres avec fougue, le plaquant contre le mur.

Baptiste n’était pas mon petit-ami. Il était juste mon amant, pour quelques nuits. Il était aussi l’un des membres de mon groupe, les Light Shade et mon plus vieil ami. Ses cheveux roux, presque rouges tombaient en cascade sur ses épaules. Ses yeux bruns teintés de miel lui donnait un charme fou. Charme auquel je ne saurais résister. Ses sentiments à mon égard n’étaient pas les mêmes et je m’en fichais. Il était mon ami. Mon amant. Mais il ne serait jamais plus. Et il l’avait assimilé. J’étais libre, célibataire et je m’étais juré, il y a de nombreuses années de ne plus jamais retomber dans ce genre de relation avec quelqu’un. Je vivais comme je le voulais. Et tant pis pour les autres.

**

⁃ Dépêche Éden ! On va être encore en retard ! Cria Laura, de l’autre côté de la porte alors que j’enfilais mon jean.

Un soupire d’agacement s’échappa de mes lèvres et j’enfilais le premier tee-shirt que j’avais sous la main. Je passais rapidement devant la glace et ébouriffais mes cheveux, m’aspergeant ensuite de parfum. Je sortis enfin de ma chambre pour voir que tout le monde était dans mon salon. Dans notre groupe, nous étions cinq personnes, cinq personnes à se connaître depuis la petite enfance. Laura était au synthétiseur. Petite et menue, elle excellait en la matière. Brune, les cheveux coupés courts, je la connaissais un peu plus que les autres car elle était la meilleure amie de Liz, ma sœur. Près d’elle, se trouvait Kelly et Félix, main dans la main. La jeune blonde platine jouait de la batterie. Elle avait les cheveux mi-longs, la plupart du temps ramassés en deux chignons. Son regard bleu azur faisait fondre plus d’un, mais elle n’avait d’yeux que pour son fiancé, Félix, le bassiste du groupe, depuis leur quinze ans. Grand, brun, les cheveux courts, ses bras étaient marqués par différents tatouages, tous plus magnifiques les uns que les autres. C’est lui qui m’avait donné envie de m’en faire un, et je ne le regrettais pas. Si on ne regardait que leur apparence, on penserait tout de suite que ces deux là n’avaient rien à faire ensemble. Mais au contraire, ils étaient faits l’un pour l’autre. Même si je ne voulais pas d’amour dans ma vie, je ne détestais pas ce sentiment et lorsque je les voyais tous les deux, je ne pouvais m’empêcher de penser qu’ils s’étaient trouvés. Mon regard se posa ensuite sur Baptiste, sa guitare électrique à la main, jouant, sans toucher les cordes, juste pour laisser s’échapper son imagination. Pour ma part, je l’accompagnais à la guitare et je chantais. C’était d’ailleurs ça, mon meilleur atout. Ma voix.

Nous avions formé les Light Shade lorsque nous avions quinze ans et le groupe perdurait. On pouvait même dire qu’il était à son apogée maintenant. Nous étions célèbres, et nous avions tout pour réussir. Il y a quelque temps, une grande maison de disque avait appelé notre manager pour nous faire signer un contrat avec eux. C’était la plus grande des maisons de disques et elle avait accueillit les plus grands. Et aujourd’hui, nous allions signer avec eux. Mon rêve devenait enfin réalité.

⁃ Je croyais qu’on allait être à la bourre ? Lançais-je en attrapant mes chaussures.

⁃ On va signer un contrat en or et tu t’habilles comme ça ? Demanda Kelly, les sourcils froncés.

⁃ C’est ce qui plaît aux mecs chérie ! Rétorquais-je en mettant mon portefeuille dans ma poche.

Kelly leva les yeux au ciel et tous se levèrent, m’emboîtant le pas pour sortir de mon appartement. Quelques minutes plus tard nous arrivions devant le label, et un sourire étira mes lèvres alors que je voyais Liz devant l’entrée, trépignant d’impatience.

⁃ Vous êtes en retard ! S’écria-t-elle, énervée.

Mais immédiatement, je posais mes lèvres sur sa joue, coupant court à sa fureur. Liz n’avait qu’un an de plus que moi et me ressemblait comme deux gouttes d’eau. Mais je ressemblais à toute ma famille, c’était même notre marque de fabrique. J’étais le plus jeune d’une fratrie de cinq enfants. J’avais deux frères et deux sœurs, mais il n’y avait qu’avec Liz que je m’entendais vraiment. Ses cheveux longs étaient ondulés et tombaient sur son visage. Son regard aussi bleu que le mien avait un éclat rieur que j’aimais tant. Sa peau laiteuse était par contre le totale opposé de la mienne mais nous ne pouvions nous renier…

Nous rejoignîmes Alex, notre manager dans le hall d’entrée et il nous fit la même remarque que Liz, avant de nous conduire dans le bureau du producteur du Label. C’était un homme à la carrure imposante, mais son regard brun nous donnait envie de lui donner toute notre confiance. Il allait sur les quarante ans et une alliance sur son annulaire gauche montrait qu’il avait une famille. Pourtant, personne n’en parlait dans les médias.

⁃ Éden, vous êtes dans la lune ?

Immédiatement je sursautais et secouais la tête, avant d’attraper le stylo qu’il me tendait. Mes amis avaient déjà signé le contrat et j’en fis de même. Un sourire amusé étira mes lèvres et j’attrapais la mains de Liz, fier.

⁃ Très bien, alors les répétitions commenceront demain, Morgan vous attendra… Commença-t-il en ramassant le contrat.

⁃ Morgan ? M’écriais-je surpris, qui c’est ? Nous devions avoir Marianne !

⁃ Je le sais, mais il se trouve que Marianne a encore beaucoup de projets de composition à faire et je me suis dis que Morgan, qui est tout aussi excellent, pourrait vous prendre en charge… A part des bandes musicales de film, il n’a pas d’autres projets pour le moment, il sera à vous à cent pour cent.

⁃ S’il n’a pas beaucoup de projets c’est qu’il n’est pas beaucoup demandé… Râla Baptiste, le regard noir.

⁃ Non, au contraire, les producteurs de films s’arrachent ses musiques et beaucoup d’artistes ont déjà eu recours à son aide… Mais j’ai décidé de le mettre exclusivement sur votre projet pour l’instant.

Je me levais alors, rentrant mes mains dans mes poches.

⁃ Je vous fais confiance… Nous vous faisons confiance… Alors ne merdez pas. Soufflais-je avant de me retourner et de sortir de la pièce.

**

Cela faisait maintenant une heure que nous étions dans cette salle que le directeur nous avait réservée. Un verre à la main, j’écoutais Félix me parler de la maison qu’il prévoyait d’acheter lorsque le directeur du label fit tinter son verre pour prendre la parole. Immédiatement, je me tournais vers lui.

⁃ Je vous remercie à tous d’être venu aujourd’hui pour célébrer ce nouveau contrat. Je me souviens du premier jour où j’ai entendu une chanson des Light Shade… J’ai senti mon cœur vibrer comme je ne l’avais plus entendu depuis un moment. Et maintenant, ils font partie de notre famille. Alors levons nos verres et promettons-leur de faire d’eux de grandes stars !

Le directeur leva son verre et tout le monde suivit son mouvement. Et alors qu’il reprenait son discours sur notre musique, je sentis un regard posé sur moi. Immédiatement je tournais la tête pour croiser le regard d’une personne que je ne connaissais pas. Il avait des yeux d’un vert très pur, tachés de marron, lui donnant un regard envoûtant. Sa peau laiteuse s’harmonisait parfaitement à ses cheveux châtains foncés à la limite du brun. Il était un peu plus petit que moi et semblait reclu du monde qui l’entourait. Je n’avais pas besoin de beaucoup pour voir qu’il était timide, car à l’instant où je commençais à lui faire un sourire charmeur, je le vis rougir et détourner le regard. Mon sourire s’élargit à la seconde alors que je ne le laissais pas indifférent. Il était vêtu d’un tee-shirt à manches longues blanc, le moulant légèrement et d’un jean usé. Surpris de s’être fait prendre, il avait posé son regard sur le directeur, l’écoutant, mais je savais qu’il mourrait d’envie de se tourner une nouvelle fois vers moi. Personne ne me résistait de toute façon.

Après quelques minutes à le scruter, Baptiste me tira de mes rêveries.

⁃ Qu’est-ce que tu regardes ? Demanda-t-il, en regardant dans la même direction.

⁃ Ma nouvelle proie… Soufflais-je en lui lançant un clin d’œil.

Il ne répondit rien, se contentant de chercher cette personne. Je savais qu’il avait des sentiments pour moi, mais je m’en fichais totalement. Je ne lui avais rien promis et je ne lui promettrais jamais rien. Il savait à quoi s’en tenir.

Le directeur finit son discours et tout le monde le salua. Immédiatement Liz vint m’embrasser et je la regardais en souriant.

⁃ A moi la gloire ! M’écriais-je amusé.

⁃ Ça c’est sûr, tu l’as mis dans ta poche le directeur ! Répliqua-t-elle en me prenant dans ses bras.

Mais une nouvelle fois je me sentis espionné. Je tournais alors vivement la tête vers lui pour voir qu’il avait évité de croiser mon regard de justesse.

⁃ Alex, c’est qui lui ? Demandais-je en montrant l’homme qui sortait de la salle.

⁃ C’est Morgan, le compositeur que vous a attitré le directeur, me répondit-il en haussant les épaules.

Alors mon sourire s’élargit une nouvelle fois… Coïncidence ou non… La partie allait être très amusante…

**

J’avais passé le reste de la journée à discuter avec des personnes du label. J’avais ainsi rencontré le personnel qui allait nous aider à produire notre album. Puis le soir, c’était fatigué que j’avais décidé de rentrer. Baptiste avait essayé de me suivre mais je l’avais très vite remis à sa place. Une nuit de temps en temps, mais jamais plus. Pour l’intérêt du groupe.

Il était maintenant minuit et je ne dormais pas. Installé dans mon lit, j’attrapais mon ordinateur, allant directement sur internet et sur le site du label. Directement je cliquais sur l’équipe pour découvrir Morgan. J’appris avec surprise qu’il avait 27 ans alors que je le pensais bien plus jeune. J’appris aussi qu’il savait jouer de beaucoup d’instruments mais que son instrument de prédilection était le piano. Près de cette information se trouvait des liens et je cliquais dessus. Immédiatement, un lecteur s’ouvrit sur mon ordinateur et j’entendis les premières notes de musique. Je sentis mon cœur s’emballer en entendant cette musique. Lentement, je me calais sur le mur, et fermais les yeux.

Le directeur avait raison, Morgan était doué. Sa façon de jouer était parfaite. Tellement que je me demandais pourquoi il ne devenait pas professionnel au lieu de gâcher son talent à conseiller les autres. Mon esprit s’échappa alors et son image m’apparût. Ses émeraudes magnifiques… Les rougeurs de ses joues. Il était beau. Il devait faire fureur… Et son regard insistant m’ôtait tous mes doutes, il était gay. Un sourire étira mes lèvres alors que je refermais mon ordinateur. Il allait être à moi le temps d’une nuit.

**

⁃ Tu es sorti hier soir ? Demanda Baptiste, installé près de moi.

⁃ Non j’étais mort, je te l’ai dit, répondis-je dans un sourire.

Nous étiez dans une salle du Label. Le reste du groupe et le directeur étaient là aussi. Ainsi que Morgan. Je sentais son regard se poser sur moi de temps en temps et cela m’amusait. Il était installé en retrait, sur une chaise, attendant apparemment qu’on s’adresse à lui. Il n’y avait aucun doute, il manquait cruellement de confiance en lui.

La secrétaire du directeur arriva et nous tendit les plannings, j’en attrapais un en lui lançant un sourire charmeur qui était mon plus grand atout.

⁃ Tu t’es mis sur ton trente et un pour lui ? Me demanda tout à coup Baptiste en regardant le planning.

⁃ Tu sais bien que je n’ai pas besoin de ça pour l’avoir, répliquais-je amusé.

Baptiste rigola et je le suivis, en levant les yeux au ciel. J’avais certes fait un effort aujourd’hui, mais pas seulement pour lui. Nous avions une conférence de presse après cette réunion et Alex m’avait fait promettre de soigner mon apparence.

⁃ Tu vas être content, tu l’auras pour toi seul, souffla Baptiste, étonné.

Je portais alors mon regard sur le planning et un sourire étira mes lèvres alors que je voyais ça. Ça allait être plus simple que je ne l’aurais cru.

Le directeur du label finit par demander le silence et nous présenta Morgan. Mon regard se posa alors sur lui et je le sentis fébrile. Il évitait de me regarder et cela me prouvait que je ne le laissais pas indifférent.

⁃ Il a l’air un peu jeune… Souffla Félix en me regardant, attendant que je dise quelque chose.

⁃ Je suis sûr que vous serez satisfait de son travail, fit le directeur dans un sourire, c’est un excellent élément dans notre compagnie.

⁃ Mais pas aussi bon que Marianne Duval, répliqua Kelly dans une moue

⁃ Nous en avons déjà parlé, elle est trop occupée sur d’autres projets en ce moment. Ne vous laissez pas influencer par son âge. Il baigne dans la musique depuis tout petit et a même appris en autodidacte, répondit le directeur, en croisant le regard de Morgan, il s’adapte à tous les genres de musique et demandes. Je suis certain que vous ne voudrez plus vous en séparer.

Mon regard ne l’avait pas lâché une seule seconde, attendant une réaction de sa part. S’il restait ainsi, il allait se faire bouffer par les autres. Comment se faisait-il qu’un être aussi beau ait si peu confiance en lui ?

⁃ Nous verrons bien demain ce qu’il vaut, soufflais-je venant à son secours, mais aujourd’hui, concentrons-nous sur les plannings.

Tout le monde acquiesça, lâchant Morgan du regard pour regarder les plannings. Pendant une heure nous avions discuté, tout en arrangeant les plannings avec nos interviews et concerts. Lorsque la réunion fut terminée, je regardais autour de moi, mais Morgan avait disparu et on ne me laissa pas le temps de le chercher, Baptiste tirait déjà sur ma manche pour que je suive le groupe pour la conférence de presse.

**

C’est en courant que j’arrivais dans le label. Immédiatement je me rendis dans la salle de réunion et m’accroupissais près du siège où j’étais installé pour y trouver mon téléphone. Un soupire de soulagement s’échappa de mes lèvres et je me relevais, le mettant dans ma poche. Il contenait toute ma vie et je ne pouvais pas le perdre comme ça. Je sortais de la salle, soulagé, lorsque je me figeais à la seconde.

Venant de l’autre côté du couloir, je pouvais entendre une mélodie jouée au piano, et il ne fallut pas longtemps pour reconnaître Morgan et un sourire étira mes lèvres alors que je m’approchais de la pièce. Je le trouvais là, installé devant le piano, les yeux fermés. Il semblait en transe et ça ne faisait aucun doute qu’il jouait avec ses tripes. Séduit, je vins près de lui. Il ne m’avait pas entendu, si bien qu’il continuait de jouer, totalement absorbé. Amusé, je le laissais continuer, me sentant vibrer par les notes qu’il créait.

Mais alors qu’il semblait bientôt terminer sa mélodie, il ouvrit les yeux et sursauta violemment en me voyant près de lui. Il fit une fausse note et arrêta de jouer. Je rigolais légèrement amusé.

⁃ La porte était ouverte, soufflais-je dans un sourire charmeur, j’ai entendu ta musique dans les couloirs, alors je me suis permis de venir t’écouter.

Le visage de Morgan était rouge tellement il était surprit de me voir ici. Non, je n’avais plus aucune doute… Je lui plaisais.

⁃ C’est toi qui a composé ce morceau ? Demandais-je en attrapant une chaise pour m’installer près de lui.

⁃ Je… Oui… Balbutia-t-il, timide.

Un nouveau sourire étira mes lèvres face à sa timidité maladive. Son regard émeraude si ensorcelant s’était ancré dans le mien et lorsqu’il s’en rendit compte il détourna la tête, son visage devenant rouge de gêne. Un léger rire s’échappa de ma gorge et je décidais de pousser plus loin :

⁃ Tu joues vraiment bien, les autres avaient tort ! Dis-je, en le draguant certes mais avec sincérité, Est-ce que cette mélodie est une de celles tu vas nous présenter demain ?

⁃ Je… Je ne sais pas… Je… Je l’ai écrite il y a deux jours, mais… Si tu l’a veux, tu peux l’avoir !

Je lui souris, amusé de voir dans quel état ma présence auprès de lui le perturbait. Je ne pouvais m’empêcher de le regarder, de le scruter. Il était tellement beau que cela me perturbait. Pourtant il n’avait rien d’extraordinaire, rien qui le séparait de l’ordinaire comme Baptiste et sa chevelure flamboyante, mais une beauté intérieure en plus de l’extérieur s’émanait de lui. J’avais envie de lui… Et ce n’était pas cette même envie qui me poussait à coucher avec Baptiste ou les autres hommes qui avaient partagés mon lit, c’était plus profond, presque vital. Il fallait que je l’ai, pour une nuit au moins.

⁃ Est-ce que tu peux me la rejouer ? Demandais-je, en m’asseyant au fond de ma chaise.

Alors, le visage de Morgan s’illumina et il acquiesça. Vivement, il se retourna et ses doigts commencèrent à s’animer, libérant des notes qui sonnaient merveilleusement bien à mon oreille. Je fermais les yeux, me laissant transporter par cette mélodie si envoûtante. Totalement soumis au son que me faisait redécouvrir Morgan, je commençais à chanter avec lui, une chanson triste que j’avais écrite il y a quelques années. Une chanson qui ne collait pas avec mon style de musique, mais qui s’alliait parfaitement avec le sien. Mais cela surprit Morgan qui fit une nouvelle fausse note. Il s’arrêta immédiatement alors que j’ouvrais les yeux et tourna sa tête vers moi, honteux.

⁃ Ce n’est qu’une fausse note, soufflais-je amusé, en approchant ma main de son visage, tu aurais pu continuer.

Le contact de sa peau sur la mienne fut électrique et doucement je vins glisser mes doigts près de son oreille, replaçant une mèche rebelle derrière. Un frisson le secoua, et je compris qu’il était dans le même état que moi. Nos visages étaient si proches que je pouvais sentir son souffle caresser mes lèvres. Si proches que je sentis son désir pour moi et un sourire en coin étira mes lèvres. Il me cédait. Mais alors que j’allais pencher ma tête pour l’embrasser, Morgan me devança.

Immédiatement je posais ma main sur sa nuque, voulant le rapprocher plus près de moi. Ce baiser fut autant dévastateur que langoureux car presque instantanément, la raison me quittait. Mais je voulais plus. Beaucoup plus qu’un simple baiser.

Lorsque l’air vint à nous manquer, je collais mon front au sien et un sourire étira mes lèvres alors que des rougeurs apparaissaient sur ses joues.

⁃ Tu habites loin ? Soufflais-je la voix pleine de désir

Morgan me fit non de la tête et je compris à la seconde que j’avais gagné.

⁃ Emmène-moi chez toi… Murmurais-je, avant de reprendre fougueusement ses lèvres.

**

Ses lèvres sur les miennes, ses mains sur mon corps, je brûlais de désir pour lui. Il ne lui avait pas fallut longtemps pour me ramener chez lui et c’est avec fougue que j’avais repris ses lèvres le plaquant contre la porte d’entrée. A bout de souffle, je me reculais, tirant légèrement sur sa lèvre. Le regard de Morgan s’ancra alors dans le mien. Un regard pur, doux, désireux. Un regard qui me fit frémir. Lentement, sans perdre le contact visuel, j’entrepris de déboutonner sa chemise. Puis, je passais mes mains sur ses épaules, la faisant tomber au sol. Un sourire étira mes lèvres alors que des rougeurs apparaissaient sur ses joues. Du bout des doigts, je laissais descendre mes mains et déboutonnais les boutons de son pantalon. Mon regard se posa enfin sur son corps. Là, devant moi, Morgan était plus beau que jamais. Doucement, je m’abaissais pour poser un baiser sur son torse. Et bien d’autres suivirent avant que ma langue ne prenne la relève et que je ne tombe à genou devant lui. Un gémissement franchit enfin les lèvres de Morgan alors que je rentrais ma langue dans son nombril et je passais mes mains à l’intérieur de son boxer, touchant ses fesses rebondies. Il se cambra à ce contact, posant l’une de ses mains sur le bar de l’entrée et l’autre sur ma tête, me montrant d’une pression qu’il avait envie de plus.

Vivement, j’enlevais son jean et son boxer qui tombèrent à ses pieds, pour découvrirent une intimité dressée de désir pour moi. Un sourire étira mes lèvres et je m’approchais laissant mon souffle le caresser.

⁃ Éden… Murmura Morgan, le regard voilé par l’envie.

Un léger rire s’échappa de ma gorge, et je le pris enfin en bouche. Il se cambra brusquement en lâchant un cri de surprise et sa main se posa au dessus de sa tête alors qu’il ondulait des hanches. Ma langue enserra son sexe et je commençais à le sucer rapidement, ne cherchant plus à le faire attendre. Mon regard se posa alors sur lui et je sentis immédiatement mon désir pour lui grandir. Nu, la transpiration commençait à perler sur son corps. Sa bouche, légèrement entre-ouverte, lâchait des gémissements de plus en plus rauques, de plus en plus sensuels. Avait-il conscience de l’effet qu’il me faisait ? De l’effet qu’il devait sans doute faire aux autres hommes qui croisaient son chemin ?

Une succion un peu plus forte que les autres eut raison de lui et dans un cri rauque il se libéra dans ma bouche, posant son bras sur ses yeux. Un léger rire s’échappa de sa gorge alors que je me relevais.

⁃ Je n’arrive pas à le croire… Souffla-t-il en ancrant son regard dans le mien.

⁃ Croire quoi ? Demandais-je surpris.

Mais il ne me laissa pas le temps de réfléchir plus, se jetant sur mes lèvres. Ses mains passèrent sur ma veste qu’il enleva, pour ensuite passer ses mains sur ma peau. Un frisson me secoua sous ce contact et directement je le repoussais, un léger sourire étirant mes lèvres.

⁃ Ta chambre ? Demandais-je en passant mes mains sur mon tee-shirt pour l’enlever.

Le regard de Morgan se posa furtivement sur une porte dans le salon, avant de se poser sur mon torse. Déjà, son intimité reprenait de la vigueur, et je rigolais, attrapant sa nuque pour un nouveau baiser enfiévré. Il recula sous la surprise, mais je le guidais, ne lâchant pas ses lèvres. Nous finîmes par arriver dans sa chambre, et sans prendre le temps d’admirer la décoration, je l’assis sur le lit. Mes mains se posèrent alors sur ma ceinture et je la débouclais lentement. Le regard de Morgan s’enflamma et je glissais mes mains sur mon pantalon et l’enlevais. Vivement, je vins happer ses lèvres, passant mes mains dans sa chevelure soyeuse. Un baiser langoureux fut échangé et lorsque l’air vint à nous manquer, je posais mon front contre le sien.

⁃ Tourne-toi… Lui ordonnais-je doucement.

Si Morgan était excité, celle-ci se décupla et il m’obéit immédiatement, se retrouvant à quatre pattes devant moi. Je portais deux doigts à ma bouche et m’installais derrière lui, collant mon intimité sur ses fesses. Lentement, je me baissais et embrassais plusieurs fois sa colonne vertébrale, cherchant à le détendre. S’il y avait bien une chose que je détestais voir chez mes amants, c’était de la douleur. Doucement, j’insérais un doigt en lui, continuant mes attentions sur son dos. Si Morgan avait mal, celle-ci passait inaperçue et j’augmentais le rythme de ma préparation. Bientôt, je mis un deuxième doigt et il tourna la tête vers moi.

⁃ Éden… Je n’en peux plus… Gémit-il, ivre de désir.

Mes sourcils se froncèrent. S’il était aussi désireux, c’était qu’il était habitué. Pourtant, ça m’étonnait, surtout de la part de quelqu’un d’aussi timide. Mais ce n’était pas mes affaires. Cédant à un rythme qui n’était pas le mien, préférant la lenteur à la précipitation, j’attrapais ses hanches et d’un ample mouvement, je le pénétrais. Je pu voir ses poings se serrer, mais il n’avait pas crié, ni gémit sous la douleur. Immédiatement, une vague de plaisir me submergea et je commençais des vas-et-viens lents. Morgan ne tarda pas à se mouvoir contre moi et prenant conscience qu’il était bien plus expérimenté que ce que je ne croyais, j’intensifiais mes mouvements. Des gémissements rauques s’échappaient de ma gorge alors que j’entendis bientôt Morgan crier de plaisir. Enivré par ce son, l’une de mes mains lâcha sa hanche pour remonter sur son torse. Brusquement, je le fis se redresser, collant son dos contre mon torse, et j’attrapais ses lèvres fiévreusement. Mes coups de reins se firent alors plus violents et Morgan ne réussit pas à garder mon baiser, se cambrant contre moi.

Je perdis pieds sous le plaisir que je ressentais. Vibrant, transcendant, la sensation d’être en lui était totalement nouvelle. C’était comme si je pouvais faire ce que je voulais de lui, comme s’il m’obéirait, quoi que je fasse. N’y tenant plus, laissant parler mon désir, je repoussais Morgan qui lâcha un gémissement de protestation. Mais je le fis taire immédiatement en le faisant se remettre à quatre pattes devant moi. J’attrapais alors la tête du lit et vivement je le pénétrais une nouvelle fois. Un hurlement de plaisir s’échappa de sa gorge et je vibrais une nouvelle fois de plaisir, me déhanchant en lui comme jamais je ne m’étais donné avant.

Mais bien vite, la folie qui nous consumait eut raison de nous et dans un cri aigu, Morgan se libéra, alors que je faisais de même en lui. Mon amant s’allongea sur le ventre, la respiration saccadée. Cependant, je n’étais pas prêt à le laisser tranquille. J’en voulais plus. Encore et encore.

**

Je me réveillais un peu avant l’aube après un court sommeil. Doucement, pour ne pas réveiller Morgan, je me redressais. Mon regard se posa sur mon amant, endormi près de moi. Il avait la tête posée sur ses bras, la couverture, ne cachant pas grand chose de sa peau. Un sourire étira mes lèvres et j’attrapais la couverture, le recouvrant avec.

Ma main remonta alors le long de son dos, avant de passer dans ses cheveux. Cette nuit… Si j’avais pensé un jour prendre autant mon pied avec quelqu’un, je me serais traité de fou. Je n’avais plus de doute possible… Morgan était plus qu’expérimenté.

Je me levais alors, et attrapais mon boxer ainsi que mon pantalon. Après un dernier regard pour mon amant d’une nuit, je quittais sa chambre puis son appartement alors que le soleil commençait à se lever.

**

Je courrais dans les rues à en perdre haleine. Mes lunettes de soleil pour ne pas être reconnu, je sentais mes poumons brûler tellement je m’efforçais de prendre la vitesse. Après ma nuit avec Morgan, j’étais rentré chez moi pour dormir quelques heures, mais je n’avais pas entendu mon réveil, si bien que j’avais trente minutes de retard. Mon groupe et Morgan avaient rendez-vous pour mieux apprendre à le connaître et qu’il apprenne à nous connaître… Avec un peu de chance, il n’aurait pas réussit à se lever lui aussi cette nuit. Un petit sourire étira mes lèvres à la pensée de ce qui s’était passé. Une partie de jambe en l’air comme jamais je n’en avais connue encore. C’était juste pour une nuit… Pourtant, je me demandais si j’allais tenir cette promesse.

J’arrivais tout essoufflé quelques minutes plus tard au label. Consultant le planning que j’avais enregistré sur mon téléphone, je me dirigeais vers la salle. Mais je n’eus pas besoin de chercher bien longtemps, déjà je pouvais entendre une mélodie jouée au piano, et je n’eus pas de mal à reconnaître Morgan.

Un petit sourire en coin collé à mes lèvres, je vins me caler dans l’embrasure de la porte. Mon amant d’une nuit était derrière son piano, les yeux fermés, jouant comme si ça vie en dépendait. Devant lui se trouvaient Baptiste, Laura, Kelly et Félix, scotchés.

Morgan coupa court au mini concert qu’il avait improvisé et un sourire fier étira ses lèvres.

⁃ J’espère que j’ai été assez convaincant, Lâcha-t-il d’une voix dure qui m’étonna. Vous faîtes de la musique depuis vos quinze ans, moi j’en fais depuis que je suis né et je savais parfaitement reproduire les grands musiciens alors que vous ne portiez que des couches. Je ne suis pas un débutant… Mais comparé à moi, c’est vous qui l’êtes.

Un frisson me parcouru en l’entendant parler de cette manière. Si autoritaire, si sûr de lui… Si sexy. Où était passé l’homme avec qui j’avais couché cette nuit ?

⁃ Tu as vu l’heure Éden ? S’écria Laura, en me faisant sursauter.

⁃ Désolé, soufflais-je en entrant dans la salle et en m’asseyant près d’elle, je n’ai pas entendu le réveil.

⁃ Tu as une salle tête, lança Kelly, les sourcils froncés.

⁃ Ça c’est parce que je n’ai pas beaucoup dormi cette nuit ! M’exclamais-je, en lui lançant un clin d’œil.

Un sourire en coin étira mes lèvres et je tournais la tête vers Morgan, qui était toujours derrière son piano. Lorsqu’il croisa mon regard, il s’en détourna immédiatement, de légères rougeurs sur les joues. Mon sourire s’élargit d’autant plus alors que je le voyais ranger ses partitions, gêné.

⁃ Tu sais peut-être joué du piano parfaitement, mais ici on joue de la guitare, de la batterie, de la basse et du synthé, sans parler de la voix d’Éden, râla tout à coup Baptiste, si vivement que cela me surprit, Marianne sait jouer de tous ces instruments et bien d’autres, c’est pour ça qu’on la…

⁃ Lui aussi, m’écriais-je soudainement, n’aimant pas le ton qu’il employait.

Baptiste me regarda, surprit à son tour. S’il y avait bien une chose que j’avais appris dans ma famille, c’était qu’on ne devait manquer de respect à personne.

⁃ Il sait jouer de plein d’instruments, pas seulement du piano… Il doit même savoir jouer de la guitare mieux que toi ! M’exclamais-je sérieux.

⁃ Ça ce n’est pas difficile, souffla Félix, pour le charrier.

Mais Baptiste ne voulait pas plaisanter. Son regard se posa sur moi, furieux.

⁃ Et comment tu sais tout ça toi ? Me demanda-t-il, étonné.

⁃ J’ai cherché sur internet. Répondis-je simplement, en haussant les épaules.

Laura se leva tout à coup, mettant ses mains sur ses hanches. Son regard noir me figea immédiatement.

⁃ Il me semble que Morgan est assez grand pour parler tout seul, Lâcha-t-elle, en se tournant ensuite l’intéressé. Tu as l’air gentil, et compétent même plus que ça d’après ce que nous raconte Éden, mais si tu ne t’imposes pas, tu vas finir par te faire bouffer… Surtout par ces trois là ! Ajouta-t-elle en nous montrant tour à tour, moi, Baptiste et Félix.

Il lui fit un sourire avant d’acquiescer, et se leva, nous regardant ensuite sérieusement.

⁃ Je ne suis pas là pour montrer de quoi je suis capable ou pour aller contre vous, au contraire, je suis là pour vous, pour vous aider. Je vais travailler avec vous et m’adapter à votre musique, pour qu’à nous six, nous sortions un album extraordinaire.

Morgan avait dit ces mots avec une telle confiance en lui qu’un nouveau frisson me parcouru et un sourire étira mes lèvres. Je ne savais vraiment pour quelle raison, mais le voir s’affirmer ainsi m’envoûtait tout autant que de le voir rougir et bégayer sous mes compliments.

Nous passâmes le reste du temps à parler de notre musique avant que Morgan nous demande de jouer tous ensemble. Bien vite, je m’étais retrouvé derrière le micro à chanter tout en jouant de la guitare alors que mes amis m’accompagnaient. Ce n’était que des ces moments-là que je me sentais vibrer. Ainsi, avec eux sur scène, j’étais le plus heureux des hommes.

**

Nous étions dehors, Liz et moi, assis sur un banc près du label. Elle était venu manger en vitesse avant de retourner travailler.

⁃ Tu sais que les petits n’arrêtent pas de me demander quand est-ce que tu vas revenir leur donner un cours de musique ? Dit-elle en souriant.

⁃ Je deviens une star, je n’ai plus le temps.

Liz me tapa gentiment sur l’épaule avant de reprendre une bouchée de son sandwich. Elle était enseignante et travaillait avec des enfants de dix ans. Elle aimait beaucoup son métier et cela se voyait dans sa volonté de toujours leur proposer des choses nouvelles, comme ma venue un jour dans sa classe, pour leur donner un cours de musique.

⁃ Laura m’a dit que tu avais passé une folle nuit encore ! Souffla-t-elle tout à coup, dans un petit sourire.

⁃ Les nouvelles vont vites à ce que je vois. Répondis-je amusé.

⁃ Avec Baptiste ?

Je croisais son regard un bref instant et elle comprit que non.

⁃ Si je te le dis, tu ne le diras pas à Laura ? Demandais-je sérieux.

⁃ Promis ! De toute façon tes histoires de fesses ne l’intéresse pas… Dit-elle en haussant les épaules.

⁃ Pas autant que toi !

⁃ Oui, mais moi je n’ai aucune vie sexuelle alors je vis par procuration.

Je rigolais légèrement me redressais.

⁃ Tu sais Morgan, le compositeur… Commençais-je

⁃ NON ! Cria-t-elle, en me coupant la parole, tu n’as pas fait ça !

⁃ Bah quoi ? Demandais-je surpris.

Elle posa sa main sur ses yeux tout en soupirant.

⁃ Tu vas passer toutes tes journées avec lui Éden… Tu es sûr qu’il a comprit que ça n’irait pas plus loin ? Dit-elle alors, d’une petite voix.

⁃ Je suis parti avant qu’il ne se réveille alors oui, sûrement, répondis-je en haussant les épaules.

⁃ Tu es impossible, tu as pensé un peu à Baptiste ?

Je me levais, soudainement énervé.

⁃ Il n’y a rien entre Baptiste et moi, il le sait très bien, alors je couche avec qui je veux ! M’écriais-je, faisant retourner plusieurs personnes.

⁃ Je sais !

Elle m’attrapa la main, me forçant à me rasseoir.

⁃ Je le sais bien mais tu sais que lui veux plus et que même si tu ne lui as rien promis, il attends quelque chose. Pense au groupe, ça lui fera quoi à ton avis de voir que tu te tapes le compositeur ?

Je la regardais, soudainement touché par ses paroles. Pourtant je ne voulais pas changer de comportement. Baptiste était juste mon ami, qu’est-ce que je pouvais faire s’il s’accrochait à moi ? Je ne voulais rien de sérieux et il le savait parfaitement.

⁃ Nous sommes amis avant d’être des amants Liz, il sait que je ne couche pas qu’ avec lui, alors arrête de t’en faire, il est assez grand pour décider tout seul.

Ma réponse lui cloua le bec et elle leva les yeux au ciel, semblant septique. Pourtant c’était la vérité. Je ne lui cachais rien et je ne lui promettais rien. A lui, comme à n’importe qui. Plus d’attachements. Plus d’amour. Comme je me l’étais promis.

**

Il était quatorze heures lorsque je me dirigeais dans une salle de répétition pour mon rendez-vous seul à seul avec Morgan. J’arrivais pour le découvrir assis devant son piano, un crayon dans sa bouche, regardant ses partitions, comme s’il voulait les faire exploser.

⁃ Tu ne t’arrêtes jamais ? Demandais-je en entrant, sans prendre la peine de frapper.

Il sursauta et son crayon tomba sur le sol.

⁃ Décidément, je te fais à chaque fois peur, soufflais-je en m’abaissant pour le ramasser.

Je me relevais et un sourire étira mes lèvres alors que je découvrais ses joues rouges. Visiblement la nuit que nous avions passée était toujours dans sa tête.

⁃ On fait quoi aujourd’hui ? Demandais-je, l’air de rien.

Ses sourcils se froncèrent un instant, puis voyant que je n’allais pas aborder le sujet, il détourna le regard, ramassant ses partitions.

⁃ Je me suis dit qu’on pourrait voir ce que tu recherches dans ce nouvel album, lâcha-t-il après un moment, en haussant les épaules.

Je fis une grimace, trouvant ce sujet trop scolaire.

⁃ Je pensais que tu allais jouer et que j’allais chanter, répondis-je en m’assaillant sur le banc du piano, près de lui, on s’accorde bien je trouve.

Ma dernière phrase était pleine de sous-entendus et eut la réaction que je voulais, car Morgan rougit violemment.

⁃ Ok, soufflais-je amusé, ne voulant pas non plus abuser, Je veux un album qui sorte de l’ordinaire, pas quelque chose de trop boum boum comme maintenant… Je veux qu’on sente la différence, mais je ne veux pas non plus qu’elle se ressente de trop.

Je passais ma main dans mes cheveux, amusé de ne pas trouver mes mots.

⁃ Il faudrait vous essayer à d’autres styles de musique, lâcha Morgan, les yeux dans le vide.

⁃ D’autres styles ? Demandais-je surpris.

⁃ Ça pourrait t’aider à savoir ce que tu veux, et apporter la touche d’originalité qui fait que votre album sera le meilleur…

Nous passâmes le reste du temps à parler de ça. Morgan m’écoutait attentivement et notait chacune de mes remarques. Lorsque je ne trouvais pas mes mots, il s’occupait de les trouver à ma place. Nous étions sur la même longueur d’onde, si bien que le temps passa plus vite que je ne l’aurais cru. Lorsque mon regard se posa sur l’horloge murale, je fus étonné.

⁃ Waw ! M’exclamais-je, ça fait deux heures qu’on est là.

⁃ oh… Souffla-t-il, lui aussi surpris, Baptiste ne devrait pas tarder.

Il ramassa alors ses notes, mettant des feuilles vierges devant lui. Je me mis alors à le regarder et un sourire étira mes lèvres en repensant à la nuit que nous avions passée ensemble. Il se releva légèrement pour attraper son sac à l’autre bout du piano et son tee-shirt se releva, me faisant voir la peau de son dos. Immédiatement je sentis une vague de désir pour lui déferler en moi. Je m’étais promis de ne passer qu’une nuit avec lui… Mais il n’avait apparemment pas l’air de vouloir plus… Alors, peut-être que je pourrais m’amuser avec lui… Comme je le faisais avec Baptiste.

Sans vraiment m’en rendre compte je posais ma main sur sa peau et il se figea à la seconde, rougissant en se rasseyant. Voyant qu’il ne me repoussait pas, je posais mon autre main sur sa cuisse, remontant légèrement jusqu’à son entre-jambe. Mes lèvres vinrent se poser sur sa mâchoire et au contact de mes lèvres sur sa peau, il ferma les yeux.

⁃ C’était bien cette nuit… Murmurais-je en croisant son regard.

Un faible sourire étira ses lèvres et je me lançais. Ma main sur sa cuisse remonta le long de son corps pour se poser sur sa joue. Doucement, je tournais sa tête et happais ses lèvres pour un baiser langoureux. Il me céda facilement, ouvrant légèrement sa bouche. Au contact de sa langue sur la mienne, un frisson me parcouru et j’intensifiais le baiser, me collant un peu plus à lui. Ma main dans son dos remonta, le caressant du bout des doigts.

Mais alors que j’allais lui proposer une nouvelle fois de me ramener chez lui, Baptiste arriva, claquant la porte pour bien nous faire remarquer qu’il était là.

⁃ Je vous dérange peut-être ? Dit-il le regard noir.

⁃ Oui, soufflais-je, mon regard ancré dans celui de Morgan, reviens demain.

Mais Morgan s’éloigna vivement de moi, se levant du banc.

⁃ Non c’est bon ! S’écria-t-il, le rouge aux joues. On avait finit.

J’écarquillais les yeux, surpris, mais je croisais un regard déterminé. Soufflant un « Comme tu veux » étonné, je me levais, sans oublier de rendre son regard énervé à Baptiste. Sans un regard pour eux, sentant mon entre-jambe commencer à me serrer, je sortis de la salle.

**

Ce soir-là, j’avais décidé de sortir et j’avais entendu parler d’une nouvelle boite de nuit assez branchée dans le centre. Même s’il y avait du monde à faire la queue, le videur me laissa entrer rapidement, mon début de célébrité aidant. Immédiatement je m’étais approché du bar et avais commandé un verre. Puis doucement, je m’étais retourné, posant mes coudes sur le bar, regardant les personnes danser.

Le temps passa et un sourire étira mes lèvres alors que j’entendais l’une de nos musiques. C’est à ce moment là que je croisais le regard brun d’un homme en face de moi. Il était blond, la vingtaine, habillé sobrement. Je lui fis l’un de mes sourires charmeurs et il attrapa son verre immédiatement, venant vers moi.

⁃ Tu vas me trouver pathétique, mais je suis un vrai fan, Dit-il, légèrement.

Je rigolais légèrement. J’étais habitué à cette tentative de drague.

⁃ Pathétique non, mais je suis persuadé que tu peux faire mieux, soufflais-je en attrapant mon verre.

Mon regard croisa alors les émeraudes de Morgan et je me figeais immédiatement. Un petit sourire étira ses lèvres, comprenant que je l’avais vu. Mais son rejet d’il y a quelques heures refit surface. Il avait eu sa chance, il n’avait pas su la saisir. Tant pis pour lui. Vivement, je détournais le regard pour adresser un sourire à l’homme près de moi.

⁃ Tu viens souvent ici ? Demandais-je en commandant au serveur deux nouveaux verres.

⁃ Oui, je ne t’ai jamais vu ici, répondit-il en buvant une gorgée de son verre.

⁃ Avec les concerts et l’album en préparation, je n’ai pas forcément le temps de sortir. Répondis-je en haussant les épaules.

Je me vantais, et c’était là ma plus belle arme de drague. Mon regard se posa alors en face de moi et il croisa une nouvelle fois celui de Morgan. Mais il n’était plus seul. Un homme était près de lui, lui parlant sans qu’il ne l’écoute. Un pointe d’agacement se développa en moi. Il n’avait pas voulu de moi, alors pourquoi me cherchait-il maintenant ?

⁃ Tu m’excuses, il faut que j’aille aux toilettes, Dis-je, sans vraiment regarder l’homme près de moi.

Il me répondit mais je ne l’écoutais pas. J’arrivais aux toilettes et il ne fallu pas longtemps à Morgan pour me suivre. Immédiatement, il se figea, surpris de me voir l’attendre.

⁃ Tu as été clair tout à l’heure, soufflais-je sérieux.

⁃ Je travaillais, dit-il tout aussi sérieux, et s’il y a une chose que tu dois savoir sur moi, c’est que lorsque je travaille, il n’y a que ça qui compte.

⁃ Je l’ai très bien compris, ne t’en fais pas.

⁃ Ne le prends pas comme un rejet…

⁃ Alors comment je dois le prendre ?

Une grimace étira ses lèvres et il soupira apparemment agacé.

⁃ La musique réclame de la discipline, lâcha-t-il, soudainement.

⁃ Est-ce que tu es en train de me juger là ? Demandais-je étonné

⁃ Non, attends, non ! Souffla-t-il surpris.

Un soupire s’échappa de mes lèvres et je passais près de lui, voulant sortir de la pièce. Il avait refusé mon offre et maintenant, il me jugeait. Non merci. Mais Morgan se mit entre la porte et moi, posant sa main sur mon torse.

⁃ Je n’ai pas dit ça ! S’écria-t-il, légèrement énervé, et je ne le pense même pas, vous n’en seriez jamais arrivé là si tu n’avais pas travaillé… Je disais juste que lorsque je travaille, j’y suis vraiment à fond et je ne m’arrêterais pas tant que je n’ai pas fini.

Sa main remonta pour se poser sur ma joue, ancrant son regard dans le mien.

⁃ Mais là, je ne travaille pas, dit-il, dans un petit sourire.

Un frisson me secoua à le voir ainsi plein d’assurance. J’aurais pu me jeter sur lui. L’embrasser sauvagement et le prendre ici sur le champ. Mais mon orgueil m’en empêchait. Il n’aimait pas contrarier ses plans ? Et bien moi non plus. Un sourire en coin étira mes lèvres et je posais ma main sur la sienne. Il cru un instant avoir réussi, mais ses sourcils se froncèrent alors que je l’enlevais de ma joue.

⁃ Mais moi je ne suis plus disponible, Dis-je avant d’ouvrir la porte, et de sortir.

**

L’homme qui m’avait abordé s’appelait Esteban et était étudiant en architecture. Il était tout à fait mon genre et je comptais bien passer ma nuit avec lui. Pourtant, alors qu’il me faisait un rentre dedans plus que prononcé, mon regard ne faisait que dériver sur Morgan. Ce dernier, après notre discussion, avait bu plus que de raison et se retrouvait à danser sensuellement avec un homme, qui ne se gênait pas pour le toucher, sans aucune pudeur.

Mon sang ne fit qu’un tour lorsque je vis cet homme attraper le menton de Morgan et poser ses lèvres sur les siennes. Encore une fois, Morgan ne le repoussa pas. J’avais beau essayer, je n’arrivais pas à le cerner.

Pourtant, lorsque je vis l’homme avec qui il dansait lui attraper sa main dans le but de sortir, je ne pus résister plus. Vivement je quittais Esteban pour me diriger vers eux et attrapais la main de Morgan l’attirant vers moi.

⁃ Qu’est-ce que tu fous ! S’écria l’homme qui l’accompagnait.

⁃ Il est avec moi ! Répliquais-je, le regard noir.

⁃ Je te connais non ?

Un éclair passa dans son regard et il me reconnu. Levant les mains pour s’excuser, il me fit un petit sourire avant de se retourner et de retourner sur la piste de danse. Mais alors que j’allais parler, Morgan se jeta sur mes lèvres. Sous le coup de la surprise, je reculais de quelques pas, avant de l’encercler, et de le serrer contre moi. Mais il se recula, aussi vivement qu’il s’était collé à moi. Il attrapa ma main et me força à le suivre, nous dirigeant vers la sortie.

⁃ Où est-ce qu’on va ? Demandais-je amusé

⁃ Je te ramène chez moi !

**

Il était maintenant trois heures du matin et je me levais, enfilant mon boxer. J’étais littéralement épuisé, mais il fallait que je boive quelque chose. Sans faire de bruit pour ne pas réveiller Morgan qui dormait profondément, j’allais dans la cuisine. Mon regard se posa alors autour de moi. La pièce n’était pas vraiment spacieuse. Son salon était annexé à la cuisine, séparé par une table où était disposé des partitions terminées ainsi que des dossiers. L’endroit était bien décoré et contenait juste ce qu’il fallait, sans jamais aller dans le superflu. Tout le contraire de chez moi.

J’ouvris le frigo pour trouver une bouteille d’eau que j’attrapais avant d’en boire. Je fis ensuite demi tour, et mes sourcils se froncèrent alors que je voyais de la lumière dans la chambre de mon amant. La bouteille toujours à la main, j’ouvrais la porte pour trouver Morgan, ses genoux levés contre sa poitrine, sa tête posée dessus, un air infiniment triste collé au visage.

⁃ ça ne va pas ? Demandais-je surpris.

Morgan releva immédiatement la tête au son de ma voix et ses yeux s’écarquillèrent en me voyant. La tristesse fit alors place à une immense joie et sans que je ne m’en rende compte, il se levait et plaquait ses lèvres sur les miennes pour un baiser langoureux. Sous la surprise, je fis tomber la bouteille d’eau, mais je n’eus pas le temps de m’excuser qu’il me faisait m’allonger sur le lit, se retrouvant au dessus de moi, embrassant mon torse.

⁃ Il va falloir que tu m’expliques un jour qui tu es, soufflais-je, sentant le désir m’envahir, parce que j’ai beau essayer, je n’arrive pas à te cerner.

Il rigola légèrement et un frisson secoua ma peau alors qu’il embrassait mon bas-ventre. Ses mains se posèrent sur boxer et il me l’enleva, avant de poser des baisers papillons sur mes cuisses. Ma main passa directement dans sa chevelure soyeuse et lorsque je sentis sa langue lécher mon sexe durci, je ne pu retenir un gémissement. Grisé par ce son, il réitéra ce mouvement, me léchant de tout mon long, sans jamais me prendre en bouche. Ses mains caressaient mes cuisses du bout des doigts, attisant mon désir.

Il me mit totalement sans dessus dessous. Sa façon de m’exciter, de me faire languir. Tout cela était beaucoup trop pour moi. Ça n’avait rien à voir avec la première fois qu’on avait passé la nuit ensemble. Rien à voir avec la seconde. Ici, c’était Morgan qui prenait les rennes et je lui étais totalement soumis. Un gémissement plus suppliant que les autres s’échappa de mes lèvres et il arrêta de jouer avec moi, me prenant entre ses lèvres. Un cri sortit de ma gorge sans que je ne m’y attende vraiment, mais il ne me laissa pas le temps de réaliser. Vivement sa langue s’enroula autour de mon sexe, commençant des vas-et-viens vigoureux. Des vagues de désir fulgurantes déferlèrent en moi et je du fermer les yeux. C’était totalement inconnu. Jamais encore, je n’avais connu pareille sensation. Morgan me suçait si vivement que je perdais peu à peu pieds, transporté par le plaisir démentiel que me faisait ressentir mon amant. Mais je ne pu tenir bien longtemps et dans un cri, je me déversais en lui, haletant.

Mon amant remonta lentement au dessus de moi, et son nez vint frotter le mien. Mon regard croisa alors le sien et je posais ma main sur sa joue, inversant nos positions.

⁃ Tu es un véritable démon Morgan… Murmurais-je, avant de reprendre ses lèvres avec fougue.

**

Le soleil pénétrant dans la chambre de Morgan me réveilla bien avant lui. Un sourire étira mes lèvres alors qu’il se trouvait endormi au dessus de moi, sa tête sur mon torse, ses jambes entortillées sur les miennes. Doucement, je posais ma main sur sa tête et inversais nos positions, le faisant s’allonger sur le dos. Mais ce mouvement du le réveiller car je l’entendis grogner et attraper la couverture pour la mettre au dessus de sa tête.

⁃ Il est quelle heure ? Demanda-t-il après un moment

⁃ huit heures, tu peux encore dormir un peu, où est ta salle de bain ? Soufflais-je en regardant autour de moi.

⁃ La deuxième porte dans le salon.

Je rigolais légèrement, amusé de le voir aussi grognon le matin. Vivement, j’enlevais la couverture et il protesta. Mais immédiatement je le fis taire d’un baiser des plus langoureux.

⁃ Quand tu seras décidé à te lever, tu n’auras qu’à me rejoindre… Murmurais-je, tout contre ses lèvres.

Des rougeurs apparurent sur ses joues et je me levais. Je sentis son regard se poser sur mon corps nu, appréciant apparemment la vue. Sans vraiment réfléchir, j’ouvrais la première porte du salon. Mais je me figeais immédiatement à l’intérieur de la pièce. Celle-ci était petite, un immense piano y prenant tout l’espace. Mais ce n’était pas cela qui me surprenait. Non. Sur le mur, se trouvait de nombreux posters de moi et de mon groupe. Par terre, se trouvait des CD de notre musique, depuis nos tout débuts. Mon regard se posa sur un petit lecteur CD posé au sol et je m’abaissais pour l’ouvrir, apercevant notre tout premier CD.

⁃ Ce n’est pas ce que tu crois ! S’écria Morgan, me faisant sursauter.

Je le regardais alors, totalement surpris. Ce que je croyais ? Un sourire amusé étira mes lèvres et je me redressais vers lui, moqueur.

⁃ Alors, ça fait quoi de coucher avec son idole ?

Ne pars pas – Chapitre 1

Chapitre 1 écrit par Lybertys

A chaque fois, j’espérais… Et à chaque fois, le bruit de la porte d’entrée de chez moi se refermait à une heure avancée de la nuit ou tôt le matin, alors que je feignais encore de dormir. Je détestais ce bruit étouffé de discrétion, et cette porte qui se fermait à nouveau, rompant tout lien possible.

Mon cœur se serrait, toujours avec la même douleur, la même intensité. Et pourtant, la fois suivante, j’espérais encore.

Peut-être qu’un jour, l’un de ces hommes d’une nuit serait à mes côtés le matin et oserait donner une chance…

A chaque fois pourtant, je donnais tout, ne serait-ce que pour recevoir un peu de chaleur et me sentir moins seul. Mais il semblait, comme toujours que jamais personne ne s’attacherait à moi. Je transpirais la solitude.

Et ce matin-là n’était pas différent des autres. Je me levais seul, le corps courbaturé juste après que la porte ne se soit fermée. Je ne fus pas surpris de voir mon corps couvert de différentes marques dans le reflet de la salle de bain. Celui-là avait particulièrement profité de ma docilité…. Et cela n’avait servit à rien. Je n’arrivais pas à changer. Cette attitude s’était profondément ancrée en moi, allant de pair avec cette peur viscérale du rejet.

Jamais un mot de travers, jamais une affirmation personnelle, jamais un « non ». Je voulais plaire aux autres. Je n’irais jusqu’à dire que je voulais que l’on m’aime, non… Juste que l’on m’offre un peu d’affection.

Après une douche brûlante, déliant mes muscles un à un, j’allais dans ma petite pièce. Il n’y avait que moi qui pouvait m’y rendre. C’était l’endroit où je me sentais le plus en sécurité, là où personne ne pouvait m’atteindre, là où je n’espérais rien. La taille réduite de cet endroit était occupée par un piano qui trônait au centre. C’était ici que je venais me ressourcer, et que j’oubliais cet état dépressif dans lequel je me retrouvais à chaque départ. Des posters de groupes de musique étaient affichés sur les murs, surtout ceux de mon groupe préféré dont le chanteur, Éden qui avait une voix si particulière qu’il me faisait vibrer à chaque fois que je l’écoutais. Des montagnes de disques étaient posés sur les étagères qui débordaient et de l’autre côté, se trouvait des partitions, éparpillées un peu partout.

Avant même de prendre un petit déjeuné, je m’installais à mon piano et mes doigts retrouvaient naturellement les touches. Là, je prenais une grande inspiration avant de me laisser aller à jouer. Il ne fallait jamais longtemps avant que je me laisse transporter par la musique, un sourire venant se dessiner sur mes lèvres. Lorsque je jouais ainsi, j’oubliais tout. C’était ma dose de bonheur, c’était ce sur quoi ma vie se basait. J’en avais fait mon métier, et je travaillais comme compositeur et pianiste pour une compagnie de musique. Le salaire n’était pas exorbitant, mais il me permettait d’avoir assez pour vivre dignement et surtout de vivre de ma passion.

Lorsque je ressortais de cette petite pièce, j’étais devenu quelqu’un d’autre. Je n’étais plus cette personne apeurée et dépressive. Je me sentais fort, prêt à affronter le monde, prêt à recommencer. Ce moment à moi était vital avant de commencer chaque journée, même si cela ne durait pas longtemps. La musique était devenue ma compagne la plus fidèle et je me laissais porter par sa force. Mon piano était vieux et n’était pas le meilleur piano du monde, mais pourtant, je préférais travailler avec celui-ci qu’avec celui de mon travail. Ce piano-là, j’avais sué sang et eau pour me l’offrir et jamais, au grand jamais, je ne m’en séparerais.

***

Ce matin-là, je remarquais une différence dans la compagnie alors que je passais dans les couloirs. Tout le monde semblait en effervescence et arborait un grand sourire. Ne comprenant pas cette euphorie générale, je me rendis directement dans ma salle de travail, me disant qu’Andrew ne tarderait pas à venir m’expliquer ce qui se passait.

Cette salle de travail était assez excentrée, me permettant d’être le plus tranquille possible pour composer.

Je sortis de mon sac les pages de notes sur lesquelles j’avais griffonné ce matin. Je devais finir cette composition au plus vite pour la scène clef d’un film. Sans trop attendre, je me retrouvais devant le piano et reprenais chaque ligne après l’avoir joué entièrement.

Un sourire étirait mes lèvres en fin d’après-midi satisfait du travail effectué ce jour-là, lorsqu’Andrew, un ami et collègue de travail entra précipitamment, ouvrant la porte si brusquement qu’elle tapa le mur dans un bruit sourd.

Je ne pus m’empêcher de sursauter.

– Morgan ! S’exclama-t-il, il n’y a que toi qui peut te retrouver à travailler ici dans ton coin, alors que tout le monde est en train de célébrer !

– De célébrer quoi ? Demandais-je, intrigué, et dans la plus totale incompréhension.

– Le directeur vient de signer son plus gros contrat ! Et tu ne devineras jamais avec qui !

– Non, mais tu vas très certainement me le dire, répliquais-je amusé et impatient.

Andrew répondit à mon sourire avant de s’exclamer :

– Nous venons de signer avec Light Shade, ton groupe préféré ! Ils ont besoin de nous pour la promo de leur nouvel album en préparation et de conseils sur la composition de leurs nouveaux morceaux. Et devine qui sera le conseiller en composition ?

– Ne me dis pas que… Soufflais-je alors, en sentant mon cœur s’emballer à la seconde.

– Si ! C’est toi ! Marianne a trop de projets et le directeur a réussi à t’imposer sur le projet.

Marianne était la grande compositrice de référence dans notre compagnie. C’était elle qui s’occupait normalement des contrats de premier ordre. Je restais bouche bée, ayant du mal à digérer l’information. Est-ce que tout ceci n’était finalement pas un rêve ? J’allais travailler en collaboration avec Light Shade. J’allais aussi pouvoir rencontrer enfin Éden, l’homme qui se cachait derrière cette voix qui me transcendait. Et mieux encore, j’allais pouvoir composer avec eux et pour eux !

***

Il n’avait pas fallut longtemps avant qu’Andrew me traîne jusqu’à la salle de réception où tout le monde se trouvait. Les couloirs étaient déserts et c’était très inhabituel.

Lorsque j’arrivais devant la salle de réception, c’était le cœur battant que j’en franchis le seuil. Il ne me fallut que quelques secondes seulement pour le localiser. J’eus l’impression que le temps s’arrêtait. Il n’était qu’à quelques mètres, plus beau que jamais, plus réel encore que sur les photos et les vidéos qui ne retraduisaient pas la présence qu’il imposait autour de lui. Ses cheveux châtains donnait l’impression d’être en bataille, mais cela se voyait que la coupe avait été consciencieusement travaillée pour donner cet effet. Il portait un simple t-shirt noir et un jean classique qui auraient fait quelconque sur quelqu’un d’autre. Mais ces simples vêtement lui donnaient un charme fou. D’ici, je pouvais même remarquer ses ongles peints en noir.

– Tu vas rester planté là comme ça longtemps ? Me demanda soudain Andrew, alors qu’il était coincé entre moi et la porte.

– Désolé, soufflais-je, en ayant du mal à articuler.

J’avançais de quelques pas pour lui laisser de la place. Nous arrivions au bon moment, car le brouahaha qui régnait dans la pièce cessa lorsque le directeur fit tinter son verre de champagne pour attirer notre attention.

– S’il vous plaît, j’aurais juste quelques mots…

Tout le monde le regarda, même Éden. Je devais être le seul qui était incapable de véritablement détacher mon regard du chanteur.

Le directeur se lança dans son discours, mais je ne l’écoutais pas. Mon cœur battait toujours extrêmement vite. Je ne savais pas si je réalisais vraiment que j’allais travailler avec lui. Être si près de lui aujourd’hui était déjà inimaginable.

Mon regard insistant finit malheureusement par attirer son attention. Et il tourna la tête vers moi. Je croisais un court instant ses yeux bleus qui me firent frémir malgré moi, alors qu’un sourire parfait et charmeur étirait ses lèvres.

Aussitôt, je détournais le regard, honteux de m’être ainsi fait prendre et mes joues rosirent de honte. Je sentais toujours son regard posé sur moi, mais pour rien au monde je ne l’aurais regardé à nouveau. Je fis alors semblant de m’intéresser exclusivement, comme touts les autres, au discours de notre cher directeur.

Lorsqu’il eut terminé, tout le monde le salua, avant de reprendre leur discussion. Andrew m’envoya un coup de coude dans les côtes.

– Alors ! Tu ne vas pas lui parler ? C’est l’occasion ou jamais !

– Ne dis pas n’importe quoi, répondis-je en me risquant à poser à nouveau mes yeux sur lui.

Son attention avait été capté par les autres membres du groupe et une jeune femme que je ne connaissais pas, s’approcha de lui et déposa un rapide baiser sur sa joue avant de le serrer dans ses bras.

Éden devait avoir des yeux derrière la tête, car il remarqua une fois de plus mon regard sur lui.

Cette fois-ci, j’eus juste le temps de tourner la tête pour ne pas le croiser une fois de plus.

Ne supportant plus cette situation, et me sentant soudain fébrile, je m’excusais auprès d’Andrew et m’éclipsais de cette salle où je commençais à littéralement étouffer.

J’allais directement dans les toilettes et me passais de l’eau froide sur le visage pour tenter de remettre de l’ordre dans mes pensées et redescendre sur terre. Tout ceci était irréel et j’avais encore l’impression de sentir son regard brûlant sur moi. J’avais eu l’impression d’être mis à nu, incapable de faire face, incapable de gérer la situation.

Je soupirais en pensant qu’il avait du me trouver ridicule, agissant comme un fan parmi tant d’autre. Mais je sentais au fond de moi, que c’était bien plus que de l’admiration que j’avais ressentais. Sa voix avait déjà éveillé quelque chose en moi depuis ses débuts et aujourd’hui, l’avoir vu en chair et en os me bouleversait plus que je ne l’aurais cru.

Je me repassais une seconde fois de l’eau fraîche sur le visage, inspirant et expirant profondément. C’était juste pour le travail, rien de plus. Il fallait que je me ressaisisse. Je devais faire du bon boulot. Le directeur m’avait choisi pour ce gros contrat, et je ne devais surtout pas merder à cause de mes émotions. Je devais me ressaisir. Cela allait être un travail comme un autre et je devais y mettre tout mon cœur…

***

C’était le milieu de la nuit et je n’arrivais toujours pas à fermer l’œil. Las d’essayer encore et encore, je décidais de me lever. Rester dans ce lit ne servait à rien. J’allais me faire un thé dans la cuisine avant de me rendre dans ma petite pièce. Elle était assez à l’écart pour ne déranger aucun voisin. Je sortis de nouvelles feuilles de partitions vierges et mis ma chaîne Hifi en route. J’attrapais un CD de Ligth Shade, leur tout premier : mon préféré. Il était plus authentique et moins commercial. Mon cœur vibra à la seconde où j’entendis le son de sa voix. Après toutes ces années, ce que je ressentais n’avait pas changé. Souvent, pour me détendre, comme cette nuit, je jouais du piano, accompagnant du mieux qu’il m’était possible sa voix. C’était un moyen de me ressourcer et de me sentir plus serein.

Cette nuit là, je composais un nouveau morceaux qui retraduisait tout ce que j’avais ressenti en cette journée particulière, et qui, je ne le savais pas encore allait basculer ma vie…

Je n’allais rejoindre mon lit que très tardivement, une fois mon morceau couché sur papier, satisfait de ma création, que je retravaillerais le lendemain.

***

Ce devait être aux alentours de treize heures que nous avions tous une réunion officielle pour nous présenter au groupe et établir un planning de travail. Éden était au centre, à côté du directeur. A sa gauche, Baptiste le guitariste, suivi de Laura qui jouait du synthétiseur. De l’autre côté se tenait Kelly à la batterie et Félix le bassiste.

Je mentirais si je disais que je n’avais pas que d’yeux pour pour Éden, mais je me forçais à ne pas le fixer. Pour ma part, j’étais assis un peu en rentrait, à une place discrète, qui me correspondait bien.

La secrétaire du directeur entra et nous distribua les plannings provisoires. Je me risquais à ce moment-là à lancer un regard à Éden qui était trop occupé à parler et rire avec le guitariste pour me remarquer. Il portait un autre tee-shirt noir et une veste de costume qui le rendait encore plus séduisant et ses cheveux châtains étaient plus disciplinés que la veille. J’étais fasciné par ses yeux bleu, et le petit sourire en coin qu’il adressait au guitariste me faisait fondre. Des taches de rousseurs parsemaient son visage le rendant encore plus beau…

Durant toute la réunion, j’eus à nouveau beaucoup de mal à me concentrer. Mes yeux finirent par se poser sur le planning que je n’avais pas encore pris le temps de regarder. Mon cœur loupa un battement lorsque je remarquais que j’avais déjà une réunion avec les membres du groupe, seuls à seuls, pour définir nos objectifs.

Éden ne porta jamais son attention sur moi, comme il l’avait fait la veille, à l’exception du moment où le directeur me présenta à eux.

– Il a l’air un peu jeune, commenta Félix, le bassiste.

– Je suis sûr que vous serez satisfait de son travail, le rassura le directeur. C’est un excellent élément dans notre compagnie.

– Mais pas aussi bon que Marianne Duval, rétorqua Kelly, peu convaincue.

– Nous en avons déjà parlé, elle est très occupée sur d’autres projets en ce moment. Ne vous laissé par influencer par son âge. Il baigne dans la musique depuis tout petit et a même appris en autodidacte, ajouta le directeur. Il s’adapte à tous les genres de musique et demandes. Je suis certain que vous ne voudrez plus vous en séparer.

Durant tout le discours du directeur, je me sentais au bord du malaise, terriblement gêné que l’on parle ainsi de moi devant tout le monde, et surtout de cette manière. Je n’étais donc pas vu d’un bon œil par le groupe et ce que venait de dire le directeur me mettait encore plus la pression. Durant toute la tirade du directeur, le regard d’Éden ne m’avait pas lâché, et le silence où tout le groupe me fixait après la déclaration du directeur me sembla interminable. Et ce fut Éden lui-même qui mit fin à mon calvaire.

– Nous verrons bien demain ce qu’il vaut, déclara-t-il. Mais pour aujourd’hui, concentrons nous sur les plannings.

Tout le monde acquiesça, l’écoutant comme si sa parole était d’or… Même s’il ne chantait pas, c’était la première fois que je l’entendais vraiment parler en direct. Mon cœur s’emballa à l’idée que j’allais bientôt l’entendre chanter à côté de moi…

A aucun autre moment, on ne reporta son attention sur moi et je m’éclipsais aussitôt la réunion terminée. J’avais du travail à faire et j’étais bien trop mal à l’aise pour rester une seconde de plus.

Ce qu’avait dit le directeur en parlant de moi m’avait touché. Il avait pris ma défense, comme il l’avait toujours fait. Depuis le premier jour, il m’avait entendu jouer, il m’avait pris sous son aile. Je paraissais plus jeune que mon âge, et mon côté introverti ne me vieillissait pas. J’avais tout de même 27 ans. Certes, pour un compositeur, c’était encore jeune. Mais demain, je ne me laisserais pas démonter et je leur prouverais ma valeur. Pour moi d’abord mais aussi pour être à la hauteur des mots que le directeur avait eu à mon égard. Avec les années, il était devenu le plus proche de ce que l’on pouvait appeler un père, ce que je n’avais jamais eu…

Je me retrouvais dans ma salle en train de travailler. Ce fut à ce moment là que le directeur frappa à la porte du studio.

– Je peux ? Me demanda-t-il avec un petit sourire.

– Bien sûr ! Lui dis-je, répondant à son sourire.

Je déposais mon stylo et repoussais mes partitions pour nous faire de la place. Le directeur s’assit sur une chaise à côté de moi.

– Comment avance cette musique de film ? Me demanda-t-il après s’être installé.

– Le réalisateur est satisfait. Il ne me reste qu’une scène à faire et à retravailler l’ensemble, mais je suis bien en avance.

– C’est parfait ! S’exclama-t-il. Excuse-moi pour tout à l’heure… Je suis certain que ton travail leur plaira.

– Il faut juste que je fasse mes preuves si j’ai bien compris, répondis-je dans un petit sourire.

– Oui mais je n’ai pas vraiment apprécié leur accueil. Ne te laisse pas faire Morgan. Tu es un compositeur et un musicien excellent. Et je ne dis pas cela parce que je t’aime bien. Je pense que tu es plus qualifié que Marianne pour ce travail. Tu as une capacité d’adaptation et d’innovation qui me surprend à chaque fois…

Il fit une pause, mais je ne pris pas la parole. Je n’aimais pas plus que cela les compliments de ce genre, cela me mettait finalement toujours mal à l’aise.

– Enfin, je tenais surtout à m’excuser de t’avoir mis sur ce projet sans t’en parler avant. Ton emploi du temps a été allégé pour que tu ne travailles qu’avec eux. J’espère que cela ne te gêne pas. Tu as un ton droit de veto ! Conclut-il.

Un sourire étira mes lèvres. Le directeur à la tête de ce label était quelqu’un d’humain avant tout. C’était d’ailleurs étonnant au vu de la quantité d’argent qu’il brassait. Il était redoutable en affaire, mais il traitait son équipe et ses employés très humainement.

– Je vais faire de mon mieux, dis-je avec un grand sourire pour lui donner ma réponse.

– Tu leur conviendras Morgan. Aie confiance en toi.

Le directeur se leva, il avait apparemment terminé de me dire ce dont il avait besoin. C’était un homme très occupé, mais il prenait toujours le temps de venir me parler seul à seul dans la semaine. Il changea cependant brusquement de regard, qui n’avait rien de professionnel.

– Tu peux venir manger chez nous ce week-end, dimanche par exemple. Je suis certain que Marta serait ravie de te voir.

Marta était sa femme, pleine de vie et très agréable. Il m’arrivait de manger chez eux de temps en temps. Seul le directeur et sa femme étaient au courant de mon passé, et ils faisaient tout pour que j’ai l’impression de trouver chez eux une sorte de famille.

– Avec plaisir, répondis-je dans le même sourire.

Le directeur hocha légèrement la tête, heureux de ma réponse. Alors qu’il arrivait au niveau de la porte, il se tourna vers moi.

– Tu sais Morgan, je n’attends que ton accord pour produire un disque de tes morceaux. Je suis certain que cela marcherait très bien.

– Tu sais que ce n’est pas ce que je cherche, répondis-je en faisant une grimace.

Le directeur soupira. Cela faisait sept ans que je travaillais pour lui. J’avais commencé comme simple stagiaire et un jour il m’avait entendu jouer du piano à mes heures de temps libre. Depuis, il n’avait de cesse de vouloir me produire et ma réponse était toujours négative. Ce n’était pas ce que je cherchais. Je me moquais de me faire un nom et je ne voulais pas de la célébrité. Je voulais simplement avoir assez d’argent pour vivre dignement et pouvoir composer ce qui me plaisait pendant mont temps libre. Je voulais d’une vie simple et apporter mon aide en conseillant des groupes ou en composant de la musique pour des films. Cela me suffisait amplement.

J’aimais travailler dans l’ombre.

– J’espère que tu changera d’avis, souffla le directeur. Mon offre reste valable et sans limite de temps.

Et sans un mot de plus, il sortit. Je savais que le directeur n’accordait ce privilège à aucun autre. Mais je savais aussi qu’il ne l’aurait pas fait s’il ne pensait pas ce qu’il disait.

Mais si un jour j’acceptais sa proposition, j’entendais déjà les autres médire. Ma relation avec le directeur qui allait au delà d’un simple rapport d’employé-patron gênait certain.

N’ayant plus de distraction, je me remis à jouer.

***

Ce qui s’était passé en début d’après-midi m’avait chamboulé plus que je ne l’aurais cru et je me retrouvais en début de soirée à travailler dans le studio pour être à la hauteur le lendemain et ne faire aucune faute.

Je comptais leur montrer un panel de mes compositions, et j’avais prévu de jouer l’un de leur morceau avec une variation. J’étais maintenant en train de répéter ma composition de la nuit dernière, hésitant encore à la présenter le lendemain.

Le silence qui régnait dans la compagnie prouvait que je devais être l’un des seuls à être encore présent. Mais j’aimais ce moment, il était beaucoup plus calme et je travaillais mieux le soir. Je n’avais pas le cœur à sortir de toute fa!on. Je devais être en forme pour le lendemain.

Je pris une grande inspiration avant de fermer les yeux pour me concentrer. J’allais jouer mon morceau une dernière fois avant de me décider à rentrer. Mes doigts se posèrent sur les touches alors que je tentais de me remettre dans cette état de tristesse que j’avais ressenti l’autre matin. Ce ne fut qu’à ce moment là seulement, toujours les yeux fermés que je commençais à jouer.

Le morceau commençait très lentement, avec une mélodie extrêmement triste, mais ne tombant jamais dans le théâtrale ou dans la lourdeur. Le plus dur était le trajet jusqu’au sentiment opposé, s’approchant de la joie. J’essayais au mieux de retranscrire cette transition. J’étais comme en transe. Mes doigts volaient sur les touches jusqu’aux dernière notes. Je m’étais coupé du monde et lorsque j’ouvris à nouveau les yeux, je tombais nez à nez avec Éden.

Je sursautais si fort que mes doigts se crispèrent sur les touches dans un bruit disgracieux. Éden sourit, semblant amusé de me voir réagir ainsi.

– La porte était ouverte, dit-il dans un sourire charmeur qui vous faisait fondre à la seconde alors que ses yeux océans me transperçaient. J’ai entendu ta musique dans les couloirs, alors je me suis permis de venir t’écouter.

Je ne répondis rien, toujours rouge de gêne… Je me faisais honte !

– C’est toi qui a composé ce morceau ? Me demandant-il en prenant une chaise et en s’asseyant à côté de moi, faisant comme s’il ne remarquait pas mon état.

– Je… Oui… Bredouillais-je, toujours impressionné.

Je me trouvais de plus en plus ridicule face à lui, si timide et si coincé sous mes émotions. Mais cela semblait vraiment amusé Éden qui ne cachait même pas sa légère moquerie dans son regard. Ses yeux… C’est à ce moment-là que je réalisais que j’étais en train de le fixer, le regardant droit dans les yeux. Aussitôt je détournais le regard, rougissant une fois de plus, me perdant dans la contemplation des touches de mon piano.

Éden émit un petit rire avant de dire :

– Tu joues vraiment bien, les autres avaient tort ! Est-ce que cette mélodie est une de celles que tu vas nous présenter demain ?

Aussitôt je répondis :

– Je… Je ne sais pas. Je… Je l’ai écrite il y a deux jours, mais… Si tu l’a veux, tu peux l’avoir !

J’avais parlé très vite, sans vraiment articuler. J’étais timide de nature, mais je battais tous les records avec Éden.

Il sourit, apparemment amusé de voir mon état devant lui. Il semblait prendre plaisir à me voir ainsi, perdant tous mes moyens devant lui. Mais étonnamment, je sentais qu’il avait été sincère en me disant que je jouais bien. J’étais touché par son compliment. Lui seul pouvait me toucher ainsi.

Éden continuait à me fixer et je commençais sérieusement à me demander s’il n’était pas en train de me draguer et de vouloir plus que de simplement m’écouter jouer.

Je savais que mon apparence physique attirait beaucoup d’homme et je plaisais bien plus aux hommes qu’aux femmes. Et encore, il m’arrivait parfois de me faire draguer par certaine d’entre elles, mais bien moins souvent.

Mais ce soir-là, à la façon dont il me regardait, j’étais en train d’apprendre deux choses : Éden était bien homosexuel, comme le disait les rumeurs et les bruits de couloirs, et pire encore, il me désirait. Je croisais une dernière fois son regard brûlant posé sur moi pour en avoir le cœur net. J’avais l’impression que ses yeux me dévoraient.

– Est-ce que tu peux me la rejouer ? Me demanda soudain Éden, s’installant plus confortablement sur sa chaise.

Je lui rendis son sourire en acquiesçant. J’allais jouer pour lui et pour lui seul et j’avais vraiment du mal à le réaliser.

C’est avec beaucoup de mal que je me concentrais et faisais le vide en moi, pour lui donner le meilleur de moi-même. Je voulais lui montrer de quoi j’étais capable. La musique me changeait. Dès lors que mes doigts couraient sur les touches, toute ma timidité s’envolait. C’était la même chose lorsque je travaillais pour d’autres groupes ou films. Mes conseils devaient être écoutés et je n’hésitais pas à donner mon avis. Mais dès lors que je n’avais plus un piano à côté de moi ou mes partitions, et que l’on sortait du contexte de la musique, j’étais le Morgan timide et gêné.

Ce qui se passait avec Éden n’était pas comparable. J’avais juste à côté de moi, l’homme dont la voix m’avait séduit dès les premiers instants où je l’avais entendu.

Je mis tout mon cœur une seconde fois dans ce morceau, prenant même quelques libertés pour l’améliorer. Mais alors que je me perdais dans l’assurance et la mélodie, Éden se mit soudain à m’accompagner en chantant. Sous la surprise de l’entendre, et surtout si près de moi, je n’eus plus le contrôle total de moi-même, et l’un de mes doigts appuya sur une une mauvaise touche, provoquant une fausse note disgracieuse. J’arrêtais tout brusquement et me tournais vers Éden honteux. Je réalisais que celui-ci avait fermé les yeux et les rouvrit, en me regardant surpris.

– Ce n’est qu’une fausse note, me souffla-t-il en approchant sa main de mon visage. Tu aurais pu continuer.

Il n’interrompit pas pour autant son geste, et sa main replaça une mèche de mes cheveux rebelles derrière mon oreille. Le contact aérien fut électrique et je sentis tout mon être frisonner.

Il était si près. Son regard profond, son petit sourire en coin qui continuait de me faire de l’effet, sa bouche à seulement quelques centimètres, son parfum envoûtant, ce désir commun presque palpable… Je craquais… Je craquais littéralement. Sans réfléchir, n’étant plus maître du moindre de mes gestes, je rompis la distance qui nous séparait pour recouvrir ses lèvres des miennes. Éden répondit quasi instantanément à ce contact. Sa main passa derrière ma nuque pour m’attirer plus près de lui. Mon être entier vibra au contact de sa langue avec la mienne, et sans attendre, je lui laissais prendre les rênes. Mais jamais complètement. Il embrassait divinement bien et le goût de ses baisers n’avaient pas de pareil. Il semblait prendre tout autant de plaisir que moi et son baiser traduisait chez lui un désir de bien plus.

Nos lèvres se séparèrent un instant, le temps de rependre notre souffle. Mes joues rosirent face à l’audace qui m’avait prit. Embrasser Éden… Pourquoi avais-je fait cela ?

– Tu habites loin ? Me souffla-t-il d’une voix terriblement rauque et sensuelle que je ne lui connaissais pas.

Je fis non de la tête, ayant du mal à réaliser ce qui était en train de se produire.

– Emmène-moi chez toi… Murmura-t-il avant de m’embrasser à nouveau.

Je savais que j’allais accepter, je savais pertinemment ce qui allait suivre ce soir-là. Pour lui, je ne devais être qu’une conquête à ajouter à son tableau de chasse. Je connaissais ce milieu et c’était pourquoi je m’étais toujours refusé à coucher avec eux. Je préférais les rencontres dans les bars ou à l’extérieur de mon lieu de travail. Mais juste devant moi, se trouvais Éden, la tentation ultime…

J’étais incapable de résister, incapable de lui dire non. Et je l’avais pressentit au moment précis où nos regards s’étaient croisés.

Cela ne mènerait nulle part, ce ne serait comme tant d’autres, qu’une aventure sans lendemain. Mon cœur qui battait à un rythme endiablé tentait de me prévenir des dangers que cela impliquait. Je devais me méfier. J’étais en train de jouer avec le feu… Mais ce soir-là, je m’en moquais. Éden, plus que tous les autres, pouvait faire de moi, ce qu’il voulait…

Nothing to prove – Prologue

Chapitre 1 écrit par Lybertys

La survie…Est ce qu’il vous est déjà arrivé de ressentir ce genre d’instinct ? Bien plus fort que tous les autres, si fort qu’il l’emporte sur votre raison. Connaissez-vous les dégâts que cela peut faire, aussi bien vis-à-vis du monde qui nous entoure que sur nous même. Survivre, se battre pour sa vie si fort que plus rien d’autre n’a d’importance. La frontière avec la folie est si fine qu’il est si facile de la franchir… Pourquoi cet instinct s’est réveillé maintenant chez moi. Je ne pensais plus qu’à une chose, éliminer les obstacles qui menaçaient ma vie. Je ne pouvais pas continuer ainsi, ou alors, cela entrainerait irrémédiablement ma propre mort.

La seule chose que je savais à ce moment là, c’était que je voulais rester en vie. Pourquoi ? Je n’en avais même pas la moindre idée, mais cet instinct était si fort qu’il occupait presque la totalité de mon esprit. Penser, réfléchir, analyser la situation n’étaient pas dans mes capacités à cet instant présent. Je tenais dans ma main l’objet de la libération, et à côté de moi l’obstacle à ma survie. Dans quelques secondes, je me sentirais libre, totalement libéré de cette impression qui oppressait mon corps si fort qu’il en était douloureux. Tout était si confus. Il me semblait voir trouble à cause des larmes qui ne cessaient de couler de mes yeux sans que je ne puisse les retenir. Un seul geste et je serais libre.

Continuer comme cela avec lui, c’était me condamner pour de bon. C’était comme si l’on m’offrait une chance de m’en sortir et je m’étais empressé de la saisir. Il était là, immobile à côté de moi, et je tenais dans ma main une bouteille brisée pour je ne sais quelle raison. Ce qui s’était passé, ce qui se passera, je m’en moquais éperdument, seul comptait pour moi le présent. Oui c’était bien cela, ramené à mon propre instinct de survie, je me retrouvais emprisonné dans l’instant présent, sans pouvoir analyser pourquoi j’en étais arrivé là, ni ce que cela allait entrainer.

J’étais brisé depuis bien trop longtemps pour avoir ne serait-ce qu’une once de résistance. J’avais trop longtemps subi sans rien faire, je ne voyais plus que cette solution. Je sentais mon cœur battre à une allure folle. J’étais parfaitement immobile, comme si chacun de mes gestes m’étaient douloureux, ou bien auraient réveillé le futur cadavre allongé à côté de moi, paisiblement endormi. Ses yeux clos donnaient à son visage quelque chose d’angélique, bien qu’il avait l’aspect d’un monstre à mes yeux, celui de la pire espèce. Fatigué, las, à bout de nerf, meurtri au plus profond de mon cœur, je ne voyais plus aucun moyen de me battre. Je n’avais plus rien à donner, je voulais que cela se termine. Le tuer, ce serait aussi tuer quelque chose en moi, pour sauver celle qui voulait survivre. Je laissais cette partie de moi prendre pied sur l’autre, je m’abandonnais à moi-même, à ma folie.

J’étais là, immobile, comme figé dans le temps avant que tout cela n’arrive, avant que ma vie prenne un tout autre tournant irrémédiable. Personne ne pourrait me sauver, je l’avais maintenant bien compris. La seule personne qui pouvait m’aider, n’était autre que moi même. Je ne pouvais compter que sur moi. Plus jamais je ne m’attacherai, plus jamais je n’offrirai ma confiance, plus jamais je ne donnerai à l’autre… Trop souvent on m’avait bafoué, méprisé, piétiné mon corps comme mon âme et mes sentiments. Je ne ferai plus que vivre… Vivre parce que quelque chose au fond de moi me forçait à le faire. L’espoir me direz-vous, l’espoir que quelque chose serait meilleur plus tard ? Voilà bien longtemps que la dernière flamme s’était éteinte en moi, ce jour où je l’avais vu me trahir… Ma main se resserra sur le bout de bouteille brisée, entaillant ma peau et faisant couler quelques goutes de sang sur le drap blanc. Je ne ressentais même pas la douleur, je ne ressentais plus rien.

Un seul geste et tout prendrait fin. Ma vie changerait radicalement, je ne vivrais plus que pour moi, me repliant au plus profond de moi, protégé de l’extérieur, en paix ; un repos qu’il me fallait prendre au plus vite. Le sang continuait de s’écouler de ma nouvelle plaie, mais je ne desserrais pas pour autant la main de ce bout de verre, car ma vie en dépendait. Les battements de mon cœur étaient loin de se stabiliser, une pression intenable m’étreignait la poitrine. J’avais l’impression que le temps s’était presque arrêté et que mes mouvements en étaient ralentis. Plus aucun regard à supporter de peur d’y lire quelque chose, plus aucun espoir à attendre de l’autre, j’en étais maintenant convaincu.

L’autre ne pense qu’à lui-même : à son propre bonheur et à assouvir ses propres désirs écrasant l’autre s’il le fallait. Désillusionné, j’allais maintenant être comme tous les autres, seulement je ne chercherais pas à le cacher. Pourquoi ne faisais-je rien ? Pourquoi restais-je parfaitement immobile à fixer la poitrine de cet homme se lever sous le rythme de sa respiration ? Chaque souffle pouvait être le dernier, ou du moins s’en rapprochait irrémédiablement. Il était condamné à mourir sans même le savoir, et j’endossais le rôle de sa faucheuse. Mais je n’avais pas vraiment conscience de mon geste, la seule chose qui flottait dans mon esprit était : éliminer cette entrave à ma survie. Jamais je ne voulais subir une fois de plus ce que j’avais déjà enduré. Je devais l’éliminer. Littéralement fou de désespoir, je levais ma main, prêt à frapper. Mon propre sang coula le long de mon bras, traçant un sillon couleur vermeille. Bientôt un autre sang viendrait s’y mêler… C’est à ce moment là, qu’il le vit ouvrir les yeux. Tous se passa à la fois très vite et si lentement. Un sourire vint se dépeindre sur le visage de cet homme qui semblait avoir les yeux dans le vague et qui ne voyait que le visage de son assassin, étant à mille lieu de se douter de ce que j’allais lui faire. Ce sourire était de trop pour moi. Il me renvoyait à trop de choses.

Comment pouvait-il me sourire après tout ça ? Je n’y voyait que le mal incarné. Mon bras entama sa chute, il savait où frapper, cet homme n’aurait aucune chance de s’en sortir. C’est avec une violence que je ne me connaissais pas que le verre frappa cet homme en plein cœur, qui eut à peine le temps de réaliser ce qui lui arrivait. Par réflexe, il porta sa main au bout de verre qui était planté dans son cœur, mais ma main était déjà loin. Je ne semblais pas vraiment réaliser ce que je venais de faire. Je me levais précipitamment du lit, m’éloignant le plus possible de ce corps bientôt inerte, se vidant de sa vie. Recroquevillé dans un coin de la pièce, je me laissais glisser contre le mur. L’homme tourna alors sa tête vers moi, et me murmura quelque chose dans son dernier souffle, quelque chose que je ne parvins ni à comprendre ni à entendre. Des tremblements violents vinrent aussitôt prendre possession de moi, suivi de violents spasmes qui me tordaient le ventre si fort que j’étais obligé de me plier en deux. Ca y est… Je l’avais fait, ma vie était sauve… Mon rythme cardiaque était loin de se calmer. Je me mis à hurler, hurler ma souffrance aussi bien intérieure qu’extérieure. Sans trop savoir ce que je faisais et un haut le cœur me prit, j’étais presque affalé sur le sol. En un rien de temps, j’étais dans un état minable. Tout mon corps semblait vouloir me rejeter pour ce que je venais de le forcer à faire. Plus je réalisais ce que je venais de faire et plus je devenais fou : je venais de tuer un homme…

– Monsieur Ilian Crose, depuis combien de temps aviez-vous des relations sexuelles avec votre cousin ?

Cet homme ne cessait de me poser des questions, auxquelles je devais donner des réponses. Seulement, que répondre à cela ? Ce fut l’homme qui me servait d’avocat commis d’office qui tenta de répondre à la question. Mais l’avocat de la famille du défunt réattaqua :

– Je pose la question à l’accusé et non à son avocat cher monsieur. Nous avons des preuves, veuillez répondre à ma question.

– Je… Depuis… bafouillai-je.

Je n’arrivais pas à répondre. Je ne pouvais répondre à cette question que par un mensonge… S’ils savaient… S’ils savaient qu’ils étaient en train de défendre un monstre. Trop focalisé sur moi et sur le meurtre que j’avais commis, ils ne chercheraient jamais à voir plus loin, ils ne découvriraient jamais la vérité, et jamais je n’irais les y éclairer. Tous ces yeux qui me fixaient… Ils voulaient tous me voir condamné, ne voyant en moi qu’un assassin de sang froid ayant tué son propre cousin avec qui il avait couché. Ils étaient tous là, comme s’ils regardaient un film dont j’incarnais le rôle du méchant. Même mon avocat semblait être de leur côté. Que faire face à cela, sinon entrer dans leur petit jeu, leur faire croire qu’il existe des gens affreux comme celui que j’étais devenu. Jamais ils ne sauraient ce que j’avais vécu, jamais personne n’aurait connaissance de la vérité. Je m’offrais à eux et à leur avidité d’histoires plus sombres les unes que les autres. Je n’avais plus rien à prouver, du moment qu’on me laissait vivre. Un monstre, c’était bien le rôle que j’incarnais maintenant. J’avais perdu foi en l’homme et en la possibilité qu’il offre quelque chose de meilleur. J’avais vu bien trop de choses sombres et j’avais connu une bien trop grande déception pour avoir l’espoir de croire en lui.

– Monsieur Crose, cette réponse, c’est pour aujourd’hui ou pour demain ?!

Si j’avais paru totalement déstabilisé par la question, mon visage affichait maintenant une expression totalement froide, celle qui pouvait s’apparenter à l’assassin que j’étais. Plantant mon regard dans le sien, ce genre de regard empli d’arrogance qui lui fit presque baisser les yeux, je déclarais le début d’une longue suite de mensonges, mensonges que tous rêvaient d’entendre :

– Depuis plusieurs mois…

C’était aussi une solution assez lâche, car j’avais parfaitement conscience qu’il aurait été bien plus difficile pour moi d’avouer la vérité. M’enfoncer dans le mensonge, les laisser croire, les laisser me foutre la paix. Je devenais l’être qu’ils espéraient tous voir en moi. Je n’existais que grâce à leur regard.

Jugé coupable du meurtre de mon cousin à dix neuf ans, je me laissais plongé dans la noirceur de mes pensées, tintant de cette couleur si sombre ma personnalité, effaçant l’être innocent et capable d’amour qui avait existé un temps en moi. Je devenais uniquement ce que les gens voulait que je sois, et ce que lui avait finalement fait de moi. Totalement replié sur moi-même, jamais les autres ne sauraient, jamais personne ne parviendrait à me faire avouer. Personne ne tirerait la moindre information à mon sujet. Chaque fois que quelqu’un s’intéressera à moi, même pendant quelques secondes, par envie ou par obligation, il se retrouvera confronté à un mur bien trop épais et sombre pour être traversé. Ce fut ce jour là que tout bascula, je me repliais sur moi-même, laissant les années défiler…

Voilà maintenant quatre ans que j’étais enfermé dans cet hôpital psychiatrique, quatre ans que ce juge m’avait envoyé ici, quatre ans durant lesquels personne n’avait pu me soutirer plus de trois mots à la suite. Je parlais uniquement pour ce qui était nécessaire et vital. Mon seul moyen d’expression était l’écrit. Je pouvais passer des heures entières à écrire, mais rien ne transparaissait dans ce que j’écrivais, rien de personnel qui aurait pu raconter quoi que ce soit sur moi. J’étais passé maître dans l’art du silence et du secret. Je laissais les psychiatres établir toutes sortes d’hypothèses sur moi, me découvrant à chaque fois un nouveau visage, une nouvelle pathologie. J’avais presque oublié ce que j’étais avant, avant que tout cela ne se produise, avant que ma vie ne bascule. Mais était-ce vraiment important ?

J’étais assis à une table, dans une pièce attendant qu’un nouveau psychiatre arrive, le dernier avait fini comme tant d’autres à désespérer sur mon cas. Les murs de cette salle étaient maculés de blanc, comme l’était mon esprit à chaque nouvelle rencontre jusqu’à ce que ce médecin arrive et décide de commencer à y peindre quelque chose de noir, de bien sombre comme ils adoraient tous. Aucun n’avait vraiment cherché un moyen de m’aider, bien que je ne cherchais pas cela, mais tous s’appliquaient à m’observer et à décrire celui que je n’étais pas. Sur le bureau, il n’y avait qu’une petite balle, un ordinateur, un crayon et une feuille. Je pris la petite balle et m’amusais à la faire rouler d’une main à une autre pour m’occuper un peu. Le psy allait bientôt arrivé, avec mon dossier à la main établit par tous ses prédécesseurs. Il l’aura longuement étudié, et m’aura déjà jugé avant même de m’avoir rencontré. La seule chose qui n’avait pas changé après tout ce temps était mon nom : Ilian Crose, ma seule identité.

Plus le temps passait et plus j’étais devenu agressif. Mais cela n’était pas sans raison, car je pouvais ainsi être seul et avoir la paix. Les autres me fuyaient presque et les infirmières faisaient tout pour ne pas passer trop de temps avec moi pendant les soins. J’inspirais la crainte et non le respect. Je m’éloignais des autres, si j’avais pu je me serais totalement isolé. Parler était pour moi de plus en plus difficile et communiquer était devenu impossible. Je n’en voyais pas l’intérêt. A quoi bon ?

Le nouveau psychiatre mettait longtemps avant d’arriver. Je ne m’impatientais pas, je n’attendais rien de précis. J’étais là tout simplement. Encore un qui allait perdre son temps avec moi.

Au moment où j’entendis la porte s’ouvrir, je levais lascivement mon regard vers celle-ci. Je n’étais même pas curieux de voir cette nouvelle tête, je faisais plus cela par réflexe. Combien de temps cet homme allait-il tenir ? Allait-il renoncer à mon cas comme tous les autres ? Il valait mieux pour lui… Pleins d’autres avaient réellement besoin d’aide. Une silhouette se dégagea de la porte. L’afflux de lumière ne me permettait pas de le voir vraiment. C’était reparti pour un tour…