The innocence of sleep – Chapitre 21

Chapitre écrit par Mai-Lynn

 

Deux jours passèrent sans que je ne sorte de chez moi. Je me sentais minable. Minable d’avoir laisser partir un homme génial. Mon regard se posa sur mon reflet dans le miroir. J’avais mal, terriblement mal. J’avais laissé un avenir merveilleux pour un autre plein de tourment. Je ne pouvais pas me remettre avec Jonah. Je ne pouvais pas.

 

Un soupire passa le barrage de mes lèvres et je passais un coup d’eau sur mon visage. Pourquoi étais-je toujours amoureux de lui ? Pourquoi n’avais-je pas réussi à l’oublier comme tous les autres ? Mon cœur se serra. Je ne voulais plus être avec lui. J’avais peur de ce qu’il pouvait m’apporter, de ce qu’il pouvait encore me faire. Tim était au courant de notre liaison, et alors ? Il n’en restait pas moins que Jonah n’avait jamais été capable de surmonter ses peurs pour moi. Il avait toujours tout fait passer avant moi et ça m’avait blessé. Ça me blessait toujours autant. Je lui avais brisé le cœur ? Il avait tout, des amis, une famille, un travail, un nouveau petit ami. Il avait tout ce qu’il lui fallait pour refaire surface. Moi ? J’étais seul. Je devais me reconstruire seul. Pourquoi me sentais-je méchant dans l’histoire ?

 

Tout était la faute de Jonah. Tout était de sa faute. Et je n’étais pas amoureux de lui. Non, c’était impossible. Djéyam se trompait.

 

Des coups frappés à ma porte me firent sursauter et j’allais ouvrir, espérant y trouver Djéyam. Mais c’était Andy. Le sourire qui avait étiré mes lèvres s’effaça directement.

 

⁃ C’est toi, soufflais-je déçu.

⁃ Je suis content de te voir aussi ! S’exclama-t-il en rigolant.

 

Il entra dans l’appartement et déposa un sac de nourriture à emporter sur la table.

 

⁃ Tu as oublié que je devais t’aider à repeindre le restaurant non ? J’y suis allé avec de la nourriture mais tu n’y étais pas. C’est quoi cette tête ?

 

Je ne pu répondre qu’il regarda autour de lui et s’arrêta sur le vase brisé au sol.

 

⁃ Djéyam n’est pas là ? Demanda-t-il semblant comprendre.

⁃ Il… Il m’a quitté.

 

Les yeux d’Andy s’écarquillèrent alors qu’une violente douleur au cœur m’obligea à m’asseoir alors que je prononçais ces mots. Il vint près de moi et s’accroupit en posant une main sur mon épaule.

 

⁃ Je suis désolé Nath, je ne savais pas que ça allait mal entre vous.

⁃ Ça allait bien, soufflais-je les larmes aux yeux, mais depuis la soirée en boite, je n’étais pas dans mon état normal et… Jonah est passé hier et… Bref, Djéyam croit que je l’aime encore.

⁃ Ça va peut-être s’arranger…

⁃ Non, il était vraiment sérieux.

 

Je posais ma tête entre mes mains, fébrile.

 

⁃ Je ne suis pas amoureux de Jonah, Andy, je ne le suis vraiment pas.

⁃ Je sais…Souffla-t-il en se levant, écoute, ça ne sert à rien de rester là à répéter ça, ce soir on sort, et on va même commencer dès maintenant à te vider la tête, va prendre une douche et habille toi, j’appelle Emma pour lui dire de nous rejoindre après le boulot, on mange, et on boit !

 

Un sourire étira ses lèvres. La perspective de me saouler me plu aussitôt et je fis ce que me demandait Andy.

 

**

 

Nous étions tous les trois assis à une table dans une boite branchée. Andy et moi étions complètement ivre alors que Emma tenait bon, se faisant office de chauffeur.

 

⁃ J’aurais mieux fait de rester à la maison moi… Soupira-t-elle en prenant une gorgée de son soda.

⁃ Mais non chérie, on aurait jamais pu venir si tu n’étais pas là.

 

J’éclatais de rire sous cette remarque totalement absurde, suivi de près par Andy. J’avais beaucoup trop abusé, mais cela faisait un bien fou. J’en oubliais Djéyam, j’en oubliais ma tristesse et c’était parfait. Mais malheureusement, je n’arrivais pas à oublier Jonah.

 

⁃ Il est sympa ce…Chris ? Demandais-je à Emma en me redressant

⁃ Chris qui ? Répondit-elle, surprise.

⁃ Tu sais bien, son copain !

⁃ Il parle du copain de Jonah… Parce qu’il est pas amoureux hein Nath !

 

Andy rigola et Emma ne pu réprimer un sourire avant de secouer la tête en me regardant.

 

⁃ Il est gentil oui… Répondit-elle évasive.

⁃ Oui mais tu l’aimes bien toi ?

⁃ Il te demande si tu le préfère à Nath.

 

Là Emma éclata de rire, et je donnais un coup à Andy qui tomba de sa chaise. Un juron s’échappa de ses lèvres alors que je me retrouvais la tête entre les mains, mort de rire. Mais bien vite cette crise passa et je posais ma tête sur mes mains, regardant dans le vide, l’air triste.

 

⁃ C’est juste que… ça me fait bizarre.

⁃ Tu es jaloux ? Me demanda Emma, plus sérieuse.

⁃ Non… Je veux dire… Pourquoi je serais jaloux, ça fait un an qu’on est ensemble mais… Tu sais quand je suis rentré, je n’ai fais que penser à lui. Au départ, j’angoissais à l’idée de le recroiser puis je l’ai vu et là je n’ai fais que lui dire que j’étais avec un autre et lui…Lui il a fait tout ça pour moi et après il se met avec un gars… Il attend quoi de moi ? Je veux dire il veut que je pense quoi ?

 

Emma ne su quoi répondre et je me levais, chancelant.

 

⁃ Il faut que je m’en aille ! M’écriais-je en titubant.

⁃ Attends tu vas où ? Me demanda Emma surprise.

⁃ Je dois vérifier un truc !

 

La raison m’avait quitté. Il fallait à tout prix que je le vois. Que je lui dise. Il le fallait.

 

**

 

Le taxi me déposait devant la maison de Jonah et mon cœur se serra. J’avais du mal à marcher et ma vision était trouble, mais j’étais déterminé à régler cette histoire aujourd’hui. Et peut-être que Djéyam me reviendrait qui sait ?

 

Je sonnais alors, me tenant contre l’embrasure de la porte. Jonah ne tarda pas à m’ouvrir. Ne dormait-il jamais ?

 

⁃ Nath, souffla-t-il surpris

⁃ Je peux entrer ? Demandais-je en articulant difficilement.

⁃ Je… Oui.

 

Il s’écarta et c’est d’une démarche bancale que j’entrais dans sa maison. Sans vraiment le vouloir, je m’étais approché et l’odeur de Jonah avait endiablé les battements de mon cœur. Secouant la tête pour m’enlever ses idioties de l’esprit, j’allais m’asseoir sur un fauteuil, préférant ne plus me remettre debout avant un moment. Jonah alla me chercher une aspirine et de l’eau et me les tendit.

 

⁃ Merci, murmurais-je en les attrapant.

 

Vivement je les avalais, sentant le mal de tête venir. Une fois avalé, mon regard se posa sur Jonah. Il était beau. Vraiment très beau. C’était normal que je ressente autant de désir en le voyant, il était magnifique. N’importe qui aurait les mêmes pensées que moi. Ça ne voulait pas dire que j’étais amoureux de lui.

 

Décidé à lui délivrer le fond de ma pensée, je posais mon verre sur la table basse.

 

⁃ Il m’a quitté, mais tu sais, c’est de ta faute ça ! Commençais-je parlant à toute allure, T’es toujours dans ma tête, et puis t’es toujours dans mes yeux, et puis j’arrête pas de me dire Jonah, il fait pas comme ça… Faut que t’arrêtes hein, c’est pas bien !

 

Je ne sais pas d’où me venait ces mots, pourtant je les savais vrais. Voulant continuer, je me rapprochais tant bien que mal de lui en m’asseyant sur la table basse.

- Il croit que je t’aime encore, lâchais-je, voulant voir sa réaction.

⁃ Et toi ? Me répliqua Jonah apparemment sans réfléchir.

 

Mon regard s’ancra dans le sien. Et moi ? Qu’est ce que j’en pensais ? Oui j’éprouvais encore des sentiments pour lui, mais ce n’était pas de l’amour. Non… ça ne pouvait pas être ça.

- Il faut que je vérifie quelque chose, murmurais-je perdu

 

Et sans plus attendre, je collais mes lèvres aux siennes. Ce n’était pas un baiser. C’était juste une preuve que je ne l’aimais pas. Mais je me mentais à moi même. Au contact de ses lèvres sur les miennes, mon cœur se mit à battre tellement fort que je crus qu’il allait sortir de ma poitrine. Jonah entrouvrit les lèvres et lorsque sa langue toucha la mienne une décharge électrique passa dans tout mon corps. Vivement, il me rapprocha de lui et je le chevauchais, rendant notre échange beaucoup plus passionné. J’avais faim de ses lèvres. Je voulais le sentir près de moi… En moi… Mon corps entier se détendit, comme s’il avait enfin trouvé sa place. Des frissons me firent trembler, et je sus à la seconde que tout était faux. J’aimais encore Jonah.

 

⁃ Et merde ! M’écriais-je alors, énervé.

 

Brusquement je m’accaparais une nouvelle fois de ses lèvres. L’une de mes mains se posa sur sa nuque entremêlant dans mes doigts ses cheveux noirs de jais. Mon autre main attrapa la sienne et la posa sur ma hanche. J’avais envie de lui, et je savais que l’alcool n’y était pour rien. Son parfum, l’odeur de sa peau, le goût de ses lèvres, sa douceur, nos souvenirs. Tout me rendait fou. Un feu dévorant me consumait et il ne serait éteint que lorsque j’aurais fait l’amour avec Jonah. J’oubliais toute mes contradictions, j’oubliais ma peine, j’oubliais Djéyam. Là, au creux de ses bras, je ne voulais qu’être avec lui… Comme avant.

 

Enivré, ma main glissa entre nous pour caresser son pénis qui ne tarda pas à se dresser. Jonah en avait envie tout autant que moi. Mes lèvres glissèrent dans son cou alors que je lui enlevais sa chemise et l’allongeais sur le canapé. Pourtant même s’il en avait envie, il restait inerte, comme s’il ne réalisait pas ce qu’il se passait. Doucement, je me relevais le détaillant sans gêne. Jonah était un homme magnifique et il n’en avait pas conscience. Djéyam n’avait pas un corps pareil, loin de là. Djéyam n’était pas aussi timide que Jonah. Non… Lui seul arrivait à me faire ressentir ça. Un sourire étira mes lèvres et Jonah sortit enfin de sa léthargie. Sa main se posa sur mon épaule et il m’approcha vivement de lui mêlant directement sa langue à la mienne.

 

Mes mains passaient et repassaient sur ce corps si tentateur et Jonah glissa les siennes sous mon tee-shirt. Un violent frisson me parcouru au contact de sa peau sur la mienne. Oh oui, il fallait qu’on couche ensemble. Me relevant, je retirais mon tee-shirt dans un sourire, voulant jouer avec lui. Mais il ne résista pas bien longtemps et commença à me caresser, une lueur de désir dans les yeux. Rapidement, je donnais un baiser à Jonah et descendais, voulant nous satisfaire tout les deux. Ma main se posa sur sa braguette. Pourtant, je voulais jouer. Je voulais le voir me supplier. Plantant mon regard dans le sien, je déboutonnais un à un les boutons de son jean et un sourire étira mes lèvres alors que je l’entendis gémir mon nom, apparemment à bout. Sans plus attendre, essayant d’être tout de même attentif au vu de ce qu’il avait subi par le passé, j’enlevais ses dernières affaires. Je déglutis péniblement en le voyant nu et une vague de désir me submergea. Mes lèvres se posèrent immédiatement sur son sexe et tout aussi vite, je le pris en bouche. Mes vas-et-viens étaient rapides alors que je continuais mes caresses sur son corps. Refaire l’amour avec lui, c’était magique. C’était différent. Il y avait une alchimie entre nous, je ne pouvais le nier. Mon regard se posa sur son visage et j’accélérais la cadence alors qu’il se mordait la lèvre et fermait les yeux. Il était à bout. Il ne lui fallut que peu de temps avant d’éjaculer dans ma bouche dans un gémissement des plus rauques et des plus sensuels.

 

Loin d’être assouvi, je me relevais et embrassais Jonah. Mais brusquement, il inversa nos positions. Un sourire ne quittait plus mes lèvres, c’était à lui de mener la danse. Mon cœur cognait dans ma poitrine tel un forcené alors que je mourrais d’envie de l’homme au dessus de moi. Voulant jouer à son tour, Jonah bougea le bassin et un gémissement de plaisir s’échappa de mes lèvres. Et il recommença voulant me faire perdre la raison. J’avais chaud, terriblement chaud. Après un moment, il comprit et se releva. De la même façon, il me détailla avant de descendre plus bas. En sentant sa bouche prendre mon pénis, je me cambrais, fou de désir. Rares avaient été les fois où ils m’avait prodigué ce plaisir et à chaque fois mon corps entier se mettait à trembler tellement il savait donner de sa personne. Je n’en pouvais plus et Jonah sembla le comprendre car il s’arrêta et humidifia ses doigts dans un regard des plus sensuels. Il me surprenait, d’où lui venait cette soudaine audace ? J’étais impatient. Sa main prit la place de sa bouche et mes gémissements emplirent la pièce. Vivement, Jonah revint me voler un baiser, avant de redescendre. Il enfonça un doigt en moi et commença ma préparation. Si j’eus mal au début, la douleur s’estompa bien vite, remplacée par un désir dévorant. D’une pression sur son épaule, je lui intimais de continuer, ce qu’il fit rapidement. Sa bouche sur mon sexe avait remplacé sa main et je me sentais fou de désir. Il fallait qu’il se dépêche…

 

⁃ Jonah… Le supplias-je, de plus en plus enivré

 

Brusquement, il me releva et inversa une nouvelle fois nos positions. Je me retrouvais alors au dessus de lui. Rapidement j’attrapais son pénis et l’introduisit en moi. La douleur se fit fulgurante, me transperçant de toute part. Mais je savais qu’elle n’allait pas durer. Luttant avec moi même, je stoppais tout geste une fois qu’il était complètement en moi. Un soupire de bonheur passa entre les lèvres de Jonah alors que je tentais d’oublier tout ce mal.

 

⁃ Nath… Souffla Jonah, inquiet, Est-ce que ça va ?

 

Un sourire étira mes lèvres. Oui, j’avais ce que je voulais. Mes doigts vinrent effleurer ses lèvres et bientôt je l’embrassais à nouveau, ivre du goût qu’elles avaient. Jonah avait besoin d’être rassuré et je le faisais par ce moyen. Doucement, je commençais à me mouvoir sur lui. Ses yeux se fermèrent alors que les premières vagues de plaisir arrivaient. Mes mains posées contre son torse, je sentais son cœur battre aussi vite que le mien. Mais il ne me laissa pas le temps de réaliser, il inversa une nouvelle fois nos positions. Ses coups de reins étaient doux et sensuels. Je ne pouvais retenir mes gémissements, libérant mon plaisir par tous les moyens. Cependant, alors que mon regard se posait sur Jonah, je fus surpris de le voir aussi triste.

 

⁃ Jonah ? L’appelais-je, voulant le faire réagir et ne comprenant pas ce qui se passait.

 

Mais il ne répondit pas et vivement me donna un coup de bassin plus fort que les autres qui me fit crier tellement le plaisir décroché était intense. Je me perdis alors complètement, savourant l’orgasme fulgurant qu’il était en train de me donner.

 

Et bien d’autre suivirent cette nuit là. Nous étions comme possédés, ayant un besoin de l’autre inépuisable. Et cette nuit là, alors que l’alcool commençait à se dissiper, alors qu’il dormait près de moi, les premiers rayons du soleil éclairant son visage, je me rendis compte qu’il m’avait manqué…

 

**

 

Je fus réveillé quelques heures plus tard par un mal de tête lancinant. Ne pouvais retenir une grimace, j’ouvris les yeux pour remarquer avec surprise que je n’étais pas chez moi. Il me fallu quelques secondes de plus pour me rappeler les événements de la veille.

 

Sentant tout mon corps se criser, je tournais la tête et trouvais Jonah, allongé près de moi, entièrement nu.

 

Vivement je me relevais, me rendant compte de la bêtise que je venais de commettre.

 

⁃ Oh non ! Mon dieu ! Comment… Comment j’ai pu faire ça ? M’écriais-je prenant ma tête entre mes mains.

 

Je ne vis même pas que Jonah s’était réveillé. Comment avais-je pu tomber une nouvelle fois dans ses bras ? Comment avais-je pu faire ça à peine quelques heures après ma rupture avec Djéyam ? Une petite voix dans ma tête voulait répondre à cette question, mais je n’étais pas encore prêt à l’écouter. Comme je n’étais pas prêt à écouter Jonah.

 

⁃ C’était le destin !

 

Jonah posa sa main sur mon épaule. Ce simple contact me donna des frissons et je m’en voulu encore plus.

 

⁃ J’étais beaucoup trop saoul la nuit dernière, répliquais-je ne me rendant pas compte du mal que lui causaient mes paroles. Pourquoi tu ne m’as pas arrêté ?

⁃ C’était inévitable ! Cette nuit.. C’était merveilleux ! Me lança-t-il comme désespéré. Nath, on est fait l’un pour l’autre…

 

Ses prunelles étaient teintées de larmes. Il croyait vraiment à ce qu’il disait. Il m’aimait, je le savais, mais je ne pouvais pas le supporter. Je ne voulais pas le supporter. Il m’avait fallu de nombreux mois pour l’oublier et en une nuit j’avais tout gâché.

 

⁃ On souffre beaucoup trop ensemble ! Quand on est ensemble, on fait n’importe quoi !

⁃ Cette nuit n’était pas n’importe quoi ! Répliqua-t-il, la gorge serrée. Nath, je t’aime encore.

 

Il avait lâché cette dernière phrase comme une confession et cela me serra le cœur. Je me doutais qu’il m’aimait mais l’entendre le dire à haute voix était autre chose. Je ne voulais pas qu’il m’aime. C’était trop tard.

 

⁃ Non, je ne peux pas faire ça. Répondis-je en lui tournant le dos et en récupérant mes affaires.

⁃ Non ! S’écria-t-il, Je… Je t’aime et tu m’aimes aussi Nath.

 

Je ne voulais plus l’entendre. Il fallait que je parte, que je m’éloigne de lui. Mon cœur battait furieusement dans ma poitrine comme s’il essayait lui aussi de m’arrêter. Mais je ne voulais pas. L’année dernière, notre relation nous avait détruit. J’avais vécu la plus intense mais aussi la plus cruelle histoire d’amour et je n’étais pas prêt à m’y replonger.

 

En plus de tout ça, nous étions tous les deux en couple. Mon estomac fit un bond lorsque je pensais à ça. Non. Jonah était en couple.

 

⁃ Jonah ! Comment as-tu pu me laisser faire ça ! Lançais-je alors que je me rhabillais dans le salon. Tu es avec Chris, tu aurais pu me repousser…

⁃ Toi et moi, ce n’est pas la même chose, répondit-il vivement.

 

Et c’était vrai. Nous deux, nous étions attirés l’un vers l’autre comme des aimants. Et c’est bien ça qui me faisait peur.

J’attrapais ma veste et pris la direction de la sortie. J’étouffais, il fallait que je parte, que je m’éloigne de lui. Mais Jonah n’était pas décidé à me laisser partir.

 

⁃ Tu regrettes donc ce qui s’est passé à ce point… Souffla-t-il blessé.

 

Je me tournais alors vers lui, croisant mon regard dans le sien une dernière fois.

 

⁃ On a essayé un bon nombre de fois et à chaque fois, ça n’a pas marché Jonah. Pourquoi cette fois ça marcherait ? Demandais-je tentant de lui faire comprendre ce que je ressentais.

⁃ Je n’ai plus peur de Tim, il saura pour nous, et tant pis s’il est en colère.

 

Il se rapprocha de moi et continua la voix adoucie

 

⁃ Ne pars pas Nath… Laisse nous une chance, cette fois-ci, c’est la bonne !

 

Au fond de moi, j’avais envie d’y croire. Mon cœur me criait de nous laisser une autre chance, de croire en cette histoire. Mais lorsque je repensais à notre histoire passée, je voyais nos énièmes disputes. Je voyais ses mensonges. Je voyais mes larmes. Je me mis aussi à repenser à l’altercation que j’avais eu avec son frère. Tim n’était pas prêt à m’accueillir. Est-ce que Jonah pourrait réellement vivre sans son frère ? J’étais sur que non.

 

⁃ Je ne peux pas Jonah… Je suis désolé…

Je lui tournais le dos et partis. Mais alors que je m’éloignais de lui, alors que je mettais un point final à notre histoire, alors que mon cœur saignait abondamment dans ma poitrine, je compris.

 

Je n’étais pas revenu vers lui par hasard, non. Je l’aimais encore. Malgré toutes nos blessures, toutes nos disputes, tous nos mensonges, je l’aimais encore.

 

Au fur et à mesure, je me mis à courir, sentant mes larmes ruisseler sur mes joues. Je pleurais une nouvelle fois pour lui. Parce que je l’aimais. Mais surtout parce que je ne voulais plus l’aimer.

 

**

 

Plusieurs jours passèrent sans que je n’ai des nouvelles de Jonah. Apparemment il avait comprit le message et avait décidé de me laisser tranquille. Mon cœur se comprima à cet idée mais ma raison reprenait bien vite le dessus. J’avais eu raison de m’éloigner de lui, pour moi et pour lui.

 

Pour ne plus y penser je m’étais lancé corps et âme dans le restaurant et j’étais plutôt fier. Les travaux étaient globalement fini et j’avais fixé la date d’inauguration au samedi suivant.

 

La maison avait été entièrement reconstruite. Donnant sur la rue, j’avais aménagé une terrasse en disposant quelques tables noires sur le trottoir. Sur la vitrine, on pouvait lire le nom du restaurant « Chez Nath » en lettres blanches, ainsi que le menu. A l’intérieur, j’avais peint les murs en orange. Cette couleur, le mobilier en pin couleur miel et le plancher donnait une ambiance très chaude au restaurant. De part et d’autre, on pouvait voir des souvenirs que j’avais rapporté d’Inde et que j’avais accroché. Au fond de la pièce, un bar assez grand me permettrait d’offrir aux clients quelques boissons. Juste à côté se trouvait un escalier en colimaçon qui menait au premier étage. De nouvelles tables y étaient disposées. Entre l’escalier et le bar se trouvait deux portes. La première donnait sur les toilettes et la deuxième donnait sur la cuisine aménagée.

 

Pour m’aider, j’avais engagé Andy à la cuisine et à la plonge, et deux serveurs, Mélanie et Ryan, deux étudiants. J’avais décidé d’être le cuisinier principal en plus de m’occuper de la gestion du restaurant.

 

L’avenir professionnel me semblait des plus gratifiants et pour la première fois de ma vie je me sentais bien. C’est ce que je fêtais avec Andy, accoudé au bar.

 

⁃ A ton restaurant Nath !

 

Je trinquais avec lui, un grand sourire aux lèvres.

 

⁃ ça fait du bien d’avoir quelque chose de vraiment à soi. Répliquais-je dans un sourire.

⁃ Et ça va marcher, crois-moi, j’entends déjà des rumeurs en ville !

 

Je rigolais légèrement avant de reprendre ma bière.

 

⁃ Emma vient te rejoindre ici ? Demandais-je en le voyant consulter son portable.

⁃ Non non, elle devait passer la soirée avec Jonah, elle le trouve distant depuis deux semaines.

 

En entendant son nom je me raidis et tournais le dos à Andy, faisant mine de chercher quelque chose.

Ce qu’il remarqua, bien évidemment.

 

⁃ Il s’est passé quelque chose entre vous ? Me demanda-t-il

⁃ Non, rien pourquoi ? Mentis-je, tentant de cacher mon malaise.

⁃ Je ne sais pas, peut-être parce que depuis deux semaines tu passes tout ton temps ici, et que au départ je pensais que tu digérais ta rupture avec Djéyam mais qu’en voyant la manière dont tu es perturbé par le simple fait de m’entendre parler de Jonah, je me dis qu’au final c’est peut-être quelque chose avec lui que tu veux digérer.

 

Il avait lâché ça d’une traite, dans un petit sourire, savourant le fait qu’à chacune de ses paroles je me raidissait un peu plus. Que pouvais-je lui dire ? Qu’alors que je me pensais incroyablement amoureux de Djéyam, j’avais foncé tête la première dans les bras de Jonah ? J’étais vraiment pitoyable.

 

⁃ Tu ne veux pas m’en parler ? Me demanda-t-il après un temps

⁃ Non. Tranchais-je en lui faisant face et en prenant une nouvelle gorgée de ma boisson.

⁃ Comme tu veux, de toute façon Emma me racontera tout quand elle rentrera.

 

Je lâchais un soupire, mi agacé, mi amusé. Il n’était pas prêt à me laisser tranquille.

 

⁃ Ok, c’est bon… Le soir où on est sorti pour me changer les idées… Après ma rupture avec Djé…

⁃ Oui, mais je n’ai plus vraiment de souvenir de ce soir-là à vrai dire… Me coupa-t-il en acquiesçant.

⁃ Oui…Ce soir là, j’ai beaucoup bu et plus je buvais, plus je pensais à ce qu’il m’avait dis alors…

⁃ Alors ? Lança Andy, de plus en plus animé par la curiosité

⁃ Alors… C’est l’alcool hein ! Mais bon, à force de ruminer, j’ai voulu voir si c’était vrai.

⁃ Et tu es allé voir Jonah.

 

J’acquiesçais et repris une nouvelle gorgée de ma bière.

 

⁃ Vous vous êtes embrassés ? Me demanda-t-il semblant comprendre.

⁃ Non… Enfin si… On a discuté et je l’ai embrassé, il ne m’a pas repoussé et…

 

Je baissais la tête posant ma main sur ma nuque.

 

⁃ On a passé la nuit ensemble.

 

Les yeux d’Andy s’écarquillèrent alors que j’avouais ce qu’il s’était passé.

 

⁃ Et le lendemain, continuais-je, J’ai paniqué. L’alcool n’était plus là et je me suis pris la réalité en pleine face.

⁃ Comment ça ?

⁃ Je sais pas… Je me fais jeté par Djéyam et deux secondes après je couche avec Jonah ! J’ai passé presque un an à tenter de l’oublier et il me suffit d’à peine un mois pour retomber dans ses bras.

 

Accablé, je posais ma tête sur le bar et l’entourais de mes bras. Andy passa sa main dans mes cheveux, se voulant réconfortant.

 

⁃ Nath… Je vais sûrement te blesser en disant ça mais… Si tu as passé la nuit avec Jonah, c’est qu’il y avait bien une raison…

⁃ Je ne veux rien recommencer… Soufflais-je la voix peinée

⁃ Mais tu es encore amoureux de lui.

 

Je ne répondis pas, accusant le coup.

 

⁃ Et comment Jonah a-t-il réagi ? Me demanda-t-il après un moment.

⁃ Il s’est mis à parler du destin, à dire que si j’étais revenu vers lui c’était parce qu’on était des âmes-sœurs… Mais je n’ai pas pu… Alors je suis parti.

 

Ces mots me firent mal pourtant, tout au fond de moi, je savais que j’avais été trop loin.

 

⁃ On se fait du mal ensemble alors à quoi bon ? Répliquais-je perdu

⁃ Je sais que ce que je vais te dire va te paraître mièvre mais c’est ça l’amour….

⁃ Non ce n’est pas ça ! M’écriais-je en relevant la tête, l’amour c’est s’engueuler quelques fois, mais se réconcilier juste après… Nous… Notre relation n’a jamais été celle d’un couple Andy, Jonah n’a fait que cacher notre relation pour Tim, il n’a fait que me mentir… Nous n’étions pas un couple.

 

Des larmes de rage commençaient à couler sur mes joues et je les chassais rageusement.

 

⁃ Jonah a commis beaucoup d’erreurs c’est sûr, mais tu ne crois pas que ces mois loin de toi l’ont changé ? Tu es parti Nath, tu as trouvé quelqu’un, Jonah lui est resté seul…

⁃ Il était avec Chris ! Le coupais-je m’énervant légèrement.

⁃ Ce n’était qu’un substitut Nath, parce qu’il n’arrivait plus à être seul. Jonah a fait beaucoup de conneries mais toi tu en as fait une belle en fuyant comme ça.

 

J’eus l’impression qu’il me plantait un couteau dans le cœur tellement la douleur de ces mort fut vive.

 

⁃ Tout n’est pas fini entre toi et Jonah, et tu le sais très bien. Ce que tu ne sais pas, c’est que pendant que tu étais en Inde, Jonah s’est prit en main. Il a tout avoué à son frère et a appris à vivre sans lui, sans son accord. Il est prêt à t’avoir dans sa vie.

 

Je baissais une nouvelle fois la tête, touché par ses paroles.

 

⁃ Il a changé, mais tu ne peux pas jouer avec lui de cette manière.

⁃ Je n’ai pas voulu… Ripostais-je d’une petite voix.

⁃ Mais c’est ce qui s’est passé… Tu dois prendre une décision Nath, soit tu lui redonnes une chance, soit tu mets un terme définitif à votre relation.

 

**

 

Le soir de l’inauguration du restaurant arriva bien vite. Emma avait joué son rôle à la perfection et avait ramené beaucoup de ses amis et clients. Mais elle n’était toujours pas là, ce qui m’étonnait. Les serveurs que j’avais embauché s’en sortait plutôt bien. Les commandes affluaient de plus en plus, Mais Andy et moi tenions le rythme, travaillant dans la bonne humeur. Lorsque j’avais quelques minutes, je m’accordais un tour en salle pour voir les réactions des clients et leur poser quelques questions. Et c’est toujours avec un sourire aux lèvres que je retournais en salle.

 

Quelques heures passèrent et la plupart des personnes partirent, laissant place au deuxième service qui accueillait cette fois des amis et connaissances. J’avais prévu d’offrir un verre à ces derniers à la fin du service, une certaine façon d’inaugurer comme il se doit mon restaurant.

 

⁃ Alors il y a Édouard et quelques jeunes de l’établissement, une ancienne collègue à toi, quelques amis et deux femmes qui disent être tes sœurs.

 

Je me figeais à la seconde, regardant Andy, incrédule. Que faisaient-elles là ?

 

⁃ Je ne savais pas que tu avais des sœurs… Répondit-il, surpris

⁃ C’est une longue histoire… Emma est là ? Demandais-je pour changer de sujet.

⁃ Euh oui… Mais elle n’est pas seule… Jonah est là aussi.

 

Une deuxième vague de stress me submergea. Pourquoi était-il venu ? Après ce que je lui avais fait, il aurait dû ne plus jamais vouloir me revoir…

 

⁃ J’imagine qu’Emma ne lui a pas vraiment laissé le choix… Soufflais-je en reprenant ma préparation.

⁃ Tu sais comment elle est quand elle a une idée dans la tête… Mais je crois qu’elle n’a pas eu tort de le ramener Nath… Répondit Andy, retournant à son poste lui aussi.

 

**

 

Le dernier service se termina, mais je n’avais plus vraiment la tête à ça. Dans mon esprit, plusieurs questions me torturaient : Que recherchaient mes sœurs ? Pourquoi étaient-elles venues aujourd’hui ? Qu’allais-je bien dire à Jonah ?

 

C’est cette dernière question qui me faisait le plus peur. Ces quelques jours ne m’avait pas permis de trouver une réponse à mes sentiments. Il était vrai que j’éprouvais encore beaucoup de chose envers lui mais je ne me sentais pas capable de me lancer dans une énième réconciliation. En y repensant, j’avais l’impression que notre relation n’était composée que de ça : des disputes et des réconciliations. Est-ce que ça en valait vraiment la peine ?

 

Lorsque tous les desserts furent confectionnés, je laissais les rennes à Andy et partis retrouver mes sœurs. Elles se trouvaient à l’étage, toutes les deux discutant vivement autour d’un café. Katrina, l’aînée avait une allure sophistiquée et un air méprisant. Elle roulait sur l’or grâce à ses mariages et ses divorces, ce qui avait fait d’elle une femme hautaine. Emily avait trois ans de plus que moi. Elle était mariée et avait des enfants. Elle était femme au foyer, avec un caractère simple. On aurait pu croire que je serais plus proche d’elle mais au contraire, elle m’évitait et ne voulait pas de moi dans sa vie. J’avais appris à faire avec et à vivre sans famille. Elles m’avaient délaissé. J’avais pris leur défense, j’avais accusé les coups de mon père pour les épargner, et comme remerciement, elles m’avaient éloigné, oublié.

 

Et les voilà qui se ramenaient le jour de l’inauguration de mon restaurant.

 

⁃ Quelle bonne surprise ! Lançais-je dans une grimace, en m’asseyant près d’elle.

⁃ Bonjour Nathaniel, répondit Katrina en hochant la tête.

 

Emily me fit un sourire gêné et essuya sa bouche. Elle voulu me parler mais je ne lui en laissa pas le temps.

 

⁃ Non, je ne veux pas parler avec vous. Vous n’avez pas le droit d’être là. J’ai enfin quelque chose à moi, quelque chose dont je suis fier et je veux fêter ça avec ma famille, et vous n’en faites plus partie.

⁃ Nous sommes du même sang. Répondit Katrina en levant les yeux au ciel.

⁃ Et bien moi j’en ai une définition plus large. Pourquoi êtes-vous là ?

⁃ Tu n’as pas… Commença Katrina.

⁃ Arrête Katrina… Il a raison.

 

Katrina et moi nous retournâmes vers Emily qui venait de hausser le ton. C’est bien la première fois que je l’entendais parler de cette manière. Non loin d’en rester là, elle se baissa et attrapa un dossier dans son sac.

 

⁃ Ce sont les papiers pour la prise en charge de papa dans une maison de retraite… Il va mal Nath…Souffla-t-elle en me les tendant.

⁃ Pourquoi est-ce que vous venez m’emmerder avec ça ? Ce n’est plus mon affaire.

⁃ Il nous faut ta signature. Fit Katrina en regardant ailleurs.

⁃ Nous avons essayé de te contacter, mais tu as changé d’adresse… En regardant sur internet nous avons eu l’adresse de ton restaurant… C’est vraiment très joli et la nourriture…

⁃ Où est-ce que je dois signer ? La coupais-je ne voulant pas discuter.

⁃ Ici, répliqua Katrina, en me montrant.

 

Mais Emily posa sa main sur mon bras et me força à croiser son regard.

 

⁃ ça n’a pas à se passer comme ça Nath… Lança-t-elle les larmes aux yeux.

⁃ C’est vous deux qui avez fait en sorte que ça se passe comme ça, pas moi.

⁃ Tu sais… Il a changé…

⁃ Tu sais quoi j’en ai marre.

 

Vivement je signais les papiers et me levais.

 

⁃ Tous les jours alors qu’il me frappait j’espérais qu’il change, tu m’entends ? Tous les jours, m’écriais-je le regard noir. Et tous les jours je rentrais de l’école en espérant arriver avant vous pour que vous n’ayez rien. Mais ça n’est jamais arrivé. Les personnes aussi mauvaises ne changent jamais. Comment pouvez vous lui pardonner ? Comment pouvez-vous vouloir que je lui pardonne ?

⁃ On ne t’a rien demandé ! Répliqua Katrina sur le qui-vive

⁃ Non c’est vrai, j’ai été idiot, j’aurais dû le laisser vous cogner dessus !

⁃ Nath… Murmura Emily, les larmes aux yeux.

⁃ Vous avez décidé de le reprendre dans votre vie, très bien, mais ce sera sans moi. Rentrez chez vous maintenant, ce moment n’est qu’entre moi et ma vraie famille.

 

Et sans un regard, je partis. Je retournais dans la cuisine, sans un regard pour mes sœurs et sans un regard pour mes amis qui se trouvaient dans la salle. J’avais besoin de prendre l’air, immédiatement. Andy sembla le comprendre car il ne me posa aucune question lorsqu’il me vit passer la porte qui donnait sur la cour arrière.

 

Le vent frais me fit l’effet d’une douche froide et me calma aussitôt. Le ciel était dégagé et les étoiles scintillaient loin dans le ciel. En fond sonore, on pouvait entendre la musique et le bruit des discussions.

 

Je fis un tour d’horizon lorsque mon regard se posa sur une silhouette au fond de la cour. Immédiatement je m’en approchais, ne la reconnaissant pas.

 

⁃ Excusez-moi, cette partie de la cour est réservée aux employés… Lançais-je en posant ma main sur son épaule.

 

La silhouette se retourna et je croisais le regard bleu-gris que je connaissais bien.

 

⁃ Oh c’est toi… Soufflais-je étonné.

⁃ Désolé, je vais aller devant, me répondit Jonah tournant vivement la tête et voulant retourner dans le restaurant.

⁃ Non… Non c’est bon, tu peux rester Jonah.

 

J’avais posé ma main sur son bras pour l’arrêter. Son regard se posa sur ma main. Un millier de question semblaient perturber son esprit. Il m’en voulait. Et c’était tout à fait normal.

 

Bizarrement la colère qui m’habitait il y a peu avait disparue au moment même où nos regards s’étaient croisés.

 

⁃ J’ai besoin de te parler… Soufflais-je doucement.

⁃ Je dois retrouver Emma. S’exclama-t-il la voix froide.

 

Il enleva ma main de son bras et prit la direction du restaurant. Je l’avais vraiment blessé.

 

⁃ Je suis désolé Jonah, m’écriais-je, Je suis désolé, s’il te plaît, reste pour que je puisse m’expliquer.

⁃ Tu as été parfaitement clair il y a deux semaines. Répondit-il en rentrant dans le restaurant.

 

Sa voix dure fut comme l’effet d’un poignard planté en plein cœur. Qu’est-ce que je croyais ? J’aurais sûrement réagi de la même façon si l’homme avec qui j’avais passé la nuit s’était enfui de la même manière.

Dans un soupire je m’assis sur les marches en pierre du restaurant. Quoi que je fasse je gâchais tout. Il ne voulait pas m’écouter mais de toute façon qu’est-ce que je voulais lui dire ? Je n’en avais aucune idée.

 

⁃ Nath ? Appela Andy, tout est prêt pour que tu fasses ton discours… Tout va bien ?

⁃ Oui oui, dis-je en me levant, un faux sourire sur mes lèvres.

 

Je rentrais dans le restaurant, mais à l’instant même où je frappais mon verre avec une cuillère pour faire signe à tout le monde que j’avais besoin de leur attention, je vis Jonah attraper sa veste et partir, sans un regard vers moi. Mon cœur me fit mal et le regard désolé d’Emma n’arrangea pas les choses.

 

Mais dans un ultime effort et pour quelques minutes, je chassais la culpabilité qui me rongeait et commençais un discours émouvant afin de remercier mes amis… Ma famille.

 

**

 

Il devait être vers les 2 heures du matin alors que je marchais dans la rue. J’étais resté ranger le restaurant pour sa réouverture le midi. Nous avions déjà des réservations et j’avais pris comme bonne résolution de ne jamais remettre au lendemain ce que je pouvais faire maintenant. C’est pour ça que je marchais dans cette rue, en direction de la maison de Jonah. Il y avait des non-dits entre nous et je lui devais une explication. J’étais encore incapable de savoir ce que j’allais lui dire mais j’étais certain qu’il fallait qu’on ait un face à face, même si c’était le dernier.

 

Malgré l’heure, les lumières étaient allumées et mon courage s’envola à la seconde. Et s’il était avec Chris ?

Mais je devais y aller. J’allais juste frapper à la porte et s’il était accompagné, je partirais.

Soufflant un bon coup pour me donner du courage, je montais les marches du perron et tapais trois fois sur la porte.

 

Jonah mit quelques minutes à venir ouvrir. Son regard d’abord surpris en me voyant changea en quelques secondes pour un visage froid, inexpressif, comme il savait très bien le faire lorsqu’il voulait faire du mal à quelqu’un.

 

⁃ Qu’est-ce que tu fais là ? Lâcha-t-il froid.

⁃ Il faut qu’on parle.

⁃ Je n’en ai pas envie.

 

Et sans me laisser le temps de répondre, il referma la porte et éteignit les lumières, voulant me faire croire qu’il allait se coucher.

 

⁃ Jonah ! M’écriais-je énervé et en donnant un coup de poing sur la porte, c’est pas possible d’être aussi gamin !

 

Sa façon de m’accueillir m’avait énervé. J’avais compris qu’il m’en voulait, il n’avait pas à être comme ça. Mais la porte resta fermée. Était-il monté ?

 

⁃ Très bien ! Tu ne veux pas me parler ! Alors pourquoi tu es venu dans mon restaurant ce soir ? Pour quelqu’un qui ne veut plus rien avoir à faire avec moi tu envoies les mauvais signaux !

 

Pas de réponse. Dans un soupire, je collais ma tête contre le vitrail de sa porte.

 

⁃ Écoute… Je sais que je t’ai blessé et j’en suis désolé… Je ne le voulais vraiment pas… J’ai juste paniqué.

 

Brusquement la porte s’ouvrit, me laissant découvrir Jonah les yeux brillants.

 

⁃ Oh Jonah… Soufflais-je retourné.

⁃ Pourquoi est-ce que tu es venu la nuit dernière ? Qu’est ce que tu cherchais ? Me demanda-t-il, la voix pleine de rancœur.

 

J’allais m’asseoir sur le rebord en pierre de son perron et baissais la tête.

 

⁃ Je ne sais pas Jonah… Djéyam m’a quitté parce qu’il pensait que je t’aimais encore… Je voulais voir si c’était vrai… Répondis-je en haussant les épaules.

⁃ Donc je n’ai été qu’un test ? Répliqua-t-il en colère.

⁃ J’étais saoul Jonah, crois-moi, je n’aurais jamais fais ça si j’avais été sobre.

 

Il me regarda, le regard dur.

 

⁃ Tu m’aimes encore ? Fit-il après quelques minutes

 

L’aimais-je encore ? Il était évident que oui. Mais le fait de lui dire n’allait-il pas lui faire espérer ? Mon regard croisa le sien. Il avait besoin de cette réponse. En venant vers lui ce soir, je m’étais juré de lui dire toute la vérité.

 

⁃ Oui Jonah… Je t’aime encore.

 

Et ce dont j’avais peur se produisit. Le regard de Jonah s’alluma, apparemment ravi par ce que je venais de répondre.

 

⁃ Mais on ne pas se remettre ensemble Jonah ! Soufflais-je en tournant la tête.

⁃ Pourquoi ? Me demanda-t-il en se rapprochant.

⁃ Pour toutes les raisons que je t’ai énuméré la nuit dernière ! On joue sans cesse le même scénario, on s’aime, on se quitte, on s’aime, on se quitte. Apparemment nous ne sommes pas faits pour être ensemble… Et je ne veux plus nous faire souffrir.

⁃ Et pourquoi ce serait à toi de prendre cette décision ?

⁃ Parce qu’il faut bien que quelqu’un la prenne Jonah ! Fis-je, les larmes aux yeux. Là maintenant tu veux qu’on retente quelque chose mais tu ne penses pas à tout ce qu’il y a autour ! Tu as vu la réaction de ton frère la dernière fois ?

⁃ Il n’aura pas son mot à dire…

⁃ Bien sûr que si, parce que c’est ton frère, ta famille et que tu l’aimes plus que tout. Jonah, si tu te remets avec moi, tu le perdras.

⁃ Alors tant pis.

⁃ Ne sois pas idiot, m’écriais-je en m’écartant de lui et en soupirant.

 

Je me retrouvais dos à lui, déstabilisé.

 

⁃ Je t’aime Jonah, mais j’en ai marre d’avoir mal. Entre nous tout va à chaque fois trop vite… Beaucoup trop vite. Regarde Andy et Emma, nous, nous ne sommes pas capables d’être comme eux.

⁃ Parce que tu ne nous en laisses pas l’occasion.

 

Vivement je me retournais, étonné.

 

⁃ Quoi ?

⁃ Tu as tellement peur Nath que tu tires un trait sur notre histoire avant même qu’elle ait commencé.

⁃ Parce que je sais comment ça va se finir… Répondis-je, d’une petite voix.

⁃ Et si cette fois c’était différent ? J’ai changé Nath, j’ai compris mes erreurs et plus jamais je ne referais la même chose. Je t’aime aussi… Je n’ai jamais aimé quelqu’un de cette manière.

 

Brusquement il se rapprocha de moi, posant ses mains sur mes joues et collant son front au mien.

 

⁃ Je t’aime à en crever Nath, alors c’est vrai peut-être que ça ne marchera pas, peut-être qu’on essuiera une nouvelle déception, mais peut-être aussi qu’on vivra une belle histoire, peut-être même qu’on vieillira ensemble totalement amoureux l’un de l’autre.

 

Mon cœur battait à tout rompre. J’avais envie d’y croire. Pour la première fois depuis que j’étais revenu, j’avais envie de nous donner une deuxième chance. Pourtant, tout au fond de moi le doute était encore présent. Jonah décolla alors son front du mien et ancra son beau regard déterminé dans le mien.

 

⁃ C’est ce que je veux Nath. Je veux vieillir avec toi, je veux t’aimer toute ma vie, laisse-nous essayer encore une fois.

 

Et pour donner plus de force à ses dires, il posa ses lèvres sur les miennes. A ce contact, mon cœur explosa d’amour pour lui. La douceur de ses lèvres, la caresse de ses mains posées sur mes joues, son odeur si particulière… Tout mon être accepta alors cette idée. Et pour la première fois depuis bien longtemps je pris enfin une vraie décision, celle de l’aimer encore une fois…

 

 

 

 

 

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