Ashtray Heart – Chapitre 5

Comme promis, la suite de Ashtray Heart !
Ce n’est pas un très long chapitre, mais vous en apprendrez beaucoup :p.
En espérant qu’il vous plaira !

Je vous souhaite une excellente soirée.

A très vite.

Lybertys

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Je n’étais jamais venu dans cet appartement, il devait être nouveau. La porte s’ouvrit aussi vite qu’elle se referma derrière nous.

Déjà ma veste était tombée sur le sol et il mordillait mon oreille comme il l’avait toujours aimé le faire. Qu’étions-nous en train de faire ? Où était ma peur si oppressante de me faire prendre ? Pourquoi je ne le craignais pas ? Etait-ce parce que je l’avais vu désemparé ? Avais-je quelque part pitié de lui ? Et cette pitié le rendait-il invulnérable à mes yeux ?

A l’instant précis, je m’en moquais ? J’oubliais toutes ces questions. Mes mains caressaient déjà sa peau brûlante recouvrant ses muscles parfaitement travaillés.

Il m’avait manqué, ce corps m’avait cruellement manqué et j’allais le faire mien une fois de plus. Ce désir me fit perdre la tête. J’arrachai presque le haut de ses vêtements lorsqu’il me plaqua contre le mur tout en ayant déjà la main sur ma braguette. Sa langue glissa dans mon cou. Il n’y avait plus que lui, moi et du pur désir bestial.

Un violent frisson me parcourut alors qu’il s’arrêta sur mon torse. Mais nous avions un besoin à assouvir tellement puissant qu’il n’était plus question de faire quelque chose de long et d’interminable, cela serait pour plus tard. Mon pantalon était déjà baissé au niveau de mes genoux lorsque son visage arrivait au niveau de ma virilité fièrement dressée, lui faisant honneur. Un regard fut échangé, et sa langue, provocatrice, passa sur ses lèvres avant de se lancer.

Je fermais les yeux, rejetant ma tête en arrière, m’appuyant le plus confortablement possible contre le mur et me laissais aller.
Depuis combien de temps n’avais-je pas eut pareille fellation… Pas de honte, pas de retenue, pas d’inconnu, il se donnait totalement à moi et savait exactement ce que je voulais et à quel moment.
Il avait le don pour me mener jusqu’au-delà du supportable. Sa langue s’activait déjà avec une agilité sans pareille. Je nous revoyais à nos tous débuts quand nous n’étions même pas capable de nous retenir plus de quelques secondes. Finalement, dans toute cette relation, il n’y avait eu que cela : de la baise. C’était la seule chose que nous avions en commun et il m’avait aujourd’hui privé du reste, privé de la possibilité de faire confiance en l’autre, réduisant mes relations à une prise de pouvoir sur l’autre.

Totalement nu, mon pantalon descendu jusqu’aux chevilles, j’étais comme offert à lui. Mais ce n’était que de l’apparence. Brusquement, je le repoussais. Je le voulais, là, maintenant. Je voulais le posséder, je voulais lui faire mal et je savais que ce n’était rien par rapport à ce qu’il m’avait fait par le passé, mais ce n’était qu’une maigre compensation.

Le traînant presque, ses derniers vêtements tombèrent comme les pétales d’une fleur fanée.

En un rien de temps, nous finîmes sur le canapé et je nous mis en position pour une chose plus sérieuse.

 

-            Attends ! S’écria-t-il lorsqu’il sembla comprendre. Pas comme ça, je vais…

 

Mais je ne lui laissais pas le temps de se dégager et il poussa un cri monstrueux alors que je savourais égoïstement le fait de le posséder une nouvelle fois.

Je me rendais compte que je me vengeais bassement. Je lui apportais autant de considération qu’il avait eu à mon égard auparavant. J’étais devenu plus fort que je ne l’aurais pensé, nourri par la rancœur. L’Elia sensible et fragile du début n’avait plus lieu d’être et c’était Axel qui venait de m’aider à le prouver. J’évacuais en lui toute la tension accumulée de ces derniers temps. Et contrairement à ce que j’aurais pu croire, Axel finit par prendre son pied et poussa des cris plus fort que les miens. Alors que sa tête était enfouie contre mon épaule, ses ongles se plantaient durement sur mes épaules. Je n’étais plus très loin de me libérer lorsqu’il poussa un grognement de bien être et me mordit durement l’épaule, assez durement pour y laisser une trace.

Je ne cherchais pas à me retenir lorsque vint le moment de la jouissance. Je déversais en lui tout ce que j’avais accumulé depuis ces fameuses derrières années et surtout cette dernière semaine. Je ne voulais plus penser à mes parents dans l’unique optique de savoir que je les décevais. Je ne voulais plus passer des nuits à pleurer. Je ne voulais plus de cette vie passée à baiser uniquement avec les gens que je rencontrais. Je ne voulais plus avoir cette peur : peur de me faire prendre, peur de faire confiance, peur de tout simplement vivre. Je voulais avoir de vrais amis, sourire à nouveau, retrouver un travail stable et tout simplement avoir un but. Je voulais vivre et sourire à cette vie, mais je devais d’abord évacuer mes vieux démons et cette soirée n’était que le début.
Poussant un cri de libération, je le regardais avec un sourire malsain, ne me retirant pas de lui.

-      Ne me dis pas que c’est reparti pour un tour, laisse-moi le temps de souf…

 

Mais je ne l’écoutais pas. Déjà je me mouvais de nouveau en lui. J’allais lui faire passer une nuit qu’il ne serait pas prêt d’oublier. Il allait découvrir et faire face au nouveau Elia, au Elia qu’il avait créé…

 

 

Je me réveillais très tôt le lendemain matin, découvrant une image que j’avais pensé à jamais impossible de voir à nouveau. Axel avait sa tête posée sur mon avant-bras et dormait profondément, épuisé par ce que je lui avais fait enduré.
Je me sentais sale, me répugnant de mes propres actions. Il me fut impossible de rester une minute de plus collé contre lui. Axel était maintenant définitivement du passé, il fallait que je tourne la page.
Me dégageant de lui sans le réveiller, je me dirigeais vers la salle de bain après avoir récupéré mes vêtements éparpillés dans le salon. Je pris une douche, nettoyant toute trace d’Axel et de cette nuit. Lorsque je fus prêt, je sortis de la douche. Sursautant, je tombais nez à nez dans le salon avec Axel, assis sur le canapé, les bras croisés.

 

-             Tu comptais juste partir comme cela ?

 

Je ne répondis pas. Je n’avais plus la même assurance que la nuit dernière aidé par l’alcool.

 

-             Tu as changé Elia…

-             C’est moi qui ai changé ou j’ai été forcé de le faire ? Lâchais-je sans me contrôler.

-             Par contre, tu es toujours aussi rancunier.

 

Il se leva avec un petit sourire qui m’écoeura. Il s’approcha de moi, mais je le repoussais sans ménagement lorsqu’il fut trop près et que je compris ses intentions.

 

-             Je rêve où tu t’es juste servi de moi hier soir, déclara-t-il en comprenant réellement ce qui s’était passé depuis la veille.

-             Oui, je voulais te montrer ce que cela faisait d’être traité comme une merde. Je n’ai fait qu’agir à ta façon, profiter de quelqu’un et l’aider à aller encore plus bas qu’il ne l’est.

-             Mais tu éprouves toujours quelque chose pour le salaud que je suis. Sinon tu ne serais pas venu me voir alors que je m’étais fait jeté. Tu avais ce petit regard Elia… Après tout ce temps, tu m’aimes toujours…

-             Non Axel. J’aime quelqu’un qui n’a jamais existé.
Sur ce, je lui tournais le dos et sortis de chez lui, le laissant dans son silence, en claquant la porte.
Un petit sourire se dessina sur mes lèvres lorsque je fus dehors. Il pleuvait, mais je m’en moquais. Pour la première fois depuis quatre ans, je me sentais libre, où du moins, plus que je ne l’avais jamais été. Et je comptais bien changer ma vie. La première idée qui me vint à l’esprit fut d’aller voir Nolan et de prendre de ses nouvelles. Je savais ou du moins pensais qu’il vivait la nuit. J’avais donc toutes mes chances de tomber sur lui, sans le déranger. Je l’espérais…

Il faisait encore nuit lorsque je me retrouvais à sonner à sa porte. Il mit un certain temps à venir ouvrir, si bien que je crus au premier abord qu’il n’était pas chez lui. Et il se retrouva là, en face de moi. Il portait toujours ses fameuses lunettes et son appartement était toujours plongé dans l’obscurité. Il semblait surpris de me voir, mais il s’écarta de la porte et m’invita à entrer. Ce n’était qu’à ce moment que je remarquais qu’il avait une béquille.

 

-            Je venais voir si tu allais mieux. Tu as fini par aller voir le médecin…

-            Tu viens uniquement à l’aube, chez moi, pour savoir comment va mon pied ?
-            Tu m’as dit qu’on pouvait se revoir, mais tu ne m’as pas dit quand, c’est de ta faute, répondis-je sans me laisser démonter avec un petit sourire charmeur. Puis j’ai supposé que tu serais debout à cette heure, car nous ne nous sommes rencontrés que la nuit.

 

Je le suivis jusqu’au salon. Là, il me dit de ne plus bouger. Il disparut avant de revenir avec une serviette. Il était vrai que je dégoulinais avec cette pluie. Me séchant, il attendit que j’eus finis avant de reprendre la serviette et d’aller l’étendre.

Il me fit m’asseoir sur le canapé avant de s’installer en face de moi dans le fauteuil, instaurant une distance qui commença à me mettre mal à l’aise. Je ne savais plus quoi dire et encore moins quoi faire. Il enleva alors ses lunettes. Malgré la faible luminosité, je pouvais quand même les voir. C’était comme s’ils brillaient dans le noir. Nolan était si intriguant. Je déglutis sans pouvoir lâcher son regard. Cet homme était magnifique et sa beauté mystérieuse…

 

-            Élia, il vaudrait mieux que tu m’oublies.

-             Quoi ? M’écriais-je presque.
-              Elia, laisse moi t’expliquer. Je ne suis pas quelqu’un avec qui il faut se lier.

-              Et si tu laissais décider les autres ! Répliquais-je.

-              Élia, je… Continua-t-il mal à l’aise.

-              Quoi ? C’est à cause du baiser ? Tu regrettes ? Dis-je en commençant à m’emporter.

-              Oui. Me répondit-il sans sourciller.

-             J’embrasse si mal que ça ? Dis-je, dépité, prêt à me lever et à partir.

-              Elia, je vais devenir aveugle.

 

Alors que je m’étais presque levé en colère, je me rassis aussitôt. Avais-je bien entendu ?

 

-            Je ne veux pas être un fardeau pour qui que ce soit et je ne veux pas d’une relation.

 

Sans la moindre réflexion, je répondis alors, me surprenant moi-même, comme pour équilibrer l’aveu qu’il venait de me faire.

 

-            J’ai une peur bleue de me faire prendre. J’avais déjà peur, il y a quatre ans, avant que mon ex me force et cela a empiré. Et pourtant, cette nuit, j’ai recouché avec mon ex comme le pire des salauds. J’ai fait pleurer ma mère et j’ai pleuré dans les bras de mon père. Je ne sais même pas prendre soin de moi et pourtant j’ai un chien qui m’attend à la maison depuis hier soir pour sortir et manger. Je suis même un salaud avec mon chien et il me reste fidèle. Je n’ai aucun ami, aucune relation qui va plus loin que de la baise d’une nuit, aucun travail fixe. Je suis pathétique et chaque fois que je vais au bord de la falaise que je t’ai montré, je suis trop lâche pour faire un pas en avant ou en arrière. Ma vie stagne depuis tout ce temps.

 

Un silence très désagréable s’installa après mon monologue. Qu’est ce qui m’avait pris de dire tout cela ? Qu’est ce que je venais de faire ?

 

-            Ça n’a strictement aucun rapport… Finit-il par dire sans sourciller.

 

Je n’avais pas envie de baisser les bras. Surtout après ce que je venais de faire et d’apprendre.

 

-            Ne peut-on pas faire ne serait-ce qu’une petite soirée ensemble… Demandais-je, sans pour autant le supplier.

-            Non Elia. Je n’en vois pas l’intérêt pour toi.

 

Je ne sus que répondre sur le coup. Son regard avait le don de me déstabiliser. Il était tellement profond. Pour la première fois, je comprenais l’idée que l’on pouvait entrapercevoir l’âme dans le reflet des yeux d’une personne. Ses yeux reflétaient tant de choses. Il semblait si seul, triste et toujours sur ses gardes. Et pourtant, malgré tout cela, une force sans pareille se dégageait de lui. Mais son regard me quitta brusquement et se posa sur la fenêtre dont les volets étaient à peine entrouverts. Le jour commençait enfin à se lever…
Il se leva brusquement, une inquiétude se dégageait de lui et pourtant il exécuta ses mouvements comme par habitude.

Devenir aveugle ? Pourquoi vivait-il comme quelqu’un de traqué ? Devait-il à ce point fuir la lumière ?
Sans vraiment comprendre cette pulsion, peut-être pour ne pas baisser les bras, je me levais alors qu’il baissait ses volets et venais me coller à lui. Je l’enlaçais tendrement alors qu’il me tournait le dos. A la différence d’Axel, Nolan m’inspirait uniquement de la tendresse, comme quelqu’un dont on devait prendre soin. Il ne me rejeta pas, mais arrêta son geste. Sa chaleur m’envahie, autant que la mienne le faisait sur lui. Mais ce simple contact fut bientôt trop peu pour moi ou du moins pas assez. Sans le forcer pour autant, je voulais le tourner face à moi, ayant plus que tout envie de goûter ses lèvres à nouveau. Mais Nolan ne se laissa pas faire. Il me repoussa sans violence en disant :

 

-            Je ne veux pas de genre de relation Elia.

 

Respectant son choix, je m’écartais. Mais un petit quelque chose me fit comprendre qu’il m’était impossible de lui tourner le dos.

 

-            Et que dis-tu de ma simple amitié ?

 

Si Nolan me regarda d’abord surpris, quelque chose passant dans ses yeux et contre toute attente, je vis des larmes commencer à couler. Complètement embêté de ce qui lui arrivait, loin de vouloir déclencher tout cela, je tentais un peu d’humour :

 

-            Eh ! Si j’avais su que l’idée d’être mon ami t’aurais fait pleurer, je ne te l’aurais jamais proposé. Il va sérieusement falloir que je me remette en question.

-            Ce n’est pas ça Elia. Répondit-il avec difficulté.

 

Il tenta d’essuyer ses larmes, comme par honte de me montrer ce genre de faiblesse devant moi. Mais il n’y arrivait pas. Avait-il jamais quelqu’un sur qui se reposer ? Faiblement il semblait aussi seul que moi.

 

-            Si tu acceptes mon amitié, ais-je le droit de te prendre dans mes bras ? Je sais que ça peut sembler louche, venant d’un gars que tu connais à peine et dont tu connaît depuis peu tous les secrets, mais… Je…

 

Je ne savais pas quoi dire, surtout que depuis l’espace d’un quart de seconde, Nolan était dans mes bras, en train de pleurer. Il n’avait pas idée de l’état qu’il provoquait en moi. Mais il fallait que je m’y fasse dès le début. Nous n’étions finalement que des amis. Des amis récents, mais aussi seuls l’un que l’autre. Oui, c’était cela, des amis de solitude…

 

Je ne savais pas quoi lui dire et encore moins quoi faire. J’avais rarement consolé quelqu’un où simplement tenu dans mes bras un homme qui pleurait. De moins cela devait remonter à très longtemps et j’étais incapable de m’en souvenir. Je finis dans un geste très maladroit, par passer ma main sur son dos dans l’idée de le laisser se calmer.
Il était si chaud au creux de mes bras. J’aurais voulu le serrer d’une manière plus intime, mais sans le vouloir, ainsi après ma simple proposition d’être simplement ami me fit céder et respecter cette limite. Je devais simplement être son ami. Ami… Ce mot me donnait un frisson dans le dos. Je ne savais même plus en quoi cela consistait.
Il semblait si frêle dans mes bras, pourtant nous avions à peu près la même carrure. C’était sûrement à cause de son attitude de rejet. Car c’était bien ce qu’il avait voulu faire avec moi. Et étant sûr que son déménagement cachait un bien plus gros secret.
Ma main alla jusqu’à passer dans ses cheveux, m’étonnant de leur douceur pour un homme. Et son odeur…
Comme s’il sentait que j’étais en train de perdre le contrôle, peut être par intuition, il s’écarta de moi. Gêné, il sécha assez rapidement ses larmes restées sur ses jours. Je ne savais pas quoi dire et encore moins comment faire pour qu’il se sente moins mal à l’aise. Mais ce fut lui qui finit par se reprendre avec une étonnante maîtrise de soit. Il remit cette sorte de distance, cette idée d’être de nouveau inaccessible que je n’aurais su décrire précisément. Il attrapa sa béquille sur le sol dont je n’avais pas remarqué la présence et il me dit d’une voix étonnamment calme, bien plus douce que toute les fois précédentes où il s’était adressé à moi :

 

-            Tu veux boire quelque chose ?

-            Heu… Oui, s’il te plait… Dis-je à mon tour embarrassé.

 

Sans me demander ce que je voulais précisément, il me tourna le dos et alla à la cuisine. Supposant que je devais l’attendre, j’allais finalement m’asseoir sur le canapé. Je ne réalisais pas vraiment ce qui venait de se passer ces dernières 48 heures.
Qu’étais-je devenu ? Allais-je vraiment commencer une nouvelle vie ? Avec Nolan comme ami, que je connaissais à peine, cela me semblait déjà un bon début.
Nolan ne tarda pas à revenir avec deux tasses dont se dégageait une délicieuse odeur de café.

 

- Tu as l’air aussi fatigué que moi, je me suis dit qu’un café ne nous ferait pas de mal.

-             Je ne vais pas m’éterniser, dis-je, soudain gêné d’être là à cette heure.

 

Nolan me tendit ma tasse en disant que c’était ok. Je le remerciais et il s’installa en face de moi après de prendre une grande inspiration et de commencer à parler :

 

-             Puisque tu m’as décris avec tant de détails ta merveilleuse vie, je peux te parler un peu de la mienne, dit-il, un petit sourire affiché sur ses lèvres.

Il ne me laissa pas le temps de répondre et jouant nerveusement avec ses doigts, il poursuivit :

 

-             Je suis atteint d’une maladie orpheline. Pour faire simple, c’est une maladie que peu de médecin arrive à expliquer et n’ont surtout aucun traitement. Il existe trop peu de cas pour avoir les moyens financiers de faire des recherches et de trouver une méthode pour me soigner. Je dois éviter au maximum la lumière du soleil, car sinon je deviendrais aveugle sur le champ. Mais ce n’est quand même qu’une question de temps. Je vais et passe le plus clair de mon temps à l’hôpital et je ne supporte pas d’être assisté et d’être un poids pour mes proches et notamment sa sœur. C’est pour cela que je me suis éloigné, pour leur laisser avoir une vie autre que celle de s’occuper et de s’inquiéter de moi constamment.

 

Prenant une pause, en buvant une gorgée de café, il reprit sa confession :

 

-             Ils ne savent pas où je suis. Je leur envoie des emails régulièrement pour les tenir au courant, mais je sais qu’ils ne veulent pas comprendre mon attitude. Ma sœur refuse de me répondre, mes parents veulent que je rentre. Mais ceci est hors de question. Je ne veux pas d’une relation sérieuse. Je ne veux rien de tout ça. Je ne veux dépendre de personne et je ne peux me permettre que quelqu’un dépende de moi. Mais cette solitude commence à me peser. Et quand tu m’as dit que… Quand tu m’as proposé ton amitié alors que je venais de te rejeter, je…
Je me levais. Je ne pouvais pas le laisser comme cela. M’approchant de lui, je me mis à genoux devant son fauteuil. Là, je posais ma main sur la sienne. J’avais l’air bien ridicule avec mes histoires. J’avais du mal à digérer tout ce que je venais d’apprendre. Tout ce que je savais c’est qu’il m’était maintenant définitivement impossible de le laisser. Nolan me regarda avec un sourire triste.

-             Je veux bien de ton amitié Elia, mais n’attends jamais plus. En fait j’ai une condition. Dit-il déterminé. Ne cherche jamais à m’aider ou à m’assister. Agit comme si je n’avais pas ce handicap. Si je suis parti parce que je ne supportais plus leurs regards emplis de pitié et l’assistance constante de mes proches, alors je ne veux pas le retrouver ici avec quelqu’un d’autre.

 

Avec un sourire confiant je lui tendais la main tout en déclarant :

 

-             C’est promis ! Une nouvelle amitié pour chacun de nous et une nouvelle vie qui s’offre à nous !

 

Surpris par mon comportement, Nolan éclata de rire avant de saisir ma main tendu et de la serrer.

 

-             C’est entendu Elia.

 

Touché plus que je ne l’aurais cru, je sentis quelque chose d’étrange en moi : un sentiment de légèreté comme j’en avais rarement ressentis. Quoi de mieux pour commencer une nouvelle vie ? Axel était définitivement derrière moi après quatre ans.

La seule ombre au tableau était cette attirance qu’exerçait Nolan sur moi. Rien que serrer sa main dans la mienne me donnait un violent frisson. Ce fut les joues légèrement rougissantes face aux pensées qui me saisissaient à l’instant vis-à-vis de Nolan que je lâchais sa main. Nerveusement, cachant tout de même mon embrassement, j’allais retrouver ma place en face de lui. Je pris ma tasse de café pour me donner une certaine consistance. Nous restâmes silencieux, mais ce silence ne me mit pas mal à l’aise. C’était étrange. Pour la première fois je pouvais rester simplement près de quelqu’un sans ressentir le besoin d’entendre quelque chose.
On m’avait toujours dit que si l’on se sentait bien en présence de l’autre sans avoir besoin de combler le silence entre nous, cela était un très bon signe. Je repensais à tout ce que m’avait avoué Nolan sur sa maladie. J’avais du mal à imaginer ce qu’il devait ressentir. Quoi de plus cruel que de savoir que ce qu’il pouvait à peine voir dans l’obscurité lui serait bientôt enlevé. Je comprenais mieux la présence de toutes les photos dans la pièce, prise en plein jour, comme de petites fenêtres qui s’ouvraient sur un monde qui lui serait à jamais interdit d’entrapercevoir.
Alors que je posais ma tasse de café vide sur la table, perdu dans mes pensées, Nolan me dit avec un petit sourire :

 

-            Ce n’est pas que je veux te mettre dehors, mais je crois que quelqu’un t’attends chez toi avec impatience et tu as sûrement un travail.

 

Je me redressais aussitôt en pensant à Shadow. Le pauvre ! Je l’avais complètement oublié. Et au vue de l’heure matinale qui était déjà avancée, je n’aurais pas le temps de lui offrir une longue promenade. J’aurais juste le temps de le sortir et j’arriverais sûrement en retard aux archives de la bibliothèque.

-            Ne panique pas, me dit-il en riant.
Alors que je cherchais ma veste, Nolan l’attrapa et me tendit. Je la pris, et je cherchais quoi lui dire. Quand le reverrais-je ? Qu’étions-nous censés faire en tant qu’ami ? Pouvait-on déjà utiliser ce terme alors qu’on se connaissait à peine ? Quel idiot d’avoir été silencieux ! J’aurais pu m’intéresser à lui, en apprendre davantage.

 

-            Quand est-ce que l’on pourra se revoir ? Demandais-je plein d’espoir.

-             Que fais-tu ce soir ?

-            Ce soir ! M’exclamais-je, trop heureux et surpris qu’il veuille me revoir aussi tôt.

-            Ah moins que tu ne puisses pas, me dit-il soudain, légèrement mal à l’aise.

-            Non ! Avec plaisir, m’empressais-je de répondre. Je te dois toujours un repas ! Dis-je en repensant à la Pizza qu’il m’avait offerte. Retrouve-moi devant le parc à côté d’ici à 20h00. Ça te convient ?

-            C’est entendu. À ce soir.

Alors que j’allais me pencher pour l’embrasser, comme par réflexe, je finis par lui tendre la main, en un geste maladroit. Après cette poignée de main, je lui souhaitais une bonne journée et me dépêchais d’aller rejoindre Shadow. Il fallait que je m’occupe plus sérieusement de lui.
Ce fut fort de cette nouvelle résolution que je me retrouvais dehors, marchant d’un pas pressé dans la ville en éveil.

Demain sera peut-être – Chapitre 25


« La fatigue, la lassitude, le poids de ton passé, l’usure, le remord profond, l’envie d’en finir ne voyant plus le but de cette vie sur terre, c’est ce que tu semblais ressentir. Tu te reposais sur mon épaule. J’étais maintenant le seul sur qui tu comptais et le sentait, le seul être qui te rattachait à la vie, le seul qui te retenait au bord du précipice. Tu errais sur le chemin en te guidant de la seule lueur que je représentais pour toi. Pourquoi t’être accroché à moi, pourquoi avoir chercher à m’aider alors même que tu savais dans quoi tu t’embarquais. Je n’étais pas quelqu’un de fort comme Damien. Comment pouvais-te porter alors même que je ne savais pas le faire pour moi. »

Ce fut l’impression qu’il lui manquait quelque chose qui poussa Yoan à ouvrir les yeux. Très vite, tout lui revint en mémoire, ce qu’il avait fait cette nuit avec Ben, et le fait qu’ils se soient endormis tous les deux l’un contre l’autre, dans ce lit d’hôpital plus qu’étroit pour deux. Lorsque ses yeux furent ouverts et acclimaté à la lumière, il vit que Ben était de nouveau dans son lit, entouré de pleins d’infirmières. Il n’était plus à ses côtés et sa main n’était plus dans la sienne. On changeait avec patience les bandages de Ben et Yoan pu comprendre qu’on lui faisait un sermon pour s’être déplacé dans son lit cette nuit. Il tourna la tête vers le visage de Ben qu’une infirmière de dos  lui avait caché jusqu’à maintenant. Lorsque leur regards se croisèrent Yoan eut l’impression de voir Ben lui sourire un instant. Ce qu’ils avaient vécu cette nuit était loin d’avoir été un rêve. Ben allait mieux, et les infirmières ne savaient expliquer pourquoi. Seuls les deux êtres concernés le savait.
Quelque chose avait changé pour tous les deux. Leur amour avait renforcé quelque chose. Ils s’aimaient sincèrement, et c’est cet amour de deux êtres, de deux corps qui avait su rattraper Ben juste à temps. Certes tout n’était pas gagné, mais Yoan avait le pressentiment que quelque chose était en train de se produire. Il sentait cette force positive qui était en train de tirer Ben vers le haut, bien que pour le moment il se trouvait toujours au fond. Mais Yoan était près à l’aider, il sentait pour la première fois qu’ensemble ils pourraient s’en sortir. Maintenant qu’il savait à quel point Ben allait mal, maintenant qu’il avait conscience de sa douleur et qu’il avait eu un aperçu de sa souffrance exposé à vif sous ses yeux, il se sentait capable d’affronter tout cela. En ayant conscience de ce contre quoi il allait devoir se battre, il pouvait aller plus avant et soutenir son amant. Sa peine semblait maintenant minime par rapport à celle de Ben, et il était bien décider à découvrir avec le temps qu’elle était l’origine de tout cela mal. Il voulait l’aider à accoucher de ses démons, à s’en débarrasser à jamais et à pouvoir sourire de nouveau sans que son regard ne reflète cette peine.
Il fallait absolument que Yoan trouve quelque chose pour les sortir d’ici. L’idée s’imposa alors d’elle même à l’esprit du jeune homme. Il décida d’en parler à Ben dès qu’ils seraient seuls et de mettre leur plan à exécution dès le lendemain. Si Yoan n’avait pas connaissance du mal en question, il en connaissait l’origine : son passé. Il fallait à tout prix l’en écarter, l’éloigner d’ici au plus vite. Changer du tout au tout : de ville, de monde, de personnes. Partir dans un lieu ou personne ne les connaissait et ou ils ne connaissaient personne. Il ne faudrait pas faire tarder cela, il faudrait le faire vite et bien, sans perdre son temps à ce demander si l’idée était bonne.
C’est à ce moment là qu’une infirmière vint voir Yoan, et me dit très clairement :
- Vous sortez cet après-midi.
Son cœur s’emballa, c’était maintenant ou jamais.
S’étant occupé de Ben, et ayant vérifié les soins de Yoan, elles les laissèrent tous les deux. Difficilement Yoan se redressa, même si sa tête lui tournais encore. Il descendit de son lit et marcha jusqu’à celui de Ben. Après un baiser volé dans le but de le réveiller, car il s’était endormis assommé par les cachets, il attendit que celui-ci émerge.
Leur lèvres se quittèrent, leur regard ce croisèrent. Ben vit dans les yeux de son amant une lueur de folie, il comprit avant même que Yoan ne lui souffle :

- Nous partons ?
Yoan s’occupant de leur affaire, Ben tentait tant bien que mal de se redresser et surtout de parvenir à tenir assis sur le bord du lit.  Lorsque Yoan eut tout récupéré, il s’approcha de Ben pour l’aider à enfiler les vêtements de ville que Damien avait du apporter. Yoan se servit lui aussi dans le sac. Une fois prêts, Yoan ouvrit la porte du couloir, et constatant qu’il n’y avait personne en vue, il retourna auprès de Ben pour l’aider à marcher. Une fois sur ces deux jambes, celui-ci se cramponna à Yoan de toute ses forces. C’est en titubant qu’ils marchèrent dans les couloirs, jusqu’à la sortie de l’hôpital. Une fois dehors, n’ayant aucun moyen de locomotion, et uniquement de l’argent dans sa poche, Yoan choisit d’appeler un taxi, Ben étant tout sauf en état de prendre le bus et de marcher jusque chez lui.
Celui-ci vint très rapidement les chercher, Yoan s’était assis avec Ben sur les marches car il ne tenait plus debout. Ils montèrent dans le taxi, et ils prirent tous deux la direction de la maison de Yoan. La tête posée sur mon épaule, je sentais la respiration de Ben se ralentir. Délicatement je déposais un baiser sur sa tempe. Ce soir, avec ses deux chevaux, ils partiraient loin d’ici. Yoan en avait l’intime conviction, demain, Ben se sentirait déjà mieux…

« Voilà maintenant cinq ans jour pour jour que tout cela s’est passé.  Je vis mas vie avec la sienne. Peu à peu, Ben s’est reconstruit. Loin de tout, il recommence à prendre espoir dans cette vie qui l’avait mis à bout. Il ne m’a que très peu parler de son passé, mais il m’a promis que je pourrais lire le livre qu’il a entreprit d’écrire depuis quelque temps. Il y  passe d’ailleurs tout son temps libre ; lorsqu’il n’est pas avec moi ou avec son cheval. Plus aucun lien avec sa famille, avec Damien, plus aucune nouvelle… Ben me dit qu’au fond, c’est mieux comme cela, il se contente largement de moi. Quand à moi, mon frère reste mon seul véritable lien avec le passé. Mes parents ne souhaitent toujours pas me voir. Peut être que cela changera un jours, mais je n’y porte plus grand intérêt. Mon frère me suffit, le seul qui m’ait toujours compris et soutenu. La seule fois ou je retourne dans ma ville natale, c’est pour me rendre sur la tombe de Sébastien, le jour de l’anniversaire de s mot. Ben ne viens pas avec moi, d’ailleurs je reste plutôt seul cette journée là. Mais aujourd’hui, comparé à cinq ans auparavant, j’arrive à surmonter ma tristesse. Il vit toujours dans mon cœur qui s’est agrandit pour laisser une place importante à Ben. Nous nous sentons maintenant capable d’affronter le présent, le futur s’ouvrant peu à peu à nous. L’espoir revient. Chaque jour n’est pas forcément facile et pourtant, je ne regrette rien de cette vie… Elle s’ouvre encore à nous, et j’espère savourer chaque jour, et ne plus jamais souhaiter que ce soit le dernier. »

FIN

 

Demain sera peut-être – Chapitre 23

« Ce qui m’a fait le plus mal, c’est l’absence de vie et d’espoir que reflétait tes yeux. Rien. Tu étais vivant physiquement, ton cœur battait encore, mais tu étais finalement comme mort. J’avais l’impression poignante de t’avoir perdu à jamais. Tu avais finalement réussi d’une certaine manière à mettre fin à ta vie. Quel étrange paradoxe : être mort et vivant à la fois… Cette main que tu as posé sur mon épaule, n’était qu’un appel à l’aide. Pas pour t’aider à survivre, mais pour t’aider à quitter ce monde une bonne fois pour toute. Cette supplication muette qui déchirait mon cœur de l’intérieur… »

-          Monsieur, je ne le répèterais pas deux fois, écartez-vous de là !!!

Les yeux de Yoan étaient toujours plantés dans ceux de Ben maintenant enfin ouvert. Il posa sa main sur celle que Ben crispait sur son épaule. Ben était sauvé, il était de retour parmi les vivants. Mais pourquoi Yoan était-il aussi désespéré en voyant ce regard. C’est justement ce qu’il voyait dans ses yeux qui le détruisait, où ce qu’il n’y voyait pas…Plus de vie, plus d’espoir, seul une âme condamnée à vivre dans ce corps. Il serra la main de Ben posait sur on épaule comme un appel à l’aide, auquel Yoan  ne pouvait répondre. Pourquoi lui demandait-il cela ? Pourquoi maintenant ? La joie de le voir revenir à la vie venait de s’envoler en l’espace qu’un dixième de seconde. Seul Yoan parvenait à le comprendre. Seul lui pouvait lire sans ce regard toute l’étendu de sa tristesse et de sa supplication muette. Mourir, il lui demandait de quitter ce monde. Qu’est ce qui lui avait fait tant de mal pour qu’il n’ait plus la force de vivre et que son envie de mourir annihilait toute autre envie du plus profond du cœur de cet homme ? Cette demander muette était si puissante que Yoan avait l’impression de l’entendre hurler inlassablement la demande de sa mise à mort.
L’infirmière continuait à lui demander en haussant le ton cette fois-ci, de s’en aller et de lui laisser prodiguer les soins nécessaires à Ben. La main de celui-ci se crispa un peu plus sur Yoan, emprisonnant tel un étau son l’épaule du seul homme qui semblait le comprendre. L’infirmière sembla se lasser car celle-ci partit en marmonnant des menaces auxquels les deux hommes ne firent aucunement attention, trop plongés l’un dans l’autre.

Les yeux dans les yeux, perdu dans l’autre, Yoan et Ben étaient comment coupés du monde. C’était effrayant comme ce silence était lourd de sens pour ces deux êtres. Seuls quelques brefs clignements de paupières parvenaient à interrompre un court instant leur échange.
Malgré tout cela, une seule vraie question venait inlassablement brouiller les pensés de Yoan. Pourquoi ? Pour quelle raison Ben ressentait ce besoin oppressant, cette nécessité de mourir et de quitter le monde une fois pour toute ? Sans vraiment s’en rendre compte, dans un souffle, il laissa échapper de ses lèvres un seul mot :

- Pourquoi ?
La réaction de Ben fut quasi-immédiate. Une nouvelle chose, un sentiment inconnu, une émotion nouvelle prit naissance dans ses yeux : une détresse et une tristesse infinie presque palpable. Une larme prit naissance au coin de son œil, et coula le long de sa joue traçant un sillon humide. Une seule larme coula de ses yeux, mais jamais Yoan ne vit une larme qui émanait autant de ressentis. Il n’osa même pas tendre la main vers sa joue pour l’effacer de ce visage. Il ne s’en sentait ni le droit, ni la force. C’était là seule forme d’expression de sa souffrance, sa seule manière de l’évacuer. Une seule larme dans laquelle toute la peine d’un homme était sublimée. C’est à ce moment-là que l’infirmière revint, accompagnée de deux hommes. Yoan en avait trop vu. Il était trop anéantit pour résister. Il enleva sa main de celle de Ben, sans quitter ses yeux un seul instant. Il fut alors déboussolé lorsqu’il lut dans le regard de Ben, la peur de l’abandon. Non… Non, il ne l’abandonnerait pas, il l’aimait tant, que jamais il ne le laisserait seul. Il serait là, comme Ben l’avait été pour lui. Il ne fuirait pas comme beaucoup l’aurait fait devant cette difficulté.  Il le soutiendrait, quelque soit l’état dans lequel il se trouvait. Même s’il ne l’avait pas montré jusqu’à aujourd’hui, il pouvait lui aussi aider celui qu’il aimait. Au lieu de sans cesse s’appuyer sur l’autre, il possédait au plus profond de lui une force mue par l’amour, une force qui pourrait les soutenir et les aider à avancer. Qui mieux qu’eux même pour se comprendre ?

Sans faire attention aux trois autres personnes présentes dans la pièce, Yoan se jeta sur les lèvres de son amant. Leur goût lui avait tant manquait. Rien que l’idée qu’il avait failli ne plus toucher à ces lèvres, le fit redoubler de passion. Ben le laissa pénétrer et mêla sa langue à la sienne, se laissant guider par l’ardeur et la vie que lui insufflait Yoan. Celui-ci mit toute son âme dans ce baiser. Leurs langues se touchant, se caressant, s’effleurant, se frôlant, se consumant l’une et l’autre, n’était que le pont entre l’échange désespéré de leurs âmes.

Par ce baiser, Yoan voulait lui montrer qu’il était là, présent pour lui. Par celui-ci, il espérait que les yeux de Ben se reteinte de ce que l’on appelait « vie ». Il souhaita que les  cette chaleur qui envahissait son cours à cet instant soit la même dans celui de ben. Ce désir qui l’aiderait à vivre et à se maintenir debout, à poursuivre son chemin. Il voulait raviver la flamme de vie presque éteinte dans les pupilles de Ben.

Si cela s’était passé en d’autres circonstances, s’ils avaient été seuls, Yoan n’aurait  pu s’arrêter là. Au milieu de ce baiser enfiévré, alors qu’un de ses mains passer sous les couvertures, à la recherche du contact de la peur nue de son amant, il sentit deux bras lui enserrer la taille et l’attirer loin de sa moitié.

Alors qu’il s’éloignait, impuissant, il sentit une main lui saisir le poignet, d’un geste à la fois doux et ferme. Ben ne voulait pas qu’il parte et Yoan ne désirait pas s’éloignait. Pour toujours il souhaitait rester contre lui, sans jamais rompre le contact de leur corps. Mais bientôt d’autres mains virent se charger de celles de Ben rompant ainsi leur dernier lien physique. Ils allongèrent Yoan sur son lit, pendant que l’infirmière s’occupait enfin de Ben ?

Une voix n’avait de cesse de lui parlait, mais il n’écoutait pas. Comme coupé du monde car séparé de l’homme dont il était dépendant, il ne savait plus vraiment que penser ni que faire. Etonnamment, il s’endormit. Etait-ce du à la piqûre qu’il avait  ressentie dans le bras lorsqu’on le séparait de Ben, où à l’épuisement de son corps et de son âme ?

Il ne revint à lui que tard dans la nuit. Il ne se réveilla pas de lui-même, mais il sentit une présence chaude se glisser tout contre lui dans son lit d’hôpital. Il tourna la tête vers l’intrus dont il soupçonnait l’identité et ses lèvres furent immédiatement emprisonnaient par celle de son amant. Que faisait-il ? Pourquoi Ben venait-il se glissait dans son lit ? Mais Yoan oublia bien vite toutes ses questions au simple contact de sa langue et celle de son amant. Ce baiser avait tout d’un baiser de désespoir, mais il était enivrant d’une douce chaleur nostalgique. Yoan y répondit d’abord timidement, se laissant guider par les caressent de cette langue habile et brûlante de désir de l’autre. Ce doux contact plus qu’érotique, envahi Yoan d’une nouvelle ardeur, et il laissa alors libre court à sa passion mettant toute sa sensualité à l’exercice dans cet échange, jouant de sa langue et de ses lèvres avec tout le savoir-faire dont il était capable. Ce ne fut qu’après un interminable échange langoureux que Ben s’écarta de quelques centimètres de la bouche de son amant à regret avant de perdre son regard dans le sien.

Ben prit alors une grande inspiration, semblant vouloir prendre la parole, mais Yoan l’arrêta immédiatement. Il ne voulait pas que des mots viennent gâcher cet instant. Délicatement, il posa sa main sur les lèvres de Ben, l’arrêtant dans son élan. Mais il ôta la main de Yoan se s’approcha de lui, laissant son souffle chaut faire frissonner le cou et la nuque de son amant, avant de lui susurrer à l’oreille :

- Fais-moi vivre ! Comme par ce baiser, fait moi me sentir vivre en prenant possession de mon être. Sinon je ne tiendrais pas un instant de plus.
Ces mots résonnaient dans le cœur de Yoan telle une incantation. Jamais il n’aurait crut entendre pareil demande en de telles circonstances. Il ne trouva aucun mot pour répondre à Ben. Mais ce n’était pas des mots qu’il réclamait, et Yoan allait le lui offrir, l’aider à vivre de nouveau. Comme envahi d’une toute nouvelle force, toute faiblesse, toute fatigue, toute douleur s’évapora afin de permettre à Yoan d’accéder à se requête. Il se plaça légèrement au-dessus de lui. Leurs lèvres se rejoignirent instinctivement, leurs mains parcourant déjà le corps à peine couvert par la chemise d’hôpital  de l’un et l’autre.
Tandis que les mains de Yoan parcouraient le torse de Ben, celles de son amant glissaient le long de son dos, le faisant légèrement onduler sous le plaisir. Lorsque les mains de ben passèrent au niveau de ses reins, Yoan se cambra de plaisir, sentant déjà son entre-jambe se durcir sous l’excitation de frôler celle de Ben dans un état semblable au sien. Très vite, leurs chemises d’hôpital tombèrent sur le sol, n’interrompant qu’un court instant l’échange fusionnel de leurs langues. Les mains de Ben passèrent alors sur les fesses de Yoan, le débarrassant de manière subtile de son boxer, prenant soins à se faire quelque peu désirer. Yoan quant à lui, glissa ses mains sur le bas ventre de Ben avant d’effleurer délicatement du bout des doigts son intimité, s’attardant sournoisement à certains endroits précis, avant de lui ôter à son tour son boxer. Seul le drap d’hôpital cachait encore leur nudité au monde extérieur. Tous deux étaient bien trop épuisé pour s’adonner à de long préliminaire, mais ils prirent tout de même leur temps pour redécouvrir leur corps. A aucun moment il ne portèrent attention à leurs bras mutilés, et seul la douleur des plaies ouverte leur rappela leur existence. La langue de Yoan descendit de son coup jusqu’à son torse, s’attardant sur un de ses tétons déjà durcis de plaisir. Ses mains quant à elle, plus aventureuses partirent débuter les caresses intimes sur l’entrejambe gorgée de plaisir de son amant. L’excitation d’être près de ce corps si désirant redonna des forces à Yoan qui maintenant commencer à descendre sa langue dangereusement vers le bas du ventre de son amant. Les mains de celui-ci passèrent plusieurs fois dans ses cheveux, et les gémissements qu’il tentait d’étouffer tant bien que mal, rajoutés à l’ardeur de Yoan. Lorsque Yoan eut presque atteint l’intimité du photographe, il commença par frôler de sa langue son sexe dresser, avant de le lécher de manière habile et subtile. Avant de passer au choses plus sérieuses, il redressa un peu la tête, se perdant dans le regard de son amant. Il porta deux de ses doigts dans sa bouche dans un mouvement plus qu’explicite, avant de reprendre là où il s’était arrêter. En même temps que sa langue s’enrouler avec avidité sur l’entrejambe de son amant, il inséra un doigt en lui, entamant un léger va et vient. Tout le corps de Ben s’arqua sous cette action, donnant de légers mouvements de bassin lui intimement indirectement d’approfondir. Yoan ne tarda pas à y ajouter le deuxième doigt qu’il avait humidifié préalablement. Soudain, il sentit la main de Ben se crisper sur son épaule et une voix pleine d’empressement lui demander :
- Prend-moi !
- Mais tu n’es pas encore…
- Maintenant ! le coupa Ben.
- Tu vas avoir mal… en plus je ne suis pas vraiment habitué à faire ça… je…
Yoan commençait à perdre toute son assurance. Oui, c’était la deuxième fois qu’il allait prendre Ben. Jamais il n’avait était à la place de celui-ci qui était actif, et avait terriblement peur de lui faire mal. De plus s’il demandait de le prendre maintenant, il savait pertinemment qu’il n’était pas suffisamment. Pourtant Ben écarta pour toute réponse ses cuisses de manière plus qu’explicite. Sentant le besoin pressant de son amant, et ne voulant pas le contrarier, puisque c’était ce qu’il voulait vraiment, il remonta prendre possession des lèvres de son amant. D’une main, il continua ses caresses intime et de l’autre, il plaça son sexe en érection devant l’orifice de son amant pour aider à la pénétration. Il sentit les bras de Ben l’entourer comme pour se préparer à la douleur que Yoan allait lui faire subir. Le léger instant d’hésitation et appréhension qu’il traversa, la peur de faire mal et de ne pas être à la hauteur, tout cela s’envola grâce au baiser que lui offrit son amant. Leurs langues se mêlaient avec passion, les transportant tous deux dans un état second. Alors que Yoan commençait à pénétrer Ben le plus délicatement possible, celui-ci s’empala sur son sexe en un mouvement de bassin un peu violent. Il quitta instantanément la bouche de son amant pour porter la main à sa bouche, et se la mordre, tentant de ne pas hurler de douleur. Paniquer Yoan cessa tout mouvement. Alors qu’il allait se retirer, la main libre de Ben le retint par l’épaule et il dit dans un souffle tentant vainement de masquer la souffrance qu’il ressentait :
- Continu, ne t’arrête pas.
Sceptique, Yoan entama des mouvements de bassin ample et délicat, ne voulant surtout pas aggraver la douleur de son amant. En réalité c’était cette douleur qu’avait recherché Ben. Cette forme de douleur avait toujours était pour lui une des manières les plus efficaces pour se sentir réellement vivre ne serait-ce qu’un court instant. Sa douleur se dissipa peu à peu laissant place à un plaisir qui le fit alors vivre d’une autre manière. Il se mordit la lèvre inférieure, ne résistant pas à laisser échapper quelques gémissements. Il attira la bouche de Yoan vers la sienne, voulant doublement lui appartenir. Leur langue entama un ballet tout aussi érotique que le mouvement de leur bassin. Dans un état second, ils ne formaient plus qu’un. Dire que tous deux avaient faillit ne plus jamais revivre cela. Sans le regard de Yoan planté dans le sien à son réveil, sans sa main collée dans la sienne, Ben n’aurait pas tenu. Il aurait trouvé au plus vite une autre manière de mettre fin à ses jours, et ne serait déjà plus de ce monde. Yoan était devenu pour lui, son point d’accroche à la vie. C’était lui qui le retenait de flancher dans le gouffre. Grâce au caresse de Yoan et ses coups de reins experts malgré sa première fois, ils réussirent tous deux à jouir presque simultanément. Yoan se retira après l’avoir embrasser langoureusement et s’allongea à côté de lui. Vu l’étroitesse du lit, ils devaient se coller l’un à l’autre pour ne pas tomber du lit, ce qui n’était pas pour leur déplaire. Mort de fatigue, Yoan eut quand même le courage d’attraper leurs chemises et leurs boxers, qu’ils réussirent tant bien que mal à remettre. Mieux valait qu’on les surprenne habillés que dévêtis. Après quelques dernières caresses, et baisers, ils finirent par s’endormir tous deux, main dans la main. Seule ombre au tableau, le mal être qui constamment continuer à les hanter…

« Est ce que le temps pourra t’aider Ben ? Est-ce qu’un jour tu redresseras la tête et tu me diras : « Le passé est derrière moi, tout est fini »… Ou continueras-tu à m’entraîner dans ta chute. Je t’aime Ben. J’ai l’intime conviction que quelque soit tes actes, quelque soit le chemin que tu choisiras, je te suivrai… Mais je t’en prie, reprends cette envie de vivre qui t’a quitté il n’y a que trop longtemps. Sans elle, nous ne pourrons survivre. »

 

Demain sera peut-être – Chapitre 22

« Attendre, regarder tes paupières clauses et espérer à chaque instant qu’elles s’ouvrent de nouveau. Déposer un baiser furtif sur tes lèvres en espérant que celui-ci te réveille enfin. Ne pas oser faire plus, de peur d’aller contre ta volonté. Voulais-tu de mon contact, de ma présence ? Ou comme le disait Damien, je n’étais que celui qui t’avait fait replonger, et ma présence ne faisait que t’enfoncer un peu plus. Devais-je partir ou rester ? Je sentais pourtant au plus profond de moi, que tu avais besoin que je sois là, besoin de moi, tout comme tu l’avais été pour moi. Je ne sais pourquoi, mais je suis resté. Tu me manques tellement, j’ai besoin de toi, comment pourrais-je continuer à avancer sans toi ? Je ne suis qu’un égoïste. Je le sais. Encore une fois je veux que tu reviennes à la vie pour mon propre plaisir. Tu m’aides à avancer, mais je ne fais que te faire marche arrière. Tu m’aides à remonter à la surface, et je ne fais que t’attirer avec moi dans les abîmes du désespoir et de la mort. »

 

L’infirmière s’approcha du lit et se mit à parler à Yoan, mais il ne faisait plus vraiment attention à ce qu’elle lui disait. La conversation qu’il venait d’entendre l’avait totalement chamboulé. Il ne savait plus vraiment où il en était. Ben n’était pas mort. C’était tout ce qui comptait. Mais rien qu’à l’idée que son suicide soit de sa faute, lui donnait envie de cesser de vivre à l’instant. Quoi de plus horrible que de faire du mal à la personne que l’on aime… Mais n’est-on pas finalement obligé d’en faire ? Est-ce que l’amour va toujours avec la douleur ? N’y a t il donc aucun moyen d’être heureux avec la personne que l’on aime ? Alors qu’il pensait avoir atteint le bonheur avec Sébastien, la mort s’était empresser de lui reprendre. Allait-il devoir revivre la même chose, et perdre l’être qu’il aimait sous ses yeux ?

L’infirmière continuait à lui parlait, et à lui poser des tas de questions, pourtant, les premiers mots que Yoan se décida à prononcer ne furent en aucun cas une réponse à celles-ci :

 

-          Ben… Je… Comment va-t-il ? Est-ce qu’il va s’en sortir ? Il est vivant ? bafouilla-t-il

 

En disant cela, il se redressa subitement, n’ayant plus qu’une idée en tête, aller s’assoire au chevet de Ben et veiller sur lui. Calmement, l’infirmière posa une main ferme sur son épaule l’obligeant à se rallonger. L’état de faiblesse dans lequel il se trouvait ne lui permit pas de résister. Il resta là, allongé attendant qu’on lui laisse enfin la paix.

Lorsque l’infirmière sortit de cette pièce, il se retrouva enfin seul avec Ben. Lentement, il se releva et arracha ses perfusions, refoulant une grimace. Rien que le fait d’avoir fait l’effort de se redresser, lui faisait tourner la tête. Fébrile, il tira le drap qui l’empêcher de poser un pied sur le sol. Lorsqu’un de ses pieds nus toucha enfin le sol glacé, il ne put réprimer un frisson. Lorsqu’il eut enfin les deux pieds sur le sol, il tenta de se tenir sur ceux-ci, mais du se retenir sur le lit. Encore trop faible, il avait du mal à garder son équilibre. Il ferma les yeux, tentant de faire cesser ce malaise.

Toutefois, quelques instants après, comme prit d’un toute nouvelle force, il rouvrit les paupières et parcourut les quelques mètres qui le séparaient du lit de Ben. Il voulait le toucher, sentir sa respiration, entendre son cœur battre, être sur qu’il ne rêvait pas et que ce n’était pas le corps d’un mort qui se tenait à côté de lui.

Lorsqu’il atteint enfin le lit de Ben, il dut s’assoire sur la chaise ou Damien se tenait précédemment afin de ne pas s‘écrouler sur le sol. Une fois assis, il passa sa main sur son visage tentant vainement de mettre fin aux coups qui martelés sa tête.

Il se trouvait enfin au côté de Ben, il ne lui restait plus qu’à tendre la main pour le toucher, pourtant il n’en faisait rien. C’était comme s’il avait subitement peur de ce que cela allait entraîner. Avait-il le droit de toucher Ben ? Avait-il le droit de l’approcher ? Méritait-il encore sa place près de lui ? Ou devait il faire comme Damien venait de le dire : « partir et disparaître de sa vie à jamais ».

Bien que tout le pousse à ne pas faire ce geste, Yoan posa lentement sa main au creux de cette de Ben. Il fut rassuré par la chaleur de celle-ci. Il était en vie, même si seulement son corps en était la preuve. Son esprit reviendrait-il habitait ce corps ? Il n’en avait pas la moindre idée, mais priait pour cela de tout son être.
Alors qu’il prononça à voix haute inconsciemment son nom, il sentit la main de Ben se resserrer sur la sienne. Surpris, il faillit la retirer, ne s’attendant pas à voir Ben bouger, mais il ne put le faire, sa main étant dès lors prisonnière de la sienne. Un sourire se dessina alors sur ses lèvres, sans le vouloir, Ben venait de réchauffer le cœur de Yoan, qui se sentait tout d’un coup moins seul. Une larme perla sur sa joue, mais il l’essuya d’un revers de la manche. Si Ben s’accrochait à lui, alors peut être s’accrochait-il à la vie. Ce simple geste n’était rien de plus qu’une lueur d’espoir aux yeux de Yoan. Par celui-ci, il sentait une douce chaleur lui envahir la poitrine. Mais alors qu’il était perdu dans la contemplation des paupières clause de Ben, il n’entendit pas Damien arriver derrière lui.

 

-          On peut savoir ce que tu es en train de faire ?

 

Mais son agacement fut directement arrêter par ce qu’il était en train de voir : ma main de Yoan dans celle de Ben. Yoan tourna sa tête à ce moment là vers lui, et pu voir son expression changée de haine à répulsion. Une jalousie profonde sembla s’emparer de lui. Après un temps de silence, semblant digérer ce qu’il venait de voir, il déclara sèchement :

 

-          Je peux savoir ce que tu cherches à faire ? Tu… Tu continues, tu t’accroches comme un vulgaire parasite. Tu as vu dans quel état il a été par ta faute.

 

Yoan ne sut pas vraiment quoi répondre, mais au lieu de continuer à soutenir le regard de Damien et de faire face à son agressivité de plein fouet, il retourna la tête et fixa de nouveau les paupières clauses de Ben, attendant infiniment que celles-ci s’ouvrent de nouveau. Fatigué de tout cela, fatigué du monde extérieur, il ne se concentrait que sur son amant. Mais Damien ne semblait pas l’entendre de cette oreille.

 

-          Dégage cette main de là.

 

Il tira sur le bras de Yoan qui encore fébrile, ne put y opposer aucune résistance.

Seulement, contre tout attente, l’étreinte de Ben se resserra encore un peu plus, empêchant la main de Yoan de partir. Damien tira plusieurs fois sur le bras de Yoan, mais rien y faisait. Se sentant soudain presque honteux de la situation et encore plus énervé par ce qui venait de se passer, il jura :

 

-          Putain, mais qu’est que tu lui as fait ? Vous n’êtes que deux pauvres cons. J’en ai mare débrouillez-vous, hurla-t-il. J’en peux plus, c’est au-dessus de mes forces.

 

Damien partit en claquant la porte. Epuisé, Yoan posa sa tête sur le lit. La main de Ben toujours dans la sienne, il ferma les yeux, bercé par la respiration de son amant qu’il parvenait à entendre grâce au calme qui régnait dans la pièce. Il s’endormit.

Lorsqu’il rouvrit les yeux, dans un était second, l’obscurité avait envahi la pièce. Il mit un certain temps avant de réaliser où il se trouvait. Une couverture avait était posée sur lui, et on avait étrangement pas chercher à la changer de place. Sa main était toujours dans celle de Ben. Il n’osait pas vraiment se le dire, mais se retrouver dans une telle situation, être au chevet de celui qu’il aimait dans un hôpital était une chose familière pour lui, et lui rappeler des souvenirs bien trop douloureux. Ne voulant se remémorer cette période sombre de sa vie, il préféra tout simplement faire semblant de la nier, se mentant par  là-même à lui même.

Rassuré de ne pas avoir bougé, il finit par s’assoupir de nouveau, après avoir osé poser délicatement ses lèvres sur la main de Ben, et collé son visage tout contre cette peau si douce et cette petite source de chaleur si réconfortante.

Cependant, cette nuit-là, il fit un rêve étrange…

Il marchait sur un chemin. Le soleil était en train de se coucher derrière les montagnes et il pouvait apercevoir une silhouette marcher devant lui, d’un pas rapide. Dès qu’il tentait de presser le pas pour le rattraper, l’homme marchant devant lui faisait de même. Si bien qu’il eut beau courir, ralentir, accélérer, jamais il ne parvint à l’attendre. Pensant avoir comprit de qui il s’agissait, il cria son nom plusieurs fois : Ben. Mais jamais l’homme ne se retourna. Il continuait de marcher, marcher sans jamais s’arrêter, sans se retourner, sans un seul regard pour Yoan. Il eut beau hurler son nom, le supplier de s’arrêter, de se retrouver, rien n’y faisait et l’homme poursuivait son chemin.

Yoan s’arrêta alors, et s’effondra, tombant sur ses genoux.

 

-          Je t’en supplie Ben, ne m’abandonne pas comme Sébastien.

 

A l’entente de ce mot la silhouette se retourna, et Yoan pu alors, malgré ses yeux embués de larmes voir le vrai visage de cet homme. Ce n’était pas Ben. Ce visage qu’il avait tant voulu revoir, cet homme qu’il aurait tant voulu serrer dans ses bras, ses lèvres qu’il aurait tant voulu embrasser de nouveau, et ses bras dans lesquels il avait espéré chaque jour être serrer de nouveau. Dans un souffle à peine perceptible, il prononça son nom.

 

-          Sébastien.

 

Il sentit une main se poser sur son épaule. Ce ne pouvait être celle de Sébastien qui se tenait devant lui, alors à qui appartenait-il, il se retourna et ne vit personne. Son attention se reporta sur Sébastien, mais il avait disparu. Yoan se retrouvait seul, perdu au milieu de nul par, mais il ressentait toujours cette main posée sur son épaule. Celle-ci ne semblait pas appartenir à ce monde. Il ouvrit subitement les yeux revenant à la réalité, se redressant alors. Il ne réalisait pas vraiment ce qu’il voyait dès lors. Des larmes inondèrent ses yeux, ne parvenant pas vraiment à y croire. Il ne put décrire ce qu’il ressentit exactement à ce moment là, mais il avait l’impression que tout s’écroulait autour de lui. Une voix derrière lui, lui demandait avec empressement

 

-          Monsieur, veuillez vous écarter au plus vite !

 

« Dans le passé, j’ai aimé et j’ai souffert… Pas deux fois je vous en prie… »

 

Demain sera peut-être – Chapitre 21

« Colère, frustration, peine, tristesse, chagrin, manque, douleur, dépossession, culpabilité, honte, mal être, souffrance, abandon, absence, privation, affliction : ce sont toutes les choses que j’ai ressentis lorsque je me suis réveillé et que je t’ai vu inconscient à côté de moi. »

 

Yoan ouvrit péniblement les yeux. Eblouis par la forte intensité de lumière que ses yeux non-habitués venaient de recevoir, il les referma à plusieurs reprise, clignant des paupières.

Où il se trouvait ? Il n’en avait pas la moindre idée. Etait-il mort ? Est-ce que c’était cela mourir ? Non, il ne pouvait pas être mort ; une douleur bien trop vivante provenant de ses poignés lui remonté dans les bras. Sa tête lui tournait, lui faisant perdre tous ses reperds. Il avait perdu beaucoup de sang, et il n’avait pas encore récupéré toutes ses forces pour se sentir à peu près en forme. La raison de tout cela, il l’ignorait…

Pourquoi était-il allongé dans un lit ? Pourquoi entendait-il un « bip bip bip » assez régulier se répéter à l’infini ? Pourquoi souffrait-il ? Pourquoi…

Lorsqu’il parvint enfin à ouvrir les yeux, il lui fallut un certain temps pour arriver à avoir une vision la plus nette possible. La seule chose qu’il pouvait apercevoir, n’ayant pas encore essayé de se mouvoir, fut un plafond blanc, le plafond caractéristique de l’hôpital. Il tourna alors péniblement la tête vers la droite et vis un homme assis à côté d’un autre lit, de dos, tenant la main d’une autre personne. Mais qui était cette autre personne ? Il plissa les yeux pour mieux distinguer les contours de ce visage.

 

Lorsqu’il le reconnut enfin.. il se souvint… de tout.

La nuit merveilleuse passée à deux, le matin, le coup de téléphone, la salle de bain, le sang, Ben, la baignoire, son suicide, l’arrivée de Ben et son évanouissement.

 

A sa droite se tenait Damien, la main de Ben serrait dans la sienne. Il y avait bien trop de machine autour de lui semblant le maintenir en vie.

Un léger soulagement et une prise de conscience soudaine transcendèrent Yoan.
Ben était vivant, mais endormi, ou plus précisément dans le coma. La culpabilité vient alors s’y mêler ? Si Ben était là, maintenant, bien vivant alors il n’était pas mort dans sa baignoire, alors il n’aurait pas fait cette connerie s’il n’avait pas été aveuglé, et aurait pu le sauver plus tôt…

Il voulut lever la main, prononcer un mot, montrer un signe indiquant son réveil, mais les forces lui manquaient, et il en était incapable.

Il ne sut pas vraiment comment, mais c’est à ce moment là que Damien tourna la tête dans sa direction. Yoan remarqua immédiatement les yeux rougis et les larmes qui coulaient de ceux-ci depuis trop longtemps. Dès qu’il vit les yeux ouverts de Yoan, il essuya d’un revers de main ses larmes, lâcha la main de Ben et sorti sans un regard pour Yoan.

 

Celui-ci, encore très faible et épuisé par ce réveil inondé de ressentiments, sombra dans un sommeil sans rêve…

 

Ce furent des hurlements qui le réveillèrent une nouvelle fois.

 

-          La n’est pas la question !!! Je me moque que vous n’ayez plus de place ! Je ne veux plus de cette chose dans cette chambre. Il en va de la santé de Ben ! Regardez où cela l’a mené de le fréquenter.

-          Je le sais bien Damien, mais nous ne pouvons rien faire. L’hôpital est au complet. Je réitère ma demande. Ne serait-il pas mieux pour sa sécurité de le faire interner de nouveau. P

-          Puisque je vous dis que cela est de ma faute et que je n’ai pas fait attention à sa rechute. Je me méfierais maintenant, il est hors de question qu’il retourne dans cet endroit, il est sur qu’il n’y survivra pas. Et je redis que si l’on veut sauver sa vie, il faut virer Yoan d’ici. Il incarne pour ben la tentation du suicide. Il ne faut surtout pas qu’il le côtoie une minute de plus.

-          Ecoutons au moins sa verser des faits avant le suicide avant d’être aussi catégorique. Tu vas sortir t’aérer un peu, et boire un café avec ta femme qui t’y attends. Je vais m’occuper de ce jeune homme. Tiens, il a les yeux ouverts.

 

Sans un regard pour Yoan et sans un seul commentaire, Damien sorti en claquant la porte.

 

« Interné… je ne comprenais plus rien. Ben était fou ? Une fois encore le passé de Ben s’éclairer un peu plus. Ma version des faits, devais-je leur parler de tout, de la nuit et de l’accord que nous avions passé. Devais-je leur parler de ce fameux coup de téléphone qui a tout fait basculer ? Ou devais-je me contenter de dire que tout cela était de ma faute pour ne pas le faire interner de nouveau. Mais pour tout cela Ben, il faudrait que tu te ouvres les yeux de nouveau, je veux bien aller jusqu’à annihiler mon existence dans ton existence pour que tu vives heureux. Je suis prêt à tout sacrifié pour ta vie, comme tu as tout sacrifié pour la mienne.  »

 

Demain sera peut-être – Chapitre 20

« Lorsque je repense à cet instant où je t’ai trouvé, les seuls mots qui me sont venu à l’esprit étaient « pourquoi ». Oui, je ne comprenais pas pourquoi tu avais fait cela. Je tentais d’y donner des centaines de réponses, mais aucune ne me semblait être appropriée. Il ne semblait pas si désespéré pourtant. Ou alors, Ben, tu souffrais tellement et ce depuis longtemps, qu’il était impossible pour toi de montrer tes sentiments et d’exprimer ce que tu ressentais réellement. »

 

Yoan restait totalement paralysé et n’avait plus aucune réaction. Il restait là, à fixer le corps de Ben. Il lui était impossible de faire quoi que ce soit.

Que pouvait-il faire si Ben n’était plus là ? Rien… Il ne pouvait rien faire et n’avait plus aucune raison d’être. Pourquoi Ben avait-il fait cela ? Etait-ce lié au coup de téléphone ou alors est-ce qu’il avait prévu de faire cela depuis le début ? Yoan se sentait totalement perdu et déboussolé. Il ne savait même plus comment réagir. Il était choqué par la quantité de sang qui s’écoulait de son corps. Pourquoi ? Pourquoi perdait-il encore une fois une personne qu’il aimait sans rien pouvoir y faire ? Pourquoi était-il aussi difficile de dire adieu à quelqu’un  Les questions se bousculèrent dans sa tête, si bien qu’à un moment, il ne pensa plus à rien. Son âme était comme transcendée par une souffrance indescriptible. Il aurait voulut crier, hurler, pleurer, évacuer toute cette souffrance, mais aucun son, ni aucune larme ne sortait de sa bouche. Il s’approcha de Ben, se jeta sur lui et le prit dans ses bras. Il voulait le prendre dans ses bras une dernière fois.

Au plus profond de son être, il savait que la mort de Ben signifiait irrémédiablement sa propre mort.

Yoan était dans un état de torpeur tel qu’il ne remarqua pas que Ben respirait encore. La seule chose qu’il fixait maintenant était la lame de rasoir avec laquelle Ben s’était tranché. A ce moment là, il ne pensa plus qu’à une seule chose, quittait ce monde et rejoindre les deux personnes qui l’avaient quitté. Il ne voyait dès lors plus aucune raison de rester.

Il s’écarta de Ben et saisi la lame de rasoir. Enfin cette vie qui ne valait pas la peine d’être vécue allait se terminer. Il commença à s’entailler. La facilité avec laquelle la lame pénétrée dans la peau était vraiment étrange. Le sang de Yoan coula et se mit à se mêler à celui de Ben. De son autre main valide, il saisit celle de Ben et la serra le plus fort qu’il put. Elle était si froide de Yoan en eut un frisson. Il larme coula sur sa joue. Le regard perdu dans le vide, Yoan s’en allait.

 

 

C’est à ce moment précis, et juste à temps qu’un homme entra dans la salle de bain.

 

-          Putain, mais vous être pire que des gamins !!! J’étais presque sur que ça allait terminer comme cela, deux suicidaires ensemble… Voilà à ce quoi ça vous mène. C’est d’un pathétique.

 

L’homme saisit son téléphone et composa le numéro qu’il avait composé plus d’une fois à cause de Ben.

 

-          Vous avez de la chance que je sois venu aujourd’hui. Allô… Oui c’est moi. Ben a fait une connerie. C’est urgent. Ils sont deux. Bien à tout de suite.

 

Yoan fixait maintenant Damien. Il sentait sa vie le quittait et pourtant une dernière pensée lui vint à l’esprit. Il se demanda comment il avait fait pour garder la tête froide dans tout ce bain de sang.  Lui, en avait était incapable. Yoan sombra dans l’inconscience.

 

« Comment Damien avait-il fait pour garder son calme devant cette vision d’horreur… ? Pourquoi avais-je été encore une fois aussi faible ? Etais-ce parce que ce n’était pas la première fois que Damien voyait Ben dans cet état ? Ou alors parce que j’étais dans un état de faiblesse psychologique. Une des véritables raisons du sang froid de Damien que j’appris par la suite était qu’il avait était pendant des années le médecin de Ben. Plus le temps passe et plus les questions se multiplient. La seule chose dont je suis sûr c’est que tout cela est lié à ton passé. Oui, mais quel est-il ? Te réveilleras-tu ? Me le dévoileras-tu un jour ? »

 

Demain sera peut-être – Chapitre 19

« Je me demande pourquoi je continu à écrire sur ce cahier et à mettre mes pensées à plat. Je ne parviendrais jamais à le faire lire à quelqu’un. Je n’ai qu’une hâte brûler ce cahier le plus vite possible pour me débarrasser du poids qu’il pèse dans mon cœur. Pourquoi, je n’y parviens pas encore plus le moment,, car j’ai toujours quelque chose à écrire. Si tu te réveilles un jour, et si j’ai le courage, j’aimerai vraiment te faire lire ce journal intime que mon frère m’a poussé à écrire. Enfin, je dis cela maintenant parce que je te vois là, allongé devant moi, et que je suis dans un état d’instabilité mentale.  Je ne pense pas avoir le courage de te laisser lire mes pensées les plues intimes et les plus secrètes. Je suis désespéré de te voir ainsi et de ne trouver aucun moyen pour te ramener parmi nous. Je ne supporte plus de te voir dans cet entre-deux monde. Je t’en pris reviens dans notre monde et ne va pas dans celui de Sébastien. »

 

Plus le temps passait et plus l’angoisse augmentait. Yoan atteignait maintenant presque le summum de l’inquiétude. Il faisait maintenant totalement nuit et Ben n’était toujours pas de retour. Certes il n’avait pas dit à quelle heure il rentrerait, mais ce n’était pas non plus normal qu’il ne soit toujours pas rentré.

Il faisait de plus en plus froid et Yoan commença à trembler. Ce n’était pas dus uniquement à la température, mais aussi aux nerfs qui étaient dès lors mis à rude épreuve. Même s’il avait froid, Yoan ne voulait surtout pas rentrer. Il restait sur le pas de la porte et guettait le retour de Ben.

Que pouvait-il bien faire ? Ou était-il ? Est-ce qui lui était arrivé quelque chose de grave ? S’était-il fait quelque chose d’irrémédiable ? Etait-il toujours en vie ? Les questions auxquelles Yoan n’avait pas de réponse se bousculaient dans sa tête. Il alla même jusqu’à s’imaginer les pires scénarios.

Il avait beau tenter de relativiser et de positiver, le pessimisme revenait au grand galop. Une chose était sûre, il ne survivrait pas à une deuxième perte. Il ne survivrait pas à la mort de Ben. Si cela arrivait, cette fois, il ne se raterait pas.

Le vent se leva et souffla en direction de Yoan. C’était un vent glacial, et Yoan ne put retenir les frissons qui le parcouru. Par un pur hasard, la plus grosse des cendres de la photo brûlée de Sébastien, transporté par le vent, atterrie en plein milieu du visage de Yoan. Malgré l’obscurité, il sut presque immédiatement ce que c’était. Il réalisa ce qu’il avait fait. Il alla même jusqu’à se demander où il avait pu trouver la force de faire cela. La réponse lui parut évidente. C’était parce qu’il y avait Ben. Mais si Ben n’était plus là, alors… Alors comment surmonter cela ?

Alors qu’il fixait le morceau de cendre depuis maintenant de longue minute perdue dans ses pensés, il n’entendit pas un homme s’approcher de lui et le regardait avec insistance.

Ce n’est que quand il entendit un raclement de gorge que Yoan redressa la tête. Lorsqu’il vit qui se tenait devant lui, il crut un moment qu’il était en train de rêver.

 

-          Ben, je croyais que… Je croyais que tu… articula Yoan avec beaucoup de difficulté.

 

Il ne put retenir quelques larmes de joie de le revoir ainsi devant lui sain et sauf. Il se jeta alors dans ses bras comme pour se prouver qu’il était réellement là, en chair et en os et que ce n’était pas une hallucination. Une fois tout contre lui, dans ses bras, il éclata en sanglot. Il avait eu si peur, si peur de le perdre. Il le serra alors si fort qu’il faillit l’étouffer.

Ben passa une main dans les cheveux de Yoan, il culpabilisait de le voir dans cet état. Avait-il vraiment craint pour sa vie ? Il tenta alors de s’excuser assez maladroitement :

 

-          Je suis désolé Yoan, j’avais besoin de m’aérer et quand je suis à cheval je ne vois pas le temps passer. Je n’ai pas vu l’heure et je n’ai vraiment pas pensé cela te mettrait dans cet état.

 

C’est uniquement lorsque Yoan sentit Ben frissonner de froid qu’il s’écarta de lui et essuya ses larmes.

Ils rentrèrent dans la maison et Ben alla directement allumer la cheminée. Puis il se retourna et demanda à Yoan :

 

-          J’espère que tu as mangé au moins ?

 

Un peu gêné, Yoan fit non de la tête. Ben soupira et alla dans la cuisine.

 

-          Je n’ai pas très faim Ben, je crois que je suis surtout fatigué.

-          Ok. Pour être honnête, ça m’arrange. Moi non plus je n’ai pas vraiment envie de manger. On se rattrapera demain.

-          Ben…

 

Ben se tourna pour se retrouver face à Yoan. Le ton qu’il employait lui indiquait que c’était important.

 

-          Oui ?

-          Je… Je pense que je vais rentrer chez moi demain, je t’ai assez posé de problèmes.

-          C’est incroyable ce que tu peux dire comme bêtises en si peu de temps. Non, tu ne partiras pas.

-          Mais Ben, et Damien ?

-          Ne me parle plus de lui.

-          Tu l’aimes.

 

Ben soupira et se passa une main sur le visage, comme pour garder son calme.

 

-          Tu sais, j’ai beaucoup réfléchi cet après-midi. J’ai pleinement réalisé que je ne regrette pas du tout ce que nous avons fait ce matin. J’aimerais… Enfin, si tu le souhaites aussi… aller plus loin avec toi progressivement. Mais par contre, tu dois me promettre une chose, si tu ne tiens pas ta promesse, je romprais tout lien avec toi et t’oublierais. Ne me pose jamais de question sur mon passé et ne cherche pas à le connaître. Je te laisse réfléchir, je vais prendre une douche.  Je ne te demande pas une réponse maintenant.

 

Sur ces derniers mots, Ben partir et alla prendre sa douche, laissant Yoan méditer à ses paroles. Il avait préféré être honnête et franc avec lui. Quelque part, il avait peur de la réponse de Yoan. Il avait peur d’un refus. Il ne voulait pas le quitter. Durant  tout le temps où il était partit à cheval, il avait réalisait qu’il tenait dès lors plus à Yoan qu’à Damien. Il n’aimait pas sincèrement Damien. Leur relation ne tenait que parce que Damien connaissait tout son passé et l’accepter.

Il savait pertinemment qu’une relation empreinte de secrets ne durerait pas indéfiniment, mais il voulait tout de même tenter le coup. Si Yoan ne le questionnait pas et lui laisser tout dévoiler à son rythme, peut être que cela marcherait.

En sortant de la douche, Ben se dirigea directement dans sa chambre. Il craignait encore d’affronter la réponse de Yoan. Il était vêtu d’une simple serviette au cas ou il le croiserait quand même. Lorsqu’il alluma la lumière il sursauta en voyant Yoan assit sur son lit.

 

-          Putain, tu m’as fait peur. Qu’est ce que tu fous là ?

-          Je… Je voulais te dire que j’accepte.

 

Il se leva et s’approcha de Ben. Assez timidement, il l’enlaça et déposa délicatement ses lèvres sur les siennes. Ben trop heureux de la réponse de Yoan, l’enlaça à son tour et répondit à son baiser. Le désir et l’excitation ne mirent pas très longtemps à se faire sentir. Yoan alla même jusqu’à mordiller légèrement la lèvre inférieure de Ben. Leurs mains partirent à l’aventure sur la peau de l’autre, prenant plaisir à découvrir les zones sensibles de leur partenaire. Ben ôta le t-shirt de Yoan voulant coller sa peau contre la sienne. Yoan colla son intimité sur celle de Ben, tenant de montrer l’effet qu’il lui faisait.

Ils reculèrent, jusqu’à butter sur le lit et se retrouver allongé l’un sur l’autre.

Ben était penché au-dessus de Yoan et le couvrait de baiser et de caresses. Leurs corps étaient brûlants de désirs l’un pour l’autre et toute sensation de froid les avait quittait. A chaque contact, ils avaient l’impression de ses consumer l’un l’autre.

Ben passa  une main sur l’entrejambe de Yoan, tout en effleurant  son sexe déjà durci. A ce contact, Yoan ne pu retenir un léger gémissement qui fit sourire Ben. Il fit alors glisser sa serviette dévoilant sa nudité sans pudeur. Il se baissa, et déboutonna un à un les boutons du jean de Yoan. Il voulait voir son corps complètement nu et non masqué par ces vêtements beaucoup trop superflus. Il descendit très lentement son jean et fit de même avec son boxer. Il remonta sa main jusqu’au sexe de Yoan et lui fit quelques caresses intimes. Ses lèvres et sa langue ne tardèrent pas à s’y mêler. Les gémissements de plaisir de Yoan avaient pour conséquence de donner plus d’ardeur à Ben.

Yoan jouit et Ben se délecta de sa semence, qu’il revint partager avec son amant en l’embrassant. Ben continua ses baisers et dévia dans son cou. Il lui susurra alors quelques mots qu’il avait longuement hésité à prononcer :

 

-          Yoan, j’aimerais que te sentir en moi.

 

Un peu surprit au premier abord, Yoan acquiesça à l’aide d’un simple signe de tête. Leurs lèvres se rejoignirent une dernière fois avant que Ben ne s’enlève d’au-dessus de Yoan et de se retourner. Yoan d’abord hésitant vint se placer sur lui. Il passa sa main sur le superbe dos de Ben. Cet homme était vraiment magnifique et s’offrait à lui. Yoan fut presque prit de vertige à l’idée de tout ce qui venait d’arriver. Il était au comble du bonheur. Il passa sa main de son cou jusqu’à son orifice en prenant pour trajet sa colonne vertébrale. Ben se cambra sous ce contact. Yoan aller humidifier un de ces doigts lorsqu’il entendit :

 

-          Non Yoan, vas-y maintenant, je… je ne peux plus attendre.

 

Yoan ne se fit pas prier. Il se plaça dans la bonne position et inséra son sexe en érection dans l’orifice de Ben le plus lentement possible souhaitant se faire tout de même un peu désirer. A la façon dont Ben serra sa main sur le drap, Yoan comprit que cette pénétration n’était pas sans douleur.  Une fois entièrement en lui, il entama ses vas et viens, souhaitant faire disparaître le plus rapidement possible cette douleur qu’il devait ressentir. Ce n’est que lorsque Ben commença à gémir que Yoan se laissa totalement aller. Ses coups de reins devenus de plus en plus vigoureux, laissèrent même échapper des cris de plaisir à Ben.

Yoan se déversa en Ben dans un cri de jouissance qu’il ne se serait jamais imaginé pousser. Jamais il n’avait ressenti une telle jouissance avec son ex-amant.

A aucun moment  ils n’avaient fait attention à leurs bandages et à leurs cicatrices trop absorbés dans cet instant si intense.

Yoan se retira et s’étendit au côté de Ben. Il tourna sa tête vers lui. Tous deux essoufflés, il se regardait l’un l’autre, droit dans les yeux, un sourire béat affiché sur leurs visages. Ben attrapa la main de Yoan et ferma les yeux. Celui-ci fut très touché par ce geste. Il eut l’impression d’entendre Ben pensait aussi fort que lui : « Je t’aime ». Mais aucun des deus ne le prononça à voix haute.

Tous deux épuisé par leur journée et par ce qu’ils venaient de faire, ne mirent pas très longtemps avant de s’endormir.

 

 

 

Ce fut  la sonnerie du téléphone qui réveilla Ben le lendemain matin. Il tenta de se dégager de la main de Yoan encore dans la sienne. Il décrocha le téléphone à côté de son lit.

Yoan à moitié endormit n’entendis qu’une petite partie de la conversation. Lorsque Ben raccrocha, il lui demanda si tout allait bien.

 

-          Rendors toi… Ce n’est rien de grâce, c’était… On en parlera tout à l’heure. Je vais me faire un café. Reste au lit.

 

Ben déposa un tendre baiser sur le front de Yoan. Il affichait une expression étrange sur le visage, mais Yoan, encore endormi, n’y prêta aucune attention et sombra de nouveau dans le sommeil.

 

Ce n’est qu’une bonne heure plus tard que Yoan se réveilla pour de bon. Il sortit de la chambre. N’entendant aucun son provenant de la cuisine, il pensa que Ben était sorti s’occuper de ses chevaux. Il décida d’aller tout d’abord prendre une bonne douche matinale avant de le rejoindre. Encore trop heureux de ce qui venait de ce passer la nuit dernière, il ne se doutait de rien. Lorsqu’il ouvrit la porte de la salle de bain et vit ce qu’il aurait souhaité ne jamais voir, aucun son ne sortit de sa bouche. Il n’eut d’ailleurs aucune réaction. Il eut l’impression que son propre cœur venait de cessait de battre.

Le corps inerte de Ben étendu dans la baignoire, baignait dans une eau teintée rouge sang provenant de ses poignets fraîchement ouverts… Seul son torse se soulevait très faiblement prouvant qu’il était encore en vie.

 

« Pourquoi Ben…Pourquoi ? »

 

Demain sera peut-être – Chapitre 18

« C’est étrange, on a beau savoir qu’une personne souffre, on ne connaîtra jamais pleinement m’ampleur et l’importance de cette souffrance. Je savais que tu allais très mal Ben, mais je n’aurais jamais imaginé que cela t’amène là où tu es aujourd’hui. Je m’en veux tellement. Pourquoi l’homme reste fermé à la souffrance d’autrui et se focalise sur la sienne ? Pourquoi l’homme, trop imbu de sa propre petite personne ne remarque pas que l’autre homme aussi à côté de lui souffre à ce point ? Quand on souffre réellement, il n’existe pas de mot pour exprimer ce que l’on ressent vraiment. Il est d’ailleurs presque impossible de s’ouvrir et de parler au monde extérieur. Tu ne t’es pas ouvert, tu es resté enfermer dans ton cœur, mêlé à ta souffrance et tu n’as pu trouver d’autre issue que la mort. »

 

Yoan restait figé par la révélation que Ben venait de lui faire. Damien était le beau-frère de Ben. Ben couché avec le mari de sa sœur.

Yoan ne savait pas vraiment comment réagir à cela. Ben était toujours dans ses bras et pleurait. Il n’avait rien rajouté suite à sa révélation.

Puis, au bout d’un long moment, Ben s’écarta de Yoan et lui dit d’une voix très faible.

 

-          Tu m’excuseras, j’ai besoin d’être un peu seul. Je peux te laisser dans la maison, je peux te faire confiance ? Tu ne feras pas de connerie ?

 

Yoan fit non de la tête. Non, il ne ferait pas de connerie. D’ailleurs il avait enfin perdu toute envie de porter atteinte à ses jours. Il avait maintenant un but à sa vie : Ben. Il lui donnait envie de vivre.

De plus, la souffrance de Ben lui avait fait relativiser énormément de chose. Si Ben n’avait pas été là, il aurait fait la plus grosse connerie de sa vie. Il ne serait plus de ce monde et il n’aurait jamais pu vivre ce qu’il venait de vivre. La peine d’avoir perdu Sébastien était certes toujours durement présente dans son cœur. Il sentait toujours les larmes monter lorsqu’il repensait à lui. Mais se tuer n’était plus une solution pour lui. Il l’avait écarté, et ne reviendrait plus dessus. Non, il ne pourrait plus jamais porter atteinte à sa vie. Cela, il l’avait comprit lors de sa dernière tentative. Et le coup de poing de Damien ne l’avait fait que le conforter dans ses pensées. Ce besoin de mourir s’était dissipé peu à peu, et cela grâce à Ben. Cette rencontre avait été plus que bénéfique pour lui. Maintenant il devait faire ce qu’il pouvait pour aider Ben le mieux possible. Ben n’allait vraiment pas bien. Rien qu’en repensant à son bras mutilé, il frissonna et son cœur se sera.

Il regarda Ben partir en direction du parc à chevaux. Il respecta sa décision et se rendit dans la maison de Ben, le laissant seul, comme il lui avait demandé.

 

Ben se dirigea vers le ruisseau où il avait commit un acte qu’il regrettait à l’heure actuelle énormément. Certes Yoan ne l’avait pas forcé et il l’avait voulu lui aussi. D’ailleurs, il n’en voulait pas vraiment à Yoan, mais surtout à lui-même. Comment avait-il pu être aussi faible ? En plus, Damien les avait vu, et il savait qu’il ne reviendrait plus jamais. L’idée même que Damien en revienne plus le voir. Sans Damien, il n’était plus rien. Sans lui, il ne pourrait pas survivre comme il l’avait fait jusqu’à maintenant. Et cela, Ben savait très bien que Damien en avait conscience. Mais comment rester avec un homme qui venait de vous tromper. Il pensa à ce qu’il avait du ressentir en le voyant coucher avec Yoan. La culpabilité le rongeait un peu plus.

Lorsqu’il arriva devant le parc des chevaux, il siffla et attendit. Ses deux animaux ne mirent pas longtemps à arriver. Ben était déjà rentré dans le parc et marchait à leur rencontre.

Rien que de les voir arrivé au galop dans sa direction, Ben se sentit plus léger. Ce qu’il aimait dans sa relation avec eux, c’est qu’elle était loin d’être aussi compliqué qu’avec les hommes. L’homme réfléchissait bien trop.

Il harnacha l’un d’eux, puis le mena sur un chemin. Une fois arrivé au chemin, il monta se mis en scelle. Il alla au pas et au trot, variant l’allure selon le type de terrain. Lorsqu’il arriva devant le fameux champ, il arrêta son cheval qui se mit à trépigner d’impatience. Tous deux savaient très bien ce qu’un long galop était en préparation. Sa monture se mit à trépigner d’impatience lors de cette attente. Il ne comprenait pas vraiment pourquoi l’homme assis sur son dos mettait autant de temps à se décider.
Ben fixé l’horizon. Il prit une profonde inspiration, laissa un peu de mou dans les rênes et appliqua une légère pression à l’aide de ses jambes sur les flancs de son cheval.

Celui-ci n’hésita                                                                                                                                                                                                                          pas une seconde et se lança dans un galop riche en émotion pour Ben. Il lui offrait ce que personne n’était parvenu à lui offrir, une impression de liberté totale. A chaque mètre parcouru, Ben avait l’impression d’oublier un soucis de plus. C’était l’un des seuls moments où il se sentait vivre. Son cheval semblait prendre autant de plaisir que lui.

Libre… oui c’était cela. Son cheval lui offrait le plus beau cadeau : la liberté.

 

 

 

 

Pendant ce temps, Yoan était toujours dans la maison de Ben. Il alla chercher un cahier qu’il avait emmené dans son sac, et un stylo.

Son frère l’avait forcé à l’acheter après la mort de Sébastien. Il se rappelait parfaitement des mots qu’il lui avait prononcé :

 

« Achète le Yoan. Et dès que tu te sentiras prêt écrit tout ce que tu récents. N’omet aucun                 détail. Décrit toutes tes pensées, même les plus sombres. Je dirais même surtout les                     plus sombres. Lorsque tu penseras avoir tout dit, fait le lire à la personne de ton choix.                     Même un parfait inconnu si tu le souhaites. Puis brûle le, et oubli tout ce qu’il y avait. »

 

Yoan alla s’asseoir sur une chaise dans la cuisine. Il ouvrit son cahier, prit son stylo et commença à écrire :

 

« Je crois que mon goût à la vie a pris fin le jour où Sébastien est mort. C’était un jeudi. Sébastien, la seule personne que j’aimais, est morte d’un cancer. Je n’ai pas pu aller à l’enterrement. Tout d’abord parce que je ne voulais pas que les gens viennent me demander si j’allais bien, et ensuite parce que je n’avais plus besoin de lui dire au revoir, pour moi il n’était plus là. Je crois que sans mon frère, je ne serais plus de ce monde au jour d’aujourd’hui. Nous étions aussi proche que si nous étions des jumeaux… »

 

Yoan mit énormément de temps à écrire ces quelques lignes. Il continua encore un petit moment. Lorsqu’il leva la tête de son cahier, il s’aperçut que la nuit commençait à tomber. Il se leva et alla ranger son cahier dans son sac. Seulement en faisant cela, il tomba de nouveau sur la photo de Sébastien. Il la fixa, ne sachant plus vraiment quoi en faire. Soudain une idée lui traversa l’esprit et il ne put résister à cette pensée. Il courut jusqu’à la cuisine. Il se rappelait avoir vu un briquet posé sur la table. Il ne s’était pas trompé. Il le saisit et alla dehors, la photo de Sébastien toujours à la main. Une fois dehors, il fit deux pas et s’arrêta. Il regarda le visage de Sébastien une dernière fois. Il approcha péniblement la flamme vers cette image qu’il aurait pu contempler éternellement.

La photo brûla plus vite que Yoan l’aurait imaginé. Lorsqu’elle fut presque totalement consumée, il la lâcha afin de ne pas se brûler.

Une fois le visage de Sébastien totalement disparut, Yoan fut prit d’un vertige. C’était comme s’il venait de dire lui dire adieu pour de bon, comme s’il acceptait son départ, comme s’il le laissait enfin partir en paix. Il s’assit sur les marches de l’escalier de la maison de Ben. Il n’aurait pas pu tenir debout plus longtemps.

La nuit était maintenant totalement tombée et Ben n’était toujours pas rentré. Yoan commença à s’inquiéter. Cela faisait maintenant un certain temps qu’il était parti, et une si longue absence n’était pas vraiment normal. Soudain il prit peur et jura de sa bêtise. Il avait laissé partir Ben alors qu’il semblait si désespérer. Ce n’est pas à Yoan que Ben aurait du demander de ne pas faire de bêtises, mais plutôt à lui-même.

Ou était Ben et que faisait-il ?

 

 

 

« Pourquoi ne profite-t-on jamais d’un simple moment comme si c’était le dernier ? Nous regrettons toujours de ne pas avoir profité de ce dernier moment. Pourquoi prenons-nous conscience de la réelle importance d’une chose une fois quelle n’est plus ? »

 

Demain sera peut-être – Chapitre 17

 

 

« Connaissez-vous ce sentiment qui vous empli le cœur de bonheur et qui vous rend tellement heureux, que l’on a presque l’impression d’avoir le vertige. C’est ce que je ressentais dans les bras de Ben. J’étais tellement heureux, que j’en avais presque peur. Tous mes soucis, tous mes problèmes, toutes les questions que la vie nous amène à se poser, tout cela avait disparut et s’était éclipsé pendant un cours instant laissant place à un seul sentiment : le bonheur. On dit qu’on ne peut jamais l’atteindre pleinement, qu’on vit une succession de moment s’approchant du bonheur et d’autres du malheur. Au côté de Ben, en ce moment précis, après avoir fait l’amour, j’avais vraiment l’impression d’être très prêt de cette chose qu’on appel bonheur. Mais par définition, cela ne dure pas. Bonheur et éternité ne sont pas des mots qui peuvent coexister. C’est impressionnant comme on peut passer sans aucune transition du bonheur au désespoir d’un simple claquement de doigts. »

 

Allongés tous deux l’un contre l’autre, leurs corps encore transpirant, Ben et Yoan n’osaient plus faire un seul mouvement. Aucun des deux ne voulait être celui qui mettrait fin à ce moment.

Les seuls bruits que l’on pouvait percevoir étaient ceux de leurs respirations, de l’eau du ruisseau qui coulaient, des oiseaux et du vent dans les feuilles.

Mais un autre bruit extérieur vint se mêler à ceux ci. C’était le bruit d’une porte de voiture qui claque. Ben sortit automatiquement de son état second. Qu’avait-il fait ? Les remords et la culpabilité s’emparèrent immédiatement de son cœur.

Il se redressa aussitôt et chercha ses vêtements des yeux. Yoan comprit tout de suite. Ben était en train de regretter ce qu’ils venaient de faire et pensaient maintenant à Damien. Ben se leva sans un seul regard pour Yoan, s’habilla et partit en courant en direction de la maison.

Yoan ne comprenait qu’à moitié la réaction de Ben. Il ne lui avait rien dit, il ne lui avait même pas lancé un seul regard. Même si Ben venait de réalisé ce qu’il avait fait, Yoan aurait espéré une toute autre réaction.

Il rassembla ses vêtements et s’habilla beaucoup moins précipitamment que Ben. Puis il prit à son tour la direction de la maison à contre cœur. Il n’avait pas vraiment le choix de toute façon…

 

Ben, quant à lui, avait eu le temps de rattraper Damien. Il était en train de démarrer quand Ben était arrivé en courant derrière la voiture.

Damien baissa la vitre de sa voiture afin qu’ils puissent parler.

 

-          Tu l’as retrouvé ? dit Damien très froidement.

-          Je… oui.

-          Ok. Bon je te laisse. Prends soin de lui.

-          Prends son d’elle.

 

Damien aller passer la première quand Ben rajouta.

 

-          Tu reviens quand ?

-          Tu me demandes ça pour quelle raison ? Pour savoir quand tu me reverras ?

-          Euh, ben oui…

-          Tu vois, je pense plutôt que c’est pour savoir combien de temps tu pourras baiser avec ton suicidaire.

-          Arrête de dire des conneries. Tu es en train de t’enfoncer dans le mensonge. C’est étonnant la capacité que tu as à me mentir avec tant de facilité.

-          Explique toi… Je crois que je n’ai pas bien saisi.

-          Je vous ai vu à côté du ruisseau Ben.

-          Ce n’était rien Damien, il m’a fait des avances et je n’ai pu résister. C’était un instant de faiblesse. Plus jamais je ne recommencerais.

-          Je m’inquiétais pour toi et tu vois, je regrette.

-          Tu crois que je supporte quand tu es avec elle.

 

Mais c’était trop tard, Damien n’écouta pas ce que Ben venait de lui dire. Il avait démarré et était déjà loin lorsque Ben avait finit sa phrase. Ses jambes ne réussissaient plus à le maintenir debout. Si bien qu’il s’effondra à genoux par terre. Il venait de perdre le seul homme qui l’aimait pour ce qu’il était et qui le connaissait parfaitement. Il venait de tout perdre pour une petite partie de jambe en l’air.

 

Yoan était se tenait debout à quelques mètres derrière lui. Il avait assisté à la majeure partie de  la conversation. Les mots blessant que Ben avait eu à son égard ne cessait de tourner en boucle dans sa tête.

Mais en voyant Ben si anéanti, il s’approcha tout de même doucement de lui, et posa une main sur son épaule de manière hésitante. Ben pleurait.

 

-          Enlève ta main, dit-il d’une voix très agressive.

-          Non.

-          Je te dis de virer ta main de mon épaule, dit Ben en haussant le ton.

 

Yoan s’abaissa afin de se mettre au niveau de Ben. Voyant qu’il n’avait aucune réaction, il vint se mettre en face de lui.

 

-          Ben, même si tout est de ma faute, si tu as besoin, je suis là…

 

Ben ne dit rien, mais il repoussa violemment la main de Yoan de son épaule.

 

-          Lâche-moi. Dégage ! hurla Ben.

 

Yoan fut presque choqué. Il ne resta pas une seconde de plus, il avait déjà assez prit sur lui pour venir le voir. Après tout ce qu’il venait d’entendre, il aurait très bien pu le laisser seul.

Il se leva et prit la direction de la maison afin de se calmer. C’est à ce moment là qu’il entendit Ben lui dire plus calmement :

 

-          Excuse-moi Yoan. J’ai… Je crois que je suis à bout.

 

Yoan s’arrêta et fit immédiatement demi-tour. La il vit que Ben s’était levé. Il avait l’air totalement abattu. Yoan courut presque vers lui, puis il le prit dans ses bras. C’est à ce moment là que Ben s’effondra réellement en pleur. Pour une fois, ce n’était pas Ben qui consolé Yoan, mais Yoan qui tentait de consoler Ben.

Et c’est dans ce silence pesant que Ben commença à se décharger d’une partie infime de son fardeau.

 

-          Il ne reviendra plus Yoan. … Je l’aimais. Il en reviendra plus. Je l’aime tellement… Je voudrais tant l’oublier. Mais cela m’est impossible. Il restera avec elle et je serais obligé de le revoir à chaque réunion de famille. Pourquoi faut-il que mon amant soit le mari de ma sœur ?

« Peu a peu, le voile du mystère qui t’entoure se levait. Mais plus j’en apprenais et plus les questions se multipliaient. Je devinais bien que la chose que je venais d’apprendre n’était en réalité que le morceau émergeant de l’iceberg. Qu’est ce qui te fait tant souffrir ben ? Plus j’en apprenais et plus je m’inquiétais pour toi. Mais apparemment trop peu, car je n’ai rien vu venir… pardonne-moi. Je suis aveugle à la souffrance d’autrui. Je ne suis qu’un pur individualiste. Et tu en as payé le prix bien trop fort. Suis-je maudit et condamné à voir mourir tout ce que j’aime. Chaque jour je scrute le moindre mouvement de tes paupières clauses. Vas-tu un jour te décider à t’ouvrir au monde…»

 

Demain sera peut-être – Chapitre 16

« Je t’ai fait céder. Non, en fait, il me semble que nous avons cédé tous deux à la même chose : cette attirance que nous éprouvions l’un pour l’autre. J’ai fait le premier pas, et tu as fait le second. A aucun moment tu n’as semblé me résister. J’avais clairement conscience du fait que ce que nous faisions était mal, mais je ne voulais pas gâcher ce moment avec des pensées négatives. Nous profitions pleinement l’un de l’autre en plein milieu de la nature. Je m’étais fait prendre des milliers de fois pas Sébastien et je n’avais jamais pensé pouvoir ressentir de nouveau cette chose. Avec toi Ben, je voyais les choses autrement. A tes côtés la vie avait un tout autre goût. Mon futur pourtant si noir prenait peu à peu des touches de couleurs. Grâce à toi, je commençais à voir le bout du gouffre dans lequel je m’étais plongé. Certes mon deuil n’avait pas prit fin, et Sébastien me manquait toujours autant, mais grâce à ta présence et à ton aide, je vivais un peu mieux celle-ci »

 

Ils ne surent pas vraiment combien de temps ils restèrent ainsi : collé l’un contre l’autre, la tête de Yoan posée sur l’épaule Ben, le regard dans le vague. Ben tentait de ne pas le laisser transparaître mais il souffrait de la dispute qu’il venait d’avoir avec Damien. Lui qui avait tant fait pour lui, comment pouvait-il lui en vouloir, et lui dire des choses qu’il regrettait déjà. Cet homme avait fait beaucoup pour lui, il l’avait acceptait tel qu’il était, il n’avait aucune secret pour lui. Il ne pouvait pas se permettre d’être aussi affreux. Plus le temps passait, et plus il culpabilisait. Plus le temps passé, plus le Ben se sentait mal. La culpabilité était l’un des pires sentiments pour lui. Elle le rongeait depuis bien trop longtemps et il lui suffisait de très peu pour qu’il se mette de nouveau à culpabiliser. Lors de ses crises d’angoisses, il se sentait coupable de tout.

Au moment où il s’y attendait le moins Yoan posa timidement sa main sur la cuisse de Ben. Celui-ci fut attendrit par ce geste affectueux, et posa à son tour, hésitant, sa main sur la sienne. Il ne sut pas vraiment comment Yoan avait fait cela, mais ce geste était arrivait juste à temps et avait réussit à le faire sortir de ses pensées devenant de plus en plus sombres.

Encouragé par ce geste, Yoan osa ouvrir la bouche :

 

-          Pourquoi me l’avoir caché ? Pourquoi ne m’avoir pas dit ? Pourquoi ne m’as-tu pas raconté que tu as vécu la même chose que moi, et que tu vas aussi mal ? Pourquoi m’aider alors que celui qui semble avoir besoin d’aide c’est surtout toi… Je me suis sentit si impuissant face à ta souffrance ! Je ne savais plus quoi faire. Et quand tu t’es jeté dans les bras de Damien, me tournant le dos, j’ai eut mal. Je reconnais avoir était jaloux. Mais le pire…

 

Yoan prit un temps avant de continuer.

 

-          Le pire c’est quand je vous ai entendu toi et Damien dans la chambre. Je sais que c’est de la pure jalousie, et qu’il n’y a rien à espérer entre nous. Puis j’ai était assez clair là dessus. Mais…je me suis senti très seul, je n’avais plus personne à qui me rattaché. Alors j’ai voulu me suicider de nouveau. Je reconnais que cette fois-ci, c’était un geste purement égoïste. En réalité avant que Damien arrive et m’en empêche, je n’arrivais pas à le faire. J’avais beau pointé le couteau sur ma veine, je n’arrivais pas à m’entailler la peau. Quelque chose m’en empêchait. Je n’avais plus le courage de mettre fin à mes jours. Ma souffrance me semblait soudain bien futile à  côté de la tienne. Rien qu’à repensait à l’état de ton bras j’ai mal pour toi. Je m’en veux tellement. J’ai été odieux avec toi. Quand je t’ai vu partir détruit dans les bras de Damien, je crois que j’ai pleinement réalisé à quel point je tenais à toi. J’aurais tout donné pour être à la place de Damien tout à l’heure. Voilà tu sais tout…

 

Ben était énormément touché par les paroles de Yoan. Ce qui lui disait ressemblait fort à une déclaration. Il avait l’impression de comprendre parfaitement ce que Yoan ressentait. En réalité, c’était toujours un enfant. Un enfant totalement perdu. Sébastien avait tellement du le choyer, qu’à sa mort, il avait laissé Yoan sans aucun repère. Et celui-ci, c’était peu à peu perdu, jusqu’à sombrer dans le suicide et dans une profonde dépression.

Sans réaliser pleinement ce qu’il allait faire, Ben mit une main sous la tête de Yoan l’incitant à se tourner vers lui, et posa un doux baiser sur ses lèvres. Il voulut se retirer, mais fut retenu prisonnier par les bras de Yoan qui s’étaient enroulés autour de son cou. Après de douces caresses avec leurs lèvres, leurs langues se rencontrèrent pour la deuxième fois. C’était la deuxième fois qu’ils s’embrassaient, pourtant, ce baiser était totalement différent. Ils avaient tous deux l’impression de le faire pour la première fois et de se découvrir l’un l’autre. A ce moment précis, Yoan oublia totalement Sébastien et à aucune instant Ben ne pensa à Damien. Ils étaient l’impression d’être tous deux seuls, sur dans un autre pays, une autre contrée, où ils les seuls habitants. Grâce à ce simple baiser, ils avaient l’impression d’être soulagé tous deux de leur souffrance.

Au même moment leurs mains se partirent à la découverte du corps de l’autre si longtemps désiré. Cela se fit tout naturellement, sans la moindre préméditation. Aucun des deux ne sut vraiment comment ils en étaient arrivés là, mais ils étaient tous deux très concentré dans ce qu’ils étaient en train faire. Ils ne gardèrent pas très longtemps leurs vêtements qu’ils s’amusèrent à ses les retirer mutuellement un à un, de la même manière que l’on détache les pétales d’une fleur. Ils firent cependant très attention à ne pas faire attention à leurs bras mutilés. Ils les ignorèrent totalement, trop fasciné par le corps de l’autre.

Ben bascula Yoan en arrière, l’allongea sur l’herbe encore humide de rosée. Malgré la fraîcheur, à aucun moment, ils ne frissonnèrent de froid. Au contraire, ils avaient même tous deux très chaud.

Tous deux parcouraient le corps de l’autre à l’aide de leurs mains et de leurs bouches, mais Yoan s’impatienta et n’en pouvait plus. Cela faisait bien trop longtemps qu’il espérait secrètement sans jamais se le révéler que Ben le prenne. Il voulait le sentir en lui. Au moment présent, il ne désirait qu’une chose : lui appartenir. Il n’avait donc aucune envie de perdre du temps. Jamais il n’avait ressentit un désir aussi pressant.

 

-          Ben… prends-moi… Je veux te sentir en moi. Maintenant s’il te plait.

 

Ben porta son doigt à sa bouche pour l’humidifier et facilité ainsi sa pénétration. Mais il fut arrêter par Yoan qui attrapa sa main et ajouta :

 

-          Maintenant…

 

Il se tourna et s’allongea sur le ventre. Ben se plaça au-dessus de lui. Quand il sentit la respiration chaude de Ben dans son cou, Yoan frissonna.

Ben prit son sexe en érection d’une main afin de le placer comme il fallait en face de l’orifice de Yoan. Il le pénétra d’un coup sec, pensant qu’il valait mieux avoir mal un bon coup. Au hurlement de douleur que Yoan poussa, il regretta son geste. Il n’aurait pas du l’écouter. Il ne sut plus vraiment quoi faire. Il allait se retirer ne supportant pas de voir Yoan souffrir lorsque celui-ci articula difficilement :

 

-          Continu… Ne t’arrête surtout pas. La douleur va s’estomper. J’ai juste perdu un peu l’habitude…

 

Ben décida d’écouter Yoan et commença à se déhancher. Yoan avait raison, il mit peut de temps avant de se mettre à gémir de plaisir. Ben se laissa alors aller, et accéléra la cadence, se concentrant maintenant autant sur propre son plaisir que celui de Yoan.

Il voulait lui donner tout ce qu’il pouvait. Il souhaitait lui montrer de quoi il était capable. Il pouvait ainsi déverser toute sa colère, sa frustration et une partit de sa souffrance. C’était une tout autre forme de délivrance. Il n’avait jamais l’occasion de le faire cela avec Damien qui était uniquement actif. Avec Yoan, il avait l’impression de se sentir en parfaite harmonie avec lui et avait étrangement l’impression d’être compris.

Ils jouirent tous deux l’un après l’autre.

Ben se retira doucement de Yoan, et d’allongea à côté de lui sur le dos. Yoan se retourna et prit la même position. Ils fixèrent tous deux le ciel bleu ayant l’impression de se trouvaient au milieu des nuages qui défilaient devant eux. Ben tendit le bras et attrapa son pull. Il se cola tout contre Yoan et étendit du mieux qu’il pouvait son pull sur eux. Yoan posa sa tête sur son bras, et ramena sa main sur sa poitrine. Ainsi, il se sentait totalement protégé.

Aucun des deux ne voulaient parler de ce qu’ils venaient de faire, voulant profiter encore quelque temps de l’instant précieux qu’ils étaient en train de vivre.

 

 

 

«  Il y a des choses que nous ne souhaitons pas dévoiler. Des secrets si profonds que nous ne parvenons pas à les révéler. Et plus nous sommes muets, plus ses secrets nous rongent de l’intérieure. Cela commence si doucement et sournoisement que nous ne le sentons pas arriver. Avec son allié qu’est le temps, il s’immisce au plus profond de notre être et anéantit tout espoir de s’en sortir un jour. Quel était ce si sombre passé que tu ne voulais surtout pas me dévoiler ? Toute ton existence semblait être entouré de secrets. A l’époque, je pensais que c’était par manque de confiance en moi. Ben, j’étais pourtant là, j’avais beau avoir ma part de souffrance, j’aurais tant voulu partager la tienne. Vas-tu un jour te résoudre à te confesser et à me parler. Ben… je t’en supplie : ouvre les yeux de nouveau… »

 

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