Ne pars pas – Chapitre 16

Chapitre 16 – Ecrit par Mai-Lynn

 

Un sourire étira ses lèvres. Un sourire magnifique qui me fit plaisir. Et ce sentiment là, je l’adorais autant que je le détestais…

- J’adorerais…

Nos regards se croisèrent pour ne plus se lâcher alors que sa main glissait derrière ma nuque pour m’attirer vers lui. Nos lèvres se retrouvèrent pour un nouveau baiser passionné, me faisant comprendre qu’il était heureux, et qu’il allait me le prouver sur le champ…

**

Après une énième conférence de presse organisée par Alex, nous étions partis boire un verre au Sunset, un bar assez huppé de la ville. Liz avait finit par nous rejoindre n’ayant pas vraiment envie de retrouver Joshua à son appartement, qui avait décidé de rester un peu avec Morgan et Jules. Devant moi, se trouvait Baptiste qui passait son temps à regarder ses messages où à appeler sa boîte vocale.

- Baptiste, tu deviens pathétique… Soufflais-je en levant les yeux au ciel

- Il a dit qu’il allait me rappeler… Dit-il en composant une nouvelle fois le numéro de sa boite vocale.

Vivement, j’attrapais son téléphone, n’écoutant pas ses protestations.

- Tu t’es fait un gars, pendant une soirée, point barre ! Dis-je durement, si tu voulais plus, il fallait lui dire tout de suite que tu voulais plus.

- Mais tu m’as toujours dit…

- Depuis quand tu écoutes Éden ?

Cette fois, c’était Laura qui avait parlé. Elle se trouvait entre Liz et Kelly, une vodka pomme entre les mains.

- C’est vrai ça, depuis quand tu m’écoutes ? Soufflais-je en haussant les épaules.

Baptiste croisa les bras, boudeur.

- Je ne vois pas pourquoi tu cherches à tout prix à vouloir te caser, continuais-je dans une grimace, t’es guitariste dans un groupe qui devient célèbre, tu devrais profiter !

- Dixit le gars qui sort avec la même personne depuis euh… Bientôt six mois non ? S’exclama Félix, un petit sourire aux lèvres.

- Et qui compte l’amener tout le week-end chez nos parents… Rajouta Liz, amusée.

- Je ne sors pas avec Morgan… Et pendant 2 mois et demi, on ne s’est pas vu ! Dis-je le regard noir.

- Vu que c’est lui qui a un copain… ça ne serait pas plutôt Morgan qui ne sort pas avec toi ? Fit Kelly en faisant semblant de réfléchir.

- Pourquoi on parle de moi tout à coup ? M’écriais-je vexé, Baptiste prend tout trop à cœur, dîtes le lui vous aussi !

Tout le monde rigola puis Liz posa sa main sur l’épaule de Baptiste.

- Je ne pensais pas dire ça un jour mais… Éden a raison…

Je la fusillais immédiatement du regard et elle éclata de rire.

- Non, mais c’est vrai Baptiste, tu veux tomber amoureux mais te faire le premier type qui passe et attendre qu’il te rappelle, ce n’est pas tomber amoureux…

- Alors qu’est-ce que je dois faire ? Dit-il dans une grimace.

- Continuer à t’amuser… Aie ! Criais-je en posant ma main sur mon mollet où Kelly venait de me donner un violent coup de pied.

- Tu dois rencontrer la personne avec qui ça fait tilt du premier coup, expliqua Liz, dans un sourire.

- Et si ça ne fait pas tilt de son côté ? Demanda Baptiste, d’une petite voix

- Et bien tu passes à la suivante !

- Elle est débile ta stratégie Liz… Soufflais-je en portant mon verre à mes lèvres.

- Je suis d’accord avec Éden… Ma parole, tu es là voix de la raison ce soir ! S’écria Félix.

Tout le monde éclata à nouveau de rire. Tout le monde, sauf Baptiste qui posait son regard sur moi. Un regard triste dont je ne voulais pas comprendre la signification. Vivement, je levais la main pour commander une nouvelle tournée, mal à l’aise.

**

Le lendemain, c’est avec un léger mal de crâne que j’avais rejoins tout le monde pour une répétition et comme nous en avions prit l’habitude, j’étais resté à la fin, seul avec Morgan. Nous travaillions encore sur ma voix mais cette fois, c’était Morgan qui avait du mal à se concentrer et je pouvais lire sur son visage que ce n’était en aucun cas parce qu’il avait envie de faire autre chose avec moi.

Lorsqu’il se trompa une nouvelle fois d’accord, je ne tins plus et m’arrêtais de chanter. Mon regard se posa sur lui.

- Quelque chose ne va pas ? Demandais-je en fronçant les sourcils,

- Je… Non… Dit-il en fixant les touches de son instrument.

Mais il me mentait. Je le connaissais assez maintenant pour savoir lorsqu’il ne me disait pas la vérité. Il voulu reprendre sa musique mais je l’en empêchais, légèrement agacé, en attrapant son poignet et en le tournant vers moi.

- Morgan… Qu’est-ce qu’il y a ? Demandais-je, cette fois plus durement.

- Rien… Souffla-t-il dans un sourire qui sonnait faux.

Il voulu m’embrasser, mais je voyais bien là une manière de détourner la conversation. Vivement, je tournais la tête, ne me fiant pas à son regard blessé.

- Morgan… Dis-moi !

- Je ne vais pas pouvoir venir ce week-end, j’avais oublié que Jules m’avait invité… Laissa-t-il échapper, d’une traite.

Sous la surprise, mes doigts lâchèrent son poignet et mon cœur se serra jusqu’à m’en faire mal à la poitrine.

- Ah, ok… Murmurais-je tentant de masquer ma déception.

- Je suis désolé, il me l’a rappelé hier et… Si j’avais su je ne t’aurais pas dit que…

- Arrête ! Le coupais-je immédiatement, pas besoin de te justifier. C’est moi l’amant non ?

C’était ma place. J’étais l’homme caché et j’avais accepté ce rôle. Quelle idée j’avais eu de l’inviter chez mes parents… Les autres avaient raison, je m’impliquais beaucoup trop là dedans.

- J’aurais vraiment voulu voir ta famille avec toi… Lâcha-t-il, le regard légèrement triste.

Je ne voulais pas de ça. Surtout pas de ça. Vivement, je me levais et attrapais ma veste posée près du piano.

- Je… Je suis ton amant, tu n’as pas à vouloir voir ma famille, dis-je agacé,

- Arrête de dire ça… Répliqua-t-il énervé.

Mais je ne répondis rien. Tout ce que je voulais à cet instant, c’était être seul. J’allais trop loin avec lui. Venir avec moi passer le week-end chez mes parents ? Une belle connerie. Mais ce qui me faisait le plus de mal, c’était de voir que ce Jules pouvait faire n’importe quoi de lui…

- Je dois y aller, fis-je en me retournant vers la sortie, passe un bon week-end avec ton crétin.

Et sans lui laisser le temps de me retenir, je sortais de la salle. Il nous restait encore quelques jours avant le week-end mais la vérité, c’était que je ne voulais pas le revoir avant. J’avais besoin de redéfinir les limites que je nous imposais. Et pour ça, je devais me trouver loin de lui…

**

J’assistais aux répétitions sans grand enthousiasme. Je sentais le regard de Morgan posé sur moi mais je faisais tout pour ne pas céder. Et lorsque la répétition prenait fin, je faisais en sorte de partir le premier pour l’empêcher de me retenir. Et lorsqu’il m’avait envoyé un de nos messages codés « La répétition est avancée », je n’avais pas pris part à cette mascarade et j’avais répondu « Elle est annulée ». C’était puéril et totalement immature. J’en avais totalement conscience mais j’étais incapable de réagir d’une autre manière. Je n’étais pas habitué à passer après quelqu’un d’autre. J’étais toujours celui qu’on voulait, qu’on désirait. Avec Lucas comme avec tous les types que j’avais rencontré durant ces cinq années.

Ce soir-là, je le passais encore une fois seul. Je venais de raccrocher avec ma mère pour lui donner l’heure de notre départ à Liz et moi. Je n’avais pas eu le cœur de lui annoncer que Morgan ne venait finalement pas, je pourrais toujours trouver une excuse en arrivant là-bas.

Tout à coup, quelqu’un frappa à la porte et je me retournais. Je n’attendais personne… J’allais ouvrir la porte pour me figer aussitôt en y découvrant celui que j’évitais.

- Morgan ?

Il releva la tête et ma surprise disparue pour laisser place à toute la déception que j’avais emmagasiné en moi ces derniers jours.

- Tu ne devrais pas être dans un chalet avec ton crétin ?

Et là, sans que je comprenne vraiment comment, ni pourquoi, Morgan éclata en sanglots. Il me fallut quelques secondes avant de réagir pour l’attraper vivement et le prendre dans mes bras. Sa tête plongea dans mon cou alors que je le serrais contre moi. Il pleurait à chaudes larmes et je me sentais totalement impuissant. Pire que ça, j’avais été idiot, encore une fois…

Plusieurs minutes passèrent ainsi, sans qu’aucun de nous deux ne parlâmes. Il avait besoin de moi et je serais là pour lui. Avant toute notre histoire, il était aussi mon ami après tout. Lorsqu’il fut calmé, il se recula, légèrement honteux.

- Je… J’espère que je ne te gêne pas… Dit-il d’une petite voix.

Je posais ma main sur sa joue, tendrement et l’obligeais à croiser mon regard. Là, à l’aide de mon pouce, je tentais d’effacer les larmes sur ses joues ?

- Je ne savais pas que la répétition était avancée, soufflais-je dans un sourire pour le détendre.

Morgan rigola avant de secouer la tête amusé.

- Je suis désolé… Dit-il en passant ses mains sur ses joues.

- Désolé ? De quoi ? Répondis-je en m’écartant un peu de lui,

- De venir pleurer comme ça chez toi…

- Je pense que c’est mon rôle, puisque je suis ton amant câlin…

Il était mal et j’étais près à tout pour lui faire oublier ça, même à tomber dans la mièvrerie. Doucement, je posais mes lèvres sur les siennes pour un baiser qui m’avait incroyablement manqué ces derniers jours. Nos langues ne tardèrent pas à se retrouver tout aussi tendrement. Lorsque l’air vint à nous manquer, je m’écartais de lui, ancrant mon regard dans le sien.

- ça va mieux ?

Un petit sourire étira faiblement ses lèvres. Je n’allais pas l’assaillir de questions maintenant. Il était mal et tout ce qu’il avait besoin maintenant, c’était du réconfort.

- Tu as mangé ? Demandais-je en me retournant.

- Non…

Je l’invitais à me suivre dans le salon et attrapais mon téléphone portable pour commander à manger.

- Je vais commander quelque chose, tu préfères quoi ? Chinois ?

- Je n’ai pas très faim…

- Ce n’est pas la question que j’ai posé… Dis-je dans un sourire, alors, ça sera chinois.

Je composais alors le numéro avant de passer la commande. Je pris plusieurs repas, préférant ceux que Morgan et moi aimions le plus. Lorsque la commande arriva, nous mangeâmes, mais son téléphone n’arrêtait pas de vibrer dans la poche de son jean. Après de nombreux appels, Morgan finit par attraper le téléphone avant de l’éteindre sans même regarder qui l’appelait. Il était vraiment furieux, je n’en avais maintenant plus aucun doutes.

- Tu veux qu’on sorte après ? Demandais-je cherchant à lui changer les idées.

- Je préférais rester ici… Répondit-il sans oser croiser mon regard

- Ok… Dis-je en réfléchissant à ce que nous pourrions faire, alors je sais !

Vivement, je me levais et allais dans ma chambre pour trouver ma guitare. La musique était le seul moyen pour Morgan de se vider la tête… En plus du sexe mais quelque chose me disait qu’il n’était pas vraiment d’humeur pour la deuxième solution…

- On peut jouer un peu, proposais-je en lui tendant l’instrument.

Il attrapa la guitare avec un sourire et sans attendre commença à l’accorder.

- Quel morceau ?

- Surprends-moi, soufflais-je en m’asseyant à même le sol près de lui.

Au regard amusé qu’il me lançait, je su que j’avais touché dans le mille. Il commença alors à jouer une chanson très connue et je sentis mon estomac se crisper en me rappelant des paroles et du rythme de la chanson. Mais c’était un joli défi à relever… Sans attendre, je commençais à l’accompagner, ravi de voir que je parvenais à lui faire oublier sa peine quelques instants…

**

Et lorsque la fatigue avait commencé à se faire sentir, nous étions aller nous coucher. C’est avec une légère gène que je lui avais prêté un pyjama. Je n’étais pas vraiment habitué à faire ce genre de chose avec un homme et encore moins avec lui. Même si j’avais eu du mal à m’empêcher de le regarder se changer, je savais qu’il ne devait rien avoir de plus.

Une fois couché, Morgan vint se blottir contre moi et je le pris immédiatement dans mes bras. J’avais conscience de ce que je lui offrais mais pour ce soir, je mettais tout ça entre parenthèses. Pourtant, alors que je faisais tout pour ne pas penser au sexe, Morgan commença à passer ses mains sur mon torse. Je sentais mon cœur tambouriner de plus en plus dans ma poitrine alors qu’elles devenaient de plus en plus osées et je cherchais un moyen de le faire stopper. Mais lorsqu’il releva la tête pour m’embrasser, un baiser des plus fougueux, je perdis pied. L’une de mes mains partit sur sa nuque pour l’empêcher de s’éloigner alors que je sentais sa main frôler mon sexe. Mais dans une caresse plus prononcée que les autres, sentant que j’étais sur le point de réellement craquer, j’attrapais sa main et le repoussais légèrement, ancrant mon regard dans le sien.

- Tu es sûr ? Demandais-je sérieusement.

Son regard se voilà de tristesse et dans un soupire, il s’allongea sur le dos. Je me redressais alors pour m’allonger sur le côté. Nos regards se croisèrent et j’attendis patiemment qu’il me parle.

- Est-ce que tu trouves que… Enfin… Est-ce que… Souffla-t-il, de légères rougeurs aux joues.

- Est-ce que quoi ? Demandais-je en fronçant les sourcils

- Est-ce que tu me vois comme une pute…

- Quoi ?

Je ne pus m’empêcher d’éclater de rire. D’où est-ce que ça venait ? C’était bien la première fois que je l’entendais parler de ça, comme ça…

- Tu me poses de ces questions bizarres… Ajoutais-je amusé.

Mais à son regard, je compris que ce n’était pas sur un coup de tête qu’il me demandait cela. Gêné, il s’assit, remontant ses genoux contre sa poitrine et les entourant de ses bras.

- Je n’ai pas mis longtemps à te résister… Et c’est pareil avec tous les types que je rencontre… Dit-il, d’une voix tellement faible que j’en eus mal au cœur.

Je m’assis à mon tour dans le lit et attrapais son menton pour le forcer à croiser son regard. Où avait-il bien pu aller chercher cette idée ?

- Moi je me suis tapé la moitié de la ville, alors je dois être encore plus « pute » que toi… Répliquais-je dans un sourire amusé.

Morgan ne pu s’empêcher de rigoler, apparemment soulagé.

- Alors on était fait pour se rencontrer, fit-il, un petit sourire aux lèvres.

- Sûrement, soufflais-je avant de capturer ses lèvres dans un baiser doux.

Et encore une fois ce soir, ce fut lui qui prit les initiatives en me faisant basculer contre le matelas, un sourire extrêmement sensuel au bord des lèvres…

**

La respiration saccadé, je m’étais écroulé sur Morgan après une partie de jambe en l’air des plus démentielles… Une chose était sûre, j’allais le réconforter plus souvent s’il me remerciait de cette façon à chaque fois… Ses doigts caressant mon épaule m’apaisaient d’une manière telle que j’avais l’impression de ne pas avoir été aussi à l’aise avec un homme depuis un moment…

Mais même si j’avais pris mon pied, je ne pouvais m’empêcher de penser à ce qu’il m’avait demandé. Un pute ? Je connaissais assez Morgan pour savoir qu’il ne penserait pas ça de lui. Son petit-ami lui, par contre…

- Je peux te poser une question ? Demandais-je totalement dans mes pensées.

- Je… Oui… Répondit-il hésitant.

- Qui est-ce qui t’a dit ça ?

Pour ne pas lui laisser le loisir d’éluder la question, je relevais la tête et posais mon menton sur son ventre, ancrant bien mon regard dans le sien.

- A ton avis… Souffla-t-il gêné.

Je sentis une rage immense s’emparer de moi, autant contre Jules que contre Morgan.

- Ce n’est pas un crétin, c’est un vrai connard, m’exclamais-je les dents serrées, Pourquoi tu restes avec ce type ?

- Je… C’est compliqué… Dit-il en détournant le regard.

- Pourquoi ? Soufflais-je n’étant pas disposé à lâcher le morceau.

- Je suis quelqu’un de faible Éden, je me sers de Jules.

- Tu te sers de Jules ? A voir la manière dont il te traite, je pencherais plutôt pour l’inverse.

Je sentis ses mains sur mes épaules se crisper légèrement et je devinais que j’avais touché un point sensible. Mais Morgan devait arrêter de se laisser faire ainsi…

- Je… J’ai besoin de ce que m’apporte Jules… Avoua-t-il après une pause.

- Ah ? Et qu’est-ce qu’il t’apporte ? Demandais-je aussitôt.

Il ne pu soutenir mon regard et ne répondit pas. Il savait tout comme moi que cette relation ne rimait à rien. Et le déclic se fit à cet instant. Il n’aimait pas Jules… Il aimait le confort que lui apportait Jules. Il aimait simplement le mot « couple » et la sécurité qui en découlait. Moi… Moi j’étais celui qui lui refusait de mettre un mot sur ce que nous faisions. Celui qui se contentait de vivre l’instant présent et la dernière fois qu’il avait accepté, je m’étais enfui sans lui donner de nouvelles… Mais c’est deux mois et demi m’avait montrés que je ne recommencerais pas cette bêtise. J’avais compris que Morgan était plus qu’un plan cul, et je l’avais accepté…

Un soupire s’échappa de mes lèvres et je reposais ma tête sur son ventre, évitant à mon tour son regard.

- Si tu as peur que je m’enfuis comme la dernière fois, ce n’est pas la peine. Je ne le referais plus. J’ai été idiot…

Je fis une très légère pause, cherchant bien mes mots afin de ne pas lui faire mésinterpréter tout ce que je voulais dire.

- Même si je ne peux pas tomber amoureux de toi, je… Je tiens à toi Morgan…

Je sentais mon cœur exploser dans ma poitrine, autant de tristesse que d’appréhension. Mais pour la première fois depuis longtemps, je me laissais aller à ressentir ça… Je redressais la tête pour croiser son regard étonné.

- Est-ce que tu es heureux là, maintenant ? Demandais-je sérieux,

- Oui… Murmura-t-il le regard sincère.

- Alors pourquoi est-ce que tu cherches à te compliquer la vie avec un gars qui au final te fait plus de mal de que de bien ?

Le bonheur que je pu voir sur son visage fit battre mon cœur et lorsqu’il m’attira à lui une nouvelle fois pour un baiser des plus passionnés, je ne pus m’empêcher d’y répondre tout aussi ardemment, me sentant plus léger après cette confession…

**

La nuit fut courte et le réveil brutal. Allongé sur le dos, un bras posé sur mes yeux, je tentais de me décider à bouger, mais j’étais épuisé…

- Je ne savais pas que ça allait être aussi épuisant d’être un amant câlin… Murmurais-je dans un petit sourire.

J’entendis Morgan éclater de rire et je me félicitais d’avoir réussi à lui remonter le moral. Sa tête se cala contre mon épaule et tout son corps se colla au mien alors que sa main caressait tendrement mon torse. Finalement, je laissais tomber mon bras qui recouvrait mes yeux et ma main attrapa celle de Morgan, entrelaçant nos doigts. Le silence refit son apparition et je me laissais peu à peu bercer par nos deux respirations. Mais Morgan finit par me rappeler à l’ordre.

- Dis… Éden, est-ce que… Est-ce que je peux toujours venir chez tes parents ?

Je tournais la tête vers lui, amusé, oubliant tout ce que j’avais essayé de me faire croire hier…

- Depuis que je leur ai dit que tu venais, ils n’arrêtent pas de parler de toi. Alors je pense que tu n’as pas bien le choix.

- Tu ne leur as pas dit que… Enfin… Dit-il, légèrement mal à l’aise.

- Non…

Je n’avais pas vraiment envie de parler plus longtemps de ça. Pourquoi je m’évertuais à jouer la comédie à mes parents ? Je n’en avais aucune idée et je ne cherchais pas à en avoir… Mon regard se posa sur mon réveil.

- Liz ne va pas tarder à arriver, dis-je dans un soupire, et prépare-toi à l’ouragan. On devrait se lever… Tu peux passer chez toi prendre des affaires.

Mais je vis immédiatement son visage se fermer et je compris qu’il ne voulait pas risquer de recroiser Jules.

- Bon, je te prêterais des vêtements.

Et sans attendre, je me recouchais. Morgan fit de même avant de se lever tout aussi vite. Quelques minutes plus tard, j’entendis l’eau couler et sans vraiment que je ne le veuille, l’image de Morgan nu, l’eau coulant sur son corps laiteux se plaça dans mon esprit et je fus incapable de me rendormir. Un grognement s’échappa de mes lèvres et je me décidais à me lever, voulant aller voir par moi-même plutôt que de l’imaginer. Et le spectacle qu’il m’offrit fut des plus sensuels. Nu, les yeux fermés, incroyablement détendu, il passait ses mains dans ses cheveux. Morgan était canon. Mieux que ça, il était incroyablement beau. Et quand on le connaissait, on ne pouvait que l’apprécier… Alors comment faisait ce Jules pour être un bel enfoiré avec lui ?

Je perdis pas de temps et allais le rejoindre dans la cabine, me collant tout contre lui. Il tourna la tête vers moi, surpris.

- Ne t’inquiètes pas, je viens juste me laver, mentis-je, un sourire en coin étirant mes lèvres.

- Est-ce qu’une fois seulement on a fait que se laver dans la douche ? Me demanda-t-il, sachant déjà la réponse.

- Il faut bien une première fois à tout, soufflais-je en haussant les épaules avant d’éclater de rire, nous connaissant parfaitement.

J’attrapais le gel douche en me penchant un peu plus contre lui, cherchant à le tenter à nouveau même si je n’en avais pas vraiment besoin vu son sexe légèrement dressé.

- Ne bouge pas, murmurais-je en mettant du savon sur mes mains

Et lorsque je posais mes mains sur son dos, mon sourire s’élargit en le sentant frissonner. Je lui faisais encore de l’effet. Malgré ces six mois comme l’avait dit Félix, malgré toutes ces parties de jambes en l’air et même malgré cette nuit des plus sportives, je lui faisais encore de l’effet. Et lui me faisait un effet tout aussi dingue. Excité comme jamais je me collais à nouveau dans son dos et passais mes mains sur son torse, le savonnant d’une façon peu innocente. Mon intimité parfaitement dressée caressaient ses fesses et je le laissais succomber. Je pris un malin plaisir à passer mes mains sur chaque parcelle de son corps alors qu’il avait fermé les yeux. Et lorsque mes mains massèrent ses fesses, il ne tint plus et se retourna, happant mes lèvres dans un baiser des plus fougueux.

Je perdis pied et le plaquais contre le carrelage de la douche. Un léger cri s’échappa de ses lèvres sous le froid du carrelage, mais il l’oublia bien vite lorsque mes mains rapprochèrent son bassin du mien pour entrer en contact avec mon sexe.

Sensuellement, sa main descendit entre nos deux corps et toucha mon sexe. Grisé, je fis la même chose avant de laisser mes lèvres à la redécouverte de son cou. Des gémissements s’échappaient de nos lèvres et la température monta d’un cran.

Bientôt, je ne pus plus tenir et je retournais Morgan. La préparation que j’allais lui faire allait être rapide au vu de tout ce que nous avions fait cette nuit… Le premier doigt fut accueillit par un cri de surprise, de douleur et de plaisir. Mais même si j’avais envie de le reprendre, là, sur le champ, je fis un effort pour lui enlever cette douleur et ne laisser que le plaisir.

Quand je ne pus plus me retenir, j’enlevais mes doigts et pénétrais en lui, le plus doucement possible. Un cri franc de plaisir et de douleur s’échappa des lèvres de mon amant et je me stoppais net, attendant qu’il s’habitue à moi. Mais Morgan en avait tout autant envie que moi et bientôt il commença à se déhancher. Mes mains sur ses hanches, j’entamais des coups de reins violents, mes lèvres posées sur son épaule que je mordillais lorsque le plaisir était trop bon. Nos corps s’épousaient à merveille et je perdis totalement la raison, envahis par cette vague de chaleur si dévastatrice. Et plus vite que je ne l’aurais cru, elle me fit éjaculer en lui tandis qu’il faisait de même.

Le souffle coupé, nous ne bougeâmes pas pendant quelques minutes, savourant cet orgasme. Je finis par me retirer et Morgan en profita pour se retourner et m’offrir un baiser des plus doux auquel je répondis aussitôt. Et lorsque l’air vint à nous manquer et que nos regards se croisèrent, nous éclatâmes de rire. Alors que j’allais une fois de plus le charrier sur son incapacité à me résister, Liz me devança.

- C’est bon ? Vous avez fini ? Il serait peut-être temps de se préparer pour partir !

Un soupire s’échappa de mes lèvres et je me reculais, les dents serrées.

- Il faut vraiment que je récupère mes clefs… Dis-je agacé.

J’attrapais le gel douche et commençais à cette fois vraiment me laver. Quelques minutes plus tard, nous étions hors de la douche et j’attrapais toutes mes affaires pour les mettre dans ma valise. Mais au moment même où j’allais ouvrir la porte, Morgan me retint avec un baiser passionné. Un baiser qui me fit frissonner tant il était doux et me laissa pantelant lorsque l’air vint à nous manquer. Son regard s’ancra dans le mien et un petit sourire étira ses lèvres alors que je me sentais rougir, les yeux écarquillés.

- Éden, magne-toi ! Cria Liz, de plus en plus énervée.

- C’est bon ! Râlais-je en reprenant contenance et en évitant le regard amusé de Morgan par l’effet produit.

Je me décalais légèrement et ouvrais la porte pour croiser le regard furibond de ma sœur.

- Sérieux Éden ! Il faut toujours que tu sois à la bourre ! S’écria-t-elle, les poings sur les hanches.

- Ce n’est pas vrai ! Répliquais-je aussitôt, j’aurais été à l’heure si Morgan n’était pas arrivé hier !

Morgan sortit à son tour de la salle de bain, rouge de gène, une serviette nouée sur ses hanches. Le regard de Liz changea du tout au tout, passant de la colère à la tristesse.

- Je me doutais que tu serais ici… Dit-elle, d’une petite voix, Joshua est vraiment inquiet tu sais, il…

- Je n’ai pas envie de parler de lui, trancha Morgan, froid.

Liz acquiesça et je la fis sortir de la chambre. Une fois seuls, mon regard se posa sur mon amant qui me regardait tout penaud.

- Quoi ? Fis-je surpris… Ah oui ! Des vêtements !

Et sans attendre j’ouvrais ma commode pour chercher un jean, mais mon regard se posa sur un pantalon de cuir noir. Un petit sourire aux lèvres, je l’attrapais prenant en plus une chemise blanche, des chaussettes et un boxer. Lorsque je posais tout ça sur le lit, Morgan me regarda surpris.

- Attends… Souffla-t-il ennuyé, je ne peux pas porter ça pour aller chez tes parents.

- Pourquoi ? Demandais-je dans un sourire moqueur, tu seras vraiment sexy !

Morgan leva les yeux au ciel et attrapa le pantalon en cuir.

- Si je porte ça, dit-il sérieux, et vu ce qu’il s’est passé dans la salle de bain tout à l’heure… Est-ce que tu peux me promettre de ne pas avoir d’érection dès que tu me verras marcher là dedans ?

Une grimace étira mes lèvres en imaginant Morgan dans ce pantalon et je sentis immédiatement mon intimité se durcir légèrement.

- Tu n’es vraiment qu’un pervers ! Souffla Morgan en me balançant le pantalon sur la figure.

Je ne pus m’empêcher de rire et je lui attrapais un jean qui lui irait avant de m’habiller à mon tour. Un pantalon en toile beige surmonté d’un polo blanc, voilà qui ferait l’affaire. J’attrapais de quoi nous changer pour le dimanche et les fourrais dans un sac de voyage en plus de mes affaires de toilettes.

Quelques minutes plus tard, nous retrouvions Liz dans le salon.

- Morgan… Tu es sûr de ne pas vouloir… Juste lui dire que tout va bien ? Demanda-t-elle encore une fois.

- Non, répondit mon amant avant d’attraper ses chaussures et de les enfiler.

Mon regard croisa celui de ma sœur et je haussais les épaules. Il m’avait raconté pour Jules, mais il devait aussi en vouloir à Joshua… Peut-être parce qu’il n’avait pas prit sa défense… J’entendis Liz soupirer et elle remit sa veste. J’enfilais mes chaussures puis nous sortîmes de l’appartement. J’allais me mettre devant avec Liz comme conductrice tandis que Morgan chargeait la voiture. Quand il vint nous rejoindre sur le siège arrière, il ne put réprimer un gémissement de douleur et immédiatement nous nous retournâmes vers lui, surpris.

- ça ne va pas ? Demandais-je en fronçant les sourcils.

Mais des rougeurs colorèrent ses joues une nouvelle fois et il évita notre regard en répondant un « si, si » faible. Je ne pus m’empêcher de rire en comprenant qu’il avait du mal à tenir assis, surtout après cette nuit…

- Quoi ? Fit Liz en me regardant.

- Rien, dis-je en me retournant, tu devrais peut-être t’allonger Morgan, la route va être longue !

Je le vis me fusiller du regard dans le rétroviseur et je ne pus réprimer un nouveau rire…

**

Trois heures plus tard, nous arrivâmes chez mes parents qui sortirent en nous voyant. Ils prirent Morgan dans leurs bras comme s’il était un membre de la famille à part entière et à voir son regard troublé, je sus que ça lui faisait plaisir. J’attrapais les bagages et mon père m’aida à tout monter dans ma chambre, posant une des valises dans la chambre de Liz.

- Il a une petite mine Morgan… Souffla mon père en déposant un sac sur le sol.

- Il s’est disputé avec son frère, répondis-je en éludant la question, ça ne leur prend pas souvent donc ils ne sont pas habitués.

- Comme nous…

Je ne pus m’empêcher de rigoler. Avoir cinq enfants qui passaient leur temps à se chamailler ne devait pas être quelque chose de très reposant. Dans un soupire, je m’allongeais sur mon lit, posant mes mains sur mes yeux.

- Je suis crevé ! Dis-je d’une petite voix.

- Repose-toi un peu avant de descendre, mais après il faudra que tu sois d’attaque ! S’écria mon père en sortant de la chambre

- Pas de souci !

J’entendis la porte se fermer, pour s’ouvrir une nouvelle fois quelques secondes plus tard. Surpris, je me redressais sur mes coudes et un sourire étira mes lèvres en découvrant la marque de rouge à lèvres sur la joue de mon amant.

- Je vois que tu as rencontré ma grand-mère ! Dis-je amusé.

- J’ai salué tout le monde dans le jardin, répondit-il en passant sa main dans ses cheveux pour remettre quelques mèches derrière son oreille, ils se demandent pourquoi tu ne vas pas les voir.

Vivement j’attrapais sa main et le tirais sur le lit pour le faire s’allonger. Et sans lui laisser le temps de réagir, je m’allongeais contre lui. La faiblesse de Morgan était les câlins. Un seul suffisait à lui faire oublier le fil de ses pensées et je pouvais faire ce que je voulais de lui. Mon bras enserra sa taille et je plongeais ma tête dans son cou, embrassant sa peau.

- J’ai passé la nuit à te faire plaisir, soufflais-je d’une voix ensommeillée, à toi maintenant.

J’entendis Morgan rigoler et il passa sa main dans mon dos. Et sans vraiment que je comprenne comment, je m’endormis à la seconde.

**

- Bon les gars, il serait peut-être temps de vous bouger !

Je me réveillais en sursaut tout comme Morgan et nous nous asseyâmes sur le matelas. Mon regard se posa sur Liz et Norah toutes essoufflées et sur le réveil de ma chambre.

- Merde Morgan, ça fait une heure qu’on dort ! M’exclamais-je en écarquillant les yeux.

- Oui et Maman, nous a interdit de venir parce que vous deviez être fatigués par la route.

Son regard croisa celui de Norah.

- C’est moi qui aie conduit en plus… Dit-elle en boudant légèrement.

- C’est bon, on se lève, Répondis-je en mettant mes paroles en mouvement, mais je vais me faire un malin plaisir de lui dire que tu as désobéit !

Mon regard se posa sur Norah et je m’approchais d’elle pour lui faire la bise.

- Salut Norah, Soufflais-je légèrement mal à l’aise.

- Bonjour, tiens prends ça, dit-elle en me donnant un carton remplis de décoration d’extérieur, descendez au rez-de-chaussez, les gars ont besoin de vous !

Et sans attendre, elle tourna les talons, Liz la suivant au pas de course. Un soupire s’échappa de mes lèvres et je me tournais vers Morgan, les bras chargés.

- Je suis sûr que tu vas très vite regretter d’avoir voulu venir… Fis-je dans une grimace.

Morgan descendit du lit en rigolant légèrement et une fois qu’il fut debout, il posa ses mains sur mes joues, laissant son souffle caresser mes lèvres.

- Je ne crois pas non… Lança-t-il dans un sourire en coin avant de m’embrasser.

Ce fut exactement le même baiser que dans la salle de bain. Lorsque sa langue entra en contact avec la mienne, je me sentis frissonner et mon cœur loupa un battement. Comment faisait-il pour provoquer ce raz-de-marée en moi rien qu’avec un baiser ? Il me laissa une nouvelle fois pantelant, le rouge aux joues, avant de se reculer, fier de la réaction qu’il avait provoqué.

- Il faut vraiment que tu arrêtes de m’embrasser comme ça si tu ne veux pas que je te saute dessus… Soufflais-je légèrement gêné.

Vivement, ne voulant pas croiser son regard amusé, je me retournais et commençais à descendre les marches. Morgan ne tarda pas à me suivre après avoir attrapé un carton qui traînait dans le couloir. En chemin, je saluais des cousins et cousines venus pour l’occasion et qui aidaient aussi à tout préparer. Et lorsque nous débarquâmes sur la terrasse, ma mère vint vers nous.

- Alors les garçons, bien reposé ? Demanda-t-elle en passant sa main sur ma joue.

Moh, j’aurais bien dormi un peu plus mais Liz et Norah nous ont réveillés… Fis-je dans une moue.

Ma mère tourna sa tête vers mes sœurs, les fusillant du regard.

- C’est pas vrai ! S’écrièrent-elles toutes les deux.

- Ils étaient à moitié réveillés… Ajouta Liz en haussant les épaules.

- De toute façon, il était temps qu’on se lève, dit tout à coup Morgan un peu gêné, nous n’allions pas vous laisser tout faire seuls…

Ma mère lui fit un sourire avant de passer sa main sur sa joue à son tour, effaçant la trace de rouge à lèvres que lui avait laissé ma grand-mère.

- Je crois que je suis en train de tomber amoureuse de toi ! Avoua-t-elle dans un clin d’œil.

- Éden, ne l’invite plus jamais ici ! S’écria mon père en ramenant ma mère vers lui, le regard faussement furieux.

J’éclatais de rire et laissais Morgan avec eux, tandis que j’allais saluer le reste de la famille…

**

La fête battait son plein et mon père était aux anges. Nous avions mangé un barbecue avant d’entamer le dessert et je me retrouvais à table, en face de Jay en train de faire un battle de shoot de tequila.

- J’ai gagné ! S’écria Jay en se levant et en frappant son torse à la manière de King-kong.

- Tu n’as pas honte de faire ça devant tes enfants ! Râlais-je, mauvais joueur.

- Pwa, ils le feront bien un jour ! On s’en refait un autre ?

- Pas question ! Lança Suzie, sa femme, en attrapant la bouteille de tequila, je n’ai pas envie de te porter pour aller te coucher.

J’éclatais de rire avant d’attraper Morgan, qui était assis près de moi, par le cou.

- Tu vois Jay, ce qui est bien quand on est pas marié, c’est qu’on fait ce qu’on veut, hein Morgan !

- Exactement ! Lança-t-il amusé, en levant sa bière vers mon frère.

Je ne pus réprimer un autre rire et vivement capturais ses lèvres dans un baiser. Ce fut à cet instant qu’on entendit le flash d’un appareil photo. Mon regard se posa dans la direction et je vis Liz regarder son numérique, un sourire aux lèvres.

- Mademoiselle Matthews, soufflais-je dans une grimace, je suis une rock-star maintenant, les clichés de moi sont interdits sans mon consentement !

- Et y consentes-tu ? Me demanda-t-elle en me regardant.

- Non.

- Alors tant pis.

Et sans attendre elle repartit dans la foule, sous le rire de mes parents.

- En parlant de la tournée, Éden t’a dit que nous sommes allés le voir ? Demanda ma mère en croisant le regard de mon amant.

- Oui, j’ai vu les photos, vous avez passé un bon moment ? Répondit-il dans un sourire.

- C’était génial ! Souffla mon père alors que je me redressais avec fierté, Tout le monde avait les yeux rivés sur toi !

- C’est parce que je suis le plus beau !

Tout le monde éclata de rire et ma mère attrapa mon visage pour me tirer vers elle afin d’embrasser ma joue en lançant un « Oh ça c’est vrai ! » qui me fit rire.

- J’ai écouté un peu de tes musiques sur le site que nous a montré Éden, commença mon père en regardant Morgan, tu as vraiment beaucoup de talent ! Comment se fait-il que tu ne veuilles pas avoir la gloire toi aussi.

- Parce que ce n’est pas ce que je recherche… Répondit Morgan en haussant les épaules.

- Tout le monde recherche la gloire, souffla Norah froidement, seulement les gens n’osent pas l’avouer.

- Commence pas à faire ta langue de vipère ! M’écriais-je en la défiant du regard

- Laissez Morgan parler vous deux ! Trancha ma mère en nous pontifiant d’un regard noir

Vexé, je croisais les bras contre ma poitrine et je pus voir Norah en faire de même.

- Je… En fait, je n’ai pas besoin de ça… Expliqua Morgan en nous regardant tour à tour Norah et moi, j’aime bien être l’homme de l’ombre… Les conférences de presses, les interviews, les tournées, très peu pour moi !

- Quelle personne pleine d’altruisme tu es… Lança Norah en se levant et en échappant au regard furieux de ma mère.

Un soupire s’échappa de mes lèvres et je passais ma main dans les cheveux de Morgan qui semblait déçu.

- T’en fais pas, elle doit avoir ses règles… Dis-je dans un petit sourire.

- Bah elle a ses règles tout le temps alo… Aie ! Lança Jay, en tenant son bras et en croisant le regard de sa femme. Bah quoi, c’est vrai non ?

Il regarda Morgan et lui sourit.

- Norah a un énorme balai dans le derrière, elle est comme ça avec tout le monde, ne le prends pas vraiment pour toi, dit-il en haussant les épaules. Il a fallu attendre qu’on soit marié Suzie et moi pour qu’elles puissent vraiment discuter et c’est pareil pour Amanda… Quand à Joshua, elle ne le regarde même pas alors sois déjà content qu’elle te parle…

- Elle est un peu casanière, les garçons, je pense que c’est le mot que vous cherchez, souffla ma mère en se resservant un verre de rosé, dis-moi tu suis d’autres groupes en dehors des Light Shade ?

- Non, répondit aussitôt Morgan, enfin je fais des compositions de musique pour des films mais je suis leur compositeur attitré.

- Tu as du avoir du temps pour toi quand ils étaient en tournée non ? Ça va, Éden ne te manquait pas trop ? Tu n’as pas eu envie de partir avec lui ?

Je sentis immédiatement mon estomac se serrer et mon regard nerveux croisa celui de Morgan. Un gène immense se propageait en moi, et je n’avais qu’une envie, prendre mes jambes à mon cou. Mes parents n’étaient au courant de rien et je ne voulais pas qu’ils le sachent. Je ne voulais pas qu’ils voient à quel point j’avais été minable. Voyant que Morgan était tout aussi mal à l’aise, je lançais, pour détendre l’atmosphère :

- On s’envoyait des sextos, avec ça le temps passe plus vite.

Je vis Morgan tourner la tête vers moi rouge de gène et tout le monde éclata de rire. Jayson manqua même de s’étouffer avec la bière qu’il avait prit en cachette. Je rigolais légèrement, ravi de voir les gens autour de nous se tourner pour discuter entre eux. Du bout des doigts, j’attrapais son menton avant de poser mes lèvres sur les siennes dans une promesse muette, celle de ne plus refaire la même bêtise.

**

Vers la fin de l’après-midi, les gens avaient commencé à partir et mon père avait improvisé un match de football avec la famille qui restait. Tout le monde avait été réparti entre mon père et mon oncle, et même Morgan qui rigolait avec Riley, jouait.

- Bon, je pense que le compte en bon, souffla mon père en nous regardant moi et Jay.

- Quoi ? M’écriais-je vivement

- Regardez-vous tous les deux, vous tenez à peine debout !

Il lança le ballon sur Jayson qui essaya de faire une tête avec mais qui ne réussit pas, avant d’éclater de rire tout seul.

- Je ne sais pas si je dois être amusé ou totalement désolé pour vous… Fit mon père en secouant la tête.

- Je te dis que je peux jouer ! Criais-je vexé.

D’un pas laborieux, j’allais prendre la balle avant de la mettre devant moi. Le regard concentré, je commençais à reculer, avant de courir vers le ballon. Mais au moment même où je voulus shooter dedans, je glissais, provoquant l’hilarité de toute l’assemblée. Mon oncle attrapa la balle amusé et ils retournèrent tous sur le terrain improvisé. Morgan vint vers moi, un large sourire étirant ses lèvres. Il me tendit une main et m’aida à me lever.

- Tu aurais pu me soutenir un peu ! M’écriais-je, légèrement boudeur.

- Tu as ingurgité à toi tout seul tout le stock de tequila… Répliqua-t-il en passant un bras autour de ma taille pour m’aider à marcher.

- Pas du tout ! Jay m’a aidé !

Morgan rigola et m’emmena près de ma mère.

- Alors ils ne veulent pas jouer avec toi mon grand ? Demanda-t-elle alors que je m’asseyais par terre à côté d’elle.

- Non… Tu vas aller leur dire ? Soufflais-je dans un bâillement

- Oui, dans une minute, allonge-toi deux secondes ici.

Sans broncher, je pris place à côté de Jay, pour m’endormir aussitôt…

**

Ce ne fut que le lendemain que je me réveillais et bien en forme. La nuit avait été longue et mon regard se posa sur le réveil qui affichait dix heures. Je me redressais dans un soupire et un sourire étira mes lèvres en voyant Morgan dormir encore profondément. Il était affalé dans le lit, sur le dos, le torse nu. Mon regard se posa sur mon érection matinale et tendis l’oreille pour savoir si tout le monde était réveillé.

Mais tout le monde devait encore dormir et les lèves-tôt devait regarder la télé en nous attendant. Le plus doucement, j’enlevais la couverture avant de m’allonger sur lui, posant mes lèvres sur le bas de son ventre. Mais malgré toutes mes précautions, Morgan se réveilla en sursaut.

- Qu’est-ce que…

- Chut, mes parents dorment à côté ! Soufflais-je en fronçant les sourcils.

- Justement… Reprit-il tout bas, de légères rougeurs sur ses joues, ils vont entendre… Et je..

Mais je ne l’écoutais pas et laissais glisser ma langue dans son nombril. Un frisson secoua sa peau et ravi je relevais la tête pour le défier du regard. Morgan céda et sa main passa dans mes cheveux avant de se poser sur ma tête.

- C’est donnant-donnant ! Lui murmurais-je en lui montrant mon érection.

Morgan rougit de plus belle et il s’allongea dans le lit. Fier de moi, je tournais sur moi-même, posant mes genoux de chaque côté de son visage. Rapidement, je sortais son pénis de son bas de pyjama et pus constater qu’il commençait à devenir dur. Morgan lui, passa sa main à l’intérieur de mon tee-shirt avant de caresser sensuellement mon torse.

Sa main glissa ensuite à l’intérieur de mon boxer et il commença à me masturber avec beaucoup de vigueur. Je ne pus réprimer un gémissement avant de prendre Morgan entre mes lèvres. J’entendis sa respirations s’accélérer tandis que je glissais ma langue autour de son membre. Bientôt, je commençais des vas-et-viens rapides et il finit par me prendre en bouche à son tour.

Mais en matière de fellation, Morgan me dépassait largement et j’avais beaucoup de mal à tenir mon rythme tout en savourant ses caresses. Lorsqu’il passa sa main sur mes fesses, ce fut le coup de grâce et j’éjaculais dans sa bouche. Mais si j’avais pu jouir, lui ne l’avait pas encore fait. Sans attendre, l’une de mes mains alla masser ses testicules tandis que je reprenais un rythme de succion beaucoup plus rapide qui finalement eut raison de lui quelques secondes plus tard.

Un sourire aux lèvres, je revins vers lui, amusé de le voir avec un bras posé sur ses yeux.

- On a du mal à s’en remettre ? Demandais-je en m’allongeant sur le côté.

- Non… Mais maintenant j’ai envie de plus… Murmura-t-il en rougissant.

Je ne pus m’empêcher de rire avant de prendre ses lèvres d’assaut. Immédiatement ses mains se posèrent dans mes cheveux alors que nos langues commençaient leur danse favorite. Lorsque l’air vint à nous manquer, je stoppais le baiser, caressant son nez avec le mien.

- Il faudra patienter ce soir, pour le reste, j’entends déjà Liz se lever.

Et quelques secondes plus tard, j’entendis Riley parler avec elle.

- Viens, il faut qu’on se lève sinon on aura plus d’eau chaude ! M’exclamais-je en me levant et en attrapant des vêtements propres.

Morgan fit de même et nous sortîmes, direction la salle de bain.

**

Nous avions passé la matinée à ranger la maison et le jardin avant de nous attabler devant des sandwichs que ma mère avait préparé à la va-vite. Il y avait une bonne ambiance et même Norah semblait détendue, rigolant en racontant nos exploits à Jay et moi. Une fois le dessert pris, je me levais et commençais à débarrasser.

- Vous allez partir tout de suite ? Me demanda mon père en regardant Liz.

- Non, enfin je pensais faire visiter le coin à Morgan, ça te va ? Dis-je en croisant le regard de ma soeur.

- Oui, je pensais partir vers 18 heures, Répondit-elle en regardant l’heure.

- Allez-y les garçons, on peut se débrouiller sans vous, souffla ma mère en prenant les assiettes dans mes mains.

- J’étais sûr que c’était une excuse pour ne pas débarrasser ! Pesta Jay, blanc comme un linge à cause de sa nuit alcoolisée.

Je lui fis un clin d’œil et attrapais la main de Morgan, évitant de croiser le regard de Norah.

- A tout à l’heure ! Lança Morgan en me suivant.

Et quelques minutes plus tard, nous étions dehors à marcher le long du trottoir.

- Merci encore, pour ce week-end… Souffla Morgan au bout d’un moment.

- De rien, tu t’amuses ? Demandais-je dans un sourire.

- Oui… Je ne suis pas habitué à ce genre de réunions familiales…

- Tu n’as jamais connu ta famille ?

Il secoua négativement la tête et mit ses mains dans ses poches, gêné.

- Et tu n’as jamais pensé à les rechercher ? Le questionnais-je, curieux.

- A quoi bon… J’ai été pendant 18 ans dans le même orphelinat et pas une seule fois ils ont voulu savoir ce que je devenais… Même encore aujourd’hui, dès que je déménage, je donne l’adresse à l’orphelinat… Juste au cas où… Si ils veulent vraiment me retrouver, ils n’auront pas grand chose à faire…

Son regard était si triste à cet instant que je ne pus me retenir. Vivement j’attrapais les pans de sa veste et levais la tête pour déposer un baiser doux sur ses lèvres. C’était un baiser simple dont l’unique but était de le réconforter. Et lorsque je me reculais, un sourire étirait ses lèvres.

- Je veux bien te prêter ma famille si tu veux, soufflais-je en lui rendant son sourire, mais tu risques de devenir dingue très vite à trop les côtoyer.

Morgan rigola et nous reprîmes notre chemin avant de nous stopper net en croisant le regard de Baptiste. C’était le même genre de regard qu’il avait posé sur moi en boite de nuit et immédiatement je me sentis mal à l’aise. Il était accompagné d’une fille aussi rousse que lui avec un regard émeraude à vous couper le souffle. C’était la copie parfaite de Baptiste.

- Ma parole Cathy, tu es presque aussi grande que ton frère ! M’écriais-je en allant l’embrasser sur la joue.

- On parlait justement de toi en plus ! C’est trop fort ! Répondit-elle toute sourire.

- Ah, il te disait que je n’étais qu’un sale con je suis sûr !

- Oui voilà !

Je rigolais et me tournais vers Morgan.

- Morgan, c’est Cathy, la sœur de Baptiste… Tu as quel âge maintenant ? 14 ?

- 15 ans dans un mois ! Répondit-elle fièrement.

- Et vous allez où ?

Au parc, je lui ai promis une glace avant de partir, c’était bien l’anniversaire de ton père ? Demanda Baptiste dans un sourire, redevenant normal.

- Demande ça à Morgan, moi j’ai un peu abusé de la boisson avec Jay.

Baptiste rigola et regarda Morgan.

- Oui c’était bien, Éden a une grande famille ! Répondit-il aussitôt.

- Ah ça c’est sûr ! Bon… Vous voulez venir avec nous ?

- Non c’est bon, Liz nous attend pour rentrer, je lui fais juste un peu visiter.

Baptiste tira alors sur le bras de Cathy pour reprendre leur route.

- Ok, à demain alors !

Nous leur fîmes un signe de la main avant de continuer notre route, nous aussi.

Nous marchâmes quelques minutes de plus avant d’arriver devant une petite école, juste en face du lycée.

- Voilà, c’est là que j’ai étudié, dis-je dans un sourire.

- Je t’imagine aller là avec ton cartable sur le dos, répondit-il amusé.

- On débarquait tous en même temps, vu que j’étais le petit dernier, mes sœurs passaient leur temps à me surveiller, c’était insupportable.

Un rire s’échappa de mes lèvres alors que nous commencions à faire le tour des bâtiments.

- Un jour, j’ai voulu leur échapper, racontais-je en haussant les épaules, alors je suis parti tout seul en cachette, mais j’ai loupé le trottoir et résultat, un bras cassé ! Ma mère a vu rouge et elle n’a plus jamais voulu me laisser partir seul.

Morgan éclata de rire tandis que je m’arrêtais devant la cour de l’école.

- Là, sous le toboggan, c’est là où j’ai eu mon premier baiser, avec la sœur de Félix, on avait 10 ans.

- La sœur de Félix ? Souffla Morgan surpris.

- Oui et mon deuxième baiser c’était avec le cousin de Laura !

Je tirais la main de Morgan, nous contournâmes le lycée et je lui montrais chaque classe où j’avais été. Nous passâmes par le stade où des jeunes jouaient au foot.

- Tu vois les vestiaires là-bas ? Demandais-je en les montrant du doigt.

- Oui, fit-il en plissant les yeux.

- C’est là que j’ai perdu ma virginité.

Morgan se tourna vers moi, surpris.

- Dans des vestiaires ? Fit-il étonné

- Lucas voulait attendre qu’on soit chez nous, seuls, mais c’était un peu mission impossible alors… Dis-je en haussant les épaules.

- Tu avais quel âge ? Me demanda-t-il aussitôt.

- 15 et Lucas 18, ça faisait six mois qu’on sortait ensemble.

Un sourire étira mes lèvres en me remémorant cet instant magique, cet instant où j’avais su que Lucas était mon âme-sœur.

- Et toi ? Soufflais-je en cherchant un coin de pelouse où nous asseoir.

- J’avais 17 ans, et ça n’avait vraiment rien de romantique… Dit-il dans une grimace.

- C’était si mauvais que ça ? Dis-je amusé.

- Ça a été juste comme ça, pour le faire.

Je rigolais et m’allongeais sur le sol, sur mes coudes, regardant les jeunes jouer. Morgan vint s’installer près de moi. Plusieurs minutes passèrent sans que nous ne parlions, profitant juste de l’instant. Puis Morgan brisa le silence.

- Dis Éden… Comment était Lucas ?

Je me tournais vivement vers lui, surpris. Il avait baissé la tête, jouant avec une marguerite, comme s’il attendait que je l’envoie balader. Dans un soupire, j’attrapais mon portefeuille et y sortis une photo de nous deux. C’était un mois avant sa mort. Il était torse nu et l’on pouvait voir son tatouage. Je me trouvais derrière lui, l’enserrant de mes bras.

- Il ressemblait à ça, dis-je en lui tendant la photo.

- Non, enfin… Comment il était… Dans la vie… Souffla Morgan en rougissant.

Mon regard se posa sur les jeunes et pendant quelques minutes je ne dis rien.

- C’était le gars le plus gentil que j’ai jamais connu, dis-je faiblement… Et quand je dis gentil, tu n’imagines même pas à quel point… Et ça m’énervait ! Ça lui arrivait souvent d’arriver en retard à nos rendez-vous pour aider les petites vieilles du quartier à faire leur course, et à chaque fois, je piquais des crises monumentales… Je me demande pourquoi il ne m’a jamais largué…

- Parce qu’il était amoureux… Murmura Morgan.

Je me tournais vers lui pour voir qu’il caressait le tatouage de Lucas.

- ça aussi ça m’a étonné… Repris-je en haussant les épaules, qu’il tombe autant amoureux de moi alors qu’il y avait plein d’autres types de son âge beaucoup plus intéressant que moi…

Mon regard se posa une nouvelle fois devant moi.

- Il était drôle, intelligent, populaire… J’étais totalement raide dingue de lui… Je le connaissais depuis que j’étais né et un jour, quand j’allais avoir 14 ans, il a déménagé. Mais un an plus tard, il est revenu vivre ici et c’est là que tout à changé… Pour nous deux… On a été attiré l’un par l’autre… comme des aimants.

Un nouveau sourire étira mes lèvres et je sentis mon cœur se serrer.Il me manquait, atrocement…

- Tu… Tu penses que vous seriez toujours ensemble maintenant ? Me demanda-t-il après un temps.

- Je pense même qu’on serait marié… Soufflais-je tristement.

Je sentis ma gorge se nouer et je m’allongeais sur la pelouse. Morgan du sentir mon troubler car il vint se coller à moi, entourant ma taille de son bras et posant sa tête sur mon épaule. Plus aucun mot sur Lucas ne furent échangés après ça et je lui en fus reconnaissant…

**

Nous avions pris la route à l’heure convenue après des au revoir difficiles. Ma mère aimait nous savoir tous à la maison, mais nous avions chacun nos vies à présent. Morgan la remercia chaleureusement et au sourire qu’il arborait, je sus qu’il avait passé un agréable week-end. Trois heures plus tard, nous arrivions en ville et le regard de Liz se posa sur le rétroviseur pour regarder Morgan.

- Je te dépose chez toi ?

- Euh… Je… Souffla-t-il, hésitant.

- Non chez moi, tranchais-je en gardant mon regard rivé sur la route.

Je me doutais que Morgan ne voulait pas rentrer chez lui et affronter son frère avec qui il s’était disputé. Je lui avait offert deux nuits de répit, je pouvais très bien lui en offrir une troisième. Je sentis le regard de Liz posé sur moi.

- Mais… Commença-t-elle

- Mêle-toi un peu de ce qui te regarde ! Dis-je sérieux, il rentrera chez lui quand il en aura envie.

Un soupire s’échappa de ses lèvres et elle n’ajouta rien de plus. Elle nous conduisit chez moi et repartit chez elle après qu’on l’ait remercié.

- Je ne sais pas toi, mais moi je suis crevé, lançais-je dans un bâillement alors que nous rentrions dans mon appartement.

- J’ai surtout envie d’une douche, répondit Morgan en s’étirant, J’ai cru que j’allais mourir de chaud.

- Tu n’as qu’à aller en prendre une, prends un pyjama dans ma commode, je vais commander une pizza, ça te va comme repas ?

Morgan acquiesça et alla dans la chambre avec notre sac de voyage. Quelques minutes plus tard, j’entendais l’eau couler tandis que je passais ma commande.

**

Après le repas, nous avions regarder un peu la télé pour aller nous coucher après. Mais je n’étais pas décidé à dormir. Allongé sur Morgan, je laissais mes mains rentrer sous son tee-shirt. Mes lèvres ne lâchaient pas son cou, le mordant et le suçant. La main de Morgan se faufila à son tour sous mon tee-shirt et un frisson secoua ma peau, mais je me figeais quelques secondes plus tard.

- Je t’aime Éden… Murmura-t-il.

Je sentis mon cœur se mettre à battre très vite dans ma poitrine et je relevais la tête vers lui. Son regard était posé dans le vide, attendant sûrement le moment où j’allais prendre la fuite. Mais je n’en avais pas envie. Liz avait raison. Je voulais que tout redevienne comme avant. Je voulais qu’il retombe amoureux de moi, et je venais de réussir mon coup. J’étais une enflure. Mais j’aimais ça. J’aimais qu’il m’aime. Vivement, je happais ses lèvres dans un baiser des plus tendres. Surpris, Morgan mit quelques secondes avant de me répondre mais il finit par le faire. Ses mains passèrent dans mes cheveux alors qu’il écartait un peu plus les cuisses pour me faire comprendre qu’il me voulait en lui. Mais ce soir, je voulais lui donner autre chose. Il me donnait son cœur et pour la première fois depuis cinq ans, j’avais envie de donner plus que ce que je pouvais offrir. Lorsque l’air vint à nous manquer, je laissais mon nez effleurer le sien et nos regards se croisèrent pour ne plus se lâcher.

- Prends-moi… Soufflais-je avant de reprendre ses lèvres pour l’empêcher de réfléchir.

Et sans attendre, j’inversais nos positions, me retrouvant sur le dos avec Morgan au dessus de moi. Des rougeurs colorèrent ses joues lorsque je mis fin au baiser.

- Mais vas-y doucement… Je… ça fait cinq ans que…

Je laissais ma phrase en suspens, rougissant à mon tour. Je n’avais pas besoin de continuer, Morgan avait comprit. Un petit sourire étira ses lèvres et il se redressa sur ses genoux avant d’ôter son tee-shirt. Sans attendre, je m’assis et enlevais le mien avant de poser mes lèvres sur ses mamelons déjà durcis par l’excitation. Un nouveau frisson secoua sa peau et il fit glisser ses mains sur mes épaules avant de les descendre dans mon dos. Mes mains quant à elles partirent au bord de l’élastique de son bas de pyjama que je baissais. Morgan m’aida à l’enlever avant de me faire allonger sur le lit. Ses lèvres se posèrent sur mon torse et je fermais les yeux sous ces caresses. Lorsqu’il arriva au niveau de mon bas-ventre, je sentis ma respiration s’accélérer. Il ne perdit pas de temps avant de m’enlever mon bas de pyjama et son regard brilla de désir lorsqu’il vit mon sexe en érection. Mais pourtant, il ne fit plus rien. Les bras le long du corps, il semblait réfléchir à toutes sortes de choses et il me fallut un moment avant de comprendre de quoi il s’agissait.

- Dis… Tu… Tu as déjà pris quelqu’un non ? Fis-je en fronçant les sourcils.

Il secoua négativement la tête et passa ses mains sur son visage stressé. Je ne pus m’empêcher de rigoler avant de me relever et de passer mes mains autour de son cou.

- C’est comme si j’allais te dépuceler ! Lançais-je amusé.

- Arrêtes de te moquer… Dit-il d’une petite voix.

Mais je le fis taire d’un baiser et le rallongeais au dessus de moi. L’une de mes mains descendit pour attraper la sienne et je mis deux de ses doigts dans ma bouche. Mon regard s’ancra dans le sien, provocateur. La flamme dans les prunelles de mon amant s’intensifia et il rougit un peu plus.

Lorsque je les eus assez humidifiés, je repris les lèvres de Morgan et je lui laissais prendre les rennes. Je sentais son stress me contaminer peu à peu, si bien que cela nous rendait légèrement fébrile et nerveux.

Ne lâchant pas le baiser, Morgan descendit sa main le long de mon corps, laissant ses doigts glisser sur ma peau brûlante d’envie. Pour l’aider, j’écartais un peu plus les cuisses et ses lèvres quittèrent les miennes pour descendre à leur tour le long de mon corps. Je sentis mon corps se tendre alors qu’il commençait à insérer un doigt en moi mais Morgan su y faire. Sa langue glissa le long de mon pénis et je fermais les yeux instantanément, lâchant un gémissement.

Fier de ma réaction, Morgan réitéra ce mouvement tellement de fois que j’en oubliais le doigt qui commençait à me préparer. Lorsqu’il me prit entièrement en bouche, ce fut un léger cri qui s’échappa de mes lèvres et j’attrapais les draps pour les serrer autant que le plaisir me submergeait. Comme la dernière fois, Morgan me suçait si profondément que j’avais l’impression de ne pas réussir à me retenir. Son doigt en moi fut bien vite rejoint par un deuxième qui me fit légèrement mal. Mais une succion plus prononcée que les autres me fit perdre la tête. La main libre de Morgan caressait mes fesses sensuellement.

- Morgan, j’en peux plus… Soufflais-je dans un long gémissement.

Un troisième doigt fit son entrée et je me cambrais de tout mon long en grimaçant. Mais encore une fois, Morgan intensifia le rythme de ses succions sur mon pénis et dans un cri, je me répandis dans sa bouche.

La respiration saccadée, le corps collant de transpiration, il me fallut un moment avant de réaliser ce qui venait de se passer. Mais Morgan ne m’en laissa pas le temps. Brusquement, sûrement trop excité, il revint m’embrasser, m’offrant un baiser tellement langoureux que je sentis mon sexe se tendre de nouveau. Mes jambes s’enroulèrent le long de ses hanches et quand nous nous séparâmes, je déposais un léger smack sur ses lèvres pour lui montrer que j’étais prêt. L’une de ses mains alla se poser sur ma cuisse tandis que l’autre restait près de ma tête pour le surélever. Le regard ancré dans le mien, Morgan me pénétra de tout son long.

Un cri s’échappa de mes lèvres alors qu’il y avait été d’un coup et je fermais les yeux. Surpris, il ne bougea pas d’un pouce.

- Je suis désolé Éden ! S’écria-t-il la voix tremblante.

- Putain ! Ça fait un mal de chien !

Le sentiment d’être déchiré de l’intérieur, voilà ce que je ressentais à ce moment précis. Ma respiration se fit de plus en plus irrégulière alors que j’essayais par tous les moyens de me calmer et de me détendre. Mais rien n’y faisait, je n’avais que la douleur en tête. Morgan s’abaissa une nouvelle fois pour m’embrasser. Un baiser doux et passionné en même temps. Un baiser qu’il m’avait déjà donné par deux fois ce week-end et qui me déconcertait à chaque fois.

- Bouges… Murmurais-je lorsque nos regards se croisèrent.

Et le plus doucement possible, Morgan commença à se déhancher, provoquant chez moi des vagues de douleurs presque insoutenables. Puis, après quelques minutes, alors que je n’y croyais plus, la douleur laissa place à du plaisir. Lorsque je lâchais mon premier gémissement, Morgan plongea sa tête dans mon cou et pu enfin lâcher la bride de son plaisir. Ma main vint s’emmêler dans ses cheveux et je fermais les yeux, grisé par tout ce plaisir.

Les déhanchés de Morgan augmentèrent encore d’un cran lorsqu’il m’entendit crier et mon autre main attrapa la tête de lit pour la serrer de toutes mes forces. Je sentais Morgan grogner dans mon cou et le voir prendre son pied ainsi me rendait fou. J’étais en feu, complètement en feu. Dans un coup de rein plus brutal que les autres, j’éjaculais entre nos deux corps dans un cri tandis que je sentais la semence de Morgan se répandre en moi.

Épuisé, Morgan tomba sur moi, sa tête toujours dans mon cou. L’orgasme avait été fulgurant. Si démentiel que je ne pus m’empêcher d’éclater de rire. Surpris, Morgan releva la tête en fronçant les sourcils.

- C’était si nul que ça ? Demanda-t-il légèrement en colère.

- Tu rigoles ! Lançais-je dans un sourire.

Et brusquement j’inversais nos positions pour me retrouver au dessus de lui.

- On va recommencer tout de suite… Murmurais-je avant de reprendre ses lèvres avec fougue…

 

 

 

 

 

 

The innocence of sleep – Chapitre 21

Chapitre écrit par Mai-Lynn

 

Deux jours passèrent sans que je ne sorte de chez moi. Je me sentais minable. Minable d’avoir laisser partir un homme génial. Mon regard se posa sur mon reflet dans le miroir. J’avais mal, terriblement mal. J’avais laissé un avenir merveilleux pour un autre plein de tourment. Je ne pouvais pas me remettre avec Jonah. Je ne pouvais pas.

 

Un soupire passa le barrage de mes lèvres et je passais un coup d’eau sur mon visage. Pourquoi étais-je toujours amoureux de lui ? Pourquoi n’avais-je pas réussi à l’oublier comme tous les autres ? Mon cœur se serra. Je ne voulais plus être avec lui. J’avais peur de ce qu’il pouvait m’apporter, de ce qu’il pouvait encore me faire. Tim était au courant de notre liaison, et alors ? Il n’en restait pas moins que Jonah n’avait jamais été capable de surmonter ses peurs pour moi. Il avait toujours tout fait passer avant moi et ça m’avait blessé. Ça me blessait toujours autant. Je lui avais brisé le cœur ? Il avait tout, des amis, une famille, un travail, un nouveau petit ami. Il avait tout ce qu’il lui fallait pour refaire surface. Moi ? J’étais seul. Je devais me reconstruire seul. Pourquoi me sentais-je méchant dans l’histoire ?

 

Tout était la faute de Jonah. Tout était de sa faute. Et je n’étais pas amoureux de lui. Non, c’était impossible. Djéyam se trompait.

 

Des coups frappés à ma porte me firent sursauter et j’allais ouvrir, espérant y trouver Djéyam. Mais c’était Andy. Le sourire qui avait étiré mes lèvres s’effaça directement.

 

⁃ C’est toi, soufflais-je déçu.

⁃ Je suis content de te voir aussi ! S’exclama-t-il en rigolant.

 

Il entra dans l’appartement et déposa un sac de nourriture à emporter sur la table.

 

⁃ Tu as oublié que je devais t’aider à repeindre le restaurant non ? J’y suis allé avec de la nourriture mais tu n’y étais pas. C’est quoi cette tête ?

 

Je ne pu répondre qu’il regarda autour de lui et s’arrêta sur le vase brisé au sol.

 

⁃ Djéyam n’est pas là ? Demanda-t-il semblant comprendre.

⁃ Il… Il m’a quitté.

 

Les yeux d’Andy s’écarquillèrent alors qu’une violente douleur au cœur m’obligea à m’asseoir alors que je prononçais ces mots. Il vint près de moi et s’accroupit en posant une main sur mon épaule.

 

⁃ Je suis désolé Nath, je ne savais pas que ça allait mal entre vous.

⁃ Ça allait bien, soufflais-je les larmes aux yeux, mais depuis la soirée en boite, je n’étais pas dans mon état normal et… Jonah est passé hier et… Bref, Djéyam croit que je l’aime encore.

⁃ Ça va peut-être s’arranger…

⁃ Non, il était vraiment sérieux.

 

Je posais ma tête entre mes mains, fébrile.

 

⁃ Je ne suis pas amoureux de Jonah, Andy, je ne le suis vraiment pas.

⁃ Je sais…Souffla-t-il en se levant, écoute, ça ne sert à rien de rester là à répéter ça, ce soir on sort, et on va même commencer dès maintenant à te vider la tête, va prendre une douche et habille toi, j’appelle Emma pour lui dire de nous rejoindre après le boulot, on mange, et on boit !

 

Un sourire étira ses lèvres. La perspective de me saouler me plu aussitôt et je fis ce que me demandait Andy.

 

**

 

Nous étions tous les trois assis à une table dans une boite branchée. Andy et moi étions complètement ivre alors que Emma tenait bon, se faisant office de chauffeur.

 

⁃ J’aurais mieux fait de rester à la maison moi… Soupira-t-elle en prenant une gorgée de son soda.

⁃ Mais non chérie, on aurait jamais pu venir si tu n’étais pas là.

 

J’éclatais de rire sous cette remarque totalement absurde, suivi de près par Andy. J’avais beaucoup trop abusé, mais cela faisait un bien fou. J’en oubliais Djéyam, j’en oubliais ma tristesse et c’était parfait. Mais malheureusement, je n’arrivais pas à oublier Jonah.

 

⁃ Il est sympa ce…Chris ? Demandais-je à Emma en me redressant

⁃ Chris qui ? Répondit-elle, surprise.

⁃ Tu sais bien, son copain !

⁃ Il parle du copain de Jonah… Parce qu’il est pas amoureux hein Nath !

 

Andy rigola et Emma ne pu réprimer un sourire avant de secouer la tête en me regardant.

 

⁃ Il est gentil oui… Répondit-elle évasive.

⁃ Oui mais tu l’aimes bien toi ?

⁃ Il te demande si tu le préfère à Nath.

 

Là Emma éclata de rire, et je donnais un coup à Andy qui tomba de sa chaise. Un juron s’échappa de ses lèvres alors que je me retrouvais la tête entre les mains, mort de rire. Mais bien vite cette crise passa et je posais ma tête sur mes mains, regardant dans le vide, l’air triste.

 

⁃ C’est juste que… ça me fait bizarre.

⁃ Tu es jaloux ? Me demanda Emma, plus sérieuse.

⁃ Non… Je veux dire… Pourquoi je serais jaloux, ça fait un an qu’on est ensemble mais… Tu sais quand je suis rentré, je n’ai fais que penser à lui. Au départ, j’angoissais à l’idée de le recroiser puis je l’ai vu et là je n’ai fais que lui dire que j’étais avec un autre et lui…Lui il a fait tout ça pour moi et après il se met avec un gars… Il attend quoi de moi ? Je veux dire il veut que je pense quoi ?

 

Emma ne su quoi répondre et je me levais, chancelant.

 

⁃ Il faut que je m’en aille ! M’écriais-je en titubant.

⁃ Attends tu vas où ? Me demanda Emma surprise.

⁃ Je dois vérifier un truc !

 

La raison m’avait quitté. Il fallait à tout prix que je le vois. Que je lui dise. Il le fallait.

 

**

 

Le taxi me déposait devant la maison de Jonah et mon cœur se serra. J’avais du mal à marcher et ma vision était trouble, mais j’étais déterminé à régler cette histoire aujourd’hui. Et peut-être que Djéyam me reviendrait qui sait ?

 

Je sonnais alors, me tenant contre l’embrasure de la porte. Jonah ne tarda pas à m’ouvrir. Ne dormait-il jamais ?

 

⁃ Nath, souffla-t-il surpris

⁃ Je peux entrer ? Demandais-je en articulant difficilement.

⁃ Je… Oui.

 

Il s’écarta et c’est d’une démarche bancale que j’entrais dans sa maison. Sans vraiment le vouloir, je m’étais approché et l’odeur de Jonah avait endiablé les battements de mon cœur. Secouant la tête pour m’enlever ses idioties de l’esprit, j’allais m’asseoir sur un fauteuil, préférant ne plus me remettre debout avant un moment. Jonah alla me chercher une aspirine et de l’eau et me les tendit.

 

⁃ Merci, murmurais-je en les attrapant.

 

Vivement je les avalais, sentant le mal de tête venir. Une fois avalé, mon regard se posa sur Jonah. Il était beau. Vraiment très beau. C’était normal que je ressente autant de désir en le voyant, il était magnifique. N’importe qui aurait les mêmes pensées que moi. Ça ne voulait pas dire que j’étais amoureux de lui.

 

Décidé à lui délivrer le fond de ma pensée, je posais mon verre sur la table basse.

 

⁃ Il m’a quitté, mais tu sais, c’est de ta faute ça ! Commençais-je parlant à toute allure, T’es toujours dans ma tête, et puis t’es toujours dans mes yeux, et puis j’arrête pas de me dire Jonah, il fait pas comme ça… Faut que t’arrêtes hein, c’est pas bien !

 

Je ne sais pas d’où me venait ces mots, pourtant je les savais vrais. Voulant continuer, je me rapprochais tant bien que mal de lui en m’asseyant sur la table basse.

- Il croit que je t’aime encore, lâchais-je, voulant voir sa réaction.

⁃ Et toi ? Me répliqua Jonah apparemment sans réfléchir.

 

Mon regard s’ancra dans le sien. Et moi ? Qu’est ce que j’en pensais ? Oui j’éprouvais encore des sentiments pour lui, mais ce n’était pas de l’amour. Non… ça ne pouvait pas être ça.

- Il faut que je vérifie quelque chose, murmurais-je perdu

 

Et sans plus attendre, je collais mes lèvres aux siennes. Ce n’était pas un baiser. C’était juste une preuve que je ne l’aimais pas. Mais je me mentais à moi même. Au contact de ses lèvres sur les miennes, mon cœur se mit à battre tellement fort que je crus qu’il allait sortir de ma poitrine. Jonah entrouvrit les lèvres et lorsque sa langue toucha la mienne une décharge électrique passa dans tout mon corps. Vivement, il me rapprocha de lui et je le chevauchais, rendant notre échange beaucoup plus passionné. J’avais faim de ses lèvres. Je voulais le sentir près de moi… En moi… Mon corps entier se détendit, comme s’il avait enfin trouvé sa place. Des frissons me firent trembler, et je sus à la seconde que tout était faux. J’aimais encore Jonah.

 

⁃ Et merde ! M’écriais-je alors, énervé.

 

Brusquement je m’accaparais une nouvelle fois de ses lèvres. L’une de mes mains se posa sur sa nuque entremêlant dans mes doigts ses cheveux noirs de jais. Mon autre main attrapa la sienne et la posa sur ma hanche. J’avais envie de lui, et je savais que l’alcool n’y était pour rien. Son parfum, l’odeur de sa peau, le goût de ses lèvres, sa douceur, nos souvenirs. Tout me rendait fou. Un feu dévorant me consumait et il ne serait éteint que lorsque j’aurais fait l’amour avec Jonah. J’oubliais toute mes contradictions, j’oubliais ma peine, j’oubliais Djéyam. Là, au creux de ses bras, je ne voulais qu’être avec lui… Comme avant.

 

Enivré, ma main glissa entre nous pour caresser son pénis qui ne tarda pas à se dresser. Jonah en avait envie tout autant que moi. Mes lèvres glissèrent dans son cou alors que je lui enlevais sa chemise et l’allongeais sur le canapé. Pourtant même s’il en avait envie, il restait inerte, comme s’il ne réalisait pas ce qu’il se passait. Doucement, je me relevais le détaillant sans gêne. Jonah était un homme magnifique et il n’en avait pas conscience. Djéyam n’avait pas un corps pareil, loin de là. Djéyam n’était pas aussi timide que Jonah. Non… Lui seul arrivait à me faire ressentir ça. Un sourire étira mes lèvres et Jonah sortit enfin de sa léthargie. Sa main se posa sur mon épaule et il m’approcha vivement de lui mêlant directement sa langue à la mienne.

 

Mes mains passaient et repassaient sur ce corps si tentateur et Jonah glissa les siennes sous mon tee-shirt. Un violent frisson me parcouru au contact de sa peau sur la mienne. Oh oui, il fallait qu’on couche ensemble. Me relevant, je retirais mon tee-shirt dans un sourire, voulant jouer avec lui. Mais il ne résista pas bien longtemps et commença à me caresser, une lueur de désir dans les yeux. Rapidement, je donnais un baiser à Jonah et descendais, voulant nous satisfaire tout les deux. Ma main se posa sur sa braguette. Pourtant, je voulais jouer. Je voulais le voir me supplier. Plantant mon regard dans le sien, je déboutonnais un à un les boutons de son jean et un sourire étira mes lèvres alors que je l’entendis gémir mon nom, apparemment à bout. Sans plus attendre, essayant d’être tout de même attentif au vu de ce qu’il avait subi par le passé, j’enlevais ses dernières affaires. Je déglutis péniblement en le voyant nu et une vague de désir me submergea. Mes lèvres se posèrent immédiatement sur son sexe et tout aussi vite, je le pris en bouche. Mes vas-et-viens étaient rapides alors que je continuais mes caresses sur son corps. Refaire l’amour avec lui, c’était magique. C’était différent. Il y avait une alchimie entre nous, je ne pouvais le nier. Mon regard se posa sur son visage et j’accélérais la cadence alors qu’il se mordait la lèvre et fermait les yeux. Il était à bout. Il ne lui fallut que peu de temps avant d’éjaculer dans ma bouche dans un gémissement des plus rauques et des plus sensuels.

 

Loin d’être assouvi, je me relevais et embrassais Jonah. Mais brusquement, il inversa nos positions. Un sourire ne quittait plus mes lèvres, c’était à lui de mener la danse. Mon cœur cognait dans ma poitrine tel un forcené alors que je mourrais d’envie de l’homme au dessus de moi. Voulant jouer à son tour, Jonah bougea le bassin et un gémissement de plaisir s’échappa de mes lèvres. Et il recommença voulant me faire perdre la raison. J’avais chaud, terriblement chaud. Après un moment, il comprit et se releva. De la même façon, il me détailla avant de descendre plus bas. En sentant sa bouche prendre mon pénis, je me cambrais, fou de désir. Rares avaient été les fois où ils m’avait prodigué ce plaisir et à chaque fois mon corps entier se mettait à trembler tellement il savait donner de sa personne. Je n’en pouvais plus et Jonah sembla le comprendre car il s’arrêta et humidifia ses doigts dans un regard des plus sensuels. Il me surprenait, d’où lui venait cette soudaine audace ? J’étais impatient. Sa main prit la place de sa bouche et mes gémissements emplirent la pièce. Vivement, Jonah revint me voler un baiser, avant de redescendre. Il enfonça un doigt en moi et commença ma préparation. Si j’eus mal au début, la douleur s’estompa bien vite, remplacée par un désir dévorant. D’une pression sur son épaule, je lui intimais de continuer, ce qu’il fit rapidement. Sa bouche sur mon sexe avait remplacé sa main et je me sentais fou de désir. Il fallait qu’il se dépêche…

 

⁃ Jonah… Le supplias-je, de plus en plus enivré

 

Brusquement, il me releva et inversa une nouvelle fois nos positions. Je me retrouvais alors au dessus de lui. Rapidement j’attrapais son pénis et l’introduisit en moi. La douleur se fit fulgurante, me transperçant de toute part. Mais je savais qu’elle n’allait pas durer. Luttant avec moi même, je stoppais tout geste une fois qu’il était complètement en moi. Un soupire de bonheur passa entre les lèvres de Jonah alors que je tentais d’oublier tout ce mal.

 

⁃ Nath… Souffla Jonah, inquiet, Est-ce que ça va ?

 

Un sourire étira mes lèvres. Oui, j’avais ce que je voulais. Mes doigts vinrent effleurer ses lèvres et bientôt je l’embrassais à nouveau, ivre du goût qu’elles avaient. Jonah avait besoin d’être rassuré et je le faisais par ce moyen. Doucement, je commençais à me mouvoir sur lui. Ses yeux se fermèrent alors que les premières vagues de plaisir arrivaient. Mes mains posées contre son torse, je sentais son cœur battre aussi vite que le mien. Mais il ne me laissa pas le temps de réaliser, il inversa une nouvelle fois nos positions. Ses coups de reins étaient doux et sensuels. Je ne pouvais retenir mes gémissements, libérant mon plaisir par tous les moyens. Cependant, alors que mon regard se posait sur Jonah, je fus surpris de le voir aussi triste.

 

⁃ Jonah ? L’appelais-je, voulant le faire réagir et ne comprenant pas ce qui se passait.

 

Mais il ne répondit pas et vivement me donna un coup de bassin plus fort que les autres qui me fit crier tellement le plaisir décroché était intense. Je me perdis alors complètement, savourant l’orgasme fulgurant qu’il était en train de me donner.

 

Et bien d’autre suivirent cette nuit là. Nous étions comme possédés, ayant un besoin de l’autre inépuisable. Et cette nuit là, alors que l’alcool commençait à se dissiper, alors qu’il dormait près de moi, les premiers rayons du soleil éclairant son visage, je me rendis compte qu’il m’avait manqué…

 

**

 

Je fus réveillé quelques heures plus tard par un mal de tête lancinant. Ne pouvais retenir une grimace, j’ouvris les yeux pour remarquer avec surprise que je n’étais pas chez moi. Il me fallu quelques secondes de plus pour me rappeler les événements de la veille.

 

Sentant tout mon corps se criser, je tournais la tête et trouvais Jonah, allongé près de moi, entièrement nu.

 

Vivement je me relevais, me rendant compte de la bêtise que je venais de commettre.

 

⁃ Oh non ! Mon dieu ! Comment… Comment j’ai pu faire ça ? M’écriais-je prenant ma tête entre mes mains.

 

Je ne vis même pas que Jonah s’était réveillé. Comment avais-je pu tomber une nouvelle fois dans ses bras ? Comment avais-je pu faire ça à peine quelques heures après ma rupture avec Djéyam ? Une petite voix dans ma tête voulait répondre à cette question, mais je n’étais pas encore prêt à l’écouter. Comme je n’étais pas prêt à écouter Jonah.

 

⁃ C’était le destin !

 

Jonah posa sa main sur mon épaule. Ce simple contact me donna des frissons et je m’en voulu encore plus.

 

⁃ J’étais beaucoup trop saoul la nuit dernière, répliquais-je ne me rendant pas compte du mal que lui causaient mes paroles. Pourquoi tu ne m’as pas arrêté ?

⁃ C’était inévitable ! Cette nuit.. C’était merveilleux ! Me lança-t-il comme désespéré. Nath, on est fait l’un pour l’autre…

 

Ses prunelles étaient teintées de larmes. Il croyait vraiment à ce qu’il disait. Il m’aimait, je le savais, mais je ne pouvais pas le supporter. Je ne voulais pas le supporter. Il m’avait fallu de nombreux mois pour l’oublier et en une nuit j’avais tout gâché.

 

⁃ On souffre beaucoup trop ensemble ! Quand on est ensemble, on fait n’importe quoi !

⁃ Cette nuit n’était pas n’importe quoi ! Répliqua-t-il, la gorge serrée. Nath, je t’aime encore.

 

Il avait lâché cette dernière phrase comme une confession et cela me serra le cœur. Je me doutais qu’il m’aimait mais l’entendre le dire à haute voix était autre chose. Je ne voulais pas qu’il m’aime. C’était trop tard.

 

⁃ Non, je ne peux pas faire ça. Répondis-je en lui tournant le dos et en récupérant mes affaires.

⁃ Non ! S’écria-t-il, Je… Je t’aime et tu m’aimes aussi Nath.

 

Je ne voulais plus l’entendre. Il fallait que je parte, que je m’éloigne de lui. Mon cœur battait furieusement dans ma poitrine comme s’il essayait lui aussi de m’arrêter. Mais je ne voulais pas. L’année dernière, notre relation nous avait détruit. J’avais vécu la plus intense mais aussi la plus cruelle histoire d’amour et je n’étais pas prêt à m’y replonger.

 

En plus de tout ça, nous étions tous les deux en couple. Mon estomac fit un bond lorsque je pensais à ça. Non. Jonah était en couple.

 

⁃ Jonah ! Comment as-tu pu me laisser faire ça ! Lançais-je alors que je me rhabillais dans le salon. Tu es avec Chris, tu aurais pu me repousser…

⁃ Toi et moi, ce n’est pas la même chose, répondit-il vivement.

 

Et c’était vrai. Nous deux, nous étions attirés l’un vers l’autre comme des aimants. Et c’est bien ça qui me faisait peur.

J’attrapais ma veste et pris la direction de la sortie. J’étouffais, il fallait que je parte, que je m’éloigne de lui. Mais Jonah n’était pas décidé à me laisser partir.

 

⁃ Tu regrettes donc ce qui s’est passé à ce point… Souffla-t-il blessé.

 

Je me tournais alors vers lui, croisant mon regard dans le sien une dernière fois.

 

⁃ On a essayé un bon nombre de fois et à chaque fois, ça n’a pas marché Jonah. Pourquoi cette fois ça marcherait ? Demandais-je tentant de lui faire comprendre ce que je ressentais.

⁃ Je n’ai plus peur de Tim, il saura pour nous, et tant pis s’il est en colère.

 

Il se rapprocha de moi et continua la voix adoucie

 

⁃ Ne pars pas Nath… Laisse nous une chance, cette fois-ci, c’est la bonne !

 

Au fond de moi, j’avais envie d’y croire. Mon cœur me criait de nous laisser une autre chance, de croire en cette histoire. Mais lorsque je repensais à notre histoire passée, je voyais nos énièmes disputes. Je voyais ses mensonges. Je voyais mes larmes. Je me mis aussi à repenser à l’altercation que j’avais eu avec son frère. Tim n’était pas prêt à m’accueillir. Est-ce que Jonah pourrait réellement vivre sans son frère ? J’étais sur que non.

 

⁃ Je ne peux pas Jonah… Je suis désolé…

Je lui tournais le dos et partis. Mais alors que je m’éloignais de lui, alors que je mettais un point final à notre histoire, alors que mon cœur saignait abondamment dans ma poitrine, je compris.

 

Je n’étais pas revenu vers lui par hasard, non. Je l’aimais encore. Malgré toutes nos blessures, toutes nos disputes, tous nos mensonges, je l’aimais encore.

 

Au fur et à mesure, je me mis à courir, sentant mes larmes ruisseler sur mes joues. Je pleurais une nouvelle fois pour lui. Parce que je l’aimais. Mais surtout parce que je ne voulais plus l’aimer.

 

**

 

Plusieurs jours passèrent sans que je n’ai des nouvelles de Jonah. Apparemment il avait comprit le message et avait décidé de me laisser tranquille. Mon cœur se comprima à cet idée mais ma raison reprenait bien vite le dessus. J’avais eu raison de m’éloigner de lui, pour moi et pour lui.

 

Pour ne plus y penser je m’étais lancé corps et âme dans le restaurant et j’étais plutôt fier. Les travaux étaient globalement fini et j’avais fixé la date d’inauguration au samedi suivant.

 

La maison avait été entièrement reconstruite. Donnant sur la rue, j’avais aménagé une terrasse en disposant quelques tables noires sur le trottoir. Sur la vitrine, on pouvait lire le nom du restaurant « Chez Nath » en lettres blanches, ainsi que le menu. A l’intérieur, j’avais peint les murs en orange. Cette couleur, le mobilier en pin couleur miel et le plancher donnait une ambiance très chaude au restaurant. De part et d’autre, on pouvait voir des souvenirs que j’avais rapporté d’Inde et que j’avais accroché. Au fond de la pièce, un bar assez grand me permettrait d’offrir aux clients quelques boissons. Juste à côté se trouvait un escalier en colimaçon qui menait au premier étage. De nouvelles tables y étaient disposées. Entre l’escalier et le bar se trouvait deux portes. La première donnait sur les toilettes et la deuxième donnait sur la cuisine aménagée.

 

Pour m’aider, j’avais engagé Andy à la cuisine et à la plonge, et deux serveurs, Mélanie et Ryan, deux étudiants. J’avais décidé d’être le cuisinier principal en plus de m’occuper de la gestion du restaurant.

 

L’avenir professionnel me semblait des plus gratifiants et pour la première fois de ma vie je me sentais bien. C’est ce que je fêtais avec Andy, accoudé au bar.

 

⁃ A ton restaurant Nath !

 

Je trinquais avec lui, un grand sourire aux lèvres.

 

⁃ ça fait du bien d’avoir quelque chose de vraiment à soi. Répliquais-je dans un sourire.

⁃ Et ça va marcher, crois-moi, j’entends déjà des rumeurs en ville !

 

Je rigolais légèrement avant de reprendre ma bière.

 

⁃ Emma vient te rejoindre ici ? Demandais-je en le voyant consulter son portable.

⁃ Non non, elle devait passer la soirée avec Jonah, elle le trouve distant depuis deux semaines.

 

En entendant son nom je me raidis et tournais le dos à Andy, faisant mine de chercher quelque chose.

Ce qu’il remarqua, bien évidemment.

 

⁃ Il s’est passé quelque chose entre vous ? Me demanda-t-il

⁃ Non, rien pourquoi ? Mentis-je, tentant de cacher mon malaise.

⁃ Je ne sais pas, peut-être parce que depuis deux semaines tu passes tout ton temps ici, et que au départ je pensais que tu digérais ta rupture avec Djéyam mais qu’en voyant la manière dont tu es perturbé par le simple fait de m’entendre parler de Jonah, je me dis qu’au final c’est peut-être quelque chose avec lui que tu veux digérer.

 

Il avait lâché ça d’une traite, dans un petit sourire, savourant le fait qu’à chacune de ses paroles je me raidissait un peu plus. Que pouvais-je lui dire ? Qu’alors que je me pensais incroyablement amoureux de Djéyam, j’avais foncé tête la première dans les bras de Jonah ? J’étais vraiment pitoyable.

 

⁃ Tu ne veux pas m’en parler ? Me demanda-t-il après un temps

⁃ Non. Tranchais-je en lui faisant face et en prenant une nouvelle gorgée de ma boisson.

⁃ Comme tu veux, de toute façon Emma me racontera tout quand elle rentrera.

 

Je lâchais un soupire, mi agacé, mi amusé. Il n’était pas prêt à me laisser tranquille.

 

⁃ Ok, c’est bon… Le soir où on est sorti pour me changer les idées… Après ma rupture avec Djé…

⁃ Oui, mais je n’ai plus vraiment de souvenir de ce soir-là à vrai dire… Me coupa-t-il en acquiesçant.

⁃ Oui…Ce soir là, j’ai beaucoup bu et plus je buvais, plus je pensais à ce qu’il m’avait dis alors…

⁃ Alors ? Lança Andy, de plus en plus animé par la curiosité

⁃ Alors… C’est l’alcool hein ! Mais bon, à force de ruminer, j’ai voulu voir si c’était vrai.

⁃ Et tu es allé voir Jonah.

 

J’acquiesçais et repris une nouvelle gorgée de ma bière.

 

⁃ Vous vous êtes embrassés ? Me demanda-t-il semblant comprendre.

⁃ Non… Enfin si… On a discuté et je l’ai embrassé, il ne m’a pas repoussé et…

 

Je baissais la tête posant ma main sur ma nuque.

 

⁃ On a passé la nuit ensemble.

 

Les yeux d’Andy s’écarquillèrent alors que j’avouais ce qu’il s’était passé.

 

⁃ Et le lendemain, continuais-je, J’ai paniqué. L’alcool n’était plus là et je me suis pris la réalité en pleine face.

⁃ Comment ça ?

⁃ Je sais pas… Je me fais jeté par Djéyam et deux secondes après je couche avec Jonah ! J’ai passé presque un an à tenter de l’oublier et il me suffit d’à peine un mois pour retomber dans ses bras.

 

Accablé, je posais ma tête sur le bar et l’entourais de mes bras. Andy passa sa main dans mes cheveux, se voulant réconfortant.

 

⁃ Nath… Je vais sûrement te blesser en disant ça mais… Si tu as passé la nuit avec Jonah, c’est qu’il y avait bien une raison…

⁃ Je ne veux rien recommencer… Soufflais-je la voix peinée

⁃ Mais tu es encore amoureux de lui.

 

Je ne répondis pas, accusant le coup.

 

⁃ Et comment Jonah a-t-il réagi ? Me demanda-t-il après un moment.

⁃ Il s’est mis à parler du destin, à dire que si j’étais revenu vers lui c’était parce qu’on était des âmes-sœurs… Mais je n’ai pas pu… Alors je suis parti.

 

Ces mots me firent mal pourtant, tout au fond de moi, je savais que j’avais été trop loin.

 

⁃ On se fait du mal ensemble alors à quoi bon ? Répliquais-je perdu

⁃ Je sais que ce que je vais te dire va te paraître mièvre mais c’est ça l’amour….

⁃ Non ce n’est pas ça ! M’écriais-je en relevant la tête, l’amour c’est s’engueuler quelques fois, mais se réconcilier juste après… Nous… Notre relation n’a jamais été celle d’un couple Andy, Jonah n’a fait que cacher notre relation pour Tim, il n’a fait que me mentir… Nous n’étions pas un couple.

 

Des larmes de rage commençaient à couler sur mes joues et je les chassais rageusement.

 

⁃ Jonah a commis beaucoup d’erreurs c’est sûr, mais tu ne crois pas que ces mois loin de toi l’ont changé ? Tu es parti Nath, tu as trouvé quelqu’un, Jonah lui est resté seul…

⁃ Il était avec Chris ! Le coupais-je m’énervant légèrement.

⁃ Ce n’était qu’un substitut Nath, parce qu’il n’arrivait plus à être seul. Jonah a fait beaucoup de conneries mais toi tu en as fait une belle en fuyant comme ça.

 

J’eus l’impression qu’il me plantait un couteau dans le cœur tellement la douleur de ces mort fut vive.

 

⁃ Tout n’est pas fini entre toi et Jonah, et tu le sais très bien. Ce que tu ne sais pas, c’est que pendant que tu étais en Inde, Jonah s’est prit en main. Il a tout avoué à son frère et a appris à vivre sans lui, sans son accord. Il est prêt à t’avoir dans sa vie.

 

Je baissais une nouvelle fois la tête, touché par ses paroles.

 

⁃ Il a changé, mais tu ne peux pas jouer avec lui de cette manière.

⁃ Je n’ai pas voulu… Ripostais-je d’une petite voix.

⁃ Mais c’est ce qui s’est passé… Tu dois prendre une décision Nath, soit tu lui redonnes une chance, soit tu mets un terme définitif à votre relation.

 

**

 

Le soir de l’inauguration du restaurant arriva bien vite. Emma avait joué son rôle à la perfection et avait ramené beaucoup de ses amis et clients. Mais elle n’était toujours pas là, ce qui m’étonnait. Les serveurs que j’avais embauché s’en sortait plutôt bien. Les commandes affluaient de plus en plus, Mais Andy et moi tenions le rythme, travaillant dans la bonne humeur. Lorsque j’avais quelques minutes, je m’accordais un tour en salle pour voir les réactions des clients et leur poser quelques questions. Et c’est toujours avec un sourire aux lèvres que je retournais en salle.

 

Quelques heures passèrent et la plupart des personnes partirent, laissant place au deuxième service qui accueillait cette fois des amis et connaissances. J’avais prévu d’offrir un verre à ces derniers à la fin du service, une certaine façon d’inaugurer comme il se doit mon restaurant.

 

⁃ Alors il y a Édouard et quelques jeunes de l’établissement, une ancienne collègue à toi, quelques amis et deux femmes qui disent être tes sœurs.

 

Je me figeais à la seconde, regardant Andy, incrédule. Que faisaient-elles là ?

 

⁃ Je ne savais pas que tu avais des sœurs… Répondit-il, surpris

⁃ C’est une longue histoire… Emma est là ? Demandais-je pour changer de sujet.

⁃ Euh oui… Mais elle n’est pas seule… Jonah est là aussi.

 

Une deuxième vague de stress me submergea. Pourquoi était-il venu ? Après ce que je lui avais fait, il aurait dû ne plus jamais vouloir me revoir…

 

⁃ J’imagine qu’Emma ne lui a pas vraiment laissé le choix… Soufflais-je en reprenant ma préparation.

⁃ Tu sais comment elle est quand elle a une idée dans la tête… Mais je crois qu’elle n’a pas eu tort de le ramener Nath… Répondit Andy, retournant à son poste lui aussi.

 

**

 

Le dernier service se termina, mais je n’avais plus vraiment la tête à ça. Dans mon esprit, plusieurs questions me torturaient : Que recherchaient mes sœurs ? Pourquoi étaient-elles venues aujourd’hui ? Qu’allais-je bien dire à Jonah ?

 

C’est cette dernière question qui me faisait le plus peur. Ces quelques jours ne m’avait pas permis de trouver une réponse à mes sentiments. Il était vrai que j’éprouvais encore beaucoup de chose envers lui mais je ne me sentais pas capable de me lancer dans une énième réconciliation. En y repensant, j’avais l’impression que notre relation n’était composée que de ça : des disputes et des réconciliations. Est-ce que ça en valait vraiment la peine ?

 

Lorsque tous les desserts furent confectionnés, je laissais les rennes à Andy et partis retrouver mes sœurs. Elles se trouvaient à l’étage, toutes les deux discutant vivement autour d’un café. Katrina, l’aînée avait une allure sophistiquée et un air méprisant. Elle roulait sur l’or grâce à ses mariages et ses divorces, ce qui avait fait d’elle une femme hautaine. Emily avait trois ans de plus que moi. Elle était mariée et avait des enfants. Elle était femme au foyer, avec un caractère simple. On aurait pu croire que je serais plus proche d’elle mais au contraire, elle m’évitait et ne voulait pas de moi dans sa vie. J’avais appris à faire avec et à vivre sans famille. Elles m’avaient délaissé. J’avais pris leur défense, j’avais accusé les coups de mon père pour les épargner, et comme remerciement, elles m’avaient éloigné, oublié.

 

Et les voilà qui se ramenaient le jour de l’inauguration de mon restaurant.

 

⁃ Quelle bonne surprise ! Lançais-je dans une grimace, en m’asseyant près d’elle.

⁃ Bonjour Nathaniel, répondit Katrina en hochant la tête.

 

Emily me fit un sourire gêné et essuya sa bouche. Elle voulu me parler mais je ne lui en laissa pas le temps.

 

⁃ Non, je ne veux pas parler avec vous. Vous n’avez pas le droit d’être là. J’ai enfin quelque chose à moi, quelque chose dont je suis fier et je veux fêter ça avec ma famille, et vous n’en faites plus partie.

⁃ Nous sommes du même sang. Répondit Katrina en levant les yeux au ciel.

⁃ Et bien moi j’en ai une définition plus large. Pourquoi êtes-vous là ?

⁃ Tu n’as pas… Commença Katrina.

⁃ Arrête Katrina… Il a raison.

 

Katrina et moi nous retournâmes vers Emily qui venait de hausser le ton. C’est bien la première fois que je l’entendais parler de cette manière. Non loin d’en rester là, elle se baissa et attrapa un dossier dans son sac.

 

⁃ Ce sont les papiers pour la prise en charge de papa dans une maison de retraite… Il va mal Nath…Souffla-t-elle en me les tendant.

⁃ Pourquoi est-ce que vous venez m’emmerder avec ça ? Ce n’est plus mon affaire.

⁃ Il nous faut ta signature. Fit Katrina en regardant ailleurs.

⁃ Nous avons essayé de te contacter, mais tu as changé d’adresse… En regardant sur internet nous avons eu l’adresse de ton restaurant… C’est vraiment très joli et la nourriture…

⁃ Où est-ce que je dois signer ? La coupais-je ne voulant pas discuter.

⁃ Ici, répliqua Katrina, en me montrant.

 

Mais Emily posa sa main sur mon bras et me força à croiser son regard.

 

⁃ ça n’a pas à se passer comme ça Nath… Lança-t-elle les larmes aux yeux.

⁃ C’est vous deux qui avez fait en sorte que ça se passe comme ça, pas moi.

⁃ Tu sais… Il a changé…

⁃ Tu sais quoi j’en ai marre.

 

Vivement je signais les papiers et me levais.

 

⁃ Tous les jours alors qu’il me frappait j’espérais qu’il change, tu m’entends ? Tous les jours, m’écriais-je le regard noir. Et tous les jours je rentrais de l’école en espérant arriver avant vous pour que vous n’ayez rien. Mais ça n’est jamais arrivé. Les personnes aussi mauvaises ne changent jamais. Comment pouvez vous lui pardonner ? Comment pouvez-vous vouloir que je lui pardonne ?

⁃ On ne t’a rien demandé ! Répliqua Katrina sur le qui-vive

⁃ Non c’est vrai, j’ai été idiot, j’aurais dû le laisser vous cogner dessus !

⁃ Nath… Murmura Emily, les larmes aux yeux.

⁃ Vous avez décidé de le reprendre dans votre vie, très bien, mais ce sera sans moi. Rentrez chez vous maintenant, ce moment n’est qu’entre moi et ma vraie famille.

 

Et sans un regard, je partis. Je retournais dans la cuisine, sans un regard pour mes sœurs et sans un regard pour mes amis qui se trouvaient dans la salle. J’avais besoin de prendre l’air, immédiatement. Andy sembla le comprendre car il ne me posa aucune question lorsqu’il me vit passer la porte qui donnait sur la cour arrière.

 

Le vent frais me fit l’effet d’une douche froide et me calma aussitôt. Le ciel était dégagé et les étoiles scintillaient loin dans le ciel. En fond sonore, on pouvait entendre la musique et le bruit des discussions.

 

Je fis un tour d’horizon lorsque mon regard se posa sur une silhouette au fond de la cour. Immédiatement je m’en approchais, ne la reconnaissant pas.

 

⁃ Excusez-moi, cette partie de la cour est réservée aux employés… Lançais-je en posant ma main sur son épaule.

 

La silhouette se retourna et je croisais le regard bleu-gris que je connaissais bien.

 

⁃ Oh c’est toi… Soufflais-je étonné.

⁃ Désolé, je vais aller devant, me répondit Jonah tournant vivement la tête et voulant retourner dans le restaurant.

⁃ Non… Non c’est bon, tu peux rester Jonah.

 

J’avais posé ma main sur son bras pour l’arrêter. Son regard se posa sur ma main. Un millier de question semblaient perturber son esprit. Il m’en voulait. Et c’était tout à fait normal.

 

Bizarrement la colère qui m’habitait il y a peu avait disparue au moment même où nos regards s’étaient croisés.

 

⁃ J’ai besoin de te parler… Soufflais-je doucement.

⁃ Je dois retrouver Emma. S’exclama-t-il la voix froide.

 

Il enleva ma main de son bras et prit la direction du restaurant. Je l’avais vraiment blessé.

 

⁃ Je suis désolé Jonah, m’écriais-je, Je suis désolé, s’il te plaît, reste pour que je puisse m’expliquer.

⁃ Tu as été parfaitement clair il y a deux semaines. Répondit-il en rentrant dans le restaurant.

 

Sa voix dure fut comme l’effet d’un poignard planté en plein cœur. Qu’est-ce que je croyais ? J’aurais sûrement réagi de la même façon si l’homme avec qui j’avais passé la nuit s’était enfui de la même manière.

Dans un soupire je m’assis sur les marches en pierre du restaurant. Quoi que je fasse je gâchais tout. Il ne voulait pas m’écouter mais de toute façon qu’est-ce que je voulais lui dire ? Je n’en avais aucune idée.

 

⁃ Nath ? Appela Andy, tout est prêt pour que tu fasses ton discours… Tout va bien ?

⁃ Oui oui, dis-je en me levant, un faux sourire sur mes lèvres.

 

Je rentrais dans le restaurant, mais à l’instant même où je frappais mon verre avec une cuillère pour faire signe à tout le monde que j’avais besoin de leur attention, je vis Jonah attraper sa veste et partir, sans un regard vers moi. Mon cœur me fit mal et le regard désolé d’Emma n’arrangea pas les choses.

 

Mais dans un ultime effort et pour quelques minutes, je chassais la culpabilité qui me rongeait et commençais un discours émouvant afin de remercier mes amis… Ma famille.

 

**

 

Il devait être vers les 2 heures du matin alors que je marchais dans la rue. J’étais resté ranger le restaurant pour sa réouverture le midi. Nous avions déjà des réservations et j’avais pris comme bonne résolution de ne jamais remettre au lendemain ce que je pouvais faire maintenant. C’est pour ça que je marchais dans cette rue, en direction de la maison de Jonah. Il y avait des non-dits entre nous et je lui devais une explication. J’étais encore incapable de savoir ce que j’allais lui dire mais j’étais certain qu’il fallait qu’on ait un face à face, même si c’était le dernier.

 

Malgré l’heure, les lumières étaient allumées et mon courage s’envola à la seconde. Et s’il était avec Chris ?

Mais je devais y aller. J’allais juste frapper à la porte et s’il était accompagné, je partirais.

Soufflant un bon coup pour me donner du courage, je montais les marches du perron et tapais trois fois sur la porte.

 

Jonah mit quelques minutes à venir ouvrir. Son regard d’abord surpris en me voyant changea en quelques secondes pour un visage froid, inexpressif, comme il savait très bien le faire lorsqu’il voulait faire du mal à quelqu’un.

 

⁃ Qu’est-ce que tu fais là ? Lâcha-t-il froid.

⁃ Il faut qu’on parle.

⁃ Je n’en ai pas envie.

 

Et sans me laisser le temps de répondre, il referma la porte et éteignit les lumières, voulant me faire croire qu’il allait se coucher.

 

⁃ Jonah ! M’écriais-je énervé et en donnant un coup de poing sur la porte, c’est pas possible d’être aussi gamin !

 

Sa façon de m’accueillir m’avait énervé. J’avais compris qu’il m’en voulait, il n’avait pas à être comme ça. Mais la porte resta fermée. Était-il monté ?

 

⁃ Très bien ! Tu ne veux pas me parler ! Alors pourquoi tu es venu dans mon restaurant ce soir ? Pour quelqu’un qui ne veut plus rien avoir à faire avec moi tu envoies les mauvais signaux !

 

Pas de réponse. Dans un soupire, je collais ma tête contre le vitrail de sa porte.

 

⁃ Écoute… Je sais que je t’ai blessé et j’en suis désolé… Je ne le voulais vraiment pas… J’ai juste paniqué.

 

Brusquement la porte s’ouvrit, me laissant découvrir Jonah les yeux brillants.

 

⁃ Oh Jonah… Soufflais-je retourné.

⁃ Pourquoi est-ce que tu es venu la nuit dernière ? Qu’est ce que tu cherchais ? Me demanda-t-il, la voix pleine de rancœur.

 

J’allais m’asseoir sur le rebord en pierre de son perron et baissais la tête.

 

⁃ Je ne sais pas Jonah… Djéyam m’a quitté parce qu’il pensait que je t’aimais encore… Je voulais voir si c’était vrai… Répondis-je en haussant les épaules.

⁃ Donc je n’ai été qu’un test ? Répliqua-t-il en colère.

⁃ J’étais saoul Jonah, crois-moi, je n’aurais jamais fais ça si j’avais été sobre.

 

Il me regarda, le regard dur.

 

⁃ Tu m’aimes encore ? Fit-il après quelques minutes

 

L’aimais-je encore ? Il était évident que oui. Mais le fait de lui dire n’allait-il pas lui faire espérer ? Mon regard croisa le sien. Il avait besoin de cette réponse. En venant vers lui ce soir, je m’étais juré de lui dire toute la vérité.

 

⁃ Oui Jonah… Je t’aime encore.

 

Et ce dont j’avais peur se produisit. Le regard de Jonah s’alluma, apparemment ravi par ce que je venais de répondre.

 

⁃ Mais on ne pas se remettre ensemble Jonah ! Soufflais-je en tournant la tête.

⁃ Pourquoi ? Me demanda-t-il en se rapprochant.

⁃ Pour toutes les raisons que je t’ai énuméré la nuit dernière ! On joue sans cesse le même scénario, on s’aime, on se quitte, on s’aime, on se quitte. Apparemment nous ne sommes pas faits pour être ensemble… Et je ne veux plus nous faire souffrir.

⁃ Et pourquoi ce serait à toi de prendre cette décision ?

⁃ Parce qu’il faut bien que quelqu’un la prenne Jonah ! Fis-je, les larmes aux yeux. Là maintenant tu veux qu’on retente quelque chose mais tu ne penses pas à tout ce qu’il y a autour ! Tu as vu la réaction de ton frère la dernière fois ?

⁃ Il n’aura pas son mot à dire…

⁃ Bien sûr que si, parce que c’est ton frère, ta famille et que tu l’aimes plus que tout. Jonah, si tu te remets avec moi, tu le perdras.

⁃ Alors tant pis.

⁃ Ne sois pas idiot, m’écriais-je en m’écartant de lui et en soupirant.

 

Je me retrouvais dos à lui, déstabilisé.

 

⁃ Je t’aime Jonah, mais j’en ai marre d’avoir mal. Entre nous tout va à chaque fois trop vite… Beaucoup trop vite. Regarde Andy et Emma, nous, nous ne sommes pas capables d’être comme eux.

⁃ Parce que tu ne nous en laisses pas l’occasion.

 

Vivement je me retournais, étonné.

 

⁃ Quoi ?

⁃ Tu as tellement peur Nath que tu tires un trait sur notre histoire avant même qu’elle ait commencé.

⁃ Parce que je sais comment ça va se finir… Répondis-je, d’une petite voix.

⁃ Et si cette fois c’était différent ? J’ai changé Nath, j’ai compris mes erreurs et plus jamais je ne referais la même chose. Je t’aime aussi… Je n’ai jamais aimé quelqu’un de cette manière.

 

Brusquement il se rapprocha de moi, posant ses mains sur mes joues et collant son front au mien.

 

⁃ Je t’aime à en crever Nath, alors c’est vrai peut-être que ça ne marchera pas, peut-être qu’on essuiera une nouvelle déception, mais peut-être aussi qu’on vivra une belle histoire, peut-être même qu’on vieillira ensemble totalement amoureux l’un de l’autre.

 

Mon cœur battait à tout rompre. J’avais envie d’y croire. Pour la première fois depuis que j’étais revenu, j’avais envie de nous donner une deuxième chance. Pourtant, tout au fond de moi le doute était encore présent. Jonah décolla alors son front du mien et ancra son beau regard déterminé dans le mien.

 

⁃ C’est ce que je veux Nath. Je veux vieillir avec toi, je veux t’aimer toute ma vie, laisse-nous essayer encore une fois.

 

Et pour donner plus de force à ses dires, il posa ses lèvres sur les miennes. A ce contact, mon cœur explosa d’amour pour lui. La douceur de ses lèvres, la caresse de ses mains posées sur mes joues, son odeur si particulière… Tout mon être accepta alors cette idée. Et pour la première fois depuis bien longtemps je pris enfin une vraie décision, celle de l’aimer encore une fois…

 

 

 

 

 

Where is my mind – Chapitre 24

Adam n’était pas encore rentré lorsque j’arrivais dans notre maison. J’avais encore deux bonnes heures devant moi avant son retour. N’ayant pas envie de me ressasser ce qui venait de se passer avec Swan, je décidais d’entreprendre le rangement et le ménage qui avaient été repoussé depuis bien trop longtemps. Par ce geste, j’essayais aussi de trouver le moyen qu’Adam ne m’en veuille pas trop pour Swan.

Je ne savais pas du tout comment il allait réagir lorsque j’allais lui en parler. Je venais de terminer le ménage et le rangement. Je m’installais sur le canapé après avoir fumé une cigarette dans le jardin, nerveux.
Adam rentra un peu plus tôt que d’habitude, et c’est avec un sourire aux lèvres qu’il croisa mon regard. Immédiatement, il balança ses chaussures n’importe où ainsi que sa veste.

- Adam ! C’est pas toi qui vient de ranger la maison ! M’écriais-je, les sourcils froncés.

Pour toute réponse, il vint s’asseoir au dessus de moi, ses jambes de chaque côté de mon corps et ses bras encerclant mon cou.

- Soit je range, souffla-t-il tout contre mes lèvres, soit je t’embrasse.

Un sourire étira mes lèvres et je cédais, parcourant l’infime distance qui nous séparait. Pour rien au monde je ne voulais le perdre. Je voulais l’avoir ainsi, près de moi, jusqu’à la fin de mes jours. Il me faisait presque oublier ce qui c’était passé plus tôt dans la journée. Mes mains remontèrent sur ses hanches et j’entrouvris ma bouche. Au contact de ma langue, un frisson parcourut le corps d’Adam et notre baiser gagna aussitôt en intensité. Ses mains remontèrent et ses doigts passèrent dans mes cheveux. Lorsque l’air vint à nous manquer, il posa son front contre le mien, un sourire amusé dépeint sur ses lèvres.

- Bonjour… Murmura-t-il tendrement.
- Bonjour… Lui répondis-je, souriant à mon tour.
- Bon, maintenant je vais ranger, s’écria-t-il en se relevant.

Mais loin de vouloir le laisser m’échapper, je protestais, attrapant sa main, tirant dessus. Sous la surprise, il se prit les pieds dans le tapis et tomba allongé sur le canapé en rigolant. J’éclatais de rire et sans attendre, je vins m’allonger sur lui, calant ma tête dans son cou. Je cherchais la force de lui raconter mon entrevue avec Swan, mais je voulais d’abord profiter de nos retrouvailles.

- Ce week-end, tu travailles ? Demandais-je en embrassant sa peau.
- Non… Et je compte bien fêter tes trente-et-un ans comme il se doit, souffla-t-il amusé.
- J’ai pas envie de les fêter… Soufflais-je, détestant cette journée.
- C’est vrai que tu deviens vieux.

 

Un sourire étira ses lèvres alors que je relevais la tête, les sourcils froncés.

- Je te signale que tu vas avoir trente ans dans quatre mois, maugréais-je, les dents serrées.

Il me tira la langue et vint remettre une de mes mèches de cheveux à sa place.

- Tu veux quoi pour ton anniversaire ? Demanda-t-il alors que je retrouvais ma place dans son cou.
- Rien… Un week-end avec toi ça me convient. Répondis-je d’une petite voix.
- Allez Val ! J’adore les anniversaires ! S’exclama-t-il en se redressant légèrement. Je vois bien un gâteau, des bougies… Quoi que je ne sais pas si trente-et-une bougies pourront tenir sur un gâteau…

Pour toute réponse, je me relevais et attrapais un coussin avant de le taper avec.

- Tu fais ce que tu veux mais pas de soirée surprise, dis-je en le forçant à se rallonger et en posant ma tête sur son torse.

Je détestais les anniversaires, enfin, surtout le mien. Cela ne faisait que me rappeler que les années passaient, et de plus en plus vite à mon goût. Il savait que j’avais toujours été susceptible à ce sujet, mais cela ne l’avait jamais empêcher de me taquiner et de m’embêter.

- Oh allez Val ! Me supplia-t-il, en m’enserrant.
- Non… Comme tu l’as dit, je n’ai plus vingt ans, répliquais-je, rancunier.

Il rigola légèrement et passa sa main dans mes cheveux, tandis que l’autre caressait mon bras tendrement. Plusieurs minutes passèrent ainsi, et je sentais que je ne pouvais plus reculer. Il fallait que je le lui dise, car plus que jamais je lui devais la vérité à ce sujet. Hésitant, je commençais :

- J’ai eu la visite de… De Swan aujourd’hui…

Comme je l’avais pressenti, il ne prit pas très bien la nouvelle. Il se figea immédiatement, stoppant ses caresses.

- Ça fait longtemps que tu le revois ? Me demanda-t-il aussitôt, légèrement agacé.

Je me relevais, m’asseyant devant lui, voulant avoir cette conversation en le regardant dans les yeux.
- Non, je te promets, la deuxième fois que tu m’as quitté, je ne lui ai plus donné de nouvelles… Répondis-je, le scrutant pour connaître la moindre de ses réactions.
- Alors pourquoi il vient te voir ? Souffla-t-il les sourcils froncés, laissant sa jalousie éclater.
- Il a entendu parler de ma compagnie…

J’avais du mal à trouver mes mots.

- Il m’a demandé d’auditionner, résumais-je. Mais je lui ai dit non.

Un soupire s’échappa des lèvres de mon amant et il se releva, levant ses genoux jusque contre ma poitrine. Il posa son menton sur ses genoux et me regarda enfin. Je ne savais pas quoi dire et encore moins quoi faire. Je restais là, immobile, attendant qu’il dise quelque chose, mais il semblait perdu dans ses pensées, tentant de réfléchir à ce qu’il allait me dire. Ces minutes furent terriblement longues…

- Il est vraiment doué ? Demanda-t-il.
- Quoi ? Fis-je surpris, ne m’attendant pas à une telle question.
- Swan, il est vraiment doué en danse ? Répéta-t-il en haussant les épaules. Tu crois que si tu le prends dans ta compagnie, il saura la révéler ?
- Sûrement, mais… Commençais-je en passant ma main sur ma nuque, gêné et surpris de sa réaction.
- Alors prends-le, trancha-t-il en se rapprochant de moi.

Il vint caler sa tête sur mon épaule, entrelaçant nos doigts.

- Prends le dans ta compagnie… Je te fais confiance Val.

Jamais je n’aurais cru pareille réaction de sa part, et ce geste fait par amour me toucha profondément. Vivement ma main redressa son menton, ancrant mes yeux dans les siens.

- Je t’aime… Dis-je, avant de poser ses lèvres sur les siennes.

Mais je me reculais aussitôt, le regardant intensément, envahi par une vague d’amour si forte qu’elle me chamboulait entièrement.

- Je t’aime, mais je ne peux pas, lâchais-je dans une grimace. J’en suis incapable. Car même si c’est un danseur exceptionnel, aujourd’hui il représente juste l’échec de mon mariage.

Adam voulu prendre la parole, certainement pour me convaincre du contraire. Mais je posais ma main sur sa bouche, l’ordonnant de me laisser finir.

- Plus jamais je ne te tromperais. Plus jamais je ne te ferais du mal. Mais si je le vois tous les jours, c’est moi qui aura mal. J’aurais mal parce qu’un jour j’ai été tellement bête que j’ai tout gâché. Lorsque je vois son visage, je ne vois plus que le tien plein de larmes, comprenant ce que je t’avais fait. Cette compagnie est mon bébé… Le démarrage d’une nouvelle vie, une nouvelle vie avec toi. Une nouvelle vie où je ne te blesserais pas, et où je me pardonne autant que tu me pardonnes. Et Swan n’en fait pas partie.

Sa main se posa sur ma joue, semblant touché par ce que je venais de lui avouer. Je venais de lui parler avec mon cœur, comme rarement il m’était arrivé de le faire, apaisant un peu, ce traumatisme qui nous avait séparé.

- Je t’aime Valentin… Souffla-t-il, en frottant son nez contre le mien.

Doucement, il vint se mettre au dessus de moi. Ses lèvres retrouvèrent les miennes amoureusement. L’une de ses mains passa dans mes cheveux, se relevant légèrement pour me plaquer contre le dossier. Son envie pouvait se lire dans son regard et se sentir dans son baiser. Je pouvais presque entendre le rythme endiablé de son cœur qui faisait écho au mien.

 

Loin de rester inactives, mes mains remontèrent sous son pull, caressant sa peau brûlante et immédiatement, la tension sexuelle augmenta d’un degrés. Il recula légèrement, le regard fiévreux et enleva son sous-pull et son haut d’uniforme, les balançant dans le salon. A chaque fois que je voyais son corps dévoilé, je ressentais toujours la même chose, une passion qui ne tarissait jamais. Mon pull et mon tee-shirt suivirent le même mouvement et mes lèvres se posèrent sur son torse, suçant sa peau avec fièvre.

Un gémissement s’échappa de ses lèvres alors que je mordais légèrement son téton durcis, et il fit des mouvements lents du bassin. Un sourire étira ses lèvres, sentant très certainement mon sexe se durcir à travers mon vêtement. Je passais mes mains dans son pantalon, voulant sentir sa peau entièrement nue contre la mienne, et il se leva à nouveau pour les enlever. Ses lèvres recouvrir les miennes et il descendit ses mains pour déboutonner mon pantalon. Je me levais à mon tour et fis glisser mon jean et mon boxer qui tombèrent à mes pieds pour être à égalité avec lui.

Sans attendre, il attrapa mon sexe dans ses mains et commença à me masturber avec vigueur. Nous étions trop empressés pour prendre notre temps et je prenais tellement de plaisir face à ses attouchements que je ne réussis pas à tenir le baiser qu’il me donnait. Je posais mon front contre le sien, lâchant un gémissement, ancrant mon regard brouillé de plaisir dans le sien. Vivement, il attrapa ma main posée sur sa hanche et attrapa deux de mes doigts qu’il mit dans sa bouche, mimant une fellation.

Excité au possible par cette vision, je ne pus me contenir bien longtemps et j’enlevais bientôt mes doigts de sa bouche. Doucement, ne voulant surtout pas lui faire mal, j’insérais un doigt en lui, reprenant ses lèvres avec fougue.

Mais bien trop vite, Adam ne sembla plus capable de se contenir et enleva mes doigts. D’un mouvement de bassin, alors qu’il mordait doucement ma lèvre inférieur, il s’empala sur son membre. Inquiet, malgré le plaisir que je ressentais d’être ainsi en lui, je cherchais toute trace de douleur. Mais étonnamment, Adam ne semblait ressentir que du plaisir et il commençait déjà se déhancher sur moi. Libérant ma passion, je posais ma main sur sa nuque, l’empêchant de mettre fin à notre baiser, tandis que mon autre main massait sensuellement ses fesses. Nous étions en feu. Ses gémissements se transformèrent bientôt en cris. Chaque nouvelle fois avec Adam était à la fois différentes et inégalables. Des gémissements rauques s’échappaient de mes lèvres et bientôt, je me crispais, arrivant malgré moi au point de non retour. Dans un déhanché plus fougueux que les autres, nous nous libérâmes.

 

Je collais mon front contre le sien, tentant de me remettre de cette orgasme qui nous avait saisi, la respiration saccadée.

 

- Fais-moi des déclarations comme celle-ci plus souvent… Murmura-t-il à bout de souffle.

***

 

La semaine s’était écoulée terriblement vite et je n’avais pas vu le temps passer. Mener de front ma nouvelle compagnie et tout le reste me demandait beaucoup trop d’énergie et j’espérais pouvoir profiter de ce week-end pour me reposer et me détendre.
Je n’étais pas dupe. J’étais presque suûr qu’Adam avait prévu quelque chose pour mon anniversaire et que cela ne s’arrêtait pas à une simple soirée tous les deux…

J’entendis très légèrement le réveil ce matin là, mais cela ne me réveilla pas vraiment.
Ce fut le corps d’Adam se collant tout contre moi et la caresse aérienne de ses doigts sur mon dos qui me tira un peu plus de l’endormissement. Et lorsque ses lèvres se posèrent sur ma joue, je daignais ouvrir un œil, pour le refermer aussitôt.

Et comme pour rendre ce réveil encore plus pénible, Adam me rappela quel jour nous étions précisément :

- Joyeux anniversaire mon amour… Murmura-t-il gaiement.

Pour toute réponse, peu ravi qu’il me rappelle que j’avais définitivement plus de trente ans, je tournais la tête de l’autre côté. J’entendis Adam éclater de rire avant qu’il ne dépose, doucement, des baises papillons sur mon épaule. Je finis par me retourner dans un soupire. Mes bras l’enlacèrent alors que je me remettais sur le dos, calant sa tête dans son cou. Mes lèvres s’y posèrent comme une caresse.

- Il va falloir se lever, Gauthier vient nous déposer Kayla, fit-il en passa sa main dans mon dos.
- Encore cinq minutes, soufflais-je en déposant un nouveau baiser dans son cou.

J’avais l’impression de ne pas avoir dormi, et sans m’en rendre compte, collé tout contre mon amant, je laissais le sommeil m’enrober. Peu à peu, je sombrais à nouveau…

***

Lorsque j’ouvris de nouveau les yeux, ce fut mon réveil affichant 13h30 qui me fit bondir brusquement hors du lit. Pestant contre Adam, je pris la direction de la salle de bain et criais en haut des escaliers :

- Putain Adam, pourquoi tu ne m’as pas réveillé ?
- Je l’ai fait, mais tu t’es rendormi ! Répondit-il aussitôt sur le même ton. Et je te signale que Kayla est là, donc tu gardes tes gros mots pour toi !
- C’est pas bien tonton ! S’écria Kayla à son tour.

Me rappelant brusquement du programme de la journée, et n’ayant pas une minute à perdre, je fonçais sous la douche.

Après quelques minutes, je descendis enfin dans le salon, habillé et prêt pour cette journée. Un sourire étira mes lèvres lorsque je découvris Adam et Kayla dans le salon. Kayla mangeait sa glace, blottie contre mon amant protecteur.

- Vous êtes mignons tous les deux, soufflais-je en arrivant vers eux.
- Joyeux anniversaire tonton ! S’exclama Kayla en tentant les bras pour que je la prenne dans les miens.

Adam fut rapide et attrapa sa glace juste à temps alors que je l’attrapais et déposais un baiser sur sa joue.

- Merci ma poupée ! Dis-je dans un sourire.

Adam se leva à son tour et me tendit un dessin de Kayla, me représentant d’une manière… Très abstraite.

- Et bien… C’est très ressemblant, soufflais-je amusé.

Je posais furtivement mes lèvres sur celles d’Adam alors que j’entendais déjà Gauthier klaxonner. Il m’avait invité à un match de basket-ball, notre sport d’équipe favori. Je trouvais ça louche que cela tombe justement le jour de mon anniversaire, m’écartant de l’appartement une bonne partie de l’après-midi. Mais je ne fis cependant aucun commentaire. Pourtant, je tentais une dernière fois pour lui montrer que je ne voulais rien de plus qu’une soirée en tête à tête :

- A ce soir, dis-je en reposant Kayla, repas en amoureux ?
- Oui, je me charge de tout ! Répondit-il enjoué.

Je souris, peu convaincu, et mis ma veste. Je l’embrassais une dernière fois avant de partir retrouver mon ami.

***

Le match de basket-ball n’était pas du tout en début d’après-midi, mais en fin. Et Gauthier me traîna dans un restaurant lorsqu’il apprit pour mon réveil tardif. Nous prîmes notre temps, rendant le tout de plus en plus suspicieux. J’étais en train d’aller chercher à boire au milieu de la foule des spectateurs pendant la mi-temps lorsque mon regard tomba sur William.

Mon sang se glaça aussitôt. Je ne l’avais pas vu depuis la dernière fois et je n’avais aucune envie de le voir. Il me remarqua quelques seconde après, et commença à venir vers moi. Voulant à tout prix l’éviter, je fis demi-tour et choisi de le fuir. Me déplaçant vite au milieu de la foule, je finis par le semer. Ne voulant pas revenir bredouille, je trouvais un autre stand de boisson, bien plus loin. Je rejoignis ensuite Gauthier en choisissant un autre chemin.

- Tu en a mis du temps ! S’exclama Gauthier alors que je lui tendais son verre.
- J’ai croisé William et il voulait apparemment me parler. Il était à côté du stand alors… J’ai du en chercher un autre, répondis-je en m’asseyant à côté de lui.
- Il aime le basket lui aussi ? Me demanda Gauthier surpris.
- Je viens de l’apprendre, répondis-je dans un haussement d’épaule.

 

Gauthier sembla songeur, et désirant changer de sujet, je lui dis avec un petit sourire.

- Je trouve quand même étrange, d’être tenu loin de chez moi aussi longtemps.
- Je ne vois pas de quoi tu parles. J’ai demandé à Adam si je pouvais passer une partie de cette journée avec toi, et il s’est empressé de proposer de garder Kayla et…
- Stop, je connais cette histoire. Mais je ne suis pas si naïf que ça… Répliquais-je.

Je connaissais suffisamment Gauthier pour voir qu’il était embarrassé et qu’il cherchait à me cacher quelque chose. Et ne voulant pas le laisser plus longtemps endurer ce calvaire, je soufflais dans un sourire.

- Bon j’espère que ce match va valoir le coup ! Et que notre équipe va gagner pour mon anniversaire !
- Ils ont intérêt ! S »exclama Gauthier soulagé.

***

Il devait être aux environs de vingt heures lorsque nous arrivâmes enfin chez nous. Tout était éteint, rendant le tout encore plus louche.
En poussant la porte, je rigolais avec Gauthier, heureux que notre équipe ait gagnée, il n’arrêtait pas de mimer le moment final qui avait fait la différence. A peine eus-je poussé la porte, que la lumière s’alluma, et un « surprise » fut crié par toute une assemblée.

Je me figeais à la seconde, surpris. Je m’attendais à une fête, mais pas à ce point là. Adam avait invité mes amis, et Estelle était à côté de lui. Regardant tout autour de moi, un sourire en coin étira mes lèvres.

- J’en étais sûr… Soufflais-je, légèrement amusé.

Même si je ne voulais pas de fête, cela faisait plaisir à Adam, et je savais que je ne lui en tiendrais pas rigueur.
Je refermais la porte et enlevais ma veste alors que quelques amis venaient me saluer. Bientôt de la musique parvint à nos oreilles et repérant Adam, j’allais le rejoindre quelques secondes plus tard. Je l’enlaçais par derrière.

- J’avais dit une soirée en amoureux… Dis-je en posant mes lèvres sur sa joue.

Adam rigola légèrement et se retourna, en posant ses mains sur ma nuque.

- Surtout que j’avais prévu de te faire grimper au rideaux… Soufflais-je dans un sourire.
- Tu me fais toujours grimper aux rideaux, je peux attendre quelques heures.

Vaincu, je frottais mon nez au sien, avant de l’embrasser tendrement.

- Un petit sourire les amoureux ! S’écria Estelle, tenant dans ses mains son appareil photo numérique.

Vivement, Adam mit fin au baiser, et se tourna en souriant. Je fis de même, et quelques secondes plus tard, Estelle repartait trouver son mari pour le photographier.

C’est à ce moment là seulement que je réalisais :

- C’est notre première photo depuis que l’on s’est remis ensemble, m’exclamais-je tout à coup.
- Oh ! Oui ! Il va falloir que je l’encadre !

Je rigolais légèrement avant d’attraper un verre de punch. Adam sortit alors une enveloppe de sa poche et me la tendit.

- Joyeux anniversaire ! Dit-il dans un sourire.

J’attrapais l’enveloppe en rigolant et mes yeux s’écarquillèrent aussitôt. Adam m’offrait deux billets d »avion pour se rendre chez mes parents. Je posais un regard étonné sur Adam face à ce geste avant de le reposer sur les billets, ayant du mal à réaliser ce geste.

- Comme ça tu pourras me représenter officiellement à tes parents, souffla-t-il amusé.
- Merci Adam… Dis-je avant de l’embrasser tendrement, touché par ce geste.

Mais je ne pus rester bien longtemps dans ses bras, déjà mes amis me présentaient leurs cadeaux.

 

***

Il était déjà tard dans la nuit, et tout s’était bien passé. Mise à part peut être, le fait que Adam et Estelle aient un peu trop abusé de la boisson. Ils étaient assis sur le canapé, tentant tant bien que mal de rester éveiller.
Tout le le monde étaient sur le départ. Je les remerciais tous de leur venue, tandis Gauthier essayait tant bien que mal d’attraper Estelle.

- Merci pour la soirée, on se voit dans la semaine ! Lança Gauthier en allant vers la porte d’entrée.
- Ça marche, rentrez bien ! Répondis-je en leur faisant signe.

Adam tenta, avec beaucoup de difficulté de se lever à son tour, et j’eus beaucoup de chance de me trouver près de lui. A peine eut-il fait un pas, qu’il manqua de tomber, basculant sur le côté. Je le rattrapais juste à temps.

- Je crois qu’il est temps pour toi d’aller dormir… Soufflais-je, amusé.
- J’comprends pas, j’ai bu exactement la même dose que toi, pourquoi est-ce que c’est moi qui suis bourré et pas toi ? S’écria-t-il en m’enlaçant.
- Parce que tu ne tiens pas l’alcool…

Adam rigola grossièrement avant d’attraper fiévreusement mes lèvres.

- Maintenant tu vas pouvoir me faire grimper aux rideaux… Dit-il d’une voix qui devait se vouloir séduisante.
- On va déjà essayer de te monter dans la chambre, on verra le reste après, répondis-je en rigolant.

J’avais déjà tiré un trait sur notre fin de soirée au dernier verre qu’Adam avait bu. Ce fut avec beaucoup de mal qu’il parvint à monter et les marches, et lorsque nous pénétrâmes dans la chambre, je le laissais quelques minutes pour aller fermer la porte et éteindre les lumières.

Je ne fus pas surpris, lorsque je remontais, de trouver Adam endormi, complètement nu. Amusé de cette douce torture qu’il m’imposait, je posais la couverture sur son corps pour ne pas qu’il prenne froid. Me déshabillant à mon tour, j’enfilais un bas de pyjama avant de le rejoindre.

***

Je me réveillais en milieu de matinée. Adam dormait toujours profondément, et je choisis de le laisser dormir pour qu’il finisse de cuver son alcool. Pour ma part, j’étais surpris de n’avoir aucune gueule de bois.

Après une bonne douche et un petit déjeuner, j’allais rejoindre Adam en attrapant mon ordinateur portable. Je voulais être là quand il se réveillait, rien que pour voir sa tête et surtout être là s’il avait besoin de moi.

Je travaillais un moment, allongé à côté de lui, l’ordinateur sur les genoux, avant de regarder les vols pour nous rendre chez mes parents. Adam avait eu une excellente idée, et j’avais maintenant hâte de revoir ma mère et ma sœur. Pour mon père c’était différent, mais je ne rechignais pas non plus à l’idée.

Il devait être aux alentours de midi lorsqu’Adam poussa un soupire. Je me tournais vers lui et en voyant la tête qu’il faisait, je sus qu’il avait une gueule de bois monstrueuse.

- Mal à la tête ? Me risquais-je en refermant mon ordinateur.
- Pire, je crois que je vais mourir… Lâcha-t-il d’une toute petite voix.

Je ne pus me retenir de rire légèrement, avant de m’allonger sur le côté près de lui. Mes lèvres se posèrent sur les siennes en une douce caresse. Mais presque immédiatement, il se redressa et courut jusqu’au toilette pour rendre le contenu de son estomac. Amusé par cette situation, j’éclatais de rire.

- Je te déteste Valentin ! Cria-t-il avant qu’une deuxième nausée le submerge.

Quelques heures plus tard, Adam était allongé sur le canapé, une couverture sur lui, zappant sur différentes chaîne. Dans la cuisine, accoudé sur le bas, je mangeais le reste de mon gâteau d’anniversaire, après avoir terminé de ranger la maison.

- Tu es sûr que tu n’en veux pas un bout ? Il est succulent… Dis-je, incapable de cesser de me moquer de lui.
- Continue et je te quitte, répliqua-t-il, sans se retourner.

Je rigolais jusqu’à ce que mon portable se mette à sonner. C’était un message de Gauthier.

- Estelle est dans le même état, lançais-je dans un sourire alors que je lisais le message. Gauthier demande si on serait partant pour aller voir un ciné en fin d’après-midi, Kayla est toujours chez ses grands parents.
- D’accord mais si j’entends un seul de vous deux vous moquez de nous, je rentre avec Estelle et tu vas vivre avec Gauthier… Maugréa-t-il, les dents serrées.
- Promis, soufflais-je, amusé.

***

 

Nous étions tous les quatre installés sur les sièges du cinéma, attendant patiemment que le film commence. La main d’Adam tenait la mienne, alors que sa tête était posée sur mon épaule.

- J’ai mal au ventre… Soupira-t-il d’une petite voix.

Je ne pus m’empêcher de lancer un regard amusé à Gauthier, mais tenant ma promesse, je ne fis aucun commentaire. Mais cela n’était pas du goût d’Adam qui se redressa vivement, le regard faussement furieux.

- Même les regards moqueurs sont interdits ! S’écria-t-il alors les poings sur les hanches. C’est de ta faute si Estelle et moi, on est comme ça.
- Je ne vous ai pas obligé à boire autant ! Soufflais-je en fronçant les sourcils.
- Non mais c’était ton anniversaire, alors c’est de ta faute !
- Je suis bien d’accord ! Fit Estelle alors que Gauthier la prenait dans ses bras.

Adam attrapa sa veste pour y sortir son portefeuille. Il devait avoir besoin de boire quelque chose.

- Reste assis, dis-je en me levant. Qu’est-ce que tu veux ?
- Non non, je dois aller aux toilettes de toute façon, quelqu’un veut quelque chose ?

Nous passâmes tous notre commande avant qu’Adam ne s’éclipse.

 

Adam revint un petit moment après nous tendant nos paquets de bonbon. Son regard se posa derrière nous et il s’écria aussitôt en reprenant sa place à côté de moi :

- Mais c’est pas vrai !
- Qu’est-ce qu’il se passe ? Demandais-je en regardant derrière moi.

Je ne mis pas longtemps à croiser le regard de William qui nous fixait et une grimace étira mes lèvres.

- Je l’ai croisé aux toilettes, commença-t-il énervé, et tu sais pas ce qu’il m’a dit ? Que j’aurais du l’inviter à ton anniversaire… Non mais il cherche quoi ?
- Gauthier et moi l’avons croisé aussi au match de basket, il a essayé de me parler, mais je l’ai évité… Lui expliquais-je mal à l’aise.
- Tu pense qu’il vous suis ? Demanda Gauthier, perplexe.
- Je crois surtout qu’il fait une obsession sur Val, dit-il en attrapant ma main. Mes ex ont peut-être pété un câble quand je les ai quitté mais au moins, il ne me suivent pas partout…
- Peut être que Valentin est plus dur à oublier que toi, s’exclama Estelle amusée.

Pour toute réponse, il lui tira la langue avant de se blottir dans mes bras. Sans attendre, ma main remonta son menton et délicatement, je posais mes lèvres sur les siennes. Je cherchais, du mieux que je le pouvais, par ce baiser, à l’apaiser. Les lumières de la salle s’éteignirent et le film commença. Là, tout contre Adam, j’oubliais tout ce qui nous entourait, plongé dans un bonheur infini…

***

- Dépêche-toi Adam ! On va louper l’avion ! M’écriai-je au rez de chaussé.
- Oui, deux minutes ! S’exclama-t-il sur le même ton.

Nous étions le jour du grand départ et Adam était en retard, ayant encore oublié des choses. Nous avions deux semaines de vacances, rien que tous les deux. Nous allions voir mes parents pendant une semaine et demi, puis nous retournions passer un peu de temps tous les deux ici. Nous avions même eu l’idée de réserver une petite auberge à deux heures d’ici, empêchant quiconque de venir nous déranger pendant ces deux semaines.

Impatient et énervé j’attendis Adam pendant deux bonnes minutes, lorsque je le vis enfin descendre les escaliers avec sa valise.

- Je devais prendre mes dossiers pour le boulot… Souffla-t-il en haussant les épaules.

Et comme pour s’excuser, il passa sa main libre autour de mes épaules et posa ses lèvres sur les miennes. Un doux baiser fut changé. Un baiser qui chassa automatiquement ma colère. Un baiser qui attisa instantanément notre désir.

- Tu es sûr que tu ne veux pas profiter de mon corps une dernière fois avant d’aller chez tes parents ? Demanda-t-il d’une voix séduisante, après on ne pourra plus le faire autant qu’on veut…

Un sourire étira mes lèvres et j’embrassais tendrement sa joue.

- On aurait pu, si tu n’avais pas perdu tout ton temps à chercher tes dossiers, répondis-je dans un sourire moqueur.

Un soupire s’échappa de ses lèvres, ne pouvant s’empêcher de sourire à son tour, amusé.
Doucement, il s’écarta de moi et alla mettre sa veste. Je fis une dernière fois le tour de la maison pour m’assurer que tout était bien fermé et quelques minutes plus tard, nous étions dans la voiture, roulant vers l’aéroport.

Plus on approchait, et plus je me sentais heureux à l’idée de ce voyage, un sourire étirant mes lèvres. Ma famille me manquait et je réalisais seulement maintenant à quel point. M’y rendre avec Adam était le plus beau des cadeaux. Même si j’en voulais à mon père et que je lui en voudrais toute ma vie, j’étais heureux de me retrouver entouré. Sa main se posa sur ma joue et je le regardais, gêné de la manière dont il m’observait.

- Qu’est-ce qu’il y a ? Lui demandais-je en reposant mon regard sur la route.
- Rien… Souffla-t-il, je me disais juste que je suis totalement et éperdument amoureux de toi.

De légères rougeurs colorèrent mes jours et je posais ma main sur sa cuisse, tendrement. Jamais je ne me lasserais de pareilles déclarations.

- Ça tombe bien, dis-je dans un sourire, parce que je suis dans le même état…

***

Une heure plus tard, nous étions à l’aéroport. Je l’attendais devant la porte d’embarquement tandis qu’il enregistrait nos bagages. Cet endroit me rappelait un très mauvais souvenir. C’était ici qu’Adam m’avait quitté pour la première fois, c’était ici que s’était déroulé le plus mauvais jour de toute ma vie, c’était ici qu’avait commencé un cauchemar de deux ans.

Quelques secondes plus tard, Adam arriva et croisa mon regard triste.

- Qu’est ce qui t’arrive ? Demanda-t-il en s’approchant de moi, inquiet.
- Rien… Tu vas me traiter d’idiot… Soufflais-je en passant ma main sur ma nuque.
- Dis toujours.

Un soupire s’échappa de mes lèvres et je regardais une nouvelle fois la porte d’embarquement, emprunte de ce douloureux souvenir.

- C’est ici… Lâchais-je d’une petite voix, c’est ici que tu m’as quitté la première fois…

Son regard se posa autour de lui et ce fut à cet instant seulement qu’il sembla s’en souvenir.
Étrangement, un sourire étira finalement ses lèvres. Ses bras virent m’enlacer et il posa délicatement ses lèvres sur les miennes. Bien que surpris, je répondis à son étreinte, l’enlaçant à mon tour.

 

Lorsque l’air vint à nous manquer, il colla son front au mien, croisant mon regard.

- Alors on va changer ce souvenir triste en quelque chose de merveilleux, dit-il dans un sourire.

Il frotta son nez contre le mien, tendrement.

- Je te promets de ne jamais plus partir loin de toi…

Je finis par sourire à mon tour, rassuré par cette promesse. Je l’embrassais à nouveau, oubliant ce passé, me concentrant sur le présent.

L’hôtesse de l’air près de la porte passa une dernière annonce et nous entrâmes dans l’avion, main dans la main…

***

Le voyage ne dura pas très longtemps et nous arrivâmes bientôt à notre destination. Après avoir récupérer nos bagages, nous passâmes la douane et nous eûmes la surprise d’être accueilli par mon père.

- Vous avez fait bon voyage ? Demanda-t-il en attrapant un sac des mains d’Adam.
- Oui, c’était plus rapide que je ne l’aurais pensé, répondis-je dans un sourire.
- Merci de venir nous chercher, lui dit Adam.
- C’est la moindre des choses, souffla mon père. Je ne pourrais malheureusement pas rester cet après-midi, mais ta mère est là, ajouta-t-il à mon intention.

Il commença à marcher et nous partîmes à sa suite alors qu’il poursuivait :

- Ce soir, ta mère a prévu un gros repas de famille, ta sœur devrait être là, ainsi que son copain.

 

Je souris, heureux de pouvoir enfin vivre ces moments avec ma famille. Adam du le sentir, car sa main se glissa dans la mienne et c’est ainsi qu’après un petit regard échangé, nous allâmes jusqu’à la voiture de mon père.

***

Nous avions été accueilli comme des princes. Après nous avoir laissé le temps de nous installer dans notre chambre, ma mère nous avait préparé un déjeuner léger en prévision du festin qui nous attendait le soir. Elle n’avait jamais eu beaucoup de contact avec Adam, du fait de notre passé, et elle semblait vouloir rattraper le temps perdu, inondant Adam de différentes questions.
Pour la préparation du repas du soir, nous mîmes tous la main à la pâte, aidant comme on le pouvait. Adam aida ma mère à cuisiner, tandis que je les assistais, mettant la table, et coupant différents légumes.
Lorsque tout fut prêt, ma mère nous envoya avec un verre nous reposer un peu dans le salon, jugeant que nous en avions assez fait. Rares étaient les fois où j’avais vu ma mère heureuse et si enjouée, et je commençais à me demander si cela ne cachait pas quelque chose. Je me retins cependant de poser des questions.

 

Vers vingt heures, mon père arriva, accompagné de ma sœur et de son copain. Elle sauta directement dans mes bras, heureuse de nous retrouver. Nous prîmes tous place autour du festin, mon père et ma mère en bout de table. J’étais à côté d’Adam et ma sœur était en face de moi avec Kevin.
Avant de commencer, mon père se leva, et leva son verre de vin. Il échangea un regard avec ma mère, un regard que je ne les avais jamais vu échanger.

- Nous avons beaucoup réfléchi avec votre mère. J’ai conscience de ce que j’ai fait à notre famille. Je sais que tout ce que je pourrais faire aujourd’hui ne pourra jamais rattraper le passé… Dit-il en posant un bref instant son regard sur moi. Mais avec votre mère, nous avons décidé d’aller de l’avant.

Il fit une pause, comme pour se donner du courage.

- Nous voulons profiter de votre présence à tous pour célébrer notre remariage.

Je me tendis aussitôt, affolé par cette idée, et loin d’être d’accord. Adam du le sentir car je sentis sa main se poser sur ma cuisse. Cela avait été une chose d’accepter que mon père revive avec ma mère, mais c’était une toute autre chose d’être en accord avec un remariage, comme si de rien n’était. Mon regard se posa sur ma sœur qui me fit un sourire rassurant. Étais-je le seul à m’indigner à cette idée ?

Je mordis sur mon frein pour éviter de prendre la parole. Mon regard se posa sur ma mère et le bonheur que je pouvais lire sur son visage me força au silence.

C’était à elle qui revenait ce choix. J’avais décidé de laisser une autre chance à mon père et ma mère était sûrement la mieux placer pour choisir. Elle pensait qu’il avait réellement changé et je devais me plier à son choix. Ma main se posa sur celle d’Adam et nos doigts s’entrelacèrent.

Sans sa présence à mes côtés, sans son soutien silencieux, ma réaction aurait été tout autre. Certes, je n’approuvais pas le choix de mes parents, mais je restais silencieux, n’émettant pas le moindre avis.

Il fallut un long moment pour que je ne me détende vraiment et pense à autre chose. Et même si je tentais de sourire et de participer aux conversation, une partie de moi restait tendue et distance.
Mes parents franchissaient un grand pas et tout allait trop vite. Alors que j’étais juste venu les voir avec Adam, tout prenait une autre tournure.

Ce fut pourquoi, juste avant le dessert, je m’éclipsais pour aller fumer une cigarette et prendre un peu l’air frais dehors. Adam resta à discuter avec ma sœur, attaquant déjà son troisième verre de vin, sous mon regard amusé.

Une fois dehors, j’inspirais et j’expirais profondément avant d’allumer ma cigarette. La première bouffée ne suffit pas à me calmer.

- Valentin, souffla soudain ma mère. Tout va bien ?

Je tournais la tête vers elle alors qu’elle s’arrêtait à mon niveau.

- Je… Oui… Répondis-je avant de craquer. Je suis juste surpris pour ce mariage, avouais-je. Tu ne trouves pas que ça va trop vite ?

Ma mère me sourit, avant de poser sa main sur mon épaule.

- Pas tant que ça Valentin. Ça fait quatre ans que l’ont s’est remis ensemble. Alors non, ça ne va pas trop vite.

Elle fit une pause, mais je ne répondis rien. Je n’avais jamais su depuis combien de temps ils s’étaient remis ensemble et apprendre que ma mère me l’avait caché pendant plus de trois ans ne me calmait pas.

- Avec Adam, souffla-t-elle, tu as fait une bêtise et il t’a pardonné. Vous… Vous n’avez pas attendu pour aménager ensemble et bien, j’ai fait pareil avec ton père.

Une rage sans nom coula dans mes veines, une colère que je ne sus contenir à l’entente de ses mots.

- Ça n’est pas comparable ! Ne me compare jamais avec lui ! M’exclamais-je. Il… Est-ce que tu sais pendant combien de temps j’ai du endurer ses coups ? Et tu n’as jamais rien fait… Ajoutais-je, lui disant ce que je n’avais jamais osé lui dire.

J’inspirais un grand coup, tentant de me calmer. Mais c’était impossible.

- J’ai déjà accepté l’idée qu’il soit revenu vivre ici avec toi mais ne me demande pas d’assister à ce mariage avec le sourire. Je ne l’approuve pas ! Claquais-je.
- Je suis désolé Val… Je suis désolé pour tout le mal que je t’ai fait… Souffla soudain la voix de mon père qui se tenait à quelques pas et qui avait du assister à notre échange.

Il avait les larmes aux yeux. A côté de lui, se tenait Adam qui me regardait peiné.

- Je suis désolé, mais mettez vous à ma place. Dis-je en regardant tour à tour mon père et ma mère.
- Et toi, répondit ma mère en haussant légèrement le ton. Mets-toi à ma place ou à celle de Solène, ou à la place de ton père. Tu as eu la belle vie Val. Tu as souffert et je m’en voudrais toute ma vie, mais à partir du moment où tu as trouvé Adam, tu as été heureux. Et Solène et moi ne l’avions été qu’à partir du moment où ton père est revenu dans notre vie, c’est mal de vouloir continuer à l’être ?

Je ne répondis rien. Je ne voulais pas envenimer la situation. Un fossé s’était creusé entre ma famille et moi le jour où mon père avait levé la première fois la main sur moi. Le fait d’avoir rencontré Adam et d’avoir construit la vie avec lui n’avait fait que le creuser. Jamais je ne pourrais avoir le même genre de relation qu’Adam avait avec sa famille.

- Tu es notre fils, reprit ma mère. Et j’aimerais partager ce moment avec toi, mais si tu n’es pas capable de voir la réalité en face, de voir à quel point ton père a changé, alors oui, tu ferais peut être mieux de ne pas venir, claqua-t-elle.

Ma mère ne tourna brusquement le dos, attrapa la main de mon père, et rentra dans la maison.
Adam qui était jusqu’alors resté dans son coin silencieux et observateur, s’approcha aussitôt de moi et sans que je n’ai besoin de le lui demander, ses deux bras se refermèrent autour de ma taille. Je me perdis aussitôt dans cette étreinte, glissant mon visage dans son cou. Sa main passa dans mon dos. Le bien-être qu’il m’apporta instantanément fut presque vital.

- Je suis désolé de la tournure qu’ont pris les événements Val… Ils aurait du te prévenir avant et pas comme ça.. Devant tout le monde… Surtout au vu de votre passé… Murmura-t-il en me serrant encore plus fort contre lui.

Touché par ses mots, réconforté par sa présence, je lui répondis dans un souffle :

- Merci d’être là Adam…

Mon amant s’écarta, croisant mon regard perdu, et sans trop réaliser ce qui se passait, ses lèvres se posèrent sur les miennes pour un baiser aérien.

- On peut s’en aller si tu veux…
- Non, me surpris-je à répondre. Ma mère a raison. Ils ont eu quatre ans pour voir que mon père à changer, alors que moi non. Je… Je dois leur faire confiance.

***

Nous étions retournés à table et après m’être brièvement excusé, le sujet du mariage n’avait plus été abordé de toute la soirée. Après avoir mangé le dessert et bu une coupe de champagne, nous prîmes congé avec Adam, prétextant la fatigue du voyage.
Après avoir pris chacun notre douche, nous nous retrouvâmes enfin seuls à seuls dans la chambre d’ami. J’étais lové tout contre Adam, ma tête enfouie dans son cou. Sa main passait et repassait dans mon dos, comme pour tenter de continuer à m’apaiser.

- Je crois que j’ai encore trop bu, soupira Adam dans un sourire.
- Parce qu’en plus de ne pas tenir l’alcool, dis-je en riant, tu ne sais pas t’arrêter.

Adam se redressa, me surplombant, affichant un air faussement outré.
Son regard s’ancra dans le mien et c’est à ce moment là seulement que je réalisais ce dont avait réellement envie Adam. Sa main se posa sur mon torse et il s’abaissa pour recouvrir mes lèvres d’un baiser, baiser que je lui rendis presque instantanément, incapable de me lasser de ce goût du particulier et du bien que cela me procurait. Mais bientôt, sa main glissa bien plus bas, et comprenant qu’il allait sérieusement mettre à exécution ses intentions, je mis fin au baiser et le repoussais légèrement.

- Pas ici, pas maintenant Adam… Lui dis-je, bien que l’envie soit partagé.
- Ne me dis pas que tu ne veux rien faire chez tes parents ! S’exclama-t-il faussement horrifié.
- Je n’ai pas envie qu’ils nous entendent… Dis-je mal à l’aise.
- Ca ne te dérangeais pas plus que ça quand tu habitais chez mes parents.
- J’habitais dans le garage Adam, ce n’était pas dans la maison et ma chambre n’était pas annexée à celle de tes parents.
- Et bien sûr tu n’es jamais venu me rejoindre dans la mienne, rétorqua-t-il.

Adam se mit à m’embrasser dans le cou, provoquant chez moi un frisson. Je ne pus m’empêcher de rigoler en repensant à ces moments.

- Ce n’était qu’une ou deux fois… Concédais-je, amusé.

Adam se redressa légèrement, laissant ses lèvres à quelques millimètres des miennes.

- Mais je te le promets qu’on ne le fera qu’une fois, dit-il charmeur avant de recouvrir mes lèvres pour un baiser passionné.

Ce baiser eu raison de me faire céder. Et je perdis pied l’espace d’un instant. Enhardis pas ses attentions, je me laissais faire, savourant ses mains caressant mon corps et sa langue se mêlant à la mienne. Dans ses bras j’oubliais tout et bientôt mes mains virent se poser sur ses reins pour l’approcher plus près de moi.

Cependant, ce fut quand son bassin se frotta lascivement contre le mien, commençant à éveiller mon intimité, que je redescendis sur terre. Je le repoussais en posant mes deux mains sur ses épaules. Avant de lui déclarer, assez ferme :

- Désolé… Je ne peux pas Adam. Ça me stresse trop qu’ils puissent entendre.

Adam soupira, montrant très clairement son mécontentent ;

- Non Val ! Tu ne peux pas m’allumer comme ça.

Dans un nouveau soupire, il s’écarta de moi et s’allongea à côté, sur le ventre.

- Je sens qu’elle va être longue cette semaine…

Je me redressais légèrement, passant ma main sur sa joue, voulant m’excuser mais un rire s’échappa de mes lèvres. A l’absence de réaction de sa part et à sa respiration posée, je devinais qu’Adam venait de s’endormir en quelques secondes.
Me rapprochant de lui, je recouvris nos deux corps de la couverture, déposais un baiser sur sa joue, et tentais difficilement de trouver le sommeil. Cette venue chez mes parents n’allait pas être de tout repos…

***

Le lendemain matin, je me fus tirer du sommeil par une très agréable sensation qui me brûlait les reins, mains j’avais encore beaucoup de mal à comprendre d’où cette sensation provenait encore trop plongé dans un demi-sommeil.

Cependant ce fut lorsqu’un gémissement s’échappa de mes lèvres que j’ouvrais les yeux sous la surprise. Je réalisais alors uniquement à cet instant où je me trouvais et ce qu’Adam était en train de me faire… Caché sous la couette, il avait choisi de me réveiller de la plus agréable des façons, et je l’aurais véritablement apprécié si nous n’étions pas chez mes parents…

Mais je n’eus pas le temps de le repousser ou de dire quoi que ce soit. Ses lèvres quittaient mon membre gorgé de plaisir et un gémissement de frustration passa le barrage de mes lèvres bien malgré moi.

Sans attendre, il remonta le long de mon corps et vint jusqu’à mes lèvres croisant mon regard en apparaissant de sous la couverture. Un sourire charmeur étirait ses lèvres alors que son regard était voilé d’une luxure non feinte. Il avait envie de plus et l’état de feu dans lequel il avait plongé mon corps m’empêchait de le repousser. Comme pour vaincre les dernières barrières, il recouvrit mes lèvres d’un baiser farouche. Perdu dans cet échange, j’eus à peine conscience de ce qu’il était en train de réellement de faire. Il lâcha brutalement mes lèvres et s’empala sur mon sexe sans prévenir. Il grimaça légèrement de douleur, tandis que je portais mon bras contre mes lèvres pour m’empêcher de faire du bruit…

Tout arrêter, l’empêcher de poursuivre cet ébat alors que je lui avais clairement transmis mon désaccord la veille était maintenant impossible. Adam avait gagné, de manière assez déloyale, mais en cet instant précis, j’étais incapable de lui en vouloir, trop envahi par la plaisir ressenti. Ne résistant pas, je tendis ma main vers lui et attrapais sa nuque pour l’attirer à moi et ravir ses lèvres d’un baiser. Surpris et tendu par la douleur qu’il devait ressentir sans la moindre préparation, je ne voulus pas faire durer sa torture et l’embrassais avec une douceur inégalée.

Adam finit par se détendre et s’habituer à ma présence en lui. De lui-même il entama un très léger déhanchement qui me faisait déjà perdre pieds.

Lâchant enfin les rênes de mon plaisir, j’inversais brusquement nos positions tout en restant en lui et enfouis ma tête dans son cou pour camoufler les bruits des gémissements qui tarderaient pas à s’échapper de mes lèvres. Adam fit de même et un violent frisson me saisit alors qu’il mordillait et léchait la peau de mon cou. Ne tenant plus je commençais à me déhancher en lui, retrouvant ce plaisir si particulier que je ne partageais qu’avec lui. Bien vite nos gémissements étouffés parvinrent à nos oreilles seulement. En lui, dans cette étreinte où je donnais tout, j’oubliais tout ce qui s’était passé la veille et j’étais prêt à affronter ce que ce séjour chez mes parents allait me demander. Avec Adam, je me sentais entier, je me sentais vivre comme jamais…

 

La frustration et la surprise de cet échange, le côté secret de notre ébat le rendit rapide mais n’enleva rien de son intensité. Je me libérais en lui en même temps qu’il jouissait entre nos corps mordant son épaule un peu trop fort pour ne pas crier. Vidé de toute force, je me laissais tomber sur le côté, le corps luisant de sueur.

Adam ne tarda pas à venir se coller tout contre moi, appuyant sa tête sur mon épaule.

 

- Tu as de la chance que je t’aime autant pour ne pas t’en vouloir…

- C’est surtout parce que tu viens de prendre prendre ton pied ! Répondit Adam en riant.

 

Il redressa sa tête, croisa mon regard et un petit sourire étira ses lèvres.

 

- Tu as surtout de la chance que nous n’ayons pas fait de bruit.

 

Adam me fit taire d’un doux baiser qui me donna des frissons.

 

- Je sens que ce séjour va être terriblement frustrant, susurra-t-il tout contre mes lèvres alors que sa main glissait sur mon torse.

 

J’attrapais sa main pour interrompre son geste.

 

- Surtout que tu ne nous simplifies pas la tâche, répondis-je dans un sourire avant d’attraper sa nuque et de l’embrasser à nouveau.

 

****

 

Les jours passèrent et ils ne se déroulèrent pas comme je l’avais pensé. Malgré notre frustration commune, nous n’avions pas recouchés ensemble. Si Adam avait manifesté plusieurs fois sa frustration, j’avais fini par lui dévoiler que j’étais dans le même état. Mais jamais je ne nous laissais aller plus loin que quelques échanges de tendresses et caresses. Jimmy, le copain de ma sieur, avait proposé à Adam le soir de notre arrivé d’aller l’entraîner et courir avec lui. Adam trouvait qu’il avait grossit et voulait y remédier. Si je n’avais rien dit, je devais cependant m’avouer que j’étais légèrement agacé par cette idée. Adam n’avait jamais manifesté l’envie de faire du sport avec moi. Aujourd’hui, aller courir avec lui m’était rendu impossible à cause de mon genoux et je les regardais à chaque fois partir : jaloux.

Je n’avais pas encore réabordé le sujet du remariage de mes parents avec eux et ce sujet avait été jusqu’à maintenant sciemment évité. Il était toujours hors de question que j’y assiste. Cependant, ce sujet n’avait pas ternis nos rapports et l’ambiance était agréable.

Aujourd’hui, en fin de matinée, après en avoir parlé la veille avec Adam qui m’avait aidé à trouvé le courage de le faire, je m’étais décidé à présenter mon projet de compagnie à mon père. Nous nous étions installés dans son bureau et je venais de finir mon exposé. Mon père me regardait silencieusement depuis le début, impassible. Le temps qu’il prit à prendre la parole me semblait durer des heures. Je venais de lui proposer une place a part entière dans ma compagnie : directeur financier. J’allais bien plus loin que de simplement lui prendre son argent. Le stress redoubla cependant lorsqu’il commença prenant une inspiration :

 

- Si je comprends bien tu veux travailler en étroite collaboration avec moi, mais tu refuses que j’épouse ta mère…

 

J’eus du mal à cacher ma surprise face à sa réponse qui n’avait rien de professionnel. Je soupirais avant de répondre :

 

- Ce n’est pas la même chose. J’ai confiance en toi sur le plan professionnel, mais pas encore sur le plan personnel, déclarais-je en gardant mon calme.

Mon père qui avait d’abord parut agacé se calma aussitôt, affichant un air plus triste.

- Valentin, qu’est-ce qu’il te faudrait pour te prouver que je suis honnête ?
- Je ne sais pas, avouais-je alors.

Ce fut au tour de mon père de soupirer.

- Est-ce que tu pensais à Adam pendant les deux années où vous avez été séparés ? Finit-il par me demander.
- Tout le temps, répondis-je, surpris par sa question.
- Et moi j’ai pensé à vous à partir du moment où vous m’avez rayé de vos vies. Je me suis retrouvé seul, poursuivit-il. Et c’est là que j’ai compris tout le mal que j’ai commis.

Mon père fit une pause, semblant chercher ses mots :

- Alors j’ai fait en sorte de changer. Pour vous, parce que vous êtes ma famille. Ta mère est la seule femme que je n’ai jamais aimé et vous êtes mes enfants.

J’arrivais presque à croire la sincérité de ses paroles.

- Comment tu as repris contact avec elles ? Lui demandais-je, faisant malgré moi un autre geste vers lui.
- Je l’ai revu à l’un de tes spectacles. Elle était en vacances chez vous. Elle m’a vu dans la salle, alors que je la fixais. Dit-il, son regard partant dans le vide, à la recherche de ses souvenirs. J’ai finis par aller lui parler… Et c’est comme ça qu’on a doucement repris contact. Au départ, ta mère était méfiante. Elle ne me croyait pas. Puis, elle m’a peu à peu laissé revenir.

Un petit sourire amoureux étira ses lèvres. Cela me surpris. Jamais je n’avais vu mon père ainsi, dévoilant ses émotions.

- J’ai attendu six mois avant de l’embrasser…. Six mois où j’ai tout fait pour retrouver sa confiance, ou je l’ai amené chez avec moi, chez le psy, ou je lui ai ouvert mon cœur. Si seulement je savais ce que je pourrais faire pour simplement que tu baisses ta garde en ma présence. Je… C’est important pour ta mère que tu sois présent à ce mariage. Fais-le, ne serait-ce que pour elle…
- Je viendrais, soupirais-je, cédant sans trop comprendre pourquoi.

Mon père eut du mal à cacher sa surprise, et un sourire ne tarda pas à se dessiner sur ses lèvres.

- Si Solène et maman t’ont pardonné, pour moi ça prendra beaucoup plus de temps. Je… Te faire cette proposition de collaboration est déjà un gros pas pour moi. Laisse-moi du temps… Avouais-je.
- J’accepte, répondit mon père.

Il reprit aussitôt la parole, voyant que j’allais parler.

- Et je n’accepte pas parce que tu es mon fils et que je cherche à me racheter. J’ai écouté ton projet avec attention, et tu as des bases solides. Je crois en ton potentiel et l’amour que tu portes à cet art depuis tout petit, malgré tout ce que je faisais pour t’en empêcher…

Nos regards se croisèrent, et pour la première fois, je me laissais aller à faire un petit sourire sincère à mon père…

***

Adam n’était toujours pas rentré de son entraînement. Après mon entrevue avec mon père, je m’étais précipité pour aller le rejoindre dans le salon, pensant qu’il serait retour, mais je m’étais trompé.
Ma mère était tranquillement installée en train de regarder un film et ma sœur était allée faire du shopping. Je montais dans la chambre pour me remettre seul de cet échange avec mon père. J’avais fini par attraper un livre et m’installer sur mon lit et c’est à ce moment là qu’Adam fit irruption dans la chambre, les joues rouges. Couvert de sueur, il s’écroula sur le lit à côté de moi.

- Je suis crevé, souffla-t-il.

Il tourna sa tête vers moi et le sourire qui se dessinait sur ses lèvres s’effaça aussitôt en voyant que je n’étais pas d’humeur.

- Ça ne va pas ? Me demanda-t-il aussitôt en s’approchant un peu plus de moi.
- En douze ans, dis-je tout bas pour que personne ne m’entende, pas une seule fois tu n’as voulu aller faire du sport avec moi. Et il suffit que Jimmy te le propose pour que tu acceptes. Et maintenant, continuais-je d’une seule traite, vous passez tout votre temps ensemble, alors que ces vacances étaient censées être des vacances à deux.

Au lieu de s’énerver, Adam rigola.

- Je ne pensais pas que ça te mettrait dans cet état.
- Je ne vois pas en quoi c’est drôle, rétorquais-je, n’ayant aucune envie d’en rire.
- C’est drôle parce que si je me mets à faire autant de sport, c’est pour éviter de te sauter dessus. Alors, dit-il en s’approchant de moi, c’est soit je continue d’aller courir, soit je te saute dessus.
- Toi, tu peux au moins aller courir, répondis-je en me détendant un peu, amusé par sa réplique.

Et sans lui laisser le temps de réagir, je l’attirais brusquement à moi et l’embrassais avec fougue. J’en avais assez d’être celui qui y mettait constamment un frein et ce que je venais d’entendre m’empêchait de ne rien faire. À travers ce baiser, je laissais libre court à toute ma frustration et je sentis le désir de mon amant monter en flèche. Ma main libre glissa sous son tee-shirt, effleurant sa peau du bout des doigts. Nous dûmes cependant mettre fin à notre échange lorsque l’air vint à nous manquer. Voulant me venger d’avoir ainsi été délaissé ces dernier jours, je m’écartais, allant même jusqu’à quitter le lit, un petit sourire moqueur accroché aux lèvres.

 

- Ne me dis pas que tu vas t’arrêter là ! S’exclama Adam ahuri.

- On ne peut pas faire ça dans la chambre. Ils sont juste en bas, soufflais-je amusé de voir la déception s’afficher aussitôt sur son visage.

 

Adam soupirait alors que j’allais vers la porte. Je me retournais, le regardant avec un air charmeur :

 

- Par contre, tu pourrais malencontreusement me croiser sous la douche…

 

Et sans un mot de plus je quittais la chambre pour aller dans la salle de bain. En chemin, je criais du haut des escaliers à ma mère que j’allais prendre une douche. Sans attendre une seule seconde et en prenant bien soin de ne pas fermer le verrou, je me retrouvais dans la salle de bain en train de me déshabiller. Attendant qu’Adam réponde discrètement à mon invitation, j.allumais l’eau chaude et me glissais dessous. Je savais que n’importe qui pourrait nous surprendre, mais je n’étais plus capable de tenir une minute de plus sans sentir le corps brûlant d’Adam contre le mien.

 

Heureusement, je n’eus pas à attendre bien longtemps. J’entendis la porte de la salle de bain s’ouvrir et se refermer avec empressement. Je tournais la tête vers lui, l’entrapercevant par l’espace du rideau de douche que j’avais mal fermé. Mon regard glissa sur le corps qu’il me dévoilait, prenant le temps contrairement à moi de mettre ses vêtements un a un dans le bac a linge. Mon rythme cardiaque s’accéléra lorsqu’il fut enfin nu devant moi, à moins d’un mètre. Un sourire satisfait se dessina sur ses lèvres lorsqu’il redressa la tête et croisa mon regard. En un rien de temps, il vint me rejoindre et mes lèvres fondirent sur les siennes, soupirant de bien être en sentant son corps nu se coller au mien.

Nos mains furent loin de rester inactives, redécouvrant nos corps en manque de contact. Les lèvres d’Adam finirent à quitter les miennes pour se glisser dans mon cou et prenant les rênes, il me repoussa légèrement jusqu’à ce que mon dos nu ne soit plaqué sur les carrelage froid de la cabine de douche. Un violent frisson me parcourut sous la surprise de ce contact, mais je ne tentais pas de me soustraire à la volonté d’Adam. Ses lèvres glissant sur mon épaule suffisait à me réchauffer. Mon corps entier se consumait d’envie de lui…

 

Je me moquais du lieu où nous nous trouvions, où du moins je l’oubliais. Adam se retrouvais bientôt à genoux face à mon intimité dressée et je devais me retenir de gémir sous la frustration de sentir ses lèvres se poser partout sauf sur celle-ci. L’eau ruisselait sur nos corps et lorsqu’Adam fit passer sa langue tout le long de mon sexe je dus me mordre l’avant bras pour ne pas crier. Je laissais ma tête partir en arrière pour ne pas perdre pied, gémissant le plus discrètement possible face à la fellation que m’offrait mon amant. Alors que l’une de mes mains se posait dans ses cheveux pour guider et que l’autre reste plaquée sur ma bouche, j’entendis quelqu’un frapper à la porte et l’ouvrir sans attendre. Mon corps loupa un battement lorsque j’entendis ma mère me demander :

 

- Nous partons faire les courses, est-ce que tu as besoin de quelque chose ?

- Je… Non… Articulais-je difficilement alors qu’Adam, loin de s’arrêter continuait sa fellation.

- Et Adam ? Je ne le trouve pas, est ce que tu sais s’il…

- Non ! Rien non plus ! M’exclamais-je en la coupant, incapable de résister à cette torture de plaisir et la peur que ma mère découvre qui se cachait vraiment sous ce rideau.

- Mon dieu Val ! Tu ne changeras jamais ! S’exclama ma mère en entrant vraiment dans la salle de bain. Tu ne sais pas mettre ton linge dans le bac !

 

Mes jambes étaient de plus en plus fébriles, ayant de plus en plus de mal à me concentrer pour ne pas gémir de plaisir face aux attentions d’Adam.

 

- Désolé… Soufflais-je, incapable de dire un mot de plus.

- Bon Solène et son copain m’attendent… À tout de suite. Nous n’en avons pas pour longtemps.

- À… À tout de suite, articulais-je avec grand peine.

 

Heureusement, ma mère ne fit pas durer le supplice plus longtemps et un soupire de soulagement passa le barrage de mes lèvres lorsque j’entendis la porte se refermer.

 

- Adam.. Soufflais-je. Tu… Tu aurais pu penser à fermer le verrou…

 

Pour toute réponse Adam m’offrit une succion plus poussée qui m’arracha un gémissement que je fus bien incapable de contenir. J’attendais cependant plusieurs minutes avant de véritablement me laisser aller et être certain que tout le monde avait bien quitté cette maudite maison. Je me libérais dans un gémissement plus bruyant. Je ne dus mon salut qu’au mur sur laquelle je m’appuyais et qui m’empêcha de chuter. Adam ne me laissa pas le moindre répit, venant déjà prendre possession de mes lèvres, comme pour nous ramener à la réalité. À l’aide ce simple baiser, il raviva mon désir et sans vraiment comprendre comment, j’inversais nos positions.

Adam se retrouvait dos à moi, les mains posées sur le mur, tandis que tout mon corps était collé contre le sien, savourant ce simple contact. Nous n’avions que peu de temps seuls dans cette maison, et je comptais bien en profiter pour entendre autre chose que des gémissements étouffés.

Mon bassin se frottait contre le sien, éveillant à nouveau mon intimité contre ses fesses. Mes lèvres glissèrent sur ses épaules mouillées avant que ma langue ne goûte chaque parcelle de sa peau, me délectant de sa saveur.

Mes mains glissèrent sur son bas ventre avant de passer directement sur son sexe dressé, tandis que ma langue léchait tout le long de sa colonne vertébrale.

Je me retrouvais bientôt à genoux derrière lui et sans la moindre pudeur ou dégoût, je ne m’arrêtais pas à son bas du dos. À ce contact, Adam laissa échapper un premier gémissement et ses jambes semblèrent plus fébriles. Je n’eus pas besoin d’humidifier mon premier doigt qui déjà le pénétrait.

Malgré le feu qui brûlait mes reins, je résistais à l’envie de le posséder à la seconde, continuant me préparation à l’aide de ma langue et de mes mains.

Bientôt les gémissements de mon amant envahirent la cabine de douche.

Lorsque je le jugeais suffisamment prêt, je me remis debout. Semblant comprendre mon envie, Adam tourna la tête pour un baiser langoureux. Mon intimité avait retrouvé toute sa vigueur, se frottant sur ses fesses en une promesse de ce qui allait suivre.

Malgré la fougue douloureuse que je contenais, ce fut avec une lenteur toute particulière et une douceur non feinte que je pénétrais en lui, nous arrachant des gémissements rauques de satisfaction.

Je n’attendis que le temps nécessaire pour qu’il s’habitue à ma présence avant d’enfin commencer à me mouvoir en lui, posant mes deux mains sur ses hanches prendre appuis.

 

Je finis par me laisser complètement, guidé par les cris de mon amant qui m’avait tant manqué. Parfois, alors que nous nous embrassions, nous étions obligé de lâcher nos lèvres, trop envahi de sensations exquises. Mes lèvres finirent par se poser sur ses épaules, les mordillant sans jamais aller trop loin.

Bientôt, je sentis qu’Adam ne pourrait plus tenir et dans un déhanché plus violent que les autres qui nous arracha un cri commun, nous nous libérâmes quasiment en même temps.

Nos jambes furent incapables de nous tenir plus longtemps debout et nous nous effondrâmes sur le sol de la douche. Nos regards voilés se croisèrent avant qu’un sourire ne s’affichent sur nos lèvres. Adam m’attrapa par nuque et m’embrassa avec passion.

 

- Je pense qu’on a encore un peu de temps devant nous, murmurais-je tout contre ses lèvres lorsqu’il mit´fin au baiser. Nous deux, seuls dans cette maison…

- Autant en profiter, car ce n’est pas prêt d’arriver à nouveau… Répondit-il dans un sourire en finissant ma phrase.

 

****

 

Nous étions sur le canapé, habillés et sages lorsque ma mère, ma sœur et son copain furent de retour. Ils avaient prit une bonne heure, heure durant laquelle, nous avions profité l’un de l’autre. Nous avions aidé ma mère avant de nous faire jeter de la cuisine. Elle voulait se charger seule du repas.  Après avoir tout de même eu la permission de mettre la table. Ma sœur avait finit par s’éclipser  dans sa chambre avec son copain, tandis que je me retrouvais avec Adam dehors en train de fumer une cigarette. Adam s’était appuyé sur le muret tandis que j’étais debout devant lui.

 

- Au fait ! Comment s’est passé ton entretien avec ton père ? Me demanda-t-il assez brusquement.

- Plutôt bien, soufflais-je. Il ne reste plus que quelques papiers à signer, mais il a accepté d’être notre directeur financier.

- J’espère que tout se passera bien… Il a du être touché par ta proposition…

 

Adam se leva alors que j’écrasais ma cigarette, se rapprochant de moi.

 

- Disons surtout qu’il en a profité pour me convaincre d’assister à son remariage.

- Alors tu vas y aller ? Me demanda Adam surpris en s’arrêtant devant moi.

- Uniquement pour ma mère. Et ça ne veut pas dire que j’approuve cette idée, ajoutais-je le cœur serré.

 

Adam me prit dans ses bras, se collant tout contre moi.

 

- Je ne sais pas si j’aurais été capable de faire la même chose… Souffla-t-il en enfouissant sa tête dans mon cou.

- Et j’ai encore du mal à croire que j’ai finis par céder… Avouais-je.

 

Adam me serra un peu plus fort contre lui avant de murmurer :

 

- Il ne manque plus que tu cèdes pour un autre mariage…

 

Un sourire étira mes lèvres. Adam ne lâchait jamais le morceau. Pour toute réponse, je lui soufflais telle une promesse :

 

- Bientôt… Je t’aime Adam…

 

Et sans un mot de plus, je recouvrais ses lèvres d’un baiser.

 

 

Everything to Prove – Chapitre 05

Chapitre 5 écrit par Mai-Lynn en ligne !

Pour le lire :

Partie 01 : cliquer ici

Partie 02 : cliquer ici

Partie 03 : cliquer ici

 

Bonne lecture :)

Ne pars pas – Chapitre 15

Jules m’embrassait toujours passionnément lorsque j’entendis des pas dans le couloir. J’ouvris les yeux et je croisais le regard de Baptiste qui nous regardait surpris. Mal à l’aise, je repoussais Jules, mettant fin au baiser et attrapais sa main, le guidant hors du label. Mon cœur se serra en voyant qu’il entrait dans la pièce où quelques instants plus tôt je me trouvais avec Éden.

Je chassais cette jalousie qui n’avait pas sa place, surtout au vu de la situation dans laquelle je me trouvais. J’étais avec mon petit ami, et je devais me consacrer exclusivement à lui. Éden n’y avait pas sa place. Alors pourquoi tout mon être me criait de lâcher la main de Jules et d’aller le rejoindre ?
Parce que j’étais terrifié par tout ce que représentait Éden… Avec Jules, je retrouvais une certaine sécurité. Il était prêt à m’offrir tout ce qu’Éden me refusait. Avec Jules, nous pouvions véritablement construire quelque chose à deux. J’étais le seul qui y mettait un frein.

Éden avait été clair, il ne pourrait me rendre mon amour. Il en aimait un autre, il ne voulait pas entendre parler de couple. Et lorsque j’avais osé lui demander de ne pas aller voir ailleurs et de mettre un nom sur ce que nous faisions, je n’avais réussi qu’à l’éloigner. Avec lui, je n’avais pas la moindre certitude. J’avançais vers l’inconnu et je vivais chaque moments avec lui en craignant toujours que ce soit le dernier. Mais il était le seul qui arrivait à me faire vibrer ainsi, et je me perdais dans cette tendresse qu’il m’offrait. Je l’aimais. J’aimais sa douceur, son esprit libre et insaisissable. J’aimais la manière dont il couchait avec moi. Même si cela n’avait commencé que comme une histoire de sexe, j’avais toujours eu l’impression qu’il me faisait l’amour. Jamais il ne m’avait fait souffrir physiquement et durant ce week-end passé avec lui, il n’avait jamais cherché à me forcer, même si j’avais pu lire dans ses yeux combien il avait désiré aller plus loin.

Mon regard se posa sur Jules qui marchait à côté de moi, sa main toujours accrochée à la mienne. Jules n’aurait jamais prit tant d’égard. Jules était un de ceux qui profitait de mon caractère docile.

J’étais perdu. Je savais que cette situation ne pourrait pas durer éternellement.

***

La porte venait de claquer. Il avait du partir pour une urgence à l’hôpital, mais j’étais certain que cela n’aurait rien changé. Jules m’avait offert un parfait début de soirée. Il m’avait amené dans un restaurant romantique et avait été aux petits soins avec moi. Il n’avait rien à voir avec l’homme froid et autoritaire qu’il avait été dans la salle de répétition. Je l’avais ramené chez moi et lui avait proposé d’y passé la nuit. Jules avait accepté et après avoir regardé un film tous les deux, nous étions allés dans la chambre et nous avions couchés ensemble. Cette fois-ci, je l’avais forcé à ralentir et surtout à me préparer un minimum. Certes, il prenait beaucoup moins de précaution que Éden, mais je n’avais pas souffert plus que ce dont j’avais été habitué.

Mais le naturel de Jules était vite devenu au galop et s’il avait pris son plaisir, je n’avais pas pu jouir et il ne semblait même pas l’avoir réalisé. Il s’était allongé à côté de moi en se collant contre mon corps et avait lâché un soupire de satisfaction.
Avant, je m’en serais contenté. J’aurais simplement été heureux d’avoir fait l’amour à cet homme. Mais depuis que j’avais connu Éden, je n’arrivais plus à m’en satisfaire. J’avais déjà pris mon pied avec Jules, mais ces fois se faisaient trop rares…

J’avais aussi pris du plaisir avec tous les autres hommes que j’avais ramené chez moi. Après Jules, j’étais devenu dépendant de ces sensations. Mais cette petite chose en plus que m’avait apporté Éden, cette alchimie physique que je ne ressentais qu’avec lui et sur laquelle je ne savais donné de nom rendait tout le reste fade et incomplet.

Je finis par me lever dans un soupire et allais prendre une douche. L’avoir vu partir sans se rendre compte de mon état m’avait coupé l’envie.
J’allais ensuite m’installer devant la télé dans un soupire. Josh était sorti avec Liz. Je n’osais pas contacter Éden, surtout après ce qui venait de se passer. J’avais trop honte. Et je n’avais pas le goût à aller jouer de la musique. Je me laissais finalement captiver par une série, me laissant porter par l’intrigue.

Ce fut une petite heure plus tard que j’entendis mon téléphone portable sonner. Surpris, je fronçais les sourcils, me demandant qui pouvait m’envoyer un message à une heure pareille. Mon cœur fit un bond dans ma poitrine lorsque je vis qu’il s’agissait d’Éden. Fébrilement, j’ouvris le message pour y lire un simple « Tu fais quoi ? ». Je choisis de répondre d’un simple mot « Rien… ».

Immédiatement, il me répondit :

« Tu n’es plus avec ton petit ami ? »

J’avais envie de le voir, envie de lui dire de venir ou d’aller chez lui, mais je n’osais pas.

« Non, il est parti et toi, tu fais quoi ? »

J’espérais qu’il comprenne mon invitation. J’avais envie de le voir. Et je me moquais qu’il soit tard. Il lui fallut moins d’une minute pour répondre :

«  Joshua dort chez Liz, chez toi dans 15 minutes ? »

Je répondis un simple « Ok », mais qui traduisait très mal le bonheur qui m’envahit. Cette nuit, il voulait la passer avec moi… Tout comme la veille et la nuit d’avant. Il avait l’air de le vouloir, autant que moi. D’un bon je me levais pour ranger un peu mon appartement, changer mes draps et troquer mon pyjama pour une chemise et un pantalon simple. J’eus à peine le temps de finir que j’entendis Éden tambouriner bruyamment à la porte.
J’allais lui ouvrir le sourire aux lèvres et sans attendre Éden plaqua ses lèvres sur les miennes, me faisant reculer de quelques pas. Surpris, je ne fis rien pendant un temps, avant de passer mes bras autour de son cou et de le serrer contre moi. Sa langue avait un goût d’alcool et il ne semblait pas avoir bu qu’un seul verre. Mais je n’eus pas le temps d’y penser. Vivement, il referma la porte et me plaqua dessus avant de descendre ses lèvres dans mon cou, suçant ma peau avec fièvre. Un cambrement violent secoua mon corps tandis qu’il passait ses mains sur mes fesses. Comment pouvait-il me rendre fou aussi rapidement.

- Tu es complètement saoul… Soufflais-je sans un gémissement.
- Et alors ? Demanda-t-il en posant l’une de ses mains sur mon sexe qui commençait déjà à se durcir.

Un nouveau gémissement s’échappa de mes lèvres et je dus caler ma tête dans son cou alors qu’il commençait à me masturber. Mes mains se posèrent sur ses épaules, se crispant à chaque vas et viens plus insistants.

- Je t’interdis de t’endormir après m’avoir chauffé comme ça… Gémis-je en me cambrant de tout mon long.

Éden éclata de rire et augmenta le rythme. Je fus incapable de tenir bien longtemps et je me libérais dans sa main en gémissant.
D’un air provocateur, Éden ramena sa main à sa bouche et commença à lécher ma semence. Il n’en fallut pas plus pour éveiller à nouveau mon désir. Se rendait-il compte du pouvoir qu’il avait sur moi. Sans perdre de temps, je repris ses lèvres avec fougue avant de le plaquer contre le mur. Sous le choc, plusieurs cadres tombèrent au sol, le verre se cassant en milles morceaux, nous faisant sursauter. Nous regardâmes dans la même direction avant d’éclater de rire tous les deux.

Mais bien vite, nos regards se croisèrent et nos lèvres ne tardèrent pas à se retrouver avec fièvre.

Enivré, Éden me fit reculer de quelques pas, avant de me plaquer contre la commode. Là encore, plusieurs objets tombèrent sur le sol, mais nous ne nous en préoccupions pas. Ses mains passèrent sur le col de ma chemise blanche et vivement, il l’ouvrit, faisant tomber les boutons sur le sol. Jamais je ne l’avais vu aussi désireux. Était-ce à cause de cette forme d’abstinence forcée de ce week-end ? Dans tous les cas, j’étais tout aussi en feu que lui par le simple regard qu’il posait sur mon corps. Ses mains se posèrent sur mon torse, mordillant légèrement mes tétons durcis de plaisir. Mes mains passèrent dans son dos et je balançais la tête en arrière, ne pouvant me retenir de gémir.

_ J’espère que ton petit ami ne t’a pas épuisé parce que je ne suis pas prêt à te laisser dormir cette nuit, souffla-t-il, avant de passer sa langue dans mon nombril.

Et sans attendre, il referma ses bras autour de mon corps et m’emmena dans ma chambre. Mais après tout ce qu’il venait déjà de m’offrir, je choisis alors de mener la danse. Il était le seul qui avait réussi à me donner cette impression de confiance et d’oser agir tout autant que lui. Après tout ce qu’il avait fait pour moi ce week-end et la patience qu’il avait eu, accompagné de toutes ses attentions, je voulais le remercier à ma manière. Le regard décidé, je le fis tomber sur le bord du lit avant de me mettre à genoux devant lui. Il ne tarda pas à se tenir nu devant moi alors que je regardais son intimité gorgée de désir. De la manière la plus sensuelle possible, je m’abaissais pour déposer de légers baisers dessus. Mes mains remontèrent le long de ses cuisses et je pus entendre sa respiration s’accélérer de plus en plus alors que mon cœur battait la chamade. Lorsque je posais un énième baiser sur son gland, un gémissement s’échappa de ses lèvres et je le vis fermer les yeux sous le plaisir ressenti. Ne tenant plus, je le pris alors en bouche, si profondément que le corps entier d’Éden se crispa. C’était la première fois que je le prenais ainsi, et il me semblait que cela provoquait l’effet escompté. Des gémissements aigus, que je n’avais jamais entendu de sa part, s’échappaient de ses lèvres. J’étais décidé à lui faire prendre son pied, et égoïstement à ce qu’il s’accroche à moi.

- Morgan, c’est trop bon, souffla-t-il dans un gémissement en posant sa main sur ma tête.

Au de son sa voix, grisé, j’intensifiais le mouvement, rendant mes vas et viens tellement rapides qu’il ne pus tenir et éjacula dans ma bouche dans un râle à la limite du cri.
Éden se laissa tomber sur lit, tentant de se remettre de l’orgasme que je venais de lui donner. Je ne pus m’empêcher de rigoler, amusé de le voir dans cet état. Sans attendre, j’enlevais mon jean et mon boxer et vivement, je vins me mettre à califourchon au dessus, envahi d’une audace que je n’avais jamais connu chez moi. Ses yeux étaient toujours fermés.

- Hey ! M’écriais-je en passant ma main dans ses cheveux, interdiction de t’endormir je t’ai dit !

Éden rigola et ouvrit les yeux. Sa main remonta le long de mon dos alors qu’il se redressait en même temps pour happer mes lèvres. Mes bras entourèrent son cou et je fis un mouvement du bassin, touchant son intimité avec la mienne.

- J’ai l’impression que je me suis trompé d’appart… Souffla-t-il tout aussi étonné que moi de me voir si séducteur.

J’éclatais de rire, évacuant ma gêne et Éden inversa nos positions. Il se retrouva au dessus de moi, mes jambes encerclèrent ses hanches. Je ne tenais plus, je le voulais en moi, maintenant. Mais Éden avança deux doigts à sa bouche et je l’arrêtais alors, de légères rougeurs sur les joues.

- Éden… Il n’y a pas besoin…

Éden fronça les sourcils et il lui fallut de longues secondes pour comprendre enfin. J’avais couché avec Jules et j’étais suffisamment détendu pour me passer d’une préparation. J’étais de toute façon incapable d’attendre une minute de plus. Je voulais qu’il me possède, qu’il me fasse me sentir vivre comme il avait l’art de le faire.

- Tu… Tu es capable de… Fit-il hésitant, où c’est comme hier…

Touché comme jamais par tant de précaution et d’attention, mon cœur s’emballa.

- Non… Vas-y, soufflais-je en passant ma main sur son torse.

Et pour l’aider à se décider, je me relevais et pris fougueusement ses lèvres. J’en avais envie autant que lui et lorsque je me rallongeais sur le lit, je sus qu’il me cédait. Ses mains attrapèrent mes hanches brusquement et il me rapprocha de lui, soulevant mon bassin à l’aide de ses genoux.  L’une de ses mains alla se caler dans le creux de mon dos, tandis que l’autre était posée près de ma tête pour me soutenir. Un dernier baiser et il me pénétra, avec cette même douceur qui le caractérisait tant.

Cela n’avait rien à voir avec Jules, rien à voir avec tous les autres hommes qui étaient passé dans mon lit. Je grimaçais, m’habituant à sa présence, mais je ne souffrais pas. Sans attendre, Éden démarra ses coups de rein, mais je sentais qu’il restait attentif à toute apparition de douleur. Mais je ne pus que me cambrer de plaisir, lâchant un gémissement, ivre de ce feu qu’il allumait en moi.

Ce fut à cet instant précis qu’Éden débrida son propre désir. Alors que je me perdais dans toutes ces sensations, il intensifia ses coups de reins et je lâchais alors mon premier vrai cri. Mon corps s’arquait et se tordait et je n’en n’étais plus maître. Mes jambes enserraient sa taille fortement et il posa sa tête sur mon torse, gémissement à son tour.

Les vagues de plaisir déferlaient en moi, terriblement dévastatrices. Mes mains serraient les draps tandis que nos corps commençaient à perler de transpiration. L’orgasme vint bientôt prendre place entre nous et ce fut dans un déhanché plus fougueux que les autres que nous éjaculions dans le même cri.

La respiration saccadée, il se retira avant de s’écrouler près de moi, gardant le contact en posant sa main sur mon torse. Je me tournais vers lui dans un sourire après quelques instant, tentant de m’en remettre, mais un rire s’échappa de mes lèvres en réalisant qu’il dormait d’un profond sommeil…

***

Je me réveillais un peu avant Éden, appréciant toujours autant la chaleur de son corps contre le mien. A ses côtés je me sentais serein.
Je me redressais légèrement et mon regard glissa sur son dos nu. La couverture remontait jusqu’à ses reins. Mon cœur s’emballa comme à chaque fois que je posais mon regard sur lui. Lorsqu’il dormait ainsi, son visage si paisible  avait presque un air enfantin et naïf. Mais ce qui attira mon attention fut cette cicatrice qui zébrait son dos et sans trop réfléchir, ma main se posa dessus en une douce caresse. Est-ce que cette cicatrice dont il n’aimait pas parler avait un rapport avec Lucas ? Ce geste du réveiller Éden et sentant aussitôt son trouble, je retirais ma main en soufflant un « désolé » surpris.

- C’est rien, répondit-il en se relevant sur ses coudes, passant ses mains sur son visage, j’ai un de ces mal de crâne…
- Tu es sorti avec Liz et Joshua hier ? Demandais-je en me rallongeant sur le dos.
- Au départ, j’étais avec Baptiste puis ils nous ont rejoins oui… Et ton frère s’est même excusé… S’il savait ce que je suis venu te faire juste après…

Je restais jaloux à l’idée qu’il soit sorti avec Baptiste, mais cette jalousie était vite remplacée par le fait qu’il soit venu me rejoindre après. Lentement, il vint se rallonger sur moi, calant sa tête dans mon cou, comme il aimait si souvent le faire. Je l’enlaçais presque immédiatement avant de déposer un baiser sur son épaule.

- De toute façon, si je lui dis, il me tue et si je ne lui dis pas, il me tuera aussi donc… Soufflais en haussant les épaules.
- Je n’arrive pas à comprendre comment il peut te laisser avec un crétin pareil et me détester à ce point, dit-il.
- Ce n’est pas un crétin… Répondis-je mal à l’aise.
- Excuse-moi, mais te prendre aussi violemment à tel point que ça te fait des bleus et t’humilier de la sorte sur ton lieu de travail… Si ce n’est pas un crétin c’est quoi ? Dit-il plus durement en relevant la tête pour croiser mon regard.

Je le fusillais du regard, mais ce n’était pas uniquement parce qu’il critiquait Jules, mais aussi parce qu’en le faisant, il me jugeait et j’avais honte de ce trait de caractère faible que j’avais. Un soupire s’échappa de ses lèvres.

- Ok, on ne parle pas de lui, concéda-t-il en retrouvant sa place dans mon cou.

Plusieurs minutes passèrent sans que nous ne parlâmes. J’étais assez mal à l’aise parce que nous venions d’aborder, mais Éden finit par reprendre la parole.

- Si tu ramènes ton copain ici, et qu’il tombe sur un de mes messages, ça ne va pas le faire… Dit-il amusé.
- C’est pour ça que dorénavant on le fera chez toi, et plus de messages… Répondis-je en glissant mes doigts sur son tatouage.
- Ou on pourrait parler en langage codé.

Il releva la tête, semblant amusé par cette idée.

- Voyons voir… Si je te dis « La répétition est décalée d’une heure », ça voudra dire qu’il faut qu’on se voit.
- N’importe quoi ! M’exclamais-je en riant.
- Mmmh « Rendez-vous au Label », ça sera pour aller chez moi, et « Rendez-vous à la salle », pour aller chez toi.
- Et si un jour la répétition est vraiment décalée ? Dis-je en souriant.
- Et bien attends-toi à me voir débarquer excité.

J’éclatais de rire en imaginant la situation, avant de me relever, mettant fin à notre étreinte.

- Allez, vient déjeuner, avant d’aller à la salle parce que la répétition est avancée, soufflais-je en attrapant mon boxer.

Il éclata à nouveau de rire avant de se lever à son tour.

- Ok pour le déjeuner, mais le reste, je ne peux pas, je dois aller chercher mon neveu à l’école, je lui dois une leçon de guitare.

J’acquiesçais et lui tendis son pull, me souvenant de ce Noël que nous avions passé dans sa famille. Nous nous habillâmes vivement puis sortîmes de la chambre. Mais alors que nous allions aller dans la cuisine, nous entendîmes la porte d’entrée s’ouvrir. Aussitôt, sans réfléchir, je fis vivement entrer Éden dans la petite salle, fermant la porte. Deux secondes plus tard, Joshua débarquait dans le salon.
- Putain Morgan, c’est quoi ce bordel ! S’écria Joshua énervé en découvrant l’étant dans lequel nous avions laissé le salon cette nuit.
- Je… Désolé.. Dis-je en priant pour que rien ne nous trahisse.
- Et bien, ça y est, toi et Jules c’est repartit comme avant à ce que je vois.
- Oui, oui… Répondis-je gêné en me baissant pour ramasser les objets tombés de la commode. Tu as dormis chez Liz ? Demandais-je en changeant volontairement de sujet.
- Oui, dit-il dans un petit sourire.

Il regarda sa montre avant d’ajouter :

- J’ai encore quelques heures avant d’aller au boulot. On mange ensemble ? Me demanda-t-il.
- Avec plaisir, répondis-je enjoué.
- Je vais prendre une douche, pendant ce temps, si tu pouvais remettre un peu d’ordre dans le salon…

J’attendis d’être certain qu’il soit bien sous sa douche pour aller chercher Éden. J’ouvris la porte de ma pièce.

- C’est bon Éden, tu peux…

Mais je ne terminais pas ma phrase. Éden se tourna vers moi, et je compris à la seconde ce qui se passait. Mes yeux passèrent du mur vide autrefois recouvert de posters à Éden qui semblait très mal prendre la chose. Je voulus faire un pas vers lui, mais immédiatement, il passa près de moi.

- J’y vais, à plus tard.

Et sans attendre, il sortit de l’appartement.

***

Après avoir remis le salon en ordre, j’avais partagé un repas avec Joshua et je m’étais rendu au label ou j’avais pu avancer mon travail en retard. Cependant, mes pensées étaient une fois de plus tournées vers Éden et la réaction qu’il avait eut en découvrant mes murs vidés de tous ces posters. J’avais tout jeté, même leurs albums. J’avais voulu qu’il disparaisse de ma vie. Mais malgré tout cela, j’avais été incapable de l’oublier. Il en avait pourtant eu la preuve en revenant ici…

Je m’étais ensuite rendu à notre séance de travail avec le groupe la boule au ventre, ne sachant pas vraiment comment il allait agir avec moi. Comme à son habitude il était en retard, ce qui valu des moqueries du groupe. Il ne tarda cependant pas à arriver, nous retrouvant en train de répéter un des morceaux du nouvel album. Il était accompagné de son neveu, Théo.

- Sérieux Éden, souffla Laura dans une grimace, tu penses qu’un jour tu pourras être à l’heure.
- C’est la faute du petit ! S’écria-t-il vivement.
- C’est même pas vrai ! S’insurgea Théo en lui donnant un coup.

Éden rigola légèrement et alla saluer les membres du groupe. C’est à ce moment-là seulement qu’il croisa mon regard. Immédiatement son sourire disparu et il alla s’asseoir près de Baptiste, tentant de faire comme si rien ne clochait. Je pris assez mal cette attitude, mais je ne fis aucun commentaire.

- Alors… Souffla-t-il dans un sourire… Comment s’est passée ta nuit ?

Sans attendre, les joues du roux devinrent rouges et il évita son regard. Pour ma part, la jalousie revint au galop, mais je n’étais pas en position de me permettre de tels sentiments.

- Ah je le savais ! S’écria-t-il avant d’éclater de rire, tu caches bien ton jeu Monsieur « Non, je ne suis pas venu là pour draguer » !
- Draguer qui ? Demanda Kelly, en levant immédiatement la tête.
- Un blondinet, hier en boite. Il était vraiment pas mal.
- Tu ne peux pas la fermer ! Râla Baptiste en lui donnant un coup d’épaule.

Mais vivement, il passa un bras autour de son cou, amusé.

- Avec tout ce que j’ai fait pour que tu lui parles, j’espère qu’il valait le coup ! S’écria-t-il dans un large sourire.

Baptiste lâcha un soupire, vaincu.

- Oui, j’ai pris mon pied…
- Surveille ton langage, il y a un enfant ! Répliqua-t-il en passant sa main dans ses cheveux.

Je détournais le regard, ne supportant pas de les voir aussi proches. Éden m’ignorait parfaitement et je n’aimais pas cette attitude. En réalité j’étais perdu et j’avais finalement du mal à gérer toute cette situation.

- Dis Éden ! S’exclama soudain Théo, pourquoi tu vas pas embrasser Morgan vu que c’est ton copain ?

Je me crispais aussitôt. Autour de nous, tout le monde ricana, mais je n’osais pas croiser le regard d’Éden. Ainsi donc, j’avais ma confirmation, tout le monde était au courant de ce qu’il s’était passé entre nous. Par chance, leur manager entra dans la salle, coupant court à notre gêne.

- Excuse-moi Morgan, je peux te les emprunter deux secondes ?
- Euh… Oui, vas-y, répondis-je, ayant du mal à cacher mon trouble.

***

Je me retrouvais à travailler seul dans la salle du groupe. Tout le monde était partit, même Éden qui devait raccompagner son neveu chez ses parents. J’étais installé au piano en train de jouer ce dernier morceau que Liz m’avait subtilisé pour le donner à Éden. Le directeur avait adoré ce qu’il en avait fait et l’avait rajouté à l’album, voulant en faire aussi l’un des singles.

Ce fut concentré au milieu de cette mélodie, que j’entendis quelqu’un frapper à la porte. Je fus surpris de voir Liz ouvrir la porte quelques secondes plus tard.

- Salut Morgan, souffla-elle en rentrant et en parcourant la salle du regard.
- Si tu cherches Éden, il est parti, répondis-je.
- Non, c’est toi que je suis venu voir, dit-elle dans un sourire avant de prendre une chaise et de venir s’asseoir à côté de moi.

Je la regardais, surpris, mais n’osais pas faire de commentaire.

- Ne t’arrête pas, termine ce morceau. Je crois que je ne me lasserais jamais de l’écouter, souffla-telle dans un petit sourire.

Je cédais, reprenant le morceau depuis le début et Liz m’écouta en fermant les yeux, ne bougeant pas d’un pouce jusqu’à ce que je termine.

Je refermais mon cahier de partition avant de croiser son regard.

- Je… Merci de nous avoir couverts hier soir, soufflais-je. Je suis désolé de te mettre dans une telle position avec Joshua…

J’entendis Liz soupirer avant qu’elle ne me répondre.

- Morgan… Combien de temps va durer cette situation ? Parce que tu sais tout comme moi que Joshua va finir par l’apprendre et Jules…
- Je sais tout ça. Je… Dis-je hésitant.
- Tu quoi ? Insista-t-elle.

Je me passais une main sur mon visage avant de répondre le regard fuyant :

- Je suis perdu Liz… Je… Je n’arrive pas à en vouloir à Éden, mais j’ai peur, j’ai peur qu’il parte à nouveau et que… Mais je n’arrive pas à m’arrêter avec lui et je m’en veux de ce que je fais à Jules alors que…

J’avais beaucoup de mal à trouver mes mots. Liz me regardait, sérieuse.

- Et si tu avais un choix à faire Morgan ? Tu choisirais Jules ou mon frère ?

Aussitôt, Éden s’imposa à mon esprit. Ce n’était pas ma raison qui parlait mais mon cœur.

- Si je me séparais de Jules, ça ferait fuir Éden.
- Quoi ? S’exclama Liz. Mais enfin qu’est-ce que tu racontes !
- Si je lui révélais vraiment ce que je ressens pour lui, il partirait en courant comme la dernière fois Liz. Et je… Je ne le supporterais pas une deuxième fois… Avouais-je en sentant mon cœur se serrer.

Liz se mordit la lèvre inférieure, avant de répondre :

- Tu sais, même si Éden a fuit, au final il est revenu… Il est revenu vers toi Morgan, chose qu’il n’a jamais fait depuis Lucas.

Elle fit une pause avant de poursuivre dans un petit sourire :

- Je connais mon frère Morgan, et tout ce qu’il veut, c’est que tout redevienne comme avant. Quand tu étais amoureux de lui

Je la regardais surpris. Même si je voulais y croire j’avais du mal à m’en convaincre.

- Je sais que c’est assez paradoxal, dit Liz amusée. Il clame haut et fort à qui veut l’entendre qu’il ne veut pas d’attache. Mais il s’est attaché à toi Morgan…

Je détournais le regard, assimilant toutes ses paroles.

- Tu as déjà fait ton choix…
- Qu’est-ce que tu veux dire ? Dis-je en fronçant les sourcils.
- Si on y regarde de plus près, c’est avec Éden que tu as une relation de couple et pas avec Jules.
- Un « couple » ? Dis-je alors que ce mot sonnait amèrement dans ma bouche. Est-ce que tu crois qu’un jour il sera capable de mettre ce mot sur notre relation ?

Liz se leva, et attrapa son sac qu’elle avait posé à côté de mon piano.

- Les mots ne sont pas si importants Morgan. Je sais qu’il faut être patient avec lui mais… Mais ce que je te demande c’est juste d’essayer de lui faire confiance encore une fois…

***

J’avais une nouvelle fois craqué. Et je savais que même si Jules était disponible ce soir-là j’aurais agis exactement de la même manière. J’avais envie de voir Éden mais aussi de m’expliquer avec lui concernant les posters. Je savais que cela l’avait affecté et je voulais mettre les choses au clair.
Sans vraiment réfléchir, j’étais allé louer plusieurs dvd et j’avais acheté un paquet de pop-corn. Ce n’était qu’après que j’avais osé envoyer un simple texto.

« La répétition est avancée… »

Le cœur battant, j’attendis sa réponse qui ne tarda pas :

« Rendez-vous à la salle »

Un sourire étira mes lèvres et il ne me fallut que quelques minutes pour arriver devant sa porte et frapper timidement. Éden m’ouvrit avec un sourire mais il se figea en me voyant, les bras chargés de DVD et de Pop-Corn.

- Je me suis dit qu’on pourrait les regarder, dis-je en lui tendant les boîtiers.
- Pour… Une soirée DVD ? Demanda-t-il surpris.
- Euh… Oui…

Une grimace étira ses lèvres et il se cala dans l’embrasure de sa porte.

- Je crois que tu n’as pas très bien compris, souffla-t-il moqueur, je suis censé être ton amant. Tu as ton copain pour faire ce genre de chose…

Je pris très mal cette remarque et immédiatement mon regard se durcit. Liz avait tord. Éden ne serait jamais prêt et je commençais à me demander combien de temps je serais capable d’attendre.

- Tu sais quoi, tu as raison ! Dis-je en me retournant, je vais aller le retrouver.

J’entendis un soupire s’échapper de ses lèvres. Liz avait tort. Éden ne voudrait jamais la même chose que moi. Et ce qui l’intéressait était finalement plus nos parties de jambes en l’air. Il ne voulait pas que tout redevienne comme avant.
Mais alors que j’allais m’engager dans les escaliers, Éden me rattrapa en passant ses bras autour de ma taille.

- Attends, dit-il en calant sa tête dans mon cou, tu peux rester ce soir.
- Ne t’oblige surtout pas ! Répliquais-je agacé.
- Reste.

Et sans attendre, il embrassa ma joue. Ce simple baiser rompit mes barrières et je ne pus résister longtemps, tournant la tête. Nos lèvres se retrouvèrent, enlacés dans un de ces moments de douceur qui ne faisait que me rendre encore plus dépendant de lui. Sa prise autour de ma taille se resserra tandis que nos langues se rencontraient, savourant ce même frisson qui me secouait lorsque nous nous donnions ce genre de baiser…

Lorsque l’air vint à nous manquer, il laissa son nez frotter tendrement le sien. Lorsqu’il agissait ainsi avec moi, Éden pouvait faire ce qu’il voulait de moi…

- Tu boudes toujours par rapport à ce matin ? Lui demandais-je d’une petite voix, cherchant les raisons d’un tel rejet.

Mais il était décidé à ne pas parler de cela. Il attrapa un autre DVD et se recula, retournant vers son appartement.

- Tu as choisi mes deux préférés… Souffla-t-il en changeant de sujet, je crois qu’on va les regarder tous les deux…

Il rentra dans l’appartement, prenant la direction de la cuisine, sûrement pour préparer le pop-corn. Un sourire étira mes lèvres et je le suivis, fermant la porte d’entrée et enlevant mes chaussures. Lorsque j’allais le rejoindre, je ne fis aucune remarque…

***

Nous avions fini par regarder les deux films qu’il avait choisit avant de faire l’amour passionnément. Chaque nouvelle fois avec lui était des plus magiques et j’avais du mal à saisir l’emprise qu’il avait sur moi. Comme à mon habitude, je cherchais à le combler, à le mener au summum de son plaisir et je le faisais avec d’autant plus d’envie, qu’il cherchait à faire la même chose pour moi…

Il était allongé sur moi, sa tête reposant son mon ventre, embrassant mon nombril. Ma main passait et repassait dans ses cheveux tandis que, le regard perdu dans le vide, les paroles de Liz venaient et revenaient dans mon esprit. Est-ce que je pouvais réellement lui faire confiance à nouveau ? Il me l’avait pourtant dit lui-même, il ne pourrait jamais me retourner mes sentiments. Il refusait l’idée de couple. Et paradoxalement, il s’attachait à moi. Ce qui s’était passé lorsque j’étais arrivé chez lui me le prouvait, dévoilant son combat intérieur. Et quelle place avait Jules dans tout cela ?

- Laisse-moi deviner, souffla-t-il amusé, tu te demandes pourquoi tu restes avec ton crétin de petit-ami, alors que tu prends ton pied comme jamais avec moi…

Je ne pus m’empêcher de rire, et mon regard croisa le sien.

- Tu te mets sur un piédestal… Dis-je dans un sourire.
- Les cris que tu pousses me force à l’admettre…

Il embrassa une nouvelle fois ma peau, et ce fut à cet instant là que je lui posais à nouveau cette question qui me brûlait les lèvres depuis ce matin.

- Ça t’a vraiment dérangé de voir que j’avais enlevé les posters ?

Éden se crispa légèrement, et un soupire s’échappa de ses lèvres, vaincu.

- Ce n’est pas que ça me dérange… Dit-il sans me regarder. Tu fais ce que tu veux… C’est normal que tu ais voulu les jeter… Je suis parti sans te donner de nouvelles…
- Ce n’était que des posters…
- Et des CD, compléta-t-il vivement.

Je fis une légère pause, ne pouvant m’empêcher de sourire, amusé par cette attitude presque enfantine. Il n’y avait que dans ces moments de tendresse qu’il me laissait entrapercevoir cette facette de sa personnalité.

- Oui… Les CD aussi… Dis-je en laissant ma main caresser son dos.

Je faisais très attention à ce que je lui disais, choisissant mes mots avec grand soin.

_ Mais même si j’ai jeté tout ça… Je n’ai pas réussi à t’oublier… Lui avouais-je. Et il y a même certaines choses, comme les photos que tu as faites de nous deux… Que je n’ai pas réussi à effacer…

Vivement, il redressa la tête.

- Sérieux ? Tu les as toujours ?
- Oui, répondis-je en acquiesçant.

Éden se leva et sortit du lit.

- Qu’est ce que tu fais ? Demandais-je surpris.
- Pendant la tournée, j’ai… Cassé mon téléphone… Et je ne les ai plus… Dit-il en fouillant autour de lui, tu peux me les renvoyer.
- Comment tu l’as cassé ?
- Il est… Tombé… Fit-il hésitant.

Je sentais qu’il ne me racontait pas tout, mais je n’insistais pas. Après avoir trouvé nos téléphones, il commença à pianoter sur le mien. Mais bientôt, une grimace étira ses lèvres.

- Tu as un message de ton crétin, dit-il en me lançant le téléphone.
- Arrête de l’appeler comme ça ! Répondis-je en le regardant.

Il haussa les épaules et retourna s’allonger près de moi. Je lu rapidement le message de Jules qui disait que je lui manquais et qui me demandait ce que je faisais. Mais je n’avais pas envie de lui répondre. Cette nuit, je voulais simplement vivre dans cette illusion d’une relation exclusive avec Éden. Je fis demi-tour et je commençais à envoyer les fameuses photos à Éden. Bientôt son téléphone se mit à vibrer.

- Tu ne lui réponds pas ? Fit-il surpris que je lui envoie les photos.
- Je le ferais demain… Soufflais-je concentré dans ma tâche, n’ayant pas envie de m’appesantir à ce sujet.

Plusieurs minutes passèrent sans que nous parlions. Mais ce n’était pas un silence gênant, au contraire. Mes doigts ne tardèrent pas à retrouver son dos, et j’embrassais son épaule, regardant les photos avec lui. J’éclatais de rire en voyant une photo où ses parents posaient avec un tee-shirt des Light Shade. Sa famille semblait enfin avoir changé d’avis sur le talent d’Éden.

- Ça me fait penser qu’ils ne font que me demander quand est-ce que tu reviendras dîner chez eux… Dit-il en me regardant.
- Quoi ? Soufflais-je étonné. Tu ne leur as pas dit que…

Éden haussa les épaules une nouvelle fois.

- Je suis parti en tournée et je n’ai pas vraiment pensé à leur dire… Tu verrais comment ils parlent de toi… Tu leur as vraiment plu, plus que Joshua même, répondit-il en rigolant.

Je ne répondis pas, le regardant en écarquillant les yeux, ayant beaucoup de mal à réaliser ce qu’il était en train de me dire.

- D’ailleurs, si tu veux venir le week-end prochain, c’est l’anniversaire de mon père, dit-il en se retournant sur le dos, passant ses doigts sur mon torse. Josh part en formation en plus, donc il ne sera pas là…

Un petit sourire étira mes lèvres et je posais ma main sur sa joue, touché. Savait-il l’effet qu’une telle proposition provoquait chez moi ?

- Enfin, tu fais comme tu veux, conclut-il en détournant le regard, légèrement gêné.

Mon cœur battait la chamade. Est-ce que Liz avait raison ? Est-ce que je devais me laisser aller à lui faire confiance. Là, tout contre lui, alors qu’il me proposait bien plus que ce que des amants feraient, je savais que je ne ressentirais jamais la même chose avec Jules. Se rendait-il compte de ce qu’il me proposait ?

Un sourire étira mes lèvres, un sourire sincère, avant que je ne réponde :

- J’adorerai…

Éden croisa mon regard et un petit sourire étira ses lèvres. Sans résister, ma main glissa derrière sa nuque et je l’attirais vers moi pour un baiser qui trahissait mon envie de lui. Comment faisait-il ? Comment pouvait-il se montrer froid et distant, me rappelant ce que devait être notre relation et quelques heures plus tard aussi tendre et m’inviter en tant que son petit ami chez ses parents. Je n’osais pas lui en parler, et encore moins lui poser des questions à ce sujet. Car avec lui, j’avais l’impression de marcher au bord d’un précipice. La situation pouvait se retourner si facilement, que je devais faire preuve de précaution. Alors cette nuit là, je comptais le remercier à ma manière, faisant parler nos corps à défaut d’affronter notre situation…

***

Le lendemain soir, je devais retrouver Jules pour une soirée avec Joshua. Liz voulait retrouver son frère et Joshua n’avait pas envie d’être seul.
Jules se comportait complètement différemment lorsque nous étions avec Joshua. Nous étions installés dans le salon, Joshua en face de nous sur le petit fauteuil et Jules assis à côté de moi sur le canapé, m’enlaçant. Nous faisions très souvent ce genre de soirée dans le passé et en regardant le sourire accroché aux lèvres de Joshua me prouvait à quel point cela lui avait manqué.

- On sort après ? Dit-il après avoir bu une gorgée de sa bière.
- Je serais bien resté là, dit Jules en passant sa main sur mon bras dans une douce caresse.
- N’oubliez pas que je dors ici les gars alors évitez faire comme la dernière fois ! Dis Josh en rigolant alors que son regard se posait sur le mur où les cadres n’étaient plus accrochés.

Mon cœur s’emballa. La situation était fragile et tout pouvait déraper très facilement.

- De quoi tu parles ? Demanda Jules, intrigué.

J’implorais Joshua du regard pour qu’il se taise, et il fronça les sourcils un bref instant.

- De rien… Souffla-t-il. Bref, j’aimerais vraiment sortir, comme au bon vieux temps. Dit-il en se levant et en prenant la direction de la salle de bain.

Je me retrouvais seul avec Jules qui soupira et céda en se levant. Il se tourna vers moi et me tendit la main.

- Au fait, j’aurais un peu de retard vendredi, mais je devrais passer te chercher vers 19h, tu auras finis de travailler ?
- Vendredi ? Dis-je surpris. Pour aller où ?
- Ça fait un mois que c’est prévu et tu as déjà oublié ! J’ai réservé une auberge pour le week-end ! Et je me suis arrangé pour être certain que l’hôpital ne me contactera pas.

J’attrapais sa main, et me levais. Il m’attira tout contre lui, refermant ses deux bras puissants autour de moi.

- Un week-end rien que pour nous deux, souffla-t-il au creux de mon oreille avant de poser ses lèvres sur les miennes.

Je mis du temps à véritablement répondre au baiser. Mon cœur se serrait en pensant à Éden et à l’invitation que j’avais acceptée. Je me surpris à réaliser qu’au fond de moi, je préférais passer le week-end avec Éden et sa famille que ce week-end romantique.
Jules lâcha mes lèvres et passa sa main sur ma joue, me regardant de ce regard amoureux qui me mettait terriblement mal à l’aise.

- Morgan, cria Joshua de la salle de bain, tu peux venir s’il te plaît, j’ai besoin de ton aide.

Je sautais sur l’occasion de m’échapper à cette étreinte et au trouble dans lequel Jules venait de me plonger. Ce fut non sans difficulté qu’il consentit à me lâcher pour que j’aille rejoindre Joshua.

J’eus à peine le temps de rentrer dans la salle de bain qu’il referma la porte derrière nous. Il se tourna vers moi, croisant les bras et me fixait durement.

- Je ne sais pas ce que tu es en train de faire Morgan, dit-il assez durement. Et je crois que je préfère ne pas le savoir. Mais…

Il fit une pause, alors que je détournais le regard.

- Tu connais Jules… Et il fait beaucoup d’effort. Il… Il tient vraiment à toi Morgan, alors s’il te plaît, ne fais pas le con avec lui.

Sans un mot de plus, il me contourna et sortit de la salle de bain, me laissant seul avec ma culpabilité.
Je ne pouvais pas annuler ce week-end avec Jules, même si j’étais profondément déçu à l’idée de devoir l’annoncer à Éden. Du peu de temps que j’avais pu passé avec la famille d’Éden, je regrettais vraiment de ne pas pouvoir les revoir. Mais le pire était que j’allais devoir lui annoncer, et je ne savais pas comment le faire… Et encore moins, comment Éden allait le prendre.

***

Le lendemain en fin d’après-midi, je me retrouvais avec Éden après la répétition comme à nos habitudes. Mais cette fois-ci, celui qui avait le plus de mal à se concentrer, c’était moi.  Je faisais quelques erreurs d’accords ou d’enchaînements que j’étais incapable de rattraper, mais qui était quelque chose de très rare chez moi. Éden sembla finir par s’en rendre compte car il s’arrêta de chanter et me regarda en fronçant les sourcils.

 

- Quelque chose ne va pas ?
- Je… Non… Dis-je en fixant les touches de mon clavier.

En réalité, depuis que nous nous étions retrouvés seuls dans cette salle, je tentais de lui dire que je ne pourrais pas venir chez ses parents ce week-end, mais je n’y arrivais pas.
Je tentais de me concentrer à nouveau sur la musique reposant mes mains sur le piano, mais Éden intercepta mon poignet et me força à me tourner vers lui.

- Morgan… Dit-il un peu plus dur. Qu’est-ce qu’il y a ?

Mais je n’avais pas envie de lui dire. Je n’avais pas envie de gâcher l’équilibre que nous étions en train de trouver. Je ne voulais pas le perdre et qu’il s’éloigne de moi…

- Rien… Tentais-je de dire dans un sourire qui sonnait faux.

Je voulu me pencher pour l’embrasser, mais Éden tourna la tête. Je le regardais surpris et blessé et Éden ancra son regard océan dans le mien.

- Morgan… Dis-moi !
- Je ne vais pas pouvoir venir ce week-end, j’avais oublié que Jules m’avait invité… Lâchais-je d’une seule traite en détournant le regard.

Les doigts d’Éden lâchèrent mon poignet.

- Ah ok… Souffla-t-il.
- Je suis désolé, il me l’a rappelé hier et… Si j’avais su je ne t’aurais pas dit que…
- Arrête ! Me coupa Éden. Pas besoin de te justifier. C’est moi l’amant non ?

Ses paroles me firent mal, mais pourtant, c’était ce que devait être notre situation. Alors pourquoi avais-je autant de mal à l’accepter.

- J’aurais vraiment voulu aller voir ta famille avec toi… Lâchais-je en pensant tout haut.

Éden se leva et attrapa sa veste posée près du piano.

- Je… Je suis ton amant, tu n’as pas à vouloir voir ma famille. Souffla-t-il assez sèchement.
- Arrête de dire ça, détestant pour la première fois le terme d’amant qu’il avait collé sur notre relation.

Éden enfila sa veste sans me répondre. Je le regardais, incapable d’ajouter un mot.

- Je dois y aller, dit-il en se retournant vers la porte. Passe un bon week-end avec ton crétin.

Je n’eus pas le temps de répondre quoi que ce soit. La porte se fermait déjà derrière lui. J’avais très bien compris son sous-entendu. Même si nous allions nous revoir pour les répétitions, Éden ne voulait pas me voir avant la semaine prochaine.

Éden était déçu… Peut-être autant que moi. Et cela me faisait paradoxalement tout autant de bien que de mal.

***

Et comme je l’avais pensé, Éden m’ignora, se contentant du minimum lorsque nous étions en répétition. Le lendemain soir, j’avais tenté de lui envoyer un message, en lui disant que « la répétition était avancée », mais il n’avait pas tardé à me répondre qu’elle était « annulée ».

J’avais du me faire une raison, et les dernières paroles de Joshua me confortait dans cette idée. J’étais en couple avec Jules et avec tous les efforts qu’ils faisaient, je devais lui donner une chance.
Pourtant, ne pas voir Éden durant toute la semaine, avait été tout aussi dur que ces deux mois et demi de séparation. Il me manquait et mon cœur continuait de battre pour lui…

Je n’avais de cesse de me demander ce qu’il faisait chaque soir. Est-ce qu’il retournait dans les bars ? Est-ce qu’il allait finalement trouver quelqu’un de mieux que moi ? Et si cette situation ne lui convenait plus, alors est-ce qu’il était possible de construire quelque chose avec lui ? J’avais du mal à y répondre à l’affirmative. Et pourtant, sa réaction vis à vis de l’annulation de ma venue à ce week-end tendait à me prouver qu’il ressentait plus que l’envie d’être simplement mon amant…

Il n’avait qu’à me le demander. S’il me demandait franchement de quitter Jules, je savais que je n’hésiterais pas. Mais reporter ce choix sur ses épaules n’était pas juste. Ce choix là devait venir de moi… Je devais donner une chance à Jules, et cesser de rester accroché à Éden. Ce pouvoir qu’il avait sur moi m’effrayait tout autant qu’il me séduisait.

Le vendredi soir était arrivé assez lentement, et Jules n’allait pas tarder à arriver pour venir me chercher. Nous regardions la télévision avec Joshua qui avait lui aussi préparé son sac, partant en formation pour le week-end. Nous devions le déposer à la gare.

- Tu pourrais montrer un peu plus d’enthousiasme ! Souffla Joshua amusé. Tu vas passer un super week-end romantique.

Je voulus lui répondre, mais ce fut à cet instant là que Jules sonna à la porte. Je me levais en tentant de me convaincre d’être enjoué et allais lui ouvrir. Le sac de Jules tomba sur le sol et il me prit dans ses bras, m’embrassant avec fougue.

- J’ai tellement attendu ce week-end, souffla-t-il d’une voix désireuse.

Je souris avant de reprendre ses lèvres. Nous nous séparâmes lorsque l’air vint à nous manquer. Je devais cesser de regretter ce week-end avec Éden. Je devais me consacrer exclusivement à Jules. Après ces trois mois, il m’avait prouvé qu’il voulait changé et racheté ses erreurs.

Joshua et Jules se saluèrent amicalement et Jules vint prendre place à côté de lui sur le canapé. Le train de Joshua était dans trois quart d’heure et nous avions le temps de boire un verre avant de partir. J’amenais des bières du frigo et vins m’installer à côté d’eux. Jules passa son bras autour de mon cou, posant sa main sur mon épaule. C’est à ce moment là que je vis un prospectus dépasser de la poche de sa veste et curieux, je le pris.

C’était la prospectus de l’auberge où il m’amenait. Ce lieu avait l’air particulièrement chaleureux, mais il était aussi perdu dans la montagne.

- Il n’y a pas l’air d’avoir de boites aux alentours, dis-je amusé. Ça changera d’ici.

Je sentis aussitôt la main de Jules se crisper sur mon épaule.

- Pourquoi ça te pose problème ? Lâcha-t-il assez froidement.

Je tournais la tête vers lui, surpris de sa réaction.

- Je… Non… Je n’ai pas dit ça, dis-je étonné.

- C’est vrai que tu y as passé tellement de temps que tu dois y être accro.
- Jules arrête ! Dis assez sèchement Joshua, prenant ma défense.
- Que j’arrête quoi ! S’exclama Jules en se levant. C’est toi qui m’a raconté tout ça. Je te signale que tu tenais le même discours, si ce n’est pire.

Je tournais la tête vers Joshua qui foudroyait du regard son ami.

- Jules, calme-toi… Soufflais-je en me levant à mon tour, craignant que la situation ne dérape.
- Que je me calme ! Tu t’es fait sauté par toute la ville ! Hurla-t-il en serrant les poings. Et qui me dit que tu n’es pas en train de continuer.
- Arrête ! Criais-je à mon tour.
- De toute façon, ajouta-t-il très froidement et plus bas, tu ne vaux pas mieux qu’une pute !

Une colère sourde monta au plus profond de mon être. Ainsi, c’était ainsi qu’il me voyait ! Jules n’avait pas changé. Il ne pensait qu’à lui même et peu importe s’il me faisait du mal.

- Si c’est comme ça, pourquoi tu voudrais la compagnie d’une pute ?!

Hors de moi, blessé plus que je ne l’aurais cru par ses propos, je leur tournais le dos, attrapais ma veste et sortis en claquant la porte.

Le vent froid qui soufflait dehors me fit réaliser que je pleurais. Ce jugement qu’il portait sur moi… N’était finalement pas tout ce que j’étais… Je quémandais l’affection des autres et j’offrais mon corps à celui qui acceptait de m’en donner, ne serait-ce qu’un peu… C’était comme ça que j’avais commencé à m’attacher à Éden. Mais il y avait eu plus… Il y avait plus.

Je marchais d’un pas rapide, je ne savais pas ou j’allais. Je ne voulais pas rester seul. Je ne voulais pas me réfugier dans un bar, car cela aurait donné raison à Jules. Je voulais voir Éden, je voulais passer le week-end avec sa famille. Je voulais vivre dans cette illusion d’être vraiment son petit copain. Il me manquait… Il m’avait cruellement manqué et c’était presque en courant que j’arrivais en bas de son immeuble.
Je gravis les marches quatre par quatre, ne voulant pas réfléchir à ce que je faisais, mais simplement suivre un instinct, un besoin…

Je frappais à sa porte, anxieux, sachant qu’une simple hésitation me serait fatale. Éden ne tarda pas à m’ouvrir et posa sur moi un regard surpris.

- Morgan ? Dit-il étonné.

Je croisais son regard, alors qu’il ajoutait :

- Tu ne devrais pas être dans un chalet avec ton crétin ? Lâcha-t-il légèrement acerbe.

Sans savoir le retenir, j’éclatais en sanglot. Les mots de Jules m’avaient fait bien plus mal que je ne l’aurais cru. Et  à ce que j’avais compris, Joshua ne s’était pas gêné pour me juger avec lui. Je me sentais humilié. Et c’était vers Éden que j’allais chercher du réconfort, lui qui me rendait si instable. J’avais pardonné son rejet et son abandon de deux mois et demi si facilement. Et je continuais d’en vouloir à Jules, malgré tous les efforts qu’il faisait pour se racheter.
J’aimais Éden. Je voulais de sa douceur, de sa tendresse. Paradoxalement, à ses côtés je me sentais rassuré. Je me sentis brusquement tiré vers lui. La porte d’entrée se referma derrière nous et ses bras m’enlacèrent pour m’attirer tout contre lui. Ma tête plongea dans son cou et un plus gros sanglot me secoua.

J’étais complètement perdu et la chaleur qu’il m’offrit au travers de cette étreinte me fit un bien fou. Son bras passait dans mon dos dans une caresse réconfortante. Je m’agrippais à lui sans le réaliser, par peur qu’il ne m’échappe. Malgré toute l’instabilité qu’il m’apportait, ainsi, au creux de ses bras, je me sentais en sécurité. J’avais l’impression de me sentir aimé…

 

Je ne sus combien de temps je restais là à pleurer dans les bras d’Éden. Peut-être que j’évacuais enfin toute cette tension accumulée ces derniers mois. Éden ne me posait pas de question, il se contentait de m’offrir cette étreinte. Nous étions plus que simplement des amants. Si l’on regardait la situation, j’avais plus l’impression d’être en couple avec Éden et que Jules n’était qu’un plan cul. J’avais aimé Jules, mais je l’avais toujours craint…

Je tentais de me ressaisir et lorsque je m’écartais d’Éden, son regard inquiet posé sur moi me gêna. J’avais honte d’avoir ainsi craqué devant lui… Et d’avoir débarqué sans prévenir.

- Je… J’espère que je ne te gêne pas… Dis-je en baissant les yeux.

 

La main d’Éden se posa sur mon visage. J’étais encore tout contre lui et pour rien au monde je ne me serais écarté de cette chaleur. Je croisais à nouveau son regard alors que son pouce caressait ma joue. Ce simple geste fit battre mon cœur.
- Je ne savais pas que la répétition était avancée, souffla-t-il.

Je ne pus m’empêcher de rire un peu, évacuant tout ce que j’avais ressenti.

- Je suis désolé… Dis-je en essuyant mes larmes.
- Désolé ? De quoi ? Demanda Éden en desserrant un peu son étreinte.
- De venir pleurer comme ça chez toi… Dis-je à nouveau mal à l’aise.
- Je pense que c’est mon rôle, puisque je suis ton amant câlin…

Et sans attendre, ses lèvres vinrent se poser sur les miennes. J’acceptais sans la moindre résistance ce baiser d’une tendresse infinie. Sa langue vint chercher la mienne avec douceur. Ce n’était pas un baiser guidé par le désir de plus. C’était l’un de ces baisers que nous échangions de temps en temps et qui me faisait presque penser à un baiser amoureux, un baiser que même Jules ne m’avait jamais offert.

Ce fut presque à contrecœur que nous mîmes fin au baiser et lorsqu’il s’écarta de moi, Éden me souffla :

- Ça va mieux ?

Je lui offris un petit sourire timide avant d’acquiescer.

- Tu as mangé ? Me demanda-t-il alors.
- Non…

Éden m’invita à le suivre dans le salon et attrapa son téléphone portable.

- Je vais commander quelque chose, tu préfères quoi ? Chinois ?
- Je n’ai pas très faim…
- Ce n’est pas la question que j’ai posé… Dit-il amusé. Alors ça sera chinois.

Et sans attendre, il composa le numéro et passa commande. Il savait ce que j’aimais et ne me demandait plus mon avis. Pendant ce temps, je me débarrassais de ma veste et Éden m’invita d’un geste de la tête alors qu’il était en ligne de m’installer sur le canapé.

La livraison ne tarda pas à arriver et nous mangeâmes dans le salon. Mon téléphone n’arrêtait pas de vibrer dans la poche de mon jean, mais je n’avais pas envie de répondre, sachant très bien que ce devait être Jules ou Joshua.
Je finis par l’attraper dans un soupire et choisis de l’éteindre pour ne plus être embêter. Je sentais le regard d’Éden posé sur moi, pourtant, il ne me posa aucune question.

- Tu veux qu’on sorte ce soir ? Me demanda-t-il alors que je débarrassais la table.
- Je préférais rester ici… Dis-je hésitant.
- Ok, souffla Éden songeur. Alors je sais ! S’exclama-t-il.

Il se leva et disparu quelques instants avant de revenir avec sa guitare qu’il me tendit.

- On peut jouer un peu, proposa-t-il.

J’attrapais sa guitare dans un sourire. Je savais que cette offre n’était pas innocente. Éden me connaissait suffisamment pour savoir que jouer de la musique me faisait du bien.

- Quel morceau ? Demandais-je en prenant mes marques sur sa guitare.
- Surprends-moi, dit-il avec un petit sourire en coin.
Je me surpris à le regarder avec un air espiègle, avant de me lancer dans un morceau que j’aimais beaucoup, mais qui n’était pas des Ligth Shade. Il était assez complexe pour le chanteur, mais je savais qu’Éden en était capable. Celui-ci me regarda surpris, avant de se prendre au jeu.
Et il chanta parfaitement bien. Il avait fait d’énormes progrès.  Et sa voix avait toujours le même effet sur moi.
Nous jouâmes d’autres morceaux dont certains qui seraient dans le nouvel album. Nous jouions pour le simple plaisir de la musique et comme à chaque fois, nous ne voyions pas le temps passer. Cette harmonie qui nous liait pendant que nous jouions, je ne l’avais jamais connu avec aucun autre, même si c’était la guitare d’Éden que j’avais dans les mains. Il avait réussi à me faire oublier, l’espace d’un instant, toutes les pensées qui troublaient mon esprit. Et je choisis de simplement profiter du moment présent que je partageais avec lui.

***

Nous étions allés nous coucher et c’était surpris que je voyais Éden ne rien tenter. Pourtant, lorsqu’il avait du me prêter un pyjama et que je l’avais volontairement mit devant lui, son regard posé sur moi avait été désireux.

J’étais venu volontairement me coller à lui et Éden m’avait simplement prit dans ses bras. Ma main posée sur son torse nu qui se soulevait au rythme de sa respiration régulière se mit alors en mouvement, tentant d’attiser son désir. Mes caresses aériennes se firent de plus en plus osée, descendant vers son bas ventre et je sentis la respiration d’Éden s’accélérer un peu.

 

De plus en plus audacieux, je finis par me redresser légèrement et, dans un petit sourire, je déposais mes lèvres sur les siennes. Éden ne tarda pas à répondre au baiser et l’une de ses mains finit par passer derrière ma nuque pour m’attirer plus près de lui. Ma main continuait son exploration mais au moment où j’osais effleurer son intimité commençant à s’éveiller, Éden mit fin au baiser et attrapa ma main.

Surpris, je m’écartais légèrement pour croiser son regard sérieux.

- Tu es sûr ?

J’aurais pensé pouvoir lui répondre affirmativement et pourtant, la réponse ne sortit pas de ma bouche. Les paroles dures de Jules me revinrent aussitôt à l’esprit et je m’écartais d’Éden avant de m’allonger sur le dos. Éden se redressa sur son coude, s’allongeant sur le côté. Je croisais son regard alors qu’il scrutait la moindre de mes réactions. Si ce que m’avait dit Jules me touchait autant, c’était qu’il devait y avoir une part de vérité.

 

- Est-ce que tu trouves que… Enfin… Est-ce que… Dis-je en bredouillant, incapable d’oser lui demander.
- Est-ce que quoi ? Me demanda Éden intrigué.
- Est ce que tu me vois comme une pute.
- Quoi !? S’exclama Éden en éclatant de rire. Tu me poses de ces questions bizarres…

Mais je n’étais pas d’humeur à rire avec lui. Je m’assis sur le lit, ramenant mes genoux contre ma poitrine entre mes bras.

- Je n’ai pas mis longtemps à te résister… Et c’est pareil avec tous les types que je rencontre… Dis-je d’une petite voix en baissant la tête.

Éden se redressa à son tour et s’assit à côté de moi. Il attrapa mon menton doucement avant de me forcer à relever la tête pour le regarder.

- Moi je me suis tapé la moitié de la ville, alors je dois être encore plus « pute » que toi, dit-il dans un sourire.

Cette fois-ci, je ne pus m’empêcher de rire, ne m’attendant pas du tout à une telle répartie. Et pourtant, je me sentis soulagé instantanément.

- Alors on était fait pour se rencontrer, répondis-je.
- Sûrement, souffla Éden avant de prendre mes lèvres.

Je répondis à son baiser avant de le pousser et qu’il se retrouve allongé sous moi surpris. Un petit sourire charmeur étira mes lèvres. Le cœur battant, j’avais envie de faire l’amour avec lui, encore une fois…

***

J’étais allongé sur le dos, littéralement épuisé. Éden était contre moi, la tête posée sur mon ventre,  alors que je laissais mes doigts danser sur son épaule. Je me sentais apaisé et engourdi par cette chaleur qu’il m’apportait. Là contre lui, j’avais l’impression d’être dans une petite bulle de bonheur.

- Je peux te poser une question ? Me demanda Éden en brisant le silence qui régnait entre nous.
- Je… Oui, répondis-je, sans trop savoir ce qu’il allait me demander.
- Qui est-ce qui t’a dit ça ? Dit-il en posant son menton sur mon ventre et en croisant mon regard.

Je compris très bien à quelle allusion le « ça » faisait. Je détournais le regard avant de souffler :

- A ton avis.

Éden se crispa et il lâcha les dents serrées :

- Ce n’est pas un crétin, c’est un vrai connard ! Pourquoi tu restes avec ce type ?
- Je… C’est compliqué, répondis-je en croisant à nouveau son regard maintenant furieux.
- Pourquoi ? Insista Éden, ne semblant pas prêt à vouloir lâcher le morceau.
- Je suis quelqu’un de faible Éden, je me sers de Jules.
- Tu te sers de Jules ? A voir la manière dont il te traite, je pencherais plutôt pour l’inverse. Trancha Éden.

Mes mains se crispèrent sur ses épaules. C’était un sujet délicat. Et ce n’était même pas clair dans ma tête…

- Je… J’ai besoin de ce que m’apporte Jules… Avouais-je ayant du mal à trouver mes mots.
- Ah ? Et qu’est ce qu’il t’apporte ? Répondit aussitôt Éden.

Je ne répondis pas, détournant cette fois-ci le regard pour de bon. Qu’est-ce que m’apportait Jules. L’idée de couple, le côté rassurant de ce le couple refermé. Et comme si Éden semblait lire dans mes pensées, il  me demanda en posant sa tête sur mon ventre de façon à éviter lui aussi mon regard :

- Si tu as peur que je m’enfuis comme la dernière fois, ce n’est pas la peine. Je ne le referais plus. J’ai été idiot.

Il fit une pause avant d’ajouter alors que mon cœur commençait à s’emballer :

- Même si je ne peux pas tomber amoureux de toi, je… Je tiens à toi Morgan.

Mon cœur battait si fort que j’étais presque sûr qu’Éden pouvait l’entendre. Il redressa la tête et osa croiser mon regard.

- Est-ce que tu es heureux là maintenant ? Me demanda-t-il.
- Oui… Dis-je dans un souffle, touché comme jamais par ses paroles.
- Alors pourquoi est-ce que tu cherches à te compliquer la vie avec un gars qui au final te fait plus de mal que de bien ?

 

Je ne tiens plus. Je l’attirais brusquement vers moi pour ravir ses lèvres d’un baiser passionné. Éden venait de m’offrir la plus belle déclaration qu’il ne m’avait jamais faite. J’aimais cet homme. J’aimais cet homme et rien, ni même la peur que je ressentais à me lancer vers cet inconnu ne pouvait être un frein à ce que je ressentais pour lui en cet instant.

Nous refîmes l’amour presque toute la nuit, oubliant le temps qui défilait, ayant tous deux besoin de cette extase que nous atteignons toujours à deux. Jules et toute cette histoire n’y avaient plus leur place. Éden tenait à moi, bien plus que je ne le croyais et j’étais heureux comme jamais uniquement lorsque j’étais avec lui. Je pardonnais son abandon de plusieurs mois. Je voulais simplement que cette nuit ne prenne jamais fin…

***

 

Le lendemain matin, c’est avec beaucoup de difficulté que je tentais de me réveiller. J’étais courbaturé et épuisé, et Éden semblait être dans le même état. Allongé sur le dos, un bras passé sur son visage pour lui cacher la lumière qui filtrait à travers les volets, il soupira :

- Je ne savais pas que ça allait être aussi épuisant d’être un amant câlin…

Je ne pus m’empêcher de rire et je vins aussitôt me coller contre lui, calant ma tête contre son épaule et posant ma main sur son torse. La main d’Éden vint se poser sur la mienne. Le silence envahi à nouveau la pièce alors que nous étions tous les deux incapables de sortir de ce lit.

- Dis… Éden, est-ce que… Est-ce que je peux toujours venir chez tes parents ?

Éden tourna la tête vers moi avec un petit sourire en coin.

- Depuis que je leur ai dit que tu venais, ils n’arrêtent pas de parler de toi. Alors je pense que tu n’as pas bien le choix.
- Tu ne leur as pas dit que… Enfin… Dis-je mal à l’aise.
- Non… Souffla-t-il.

Éden tourna sa tête vers le réveil.

- Liz ne va pas tarder à arriver, soupira-t-il, et prépare toi à l’ouragan. On devrait se lever… Tu veux passer chez toi prendre des affaires.

Mon cœur se serra à cette idée. Je n’avais pas envie de retourner là-bas. Même s’il n’y avait aucune raison que Jules ou Joshua y soient, je ne voulais pas prendre ce risque. Éden semblant le comprendre à ma réaction, car il me dit alors :

- Bon, je te prêterais des vêtements.

 

Il me fallut encore quelques minutes avant de me convaincre à me lever. Une bonne douche chaude dénouerait mes muscles endoloris. Éden quant à lui, ne bougea pas d’un poil.

Je fis couler l’eau et me déshabillais en attendant que celle ci se réchauffe. Je ne pus m’empêcher de sourire en voyant mon reflet dans le miroir, les cheveux en bataille et des cernes qui seraient difficiles à faire partir. J’avais perdu un peu de poids dernièrement, mais je n’étais pas maigre non plus. Mon teint restait assez pâle à cause de la fatigue, mais cela ne changeait pas beaucoup plus que d’habitude. Je me demandais ce qu’Éden et tout les autres hommes me trouvaient, car à mes yeux, j’étais plutôt quelconque… Je finis par me glisser sous l’eau brûlante, appréciant instantanément sa caresse. Et alors que je me mouillais les cheveux, je sursautais en sentant un corps nu se coller contre moi.
Je tournais la tête vers lui, surpris, avant de croiser son regard.

- Ne t’inquiète pas, je viens juste me laver, dit-il avec un petit sourire, affichant un air innocent.
- Est-ce qu’une fois seulement on a fait que se laver dans la douche ? Dis-je amusé.
- Il faut bien une première fois à tout, dit-il dans un haussement d’épaule avant de rire.

Il se pencha vers moi et attrapa le gel douche. L’habitacle était assez grand pour ne pas avoir à se coller et pourtant, sa peau toucha la mienne volontairement, se collant tout contre mon dos.

- Ne bouge pas, souffla-t-il près de mon oreille.

Un violent frisson parcourut tout le long de ma colonne vertébrale. Il s’écarta légèrement de moi et bientôt, je sentis ses mains savonneuses passer dans mon dos. Lui qui disait ne pas vouloir prendre plus qu’une douche, il était en train de se contredire. La caresse de ses mains se fit de plus en plus sensuelle, passant sur mon torse, m’enlaçant de ses deux bras et je ne tardais pas à sentir son intimité éveillée contre mes fesses. Cependant, il ne fit pour le moment rien de plus que des caresses, passant sur chaque parcelle de mon corps. J’avais fermé les yeux, savourant ses attentions, mais alors qu’il massait mes fesses dans un geste on ne peut plus évocateur, je me tournais vers lui pour lui faire face et ravir ses lèvres pour un baiser farouche.

Éden perdit pieds et me plaqua contre le carrelage glacé de la douche qui me fit presque échapper un cri sous la surprise. Ses mains continuaient leur course, rapprochant mon bassin contre le sien, faisant se toucher nos deux intimités à égalité. Malgré la fatigue de la veille, malgré le nombre de fois où nous l’avions fait, nous nous retrouvions en quelques minutes dans le même état. Nous étions insatiable l’un de l’autre, incapable d’y mettre un terme. Comment pouvions-nous ressentir cela encore et encore…

Loin de rester passif, ma main glissa entre nos corps pour caresser son intimité, et Éden ne tarda à faire de même, laissant ses lèvres embrasser la peau de mon cou. Mon autre main s’agrippa à son épaule, alors que quelques gémissements s’échappaient de nos lèvres.

La tension monta rapidement entre nous et Éden ne tarda pas à me murmurer de me retourner, ce que je fis sans attendre. Au même instant où la main d’Éden retrouva sa place sur mon sexe, un premier doigt me pénétra, me laissant échapper un petit cri de surprise. C’était légèrement douloureux, mais cela était plutôt du à tout ce que nous avions fait la veille. Mais cette douleur était tout à fait supportable et bientôt un deuxième doigt vint rejoindre le premier.

Malgré tout le désir et l’envie que je pouvais sentir dans les gestes d’Éden, j’avais confiance en lui et je savais qu’il n’aurait pas un seul geste déplacé. Bientôt l’impatience le gagna et mes gémissements ne semblaient pas l’aider. Ses doigts furent lentement remplacés par son sexe bien éveillé. Un cri de douleur et de plaisir mêlé s’échappa de mes lèvres. Éden ralentit jusqu’à s’arrêter, me laissant me réhabituer à sa présence. Il ne fallut cependant pas beaucoup de temps pour je me mette à me déhancher lui donnant le feu vert.

L’eau qui coulait sur nos deux corps ne faisait qu’attiser mes sens, rendant le tout bien plus intense. Les gémissements de plaisir d’Éden résonnaient à mes oreilles comme une mélodie. Ses deux mains étaient crispées sur mes hanches, comme pour se maintenir à la réalité. Ses lèvres posées sur mes épaules m’embrassaient avant que je ne sente son front se poser contre ma nuque.

Bientôt, un orgasme dévastateur vint nous secouer et Éden se rependit en moi alors que j’éjaculais à mon tour.

Il nous fallut beaucoup de temps avant de pouvoir reprendre notre souffle et lorsqu’Éden se retira de moi, je me retournais pour échanger un doux baiser. Nos lèvres se séparèrent lorsque l’air vint à nous manquer. Je croisais le regard d’Éden tout aussi amusé que moi de la façon dont avait finalement tourné la situation. Alors qu’il allait me parler, nous entendîmes une voix féminine crier de l’autre côté de la porte de la salle de bain.

- C’est bon ? Vous avez fini ? Il serait peut être temps de se préparer pour partir !

Au ton qu’employait Liz je savais qu’elle était amusée de la situation alors que pour ma part, je sentais la gêne m’envahir.

 

- Il faut vraiment que je récupère mes clefs, soupira Éden, quant à lui agacé.

Il attrapa le gel de douche et s’en servit avant de me le tendre.  Rapidement, nous fîmes ce que nous aurions du faire depuis le début. Je ne savais pas comment j’allais pouvoir faire face à Liz, et j’imaginais déjà les moqueries que nous aurions en sortant d’ici. Éden était maintenant assez distant avec moi, et je fus incapable de résister. Quelques minutes plus tard, alors qu’il allait sortir de la salle de bain, je l’attrapais par le bras et déposais un baiser sur ses lèvres, surpris tout autant qu’Éden par mon geste.

C’était un baiser simple et doux. Un simple baiser de remerciement pour tout ce qu’Éden avait fait pour moi depuis hier soir. Grâce à lui, je me sentais plus léger aujourd’hui. Éden avait raison. A ses côtés, je me sentais heureux…

 

 

Where is my mind – Chapitre 23

Chapitre 23 écrit par Mai Lynn en ligne !

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Where is my mind – Chapitre 22

Je me sentais mal, très mal. J’avais accouru à l’hôpital le plus vite possible et je devais maintenant attendre avec Adam que le psychiatre ait fini de parler avec William. Une petite voix dans ma tête ne cessait de répéter que tout cela était uniquement de ma faute. La culpabilité était telle qu’elle me saisissait à la gorge, la serrant si fort que j’avais du mal à déglutir.

Je regardais tristement à la fenêtre, tentant de me calmer, mais rien n’y faisait. Nous avions été égoïste, William avait fait beaucoup pour moi, et je l’avais traité comme un moins que rien. J’étais un être immonde.

Adam sembla sentir mon trouble, car je sentis sa main se poser sur ma joue avant qu’il ne se mette devant moi, ancrant son regard dans le mien.

- Il va bien… Souffla-t-il, comprenant ce que j’étais en train de penser.
- J’ai été dur avec lui cet après-midi… Murmurais-je, incapable de retenir les larmes qui me montaient aux yeux.
- Tu es allé le voir ? Me demanda Adam, surpris.
- Oui… Je voulais qu’on discute par rapport à samedi, mais c’était un dialogue de sourd alors je l’ai quitté en lui disant que je viendrais à son appartement le lendemain… Sans lui laisser le choix.

J’étais incapable de cacher ma peine à Adam. Nous avions vécu notre histoire aux dépends de William et de Samuel et maintenant, nous payons les pots cassés. Je ne méritais pas ce bonheur que je vivais avec Adam… Je ne le méritais pas alors que William avait failli perdre la vie, par ma faute…

Ce fut à moment là que la porte s’ouvrit et sans attendre, je repoussais légèrement Adam avant d’aller voir le psychiatre. Il fallait que je le vois, que je sois sûr avec mes propres yeux que William était encore en vie et qu’il ne risquait plus rien.

- Je peux aller le voir ? Demandais-je, la main déjà sur la poignée.
- Vous êtes de la famille ? Fit le médecin, les sourcils froncés.
- C’est bon Yvan, je le connais, ce sont des collègues, répliqua alors Adam en se rapprochant de nous.

Yvan acquiesça et sans plus attendre, je rentrais dans la chambre, fermant derrière moi avant d’aller m’asseoir près de lui.

Jamais je ne l’avais vu aussi mal et aussi perdu. Son visage pâle et son air gêné de me voir attira ma pitié et sans attendre, je m’assis près de lui, attrapant sa main.

- Je suis désolé Will… Soufflais-je.

Le regard de William se fit aussitôt fuyant alors qu’il disait, d’une voix cassée et faible :

- Tu n’aurais pas du venir…
- C’est Adam qui m’a prévenu, répondis-je pour lui expliquer la raison de ma présence ici.
- Je sais… Je l’ai vu en arrivant.

Les yeux de William se fermèrent, comme s’il souffrait.

- Pourquoi tu as fait ça ? Lui demandais-je, même si je connaissais la réponse.

William croisa alors mon regard douloureux un bref instant avant de souffler, des larmes roulant sur ses joues :

- Je ne pouvais pas vivre sans toi… Et j’avais décidé de ne pas essayer…

Mon poitrine se comprima alors qu’il confirmait mes craintes.

- Je suis désolé William… Je n’aurais jamais du te traîner comme ça… Je… J’ai été égoïste et…

Je soupirais, ayant du mal à m’exprimer. La main de William resserra la mienne, comme pour m’encourager à poursuivre.

- Je… J’ai essayé d’être clair depuis le début, mais… Mais tu t’es accroché et…
- Tu veux dire que c’est de ma faute ? Me demanda-t-il d’une petite voix.
- Non ! M’empressais-je de répondre. Non, c’est juste que… Je n’aurais pas du te laisser espérer comme ça et…
- S’il n’était pas revenu… Me coupa-t-il. Si tu ne l’avais pas revu, poursuivit-il en me regardant droit dans les yeux, alors je suis sûr que l’on aurait pu, tous les deux, devenir un vrai couple ?
- Non William. Répondis-je, un peu trop durement au vu de la grimace de douleur qui se dépeignait sur son visage. Je n’aurais jamais pu répondre à tes sentiments, je… Je suis désolée, dis-je une fois de plus.

William poussa un soupire, semblable à une plainte avant de murmurer :

- Tu l’as toujours attendu n’est-ce pas ?
- Je n’ai jamais su faire autrement Will. Mais je suis sûr que tu connaîtra ça. Avec quelqu’un de bien mieux que moi.
- Mais c’est toi que je veux, gémit William.

Je ne répondis pas, sachant que j’allais malgré moi perdre mon calme. Mon silence suffisait à répondre. William sembla comprendre car il n’insista pas. Il serra ma main un peu plus fort alors qu’il sentait que j’allais l’enlever et me demanda :

- Est-ce tu peux rester encore un peu ?
- Je… D’accord, répondis-je avec un petit sourire. Je vais juste prévenir… Je reviens, répondis-je alors que je croisais le regard d’Adam qui était de retour devant la chambre.

Je sus à la seconde qu’il avait besoin de moi et que quelque chose n’allait pas. Aussitôt je me levais et sortis de la chambre. Alors qu’il allait parler, je le poussais plus loin dans le couloir empêchant William de nous voir. Je savais qu’il était au courant, mais lui mettre devant les yeux, ce soir, après ce qui s’était passé, ce n’était pas nécessaire.

- Attends Val, j’étais là quand il a été amené ici, je me suis occupé de son cas, il sait que je suis là. Souffla-t-il légèrement agacé.
- Oui, mais il n’a pas besoin de nous voir ensemble, répliquais-je, gêné. Tu rentres ?
- Pas toi ? Demanda-t-il en fronçant les sourcils.
- Non je vais rester encore un peu, jusqu’à ce qu’il s’endorme, répondis-je, me sentant bien incapable de le laisser comme ça et maintenant.

Et vivement, je déposais un smack sur ses lèvres avant de me retourner, pour l’empêcher de dire quoi que ce soit. Je savais  pertinemment que la situation était loin d’être facile à gérer pour lui. Mais j’étais trop perdu dans mon inquiétude pour William pour arriver à gérer les deux. Mais c’était mal connaître Adam, qui attrapa ma main et me tira vers lui, le regard sérieux.

- Attends, il faut que je te dise quelque chose ! Lança-t-il, en ancrant son regard dans le mien.
- C’est juste pour quelques heures ! Je rentrerais après… Dis-je, en voulant l’embrasser à nouveau.
- Non, ce n’est pas ça… Ce n’était pas une tentative de suicide… Enfin si mais il a appelé lui même l’ambulance donc…
- Adam ! Le coupais-je, soudainement en colère qu’il puisse penser à une telle chose. Il a besoin de moi, on verra ça plus tard.

Et, sans lui laisser le temps de répondre, je me retournais et entrais à nouveau dans la chambre. Je m’en voulais d’agir ainsi, mais cela n’était rien en comparaison avec la culpabilité que je ressentais vis à vis de la tentative de suicide de William.
Celui-ci m’attendait et le faible sourire qui étira ses lèvres lorsqu’il me vit arriver suffit à me rassurer un peu. Je savais que je n’étais pas le mieux placer pour l’aider, mais je ne pouvais pas le laisser ainsi, seul. Je devais tenter de réparer ne serait-ce qu’un peu mes erreurs.

 

**

 

William avait mit du temps à s’endormir et je rentrais assez tard, épuisé par cette journée qui n’avait pas eu de fin. Je rentrais le plus discrètement possible dans la chambre, par peur réveiller Adam. Cependant, alors que je m’asseyais sur le lit, je vis Adam se retourner vers moi.

- Excuse-moi, je t’ai réveillé ? Lui demandais-je.
- Non, je ne dormais pas vrai…

Mais il ne pu continuer, déjà mes lèvres s’étaient posées sur les siennes, en manque de ce contact qui m’apportait tant. Ma main remonta sur sa joue alors que j’entremêlais nos langues, ravi de voir qu’Adam ne me repoussais pas. Lorsque l’air vint à nous manquer, je mis fin au baiser, posant mon front contre le sien.

- Pour me faire pardonner de tout à l’heure… Expliquais-je, sachant que la façon dont je l’avais repoussé un peu plus tôt n’avait pas du lui plaire.

Un sourire étira ses lèvres, semblant satisfait. Je me relevais et pris la direction de la salle de bain pour me changer. Je revins quelques minutes plus tard en pyjama et vins m’allonger dans le lit, l’invitant à venir s’allonger près de moi. Mais Adam en avait décidé autrement.

- Il t’a dit quelque chose à propos de ce qu’il a fait ? Demanda-t-il en s’asseyant en tailleur.
- Adam… Je suis fatigué… Soupirais-je en calant mon oreiller sous sa tête.
- S’il te plaît… Insista Adam.

Je soupirais, ancrant mon regard dans le sien. Je connaissais suffisamment Adam et son côté têtu pour savoir qu’il ne céderait pas. Je me relevais à mon tour, mettant de côté ma fatigue.

- Il m’a dit qu’il ne pouvait pas vivre sans moi… Et qu’il avait décidé de ne pas essayer… Dis-je dans un haussement d’épaule.
- Il t’a dit qui avait appelé l’ambulance ? Demanda-t-il en fronçant les sourcils.
- Non, il croit que c’est une voisine… Pourquoi tu m’as dit que c’était lui ?
- Parce que c’est lui, ce sont les mêmes numéros, j’ai été voir le compte rendu des ambulanciers.
- Il a du avoir peur… Fis-je dans une grimace, incapable de voir le mal comme Adam était en train de le faire.
- Oui mais il t’a dit que c’était sa voisine et… Commença-t-il alors, de plus en plus suspicieux.
- Stop ! M’écriais-je en me rapprochant de lui. Il est complètement perdu. Je l’ai trompé, je l’ai traité comme un moins que rien, puis je l’ai quitté… Alors je n’ai pas envie de chercher à comprendre, je veux juste l’aider, dis-je avec sincérité.

Adam semblait avoir beaucoup de mal à partager mon point de vue. Las et fatigué de cette journée, je m’allongeais et le tirais vers moi, pour qu’il vienne près de moi. Adam se laissa aller contre moi.

- Demain, je vais aller en cours, et je passerais chez lui après le boulot, il sort de l’hôpital à  dix-huit heures, donc je le ramènerais chez lui. Lui dis-je, en glissant naturellement mes doigts sur son bras.
- Sa famille ne peut pas venir ? J’ai essayé de les prévenir pourtant… Répondis Adam étonné.
- Ils sont en voyage chez son frère, il n’a pas envie de les embêter avec ça.
- Il a besoin de sa famille Val… Pas de l’homme qui l’a quitté.

Adam releva la tête, entrant son regard dans le mien, sérieux. Je comprenais son point de vu, mais je ne pouvais décemment pas laissé William seul, pas après ce que je lui avais fait.

- Fais attention… J’ai peur qu’il se fasse des idées… Souffla-t-il, laissant poindre sa jalousie.
- Ne t’inquiète pas… Répondis-je alors. Je veux juste l’aider un peu…

***

 

Plusieurs jours passèrent, durant lesquels je continuais à prendre soin de William. La situation était délicate à gérer avec Adam… Il accumulait les gardes, tandis que je jonglais entre mes cours, ma compagnie et William, ce qui faisait que l’on ne se voyait presque jamais. Parfois, le midi, je venais le rejoindre pour manger, mais le destin s’acharnait sur nous et il devait me quitter pour répondre à une urgence. Adam me manquait vraiment… Et les soir où je n’étais pas chez William pour m’occuper de lui, et qu’Adam n’était pas de garde, William m’appelait car il se sentait seul et avait peur de refaire une bêtise. Malgré la fatigue et l’envie de rester avec Adam, la culpabilité me poussait à aller le rejoindre… Je ne pouvais pas être égoïste comme je l’avais été avec lui. La peur qu’il lui arrive quoi que ce soit me paralysait et m’empêchait de lui dire non…

Mais ce week-end, la situation était différente. Gauthier et Estelle nous avait demandé de garder Kayla pour une nuit. La famille de William était là ce week-end, me permettant de rester avec Adam. J’avais attendu ce week-end avec impatience et j’espérais pouvoir me reposer un peu, car ce rythme effréné m’épuisait. Je ne savais plus ou donner de la tête, n’ayant plus une minute à moi pour me reposer un peu. Cette situation commencait à sérieusement être difficile à supporter pour Adam, et j’avais l’impression de progresser sur un fil tendu. Chaque jour j’espérais que William aille mieux…

Aujourd’hui, nous étions Samedi, et je m’étais occupé de Kayla toute la journée. Adam devait rentrer tard dans la soirée, et j’étais soulagé à l’idée que le lendemain serait son jour de congé et qu’il pourrait ainsi m’aider à m’occuper de ce petit démon. Jamais je n’avais vu une petite fille aussi pleine de vie et je du faire appel à toutes mes forces pour maintenir un cadre. Le moment le plus difficile fut lorsque je du la mettre au lit. Kayla n’en avait aucune envie et après de nombreux caprices, j’avais lamentablement fini par céder. Je l’avais mis devant l’un de ses films préférés et sans vraiment m’en rendre compte, je m’étais endormi, bien avant elle…

Je fus en effet brusquement réveillé par Kayla criant :

- Parrain !!!

Je sursautais, regardant autour de moi, perdu, mettant du temps à réaliser où je me trouvais et ce que j’étais en train de faire. Mon regard se posa sur Adam, puis sur Kayla.

- Il est quelle heure ? Demandais-je en posant ma main sur mon visage fatigué.
- L’heure d’aller coucher Mademoiselle qui a sûrement fait tout un foin pour ne pas aller dormir. Répondit Adam en s’approchant de nous.

Il déposa un smack sur mes lèvres avant de prendre Kayla dans ses bras.

- Pas fatiguée Parrain ! S’écria Kayla d’une petite voix, reprenant son manège.
- Oh si ! Et si tu dors immédiatement, demain nous irons au zoo avec Tonton. Répondit-il en montant l’escalier.
- Ouiii !

Soulagé de voir Adam prendre ainsi les choses en charge, je lâchais un soupire de fatigue. Je coupais le film de Kayla et mis la télévision, cherchant un programme qui me tiendrait éveillé jusqu’à ce qu’Adam revienne. J’étais sûr que cela ne lui prendrait pas beaucoup de temps. Il avait un don avec les enfants, c’était indéniable, alors que pour ma part, je n’étais vraiment pas bon à grand chose avec eux.
La fibre paternelle était loin de m’avoir été transmise et je me voyais très mal élevé un enfant, alors qu’Adam en avait toujours voulu un.
Nous avions déjà abordé ce sujet à maintes reprises par le passé et aujourd’hui, même si cela m’effrayait, j’étais prêt à en rediscuter avec Adam. Si c’était vraiment ce qu’il voulait, à le voir ainsi s’occuper de Kayla, j’étais peut-être prêt à changer d’avis.

Adam ne tarda pas à venir me rejoindre, alors que j’étais toujours sur le canapé, zappant, incapable de trouver une émission ou un film potable.

- Elle t’en a fait voir de toutes les couleurs ? Me demanda-t-il en regardant le désordre régnant dans la maison.
- Pire… C’est un vrai démon ! Dis-je en attrapant sa main et le forçant à s’asseoir près de moi.

Adam rigola légèrement et vint m’enlacer amoureusement alors que je calais ma tête dans son cou, trop heureux de retrouver un contact physique avec lui.

- Je me demande comment tu fais pour qu’elle t’écoute comme ça… Tu as ça dans le sang, soufflais-je sans un bâillement.
- C’est parce que moi je n’hésite pas à la gronder tandis que toi tu n’oses pas, me répondit Adam.

Je le sentis embrasser ma tempe, passant sa main dans mes cheveux.

- Tu verras, ajouta-t-il, quand on aura un enfant, je t’apprendrais les ficelles du métier.
- Oh bah après cette journée, je ne suis pas certain d’en vouloir… Lâchais-je en me tendant légèrement, n’ayant pas la force d’aborder ce sujet ce soir.

Adam rigola avant de relever mon menton et de frotter son nez au mien.

- Pourtant tu ferais un magnifique papa… Murmura-t-il avant de poser ses lèvres sur les miennes.

Ne tenant plus, je passais ma main dans ses cheveux alors que j’entremêlais nos langues. C’était l’un de ces baisers amoureux qui nous faisait vibrer et que je n’avais connu qu’avec lui. Lorsque l’air vint à nous manquer, je me rallongeais sur lui. Adam désirait vraiment un enfant, je le savais. Mais j’étais encore aujourd’hui réticent à cette idée. Je savais cependant, que si c’était vraiment ce qu’il voulait, alors, j’étais prêt à faire un effort en ce sens. Mais je n’étais pas prêt tout de suite. Trop de choses venaient de se produire. Je voulais juste profiter de l’instant présent avec lui. Pourtant, je ne pus m’empêcher de lui demander après un moment :

- Tu y penses souvent ?
- De quoi ? Demanda-t-il sans comprendre.
- A avoir un enfant, tu y penses ?
- Avant oui, je veux dire, ça faisait 10 ans qu’on était ensemble, puis on s’est séparé et maintenant… J’y pense par moment, surtout quand je te vois avec Kayla… Et toi ?
- Je ne sais pas… Avouais-je. J’y pensais aussi avant, mais maintenant, enfin, pour l’instant être avec toi me suffit amplement, dis-je en haussant les épaules.
- Ça veut dire que tu n’en veux pas du tout ? Souffla-t-il.

Je sentis instantanément que son cœur se serrait et je m’empressais de répondre :

- Non, ce que je veux dire, c’est que pour l’instant, je ne pense qu’à toi et ce qu’on vit me suffit mais je ne refuse pas cette idée non plus, concédais-je pour la première fois.

Le sourire qui étira ses lèvres en entendant mes paroles, réchauffa instantanément mon cœur. Je relevais la tête et déposais un baiser sur ses lèvres. Je me levais ensuite, tirant sa main pour qu’il me suive, n’ayant aucune envie de m’endormir à nouveau sur le canapé :

- De toute façon, il est hors de question qu’on ai un enfant si on est pas marié, lâchais-je dans un sourire.

Adam rigola légèrement.

- Ça veut dire que tu comptes bientôt me redemander en mariage ? Souffla-t-il amusé.

Je rigolais à mon tour face à l’empressement d’Adam. J’éteignis les lumières avant de le rejoindre dans l’escalier, posant mes lèvres sur les siennes pour un nouveau baiser amoureux. Pour la première fois depuis très longtemps, je me permis d’envisager véritablement un futur commun, sans craindre que celui-ci ne s’effondre…

***

Le lendemain, nous avions été réveillé par Kayla à huit heures du matin. Après un petit déjeuner rapide, nous nous étions préparés pour aller ensuite au zoo. La journée avait volé comme un éclair, et s’occuper de Kayla avec Adam était bien plus facile et reposant.

Nous arrivions devant notre maison en fin de journée et je ne fus pas surpris de voir Estelle et Gauthier, déjà sur le perron, en train de nous attendre.

- Pas une minute de retard… Souffla Adam amusé.
- A croire que nous ne sommes pas des baby-sitter compétents… Répondis-je en sortant de la voiture.

Je détachais ensuite Kayla et la pris dans mes bras alors qu’Adam attrapait nos affaires.

- Vous auriez pu rester un peu plus longtemps, m’exclamais-je en tendant Kayla à Estelle.
- Dis-lui ça à elle, souffla Gauthier dans un sourire.
- Je n’y peux rien, je ne suis pas habituée à la laisser ! Riposta Estelle en fusillant mon ami du regard.

Adam rigola légèrement et passa devant nous, ouvrant la porte de la maison. Je rentrais, suivi pas nos deux amis et je leur proposais de prendre un café. Ils acceptèrent et nous nous retrouvâmes dans la cuisine à discuter, pendant que Kayla jouait dans le salon.

- Tu sais que l’administration est très satisfaite de ton travail ? Il ne font que parler de toi ! Lança Gauthier en attrapant sa tasse pour que je le resserve.
- Pourtant depuis que Valentin est revenu vivre ici, j’ai du mal à m’occuper de la paperasse, souffla-t-il amusé, il est toujours sur mon dos.
- Et ce n’est pas qu’une façon de parler, m’écriais-je alors amusé en lui lançant un clin d’œil.

Vivement, il m’envoya son poing sur l’épaule, ce qui fit rigoler nos amis.

- Bon, maintenant que tout est beau et que tout est redevenu normal, on va pouvoir refaire nos soirées couples ! S’exclama Estelle tout sourire.
- J’en ai bien l’intention ! Dit Adam en prenant une gorgée de café.

Quelques minutes passèrent avant que je n’amène Gauthier dans mon bureau pour lui montrer les début de ma compagnie. Je n’étais toujours pas allé voir mon père et le chèque était toujours précieusement rangé dans un tiroir, me refusant à en faire quoi que ce soit.
Gauthier regarda consciencieusement mes documents, me donnant son avis et m’offrant d’autres possibilités. J’écoutais avec attention ses conseils. Il me parla aussi de son week-end, ravi d’avoir pu retrouver un peu du temps avec Estelle, seuls à seuls. Au vu de l’heure qui avançait, nous finîmes par aller rejoindre Estelle et Adam.

Ils partirent juste après et nous étions tous les deux dehors en train de faire des signes à Kayla dans la voiture.
Lorsqu’elle disparue au bout de l’allée, je ne tins plus. Je tirais Adam dans la maison puis le plaquait contre la porte. Un léger rire s’échappa de ses lèvres avant que je ne vienne les ravir.

Nous ne nous étions pas touchés ainsi depuis notre dernier week-end, William puis Kayla nous avaient pris tout notre temps, nous privant ainsi de nos moments à deux. J’étais plus que ravi de pouvoir le retrouver et la frustration se faisait sentir.

Doucement, je sentis l’une des mains d’Adam dans mes cheveux, tandis que l’autre remontait jusqu’à mon cou. Ce contact provoqua un violent frisson chez mon amant alors que vivement, je lâchais ses lèvres pour le débarrasser de son pull et de son tee-shirt. Je voulais sentir sa peau contre moi et j’étais trop impatient pour attendre. Loin de rester inactives, ses mains descendirent aussi et m’enlevèrent ma veste avant de déboutonner ma chemise. Ses lèvres descendirent le long de ma mâchoire, pour ensuite parsemer mon torse de baiser, mordillant légèrement mes tétons déjà durcis d’excitation. Mes mains caressaient sensuellement son dos alors qu’il commençait à défaire la boucle de ma ceinture.

Mais soudainement, mon portable se mit à sonner. Adam se douta de l’identité de mon interlocuteur, car il se releva vivement et reprit sauvagement mes lèvres, tentant de me faire oublier cet appel. Comprenant très bien ses besoins et les miens, je passais mes mains à l’intérieur de son pantalon, caressant sensuellement ses fesses. William pourrait attendre. Mais de nouveau, la sonnerie de mon téléphone retentit. Un soupire s’échappa des lèvres d’Adam. Lassé, il se décala, se collant contre la porte et levant ses mains, comme pris en faute.

- C’est pas possible, s’exclama-t-il déçu, il doit avoir un radar.

Une grimace étira mes lèvres et j’attrapais mon téléphone sur la commode. Il s’agissait bien de William.

- Oui ? Soufflais-je en croisant le regard d’Adam.
- Val… Tu réponds enfin. Je… Je ne me sens pas bien. J’ai besoin de toi…
- Tes parents ne sont pas là ? Dis-je en fronçant les sourcils.
- Non.. Ils sont partis ce matin. Est-ce que tu peux venir ?
- Non… Pas ce soir… Répliquais-je.
- Pourquoi ? Me demanda-t-il, insistant.
- Parce que… Je suis avec Adam là.

Un sourire étira les lèvres de mon amant, semblant ravi de ma décision. Mais croire que William se contenterait de cette réponse était me tromper lourdement. Il appuya aussitôt sur le fil de ma culpabilité.

- Évidemment, souffla-t-il. Bon, et bien je te laisse t’amuser avec ton merveilleux petit Adam. Je… Passe une bonne soirée Val.
- Attends Will, ne le prends pas comme ça…
- Juste une heure Val… J’ai juste besoin de te voir une heure, dit-il avant de raccrocher.

Un soupire s’échappa de mes lèvres et je raccrochais. Au regard que je posais sur Adam, celui-ci comprit que William avait gagné. Las, il passa devant moi, déçu, mais je l’attrapais sur le chemin et le pris dans mes bras.

- C’est juste pour une heure… Dis-je en posant mes lèvres sur sa joue, ayant de plus de mal à gérer cette vie qui devenait un vrai casse-tête.

La fatigue n’aidait pas. Peu enclin à me rendre mon affection, Adam me repoussa, enfilant son tee-shirt et son pull en me répondant un « comme d’habitude » maussade. Puis il alla s’asseoir dans le canapé, allumant la télévision. Sentant qu’aller lui parler ne changerait rien, et voulant en finir au plus vite avec cette maudite heure à passer avec William, je reboutonnais ma chemine et remis ma veste avant de sortir.
Je savais que je ne pourrais traiter ainsi Adam très longtemps. Mais j’étais encore incapable de vaincre ma culpabilité. Et pourtant, l’homme que je voulais le moins blesser, se trouvait dans cette maison, sur notre canapé et dont je m’éloignais pour aller en rejoindre un autre…

***

 

J’avais retrouvé un William paniqué et très mal et je n’avais pas eu le cœur à lui dire non lorsqu’il m’avait proposé de regarder un début de film avec lui. Je lui avais cependant fait promettre que ce ne serait que pour une heure et que je devais rentrer après. Le temps était loin d’avoir atténué ma culpabilité, et j’avais tout de même partagé plusieurs mois en sa compagnie. Jamais je n’étais tombé amoureux de lui, mais il avait compté pour moi, et j’étais incapable de lui tourner le dos. Je me sentais responsable et je ne pouvais rien faire contre.

Cependant, c’était la fatigue qui avait eu raison de moi, et sans m’en apercevoir, je m’étais endormis sur le canapé. Ce fut ce dont je m’aperçus uniquement le lendemain matin en me réveillant en sursaut.

J’étais toujours chez William qui avait du placer une couverture sur mon corps courbaturé d’avoir dormi assis. Mais je ne m’en préoccupais guère. Le seul qui occupait mes pensées était Adam.

 

Qu’avais-je fait ? Disparaître ainsi toute la nuit, sans lui donner de nouvelles.

Sans prendre le temps de réveiller William ou de lui dire au revoir, j’attrapais ma veste et me ruais à l’extérieur.
Je courus tout le long du trajet, ignorant mon genou, ignorant les passants que je bousculais. Et j’avais peur… Peur de voir l’état dans lequel il devait être. J’étais simplement trop épuisé par ce rythme et il fallait que cela cesse, d’un moyen ou d’un autre. Mais je ne pouvais pas obliger William à aller mieux en un clin d’œil.

Ce fardeau que je voulais porter seul, était finalement tout le contraire… Adam commençait à en pâtir, et c’était le dernier homme que je voulais blesser. Je ne voulais pas que cette nouvelle vie ensemble dérape, je voulais que notre petit bonheur continue. Car je savais intimement que si nous revenions à nous séparer, je n’y survivrais pas…

Je rentrais en claquant la porte d’entrée, et accourus dans le salon, complètement affolé.

- Je suis désolé Adam ! M’écriais-je en croisant son regard alors qu’il était debout à côté du bureau du salon.

Contre toute attente, Adam se jeta dans mes bras, calant son visage dans mon cou. Rassuré instantanément par ce contact, je répondis à son étreinte le serrant fort contre moi. Si je le perdais, je perdais toute raison de vivre… Heureux de ne pas subir un violent rejet, je posais mes mains sur son visage et le relevais, posant mes lèvres sur les siennes. J’échangeais avec lui un doux baiser, amoureux, tendre. Un baiser pour le rassurer et lui promettre que rien ne s’était passé et qu’il n’y avait que lui…

Mais alors que je me reculais pour enlever ma veste, Adam commença à me poser des questions.

- Tu étais chez lui ? Demanda-t-il d’une petite voix.
- Oui… Je suis désolé, il a mit un film et je me suis endormi, avouais-je, gêné.
- Tu n’as pas entendu ton téléphone ? J’ai essayé de t’appeler plusieurs fois.
- Mon téléphone ?

J’attrapais ma veste et y sortis mon téléphone. Dans ma course effrénée pour le retrouver, je n’avais même pas pensé à regarder mon téléphone.

- Il est éteint… Constatais-je étonné.
- Tu n’avais plus de batterie ?
- Non, je l’ai chargé hier.

J’allumais mon téléphone et celui-ci ne posa pas de problème.

- Je ne me rappelle pas l’avoir éteint… Soufflais-je tout haut.

La technologie n’avait jamais été mon fort. Mais alors que je constatais les nombreux appels en absence que m’avait laissé Adam, celui-ci s’écria soudain, énervé :

- Tu ne vois pas ce qu’il est en train de faire ?
- Quoi ? Demandais-je, en relevant la tête, surpris par cet éclat.
- A ton avis, qui a éteint ton téléphone.
- Arrête, j’ai du l’éteindre sans m’en apercevoir. Répliquais-je, n’aimant pas le trajet que ses pensées étaient en train de prendre.
- Mais réfléchi un peu Val ! Cria-t-il, furieux. Il joue la comédie depuis le début !

Ce fut à mon tour de m’énerver.

- Ne dis pas n’importe quoi… Sifflais-je les sourcils froncés, ne comprenant pas comment il pouvait ne serait-ce qu’imaginer cette idée.
- Bien sur que si ! D’abord il y a sa tentative de suicide bidon où il appelle lui même les secours, alors qu’il veut soit disant mourir, puis toutes les fois où il te téléphone parce qu’il se sent pas bien et maintenant ça ! Et toi tu sautes à pieds joints dedans.
- Adam… Dis-je mal à l’aise qu’il en soit arrivé à penser cela.
- Je t’avais prévenu ! Je t’avais dit que tu lui donnais de faux espoirs !

Je passais ma main sur mon visage, agacé, tentant de ne pas me disputer avec lui. Nous en revenions toujours au même problème. La jalousie d’Adam… Mais je savais que ce que j’avais fait cette nuit, n’avait rien fait pour arrangé cela. Je n’osais même pas imaginer dans quel état il avait du être. Mais ce n’était pas contre William qu’il devait être en colère, mais bien contre moi…

- Je crois surtout que tu regardes beaucoup trop de film… Finis-je par lâcher les dents serrées.
- Pardon ? Demanda-t-il étonné.
- Selon toi, tout ceci serait un plan machiavélique pour me récupérer, arrête un peu, tu es seulement jaloux.

Je regrettais mes mots, mais j’avais besoin que cela sorte et ce fut aussitôt de la fureur que je pus voir dans les prunelles de mon amant.

- Parce que je ne devrais pas être jaloux ? Hurla-t-il, le regard noir, tu passes toute ta nuit avec ton ex, et je ne devrais rien dire ? Toute cette semaine tu l’as passée avec lui !
- Je te signale que c’est pour toi que je l’ai quitté ! M’écriais-je, moi aussi en colère.

J’aurais pu réagir différemment. Mais j’étais trop fatigué pour faire des concessions et je détestais la tournure que prenait la situation…
- Ah bon ? Pourtant j’ai l’impression qu’on a fait un bond en arrière et que c’est lui ton amant ! Tu m’as trompé Val ! Et je t’ai pardonné ! Je freine ma jalousie autant que je peux mais là tu abuses !
- C’est facile de me balancer ça en pleine figure ! Il va mal par notre faute et je devrais ne rien faire ?
- Oui !

Adam avait crié ce mot, totalement hors de lui. Pour ma part, je le regardais, écœuré qu’il en vienne à penser cela. N’en supportant pas plus, j’attrapais ma veste et la remis sur moi. Je ne voyais pas l’intérêt de rester ici et de continuer à se disputer. Je n’avais pas besoin de cela en ce moment.

- Tu vas où ? S’exclama Adam, surpris.
- Je vais faire un tour, je reviendrais quand tu seras moins égoïste. Lâchais-je sans prendre la peine de me retourner.

Je claquais la porte pour me retrouver dehors. Je ne savais plus quoi faire, j’étais épuisé, je ne savais plus quoi lui dire et encore moins comment arranger la situation… Mon cœur était douloureusement comprimé. La situation ne devait pas dégénérer plus qu’elle ne l’était. Tout mon être fut prit d’un violent tremblement. Si je venais à perdre Adam, je ne le surmonterais pas. J’avais besoin d’aide… j’avais besoin de mon ami.

***

J’étais directement allé à la cafétéria de l’hôpital où je savais que Gauthier prenait toujours son café à ce moment là. Et effectivement, je l’y avais trouvé. Il s’était très vite aperçu que je n’allais pas bien et je lui racontais tout ce qui venait de produire d’une seule traite.
Gauthier m’avait écouté tout le long, sans émettre le moindre commentaire. Ce ne fut que lorsque je me tus, lui montrant que je n’avais rien à ajouter, qu’il prit la parole.

- Attends Val… Si j’ai bien compris, tu as passé la nuit entière chez William, sans donner la moindre nouvelle à Adam ?

Je soupirais avant de répondre.

- Je sais… J’ai vraiment merdé… Mais je ne tiens plus le rythme et je…
- Tu l’a trompé Val ! Me coupa-t-il assez sèchement, ce qui me surpris tout autant que me fit mal.

Deux ans avaient beau avoir passé, la culpabilité de cet instant là resterait toujours gravée en moi.

- Tu ne peux pas passer une nuit avec un homme sans que Adam en souffre maintenant. Poursuivit Gauthier, un air triste se dépeignant dans ses traits.

Il fit une pause pour boire une gorgée de café avant de poursuivre.

- Il a confiance en toi, ça se voit. Mais il y a des choses qu’il ne pourra plus accepter.

J’accusais durement ses paroles, mais je savais qu’il avait raison. Je m’en voulais, et c’était contre moi qu’Adam devait en vouloir, pas contre William.

- J’aurais eu la même réaction si Estelle avait ça, déclara Gauthier.
- J’aurais fais bien pire à sa place, concédais-je.

Gauthier rigola avant de répondre :

- Si Adam t’entendait..

Gauthier finit par reprendre son sérieux, il se leva  et remis sa veste de médecin.

- Tu sais Val, les soupçons d’Adam ont tout de même l’air de tenir la route… Il commence à y avoir un peu trop de coïncidences. .
- Gauthier, soufflais-je, tu ne vas pas t’y mettre aussi.
- Tu devrais l’écouter au lieu de l’engueuler…

Je ne répondis rien, méditant sur ses paroles, ne voulant pas en plus me disputer avec mon ami. Mais je n’avais pas envie d’entendre ce qu’il venait de me dire…

- Je dois y aller Val. Tu m’appelles pour me donner des nouvelles ?

J’acquiesçais d’un petit signe de tête et le laissais partir. C’est à ce moment là que mon téléphone se mit à sonner.

- Oui… Soupirais-je après avoir vu que ce n’était pas Adam, mais bien William.
- Valentin… Tu es où ? Je… Je suis désolé pour hier je n’ai pas osé te réveiller. Tu dormais si profondément.
- Est-ce que ça va ? Lui demandais-je en changeant volontairement de sujet.
- Bof… Je…
- Tu veux que je passe maintenant ? Lui demandais-je, craignant de devoir rentrer chez moi et n’ayant pas de cours aujourd’hui.
- C’est vrai ? Tu peux ? Me demanda-t-il d’une petite voix teintée de joie.
- J’arrive. Mais juste pour un petit moment.

***

Il ne m’avait pas fallu longtemps pour arriver chez lui et j’étais presque surpris de le voir enjoué, en train de nous préparer un café. Il semblait aller un peu mieux et cela me rassurait. Bientôt, il n’aurait peut être plus besoin de moi. J’étais toujours énervé et perdu vis à vis de ce qui s’était passé ce matin, avec Adam et ce que m’avait dit Gauthier, prenant pour une fois complètement la défense d’Adam.

- Ça va ? Me demanda William en s’asseyant à côté de moi après avoir posé nos tasses sur la table basse.
- Je, oui… Soufflais-je encore perdu dans mes pensées.
- Tu es sûr ? Insista-t-il.
- Oui, ce n’est rien. Des soucis avec Adam… Dis-je sans me rendre vraiment compte de ce que je disais.

Et sans que je ne réalise ce qui se passait, je me trouvais brusquement plaqué sur le fond du canapé, les lèvres de William posées sur les miennes et déjà sa langue tentait de faire intrusion dans ma bouche. L’effet de surprise me laissa immobile quelques secondes et réalisant tout ce qui était en train de se passer, je le repoussais brusquement.

- William ! Qu’est ce que tu fous ! M’exclamais-je sous la surprise tintée de colère.
- Tu viens de dire que ça n’allait pas avec Adam alors… Dit-il, comme pris en faute.

Adam avait eut raison. Je n’étais qu’un idiot. Adam avait raison et je ne l’avais pas écouté. Ce baiser forcé en était la preuve. J’étais bien trop naïf, et William s’était servi de cette faiblesse. Une colère sourde vrilla mes tripes alors que je me levais brusquement du canapé.

- Depuis le début ! Tu te fous de ma gueule depuis le début ! Criais-je.
- Non Val je…
- Je pensais avoir été clair William. Il n’y aura jamais rien entre nous ! Jamais !

William se ratatina sur son canapé, mais je m’en moquais éperdument. Je pris la direction de la commode, hors de moi et ouvrais un tiroir à la volée.

- Où sont mes affaires ? Dis-je en me tournant vers lui. Je les veux maintenant !
- Val, je suis désolé, je…
- Maintenant ! Hurlais-je. Tu m’as pris pour un con, tu t’es servis de moi ! Tu me dégoûtes !
- Val, dit-il les larmes aux yeux.

Mais je restais impassible. J’étais quelqu’un qui était prêt à tout donner, mais si l’on trahissait ma confiance, je tournais définitivement le dos à cette personne. Ce que William venait de faire, dépassait la simple trahison. A cause de lui, j’avais mis mon couple en péril, à cause de lui, j’avais fait souffrir Adam…

- J’attends ! M’exclamais-je, très froidement.

Le voyant sans la moindre réaction, j’ouvris un nouveau tiroir et mon cœur s’emballa en voyant enfin mes affaires. Sans attendre, j’attrapais le tout et le mis dans mes poches avant de me tourner vers William une dernière fois. Mon regard était si dur que je le vis tressaillir.

- Je ne veux plus jamais te voir! Ne m’adresse plus jamais la parole et à l’école, fais comme si je n’existais plus.

Sans un mot de plus, ignorant ses larmes, je lui tournais le dos et sortis de chez lui, claquant violemment la porte. Sans attendre, je pris la direction de notre maison… Je n’avais pas la moindre idée de comment j’allais pouvoir me faire pardonner par Adam et une chose me disait que ce ne serait pas une mince à faire… Je me jurais que plus jamais je n’ignorerais ses mises en garde. Je devais lui faire confiance, comme lui le faisait…

***

J’hésitais pendant plusieurs minutes à la porte d’entrée, me demandant comment j’allais pouvoir affronter Adam. Lorsque je me décidais enfin à entrer, la maison était plongée dans le silence. Je me débarrassais de ma veste et c’est à ce moment là que j’aperçus Adam, descendant les escaliers. Nos regards se croisèrent et je sus à la seconde qu’il m’en voulait, et était toujours très en colère contre moi… Je fus incapable de soutenir ce regard très longtemps et un soupire s’échappa de mes lèvres alors que je me rapprochais de lui.

- Tu… Tu avais raison… Dis-je hésitant, sans savoir par quoi commencer. Je suis retourné chez lui et… Et il m’a embrassé… Soufflais-je, scrutant son visage pour y déceler une émotion alors que je choisissais d’être sincère avec lui.

Je sentais qu’une foule d’émotion se déchaînait en lui, mais il restait impassible, accusant le coup silencieusement.
Il passa près de moi sans me regarder et je pris peur.

- Tu ne dis rien ? Lui demandais-je d’une petite voix.
- Je ne voudrais pas paraître jaloux et égoïste, lâcha-t-il méchamment.

Il attrapa sa veste et l’enfila, attrapant son sac à dos pour le mettre sur son dos.

- Tu t’en vas ? Fis-je en me rapprochant de lui. On pourrait discu…
- Ma vie ne s’arrête pas parce que tu te fais embrasser Val ! Me coupa-t-il, le regard noir.

Et brusquement, il se retourna et sortit, prenant soin de claquer la porte à son tour.

***

Je connaissais Adam, je connaissais même parfaitement Adam et s’il y avait une chose qui nous différenciait, c’était son goût pour le romantisme dans un couple et tout ce qui s’y approchait, comme un simple dîner au chandelle.

Mais ce soir, je lui devais bien cela. J’avais pris toute mon après-midi pour préparer à Adam une soirée qu’il ne serait pas prêt d’oublier.Très vite à court d’idées pour une soirée la plus romantique possible, j’avais appelé Estelle qui s’était empressée de m’en donner. J’avais aussi mis Gauthier sur le coup, qui m’avait promis qu’il trouverait le moyen de faire rentrer Adam ce soir juste après son travail et qu’il ne traîne pas, comme il le ferait sûrement, car il m’en voulait.

La maison était méconnaissable. J’avais entièrement décoré le rez-de chaussé. Un matelas était installé dans la véranda, avec des oreillers et des couvertures pour la deuxième partie de la soirée, nous permettant de dormir en voyant les étoiles.

L’entrée avait elle aussi été particulièrement soignée, car ce serait la première impression qu’il aurait en rentrant chez nous. J’étais nerveux, jamais je ne m’étais adonné à ce genre de choses trop mielleuses à mon goût, mais pour Adam, j’étais prêt à tout…
Je tenais de cuisiner son plat préféré et j’espérais de tout cœur qu’il soit indulgent à ce propos. J’étais loin d’être un excellent cuisinier…

J’avais dressé la table, comme dans les films, et des bougies parsemaient toute la maison, ne lésinant pas sur la qualité ou sur le prix que cela impliquait. Je voulais qu’il se sente bien et que ce décor soit le plus parfait possible.

J’avais aussi acheté deux chaînes pour nos alliances, ayant ma petite idée en tête, et installé les affaires dans la véranda. L’alliance d’Adam avait retrouvé sa place autour de mon cou, et j’avais l’impression de récupérer enfin une partie de moi. Je la cachais sous ma chemise.

Je finis dans les temps et je savais que si Gauthier avait réussi, Adam ne devrait pas tarder à arriver. Je m’étais mis sur mon trente et un, soignant chaque petit détail. Je restais dans la cuisine, surveillant le plat principal qui continuait de mijoter. Je devais avouer que je stressais. Bien que cette mise en scène romantique plairait sûrement à Adam, je ne savais pas si cela suffirait à le calmer et surtout à me faire pardonner. Lorsque j’entendis enfin la porte d’entrée s’ouvrir, je ne bougeais pas. Et alors qu’il arrivait dans la cuisine, je restais là, calé contre le plan de travail, guettant sa réaction. Alors qu’il regardait autour de lui, semblant surpris et séduit par la nouvelle décoration de la maison, je lâchais le cœur serré :

- Pardon.

Adam releva vivement la tête pour croiser mon regard triste. Ne pouvant me contenter d’un simple « pardon », je poursuivis, lui devant des excuses et bien plus encore :

- Je sais qu’un simple repas n’arrangera pas les choses… Mais je suis désolé Adam… Dis-je en osant me rapprocher de lui.

Adam regarda à nouveau autour de lui, restant muet et ne me donnant aucun indice sur ce qu’il pensait à cet instant.

- Tu… Tu peux me dire « Je te l’avais bien dit » si tu veux… Je ne suis qu’un idiot…

Contre toute attente, un petit sourire étira ses lèvres alors qu’il croisait à nouveau mon regard. Ce ne fut qu’à cet instant seulement, qu’il prit la parole…

- Quand on a décidé de se remettre ensemble, souffla-t-il, semblant chercher ses mots, même si c’était sur le coup de la folie au début, on a fait le choix de ne se préoccuper que de nous… On a détruit deux personnes et on ne peut plus revenir en arrière…
- Je le sais Adam…
- Non… Parce que tu ne veux pas blesser les gens… Parce que c’est dans ta nature, et c’est ce que j’aime chez toi… Mais tu ne pas te permettre d’essayer de minimiser les dégâts avec William. Tu l’as quitté Val et il devrait t’en vouloir au lieu de chercher à te récupérer.

Je ne répondit rien, sentant qu’il n’avait pas finit de parler.

- Mais ce qui me blesse le plus Val, reprit-il sérieux, c’est que tu n’as pas eu confiance en moi, que tu n’aies pas écouté une seule seconde ce que j’avais à te dire.
- Je suis désolé, murmurais-je en attrapant sa main, ne pouvant tenir une seconde de plus loin de lui.
- Je suis jaloux Val, et je ne pourrais pas changer ça… Mais je fais des efforts pour diminuer un peu ça… Mais lorsque tu passes la nuit entière avec quelqu’un d’autre je ne peux pas, tu m’en demandes trop.
- Je sais… Soufflais-je en savant combien il avait raison. Et ça ne se reproduira plus.

Heureusement, Adam finit par me prendre vivement dans ses bras, me serrant fort contre lui. Ma tête vint automatiquement se lover dans son cou et mes lèvres embrassèrent sa peau que j’avais eu si peur de perdre.

- Qu’est ce que je peux faire pour me faire pardonner ? Demandais-je, après un temps, d’une petite voix craintive.

Adam se décala légèrement pour croiser mon regard. Un sourire étirait ses lèvres.

- Tu ne t’en sors pas trop mal… Répondit-il dans un petit sourire, avant de poser ses lèvres sur les miennes.
***

Durant tout le repas, je n’avais cessé d’être tendre avec Adam, lui lançant des compliments ou des petites attentions qui le faisait fondre. Cela n’était pas naturel pour moi, mais je faisais de mon mieux pour qu’il se rappelle de cette soirée non pas comme une soirée de réconciliation, mais d’une belle soirée romantique comme il en avait toujours rêvé, sans jamais oser me le demander. Adam ne critiqua pas ma cuisine, bien que son plat préféré n’avait pas le même goût que d’habitude.

Lorsque le repas fut terminé, mes lèvres avaient recouvert les siennes pour un baiser cette fois passionné. Ses mains vinrent s’accrocher à ma nuque alors que je le faisais reculer dans la véranda pour la seconde partie de la soirée que j’avais préparé. Là, je stoppais notre échange, un sourire accroché aux lèvres. Adam regarda autour de lui et à son tour, un sourire étira ses lèvres. Cet endroit, ainsi éclairé par les bougies, notre canapé lit sous le ciel étoilé : j’avais vu juste, cela plaisait à Adam. Son regard finit par se poser sur les affaires que j’avais récupéré chez William.

 

Immédiatement, il alla s’asseoir sur le lit et attrapa les photos. Un léger rire s’échappa de sa gorge, alors qu’il nous voyait dix ans plus tôt. Je vins m’asseoir près de lui, pour partager ce moment.

Après quelques minutes à regarder les photos, ses doigts attrapèrent notre passé : les deux liasses de papier de notre mariage puis de notre divorce. J’avais hésité à les mettre là, et pourtant, cela faisait ce que nous étions aujourd’hui. Même si nous avions souffert, même si cela avait été un enfer de vivre loin de lui, rien que le fait d’être à nouveau ensemble aujourd’hui me suffisait. Nous étions des âmes sœurs, j’en avais la certitude. Adam reposa les papiers, semblant chercher autre chose.

- Il ne t’a pas rendu nos alliances ? Demanda-t-il, continuant de chercher.

Mais je posais mes mains sur les siennes, le forçant à ancrer son regard dans le mien. Un petit sourire étira mes lèvres et je passais mes mains sur mon cou, tirant sur la chaîne que j’avais acheté aujourd’hui. Son regard changea alors qu’il découvrait son alliance au bout de cette chaîne. Fébrile, il toucha l’anneau, comme s’il avait peur qu’il ne s’envole en fumée.

- Et j’ai ça pour toi, soufflais-je, tout aussi ému que lui.

Je sortis alors mon alliance de ma poche, accroché à une autre chaîne et la lui montrait. Un sourire resplendissant étira ses lèvres, semblant comprendre et accepter ce que j’avais l’intention de faire.

Délicatement, je passais la chaîne autour de son cou, posant furtivement mes lèvres sur sa joue. Ses doigt se posèrent sur l’objet, regardant cet anneau argenté chargé de souvenirs. Mon cœur battait extrêmement vite alors qu’il relevait la tête, passant sa main sur ma nuque, happant mes lèvres pour un baiser emprunt d’amour. Nous nous aimions, nous nous aimions éperdument. Jamais personne ne pourrait le remplacer, jamais personne ne saurait prendre la place qu’il avait prit dans ma vie. Il était le seul, et l’unique : il était l’homme que j’aimais. Lorsque l’air vint à nous manquer, je posais mon front contre le sien, croisant nos regards. Et comme pour sceller cet instant, je déclarais :

- Je sais que tu veux un enfant… Que tu veux qu’on se remarie et je te promets qu’on aura toutes ces choses… Parce qu’il n’y a eu que toi, qu’il n’y a que toi et qu’il n’y aura que toi. Je t’aime Adam…

Cette dernière phrase acheva de faire fondre Adam. Ses bras passèrent enfin autour de mon cou, alors que ses lèvres se collaient aux miennes. Doucement, il se relevait, me faisant m’allonger sur le lit. Mes mains se posèrent sur son dos, passant rapidement sous son uniforme, voulant sentir sa peau  en contact direct sous mes doigts. Un frisson parcourut Adam au contact de ma peau contre la sienne et il laissa ses mains descendre le long de mon corps, déboutonnant ma chemise. Après ma déclaration, je voulais me donner entièrement à lui, mais je voulais lui offrir cette dernière chose sans le prévenir. Vivement, je me redressais et enlevais son haut et son sous-pull avant de reprendre ses lèvres, fiévreusement. Cela faisait trop longtemps que nous ne nous étions pas touché, et nos deux corps criaient leur manque. D’un habile coup de rein, j’inversais nos positions, ancrant mon regard dans le sien. Sa main se posa sur ma joue et un sourire comme je les aimais tant étira ses lèvres. Lentement, il releva la tête pour m’embrasser tendrement. Doucement, je sentis sa main glisser sur mes épaules, m’enlevant ma chemise. Mes lèvres se délectèrent de sa mâchoire avant de venir lécher son torse sensuellement. Adam était abandonné, en complète confiance. Jamais je n’avais ressentis ça avec aucun autre. Mon cœur s’emballait de cette manière si particulière uniquement avec lui et le plaisir en était décuplé. Je laissais glisser ma langue sur sa peau alors mes doigts se posèrent sur l’élastique de son uniforme et je l’abaissais, enlevant son boxer par la même occasion. Il fut enfin nu devant moi, et un sourire étira mes lèvres face à sa beauté. Ses mains passèrent dans mes cheveux alors que je descendais le long de mon corps. Il ne pu réprimer un gémissement lorsque j’arrivais au niveau de son intimité. Je laissais mon souffle caresser son sexe durci, et incapable d’attendre, je le pris en bouche. Son corps fut secoué d’un violent cambrement et une de ses mains se posa au dessus de sa tête, serrant le drap comme pour s’accrocher à quelque chose. Son autre main restait dans mes cheveux, m’intimant d’une pression qu’il voulait bien plus. Loin de vouloir le frustrer, ne voulant que le contenter ce soir, je laissais ma langue s’enrouler autour de son membre et c’est avec satisfaction que je le vis fermer les yeux.
Une fine pellicule de sueur se déposa sur son corps alors que ses gémissements résonnaient à mes oreilles, se transformant peu à peu en cri alors que mes vas-et-viens augmentaient. Cet instant n’avait rien à voir avec celui qu’on avait passé la dernière fois. Il n’avait rien de sauvage ou de bestial. Non. Il était doux, amoureux et tendre. Mais cela ne l’en rendait pas moins excitant.

Dans un énième cambrement, comme je l’avais pressenti, Adam se libéra dans ma bouche. La respiration saccadée, il avait toujours les yeux fermés, tentant de reprendre contenance après l’orgasme que je venais de lui donner. Mais à la vue de son sexe toujours en forme, je décidais de franchir le pas. Bien que je l’appréhendais, je savais que le courage se défilerait par la suite, je posais mes lèvres sur ses cuises et remontais lentement, déposant des baisers papillons sur son corps pour être sur d’éveiller à nouveau son désir.

Alors que j’arrivais au niveau de son cou, mes doigts glissèrent sur sa peau dans une caresse sensuelle qui eut raison de lui.

Ce ne fut que lorsqu’il ouvrit enfin les yeux pour croiser mon regard amoureux, que ses mains passèrent dans mes cheveux, m’attirant à lui pour un nouveau baiser, que je décidais de me lancer. Je me relevais légèrement, et sans prévenir Adam, je m’empalais sur son sexe, fermant les yeux sous la douleur qui me frappa aussitôt. Je savais que cela allait être douloureux, mais je ne l’imaginais pas à ce point. Je dus me faire violence pour ne pas m’écarter aussitôt.

Adam se figea avant de souffler dans un gémissement.

- Tu es fou…

J’ouvris alors les yeux et vis qu’un sourire étirait les lèvres d’Adam. Ma main se posa sur sa joue tendrement, luttant pour ne pas lui montrer la douleur que je ressentais.

- Je me fais pardonner… Murmurais-je avant de commencer à me déhancher lentement, voulant à tout prix que cette douleur prenne fin et que je prenne ne serait-ce qu’un peu de plaisir à me faire posséder par mon amant.

Je ne pus retenir de gémissements de douleur, mais j’aurais pu endurer mille fois pire pour voir le plaisir que prenait Adam, ses mains posées sur mes hanches, fermant les yeux sous l’extase qu’il ressentait.
Ce ne fut seulement après de longues minutes que nous pûmes complètement nous laisser aller à ressentir du plaisir. Détendu, ne ressentant presque plus aucune douleur, j’augmentais le rythme de mes déhanchés.

D’un habile coup de rein, Adam inversa nos positions et mêla nos langues dans une danse sensuelle. Sa main dans mes cheveux, l’autre tenant le bout du lit pour se donner plus de force. Il intensifia ses déhancher, me faisant maintenant voir les étoiles. Mes yeux mi-clos pouvaient voir mon anneau se balancer entre nos deux corps qui ne faisaient plus qu’un. N’étant plus maître de moi même, les mains dans son dos le griffaient sans relâche alors que je lâchais enfin un vrai cri de plaisir. Et bien d’autre suivirent par la suite…

***

Nous étions étendus dans le lit, Adam sur le ventre, la tête posée entre ses bras, jouant avec mon alliance autour de son cou. Quant à moi, j’étais tout contre lui, caressant sa peau irritée par les griffures que je lui avais fait bien malgré moi.

- Tu as mal ? Demandais-je, dans un sourire, en posant un baiser sur ses blessures comme pour tenter de les effacer.
- Je suis encore en train de savourer mon orgasme… Je te dirais ça demain. Souffla-t-il amusé.

Je rigolais légèrement et je posais mes lèvres sur sa joue, avant de me rallonger sur le dos, le tirant pour me sentir contre lui. Sa tête vint se poser sur mon torse et il y déposa un baiser alors que ma main passait dans ses cheveux. J’aurais tout donné pour de simples moments comme cela. Mais alors que je me laissais aller dans un demi-sommeil, savourant simplement cet instant, Adam murmura mon prénom :

- Valentin…

Il était très rare qu’Adam m’appelle par mon prénom en entier. Et je sus instinctivement qu’il avait besoin de parler de quelque chose de sérieux.

- Je suis le seul homme que tu aimes.. Depuis le début ? Poursuivit-il, semblant inquiet.
- Oui, répondis-je dans un sourire pour le rassurer, ancrant mes yeux dans les siens pour lui prouver ma sincérité.
- Alors pourquoi est-ce que tu as couché avec Swan cette nuit-là ?

Je m’attendais à tout, sauf à cette question et je tombais brusquement dans un état proche du malaise. Nous n’avions jamais abordé ce sujet et je savais que je lui devais des réponses. Je me relevais aussitôt, incapable de cacher mon malaise.

- Excuse-moi de te demander ça Val… Dit-il, en posant sa main sur mon épaule. Mais je crois que nous devons parler de ça.
- Je n’en ai pas envie. Lâchais-je en évitant son regard, ne voulant qu’une chose, fuir cet instant nécessaire.
- Val… S’il te plaît…

Je m’éloignais de lui, plongé dans des souvenirs que j’avais voulu oublier. J’enfilais mon boxer avant d’attraper mon paquet de cigarette. Je m’en allumais une, ouvrant l’une des fenêtres de la véranda. Je tentais de me donner du courage, de me tourner vers lui et de concéder à lui donner des réponses. Mon cœur battait trop vite. Je n’y arrivais pas. Pourtant, ce fut la force de l’amour que j’éprouvais pour Adam qui me força à finalement poser mon regard sur lui alors qu’il me fixait.

- Qu’est ce que tu veux savoir ? Finis-je par concéder.
- Pourquoi… Pourquoi tu as couché avec lui ? Demanda-t-il en s’asseyant en tailleur, s’enroulant dans la couverture.
- Je te l’ai déjà dis, j’avais beaucoup trop bu, je ne me rappelle de rien.
- Est-ce que… Est-ce qu’il te plaît ? Je veux dire physiquement… Moralement…
- Non.

Une grimace étira ses lèvres, comme s’il ne voulait pas me croire. Et pourtant c’était la vérité. Je n’étais pas attiré par Swan et je ne l’avais jamais été. Il n’y avait eu que cette fois, et jamais cela ne s’était reproduit, pas même un baiser… Et aujourd’hui, pour moi Swan rimait avec la trahison et la souffrance que j’avais causé à Adam.

- Tu n’as pas besoin de me mentir tu sais… Je t’ai pardonné Val, et je ne reviendrais pas là dessus, souffla-t-il dans un petit sourire. Je veux juste savoir.
- Mais c’est ça le problème… Répliquais-je. Je ne suis pas attiré par lui.

J’écrasais alors ma cigarette et la jetais dans le jardin, avant de revenir dans le lit, me calant contre le mur, reprenant assez de courage pour me confesser.

- Je veux dire, oui il est beau et il a du charme, repris-je en évitant son regard, le cœur serré, mais pas une seule fois je n’ai pensé à lui de cette façon. Je crois… Je crois que ce soir là, j’essayais juste de t’oublier comme je l’ai fait avec tous les autres gars avec qui j’ai couché ensuite. C’était juste pour oublier que nous n’étions plus ensemble.

Ces souvenirs faisaient suffoquer mon âme et mon regard emprunt de tristesse osa enfin s’ancrer dans le sien.

- Quand tu m’as repoussé à l’hôpital… J’ai vraiment eu mal, je sais que ça ne me donne pas d’excuse, mais j’ai cru que je t’avais perdu… Que la nuit qu’on avait passé ensemble n’avait pas compté pour toi… Alors j’ai juste voulu t’oublier.
- Comment c’était ? Demanda Adam en se rapprochant de moi et en attrapant ma main pour y entrelacer nos doigts.
- Je ne me souviens pas Adam… Lâchais-je dans un soupire.
- Bien sûr que si… Mais tu ne veux pas me le dire.

Je le regardais alors, me posant mille questions. Ce n’était pas que j’étais incapable de m’en souvenir. C’était juste que je ne le voulais pas. Ce que j’avais ressentis cette nuit là, et le lendemain en me réveillant… Cela avait cassé quelque chose en moi qui jamais ne pourrait guérir. Je cédais dans un soupire.

- C’était différent… Dis-je dans un murmure. Tu étais le seul homme avec qui je n’ai jamais couché Adam… Alors cette nuit… Tout était différent.
- Tu as aimé ? Demanda-t-il anxieux de ma réponse.
- J’étais tellement ivre que je ne pensais plus à rien… Je voulais juste ne plus me sentir mal… Je ne sais pas si j’ai aimé ou pas Adam parce que quand je me suis réveillé, tu n’étais pas là. Et ça été la même chose pendant ces deux années sans toi, je me sentais mal.
- C’est pour ça que tu n’as pas voulu te mettre en couple ? Demanda-t-il en se lovant contre moi, calant sa tête dans mon cou.

Je puisais dans les forces que m’offrait ce contact pour répondre :

- Je ne pouvais pas… Partager tout ce qu’on partagé avec quelque d’autre… Je ne sais pas comment toi tu as fait.

Ma voix était teintée d’un léger reproche sur cette dernière phrase. J’avais toujours du mal à comprendre comment il avait pu reconstruire sa vie par deux fois, avec deux hommes. Un sourire étira étrangement ses lèvres avant qu’il ne me réponde :

- Moi c’était tout l’inverse Val… Je me suis mis avec Liam et Samuel pour t’oublier… Tu me manquais Val et je n’ai trouvé que cette solution pour ne plus autant penser à toi.

Je passais mes bras autour de lui, et relevais son menton, ancrant son regard dans le sien. Je me livrais à lui, entièrement.

- Je ne pourrais pas Adam… Lâchais-je, la voix enrouée. Si on en arrive à se séparer à nouveau… Je crois que je ne pourrais pas continuer sans toi.

Sa main se posa alors sur ma joue et un sourire étira ses lèvres.

- Mais cette fois, il n’y aura pas de séparation Val, toi et moi, c’est pour toujours.

Un sourire vint aussitôt étirer mes lèvres à l’entente de cette phrase qu’il disait tout le temps au tout début de notre relation. Doucement, comme pour me rassurer que tout ceci n’était pas un rêve, mes lèvres vinrent ravir les siennes pour un doux baiser et je l’allongeais sur le lit… Pour nous décrocher une nouvelle fois les étoiles…

***

Je me réveillais assez tôt le lendemain, bien que nous n’ayons pas particulièrement passé notre nuit à dormir.
Adam dormait à poing fermés, tant et si bien que je n’osais pas le réveiller. Il avait une garde de 48 heures qui l’attendait et il n’était pas question qu’il y aille épuisé. Il avait encore deux petites heures devant lui, je décidais de le réveiller plus tard.
Je me levais le plus doucement possible, grimaçant en sentant mon corps courbaturé. Certes, la douleur n’avait rien à voir avec la dernière fois, car Adam avait été bien plus doux, mais j’étais encore loin d’être habitué. Je l’avais aussi pris la nuit dernière, moins de fois que lui, mais j’étais certain qu’il en pâtirait moins que moi.
Je me souvins de son astuce en me dirigeant vers la salle de bain. Je me fis aussitôt couler un bain brûlant et sans plus attendre, je me plongeais dedans, savourant l’effet de la chaleur qui déjà déliait mes muscles endoloris.
Je me laissais aller à fermer les yeux, savourant le bien être que je ressentais.

Finalement, avoir parlé de Swan avec Adam m’avait fait beaucoup de bien, alors que je l’avais toujours craint.

- Je t’ai encore fait mal ? Me demanda soudain une petite voix qui me fit sursauter.
- Adam… Soufflais-je avec un petit sourire en l’apercevant à l’entrée de la salle de bain. Ne t’inquiète pas, je vais bien, ajoutais-je pour le rassurer. Et ton dos ? Lui demandais-je en me souvenant de la manière dont je l’avais griffé.
- Je vais garder quelques marques, dit-il avec un petit sourire. Ça me brûle encore un peu…
- Je suis désolé, soufflais-je alors qu’il enlevait son tee-shirt et son boxer devant moi.

Mes yeux le détaillèrent sans la moindre pudeur.

- Et tu n’as pas à l’être, dit-il en s’approchant de la baignoire pour m’y rejoindre.

Je me déplaçais aussitôt pour lui faire de place. Avant de rentrer, cependant, il me regarda avec un petit air espiègle.

- Si tu n’as pas mal, alors on va pouvoir remettre ça plus souvent !
- Serais-tu en train d’y prendre goût, soufflais-je alors qu’il glissait délicatement un premier pied dans l’eau chaude.
- Disons que je découvre que j’apprécie de te faire l’amour tout autant que lorsque c’est toi. Et avec ce que j’ai vu hier, je pense que je ne suis pas le seul, dit-il dans un petit rire en plongeant son corps entier dans l’eau, s’allongeant dos à moi, tout contre mon corps nu.

Mes bras virent aussitôt l’enlacer, le serrant contre moi, déposant un baiser dans son cou.

- Tu est obligé de la faire ? Cette maudite garde ?
- Si j’avais le choix Val, crois-moi, je resterais ici avec toi..

Ma main glissa de son bras jusqu’à son cou et là mon doigt effleura l’anneau avant de caresser son torse. Je sentis Adam frémir face à ses caresses alors que j’embrassais son épaule. Il ne me repoussait pas.

- On a encore un peu de temps… J’espère que tu n’as pas prévu de faire autre chose, soufflais-je.
- Val… Je vais arriver mort au travail… Murmura Adam, sans pour autant interrompre le trajet de mes mains qui descendaient bien plus au sud.
- Alors tu aurais du rester couché, soufflais-je amusé, loin de vouloir m’arrêter.
- Tu rigoles ! Dit-il en se retournant pour déposer un baiser sur mes lèvres. Je veux passer chaque minute avant cette garde avec toi.

Sans résister, j’attrapais sa nuque et l’attirais à moi pour ravir ses lèvres. Comme si nous n’en avions pas eu assez, comme si nous voulions rattraper ces deux années loin l’un de l’autre, nous fîmes l’amour une fois de plus, partageant l’intensité de notre amour, encore et encore…

***

J’étais dans le salon, en train de ranger les bougies et ce que j’avais préparé la veille pour Adam alors que celui-ci était en train de finir de se préparer. Il était presque en retard et pourtant, cela ne l’empêcha pas de courir jusqu’au salon. Il posa son sac et se rua vers moi. Là, il me vola un baiser si passionné et si farouche, qu’il me laissa pantelant.
Il ancra ensuite son regard dans le mien, sérieux.

- Attention Val ! Dit-il avec un air faussement sévère. Tu n’as plus jamais intérêt de te faire embrassé par un autre ! Ces lèvres ne sont que pour moi ! Insista-t-il en laissant libre cours à sa jalousie.
- Il y a bien plus que cela qui t’appartient, dis-je dans un sourire avant de ravir à mon tour ses lèvres.

Ce fut à contre-coeur que je le laissais partir… 48 heures, ce n’était rien par rapport aux deux ans où nous avions été séparés et, en plus, ce n’était pas du tout le même contexte. Et pourtant, alors qu’il s’éloignait de la maison, il me manquait déjà.
Heureusement, je devais à mon tour me rendre au travail. Ce soir, j’avais une répétition avec Mei. Cela m’occuperait et m’éviterait de penser constamment à lui…

***

Je fus incapable de résister. A ma pause de deux heures entre plusieurs cours, au milieu de l’après-midi, j’avais décidé de lui rendre visite. Même si cela ne serait qu’une brève entrevue, j’avais envie de lui faire cette surprise. Je me surprenais moi-même. Moi qui d’habitude n’exprimait pas beaucoup mes sentiments, je me retrouvais à dire à Adam très souvent que je l’aimais, j’étais doublement attentionné envers lui. Je lui avais préparé une soirée romantique comme je n’aurais jamais imaginé le faire… J’avais beaucoup changé, c’était indéniable. Et tout cela était du à l’amour que je ressentais pour lui. Cette nuit avait, me semblait-il, marqué un autre tournant dans notre relation. J’avais l’impression que ce qui nous unissait était encore plus fort. Adam et moi, c’était pour toujours… Comme il l’avait dit hier, comme il le disait si souvent des années auparavant…

Je ne tardais pas à le trouver au hasard dans un couloir. Un sourire illumina son visage lorsqu’il me vit et il vint à ma rencontre. Je le réceptionnais dans mes bras pour échanger un long baiser, ignorant les regards que les patients et employés de l’hôpital posaient sur nous. Nos lèvres se séparèrent uniquement lorsque l’air vint à nous manquer. Collant son front au mien, Adam souffla :

 

- Tu n’es pas censé être en train de donner des cours ?
- Un cours s’est annulé, dis-je dans un haussement d’épaule avant de déposer un autre baiser sur ses lèvres. Et j’avais assez de temps pouvoir venir te voir un peu. Soufflais-je avec un sourire.

Je m’écartais légèrement de lui.

- Tu as le temps pour un rapide café ?
- Tu as de la chance, il n’y a pas d’urgence pour le moment. Mais je ne peux rien te promettre.

Il alla prévenir les autres qu’il prenait sa pause et nous nous rendîmes à la cafétéria. Un sourire étira mes lèvres alors que je pouvais voir mon alliance qui dépassait de son uniforme, ne cherchant pas à la cacher.

Malheureusement, nous n’eûmes pas beaucoup de temps et Adam ne pus même pas finir son café. Son bipper sonna, une urgence arrivait. Il prit tout de même le temps de me voler un baiser et me remercia d’être venu le voir. Qu’il avait hâte d’être demain soir et que je ne devais réserver cette soirée que pour lui.

Même si cette entrevu avait été très brève, j’étais heureux de l’avoir fait. Je finis mon café tranquillement et décidais d’aller retrouver Gauthier. Je parcourus les couloirs à la recherche de son bureau où il se trouvait quand il n’opérait pas. Mais ce que je vis au détour d’un couloir me glaça le sang.

Liam, le premier petit ami d’Adam était à côté de mon amant, en train de parler avec lui, de le faire rire. Je fis aussitôt demi-tour, regrettant d’avoir vu ce que je venais de voir.
Un sentiment de jalousie que je ne connaissais pas, me saisit de plein fouet. Pourquoi Adam ne m’avait pas parlé de Liam. Pourquoi ne m’avait-il pas dit qu’ils travaillaient maintenant dans le même hôpital ?

N’ayant plus le cœur à aller voir Gauthier, je fis demi-tour et décidais de retourner à l’école de danse. Je devrais attendre jusqu’à demain soir pour avoir des explications et je trouvais déjà le temps long.

***

Ces 48 heures avaient été les plus difficiles de ma vie et j’avais du ronger mon frein pour ne pas appeler Adam. Nous avions juste échangé quelques sms, mais je ne voulais pas aborder ce sujet au téléphone. En réalité, je réalisais que j’avais peur… J’avais terriblement peur de le perdre. Je ne me pardonnais pas ce que j’avais fait à Adam, j’en étais incapable. Et malgré moi, je ne pouvais m’empêcher de penser que peut-être il aurait envie de refaire sa vie avec quelqu’un qui ne l’aurait jamais trahis comme je l’avais fait. J’avais très peu entendu parlé de Liam.

Est-ce qu’il le voyait tous les jours ? Depuis combien de temps ? Et surtout pourquoi ne m’avait-il pas mis au courant ?

Lorsque j’entendis enfin la porte d’entrée s’ouvrir, je ne me précipitais pas pour l’accueillir. Bien au contraire. Je restais accoudé à la fenêtre, fumant ma cigarette pour tenter de rester calme. Je ne connaissais pas ce nouveau sentiment et j’avais beaucoup de mal à gérer cette jalousie. Adam ne tarda pas à arriver et se dirigea vers moi avec un grand sourire, sans avoir pris le temps d’enlever sa veste. Ses traits étaient tirés, il semblait épuisé. Ravalant ma jalousie, j’acceptais son baiser mais sans la même intensité qu’à l’accoutumé. Mon attitude était assez froide, mais je n’arrivais pas à faire autrement. Adam sembla sentir que quelque chose n’allait pas, car il s’écarta légèrement, les sourcils froncés et me demanda :

- Quelque chose ne va pas Val ?
- Pourquoi tu ne m’as pas dit que tu travaillais avec Liam. Lâchais-je en tirant une nouvelle bouffée de cigarette.
- Ah, dit-il, semblant soulagé. Parce que je l’ai appris hier.
- Et tu n’as pas jugé bon de me le dire, répliquais-je.
- Val… Je n’ai pas eu une minute à moi pendant cette garde.
- Mais tu avais le temps de rigoler avec lui, répondis-je en écrasant ma cigarette pour aller m’asseoir sur le canapé.
Au lieu de répondre à ma colère, le visage d’Adam s’illumina d’un grand sourire.

- Val… Souffla-t-il. Ne serais-tu pas en train de me faire une crise de jalousie ?

Il s’approcha de moi et s’assit à cheval sur mes genoux. Il voulut m’embrasser, mais je le repoussais d’une main sur son torse, loin d’avoir terminé cette conversation.
- Il est arrivé seulement hier, soupira-t-il sentant qu’il devait me donner une explication. Il travail en radiologie alors on ne se verra presque jamais. Là, il venait juste chercher un patient.

Il fit une pause, gardant son petit sourire en coin. Cela lui plaisait-il à ce point que je sois jaloux ?

- Et puis hier, on a à peine eu le temps de se voir. Alors j’ai juste oublié de te prévenir.

Je continuais de le fixer sceptique, affichant une moue peu convaincue.

- Je ne vois pas pourquoi tu t’inquiètes. Il m’a seulement vu nu quelques fois, dit-il amusé.

Mais je n’étais pas prêt à plaisanter à ce sujet.

- Et tu crois que ça me rassure…

Je me relevais, forçant Adam à faire de même et prit la direction du jardin, attrapant au passage mon paquet de cigarette. J’étais nerveux, et je n’arrivais pas à me contrôler. J’avais pris la décision de m’éloigner pour ne pas qu’Adam me voit plus longtemps dans cet état.

Mais Adam était loin d’être décidé à me laisser seul et bientôt, alors que j’étais en train de fumer, il vint s’asseoir sur les marches à côté de moi.
Il semblait attendre que je dise quelque chose, ou que j’ai un geste vers lui. Mais je restais là, à côté de lui, les yeux perdus dans le vide, tentant de faire la part des choses.

- Val… Souffla-t-il après un temps. Même si j’aime te voir jaloux comme ça, tu n’as vraiment pas à l’être.

Je sentis sa main se poser sur mon épaule et j’osais alors croiser son regard.

- Tu sais, même quand je t’en voulais, je n’ai pas réussis à t’oublier alors ça ne va pas être maintenant que je vais le faire.

Mon regard se fit à nouveau fuyant et complètement perdu, alors que je lui répondais, loin d’être rassuré :

- Oui, mais… Même si ce n’est pas Liam… Peut être que… Peut être qu’un jour tu trouveras quelqu’un de mieux que moi… Quelqu’un qui ne t’a jamais trahis comme je l’ai fait, dis-je la voix douloureuse.

Adam ne sembla pas en supporter d’avantage. Il attrapa mon visage en coupe, entre ses deux mains tièdes, me forçant à le regarder droit dans les yeux. Il posa son front contre le mien.

- Tu es bête, murmura-t-il. Je n’arrête pas de te dire que je veux un enfant avec toi, que je veux me remarier avec toi… C’est moi qui ai voulu qu’on habite à nouveau ensemble et c’est encore moi qui t’ai couru après alors que tu étais avec William.

Ses lèvres effleurèrent les miennes en un baiser aérien qui me fit frisonner avant qu’il n’ajoute, ses yeux ancrés dans les miens :

- Je suis totalement et réellement amoureux de toi Val, et ça depuis le début… Depuis que je t’ai vu danser dans l’ancienne salle de danse, pour la première fois. Et je compte bien passer toute ma vie avec toi.

Le cœur battant, je ne tiens plus une seconde de plus et vint ravir ses lèvres. Adam avait raison. Je n’aurais jamais du me mettre dans cet état. Mais ce que j’avais commis resterait comme une marque indélébile dans notre couple. Ce baiser fut tout aussi langoureux qu’intense et nous laissa tous deux pantelants. Mais il restait une trace de douleur dans mon regard qui ne passa pas inaperçu aux yeux d’Adam. Comprenant à la seconde que j’étais en train de me perdre dans mes remords, il me dit avec sérieux :

- Val, je t’ai pardonné, et il serait temps que tu te pardonnes toi aussi…

Un léger sourire étira mes lèvres, touché par ses paroles. Je savais qu’il avait raison. Mais entre le comprendre et réellement le faire, il y avait un monde…

- Tu peux quand même rester un peu jaloux, souffla Adam avec un petit sourire pour détendre l’atmosphère, j’aime quand tu es comme ça. Mais ne t’avise plus de critiquer ma jalousie avec la scène que tu viens de me faire.
- On dirait qu’on inverse de plus en plus les rôles, dis-je en faisant allusion à nos dernières nuits d’amours. Tu es déjà un grand maître de la danse, il ne reste plus qu’à ce que je mette à la médecine, ajoutais-je en déposant un baiser papillon sur ses lèvres.

Adam rigola en se levant et en me tendant la main.

- Je ne sais pas comment t’irait l’uniforme d’infirmier…

J’attrapais sa main en riant à mon tour. Je devais oublier ce passé, je devais me tourner vers l’avenir, je devais croire en nous, comme le faisait Adam. Plus que jamais je devais avoir confiance en lui, en moi, en nous…

***

J’étais en train de finir mon cours, fatigué par une nuit trop courte, des répétitions le matin et une après-midi de cours.

Mon genoux protestait, il était enflé et je recommençais à boiter depuis quelques jours. Il était vrai que j’avais un peu trop forcé, mais Mei avait réussi à avoir plusieurs matinées de libre d’affilées et cela nous empêchait de le faire le soir. Le soir, en ce moment, Adam n’avait pas de garde et je pouvais profiter de lui. Cet emploi du temps aménagé pour notre couple l’avait touché plus que je ne l’aurais cru. Mais en voyant l’état de mon genou, il m’avait fait promettre d’aller voir un spécialiste à l’hôpital, l’un de ses collègues et de faire les examens nécessaires. Devant ma moue peu enjouée à cet idée, il avait dit qu’il m’accompagnerait pour être certain que je m’y rende.

A l’école, j’avais évité William, et lui semblait faire de même car nous ne nous étions jamais croisés. Pourtant, cette situation commençait à me peser. Et j’avais de moins en moins envie de donner cours. Dès que j’avais cinq minutes, je profitais plutôt du lieu pour m’entraîner, ou m’installais à un bureau pour établir les objectifs de ma compagnie. Je ne l’avais toujours pas présenté à mon père. Mais je voulais lui faire un exposé parfait et infaillible de mon projet. C’était ma propre condition de danseur amoindri sur laquelle je me basais pour la construire.

Alors que mes derniers étudiants sortaient de la salle, je rangeais de mon côté les CD et mes affaires.

- Je te trouve enfin ! S’exclama soudain une voix que je n’avais pas envie d’entendre.

Je me tournais vers Swan. Me retrouver avec lui, seul à seul, dans une salle de danse, ramena aussitôt de très mauvais souvenirs, comme le jour où Adam m’avait quitté. Mon regard se porta malgré moi sur la porte derrière lui. Que se passerait-il si Adam venait à entrer ? Et qu’est-ce qu’il faisait ici ? Je ne lui avais donné aucune nouvelle depuis ce fameux jour, et n’en ayant aucune de sa part, je croyais que le message avait été compris.

- Qu’est ce que tu fais là ? Dis-je, très mal à l’aise.
- Quel accueil ! Ça fait plus d’un an qu’on ne s’est pas vu et la première chose que tu me dis, c’est « qu’est ce que tu fais là ».

Je soupirais, passant une main sur mon visage.

- Swan, avec ce qui s’est passé, et mon couple avec Adam. Je sais très bien que tu as fait beaucoup pour moi avant, mais… On ne peut plus se voir.
- Stop ! Je t’arrête tout de suite, me dit Swan sans un sourire. Crois-moi, cette partie je l’avais comprise !

Il s’installa sur une chaise et pour ma part, je restais debout à une distance respectable, lui montrant que cet instant devait être bref.

- J’ai entendu que tu allais monter ta propre compagnie, enfin, des bruits de couloirs à ce sujet. Mais je venais m’en assurer directement. Je suis venu uniquement pour le travail.
- C’est effectivement d’actualité, mais je ne vois pas pourquoi ça t’intéresse.
- Je voulais savoir quand auront lieu les auditions. Et si elles ont déjà eues lieu, je voudrais savoir s’il y a toujours des places disponibles.
- Pourquoi ? Demandais-je les sourcils froncés, ayant peur de comprendre où il voulait en venir.
- Pour auditionner ! Valentin je viens en fait te proposer ma candidature, si tu l’acceptes.

Mon cœur se comprima. Swan était certes un excellent danseur et j’avais aimé dansé avec lui. Mais j’avais déjà ma réponse. Jamais je ne ferais la même erreur. Jamais je ne prendrais le risque de perdre Adam.

J’attrapais mon sac avant de le regarder droit dans les yeux.

- Je suis désolé Swan, mais je ne peux pas répondre favorablement à ta demande.
- Vous êtes au complet ? Dit-il en acceptant difficilement mon refus.

J’aurais pu lui mentir, en lui disant que oui, et j’aurais eu la paix. Mais je lui devais la vérité.

- Non, mais je ne peux pas Swan, dis-je en me dirigeant vers la porte
- A cause d’Adam ! S’exclama-t-il en haussant le ton. Tu as peur qu’il te plaque encore une fois parce que je travaille avec toi.

Je me tournais vers lui, le regardant méchamment après ce qu’il venait de dire, alors que j’étais au niveau de la sortie.

- Non Swan. A cause de ce que nous avons fait. A cause de notre passé. Ce n’est simplement pas possible. Et de toute façon, je n’ai pas à te donner plus d’explication qu’un simple « non ».

Je sortis sans un mot de plus, fébrile. Faire face à Swan, c’était faire face à mes vieux démons. Adam avait raison. J’étais encore loin d’être capable de me pardonner moi-même. La culpabilité, même des années après, continuait de me ronger de l’intérieur… Et je ne voyais pas d’issue à ce ressentit. J’avais besoin d’Adam. Et c’est vers lui que j’allais me réfugier…

 

Everything to prove – Chapitre 04

Après mon rendez-vous avec le directeur, j’étais allé directement dans le bureau de Jaeden. Je n’aimais pas la tournure qu’avait pris notre conversation. J’avais beau m’imaginer une vie plus détachée de Jaeden, une vie normale, je n’y arrivais pas. L’idée même de devoir faire face à ce monde, me liquéfiait.

Mon amant avait fini par me rejoindre et après avoir pris ses affaires, nous étions retournés dans la voiture. Plus le temps passait et plus mon regard se perdait dans le paysage, angoissant à la simple idée de devoir me détacher de lui et de réaliser que j’en étais tout simplement incapable. Sans Jaeden à l’extérieur, je n’aurais jamais voulu ne serait-ce que mettre un pied hors de cet établissement.

- Je sais que ce que tu dis à Paule est confidentiel… Souffla Jaeden en brisant le silence. Mais si tu veux qu’on en parle, je suis là.

Un petit rire s’échappa de mes lèvres et je calais ma tête sur le siège en le regardant. Comment pouvait-il me donner autant ?

- Tu fais déjà tellement pour moi… Tu n’as pas à devenir mon psy en plus de ça… Dis-je amusé.

Jaeden rigola légèrement et posa sa main sur ma cuisse.

- Je ne le ferais pas… Mais si tu veux me parler de ta séance, n’hésite pas…

Touché plus que jamais, je posais ma main sur la sienne et entrelaçais nos doigts. Je n’étais pas capable de lui en parler. Mon regard se posa à nouveau sur le paysage et je ne relançais pas la discussion. Sans cette main dans la mienne, comment pouvais-je appréhender ce monde ? Je n’avais pas encore assez de force pour faire ce pas tout seul…

***

Plusieurs jours s’étaient écoulés depuis cet entretien et je n’avais pas osé bouger de l’appartement autrement que pour aller aux rendez-vous avec  le directeur, accompagné par Jaeden. Savanah venait me voir de temps en temps et m’appelait presque tous les jours. Je sentais que Jaeden y était pour quelque chose, mais elle ne me proposa plus jamais de sortir.

Je dévorais tous les livres de Jaeden et appréciais de regarder des séries. Je redécouvrais aussi internet, découvrant de nombreux forums littéraires et osant échanger avec d’autres. Sur internet, je n’avais rien à prouver et personne ne savait ce qui se cachait derrière l’écran.
Internet me permettait aussi de commander des repas ou des courses livrées à domicile, m’évitant de sortir. Je faisais le ménage et rangeais l’appartement, et le reste du temps j’écrivais, reprenant un goût certain à le faire. Je m’étais installé au bureau de Jaeden qu’il m’avait laissé. Lorsqu’il rentrait pour travailler à l’appartement et rester avec moi, il s’installait dans la cuisine et j’avais beau lui dire qu’il pouvait récupérer son bureau de travail, il refusait et me poussait à continuer d’écrire sans être dérangé.

J’avais peu à peu fait ma place dans l’appartement, même si je n’avais pas beaucoup d’affaires. Mes parents et ma sœur avaient voulu m’appeler et c’était finalement par mail que nous échangions. Cependant, bien que plus à l’aise à l’écrit, j’avais beaucoup de mal le faire et à être naturel.

 

Même si j’étais sorti de l’établissement,  Ewen continuait de me hanter, et il m’arrivait parfois, au milieu de la nuit, de me réveiller en sursaut le cœur empli de terreur. Mais il suffisait que mon regard se pose sur Jaeden endormi à côté de moi, pour qu’un sourire étire mes lèvres.
Ma vie de couple avec Jaeden me portait le reste du temps sur un petit nuage. Je me sentais tellement bien avec lui que j’avais peur chaque soir, avant de m’endormir, de me réveiller le lendemain matin et de réaliser que tout ceci n’était qu’un rêve. Jaeden m’apportait tout ce que j’avais ardemment désiré pendant nos deux années de relations et que jamais cru balayées à jamais.

J’essayais de me lever en même temps que lui chaque matin, mais pour la première fois depuis que je vivais avec lui, je ne l’entendis pas partir. Ce fut le vibreur de mon téléphone qui me tira de mon sommeil et mes sourcils se froncèrent aussitôt en remarquant que Jaeden n’était plus là. J’attrapais mon téléphone et un sourire se dessina sur mes lèvres lorsque je vis le nom de mon amant.

 

« J’espère que tu vas bien, Émilie enchaîne son deuxième cours là. Aucun soucis. J. »

Émilie était une de ses nouvelles patientes, adolescente. Il ne m’avait donné que très peu de détails à son sujet, mais chaque fois qu’il parlait d’elle, je voyais cette lueur dans son regard qui en disait long sur ce qu’il ressentait à faire ce travail avec elle. La seule ombre au tableau était que Émilie étudiait au lycée où travaillait Hugo…

Une grimace étira mes lèvres à cette seule pensée et je me redressais. Je devais attendre avant de lui répondre, je devais oublier cette jalousie qui pourtant me rongeait déjà… J’allais prendre une douche, tentant de dénouais mes muscles courbaturés par nos ébats de la veille et ce fut à ce moment là que, partiellement calmé, je répondis innocemment :

« Tu aurais du me réveiller avant de partir ! Je ne t’ai même pas entendu… Tu penses rentrer tard ? I. »

 

Il ne tarda pas à me répondre.

« Ça c’est parce que tu as donné beaucoup de ton corps cette nuit… Comment est-ce que je suis censé travailler si tu m’épuises autant ? Je n’ai pas de rendez-vous, mais je vais rester au lycée, jusqu’à ce qu’Émilie me dise de rentrer du moins, J. »

Un sourire se dessina à nouveau sur mes lèvres à la simple pensée de ce que nous avions fait cette nuit.  Au vu de l’heure, je ne pris pas de petit déjeuner, me contentant d’un café. J’avais déjà repris un peu de poids depuis que je vivais chez Jaeden, mais j’avais encore beaucoup de marge avant de reprendre un poids de forme. Je finis par m’installer en face de l’ordinateur, et avant de me lancer dans l’écriture de mon histoire, j’allais voir si j’avais des messages sur plusieurs forums.

***

J’avais écris jusqu’à midi et demi, et je m’étais mis à la préparation du repas. Grâce à internet, j’avais pu retrouver certaines recettes et je ne pouvais nier que je prenais un certain plaisir à pouvoir cuisiner à nouveau et je ne rechignais jamais à le faire pour Jaeden. Prendre soin de son appartement et préparer les repas, c’était le moins que je puisse faire au vu de ma situation. Même avec son idée de prêt, j’avais toujours beaucoup de mal avec l’idée que Jaeden se chargeait de tout et plus le carnet se remplissait, plus je me demandais comment et si j’allais pouvoir un jour le rembourser. Ce n’était certainement en restant cloîtré ici que j’allais pouvoir le faire. Mais je n’envisageais déjà pas de sortir seul de l’appartement…

J’avais mis de la musique pour cuisiner, si bien que je n’entendis pas Jaeden rentrer alors que j’étais en train de massacrer une chanson pensant être seul. J’entendis Jaeden éclater de rire et je me tournais aussitôt vers lui surpris. Un large sourire étira mes lèvres, ne m’attendant pas à le voir aussi tôt.

  • Je croyais que tu rentrerais tard ? Fis-je, tout en continuant de remuer ma sauce.
  • Des amies sont venues discuter avec Émilie, et elle m’a demandé de la laisser, mais on doit se voir demain après ses cours, dit-il en dénouant sa cravate et en enlevant ses chaussures, tu fais quoi de bon ?
  • Des spaghetti bolognaise, ça te va ?

Jaeden acquiesça et parcouru la distance qui nous séparait ne tardant pas à m’enlacer par derrière. Une vague de bien-être m’envahit aussitôt alors que je sentis sa tête se plonger dans mon cou et ses lèvres se poser sur ma peau. Sans perdre de temps, je tournais la tête et nos lèvres se rejoignirent pour l’un de ces baisers si doux que je n’arrivais plus à m’en passer.

– Tu ne t’es pas trop ennuyé dans les couloirs ? Demandais-je en attrapant les pâtes pour les mettre dans l’eau.

- Non, j’étais avec Hugo.

Je me crispais aussitôt alors que ma jalousie revenait au galop. Je tournais la tête vers lui, surpris qu’il me le dise aussi simplement.

- Je t’avais dit qu’il travaillait là, dit-il apparemment amusé de ma réaction.

Un soupire s’échappa de mes lèvres et je détournais le regard, tentant de maîtriser ce sentiment nocif qui pulsait dans mes veines. Vivement, Jaeden retrouva mon cou pour m’embrasser de nouveau. Et, ne tenant plus, ne voulant pas ronger cette jalousie tout seul, je choisis d’avouer :

- Ça me dérange… Soufflais en tentant de rester de marbre face à ses attentions, que tu le revois…

Cette jalousie était renforcé par le fait même de mon état. Quand est-ce qu’il finirait par se lasser ? Je lui apportait beaucoup de plus de complications qu’autre chose et malgré tout ses mots d’amours, je ne pouvais m’empêcher de ressentir cette culpabilité.

- N’exagère pas, je ne l’ai vu qu’une fois, répondit-il dans un sourire.
- Non, quand j’étais à l’hôpital tu l’as vu… Et tu es même parti avec lui…

Je me rappelais encore de ce jour et de ce que j’avais ressenti. Ses yeux s’écarquillèrent en entendant cela.

- C’était le soir où il m’a parlé d’Émilie, je ne savais pas que tu nous regardais, je suis juste allé prendre un verre avec lui, et je lui ai dit que j’étais avec toi…

Je haussais les épaules, loin d’être convaincu et séduit par l’idée. Et comme avant, Jaeden était amusé de cette réaction.

- C’est juste un ami… Dit-il en déposant un baiser sur ma joue.
- Ça te ferait quoi si je revoyais mes ex ? Lui demandais-je dans une grimace.

Jaeden éclata alors de rire et resserra sa prise autour de ma taille.

- Étant donné que je suis ton seul ex, pas grand chose…

Je le fusillais du regard et il se mit à rire à nouveau. Et comme pour me faire perdre le fil de mes pensées, ses mains glissèrent sous mon tee-shirt, caressant ma peau. Ce simple contact suffit à faire monter mon désir en flèche, mais je me refusais à lui céder, tentant de faire comme si de rien était. Une de ses mains remonta le long de mon ventre et l’autre déboutonna un à un les boutons de mon jean. Je retins avec beaucoup de difficulté un frisson d’envie. Ses lèvres se retrouvèrent dans mon cou et je ne pu que frémir. Me sentant à deux doigts de céder, je choisis alors de le piéger à mon tour, sachant par expérience passé qu’il était aussi jaloux que moi, mais à sa manière.

- Tu te trompes… Soufflais-je, la voix légèrement tremblante. J’ai pas mal flirté avec un des patients lors de ma deuxième année là bas, finis-je en mentant sans la moindre honte.

Jaeden réagit au quart de tout, se stoppant net.

- Tu rigoles ? Demanda-t-il les yeux écarquillés.

Voulant le voir marcher encore un peu, je coupais le feu, me retournais et craquais en éclatant de rire. Mes mains passèrent alors autour dans son cou et vivement, je lui offris un nouveau baiser…

Jaeden oublia presque son malaise alors que mon corps se collait au sien. Mes doigts remontèrent le long de sa nuque avant de venir se poser sur son cuir chevelu. Mon cœur battait extrêmement vite, empli d’un amour infini pour cet homme. Les mains de Jaeden reprirent leurs places sur mes hanches et il me fit reculer jusqu’au plan de travail. Lorsqu’il me souleva pour m’asseoir dessus, je coupais le baiser, surpris.

- Quoi ici ? Non Jaeden, allons dans la chambre.
- On est très bien ici… Souffla-t-il dans un petit sourire charmeur qui me fit comprendre qu’on ne bougerait pas de la cuisine.

Ses doigts glissèrent sur mon pantalon et il défit mon dernier bouton avant de glisser sa main à l’intérieur. Et lorsqu’il sentit mon intimité tendue à travers mon boxer, un sourire s’élargit.

- Tu n’en as apparemment pas eu assez la nuit dernière… Dit-il en se rapprochant de moi.

Mes joues prirent instantanément une teinte rosée et je reposais mes mains sur sa nuque tandis qu’il ravisait mes lèvres pour un nouveau baiser. Un soupire de plaisir s’échappa d’entre elles alors qu’il commençait à me masser. Lorsque j’étais ainsi dans ses bras, Ewen et tout ce qu’il m’avait fait subir n’avait plus sa place. J’avais une telle confiance en Jaeden que je ne craignais pas le moindre de ses gestes envers moi. J’étais à lui, tout comme il était à moi. Après quelques minutes, alors que j’avais de plus en plus de mal à tenir le baiser, Jaeden s’abaissa. Je me soulevais légèrement pour l’aider à m’enlever mon boxer et mon jean. Je fus incapable de retenir un gémissement lorsque sa langue passa enfin sur mon sexe dressé.

Je ne cherchais plus à me retenir comme nous avions du le faire les toutes premières fois. Nous étions dans son appartement, et ce chez nous où je me sentais chaque jour un peu plus à l’aise et à ma place. L’excitation semblait trahir Jaeden car ne tenant plus, il me prit enfin en bouche et je m’abandonnais totalement. Ma main sur sa tête se crispa et je balançais la tête en arrière, face à l’intensité du plaisir ressentir.

- Jaeden… Dis-je dans un souffle.

Ce simple mot fit frissonner mon vis à vis. Ses mains remontèrent le long de mes cuisses pour atterrir sur mes fesses et d’un mouvement brusque, il m’attira un peu plus à lui, gardant mon sexe toujours entre ses lèvres. Cette position me fit glisser et je dus poser ma main derrière moi pour ne pas me cogner. Je ne pus retenir un gémissement de frustration alors qu’il lâchait mon intimité pour humidifier deux de ses doigts, mais il ne tarda heureusement pas à me reprendre. Et lorsqu’un doit me pénétra, j’écartais un peu plus les jambes pour lui laisser le champ libre.

Aucune douleur ne fit son apparition, et c’était sans doute parce que depuis un mois, nous rattrapions le temps perdu. Et lorsqu’il me pénétra d’un deuxième, je ne tins plus et j’éjaculais dans sa bouche dans un cri rauque, dévasté par une vague de plaisir.

Haletant, le corps transpirant, je gardais les yeux fermés, savourant le plaisir qu’il m’apportait à chaque fois. Mais Jaeden ne tint plus et vivement, il se releva pour attraper mes lèvres dans un baiser fougueux qui me fit redescendre sur terre. Sous son mouvement, plusieurs objets tombèrent au sol, mais il s’en fichait éperdument. Son excitation me contamina à la seconde, et lorsqu’il coupa le baiser pour reprendre son souffle, il me découvrit dans le même état que lui.

Brusquement, je me redressais et mes mains se posèrent sur sa chemise que je tentais d’ouvrir maladroitement. Un grognement de mécontentement s’échappa de mes lèvres alors que je n’y parvenais pas. Et dans le feu de l’action, sans réaliser ce que je faisais, je déchirais sa chemise, les boutons tombant sur le sol. Surpris par mon audace, Jaeden croisa mon regard tout aussi étonné que lui. Un fou rire nous pris avant de nous retrouver dans un baiser tout aussi ardent. Mes mains glissèrent alors sur son pantalon que j’ouvris avant de placer mes mains sous son boxer et d’enlever ses vêtements.

Je n’étais plus le même. Je n’étais plus l’Ilian timide, n’osant pas faire la moindre chose avec lui. Avec Jaeden, je me sentais libre… Et cette sensation n’avait pas de prix. Mes jambes s’enroulèrent autour de ses hanches et d’un habile coup de rein, il me rapprocha de lui avant de me pénétrer. Une grimace étira mes lèvres et l’une de mes mains se serra sur le plan de travail alors que l’autre agrippait son épaule. Je connaissais cette douleur mieux que personne, mais Jaeden m’avait appris à la réapprivoiser. Ses lèvres se posèrent dans mon cou tandis que ses mains remontaient le long de mes flancs, sous mon tee-shirt que nous n’avions même pas pris le temps d’enlever. Plusieurs secondes passèrent et lorsque je me sentis prêt, je murmurais un « bouge » qui fit perdre la tête à mon amant.

 

Sa tête plongea dans mon cou et il commença à me donner des coups de butoir qui me firent d’abord gémir de douleur. Mais bientôt, le plaisir chassa cette souffrance, et mon corps s’arqua d’extase à chacun de ses coups de reins, le faisant redoubler d’effort. Ce fut bientôt des cris qui s’échappèrent de ma gorge et mes yeux se fermèrent totalement enivré tandis que des gémissement rauques à la limite du grognement s’échappaient de ses lèvres.

La main qui me soutenait glissait sous ses déhanchés, faisant tomber encore plus de chose, mais tout ce qui n’était pas nous ne nous importait plus. Nos lèvres se retrouvèrent enfin, étouffant mes gémissements pour mieux les libérer lorsque l’air venait à nous manquer. Et lorsque l’orgasme se déversa sur nous, ce fut deux gémissements à la limite du cri qui se firent écho alors que nous nous libérions.

Épuisé, ma main fut incapable de tenir plus longtemps mon poids et je tombais à la renverse, me cognant la tête contre le mur.

- Aie ! M’écriais-je en posant immédiatement ma main dessus face à la douleur vive.

Jaeden éclata de rire et posa son front sur mon ventre, tentant de reprendre une certain contenance. Plusieurs minutes défilèrent et nous finîmes par nous relever. Je me rhabillais et commençais à tout ranger tandis qu’il allait se changer et jeter sa chemise en lambeau.
Lorsqu’il revint dans la cuisine, j’étais en train de nous servir à manger,  engourdis par la passion qui s’était abattue une fois de plus sur nous.

- Dis… C’est vrai ? Souffla Jaeden en se tournant, faisant mine de chercher quelque chose dans sa sacoche. Enfin, c’est vrai que tu as eu un flirt ?

Je ne pus que rire et sans attendre, je m’approchais de lui et posais ma main dans son dos. J’aimais le voir jaloux. Il se retourna pour me découvrir à quelques centimètres de lui, un sourire rayonnant accroché à mes lèvres.

- Même si c’était vrai… Soufflais-je amusé. Jamais ça n’aurait été aussi passionné qu’avec toi…

Un sourire presque niais et fier étira ses lèvres et je l’embrassais chastement, ravi de sa réaction…

***

 

Plusieurs jours s’étaient écoulés et Jaeden continuait son travail avec Émilie. Il m’avait expliqué avec une étincelle si particulière dans le regard qu’il comptait se spécialiser dans les problèmes d’adolescent. Paul l’encourageait en ce sens et bien qu’il continue de travailler dans son établissement, il organisait maintenant des conférences au lycée où travaillait Hugo.

Et c’était bien le problème. Il passait énormément de temps là bas, et la simple idée qu’il puisse être avec Hugo me faisait mourir de jalousie. Je tentais de ne pas trop le montrer à Jaeden, mais je ne pouvais m’empêcher de l’assaillir de question lorsqu’il rentrait chez nous, cherchant à savoir s’il avait passé du temps avec lui. Il avait une vie professionnelle bien remplie, et la mienne ne tournait qu’autour de lui…

De mon côté, je ne sortais toujours que lorsque cela était nécessaire et cela se résumait à mes entretiens avec le directeur. Le reste du temps, je restais confiné dans l’appartement, et plus le temps passer, plus les jours défilaient, plus je me demandais dans combien de temps Jaeden réaliserait qu’Hugo, un homme sans tout les problèmes que j’avais était mieux pour lui.

Ce fut très certainement ce qui me poussa à tourner autour de Jaeden ce jour-là, pensant le pour et le contre à la simple idée de sortir d’ici avec lui. Ce jour là, il était rentré dans l’après-midi, ayant oublié des dossiers ici. Cependant, semblant sentir que je n’avais pas particulièrement envie d’être seul, il avait décidé de travailler dans la cuisine, sur la table à manger.

J’étais effrayé à l’idée de sortir seul, mais je savais, que malgré ce que cela me coûtait, sortir avec Jaeden n’était pas du tout la même chose. Tant qu’il restait à mes côtés, je me sentais protégé et prêt à affronter ne serait-ce qu’un peu, le monde extérieur. Pour lui, pour tout ce qu’il sacrifiait pour moi, je devais aller de l’avant et surtout ne pas laisser la moindre ouverture à cet homme que je détestais.

Ce devait être la quatrième fois que je passais près de lui, sans oser le déranger et lui demander de sortir. Mais cette fois-ci, il releva la tête pour croiser mon regard, et je rougis aussitôt.

- Tu ne voudrais pas faire une pause ? Lui demandais-je en haussant les épaules, ne pouvant plus faire marche arrière.

Un léger rire s’échappa de ses lèvres et il attrapa  ma main pour me faire venir vers lui. Sans attendre, je m’installais sur ses genoux et mes mains se posèrent sur sa nuque. Mon nez se frotta contre le sien avant que nos lèvres se retrouvent dans un baiser. Un baiser que je rendis tout de suite plus intense, sans même en avoir conscience.

- Faire une pause où ne plus travailler du tout ? Demanda-t-il dans un sourire amusé.

J’éclatais de rire, mais bien vite, je repris mon petit air timide, décidant de me lancer.

- Je me disais qu’on aurait pu… Aller faire un tour… Soufflais-je en haussant les épaules.
- Un tour ? Demanda Jaeden sans cacher sa surprise.

J’avais refusé de sortir depuis un mois et demi… Je pouvais comprendre que cela l’étonnait…

- Il fait beau dehors et… Enfin, tu travailles beaucoup en ce moment, alors peut-être que…

Alors qu’il allait me répondre, son portable se mit à sonner. Une grimace étira ses lèvres et il attrapa son téléphone. Penaud, je me levais pour le laisser regarder son sms, et j’allais me caler contre le plan de travail.

- Kain fait une soirée ce soir, dit-il en lisant son sms.

Mais il secoua la tête et se leva.

- Je vais lui dire non, tu veux aller où ? Au parc, il faut beau… Ou à la librairie ? Demanda-t-il en mettant déjà ses chaussures.
- Ou… On pourrait y aller…

Jaeden se figea aussitôt pour finir par se retourner et me regarder, surpris. Je ne supportais plus de le priver complètement d’une vie sociale. Jaeden passait tout son temps libre avec moi, enfermé dans la maison. Et bien que l’idée d’une soirée me terrifiait, je n’avais qu’à penser à Hugo pour retrouver toute ma détermination.

- Tu veux y aller ? Demanda-t-il étonné.
- Et toi ?
- Non, enfin pas si tu n’en pas envie. On peut aller au cinéma, ou au restaurant, dit-il en haussant les épaules. A cette soirée, il y aura sûrement du monde et…
- Il y aura tes amis ? Le coupais-je en me redressant.
- Oui, mais je pourrais…
- Alors on y va, répondis-je, ne voulant pas laisser ma détermination me filer entre les doigts.

Je sortis de la cuisine pour aller dans la chambre, ne voulant surtout pas réfléchir à la décision que je venais de prendre. Arrivé dans la chambre, je cherchais dans l’armoire de quoi m’habiller, et Jaeden ne tarda pas à me rejoindre.

- Ilian, souffla-t-il en entrant. Tu n’as pas besoin de faire ça, enfin pas si tu ne le veux pas.
- Mais j’ai envie te connaître tes amis, dis-je en croisant son regard. Je.. Je veux faire partie de ta vie, avouais-je.
- Idiot, tu fais déjà partie de ma vie, répliqua-t-il en s’asseyant sur le lit.
- Ça fait plus d’un mois que tu ne les as pas vu, je… Je me cache et du coup, je te cache aussi… Soufflais-je douloureusement.
- Ilian…

Je lui tournais le dos, et commençais à fouiller dans mon armoire pour dénicher une tenue.

- Ils ne savent pas que je suis là… Enfin, ils ne me connaissent pas, dis-je d’une petite voix, jouant la carte de la franchise. Le dernier que tu leur as présenté, c’était Hugo.

J’entendis brusquement Jaeden éclater de rire et je me retournais pour le fusiller du regard.

- Si je comprends bien, tu veux marquer ton territoire… Dit-il en secouant la tête.

Pour toute réponse, je lui balançais un pull qui ne fit que lui donner raison. Il s’allongea sur le lit, mort de rire mais heureux… Je savais déjà que cette soirée lui ferait beaucoup de bien, et à voir l’expression de bonheur qui ornait son visage, je ne regrettais pas mon choix, même s’il était poussé par la jalousie.

Pour me faire ma place dans ce monde, je savais qu’il allait me falloir du temps, mais je ne pouvais pas avancé en restant cloîtré ici… Bien que la simple idée de mettre un pied dehors me serrait la gorge… Je devais aller de l’avant.

***

La soirée battait déjà son plein, si bien que la musique se faisait entendre du hall de l’immeuble. Nous entrâmes dans l’ascenseur et le stress que je ressentais monta en flèche. Qu’est-ce qui m’avait pris de vouloir aller à cette fête ? Mais alors que je voulais faire marche arrière, je sentis Jaeden attraper ma main pour entrelacer nos doigts. Ne tenant plus, je vins vers lui et le prit dans mes bras, tentant d’y puiser la forcer d’affronter toutes ces nouvelles personnes. Sans attendre, il me serra contre lui avant d’embrasser ma joue.

- Si tu sens que ça ne va pas, souffla-t-il doucement, tu me le dis, et on rentre.
- Je sais, répondis-je d’une petite voix, la gorge trop serrée pour parler.
- Je t’aime Ilian.

Je ne me lassais pas d’entre ces quelques mots avec lesquels il avait été si avare par le passé. J’ancrais mon regard dans le sien et un petit sourire étira mes lèvres avant de lui murmurer la même chose et de l’embrasser. C’est ainsi que Savanah nous découvrit lorsque les portes de l’ascenseur s’ouvrirent.

- C’est pas possible, vous ne décollez vraiment pas ! Dit-elle, ses deux mains dans son dos pour la soutenir.

Un rire s’échappa de nos lèvres et nous sortîmes pour l’embrasser.

- C’est pour expulser mon neveu plus rapidement que tu as organisé cette soirée ? Fit-il en se rapprochant de la porte d’entrée de leur appartement.
- En partie oui… Et aussi parce que ta mère est passé en début d’après-midi… Il fallait quelque chose pour nous déstresser.

Une grimace étira aussitôt les lèvres de Jaeden. Je savais d’expérience que leurs relations de familles étaient complexes.

- Comment ça se fait que tu es dans le couloir ? Demandais-je en regardant autour de moi.
- Je vous ai vu arriver de la terrasse alors je suis venue à votre rencontre.

Elle prit mes bras entre le sien et un petit sourire étira mes lèvres. Durant ce mois, nous étions devenus de très bons amis, et j’étais heureux que la fête se passe chez elle.

- Et puis je voulais te dire que je suis contente que tu sois là, j’ai cru que Kain se moquait de moi quand Jaeden lui a répondu.
- Il ne vient pas pour toi, mais pour monter à tout le monde que je sors avec lui ! S’écria Jaeden dans un sourire moqueur.

Je le poussais gêné comme jamais, le regard noir et Savanah éclata de rire.

- Je comprends mieux alors…

Elle ouvrit la porte et Jaeden resta près de moi alors que mon cœur entamait un rythme endiablé. Lorsque nous entrâmes, toutes les têtes se tournèrent vers nous et je me crispais aussitôt, appréhendant les moindres faits et gestes de chacun.

- Quoi ? Je vous ai manqué à ce point ? Lança Jaeden cherchant sûrement à détourner leur attention.

Ses amis rigolèrent et finirent par reprendre leurs discussions tandis que nous enlevions nos vestes et nos pulls au vu de la chaleur qui régnait dans l’appartement. Pendant plusieurs minutes, nous fîmes le tour de l’appartement et il me présentait à tout le monde. Nous avions décidé avec Jaeden de dire que pendant quatre ans, j’étais parti vivre en Australie, travaillant un peu partout avant de revenir ici pour chercher du travail. Et c’est ce que je répondais à chacune des personnes qui me posaient la question.

Durant quatre ans, je m’étais construis une toute autre personnalité, et je découvrais que j’arrivais à me cacher derrière ce mensonge avec une facilité déconcertante.

Aucun d’eux ne savaient réellement ce que j’avais vécu, et je n’avais pas à subir ce regard qui m’effrayait tant. Et je m’en sortais plutôt bien. Restant naturel, je répondais aux questions sans broncher. Plus le temps passait, et plus je me sentais à l’aise.

Mais Kain ne tarda pas à venir voir son frère et lorsqu’il lui demanda de le suivre, Jaeden me souffla :

- Je vais avec Kain, tu…
- Il reste avec moi ! S’écria Savanah en me tirant vers elle, arrête de le scotcher.

Amusé, Jaeden leva les mains en l’air comme pris en faute et échangea un regard complice avec moi avant de suivre son frère. J’eus à peine le temps de voir Jaeden disparaître dans le couloir que Savanah me tira le bras :

- Suis-moi Ilian, je vais avoir besoin de ton aide dans la cuisine.

J’acquiesçais et la suivis sans broncher, trop heureux de m’éloigner un petit peu de tout ce monde qui occupait le salon. Même si je tentais de ne rien laisser paraître, j’étais loin d’être à l’aise avec toutes ces personnes que je ne connaissais pas. J’étais déjà timide de nature, mais cela faisait plus de cinq ans que j’avais été coupé du monde, de ce monde où Jaeden vivait. Et même si je voulais tout faire pour l’y rejoindre, de nombreuses barrières se dressaient devant moi…

Arrivés dans la cuisine, elle me tendit une bouteille de champagne et me demanda de l’ouvrir. Et alors que je m’exécutais toujours silencieux, j’entendis Savanah me dire d’une petite voix :

- Je suis contente que tu sois là Ilian.

Je redressais la tête, croisant son regard et un petit sourire sincère étira ses lèvres.

- Et pour tout te dire, je n’ai jamais vu Jaeden avec un sourire aussi rayonnant que depuis qu’il vit avec toi.

Elle fit une pause et ajouta tout en mettant les coupes à remplir sur la table.

- Est-ce qu’il était comme ça avec toi avant ?

Une grimace étira mes lèvres alors que je répondais :

- Pas vraiment. Il était plutôt tout le contraire…
- J’ai du mal à l’imaginer, dit-elle amusé.
- Et pourtant…
- Le principal c’est que tout aille bien pour vous maintenant. Dit-elle en se voulant enjouée, sentant que le sujet pouvait très rapidement dévier sur ce que je n’avais pas du tout envie d’aborder.

Je pris soin de remplir les coupes et Savanah sortit plusieurs plateaux garnis de nourriture. Elle mis les coupes remplies sur un plateau.

- Tu veux bien aller les servir ? Me demanda-t-elle une fois que la bouteille était vide.

Je répondis positivement et pris avec beaucoup de précaution le plateau. Lorsque j’entrais dans le salon, tout le monde était plongé dans leurs discussions, et je déambulais entre eux, ne parvenant pas trouver ma place. Je m’arrêtais vers le premier groupe, et leur tendis le plateau. Chacun se servit. Je continuais mon petit manège jusqu’à ce qu’il ne reste plus qu’une seule coupe sur le plateau et je le tendis à une femme, qui devait avoir à peu près le même âge que moi. Mais alors que je lui tendais le dernier verre, son regard s’arrêta sur mon poignet gauche. Il ne me fallut pas longtemps pour comprendre ce qu’elle venait de voir et mon estomac se comprima douloureusement.

A l’hôpital, personne ne s’en préoccupait vraiment, car j’étais loin d’être le seul. Jaeden connaissait cette cicatrice mieux que personne et Savanah et Kain, étant au courant, n’avaient jamais émis le moindre commentaire là dessus.

Mais le regard de cette femme ne quittait pas mon poignet et lorsqu’elle le redressa pour croiser le mien, j’y vis toute la foule de question qu’elle se posait à mon sujet. Je fis la seule chose que je savais faire, je pris la fuite pour rejoindre Savanah dans la cuisine, occupée à présenter un plateau de petit fours.

- Ça va Ilian ? Me demanda-t-elle lorsqu’elle me vit à côté elle.
- Je… Oui… Qu’est-ce que je peux faire d’autre ? Tentant de faire taire en moi cette envie de quitter maintenant cet appartement.
- Il y a juste ça à mettre sur la table. Après, je te laisse tranquille, dit-elle amusée.

J’attrapais le plateau sans un mot, et lorsque j’entrais à nouveau dans le salon, je vis la femme qui avait découvert ma cicatrice, chuchoter quelque chose à son voisin qui me regarda à son tour. Ne tenant plus, je me débarrassais des petits fours, et j’allais récupérer mon pull. Il fallait que je cache cette cicatrice, mais il était déjà trop tard.

***

Jaeden n’était toujours pas revenu et j’avais de plus en plus de mal à gérer cette situation. Je tentais au mieux de participer à une discussion et faire comme si de rien n’était, mais je pu entendre plusieurs fois mon nom dans d’autres discussion et certains regards qui fixaient mon poignet recouvert par la manche de mon pull.

J’avais de plus en plus chaud, mais je préférais mille fois cette chaleur à exposer aux yeux de tous, cette cicatrice. Comment avais-je pu l’oublier ? J’avais l’impression de devenir un animal de proie, craignant le moindre regard, le moindre commentaire, la moindre question à ce sujet.

Je ne vis pas Jaeden arriver vers moi et lorsque je sentis une main se poser sur le bas de mon dos, je sursautais aussitôt à ce contact.

- Tu veux rentrer ? Me demanda-t-il en croisant mon regard.
- Non, je… Ça va, mentis-je dans une grimace.

Jaeden était heureux d’être ici et il n’avait même pas pu encore vraiment discuter avec ses amis. Et je ne voulais pas baisser les bras, je ne voulais pas partir. Je voulais qu’il profite de cette soirée. Rassemblant toutes mes forces, je tentais de rentrer à nouveau dans la discussion, voulant lui prouver que ça allait et qu’il n’avait pas à s’inquiéter. Mais Jaeden n’était pas prêt à en rester là.

- Enlève au moins ton pull, dit-il en me forçant à me tourner vers lui. Tu vas faire un malaise tout à l’heure.

Sans prévenir, il passa ses mains sur le bas de mon pull et bien malgré moi, je vécu ce geste comme une agression. J’étais trop mal dans ma peau pour réaliser que c’était simplement Jaeden. J’eus aussitôt un mouvement recul que je regrettais à la seconde, faisant tomber le range CD près de moi. Immédiatement, tous les regards se posèrent sur moi et je me crispais à la seconde. Alors que je sentais les prémisses d’une crise de panique, je leur tournais le dos sans attendre pour sortir sur la terrasse. Une fois dehors, je tentais d’inspirer l’air frais pour faire taire cette peur sourde qui remontait en moi. Je me haïssais. Je haïssais Ewen de m’avoir rendu ainsi. J’avais eu peur du contact des mains de Jaeden sur moi, alors qu’il était le seul qui avait toute ma confiance. Je me détestais de ne pas être capable de faire face aux autres, à ces gens que je ne connaissais pas.

Je les enviais. Je les enviais d’avoir cette vie paisible à laquelle Ewen m’avait arraché. Je croyais être capable de rester à cette soirée, je croyais être capable un jour de me débrouiller à nouveau dans ce monde, mais le simple regard de cette jeune femme avait suffit à balayer toute mon assurance et à me faire replonger.

Jaeden ne tarda pas à me rejoindre, alors que j’étais accoudé à la barrière, le regard perdu dans le vague. Doucement, il vint près de moi, laissant nos bras se frôler. Mon cœur se serra. Comment avais-je pu réagir ainsi à un simple contact quelques minutes plus tôt.

- Laisse-moi deviner, tu tuerais pour une cigarette ?

Mais je n’avais pas envie de rire. Les larmes me montèrent aussitôt aux yeux et vivement, Jaeden me prit dans ses bras.

- Hey, ça va… On va rentrer, souffla-t-il en calant sa tête dans mon cou.
- Non, ce n’est pas ça, je…

Un sanglot m’empêcha d’en dire plus et pendant quelques minutes, Jaeden resta silencieux, tentant de me réconforter. Son étreinte apaisa aussitôt en moi cette panique que j’avais eu beaucoup de mal à maîtriser.

- Excuse-moi, finit-il par dire. Je t’ai promis de ne pas te laisser seul et…
- Non, ce n’est pas toi… M’écriais-je en m’éloignant aussitôt.
- Alors qu’est-ce qu’il y a ? Quelqu’un a dit quelque chose ?
- Non…

Ses sourcils se froncèrent, tentant de comprendre ce qui avait pu se passer. Mais ma gorge était trop nouée pour arriver à lui parler. Honteux, je passais ma main dans mes cheveux, tentant de rassembler mon courage. Je soulevais alors la manche de mon pull pour lui monter ma cicatrice encore rosie.

- Plusieurs de tes amis l’ont vus… Soufflais-je d’une petite voix. Ils vont se poser des questions et…

Une nouvelle fois, un sanglot me secoua et je me trouvais à nouveau dans les bras de Jaeden. Me détâcher de lui. C’était tout simplement impossible. J’avais besoin de lui, sans lui, j’étais complètement perdu…

- Tu sais quoi ? Dit-il en passant sa main dans mon dos, on s’en fiche… Ils n’ont qu’à se poser toutes les questions du monde, ni toi, ni moi, ni Kain ou Savannah ne leur donneront de réponses. Et je peux te garantir que si tôt cette soirée terminée, ils ne parleront pas de cette cicatrice, mais plutôt du fait que je suis totalement raide dingue de toi…

Je me surpris à esquisser un sourire alors que je me remettais droit. Comment faisait-il pour me faire passer d’un état minable à un état bien plus léger, qui me permettait même de sourire.

- Je peux te le jurer, j’ai déjà trois personnes qui m’ont dit que j’avais l’air bien amouraché… D’ailleurs on ne me le dit pas sur toi… Je devrais m’inquiéter ?
- Tu es bête… Soufflais-je amusé et touché.

Jaeden rigola légèrement et porta sa main sur son poignet, enlevant la montre que son père lui avait offert pour son admission en école de médecine.

- En attendant, tu vas porter ça… Dit-il en attrapant mon bras pour me la mettre.
- Jaeden, je… Je ne peux pas… Dis-je en sachant la valeur que cette montre avait à ses yeux.
- Je te la prête, le temps d’en trouver une pour toi, fit-il dans un sourire.

Une fois qu’elle fut bien en place, masquant ma cicatrice, un élan d’amour pour cette homme m’envahis et je passais mes deux bras autour de son cou. Et alors que mon cœur battait à un rythme endiablé, je m’approchais de lui.

- Je t’aime Jaeden… Soufflais-je en collant mon front contre le sien. Si tu savais comme je t’aime…

***

 

Cela devait faire une petite heure que nous avions finis par rejoindre les autres. Tout comme Jaeden, je ne touchais pas à un seul verre d’alcool, mais ce n’était pas pour les mêmes raisons. Je ne me sentais pas assez à l’aise pour me laisser aller à ce point, et malgré le fait que l’incident sur mon poignet semblait avoir été complètement oublié, j’étais fatigué et perdu.

Mais voir Jaeden rire avec ses amis m’empêchait de lui demander de rentrer. J’aimais le voir ainsi et je ne voulais pas l’en priver. Il ne s’éloignait cependant jamais vraiment de moi, et si cela devait se produire, je sentais son regard protecteur posé sur moi. Sans lui, jamais je n’aurais été capable de me tenir dans cette pièce, au milieu de tous ces inconnus. Je lui devais énormément, et je commençais à me demander sérieusement, comment je pourrais le remercier un jour…

Savannah était aux anges et bien entourée de ses amis, et c’est avec un regard attendrit, que je vis Kain venir s’installer à côté d’elle sur le canapé et l’enlacer. Le Kain que je connaissais d’avant était maintenant méconnaissable, et j’avais toujours du mal à l’imaginer père.

Jaeden semblait totalement prit dans une conversation et cherchant un peu de répit, je m’éloignais discrètement pour aller sur le balcon que je pensais vide. Mais je sursautais en reconnaissant Julie, celle  qui avait vu ma cicatrice et que j’avais évité consciencieusement jusqu’à présent. Elle remarqua aussitôt ma présence et bien que l’envie était pressante, je m’empêchais de faire marche arrière. Déglutissant et rassemblant le peu de courage qui me restait, j’allais à côté d’elle alors qu’elle me faisait un petit sourire auquel je répondis timidement.

Je laissais mon regard se poser sur la ville où l’ont pouvait encore voir quelques passants circuler. J’avais aujourd’hui encore beaucoup de mal à réaliser la tournure que prenait la vie que je menais. Pendant quatre années, enfermé dans cet hôpital, j’avais cru ne jamais en sortir, j’avais vécu avec cette idée sans jamais imaginer une autre possibilité.

Je fus brusquement tiré de mes pensées par une petite voix à côté de moi :

- Tu veux une cigarette ?

Je tournais aussitôt la tête vers elle pour voir qu’elle me tendait son paquet ouvert dont une cigarette était déjà à moitié sortie. Je ne ressentais plus l’envie physique d’en consommer, mais c’était tout autre chose pour l’état psychologique. Le stress emmagasiné toute la soirée me fit céder et sans peser plus longtemps le pour et le contre j’attrapais celle qu’elle me tendais en soufflant un remerciement. Elle fit de même et me tendit le briquet après s’être allumer la sienne.

Dès la première bouffée, l’effet fut immédiat. Je ne me rappelais plus quelle était la dernière cigarette que j’avais fumée, et après plusieurs fois, ma tête tourna légèrement. C’était comme si je ne m’étais jamais arrêté et je savourais comme jamais cette maudite cigarette.
Si je ne tentais pas d’entamer une conversation avec Julie, celle-ci ne faisait pas non plus d’effort de son côté. Et je ne me sentais pas la force de faire un pas vers elle. Je me mis presque à regretté d’avoir accepter cette cigarette et de me retrouver coincé avec elle, mal à l’aise de ce silence qui durait.

 

Son regard se posa plusieurs fois sur la montre de Jaeden, et je commençais à prendre peur. Qu’allais-je faire si elle abordait le sujet ? Et alors qu’elle prenait une inspiration pour se lancer, quelqu’un d’autre vint sur le balcon, et ce n’était autre que Jaeden.

Ses sourcils se froncèrent aussitôt lorsqu’il remarqua la cigarette presque terminée que je tenais dans ma main droite, mais il ne fit aucun commentaire. En un rien de temps il fut contre moi et je savourais ce contact protecteur. Je vis Julie échanger un regard avec Jaeden. Elle lui adressa un petit sourire avant de nous laisser seuls.
Dans mon dos, je ne pouvais pas le voir, mais au creux de ses bras, toutes les tensions accumulées disparurent bien plus vite qu’avec l’aide de cette cigarette. Un frisson me saisit alors que ses lèvres se déposaient dans ma nuque.

- Tu sais, tu n’étais pas obligé de fumer une cigarette… Tu pouvais me dire simplement que tu avais envie de moi et que tu voulais rentrer.

Je me figeais aussitôt, retrouvant ma timidité et mon malaise.

- Je n’ai pas envie de rentrer… Bredouillais-je avec quelques difficultés.
- Menteur… Souffla-t-il amusé, avant de s’écarter de moi et de venir s’accouder à la rambarde à côté de moi.

Sentant son regard posé sur moi, je tirais une dernière fois sur ma cigarette avant de l’écraser.

- On rentre ? Souffla-t-il.
- Mais la soirée n’est pas encore terminée, soufflais-je en osant croiser son regard. Et tes amis, tu…

- Ne t’inquiète pas pour ça Ilian… Je suis fatigué de toute façon, et j’ai envie de rentrer.

J’ancrais mon regard dans le sien, tentant de chercher une faille. Je savais très bien qu’il ne disait pas toute la vérité, et qu’il savait que j’en avais envie sans oser le dire. Et je n’eus pas la force de résister. Lentement, je m’approchais de lui avant de poser mes lèvres sur les siennes, le remerciant silencieusement à ma manière de ce qu’il m’apportait chaque jour…

***

Cela faisait plusieurs jours que la soirée était passée, et je tentais chaque jour de faire un peu plus d’effort, encouragé par le directeur. J’accompagnais Jaeden faire des courses et en fin de journée, lorsqu’il terminait son travail, nous allions nous promener en ville et dans le parc.

Mais si j’acceptais de sortir accompagné, ce n’était pas le cas lorsque j’étais seul, appréhendant toujours cette idée. J’avais toujours du mal à surmonter ma dernière expérience et pour rien au monde je ne voulais revivre cette crise de panique.

Cependant à force de rester enfermé,  j’avais presque terminé tous les livres de Jaeden, et plus aucune tâche ménagère ne m’attendait cet après-midi là. Je tournais en rond dans l’appartement, m’ennuyant ferme. Je me rappelais alors que Jaeden m’avait dit où étaient rangé les cahiers que je lui avais confié, et je partis en quête de les retrouver.
J’avais eu une nouvelle idée pour la suite d’une histoire, mais je voulais d’abord la relire avant de ma lancer. J’allais dans la chambre et j’ouvrais le placard à côté du bureau. J’attrapais la chaise à côté de moi en reconnaissant mes cahiers tout en haut à côté d’une boite à chaussure. Je pestais en réalisant bien vite que j’étais trop petit pour les atteindre, même en me mettant sur la pointe des pieds.

Du bout des doigts, j’effleurais mes cahiers, tentant de les faire glisser et tomber sur le sol. En équilibre, je ne maîtrisais pas bien mon geste et ce fut finalement la boite à chaussure que j’entraînais dans la chute de mes cahiers.

La boite s’ouvrit en tombant et des dizaines de photos s’en échappèrent et s’éparpillèrent sur le sol. Jurant silencieusement, je descendis de la chaise et je m’attelais aussitôt à tout remettre en place dans la boite, ne voulant pas que Jaeden croit que j’étais en train de fouiller chez lui, ces photos devant certainement être personnelles. Mais alors que j’attrapais la première photo, un sourire étira mes lèvres.

Toutes ces photos semblaient être de Jaeden et de moi. Cédant, je m’assis sur le sol, rassemblant une à une toutes ces photos refermant de nombreux souvenirs. Plusieurs fois un petit sourire se dessina sur mes lèvres, amusé de revoir Jaeden avec cinq ans de moins.

Mais alors que j’avais presque terminé de rassembler toutes les photos, mon regard se posa sur l’une des dernières. Je me tenais prêt de Jaeden, à une soirée. Celui-ci discutait avec ses amis et je fumais une cigarette, tentant certainement d’attirer son attention…

Mais il y avait une autre personne sur la photo, une personne que je n’aurais voulu revoir pour rien au monde. Un frisson de dégoût me saisit alors que je reconnaissais ce regard qu’il avait si souvent posé sur moi. Tremblantes, mes mains mes mains se crispèrent sur la photo, tandis que je n’arrivais pas à quitter Ewen du regard.

 

Pendant toute une année, il avait fait de ma vie un véritable enfer, et il réussissait aujourd’hui encore à me couper du monde. Même s’il n’était plus de ce monde, il avait laissé sur moi une marque indélébile qui continuait de m’enfermer et de me couper de l’extérieur. Et cet enfer n’avait pas fait que m’affecter, il avait aussi blessé Jaeden, l’homme que j’aimais et que j’avais cru perdu pendant cinq années. Il avait fait gonflé mon cœur de haine et m’avait rendu méfiant. Il avait fait de moi un meurtrier, il m’avait détruit et je peinais encore à ne serait-ce que commencer à me reconstruire.

Et alors que je ne m’y attendais pas, une haine sans non pulsa dans mes veines, cette même haine qui m’avait fait craquer cette fameuse nuit. Et je ne parvenais pas à la contrôler. Ma poitrine se comprima durement, alors que je me redressais les jambes tremblantes. J’avais besoin d’air. J’avais besoin de sortir ou j’allais tout détruire dans cet appartement. Ignorant les cahiers et les quelques photos qui jonchaient encore le sol, je sortis de cette pièce. La photo que je tenais toujours froissée dans la main droite tomba sur le sol. Je ne voulais plus voir son visage. Je voulais qu’il sorte de ma vie.

Je perdais espoir. Jamais plus rien ne serait comme avant. Ce qu’espérais Jaeden chaque jour, ce à quoi me poussait le directeur, était-ce seulement possible ? Ma respiration se faisait de plus en plus périlleuse. Ne tenant plus une seconde de plus dans cet appartement, je sortis et sans réfléchir, je claquais la porte derrière moi, oubliant mon téléphone portable et mes clefs.

 

Coincé dehors, je ne pouvais plus reculer. Mon cœur battait si fort, que je pouvais le sentir pulser dans mes tempes et je ne pus prendre qu’une véritable inspiration que lorsque je me retrouvais enfin dehors.

Un passant me contourna en me dévisagea quelques secondes, avant de poursuivre son chemin. Je parcourus du regard la rue agitée à cette heure de l’après-midi. Ne me sentant pas particulièrement à l’aise et ne voulant pas céder à la panique qui menaçait de plus en plus de prendre possession de moi, je me mis en marche, marchant le plus loin possible de cette image.

Même si Ewen était mort, il continuait de me hanter et je perdais espoir de  l’effacer définitivement de ma vie. Mais cette haine n’était pas uniquement tournée contre lui, mais aussi contre moi, qui n’arrivais pas à me dépasser, qui coinçait Jaeden avec moi. Je ne faisais pas attention où j’allais. Je m’en moquais, je voulais juste avancer, et ne surtout pas m’arrêter et flancher. Je devais me battre contre cette panique.

Je ne sus combien de temps je marchais ainsi, tentant de me concentrer sur ma respiration pour ne pas qu’elle s’emballe trop vite. J’ignorais les autres autour de moi, mais je faisais tout pour ne jamais ne serais-ce que les effleurer. Et lorsque mon regard se posa sur une boutique que je connaissais, mon cœur me cria d’aller m’y réfugier.

C’était la petite librairie de Jaeden, un lieu où j’arrivais à me sentir bien. Au milieu de tous ces livres, peut-être arriverais-je enfin à penser à autre chose, et à y trouver le cocon dont j’avais besoin. Je traversais la route en courant presque, et ce fut presque avec soulagement que je poussais la porte et entrait dans cette petite boutique. L’odeur des livres m’enveloppa aussitôt et le sourire de la libraire accueillant m’apaisa aussitôt. Jamais je n’avais ressentit cela et pourtant, j’eus l’impression, dès que la porte se referma derrière moi, que rien ne pourrait jamais m’atteindre.

- Bonjour Ilian, souffla Lucie.

Je répondis à son bonjour bien plus timidement. Je n’étais pas très souvent venu dans sa boutique,  à part avec Jaeden, mais elle avait déjà mémorisé mon prénom.

- Tiens, tu es seul aujourd’hui ? Me demanda-t-elle avec ce petit air chaleureux qui n’appartenait qu’à elle.
- Jaeden travaille, soufflais-je, sentant peu à peu mon rythme cardiaque se calmer.
- J’ai reçu de nouveaux livres, tu les trouveras sur l’étagère à côté de la vitrine. Je suis sûre que tu trouveras ton bonheur, dit-elle dans un clin d’œil complice.

Et je pouvais lui faire confiance. En très peu de temps, Lucie avait saisit mes goûts littéraires et ses conseils avaient toujours été excellents. Et paradoxalement, comme si rien ne venait de se passer, je la remerciais et me dirigeais vers cette fameuse étagère. Je pris le premier livre qui m’attirait et je m’installais sur la petite chaise. En un rien de temps, je plongeais dans l’histoire, fuyant ma réalité trop difficile à affronter pour le moment.

Et je me coupais tellement du monde extérieur, que je ne vis pas le temps passer et ce fut lorsque j’arrivais à la moitié du gros livre que j’avais choisis que je levais les yeux et vis l’heure qu’il était sur la vielle horloge murale en face moi. Jaeden devait être rentré et je n’avais pas pris mon téléphone portable. Je ne voulais surtout pas qu’il s’inquiète. Je reposais le livre sur l’étagère et je me levais précipitamment. Lucie redressa la tête lorsqu’elle me vit marcher vers la sortie.

- J’espère te revoir bientôt Ilian, dit-elle dans un sourire alors que je lui disais au revoir.

Il ne me fallut pas beaucoup de temps pour retrouver le chemin de chez Jaeden, et j’en trouvais même un beaucoup plus court qu’à l’aller. Arrivé devant l’immeuble, l’ascenseur était déjà utilisé. Ne voulant pas perdre plus de temps, je montais les marches quatre à quatre et ce fut essoufflé que j’arrivais devant la porte d’entrée. N’ayant pas les clefs, je frappais à la porte et Jaeden ne tarda pas à venir m’ouvrir. Son regard inquiet et affolé croisa le mien, et il souffla au téléphone portable qu’il tenait dans sa main gauche :

- Je te laisse Savanah il est avec moi…

Il raccrocha et je me sentis légèrement mal à l’aise scruté par son regard.
- Tu es sorti ? Me demanda-t-il, ne cherchant pas à cacher sa surprise.

Un petit sourire étira mes lèvres alors que je hochais la tête.

- Quand j’ai vu la photo de… Et ton téléphone ici… J’ai… Et tu n’étais pas là et je…

Mais je ne voulais pas parler de tout cela. Je ne réalisais que maintenant que j’étais enfin sortis seul et que j’avais pu rentrer sans l’aide de personne. Mieux encore, j’avais échappé à une véritable crise de panique. Ne tenant plus, je rentrais et fermais la prote derrière moi avant de me jeter dans ses bras. Jaeden ne tarda pas à me réceptionner et nos lèvres se retrouvèrent presque aussitôt pour un véritable baiser de retrouvailles. J’avais l’impression d’avoir franchis un cap, un passage énorme que je m’étais toujours refusé jusqu’à présent. Et pour la première fois depuis des années, je me sentais plus libre que jamais.

***

Si nous avions célébré le fait que j’étais sortis tout seul sans une crise de panique, nous n’avions pas abordé la photo d’Ewen. Jaeden l’avait simplement jeté et semblait sentir que le sujet était encore trop sensible pour l’aborder.

Ce soir là, il m’avait fait l’amour comme jamais nous ne l’avions fait et je ne me lassais pas de cette étincelle d’espoir nouveau qui brillait dans ses prunelles. Cependant, même si je me sentais et heureux et beaucoup plus libre, cela n’enlevait pas au fond de moi ce que j’avais ressentis en revoyant le regard de mon bourreau posé sur moi. Et même si j’avais franchis un grand pas cet après-midi, je savais que le chemin qui me restait à parcourir était encore long…

 

Mais je ne voulais pas baisser les bras, je ne le pouvais pas. Après un dernier regard posé sur mon amant étendu et endormi à côté de moi, je vins me lover tout contre lui, rabattant la couverture sur nos deux corps. Épuisé par cette journée et cette soirée que nous venions de passer, je sombrais sans mal dans les bras de Morphée…

Je m’étais endormi sur le canapé. Ewen n’était pas encore rentré et je n’avais pas eu envie d’aller dans ce lit qui renfermait maintenant bien trop de souvenirs douloureux. Je le sentais, je commençais à devenir fou. Je perdais la notion du temps et l’attente du retour d’Ewen me semblait durer des heures. J’appréhendais son retour, tout comme j’espérais qu’il ne revienne jamais.

Mais je savais que ce ne serait jamais le cas. Alors je préférais qu’il revienne au lieu d’attendre et de me retrouver seul à réfléchir sur ce que ma vie était devenue.

 

Ce furent des doigts passant dans le bas de mon dos qui me réveillèrent et il me fallut peu de temps pour comprendre que c’était Ewen et qu’à sa façon de me toucher, il ne voulait pas me laisser dormir. Cette même sensation de répulsion et de dégoût bien trop familière m’envahissait, comme à chaque fois, et je tentais de feindre un sommeil profond, espérant qu’il abandonne.

Mais c’était mal le connaître. Bientôt, je sentis ses lèvres se poser sur ma nuque, glissant dans mon cou, alors que ses doigts se faufilaient plus avant sous mon tee-shirt. Ce fut un tremblement non contrôlé qui me trahit.

- Ilian… Susurra-t-il d’une voix douce qui me semblait la plus cruelle de toute. Viens te coucher, tu ne vas quand même pas dormir ici…
- Je suis bien là… Soufflais-je d’une voix volontairement ensommeillée.
- Ne dis pas n’importe quoi, dit-il d’une voix un peu plus froide, s’écartant légèrement de moi. Tu ne vas pas passer ta nuit sur le canapé !

Je me redressais, me méfiant de la tournure que pouvait prendre les événements. En réalité j’étais à bout, épuisé de vivre sans cesse sur le qui vive, sachant que l’issue de toute situation terminerait toujours à son avantage. Mais je me surprenais tout de même à espérer, espérer que ce soir, il me laisse en paix… Je croisais son regard dans la pénombre, et le désir que je pouvais lire dans ses prunelles me glaça le sang. Je fermais brièvement les yeux, tentant de me soustraire à cette vision et de rassembler mon courage.

- Ewen s’il te plaît… Pas ce soir…
- Tu plaisantes j’espère ? S’écria presque Ewen interloqué.
- Je… Je suis fatigué Ewen…

- Et si c’était Jaeden qui te le demandait, qu’est-ce que tu dirais ?

Je voulu me lever et arrêter cette conversion qui allait mal finir, mais Ewen m’attrapa violemment par le bras.

- Lâche-moi, soufflais-je tremblant, tu me fais mal.

Mais Ewen ne desserra pas son étreinte, bien au contraire.

- Tu crois que c’est moi qui te fait mal… Je te rappelle que c’est Jaeden qui te mets dans cet état. C’est lui qui t’a trompé, c’est lui qui ne t’a pas rendu ton amour. Mets-toi à ma place. Nous vivons la même chose. Sauf que je sais que tu m’aimes Ilian. Tu ne veux juste pas te l’avouer, parce que tu crois encore aimer ce pauvre type qui n’en avait rien à faire de toi.

Sans un mot de plus, Ewen me tira vers lui, m’entraînant jusqu’à la chambre. Et si j’avais eu un tant soit peu de courage de lui résister auparavant, celui-ci c’était envolé. Il valait mieux que je lui cède, et que cela finisse pour que je retrouve un peu de paix… Jusqu’à la prochaine fois.

Je fus brusquement réveillée par une main qui passait sur ma joue et un homme qui murmurait mon prénom. Ne discernant plus la réalité du rêve, je pris peur et je repoussais violemment Jaeden avant de tomber du lit dans la précipitation. Sous la surprise, Jaeden resta figé, et l’inquiétude que je pouvais voir dans son regard me fit me sentir terriblement mal. Ils n’avaient plus cette étincelle que j’avais aimé toute la soirée, et c’était uniquement de ma faute. Je croyais être débarrassé de ces cauchemars, mais voilà que je rechutais, balayant à nouveau ce sentiment de liberté qui m’avait envahi.

- Ilian… Souffla Jaeden. Est-ce que ça va ? Ce n’était qu’un rêve… Souffla-t-il.

Je me relevais  et sous la précipitation, mes gestes étaient brusques.

- Ce n’était pas qu’un simple rêve, claquais-je, plein d’amertume.

J’avais besoin d’air, j’avais besoin de sortir de cette chambre. Je voulais oublier cette sensation d’être traqué et sur la défensive, et je n’avais pas envie que Jaeden me voit plus longtemps comme ça.
Je lui tournais le dos et sortis de la chambre. Arrivé dans le salon, j’avais toujours l’impression d’étouffer. En sortant de cet hôpital, en dévoilant toute cette histoire, je m’étais débarrassé ces cauchemars. Je pensais que vivre avec Jaeden avait suffit à les balayer, mais il avait suffit de cette photo pour me faire sombrer à nouveau, et je ne supportais plus ces souvenirs.

 

J’aurais tout donné pour effacer cette partie de ma vie, et ne plus jamais ne serais-ce qu’y repensait. Mais je savais que tout cela n’était qu’un rêve. Je tournais en rond dans le salon, tentant de me calmer. Je n’arrivais pas à rester en place, comme si retourner me coucher voudrait indéniablement dire que je pourrais à nouveau faire ce genre de cauchemar.

Je n’eus pas la moindre idée du temps que je passais à tourner en rond dans le salon. Je finis par aller boire un grand verre d’eau fraîche dans la cuisine. Aller dehors, faire un pas vers le monde extérieur… J’avais cru que cela m’éloignerait de ce passé. Mais c’était loin d’être le cas. Même si je voulais fuir Ewen et ce qu’il m’avait fait, je devais me rendre à l’évidence : c’était impossible et je vivrais toujours avec. Je devais juste apprendre à vivre avec ça…

Jaeden n’avait pas cherché à me rejoindre, et je lui en était reconnaissant. Ce ne fut que lorsque ma respiration et mon rythme cardiaque redevint normal, que je finis par le rejoindre. La lumière était éteinte, mais à sa respiration, je sus qu’il ne s’était pas rendormi, attendant sûrement que je le rejoigne pour s’assurer de mon état. M’en voulant de l’avoir rejeté comme je l’avais fait, je me glissais sans attendre sous les draps, venant mon coller près de lui.

Hésitant, Jaeden n’esquissa aucun geste vers moi, et il me demanda d’une petite voix :

- Ça va ?
Un petit « oui », s’échappa de mes lèvres et je plongeais ma tête dans son cou.  Sentant cela comme un accord de ma part, Jaeden m’enlaça et me serra un peu plus contre lui. Un vague de bien être déferla sur moi, chassant aussitôt la sensation du contact non désiré d’Ewen.

La main de Jaeden passa dans mon dos en une caresse qui se voulait apaisante. Et, comme s’il semblait lire dans mon cœur, il murmura :

- Ça prendra du temps Ilian… Mais je te promets qu’un jour, tu ne feras plus ces cauchemars…

Mon cœur vibrait d’amour pour lui et je répondis :

- Tant que c’est toi qui est prêt de moi quand je me réveille, je m’en fiche de ces cauchemars…

L’étreinte de Jaeden se resserra autour de moi, plus touché par mes mots que je ne l’aurais cru. Le silence s’installa entre nous, mais le sommeil n’était plus au rendez-vous, et ce pour aucun de nous deux. Et ce fut au bout d’un certain temps, que je finis par briser le silence. Il avait été patient, il ne m’avait posé aucune question et pourtant, le connaissant, je savais qu’il devait s’interroger sur de nombreuses choses. Je commençais alors, maladroitement :

- Je voulais attraper mes cahiers dans le placard tout à l’heure… Et j’ai fait tombé la boite… Je n’ai pas fait exprès… Je veux dire, je n’étais pas en train de fouiller. Je voulais tout rangé, et… J’ai vu que c’était des photos de nous. Je… Je ne savais pas que tu en avais autant…

Un petit rire s’échappa de ses lèvres alors qu’il finit par répondre :

- Je ne suis jamais arrivé à m’en séparer…

Mais ce n’était pas le sujet que je voulais réellement aborder. Ne voulant pas tourner autour du pot, je poursuivis.

- Quand j’ai vu la photo avec Ewen et.. Et son…

Ma voix se nouait dans ma gorge, rien qu’à l’image qui s’imposait à mon esprit.

- Ce regard qu’il avait sur moi je… C’était la première fois que je le voyais en photo depuis… Depuis…

Depuis que je l’avais tué. Mais je n’avais pas le courage de prononcer ces mots ce soir, et je n’avais pas besoin de le faire, mon amant avait très bien compris.

- Enfin… Si je suis sortis, c’était parce que je paniquais… Parce que je ne supportais pas l’idée d’être encore prisonnier de ce qu’il m’avait fait. Même s’il est mort, j’ai eu l’impression qu’il était toujours là et je… Je ne veux pas qu’il gagne Jaeden, et je… Je te promets de faire tout ce que je peux pour m’en sortir, pour l’oublier.

Jaeden s’écarta légèrement de moi et passa son pouce sur ma joue, essuyant une larme qui m’avait échappé.

- Prends ton temps Ilian… Rien ne presse… Ce que tu as réussi à faire aujourd’hui, c’est énorme. Quand je t’ai vu revenir je… Je n’arrivais pas à le croire. Tu… Tu es plus fort que tu ne le crois Ilian. Et je suis certain que tout va aller plus vite que tu ne le penses. Mais ne te force pas et suis ton propre rythme.

Il fit une pause avant de déposer un chaste baiser sur mes lèvres.

- Ewen ne gagnera jamais Ilian…

Ce fut à mon tour de l’embrasser, mais ce baiser fut loin d’être chaste, car il demandait bien plus de contact. J’avais besoin de m’accrocher à cette réalité et d’y croire. Ewen appartenait au passé et il était maintenant derrière moi. Jaeden était mon présent et mon futur, je devais m’accrocher à cela, et me libérer du poids de ce que j’avais vécu…

Ce fut presque sans crainte que je réussis à m’endormir à nouveau, lové dans les bras de mon amant, je tentais de garder éloigné ces souvenirs pour ne surtout pas replonger. Il me fallait du temps… Mais combien de temps ?

***

Comme à chaque fois que j’avais rendez-vous avec le directeur, Jaeden m’accompagnait à l’aller et au retour. Parfois, je devais l’attendre une heure ou deux, mais je restais tranquillement dans le parc ou dans son bureau lorsqu’il n’y avait pas grand monde.

Aujourd’hui, j’abordais avec le directeur le fait que je sois sortis seul, sans problème majeur et je soupçonnais Jaeden de lui en avoir déjà parlé au vu du petit sourire qu’il avait depuis que j’avais passé la porte de son bureau. Mais je ne m’étais pas arrêté à ce simple pas franchit. Poursuivant sans interruption, je lui racontais aussi ce que j’avais dit à Jaeden et ce cauchemar qui était revenu me hanter. Ce ne fut que lorsque j’eus terminé de me livrer que le directeur pris la parole après quelques longues secondes de silence.
Un nouveau petit sourire se dessina sur ses lèvres alors qu’il prenait la parole.

- Je suis fier de toi Ilian. Tout cela est le fruit de ton travail et que tu commences ainsi à réussir à te gérer tout seul, c’est un pas immense.

Ce fut à mon tour de rester silencieux, surpris par de telles paroles de sa part.

- Quand au reste, tout va aller en s’améliorant, pas à pas. Tout est finalement allé assez vite ces derniers temps. Il faut de la patience et surtout continuer d’y croire et de chercher à te dépasser.

Je détournais le regard, gêné par l’impression de véritable bonheur et sincérité que je pouvais lire dans ses yeux. Et ce fut d’une voix légèrement plus froide qu’il ajouta :

- Jaeden est une force pour toi. Je sais que tu as besoin de lui et que tu avances énormément avec lui. Mais n’oublie pas que tout ce que tu fais par toi même et seul est très important. Je te le répète, Jaeden ne pourra pas être toujours là et ce que tu dois résoudre pour avancer, tu dois le faire par toi-même. Personne ne peut le faire à ta place…

 

Je savais qu’il avait raison. Mais même après tout ce qui venait de se passer, j’avais encore terriblement de mal à m’en croire capable…

***

Jaeden m’avait raccompagné  et il était finalement resté travaillé à l’appartement. J’attendais avec impatience qu’il termine, lisant sur mon cahier, l’une des premières histoires que j’avais écrite à mon arrivée dans l’établissement, et plus j’avançais, plus les modifications et les améliorations qui s’imposaient me sautaient aux yeux.
Mon amant était tellement concentré dans la préparation de sa prochaine réunion avec ses adolescents qu’il ne sembla même pas entendre la sonnette de la porte d’entrée. Et ce fut moi qui finit par céder et je me levais pour aller ouvrir.

Et lorsque j’ouvris la porte pour découvrir l’homme qui se tenait devant moi, mon sang se glaça dans mes veines. Que faisait-il ici ? Et pourquoi venait-il voir Jaeden. Mes sourcils se froncèrent presque aussitôt, alors qu’Hugo se tenait devant moi, semblant plus que surpris de me voir face à lui.

 

 

 

Where is my mind – Chapitre 21

Chapitre 21 écrit par Mai Lynn

Pour le lire :

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Bonne lecture ^^

Everything to prove – Chapitre 03

Chapitre 3 écrit par Mai Lynn
Pour le lire  :

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